Année académique 2023-2024
Séance du 18 juin 2024
Communication longue de Chantal Fraisse, Lecture de quelques graffitis de l’autel préroman de Moissac.
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Un autel antérieur à 1063 de l’église abbatiale de l’ancien monastère Saint-Pierre porte une série de graffitis. Une lecture de ces inscriptions permet d’émettre quelques hypothèses sur leur nature et sur le contexte haut médiéval du pays moissagais, encore si mal connu.
Présents : Mmes Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Haruna-Czaplicki, Pradalier-Schlumberger, MM. Cazes, Garrigou-Grandchamp, Péligry, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Fraïsse, Henocq, Ledru, Rolland Fabre, MM. Mange, Peloux, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Fournié, Nadal, Vallée-Roche, MM. Garland, Penent.
Invitée : Mme Shandrila Martin, étudiante en master des Mondes médiévaux sous la direction de Virginie Czerniak, et intéressée par le sujet de la communication du jour.
Virginie Czerniak salue l’assemblée pour cette ultime séance de l’année académique et souhaite la bienvenue à Guillaume Terrasson, nouvellement élu membre correspondant de notre Société.
Elle annonce que notre consœur Émilie Nadal a obtenu un contrat pour l’étude du fonds des Augustins, ce qui signifie qu’elle fera sur celui-ci le même travail qu’elle a effectué sur le fonds des Dominicains de Toulouse. C’est une excellente nouvelle pour elle, pour la communauté scientifique et pour notre Société. La Présidente annonce ensuite la réception de la candidature de Clémentine Stunault pour une place de membre correspondant de notre Société. Elle rappelle que sa thèse d’histoire médiévale (sous la direction de Sophie Brouquet) a été primée à l’occasion du concours de la SAMF de cette année. Cette candidature sera présentée et étudiée dans la séance du 5 novembre de la prochaine année académique ; la Présidente se propose de faire le rapport sur cette candidature.
Virginie Czerniak rappelle enfin que le calendrier des communications de la prochaine année académique n’est pas complet et invite les membres à s’inscrire auprès d’elle. Elle annonce que la première réunion sera consacrée à la visite de l’exposition Cathares, Toulouse dans la Croisade, le vendredi 11 octobre de 18h00 à 20h00, qui nous sera présentée par Laure Barthet.
Puis elle donne la parole à Chantal Fraisse pour une communication longue intitulée, Lecture de quelques graffitis de l’autel préroman de Moissac.
Virginie Czerniak remercie notre consœur pour cette présentation très convaincante. Elle se rappelle avoir alerté Christian Sapin sur les problèmes de conservation de cet autel préroman avec enduit peint, unique exemplaire connu, – bien qu’il existe des mentions textuelles – et qui n’a toujours pas fait l’objet de relevés archéologiques. Il y a bien eu un projet de moulage, mais celui-ci n’a pas abouti. Elle ajoute que les conditions de conservation sont particulièrement mauvaises puisque les bases de l’autel ont subi régulièrement la remontée des eaux en période hivernale – problème aujourd’hui résolu –, mais l’endroit reste toujours très humide, ce qui est particulièrement néfaste pour les enduits peints. Chantal Fraïsse, très inquiète, avoue revenir régulièrement prendre des photographies ; elle reste persuadée que les couleurs des peintures passent et que des fragments d’enduits s’effritent avec le temps. Notre Présidente espère que la publication de cet article permettra de faire prendre conscience du caractère exceptionnel de ce vestige et de l’urgence d’agir pour sa conservation. Elle demande si les différentes graphies observées par notre consœur, et le désordre dans lequel sont gravés ces noms, peuvent indiquer que les scripteurs sont des gens qui écrivent peu souvent ou jamais. Chantal Fraïsse confirme que d’après l’inventaire qu’elle a fait, l’énorme disparité des types d’écriture apparaît clairement. Les chevauchements peuvent également indiquer la tenue de différents plaids. Louis Peyrusse se demande quelle est la culture de ces presbyteri qui écrivent si mal alors qu’il s’agit d’un moment solennel ; les graffitis de l’autel de Minerve lui semblaient plus soignés. Les graffitis de Minerve sont gravés sur la pierre, fait remarquer notre consœur, peut-être que l’enduit ne permet pas une gravure régulière (gravure effectuée à la pointe d’un couteau ?). Fernand Peloux, quant à lui, n’est pas choqué par la graphie et la langue, par rapport à ce qui se fait habituellement au début du XIe siècle, certaines formes pourraient correspondre en effet à la langue parlée. Nous n’avons pas affaire selon lui à des illettrés, au contraire, nous voyons plutôt ici un attachement à l’écrit. Le support inhabituel pourrait expliquer l’impression de peu de soin que peuvent produire ces graffitis. Chantal Fraïsse pense par ailleurs que ces gens savent écrire mais qu’ils ne sont pas des scribes. Fernand Peloux propose à notre consœur de consulter la thèse de Laura Viaut, « Fecimus concordiam ». Les mécanismes de gestion des conflits dans l’espace aquitain au Haut Moyen Âge (VIIIe-XIIe s.), Université de Limoges, 2018 (primée par notre Société en 2019), qui décrit les cérémonies dont il a été question. Elle a par ailleurs analysé tous les manuscrits de la lex wisigotorum de cet espace-là, et a montré qu’ils continuent à être annotés jusque vers l’an mil environ.
Revenant sur le problème de la maladresse de l’écriture qui a été soulevé, Daniel Cazes propose de se remettre dans la situation de ceux qui ont tracé ces graffitis : il fallait être à quatre pattes près de l’autel et graver sur une surface verticale sans appui, et cela sans être des graveurs professionnels. Notre confrère évoque les graffitis qui couvrent le mur rouge de la memoria de Saint-Pierre de Rome. De la même façon, l’écriture est maladroite et les graffitis sont disposés dans tous les sens. Par ailleurs, il trouve dramatique que l’on n’ait pas pris le soin d’aménager de meilleures conditions de conservation pour ce précieux vestige. Il se demande s’il ne vaudrait pas mieux le prélever et le mettre dans un musée, dans une atmosphère sèche. Notre Présidente répond que cette entreprise rencontrerait un obstacle technique important car la crypte est très basse et l’entrée particulière étroite. Henri Pradalier voudrait savoir si ces graffitis permettent de proposer une date approximative. Notre consœur répond que la mention des missi dominici nous amènerait au plus tard sous le règne de Charles le Chauve, c’est-à-dire au IXe siècle. Quant à la graphie, malgré sa volonté de prudence, notre consœur a noté la forme de certains « T » avec la barre qui se recourbe du côté gauche, ce qui est considéré dans les catalogues de paléographie comme un caractère « wisigothique » ; un certain nombre d’éléments semble donc converger vers la seconde moitié du IXe siècle. Virginie Czerniak précise que l’enduit dans lequel sont gravés ces graffitis est homogène et fait le tour de l’autel. Les peintures qui recouvrent cet enduit évoquent celles que l’on trouve au début du Xe siècle dans le monde asturien. Enfin, le niveau du sol indique bien que l’on est avant 1063. Il y a donc un faisceau d’indices convergents pour la datation. À la demande d’Henri Pradalier, notre Présidente précise encore que le décor peint est composé de motifs géométriques, des cercles essentiellement. Ce sont les peintures les plus anciennes de toute l’Occitanie et nous avons là un témoignage du monde carolingien, dont il faut reconnaître que l’on sait très peu de choses. Elle regrette encore le manque d’intérêt pour ce vestige exceptionnel, qu’elle a tant essayé de documenter avec notre consoeur.
Louis Peyrusse demande si ce vestige peut être remis dans le contexte de l’histoire de Moissac ; un autel peint est-il un signe de pauvreté ? Virginie Czerniak pense au contraire qu’un autel peint induit la présence de tout un decorum autour de celui-ci. Chantal Fraïsse rappelle que Moissac est un phare dès que l’abbaye est affiliée à Cluny, mais si on fait le point sur ce qui existe avant, on peut dire qu’il s’agit d’un monastère du Quercy raisonnablement important avec une zone d’influence qui n’est pas très vaste, concernant le temporel, mais avec une aura culturelle plus importante grâce à ses liens avec Limoges.
La Présidente remercie notre consœur et donne la parole à Céline Ledru pour une question d’actualité. Celle-ci revient sur le château de Baravit dont elle nous avait entretenus lors de la séance du 4 juin. Elle rappelle les questionnements de son collègue préhistorien Joël Malassagne, qui habite l’édifice. Celui-ci voulait connaître la fonction des ouvertures qui se trouvent sur la tour de droite et la datation de la maison. Lors de la dernière séance, nous avions pu reconnaître des bouches à feu et dater l’édifice du XVIIe siècle, avec des remaniements de la façade au XVIIIe. Des conseils de recherche avaient été donnés, et Céline Ledru nous présente les résultats obtenus. Elle montre tout d’abord une vue du cadastre de 1836 qui révèle des bâtiments aujourd’hui disparus, rasés semble-t-il en 2002 et 2006, et la destruction d’une grosse partie des ailes du château. Notre consœur montre encore une vue de la façade nord-est pour laquelle le propriétaire désire savoir si les ouvertures sont d’origine. Dans cette cour, il ne reste qu’un pigeonnier, le second ayant été abattu il y a vingt ans. Sur l’emprise de l’aile visible sur le cadastre ancien a été élevé un bâtiment moderne ayant fonction de ferme. Par ailleurs, l’intérieur ne conserve ni cheminée ni escalier d’époque et a été complètement refait dans les années 1980. La distribution actuelle est composée d’un escalier central et deux grandes pièces à chaque niveau. Le seul espace qui semble ancien serait la cave voûtée. Le propriétaire serait ravi d’accueillir les membres de la Société et serait preneur de toutes les informations que l’on pourrait lui fournir sur l’édifice. Notre Trésorier note que ces nouvelles informations confirment ce qui avait été dit la dernière fois, à savoir que nous somme en présence d’un rez-de-chaussée quasiment aveugle avec de petites fenêtres faisant écho aux demi-fenêtres « bâtardes » de l’étage. Pour le reste, on ne peut que regretter les travaux destructeurs des années 1980. Selon lui, si l’escalier a été reconstruit, c’est que l’original était en bois. Les fenêtres authentiques sont visibles sur la façade arrière. L’alignement des baies laisse deviner la présence de l’escalier au milieu. Louis Peyrusse trouve surprenante la présence de ces petits jours chanfreinés qui permettent peut-être de maintenir la fraîcheur à ce niveau. Notre Trésorier se questionne sur la fonction des pièces se trouvant derrière ces petites fenêtres : cuisine, souillarde ou autre. Daniel Cazes demande si ces petites fenêtres n’indiqueraient pas une époque antérieure au XVIIe siècle. Guy Ahlsell de Toulza pense au contraire qu’elles sont bien insérées dans la construction de briques neuves et contemporaines des ouvertures caractéristiques de cette époque.
La Présidente remercie notre consœur et donne la parole au Trésorier pour une information au sujet des Journées du Patrimoine à venir. En accord avec les Académies des Jeux Floraux et des Sciences, l’Hôtel sera ouvert les 22 et 23 septembre. À cette occasion, comme il l’a fait durant plusieurs années, Guy Ahlsell de Toulza se propose de faire – les samedi et dimanche après-midi -, une communication de 40 mn retraçant l’histoire de la famille d’Assézat, de l’Hôtel et de ses occupants des origines jusqu’à nos jours. Les Académies du premier étage voulant faire visiter leur salon, notre Trésorier leur a proposé de mettre en place deux circuits : le premier consacré à la visite des locaux et le second conduisant à la conférence proposée par lui sous l’égide de la Société Archéologique. Cette proposition a été acceptée mais il serait nécessaire qu’une personne s’occupe d’accueillir et de guider le public, ainsi que de donner éventuellement des informations sur l’horaire de la conférence suivante. La Secrétaire générale se propose pour remplir ce rôle auprès de notre Trésorier. Bernard Sournia demande si le grand escalier sera ouvert à cette occasion. Guy Ahlsell de Toulza répond que c’est un détail qui reste à discuter.
On rappelle les problèmes sans fin que nous avons eu, dès les années 2000, pour bénéficier de l’accès au grand escalier depuis la salle, la porte de celle-ci est aujourd’hui interdite par des témoins mis en place sans notre autorisation. Daniel Cazes fait remarquer que sans l’accès à ce passage, les conditions de sécurité ne sont pas respectées alors que nous nous réunissons dans cette salle tous les quinze jours. Par ailleurs, la possibilité d’accéder à ce passage est stipulée dans le Règlement Intérieur. Notre Présidente se propose d’échanger avec Mme Debénedetti et la Mairie pour pointer tous les manquements au Règlement Intérieur.
Puis elle donne la parole à Daniel Cazes pour une information sur le site de Chiragan. Il nous avait informé en début d’année académique que la mise en place du sentier de randonnée avait été bloquée par l’initiative d’un seul propriétaire qui était revenu sur son accord de passage. Il semblerait que le problème soit en voie de règlement, mais le projet de a pris plus d’un an de retard. L’inauguration devait se faire à l’origine fin juillet, date que notre confrère avait refusée puisque les membres de notre Société ne pouvaient se rendre disponibles à ce moment-là. Le chantier ayant été retardé, la date de l’inauguration a été repoussée au printemps prochain. La Présidente y voit une joyeuse perspective et l’occasion d’y faire un pique-nique.
Olivier Testard demande la parole pour une information et une demande d’avis à l’assemblée. Dans le contexte des bâtiments qui s’effondrent à Toulouse, il a été consulté pour l’immeuble qui se trouve à l’angle de la rue Malcousinat et de la rue des Changes dont la structure de base date du XVe siècle, avec une surélévation en pan de bois du XVIe siècle. L’édifice a été amputé de sa partie arrière lors de travaux d’alignement en 1879. Il est en mauvais état et l’architecte en charge de cet édifice a demandé à notre confrère de l’assister. Pour l’avoir visité, il peut nous affirmer qu’il ne reste plus rien d’ancien à l’intérieur. En revanche, la structure en béton que l’on peut y voir aujourd’hui l’empêchera certainement de s’effondrer. Cette consolidation date peut-être d’après-guerre. Cependant, sur le pan de bois se trouve un enduit peint d’un faux-appareil de brique (fin XIXe-début XXe ?). La question se pose de sa conservation ou des chances de trouver des décors plus anciens au-dessous (aucun sondage n’a été fait pour l’instant). Olivier Testard serait donc intéressé par des informations, des remarques ou des suggestions sur ce sujet.
Séance du 4 juin 2024
Communication longue de Jules Masson Mourey, Les graffitis navals de la chapelle du Saint-Sépulcre à Peyrolles (Bouches-du-Rhône).
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La chapelle du Saint-Sépulcre, à Peyrolles-en-Provence (Bouches-du-Rhône), est un petit chef-d’œuvre d’architecture romane. Les peintures murales des XIIe et XIIIe siècles qui couvrent ses murs, à l’intérieur, sont elles-mêmes recoupées par un intéressant ensemble de graffitis, encore inédit. Paires de ciseaux, marelles, patronymes, dates et… bateaux, composent le corpus. Probablement, ces images de caraques, incisées à la pointe du couteau, remontent-elles à la fin du Moyen Âge, et doivent-elles être interprétées comme des ex-voto. Elles complètent utilement l’inventaire, déjà bien fourni, des graffitis navals (à vocation religieuse ou non) que compte la Provence, depuis l’Antiquité jusqu’à l’Époque contemporaine.

Communication courte de Louis Peyrusse, Une Marianne toulousaine en 1873.
En 1873 paraît à l’imprimerie lithographique Salettes (où Louis Bordieu a publié toutes ses estampes et son livre Les Litanies de la très Sainte Vierge en 1868) une figure de la République universelle, en déphasage avec l’Ordre moral et les représentations tolérées et très sages de Marianne, brillamment analysées par Maurice Agulhon. Comment cette Marianne, qui foule aux pieds les emblèmes de la royauté, s’articule-t-elle avec la carrière de l’artiste, infatigable décorateur d’églises et créateur de vitraux ? De quoi s’interroger sur le danger des catégories hâtives…

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mme Haruna-Czaplicki ; MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Scellès, Sournia, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Hénocq, Ledru, Rolland Fabre, MM. Imbert, Kerambloch, Mange, Masson-Mourey, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes ; MM. Balty, Garland, Penent.
Invitées : Agathe Desmars, Docteur en archéologie de l’Université Aix-Marseille, IRAA ; Audrey Roussel, Docteur en Préhistoire de l’Université de Nice, CEPAM.
La Présidente ouvre la séance et rappelle qu’une séance foraine est organisée le samedi 15 juin à Saint-Bertrand-de-Comminges. Le rendez-vous est fixé à 10h50. Nous serons accueillis et guidés par la Conservatrice du Musée archéologique pour une visite de la basilique Saint-Just de Valcabrère, du site archéologique voisin, puis du Musée archéologique départemental et de son exposition temporaire consacrée à l’archéologie de la Garonne. Les membres souhaitant participer à cette sortie sont invités à se manifester auprès de la Présidente avant le lundi 10 juin. Cette rencontre sera l’occasion d’échanger avec la Conservatrice du Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges autour du programme des festivités pour le Bicentenaire de la Société. Notre Trésorier propose de lui offrir des tirages des photographies qu’il avait réalisées du vieux musée.
Puis Virginie Czerniak présente les invitées du jour et donne la parole à Jules Masson-Mourey pour la première communication courte du jour, intitulée Les graffitis navals de la chapelle du Saint-Sépulcre à Peyrolles (Bouches-du-Rhône).
La Présidente remercie notre confrère pour sa présentation et signale un exemple très intéressant dans le Sud-Ouest : l’église de Villeneuve-d’Aveyron (avec un noyau primitif similaire). Puis Virginie Czerniak s’interroge sur l’emploi du terme « ex-voto ». Elle doute que dans le cas de l’édifice étudié il puisse s’agir d’ex-voto, notamment en raison de la présence de peintures. Des ex-voto peints sont connus pour les XIVe et XVe siècles : elle cite ceux du parvis de Notre-Dame de Rocamadour, véritable espace ad sanctos. Ces ex-voto peints sont travaillés et élaborés, intégrés dans le décor : ce ne sont pas des graffitis. Des formes caractéristiques de mise en œuvre apparaissent qui autorisent l’usage de ce terme. Le mot ne semble pas pertinent pour des graffitis du type de ceux présentés, si tant est que ceux-ci soient de la fin du Moyen Âge, ce dont notre Présidente n’est pas certaine. Elle revient ensuite sur les représentations des peintures, décrites comme une procession de saints, et demande si d’autres éléments sont lisibles. Jules Masson-Mourey répond que ces peintures n’ont à sa connaissance pas été étudiées. Virginie Czerniak indique qu’il ne s’agit pas de fresque mais de détrempe, et que ces peintures murales ne peuvent dater du XIIe siècle, mais plutôt de la fin du Moyen Âge. Selon elle, il est nécessaire de rester très prudent avec l’emploi du qualificatif d’ex-voto pour ces graffitis de la fin du XVe siècle faits sur des peintures qui, elles-mêmes, datent peut-être de la fin du Moyen Âge. Elle ajoute que par ailleurs des manifestations spontanées existent très tôt : par exemple, des tracés aux doigts dans l’enduit sont visibles dans les tribunes de la basilique Saint-Sernin. La notion d’ex-voto pour la fin du Moyen Âge est donc à relativiser dans ce cas. Jules Masson-Mourey souligne la particularité de la récurrence de la représentation du bateau dans les édifices religieux. Notre Présidente demande si d’autres motifs sont identifiés, notamment à l’abbaye de Montmajour. Notre conférencier mentionne, à Peyrolles, des paires de ciseaux, renvoyant certainement à la profession de drapier. À Montmajour, il n’a pas observé directement les graffitis, mais les principaux motifs sont des bateaux également. Cette récurrence est donc étonnante. La chapelle du Saint-Sépulcre a, semble-t-il, été abandonnée à un certain moment de son histoire, ce qui peut expliquer qu’elle ait fait l’objet de représentations moins soignées. Notre Présidente corrige ensuite : contrairement à ce qui a été dit en introduction, il ne s’agit pas d’un campanile mais d’un clocher-mur.
Maurice Scellès rappelle que les graffitis sont très fréquents, y compris dans des châteaux et que, dans notre région, des représentations de bateaux sont connues le long de la Garonne, au bord de la Dordogne (Lot : Le Roc…). Dans de nombreux édifices la présence de graffitis laisse supposer un changement de statut des pièces, comme c’est sans doute le cas au château de la Caze dans l’Aveyron, où de très nombreux graffitis, dessins et inscriptions, ont été gravés sur des décors peints. Quant à leurs auteurs, certains résident à l’évidence dans le château, d’autres sont probablement de passage.
Pierre Garrigou Grandchamp revient sur le rapprochement entre la date 1571 renvoyant à la bataille de Lépante et les bateaux représentés : il n’est pas exclu que ce type de bateaux à voiles ait été aussi utilisé, car si les galères servaient au combat, il fallait compter aussi sur les autres navires qui accompagnaient la flotte pour la logistique.
Guy Ahlsell de Toulza se montre intéressé par l’utilisation du logiciel évoqué par notre confrère ; il aimerait être initié à cette technique. Puis il mentionne le spectaculaire exemple des graffitis du château de Tarascon. Un prisonnier y a gravé une véritable armada sur les murs de la tour où il se trouvait enfermé. Songeant à l’utilisation des graffitis en prison, le Trésorier évoque un exemple postérieur connu à Rabastens. En 1806, le prieuré de la ville y est transformé en mairie et une prison est construite dans une des ailes. Des graffitis de bateaux et de locomotives y ont été réalisés par les détenus dans les années 1850. Ces dessins symbolisent là l’évasion. Aussi, la chapelle de Peyrolles, lors de son abandon, a pu servir de prison pendant les Guerres de religion et un prisonnier connaissant les bateaux de haute mer a alors pu effectuer ces dessins.
La Présidente demande à Jules Masson-Mourey s’il a travaillé dans les archives afin d’en savoir plus sur un éventuel changement de destination de l’édifice. Le conférencier répond par la négative ; ses recherches sont encore en cours.
L’hypothèse du lieu d’enfermement lui paraît plausible ; il note que les représentations de bateaux sont très détaillées, ce qui est surprenant si elles sont l’œuvre de gens de passage. Il ajoute que s’il s’agit finalement d’un désir d’évasion représenté sur la paroi, cela renvoie donc à un ex-voto. Virginie Czerniak nuance et rappelle que dans la notion d’ex-voto il y a le principe de commande avec une volonté d’offrir une image de qualité. De plus, la dimension religieuse est importante dans ce type de production. Le terme doit donc être employé avec précaution.
Au sujet de la date de 1571, Guy Ahlsell de Toulza pense peu probable qu’elle soit une référence à la bataille de Lépante. Le conférencier confirme : il s’agit d’un hasard. Dans ce cas, cela peut correspondre à un prisonnier enfermé dans ces périodes troublées, et la date serait une coïncidence. La Présidente ajoute que la configuration du site est favorable à cet usage : isolée sur un piton rocheux, la chapelle est facile à surveiller.
Louis Peyrusse demande s’il n’est pas possible de mieux dater les peintures. Notre Présidente propose à Jules Masson-Mourey de lui envoyer des photographies afin qu’elle puisse les étudier de plus près et affiner une datation. Si ces peintures sont de la fin du Moyen Âge, ainsi qu’elle le suppose, les graffitis sont alors postérieurs. Le terme d’ex-voto devient impropre : à cette époque ces représentations sont très soignées et non spontanées. Notre confrère concède qu’il manque des symboles explicitement religieux ; néanmoins cette théorie est appuyée par un certain nombre de graffitologues qui considèrent presque systématiquement ces graffitis navals dans les édifices religieux comme des ex-voto.
Après ces échanges, la Présidente invite Louis Peyrusse à nous présenter la seconde communication courte du jour consacrée à Une Marianne toulousaine en 1873.
La Présidente remercie notre confrère pour cette découverte très intéressante et demande s’il pouvait s’agir d’une image destinée à un éventuel programme pictural ou un vitrail. Louis Peyrusse répond par la négative. Ces images, diffusées par la lithographie, se vendaient bon marché aux sympathisants républicains. Il existe de la même manière de nombreuses images religieuses. En dehors des Litanies de la très Sainte Vierge, publiées en 1868, la production lithographique de Louis Bordieu se résume à une douzaine de numéros : ce n’était pas son activité principale. L’iconographie de cette représentation de Marianne, piétinant la main de Justice et la Couronne, est forte, souligne Virginie Czerniak.
Bernard Sournia fait remarquer que si le projet de Viollet-le-Duc pour l’Opéra a été éliminé, c’est qu’il était mauvais ; l’architecte a en revanche travaillé pour la famille impériale, avec notamment la restauration du château de Pierrefonds et la décoration du train impérial. Louis Peyrusse précise son propos : Viollet-le-Duc n’a rien construit dans le Paris d’Haussmann. Un architecte de sa renommée aurait pu obtenir de grands chantiers, ce qui n’a pas été le cas.
Daniel Cazes se dit frappé par le côté statuaire de cette Marianne, peut-être faudrait-il se tourner vers les images allégoriques de la Tragédie toujours très impérieuses et à la mode, à la fois au XVIIIe siècle et au XIXe. Louis Peyrusse explique que ces modèles sont dérivés de La République de Jean-François Soitoux, monumentale et impérieuse. Louis Bordieu abandonne le glaive de la Justice pour l’équerre de l’Égalité et lui donne un allant extraordinaire.
Devant cette image Guy Ahlsell de Toulza pense au concours de 1848 où étaient montrées des séries d’allégories de la République plus « maternelles ». La lithographie de Bordieu lui évoque une suite logique de la Commune, avec le détail violent du piétinement des regalia. Le regard, courroucé, appuie en ce sens et contraste avec la référence à l’antique du drapé. Louis Peyrusse précise toutefois que la mention publiée dans la presse en 1873 indiquant que Louis Bordieu n’a pas fait partie de l’Internationale signifie bien qu’il n’a pas été communard. Cette image de la République n’en demeure pas moins éminemment revendicatrice.
Notre confrère explique que l’historien Maurice Agulhon, dans son étude sur l’imagerie de Marianne, s’est essentiellement intéressé aux figurations sculptées de la vie courante et traite très peu les images éditées. Or l’estampe présentée aujourd’hui prouve qu’il en existait, en dehors des images de presse. Cet exemple est d’autant plus intéressant qu’il est signé d’un artiste, spécialiste du décor d’église, qui ne produisait habituellement pas ce type d’iconographie.
La Présidente donne enfin la parole à Céline Ledru pour une question d’actualité. Notre consœur a été interrogée par un collègue préhistorien, Joël Malassagne, sur l’architecture du château de Baravit, qui se trouve dans la commune de Gragnague (Haute-Garonne). Sur ce sujet, elle sollicite l’analyse des membres spécialistes pour répondre aux questions suivantes : quelle est la caractérisation – esthétique ou utilitaire – des deux ouvertures en forme de serrures inversées situées sur les tours ? Une datation stylistique des ouvertures de la façade et de la porte d’entrée peut-elle être avancée ? Des vues, générales et de détail, de la façade du château sont présentées. Après observation, notre Trésorier résume : il s’agit d’un château du XVIIe siècle revisité au XVIIIe. Les fenêtres de la façade ont alors été refaites, celles des tours sont d’origine. Les ouvertures en question sont des bouches à feu, typiques de la première moitié du XVIIe siècle. Elles présentent la particularité d’être positionnées sur la face antérieure des tours, alors qu’elles sont normalement plutôt flanquantes, sur les murs rentrants. Par ailleurs, elles sont habituellement situées sous les fenêtres de l’étage. Elles ont initialement une fonction défensive ; ici leur rôle est plus probablement dissuasif. Les fenêtres de la façade ont été agrandies, le décor constitué par les trois briques formant larmier au-dessus des fenêtres des tours a disparu. Le modèle de ce château est extrêmement classique. Bruno Tollon indique que le château en contrebas de Mourvilles-Basses est de modèle identique. Il dispose par contre de défenses ébrasées dans le flanquement. Guy Ahlsell de Toulza ajoute que le plan est standard, généralement carré ou rectangulaire, à deux ou quatre tours. Des informations complémentaires, vues aériennes et des autres façades, permettraient de préciser l’analyse.
La Présidente remercie les membres pour leur expertise et donne rendez-vous le mardi 18 juin pour la dernière séance de l’année académique qui se clôturera autour d’une collation.
Séance du 21 mai 2024
Communication courte de Coralie Machabert : Sur les traces (in)visibles de la statuaire publique à Toulouse au milieu du XXe siècle : Le projet de Monument à Raymond IV, Comte de Toulouse par Carlo Sarrabezolles (partie 1).
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En 1940, Carlo Sarrabezolles (1888-1971), alors replié dans sa ville natale, Toulouse, reçoit une commande de l’État pour une statue de plein air. Le sculpteur saisit l’opportunité de pouvoir enfin témoigner sa reconnaissance à la cité qui l’a formé et, pour l’honorer, imagine d’abord une allégorie du Génie de Toulouse magnifiant ses richesses artistiques.
Parallèlement, l’artiste poursuit son rêve d’ériger, parmi les monuments phares de la ville, une œuvre sculpturale et architecturale, synthèse de l’histoire occitane. Ainsi, le projet prend une nouvelle ampleur et évolue en un ambitieux monument à La gloire du comte Raymond IV et du Languedoc composé d’une statue équestre du Comte de Toulouse trônant héroïquement sur un colossal piédestal historié.
Les maquettes et archives témoignent du dense et riche travail de recherches, iconographiques et plastiques, effectué par le sculpteur. L’avant-projet, pleinement ancré dans la tradition, emprunte à l’art médiéval tout en s’inscrivant dans une approche figurative de son temps.
Communication courte de Louis Peyrusse, Une Marianne toulousaine en 1873.
En 1873 paraît à l’imprimerie lithographique Salettes (où Louis Bordieu a publié toutes ses estampes et son livre Les Litanies de la très Sainte Vierge en 1868) une figure de la République universelle, en déphasage avec l’Ordre moral et les représentations tolérées et très sages de Marianne, brillamment analysées par Maurice Agulhon. Comment cette Marianne, qui foule aux pieds les emblèmes de la royauté, s’articule-t-elle avec la carrière de l’artiste, infatigable décorateur d’églises et créateur de vitraux ? De quoi s’interroger sur le danger des catégories hâtives…

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, MM. Balty, Cazes, Macé, Péligry, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Dumoulin, Krispin, Ledru, Rolland Fabre, MM. Imbert, Kerambloch, Laurière, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mme Cazes, MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Pradalier, Scellès, Sournia, Tollon.
Invité : M. Nicolas Sarzeaud, docteur en Histoire Médiévale.
La Présidente salue l’assemblée. Elle accueille notre invité Nicolas Sarzeaud et le félicite pour sa thèse récemment publiée, qu’il nous présente :
Nicolas SARZEAUD, Les suaires du Christ en Occident, Éditions du Cerf, Paris, 2024.
Virginie Czerniak souhaite ensuite rendre hommage à Nicolas Valdeyron, Professeur d’archéologie préhistorique, disparu brutalement dans la nuit du 9 au 10 mai. Il n’était pas membre de notre Société mais souhaitait le devenir. Il a fait pour nous de nombreux comptes rendus de travaux sur la Préhistoire et a participé à la dernière commission de notre concours. L’assemblée observe une minute de silence en hommage à ce grand chercheur.
La Présidente présente encore à la compagnie deux ouvrages acquis par notre Société :
Philippe DAZET-BRUN, Amandine de PÉRIGNON, Marie-Pierre REY (dir.), Académie des Jeux floraux, 700 ans de poésie, Éditions CAIRN, 2024 ;
Jean-Louis BIGET, Albi et l’Albigeois au Moyen Âge (2 tomes), Albi 2023 ;
ainsi qu’un don de M. Garric :
Jean-Michel GARRIC, L’abbaye cistercienne de Belleperche, Tarn-et-Garonne, Éditions du Conseil Départemental de Tarn-et-Garonne, 2024.
Puis elle rappelle qu’une journée foraine est prévue à Saint-Bertrand-de-Comminges le 15 juin et invite les membres qui désirent s’y rendre à se signaler auprès d’elle pour qu’elle puisse assurer l’organisation matérielle. Elle précise que la conservatrice du Musée Archéologique, Josabeth Millereux-Le Béchennec, nous fera l’honneur de nous accompagner pendant cette journée qui sera également la Journée de l’Archéologie.
Elle nous annonce enfin que notre chaîne YouTube compte désormais 165 abonnés et que la soutenance des étudiantes qui ont fabriqué les podcasts de notre chaîne a été un succès. Elle pense pouvoir compter sur un renouvellement l’année prochaine.
Notre Présidente donne ensuite la parole à Laurent Macé pour la présentation de la candidature de Guillaume Terrasson à une place de membre correspondant de notre Société de Guillaume Terrasson.
L’assemblée procède au vote (17 votants) : Guillaume Terrasson est élu à l’unanimité membre de notre Société.
Virginie Czerniak donne enfin la parole à Coralie Machabert pour une communication longue, Sur les traces (in)visibles de la statuaire publique à Toulouse au milieu du XXe siècle : le monument à Raymond IV, place Saint-Sernin.
Notre Présidente remercie notre consœur pour cette communication passionnante et exemplaire d’un point de vue méthodologique. Elle souligne la remarquable maîtrise des sources et la contextualisation de l’œuvre dans les cadres artistiques et politiques toulousains. Elle demande si la maquette présentée restera en exposition. Coralie Machabert répond que, comme toutes les œuvres de la production artistique régionale de la seconde moitiédu XXe siècle, elle ne bénéficie pas d’une exposition permanente au Musée des Augustins mais est stockée dans les réserves. Celle-ci a cependant été sortie à l’occasion de la réouverture partielle du Musée, faisant partie d’une sélection effectuée par Mme Laure Dalon, et intégrée dans une petite section intitulée « Histoire et Pouvoir ». La conservatrice s’est en effet intéressée à cette œuvre et à la vie de l’artiste ; dans la configuration actuelle du Musée, son exposition restera vraisemblablement exceptionnelle. Sophie Brouquet fait remarquer que cette maquette lui évoque les tombes des Scaliger /Scaligeri à Vérone ainsi que la statue du monument funéraire de Barnabé Visconti à Milan, mais elle n’y voit aucune influence occitane. Louis Peyrusse insiste sur la genèse fabuleuse de ce monument que l’on peut suivre avec des documents écrits et graphiques. Cependant, le premier échec du projet est politique car il arrive au mauvais moment. En effet, entre 1940 et 1944, l’artiste aurait pu ériger le monument car le régime de Vichy l’aurait permis. Sous la IVe République, en revanche, d’autres urgences s’imposaient, comme le faisait remarquer Raymond Badiou. La Mairie n’a pas méprisé le sculpteur mais le fait est qu’il présentait alors un projet d’arrière-garde. Cependant, d’un point de vue plastique, en dehors des emprunts qui viennent d’être signalés, la démesure est frappante. En témoigne le fait que l’on ait voulu placer l’œuvre sur le plateau de Jolimont ou à l’extrémité des allées Jean-Jaurès. Coralie Machabert fait remarquer qu’il avait même été évoqué de l’implanter sur la place du Capitole. La dissymétrie constitue un second point surprenant. En effet, le haut bouclier évoque un monument équestre italien adossé à un mur et non une sculpture de plein air appréhendée sous tous ses angles. L’approche plastique de cette face dénote d’une œuvre destinée à un espace public. La Présidente remarque que ce grand écu n’est pas celui d’un cavalier, mais plutôt celui d’un fantassin. Pour Laurent Macé, il évoque ceux de la tapisserie de Bayeux. Les emprunts sont en effet très variés et la silhouette du comte disparaît derrière son écu note Louis Peyrusse. Il se demande donc quelle signification cela pourrait avoir. Ce détail lui paraît étonnant car Carlo Sarrabezolles est un très grand sculpteur décoratif. Il prend pour exemple le magnifique décor de la façade de la Bourse du Travail à Bordeaux, qui est parfaitement intégré à l’architecture.
Au sujet de la démesure évoquée par notre confrère, Guy Ahlsell de Toulza se rappelle l’exposition internationale de 1937 où des œuvres gigantesques furent présentées et dont nous possédons quelques photographies. Il pense en particulier aux deux statues commandées en 1938 par la ville de Toulouse pour le stadium, projet abandonné en 1939. Les maquettes de1 m de haut ont été conçues pour des originaux qui devaient aller jusqu’à 5 m, à l’image de ces grandes statues que l’on a derrière le Trocadéro, tournées vers la tour Eiffel. Notre Trésorier se dit cependant surpris de voir qu’on pense encore dans les années 1960 mettre en place un monument tellement marqué par l’art des années 1930. Il demande par ailleurs ce qu’il en est des autres maquettes et de leur avenir. Coralie Machabert répond que l’atelier n’existe plus en tant que tel. Le Musée des Augustins conserve, outre une maquette du monument à Raymond IV, un exemplaire du Génie de la Ville. Les autres variations des monuments pour Toulouse sont conservées dans des collections privées. La famille et l’Association des amis du sculpteurs continuent de promouvoir de son œuvre et favorisent son entrée dans des fonds publics, comme récemment au Musée de Reims. Les maquettes les plus abouties sont pour l’essentiel dans des musées. Notre Trésorier pense au Musée des années 1930 de Boulogne-Billancourt ainsi qu’au Musée Belmondo, qui conserve toutes les plaques, maquettes, bronzes, etc. Il regrette qu’œuvres et archives de Carlo Sarrabezolles ne soient pas, de la même façon, regroupées en un seul lieu. En effet, reprend la conférencière, la mise en valeur des œuvres n’est pas à la hauteur de la réputation qui fut celle de l’artiste, y compris à Toulouse où le nom de Sarrabezolles semble avoir été oublié. Or, en son temps, la réputation du « sculpteur du colossal » était internationale, il avait une grande maîtrise technique de la sculpture architecturale.
Françoise Merlet-Bagneris voudrait avoir plus de détail sur cette technique si particulière utilisée par Carlo Sarrabezolles de la taille directe sur « béton en prise ». Coralie Machabert répond qu’il s’agit d’une technique que l’artiste a inventée ; il a d’ailleurs déposé un brevet et édité dans un petit livret. Celle-ci consiste à intervenir sur le béton au moment précis où il est en prise (ni trop frais, ni trop sec). Ce laps de temps réduit impose à l’artiste de travailler rapidement, sans dessin préalable ni esquisse et directement sur le béton. Il utilise cette technique pour la première fois en 1926 à Villemomble en Seine-Saint-Denis. Françoise Merlet-Bagneris demande encore si Joseph Andrau figure dans la liste des personnalités présentées pour le Comité d’honneur pour l’érection du monument. La conférencière répond négativement : Joseph Andrau, directeur de l’École des Beaux-Arts, est implanté au sein des institutions et il est une des figures centrales de la scène artistique toulousaine, alors que Carlo Sarrabezolles, établit, à Paris, n’a pas d’ancrage local. Ils n’appartiennent pas aux mêmes réseaux. Françoise Merlet-Bagneris note que Joseph Andrau a pourtant beaucoup encouragé le travail des sculpteurs liés à l’architecture. La conférencière pense qu’Andrau préférait que les budgets municipaux alloués à la communauté artistique profitent à des artistes vivant à Toulouse et appartenant au même cénacle ; il y avait certainement une sorte de protectionnisme local.
Daniel Cazes rappelle que lorsqu’il fut décidé de retirer du Musée des Augustins les œuvres contemporaines destinées à être conservées et exposées au Musée des Abattoirs, la limite fixée était 1945. Donc tout ce qui est antérieur à cette date est resté au Musée des Augustins et se trouve en réserve puisqu’aucune œuvre de la fin du XIXe-début XXe n’est aujourd’hui exposée. Il trouve dommage qu’en 2024 on ne se soit toujours pas posé la question de la création d’un Musée d’art moderne à Toulouse, qui aurait sa place comme le montre la communication du jour. Il a pu constater par ailleurs, durant sa vie de conservateur, la dispersion récurrente des fonds, problème qu’évoquait notre Trésorier. Enfin, en visitant les combles et les caves de l’École des Beaux-Arts, il a été frappé par la quantité d’œuvres entassées. Il s’agit d’un fonds extraordinaire qui est aujourd’hui dans l’oubli. Heureusement, une personne est actuellement en train d’inventorier ce fonds, mais celle-ci lui a confié que des pertes sont à déplorer. Par ailleurs il regrette que les plâtres soient conservés dans des caves et souffrent bien entendu d’une atmosphère humide. Il pense donc que Carlo Sarrabezolles et bien d’autres de ses contemporains mériteraient un peu plus d’égards dans l’histoire de l’art à Toulouse. La création d’un musée s’impose donc.
La Présidente remercie Coralie Machabert et donne la parole à Valérie Dumoulin qui nous annonce qu’elle quitte le Couvent des Jacobins pour prendre la direction du Musée Médard à Lunel (Hérault). Celui-ci est consacré aux arts et métiers du livre. Elle a pour projet de venir nous présenter le fonds de ce Musée à l’occasion d’une communication car il conserve des manuscrits extraordinaires. Elle regrette cependant de ne plus pouvoir venir aussi fréquemment à nos séances. Virginie Czerniak remercie notre consoeur qu’elle a hâte d’entendre et lui propose de nous accueillir pour une journée foraine à Lunel et de nous faire visiter son Musée. Valérie Dumoulin accepte avec grand plaisir.
Puis elle donne la parole à Christian Péligry, au titre des questions diverses, pour nous parler d’un don fait à notre Société.
Je voudrais retenir un instant votre attention sur le don qui vient d’être effectué en faveur de la Société Archéologique par l’arrière-petite-nièce du chanoine Auriol, Mme B. Reverchon. Le père de celle-ci, Gaston Pagès, notaire à Rabastens, obtint une médaille de bronze de notre Société en 1938 pour un guide qu’il avait rédigé sur Notre-Dame-du-Bourg. Le colis postal que nous avons reçu la semaine dernière contenait des objets et des documents ayant appartenu au chanoine Auriol. Celui-ci, vous le savez, apparaît comme une grande figure dans l’histoire de notre Compagnie ; il en a assuré la présidence pendant 15 ans (après celle exercée par Émile Cartailhac), depuis son élection le 17 janvier 1922, jusqu’à sa mort en 1937. Les 3 dernières années de son existence ont été marquées par la maladie, qui l’empêchait de se mouvoir et de se rendre aux séances. Mais, avant que sa santé ne se dégrade, il fut extrêmement actif : nommé conservateur des antiquités et objets d’art, il sillonna les routes de la Haute-Garonne et des départements voisins, obtenant le classement de 534 objets ; sa bibliographie, établie par François Galabert, ne recense pas moins de 150 titres ; il accueillit, à Toulouse, en mai 1929, le Congrès de la Société française d’archéologie, au cours duquel il prononça un remarquable discours et présida, avec beaucoup de panache, en 1931, le centenaire de la Société Archéologique du Midi de la France. C’est pourquoi le don de son arrière-petite-nièce, qui l’a bien connu dans son enfance et qui l’aimait beaucoup, nous touche particulièrement. Le colis qu’elle vient de nous adresser contenait : un crucifix en argent, de 19 cm, et une dizaine de médailles commémoratives ou décorations parmi lesquelles figurait la légion d’honneur qui lui fut remise en 1929, celle-là même que le chanoine arbore fièrement sur le tableau peint par Madeleine Cartailhac en 1937 ; ce portrait, restauré depuis peu, vient de reprendre sa place dans notre salle des séances. Il y avait aussi un petit livre d’exercices spirituels en basque et en latin, publié à Bayonne en 1880, un ensemble de 12 cartes postales représentant les principaux chapiteaux de Saint-Julien-de-Brioude, et surtout 4 cahiers ou carnets de notes parsemées de dessins qui révèlent les indiscutables talents artistiques de leur auteur. Je précise qu’on peut en retrouver d’autres au Musée Paul-Dupuy, parmi les milliers de documents graphiques dont notre Compagnie est toujours propriétaire.
En premier lieu, un cahier reproduisant les enluminures du manuscrit 815 de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, une Apocalypse du XIVe siècle ; le chanoine Auriol préparait, à ce moment-là, une étude sur ce manuscrit, publiée en 1929. Je le fais circuler parmi vous.
D’autre part deux carnets comportant les visites effectuées par Achille Auriol, en qualité de conservateur des antiquités et objets d’art, entre 1924 et 1934 : je fais circuler le premier, dont l’iconographie est plus riche. On y trouve une demi-douzaine de dessins, qui se déploient sur une pleine page ou même sur une double page, mais aussi des croquis et des esquisses reproduisant des chapiteaux, des colonnes, des armoiries, des sceaux, des fresques, des verrières, des détails architecturaux, des inscriptions lapidaires, des objets de culte. Ces documents sont à compléter par un inventaire manuscrit du chanoine Auriol conservé aux Archives départementales.
Enfin, un carnet de voyage, parsemé lui aussi d’esquisses au crayon ou à la plume, correspond, en réalité, à deux voyages en Italie, l’un réalisé en juillet 1898, l’autre semble-t-il, en septembre-octobre 1900. Le chanoine Auriol a pu visiter, au cours de ces déplacements, qui durèrent chacun une quinzaine de jours, Pise, Fiesole, Rome, Assise, Florence, Bologne, Milan, Padoue, Ravenne, Venise, Gênes. Fasciné par les paysages, les monuments et les œuvres d’art qu’il découvrit en Italie, Achille Auriol publia de nombreux articles sur la Toscane, la psychologie de Botticelli, l’art de Fra Angelico, la madone de Pise, le prestige de la Rome antique dans l’imagination du Moyen Âge ; le carnet de voyage offert par Mme Reverchon et les autres recueils de dessins viennent donc enrichir un ensemble bibliographique de 80 articles, ouvrages ou textes de conférence, déjà recensés dans notre catalogue. À l’occasion de ce don généreux, qui met en lumière l’attachante personnalité d’un ancien Président de la Société Archéologique du Midi de la France, je suis très heureux d’évoquer, à travers ces quelques « reliques », le souvenir du chanoine Auriol, qui mériterait sans doute, à l’avenir, une étude plus approfondie. Gloriae Majorum !
Toujours au titre des questions diverses, Virginie Czerniak donne la parole à Patrice Cabau pour nous présenter un mur récemment recouvert d’enduit, rue Bellegarde.

La rue Bellegarde est une rue qui apparaît dans les cadastres anciens. Au XVIIe siècle elle avait le nom de rue des Tissiers ou Tisserands et elle aboutissait à une porte monumentale de la ville : la porte Matabiau. Avant le XVIIe siècle, elle portait le nom de rue de Cahors. Cette voie fait un coude vers la place Saint-Sernin et à l’angle se trouvait l’hôpital Saint-Jacques-du-Bourg, transféré à cet endroit en 1421 par l’abbé de Saint-Sernin Foulque de Royère et remplacé vers 1860 par l’immeuble que l’on voit actuellement. Vers le Sud, sur l’emplacement correspondant à l’ancien collège de Périgord, fut implanté le grand Séminaire, dans les années 1820. À l’intérieur de l’îlot actuel, joignant les rues de Périgord et Bellegarde, existait aux XVIIe et XVIIIe siècle une rue qui formait la limite occidentale de l’enclos du couvent des Carmélites et qui portait le nom de ces religieuses. Cette voie a disparu dans les années 1930, lors de la construction de la Bibliothèque Municipale. Au nord de l’îlot se trouve une résidence estudiantine dépendant du CROUS Toulouse-Occitanie.
Le mur en briques constituant au Nord l’enceinte de l’ancien couvent des Carmélites vient de faire l’objet d’un ravalement. Il est désormais masqué par un enduit de couleur ocre. Ce mur conservait des traces intéressantes qui ne sont donc plus visibles aujourd’hui. Notre Directeur nous montre des photographies prises en 2013. La petite porte du CROUS, qui porte le n° 6, se situe au débouché de l’ancienne rue des Carmélites. La portion de ce mur située vers l’Est présentait une maçonnerie remaniée et quelques traces d’ouvertures. Comme cela est fréquent au Moyen Âge, le cœur de la maçonnerie est lié au mortier (et non à la terre comme plus tard). Quelques claveaux conservés dans la partie centrale indiquent certainement la présence d’une ancienne baie du XIIIe siècle. Ce mur sur la rue pouvait correspondre à l’une des maisons médiévales qui ont été détruites par la suite pour aménager le couvent. Ce fragile témoin est donc aujourd’hui masqué par les travaux qui viennent de s’achever. Quelques photographies en garderont le souvenir, mais il nous faut surtout garder l’information archéologique.
Daniel Cazes regrette que notre confrère ne se soit pas attardé sur la zone située plus à l’ouest du mur, où se trouvait l’extrémité des bâtiments du collège de Périgord. Ici se voyaient des éléments de pierre et des systèmes d’écoulement (éviers…), identiques à ceux que l’on voit au pied de la tour Maurand, rue de Périgord. Il pense que se trouvait là une maçonnerie du XIIe siècle. Ces maçonneries ont malheureusement été recouvertes elles aussi. Revenant sur le mur qui a fait l’objet de cette question d’actualité, il précise que la face interne n’a pas fait l’objet de travaux et qu’elle conserve, peut-être, des traces anciennes. Il serait donc intéressant d’aller l’observer.
Virginie Czerniak remercie notre Directeur d’avoir constitué une documentation historique et photographique sur ce mur et lève la séance.
Séance du 7 mai 2024
Communication longue d’Anaïs Charrier, Cahors : dernières découvertes et actualités sur les maisons médiévales.
Lire le compte-rendu
À la suite de la thèse de Maurice Scellès, publiée en 1993 sous la forme d’un Cahier du patrimoine intitulé « Cahors, ville et architecture civile au Moyen Âge », la ville de Cahors a œuvré pour une approche transversale de son patrimoine alliant outils de connaissance, outils opérationnels et dispositifs incitatifs d’aides.
Dans ce système, l’archéologue du bâti-Chargé d’Inventaire, dont le poste fait l’objet d’une convention de partenariat avec la Région Occitanie, a pour mission principale d’assurer le suivi des chantiers de restauration dans le Site patrimonial remarquable à Plan de sauvegarde et de mise en valeur, avec un regard accru porté sur les édifices civils médiévaux.
Chaque intervention est motivée par l’ouverture d’un chantier, la méthode mise en œuvre dépend du projet et de son impact sur l’édifice et les problématiques de recherche sont nourries au gré des découvertes. Grâce à l’enregistrement d’éléments parfois épars, au développement de l’approche dendrochronologique et à cette présence quotidienne dans la ville, notre connaissance de l’architecture civile médiévale s’est enrichie. Cette communication vise à présenter les dernières actualités de cette recherche.


Présents : Mmes Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Lamazou-Duplan, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Scellès, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bochaton, Charrier, Henocq, Ledru, Viers, MM. Mange, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mme Balty, MM. Balty, Garland, Kérambloch, Penent, Tollon.
Invitée : Mme Michelle Bouige (?)
Virginie Czerniak salue la compagnie et accueille notre invitée, Michelle Bouige, accompagnant Michelle Fournié. Puis elle annonce le décès de notre consœur Jeanne Guillevic. Elle donne la parole à Daniel Cazes pour la lecture d’un texte d’hommage :
Jeanne Guillevic (30 mars 1925 – 3 mai 2024)
Notre consœur Jeanne Guillevic, membre correspondant de notre Société dès 1971, devenue membre libre en 1993, est décédée le vendredi 3 mai dernier, à l’âge vénérable de 99 ans accomplis, au début de sa centième année.
Elle était née Jeanne Robbini, à Marseille, le 30 mars 1925, de parents marseillais. Elle y vécut longtemps et fit ses études, puis ses débuts professionnels, administratifs, à la mairie de Marseille. Ses capacités, dans le double domaine de la musique et de l’histoire de l’art, furent rapidement appréciées. Elle avait appris la musique et était dotée d’une belle voix. Cette passion ne l’a jamais quittée et elle a chanté toute sa vie, après avoir suivi des cours de haut niveau pour cela. Elle aurait pu faire carrière dans ce domaine.
Mais elle fut surtout remarquée par Marielle Latour, conservatrice, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des Musées Cantini, Longchamp et Grobet-Labadié de Marseille. Son époux, Jacques Latour, était alors conservateur des musées d’Arles. On confia à Jeanne Guillevic diverses missions dans les musées de Marseille, notamment pour l’organisation des expositions temporaires du Musée Cantini, où elle se familiarisa avec les peintures de Monet, Modigliani, Picasso. Elle collabora aussi avec le célèbre Fernand Benoît, alors conservateur du Musée Borély : elle y travailla avec lui sur les collections égyptiennes.
Son goût personnel et l’ouverture de la cité phocéenne aux mondes lointains l’attiraient vers les arts de l’Extrême-Orient. La Mairie de Marseille lui proposa de suivre une formation complète à l’École du Louvre : trois ans d’études, muséographie et muséologie. Puis elle rédigea un diplôme de recherche sur l’architecture en Inde, sous la direction de Philippe Stern, qui enseignait dans cette école et fut le conservateur du Musée Guimet de 1954 à 1965. Il était lui-même ancien élève de Louis Réau et Émile Mâle : cela nous fait remonter très loin dans le temps de l’histoire de l’art ! Philippe Stern fut frappé par les capacités de travail de Jeanne Guillevic et la qualité de ses travaux. Il lui demanda, parallèlement à cette recherche, de constituer un inventaire raisonné des collections extrême-orientales de Marseille et de Toulon, alors peu connues des chercheurs. Elle déploya dans cette spécialité, difficile pour une Occidentale, un savoir-faire enrichi par de nombreux voyages en Inde, Chine, Japon, Corée, Thaïlande, Cambodge. Sans hésiter, elle s’attaqua vaillamment à l’étude du sanscrit et du chinois.
Le hasard de la mutation professionnelle de son mari à Toulouse fit qu’elle arriva dans notre ville à la fin des années 1960, qui étaient aussi les dernières du mandat du maire Louis Bazerque. Elle fut nommée conservateur-adjoint au Musée des Augustins, auprès de Denis Milhau. Paul Ourliac, alors maire-adjoint chargé des archives, bibliothèques et musées, l’avait auparavant reçue et, sur la recommandation de la Direction des Musées de France, sut comprendre l’intérêt d’une telle candidature pour Toulouse. Le Musée Georges-Labit était alors placé sous la responsabilité de Denis Milhau et l’on comprend que les compétences de Jeanne Guillevic aient été mises à profit.
Encouragée par la conservatrice du Musée Guimet qui avait succédé à Philippe Stern, Janine Auboyer, et par son autre conservatrice talentueuse, Odette Monod, elle reprit l’inventaire et l’étude des collections de ce musée toulousain. Elle procéda également à son enrichissement par des achats et des dépôts du Musée Guimet, dans la perspective de sa rénovation. Ce musée était alors en bien triste état et avait subi des vols. Elle en fut vite nommée conservateur à part entière, ce qui lui permit de mener à bien les travaux de réaménagement muséographique. La réouverture au public en avril 1971 fut un événement, salué par tous. Toulouse disposait désormais d’un rare musée d’arts asiatiques de tout premier plan.
Elle en publia un catalogue très complet de 280 pages, fruit d’années d’études et recherches sur ces collections, préfacé par Paul Ourliac et Janine Auboyer. Elle en donna quelques années plus tard une deuxième édition, augmentée, de presque 400 pages, en deux volumes : l’un consacré à l’Inde, aux Sud-Est asiatique, Tibet et Népal, l’autre à la Chine et au Japon. Les collections égyptiennes avaient été, curieusement, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, rattachées au Musée Labit. En 1971, Jeanne Guillevic, après les avoir disposées, comme le reste du musée, d’une façon à la fois agréable et pédagogique, en donna aussi un petit catalogue, dont elle partagea la rédaction avec Pierre Ramond. En 1975, dans cette même collaboration, elle publia à part le fameux papyrus d’époque ptolémaïque d’Alexandre Varille, désormais l’un des points forts de la collection, dont elle avait fait l’heureuse acquisition en 1973.
Après le décès prématuré de Robert Mesuret, en 1972, lui fut aussi confiée la conservation du Musée Paul-Dupuy. Robert Mesuret avait pu faire procéder à l’acquisition en 1968 d’un bel immeuble du XVIIIe siècle, mitoyen, dans la perspective de l’extension du musée d’art le plus riche en collections de la Ville de Toulouse. Ces dernières ne trouvaient plus place dans l’Hôtel Besson d’origine, où Paul Dupuy avait rassemblé ses acquisitions. C’était une tâche immense pour Jeanne Guillevic que de faire le récolement de dizaines de milliers d’objets ! Elle s’y attela avec son énergie habituelle, mais elle était parfois proche du découragement, comme elle me l’a souvent conté. Elle en renouvela cependant la documentation, déjà exceptionnellement augmentée par Robert Mesuret et les précieux catalogues des expositions qu’il y avait organisées. Entre autres travaux, elle put publier en 1979, grâce aux savantes notices d’Édouard Gélis, un catalogue de sa riche collection d’horlogerie et d’instruments de mesure. Puis elle conçut toute la réorganisation architecturale et muséographique des deux bâtiments mis en communication. Les travaux nécessaires furent réalisés entre 1980 et 1985, avant l’inauguration du musée amplifié et rénové de fond en comble. Jeanne Guillevic en publia un copieux guide général, pour lequel elle se fit aider par Marie-Louise Galinier et Marcel Durliat.
Dans ces deux musées, qui étaient une charge considérable pour un seul conservateur, elle fit donc merveille, y organisant aussi des expositions temporaires que je ne peux détailler dans ce bref hommage. Elle prit sa retraite en 1992. Sa vie fut malheureusement ensuite marquée de moments difficiles, accentués par la perte prématurée de son époux, mort accidentellement, et les difficultés de son fils unique, qui la précéda dans la mort il y a à peine six mois. Elle assuma tout avec un grand courage. Elle m’a souvent dit que cela l’avait éloignée de la vie de notre Société.
De sa Provence natale, elle avait hérité un solide caractère, parfois justement rebelle, un franc-parler, un sourire aussi qui lui furent souvent utiles pour défendre la cause des musées qu’elle dirigea, face aux administrations de la Ville et de l’État. Cette combativité fit souvent merveille. Nous garderons d’elle ce souvenir d’une femme extrêmement active, toujours volontaire, d’une curiosité insatiable, enchantée par la musique, souvent pleine d’humour, sachant conter avec la distance qui s’impose les travers du monde, les qualités aussi de tous ceux qu’elle a appréciés et aimés. Récemment, elle me livrait encore ses souvenirs de Maurice Prin, qu’elle avait aidé, apprécié, et qui, en retour, chevaleresque, lui apportait de magnifiques bouquets de fleurs de son jardin. Marseille et Toulouse resteront marquées de l’empreinte peu ordinaire de Jeanne Guillevic.
Daniel Cazes (7 mai 2024)
La Présidente propose à l’assemblée d’observer une minute de silence en mémoire de notre consœur défunte.
Elle fait passer ensuite trois ouvrages donnés à la bibliothèque de notre Société :
de la part de Véronique Lamazou-Duplan :
Dominique BIDOT-GERMA, Pierre COURROUX et Véronique LAMAZOU-DUPLAN (dir.), Gouverner et administrer les principautés des Alpes aux Pyrénées (XIIIe-début XVIe), coll. Ausonius éd., Bordeaux, 2023 (disponible en ligne) ;
de la part de Pierre Garrigou Grandchamp :
Jacques BOUSSARD, Le gouvernement d’Henri II Plantagenêt, Paris, 1956 ;
de la part d’Anaïs Charrier :
MAIRIE DE CAHORS, Les chantiers 2023.
Virginie Czerniak informe également l’Assemblée de la tenue d’une Journée d’Étude organisée par le Master des Mondes Médiévaux sur le thème de Le Moyen Âge au pluriel. Dialogues et perspectives (éd. 2023-2024), le mercredi 29 mai dans la Salle Clémence Isaure ; elle invite les membres à prendre connaissance du programme.
Elle nous annonce enfin que la chaîne YouTube de la SAMF est activée et insiste pour que le plus grand nombre s’abonne de façon à rendre visible la vitalité de notre Société. Une grande fréquentation du site servira également les étudiantes qui ont fabriqué ces podcasts et dont la soutenance se tiendra mardi prochain. Notre Présidente souhaiterait en outre renouveler l’expérience dans les années qui viennent, avec d’autres étudiants, et invite les membres à proposer des exposés et à diffuser le lien. Les sujets déjà enregistrés sont les suivants :
La SAMF aujourd’hui, par Virginie Czerniak ;
Les premières années de la SAMF, par Louis Peyrusse ;
Les peintures de la Salle du Conseil Municipal, par Christian Mange ;
Missel du frère Galinier (Toulouse, BM, ms. 91), par Émilie Nadal ;
Les peintures du croisillons nord du transept de la basilique Saint-Sernin, par Virginie Czerniak.
Cette chaîne permettra par ailleurs de faire la promotion de nos séances publiques et de toutes les manifestations prévues pour le Bicentenaire.
Face à l’enthousiasme général des membres qui ont déjà visionné le premier enregistrement, notre Trésorier exprime quelques bémols. Il trouve en premier lieu que les raccords sont un peu visibles et regrette les redites d’images. Il aurait aimé ensuite voir apparaître nos Mémoires dans le film. Notre Présidente répond que ces enregistrements effectués par des débutants sont bien évidemment perfectibles, mais qu’ils n’ont rien coûté à notre Société sinon l’achat de la caméra. Étant parti de rien, elle pense au contraire que l’on peut se féliciter du résultat.
Anaïs Charrier demande si des séances filmées seront un jour proposées aux membres correspondants n’habitant pas sur place. La question a déjà été largement débattue après le confinement, et la Présidente réitère ses craintes qu’une telle formule n’aboutisse à la désertion de nos séances. Par ailleurs, elle précise que le projet n’était pas de diffuser les séances sur la chaîne YouTube mais plutôt des podcasts courts (moins de 10 mn) pour ouvrir le champ aux personnes qui s’intéressent à notre Société et notamment le public jeune. Il a été décidé d’enregistrer des sujets sur Toulouse dans un premier temps et d’élargir ensuite au Midi de la France. Dans ce cadre, certaines communications pourront être proposées sous le format du podcast. Quitterie Cazes suggère de filmer la communication pour la verser ensuite sur notre site, mais cette proposition n’emporte pas l’adhésion. Maurice Scellès pense toutefois qu’il faudra réexaminer l’hypothèse d’avoir une assemblée mixte (en présentiel et à distance) car le nombre de membres habitant à l’extérieur de Toulouse est important, et ils restent, de fait, éloignés de la Société alors qu’ils pourraient apporter de nombreuses informations à la SAMF. Il propose pour sa part d’envoyer un lien aux membres habitant au-delà d’une certaine distance de Toulouse. Virginie Czerniak reste méfiante quant au fait de proposer nos séances en visioconférence car il reste difficile de savoir qui est réellement à l’écoute. Louis Peyrusse propose de commencer par la série de podcasts courts pour poursuivre éventuellement par la suite par des formats plus longs comme ceux proposés par la chaîne « Le scribe accroupi » (environ 30 mn). Virginie Czerniak suggère pour sa part d’envisager dans l’immédiat d’étoffer notre chaîne en multipliant les podcasts au format court.
La Présidente donne enfin la parole à Anaïs Charrier pour une communication longue intitulée Cahors : dernières découvertes et actualités sur les maisons médiévales.
Elle remercie notre consœur pour son travail exemplaire sur le plan méthodologique et se réjouit de toutes ces trouvailles qui enrichissent toujours plus notre connaissance sur la maison médiévale et son décor peint. Au sujet des peintures murales de la maison de la rue Fondue-Haute, elle note les motifs de colonnes qui ornent le registre inférieur et qui lui semblent tout à fait inédits. Anaïs Charrier confirme qu’elle n’a pu trouver jusque-là d’éléments de comparaison. Elle précise par ailleurs que la restitution qu’elle propose s’appuie sur les vestiges trouvés sur les quatre murs de la pièce. La Présidente pense qu’il s’agit d’un beau décor, qu’elle ne qualifierait pas cependant de « luxueux » comme l’a désigné notre consœur. Elle demande si des prélèvements et des analyses ont été faits à l’occasion des restaurations. Anaïs Charrier répond que cela aurait été difficilement envisageable dans le cadre de financements privés.
Pierre Garrigou Grandchamp remercie notre consœur d’avoir soulevé le problème des bâtiments en cœur d’îlots – en retrait de la rue –, en essayant de comprendre quel processus a guidé l’occupation des parcelles vers le bord des voies. Il y a cependant une question importante, peu abordée pour l’instant, qui est celle des débuts d’une urbanisation avec des maisons à un seul niveau. Notre confrère évoque les travaux d’Étienne Hubert concernant les demeures romaines des Xe et XIe siècles, désignées par les textes domus terranea et domus solarata. Or, on ne retrouve nulle part les demeures à un seul niveau qui sont évoquées dans cette étude. Pierre Garrigou Grandchamp suggère de se demander si les parties basses des maisons romanes présentées n’appartiennent pas à cette phase-là. Les demi-arcs que l’on trouve au rez-de-chaussée de certaines d’entre elles – dont on ne s’explique toujours pas la fonction – ne feraient-ils pas partie d’un état à un seul niveau ?
Par ailleurs, notre consœur n’a pu observer certains murs recouverts d’enduit et Pierre Garrigou Grandchamp lui suggère d’utiliser la thermographie comme il l’a vu faire sur les maisons d’Agen dans le cadre du PCR mis en place dans cette ville. Anaïs Charrier avoue n’en avoir jamais fait, mais elle serait ravie d’entrer en contact avec quelqu’un qui puisse l’accompagner dans cette expérience à Cahors. Elle ajoute qu’il serait en effet intéressant d’effectuer une thermographie sur l’élévation du 121 rue Fondue-Haute, daté de 1321-1326, jalon important dans l’histoire du pan de bois cadurcien, car c’est pour l’instant le seul exemplaire du XIVe siècle. En effet, on a renoncé à décroûter la façade de cet édifice pour ne pas mettre en péril le décor peint intérieur. La thermographie serait donc une solution pour voir comment est monté ce pan de bois. Maurice Scellès fait remarquer que cette technique n’est pas uniquement utilisée pour les pans de bois, mais aussi pour localiser les comblements. Il prend pour exemple les clichés faits par Jean-Louis Rebière à l’abbaye de Lagrasse qui ont fait apparaître les portes et les fenêtres derrière l’enduit. Pierre Garrigou Grandchamp fait remarquer que la caméra coûte cher, mais ces prestations peuvent être demandées.
Maurice Scellès voudrait exprimer son admiration pour le travail effectué par notre consœur depuis les dix années qu’elle est en poste. Il regrette qu’un tel travail ne se fasse pas dans toutes les villes. Au gré des travaux, le plus souvent, seuls quelques murs d’un édifice sont observés, d’autres le seront quelques mois ou quelques années plus tard quand l’opportunité se présentera. Il faudra donc qu’à ce moment-là les observations effectuées aujourd’hui soient accessibles. Il demande si elle arrive, avec tout le travail qu’elle doit abattre, à avoir des notes compréhensibles dans cette perspective. Anaïs Charrier dit qu’elle apporte un grand soin à ses dessins ainsi qu’à toutes ses minutes de relevés sur lesquelles elle annote ; celles-ci sont toujours archivées et les DAO sont effectués dans 90 % des cas. Elle constitue un dossier par parcelle. Elle se tient par ailleurs aux publications de chantiers et s’impose de remplir la base de l’Inventaire. Elle apprend d’ailleurs cette année à se servir de la nouvelle base.
Pour avoir visité récemment les villes de Figeac et de Villefranche-de-Rouergue, notre Trésorier a pu noter à quel point la première était entretenue et restaurée, et la seconde complètement à l’abandon. Il se rappelle également combien l’étude de la maison de la rue de la Daurade par Maurice Scellès l’avait rendu admiratif. Il l’est toujours devant le travail de notre consœur. Il demande ce que vont devenir les belles peintures de la maison de la rue Fondue-Haute : vont-elles finir derrière du placo-plâtre comme celles de la rue Croix-Baragnon ? Selon Anaïs Charrier, cet appartement était destiné au départ à la location annuelle. Il a été décidé durant le chantier que ce serait un logement touristique de façon à ce qu’il soit préalablement aménagé dans le respect des vestiges, sans possibilité d’une décoration personnalisée. Ces peintures vont donc continuer à vivre dans un édifice habité. Fallait-il les mettre en valeur ? Valait-il mieux les protéger derrière un placo-plâtre ? Notre Trésorier fait remarquer que les demeures de Cordes qui ont livré des décors peints ne sont pas habitées. Anaïs Charrier nous informe par ailleurs que les peintures de la maison de la rue Fondue-Haute n’ont pas bénéficié de mesures de protection.
Sur la question de la transmission des données des études sur plusieurs générations, Daniel Cazes se demande si l’on ne devrait pas solliciter le circuit notarial pour transmettre ces données de la même façon que celles des propriétaires d’une maison ancienne. Notre consœur considère que toute piste mérite de l’intérêt. Pour sa part, elle essaye d’intéresser les propriétaires en leur adressant l’étude de leur bâtiment et une copie de l’analyse de dendrochronologie quand il y en a une. Quant aux notaires, il est rare à l’heure actuelle qu’ils informent les propriétaires des règles du Site Patrimonial Remarquable ; le plus souvent, ces derniers ne savent pas que tous les travaux doivent être déclarés. Dans le cadre de ses fonctions, notre consœur est également assermentée pour des fonctions de police d’urbanisme. Elle doit donc surveiller tous les travaux en cours dans le périmètre concerné. Cela demande un surplus important de temps, et cela devient lourd pour une seule personne. Elle considère qu’il y aurait du travail pour deux et aimerait bien notamment qu’on lui associe un historien.
Pierre Garrigou Grandchamp reprend ensuite le problème des toitures pour lesquelles notre consœur s’étonne de n’en trouver aucune en place. Alors qu’à Villefranche-de-Rouergue de nombreux pignons conservés laissent espérer que certaines ont pu être conservées, il se demande si les nombreux murs gouttereaux des maisons de Cahors n’étaient pas à l’origine des murs pignons ; cela qui pourrait expliquer leur reprise, le démontage des charpentes et le remploi des pièces de bois.
Virginie Czerniak remercie Anaïs Charrier et donne la parole à Maurice Scellès, au titre des questions diverses, pour une note sur plusieurs carnets de dessins de Gustave Collard, que celui-ci avait offerts à la Société en 1881, qui ont disparu de nos archives et qui se trouvent aujourd’hui aux Archives départementales du Gers.
Séance du 23 avril 2024
Communication longue de Jean-Michel Lassure, Le puits public de la place Saint-Étienne de Toulouse et le mobilier archéologique provenant de son comblement.
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Le puits public de la place Saint-Étienne a été fouillé en 1987 alors que prenait fin l’opération archéologique précédant la construction d’un parc de stationnement souterrain. Profond de 16 m à l’origine, il a été utilisé après son abandon comme dépotoir puis définitivement rasé et fermé en 1649. Plusieurs dizaines de poteries datées par 160 monnaies dont les plus récentes sont de 1640 figurent parmi l’important mobilier trouvé dans son remplissage qui fournit de nombreuses données sur la céramique utilisée à Toulouse pendant la première moitié du XVIIe siècle. À côté de poteries à usage culinaire – marmites, coquemars, couvercles, lèchefrites et faisselles – figurent en effet des récipients servant pour le transport et la conservation des liquides – cruches, dournes, pichets, jarres – et divers ustensiles utilisés pour la table – écuelles, tasses, bols, plats, réchauds et albarello. Quelques pots de chambre complètent la liste. Les productions locales constituent une grande part de ces céramiques mais celles des ateliers du groupe de Cox (Haute-Garonne) sont également représentées. Quelle que soit leur provenance, elles sont le plus souvent glaçurées et témoignent pour nombre d’entre elles des techniques décoratives alors en usage : motifs végétaux ou géométriques peints avec des oxydes métalliques et motifs géométriques incisés. Le matériel métallique est extrêmement varié (heurtoir et clous de porte, serrures, clés de porte et de coffret, cadenas, couteaux de table et de boucherie, canifs, écumoires, ciseaux et lime à ongles, marteau, houe, fragment de cotte de mailles, lame d’épée et dagues, guimbardes, sonnaille et fers à cheval), en alliage cuivreux (chaînette, alliance gravée d’un cœur, bague, boucles de ceinture, épingles et dés à coudre), en plomb (balles de mousquet) et en argent (plaque de coffret représentant une Vierge à l’Enfant). Aux objets en os (cure-oreille ouvragé, manches décorés, dés à jouer) s’ajoutent d’autres en cuir (bourses, éléments de chaussures, lanières de ceinture) ou en bois (cuillères et spatule, couvercles, toupies avec axe en fer, peignes simples ou doubles). Parmi les verres figurent des exemplaires dont le pied est décoré de mufles de lion. À signaler enfin un sac constitué de fragments de toile cousus (ensemble) et rempli de chaux. Livrées par un milieu clos et bien calé chronologiquement, ce mobilier permet de mieux cerner à la fois les diverses activités artisanales pratiquées dans le quartier Saint-Étienne et les réalités de la vie quotidienne à Toulouse vers le milieu du XVIIe siècle.
Présents : MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mme Haruna-Czaplicki ; MM. Cazes, Lassure, Penent, Peyrusse, Pradalier, Suzzoni, membres titulaires ; Mmes Krispin, Ledru, MM. Kerambloch, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Czerniak, Pradalier-Schlumberger ; MM. Balty, Garland, Garrigou-Grandchamp, Macé, Péligry, Sournia, Surmonne, Tollon.
La Présidente, Virginie Czerniak, étant retenue, la présidence de cette séance est assurée par notre Directeur. Patrice Cabau effectue, pour débuter, un point d’actualité. Le 5 avril, la très importante exposition « Cathares ». Toulouse dans la croisade a été inaugurée au Musée Saint-Raymond et au couvent des Jacobins. Elle se tiendra jusqu’au 5 janvier 2025. Une visite sera organisée pour la Société à la rentrée. Le catalogue, très riche, a été rédigé par 90 auteurs, dont plusieurs sont membres de la S.A.M.F.
Notre Directeur donne ensuite la parole à Jean-Michel Lassure pour la communication longue du jour intitulée : Le puits public de la place Saint-Étienne de Toulouse et le mobilier archéologique provenant de son comblement.
Le Directeur remercie notre confrère pour cette communication qui est un véritable sauvetage. Les données révélées auraient pu disparaître sans le travail effectué par les archéologues en 1987 et depuis. Jean-Michel Lassure ajoute qu’il existe bien d’autres sites dans le même cas, dont les données ne sont pas publiées. Patrice Cabau regrette la situation de l’archéologie toulousaine. Les archéologues qui ont travaillé sur le terrain ont disparu : pour la place Saint-Étienne ce fut Raphaël de Filippo, pour la place Esquirol Jean-Luc Boudartchouk. Notre Directeur revient ensuite sur une hypothèse de Jules Chalande : ce dernier avait émis l’idée que des éléments de la statuaire du portail de la cathédrale voisine aient pu être précipités en 1556 dans ce puits, qui fut comblé et rasé en 1649. Or, il n’y en a aucune trace, ce qui confirme la version d’Alexandre Du Mège qui considérait que les sculptures ont été vandalisées vers 1790.
Daniel Cazes rappelle que la destruction de ces éléments lapidaires fut motivée par la création du temple décadaire dans la nef. La cathédrale est alors divisée en deux par un mur, le chœur est réservé au culte catholique ancien « constitutionnel » tandis que la nef devient le temple décadaire. Dans ce contexte, la présence sur le portail de certaines statues n’était plus acceptable (celles de saint Étienne, de Denis du Moulin, de Pierre du Moulin notamment). Eu égard à ce qu’il en reste, ce portail devait être d’une qualité exceptionnelle (stéréotomie et mouluration). Il s’agissait du plus beau portail du XVe siècle à Toulouse, souligne Daniel Cazes.
Louis Peyrusse interroge le conférencier sur le temps qu’a pu prendre le comblement du puits. Selon Jean-Michel Lassure l’opération a été assez rapide, peu de temps en 1649. Louis Peyrusse demande ensuite si une comparaison a été réalisée avec le mobilier archéologique trouvé dans les autres puits du centre-ville, notamment celui fouillé officieusement par l’abbé Baccrabère à proximité du quartier Saint-Georges. Jean-Michel Lassure n’a plus en tête les résultats publiés par cet ancien membre concernant le matériel trouvé dans ce puits. Louis Peyrusse exprime sa surprise devant l’état, intact, d’un réchaud à six pieds montré durant la conférence. Aucune trace de feux n’est visible sur la glaçure, il n’a d’évidence jamais servi. Notre confrère précise alors que les objets ont été restaurés. Une partie de cette pièce était d’ailleurs manquante et a été comblée par du plâtre. Guy Ahlsell de Toulza complète en évoquant des exemples de réchauds conservés aux Musées de Rabastens et de Giroussens, également intacts. L’usage réel de ces céramiques est donc autre, sans contact avec des braises.
Les membres reviennent ensuite sur la dernière pièce, énigmatique, présentée par Jean-Michel Lassure. De forme circulaire, elle est en alliage cuivreux et mesure 4,5 cm de diamètre. Elle est ornée en son centre d’une fleur. L’inscription circulaire, ponctuée de fleurs de lys, n’est pas déchiffrée. Notre confrère suggère qu’il puisse s’agir d’un cache-serrure. Ou des phalères de cheval, propose Daniel Cazes. La taille et les fixations ne semblent pas correspondre à cette fonction.
Jean-Michel Lassure souligne le faible nombre de fers à cheval trouvés dans le puits (trois). Sans doute, en raison du bruit et de l’odeur provoqués par cette activité, les maréchaux-ferrants étaient-t-ils installés en dehors de la ville. Les travaux de Jean-Luc Laffont ont montré qu’il y avait très peu de chevaux en ville.
Guy Ahlsell de Toulza demande si d’autres types de productions ont été trouvés, en dehors des poteries vernissées toulousaines et de celles du groupe de Cox ? Jean-Michel Lassure confirme l’absence d’autres productions. Celles de Giroussens sont rares à Toulouse et plus tardives.
Répondant à Henri Pradalier, Jean-Michel Lassure indique que les objets sont actuellement conservés au dépôt de fouilles du S.R.A.
Henri Pradalier se souvient que les conditions de fouilles avaient été difficiles. De fortes pluies ont pu endommager une partie du matériel.
Daniel Cazes rappelle la conclusion incroyable – jamais vue ailleurs – de cette fouille, puisque des vestiges ont été transférés à l’Union à la demande du maire d’alors, qui souhaitait orner un carrefour de sa commune.
Avant de conclure, Jean-Michel Lassure souhaite attirer l’attention de l’assemblée sur le devenir de l’archéologie. Jusqu’à présent, il était relativement facile d’avoir accès aux documents finaux de synthèse et aux rapports réalisés par le S.R.A. ou les associations. Dorénavant les photographies comportent des mentions de droit, leur réutilisation n’est pas libre. Les rapports, quant à eux, sont diffusés de manière partielle. Les données ne sont plus accessibles. Daniel Cazes relève que le devenir de ce matériel archéologique est aussi inquiétant. De nombreuses fouilles ne sont jamais publiées et le mobilier trouvé n’est pas connu. Ces dépôts devraient être accessibles aux chercheurs. Notre confrère ajoute que les moyens – en temps, en personnel et en argent – manquent à Toulouse. L’exemple récent du chantier de l’Arsenal en témoigne.
Au titre des questions diverses, le Directeur relaie une information transmise par Hiromi Haruna-Czaplicki : le 25 avril, à 18 h, à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine se tiendra une conférence de Camilla Talfani, de l’Université de Lausanne, consacrée au « Chansonnier d’Urfé/La Vallière » exceptionnellement prêté par la B.N.F. dans le cadre de l’exposition « Troubadours, langue d’oc et Jeux floraux » (23 avril-13 juillet). Daniel Cazes signale également que, simultanément à notre séance, notre consœur Hortense Rolland Fabre présente les résultats de sa recherche sur les peintures murales des Jacobins. Il serait intéressant qu’elle puisse nous les présenter lors d’une séance.
Puis notre Trésorier informe l’assemblée que le Bureau, réuni lundi 22 avril, a approuvé la suppression de la ligne téléphonique de la Société, coûteuse et sans utilité.
Il revient ensuite sur le dossier de l’autoroute A 69 qui menace le château de Maurens-Scopont. La S.A.M.F. avait adressé aux autorités un courrier insistant sur le danger que faisait peser le tracé de cet axe routier sur le monument classé (séance du 23 mars 2023). La SAMF autorise la Présidente à acter en justice dans le cadre de la contestation engagée par M. D’Ingrando pour éloigner le tracé de l’autoroute Toulouse – Castres du pavillon néo-gothique du château.
Jérôme Kerambloch effectue ensuite un point concernant un sujet d’actualité important : les vestiges de peintures murales mis à découvert par l’effondrement, dans la nuit du 8 au 9 mars, de l’immeuble numéro 4 de la rue Saint-Rome. Notre confrère présente un ensemble de photographies qui atteste la présence d’une frise peinte en haut du mur. Plusieurs décors distincts sont identifiés, datables de la première moitié du XVIIe siècle. Louis Peyrusse explique que cette datation correspond à la chronologie indiquée par Jules Chalande au sujet des immeubles n° 2 et n° 4. La tour Serta aurait été le lieu de redistribution de deux logis ensuite séparés. Sans action immédiate, ces fragments sont voués à disparaître. Actuellement, aucune protection ne les préserve des intempéries et une détérioration a déjà été constatée depuis la découverte (chute de fragments et noircissement). Les autorités doivent être alertées rapidement.




Daniel Cazes, accompagné de notre Présidente et notre Secrétaire générale, s’est également rendu sur les lieux et a pu constater la gravité de la situation. Il pose la question du devenir de ce périmètre. Selon lui, la Ville de Toulouse pourrait décider de préserver cet espace et de mettre en valeur la tour Serta, protégée au titre des Monuments Historiques depuis 1980. Quant aux peintures, il existe aujourd’hui des techniques permettant de les sauver. Pour cela il faudrait faire appel dans les prochains jours à des restaurateurs pour les prélever.
L’opération de sauvetage est urgente. La Société doit intervenir sans attendre. Notre Secrétaire générale propose d’effectuer une campagne photographique, afin de garder des traces de ces peintures murales. À l’appui de ces documents, un courrier va être adressé à la municipalité.
Séance du 26 mars 2024
Communication longue de Philippe Gardes, Fortifications protohistoriques du Sud-ouest de la France : bilan des recherches récentes.
Lire le compte-rendu
Depuis quelques années, les recherches sur les agglomérations protohistoriques du Sud-ouest ont connu un développement sensible grâce, en particulier au projet collectif de recherche « Fortipolis », mené conjointement par les laboratoires TRACES (Toulouse), Ausonius (Bordeaux) et IRAA (Pau). Plusieurs missions de terrain ont été conduites, dont deux dans le cadre de l’archéologie préventive. Les deux sites en question étaient jusque-là interprétés comme des enceintes à gradin, correspondant à des éminences naturelles aménagées par abattage de leurs versants. Or, les diagnostics réalisés en 2021 ont montré qu’il s’agissait, en réalité, d’enceintes à talus et fossés, dont le rempart avait progressivement été masqué par la sédimentation périphérique. En outre, dans les deux cas, l’occupation semble s’étaler dans le temps, entre le premier âge du Fer, voire le Bronze final, et la fin de l’âge du Fer. A Lanne, une première phase appartient même au Néolithique final ou au début de l’âge du Bronze.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, MM. Cazes, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mme Bochaton, MM. Gardes, Imbert, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Pradalier-Schlumberger ; MM. Ahlsell de Toulza, Balty, Garland, Kerambloch, Tollon.
La Présidente ouvre la séance et accueille Sidonie Bochaton, nouvellement élue membre correspondant de notre Société.
Elle nous annonce ensuite un nouveau décès parmi nos membres, celui de Jean-Louis Biget. Elle donne la parole à Daniel Cazes chargé d’effectuer l’éloge de notre confrère :
Nous venons d’apprendre, avec une infinie tristesse, le décès de notre confrère Jean-Louis Biget, membre correspondant de notre Société depuis 1990. Il était né le 26 mai 1937 dans le département des Deux-Sèvres et il nous a quittés jeudi dernier, 21 mars, à l’âge de 87 ans. Ses obsèques civiles seront célébrées le prochain jeudi à Albi. Cette cérémonie regroupera certainement de nombreux Albigeois car il était très connu et apprécié. Je suis sans doute le plus ancien membre de notre Compagnie à avoir eu le plaisir de le connaître, puisque je fus à l’âge de 16 ans son élève au lycée. Professeur agrégé d’histoire, il enseigna en effet dans plusieurs établissements secondaires de Toulouse et du Sud-Ouest. Cela me permet de garder en mémoire le souvenir d’un de ses cours, éblouissant de connaissances, de raisonnement et de pédagogie sur la Révolution Française. Déjà reconnu comme un historien médiéviste exceptionnel, il devint vite maître de conférence avant de professer à l’École Normale Supérieure des Lettres et Sciences humaines de Fontenay-Saint-Cloud. Entre temps, il avait rédigé, sous la direction de notre ancien confrère, professeur d’Histoire médiévale à l’Université de Toulouse, Philippe Wolff, une remarquable thèse sur l’histoire d’Albi. Outre les nombreux élèves historiens qu’il avait formés à Saint-Cloud, tous admirateurs de leur maître, il développa une recherche de la plus haute qualité. Son mariage à Albi, où il résida jusqu’à la fin de sa vie, l’orienta vers le Midi de la France. Il ne saurait être question ici de citer tous ses travaux. Il leur donna une inflexion particulière vers les questions des hérésies, dont l’albigeoise dite « cathare », du XIIe au XIVe siècle, et ce, dès la fin des années 1960. De nombreux articles en témoignent, dont sa fameuse « Mythographie du catharisme » dans le volume 14 des Cahiers de Fanjeaux, en 1979. Il fut d’ailleurs le rigoureux éditeur de cette revue de 1994 à 2004 et il y contribua aussi comme auteur. Ses articles ont été repris, complétés, augmentés de notes dans un seul volume intitulé, Église, dissidences et société dans l’Occitanie médiévale, publié à Avignon en 2022. Il avait traité le même thème de façon magistrale en 2007 dans un livre fondamental des éditions Picard, Hérésies et inquisitions dans le Midi de la France. Son séjour albigeois fit qu’il dirigea aux éditions Privat en 1983 une excellente Histoire d’Albi. Cette ville qu’il aimait profondément, il l’a servie aussi par d’autres publications, parmi lesquelles, les historiens de l’art apprécieront toujours, avec de magnifiques photographies de Michel Escourbiac également éditeur, son Sainte-Cécile d’Albi, peintures de 1995, Sainte-Cécile d’Albi, sculptures 1997, La cathédrale d’Albi voir et comprendre en 1998. Avant de signer quelques textes synthétiques et lumineux, dont un sur les étapes de la construction aux XIIIe et XIVe siècles de cette extraordinaire cathédrale, dans le monumental ouvrage de La nuée bleue qui lui fut consacré en 2015. Je ne vous en dirai pas plus aujourd’hui, mais nous n’oublierons jamais son merveilleux sourire, son humanisme, son goût du contact, sa fidélité en amitié, derrière lesquels exista toujours une grande exigence intellectuelle.
La parole est donnée ensuite à notre consœur Michelle Fournié pour évoquer encore la mémoire de notre confrère défunt.
Elle dit pour sa part ne pas l’avoir connu en tant qu’enseignant, mais surtout dans le cadre des publications des Cahiers de Fanjeaux pour lesquelles il a joué un rôle fondamental durant des décennies, par sa participation intellectuelle et dans le cadre de l’édition, notamment par la fabrication des index. Elle voudrait évoquer également la part importante qu’il a eue dans la « déconstruction » de l’approche des hérésies, des « dissidences ». Il a été un des premiers à démentir les théories de ceux qui pensaient qu’il y avait des cathares partout. En effet, dans la décennie 1970-1980, il a pu démontrer que, même dans les villes les plus touchées (Albi, Castres, Carcassonne…), il n’y avait qu’entre 5 et 10 % de la population adepte du catharisme. Il a ensuite participé aux séminaires de Nice dans les années 1990, sous la direction de Monique Zerner. Plusieurs publications en sont issues, dont une : Inventer l’hérésie témoigne bien des recherches en cours. L’idée retenue alors était que les Cisterciens avaient grossi le danger représenté par ces mouvements épars pour en faire les principaux ennemis à abattre. C’est à cette occasion que Jean-Louis Biget réexamina le concile de Saint-Félix de Lauragais, sur lequel nombre d’historiens s’étaient appuyés durant des décennies pour affirmer que le catharisme venait d’Orient d’une part, et, d’autre part, pour attester que les églises cathares étaient hiérarchisées, structurées et définies territorialement. Il a pu démontrer que ce document était un faux, peut-être fabriqué au XIIIe, mais plus vraisemblablement au XVIIe siècle, par un atelier de fabrication de faux des érudits de cette époque. Cette découverte remet en question bien des approches, à la fois sur l’organisation supposée de cette Église, mais aussi sur la cohérence, le contenu et l’origine du dualisme. La déconstruction à laquelle il a participé se poursuit aujourd’hui. Les travaux de Jean-Paul Rehr sur le manuscrit 609, que la Société a couronné cette année, en est un bel exemple. Michelle Fournié fait ensuite passer le numéro des Cahiers de Fanjeaux paru en 2020, s’intitulant Le catharisme en question, qui traite de la déconstruction dont il a été question, publication dont notre défunt confrère fut le grand maître. Dans cet ouvrage, dit-elle, il a livré le fond de sa pensée sur les hérésies et les dissidences.
Notre Présidente fait remarquer que Jean-Louis Biget a également participé à l’exposition sur les cathares qui va être inaugurée le 5 avril. Quitterie Cazes ajoute que la nouvelle du décès de notre confrère a fait l’effet d’une bombe dans le groupe de chercheurs qui a organisé cette exposition, et un hommage est prévu au moment de l’inauguration de celle-ci.
La Présidente remercie Daniel Cazes et Michelle Fournié d’avoir évoqué la vie et l’œuvre de Jean-Louis Biget et propose à l’assemblée de respecter une minute de silence en mémoire de notre défunt confrère.
Virginie Czerniak donne ensuite la parole à Louis Peyrusse pour une information brève. Celui-ci se réjouit de nous annoncer une bonne nouvelle. La Mairie de Toulouse va voter le 29 mars, et le 4 avril pour le conseil de Métropole, la mise en route du plan de sauvegarde et de mise en valeur du site patrimonial remarquable du centre de Toulouse, c’est-à-dire ce que nous appelions avant le « Secteur Sauvegardé ». C’est le plus grand de France, disait-on, après Laon désormais, qui existe depuis 1986, mais qu’aucun maire de Toulouse n’a voulu appliquer pendant près de 39 ans. La procédure avait été relancée par la Municipalité depuis 2015, en effectuant un inventaire du bâti du centre-ville. Les chiffres de la conférence de presse d’hier étaient extraordinaires : 6 542 visites, 12 700 immeubles dont 155 monuments historiques… Les votes qui vont intervenir sont le lancement de la procédure qui va encore demander du temps car elle doit remonter en commission nationale, enquête publique et approbation par arrêté préfectoral ; on sera sans doute alors au printemps 2025. Dans plus ou moins un an, le document existera réellement ; celui-ci sera opposable à toute restauration, rénovation, etc. Cela permettra également aux propriétaires de bénéficier de subventions et de défiscalisations permises par la loi Malraux. C’est par ailleurs un moyen particulièrement efficace pour lutter contre l’habitat indigne du centre-ville. Il faut noter cependant la mise en place de trois catégories d’immeubles à conserver :
aucune modification possible ;
à protéger (modifications possibles) ;
à faire évoluer (41% du parc) ;
Ce sont désormais l’État, la DRAC et l’ABF qui vont avoir la main sur le site patrimonial remarquable de Toulouse.
Daniel Cazes fait remarquer que tout cela arrive après une série d’écroulements d’immeubles anciens, parfois historiques, que l’on n’a pas su conserver. Il n’y avait aucune inspection pour savoir comment on faisait des travaux dans des bâtiments des XVe, XVIe voire XVIIe siècles dans Toulouse. Le dernier effondrement, rue Saint-Rome, n’est pas celui d’un monument historique mais il est spectaculaire ; c’est tout un pâté de maisons qui a été évacué par mesure de précaution. Louis Peyrusse signale que la Mairie prend en charge la sécurisation de la maison du n° 1 de la rue des Puits-Clos qui est une maison en pan de bois et torchis du XVe siècle. La Secrétaire générale pense que si une partie est du XVe siècle, c’est celle qui constitue les parties basses, mais il se peut qu’elle soit postérieure comme le reste de l’élévation. Daniel Cazes invite les membres à passer dans la rue Saint-Rome pour observer la tour de Serta désormais visible sur toute sa hauteur depuis que la maison voisine s’est effondrée ; il pense qu’il faudrait suggérer à la Mairie de ne rien reconstruire à cet endroit de façon à laisser cette vue spectaculaire, valorisante pour ce vieux quartier, sinon de profiter de l’occasion pour bien l’étudier avant de rebâtir la parcelle.
Virginie Czerniak remercie nos anciens Présidents et donne la parole à notre confrère Philippe Gardes pour la communication longue du jour : Fortifications protohistoriques du Sud-Ouest de la France, recherches archéologiques récentes.
La Présidente remercie le conférencier pour cette communication passionnante et se dit particulièrement étonnée du grand nombre de sites cartographiés (557). Philippe Gardes répond que le tri n’a pas été effectué, faute d’éléments chronologiques pour le faire, dans cet ensemble qui comprend tous les sites ayant un « aspect » protohistorique, c’est-à-dire qui présentent une configuration de type enceinte, éperon barré ou « appui sur escarpement ». Une telle configuration peut aussi exister durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, mais dans des proportions bien moindre. Il est donc probable que dans cet ensemble il y ait des sites plus récents mais aussi de plus anciens, ceux datant de l’époque protohistorique restant assurément très majoritaires. La carte présentée en début de communication montre en plus une concentration très forte de sites dans les Pré-Pyrénées ; c’est une anomalie que l’on a encore du mal à interpréter aujourd’hui : les trois-quarts des sites se trouvent au sud de l’Adour. Une des raisons objectives à ce phénomène réside peut-être dans le contexte géographique de ces territoires ; ils sont très fragmentés et découpés par d’étroites vallées, où il y a très peu de terrains plats ; ce sont des zones qui présentent naturellement des reliefs. Cela pourrait expliquer le nombre important de sites fortifiés. Ce schéma n’existe pas plus au nord dans le Gers ou dans les Landes où on connaît des sites fortifiés plus vastes et moins nombreux. On pourrait donc y voir une certaine logique : au Nord on a des sites qui contrôlent de grands territoires et au Sud des sites qui contrôlent de petits territoires. Virginie Czerniak voudrait revenir sur le modèle de « village à cour centrale » présenté dans la communication. Elle demande combien d’habitants pouvaient regrouper ces villages et si l’on sait à quoi était réservé l’espace central. Philippe Gardes répond que la partie la plus haute du site est aussi la plus arasée, c’est l’espace central du village. De nombreux sondages ont cependant été effectués dans ces espaces sur le site présenté et rien n’a été trouvé (même pas des trous de poteaux, qui sont généralement profondément ancrés dans le sol). On sait donc que peu de constructions s’élevaient en ce centre qui devait donc rester relativement libre, les habitations se trouvant autour, appuyées contre le rempart. Le nombre d’habitations devait donc être relativement réduit ; on n’imagine pas alors dépasser la centaine d’individus ce qui pour l’époque correspondrait à un village de taille moyenne. Ces sites sont tout à fait comparables à ceux qui se trouvent au sud des Pyrénées dont les constructions sont cependant en matériau différents : au Sud on construit en pierre (même le rempart), le calcaire étant accessible partout, alors qu’au Nord le matériau disponible sur place est l’argile. Henri Pradalier demande si le même type de repérage a été fait côté espagnol. L’avantage côté sud, répond Philippe Gardes, c’est que les territoires sont dans des zones beaucoup plus arides qui ont naturellement subi une érosion beaucoup plus forte et que les vestiges sont en pierre. Les murs en pierre sont donc souvent à fleur de terre, la prospection est de ce fait facilitée et la fouille le plus souvent inutile. Henri Pradalier demande encore si le phénomène de concentration se retrouve également dans le piémont des Pyrénées espagnoles. Le même schéma se retrouve dans le pays basque, répond Philippe Gardes, mais pas en Aragon où se trouvent deux grands sites qui contrôlent des territoires beaucoup plus vastes ; mais cela s’explique par la configuration topographique : la partie médiane de l’Aragon est une zone particulièrement ouverte.
L’idée principale, reprend Philippe Gardes est, comme cela a été fait pour le site de Vieille-Toulouse, d’oublier une bonne partie de ce que l’on a appris jusque-là sur les Gaulois, c’est-à-dire que l’organisation des sociétés gauloises étaient proche de celle des grandes civilisations contemporaines, Rome ou la Grèce, mais avec une expression archéologique qui est radicalement différente puisque l’on n’a pas de grands bâtiments en pierre. Les sanctuaires existaient, mais il n’en reste que les trous de poteaux. Cela conditionne énormément notre perception culturelle de ces civilisations.
Y a-t-il des études lancées sur le reste du territoire, c’est-à-dire au nord de la Garonne, demande Louis Peyrusse ? Le problème, reprend Philippe Gardes, est que les ressources humaines pour la recherche sont faibles. Il n’y a en effet que trois Universités qui se trouvent en périphérie de la zone à étudier (Pau, Bordeaux, Toulouse). Très peu de chercheurs travaillent dans ce secteur-là, et pas seulement pour la Protohistoire, alors que le potentiel est énorme. Il serait effectivement nécessaire qu’ils soient plus nombreux. Pour l’instant, on travaille à petits pas et chaque année un site est étudié.
Quitterie Cazes est agréablement surprise par la démonstration d’un regroupement par « village ». Elle demande si les chercheurs ont travaillé sur le problème de la distance entre les villages et du type d’organisation sociale que cela suppose ? Philippe Gardes répond que chaque village fortifié contrôle un rayon de 10 à 15 km, parfois moins, ce qui est très faible. On imagine que le rôle de ces villages est surtout agricole ; les fermes isolées sont assez rares à cette époque-là dans les Pré-Pyrénées. Le matériel trouvé compte d’ailleurs de nombreux fragments de meules, mais également des silos, la fonction agricole est donc attestée. Louis Peyrusse s’interroge alors sur la richesse dont témoignent les tonnes de fragments d’amphores italiques trouvées sur les sites. Philippe Gardes répond qu’en effet les Gaulois avaient les moyens de se payer du vin en provenance d’Italie. Quel produit proposaient-ils en échange ? On le sait grâce à Ausone : le blé est l’or de la Gaule dans l’Antiquité dans le domaine des exportations. Les études de carpologie montrent par ailleurs qu’il y a beaucoup de blé dans les sites étudiés. Pour le commerce les populations pouvaient donc compter sur les ressources agricoles, mais aussi minières, qui font de ces régions des secteurs privilégiés. L’importation en masse de vin italien témoigne donc indirectement d’un haut niveau de ressources au niveau local. On retrouve cette même masse de tessons d’amphores italiques dans tous les sites importants de cette époque.
Sidonie Bochaton demande où se trouvaient les défunts. C’est assez compliqué, répond Philippe Gardes, car aujourd’hui, on ne connaît aucune tombe pour la fin de l’Âge du Fer (IIe-Ier s. av. J.-C.), à une époque de forte présence humaine dans les campagnes. Malgré des recherches très poussées, peu d’indices de sépultures ont été identifiés, et ce, pas uniquement pour le Sud-Ouest, mais pour la Gaule entière. Cette anomalie peut s’expliquer par la nature des rituels funéraires, ces derniers ne laissant pas ou peu de traces archéologiques. Paradoxalement, les seuls os humains sont découverts à l’intérieur des habitats. Il s’agit le plus souvent d’os longs ou de crânes. Ces derniers étaient peut-être conservés à titre de relique, dans le cadre d’un culte des ancêtres. Ils pouvaient jouer le même rôle symbolique que les portraits des défunts, en lieu et place de leurs ossements, placés dans des niches dans certaines maisons patriciennes de Rome. Cela expliquerait de fait qu’il n’y ait pas de tombe, ajoute la Présidente.
Christian Mange constate une constellation de villages juxtaposés et se demande s’il existe une structure au-dessus susceptible de les rassembler. Philippe Gardes répond que les informations sont actuellement un peu brutes et que la question n’a pas encore été véritablement résolue. La phase d’analyse des données commence à peine. On se rend compte cependant, même s’il reste encore beaucoup de travail à faire, qu’il y a deux grands types d’habitats fortifiés : les uns concentrant les richesses, fruits du commerce, avec un rôle politique et administratif, les autres étant plutôt dédiés aux activités agricoles. Mais cela reste encore à affiner. La taille des sites et la puissance du rempart apparaissent également comme des paramètres discriminants. Mais on en est encore à un stade élémentaire de la recherche qu’il faut bien sûr poursuivre.
Virginie Czerniak remercie notre confrère et lève la séance.
Séance du 12 mars 2024
Communication longue de Nicolas Bru, Les vitraux modernes de l’église Notre-Dame de Mazamet (Tarn) : un jalon dans le parcours méridional de Charles Plessard, compagnon des Ateliers d’art sacré.
Lire le compte-rendu
Elève de Maurice Denis puis compagnon des Ateliers d’art sacré, le peintre parisien Charles Plessard (1897-1972) est intervenu à plusieurs reprises au cours de sa carrière dans la ville de Mazamet (Tarn). Il est notamment l’auteur pour l’église paroissiale Notre-Dame de deux ensembles de vitraux exécutés par des ateliers de maîtres-verriers différents. Le premier, réalisé par les frères Rault de Rennes en 1938, est consacré à la Vie de la Vierge dans un style figuratif classique ; le second, figurant les Béatitudes et d’une iconographie plus originale, a été pris en charge par Francis Chigot de Limoges dans des conditions plus aléatoires entre 1940 et 1950. Entre modernité et traditionnalisme, ces vitraux témoignent de l’évolution de l’art sacré au milieu du 20e siècle et inscrivent Mazamet comme un des jalons dans le parcours de l’artiste.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris ; MM. Cazes, Garland, Péligry, Peyrusse, Pradalier, Scellès, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Dumoulin, Hénocq, Ledru, MM. Bru, Imbert, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Fournié, Pradalier-Schlumberger ; MM. Balty, Penent, Testard, Tollon.
La Présidente ouvre la séance et souhaite la bienvenue à Gabriel Imbert, nouvellement élu membre correspondant. L’Assemblée est informée de la disparition de notre consœur Nicole Andrieu. Dominique Watin Grandchamp, qui lui a succédé au poste de conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Haute-Garonne ayant malheureusement été retenue ce soir, Daniel Cazes accepte d’évoquer sa mémoire :
« Nous avons appris la mort de Nicole Andrieu le lundi 4 mars, ses obsèques ont eu lieu hier, lundi 11. Tous ses proches étaient très inquiets depuis des mois de la santé de notre consœur, atteinte d’une très grave maladie qui avait altéré sa conscience et l’avait éloignée de ses amis.
Nicole était née en 1950. Elle a passé son enfance et sa jeunesse à Paris. C’est là qu’elle s’est déterminée pour faire des études d’histoire de l’art et d’archéologie, qu’elle a effectuées à l’Université de Nanterre. Elle les a faites passionnément, en rencontrant des professeurs qu’elle nous disait être extraordinaires, au premier rang desquels elle citait souvent Carol Heitz, grand spécialiste de l’art carolingien. Après ses études, Nicole Andrieu s’est mariée avec José Andrieu décédé tragiquement à l’âge de 37 ans dans un accident de voiture. Ce qui fut évidemment un drame terrible pour Nicole. À Paris, ils avaient créé un cercle d’amis et se livraient tous deux à des activités dans notre domaine puisque José Andrieu avait effectué à la fois des études de droit et d’histoire de l’art. Ils s’étaient ensuite installés dans le pays natal de José, l’Aveyron. Ils résidaient à Vabres-l’Abbaye, lieu auquel ils se sont intéressés de très près. Leurs recherches n’ont malheureusement été que partiellement publiées, ce qui est dommage car ils étaient très savants sur cette ancienne abbaye. À partir de là, ils avaient développé toute une activité de recherche et de communication sur le patrimoine aveyronnais, plus spécialement dans le sud de ce département, œuvrant pour sa sauvegarde. Ils avaient agrégé autour d’eux des volontaires qui, dans tout ce territoire, faisaient une sorte d’inventaire, non officiel, avec souvent des publications et des échanges d’études. Un second drame avait marqué la vie de Nicole : la fille qu’elle avait eue avec José Andrieu, Laure, était née assez lourdement handicapée.
Venue habiter à Toulouse, Nicole Andrieu s’est rapprochée de notre Société, devenant membre correspondant en 2000. Son centre d’intérêt s’est alors déplacé vers la Haute-Garonne, où elle est devenue conservateur délégué auprès du conservateur en titre, directeur des Archives départementales de la Haute-Garonne, notre consœur Bernadette Suau. Nicole Andrieu a, dès lors, commencé à développer un travail extraordinaire dans tout le département. Avec Bernadette Suau, elles sont parvenues à faire classer et inscrire une grande quantité d’objets d’art religieux, mais aussi de l’histoire technique et industrielle. Le travail a été exceptionnel et passionnant. Les deux femmes sont devenues amies. Nicole fut d’une aide précieuse auprès de Bernadette lorsque celle-ci tomba gravement malade. Après sa disparition, Nicole poursuivit son travail auprès de Jean Le Pottier, lui aussi membre de notre Compagnie. Quand ce dernier, pris par ses responsabilités de directeur des Archives de la Haute-Garonne, dut cesser cette mission, Nicole Andrieu devint conservateur des Antiquités et Objets d’Art du département. Elle occupa ce poste jusqu’à très récemment. Il y a trois ans, la mort de sa fille à l’âge de 45 ans, des suites d’une longue maladie, bouleversa une nouvelle fois la vie de Nicole.
Dans cette brève évocation improvisée, il convient de rappeler ses travaux sur le patrimoine toulousain : entre autres, la Daurade, les reliquaires et ornements liturgiques de Saint-Sernin, les confréries de pénitents à Toulouse en collaboration avec Bernadette Suau, la petite monographie de l’église Saint-Pierre des Chartreux avec le père Galinier. Elle avait constaté que dans les églises du Comminges était conservée une quantité impressionnante de statues en pierre ou en bois, souvent du XIIIe ou XIVe siècle. Elle permit la protection de ces objets, jamais étudiés et souvent pillés, en les présentant en commission départementale des antiquités et objets d’art. Une exposition pour les faire connaître du plus grand nombre fut aussi organisée. Le Museu nacional d’art català de Barcelone a su reconnaître très tôt cette production statuaire commingeoise et acquérir plusieurs de ses œuvres remarquables, aujourd’hui exposées en bonne place dans ce musée.
La cérémonie d’hier à l’église de Pouvourville a été longuement précédée d’une série d’hommages, familiaux, amicaux et professionnels, dont celui de Jean Le Pottier, qui a rappelé le travail mené par Nicole Andrieu. »
La Compagnie observe une minute de silence en hommage à notre consœur.
La Présidente expose ensuite les résultats de la commission des concours de la Société. Sur les quatorze candidatures reçues, seules treize ont été étudiées pour cette session. En effet, aucun relecteur spécialiste n’ayant été trouvé cette année pour évaluer un des mémoires, celui-ci sera soumis à nouveau au concours 2025 ; la candidate en a été informée. Virginie Czerniak insiste sur la grande qualité des travaux présentés ; en conséquence la commission a proposé l’attribution de sept prix et trois médailles :
le Grand prix de la Société Archéologique du Midi de la France, médaille de vermeil : à la thèse de Jean-Paul Rehr, Hérésie politique et inquisition dans le comté de Toulouse. Édition et étude du ms. 609 de la Bibliothèque municipale de Toulouse : le registre de la « grande enquête inquisitoriale » à Toulouse. 1245-1246 (Université Lumière Lyon, 2023) ;
le Prix Ourgaud, ex-aequo : à la thèse de Lionel Germain, La fabrique sociale du gouvernement : pragmatique et symbolique des écrits urbains dans le Rouergue médiéval (milieu XIIe-milieu XIVe siècle) (Université Paris-Saclay, 2022), et au mémoire de Master 2 de Lorenzo Carras-Puigibert, Joseph Granié 1861-1915, portraitiste et enlumineur de la génération symboliste (Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 2023) ;
le Prix de Toulza, ex-aequo : au mémoire de Master 2 de Juliette Capdevielle, Approches et limites d’une approche technomorphométrique des hachereaux : le cas de Menez-Dregan I (Finistère) et Lanne-Daré (Hautes-Pyrénées) (Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 2021), et celui de Lola Sabardine, L’église romane de Lavernose-Lacasse (Université Paris-Nanterre) ;
deux prix spéciaux de la Société Archéologique du Midi de la France : à la thèse de Clémentine Stunault, Boire et manger à Toulouse : des métiers de bouche à l’alimentation d’une ville médiévale (Université Toulouse 2 Jean Jaurès, 2023), et au mémoire de Master 2 d’Olga Sinkova-Barrere, Reliquaires et dévotions dans le diocèse médiéval d’Elne du premier concile de Latran (1123) au concile de Trente 1542-1563 (Université de Lille) ;
deux médailles d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France : à la thèse de Marion Alvergnat, Les établissements monastiques cisterciens du Languedoc méditerranéen et du Roussillon au Moyen Âge, architecture et décor sculpté (Université Montpellier 3 Paul Valéry, 2023), ainsi qu’au mémoire de Master 2 de Laure Domont, La seigneurie partagée de Montpellier 1374-1375, une administration entre France et Navarre (Université Montpellier 3 Paul Valéry, 2021).
Les résultats, soumis au vote de l’assemblée, sont approuvés à l’unanimité. La Présidente rappelle que les prix et médailles seront remis aux lauréats lors de notre séance publique, qui se tiendra dimanche 24 mars à 16 h dans la salle Clémence-Isaure. Elle invite par ailleurs les membres à venir nombreux.
La parole est ensuite donnée à Nicolas Bru pour la communication longue du jour sur : Les vitraux modernes de l’église Notre-Dame de Mazamet (Tarn) : un jalon dans le parcours méridional de Charles Plessard, compagnon des Ateliers d’art sacré.
La Présidente remercie notre confrère pour la découverte du travail de cet artiste. Les questions d’iconographie apparaissent particulièrement intéressantes. De plus, les communications sur l’art contemporain sont rares, et cette diversité est bienvenue. Louis Peyrusse rappelle que les Ateliers d’art sacré fondés par Maurice Denis appartiennent à la tendance de l’art officiel de l’Église. Alors que Maurice Denis avait voulu un art pédagogique, notre confrère remarque que la lecture des vitraux créés par Charles Plessard n’est pas facile, y compris ceux de la vie de la Vierge. Nicolas Bru nuance le terme « art officiel » au sujet des Ateliers d’art sacré. En réalité, les commandes sont très limitées, explique-t-il. Les Ateliers sont exsangues financièrement parce qu’ils n’arrivent pas à toucher le public et les curés des campagnes. Louis Peyrusse relève que la situation est difficile après 1905 : les financements publics disparaissent. Nicolas Bru revient sur la complexité de la lecture des vitraux. Pour l’ensemble consacré à la vie de la Vierge, cela tient notamment à la mixité de techniques de verres découpés, qui répond alors à une volonté de s’affranchir de la peinture en grisaille sur de grandes surfaces au profit d’une multiplicité de morceaux simplement colorés dans la masse. Cette approche « perturbe » une représentation classique, figurative, sans pour autant s’émanciper du motif. Cela induit une lecture difficile entre les visages qui emploient encore la peinture en grisaille et les motifs d’ornements qui, eux, démultiplient les formes.
Christian Mange demande si l’église Notre-Dame de Mazamet est dotée d’un décor peint qui entrerait dans un jeu de correspondance iconographique avec les vitraux. Nicolas Bru répond par la négative. L’église n’a, a priori, jamais eu de décor sur les murs ; seul un chemin de croix a été installé dans les années 1960. Aussi, insérer ces vitraux en 1937 ou 1941 c’est jouer la confrontation avec les vitraux de la fin du XIXe siècle et les grands vitraux de Saint-Blancat (dédiés aux morts de la 1re Guerre mondiale). Notre confrère note que ce choix introduit un rapport de proportion et un rapport plastique qui n’est pas forcément très réussi. Peut-être était-ce voulu de la part de l’artiste ou du maître-verrier. Il n’y a aucune trace de sa venue sur le chantier, ce qui laisse sans explication sur la manière dont la mise en place a été réfléchie par rapport à l’environnement et au contexte. Dans cette église, les vitraux se suffisent à eux-mêmes, en tout cas programme par programme, ajoute Nicolas Bru.
Quitterie Cazes souhaite savoir comment le programme iconographique est décidé : y-a-t-il des discussions préalables ? Pour cette commande aucune information n’est connue, répond Nicolas Bru. Il est possible de déduire que le choix iconographique de la paroisse est probablement donné à l’artiste sans autre indication, à charge pour lui de le traduire en images. Quitterie Cazes est étonnée par la présence de certains symboles : une étoile de David, un coq… Nicolas Bru indique que le coq est associé à la figure de saint Pierre, mais sa place dans la composition est surprenante. Malheureusement, aucun écrit n’a été trouvé. Le conférencier se réfère alors à d’autres vitraux, antérieurs et postérieurs, produits par Charles Plessard. Il existe notamment une correspondance avec Gabriel Loire, chef d’atelier de la maison Lorin à Chartres, au sujet d’une commande pour un édifice situé à côté de Clermont-Ferrand (chapelle des sœurs de Loubeyrat) en 1935-36. Les échanges privés témoignent de la détermination de l’artiste, qui semble faire fi des demandes des commanditaires et des avis des architectes. Nicolas Bru cite un autre chantier réalisé avec le maître-verrier Francis Chicot à Annecy. Les vitraux posés dans la basilique de la Visitation en 1943, financés par le gouvernement de Vichy, comportent une francisque. À la Libération, le vitrail dédicace du donataire est changé, mais la francisque, trop difficile d’accès, est restée.
Virginie Czerniak remarque que Charles Plessard apparaît comme un personnage un peu fourbe, puisqu’il semble être passé outre le maître-verrier Chigot à Mazamet, en confiant la réalisation d’une partie de la commande à un concurrent. Christian Mange s’interroge sur la réception de ces vitraux, notamment dans le cadre des débats sur l’art saint-sulpicien. La critique est faite a posteriori, à partir des années 1937, par le Père Couturier, Dominicain à la tête de la revue L’Art sacré avec le Père Régamey. Le Père Couturier et Charles Plessard ont fréquenté ensemble les Ateliers d’art sacré de Maurice Denis. Le Dominicain se détourne de son enseignement, s’orientant après la Deuxième Guerre mondiale vers les grands maîtres de la modernité, même non chrétiens. Nicolas Bru souligne que l’œuvre de Charles Plessard reste inédite : aucune fortune critique n’est connue. Louis Peyrusse ajoute qu’à Mazamet des propriétaires d’usines, catholiques, étaient en confrontation très forte avec le monde protestant. Le financement de ce chantier s’inscrit dans un contexte de réaction politique.
Maurice Scellès exprime son étonnement sur l’absence de commentaires dans la presse locale, ne serait-ce qu’une mention de l’inauguration du décor. Nicolas Bru explique n’avoir, pour l’heure, consulté que la presse numérisée.
Quitterie Cazes demande à notre confrère s’il prévoit dans sa thèse un chapitre sur le positionnement « politico-religieux » de l’artiste. Nicolas Bru compte bien aborder ce thème complexe à décrypter. Il est connu que Charles Plessard évolue dans des milieux catholiques parisiens et progressistes. Dans un contexte qui peut associer les Ateliers d’art sacré à un « art maurassien », lui peut être qualifié de social-démocrate. Il est en effet affilié à certains personnages de cette mouvance, à l’instar des curés-ouvriers qui portent une parole œcuménique élargie dès le début du siècle. Il est notamment associé à l’abbé Roblot (Jacques Debout), qui est une des figures de la social-démocratie chrétienne. Une correspondance entre les deux hommes est conservée aux archives de la Manche, malheureusement impossible à consulter.
Henri Pradalier demande si Charles Plessard avait des rapports avec le mouvement catholique progressiste « le Sillon ». Nicolas Bru répond que l’abbé Roblot était membre de ce mouvement. Ce dernier a également fondé en 1919 Les Cahiers catholiques, qui organisaient un salon d’art religieux dont Charles Plessard a été le commissaire entre 1934 et 1939. Charles Plessard était dans la tradition du Sillon. Henri Pradalier demande ensuite si les moines d’En Calcat ont joué un rôle pour l’iconographie notamment dans la commande de Mazamet ? Charles Plessard avait des rapports avec Frère Luc, mais celui-ci ne passe que quelques mois à En Calcat, répond Nicolas Bru. Il précise n’avoir jamais trouvé de trace de relation avec l’abbaye d’En Calcat, hormis avec le Père Odilon, architecte qui lui fournit la commande de décors à Marseille, mais ce lien n’existe que plus tard, dans les années 1950.
Daniel Cazes se dit frappé de voir que cet artiste évolue entre deux tendances très opposées. Les deux cycles de l’église Notre-Dame de Mazamet illustrent parfaitement cette ambivalence. Ils s’inscrivent dans la tradition du grand vitrail du XIIIe siècle (fonds bleus, fragmentations des verres…) tout en s’affirmant, par une approche nouvelle, dans un courant moderne. Notre confrère s’interroge : y a-t-il des « suiveurs » de Charles Plessard dans la région et à Toulouse ? Il songe alors aux vitraux de l’église de la Dalbade, dont l’auteur ne lui est pas connu. Ils sont dans l’esprit de certains vitraux produits pour Mazamet. Nicolas Bru juge difficile d’évaluer la postérité d’un artiste qui, dès les années 1940, n’est plus dans la modernité. Il appartient à une manière de faire collective qui tend à disparaître. En effet, la pratique du vitrail évolue totalement dans les années 1950.
Guy Ahlsell de Toulza est ravi d’avoir découvert ce programme décoratif. Il remarque que ces vitraux, au regard de leur positionnement, n’étaient pas destinés à être lus de manière pédagogique. Les textes sont illisibles à cette hauteur. Ils n’ont pas de vocation d’enseignement mais ils existent par leur histoire spirituelle et surtout par la couleur. La postérité de cette tendance conduit aux vitraux abstraits, conçus à partir des jeux de couleurs, en aplats et sans fonction pédagogique. Le Trésorier est par ailleurs interpellé par la typographie employée, typique des années 1930, dans la mouvance Art déco.
Séance du 6 février 2024
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Lire le compte-rendu
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Nadal, Vallée-Roche ; MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Macé, Penent, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Hénocq, Jimenez, Ledru, Rolland Fabre, MM. Kérambloch, Mange, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mmes Dumoulin, Jaoul, MM. Cazes, Sournia, Testard.
Invitée : Mme Catherine Péoc’h.
La Présidente ouvre la séance en accueillant l’invitée du jour, Mme Catherine Péoc’h. Elle remercie ensuite Louis Peyrusse pour le don d’un nouvel ouvrage : Antonin Raguenet, Monographies de bâtiments modernes, Paris, Librairie d’architecture.
Puis, conformément à l’ordre du jour, la Présidente nous présente son rapport moral :
Chères consœurs, chers confrères,
Il me revient de dresser devant vous aujourd’hui le rapport moral de notre Société pour l’année 2023. Ce bilan annuel est aussi l’opportunité, au terme de deux années d’un premier mandat, de faire un point sur ma fonction de Présidente et d’exposer les facteurs de motivation qui m’incitent à vous demander de me renouveler votre confiance pour une deuxième mandature. (Vous relèverez que j’ai dit deuxième et non pas seconde…).
L’année 2023 a été marquée par une très belle séance publique organisée le 26 mars autour de la remise du prix de Clausade à Esteban Demesteere pour son master 2 consacré à la révolte de Najac en 1249 et un prix spécial de la S.A.M.F. à Sergio Jimenez-Manchon pour sa thèse dédiée aux pratiques pastorales dans les sociétés de l’âge du fer entre Catalogne et Languedoc. L’auditoire, plutôt dense pour notre plus grand plaisir, a pu ensuite profiter de la présentation par Anne-Laure Napoléone, Maurice Scellès et Pierre Garrigou Grandchamp, en avant-première, de leur livre consacré aux maisons médiévales du Lot.
Deux autres réjouissances ont rythmé cette année 2023 : le 6 juin la visite commentée par Claire Rousseau de l’exposition Saint Thomas d’Aquin montée par ses soins à l’Institut catholique et le samedi 14 octobre la journée foraine à Narbonne au cours de laquelle nous avons visité, sous la houlette de François Rio et Mireille Franc, le Palais des archevêques puis le Musée Narbo Via, avec Ambroise Lassale pour cicerone.
Outre cela, notre éphéméride fut bien remplie et je souhaiterais mettre en avant le dynamisme de notre Société qui se traduit par la facilité avec laquelle nous maintenons notre calendrier académique : nos membres sont motivés par la perspective de partager leurs recherches en participant bien volontiers aux séances dans un premier temps, puis dans un second temps en publiant dans nos Mémoires.
Le Moyen Âge est assurément la période de prédilection de nos membres. Est-ce à mettre en relation avec le profil de la Présidente ? Certes pas car cela n’est pas une nouveauté, mais il faut reconnaître que cela a été particulièrement flagrant en 2023. Ainsi, l’architecture cultuelle médiévale fut à l’honneur. Celle de Conques et Périgueux avec Gilles Séraphin. Celle de Moissac, tant le cloître que l’église Saint-Pierre, avec Jacques Dubois et Gilles Séraphin. Celle de Bayonne avec Bernard Sournia et celle, plus rurale de Toulongergues avec Valérie Rousset et moi-même. L’architecture civile du Moyen Âge fut également présente grâce à Anne-Laure Napoléone qui nous a présenté l’admirable palais de Balène de Figeac, de même que la sculpture grâce à Henri Pradalier et Céline Ledru. La peinture ne fut pas oubliée avec le panneau de Pampelune et Émilie Nadal nous a enchantés avec la présentation des enluminures des ouvrages d’Amanieu d’Albret. Sophie Brouquet a amorcé une palpitante enquête sur le monastère de Prouilhe tandis que Laurent Macé nous a fait découvrir deux matrices de sceaux inédites. Les textes médiévaux ne furent pas oubliés grâce à Patrice Cabau.
Les communications de Dominique Watin-Grandchamp sur Bénezet, de Sophie Duhem et Gérard d’Alto sur les Pedoya et celle, en duo, d’Émilie Nadal et Claire Rousseau sur Henry Howard ont ouvert le champ chronologique.
Cette appétence coutumière pour le Moyen Âge se confirme avec le profil des nouveaux membres correspondants puisque sur quatre élus cette année, deux d’entre eux sont médiévistes : Sidonie Bochaton et Gabriel Imbert. Aurélia Cohendy quant à elle est moderniste et Christian Mange contemporanéiste. Il nous faudra veiller à susciter l’adhésion de nouveaux membres travaillant sur diverses périodes.
Parmi les séances qui ont rythmé l’année académique 2022-2023, la dernière en date du 13 juin fut particulièrement émouvante. Elle fut en effet dédiée, à l’initiative de Laurent Macé, à notre confrère Jean-Luc Bourdatchouk qui devait assurer la communication de ce jour. Sa disparition brutale, fort douloureuse pour notre Société, nous ayant privé de sa présence et de son travail, Laurent Macé a suggéré, heureuse idée, d’évoquer celui-ci. La parole fut ainsi donnée à celles et ceux qui souhaitaient évoquer leurs échanges intellectuels avec Jean-Luc. Ainsi, Jean-Charles Balty, Daniel Cazes, Philippe Gardes, Dominique Watin-Grandchamp, Fernand Peloux, Patrice Cabau et Laurent Macé ont-ils partagé leurs travaux et expériences de terrain, pour le plus grand bonheur des membres présents.
Les deux grandes nouveautés de cette année 2023 pour la S.A.M.F. sont l’ouverture de la commission pour l’organisation des festivités du bicentenaire de notre Société qui se dérouleront en 2031 et la création d’une chaîne YouTube mise en œuvre par quatre étudiantes du Master Art et Communication de l’UT2J (Flore Chupin, Nadia Perles, Cécile Rauzier, Raphaëlle Tavernier). Cette chaîne numérique, destinée à être une sorte de vitrine de la S.A.M.F. sera un outil pour les plus jeunes qui auront ainsi accès très aisément à des données scientifiques, notamment sur le patrimoine toulousain, présentées de façon pédagogique, sera dévoilée à la faveur de la séance publique de cette année qui se tiendra le 24 mars prochain.
La création de cette commission et la mise en route de la chaîne YouTube, ont révélé un déficit d’implication dans les projets de la S.A.M.F. et je le déplore. En effet, la commission pour les festivités est ouverte à tous les membres, or, à l’exception de deux personnes, seuls les membres du Bureau étaient présents aux deux premières réunions. S’agissant de la chaîne YouTube, vous n’avez pas été très nombreux à me solliciter afin d’organiser des enregistrements… Nous notons également que l’annonce de la nécessité de pourvoir le poste de bibliothécaire n’a guère suscité de vocation et je crains fort que celui-ci ne reste vacant. Il me faudra donc, il nous faudra collégialement, œuvrer davantage à l’engagement de nos membres dans nos projets. Mais je gage que nous y parviendrons !
Au sujet de la chaîne YouTube, Laurent Macé suggère de réaliser également un podcast avec les doctorants. Dans la perspective du bicentenaire, certains membres présenteront au cours de la prochaine année académique, des communications courtes sur l’histoire de notre Société. Cette série assurera la transmission d’éléments de mémoire, préalable à l’écriture d’une Histoire de la S.A.M.F.
Le Bibliothécaire-Archiviste donne, à son tour, lecture de son rapport :
Jalons pour l’histoire d’une collection
Dans cet ultime rapport d’activité, je présenterai les résultats du travail accompli par notre équipe, au cours des dix dernières années. En 2017, après avoir effectué quelques rangements qui s’avéraient nécessaires pour pallier le manque de place, nous nous interrogions sur la façon de mieux valoriser nos collections ; je ne sais si nous avons atteint notre cœur de cible, mais nous souhaitions, en tout cas, offrir le meilleur à la Société Archéologique du Midi de la France. C’est cette exigence qui nous a servi constamment d’aiguillon : le catalogue en ligne que vous utilisez aujourd’hui, malgré d’inévitables erreurs ou imperfections, constitue l’aboutissement d’une longue série de catalogues, preuve s’il en faut que nous ne sommes que les maillons d’une chaîne et qu’il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.
Les origines de la bibliothèque se confondraient-elles avec celles de notre Compagnie ? Aussi loin que l’on remonte dans le passé, les comptes rendus des séances consignent régulièrement les dons effectués en faveur de la Société Archéologique par l’un ou l’autre de ses membres, qu’il s’agisse d’un livre, d’un article, d’un plan, d’une carte, d’une gravure, d’une photographie ou même d’un objet. La reproduction de ce papyrus égyptien, en caractères hiératiques, compte sans doute parmi les plus anciennes acquisitions de notre Société qui l’a reçue en don de la Bibliothèque royale, le 10 mars 1852. Elle porte le numéro 1 du catalogue. Cette collection, d’abord embryonnaire, n’a pris corps que peu à peu et n’a formé une bibliothèque digne de ce nom qu’au début du XXe siècle ; un premier inventaire, réalisé vers 1868 sous la forme d’un registre manuscrit, recense les ouvrages et les périodiques offerts ou obtenus par échange, plus rarement acquis à titre onéreux. En 1876, Eugène Lapierre, pour répondre à une circulaire du Ministère de l’Instruction publique, évaluait le contenu de la bibliothèque à 1 200 volumes, plus de 400 plaquettes et quelques grands livres d’art ornés de gravures. Cet effort louable, toutefois, ne donnait pas entière satisfaction car si l’on en croit le compte rendu de la séance du 21 mars 1882, « les membres de la Société ont souvent exprimé le désir que la bibliothèque soit disposée en ordre commode pour les recherches et qu’un catalogue soit dressé ». Le Président [alors Gustave de Clausade] délègue Mazzoli et Romestin auprès de l’archiviste pour mener à bien ce travail dans les meilleurs délais. L’article 26 du règlement interne élaboré en 1885 confirme bien l’existence d’une bibliothèque, au sein de notre Compagnie, et autorise le prêt des ouvrages qu’elle renferme pour une durée de trois mois. Le 30 janvier 1891, dans un courrier adressé au Président de la Société Archéologique, Émile Cartailhac priait celui-ci « de bien vouloir rédiger une petite notice sur la bibliothèque qui comporterait la liste des principaux ouvrages que ne possèdent pas probablement les autres dépôts de Toulouse, le nombre des ouvrages, le nombre des volumes, la liste des sociétés avec lesquelles la Société de Toulouse échange ses publications, enfin, s’il y a lieu, l’indication des jours et heures pendant lesquels la bibliothèque est ouverte aux membres de la Société et si les personnes étrangères à la Société peuvent être admises à profiter de la bibliothèque ». Un nouveau registre des ouvrages et surtout des périodiques fut commencé, semble-t-il, le 26 juillet 1891 ; par ailleurs, avant même que le siècle ne s’achève, la bibliothèque accueillait le public le mardi et le mercredi, de deux heures à quatre heures de l’après-midi : le vœu de Cartailhac était donc exaucé. Nous conservons un registre manuscrit, daté de juillet 1905, dans lequel les ouvrages, au nombre d’environ 1.800, se répartissaient entre les catégories suivantes : archéologie préhistorique, archéologie grecque et romaine, archéologie du Moyen Âge et de la Renaissance, Histoire. Son rédacteur, bien que le nom n’apparaisse en clair, ni au début ni à la fin, n’était autre que Jules de Lahondès (je l’ai découvert il n’y a pas si longtemps) : lors de la séance du 28 novembre 1905, il présentait avec fierté « le double catalogue de la bibliothèque dressé patiemment par lui, par ordre d’auteur et par ordre des matières ». Seul ce dernier nous est parvenu. Les volumes décrits prenaient place sur les rayonnages sans que l’on ait affecté au préalable une cote à chaque unité bibliographique, comme cela se pratique aujourd’hui ; mais on pouvait retrouver les documents grâce au numéro de la salle et au numéro de l’étagère que mentionnait le registre. Ce type de rangement subsista jusqu’à l’arrivée d’Alexandre Biscons, élu archiviste en janvier 1927, après la mort de Louis Vié ; c’est lui qui privilégia le catalogage sur fiches, faisant l’admiration du chanoine Auriol, Président de la Société archéologique (fig. 1).

Fig. 1. Portrait du chanoine Achille Auriol (1865-1937), arborant les insignes de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.
Je ne résiste pas au plaisir de citer les mots que celui-ci prononça devant les membres du Bureau de la Société française d’archéologie, lors de son congrès annuel tenu à Toulouse, en mai 1929 : « notre insuppléable archiviste, M. Alexandre Biscons, vient d’accomplir le prodige du joli conte de Gracieuse et Percinet. Gracieuse avait ouvert la boîte fatale, et les petits hommes et les petites femmes y contenus se sauvaient à qui mieux mieux. Survint à point le galant Percinet armé de son épée magique ; il suffit : tout ce petit monde en débandade revint au galop dans la boîte. C’est tout juste ce qu’opère présentement M. Biscons : livres et revues rentrent, prennent rang par nations et régions ; les fiches sont rigoureusement et minutieusement établies ; rien ne sera plus aisé que le maniement des quelque cinq mille à six mille volumes de notre bibliothèque. On ne fait pas mieux à la Nationale, je vous en réponds ». Biscons exerça les fonctions de bibliothécaire pendant plus de vingt ans et mourut en 1951. Nous gardons bien sûr, telle une relique, le fichier en bois qui trôna jusqu’à une date récente sur une table de la salle de lecture. Dans les années 1990, nos collections, comme celles des autres Sociétés savantes, durent abandonner, au sein de l’Hôtel d’Assézat, les murs de l’ancienne demeure du XVIe siècle pour investir les nouveaux bâtiments qui leur étaient destinés ; cette construction fut inaugurée le 18 octobre 1996. Plongés au cœur de la tourmente, Georges Fouet, Louis Latour, Henri Pradalier, Pascal Julien et d’autres membres de la Société participèrent au retour des cartons de livres, stockés provisoirement aux Abattoirs et dans les réserves du Musée Saint-Raymond ; nos prédécesseurs ont eu ensuite le mérite de réorganiser une masse documentaire qui n’avait cessé de prendre de l’ampleur. L’informatisation du catalogue fut alors engagée ; on prévoyait même de créer, en l’an 2000, un site Internet (www.pyrenet.fr) destiné à accueillir progressivement les notices que produiraient à l’avenir l’Académie des Sciences, la Société Archéologique, puis les autres institutions hébergées dans l’Hôtel d’Assézat. Mais celles-ci n’ont pu adhérer à ce projet fédérateur, de sorte que notre bibliothèque poursuivit seule son chemin. Lorsque vous m’avez élu pour la première fois Bibliothécaire-Archiviste, en janvier 2014, une grande partie des collections était déjà répertoriée. Cependant on ne pouvait interroger le catalogue que depuis la salle de lecture ; il nous a donc semblé souhaitable de lui donner plus de visibilité et de le rendre accessible urbi et orbi, au même titre que nos Bulletins et nos Mémoires, numérisés les uns et les autres par la Bibliothèque nationale de France. Nous avons bien tenté de rester membre à part entière du réseau « Symphonie » des bibliothèques de la Ville de Toulouse ; mais le Service concerné n’ayant pas donné suite aux courriers qui lui furent adressés en 2017, nous avons alors jeté notre dévolu sur un logiciel qui nous permettait de conduire ce chantier à notre guise, à notre rythme, en toute indépendance et au moindre coût. Comme les anciennes notices ne pouvaient être récupérées dans le nouveau système, sauf celles rédigées en format Unimarc par Jacques Surmonne, il fallut donc entreprendre, dès janvier 2018, une nouvelle description de l’ensemble du fonds, pièce à pièce ; nous n’avions pas le choix. Le catalogue de la bibliothèque a donc fait l’objet d’une nouvelle refonte : c’est, depuis les origines, la cinquième version que nous vous proposons, après avoir procédé, six années durant, à l’inventaire, à la description et à la collation minutieuse de ses éléments constitutifs. Il est encore trop tôt pour se réjouir de l’exhaustivité de ce travail, mais nous ne sommes plus très éloignés de l’objectif poursuivi.
À ce jour, au moins 97 % des ressources sont répertoriés, soit 11 000 imprimés et manuscrits, 480 périodiques (signalés dans le catalogue collectif des bibliothèques de l’Enseignement supérieur) et plus de 500 documents en feuilles (dessins, gravures, cartes, tirages photographiques). En outre, 400 plaques de verre, au préalable traitées, nettoyées et reconditionnées par Anne-Laure Napoléone et Maurice Scellès, figurent après numérisation, sur le site de la Société Archéologique. Les archives de Bertrand Sapène concernant les fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges seront à leur tour numérisées, dans les mois qui viennent. Une convention de partenariat vient d’être signée à ce sujet avec le Département de la Haute-Garonne pour que les Archives départementales puissent reproduire et mettre en ligne ces papiers et ces photographies qui éclairent un demi-siècle de fouilles, de 1920 à 1970. On peut considérer que nos collections se composent aujourd’hui d’au moins 25 000 unités matérielles, en incluant dans ce nombre les ouvrages et les brochures, les fascicules de périodiques, les archives, les documents en feuilles et les plaques de verre. Il y en avait environ 1 600 en 1876, 5 000 à 6 000 en 1929, quatre ou cinq fois plus en 2024 ; cela vous donne une idée de la progression régulière de ce fonds bibliographique et iconographique qui s’enrichit, comme vous le savez, grâce à l’échange des Mémoires, mais aussi grâce aux dons effectués par les membres de notre Compagnie. Anne-Laure Napoléone vient de nous offrir plus de 200 ouvrages et revues provenant de la bibliothèque de travail de Jean-Luc Boudartchouk, qui avait soutenu en 1998 une thèse monumentale sur le « Carladez, de l’Antiquité au XIIIe siècle ». Ce don constitue un apport majeur pour nos collections au sein desquelles l’Auvergne n’était guère présente. Nous avons acquis par ailleurs les catalogues qui accompagnaient deux expositions organisées à Toulouse en juin 2023 : l’une consacrée à saint Thomas d’Aquin, l’autre au collectionneur Fernand Pifteau ; enfin, juste avant la Noël, nous avons eu la primeur d’un magnifique ouvrage collectif sur les Demeures du Moyen Âge dans le Lot dont Pierre Garrigou Grandchamp et Maurice Scellès avaient dirigé la publication ; cette étude à laquelle ont participé plusieurs membres de la S.A.M.F. complète la trilogie « Archives de pierre » inaugurée en 2011 avec les églises médiévales du Lot et poursuivie en 2014 avec un volume dédié aux donjons et aux châteaux construits au Moyen Âge dans ce département.
Le logiciel que nous avons choisi, il y a six ans, permet de faire des requêtes simples ou croisées, par noms d’auteurs, par titres ou mots du titre, par sections, par sujets, par dates, soit sur l’ensemble de la période soit en se limitant à une tranche chronologique. Le serveur, qui a été changé l’année dernière, donne des temps de réponse honorables et les notices que nous avons élaborées avec Jacques Surmonne et Geneviève Bessis devraient satisfaire les chercheurs les plus exigeants de par leur complétude et leur précision. Grâce à un contrat de maintenance peu onéreux, grâce aussi à la disponibilité du concepteur de ce logiciel, nous avons pu résoudre, à plusieurs reprises, de petits problèmes techniques et améliorer, de façon appréciable, la grille de recherche.
Le livre est avant tout, bien sûr, un contenu littéraire, historique ou scientifique, mais il apparaît aussi comme un objet qui possède sa propre histoire, une histoire dont les traces affleurent sur les pages de titre, les pages de garde ou le contreplat des reliures, sous forme d’ex-libris ou de dédicaces : tel livre a appartenu à Paul de Castéran, Eugène Lapierre ou Jean-Luc Boudartchouk ; tel tiré à part fut donné à Jules de Lahondès ou Achille Auriol. En 1917, Joseph de Baye adressa depuis Moscou à Émile Cartailhac le texte d’une conférence qu’il venait de prononcer dans cette ville, comme l’atteste une enveloppe en partie déchirée. Nous ne possèderions pas les travaux de Paul Gauckler, chef de l’administration des antiquités à Tunis, de 1892 à 1905, s’il ne les avait offerts à son oncle, le docteur Élie Tachard, qui les donna à son tour à notre Compagnie, dont il faisait partie. Chacune de ces publications, le plus souvent dédicacées, témoigne de l’affection que Gauckler portait à son oncle et aussi à sa tante, Anne, qu’il appelait « sa chère Tantanne ». Il n’est pas rare par ailleurs de découvrir, glissés entre les feuillets d’un volume, un faire-part, une invitation, une lettre manuscrite, une photographie, des coupures de presse en rapport avec le livre ou son auteur, autant d’éclats de vie qui font que l’exemplaire que l’on a entre les mains n’est pas n’importe quel exemplaire ; c’est celui de la Société Archéologique du Midi de la France. Nous nous sommes efforcés, au fil des notices, de relever ces menues informations qui peuvent présenter à l’avenir un intérêt pour le chercheur.
Il ne faut jamais perdre de vue que la Société Archéologique possède ou possédait également, hors les murs, un certain nombre d’objets, de livres, de documents qui ont été cédés ou confiés pour des raisons diverses, à d’autres institutions : ainsi les quelque 3 000 dessins à la plume ou à la mine de plomb, aquarelles, fusains, eaux-fortes, burins, lithographies et photographies mis en dépôt dans le Musée Paul-Dupuy, devenu depuis sa réouverture, il y a deux ans, Musée des Arts précieux. Nous en sommes, en principe, les légitimes propriétaires, mais jusqu’à quel point et jusques à quand ? Je rappelle également pour mémoire que le Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges a été cédé au Département, par acte notarié le 3 juillet 1986 (avec une contrepartie sous forme de rente annuelle) et qu’environ 360 objets du plus grand intérêt furent vendus par nos prédécesseurs à la Ville de Toulouse, en septembre 1893, pour enrichir les collections du Musée Saint-Raymond récemment créé et celles du Musée des Augustins. Le parement d’autel des Cordeliers de Toulouse auquel Jean Penent consacra une remarquable exposition en 2012, appartenait autrefois à la Société Archéologique du Midi de la France ; il orna même notre salle des séances de 1855 à 1895, puis intégra le Musée Saint-Raymond et fut transféré un peu plus tard au Musée Paul-Dupuy, dont il constitue un des plus beaux fleurons. En revanche, nous pouvons toujours nous enorgueillir des tableaux, bustes, moulages, menhirs, inscriptions lapidaires, morceaux de corniches, fragments de poteries, et autres vestiges en provenance de Chiragan, de Frescaty, de Monteils ou d’ailleurs, qui constituent, si j’ose dire, le trésor de guerre de notre Société. Daniel Cazes en dresse minutieusement et scrupuleusement l’inventaire. Le fait de constituer une belle collection de livres et d’objets rares et précieux, à la manière des cabinets de curiosités du XVIIe ou du XVIIIe siècle, ne peut que contribuer au prestige de notre Compagnie, surtout à l’approche de son bicentenaire. Notre Trésorier aura plus d’une fois participé, avec beaucoup de pertinence, à son enrichissement.
Voici, à présent, quelques échantillons extraits de notre bibliothèque :
• Excursion de la Société Archéologique du Midi de la France dans le Tarn : Gaillac, Lisle-sur-Tarn, Saint-Géry et Rabastens (mardi 16 mai 1899)
Le mardi 16 mai 1899, transformant leur séance de travail hebdomadaire en une agréable promenade, une douzaine de membres de la Société Archéologique prirent la direction de l’Albigeois, tôt dans la matinée, sous la houlette de leur Président, Jules de Lahondès ; arrivés à Gaillac, ils furent accueillis à la descente du train, vers 8 heures, par le baron de Rivières, Élie Rossignol, Edmond Cabié, Charles Portal et Émile Jolibois que l’on reconnaît sur la photographie ; à leurs côtés figurent également Charles Lécrivain, Félix Pasquier, le marquis de Champreux, Émile Cartailhac et Antonin Deloume. Le jeune Édouard Privat faisait partie de cette équipée, mais il se trouvait, à ce moment précis, derrière l’objectif ! Lahondès publia le récit de cette excursion à la fois dans le Bulletin de la Société et dans le Messager de Toulouse, paru le 22 mai.
Après avoir visité Gaillac, les membres de la Société Archéologique convièrent le propriétaire de la maison natale de dom Vaissète à partager leur repas et lui remirent une plaque commémorative de marbre blanc, gravée en lettres d’or, préparée par les soins d’Émile Cartailhac. Cet hommage de notre Compagnie à un illustre enfant de Gaillac est toujours visible sur la façade de la maison, à l’entrée de la rue du Comte de Toulouse. On peut y lire l’inscription suivante : « Dom Vaissete / principal auteur de la célèbre / Histoire générale de Languedoc / est né ici en 1685 / Hommage de la Société archéologique du Midi, 1899 ». Après le déjeuner et une dernière flânerie dans les rues étroites de la vieille ville, des voitures conduisirent le petit groupe jusqu’à Lisle-sur-Tarn, puis jusqu’au château de Saint-Géry où madame O’Byrne et sa famille lui réservèrent le meilleur accueil. La châtelaine fit les honneurs de sa belle demeure, parcourant les salons décorés de tapisseries flamandes du XVIIIe siècle et montrant les chambres situées au premier étage, dont celle qu’aurait occupée Richelieu en 1627, ainsi que la chapelle de style Louis XVI ; les visiteurs atteignent enfin une terrasse monumentale, en surplomb sur la rivière, qui « laisserait un souvenir plus enchanteur encore, écrit Lahondès, s’il n’était dépassé par celui de la gracieuse hospitalité que nous avons reçue ». Connaissant le programme et le déroulement des visites effectuées ce jour-là, il ne semble pas déraisonnable de penser que ce cliché a été pris en fin d’après-midi, aux alentours de 17 heures. La journée se termina par la visite de Rabastens où le groupe admira l’architecture et les peintures de Notre-Dame du Bourg, la chapelle des Puysségur et la pierre tombale de Pierre de Cunh, qu’abritait l’église Saint-Pierre. Les excursionnistes n’avaient plus qu’à remonter dans le train, « convaincus une fois de plus, conclut Jules de Lahondès, qu’il suffit de parcourir la moindre région de notre France, pour y retrouver des richesses d’art ignorées, des souvenirs attachants et des raisons de l’aimer davantage ».
Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, Toulouse, 1899, séance du 23 mai 1899, p. 116-123.

Fig. 2. Bas-relief dans l’église San Saturnino à Pampelune : un chevalier partant pour la croisade ? Prov. : Édouard Privat (1899)
Cette image nous transporte à Pampelune, loin du château de Saint-Géry. Pourtant il existe un lien entre ces deux photographies, car elles ont été prises toutes les deux, vers la même époque, par le jeune Édouard Privat, qui sortait de l’École des chartes où il avait soutenu une thèse sur « Charles III le Noble et ses rapports avec la France ». Trois ans plus tard il publia dans les Mélanges dédiés à Léonce Couture, un article qui évoquait « L’art français en Navarre sous Charles le Noble (1361-1425) ». Édouard Privat fut donc le photographe de l’excursion dans le Tarn que l’on vient d’évoquer : il donna à la Société Archéologique les clichés qu’il avait pris à Gaillac, Lisle-sur-Tarn, Saint-Géry, mais aussi, nous dit le Bulletin, la reproduction « d’un bas-relief représentant saint Georges à cheval à l’intérieur de l’église San Saturnino de Pampelune et un autre pris sur la façade, au-dessus de la porte, montrant le martyre du saint évêque de Toulouse ». Ces œuvres nous rappellent à point nommé, un an après l’exposition qui eut lieu au Musée de Cluny : « Toulouse 1300-1400 ; l’éclat d’un gothique méridional » que les relations entre le Nord de l’Espagne et le Midi toulousain ont existé pendant tout le Moyen Âge et, sans doute avec une intensité particulière, au XIVe siècle ; en témoigne la présence de brodeurs, d’armuriers et de maîtres-verriers français à la cour de Navarre, ou encore l’activité du peintre Juan Oliver (Jean Olivier, Johannes Olivieri), venu de Toulouse, qui exécuta le très beau panneau de la Crucifixion de la cathédrale de Pampelune. Nous sommes ici face à un bas-relief impressionnant, presque grandeur nature, qui représenterait un chevalier partant à la croisade, béni par la main de Dieu (fig. 2). Ayant franchi la porte de la ville, il brandit un étendard de la main droite et porte un écu sur son bras gauche ; on remarquera la têtière du cheval orné de fleurs de lys. Selon Juan Albizu y Sainz de Murieta, le savant curé de Saint-Saturnin, qui écrivait dans les années 1930, il s’agirait plus précisément du roi de Navarre Teobaldo Ier qui participa à la sixième croisade en 1238-1239. Mais ne pourrait-on pas voir aussi dans ce chevalier la figure de saint Georges, comme le suggèrent Lahondès et un autre historien, José María Lacarra, en raison du nimbe qu’il porte sur sa tête et de la croix de saint Georges qui orne son oriflamme et son bouclier ? D’autant plus qu’il existe, à l’intérieur de l’église, une chapelle dédiée à ce saint. En 1968, dans son ouvrage sur le harnachement du chevalier, Martí de Riquer reprenait à son compte cette dernière hypothèse et situait la réalisation de ce bas-relief, plus tard, vers le milieu du XIVe siècle. J’ajouterai que saint Georges, modèle du chevalier chrétien, représenté le plus souvent aux prises avec un dragon qu’il terrasse, aurait favorisé l’éclatante victoire remportée par les Aragonais sur les Maures, en 1096, à la bataille d’Alcoraz, non loin de Huesca ; dans le contexte de la Reconquista, même si saint Jacques a pris dès le début la première place, comme chacun sait, il ne semble guère surprenant que la croix de saint Georges ait pu être associée, comme ici, à la figure altière de ce chevalier partant à la guerre ou à la croisade, béni par la main de Dieu.
Édouard Privat fit don également d’une photographie qui représentait le martyre de saint Sernin, sculpté sur le tympan du portail occidental de l’église San Saturnino (fig. 3) ; mais elle n’est pas parvenue jusqu’à nous. En revanche Jules de Lahondès, qui avait jadis étudié ce monument, nous a laissé un dessin à la plume de ce bas-relief dont la lecture est rendue de plus en plus difficile en raison d’une maladie qui ronge la pierre ; celle-ci était déjà très usée à l’époque où le Président de la Société Archéologique publia son dessin, en 1898, dans le numéro 22 de notre Bulletin, page 122. Eu égard à la dégradation inéluctable et peut-être même, un jour, à l’effacement complet de la scène représentée sur ce bas-relief, le témoignage graphique de Lahondès n’en revêt que plus d’importance et nous renvoie, en même temps, à la récente communication de Laurent Macé.

Fig. 3. Bas-relief représentant le martyre de saint Saturnin ; tympan du portail de cette même église.
Bibl. : Juan Albizu y Sainz de Murieta, San Cernín ; reseña histórico-artística de la iglesia parroquial de San Saturnino de Pamplona, Pamplona, Editorial Aramburu, 1930, pp. 45-46. Voir aussi : Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France, n° 22, 1899, p. 122-123. José María Lacarra, dans Príncipe de Viana, V, 1941, p. 39. Martí de Riquer, L’Arnès del cavaller, Barcelone, Éd. Ariel, 1968, p. 92.
• 84e Congrès archéologique de France (Limoges) : le bureau du Congrès et les membres de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze photographiés dans la cour d’honneur de l’Hôtel Labenche, à Brive (18 juin 1921)
Le 84e Congrès archéologique de France se tint à Limoges en 1921 ; plusieurs excursions furent alors prévues à l’intention des congressistes, notamment à Guéret, Tulle, Uzerche, Aubazine, au château de Montal ou à Castelnau-Bretenoux. L’une d’entre elles avait pour destination la ville de Brive où la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, au grand complet, accueillit le Bureau du Congrès archéologique de France. Les mots de bienvenue et les échanges d’amabilités précédèrent une conférence d’Eugène Lefèvre-Pontalis sur la collégiale Saint-Martin, en présence de 150 personnes ; ensuite commença la visite de la ville, de son musée et de ses vieilles maisons. C’est à ce moment-là, selon toute vraisemblance, que l’on photographia les congressistes, non pas au siège de la Société corrézienne qu’abritait depuis peu l’Hôtel de Verninac, au n° 10 du boulevard Carnot, mais dans la cour d’honneur d’une magnifique demeure de la Renaissance, construite à partir de 1540 par Jean de Calvimont, seigneur de Labenche. Cela me donne l’occasion de remercier ici notre consœur Sarah Munoz qui m’a permis d’identifier l’architecture et le décor sculpté que l’on peut voir à l’arrière-plan. Au-dessus des arcades en plein cintre, la façade est ornée de fausses fenêtres « d’où se penchent des bustes de femmes et d’hommes en très haut relief ». En publiant dans la revue Venezia Arti, en décembre 2020, un bel article intitulé : « Des figures hors cadre : l’émergence du corps sculpté dans l’architecture de la Renaissance en France », Sarah Munoz a montré en effet que ce type de décor était en vogue précisément dans les années 1540. Le cadre choisi pour immortaliser cette rencontre académique n’était pas le fruit du hasard : la Société corrézienne se sentait à l’étroit dans les murs de l’Hôtel de Verninac qu’on lui avait attribué, à titre provisoire, en 1917 ; il apparaissait nécessaire par ailleurs de restaurer au plus vite l’Hôtel de Labenche dont la ville était devenue propriétaire quelques années plus tôt et qui se délabrait de jour en jour. Les érudits corréziens rêvaient d’investir cet édifice prestigieux et demandaient qu’on leur réservât au moins deux pièces : l’une pour y tenir leurs réunions, l’autre pour y loger leur bibliothèque. La municipalité avait donné un accord de principe, mais les travaux tardaient à démarrer et la Société rongeait son frein ; le Congrès archéologique de 1921 était donc pour elle une occasion inespérée d’exprimer son vœu avec plus de force, avec une légitimité accrue, et en bénéficiant d’une audience qui dépassait les limites d’une petite ville de province. C’est ainsi, je crois, que nous devons interpréter la photographie de cette docte assemblée qui pose dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Labenche, enfin restauré aujourd’hui. Vous avez observé que les épouses sont reléguées dans l’anonymat : seule une d’entre elles apparaît sur le cliché, et encore de façon furtive, presqu’à son insu ! Il faut savoir que ce magnifique bâtiment du XVIe siècle abrite, depuis 1989, les collections du Musée d’art et d’histoire de Brive-la-Gaillarde et non la Société savante de cette même ville ! On distingue, dans les cercles rouges, les frères Amédée et Jean Bouyssonie, tous deux chanoines, éminents préhistoriens, l’un et l’autre membres de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, et dans le cercle jaune un visage dont les traits évoquent sans ambigüité ceux d’Eugène-Humbert Guitard qui fut, entre autres, bibliothécaire, libraire, éditeur, historien de la pharmacie et conservateur du Musée Saint-Raymond de 1935 à 1948.
Bibl. : Congrès archéologique de France, LXXXIVe session tenue à Limoges, en 1921, Paris, Picard, 1923 ; Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze ; Sarah Munoz, « Des figures hors cadre : l’émergence du corps sculpté dans l’architecture de la Renaissance en France », Venezia Arti, serie 2, vol. 29, dicembre 2020, p. 195-214.
• Le fonds Bertrand Sapène (1890-1976)
Je terminerai en présentant non pas une pièce isolée ou une simple photographie, mais un fonds d’archives qui a été répertorié l’année dernière : il s’agit d’un ensemble homogène de documents manuscrits, dactylographiés ou imprimés, graphiques et photographiques aussi, qui nous renseignent sur l’activité de Bertrand Sapène. Celui-ci, nommé instituteur à Saint-Bertrand-de-Comminges, à la fin de la Première Guerre mondiale, se passionna d’emblée pour un site archéologique que l’on avait découvert quelques années plus tôt et que l’on avait commencé à explorer, sous l’impulsion de Marcel et Jeanne Dieulafoy (fig. 4). Bertrand Sapène exerça, au début, son métier d’instituteur, mais il obtint, chaque fois que cela était possible, un détachement qui lui permettait d’abandonner sa blouse de maître d’école pour diriger, de 1920 à 1970, avec beaucoup de rigueur scientifique et beaucoup d’autorité, les fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges ; il a su affirmer sa compétence au sein du monde universitaire, parfois en grinçant des dents, comme le prouvent certains commentaires pleins d’acrimonie ; les dossiers conservés dans notre bibliothèque ont été constitués par Bertrand Sapène lui-même ; les informations précieuses qu’ils contiennent doivent être complétées par les documents déposés aux Archives de la Haute-Garonne (dans l’annexe de Saint-Gaudens) et ceux que possède le Musée archéologique départemental, à Saint-Bertrand. Ce fonds, quasiment inconnu des chercheurs, ignoré, inexploité, présente pourtant un intérêt exceptionnel car on y trouve le journal des fouilles, qui représente plus de 4 000 pages, les rapports publiés chaque année, les centaines de lettres adressées à Bertrand Sapène par Joseph Calmette, alors Président de la Société Archéologique, la correspondance échangée avec les plus grands érudits français ou étrangers, les documents comptables, les découvertes faites sur le champ de fouilles et les publications qui en découlaient, les cartes, les plans, les croquis ainsi qu’un millier de plaques photographiques qui doivent être numérisées prochainement par les Archives départementales. Le fonds Sapène constitue un gisement de premier ordre qui pourrait faire l’objet d’un beau travail universitaire. On parle aujourd’hui, avec une certaine emphase, des grands sites touristiques de l’Occitanie, parmi lesquels figure en bonne place Saint-Bertrand-de-Comminges, mais en oubliant de façon injuste le nom d’un instituteur passionné d’archéologie qui a beaucoup œuvré, pendant un demi-siècle, pour faire connaître au plus grand nombre le site de l’antique Lugdunum Convenarum.

Fig. 4. Bertrand Sapène (1890-1976) et deux ouvriers sur le chantier de fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges.
À l’issue de cet exposé, la Présidente remercie chaleureusement Christian Péligry pour le précieux travail qu’il a accompli pendant dix ans.
Enfin Guy Ahlsell de Toulza présente le rapport financier de la Société pour l’année 2023. Le trésorier revient sur le problème, croissant, des retards de règlements : un tiers des membres correspondants n’a pas payé sa cotisation. Des rappels vont être effectués. Il est aussi rappelé que tout membre n’ayant pas acquitté sa cotisation dans un délai de trois ans est considéré comme démissionnaire. Le nouveau R.I.B. pour les virements va être transmis par mail.
Pierre Garrigou Grandchamp souhaite connaître le coût de la gestion des stocks. Le Trésorier explique que les stocks de nos volumes sont conservés dans les caves et ne coûtent rien. La question se pose néanmoins de leur écoulement : une braderie sera organisée lors de la séance publique du 24 mars. Par ailleurs, les membres souhaitant compléter leur collection sont invités à faire une demande auprès du Bureau.
La Compagnie procède aux votes. Le bilan financier est approuvé et quitus est donné au Trésorier pour sa bonne gestion. Les rapports précédents sont approuvés à l’unanimité.
Puis le renouvellement des postes de Présidente et de Secrétaire générale est soumis aux votes des membres titulaires. Virginie Czerniak et Anne-Laure Napoléone sont réélues. En l’absence de candidat, le poste de Bibliothécaire-Archiviste est désormais vacant. Dans l’attente, Christian Péligry assurera un suivi, la Présidente le remercie pour son dévouement.
Le dernier point inscrit à l’ordre du jour concerne notre règlement intérieur. La proposition de modification des articles 2 et 3, envoyée aux membres le 8 janvier, est soumise aux votes. La proposition est approuvée à la majorité. Les articles 2 et 3 du règlement intérieur sont modifiés comme suit :
« Art. 2
La lecture du procès-verbal de la séance précédente à l’ouverture de chaque séance, de rigueur jusqu’au 9 novembre 2021, est remplacée par une consultation par messagerie électronique. Le procès-verbal est réputé adopté en l’absence de toute réserve exprimée par un membre de la Société, et il est archivé dans un registre particulier et signé du secrétaire de la séance et du Président ou du président de séance.
Art. 3
Le procès-verbal rend compte aussi fidèlement que possible de la teneur des informations données en séance et des discussions intervenues entre les membres. Les membres qui le souhaitent peuvent donner au secrétaire le texte écrit de leur intervention qui est alors annexé au procès-verbal.
Le procès-verbal est transmis par messagerie électronique aux membres ayant participé aux débats afin de vérifier la justesse de la transcription de leurs propos ; aucune modification qui fausserait le compte rendu des débats ne peut cependant y être apportée.
Il est établi une version destinée à la publication sur le site Internet de la Société et dans le volume des Mémoires de l’année. Les membres de la Société sont informés par courriel de sa publication sur le site Internet de la Société. »
Pour conclure la séance, Guy Ahlsell de Toulza présente un dessin de Bernard Bénezet récemment acquis par la Société. Il s’agit d’un projet de peinture représentant saint Martin convertissant sa mère réalisée pour le chœur de l’église Saint-Martin de Buzet-sur-Tarn.
Séance du 27 février 2024
Communication longue de Pierre Garrigou Grandchamp, Diane Joy et Anne-Laure Napoléone, L’architecture civile du bourg de Le Minier dans l’Aveyron.
Lire le compte-rendu
Le Minier est une petite agglomération située dans le sud Aveyron, au pied des contreforts du plateau de Lévézou. L’habitat médiéval de ce bourg est un exemple rare de maisons de type urbain en milieu rural, témoignant d’une activité minière florissante entre le XIIe et le XIVe siècle. Cet habitat s’est fossilisé une fois l’activité minière abandonnée.
Présents : Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, ; Mmes Haruna-Czaplicki, Jaoul, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Cazes, Garland, GarrigouGrandchamp, Geneviève, Péligry, Peyrusse, Pradalier, Scellès, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Caucanas, Henocq, Rolland Fabre, MM. Mange, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mmes Bessis, Cazes, MM. Macé, Séraphin, Sournia
Invités : Mme Andrea Tarnowsky, professeure au Dartmouth College en littérature médiévale, et M. François Baratte, professeur émérite de Paris IV Sorbonne en archéologie et histoire de l’art romain et paléochrétien.
La Présidente ouvre la séance en nous annonçant que la Société a reçu 13 travaux pour le concours.
Puis elle donne directement la parole aux orateurs de ce jour, Pierre Garrigou Grandchamp, Diane Joy et Anne-Laure Napoléone, pour une communication longue intitulée : Les maisons médiévales du Minier (commune du Viala-du-Tarn en Aveyron).
Virginie Czerniak remercie nos confrères et demande si le modèle de demeure à pignon sur rue qui a été montré n’est pas plus caractéristique des contrées septentrionales. Pierre Garrigou Grandchamp répond que c’est en effet l’image que l’on peut avoir en général car il y a dans le nord de la France beaucoup plus d’exemples de demeures médiévales de ce type que dans le Midi, parmi les vestiges conservés. Mais il y a de nombreuses exceptions des deux côtés : les maisons romanes de Cluny sont à gouttereau sur rue et dans le Midi on peut voir des maisons à pignon sur la voie publique à Caylus, Villefranche-de-Rouergue… Cette disposition fonctionne avec le système de rejet des eaux choisi. Un mur à pignon sur rue impose que l’on prévoie de part et d’autre de l’édifice un espace pour le rejet des eaux (entremis). Notre Présidente est par ailleurs très intéressée par le système de maisons doubles qui a été également présenté car il évoque les maisons « en bandes » qui ont été découvertes en fouille à la station du Museum à Toulouse (XIVe siècle). Ne serait-ce pas une façon plus économique de construire ? À Lauzerte, répond Pierre Garrigou Granchamp, un texte de la fin du XIIe siècle mentionne la présence d’une centaine de parcelles à construire. Dans cette ville, on peut voir en effet une série de demeures modulaires élevées les unes à côté des autres le long de l’axe principal (XIIIe siècle). Au Minier, au contraire, il s’agit d’un programme. Maurice Scellès ajoute qu’il s’agit-là d’un seul commanditaire pour les deux parties, la destination restant inconnue. Pierre Garrigou Grandchamp propose d’y voir le projet d’une frérèche ou d’une famille à l’origine de la construction. Diane Joy rappelle qu’il existe aussi des exemples où une construction individuelle prévoit au moment de son édification, notamment par des dispositifs au niveau des chaînes d’angles, de recevoir la maison voisine. Il y aurait donc une concertation qui dépasse le projet individuel ; cela peut être source d’économie au moment de la construction de la maison voisine, mais cela ne relève pas d’un programme unitaire comme nous l’avons vu au Minier. Qu’en est-il de l’idée des rez-de-chaussée communiquant demande Virginie Czerniak ? Diane Joy répond que cette proposition avait été faite lors de l’observation des demeures de Saint-Affrique car la présence d’ouvertures sur les refends et les pignons semblait permettre une forme de perméabilité prévue d’emblée à ce niveau au moment de la construction, avec un dispositif traversant qui pouvait être laissé ouvert ou fermé. Pierre Garrigou Grandchamp ajoute que c’est une façon de construire qui est presque systématique en Languedoc. Certains îlots de Béziers (îlots des arènes) comportent des arcs sur tous les murs de refends, rendus aveugles par des petits budgets – c’est-à-dire des plaques montées de chant –, que l’on peut ouvrir ou refermer à volonté. On prévoit donc d’emblée de créer des espaces plus vastes ou de les réduire. Cela laisse supposer, ajoute Maurice Scellès, que l’on fait varier les utilisations des rez-de-chaussée et donc les activités. L’exemple de la maison consulaire de Saint-Antonin-Noble-Val est très éclairant puisqu’il y a trois arcades, et les textes disent bien qu’il y a trois boutiques.
Daniel Cazes voudrait revenir sur la forme des fenêtres de la maison n° 6-7, qu’il trouve très hautes et les colonnettes centrales très fines, ce qu’il faut sans doute imputer à une fabrication en série qui a été évoquée par Diane Joy pour les chapiteaux qui sont extrêmement typés. On est dans un autre monde que celui de la région toulousaine (colonnettes de marbre d’un diamètre plus fort avec des chapiteaux plus ramassés et des fenêtres plus équilibrées). Y aurait-il des comparaisons possibles avec le monde catalano-aragonais, qui semble peut-être plus proche, la partie basse des chapiteaux pouvant être rapprochée des productions en série que l’on trouve à Gérone ? On est en effet au XIIIe siècle dans le sud de l’Aveyron (l’Aragon, Jacques Ier, Marie de Montpellier), le contexte historique a t-il pu avoir une incidence ? C’est en effet une piste à creuser pour les chapiteaux répond Pierre Garrigou Grandchamp, bien que l’art catalan lui paraisse plus gracile.
Qu’en est-il de la cheminée correspondant à la superbe souche de la maison n° 1 ? demande Louis Peyrusse. La Secrétaire générale répond que la cheminée a été détruite ; on ne voit à l’intérieur qu’un léger renflement, seul vestige de la hotte.
Maurice Scellès voudrait revenir sur la maison n° 4 : il demande si la maçonnerie de l’étage ne porte que sur la poutre formant linteau de la grande ouverture du rez-de-chaussée. Il semble bien, répond la Secrétaire générale. Il s’agirait donc d’une paroi mince, reprend Maurice Scellès. La question s’est en effet posée, répond Anne-Laure Napoléone, mais l’observation de la fenêtre indique que ce n’est pas le cas. On peut penser à plusieurs poutres juxtaposées derrière le linteau. Cependant, cette demeure n’a pas pu être visitée entièrement, l’enquête doit donc se poursuivre, notamment pour répondre à cette question. Pierre Garrigou Grandchamp fait également l’hypothèse d’un trumeau maçonné au centre de cette grande ouverture sous linteau de bois, aujourd’hui comblée.
Sylvie Caucanas demande ce qu’il en est des sources écrites, n’y a t-il pas de notaires, de compoix, de terriers même plus tardifs ? Pierre Garrigou Grandchamp répond que les sources portent à peu près uniquement sur les mines, les actes notariés n’ont pas encore été trouvés pour l’instant par le PCR qui travaille sur le sujet ; Françoise Galès, qui devait être avec nous aujourd’hui, aurait sans doute pu donner des éléments de réponse à ce sujet. Ce type de documents est par ailleurs assez rare pour les autres sites. En prenant pour exemple son travail sur Cahors, Maurice Scellès confirme qu’avant le XVe siècle, il n’y a pas beaucoup de textes utilisables pour la connaissance de l’habitat. Concernant les cadastres et les compoix, les seules indications sont les noms des propriétaires du moment et les descriptions et confronts ne permettent que rarement d’être sûr qu’il s’agit de l’édifice étudié. Sylvie Caucanas répond que dans le cas de la maison n° 1, pour laquelle on suppose une fonction d’office, une vérification dans les textes pourrait sans doute apporter au moins une réponse sinon une vue d’ensemble sur l’agglomération. Pierre Garrigou Grandchamp reconnaît que notre consoeur a raison, cependant le fait de travailler sur des centaines ou des milliers de maisons laisse les chercheurs particulièrement frustrés. Certains ont les sources mais pas les maisons, tandis que les autres ont les maisons mais pas de sources : il reste rarissime d’avoir les deux. Il reconnaît l’importance d’avoir une vue d’ensemble et évoque le travail d’Arlette Higounet-Nadal pour Périgueux qui a permis d’avoir des informations sur les manières de vivre dans les maisons, sans pouvoir cependant associer un texte à un édifice. Maurice Scellès rappelle que notre approche privilégie l’identification des archives matérielles particulièrement fragiles que sont les bâtiments et les vestiges conservés. L’enquête a pris 20 ans dans le Lot pour les églises, les châteaux et les maisons du Moyen Âge. Il est vrai que dans ce cadre, les chercheurs négligent un peu la recherche en archives, sachant qu’il est particulièrement chronophage. On regrette qu’il n’y ait pas de travail d’équipe où chaque membre aurait une compétence différente.
M. Balty voudrait revenir sur un détail décoratif présent sur la première maison : le cordon régnant qui court sur la façade principale et le long de la façade secondaire en suivant le tracé de l’extrados de l’arc de la porte. Il évoque un cas similaire sur des maisons de Syrie du Nord datant de la fin du IVe, du Ve et du VIe siècles ; un tel système décoratif se retrouve également sur les façades des églises de cette région. Une telle similitude avec un décalage de huit siècles est surprenante, est-il possible de reculer dans le temps avec un tel motif ? Pierre Garrigou Grandchamp répond que le plus surprenant est de trouver un cordon régnant sur une porte de rez-de-chaussée alors que l’on a coutume de le voir souligner les fenêtres des étages accompagné d’un cordon d’imposte qui peut se poursuivre sur les archivoltes des baies. Un tel dispositif se retrouve dès l’époque romane ; il est d’ailleurs visible sur les vestiges de la façade sud de la maison n° 1 du Minier. Bruno Tollon évoque l’exemple du Petit Palais à Avignon, dont les fenêtres sont reliées de la même façon par des cordons à la fin du XVe siècle, et il en est de même à l’hôtel d’Ulmo à Toulouse (XVIe siècle).
Michelle Pradalier confirme la datation tardive des chapiteaux, comme le montrent les astragales biseautés qui indiquent plus vraisemblablement la seconde moitié du XIIIe siècle. Elle se dit par ailleurs très étonnée par les sculptures des chapiteaux de la maison n° 6, les chapiteaux à têtes, qui sont les seuls à être historiés.
La Présidente remercie les conférenciers et donne la parole à notre Trésorier pour une question d’actualité portant sur deux acquisitions récentes :
Un petit projet de Bénézet pour l’église de Buzet-sur-Tarn.
Christian Mange nous présente ce dessin, réalisé en 1895 alors que les peintures ont été exécutées dans l’église l’année suivante. Il meurt en 1897, il s’agit donc d’un des derniers dessins de Bernard Bénézet qui, rappelle notre confrère, a été membre de la Société Archéologique. Nous rendons donc ainsi hommage à un de nos anciens membres. Notre Trésorier précise qu’il a été acquis pour notre Société, moyennant la modique somme de 200 euros. La Présidente le remercie pour cet achat.
La seconde acquisition a été faite pour l’Union. Il s’agit du portrait du Président Duranti qui s’est vendu à 4 000 euros à Albi, et qui provient d’un château de la région. Le tableau est assez grand puisqu’il fait 72 x 56 cm. Il porte une inscription : « MES. IEAN.ESTIENE.DVRANT/PREMA.PRESt.DE.THOLOSE ».
Ce magistrat, Premier président du Parlement de Toulouse, fut une victime des guerres de religion : le 11 février 1589, il fut abattu d’un coup d’arquebuse devant une porte du réfectoire des Jacobins. Le portrait est accompagné de ses armoiries. Le tableau a été réentoilé, mais la toile est visiblement ancienne et entière. Cette représentation est intéressante car c’est la seule qui soit contemporaine du personnage ; on peut en effet la dater des années 1580-1600. On ne peut pas exclure que ce portrait soit rétrospectif mais il est sur sa toile d’origine et il est de meilleure qualité que ceux qui existent par ailleurs (cf. dessins dans l’ouvrage sur la mort de Duranti au Musée du Vieux Toulouse). Les deux copies conservées par le Musée du Vieux Toulouse datent de la fin du XIXe-début du XXe siècle. Ce tableau, qui figure un personnage important, prendra place dans la salle Clémence-Isaure. Il faut noter qu’il y a assez peu d’œuvres de ce genre qui se présentent à la vente en ce moment. Louis Peyrusse fait remarquer que l’inscription et le format laissent penser qu’il s’agit d’une copie ancienne d’un original (peut-être celui du Parlement) qui fait partie d’une galerie de portraits.
Séance du 23 janvier 2023
Communication longue de Laurent Macé, Lévitation et tauromachie, matrices et hagiographie
Lire le compte-rendu
Les sceaux peuvent parfois être le support tangible de motifs iconographiques qui renvoient à des séquences hagiographiques qu’il faut tenter d’analyser ; la démarche permet, certes, de comprendre les motivations spirituelles du sigillant qui exprime de la sorte sa dévotion mais qui affiche aussi un mode de représentation destiné à être vu au sein de son milieu d’appartenance. L’étude de deux matrices de sceaux, totalement inédites, ayant appartenu à deux chanoines – un Toulousain et un Commingeois – alimente le dossier de la diffusion des Vies de saints dans le Midi du XIVe siècle.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Fournié, Jaoul, Vallée-Roche, MM. Catalo, Cazes, Lassure, Macé, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Tollon, membres titulaires ; Mmes Dumoulin, Henocq, Ledru, Rolland Fabre, MM. Peloux, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mmes Bessis, Caucanas, Nadal, Pradalier ; MM. Dubois, Garrigou Grandchamp, Testard, Surmonne.
Invités : MM. David Madec, Directeur des Musées et des Monuments de Toulouse, Arnaud Hatier, étudiant en Histoire à l’UT2J.
La Présidente ouvre la séance en rappelant aux membres que la cotisation doit être payée durant le premier trimestre de l’année civile, elle nous invite donc à nous en acquitter rapidement. Celle-ci s’élève actuellement à 50 euros.
Elle accueille ensuite David Madec et Arnaud Hatier, nos invités, et les informe qu’ils devront quitter la salle des séances après la communication, au moment où nous devrons examiner les candidatures pour des postes de membres de notre Société.
Par ailleurs, des invitations à l’inauguration de la réouverture la Fondation Bemberg (le 1er février) ont été adressées aux membres titulaires. La Présidente demande à ces derniers de récupérer les enveloppes qui leur sont adressées.
Elle signale enfin le don d’un lot d’ouvrages à la bibliothèque de notre Société. Il s’agit tout d’abord de « focus » portant sur le patrimoine toulousain trouvés par Daniel Cazes. Notre ancien Président précise qu’ils sont édités par la Direction de l’Animation et du Patrimoine de la Ville, dont le siège se trouve à la place de la Daurade. Il s’agit d’un lieu d’information sur le patrimoine toulousain et, depuis un an, cet organisme publie des fascicules très intéressants. Ils sont gratuits et s’adressent plus particulièrement aux jeunes. L’un d’eux porte sur Toulouse – le Grand-Rond et le Jardin Royal, le second sur Toulouse – l’aqueduc gallo-romain et le dernier s’intitule Toulouse-les ornements à la loupe. Il serait intéressant selon Daniel Cazes d’en faire de temps en temps un petit compte rendu dans le cadre de nos séances. Un second lot nous a été donné par Louis Peyrusse. Il s’agit du Traité d’architecture de Dubut (recueil de plans et de modèles de maisons de campagne), et de trois tomes de l’Architecture privée au XIXe siècle sous Napoléon III (Paris, 1864) de César Daly (restaurateur très actif à Toulouse).
Notre Présidente signale aux membres qu’une nouvelle réunion pour la Commission du Bicentenaire de notre Société est prévue le mardi 30 janvier à 17h00 et rappelle qu’elle est ouverte à tous les membres. Un compte rendu sera fait à l’occasion de l’Assemblée générale.
Virginie Czerniak donne ensuite la parole à notre invité David Madec, directeur des Musées et des Monuments de la ville, qui s’est proposé de nous présenter l’avancement du projet de la « rosace de Saint-Sernin », sujet sur lequel nous l’avions interrogé il y a plus d’un an (cf. séance du 8 novembre 2022). Il nous rappelle qu’un marché de travaux avait été lancé par la Ville. Une consultation s’était tenue le 13 avril suite à un appel à projet demandant à des artistes ou maîtres-verriers des propositions. Suite à cet appel, 8 candidatures étaient recevables (les autres n’avaient pas la qualification de maître-verrier) ; cette consultation présidée par le maire et un certain nombre de personnalités (5 élus, la CRMH Occitanie Delphine Lacaze, le curé affectataire, le directeur du musée Soulages Benoît Decron, un représentant d’Icomos Benoît Melon, l’inspectrice des Monuments Historiques au Ministère de la Culture Marie-Anne Sire, une inspectrice de la création du Ministère de la Culture, la conseillère arts plastiques Marie Angelé et la présidente de l’association des Toulousains de Toulouse Aline Tomasin) s’est tenue sur dossiers et lettres d’intention. Cette commission a sélectionné 4 candidats. Une seconde commission s’est réunie au mois de décembre et le choix s’est arrêté sur Jean-Michel Othoniel de l’atelier Loire. David Madec présente des simulations d’un décor de vitrail vu de l’intérieur de l’édifice. L’artiste et le maître-verrier vont consacrer les mois prochains à la confection du vitrail pour que celui-ci soit prêt le 29 novembre prochain, fête de saint Saturnin. La Présidente remercie notre invité et fait appel aux questions et aux remarques. Louis Peyrusse demande ce qu’il adviendra de la ferraille en place datant du XVIIe siècle. David Madec répond que les barlotières seront conservées tandis que la structure qui servait à soutenir les raquettes va être démontée. Quitterie Cazes remercie notre invité de nous avoir informés sur ce point qui nous intéresse au premier chef. Elle remarque que le choix s’est porté sur un thème décoratif alors qu’il y a quelques années, lors de la restauration des vitraux de la cathédrale de Cahors, on avait opté pour un motif iconographique. N’y a-t-il eu aucune proposition dans ce sens pour « la rose de Saint-Sernin » ? En effet, répond David Madec, la Ville n’a pas souhaité formuler une proposition de demande iconographique spécifique, le choix du maître d’ouvrage était de laisser toute liberté aux artistes et aux maîtres-verriers. Pour Jean-Michel Othoniel cependant, les cheminements figurés sur le projet autour des grandes cives représentent les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, ce qui montre la volonté de l’artiste d’inscrire le vitrail dans un cadre préexistant. Celui-ci présentera bientôt son vitrail ; notre invité lui laisse donc le soin de détailler son projet. Henri Pradalier demande si les points rouges représentent les douze apôtres et les trois cercles centraux la Trinité ; David Madec confirme et précise que les trois cercles représentent également une colombe. Bernard Sournia trouve, quant à lui, que l’ensemble est un petit peu incolore, il remarque que ce vitrail n’est ni contemporain, ni roman, ni gothique. David Madec pense que le projet aquarellé ne rend certainement pas les couleurs du vitrail. Notre Présidente apprécie la sobriété de l’ensemble. Notre trésorier se réjouit du choix de Jean-Michel Othoniel, qui est un artiste connu et reconnu. Henri Pradalier demande ce que David Madec entend lorsqu’il dit que les couleurs pourront être adaptées sur place en fonction de l’architecture. Notre invité répond que cela dépend de la luminosité que l’on aura à l’intérieur, car chaque couleur peut être modulée. Les premiers tests ont commencé la semaine dernière et ils se poursuivront jusqu’au mois de septembre. Guy Ahlsell de Toulza rappelle les problèmes occasionnés par la chaleur du soleil sur l’harmonie de l’orgue. Le problème a été pris en compte, répond notre invité : dans la commande faite à Othoniel, il est demandé de faire un double vitrage qui permettra de diminuer la hausse de température. Des tests ont d’ailleurs été faits avec des vitrages de Saint-Gobain qui renvoient la lumière et évitent l’introduction de chaleur ; la perte de température constatée est particulièrement importante. D’où l’importance des tests de couleur qui doivent aussi être faits en tenant compte de ce double vitrage. Daniel Cazes regrette l’absence de couleurs plus denses. Il rappelle par ailleurs les plaintes de l’organiste au sujet de la chaleur qui régnait derrière la rose, préjudiciable pour l’instrument alors qu’il venait d’être restauré. Pour résoudre ce problème, l’idée avait germé à l’époque de mettre un vitrail aux couleurs plus denses et un double vitrage. Concernant l’iconographie, il rappelle que lors des premières réunions il avait fait remarquer que les concepteurs du bâtiment avaient réservé la façade et les portails de l’Ouest à l’histoire de Saint Saturnin. Malheureusement, tous les reliefs de cette élévation ont été arrachés. L’opération de la rose aurait pu ramener Saturnin sur cette façade. David Madec nous informe enfin que chacune des 4 propositions effectuées dans le cadre du concours est désormais propriété de la ville et intègreront peut-être un jour un musée.
Notre Présidente remercie David Madec et donne la parole à Laurent Macé pour une communication longue intitulée Lévitation et tauromachie, matrices et hagiographie.
Virginie Czerniak s’empresse de demander à notre confrère où en est la mise en vente de la matrice du sceau de Bernard de Mata qu’il nous avait présentée en question d’actualité il y a quelque temps. Laurent Macé nous informe qu’il n’a pu avoir de contact direct avec le propriétaire et qu’ils ont communiqué grâce à un intermédiaire. L’inventeur ne veut pas vendre la matrice car il prétend que c’est la plus belle pièce qu’il ait trouvée depuis 40 ans. Laurent Macé reconnaît qu’en faisant cette présentation il s’est trouvé très ennuyé car elle pose des problèmes éthiques. La matrice de Saint-Marcet a été trouvée par un des propriétaires du château lors d’aménagements effectués il y a plusieurs années. Quant à la matrice de Bernard de Mata, elle aurait été trouvée par un détectoriste anglais. Pour ces deux pièces, on ne dispose pas du contexte archéologique. En même temps, elles sont particulièrement importantes pour ce qu’elles apportent à la connaissance et au patrimoine. Laurent Macé demande aux conservateurs et archéologues présents dans la salle comment on passe d’une activité illégale à une valorisation ou une mise en avant scientifique ? Notre Présidente confirme l’intérêt de ces pièces montrant l’importance, jusqu’au XIVe siècle, des Vitae dans le développement iconographique. Cela prouve ajoute Laurent Macé qu’elles sont connues et encore lues. Il présente ensuite différentes pièces mises en vente sur des sites dont certaines ne sont pas originales (galvanoplastie effectuée au XIXe siècle), ce qui apparaît clairement en retournant la matrice. L’idéal, suggère-t-il, serait de mettre en place une « veille » sur le site d’ebay car c’est un patrimoine qui disparaît. Louis Peyrusse pense qu’il est important de publier en précisant bien que seule l’analyse est faite alors que le contexte de la découverte reste inconnu, notamment quand les les propriétaires acceptent de collaborer. Quitterie Cazes comprend les états d’âme de notre confrère, et ce d’autant plus que l’article va conférer de la valeur à l’objet qui pourra être vendu beaucoup plus cher que sur ebay. En même temps, la publication est importante pour la connaissance. Peut-être faut-il en profiter pour dire que l’absence de contexte est très dommageable pour ce que pourrait nous apporter l’objet. Elle reconnaît cependant que le chercheur se retrouve coincé dans cette situation. Notre Trésorier tente de déculpabiliser notre confrère en évoquant le nombre de trésors trouvés de manière aléatoire à toute époque et dans tous les pays du monde : c’est un état de fait. Il propose de privilégier la connaissance de l’objet et faire avancer la science. Il prend pour exemple les pièces magnifiques qui se trouvent au Cabinet des médailles et dont une grande partie reste sans contexte connu. Quitterie Cazes lui fait remarquer qu’aujourd’hui la loi interdit ces pratiques et que les détecteurs de métaux sont en vente alors que leur utilisation est prohibée. Laurent Macé se propose de garder contact avec le propriétaire anglais au cas où il se lasserait de l’objet, ou que, plus tard, ses enfants lui porteraient moins d’intérêt. Daniel Cazes renchérit sur la nécessité de publier l’analyse de ces deux pièces car l’intérêt scientifique est absolument prédominant. Il ajoute que malheureusement on n’empêchera pas la montée du prix de vente de l’objet suite à la publication. Mais peut-être celle-ci pourrait sensibiliser le propriétaire sur l’intérêt public de cet objet et l’inciter à terme à en faire don. Fernand Peloux revient sur la première matrice et sur la croisette qu’il interprète comme une fleur de lys. Il se demande si sa présence ne se justifie pas par le fait que la cathédrale est dédiée à la Vierge. Laurent Macé reconnaît que c’est une bonne piste et le remercie. Fernand Peloux précise par ailleurs qu’il y a deux couches de rédaction dans les Miracles posthumes, dont la dernière se situe après 1173 car Thomas Becket est mentionné comme saint. Il signale enfin un outil indispensable dans le domaine de l’hagiographie, Hagiographies. L’histoire internationale de l’hagiographie latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550 dont le volume 6 (2014) traite du Midi de la France. On y trouve, sous la plume de Christophe Baillet, une contribution sur saint Bertrand avec la bibliographie la plus récente. Il félicite par ailleurs notre confrère pour son analyse de la seconde matrice. Le texte provient de la compilation de Pierre Soybert, effectuée au milieu du XVe siècle et toujours conservée aux Archives Départementales de l’Aude. Il s’agit d’une compilation mi-hagiographique, mi-diplomatique, contenant plusieurs Vies de saint Papoul et des petites notices sur des saints locaux dont une – et c’est la seule que l’on connaisse –, sur les saintes Puelles. Ces documents ont été édités au XIXe siècle par Hennet de Bernoville et dans le texte latin est bien mentionné le double corps des saintes Puelles. On ne sait pas dater ce texte qui est dans un manuscrit du milieu du XVe siècle, la matrice est une trace antérieure qui prouve la circulation d’une légende similaire au XIVe siècle. Par ailleurs, selon lui, le XIVe est le grand siècle de la sainteté locale dans le Midi, avec des personnages comme Bernard Guy et des hagiographes qui tantôt réécrivent des textes anciens, tantôt les recopient tout simplement. L’existence de ces sceaux hagiographiques à cette époque n’a donc rien d’étonnant. Laurent Macé demande s’il y a d’autres représentations des Puelles sous la forme de siamoises. Dans sa publication, Hennet de Bernoville renvoie à Catel qui écrit curieusement que leur corps se trouvait dans l’église de Saint-Michel du Mas et que longtemps après il fut transporté dans l’église Saint-Pierre qui porte aujourd’hui le nom des saintes Puelles. Il renvoie à un lectionnaire qui était à Saint-Étienne de Toulouse, et explique qu’on verrait encore les figures de ces saintes Puelles entaillées sur la pierre, près du grand autel de Saint-Sernin et peintes sur une vieille médaille émaillée qui pend au col du reliquaire de Saint-Sernin. Cette piste serait certainement très intéressante à explorer. Daniel Cazes pense qu’il ne faut pas abandonner l’hypothèse de la représentation d’une couronne puisqu’elle est aussi en l’honneur du martyr. Il faut rappeler en effet que sur la façade occidentale de la basilique de Saint-Sernin, dans l’axe des deux portails, était représenté l’âme de Saint-Sernin qui montait au ciel et qui était couronné par deux anges descendant en portant la couronne du martyr. Cette représentation n’est pas un cas isolé : en effet, la couronne est un emblème martyrial. Laurent Macé est moins convaincu par cette hypothèse car la forme se trouve en bas, dans la pointe de la matrice, il n’y a pas d’anges et enfin, il se méfie du rendu imprimé que peut donner la cire à cacheter. Il préfère y voir un coffre, une tombe ou un reliquaire dont la présence paraîtrait cohérente avec la corde qui vient de se rompre, le corps de Saturnin, l’âme qui s’élève et enfin, les Puelles qui le découvrent. En revanche, il nous montre une forme étoilée sur la tête du taureau dont il n’arrive pas à trouver la signification. Il cherche également à avoir plus d’informations sur la corde qui entoure le taureau, y aurait-il un culte particulier ? En effet, cette corde rompue n’est pas anodine, elle symbolise peut-être la mort et la fin du martyre de Saturnin et peut-être l’opposition entre la cité et le Bourg. Fernand Peloux fait remarquer que l’on voit bien la ceinture des Puelles et le texte dit bien qu’elles ont un seul corps au-dessus de la ceinture. Concernant la corde et son iconographie, il y a tellement d’œuvres perdues, comme le rappelait Daniel Cazes, qui étaient sous les yeux des gens que l’on est obligé de raisonner avec des absences. On peut noter cependant que dans les plus anciennes représentations qui se trouvent en Catalogne espagnole et à Pampelune, la corde est toujours présente mais il est vrai que les liens sont mentionnés dans les textes. Henri Pradalier rappelle que tous ces éléments iconographiques (taureau, corde, Saturnin, saintes Puelles) sont représentés sur l’autel reliquaire de Saint-Hilaire. Michelle Fournié voudrait revenir sur l’inscription qui figure sur le premier sceau et précise que le mot de Capelan ne désigne pas un chanoine mais plutôt un chapelain ou un prêtre. Valérie Dumoulin demande pourquoi sur toutes les représentations que l’on a vues, saint Saturnin est allongé au sol, sous le taureau, alors que sur la seconde matrice il est mollement adossé. On pense que c’est la forme du support qui a induit cette composition.
Daniel Cazes voudrait revenir sur le sceau de Scot de Linières Il s’agit d’un problème qu’il n’a jamais réussi à résoudre. Lorsqu’il était conservateur du Département des sculptures du Musée des Augustins, il a fait des recherches sur la magnifique dalle gravée d’une dame : Marquesia de Linars. Il s’est rendu compte qu’elle appartenait à la même famille que l’évêque dont il a été question dans la communication. Cependant, les différentes études se reportant à cette dalle traduisent son nom de différentes façons : Linières, Linars, Lias… Que pense notre confrère de la traduction et le lieu d’origine de cette famille ? Laurent Macé répond qu’il avait conservé la traduction sous la forme Lias, et qu’il s’était reporté aux travaux de Mireille Mousnier. Il y a un toponyme Lias dans le secteur de L’Isle-Jourdain, mais le plus sûr selon lui serait de poser la question aux philologues et aux linguistes.
Notre Présidente remercie Laurent Macé ainsi que nos invités et nous convie à passer au point suivant de l’ordre du jour : la présentation de trois candidatures pour des postes de membres correspondants.
Quitterie Cazes nous présente la candidature de Gabriel Imbert.
Gabriel Imbert est élu à l’unanimité par les 18 membres titulaires votants.
Virginie Czerniak nous présente la candidature de Sidonie Bochaton.
Sidonie Bochaton est élue à l’unanimité par les 18 membres titulaires votants.
Séance du 9 janvier 2024
Communication courte de Céline Ledru, Le concile de Toulouse de 1119 : des rencontres et des transferts de modèles.
Communication courte d’Émilie Nadal, Les livres d’Amanieu d’Armagnac, archevêque d’Auch (1262-1318).
Lire le compte-rendu
Le concile de Toulouse de 1119 : des rencontres et des transferts de modèles
L’ensemble des chapiteaux du deuxième atelier de la Daurade de Toulouse comporte un certain nombre d’éléments graphiques originaux qui se retrouvent en différents lieux a travers l’Europe.
Le concile de Toulouse de 1119, serait le lieux de rencontre de différents protagonistes.
Nous examinerons cette hypothèse de liens de Toulouse avec l’Angleterre et l’Allemagne au XIIe siècle.

La Bible glosée d’Amanieu d’Armagnac, archevêque d’Auch (1262-1318)
Amanieu d’Armagnac, archevêque d’Auch entre 1262 et 1318, fait partie du petit groupe de prélats bibliophiles du Sud-Ouest de la France et posséda une centaine de livres d’après ses inventaires après décès. Parmi ceux-ci, une remarquable bible glosée et enluminée retient notre attention. Après avoir évoqué les volumes de la Bibliothèque nationale de France déjà repérés par François Avril, nous ajouterons un volume inédit conservé à la cathédrale de Tortosa.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Cazes, Fournié, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Nadal, MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Macé, Peyrusse, Scellès, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Hénocq, Ledru, Rolland Fabre, MM. Carraz, Dubois, Kérambloch, Mange, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Brouquet, Caucanas, Dumoulin, Watin-Grandchamp ; MM. Balty, Garland, Tollon.
La Présidente ouvre la séance en présentant ses vœux pour cette nouvelle année. Elle rappelle ensuite que la première commission dédiée à l’organisation des festivités du bicentenaire de notre Société se réunira mardi prochain, le 16 janvier à 17 h. Tous les membres qui souhaitent s’impliquer dans cet événement sont invités à cette séance. Cette commission se retrouvera régulièrement suivant un calendrier qui sera discuté. Puis Virginie Czerniak nous informe que la présentation des candidatures annoncée à l’ordre du jour n’aura pas lieu ce jour en raison d’un problème technique ; elle est donc reportée à la séance du 23 janvier. Enfin, elle remercie Louis Peyrusse pour le don de deux ouvrages richement illustrés qui viennent enrichir notre bibliothèque : Muséum sacré. Stations pittoresques d’un artiste dans une cathédrale gothique, ou description des vitraux peints de l’église de Sainte-Marie d’Auch, par G. G. Lettu (Auch, J. A. Portes) et Peintures murales des chapelles de Notre-Dame de Paris, exécutées sur les cartons de E. Viollet-le-Duc révélées par Maurice Ouradou (Paris, Morel).
Notre Présidente donne ensuite la parole à Céline Ledru pour la première communication courte du jour : Le concile de Toulouse de 1119 : des rencontres et des transferts de modèle.
La Présidente remercie notre consœur pour sa présentation qui convoque les données prosopographiques de manière louable, mais elle avoue toutefois ne pas être convaincue par la démonstration. Pour Virginie Czerniak, les thèmes de chapiteaux de la Daurade sont universels, d’autre part la mise en parallèle d’œuvres très éloignées dans le temps, près d’un siècle pour l’exemple d’Hildesheim, ne lui paraît pas pertinente. Laurent Macé demande : qui a convoqué ce concile à Toulouse en 1119 et pourquoi le pape vient-il à Toulouse au moment où le comte est absent ? Laurent Macé s’interroge également sur la façon dont les modèles ont pu circuler aussi rapidement. Céline Ledru répond que le pape vient d’être élu et il entreprend un tour de France et fait étape à Toulouse où il consacre un autel à Saint-Sernin. Il se rend ensuite à Cahors et à Montpellier. L’objectif de ce voyage est de rejoindre l’empereur d’Allemagne pour discuter avec lui de la querelle des investitures. Elle ajoute que la présence du duc d’Aquitaine ne semble pas interférer sur ce voyage papal. Concernant la question du transfert rapide de modèles, notre consœur explique que les échanges informels – descriptions orales, croquis rapides – peuvent suffire à diffuser des idées, elle a pu le constater elle-même dans sa pratique d’ébéniste. Ces échanges infusent et donnent lieu à des productions, qui, sans être identiques, présentent des similarités formelles. Quitterie Cazes trouve intéressante la démarche proposée pour essayer de dater ces sculptures du deuxième atelier de la Daurade de Toulouse, car pour l’heure aucun élément concret ne permet de les situer dans une chronologie ; néanmoins, aucun élément avancé n’emporte totalement son adhésion. La réunion de personnalités à Toulouse, ou même de simples échanges épistolaires, ne peuvent créer un ensemble de motifs, poursuit-elle. En revanche, il apparaît évident qu’à la Daurade les motifs sculptés sont recherchés et très construits, ce qui traduit une volonté très aiguisée de discours par l’image.
Patrice Cabau rappelle que lorsque le pape Calixte II est élu, au début de l’année 1119, il se trouve à Cluny. Il descend vers le Languedoc avant de remonter vers Reims en passant par Toulouse. Il a indiqué pour le 6 juillet un concile à Toulouse pouvant être qualifié de « général » mais peu nombreux, en comparaison de celui tenu à Reims en octobre. Il reste peu de textes sur ce concile de Toulouse : une série de canons ayant trait à la discipline ecclésiastique et des arbitrages d’affaires anciennes entre évêchés ou monastères qui sont tranchées à Toulouse par le pape. Ainsi, les documents ne concernent pas Toulouse même, souligne notre Directeur. Au sujet du contexte, il précise qu’à cette époque il y a un pouvoir vacant à Toulouse puisque le comte de Poitiers, duc d’Aquitaine, est remonté dans ses domaines, tandis que le comte de Toulouse, Alphonse, est occupé du côté du Rhône ; la chronologie reste à éclaircir pour dater son retour à Toulouse. Rien ne peut donc être inféré de ce concile au sujet de la situation politique dans la ville.
Daniel Cazes, qui s’intéresse depuis longtemps aux sarcophages, considère qu’il ne faut pas tirer des conclusions hâtives sur les modèles, car ce qui est représenté sur les chapiteaux de la Daurade est très commun dans tout l’Empire romain. Ces sarcophages se sont diffusés tout autour de la Méditerranée et en Europe. Deux vagues se discernent, une première diffusion pouvant être qualifiée d’origine lorsque de riches commanditaires font venir – essentiellement de Rome – ces sarcophages pour leur mausolée ; une seconde s’opère pendant le Moyen Âge avec la réutilisation de ces éléments. Le sarcophage étant devenu le modèle du tombeau du Christ, chaque grand de ce monde – ecclésiastiques, comtes ou rois – cherche à se faire enterrer dans un sarcophage de ce type. Ces modèles sont ainsi très courants. Daniel Cazes remarque ensuite que la peinture du Noli me tangere, se trouvant sur un pilier (collatéral nord) de la basilique Saint-Sernin et datée de 1119, n’a pas été évoquée ; or la composition a beaucoup à voir avec les inclinaisons « chorégraphiques » des chapiteaux de la Daurade. Il ajoute que l’étude de cette peinture réalisée par Natacha Piano est intéressante surtout pour le relevé qu’elle propose de l’inscription peinte. Virginie Czerniak précise que c’est notre confrère Jean-Marc Stouffs qui a effectué le relevé. L’article a paru dans le Bulletin Monumental en 2019 (177-2, p. 101-112). Daniel Cazes trouve ce rapport entre une peinture et une sculpture très intéressant car rare, il n’en connaît pas d’autres exemples.
Louis Peyrusse se dit frappé par l’ensemble de corrélations présenté pendant la conférence, toutefois il peine à imaginer les transferts de modèles précis lors d’éventuelles discussions entre des moines et des maîtres d’œuvres. Céline Ledru répond que les sculptures de la Daurade sont très riches et de nombreuses sources théologiques restent à démêler, une grande effervescence se détecte autour de l’interprétation des textes et la représentation en images. Aussi, elle suggère que les rencontres aient pu se faire, non entre des artistes, mais entre des commanditaires, ces derniers transmettant ensuite aux sculpteurs les idées recueillies. Selon elle, la circulation peut, de la sorte, être très rapide. Quitterie Cazes met en garde sur le sens de ces circulations : si on considère que le concile de Toulouse est à la base de la diffusion, cela signifierait que les autres productions sont postérieures. Pour Céline Ledru, il s’agit de ponts entre les différentes régions (Italie du Sud, Allemagne …). Elle précise qu’en aucun cas elle ne tente d’établir une chronologie.
La parole est ensuite donnée à Émilie Nadal pour une communication courte consacrée à La Bible glosée d’Amanieu d’Armagnac, archevêque d’Auch (1262-1318).
Notre Présidente remercie Émilie Nadal pour son enquête, véritable modèle méthodologique. Cette présentation complète de manière passionnante le travail que notre consœur a déjà effectué sur les Dominicains de Toulouse. Elle souligne en effet que la piste des commanditaires méridionaux mérite d’être étudiée. Laurent Macé souhaite savoir si une mention d’armoiries a été trouvée dans l’inventaire concernant le coffre de stockage des manuscrits. Émilie Nadal répond qu’il n’y a aucune mention concernant la malle. Laurent Macé s’intéresse ensuite aux liens avec les ateliers parisiens évoqués et demande s’il y a un moyen de connaître l’origine de ces acquisitions. Notre consœur n’a pas encore exploré les pistes de François Avril qui permettront d’en apprendre plus sur les commandes. La découverte des serpentes, pièces de tissus cousues sur les manuscrits afin de protéger les enluminures, passionne l’assemblée. Émilie Nadal confirme que ces pièces sont assez rares. Marie-Pierre Laffitte, conservatrice à la B.N.F. les recense dans son article (dans Quand la peinture était dans les livres. Mélanges en l’honneur de François Avril, 2007, p. 139-144). L’auteur date les plus anciennes du IXe siècle. Notre consœur signale qu’à Toulouse subsistent des vestiges : sur certains parchemins des trous de couture sont visibles. Daniel Cazes remarque que cela témoigne de la valeur extraordinaire qui était accordée à ces images. Guy Ahlsell de Toulza rappelle que cette technique de protection est connue pour les gravures.
Damien Carraz se pose la question du lien avec la bibliothèque capitulaire qui devait forcément exister : est-ce que les bibliothèques épiscopales et capitulaires étaient soigneusement distinguées, y avait-il des circulations de manuscrits ? Amanieu a-t-il pu hériter de quelques manuscrits des chanoines ? Sur ce dernier point Émilie Nadal répond par l’affirmative. Damien Carraz précise que si aucune source mentionnant la bibliothèque des chanoines en soi n’est connue, il y a des maîtres chez les chanoines dès le XIIe et au XIIIe siècles, des manuscrits étaient donc probablement présents dans l’entourage des chanoines. Ces manuscrits étaient-ils échangés ? Ce n’est pas évident, note Quitterie Cazes. Damien Carraz relève que cela pose la question du statut de ces bibliothèques : sont-elles communautaires ou est-ce que certains manuscrits sont la propriété privée de certains chanoines ? Michelle Fournié ajoute que certains ouvrages sont prêtés. C’était le cas au sein des réseaux monastiques, complète Damien Carraz.
Michelle Fournié indique que dans la thèse d’Hugues Labarthe : Un espace frontière au défi d’une crise internationale (Grand Schisme d’Occident – Gascogne, vers 1370-1430), Université de Toulouse-Le Mirail, 2009, se trouvent des notices concernant les archevêques d’Auch ; des éléments utiles peuvent peut-être y être puisés pour la période antérieure.
Émilie Nadal est actuellement dans l’attente pour commencer un programme de recherche dédié au fonds des Augustins, aussi Daniel Cazes lui demande si elle a eu l’opportunité de travailler sur le lieu-même de la bibliothèque, implantée dans le bâtiment sud du couvent. L’espace avait été réutilisé au XIXe siècle par l’école des Beaux-Arts de la Ville. Des archives – plans ou dessins – subsistent-elles pour ce bâtiment ? Cette bibliothèque des Augustins était réputée pour être extraordinaire et les étrangers de passage à Toulouse venaient la visiter, comme celles des Dominicains et des Cordeliers. Notre confrère s’inquiète du projet actuel de réaménagement du Musée des Augustins : des fouilles ont été menées mais qu’en restera-t-il ? Virginie Czerniak confirme que des fouilles ont été réalisées et des prélèvements effectués. Daniel Cazes regrette qu’aucune information n’ait été communiquée sur ce sujet.
Concernant la bibliothèque des Augustins, Françoise Merlet-Bagnéris signale qu’aux Archives départementales sont conservés des plans, complétés de descriptions hélas dissociées, datant de l’aménagement des locaux en école d’art, dans les années 1795-1800.
Séance du 19 décembre 2023
Communication longue de Gilles Séraphin, Itinéraires des tailleurs de pierre limousins en Périgord, Quercy et Gascogne à la fin du XVe siècle
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Au lendemain de la violente récession qui touche le plat pays aquitain au 14e siècle, les maçons limousins, au gré des marchés qui leur sont ouverts, exportent vers les Pyrénées, à travers le Périgord, le Quercy et la Gascogne, des répertoires formels élaborés dans des terres de granit. A partir des observations faites naguère par Jean Henri Ducos pour la Gascogne gersoise (1965), l’identification des standards stylistiques propres à ces « lapicides » exogènes permet de suivre leur parcours de la Corrèze jusqu’en Astarac et même d’identifier certains de leurs ateliers itinérants.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; M. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Brouquet, Cazes, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Sournia, Testard, membres titulaires ; Mmes Ledru, MM. Mange, Séraphin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Fournié, Henocq, Jaoul, Rolland Fabre, MM. Balty, Garland, Scellès, Surmone, Tollon.
La Présidente ouvre la séance en faisant passer parmi les membres l’ouvrage tout juste imprimé Demeures du Moyen Âge dans le Lot, publié sous la direction de Pierre Garrigou Grandchamp et Maurice Scellès, offert à la Société par les auteurs. Elle rappelle que celui-ci avait été présenté à la faveur de la dernière séance publique et que tous les auteurs sont membres de la Société. Elle les félicite pour ce très bel ouvrage.
Virginie Czerniak annonce ensuite qu’à la prochaine assemblée générale, prévue pour le 6 février, il faudra procéder à trois élections ou réélections, pour la présidence, le secrétariat et la bibliothèque. Elle déclare qu’elle se représentera, ainsi que la Secrétaire générale, mais Christian Péligry, notre Bibliothécaire, a fait part de son désir de passer la main après dix années d’activité. Elle informe donc les membres qu’il va falloir pourvoir ce poste important et poursuivre le travail considérable d’inventaire et de catalogage qu’il avait mené avec Jacques Surmone et Geneviève Bessis. Elle fait donc appel à candidature en précisant que Christian Péligry restera présent pour assurer la transition. Notre Présidente nous dit avoir cherché une candidate en la personne de Mme Catherine Péo’ch, qui travaille actuellement sur le fond ancien de la Bibliothèque municipale, mais celle-ci n’est pas encore membre et ne sera disponible qu’à la retraite, dans deux ans. Il nous faut donc assurer un mandat avant son arrivée. Christian Péligry ajoute qu’il n’est pas nécessaire d’être archiviste-paléographe pour s’occuper de la bibliothèque et assure le prochain candidat de son aide.
La Présidente donne ensuite la parole à Gilles Séraphin pour sa communication longue, Les tailleurs de pierre limousins du XVe siècle en Quercy et en Gascogne.
Elle remercie notre confrère pour cette présentation très intéressante. Elle évoque le travail de Jean Lartigaut, pour la région du Quercy, qui décrit une zone désolée après la Guerre de Cent ans et dont les campagnes ont été repeuplées par des Auvergnats. Dans ce cadre, la production artistique a évidemment du mal à redémarrer. Il n’est donc pas étonnant de voir des flux venus du Nord (le Limousin) conquérir la Gascogne et le Quercy. Selon Gilles Séraphin, le Limousin, le Rouergue et la Bretagne sont surtout de pays « de Haut » qui ont été moins touchés par la peste. Pierre Garrigou Grandchamp précise que ces régions ont toujours été des « châteaux d’eau démographiques » qui viennent repeupler les zones de « basse pression démographiques ». Dans ce cas précis, répond Sophie Brouquet, ce sont les Auvergnats qui sont venus (la Corrèze ayant été dévastée comme on peut le lire dans l’ouvrage de Froissart). Gilles Séraphin avoue qu’il n’est pas allé prospecter en Auvergne, mais il n’exclut pas que les caractéristiques de l’architecture limousine, qu’il a présentées, prennent leur source en Auvergne. Il s’en est tenu aux deux prix-faits gascons : ceux de 1469 et de 1485, qui donnent l’origine des tailleurs de pierre ; ceux-ci venant de Corrèze, ont quand même parcouru pas moins de 200 km pour aller construire un château au cœur de la Gascogne en venant de Corrèze. Pierre Garrigou Grandchamp se dit intéressé par la méthode mise en œuvre : partant de deux baux à besogne, il a été possible de mettre en évidence l’utilisation de deux « langues » différentes. Cette différence avait été notée en Limousin et ailleurs au XIIIe siècle entre l’architecture urbaine et l’architecture seigneuriale. Cette dernière maintenait des formes romanes alors que l’architecture civile adoptait le vocabulaire, plus moderne, apporté par les chantiers religieux. L’exposé de Gilles Séraphin montre bien l’utilisation au même moment de deux « langues » différentes en Quercy et en Gascogne, selon les bâtiments et selon l’origine de la main-d’œuvre utilisée. La mise en évidence de « fossiles directeurs », l’accumulation d’aspects formels permettent de définir des profils et des manières que Pierre Garrigou Grandchamp trouve pertinents. Gilles Séraphin fait remarquer qu’en l’absence de texte (le bail à besogne), un historien de l’art serait perdu face à ces formes différentes et pourtant contemporaines. Dominique-Watin Grandchamp pense qu’il serait intéressant de voir quel est le terme exact utilisé dans le texte des baux car elle trouve que la sculpture n’est pas très raffinée ; est-ce un maçon ? un lapicide ? Gilles Séraphin répond que les termes employés sont « lapicide » et « peyré ». Un « lapicide », poursuit notre consœur, est quelqu’un qui travaille la pierre et le « peyré » est tailleur de pierre. Le conférencier précise que les individus ne se présentent pas comme sculpteurs mais comme maîtres maçons. Dominique Watin-Grandchamp note par ailleurs que ces maître maçons ont surtout repris des édifices plus anciens, elle se demande s’il se trouve, dans le groupe présenté, un édifice entièrement bâti à cette époque pour avoir une idée des types de plans utilisés. Pour répondre à cette question, dit Gilles Séraphin, il faudrait faire une analyse du bâti de tous les édifices. Il prend cependant pour exemple le château de Vaillac avec les tours en « paquet de chandelles » qui a été bâti ex nihilo, puisque le château médiéval se trouve à 2 km. Il pense également au château de Maumont en Corrèze. Il remarque qu’il n’y a pas cependant dans ces édifices la volonté de faire un château quadrangulaire avec un plan réglé, tours aux angles et tours d’escalier à l’angle de deux ailes de logis, comme à Fourcès. Cela voudrait dire, ajoute Quitterie Cazes, que l’on a vraiment des tailleurs de pierre et pas des architectes ; quand le commanditaire demande une forme, ils viennent pour tailler les pierres et pour les maçonner. Qu’amènent-ils donc de neuf demande Dominique Watin-Grandchamp ? Rien, répond Gilles Séraphin, sinon leur force de travail. Le commanditaire d’Esclignac, Bertrand de Preissac, est un grand personnage, c’est le Sénéchal de Labour, il a un office relativement important et on peut s’attendre à ce qu’il commandite, en 1485, un édifice qui ait plus d’allure. En fait, il fait faire des travaux relativement modestes dans le château éponyme de sa famille. À Esclignac, les Preissac feront remplacer le linteau de la porte en accolade pour ajouter une couronne de duc au blason familial tout en conservant scrupuleusement le château dans son état du XVe siècle. Certains exemples montrés, dit Quitterie Cazes, sont très éclairants, ils sont très précis et illustrent parfaitement le propos. Elle reste cependant plus réservée sur l’exemple de la maison de la place Chapou à Cahors. Les moulurations ne sont en effet pas les mêmes aux deux étages, mais il peut s’agir dans ce cas précis d’une hiérarchisation des niveaux. Par ailleurs les bases prismatiques alignées ne peuvent-elles pas être interprétées comme un archaïsme issu de l’art gothique que l’on répète depuis longtemps, plutôt que la marque d’un atelier particulier ? Il y a le temps qu’on y passe et l’argent qu’on y met et à certains endroits de l’édifice on peut faire des économies en faisant des choses plus simples. De la même façon, elle n’a pas été convaincue par les séries de portes (Esclignac, Salignac, Fénelon, Lanquuais…), dont certaines sont dans l’air du temps. Elle propose à Gilles Séraphin de restreindre les exemples pour garantir la solidité de son propos, une dizaine d’exemples en moins sur la carte ne changerait rien à la démonstration. Gilles Séraphin répond que l’enquête est en effet très vaste sur le plan géographique. Pourtant dans tous les cas présentés une caractéristique (telle que celles qui ont été présentées) entraîne systématiquement toutes les autres, c’est le cas par exemple au château de Fénelon ; c’est un ensemble de caractéristiques qui « fait système ». Pour Quitterie Cazes, il s’agit d’un effet de mode, mais peut-on aller plus loin ? Est-il possible de tisser des relations féodales directes entre tous ces édifices demande notre Présidente ? Gilles Séraphin répond que non. Quitterie Cazes pense qu’il serait intéressant de voir s’il y a des entrepreneurs de maçonnerie qui envoient leurs artisans et qui « prennent des marchés », mais il s’agit là d’une autre recherche qui doit se mener en archive. Gilles Séraphin déclare qu’il a exploré la Charente, la Dordogne et le Rouergue et qu’il n’a rien trouvé de tel. Sophie Brouquet voudrait faire remarquer que l’on est dans le laps de temps très court entre la guerre de Cent Ans et les guerres de religion. Par ailleurs, il n’y a pas de documents écrits car ils ont souvent flambé. De façon générale, on commence à restaurer les bâtiments vers 1470 car les gens ne sont pas encore sûrs que la guerre est finie, mais, par la suite, les guerres de religion occupent longtemps la région. Notre consœur dit en revanche avoir trouvé dans les sources corréziennes de nombreux baux de charpentiers et de sculpteurs des XVIIe-XVIIIe siècles qui prenaient des chantiers de plus en plus lointains, jusqu’en Espagne. Gilles Séraphin rappelle que Jean-Henri Ducos a trouvé de très nombreux baux à besogne dans le Gers. Ils n’ont malheureusement jamais été publiés répond Dominique Watin-Grandchamp. Certains ont été publiés, reprend Gilles Séraphin, parmi les plus intéressants, comme ceux du château de Mérens. Ces Limousins, demande Dominique Watin-Grandchamp, ne sont-ils pas des gens qui sont arrivés depuis un certain temps dans le cadre du repeuplement du Quercy après la guerre de Cent Ans (cf. thèse de Jean Lartigaut), avec ces acensements collectifs effectués par de grandes abbayes qui ont encore les moyens, alors que les villes et les féodaux locaux sont très appauvris ? Ils sont donc peut-être déjà dans le Quercy depuis le début du XVe siècle. Gilles Séraphin confirme que les populations acensées proviennent du Limousin, de l’Auvergne, du Rouergue et des Pyrénées. Virginie Czerniak demande s’il y a eu des travaux au château d’Esclignac (aujourd’hui inscrit sur la liste des MH) depuis le décès des frères Bogdanoff ? Les héritiers ont-ils accepté l’héritage ? Gilles Séraphin avoue ne pas en savoir plus, il a été contacté il y a plus de deux ans par l’architecte issu de l’agence Ricciotti qui s’est mis en relation avec Judicaël de la Soudière, architecte du patrimoine, afin de les suivre dans le travail de restauration car il détient énormément de documentation sur l’édifice. Il n’a cependant plus de nouvelles depuis un an. On lui avait dit à l’époque que les héritiers ne se mettaient pas d’accord pour une action. Malheureusement, plus on attend, plus les apports financiers seront importants pour le restaurer. Peut-on faire un courrier à la DRAC, pour poser des questions et s’inquiéter de l’état de l’édifice, demande la Présidente ? Il faut qu’il y ait un héritier et un interlocuteur précise Dominique Watin-Grandchamp. Quitterie Cazes pense qu’il faudrait en effet rédiger un courrier, même si elle doute de l’effet qu’il pourrait avoir, et l’adresser au DRAC pour s’inquiéter en tant que Société. Dominique Watin-Grandchamp fait remarquer qu’il y a déjà de nombreux articles dans la presse. Daniel Cazes note qu’il y a malheureusement de nombreux châteaux gersois qui sont dans le même état et rappelle qu’à la suite d’une communication de Jean-Michel Lassure, nous avions fait un courrier pour le château de Saint-Blancard qui est resté lettre morte. Dominique Watin-Grandchamp pense qu’il va être dorénavant difficile de sauver un certain nombre de bâtiments qui arrivent « en bout de course », malgré la volonté formidable des gens qui s’occupent de la Fondation du Patrimoine. Les maires des petites communes n’y arrivent plus. Quitterie Cazes propose de faire une lettre-type qui servira pour tous les courriers.
Pour échapper à la morosité ambiante, Louis Peyrusse voudrait dire que la communication de Gilles Séraphin aurait ravi Ducos qui était un analyste extraordinairement précis de la moindre moulure, du petit détail qui permettait de distinguer une entrée, une fenêtre etc. et qui aurait été ravi de voir l’amont de son travail d’analyse sur les châteaux gascons. Il rappelle également qu’il avait joué un très grand rôle dans les VMF., dont il a été le moteur durant des décennies. C’est à son contact, avoue Gilles Séraphin, que s’est déterminée sa vie professionnelle. C’est en voyant les erreurs de restauration au château d’Esclignac que sa vocation d’archéologue du bâti s’est déclarée. Ducos utilisait d’ailleurs un terme particulier pour caractériser les bases dont il a été question, il parlait de bases « buticulées », c’est-à-dire, en forme de bulbes ou de boutons. Dominique Watin-Grandchamp voudrait revenir sur les moulures des fenêtres à meneaux, les moulures croisées dont elles sont décorées dans les angles semblent plus évoluées que les tores « gras » continus, s’agit-il d’un autre style ? Non, répond Gilles Séraphin, il s’agit d’une autre « langue », un autre vocabulaire, une autre culture, comme l’a dit Pierre Garrigou Grandchamp. Il s’agit donc, reprend notre consœur d’un vocabulaire plus élaboré, plus sophistiqué et donc d’un apport nouveau et extérieur au milieu décrit qui est plutôt vernaculaire. Il s’agit sans doute d’un « parler ligérien » qui cohabite et qu’il reste à étudier, répond Gilles Séraphin.
Virginie Czerniak sollicite enfin notre confrère, qui a étudié la Maison du Sénéchal à Gourdon, car la directrice du Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, installé dans cet édifice, a besoin d’aide pour secouer les autorités communales, notamment pour la restauration des peintures de la salle principale. Notre Présidente lui a promis de faire une conférence sur le décor peint à l’occasion des journées du Patrimoine et la directrice aimerait bien trouver quelqu’un pour présenter l’architecture.
Notre Présidente passe la parole à Daniel Cazes pour une question d’actualité concernant le centenaire de notre Société. Il pense qu’il faut commencer à faire fonctionner sans tarder la Commission que l’on avait prévu de mettre en place et que l’on ait aussi un débat général en séance plénière pour définir ce que nous voulons faire car le temps passe et si nous voulons faire quelque chose qui soit à la hauteur de l’histoire de notre Société, il faut que fin 2029 tout soit prêt ; il nous reste donc 6 ans. Virginie Czerniak répond que nous avons déjà commencé à en parler, des pistes ont été lancées et des contacts ont été pris. La Commission sera formée très prochainement, dès le mois de janvier prochain. On se lancera ensuite dans un calendrier précis (des réunions tous les deux ou trois mois) et on déterminera le rôle de chacun. Elle rassure notre confrère : l’objectif n’a pas été perdu de vue. Il faut, reprend Daniel Cazes, qu’il y ait un débat général en séance plénière pour recueillir les avis de tout le monde sur ce que nous voulons faire et ce que nous sommes capables de faire et avec qui ? Tout cela est prévu, répond Virginie Czerniak.
Séance du 5 décembre 2023
Communication longue de Virginie Czerniak, Le panneau de la Crucifixion de la cathédrale de Pampelune
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Récemment exposé au Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, dans le cadre de l’exposition Toulouse 1300 – 1400. L’éclat d’un gothique méridional, ce panneau de retable de 120 sur 80 cm est assurément l’une des pièces les plus précieuses du Musée diocésain de Pampelune. Son origine toulousaine supposée peut être confirmée par une lecture approfondie, tant de son contenu iconographique que de ses caractéristiques stylistiques. C’est ce à quoi nous allons nous employer à la faveur de cette présentation.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Jaoul, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Catalo, Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Sournia, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Hénocq, Rolland Fabre, MM. Kérambloch, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mmes Merlet-Bagnéris, Fournié, Ledru ; MM. Cabau, Stouffs.
Invitée : Mme Marie Bonnabel, conservatrice du Couvent des Jacobins.
La Présidente ouvre la séance en accueillant l’invitée du jour, Mme Marie Bonnabel, puis fait un point sur l’avancement du projet de création d’une chaîne Youtube. Les étudiantes du Master arts et communication ont réalisé le générique et un premier enregistrement a été effectué, la vidéo est actuellement en cours de montage. Pour cette première expérience, Virginie Czerniak a présenté les peintures de Saint-Sernin. Elle précise que le tournage est rapide (moins d’une heure). Les intervenants sont invités à fournir aux étudiantes, en amont, des photographies libres de droit avec les légendes. Afin de servir de cadre à la préparation des enregistrements, la Présidente transmettra par mail une fiche d’informations détaillée (nombre de signes du texte, illustrations…). Elle lance un appel à tous les membres : ceux qui souhaiteraient participer peuvent la contacter dès à présent. Dans un premier temps, les présentations porteront prioritairement sur des sujets toulousains. Il est possible de prévoir deux épisodes pour des sujets plus longs à aborder. Par ailleurs, la Présidente indique, qu’afin d’assurer la pérennité de la chaîne, le projet tutoré pourrait être poursuivi l’année prochaine, avec d’autres étudiants. Elle nous informe que l’ouverture de la chaîne va être relayée sur le site internet de la S.A.M.F. et les réseaux sociaux, la Société dispose déjà d’un compte Facebook et un compte Instagram va être créé.
Virginie Czerniak présente ensuite sa communication longue du jour sur : Le panneau de la Crucifixion de la cathédrale de Pampelune.
À l’issue de sa présentation, l’oratrice ajoute ne pas connaître d’autre exemple de représentation de saint Jean tonsuré, qui semble, sur le panneau étudié ce jour, être habillé en moine franciscain. Emmanuel Garland signale que cet habit n’est pas celui des Franciscains de cette époque. Si la tenue peut ressembler à une bure, Virginie Czerniak concède que les éléments caractéristiques ne sont pas distincts. Guy Ahlsell de Toulza demande si le saint est vraiment tonsuré, ne pourrait-il pas avoir une couronne de cheveux bouclés autour de la tête ? Virginie Czerniak, qui a eu l’opportunité d’observer l’œuvre de près, confirme qu’il s’agit bien d’une tonsure. Dominique Watin-Grandchamp revient sur la scène contemporaine située au registre inférieur : quel élément permet d’affirmer que les douze personnages figurés de part et d’autre sont des chanoines ? Virginie Czerniak précise qu’ils portent tous des vêtements différents, peut-être arrivent-ils donc d’horizons variés ? Notre consœur suppose qu’ils sont accueillis pour assister à la scène centrale entérinant le règlement de la querelle par l’évêque. Dominique Watin-Grandchamp suggère qu’il puisse s’agir d’une cohorte consulaire réunie pour la concorde. Si ce sont les douze chanoines, pourquoi n’y a-t-il que trois donateurs peints à droite de la composition, demande Louis Peyrusse ? Virginie Czerniak émet l’hypothèse que ces trois donateurs appartiennent à l’ancien chapitre ; reconnaissants que la querelle soit terminée, ces chanoines auraient fait réaliser ce panneau et l’auraient offert à la cathédrale de Pampelune pour marquer le retour de la concorde canoniale. Pour Dominique Watin-Grandchamp, nonobstant certains éléments iconographiques à éclaircir, l’idée que la scène illustrée corresponde à cet épisode de l’histoire de l’évêché de Pampelune est convaincante. Virginie Czerniak souligne l’intérêt de ce panneau : rare exemple d’un épisode contemporain associé à une représentation christique.
Dominique Watin-Grandchamp revient ensuite sur le personnage assis sur les marches, coiffé d’un bonnet, tenant un gant et un bâton. Selon Virginie Czerniak il pourrait s’agir du gouverneur. Toutefois Dominique Watin-Grandchamp remarque qu’il ne porte pas une coiffure d’adulte ; aussi ce jeune homme peut-il avoir le rôle de témoin qui assiste à la concorde. Louis Peyrusse observe qu’il occupe une position subalterne, sur les marches aux pieds de l’évêque, surprenante pour un gouverneur. Guy Ahlsell de Toulza pense lui à un notaire, sinon un envoyé ou un chancelier, représentant une autorité. Notre Trésorier s’interroge sur la diversité et les couleurs des tenues des personnages alignés sur les côtés ? Ils peuvent aussi représenter la société laïque, les édiles locaux, suggère Dominique Watin-Grandchamp.
Pierre Garrigou Grandchamp demande : cette dynastie, originaire de Champagne et qui vit en grande partie à la Cour de France, ne se nourrit-elle, dans le domaine pictural, que d’artistes venant du milieu toulousain ? des liens avec la production parisienne ne sont-ils pas détectés ? Notre confrère cite notamment Jean Pucelle. Virginie Czerniak confirme cette influence parisienne, mais ces réminiscences ont été assimilées par le milieu toulousain, explique-t-elle.
Guy Ahlsell de Toulza fait un rapprochement avec le diptyque dit de Rabastens (vers 1286, 24 x 59 cm, Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord, inv. B1721) dont la peinture des parchemins collés sur panneaux est d’une qualité comparable à celle du panneau de Pampelune. La référence aux miniaturistes est évidente. Virginie Czerniak rappelle qu’au Moyen Âge, les artistes peignent indifféremment sur tous les supports (murs, panneaux de bois, parchemins…). Or, il n’existe qu’un seul panneau de bois de cette qualité répertorié, souligne-t-elle. La fragilité de ces supports explique sans doute leur disparition. L’œuvre de Pampelune apparaît ainsi comme un jalon extraordinaire de la production picturale issue du milieu toulousain. En effet, d’un point de vue iconographique, cette œuvre est caractéristique de ce qui nous est parvenu de la peinture toulousaine du XIVe siècle. Pierre Garrigou Grandchamp mentionne alors les peintures de la tour eucharistique de l’abbatiale de Saint-Savin-en-Lavedan, Virginie Czerniak estime que c’est un exemple plus parisien.
Daniel Cazes s’interroge sur la position originelle du panneau de Pampelune ; en effet, compte-tenu de ses dimensions, il ne semble pas s’agir d’un retable. Virginie Czerniak confirme que le panneau n’est pas très large (H 120 cm x L 98 cm) ; elle pense qu’il pouvait peut-être être associé à un autel secondaire ; il est trop grand pour être un objet de dévotion personnelle, mais trop petit pour être le retable d’un autel principal. Considérant la relation avec l’évêque figuré dans le registre inférieur, Daniel Cazes, émet l’hypothèse d’une commande pour le palais épiscopal plutôt que pour une chapelle. Guy Ahlsell de Toulza poursuit la comparaison avec le diptyque de Rabastens. Il commence par rappeler que la pièce conservée à Périgueux n’est que la partie supérieure d’un ensemble sur deux grands panneaux en réemploi, au verso desquels se trouvent les armes de Toulouse et les armes de France. Les deux textes présents au bas des parchemins correspondent au début d’un texte transcrit en totalité dans le livre de la confrérie de l’Assomption de la Vierge créé en 1286. C’est peu après cette date, vers 1293, que le diptyque fut réalisé. La liste des confrères se trouvait à la suite, mais la majeure partie du texte a été sciée lorsque le collectionneur du XIXe siècle a acquis l’objet. Ce panneau est ainsi à l’origine un panneau commémoratif, destiné à être accroché à un des murs de l’église, celui d’une sacristie par exemple, indique notre Trésorier. Il complète : le panneau de Pampelune pouvait avoir le même usage commémoratif, avec, au bas, l’évocation d’un évènement historique mémorable. Il ajoute que la scène du bas ne concorde pas avec la fonction d’un retable. Au sujet du traitement des phylactères, Guy Ahlsell de Toulza renvoie à l’Arbre de vie peint pour la chapelle Saint-Martin de Rabastens à la même époque. Toutes les branches de cet arbre sont de grands phylactères et portent de gros fruits en forme de cœur chargés de vertus. Observant à nouveau le diptyque de Rabastens, Virginie Czerniak remarque l’ordre inversé des scènes sur le panneau de droite. Cette erreur ne peut pas avoir été faite lors du collage car le volet n’est constitué que d’un seul parchemin, répond Guy Ahlsell de Toulza.
Enfin, Dominique Watin-Grandchamp s’intéresse aux écus signalés sur le cadre. Virginie Czerniak explique que cette information provient de la description de Bertaux en 1910, qui affirme qu’il y avait une succession d’écus de France et de Navarre. Elle signale qu’aujourd’hui ces peintures sur le bord du cadre sont impossibles à distinguer. Daniel Cazes demande une précision à notre consœur à propos du terme « table » : a-t-il été trouvé en traduction française ? Virginie Czerniak confirme qu’il s’agit d’une mauvaise traduction dans la version française du catalogue du musée, le sens réel est « panneau ».
Séance du 21 novembre 2023
Communication courte de Patrice Cabau, À propos de deux manuscrits des Œuvres de Sidoine Apollinaire.
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Les fragments d’une épitaphe retrouvée à Clermont-Ferrand vers 1960 et considérée jusqu’à 2017 comme étant celle de Sidoine Apollinaire († vers 486) sont à l’origine d’une enquête conduite avec Jean-Luc Boudartchouk. Celle-ci a porté sur deux manuscrits médiévaux par lesquels on connaissait le texte complet de cette inscription, lequel fut imprimé à la fin du seizième siècle et a été depuis maintes fois reproduit (il ne sera pas ici question d’un autre manuscrit, réapparu depuis 2008, qui donne de l’épitaphe une version alternative). L’investigation mènera de Cluny à Madrid, en passant par Toulouse et Avignon.
Communication courte de Dominique Watin-Grandchamp, Douce et Navarre inhumées au grand prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de Toulouse.
Les pierres tombales de ces deux dames, membres de la bourgeoisie toulousaine de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, ont été trouvées lors de la fouille du vaste cimetière qui occupait l’angle sud-est du moulon de Saint-Jean (plus de 1800 sépultures fouillées par l’INRAP en 2003). Ces deux dalles n’étaient pas en place et elles sont incomplètes mais elles attestent la qualité d’une partie de la population inhumée au sein du grand prieuré de Toulouse. Elles sont toutes deux épigraphiées et la pierre de Navarre porte des armes parlantes.


Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Macé, Peyrusse, Pradalier, Scellès, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Hénocq, Ledru, Rolland Fabre, MM. Kérambloch, Mange, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes ; MM. Balty, Garland.
La Présidente ouvre la séance et annonce faire don à la Société d’un ouvrage : Isabelle Bardies-Fronty (dir.), Trésors du royaume de Lotharingie : l’héritage de Charlemagne, Paris, In Fine, 2023.
Pour débuter, la parole est donnée à Patrice Cabau pour une communication courte : À propos de deux manuscrits des œuvres de Sidoine Apollinaire.
Notre Directeur profite de cette communication pour rendre hommage à Jean-Luc Boudartchouk qui l’avait lancé sur cette piste. Virginie Czerniak remercie Patrice Cabau pour l’évocation des tribulations de ces manuscrits. Patrice Cabau explique qu’on n’a jusqu’ici pas bien compris la séquence chronologique des éditions imprimées (Scaliger, Savaron et von Wowern), faute d’avoir connu tous les tirages. Intriguée, la Présidente demande le contenu du texte de l’épitaphe en question. Patrice Cabau indique qu’il l’avait présentée avec Jean-Luc Boudartchouk en 2016 et qu’elle a été étudiée par Patrice Montzamir ; ce qu’il reste de la pierre corrobore le manuscrit. L’épitaphe est laudative et peu précise de sorte qu’elle peut être attribuée soit au père soit au fils ; seule l’invocation finale à Sidoine peut donner un indice. Pierre Garrigou Grandchamp rappelle que l’abbaye de Cluny eut à subir les pillages des protestants en 1570, qui provoquèrent des pertes irréparables à ses livres, suscitant l’indignation de Théodore de Bèze. Il conseille à notre confrère de consulter les volumes publiés sur « Cluny après Cluny » qui abordent cette période plus méconnue.
La Présidente invite ensuite Dominique Watin-Grandchamp à prendre la parole pour sa communication courte : Douce et Navarre inhumées au Grand-Prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de Toulouse.
Laurent Macé demande si les deux pierres tombales sont actuellement conservées en un même endroit. Ce n’est pas encore le cas, répond Dominique Watin-Grandchamp. L’une est à la D.R.A.C. et doit faire l’objet d’un nettoyage, l’autre est dans les réserves de l’atelier de restauration de la Ville de Toulouse. Sont-elles désormais protégées ? demande Louis Peyrusse. Notre consœur nous informe que le dossier est en cours. Daniel Cazes rappelle que la collection d’inscriptions médiévales du Musée des Augustins est la plus importante de France, les deux dalles funéraires évoquées lors de la communication y auraient leur place et enrichiraient cet ensemble. Il regrette l’errance de certains objets et s’interroge sur la pertinence d’un classement Monuments Historiques, qui selon lui, n’assure pas la conservation. Maurice Scellès poursuit en ce sens, il ne comprend pas la nécessité de classer des objets qui appartiennent à l’État, trouvés dans des conditions archéologiques et documentés. Il demande : qu’en est-il pour les objets trouvés pendant la fouille du prieuré, quel est leur statut ? Dominique Watin-Grandchamp indique que le lapidaire trouvé sur le site de Saint-Jean de Jérusalem et qui n’a pas été transféré dans des musées a été protégé. Maurice Scellès insiste : y-a-t-il besoin, pour garantir la protection d’un objet trouvé dans le cadre d’une fouille et entreposé dans un dépôt de fouille, qu’il soit protégé au titre des Monuments Historiques ? Dominique Watin-Grandchamp explique que l’enjeu est de protéger des objets porteurs d’histoire, déjà exposés, pour certains, au sein de la DRAC. Ces objets resteraient attachés à l’édifice car ils n’ont de sens que s’ils sont sur le site des Hospitaliers de Saint-Jean. Ils donnent à voir des jalons de l’histoire de l’édifice. Or, si la D.R.A.C. est pour le moment installée en ces murs, rue de la Dalbade, la situation peut évoluer. Aussi, en étant protégés au titre des Monuments Historiques ces objets seront attachés à l’édifice. Maurice Scellès revient sur le statut juridique de ces objets mobiliers découverts sur le site du Grand-Prieuré. Il rappelle que, d’après la loi, les objets archéologiques trouvés en fouille sont propriété de l’État. Malheureusement, plusieurs membres connaissent des exemples d’objets disparus – volés ou détruits – après des campagnes de fouilles, encore récemment. Maurice Scellès trouve donc logique que ce type de pièces soit transféré automatiquement dans un musée, qui assure le suivi de ces dépôts. Pour Dominique Watin-Grandchamp, la protection de ces objets permet de s’assurer que ces pièces pourront être connues, étudiées et surtout conservées et pérennisées.
Patrice Cabau félicite Dominique Watin-Grandchamp pour son travail et son engagement à faire connaître ces pierres tombales. Notre consœur précise que ces pièces sont particulièrement intéressantes pour l’étude du milieu toulousain à cette époque et l’évolution de la population du quartier. Pour ces deux femmes, des éléments biographiques sont à relever : l’une était probablement hospitalière et l’autre veuve. Laurent Macé s’intéresse ensuite à la trace de plomb repérée lors de la fouille dans la gravure de l’une des inscriptions ; il rappelle que l’emploi de ce métal pour remplir les lettres est un usage connu pour l’époque carolingienne. Si l’hypothèse de ces traces se confirme pour le XIIIe siècle, la découverte est exceptionnelle, au-delà de l’histoire locale. Le dossier doit être repris et de nouvelles analyses menées. Dominique Watin-Grandchamp poursuit sur le contexte social et l’intérêt de la localisation des dalles, probablement dans la « galerie funéraire » reliant le cimetière et le cloître. Sans avoir le prestige des enfeus, cet emplacement apparaît privilégié. Laurent Macé confirme qu’une ouverture sociale est observée dans l’épigraphie, notamment à travers le passage du latin à l’occitan, mais dans le cas des deux pierres montrées aujourd’hui le latin est toujours utilisé. Il s’agit donc de familles d’un certain niveau.
Daniel Cazes revient sur la question de la conservation de ces objets ; il appelle à ce que notre Société puisse un jour prendre position sur ces questions. Selon notre confrère, le dépôt dans les musées s’impose comme la solution la plus appropriée. Les méthodes ont évolué depuis la fin du XIXe siècle et la loi de 2002 oblige les musées à tenir des inventaires et à effectuer des récolements décennaux qui garantissent une certaine sécurité. Par ailleurs, il mentionne l’existence d’un grand dépôt archéologique commun aux musées de Toulouse placé sous la responsabilité du conservateur du Musée Saint-Raymond. Daniel Cazes souhaite apporter une précision au sujet de la dénomination « cloître funéraire » qui lui semble inexacte : il s’agit d’un cimetière, ce qui est appelé le Campo Santo en Italie. Ces cimetières ont, pour la plupart, disparu mais ils étaient très communs dans le Midi de la France, celui de Perpignan est encore en place. Il en existait partout à Toulouse, tout autour du chevet de Saint-Sernin un mur était entièrement percé d’enfeus. Ces modèles sont visibles également en Italie (Santa Maria Novella à Florence) et en Espagne ajoute-t-il. Dominique Watin-Grandchamp fait remarquer que, jusqu’aux travaux sur Saint-Jean-de-Jérusalem menés avec Nelly Pousthomis-Dalle, aucun chercheur n’avait mis ce type d’exemples en évidence pour les cimetières toulousains. L’organisation en déambulation ainsi que la présence de murs-banquettes en briques l’ont conduite à employer le vocable de « cloître-funéraire ». Daniel Cazes souhaite également rappeler que la dalle funéraire de Pierre de Saint-Martial exposée au Musée des Augustins – montrée durant la présentation pour illustrer l’état de conservation de la majorité de ces dalles – est une fabrication d’Alexandre Du Mège. Notre confrère renvoie à un article de nos Mémoires qu’il avait consacré à ce sujet (Tome XLIV, 1981-1982, p. 61-85).
Dominique Watin-Grandchamp signale encore la présence d’une statue qui semble assez exceptionnelle parmi les autres pièces retrouvées sur le site de la D.R.A.C et qui restent à étudier. Elle provient vraisemblablement de la chapelle Saint-Léonard qui s’ouvrait sur le cloître du XIVe siècle, fondée par le grand-prieur de Lescure. L’autorisation de chapelle est donnée à Malte en 1390 et l’acte de nomination d’un chapelain en 1400 a pu être retrouvé dans les archives. En 1620 et 1680, deux inventaires indiquent que la chapelle est désacralisée, qu’elle a été pillée et que ne restent que l’autel et deux très vieilles statues. Or, dans la cour Saint-Jean, non loin de l’emplacement de la chapelle Saint-Léonard, ont été retrouvées deux statues, qui pourraient être celles mentionnées dans les inventaires. L’organisation d’une visite des membres in situ est envisagée, si toutefois les conditions de sécurité le permettent.
Enfin, Guy Ahlsell de Toulza intervient au titre des questions diverses. Il nous informe que la Fondation Bemberg rouvrira ses portes le 2 février 2024. Il fait aussi état de problèmes intervenus durant le week-end quant à la gestion de la fermeture du portail de l’Hôtel d’Assézat. Le sujet a été discuté avec la Directrice de la Fondation, Mme Debenedetti. Pour des raisons personnelles, les représentants des Académies au sein de la commission paritaire sont assez peu présents actuellement ; aussi, afin d’assurer la continuité du dialogue, les membres du Bureau de la S.A.M.F. s’accordent pour être présents lors de la prochaine assemblée générale de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel. Les questions de sécurité et d’ouverture des locaux pourront notamment être évoquées.
Séance du 7 novembre 2023
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Présents : Mmes Czerniak, Présidente, Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire-adjointe, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mmes Fournié, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Cazes, Garland, Lassure, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Henocq, Rolland Fabre, MM. Rigault, Séraphin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Jaoul, Rollins et Watin Grandchamp, MM. Dubois, Garrigou Grandchamp, Mange, Péligry, Penent, Scellès et Surmonne.
Invitée : Mme Marie Bonnabel.
Virginie Czerniak ouvre la séance en accueillant notre invitée du jour : Marie Bonnabel, conservatrice du Couvent des Jacobins. Puis, elle fait circuler parmi les membres un ouvrage offert par Maurice Scellès à notre bibliothèque :
L’ordre de Grandmont, art et histoire, Actes des journées d’études de Montpellier des 7 et 8 novembre 1989, sous la direction de Geneviève Durand et de Jean Nougaret, Centre d’archéologie médiévale du Languedoc, 1992.
Elle signale également le don par notre Trésorier d’un ensemble de clichés, dont deux ont servi de modèle à Pichon en 1860 pour l’exécution des portraits de Jean-Baptiste et Adèle Gèze. On y trouve également une série de photographies anciennes montrant des meubles et des objets de la collection Edouard Barry (1809-1879), professeur d’histoire à la Faculté de Lettres et membre de notre société. Comme pour la collection Soulage, achetée en 1857 par le V&A Museum de Londres, les meubles sont très restaurés et parfois l’œuvre du sculpteur sur bois J. B. Hérail.
Réalisant un projet qu’il mûrissait depuis longtemps, notre Trésorier nous annonce la création d’un prix annuel sous le nom de Prix Guy de Toulza et qui sera donné en séance publique dès cette année. Il fera bientôt un don à investir en « valeurs pierre », destiné à alimenter ce prix. Après plus de 40 ans au poste de Trésorier, Guy de Toulza nous informe qu’il faudra lui trouver dès cette année un trésorier adjoint qui l’aidera et le remplacera ensuite.
Virginie Czerniak remercie notre confrère pour cette bonne nouvelle qu’est la création de ce nouveau prix/
La Présidente fait enfin circuler le programme d’un colloque qui se tiendra dans la salle Clémence-Isaure et à l’Institut des Études Méridionales à partir de demain 8 novembre et pendant trois jours. Ce colloque, organisé à l’initiative de nos collègues Fernand Peloux et Michelle Fournié, est consacré aux reliques de saint Jacques le Majeur à Toulouse. Il est ouvert à tout le monde et la Présidente invite donc tous les membres à y assister.
Michelle Fournié précise qu’il s’agit du colloque final qui va clore ce qui avait été amorcé en 2018, quand les châsses-reliquaires de Jacques le Majeur à Saint-Sernin avaient été ouvertes avec l’accord du clergé. Entretemps, l’épidémie de Covid avait empêché la communication des résultats des analyses des prélèvements osseux, ralenti le travail en archives, ainsi que réduit la possibilité d’organiser des manifestations. Après trois séminaires et une journée d’étude, ce colloque est le point final de cette entreprise autour du corps de Jacques le Majeur et des cinq autres corps d’apôtres réputés se trouver à Saint-Sernin.
Virginie Czerniak invite ensuite notre confrère Gilles Séraphin à prendre la parole pour sa communication sur Les ailes du cloître de Moissac :
En 2017, une étude d’évaluation sur l’ancienne abbaye de Moissac a été confiée par la commune de Moissac à Stéphane Thouin, architecte en chef des Monuments historiques. Dans le cadre de ce diagnostic, la réalisation du volet historique et archéologique a permis un certain nombre d’observations quant aux dispositions anciennes du cloître et des bâtiments conventuels qui l’entourent. Quelques remarques chronologiques en découlent.
Légende de la photo :
Moissac, aile est du cloître, élévation phasée sur le cloître (extrait). Relevé et dessin G. Séraphin
La Présidente remercie l’orateur pour sa présentation et comprend, au vu de l’enchevêtrement des maçonneries et de la complexité des interprétations, pourquoi l’étude de ces murs ne s’est faite que tardivement. Elle note que notre confrère a ouvert des pistes sur l’organisation du cloître et lui demande quelle était, d’après lui, la configuration du côté nord. Il avoue que les indices sont réduits à un seul détail : après le démontage du cloître roman, lorsque l’on refait au XIIIe siècle le pilier qui manque dans la partie sud, on conserve l’arcature de briques, ce qui démontre que le pilier est postérieur à l’arcature gothique du XIIIe siècle. Reprenant ensuite ses propos sur l’hypothèse du choix délibéré fait par les constructeurs du XVe siècle de reproduire des formes archaïques (les croisées d’ogives à triple tores), pour les faire passer pour plus anciennes, Virginie Czerniak avoue que cela va à l’encontre de l’idée qu’elle se faisait de la construction au Moyen Âge. Gilles Séraphin est effectivement ennuyé par un tel fait au XVe siècle, mais il a pu souvent constater cette pratique au XIIIe siècle (dans plusieurs églises du Quercy, à Conques), où on a remis en place tardivement des chapiteaux du XIe siècle. La Présidente lui fait remarquer qu’elle ne parlait pas de remplois. Pour notre confrère, cela relève de la même logique : on met des pièces anciennes au milieu de pièces neuves pour affirmer l’ancienneté, donc le prestige d’une église (cf. les conflits de préséance entre Saint-Sauveur de Figeac et Conques). C’est la valeur emblématique du remploi, reprend Virginie Czerniak, mais il n’y a pas de volonté de vieillir la construction. Gilles Séraphin reste convaincu qu’au XIIIe siècle, on remploie et on recopie volontairement des modèles plus anciens. En revanche, c’est la première fois qu’il est amené à en faire l’hypothèse pour des constructions du XVe siècle.
Daniel Cazes voudrait d’abord revenir sur les piliers. Il précise que personne n’a affirmé que les petits chapiteaux situés sur les angles étaient ceux de sarcophages, comme notre confrère l’a déclaré. Le décor des piliers d’angle a été réalisé vers 1100, comme la sculpture des chapiteaux du cloître. En revanche, ces piliers sont bien montés avec des plaques de sarcophages, dont les dimensions correspondent aux séries connues fabriquées avec du marbre des Pyrénées et produites à la fin du IVe siècle et au début du Ve siècles. Dans le cas de Moissac, il est raisonnable de penser qu’il y ait eu à l’origine, sur place ou non loin, une nécropole avec, probablement, une basilique antique, ce qui justifierait la présence importante d’éléments de récupération et de fragments de différents types de sarcophages. Le pilier en marbre rose qui a été présenté est aussi un sarcophage. Il appartient à une série connue, dont un exemplaire a été trouvé dans la nécropole de Saint-Sernin. Ce matériau est une brèche probablement extraite dans la région de Cierp, dans la haute vallée de la Garonne. Là se trouvaient deux types de brèches : une de couleur rose et la seconde de couleur verte ; on en recueille des fragments dans tous les sites antiques de la vallée de la Garonne, comme Chiragan. La brèche, qui ne pouvait être sculptée, était recherchée pour sa couleur proche de celle du porphyre. Le sarcophage en remploi dans le cloître de Moissac était donc exceptionnel. Le second point concerne le problème des dimensions du cloître abordé par notre confrère. Dans la mesure où la série des chapiteaux est complète et où ils correspondent tous à la commande originelle, il est probable que ses dimensions initiales aient été sensiblement les mêmes que celles d’aujourd’hui. Gilles Séraphin est d’accord avec Daniel Cazes sur la réutilisation des sarcophages resculptés au XIIe siècle ; c’est d’ailleurs un sujet qu’il connaît peu. Il se demandait simplement pourquoi deux côtés de la cuve seulement avaient été utilisés pour un des piliers alors que l’on trouve les trois côtés en brèche rose pour l’autre, avec un remplissage en brique pour la quatrième face. Quant à la taille du cloître, il reste convaincu que dans sa conception d’origine il n’avait pas les mêmes dimensions qu’aujourd’hui car la configuration actuelle de l’aile nord ne fonctionne pas avec les portes anciennes. Soit qu’il ait été moins étendu, soit qu’il ait été plus étendu. Le fait qu’il ne manque pas de chapiteaux privilégie la seconde hypothèse.
Louis Peyrusse trouve intéressante l’hypothèse du démontage du cloître pour les nécessités du chantier de l’église au XIIe siècle. Pour autant, si les chapiteaux de 1100 ont été conservés lors du remontage du cloître, c’est que cela avait un sens. Il y a donc à la fois une part d’impermanence, du fait que les bâtiments vivent, et une volonté de conserver telle quelle « la leçon » exprimée par la sculpture des chapiteaux. Louis Peyrusse reste par ailleurs très étonné que la Commission des travaux des Monuments historiques ait pu, en 1970, autoriser un tel décrochage de niveau de la toiture du cloître. Il demande à notre confrère s’il a trouvé une justification scientifique et archéologique à cette incohérence. Gilles Séraphin ne peut répondre à cette question mais il observe que ce parti a eu pour avantage de ne pas endommager les vestiges archéologiques plus anciens. Virginie Czerniak rappelle que c’est aussi dans les années 1970 que l’église de Saint-Martin de Moissac a été décaissée sans autorisation ni justification. Revenant sur le remontage du cloître, Gilles Séraphin rappelle que l’arcature du XIIIe siècle est nettement postérieure aux chapiteaux du XIIe siècle ; cela n’implique pas pour autant qu’il y ait eu remontage, on a pu mettre une arcature sur un cloître en place. Il s’interroge cependant sur la disparition totale de tout vestige de l’arcature primitive. De l’aile nord, seuls subsistent les arrachements de bâtiments conventuels dont l’implantation était différente de celle de l’aile actuelle : une porte encadrée par deux accroches de murs et un troisième situé au milieu d’une ouverture condamnée. Ces maçonneries arrachées ne sont pas à l’emplacement de l’aile nord actuelle. Force est de constater que le cloître a bougé. Selon notre confrère, il n’a pas été à l’origine, soit dans sa conception, soit dans sa réalité, tel qu’on peut le voir aujourd’hui. Il faudra par ailleurs expliquer pourquoi il y a un pilier en trop.
Céline Ledru voudrait revenir sur le fait que notre confrère conçoit mal qu’il n’y ait pas eu d’arcature au XIIe siècle sur des chapiteaux aussi travaillés. Elle suggère qu’un chantier aussi long a pu être nourri de fonds de façon irrégulière. On a pu couvrir les chapiteaux d’une simple sablière au XIIe siècle, en attendant des moyens plus importants pour construire une arcature. Ceci pourrait justifier l’absence des vestiges recherchés. Gilles Séraphin est d’accord avec cette hypothèse. Il ajoute qu’alors que l’on construit l’église, les ailes du cloître devaient être un chantier permanent. Il se demande alors à quel moment une accalmie des travaux a pu permettre le remontage du cloître. Il avoue être un peu désarmé devant des vestiges aussi complexes, et en l’absence de textes, pour écrire l’histoire de la construction de l’édifice. On ne peut, selon lui, que faire des hypothèses.
Daniel Cazes voudrait revenir sur les explications données par notre confrère sur le mur-bahut et sa hauteur. A-t-on fait un jour un sondage au pied de ce mur-bahut ? Gilles Séraphin se demande si, en fouillant la fontaine du cloître, notre consœur Quitterie Cazes n’avait pas dégagé (2010) une partie du mur-bahut. On s’accorde sur la nécessité de vérifier ce détail. Daniel Cazes pense que devant un problème d’une telle complexité un sondage au pied de la maçonnerie permettrait de s’assurer de la présence et du tracé des maçonneries du XIe siècle. Pour sa part, il avoue avoir toujours pensé que le mur-bahut d’origine avait été conservé. Le problème, répond Gilles Séraphin, est que ce qui apparaît aujourd’hui au-dessus du sol sont des pierres de remploi, et rien d’attribuable au XIe siècle. De plus, ces pierres de remploi sont de plus tardives, elles montrent des marques de tâcheron (les mêmes que celles du clocher qui est postérieur à 1130).
Henri Pradalier pense au contraire que le mur-bahut est celui d’origine. Selon lui, les pierres en remploi n’invalident pas son authenticité. Gilles Séraphin déclare s’être reporté aux relevés de Stéphane Trumpler qui mettent en évidence des pierres calcinées et des marques de tâcheron ; pour sa part, il n’a fait que vérifier sur place les informations données par ce document. Henri Pradalier demande s’il ne faut pas penser au contraire que le mur-bahut est de 1100 et que le clocher-porche n’est pas construit après 1130. Selon Gilles Séraphin, il y a une difficulté à cette hypothèse. Si le mur-bahut est bien de 1100, pourquoi en construisant la file de coupoles, la toiture entre le cloître qui préexiste et l’église n’ont-elles pas été mises en concordance ? En effet, si on additionne la hauteur du mur-bahut avec celle des colonnes et des chapiteaux puis celle d’une arcature en plein cintre, il est impossible de disposer une toiture qui s’accorde avec les fenêtres des bâtiments périphériques. Selon Henri Pradalier, si la partie inférieure du mur nord de l’église sur lequel s’appuie l’aile sud du cloître date bien de 1063, comme le confirment les comparaisons avec d’autres maçonneries de ce type, il n’a pas été nécessaire de défaire la galerie du cloître pour bâtir au-dessus l’église à coupole. Gilles Séraphin répond que Quitterie Cazes a bien démontré que ce mur était du XIIe siècle et contemporain de la tour-porche en faisant un sondage au pied de celui-ci.
Notre Trésorier s’interroge sur la reconstruction des voûtes dont les nervures sont à trois tores, à propos desquelles a été évoquée l’hypothèse que ces briques aient pu être réutilisées. Pour en avoir fait l’expérience, la réutilisation de briques montées à la chaux était quasiment impossible car elles se cassent. Il est plus facile de faire un moule à l’identique (par exemple, à Saint-Michel de Gaillac, remontage des voûtes en 1703 à l’identique). Gilles Séraphin avoue n’avoir pas pu vérifier si les triples tores sont moulés ou taillés. Henri Pradalier fait remarquer, à propos de ces nervures à triples tores, qu’il ne peut pas imaginer que les constructeurs du XVe siècle aient eu des « pensées archéologiques » en reproduisant des formes plus anciennes. Gilles Séraphin note que contrairement aux salles de l’aile nord, d’autres pièces voûtées attribuables à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle dans les chapelles de l’église sont conformes aux standards de l’époque par leur style. Grâce à un surplus de ces briques découvertes par Stéphane Béraud, nouvel Architecte en chef pour le département, des analyses de thermoluminescence sont en cours.
Notre Présidente cède la parole à Patrice Cabau pour une question d’actualité : Deux mentions anciennes de dédicaces d’églises à Toulouse
Le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France sous le n° 3036 des nouvelles acquisitions latines a été confectionné au seizième siècle pour la métropole Saint-Étienne de Toulouse.
Il devait transmettre la teneur de livres liturgiques depuis longtemps en usage à la cathédrale :
un martyrologe historique (assez différent de celui d’Usuard, mais dont il peut en dériver nettement parfois) ;
un nécrologe-obituaire allant de 1070 environ à 1537 n.s. (continué avec des additions allant de 1538 à 1744).
Le manuscrit est aujourd’hui mutilé et les deux ouvrages qu’il reproduisait nous sont parvenus incomplets, notamment du début pour le premier, et de la fin pour le second.
Après avoir saisi et contrôlé la transcription du nécrologe-obituaire que j’avais faite à Paris il y a maintenant quarante ans, je me suis intéressé au martyrologe. Je n’en attendais à vrai dire rien de bien bon ou de bien nouveau. Or voici qu’on y trouve deux mentions qu’il importe de relever :
9 mai (fol. xlvj / 5 recto) :
Eodem die : dedicatio basilice sancte marie fabricate ciuitatis tholose .
7 novembre (fol. cxiiij / 57 verso) :
Eodem die dedicatio eccl(es)ie sa(n)cti iacobi tholose sedis .
Les deux formiles sont remarquables parce que leurs termes renvoient à une époque ancienne :
où la basilique Sainte-Marie (mentionnée par Grégoire de Tours) était encore une dépendance de la cathédrale (avant d’être aliénée par l’évêque Durand, abbé de Moissac, puis cédée définitivement dans les années 1070 par son successeur Isarn à l’abbé de Cluny en 1077) ;
où cette église était qualifiée de fabricata (« l’Ouvragée »), comme dans les codicilles du comte [de Rouergue] Raymond (960 env.) et de l’évêque de Toulouse Hugues (970 env.) — ce n’est qu’après le milieu du douzième siècle que s’imposera l’appellation deaurata (« la Dorée » ou « la Daurade ») apparue à l’époque de Grégoire VII (1073/1085) ;
où l’église Saint-Jacques était désignée comme église épiscopale de Toulouse au même titre que Saint-Étienne, ainsi qu’il paraît par le diplôme octroyé en 844 par le roi Charles le Chauve à Samuel, Tolosane aeccl(esi)e ciuitatis ep(iscopu)s que e(st) co(n)structa in honore s(an)c(t)i Stephani seu et s(an)c(t)i Iacobi ap(osto)li.
Il s’en suit que les deux cérémonies toulousaines rappelées dans le martyrologe de la cathédrale pourraient être rapprochées de la série assez nombreuse des dédicaces qui eurent lieu dans les pays méridionaux aux alentours de l’an Mil.
Patrice Cabau.
Henri Pradalier confirme la chronologie donnée par notre confrère. On a longtemps parlé du siècle de l’an Mil et de ses heures sombres. On se rend compte en fait qu’il y a eu une sorte de relance dans les constructions qui s’effectue à partir de 975 voire 950 dans certains cas. C’est dans l’ambiance de Saint-Michel de Gaillac (972), Saint-Michel de Cuxa (975) etc., répond Patrice Cabau. Il n’y a donc qu’une église qui porte les deux vocables Saint-Étienne et Saint-Jacques, reprend Henri Pradalier, nous sommes alors dans le profil de ce que l’on appelle une cathédrale double. C’est l’église cathédrale dépendant de l’évêque dans sa globalité, reprend Patrice Cabau, et on ne segmente pas par bâtiments : c’est l’entité « Église de Toulouse ». La dualité des vocables incite à se poser la question, reprend Henri Pradalier, à moins qu’il ne s’agisse du souvenir de deux églises, d’une cathédrale double antérieure, fondue plus tard en un seul édifice.
Séance du 17 octobre 2023
Emilie Nadal & Claire Rousseau
Un anglais à Toulouse. Récit de voyage d’un gentleman antiquaire en 1814-1815.
Lire le compte-rendu
Le 12 novembre 1814, Henry et Catherine Howard, leurs quatre enfants, une gouvernante, des domestiques et un chien de compagnie s’installent à Toulouse pour profiter d’une France fraîchement rendue à la monarchie. Au cours de ce séjour raccourci par le retour de Napoléon en mars 1815, Henry Howard se promène, rédige toutes sortes de notes, fait faire des croquis de monuments toulousains, et achète un feuillet des Annales enluminé… Il a rassemblé tous ces témoignages manuscrits dans une Histoire des comtes de Toulouse de Catel, exemplaire acquis en 1969 par la BM de Toulouse mais resté inédit. Nous présenterons le personnage, sa famille, et l’intérêt de son témoignage pour l’histoire toulousaine, avec en particulier des détails inédits sur la Maison de l’Inquisition.
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Cazes, Fournié, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Cazes, Macé, Penent, Pradalier, Scellès, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Dumoulin, Henocq, Ledru, Rolland Fabre, Vène, MM. Kérambloch, Rigault, membres correspondants.
Excusés : MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse.
Invitées : Mme Claire Rousseau, chercheuse à l’Institutum Historicum Ordinis Praedicatorum de Rome, lauréate du prix Ourgaud en 2012 ; Mme Géraldine Chopin, conservatrice ; Mme Catherine Peoc’h, bibliothécaire au Service patrimonial de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse ; Mmes Flore Chupin, Nadia Perles, Cécile Rauzi, Raphaëlle Tavernier, étudiantes en Master arts et communication à l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès.
La Présidente ouvre la nouvelle année académique et accueille les invitées du jour. Elle présente ensuite deux projets participant du rayonnement de la S.A.M.F., déjà évoqués au sein du Bureau. Le premier concerne la création d’une chaîne Youtube. Dans l’idée de pouvoir partager avec le plus grand nombre les connaissances de la Société, il s’agira, sous forme de podcasts de dix minutes, d’aborder des sujets majeurs du patrimoine local, toutes périodes confondues. Pour débuter, une série sera consacrée aux grands monuments de Toulouse (la basilique Saint-Sernin, la cathédrale Saint-Étienne, le Capitole, l’hôtel d’Assézat…). Le premier épisode sera dédié à l’histoire de notre Société. Pour mettre en œuvre ce projet, notre Présidente s’est tournée vers le Master arts et communication de l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès. Un « projet tutoré » a ainsi été construit, avec quatre étudiantes, afin d’ouvrir la chaîne Youtube et de produire régulièrement des podcasts, tout au long de l’année. Un appel est lancé aux membres pour participer à cette initiative. Ceux qui le souhaitent peuvent proposer des interventions directement à la Présidente. Les tournages se feront indépendamment des séances, l’organisation sera précisée ultérieurement. Sur le plan technique, des captures des voix des intervenants seront effectuées, associées, grâce à un montage, à des images (libres de droits ou avec autorisations de diffusion), voire à des vidéos. À l’issue de cette année universitaire, le souhait est que la Société soit en capacité de continuer à alimenter la chaîne. Maurice Scellès pose la question de l’archivage des vidéos et met en garde sur les limites de notre site. Dans la perspective conjointe de l’archivage des numérisations de photographies conservées à la S.A.M.F., il faudra alors envisager le stockage de ces documents sur un serveur dédié. Virginie Czerniak ajoute qu’il conviendra de renvoyer depuis le site actuel vers la chaîne Youtube. Elle s’interroge par ailleurs : peut-être faudrait-il, à terme, refondre le site …
La Présidente poursuit avec le second projet qui s’inscrit sur un temps plus long puisqu’il concerne le bicentenaire de la Société Archéologique du Midi de la France, en 2031. Pour l’occasion différentes manifestations pourraient être organisées (exposition, conférences…). Afin de commencer à préparer concrètement cet événement, un groupe de travail va être constitué. Les membres intéressés et disponibles pour intégrer cette commission sont invités à se manifester dès à présent.
Le Trésorier signale que de nombreux membres ne sont pas à jour de leur cotisation ; ils sont incités à prendre contact avec lui dans les meilleurs délais pour régulariser leur situation. Il est rappelé que tout membre n’ayant pas acquitté sa cotisation dans un délai de trois ans est considéré comme démissionnaire.
Ainsi qu’inscrit à l’ordre du jour, l’assemblée procède à l’élection de deux nouveaux membres correspondants. Virginie Czerniak lit le rapport sur la candidature de Christian Mange transmis par Louis Peyrusse, puis Émilie Nadal présente la candidature d’Aurélia Cohendy. Après avoir recueilli les votes des membres titulaires, Aurélia Cohendy et Christian Mange sont déclarés membres correspondants de notre Société.
La Présidente donne ensuite la parole à Émilie Nadal et Claire Rousseau pour une communication longue intitulée : Un Anglais à Toulouse. Récit de voyage d’un gentleman antiquaire en 1814-1815.
La Présidente remercie les intervenantes pour la découverte passionnante du travail d’Henry Howard, qui, en d’autres circonstances, aurait pu être membre de la S.A.M.F. ! Émilie Nadal précise que le livre (Histoire des Comtes de Tolose par Guillaume Catel) a été numérisé par la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, il est ainsi consultable en ligne (sur le site Rosalis). Magali Vène souhaite savoir si le départ de l’Évangéliaire de Charlemagne, intervenu quelques années auparavant, est évoqué par Henry Howard. Émilie Nadal confirme la présence d’une note en marge du passage dans lequel Catel aborde ce manuscrit. Howard écrit, en français, que le livre a été donné à Bonaparte par la Ville de Toulouse en 1800. La date est en réalité erronée : le don date de 1811. Magali Vène demande ensuite si la bibliothèque du comte MacCarthy est mentionnée ou si seuls les salons de madame MacCarthy sont cités. Émilie Nadal indique que Catherine Howard parle de la vente de la collection dans son récit. Daniel Cazes se montre très intéressé par les dessins des tombeaux des comtes de Toulouse qui lui semblent être réalisés d’après l’original. À ce titre ils mériteraient de faire l’objet d’une étude détaillée. En effet, ils présentent un intérêt majeur, ils montrent notamment le système de support du grand sarcophage dit, à l’époque, de Guillaume Taillefer, car il existe plusieurs versions de ce système de support du tombeau par colonnettes. Le dessin dévoile une vision totalement inédite, il permet ainsi de constater que les chapiteaux sont déjà très abîmés. Daniel Cazes note que le dessin publié dans l’Histoire générale de Languedoc donne l’impression qu’un tronçon de colonnette antique ronde se trouve au centre et des colonnettes octogonales sur les côtés, alors que ce n’est pas le cas sur le dessin réalisé pour le compte d’Howard par Bernard Griffoul-Dorval. Celui-ci fait donc peut-être foi et atteste l’état du sarcophage en 1814-1815, suggère Daniel Cazes. Il relève un élément curieux : il semble y avoir un mélange entre la réalité observée et le dessin de l’Histoire générale de Languedoc, notamment pour les sarcophages latéraux. Leur tracé est plus rigide, comme si l’auteur avait copié celui de l’Histoire générale de Languedoc. Pour le sarcophage central, le détail des colonnettes, des arcs cuspidiens et des personnages, le dessin paraît très intéressant car l’original est extrêmement usé. Ce document de 1814 permettrait de connaître l’état du sarcophage avant les dégradations intervenues au cours du XIXe siècle. Dominique Watin-Grandchamp est également interpellée par ce dessin inédit des sarcophages et la restitution des chapiteaux et des colonnes mais elle émet une réserve sur la fidélité de ces relevés par rapport à l’authentique. En effet, l’inscription sur le couvercle du sarcophage de droite se situe uniquement au milieu et non sur les côtés comme figurée par Griffoul-Dorval. Émilie Nadal suggère que l’inscription ait pu être ajoutée par Howard. Michelle Fournié demande des précisions à propos d’une crosse en ivoire comportant une représentation des apôtres montrée lors de la présentation. Claire Rousseau explique que la mention de cette crosse a été trouvée dans deux catalogues d’exposition. Dans la notice du premier, le fils d’Henry Howard précise que cette crosse a été acquise par son père lors de son séjour à Toulouse et qu’elle appartenait à saint Dominique. Il écrit aussi qu’elle date du XIVe siècle et qu’elle est anglaise. Dans le second catalogue, la notice est accompagnée d’un dessin mais n’indique pas de provenance. De fait, les informations transmises par le fils d’Henry Howard sont contradictoires et semblent plutôt relayer un récit familial mythifié. Pour l’heure la localisation de l’objet n’est pas connue, mais sa trace pourra sans doute être retrouvée. Daniel Cazes suggère de comparer cette crosse avec tous les ivoires du même genre connus, en consultant notamment le catalogue général des ivoires du musée Louvre. Claire Rousseau ajoute qu’un grand nombre de crosses en ivoire, y compris peintes, sont inventoriées. Virginie Czerniak signale que les polychromies sur les ivoires datent souvent du XIXe siècle car, au Moyen-Âge, le matériau, très noble, était laissé visible. Michèle Pradalier-Schlumberger revient sur le dessin du crucifix dit de saint Dominique qui passionnait le Père Bernard Montagnes. Elle se souvient avoir échangé avec lui sur ce sujet pour une communication présentée aux membres de notre Société (séance du 6 janvier 2009) et lui avoir alors suggéré une origine italienne. En observant les dessins commandés par Howard, notre consœur remet en doute son hypothèse. Elle insiste sur le caractère très précieux de ce document pour la connaissance du crucifix conservé dans la crypte de Saint-Sernin. L’étude de l’objet, particulièrement sous l’aspect stylistique, mérite d’être reprise. Émilie Nadal espère que la présentation de ce témoignage inédit, touchant différents points de l’histoire toulousaine, donnera lieu à un travail collectif.
Au titre des questions diverses, Daniel Cazes fait ensuite un point sur le dossier d’aménagement du sentier Garona reliant Toulouse au Val d’Aran. Les autorités locales et la S.A.M.F. ont émis l’idée de faire une boucle à partir du pont de Mauran afin de traverser le site de Chiragan, propriété de notre Société. Le trajet conduirait ensuite au secteur de la fontaine et de la bataille de saint Vidian, avant de retraverser la Garonne et rejoindre le sentier principal. Néanmoins le projet est complexe, le Département devant obtenir l’autorisation de tous les propriétaires dont les terrains sont traversés. Or, cet été, l’un d’eux est revenu sur sa décision et les travaux sont depuis suspendus. La zone de notre terrain devant recevoir les deux panneaux explicatifs, pour lesquels Daniel Cazes a déjà rendu textes et documentation, n’est en ce moment plus entretenue. Ce faisant, l’inauguration, envisagée pour novembre 2023, se déroulera probablement au printemps de 2024. Cet événement pourra être l’occasion de se retrouver pour une nouvelle journée foraine, après le succès de celle organisée samedi 14 septembre à Narbonne.

