Année académique 2016-2017

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Séance du 6 juin 2017 (séance privée)

Communication longue de Bruno Tollon :
Questions sur le château de Bournazel (Aveyron).

dscf7179 web d6467Les chantiers interminables sont riches d’enseignement, celui du château de Bournazel en fournit un exemple. L’entreprise de restauration en cours a permis des découvertes essentielles pour sa compréhension. L’administration des Monuments historiques a dû admettre, tour à tour, la restitution du corps de logis principal, puis de la tour sud et même du pavillon d’escalier, dont le dégagement a provoqué des surprises. Autant d’étapes qui ont été accompagnées de recherches donnant du château une image plus complexe que prévue. Ces observations vont dans le sens d’une chronologie renouvelée pour nombre de châteaux du Midi de la France et de la prise en compte d’une culture nouvelle, tant du côté des architectes (culture visuelle) que des commanditaires (culture intellectuelle).

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry
Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes
Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger ; MM. Balty, Boudartchouk,
Garrigou-Grandchamp, Julien, Pradalier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ;
Mmes Balty, Béa, Czerniak, Friquart, Galès, Muños, Sénard, Vène ; MM. Debuiche,
Macé, Sournia, membres correspondants.
Excusés : Mme Heng et MM. Bru, Latour, Peyrusse et Prin

Le président annonce la parution prochaine des Mémoires de l’année 2015. Pour l’an prochain, l’année académique comptera 16 séances, parmi lesquelles la visite de l’exposition sur les Arts de la Renaissance à Toulouse. Le 7 novembre, jour de notre rentrée académique, nous célébrerons les 50 ans de société archéologiques de notre confrère Louis Latour, enseignant, archéologue et membre actif de la société. Nous procédons à la lecture des pv des séances des 8, 16 et 30 mai 2017, qui sont adoptés après quelques modifications. La parole est ensuite donnée à Bruno Tollon pour sa communication intitulée « Question sur le château de Bournazel (ca 1545-1565) ».

Le président remercie Bruno Tollon de nous avoir présenté cette spectaculaire restauration, tout en approfondissant l’étude de l’architecture et du décor du château de Bournazel. Il ne peut que souhaiter l’achèvement et l’épanouissement de ce chantier, et notamment le réaménagement du jardin. Concernant ce jardin, il rappelle qu’au château Renaissance de Martres-Tolosane, le propriétaire avait découvert des dessins attestant de la présence de jardins contemporains du château. B. Pousthomis précise qu’une de ses collègues, archéologue à Hadès, est intervenue pour faire un sondage à l’endroit où étaient prévus les jardins de Bournazel. On n’y a pas trouvé trace d’allée, mais quelques vestiges d’un grand bassin de 60 m de long, et deux éléments d’un bassin circulaire. L’emplacement du jardin du XVIe est depuis longtemps exploité et labouré, la restitution (ou plutôt la création ?) ne peut donc pas s’appuyer sur ces rares vestiges. B. Tollon remarque que la brièveté des opérations de fouilles est tout de même révélatrice du peu de cas qui est fait de l’archéologie. B. Pousthomis croit se souvenir qu’il y a eu environ une semaine de fouilles, surtout sur l’emplacement du jardin et sur la porte dégagée en 2014, mais il reconnait que le service archéologique a eu du mal à se faire entendre du propriétaire et du jardinier, et qu’il y a eu des difficultés de relations générales entre le SRA et le maître d’ouvrage.
B. Pousthomis demande si la porte monumentale récemment mise au jour, en contrebas de la cour, doit être considérée comme étant l’accès principal du château. B. Tollon rappelle qu’en France on rentre dans le bâtiment par la tour d’escalier ; mais qu’on doit toujours traverser une cour et si possible une avant-cour avant d’accéder au bâtiment proprement dit. Le parcours est rallongé le plus possible pour vérifier l’identité des survenants, selon une logique que l’on retrouve aussi dans l’édifice (de l’espace public vers l’espace privé). Le positionnement de la porte, au pied de l’escalier, c’est à dire au niveau des jardins, lui donne à penser qu’il ne s’agissait pas d’une porte principale. Il faut imaginer un château avec plusieurs accès et plusieurs enceintes. Le fait que cette porte ne soit pas fortifiée peut suggérer l’existence d’autres aménagements défensifs encore inconnus. Le château de Villefranche de Rouergue, présente sur le cadastre du XIXe des traces de ce type de défense. Malheureusement nous n’avons pas de sources du même type pour Bournazel.
G. Ahlsell de Toulza présente des photos du château de Bournazel qu’il a prises en août 2015. Il invite tout un chacun à consulter les trois vidéos expliquant la mise en œuvre des travaux de restauration, sur le site internet du château.
J. Balty s’interroge sur le rôle du concepteur du décor architectural de ce château. Est-ce que les sculpteurs travaillent d’après des documents iconographiques, des relevés ? ou bien ont-ils vu des œuvres antiques bien réelles ? Ainsi, il lui semble qu’entre la source antique et l’interprétation Renaissance, les deux ordres imbriqués le sont désormais sur un même plan ; comme si l’architecte avait mal lu un relevé. Il doute de l’identification de la figure sculptée avec Jupiter Ammon, car ce dernier a normalement des cornes de bélier enroulées. Avec ses cornes petites et droites, et sa longue barbe, il identifierait plutôt cette figure à un dieu Fleuve, comme Achéloüs.
B. Tollon le remercie pour ce point de vue de spécialiste de l’antiquité. Il tient à souligner la liberté de l’artiste. Les sculpteurs prolongent le modèle des masques, au gré des différentes campagnes de construction, ils conservent le kalathos, le remplacent parfois par une corbeille de fruits, adoptent des cornes très différentes ; ils ne se soucient pas d’une fidélité absolue à leurs modèles. C’est ce qu’on constate aussi avec les bustes de la cour du château d’Assier, qui ne sont pas des copies fidèles, mais des versions adaptées et remaniées de modèles antiques. Il récuse la conception selon laquelle les architectes de la Renaissance auraient mal compris Vitruve, ou les modèles antiques. Le Président revient sur le décor sculpté. Il y a vu une observation de l’antique étonnante, et un mélange assez inventif. Il reconnait que les barbes sont plus fluviales que celles des grands dieux de l’olympe, mais il y a aussi des bucranes et des éléments sacrificiels, comme sin on mélangeait tout sans rechercher un sens d’ensemble. Il ajoute que ce programme sculpté mériterait à lui seul une étude de grande ampleur, sur l’origine des modèles.
M. Scellès demande si on peut imaginer l’existence d’une aile sud, dans le prolongement de la tour d’escalier, au-dessus de la salle souterraine récemment mise au jour. B. Sournia suppose que la présence d’un sous-sol, doit permettre de supposer un projet d’élévation au-dessus. B. Pousthomis signale qu’une des gravures connues du château montre un mur opaque en bel appareil, sans traces d’arrachement, et qu’il n’y avait donc a priori pas d’aile sud en élévation. P. Julien confirme que l’inventaire après décès du XVIIIe siècle, ne mentionne aucune aile sud. En revanche, il signale un arrachement contre l’aile nord, qu’il faudrait examiner.

Au titre des questions diverses, M. Scellès annonce l’envoi des plaquettes sur le projet de Grand Saint-Sernin à destination des élus des collectivités territoriales. Le Président s’étonne de l’état des travaux sur la place Saint-Sernin, qui n’avancent que très sporadiquement. Le projet d’aménagement de la place Saint-Sernin ne parait pas encore fixé alors que l’inauguration de la place est toujours prévue pour la fin du mandat. Il remarque qu’A. Bossoutrot et J.-L. Rebières avaient été pressés de rendre leur projet concernant le massif occidental de Saint-Sernin à la fin de l’année 2016, mais qu’ils ne savent toujours rien de l’éventuel démarrage du chantier. On reste sur une impression de lenteur et d’indécision surprenante pour un monument d’une telle importance.
G. de Toulza signale que la gazette Drouot a fait paraître une tapisserie commanditée pour la cathédrale de Toulouse, « Saint Antoine quittant la ville« . Attribué à l’atelier de Willem Pannemaker, vers 1552, ce second tissage d’un original commandé par François Ier, fait aux armes du cardinal Georges d’Armagnac, aurait été destiné à orner les murs de la cathédrale de Toulouse. Selon P. Julien, le lien avec Toulouse ne repose pour l’instant sur rien.
Concernant la dernière sortie au château de Candie, G. de Toulza montre la photo d’un écu arraché, avec un cimier au-dessus. Il n’y a pas ce genre de heaume sur les écus avant le XVe siècle. M. Scellès pense donc que la pièce a sans doute été remplacé dans le mur d’origine. Q. Cazes souligne, à l’appui de cette hypothèse, les briques visiblement cassées au-dessus de l’arc. L. Macé y voit également un écu plus Renaissance que Médiéval. Enfin B. Sournia reconnait dans la pièce qui surmonte l’écu, une tête d’éléphant.

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Séance du 30 mai 2017 (séance privée)

Visite du château médiéval de Candie à Toulouse.
Sous la conduite d’Addy Amari, Julien Foltran et Laure Krispin.

Dans le quartier Saint-Simon, la silhouette d’un bâtiment médiéval nous renvoie vers des temps anciens. Un brin romantique avec ses douves sur lesquelles flottent des lentilles d’eau et ses belles et austères façades, Candie a longtemps été considéré comme le seul château fort de Toulouse. Les découvertes archéologiques récentes pourraient laisser penser qu’il s’agit en fait d’une demeure de plaisance reprenant les codes de l’architecture défensive. L’essentiel du bâti date du 13e et du 14e siècle mais il a été remanié au cours du 17e siècle. Ce témoignage bien conservé du patrimoine médiéval toulousain est resté dans un état archéologique intéressant, laissant le champ libre à d’autres études d’archéologie du bâti. Les maçonneries, les joints, les enduits et les ouvrages protégés par des maçonneries sont parvenus dans leur état, témoignant de l’art de bâtir en pays toulousain du 13e au 17e siècle. De nos jours, le domaine de Candie est exploité par la mairie de Toulouse qui y produit du vin, respectant ainsi une tradition vieille de plusieurs siècles.

Pour en savoir plus : http://patrimoines.midipyrenees.fr/…

 

Corps de bâtiment A, élévation sur cour Corps de bâtiment A, élévation sur cour.Corps de bâtiment A, détail de l'élévation sur cour.

 

 

 

 

 

 

 

 


Présents : MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki ; MM. Lassure, Peyrusse, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Béa, Krispin ; MM. Surmonne, Suzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Andrieu, Cazes, Heng, Lamazou-Duplan ; MM. Cazes, Latour, Penent, Prin et Sournia.
Invités : Mmes Julie Mathhieu et Lassure, MM. Addy Amary, Julien Foltran et M. Czaplicki.

La séance a lieu au château de Candie situé au sud-ouest de la ville de Toulouse, dans le quartier de Saint-Simon et non loin de Portet-sur-Garonne.
Julien Foltran invité par la société est chargé de nous faire visiter l’édifice.
Notre consœur Laure Krispin commence par une brève introduction présentant la collaboration entre la Mission patrimoine de Toulouse Métropole et la Régie Agricole de la ville. Les bâtiments du château de Candie ont été inscrits à l’Inventaire supplémentaire en 2001.
C’est ensuite au tour d’Addy Amary, directeur de la Régie Agricole de la ville de Toulouse de nous présenter l’historique de l’acquisition du domaine par la ville de Toulouse en 1976 à la famille Barri. Une partie de ce grand domaine a été mis en promotion par la SETOMIP pour l’aménagement de la zone industriel de Thibault. Les vignes qui étaient à l’origine sur le site de Thalès ont été déménagées de l’autre côté du chemin de Saudrune sur le territoire dit de Villenouvelle.
Puis, Julien Foltran nous guide vers la chapelle et le château pour nous présenter les vestiges du Moyen Âge.
Des discussions s’engagent pour interpréter les arcs visibles au rez-de-chaussée de la façade sud-ouest du château autour desquels apparaissent des traces d’arrachement. Maurice Scellès propose d’y voir les portes de latrines dont la maçonnerie a été arrachée.
La visite intérieure fait apparaître différents blocs bâtis perceptibles par les traces que leurs pignons ont laissé sur les murs.
Julien Foltran propose de voir au sud-ouest l’emplacement de l’escalier entre deux bâtiments.
Cette hypothèse est critiquée par Olivier Testard et Maurice Scellès qui ne voient pas dans cette proposition les caractères monumentaux de l’escalier tels qu’on a l’habitude de les voir au Moyen Âge dans la cour d’un grand édifice comme celui-ci. De la même façon, si la présence d’exutoires est assurée par les vestiges sur les murs périphériques de l’édifice, la restitution de ce système d’écoulement des eaux, telle qu’elle a été proposée sur les croquis de l’auteur dans la cour paraît moins certaine.

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Séance du 16 mai 2017 (séance privée)

Communication longue de Jacques Dubois :
Les commandes artistiques de Louis 1er d’Amboise, évêque d’Albi (1474-1503)

Pour la fin du Moyen Age, les prélats qui se sont succédés à Albi ne se sont guère illustrés par une activité artistique remarquée, à l’exception du cardinal Jean Jouffroy en matière de bibliophilie. Mais la nomination au trône épiscopal d’un autre familier du roi, Louis d’Amboise, modifie cette situation lorsque ses commandes artistiques particulièrement importantes touchant tous les domaines de la création participent au renouvellement général du paysage artistique d’Albi et de sa région à la suite des différents réaménagements et chantiers engagés, principalement dans sa cathédrale et ses résidences (la Berbie et Combefa). Ces réalisations marquent alors l’implantation dans le midi albigeois des modes contemporaines du nord du royaume au moyen de transferts artistiques, qu’il s’agisse d’œuvres ou de personnels hautement qualifiés. En tenant compte de recherches récentes et en croisant les sources, la chronologie retenue pour cette activité doit être reconsidérée et située, pour l’essentiel, vers 1490-1500, à l’exemple des grandes commandes de ces frères, Jacques, abbé de Cluny, Pierre, évêque de Poitiers, et Georges, archevêque de Normandie. Pour autant, peut-on parler de la constitution d’un véritable foyer artistique à Albi entre 1480 et 1520 environ ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche ; MM. Balty, Le Pottier, Peyrusse, Pradalier, Testard ; membres titulaires ; Mmes Balty, Munos, Nadal, Sénard, Vène ; MM. Debuiche, Dubois, Penent, Pousthomis, Sournia, Suzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Andrieu, Cazes, Heng, Lamazou-Duplan, Queixalos et MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Péligry, Scellès et Surmonne.

Le président donne la parole à Jacques Dubois pour une communication longue : Les commandes artistiques de Louis 1er d’Amboise évêque d’Albi .
Le président remercie notre confrère pour son discours et ses explications qui ont permis de suivre le cours des travaux effectués par l’évêque. Il le remercie également d’avoir proposé une nouvelle chronologie. Jacques Dubois précise que la clôture a été restaurée, son analyse a permis de revoir la datation et de retourner à celle qu’avait proposée Émile Mâle.
Louis Peyrusse demande : si l’on déplace le chantier d’un peu plus d’une décennie, combien de temps dure le chantier. Le conférencier répond que l’on peut évaluer le temps des travaux à 10 ans environ mais que cela dépend en fait de la taille de l’atelier. Il est alors question de la clôture de Condom qui aurait été moulée sur celle d’Albi.
Guy Ahlsell de Toulza évoque la clôture de l’église de Lavaur construite par Monseigneur de Beausoleil, étant donné les goûts italianisants de l’évêque, il est peu probable qu’elle ait ressemblé à celle d’Albi.
Henri Pradalier signale que dans la chapelle Saint-Michel, dans le clocher de la cathédrale d’Albi, il y a un dépôt lapidaire avec des éléments qui peuvent provenir de la clôture.
Patrice Cabau demande s’il a pu recueillir des indices sur la mise en place d’orgues.
Jacques Dubois répond que l’on attribue à Louis d’Amboise le don de deux orgues mais la stylistique de l’orgue en place aujourd’hui accuse le début du XVIe siècle, il a donc sans doute été donné par Louis II.
Louis Peyrusse demande pourquoi Louis Biget est allé à l’encontre de la datation d’Émile Mâle.
Jacques Dubois répond que ce dernier s’est fondé sur les indications données par le testament, le maître autel et la clôture.

Notre président nous fait part d’une heureuse décision : l’ouverture régulière de la chapelle des Carmélites de Toulouse. En la visitant, il a pu noté que l’édifice était bien entretenu et qu’on l’a transformé en lieu d’exposition. Il se réjouit de l’action municipale sur cet édifice qui fait partie d’un ensemble de bâtiments cédés par l’état à la ville. Il note qu’il est particulièrement vivant ; en effet, une personne accueille le visiteur et un café y a été installé. Notre président a découvert par ailleurs une nouvelle publication sur la chapelle rédigée en trois langues, reprenant un chapitre important d’un ouvrage plus ancien. Il pense que la bibliothèque de la Société devrait acquérir cette publication.
Enfin, il rappelle l’objet des deux dernières séances :
-  le 30 mai, la visite du château de Candie
-  le 6 juin, une communication longue de Bruno Tollon sur le château de Bournazel.

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Séance du 2 mai 2017 (séance privée)

Communication courte de Jacques Dubois :
« La chapelle de Rieux à Toulouse : nouvelle hypothèse de localisation de son ensemble sculpté ».

maitre de rieux jean tissendier web 49617Si les travaux récents consacrés à l’atelier du maître de Rieux portent principalement sur la caractérisation du style ou encore sur la formation et l’origine du maître, la question de l’emplacement des différentes statues qui ornaient autrefois les murs de la chapelle est délaissée ; l’idée même d’une restitution ayant souvent été jugée vouée à l’échec. Pourtant, la révision du dossier à partir des dispositions de la chapelle, des informations fournies avant la destruction du bâtiment, mais surtout des statues elles-mêmes permet d’avancer sur la répartition et l’agencement précis de l’ensemble sculpté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Communication courte de Jean-Michel Lassure :
« Bilan des recherches effectuées de 2014 à 2017 à Giroussens (Tarn) ».

Giroussens est un des centres potiers les plus importants de notre région à l’époque moderne. Son activité se place entre le début du XVIe siècle et 1828. Les plats et assiettes à décor peint qui ont fait sa renommée ont été décrits dans une série d’articles publiés dans les Mémoires de la Société voici quelques années et, plus récemment, dans un ouvrage faisant la synthèse des données disponibles sur ses artisans et leurs créations.

Deux orientations ont été données aux investigations entreprises en 2015 :
- une prospection pédestre dont l’objectif était, comme prescrit par la Commission Interrégionale de la Recherche Archéologique, le repérage des emplacements susceptibles de recéler des ateliers de potiers et surtout des installations de cuisson dans les hameaux de la Veyrière, de la Pelforte, des Blédous et des Roques.

Ted Gragson réglant le radar de pénétration de sol– une prospection géophysique venant en complément et réalisée avec la collaboration de Théodore Gragson, professeur à l’Université de Géorgie (USA) et titulaire d’une chaire d’attractivité IDEX à l’Université de Toulouse-Jean-Jaurès. Un radar de pénétration de sol associé à un GPS et un magnétomètre ont été utilisés.

Les recherches ont été étendues en 2016 à Couffouleux et Puybégon, communes voisines ayant également eu une activité potière.

 

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Pradalier-Schlumberger, Wattin-Grandchamp ; MM. Garland, Garrigou-Grandchamp, Julien, Lassure, Peyrusse, Pradalier, membres titulaires ; Mmes Czerniak, Sénard ; MM. Dubois, Penent, Sournia, Suzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Bessis et Heng, MM. Latour et Tollon.

Après les avoir lus, les procès-verbaux des séances des 21 mars et des 18 et 25 avril sont adoptés.

Le président renouvelle ses remerciements aux membres de notre société qui ont assuré la visite de l’église de Saint-Nicolas lors de la dernière séance. Il projette de renouveler tous les ans la visite d’un monument toulousain. Maurice Scellès rappelle par ailleurs que le château de Candie sera également présenté le mardi 30 mai.

Le président donne ensuite la parole à Jacques Dubois pour une communication courte, La chapelle de Rieux à Toulouse : nouvelle hypothèse de localisation de l’ensemble sculpté .
Le président remercie notre confrère pour cette communication qui reprend un épineux problème. Les œuvres sont en effet difficiles à suivre sur les inventaires et catalogues malheureusement très imprécis. De plus,16 figures sont inventoriées en 1823 et nous en retrouvons 18 aujourd’hui. Comment se sont passées les entrées et les sorties au Musée des Augustins, y-a-t-il eu des pertes ? Lors de la restauration du Musée, de nombreux fragments ont été trouvés. L’histoire de ces œuvres est une affaire compliquée. Le président ajoute que lorsqu’il était conservateur au Musée, il s’était posé la question de la position initiale des statues pour des raisons muséographiques et avait tenu compte de la direction des regards. Il avait imaginé que les saints franciscains occupaient le revers de la façade. Concernant le lion disposé au pied du gisant, il est clairement inscrit sur l’étiquette que sa provenance est inconnue, les deux œuvres ont d’ailleurs été taillées dans un marbre différent.
Jacques Dubois répond que la disposition des saints franciscains au revers de la façade ne semble pas fonctionner. Le président pense au contraire que la direction des regards pourrait confirmer cette hypothèse.
Louis Peyrusse demande si l’on connaît d’autres exemples d’ensembles sculptés pour lesquels on constate de la même façon une inclinaison de la tête et une convergence des regards vers le chœur ? N’y a-t-il pas plutôt un ordre habitué des saints personnages ?
Jacques Dubois répond que dans les exemples qu’il connaît, il n’y a pas d’ordre habitué (Carcassonne, Cologne), mais il n’y a pas non plus d’inclinaison de la tête.
Henri Pradalier se dit séduit par cette idée de replacer les personnages sculptés à partir la direction de leur regard.
Dominique Wattin Grandchamp ajoute que le fait d’avoir à chaque fois deux personnages qui inclinent la tête de la même façon pourrait effectivement confirmer l’hypothèse avancée.
Michelle Pradalier-Schlumberger fait remarquer que la chapelle de Rieux, de petites dimensions, devaient être très encombrée car en plus de ce groupe de personnages sculptés, il y avait un autel, un retable… Elle est d’accord par ailleurs avec la proposition qui a été faite pour positionner le tombeau, mais elle fait remarquer que Dumège restitue un tombeau bien plus simple que celui évoqué par notre confrère, ce dernier en convient.

Le président donne ensuite la parole à Jean-Michel Lassure pour nous présenter un Bilan des recherches effectuées à Giroussens (Tarn) .
Le président remercie notre confrère pour la constance de son étude qui nous permet à chaque fois de voir des poteries de toute beauté.
Guy Ahlsell de Toulza exprime son agacement car contrairement à Cox, aucun sondage archéologique n’a pu être fait à Giroussens. Il dénonce une situation absurde car depuis 20 ans des prospections sont faites après les labours, trois projets de recherche ont été mis en place depuis 2000, les fours sont localisés et rien n’est fait alors qu’une étude archéologique permettrait de mieux dater les pièces et de connaître les contextes de fabrication.
Jean-Michel Lassure répond que pour la première fois, grâce au rapport technique, le SRA évoque la possibilité d’une fouille mais il ne sait pas qui la fera.
Le président attire l’attention sur les mortiers de bronze présentés.
Jean-Michel Lassure précise que des analyses de pâte sont en cours au Canada. Il confirme qu’en l’absence de fouilles il y a peu d’informations sur les outillages du potier dont les textes parlent.

Dans le cadre des questions diverses, Pierre Garrigou Grandchamp nous montre les vestiges de peintures sur enduit d’époque romane découverts entre les modillons de l’église de Gluges (Lot). Notre confrère Nicolas Bru se propose de nous les présenter prochainement.
Pierre Garrigou Grandchamp nous annonce également qu’en déplaçant les stalles de l’église de Montpézat-de-Quercy, de superbes peintures du XIVe siècle (de style primitif avignonnais) ont été découvertes. Elles recouvraient l’arrière des panneaux du XVIIIe siècle situés au-dessus des stalles qui remployaient donc ces bois plus anciens. Or, malgré les protestations d’Emmanuel Moureau, la DRAC ne veut pas les déposer. Elle est décidée à replacer les stalles devant.

Maurice Scellès annonce une communication prochaine sur deux fenêtres géminées construites en brique découvertes à Foix avec peut-être leur panneaux de bois articulés.

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Séance du 25 avril 2017 (séance privée)

Visite de l’église Saint-Nicolas de Toulouse

Visite de l’église Saint-Nicolas de Toulouse récemment restaurée, sous la direction d’Henri Pradalier, avec des exposés de présentation des différents points intéressants de l’édifice (architecture, sculpture, peintures, mobilier) par Michèle Pradalier-Schlumberger, Bruno Tollon, Pascal Julien et Louis Peyrusse.

Attention à l’horaire de cette visite, qui commencera à 16 heures, et non à 17 heures comme nos séances ordinaires à l’Hôtel d’Assézat.
Le rendez-vous est fixé devant le grand portail de l’église, Grande-Rue-Saint-Nicolas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes, Andrieu, Cazes, Haruna-Czaplicki, Fournié, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche ; MM. Balty, Julien, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Krispin, Muños, Nadal ; MM. Debuiche, Penent, membres correspondants
Invités : Mme Aline Tomasin et son époux, Jérôme Kerambluch.
Excusés : Mmes Heng, Lamazou-Duplan, Sénard ; MM. Dubois, Sournia.

La Compagnie se retrouve devant l’ église de Saint-Nicolas pour visiter l’édifice récemment restauré. Elle y est accueillie par monsieur l’abbé Bernard Berthuis, curé de Saint-Nicolas et madame Lacointa qui nous a accompagnés et a mis tout en œuvre pour faciliter la visite.
Le président ouvre la séance et présente les invités. Il remercie le curé de l’église et rappelle que l’édifice est affecté au culte catholique romain et que des personnes de la paroisse ici présentes allaient permettre cette visite en rendant visibles toutes les œuvres qui allaient être présentées.
Henri Pradalier, qui s’est chargé d’organiser la visite, présente l’histoire et l’architecture de l’église gothique et ses différentes phases de construction jusqu’aux restaurations du XIXe siècle.
Michèle Pradalier-Shlumberger prend la suite en présentant le grand portail sud et son décor sculpté, s’attardant sur le groupe de l’adoration des mages qui orne le tympan constitué de moulages.
Le président rappelle qu’en 1981, Bernard Calley, alors architecte des Bâtiments de France chargé de veiller à l’entretien du monument, voulait intervenir sur ces sculptures très abîmées.
Daniel Cazes, alors conservateur au Musée des Augustins, avait organisé la dépose de ces éléments par l’Atelier de restauration des musées de la Ville de Toulouse, alors dirigée par Jean-Louis Laffont dans une chapelle de l’église. Cependant, en raison d’infiltrations d’eau, les œuvres ont été déménagées dans les réserves du Musée des Augustins.
Notre président se préoccupe de savoir où elles sont précisément dans les réserves et aimerait être sûr que toutes les sculptures et morceaux de sculptures (y compris ceux, peut-être antiques, qui étaient encastrés dans le tympan du portail ouest) ont bien été récupérés au cours des divers travaux développés à l’église Saint-Nicolas ces dernières années.
Guy Ahlsell de Toulza demande si l’on a des éléments sur l’état d’origine des voussures, Michelle Pradalier-Schlumberger répond n’avoir aucune source pour répondre à cette question.
Pascal Julien nous présente ensuite la décoration du chœur et en particulier les vestiges du retable exécuté par Nicolas Bachelier intégrés à celui réalisé par E. Rossat et J.-B. Despax. Il passe ensuite à la chapelle nord où se trouvent des peintures murales du XVIe siècle encore inédites. Puis il présente les décors renaissance de la chapelle sud en collaboration avec Colin Debuiche.
Louis Peyrusse achève la visite en détaillant les panneaux peints sur les murs de la nef par Bernard Bénézet entre 1892 et 1894. Ces panneaux représentent différents épisodes de la vie de saint Nicolas. En sortant, il nous signale les orgues installées sur une belle tribune néo-gothique aménagés en 1845.

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Séance du 18 avril 2017 (séance privée)

Communication longue de Patrice Cabau, Michelle Fournié et Daniel Cazes :
Le cardinal Vital du Four et le couvent des chanoinesses de Saint-Sernin de Toulouse : histoire, archéologie et histoire de l’art

Vital du Four, originaire de Bazas, commença sa carrière dans l’Ordre des Frères mineurs et devint en 1307 « ministre provincial » pour la Province franciscaine d’Aquitaine. Promu cardinal prêtre en 1312, puis cardinal évêque en 1321, il mourut en Avignon le 16 août 1327. Comme il devait la dignité cardinalice à son quasi compatriote Bertrand de Got, pape sous le nom de Clément V (1305-1314), il reprit les armes du pontife dans son propre écu, que l’on peut encore voir à Toulouse.

La deuxième partie de la communication portera sur le testament du cardinal franciscain Vital du Four. Ce document inédit et fort long concerne Toulouse à plusieurs titres : Vital du Four fait élection de sépulture dans le couvent des chanoinesses de Saint-Sernin, dont il revendique la fondation effective et la dotation. Il énumère les legs pour la construction de leur nouvelle église et l’érection d’une chapellenie. Il détaille longuement les dons en orfèvrerie, mobilier et vêtements liturgiques. Par ailleurs, il fonde une chapellenie dans le couvent des Cordeliers de Toulouse.

La troisième partie évoquera rapidement les bâtiments disparus du couvent des chanoinesses et surtout son église : une petite nef unique gothique, de plan irrégulier. En proviennent plusieurs clefs de voûte sculptées entrées dans les collections du musée des Augustins au moment de la démolition de l’édifice. L’une d’elles porte la représentation d’un cardinal, probablement Vital du Four.

 

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau,
Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Bagnéris, Bessis, Cazes, Haruna-Czaplicki, Fournié, Nadal ; MM. Balty, Catalo, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Pradalier, Stouff, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot-Rebière, Czerniak, Joy, Queixalos ; MM. Penent, Rebière, Suzoni, membres correspondants.
Invitée : Mme Danielle Martinez.
Excusés : M. Scellès, directeur ; Mmes Andrieu, Heng, Pradalier-Schlumberger, Sénard ; MM. Garland, Julien, Sournia, Tollon.

Le procès-verbal de la séance du 7 mars 2017 est adopté à l’unanimité.

La Société Archéologique a reçu un courrier de Mme Moliniée, au sujet de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette. Elle nous transmet trois photographies de cette dernière, et deux disquettes dont on ignore le contenu. Le Président nous lit un courrier anonyme dénonçant les activités de spéléologues qui seraient tombés sur des pièces de monnaie sur un terrain de Puech de Vidal (Averyon). Il est décidé d’alerter le SRA.

Passons à la communication ce de jour, où Michèle Fournié, Patrice Cabau et Daniel Cazes nous présentent Le cardinal Vital du Four et le couvent des chanoinesses de Saint-Sernin de Toulouse : histoire, archéologie et histoire de l’ar t.

Henri Pradalier, demande si la clé de voûte représentant saint François a les mêmes dimensions que celles du Christ et de la Vierge. Daniel Cazes lui répond que la clé représentant le Christ est plus grande que les autres, mais garde le même système de proportions. Les nervures avaient la même taille partout, cependant il a remarqué une différence entre les clés de voûte des quatre travées de la nef où la nervure était simplement prismatique, et la clé de voûte du chœur, dotée d’une mouluration plus raffinée, pour traiter plus magnifiquement le sanctuaire des chanoinesses.
Henri Pradalier se demande si certaines clés de voûte ne venaient pas de chapelles latérales, étant donné leurs différences stylistiques. Les deux clés du cardinal et de la Vierge, se détachant sur un fonds lisse et ne débordant pas de leur cadre, lui paraissent plus tardives et lui rappellent les clés de voûte du XVe siècle qui ornent la nef de la cathédrale de Gérone. Daniel Cazes ne pense pas que les clés puissent être datées du XVe siècle et maintient sa comparaison avec certaines clés de voûte attribuées au Maître de Rieux, mais il reconnait que les différences stylistiques sont bien liées à la mise en place progressive de clés qui ne sont pas toutes contemporaines. Il y aurait d’abord eu celle du Christ et de saint François, puis celles du cardinal et la Vierge, et enfin une cinquième clé de voûte isolée, avec l’image de l’évêque ; leur production s’échelonnant probablement en fonction du voûtement progressif de l’édifice, du sanctuaire vers la nef. Il lui semble que des clés de voûte issues de chapelles latérales, comme le suggère H. Pradalier, devraient être plus petites, comme le montrent celles qui ont été récupérées en 1874 et qui proviennent probablement de la chapelle des Cordeliers.
Patrice Cabau précise qu’il y a eu deux églises construites pour les chanoinesses. Il est possible que les clés proviennent de ces deux campagnes successives de construction. Pierre Garrigou-Granchamp demande si certains des magnifiques objets énoncés dans le testament ont été identifié, ce à quoi les intervenants répondent pour l’instant par la négative.
Henri Pradalier s’interroge sur l’objet tenu par le Christ sur la clé de voûte, s’agit-il bien du globe ou d’une hostie ? L’hostie pouvait également être représentée avec cette triple division, et l’insistance des franciscains sur l’eucharistie inscrirait ce détail dans le programme d’ensemble. Daniel Cazes n’est pas convaincu par cette hypothèse, pour lui il s’agit bel et bien d’un globe, comme on en trouve de très nombreux exemples dans les représentations du Christ en majesté.
Michèle Fournié ajoute que l’évêque non identifié de la clé de voûte pourrait aussi être saint Augustin, car c’est sa règle que suivent les chanoinesses. Daniel Cazes pense qu’il s’agit plutôt de Saturnin. Depuis le nettoyage de 1975 et l’analyse des peintures qui se trouvaient sur les clés de voûte, on sait que l’évêque sans attribut portait non seulement une chasuble rouge mais aussi une mitre rouge sang, d’où l’hypothèse qu’il s’agisse d’un évêque martyr. D’autant plus que saint Saturnin est souvent représenté ainsi, en évêque, identifiable seulement si on trouve trace d’une inscription. Il pourrait également s’agir de saint Blaise, à qui l’église était dédiée et dont Vital du Four avait obtenu les reliques. Cependant, le saint patron est plus généralement représenté dans la statue du retable, que sur une clé de voûte.

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Séance publique du 26 mars 2017

La séance publique annuelle se tient dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat.

Allocation du Président :

Mesdames, Messieurs,

Les membres de la Société archéologique du Midi de la France sont heureux de vous accueillir dans cette salle Clémence-Isaure du bel Hôtel d’Assézat et de vous faire part des activités qu’ils ont développées, depuis un an, conformément à une orientation donnée en 1831 par les fondateurs. Reconnue d’utilité publique en 1850, la Société n’a cessé d’œuvrer pour la connaissance et la sauvegarde du patrimoine méridional, souvent face à l’absence de culture artistique, archéologique et historique, à l’indifférence, la destruction, le vandalisme même, un mot terrible qui reste collé à l’épiderme de Toulouse depuis la célèbre invective lancée en 1833 par Charles de Montalembert dans la Revue des Deux-Mondes. « Toulouse m’a paru être la métropole et comme la capitale du vandalisme » écrivait-il alors. Certes, on ne peut tout conserver des temps passés, mais la clairvoyance nourrie par l’étude devrait guider autorités publiques et personnes privées à l’heure de décider de l’intérêt, la conservation et la transmission aux générations futures d’un bien patrimonial commun.

Aujourd’hui, un nouvel obstacle brouille la perception de ce dernier : les outrances de ce que l’on appelle la « patrimonialisation » de tout, indistinctement, dans l’erreur et la confusion, avec parfois des buts inavouables, non dénués de profits sonnants et trébuchants ou électoraux. Ainsi déclare-t-on dans diverses instances certains biens « patrimoine » sans la moindre étude préalable, alors que des édifices ou objets essentiels, classés ou inscrits parmi les Monuments Historiques de la France, des œuvres figurant à l’inventaire d’un musée de France, ne bénéficient pas des soins minimaux de conservation préconisés par l’ICOMOS (Conseil international des monuments et sites) et l’ICOM (Conseil international des musées), organisations non gouvernementales associées à l’UNESCO (Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Cela se traduit, par exemple, dans le paysage méridional actuel, par la confection d’une multitude de ridicules et dispendieux ronds-points routiers, de nouvelles « fabriques » comme l’on disait au XVIIIe siècle. Ainsi met-on en scène, au milieu d’un jardin où l’on a transplanté un vénérable olivier venu de la Couronne d’Aragon, un vieux puits, un pressoir, un portail, une façade, quelque fontaine ou colonne, arrachés à leur site d’origine, quand on ne les recrée pas avec une totale fantaisie. Souvent, dans le même temps, les vrais sites archéologiques de la commune sont méconnus, abandonnés, voire détruits, les châteaux, chapelles, églises, maisons d’une authentique valeur sont négligés. Et que dire de ces monuments dénaturés par leur nouvelle utilisation, dont on préserve la façade pour se donner bonne conscience patrimoniale, mais dont on stérilise et modifie l’intérieur à grand renfort de matériaux et d’aménagements irrespectueux des états originaux, vidant l’édifice de sa substance ancienne (planchers, plafonds, cheminées, lambris, peintures et stucs etc.),sans la moindre fouille archéologique, qui eût pourtant apporté quantité d’informations sur l’histoire du lieu.

À longueur d’année, notre Société fait ce constat. Elle appelle donc au discernement, à ne pas engloutir des fortunes d’argent public dans des réalisations dites « patrimoniales » qui soient insuffisamment préparées et justifiées. Elle demande surtout que soient mises en place des structures publiques d’étude et de conservation, dirigées par des personnes compétentes et efficaces, attentives avec équité et constance à l’ensemble du patrimoine digne d’intérêt public, non pour sa seule surface séduisante, mais en profondeur. C’est indispensable pour répondre aux besoins en matière de connaissance, de culture, d’éducation, de sensibilité et délectation esthétiques. Voilà pourquoi les membres de notre Société, soucieux de l’identification du vrai patrimoine, se rassemblent tous les quinze jours en cet Hôtel d’Assézat, font part de leurs recherches, les publient dans des Mémoires abondamment illustrés(en vente à l’entrée de cette salle), s’informent, débattent, vont sur le terrain, rencontrent tous ceux qui ont un lien avec l’objet de leurs études. À ce jour, nous sommes cent huit. Titulaires, correspondants, libres, honoraires, aux compétences patrimoniales diverses, ces membres sont la force de notre Société. Beaucoup sont à vos côtés dans cette salle, prêts à dialoguer avec vous.

Nos rangs se sont renforcés cette dernière année grâce à l’élection de six nouveaux membres correspondants : mesdames Sarah Muñoz, Laurence Benquet, Ingrid Leduc, Adriana Sénard, messieurs Colin Debuiche et Philippe Renoux. Geneviève Bessis et Émilie Nadal ont été promues membres titulaires. Monsieur Georges Cugullière est entré dans le collège de nos membres honoraires. Au cours de cette année, moins heureusement, quatre membres ont cessé de vivre. Le 7 juin, une minute de silence nous a rassemblés autour de la mémoire de Denis Milhau, décédé à Balaruc-les-Bains le 1er juin 2016. Ancien conservateur en chef du musée des Augustins, il en avait obtenu la rénovation complète, réalisée entre 1976 et 1980, après y avoir organisé des expositions temporaires mémorables, comme Picasso et le théâtre, Chagall et le théâtre, Les grandes étapes de la sculpture romane toulousaine. Il fut aussi un propagateur inlassable, passionné et enthousiaste de la connaissance de l’art contemporain à Toulouse, lançant le premier l’idée que cette ville devait créer un musée spécifique. Lors de notre séance de rentrée, le 8 novembre, nous avons dû nous recueillir en souvenir de Claude Péaud-Lenoël, directeur de recherche honoraire au CNRS, décédé le 11 août 2016 à Albi. Attiré par les questions wisigothiques, il avait également aidé la Société de son travail bénévole. Le 21 février dernier, nous avons déploré le décès d’Yvette Carbonell-Lamothe, survenu quelques jours auparavant à Céret. Maître de conférence honoraire des universités de Toulouse et Perpignan, ancien conservateur des antiquités et objets d’art des Pyrénées-Orientales, elle avait déployé une recherche et un enseignement exceptionnels, persuadant ses étudiants, suivis de près, que l’on ne peut étudier l’art du moyen-âge occidental sans connaître également ceux de Byzance et de l’Islam. Elle parvint à enseigner les trois, ce qui était remarquable à cette époque. Le 21 mars dernier enfin, nous rendions hommage à Robert Manuel, décédé le 11mars : un homme paisible, généreux intellectuellement, attaché à Cordes, où il s’occupait du musée Charles-Portal. Non loin de cette célèbre ville médiévale tarnaise, il avait participé, aux côtés de l’abbé Marius Bessou, aux fouilles de la nécropole haut-médiévale de Vindrac.

Revenons vers l’essentiel, la sève qui irrigue notre corps savant, ces communications, ces questions diverses, ces débats, ces sorties, ces colloques qui ne seraient possibles sans l’implication de tous les membres, auteurs comme auditeurs. Dix-sept communications d’abord, dont dix furent consacrées au moyen-âge : Emmanuel Garland s’est intéressé aux églises romanes du Pays de Toy, Catherine Viers a mené une remarquable étude archéologique du château gersois du Garrané, puis donné les résultats de ses sondages de diagnostic opérés place du Fil, à Caussade, à l’emplacement du château des vicomtes de Saint-Antonin, vassaux des comtes de Toulouse. Bernard Sournia nous a savamment guidés, débusquant ses subtils arrière-plans historiques, dans le projet avorté d’un châtelet royal bien méconnu à la tête occidentale du pont d’Avignon, dont nos membres se sont même demandé si l’on dansait dessus ou dessous ! Parfois, nous nous amusons… Hiromi Haruna-Czaplicki a présenté deux livres d’heures enluminés à Toulouse dans la seconde moitié du XIVe siècle, Diane Joy le château de Saint-Côme d’Olt en Aveyron, Anne-Laure Napoléone deux maisons à pans de bois du XVe siècle en Rouergue, Sophie Cassagnes-Brouquet des fantaisies calligraphiques de notaires toulousains à la fin du Moyen Âge, Michèle Pradalier-Schlumberger plusieurs peintures murales gothiques du Couserans. Les temps modernes ont fait l’objet de quatre communications : Jean Penent a expliqué un dessin retrouvé d’Antoine Rivalz qui représente la Révocation de l’Édit de Nantes, puis évoqué un peintre mystérieux originaire du Puy-en-Velay et mort à Paris en 1650, Jean François ; Jean-Michel Lassure a étudié des céramiques du sud-est de la France et de la Ligurie trouvées au Port Saint-Sauveur toulousain, Christian Darles un rare pressoir à grand-point de Parisot, dans le Tarn. Antiquité et protohistoire, plus lointaines, ont cependant suscité trois communications : Christian Darles, avec la collaboration de Michel Vidal, a envisagé la restitution de la porte nord de l’enceinte antique de Toulouse, Philippe Gardes a fait le point sur quinze ans d’archéologie protohistorique en Midi-Pyrénées, Jean-Luc Boudartchouk et Didier Rigal nous ont permis d’entrevoir le castellum du Bas-Empire de Saint-Cyr dominant Cahors.

Les questions diverses ne furent pas moins intéressantes. Inocencia Queixalòs nous a informés des mesures récentes agrégeant la profession de restaurateur d’œuvres d’art et d’objets archéologiques aux métiers d’art. Jean-Luc Boudartchouk a rendu compte du livre Toulouse. Naissance d’une ville et évoqué un morceau de l’épitaphe de Sidoine Apollinaire conservé à Clermont-Ferrand. Geneviève Bessis a apporté du nouveau sur l’imprimeur du XVIe siècle Guyon Boudeville. Pascal Julien a fait des observations sur les sculptures de Nicolas Bachelier réutilisées dans le retable du XVIIIe siècle du chœur de l’église Saint-Nicolas. Christian Landes et le biogéographe Marcel Delpoux ont exposé la situation, préjudiciable à l’avenir du patrimoine et du tourisme, provoquée par le projet d’installation d’une carrière à Montmaurin, ce qui a conduit la Société à saisir le préfet de Région, qui nous a assuré des multiples précautions prises. Cependant, le maire de Montmaurin, madame Silvia Belair, la population, les admirateurs de l’extraordinaire villa romaine fouillée par Georges Fouet, l’un de nos anciens membres, sont inquiets.
L’aménagement des abords de la basilique Saint-Sernin à Toulouse nous préoccupe fortement depuis plus de deux ans. Une commission, au sein de notre Société, suit ce projet pour le moins discutable. Remercions-la, particulièrement Olivier Testard et Bernard Sournia pour leurs plans et dessins. Ils ont été insérés dans le fascicule édité par notre compagnie, qui vous a été distribué augmenté d’un dernier « décryptage », pour informer le public de ce que pourrait être ce projet avec un schéma directeur et une vision à long terme. Certes, la basilique n’est pas en danger et son environnement sera probablement plus flatteur après l’intervention de l’urbaniste Joan Busquets. Ce que notre Société dit, c’est qu’il faut aller plus loin car c’est du plus haut intérêt pour l’avenir. Saint-Sernin n’est pas un monument figé, le culte qui s’y célèbre le montre déjà. Mais ce monument majeur d’Europe peut dans l’opération acquérir une importante valeur historique et artistique ajoutée, le contraire même de la « patrimonialisation » sans visées éducatives et culturelles évoquée précédemment. Il suffit de s’intéresser à cela, par la fouille archéologique, qui augmente nos connaissances, la mise en valeur des vestiges, l’extension du musée Saint-Raymond, la création d’un musée de l’œuvre, l’intégration de l’Hôtel Dubarry et d’un auditorium au projet. Un monument rayonne d’autant plus que le travail de recherche et de mise en perspective se développe autour de lui. La Société a appris récemment avec satisfaction comment la petite commune de La-Salvetat-Saint-Gilles venait de prendre en charge le célèbre château des comtes de Toulouse. Souhaitons qu’elle y mène une action exemplaire. Nous avons enfin signé un accord avec le Département et la commune de Martres-Tolosane, qui rendra accessible, dans le cadre de l’ouverture l’été prochain du chemin de randonnée « Via Garona », le site de la villa romaine de Chiragan, dont la Société est en grande partie propriétaire.

Notre mission est également de mieux nous faire connaître. La séance publique à laquelle vous assistez aujourd’hui joue ce rôle. Les visites, comme celle de l’exposition « Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse », qui nous a été présentée par nos consœurs Magali Vène et Émilie Nadal, favorisent le contact avec les établissements patrimoniaux. Les colloques et rencontres auxquels nous participons, que nous aidons aussi, contribuent aussi à cette présence. Ce fut le cas, en 2016, des journées du Minervois sur les traces des Wisigoths, organisées par Marie Vallée-Roche, du colloque « Retour au pays de Cocagne. Nouvelles perspectives sur l’histoire du pastel », pour lequel notre confrère Bruno Tollon a présenté l’Hôtel d’Assézat, de la journée commémorative, à Montauban, du cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, qui a réuni les sociétés archéologiques du Midi de la France, ou encore des journées d’étude du groupe franco-espagnol Ars picta, des réunions et cours qui ont trouvé un lieu propice dans notre salle des séances.

Tout cela ne s’est fait qu’avec le travail de tous. C’est le sens d’une action collective, même s’il y faut aussi quelques membres un peu un plus actifs que les autres, au sein d’un Bureau renouvelé, par élection, chaque année, lors de notre assemblée générale de janvier. Cette année, notre ancien directeur et président, Henri Pradalier, auquel nous devons une particulière gratitude, a cédé sa place à Maurice Scellès, lequel a laissé la sienne de secrétaire général à Patrice Cabau, qui enfin a été remplacé comme secrétaire-adjoint par Anne-Laure Napoléone. Christian Péligry, le bibliothécaire-archiviste, que vous allez entendre dans quelques instants, Guy Ahlsell de Toulza, le trésorier que j’ose dire « perpétuel » car personne ne se risquerait à le remplacer tant il est efficace, et qui prononcera en plus la conférence de ce jour, et le président restent en place pour une nouvelle année. À leurs côtés, plusieurs membres assument aussi une partie des tâches indispensables à notre fonctionnement : notre ancienne présidente Michèle Pradalier-Schlumberger, notre ancien bibliothécaire Louis Latour, Émilie Nadal, Geneviève Bessis, Jacques Surmonne et Georges Cugullière. Que tous soient remerciés.

Pour terminer et faire le lien avec ce qui va suivre, ajoutons quelques mots sur le Concours de cette année. Dix travaux ont été présentés à notre appréciation. Nous avons consacré une séance spéciale aux rapports établis, après lecture et critique des manuscrits, par plusieurs de nos membres, que nous devons remercier bien vivement. Le résultat, Christian Péligry va maintenant vous le révéler, et nous nous réjouissons d’accueillir les lauréats dans cette salle.

Il ne me reste plus maintenant qu’à vous redire, comme le faisaient nos prédécesseurs, la devise de notre Société : Gloriae majorum ! À la gloire des ancêtres ! J’ajouterai : aux Hombres buenos, à ces« hommes de bien », pour reprendre le titre d’un roman récent d’Arturo Pérez-Reverte tout à l’honneur des académiciens du Siècle des Lumières qui ont su ouvrir la voie dans laquelle nous cheminons encore. Merci de votre attention.

Daniel Cazes

Remise des prix du concours :

Le prix de Clausade est attribué à M. Fernand Peloux pour sa thèse intitulée Les premiers évêques du Languedoc. Construction et déconstruction d’une mémoire hagiographique au Moyen Age, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016.

Le Grand prix spécial de la S.A.M.F. est attribué à M. Julien Foltran pour sa thèse intitulée Les monastères et l’espace urbain et périurbain médiéval en Pays d’Aude : Lagrasse, Alet et Caunes, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016.

Le prix spécial de la S.A.M.F. est attribué à
Mme Sophie Fradier pour sa thèse intitulée Les frères Souffron (vers 1554 – 1649). Deux architectes ingénieurs entre Guyenne et languedoc, au temps de l’annexion de la Navarre, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016,
et à
Mme Agathe Roby-Sapin pour sa thèse intitulée La prostitution en Midi toulousain à la fin du Moyen âge (XIIIe-XVIe siècles), Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016.

Une médaille d’argent d’encouragement est attribuée à
Mme Claudine Chatty pour mémoire de Master 2 intitulé Jules Bourdais (1835-1915), un ingénieur chez les architectes, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016,
à
Mme Oriane Pilloix pour son mémoire de Master 2 intitulé Les parties romanes de l’ancienne cathédrale Sainte-Marie de Saint-Bertrand-de-Comminges, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016,
et à
M. Pierre Péfau pour son mémoire de Master 2 intitulé Bâtir dans le Bassin Garonnais à l’âge du Fer. La question des constructions sur sablières et en pan de bois, Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2016.

Conférence de GUY AHLSELL DE TOULZA :

Le château de Reynerie et les demeures toulousaines des Dubarry.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus : Guy AHLSELL DE TOULZA et Pierre FUNK, « Le château de Reynerie au temps de Guillaume Dubarry », Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, TOME LXX (2010) p. 249-272 (Édition numérique)

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Séance du 21 mars 2017 (séance privée)

Deux communications courtes de Catherine Viers :
Nouvelles données sur le château de Garrané (Gers).

caussade place du fil 012 a15faLa place du Fil de Caussade est réputée correspondre à l’emplacement du château médiéval, succédant à un noyau primitif ecclésial à l’origine de la ville. L’îlot a été rasé de ses constructions en 1997, à l’exception de deux murs aux parements en moyen appareil de calcaire, soupçonnés d’appartenir au château.
Le futur projet d’aménagement de la mairie risquant d’impacter sur le sous-sol, un diagnostic d’archéologie préventive a été prescrit pour déterminer l’éventuelle présence de vestiges. Quatre sondages ont été ouverts, couvrant 16% de la surface. Ceux-ci ont révélés une occupation médiévale et moderne dense représentée par des constructions en relation avec les murs préservés, mais également en matériaux légers implantés au sommet du comblement d’un puissant fossé. L’interprétation de ces vestiges semble confirmer les hypothèses de formation de la ville de Caussade et devrait prochainement donner lieu à une fouille.

Nouvelles données sur le château de Garrané (Gers).

Le château du Garrané, répertorié comme château Gascon au cœur du comté d’Astarac, est connu pour son implantation sur une ancienne chapelle romane. Maintes fois mentionné et décrit, l’opportunité d’un diagnostic d’archéologie préventive a été l’occasion de préciser, à travers des sondages et une étude du bâti, les différentes phases d’édification de cet édifice et de s’interroger sur une proposition de restitution de l’édifice médiéval.
Château de Garrané

 

 

 

 

 

 


SÉANCE DU 21 MARS 2017

Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Bessis, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Julien, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Munoz, Queixalós, Viers, MM. Balty, Burroni, Sournia, membres correspondants.
Excusés : Mme Napoléone, Secrétaire-Adjoint, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Czerniak, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Lamazou-Duplan, Nadal, Sénard, MM. Debuiche, Garland, Penent, Pradalier.
Invités : M. et Mme Guilhem de Certaines, propriétaires du château du Garrané, et leur fils.

Le Président dit le plaisir que nous avons à accueillir M. et Mme de Certaines, propriétaires du château du Garrané, et il les engage à intervenir dans la discussion qui suivra la communication de ce soir.
Nous avons appris la triste nouvelle du décès de notre confrère Robert Manuel, ancien conservateur du musée de Cordes dont il avait été en grande partie le fondateur. Il avait fouillé des bâtiments du Ier siècle à Vindrac ainsi qu’une nécropole du Haut Moyen Âge, fouilles dont rend compte le musée de Cordes.
Robert Manuel était un homme extrêmement agréable, paisible, très généreux, passionné de Cordes et de la défense du patrimoine. Il était aussi très attaché à notre Société et à la vie toulousaine.
La Compagnie observe une minute de silence en hommage à notre confrère disparu.

La correspondance comprend un courrier de la mairie de Saint-Gaudens, qui remercie notre Société et ses membres pour son aide financière destinée au rachat d’un chapiteau roman provenant du cloître, qui sera présenté dès son retour dans le musée municipal.
Le Musée des Augustins nous adresse une demande de prêt pour une tête de lion ayant appartenu à la corniche de l’Hôtel d’Assézat, souhaitant pouvoir également présenter dans l’exposition en préparation le heurtoir et la serrure du portail de l’Hôtel. Louis Peyrusse y ajoute la plaque de porte récupérée par Brunon Tollon. Guy Ahlsell de Toulza suppose que c’est l’atelier de restauration de la Ville de Toulouse qui se chargera de la dépose de la serrure et du heurtoir ; se posera nécessairement la question du remplacement du heurtoir par une copie, et celle du devenir de l’original.
Nous avons également reçu de nombreux courrier d’excuses pour la séance publique, et des confirmations de la présence de personnalités invitées ou de leur représentant.

Le Président signale à l’attention de la Compagnie le rachat par la commune de La Salvetat-Saint-Gilles du château des comtes de Toulouse (Côté Toulouse, édition du 16 mars 2017). Il s’agit d’un véritable évènement dans l’histoire de notre patrimoine, qu’il convient de saluer. L’édifice, classé Monument historique en 2007, pourrait faire l’objet de recherches archéologiques. Après une rapide discussion, la Compagnie décide à l’unanimité de décerner une médaille d’argent à la commune de La Salvetat-Saint-Gilles.

La parole est à Catherine Viers pour deux communications courtes.

Le premier exposé dresse le bilan des Nouvelles données sur le château du Garrané (Gers).
Le Président remercie notre consœur pour son travail sur un bâtiment dont les phases de construction se révèlent bien complexes. Il se dit impressionné par une chronologie qui remonte jusqu’à l’époque carolingienne. Puis il fait appel aux réactions des membres de la Compagnie.
Pierre Garrigou Grandchamp déclare rester assez perplexe devant le plan de la « chapelle ». Pour lui, l’articulation du chœur et de la nef pose problème. Le premier paraît correspondre à une église, en raison de la présence de jours romans à transennes, mais la seconde pourrait faire penser plutôt à une « demeure ».
Catherine Viers maintient l’idée d’une chapelle, qu’elle compare à des églises voisines, situées à Idrac et à Vidailhan.
Jean-Michel Lassure fait un rapprochement avec l’église de Sarramon, où la partie inférieure de la tour-clocher est très ancienne ; il se réfère à une étude de Christophe Balagna.
Pierre Garrigou Grandchamp signale quant à lui à une étude sur Sainte-Radegonde d’Agen, qui est un exemple de transformation d’une église en demeure.
Guy Ahlsell de Toulza, après avoir noté que la chapelle était convenablement orientée, appelle l’attention sur les réfections de la tour surmontant le chœur : des reprises évidentes amènent à s’interroger sur la contemporanéité des murs est et ouest.

Le second exposé présente Les résultats du diagnostic archéologique mené place du Fil à Caussade (Tarn-et-Garonne).
Le Président félicite notre consœur pour avoir mené le chantier dans des conditions vraiment très difficiles. Le résultat de l’opération a été tout à fait positif pour la connaissance de l’histoire de la ville, et il a permis d’identifier deux forts murs du XIIe siècle, encore visibles en élévation, comme ayant appartenu au château des vicomtes de Saint-Antonin.
Catherine Viers relate les péripéties du combat qu’elle a dû livrer contre les adversités matérielles et les contrariétés institutionnelles.
Maurice Scellès précise que le diagnostic a porté seulement sur l’aire correspondant à l’emprise de la halle ronde qui doit être construite place du Fil.
Guy Ahlsell de Toulza pose alors la question du devenir des deux murs du château vicomtal. Il lui est répondu que le projet initial prévoyait leur intégration.
Louis Peyrusse fait remarquer l’implantation assez surprenante de la future halle, à proximité de l’église.

Au titre des questions diverses, Pascal Julien expose les Données nouvelles sur la sculpture de Nicolas Bachelier au retable de l’église Saint-Nicolas de Toulouse.
Le Président remercie notre confrère de cette présentation préparatoire à la visite de l’église Saint-Nicolas que notre Compagnie doit faire le mardi 25 avril prochain sous la direction d’Henri Pradalier. Les photographies des sculptures de Nicolas Bachelier qui viennent d’être présentées sont une véritable révélation.
Pascal Julien et Guy Ahlsell de Toulza font observer que toutes ces œuvres, très encrassées, ont au moins besoin d’un fort dépoussiérage.
Daniel Cazes signale que le nettoyage des reliefs taillés par Nicolas Bachelier pour le retable de la Dalbade avait permis naguère d’observer d’infimes taces de polychromie, à quoi Pascal Julien ajoute que l’on a retrouvé les contrats de peinture.
Bruno Tollon souligne le caractère composite des éléments sculptés du retable du milieu du XVIe siècle.

Le Président termine en rappelant la date, très importante pour tous les membres de notre Société, de la séance publique annuelle qui sera tenue dimanche 26 mars, à 16 heures, dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat. Les lauréats du Concours de 2017 y recevront leurs prix. La grande conférence, donnée cette année par Guy Ahlsell de Toulza, aura pour thème Le château de Reynerie et les demeures toulousaines des Dubarry.

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Séance du 7 mars 2017 (séance privée)

Communication courte de Diane JOY :
Le château de Saint-Côme d’Olt (Aveyron).

Communication courte de Diane JOY :
Le château de Saint-Côme d’Olt (Aveyron).


À l’occasion d’un recensement dans l’Aveyron par le groupe de recherche sur la maison médiévale de la Société archéologique du Midi de la France et le service de la connaissance du patrimoine de la Région, il a été effectué une rapide analyse du château de Calmont et une datation par dendrochronologie de sa charpente. L’étude se poursuit actuellement en s’appuyant sur la réalisation de relevés complets des enveloppes extérieures.
La belle charpente à arbalétriers courbes a été datée de 1488, cependant, l’édifice, abritant aujourd’hui la mairie mais dont le parti initial reste bien lisible, daterait plutôt du 3e quart du XIVe siècle. Sa construction pourrait être attribuée à Jean Ier de Castelnau-Calmont, gouverneur de Guyenne et capitaine général en Languedoc, fidèle de Charles V.
L’édifice, de plan rectangulaire de près de 30 m sur 11 est cantonné de deux tours rondes au nord. De ce côté, il participait à la défense de la Saint-Côme en formant un front de l’enceinte. Vers la ville, le programme était plus résidentiel.

Communication courte d’Hiromi HARUNA-CZAPLICKI :
Le livre d’heures-missel de Toulouse au Vatican (BAV, Chig. D.V. 71) : contexte et composition.

La présente est la suite de notre communication de l’année dernière, dans laquelle nous avons montré que le manuscrit Chig. D. V. 71 de la Bibliothèque Vaticane constitue certainement le plus ancien témoin conservé de la production de livres d’Heures à Toulouse, datant de la seconde moitié du XIVe siècle. Nous avons esquissé que l’argument interne de cette datation est l’inclusion d’une prière de saint Thomas d’Aquin, introduite par une rubrique qui dit : Oratio quam fecit sanctus Thomas de Aquino, prière s’ouvrant par « Concede michi misericors Deus  », qui est bien connue transmise par Guillaume de Tocco dans son Ystoria sancti Thome de Aquino. Les reliques de ce grand saint dominicain reposent depuis 1369 dans l’église des Jacobins de Toulouse.
Ce livre de prières toulousain d’importance historique et artistique a été judicieusement repéré par François Avril dans un de ses travaux publié en 1990. Son contenu textuel et pictural, riche et complexe, vaut un examen attentif et nous tenterons de proposer une hypothèse sur son origine et son destinataire.
L’illustration ici est une miniature pleine page représentant la crucifixion, due sans doute à l’un des artistes qui ont exécuté les peintures du livre d’Heures-Missel toulousain au Vatican.
Toulouse, Bibliothèque municipale, ms. 1272, Vie de sainte Marguerite, en vers occitan, ff. 2v-3r (la hauteur du livre : 13 cm).

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Fournié, Pradalier-Schlumberger ; MM. Garland, Julien, Peyrusse, Stouff, Surmone, membres titulaires ; Mmes Bessis, Czerniak, Joy, Nadal, Sénart ; M. Chabbert, membres correspondants.
Invité : M. Pierre Bessodes adjoint au maire de Saint-Côme-d’Olt.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Lamazou-Duplan, Queixalos ; MM. Balty, Penent, Pradalier, Tollon.

Le président rappelle que la séance publique aura lieu le 26 mars, et qu’il est bon que nous soyons présent. Il compte sur nous également pour diffuser le plus largement possible les invitations. Il lit ensuite la lettre de candidature de Sophie Duprat qui sera examinée en bureau. Puis il donne la parole à Diane Joy pour sa communication courte sur le château de Saint-Côme d’Olt (Aveyron).

Le président remercie la conférencière pour cette communication complète sur ce beau bâtiment doté d’une charpente extraordinaire. Les différentes phases de construction du bâtiment sont bien lisibles.
Virginie Czerniak demande si des traces de couleurs ont été repérées sur les murs. Diane Joy répond qu’aucune trace n’a été trouvée ni sur les murs ni sur la charpente, elle a cependant repéré des enduits anciens comportant des grafitti (plusieurs cavaliers en côte de maille sur des chevaux). La commune actuelle réfléchit à engager des travaux.
Louis Peyrusse demande quels sont les délais habituels entre la coupe des bois et leur mise en œuvre. Diane Joy indique que les bois sont mis en œuvre verts, la preuve en est la trace qu’ils laissent sur les mortiers avant de se rétracter. Maurice Scellès ajoute qu’il a fait la même constatation à l’archidiaconé de Cahors. Enfin, cela s’est également vérifié à l’Hôpital général de Rodez en confrontant les datations par dendrochronologie, qui ont pu préciser la saison d’abattage de certains bois et les sources écrites, notamment les pièces comptables, documentant le chantier.
Concernant les travaux du XIXe siècles, Louis Peyrusse voudrait savoir si une mention d’architecte a été trouvée. Diane Joy avoue qu’elle n’a pas mené de recherche en archive sur cette période, M. Bessodes signale que la mairie n’en conserve pas.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne de ne pas voir de cheminée dans les combles habitables qui correspondent à la partie surélevée au XVe siècle. Diane Joy répond que ce niveau n’est pourvu que de petites fenêtres. Il pourrait alors être habité en été ajoute Guy Ahlsell de Toulza. Il demande encore quel est l’usage d’un auvent placé si haut. Diane Joy évoque deux possibilités : la première est de rejeter les eaux ruisselant des exutoires le plus loin possible des façades. La seconde serait de protéger une galerie de circulation accrochée à la façade. Maurice Scellès ajoute que les traces indiquent la présence d’un auvent de taille importante, on peut donc imaginer une structure prenant appui au sol, comme on en voit dans les châteaux du Gers, constituant un système de distribution de l’édifice par l’extérieur. Par ailleurs, à l’arrière, la cuisine pourrait s’y trouver. La piste reste ouverte.
Pascal Julien demande si l’église est de datation proche. Diane Joy répond qu’il y a un noyau du XIVe siècle et la mention d’une chapelle castrale. Sinon, l’église actuelle est un bel édifice du XVIe siècle (Commandée par Antoine d’Estaing) avec de très beaux médaillons sculptés dans les vantaux du portail (datés de 1532 et inscrits). Monsieur Bessodes en profite pour faire circuler des photographies de ces médaillons et demande aux membres s’ils connaissent d’autres médaillons de ce type. Pascal Julien répond que Sarah Munoz a mentionné ces médaillons dans sa thèse. Diane Joy conclut en disant que l’église est documentée et que l’étude reste à faire.

Le président donne la parole à Hiromi Haruna-Czaplicki pour la seconde communication courte portant sur Un livre d’Heures-Missel de Toulouse conservé au Vatican (BAV, chig. DV. 71) contexte et composition.

Le président remercie notre consœur pour sa communication où elle a procédé à une analyse très précise pour proposer une hypothèse de datation et d’origine. Virginie Czerniak remarque que le fond de l’enluminure (de la diapo 5) est tapissé de masques léonins rappelant des motifs héraldiques employés dans les décors peints des édifices civils. Hiromi Haruna-Czaplicki répond que ce manuscrit du Pèlerinage de la Vie humaine de Guillaume de Digulleville (Heidelberg, Bibliothèque Universitaire, ms. Pal. lat. 1969), porte les armes de Louis Ier d’Anjou et de Marie de Blois, et que le fond à décor de masques léonins de la miniature au f. 1 est purement ornemental, il n’y a pas de signification héraldique. Le fond à décor de masques léonins est aussi employé dans les manuscrits de production parisienne des années 1320-1330 et a été diffusé dans le deuxième quart du XIVe siècle : par exemple, dans les Heures de Jeanne d’Évreux, enluminées de Jean Pucelle (New York, MET, The Cloisters, Acc.54.1.2), dans le Roman d’Alexandre, Tournais, 1338-1344 (Oxford, Bodleian Library, Bodl. 264, f. 108). Les enlumineurs toulousains du troisième quart du XIVe siècle ont assimilé ce motif et l’utilise fréquemment.

Le président nous fait part d’un communiqué de la DRAC qui considère que Saint-Sernin est une réserve archéologique. L’analyse du discours montre que c’est l’inverse de la réalité si on se réfère aux derniers travaux effectués (rue Alsace Lorraine et Quai Saint-Pierre). Ce communiqué évoque la convention européenne du Patrimoine et si on s’y reporte on constate que la DRAC et la Mairie font l’inverse de ce qui est recommandé dans cette convention. Le président ajoute qu’une réponse du Maire a été publiée dans le journal Voix du Midi, en réponse au Comité de soutien, où il affirme que cette affaire est une querelle de spécialistes.
Par ailleurs, on a pu constater la présence d’immenses excavations pour des travaux de canalisations rue de la Viguerie. Les vestiges trouvés côté Saint-Cyprien ont été l’occasion d’un sondage effectué par le Service archéologique de Toulouse Métropole. Les vestiges d’un quai antérieur à celui du XVIIIe siècle ont été trouvés qui ne seront pas mis en valeur. Par ailleurs, toujours au même endroit, on est en train de démolir un bâtiment, contre le mur circulaire pour construire deux escaliers qui masquent le mur XVIIIe, alors qu’on aurait pu le mettre en valeur.
Martine Jaoul signale le projet de vente des bâtiments de la Grave qui sont laissés à la ruine. Daniel Cazes ajoute qu’ils sont laissés à la ruine et au pillage. Cheminées, grilles, ferronneries, huisseries et pavements ont été pillés, il déplore l’abandon de cet ensemble de bâtiments au centre même de Toulouse.
Roland Chabbert annonce que les travaux en vue de transformer la prison Saint-Michel en auditorium devraient commencer

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Séance du 21 février 2017 (séance privée)

Communication de Jean PENENT :
Un peintre mystérieux : Jean François (Le Puy-en-Velay – Paris, 1650).

Le Languedocien Jean François (Le-Puy-en Velay 1580 – Paris 1650) est le frère cadet de Guy François qui dirige seul l’atelier de leur ville natale. Sa carrière se déroule en grande partie à Rome où il est reçu à l’Académie de Saint-Luc en 1620 (un an après Simon Vouet avec qui il est en contact) mais il collabore aussi avec son frère lors de ses séjours au Puy. En l’absence de signatures, c’est précisément cette circonstance qui pourra nous permettre de l’identifier. L’accumulation des éléments stylistiques recueillis nous conduira à tenter de découvrir son œuvre italien.


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Merlet-Bagneris ; MM. Balty, Julien, Peyrusse, Pradalier, membres titulaires ; Mme Balty ; MM. Penent, Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Bessis, Queixalos, Pradalier, Vallée-Roche ; MM. Debuiche, Garland, Garrigou Grandchamp, Latour.
Invitée : Mme Sophie Duprat.

Anne-Laure Napoléone donne lecture du procès-verbal de la séance du 7 février 2017 qui est adopté après quelques modifications.

Le Président annonce à l’assemblée le décès de notre consœur Yvette Carbonell-Lamothe :

« Ce soir, je dois avant tout vous faire part d’une bien triste nouvelle : le décès, au début de la semaine dernière, d’un de nos membres, Yvette Carbonell-Lamothe, maître de conférence honoraire d’histoire de l’art médiéval des Universités de Toulouse et Perpignan, conservateur honoraire des antiquités et objets d’art du département des Pyrénées-Orientales. Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier 17 février à Canet-en-Roussillon.
Yvette Carbonell-Lamothe avait été élue membre correspondant de notre Société en 1975, avant d’en devenir membre titulaire en 1977, en y jouant un rôle important jusqu’en 1992, année où elle rejoignit les rangs des membres libres. Ce furent donc quarante-deux ans de présence au sein de notre compagnie. Son éloignement géographique de Toulouse, lorsqu’elle s’installa à Céret, ne l’empêcha jamais de s’intéresser à nos travaux, qu’elle suivait de près, donnant souvent son avis sur tel ou tel aspect des communications et des recherches qui s’y succédaient.
Beaucoup d’entre nous l’ont connue dès les années soixante et soixante-dix du XXe siècle, lorsqu’elle était maître-assistant du professeur Marcel Durliat, au sein de l’Institut d’art et d’archéologie de Toulouse, 56 rue du Taur, qui dépendait de la Faculté des Lettres. Un institut qui allait ensuite se fondre dans l’Unité d’enseignement de recherche d’histoire, géographie et histoire de l’art de la future Université du Mirail. Avec Marcel Durliat, elle y contribua à l’enseignement de l’histoire de l’art médiéval. Les deux enseignants étaient parfaitement complémentaires et partageaient, avec des personnalités cependant différentes, le même enthousiasme pour cette discipline. Elle joua auprès des étudiants, dont plusieurs d’entre nous étaient alors, un rôle fondamental, leur imposant d’emblée l’idée, qui lui était très chère, que l’on ne pouvait étudier l’art du Moyen Âge occidental sans connaître également les arts médiévaux byzantin et de l’Islam. Il ne s’agissait pas que de paroles :Yvette Carbonell-Lamothe déploya alors une activité intellectuelle et une curiosité considérables pour alimenter ses cours et travaux pratiques sur ces trois domaines de l’histoire de l’art médiéval. Cela doit être souligné, car cela n’existait pas alors dans toutes les universités.
Ses séances de travaux pratiques, en salle ou dans les musées et monuments, étaient passionnantes et interactives avant l’heure, mêlant ses cours, ses explications sur les techniques, les dessins et exposés des étudiants, les questions et débats, les contrôles pas à pas des connaissances. Il y avait là un engagement envers les étudiants peu commun, avec le désir bien ancré de les faire réellement progresser. Yvette Carbonell-Lamothe suivait de près ses étudiants, même bien après l’obtention de leurs diplômes, en les épaulant dans leurs travaux d’histoire de l’art et d’archéologie, jusque dans la recherche d’un emploi. Avec elle, et tant son énergie et sa volonté étaient grandes, le découragement était impossible : elle poussait à aller toujours de l’avant, dans la défense d’une histoire de l’art qu’elle voulait sans cesse promouvoir.
D’autres parmi nous en témoigneront ce soir et compléteront cette première et rapide évocation d’une personnalité qui fut évidemment encore plus riche. Michèle Pradalier-Schlumberger, qui fut la plus proche d’elle professionnellement, absente ce soir, pourra plus tard apporter quantité d’autres informations pour que notre Société puisse garder d’Yvette Carbonell-Lamothe et par écrit un portrait plus complet, plus fidèle. Henri Pradalier aussi, qui va nous en parler dès maintenant, et tous ceux qui le désireront, même au milieu de l’émotion qui est la nôtre ce soir dans la pénible actualité de cette nouvelle. »

Henri Pradalier rappelle que c’est Yvette Carbonell-Lamothe qui l’avait fait entrer à la Société, ainsi que Guy Ahlsell de Toulza et Nicole Andrieu. Il se souvient d’une enseignante qui se préoccupait beaucoup de la carrière de ses étudiants, ayant à cœur de les aiguiller et de les soutenir, leur fournissant parfois la matière d’un article que aurait pu rédiger elle-même. Quitterie Cazes confirme ce trait de sa personnalité en rappelant un épisode qu’elle avait vécu alors qu’elle travaillait sur le site de Saint-Pierre-des-Cuisines.

Le Président fait lecture d’un courrier du Conseil Départemental de la Haute-Garonne accusant réception de la plaquette du projet pour le Grand Saint-Sernin et évoquant l’entreprise de mise en place de Via Garona. Il avise également les membres d’un courrier émanant de Gérard Pradalier demandant à la Société l’autorisation de publier les articles de Maurice Berthe parus dans les numéros spéciaux des Mémoires sur la Maison médiévale dans le but d’éditer un volume d’hommage à celui-ci dans la collection Méridienne. Il rappelle que les stocks des anciens numéros des Mémoires sont disponibles pour les membres qui désirent compléter leur collection ; il suffit d’en faire la demande au Bureau.
Louis Peyrusse fait don à la bibliothèque de la Société d’un ouvrage intitulé Regards sur les objets de la Mémoire (Actes sud/ACAOAF, 2016).
Le Président rappelle que la prochaine séance du 28 février a été ajoutée pour permettre aux membres d’examiner et de sélectionner, parmi les travaux que nous avons reçus, ceux qui méritent d’être primés par la Société. Le Trésorier a fait imprimer de nouveaux diplômes pour les candidats qui seront primés ; ils sont plus simples et de format plus réduit que les précédents.
Il invite enfin chacun de nous à lui envoyer d’ores et déjà des propositions de communications pour l’année académique 2017-2018.

Pascal Julien rend compte de la candidature d’Adriana Sénard, Celle-ci est élue membre correspondant de notre Société.

Le président donne ensuite la parole à Jean Penent pour une communication sur Un peintre mystérieux : Jean François (Le Puy-en-Velay 1580– Paris, 1650) .

Le président remercie Jean Penent de nous rendre compte de la difficile entreprise de distinction des tableaux des deux frères François dans laquelle il s’est engagé, il note en outre que ses arguments stylistiques sont convaincants. Également passionnants sont les détails trahissant les influences des rencontres faites à Rome comme dans le tableau du Reniement de Pierre.
Bernard Sournia demande au conférencier s’il a bien attribué ce tableau à Jean François.
Pour Jean Penent, les anonymes « Pensionante del Saraceni » et « Maestro del Giudizio di Salomone » sont les meilleurs candidats pour représenter l’œuvre romain de Jean François. En ce qui concerne le Reniement de la Galerie Corsini et Le Jugement de Salomon de la galerie Borghèse, la similitude entre les étranges têtes rondes féminines de ces tableaux et celle de la Vierge dans l’Adoration des bergers de Gannat est très surprenante. Mais il y a d’autres éléments…
Louis Peyrusse avoue qu’il n’est pas très convaincu. Il demande si ces rapprochements ne peuvent pas être de simples copies de visages.
Jean Penent répond que même si les deux frères travaillent ensemble, ils ont chacun leur personnalité et qu’il est assez facile de les distinguer dans leurs productions en France. Il ajoute qu’il est plus difficile de repérer le style de Jean François parmi les tableaux « romains ».
Pascal Julien fait remarquer l’importance de la présence artistique française à Rome à cette époque. Le conférencier confirme et poursuit que beaucoup de choses restent à découvrir pour ces travaux « romains » où plusieurs artistes traitent les mêmes sujets en même temps.
Pascal Julien évoque la fameuse anamorphose de la Trinité des Monts due au père Emmanuel Maignan, minime toulousain, en relation avec le Saint François de Paule de Jean François, gravé par Claude Mellan.

Le président remercie le conférencier pour les précisions données et poursuit sur l’ affaire Saint-Sernin . Il informe les membres que Le journal de Toulouse en ligne répercute les commentaires de personnes, dont certaines de renom (Actu côté Toulouse Histoire/Patrimoine à Toulouse, Un archéologue qui fouille est un archéologue qui « détruit les découvertes »). Ces commentaires de plus en plus nombreux sont lus et pèsent sur la Mairie. La Mairie et la DRAC font mine de se préoccuper de l’histoire de la ville en programmant la remise des ossements de Guillaume de Taillefer dans son tombeau. Il faut donc continuer à poster des commentaires et à faire des décryptages.

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Séance du 7 février 2017 (séance privée)

Communication de Bernard SOURNIA :

Le projet avorté d’un châtelet royal à la tête occidentale du Pont d’Avignon

Le projet avorté d’un châtelet royal à la tête occidentale du Pont d’Avignon

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Avec leur pont monumental, long d’un kilomètre ou presque, pourquoi les Avignonnais ont-ils créé un ouvrage d’art aussi imposant alors qu’aucune voie de trafic trans-régional ne passe par là ? Pourquoi Philippe le Bel a-t-il décidé, en 1302, de commander militairement la tête occidentale de ce pont en y commençant l’édification d’un châtelet ? Et pourquoi le roi de Sicile et comte de Provence, Charles II d’Anjou, s’est-il élevé contre l’entreprise du souverain français ? Enfin, pourquoi ce dernier a-t-il renoncé à son projet laissant son châtelet inachevé ? Au terme d’investigations archéologiques et archivistiques approfondies sur le pont proprement dit et sur les ouvrages subsistants du châtelet royal, on essaie de donner une explication plausible à ce faisceau de questions.

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Bessis, Haruna-Czaplicki, Nadal, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, le Père Montagnes, Peyrusse, Pradlier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Czerniak, Munoz, MM. Debuiche, Laurière, Macé, Mattalia, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Benquet, Cazes, Fournié, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Boudartchouk, Darles, Garland, Julien, Penent.
Invitée Valérie Dumoulin.

Le Bureau a décidé de libérer l’espace de la bibliothèque et propose de distribuer les Mémoires en stock des 15 dernières années aux membres qui en feront la demande.
Lors de la séance publique à venir, c’est Guy Ahlsell de Toulza qui donnera une conférence sur « Le Château de Reynerie ».
Le Président encourage tous les membres à participer à la diffusion des plaquettes du projet pour le Grand Saint-Sernin. Maurice Scellès propose que plusieurs tablettes soient adressées aux conseillers du département ou de la région, pour sensibiliser les élus sur l’intérêt de ce projet. La Mairie s’est engagée à ce que le revêtement choisi (des dalles de béton) pour couvrir la place Saint-Sernin soit réversible. On peut considérer cela comme un des petits succès de notre mobilisation. Malheureusement le coût de cet aménagement rend prohibitif tout projet de fouilles de la place pour les années à venir. Les travaux ont commencé. Les tranchées sont soi-disant ouvertes uniquement sur l’emplacement des anciennes canalisations ; mais il n’y a pas d’archéologues présents sur le chantier. Le collectif Saint-Sernin s’insurge notamment contre l’usage d’un camion-aspirateur de gravats, qui aspire tout au fur et à mesure que l’on creuse. Comment identifier un tesson, une monnaie ou une inscription dans ces conditions ? Si jamais on constate la destruction de vestiges, un constat d’huissier sera demandé. Le Président fait appel à la vigilance de tous ceux qui ont la possibilité de passer près du chantier.

Louis Peyrusse transmet par mail la présentation d’un projet de valorisation des infrastructures anciennes concernant la production de plâtre dans le Tarasconnais et le Fuxéen, un matériau utilisé ensuite sur les façades en plâtre de la région toulousaine. Maurice Scellès salue le travail de sensibilisation qui est mené par ce projet, pour un matériau qui est peu connu et peu valorisé. Louis Peyrusse signale que les façades en plâtre ont été détruites suite à la mode d’un « retour » aux façades en pans de bois. Nicole Andrieu rappelle qu’il y a également eu une étude de la cellule du Patrimoine Industriel du Ministère de la culture des retables en plâtre des XVIIe et XVIIIe siècles (« Les plâtriers de La Loubière », par Francine Simonin, Nicole Andrieu et Philippe Abraham – Cellule du Patrimoine industriel du Ministère de la Culture, rendue en 1992 et consultable.).
Concernant le site de Chiragan, le Président nous informe que la convention pour le passage de la Via Garonna, reliant Saint-Sernin à Saint-Bertrand de Comminges a été signée avec l’adjoint au maire de Martres-Tolosane, Loïc Gaujard.
Nous avons reçu la réponse du préfet au sujet de Montmaurin. Louis Peyrusse note qu’il y a dans ce courrier la promesse d’un diagnostic archéologique. Maurice Scellès craint que l’exploitation de la carrière ne gêne considérablement le projet de valorisation touristique de ce territoire.

Bernard Sournia nous présente une communication intitulée Le projet inabouti d’un châtelet royal à la tête occidentale du pont d’Avignon ?

Le Président remercie Bernard Sournia pour cette communication à la fois juste et très évocatrice, d’une tour qui reste la vigie de notre nouvelle région Occitanie sur le Rhône ! Pierre Garrigou Grandchamp signale qu’on peut trouver en ligne le rapport concernant la restitution du pont d’Avignon, accompagné de plusieurs pages de documentation et des restitutions siècle par siècle. M. Pradalier-Schlumberger remarque la grande proximité entre les éléments sculptés de la tour et les sculptures de Saint-Nazaire de Carcassonne. Il s’agit bien dans les deux cas de sculpteurs liés au roi de France et non de méridionaux. Pierre Garrigou Grandchamp demande si on ne peut voir deux pratiques constructives à l’œuvre entre le pont d’Avignon et la tour Philippe le Bel. Les maîtres d’œuvre qui travaillent pour les Avignonnais étant représentants d’un style encore « roman », et réticents au vocabulaire gothique utilisé pour la tour du roi de France. Bernard Sournia trouve l’hypothèse tout à fait intéressante. Valérie Dumoulin s’interroge sur la fenêtre surmontée des trois écus bûchés. A partir de la modénature du larmier, Bernard Sournia propose de dater cette fenêtre des années 1360. En effet, même si c’est une formule assez répétitive, on trouve le même type de fenêtre au Fort-Saint-André lorsqu’en 1367, les hommes du roi sont rappelés à l’ordre par l’abbé, car ils « oublient » de mettre les armes parties de l’abbaye et du roi. Valérie Dumoulin note que si la date de 1367 était avérée, alors on devrait avoir des armes royales à trois fleurs de lis, et non un semé comme le supposait Bernard Sournia. Laurent Macé propose de voir sur l’écu en haut à droite les traces d’un lambel, ce qui pourrait correspondre à la maison d’Anjou. Il remarque que le premier pont construit en 1180, avait d’abord une fonction religieuse de sauvegarde des avignonnais, pour protéger la population, et non une fonction d’affirmation politique. Le sceau portant l’image du pont d’Avignon (représentation symbolique de la cathédrale, de l’enceinte et tout en bas du pont avec la rivière), n’apparaît quant à lui qu’après 1226 et vient remplacer l’image des consuls. Le pont devient emblématique d’Avignon à partir de ce moment-là.
En guise de conclusion, le Président explique que la danse « sur le pont d’Avignon » est en fait une danse « sous le pont », sur l’île de la Barthelasse, où se trouvaient des guinguettes et où l’ « on dansait ».

Séance du 17 janvier 2017 (séance privée)

Communication brève de Jean PENENT :

La révocation de l’Édit de Nantes, un dessin retrouvé d’Antoine Rivalz.

 cid ii 1599387dafe80f32 mod2 6fbed 1727aLe dessin de la Révocation de l’Édit de Nantes du jeune Antoine Rivalz appartient à un certain légendaire toulousain.
Il est abondamment documenté, cité par des auteurs qui ne l’ont jamais vu (certains le prennent pour une peinture) et considéré comme perdu.
Il a été retrouvé au Département des dessins du musée du Louvre.


Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Bessis, Haruna-Czaplicki, Nadal, Napoléone, MM. Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Jiménez, Queixalós, MM. Burroni, Darles, Geneviève, Macé, Sournia, Suzzoni.
Excusés : M. Pradalier, directeur ; Mmes Balty, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Vène, MM. Boudartchouk, Balty.

Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 janvier 2017, qui est adopté après quelques modifications.
Au titre du courrier, le Président annonce la réception d’une nouvelle candidature de membre correspondant de la part d’Adriana Sénard, docteur en histoire de l’art.
Suit une lettre du Musée Fenaille de Rodez. Le musée souhaiterait emprunter les deux statues-menhirs conservées à la Société Archéologique du Midi, le temps d’une exposition à Rome où deux autres statues-menhirs de leur collection permanente vont être prêtées. Le musée suggère que ce prêt pourrait éventuellement être prolongé sous forme d’un dépôt. La proposition sera étudiée par les membres du Bureau.
Le maire de Montmaurin, qui participe activement à la valorisation du site patrimonial de sa commune et à l’opposition au projet de carrière prévue sur le site, remercie vivement la Société archéologique de son intérêt. Le Président rappelle qu’il a saisi le préfet sur ce point, et que nous n’avons reçu aucune réponse sur ce dossier. Pour finir, signalons le courrier de Jacques Surmonne, qui partage avec nous le contenu plus qu’étonnant d’un panneau explicatif disposé sur l’emplacement du chantier prévu sur la place Saint-Sernin. Sur le panneau on peut lire qu’il n’y aura pas de fouilles archéologiques place Saint-Sernin car « pour les archéologues effectuer des fouilles équivaut à détruire une grande partie des découvertes » !

Le Président donne ensuite la parole à Jean Penent une communication sur La révocation de l’Édit de Nantes. Un dessin retrouvé d’Antoine Rivalz .

Le Président remercie J. Penent pour cette présentation, et sur ce dessin qui est une découverte en soi. E. Garland demande depuis quand le dessin porte le titre de « Révocation de l’Édit de Nantes », car il parle plus du « Triomphe de la Foi », que d’une révocation à proprement parler. J. Penent précise que dans Le Mercure de France, le dessin est intitulé la « Conversion des Huguenots ». C’est Pierre Rivalz, son fils, qui dans le catalogue des œuvres de son père, intitule l’œuvre la « Révocation de l’Édit de Nantes ». L’œuvre représente la soumission des protestants après la Révocation, mais aussi les vaincus comme on peut le voir dans d’autres œuvres du début du siècle où le roi pourfend l’hérésie et la discorde. Le thème de saint Michel et des anges rebelles sera repris plus tard par Antoine Rivalz dans son grand dessin de l’Académie de saint Luc.
L. Peyrusse remercie J. Penent d’ajouter cette œuvre au catalogue d’Antoine Rivalz. Il considère qu’il s’agit d’un très beau dessin de concours, réalisé par un jeune artiste qui ne maîtrise pas tout à fait le langage allégorique et qui est assez maladroit dans le fond. C’est bien le roi triomphant de l’hérésie, mais on ne sait pas trop laquelle. Le résultat final est codé et lointain. A la même époque, Lebrun représente l’histoire du roi d’une manière beaucoup plus claire. J. Penent précise que ce type de sujet n’est pas dans l’habitude des artistes toulousains. B. Sournia ajoute qu’il ne s’agit pas d’un dessin d’histoire, mais bien d’un dessin d’allégorie, les deux titres sont donc exacts d’une certaine façon. Dans l’architecture allégorique, Louis XIV est souvent représenté ainsi, associé à la Religion tenant la Croix, ou piétinant un calviniste. L. Peyrusse ajoute que finalement le défaut de Rivalz est d’en faire trop. J. Penent précise qu’il y a en effet beaucoup de personnages, dont plusieurs en plein combat, comme les anges avec leurs épée. En cela l’image renvoie aussi à une réalité violente réelle, comme le rappelle B. Sournia. À Montpellier par exemple il y eut parfois jusqu’à 500 « abjurations » forcées de protestants par jour.
G. Ahlsell de Toulza rappelle que parmi les dessins de Lafage identifiés, près d’un quart ne seraient pas des originaux. C’était un artiste extrêmement copié en première année d’école de dessin.

La Compagnie se constitue en Assemblée générale et procède à la lecture des rapports. Le Bibliothécaire-Archiviste nous donne la lecture de son rapport.
Puis le Trésorier présente le rapport financier.
A la suite de celui-ci, il ajoute avoir été contacté par le Président de l’Association des Amis de la collégiale de Saint-Gaudens, concernant une requête de la Mairie qui souhaitait nettoyer le chapiteau. Il lui a bien confirmé qu’il ne fallait absolument pas faire nettoyer ce chapiteau par la mairie mais le confier à des spécialistes. Le Président de l’Association lui a également précisé que les dons envoyés à la Fondation du patrimoine leur avait permis de recevoir 3 500 euros, auxquels la Société archéologique va donc ajouter 1000 euros, grâce aux dons des membres.

Rapport moral présenté par le Président :

Votre président vous doit cette démarche rétrospective sur les activités de notre Société pendant l’année civile écoulée. L’exercice, répétitif mais non sans intérêt, permet à l’ensemble des membres, assidus ou non à nos séances, de s’interroger sur notre utilité publique, nos missions et de tenter quelque prospective. C’est pourquoi nous demandons aux membres présents et à ceux qui liront ce texte sur notre site Internet de bien vouloir exercer leur regard critique et nous faire part de leurs suggestions.

Comment fonctionnons-nous ? Grâce à tous les membres ! Cependant, notre Société requiert aussi la veille permanente d’un certain nombre de personnes, au Bureau et autour de celui-ci, qui assurent le quotidien, avec des périodes parfois prenantes.

C’est le cas, en premier lieu, de tous ceux qui, autour d’Anne-Laure Napoléone, se chargent de l’édition de nos Mémoires. 2016 fut une année faste, après d’autres difficiles, puisqu’elle a vu la parution de deux de nos Mémoires, ceux des années 2013 et 2014. La ténacité d’Anne-Laure et de ceux qui l’ont accompagnée dans cette tâche parfois ingrate, a fait que notre retard d’édition est presque comblé, la perfection ne pouvant être atteinte que si nous réussissons à publier en 2017 les volumes de 2015 et 2016, dont la préparation est activement en cours. Nous sommes sur la bonne voie et en remercions bien vivement Anne-Laure et ceux qui l’ont aidée, à commencer par les auteurs qui rendent leurs manuscrits à temps, dans les normes, avec la qualité formelle et la correction qui permettent d’aller vite et mieux.

Nous devons ensuite notre reconnaissance à l’« équipe des mardis », qui prend consistance autour de notre Bibliothécaire-archiviste, Christian Péligry, dont vous venez d’entendre le rapport annuel. Quelle chance de pouvoir compter sur lui, après sa belle carrière de conservateur général des bibliothèques, mais aussi sur Jacques Surmonne, conservateur en chef honoraire à la Bibliothèque municipale de Toulouse avec sa spécialisation combien utile pour nous dans le domaine de l’informatisation des fonds, et encore sur une ancienne bibliothécaire de cette même institution, fort appréciée, à tel point qu’elle vient d’être chargée de la bibliothèque des Toulousains de Toulouse. Méditons sur cette situation exceptionnellement favorable. Nous bénéficions aussi de l’aide infaillible, notamment pour l’accueil des lecteurs et chercheurs, de Georges Cugullière, que notre Société a l’an passé porté au rang de ses membres honoraires. Dans cette équipe, notre ancienne présidente, Michèle Pradalier-Schlumberger, se charge des échanges de publications et de divers envois.Le travail est considérable, et aussi en matière d’archives, ce qui est normal dans une vieille société comme la nôtre. Vous aurez compris qu’il y a de la place pour d’autres collaborateurs… En plus des échanges qui l’enrichissent, de quelques acquisitions, cette bibliothèque profite aussi de dons de membres ou personnes extérieures, parmi lesquelles il faut remercier Bernard Sournia, Henri Pradalier, Michèle Fournié, Maurice Scellès, Pierre Garrigou Grandchamp, Sophie Cassagnes-Brouquet, Rémi Papillault, Roland Chabbert et le service de la connaissance du patrimoine de la Région Occitanie, Lourdes San José Llongueras, Marcel Delpoux, l’association des Amigos del Románico.

Du trésorier, Guy Ahlsell de Toulza, auquel vous devez verser annuellement votre écot, vous venez d’entendre également le rapport. Nos finances sont, grâce à lui, fort saines. On pourrait souhaiter plus de crédits pour enrichir ou restaurer nos collections, agir sur notre site archéologique de Chiragan (où deux projets pourraient naître en collaboration avec le Département et la Région), améliorer notre mobilier, parfaire nos publications, multiplier nos prix, disposer d’un secrétariat. Mais, les temps sont durs, tout devient cher, particulièrement les œuvres d’art, comme l’a montré l’acquisition manquée d’ chapiteau roman du cloître de la collégiale de Saint-Gaudens, récupéré dans un deuxième temps par la municipalité de Saint-Gaudens, mais au double du prix des enchères de la première vente ! Cependant notre trésorier a acheté une peinture de Paul Pujol, de 1890, représentant le martyre de Saturnin, et un dessin aquarellé qui fait état d’un projet pour la restauration de la cathédrale de Toulouse. De tout cela remercions de nouveau notre cher trésorier, qui passe pas mal de temps dans ses comptes et papiers, sans que cela ne l’empêche de nous apporter son savoir et son expérience d’historien de l’art. Le profil idéal du bon membre de la Société : un exemple à suivre.

Du secrétaire-général, Maurice Scellès, que vous dire d’autre sinon ce que vous en connaissez tous. Il est un secrétaire-général très attentif, aux multiples fonctions : les procès-verbaux des séances, dont il partage la rédaction avec notre secrétaire-adjoint Patrice Cabau et l’un de nos membres dévoués, Émilie Nadal (qui de son côté agit pour nous sur Facebook), le site internet de la compagnie qu’il a créé, alimente, fait vivre, améliore sans cesse : ce n’est pas rien, la gestion de notre photothèque, le courrier ordinaire et extraordinaire, notamment lorsqu’il faut inviter pour notre séance annuelle, la participation à l’édition des Mémoires qu’il a longtemps assumée seul avant qu’Anne-Laure Napoléone ne prenne le relais, l’édition cette année de la plaquette expliquant notre projet pour les abords de Saint-Sernin, et tant d’autres choses. Un grand merci à Maurice Scellès, et aussi à ceux qui l’aident ! Parmi ces derniers, gardons-nous d’oublier Louis Latour, notre ancien bibliothécaire, qui diffuse les convocations.

Enfin, que dire de notre directeur, Henri Pradalier, dont les avis pertinents, forgés à l’aune de son expérience d’ancien président, directeur, secrétaire général, tous postes qu’il a occupés successivement, vont faire défaut au prochain Bureau ? En effet, Henri Pradalier laisse son actuel poste de directeur, non parce qu’il se désintéresse de notre Société mais parce qu’il croit qu’à un certain âge il faut céder sa place à des personnes plus jeunes, l’expérience et les savoirs se transmettant ainsi. Il ne peut être parmi nous aujourd’hui, vous prie de l’en excuser et vous dit son attachement à cette société, qu’il a contribué à faire vivre pendant plus de trente ans. Maintenant, il souhaite en redevenir simple membre titulaire, non moins actif. Ainsi continuera-t-il à travailler, notamment à la relecture et la correction des publications, et apportera-il sa part de recherche et de débat. Aujourd’hui est un jour où nous devons lui manifester, plus fortement que jamais, notre gratitude et notre sympathie pour ce qu’il a accompli, en lui disant combien nous serons heureux de le revoir aussi souvent que possible parmi nous.

Si ce rapport commence en rappelant l’action du Bureau et de ses associés, c’est parce que votre président est un peu inquiet pour la suite. Cette année encore, notre appel à candidatures aux postes du Bureau n’a pas reçu grand écho et il est capital pour l’avenir de notre Société que les choses bougent un peu dans les deux années qui viennent. Je lance donc concrètement un appel aux générations plus jeunes de notre compagnie, présentes et grandissantes, pour qu’elles s’engagent progressivement dans les tâches indispensables qui la perpétuent. Le vivier des futurs Bureaux et le futur de la compagnie sont bien là. On ne trouve pas toujours la solution-miracle qui permet, au moment de notre assemblée générale annuelle, de pourvoir tel ou tel poste vacant et de façon adéquate. Donc, commencez par vous associer, un tant soit peu, à la mesure de votre temps et de votre goût, aux membres du Bureau que nous élirons tout à l’heure, en pensant qu’un jour viendra votre tour d’entrer dans ces postes.

Heureusement, nos rangs se sont renforcés grâce à l’élection en 2016 de six nouveaux membres correspondants : mesdames Magali Vène, Sarah Muñoz, Laurence Benquet, Ingrid Leduc, et messieurs Colin Debuiche et Guillaume Renoux. Geneviève Bessis et Émilie Nadal ont été promues membres titulaires. Malheureusement, la vie de notre Société, c’est aussi la mort de certains de ses membres. Cette année, trois d’entre eux sont partis. Le 16 janvier nous avons rendu hommage au premier disparu, le professeur émérite de l’Université de Toulouse-I-Capitole Germain Sicard, qui a attaché son nom à une extraordinaire étude du fonctionnement médiéval des moulins du Bazacle à Toulouse. Le 7 juin, une nouvelle minute de silence nous a rassemblés autour de la mémoire de Denis Milhau, décédé à Balaruc le 1er juin, ancien conservateur en chef du musée des Augustins, dont il avait obtenu la rénovation entre 1976 et 1981, propagateur inlassable de la connaissance de l’art contemporain à Toulouse. Lors de notre séance de rentrée, le 8 novembre, nous avons dû encore nous recueillir en souvenir de Claude Péaud-Lenoël, directeur de recherche honoraire au CNRS, décédé le 11 août à Albi, qui avait beaucoup aidé la Société de son travail bénévole. La Société archéologique du Midi de la France a enfin rendu hommage au professeur Georges Mailhos, ancien président de l’université Jean-Jaurès et secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux, dont Louis Peyrusse a rappelé l’impressionnant parcours.

Revenons vers l’essentiel, la sève qui irrigue notre corps savant, ces communications inédites, ces questions diverses, ces sorties, ces rencontres et colloques qui ne seraient possibles sans l’implication de tous les membres, auteurs comme auditeurs.

Dix-sept communications d’abord. Comme cela est de règle depuis plusieurs années le moyen-âge est arrivé en tête, avec neuf communications : Anne-Laure Napoléone et Pierre Garrigou Grandchamp ont mené deux études de maisons médiévales à Castelsagrat, Emmanuel Garland s’est penché sur deux sculptures romanes de l’ancien cloître de la collégiale de Saint-Gaudens, puis sur les églises romanes du Pays de Toy, Nicole Andrieu et Jean-Marc Stouffs sur l’armoire peinte de Poubeau, Patrice Cabau a étudié l’épitaphe, découverte en 2015 près de Saint-Sernin, de maître Jean Dominique (+ 1283), notaire de Toulouse, juriste au service des princes, Michèle Pradalier-Schlumberger a analysé plusieurs peintures murales gothiques du Couserans, Hiromi Haruna-Czaplicki un livre d’heures enluminé à Toulouse dans la seconde moitié du XIVe siècle, Sophie Cassagnes-Brouquet les fantaisies calligraphiques et artistiques de notaires toulousains à la fin du moyen-âge. Les temps modernes ont été évoqués par cinq communications : Guy Ahlsell de Toulza nous a fait connaître l’hôtel toulousain d’Andrieu de Montcalvel, où résida le premier président et fondateur de notre Société, le marquis de Castellane, Geneviève Bessis et Christian Péligry ont évoqué quatre siècles d’imprimerie à Toulouse ou « les armes de la Lumière » à travers les travaux d’un de nos membres disparus : Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, Pascal Julien s’est intéressé à l’architecture et au décor du XVIe siècle de l’Hôtel Molinier à Toulouse, Jean-Michel Lassure aux céramiques du sud-est de la France et de la Ligurie trouvées au Port Saint-Sauveur toulousain, Christian Darles au pressoir à grand-point de Parisot. L’Antiquité et la protohistoire, plus lointaines, ont bien résisté : Christian Darles, avec la collaboration de Michel Vidal, nous a parlé de la restitution de la porte nord de l’enceinte antique de Toulouse, Philippe Gardes a fait le point sur quinze ans d’archéologie protohistorique en Midi-Pyrénées, Jean-Luc Boudartchouk et Didier Rigal nous ont fait découvrir Saint-Cyr, un castellum du Bas-Empire dominant Cahors.

Les questions diverses, plus ou moins développées, avec parfois une récurrence liée à l’actualité du patrimoine dans nos régions, ne furent pas moins intéressantes. Nicole Andrieu nous a informés des dispositions prises pour la conservation du contenu actuel du chapier de Saint-Sernin, Inocencia Queixalòs des mesures récentes agrégeant la profession de restaurateur d’œuvres d’art et d’objets archéologiques aux métiers d’art. Jean-Luc Boudartchouk a rendu compte du livre Toulouse. Naissance d’une ville, publié sous la direction du professeur Jean-Marie Pailler, et évoqué un morceau de l’épitaphe de Sidoine Apollinaire conservé au musée Bargoin, à Clermont-Ferrand. Geneviève Bessis a apporté du nouveau sur le lieu de naissance de l’imprimeur du XVIe siècle Guyon Boudeville. Christian Landes a exposé, avec la collaboration de monsieur Marcel Delpoux, la situation provoquée par le projet d’installation d’une carrière à Montmaurin, ce qui a conduit la Société a saisir le préfet de Région. L’aménagement des abords de la basilique Saint-Sernin à Toulouse, qui nous préoccupe depuis plus de deux ans, a été l’objet de nombreuses interventions. Ce point a fortement animé la commission mise en place l’an dernier au sein de notre Société pour suivre ce projet très contestable de la Ville de Toulouse et de la communauté de communes de Toulouse-Métropole. Remercions cette commission pour le travail accompli, particulièrement Olivier Testard et Bernard Sournia pour leurs plans et dessins.

Notre devoir est également de mieux nous faire connaître. La séance publique joue ce rôle. En 2016 elle a bénéficié de la belle conférence d’Émilie Nadal « Images et fantaisies colorées : l’enluminure aux XIIIe et XIVe siècles dans le Midi de la France » et a permis de distribuer leurs prix aux lauréats d’un concours exceptionnel, avec quatorze travaux de recherche présentés. Les visites, comme celle de l’exposition « Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse », avec Magali Vène et Émile Nadal, favorisent le contact avec les réalités des établissements patrimoniaux, monuments, sites archéologiques. Les colloques, journées d’étude auxquels nous participons, ou que nous aidons, contribuent aussi à cette présence auprès de nos concitoyens. Ce fut le cas, en 2016, des journées du Minervois sur les traces des Wisigoths, organisées par Marie Vallée-Roche, du colloque « Retour au pays de Cocagne. Nouvelles perspectives sur l’histoire du pastel » que nous avons accueilli dans la salle Clémence-Isaure et pour lequel notre confrère Bruno Tollon a présenté l’Hôtel d’Assézat, de la journée commémorative, à Montauban, du cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, ou encore des journées d’étude du groupe franco-espagnol « Ars picta », réunions et cours qui ont trouvé un lieu propice dans notre salle des séances.

Merci à tous pour cette Société archéologique du Midi de la France si vivante et encore bonne année 2017 !

Les comptes présentés par le trésorier et les rapports sont approuvés à l’unanimité. Quitus est donné au Trésorier pour sa bonne gestion.
L’ordre du jour appelle l’élection des nouveaux membres du Bureau. Sont élus ou réélus : Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Christian Péligry, Bibliothécaire-Archiviste et Maurice Scellès, directeur, Patrice Cabau, Secrétaire général et Anne-Laure Napoléone, Secrétaire-adjoint.

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Séance du 3 janvier 2017 (séance privée)

Communication d’Anne-Laure NAPOLÉONE :

Deux maisons en pans de bois aveyronnaises datées du XVe siècle

p1070861 m fcfb2 ac891Dans le cadre d’une étude générale sur les constructions en pans de bois au Moyen Âge dans ce département, les deux édifices présentés ont été choisis pour leur état de conservation, les caractéristiques de leur construction et les possibilités d’étude qu’ils offraient. Le premier, dans le petit village de Prévinquières, a été daté par dendrochronologie de 1451 ; il s’agit d’une construction dont le pan de bois est non porteur, technique de construction largement utilisée dans la région.

 

 

 

 

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Le second édifice, situé dans le village de Muret-le-château a été daté de 1493, c’est une demeure qui présente la particularité d’avoir les poteaux recouverts de plaques de tuf. Cette technique de construction, largement utilisée à Rodez et dans ses environs, a pu à cette occasion être observée dans le détail.

 

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Catalo, Garrigou Grandchamp, Julien, Lassure, le Père Montagnes, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Czerniak, Munoz, MM. Darles, Debuiche, Laurière, Pousthomis, Renoux, Sournia membres correspondants.
Excusés : MM. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Cazes, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós, MM. Balty, Boudartchouk, Garland, Mattalia.

Avant toute autre chose, le Président a le grand plaisir de présenter pour cette nouvelle année les meilleurs vœux du Bureau à l’ensemble de la Compagnie, souhaitant en particulier à chacun pleine réussite dans les travaux de recherche qui font la qualité de notre Société et de nos publications.
Nous avons aussi le plaisir d’accueillir Guillaume Renoux, récemment élu membre correspondant de notre Société et qui prend séance ce soir.

Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la visite, le 13 décembre dernier, de l’exposition Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse : mémoire d’une bibliothèque, qui est adopté à l’unanimité.

Le Président rend compte de la correspondance.
C’est tout d’abord M. Nils Brunet, directeur de l’A.C.I.R. Compostelle, qui sollicite la mise à disposition de notre salle des séances pour un séminaire consacré aux 78 biens inscrits par UNESCO sur les chemins de Saint-Jacques, séminaire auquel participera Guy Ahlsell de Toulza. La demande est acceptée par la Compagnie.
Le Président s’inquiète par ailleurs d’un courriel émanant de l’une des sociétés avec lesquelles nous entretenons des échanges de publication, qui nous informe « qu’il ne semble pas que le Bureau actuel souhaite poursuivre cet ancien échange ». Décision d’autant plus regrettable alors que se met en place la nouvelle grande région, et dont on aimerait connaître les causes réelles : désintérêt pour les travaux des autres sociétés savantes, même voisines ? Coût des publications et des échanges ? Conséquence de la mise en ligne sur Internet de publications de plus en plus nombreuses ? Le Président constate aussi que nous n’entretenons plus beaucoup de relations personnelles avec les membres des autres sociétés savantes, et que nous n’avons plus guère d’occasions de rencontre. Chacun d’entre nous devrait-il sans doute être un missi dominici de notre Société. Pour le Directeur, il faudrait peut-être envisager d’inviter les sociétés savantes de la Région Occitanie à une rencontre qui pourrait se tenir à Narbonne.
En réponse à une question, le Secrétaire général rappelle que la convention passée avec la Bibliothèque Nationale de France pour la numérisation de nos Mémoires, et leur mise en ligne sur Gallica, ne s’appliquait qu’aux volumes parus au moment de la signature, c’est-à-dire jusqu’au tome LXIX (2009). Il regrette d’ailleurs que la numérisation n’ait pas été réalisée dans les conditions prévues : nous avons en effet envoyé à la B.N.F. tous les volumes qui devaient être coupés afin d’avoir des images parfaitement planes. Or les numérisations mises en ligne ont été faites par la Bibliothèque municipale de Toulouse, sur des exemplaires reliés, avec des images courbes rendant en particulier inutilisables les reproductions des illustrations. Maurice Scellès précise qu’il nous faut donc doubler les numérisations de la B.N.F. autant que possible, travail qui reste achever, et que les nouveaux volumes de nos Mémoires sont mis en ligne en version pdf sur notre site Internet au fur et à mesure de leur parution, avec un délai d’un an environ, dont il faudrait d’ailleurs discuter.

Le Président fait ensuite état d’un très long courrier qui nous a été adressé par M. André Cochet, spécialiste des cuves baptismales en plomb, qui voudrait transmettre à des étudiants ses connaissances afin que soit poursuivi son travail. Nicole Andrieu qui l’a rencontré à plusieurs reprises lors de ses venues à Toulouse confirme qu’il a réalisé un travail formidable et Guy Renoux que c’est un chercheur passionné, de formation scientifique, dont les études associent analyse technique et iconographique.
Sont restés sans réponse les courriers adressés à la Fondation Bemberg pour l’ouverture du grand escalier de l’Hôtel d’Assézat, et au préfet, au sujet de la reprise de l’exploitation de la carrière à Montmaurin.
Le Président doit encore transmettre à la Compagnie les remerciements très chaleureux de Judicaël Petrowiste pour l’accueil du colloque sur l’histoire du pastel languedocien dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat.

Le Président présente ensuite les dix mémoires reçus pour le concours. Quatre sont des mémoires de master et six des thèses, qu’il fait circuler dans l’assemblée. Afin de faciliter leur examen, il lui paraît nécessaire d’ajouter une séance au calendrier, le 28 février, que Louis Peyrusse propose de réserver aux interventions des rapporteurs et aux discussions pour l’attribution des prix. La proposition est adoptée.

La parole est à Anne-Laure Napoléone pour une communication sur Deux maisons en pans de bois aveyronnaises datées du XVe siècle.

Le Président remercie Anne-Laure Napoléone d’avoir accepté ce tout début d’année pour sa communication, une date toujours difficile, et de nous avoir présenté ces analyses très précises de ces constructions en pan de bois. Elles amènent tout naturellement à s’interroger sur leurs relations avec des constructions de ce type bien antérieures, puisque l’on sait que les villes romaines comptaient de nombreuses maisons à pan de bois.
Pierre Garrigou Grandchamp dit le grand plaisir qu’il a eu à comprendre le système structurel de ces pans de bois « habillés », que l’on ne soupçonne pas à l’Hôtel d’Armagnac à Rodez, par exemple. Reste la question des contreventements de ces pans de bois.
Louis Peyrusse imagine que Le Corbusier aurait dansé de joie à l’idée de cette « peau » que l’on peut changer, mettant pour la première fois en œuvre un système constructif ouvert au changement. Maurice Scellès se demande si l’on a des cas effectifs de rhabillage de façade, comme on l’a cru un temps pour l’Hôtel d’Armagnac avant que cela ne soit remis en cause. Anne-Laure Napoléone dit que c’est une hypothèse possible pour Marcilhac-Vallon. Louis Peyrusse observe que la minceur des dalles devait rendre l’habitation bien inconfortable au cœur des hivers aveyronnais. Pour Olivier Testard, le recours à cette technique est un choix économique, les dalles de pierre ayant en outre l’avantage de protéger le pan de bois.
Comme Jean Catalo s’étonne que les murs latéraux de la maison de Muret-le-Château ne soient pas parallèles, et se demande si la façade ne résulte pas d’un réaménagement, Anne-Laure Napoléone précise que celle-ci semble bien appartenir au premier état. Pierre Garrigou Grandchamp est frappé de la quantité d’équipements domestiques dont bénéficient ces maisons pourtant très exiguës. Maurice Scellès se dit peu convaincu par la restitution proposée pour le rez-de-chaussée de la maison de Prévinquières, l’attache sur la sablière lui paraissant plutôt en faveur d’un poteau de bois, point de vue partagé par Olivier Testard. Anne-Laure Napoléone se propose de réexaminer son hypothèse en fonction de la baie de boutique voisine et de l’étal.

Le Secrétaire-adjoint nous ayant rejoint, la parole lui est donnée pour la lecture du procès-verbal de la séance du 6 décembre, qui est adopté à l’unanimité.

Au titre des questions diverses, le Secrétaire général présente la plaquette réalisée par la commission Saint-Sernin, qui nous a enfin été livrée après des péripéties et avec un retard de près d’un mois. Intitulée Le Grand Sant-Sernin : Un vrai projet pour Toulouse et la Région Occitaniecette plaquette distribuée gratuitement est destinée à faire connaître du public le projet d’ensemble élaboré au sein de notre Société depuis plus d’un an. Elle reprend de façon synthétique les textes mis en ligne sur notre site Internet, une large place étant dévolue à des illustrations démonstratives dont les plans et coupes d’Olivier Testard, et la vue à vol d’oiseau de Bernard Sournia (rendue à temps malgré une demande tardive et un délai bien court).
Le Président se félicite que nous puissions enfin en disposer et propose à chacun de se saisir du projet et de le faire connaître. Le moment est important, alors que la Mairie de Toulouse vient de publier une réponse en ligne à la pétition lancée sur Internet, dont il donne lecture. Il s’agit d’une réponse coordonnée de la Mairie et de la DRAC, tout à fait extraordinaire en France et que le Président juge très grave. On voit ainsi la Préfecture de la Région Occitanie soutenir l’absence de projet de la municipalité et son refus de toute fouille archéologique du site au nom de la protection des vestiges pour les générations futures.
Bernard Pousthomis juge regrettable que la DRAC n’ait pas demandé que soit mesurée l’épaisseur des couches archéologiques du site lors des sondages d’évaluation de l’été 2015. Mais pour autant, la fouille qui serait faite le serait dans le cadre de l’archéologie préventive qui n’aurait, comme toujours, ni les moyens humains ni le temps nécessaire qu’exige une fouille véritablement scientifique. La DRAC a donc raison de faire du site de Saint-Sernin une réserve archéologique, seule façon d’éviter sa destruction et d’assurer la conservation de son potentiel archéologique pour les générations futures.
Maurice Scellès s’insurge contre cette conclusion. On ne peut assimiler la fouille du site de Saint-Sernin, telle qu’elle est proposée par notre Société, a une fouille de sauvetage dans l’urgence. Si la Ville décidait de le fouiller dans le cadre d’un grand projet muséal incluant une crypte archéologique, elle serait évidemment la première à souhaiter une fouille exemplaire et à s’assurer des compétences nécessaires, et le rôle de la DRAC serait alors de l’accompagner. Il est tout aussi évident que le communiqué de presse de la préfecture de la Région Occitanie va à l’encontre de l’esprit de la directive européenne à laquelle il se réfère ; l’interprétation qu’il en donne signifierait en outre l’arrêt de toute fouille programmée… alors que la presse a annoncé à la fin de l’été la reprise des fouilles à Saint-Bertrand-de-Comminges, en Haute-Garonne… Et faut-il rappeler que l’on a laissé détruire tout récemment les vestiges du mausolée wisigothique mis au jour sur l’emplacement de l’École d’Économie, que les travaux de la rue Alsace-Lorraine n’ont fait l’objet d’aucune fouille archéologique, qu’aucune fouille véritable n’a été faite lors du réaménagement du quai Saint-Pierre où sont pourtant apparues des maçonneries de l’enceinte romaine, ou du port de la Daurade… Jean Catalo insiste sur le fait que les réseaux souterrains et les racines des arbres qui seront plantés risquent de détruire les vestiges.

Nicole Andrieu évoque à grands traits l’évolution de la prise en compte du patrimoine par les DRAC, telle qu’elle l’a vécue en tant que Conservateur des Antiquités et Objets d’art de la Haute-Garonne. Alors qu’en 1992, la COREPHAE était invitée à développer les protections au titre des Monuments historiques jugées insuffisantes en Midi-Pyrénées, le ministère a abandonné cette politique quelques années plus tard au profit de protections thématiques qui ont laissé de côté bien des édifices qui méritaient d’être protégés au titre des Monuments historiques. C’est aujourd’hui la disparition des Commissions départementales des Objets Mobiliers, accusées de trop protéger, qui est programmée, sans tenir compte du travail qui était accompli avec les élus des départements et des communes.

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Maurice Scellès montre deux photographies récentes de la cour du 56 rue du Taur. La galerie du XIVe siècle a un bien triste aspect depuis le traitement qu’elle a subi en 2003 à l’occasion de l’installation de l’ESAV dans les bâtiments de l’ancien collège de Périgord, dont la tour Mauran. On peut douter qu’entre Saint-Sernin et la place du Capitole, un guide ait envie d’entraîner un groupe de visiteurs dans la cour encombrée de voitures pour la lui faire découvrir.

 

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La galerie opposée sert de lieu de stockage à un bric-à-brac de matériaux divers utilisés par les élèves de l’ESAV, qui font la démonstration de l’inadaptation des lieux à un usage que l’on a voulu y faire entrer en force. L’argument était la proximité de la Cinémathèque installé dans l’ancien collège de l’Esquile, dont on apprend aujourd’hui qu’elle pourrait déménager : les deux édifices ont donc été massacrés inutilement.

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Séance du 6 décembre 2016 (séance privée)

Communication de Jean-Luc BOUDARTCHOUK et Didier RIGAL :

Saint-Cyr, un castellum du Bas-Empire dominant la ville de Cahors

Le site du Pech Saint-Cirq, qui domine Cahors au sud-est, fut pour l’essentiel exploré par A. Viré en 1915 ; il y dégagea des substructions imposantes dont « un grand mur de 100m de long », qu’il data des IVe-Ve siècles. Il y remarqua en outre des éléments d’architecture monumentale ainsi qu’une « énorme quantité de tuiles à rebords ». Cette découverte, malgré ses implications, tomba dans l’oubli.
Nous avons mené une prospection pédestre accompagnée d’un relevé d’ensemble sur le site ; il y existe effectivement une puissante courtine antique maçonnée, en partie dépouillée de son parement, qui épouse une courbe de niveau près du sommet et détermine une enceinte étroite et allongée. La situation des substructions au sommet du mont, dominant directement la ville antique, leur organisation générale, la datation globale des vestiges amènent à penser que le mont Saint-Cyr était couronné, dès la fin du IVe siècle, d’un castellum, dont le souvenir existait encore au haut Moyen Age comme en témoigne la Vita de saint Ambroise de Cahors. Cette place-forte servait à verrouiller l’accès sud à la ville, tout en occupant une place éminemment stratégique en contrôlant le franchissement du Lot.


Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Haruna-Czapicki, Jaoul, Pradalier-Schlumberger, MM. Catalo, Garland, Lassure, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Andrieu, Bagnéris, Czerniak, Queixalós, M. Pousthomis, membres correspondants ; M. Cugullière, membre honoraire.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire général, Mmes Balty, Bessies, Cazes, Benquet, Lamazou-Duplan, Napoléone, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Penent.
Invités : MM. Didier Rigal, archéologue cadurcien, et Skander Souïssi, archéologue tunisien.

Le Président ouvre la séance à 17 heures et commence par accueillir M. Georges Cugullière, nouvellement élu membre honoraire, puis il rend compte de la correspondance « manuscrite ».
C’est d’abord une lettre de Mme Sophie Fradier, auteur d’une thèse de doctorat consacrée aux frères Souffron, à soutenir le 13 décembre prochain, qui nous adresse sa candidature pour le concours 2017 (prix de Clausade). C’est ensuite un courrier de M. Marcel Delpoux, que nous avons récemment invité à l’une de nos séances et qui nous fait parvenir une étude réalisée par ses soins : « Paidoyer pour la Sauvegarde d’un sanctuaire géologique, géomorphologique, floristique, faunistique, phytogéographique et archéologique : l’interfluve Save-Seygouade et ses abords immédiats à hauteur des Gorges de la Save (Montmaurin, Haute-Garonne). Propositions de solutions alternatives », Association Entre Save et Seygouade, janvier et juin 2010, fascicule multigraphié, 68 p.

Passant à la correspondance « imprimée », Daniel Cazes fait circuler deux ouvrages envoyés par :
- la Société archéologique et historique de Tarn-et-Garonne, fondée en 1866, qui fête son 150e anniversaire (éditions In extenso, 2016, 94 p.) ;
- M. Jean-Jacques Barbieri, Président de l’Académie de Législation de Toulouse, laquelle vient de publier le compte-rendu de ses séances pour l’année 2015-2016 : « Justice et territoires » (DVD, 2016).
Notre Société a en outre reçu divers imprimés :
- programme de la journée d’étude de l’Atelier réflexif « Les arts et la couleur. Préhistoire, Protohistoire, Antiquité, Moyen Âge » organisée le 9 décembre à l’Université Jean-Jaurès et consacrée aux : « Lectures techniques et caractérisation des matériaux pour l’étude de la peinture » ;
- invitation au vernissage de l’exposition présentée au musée des Augustins et qui sera inaugurée le 13 décembre : « Fenêtres sur cour. Peintures du 16e au 20e siècle » ;
- annonce du colloque qui se tiendra les 15 et 16 décembre 2016 en l’Hôtel d’Assézat : « Retour au pays de Cocagne. Nouvelles perspectives sur l’histoire du pastel languedocien (XIVe-XVIIIe siècle) » ;
- dépliant édité par le collectif pour la Sauvegarde de la place Saint-Sernin de Toulouse : « Une urbanisation banale mais coûteuse impactera durablement ce site historique ».
À propos du réaménagement projeté pour la place Saint-Sernin, Daniel Cazes rappelle que des travaux devraient démarrer dès le mois de janvier 2017, mais que l’on ne sait toujours pas exactement quel parti a été retenu ; il semblerait qu’il est exclu désormais de bétonner et de paver la zone se trouvant au chevet de la basilique. Maurice Scellès, empêché, ne pourra pas nous présenter ce soir la plaquette sur le « Grand Saint-Sernin » réalisée par notre Société ; conçue comme un projet alternatif à celui voulu par la municipalité, cette plaquette a commencé d’être diffusée sous forme électronique et son impression est en cours.

Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 22 novembre 2016, rédigé par le Secrétaire général ; ce compte rendu est adopté.

La parole est à Jean-Luc Boudartchouk et à Didier Rigal pour la communication du jour, intitulée Un castellum du Bas-Empire au sommet du Mont Saint-Cyr à Cahors .

[Résumé à insérer.]

Le Président remercie les deux intervenants pour leur évocation du Cahors antique, dont des monuments importants ont été récemment mis au jour : temple, amphithéâtre… ; ce panorama a permis de mieux comprendre le contexte géographique du castellum dont ils nous ont révélé l’existence. Daniel Cazes leur pose ensuite la question : « Pourquoi Saint-Cyr ? ». Jean-Luc Boudartchouk indique sur ce massif une tradition érémitique ancienne (il s’y trouve une grotte, et un oratoire y est mentionné à la date de 1308), cohérente avec le fait que saint Cyr était présenté comme un anachorète. Emmanuel Garland note que l’association grotte et oratoire est fréquente, et Virginie Czerniak de citer l’exemple de Rocamadour.
Jean Catalo fait remarquer que le castellum occupait une position très dominante et trouve surprenant que le site n’ait pas été par la suite réutilisé militairement. M. Boudartchouk fait observer que, pour être dominante, la position n’en est pas moins assez éloignée de la ville. Aucune occupation du site n’est attestée au Moyen Âge. Cet abandon est confirmé par Didier Rigal : « Les vestiges sont du Haut-Empire et du Bas-Empire ; il n’y plus rien après ».
Emmanuel Garland se demande si les éléments architectoniques trouvés sur place n’auraient pas appartenu à un sanctuaire. M. Rigal note qu’au Bas-Empire l’occupation était de type militaire, alors qu’elle ne l’était pas au Haut-Empire.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir à quelle époque appartiennent les tegulae dont les débris ont été retrouvés en masse sur le site. « Bas-Empire » répond M. Boudartchouk, qui ajoute que l’on peut s’attendre à ce que, dans le castellum, la stratigraphie ait été bien conservée.

La Compagnie entend le rapport, rédigé par Philippe Gardes et lu par Jean-Luc Boudartchouk, sur la candidature de M. Guillaume Renoux au titre de membre correspondant. Il est procédé au vote. M. Renoux est élu membre correspondant de notre Société.

L’ordre du jour étant épuisé, le Président rappelle que notre prochaine rencontre aura lieu le mardi 13 décembre à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine, pour la visite de l’exposition présentant les « Manuscrits médiévaux des Dominicains ».

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Séance du 13 décembre 2016 (séance privée)

MANUSCRITS MÉDIÉVAUX

DES DOMINICAINS DE TOULOUSE

Visite sous la conduite d’Émilie NADAL et Magali VÈNE

Depuis le 15 novembre 2016, trente manuscrits provenant de la bibliothèque médiévale des dominicains de Toulouse ont été exceptionnellement sortis des réserves pour être présentés au public.
Cet événement marque non seulement le 8e centenaire de la fondation de l’ordre des dominicains à Toulouse, mais aussi le travail de re-catalogage en cours des manuscrits médiévaux du fonds. Feuillets richement enluminés, œuvres de Bernard Gui, registres d’inquisition, dons de Bernard de Castanet… les livres présentés à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine ont été sélectionnés parmi les pièces les plus précieuses autrefois possédées par le couvent des Jacobins de Toulouse. Ils seront exposés jusqu’au 28 janvier 2017.

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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; M. Cugullière, membre honoraire ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Nadal, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Czerniak, Félix, Jiménez, Queixalós, Vène, M. Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Lamazou-Duplan, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Garland, Julien, Mattalia.

La Compagnie se retrouve à Bibliothèque du patrimoine, rue du Périgord, pour la visite de l’exposition Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse : mémoire d’une bibliothèque. Elle y est accueillie par Magali Vène, conservatrice en charge du fond ancien et récemment élue membre de notre Société, que le Président a le plaisir de présenter à ceux qui ne la connaîtraient pas encore, et par notre consœur Émilie Nadal, commissaire scientifique de l’exposition.

Magali Vène rappelle que c’est dans le cadre du projet «  Biblissima  » (Bibliotheca bibliothecarum novissima) que s’inscrit le programme de travail sur les manuscrits médiévaux ayant appartenu à la bibliothèque des dominicains de Toulouse. Le re-catalogage des 150 manuscrits conservés dans le fonds de la Bibliothèque du patrimoine, et de quelques manuscrits extérieurs, sera accompagné de leur mise en ligne dans Rosalis, la bibliothèque numérique patrimoniale de Toulouse.
Émilie Nadal débute sa présentation avec le catalogue dressé en 1683 par le bibliothécaire du couvent, sur lequel se fonde l’identification des manuscrits ayant appartenu aux dominicains. Parvenant aux Sermons de Vincent Ferrier, elle donne la parole à Michelle Fournié qui reprend à cette occasion quelques points de sa conférence donnée ici même le 29 novembre dernier. Émilie Nadal commente chacun des manuscrits, répondant avec plaisir aux questions.

Le Président remercie très chaleureusement Magali Vène et Émilie Nadal de nous avoir présenté cette belle exposition, qui nous rappelle tant de personnages de l’histoire méridionale, et de faire vivre ainsi cet extraordinaire fonds de manuscrits. Le travail entrepris est indispensable et nous nous réjouissons d’apprendre qu’il sera poursuivi, avec pour prochaine étape les journées d’étude du 14 janvier 2017.

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Séance du 22 novembre 2016 (séance privée)

Communication de Sophie CASSAGNES-BROUQUET

Fantaisies de notaires toulousains à la fin du Moyen Âge : des notaires artistes et calligraphes

C’est à l’occasion d’une recherche au long cours dans les registres des notaires toulousains en quête d’artistes et de représentants des métiers du livre, parcheminiers, scribes et libraires, que sont apparus des dessins à la plume dignes d’intérêt. Certes, il ne s’agit pas ici d’œuvres susceptibles de passionner l’historien de l’art, mais elles peuvent être prises en considération par l’historien des mentalités et de la vie toulousaine au Moyen Âge, dans une perspective appelée par certains chercheurs d’« histoire modeste ».

Communication de Christian DARLES

Le pressoir à Grand-Point de Parisot (Tarn) : un patrimoine viticole peu connu

Le pressoir de Nicouleau, dans le Gaillacois, se rattache au type des pressoirs à levier que l’on peut subdiviser en trois grandes familles : les pressoirs à levier proprement dits, les pressoirs à vis centrale et enfin les pressoirs à grand point. Le pressoir fait partie de cette dernière mais dans des dimensions qui pourraient faire penser à un pressoir communautaire : 6,70 m de long pour une hauteur hors-tout de 6,40 m. Cependant la création du chai et son installation, au XIXe siècle, témoignent de sa destination domestique.

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Le pressoir de Nicouleau manque d’inscriptions et de décors qui pourraient en permettre la datation. Les seules marques sont fonctionnelles et correspondent à l’ordre de pose des madriers destinés à s’intercaler entre les planches disposées au-dessus du marc, le manteau, et le levier. Il semblerait que sur les rives du Tarn, ces machines perdurent jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Ce type a-t-il été importé ? La seule étude d’envergure, menée par le Service de l’Inventaire de Bourgogne, fournit quelques informations : aucune date relevée ne serait antérieure au XVIIIe siècle et les études dendrochronologiques montrent que certaines pièces de bois correspondent à des arbres coupés en 1449.


Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Bessis, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Nadal, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Catalo, Garrigou Grandchamp, Lassure, le Père Montagnes, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mme Czerniak, MM. Darles, Landes, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Lamazou-Duplan, MM. Balty, Garland, Julien, Mattalia, Sournia.
Invités : Mme et M. Juliette et Daniel Depuntis, membres de l’association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, M. Delpoux, botaniste de Montmaurin.

Le Président annonce un ordre du jour très chargé et demande aux intervenants de respecter les temps impartis.
Il indique que le rapport sur la candidature M. Guillaume Renoux au titre de membre de notre Société a été confié à Philippe Gardes, puis il signale à l’attention de la Compagnie la conférence que Michelle Fournié consacrera le 29 novembre prochain à Saint Vincent Ferrier d’après les enquêtes de canonisation de Toulouse, à l’occasion de l’exposition Manuscrits médiévaux des dominicains de Toulouse : mémoire d’une bibliothèque.

Pierre Garrigou Grandchamp offre pour notre bibliothèque :
- Storia di Piacenza, dal Vescovo Conte alla signoria ; 2e vol. (996-1313), Piacenza, 1984, 781 p.
- la collection des Documents d’évaluation du patrimoine archéologique des villes de France, édités par le Centre national d’archéologie urbaine de Tours, qu’il a pu se procurer avant que les stocks soient envoyés au pilon. Pierre Garrigou Grandchamp rappelle que nous avons à déplorer la dissolution du C.N.A.U. de Tours a été dissous, sa bibliothèque étant en outre transférée au Centre des Monuments nationaux. Pour le Président, c’est en effet une triste nouvelle.
C’est également Roland Chabbert qui nous fait parvenir la dernière publication du service de la connaissance du patrimoine de la Région : Jardins de Tarbes et des Hautes-Pyrénées : Placide Massey, créateur et inspirateur, Région Occitanie, 2016, 159 p.

Le Président rend compte de la correspondance, qui comprend diverses invitations, et signale à l’attention de la Compagnie l’article « Et si Toulouse se racontait dans un musée à La Grave », paru dans La Dépêche du Midi du 10 novembre. Le journal du Conseil départemental de la Haute-Garonne annonce par ailleurs une « Découverte historique à Saint-Bertrand-de-Comminges », où a été mis au jour un grand mausolée de 13 m sur 11, situé dans une très vaste enceinte. Les fouilles ont en effet repris cet été sous la direction de William van Andringa, professeur en archéologie romaine à l’Université de Lille.
Il faut encore signaler le colloque Retour au pays de Cocagne. Nouvelles perspectives sur l’histoire du pastel languedocien, qui se tiendra à l’Hôtel d’Assézat, que notre confrère Bruno Tollon présentera aux participants.

L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre honoraire. Après un rappel du travail que celui-ci a accompli bénévolement pour notre Société depuis des années, Georges Cugullière est élu membre honoraire de notre Société.
Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 8 novembre dernier, qui est adopté à l’unanimité.

La parole est à Sophie Cassagnes-Brouquet pour une communication sur des Fantaisies de notaires toulousains .

Le Président remercie Sophie Cassagnes-Brouquet pour cette communication brève mais tout à fait inédite. Peu nombreux parmi nous étaient ceux qui connaissaient ces dessins des marges des registres notariaux, et il faut à n’en pas douter être un assidu des archives pour les rencontrer et être en mesure de les montrer. En les regardant, on hésite : dessins de fantaisie ? Caricatures ? Portraits ? Ils s’inscrivent en tout cas assez bien dans cette période de la fin du XVe siècle et le début du XVIe, où l’on voit le retour du portrait. Dans cette optique, les profils sont très intéressants.
En réponse à une question de Maurice Scellès, Sophie Cassagnes-Brouquet précise que dans les registres où ils sont les plus nombreux, ces dessins n’accompagnent que 10 à 15 % des actes. Celui-ci voudrait encore savoir s’ils ont pu avoir une valeur mnémotechnique pour repérer plus facilement certains actes. Sophie Cassagnes-Brouquet dit qu’ils sont sans rapport avec le texte et qu’il faut surtout y voir des fantaisies de scribes.
Ayant bien connu le dessinateur Reiser, Christian Darles se souvient d’un dessin de 4 cm qui avait demandé une ramette de papier de dessins préparatoires, et il a l’impression que ces dessins de notaires sont en effet rapidement exécutés mais maîtrisés.
Comme Michelle Fournié ne se souvient pas avoir rencontré ce genre de dessins dans les registres de la fin du XIVe siècle et du début du XVe, Sophie Cassagnes-Brouquet confirme qu’on les trouve plutôt dans ceux de la seconde moitié du XVe siècle. Pierre Garrigou Grandchamp rappelle que des portraits figurent déjà en enluminure dans des chartes de Charles V.
Ces dessins de notaires rappellent Martine Jaoul ceux que l’on trouve sur les céramiques, ce dont convient Sophie Cassagnes-Brouquet en remarquant cependant que peu sont conservés.
Après avoir signalé que de nombreux compoix du XVIe siècle comportent aussi des dessins de visages ou de scènes, Guy Ahlsell de Toulza se demande à quel moment ils sont réalisés : avant d’écrire le texte ou après ? Pour le portrait de trois-quarts, qui est un unicum, il est clair qu’il est ajouté en marge de l’acte, comme le pense Sophie Cassagnes-Brouquet. Pour les autres dessins, celle-ci s’interroge encore sur le moment de leur réalisation, d’autant que la disposition du texte laisse parfois penser que le dessin est au moins prévu.
Louis Peyrusse voient dans ces dessins une grande liberté formelle, qui s’accorderait bien à des enlumineurs habitués des grandes initiales et devenus notaires, dont le dessin pourrait d’intercaler dans le déroulé de l’acte.

La parole est à Christian Darles pour une communication sur Le pressoir à Grand-Point de Parisot (Tarn) : un patrimoine viticole peu connu .

Le Président remercie Christian Darles de nous avoir fait connaître ce pressoir dont la datation par dendrochronologie serait en effet intéressante, avec peut-être des résultats différents pour chacune des pièces. Christian Darles précise que toutes les pièces sont numérotées, ce qui devait faciliter leur démontage et leur remontage, et donc leur remplacement, et il rappelle que ce type de pressoir « à Grand Point » est connu depuis l’Antiquité.
Après avoir demandé quel était le diamètre de la vis (18 cm, indique Christian Darles), Henri Pradalier demande si l’on peut imaginer que l’on ait utilisé des vis en pierre. Christian Darles ne le pense pas, en raison de l’incompatibilité des deux matériaux, la pierre ayant un effet abrasif sur le bois. Comme Henri Pradalier demande si le pressoir a pu être acheté en Bourgogne, Christian Darles répond qu’il croit plutôt à un transfert de technologie, ajoutant qu’il a été surpris de constater que ce type de pressoir avait disparu de la mémoire collective. Sophie Cassagnes-Brouquet évoque les pressoirs des ducs de Bourgogne que l’on fait encore fonctionner pour des vignes appartenant à l’Université.

Au titre des questions diverses, Christian Landes veut attirer l’attention de la Compagnie sur la menace que ferait à nouveau peser la possible ouverture d’une carrière sur le site archéologique de Montmaurin et toute la zone alentour.
Après avoir remerciés Christian Landes et M. Delpoux pour leur exposé très détaillé, le Président propose que notre Société adresse à ce sujet un courrier au préfet. Le Secrétaire général demande aux intervenants de bien vouloir lui communiquer un texte et des illustrations qui pourraient être mis en ligne sur le site Internet de la Société Archéologique du Midi de la France.

Puis Geneviève Bessis présente une Note sur le lieu de naissance de l’imprimeur Guyon Boudeville (1520 ?-1562) d’après un acte notarié :

Un acte notarié conservé aux Archives départementales de la Haute-Garonne révèle le lieu de naissance de l’imprimeur Guyon Boudeville (1520 ? – 1562) jusqu’ici inconnu. Par quel réseau ce jeune Normand, né à Jouy-sous-Thelle vient en apprentissage à Toulouse chez Nicolas Vieillard probablement vers 1535 ? Marie-Thérèse Blanc-Rouquette dans sa synthèse inédite de l’imprimerie toulousaine lance une hypothèse intéressante : Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, évêque de Beauvais tout en restant administrateur de l’archevêché de Toulouse, amateur des lettres et des arts et passé à la Réforme est peut-être de près ou de loin le protecteur du futur imprimeur. Pour étayer cette hypothèse, les témoignages des liens du jeune prélat avec les cercles humanistes toulousains sont rares : deux poèmes de Jean de Boyssoné au cardinal de Châtillon, deux lettres du même Boyssoné à Nicolas Bérault, précepteur des trois frères Coligny et la dédicace adressée au cardinal par François Ponisson en tête de son commentaire du psaume 22 publié à Toulouse chez Colomiès en 1550.

Le Président félicite Geneviève Bessis pour ses recherches et cette belle découverte, que Patrice Cabau trouve à son tour très intéressante, en précisant qu’il n’y a pas de preuve qu’Odon de Chastillon soit venu à Toulouse. On le voit à Paris et à Rome, mais il est représenté par son procureur pour la pose de la première pierre du pont Neuf. Geneviève Bessis fait état d’une liste de manuscrits de la Bibliothèque municipale mentionnant un document aujourd’hui perdu où il est dit qu’Odon de Chastillon doit venir prendre ses fonctions. Après avoir remarqué que la prise de fonction elle-même pouvait être faite par son procureur, Patrice Cabau encourage notre consœur à poursuivre son enquête.

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Séance du 8 novembre 2016 (séance privée)

Ouverture de l’année académique.

Communication de Philippe GARDES

Quinze ans d’archéologie protohistorique en Midi-Pyrénées

Depuis 15 ans l’archéologie protohistorique a connu des avancées significatives en Midi-Pyrénées. Cette évolution s’explique surtout par le développement spectaculaire de l’archéologie préventive. En une dizaine d’années, plus de 200 opérations de terrain, d’intérêt très variable, ont révélé de nouveaux sites ou contribué à l’étude de sites déjà connus. La reprise de fouilles sur des établissements emblématiques de la Protohistoire régionale, comme Le Puy d’Issolu, Vieille-Toulouse, Toulouse-Saint-Roch ou Roquelaure, doit tout particulièrement être soulignée, de même que des découvertes exceptionnelles comme le sanctuaire des Touriès à Saint-Jean et-Saint-Paul (Aveyron).

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Vue aérienne du site de Roquelaure-Sioutat, Gers(D. Vignaud)

Parallèlement la Protohistoire a obtenu une reconnaissance académique à travers des recrutements et la constitution d’une équipe de recherche à l’Université de Toulouse-Jean-Jaurès.
Ces conditions ont facilité l’émergence de nouveaux champs de recherche et le renouvellement de problématiques majeures, comme celles liées au processus d’urbanisation, à l’économie agricole ou à la transition avec l’époque romaine. Une abondante bibliographie rend compte de cette période d’intense activité.


Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint, Péligry, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Bessis, Cassagnes-Brouquet, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Nadal, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Julien, Lassure, le Père Montagnes, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Benquet, Czerniak, Munoz, MM. Debuiche, Gardes, Molet, Pousthomis, Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Heng, Lamazou-Duplan, MM. Boudartchouk, Garland, Landes, Mattalia.

Le Président ouvre l’année académique en se félicitant du programme bien rempli des communications à venir. Il rappelle que notre Société garde un rôle extrêmement important dans le cadre de la défense du patrimoine. Dans un contexte international alarmant (on pense notamment aux destructions en Syrie), il ne faut pas perdre de vue qu’en France aussi les destructions et l’habitude consistant à remplacer les originaux par des copies menacent notre patrimoine. Sans parler de l’« affaire Saint-Sernin » sur laquelle nous reviendrons en fin de séance.

Notre Compagnie a appris au cours de l’été la triste nouvelle du décès de notre confrère Claude Péaud-Lenoël, directeur de recherche honoraire au CNRS, survenu le 11 août 2016 à Albi, dans sa 98e année. Diplômé de l’École nationale supérieure d’agronomie, docteur ès sciences, Claude Péaud-Lenoël était un spécialiste reconnu de la biochimie fonctionnelle des plantes, mais c’est son intérêt pour l’histoire et l’archéologie qui l’avait conduit à rejoindre notre Compagnie. Élu membre correspondant en 1988, il avait notamment joué un rôle dans les débuts informatiques de la Société archéologique, et mis en place le circuit des commandes pour les abonnements aux Mémoires. En habitué des publications scientifiques internationales et parfaitement bilingue, il a été l’initiateur des résumés en anglais de nos Mémoires, et leur traducteur pendant près de dix ans. Aussi efficace que discret, il était assidu à nos séances jusqu’à ce qu’il soit contraint de quitter Toulouse pour Rabastens d’où il continuait néanmoins à suivre les activités de notre Société.

Claude Péaud-Lenoël (Paris 1918 – Albi 2016)

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Claude Péaud-Lenoël est né le 15 octobre 1918 à Paris. Sa mère Claudine Péaud, originaire de l’Ain, née Bernard de la famille de l’illustre physiologiste Claude Bernard, est créatrice de mode chez Worth, célèbre maison de couture. Son père adoptif Louis Adolphe Lenoël, originaire de Normandie, est chirurgien à Nice. C’est dans cette ville que Claude Péaud-Lenoël fait ses études et passe son baccalauréat de Mathématiques élémentaires au lycée Masséna. Il fait ses classes préparatoires à Paris, au lycée Henri IV, mais mobilisé pendant la guerre de novembre 1939 à octobre 1941, il ne peut intégrer l’Institut National Agronomique de Paris qu’en 1942. Il obtient son diplôme d’Ingénieur Agronome en 1944. Il se marie la même année et sera père de trois enfants.
Après une nouvelle mobilisation sous les drapeaux de mars à septembre 1945, Claude Péaud-Lenoël entre à l’Institut Pasteur de Paris où il entreprend des recherches en Biochimie microbienne. Il passe sa thèse d’Ingénieur Docteur en 1947, est nommé attaché de recherche au CNRS l’année suivante, obtient sa licence ès Sciences à la Sorbonne en 1949, enfin soutient sa thèse de Doctorat d’Etat ès sciences en 1957. Durant cette période très riche en activités, il fait deux séjours à l’étranger, l’un en 1949-1950, à Louisville dans le Kentucky, chez Seagram, distillerie renommée des États-Unis et l’autre d’un an (1952-1953), à Cuba, en tant que Professeur de Microbiologie industrielle et de Biochimie à l’Université de Santiago.
En 1958, il transfert ses activités de recherches dans un laboratoire du « Groupe des laboratoires du CNRS » à Gif-sur-Yvette où il crée une unité de Biochimie et d’Hormonologie des Plantes. Il introduit et développe en France des méthodes innovantes de cultures cellulaires végétales. Il est nommé Directeur de recherche de 2e classe au CNRS en 1960 et il est chargé d’un cours de Microbiologie à la Sorbonne de 1959 à 1961.
En 1972, le CNRS lui confie la création et la direction d’un nouveau laboratoire sur le campus de la Faculté des Sciences de Marseille-Luminy. Promu Directeur de recherche de 1re classe, il fonde le « Laboratoire de Biochimie Fonctionnelle des Plantes » et spécialise ses travaux scientifiques par des approches de Biologie moléculaire. Il anime son équipe jusqu’en 1987, date de sa retraite.
Claude Péaud-Lenoël est l’auteur d’une centaine de publications dans des revues internationales à comité de lecture et il est co-auteur de plusieurs articles ou revues dans des ouvrages scientifiques publiés en France et à l’étranger, notamment en Allemagne et aux USA. Sur invitation, il a donné des conférences à de multiples congrès européens ou américains et présenté un grand nombre de communications au cours de rencontres internationales. Il a été co-organisateur de deux colloques internationaux du CNRS qui se sont tenus à Gif-sur-Yvette, en 1960 sur la chimie des glucides, et en 1980 sur l’hormonologie végétale, donnant lieu à la publication d’ouvrages spécialisés. Il a fait partie de nombreuses sociétés scientifiques françaises et étrangères et a été rédacteur de la revue « Journal of Plant Growth Regulation ». Il a été membre du Comité National du CNRS et du Conseil Supérieur des Universités. Il était un scientifique « semeur d’idées », ayant le souhait de transmettre son savoir et de communiquer à ses élèves, comme il l’écrivait, « l’enthousiasme pour la connaissance et le goût de la nouveauté ».
Durant son activité professionnelle, il n’a pas pour autant délaissé ses activités culturelles. Il a été un membre actif du Club archéologique du CAES du CNRS à Marseille. Bien que déjà en retraite à Toulouse, il organisera pour les membres du Club, en octobre 1987, des visites consacrées à la découverte des pays d’Armagnac, de Comminges et du Lauragais. Il a été membre des associations « Guillaume Budé », « Vieilles Maisons Françaises », sans oublier les associations locales, « Les Veillées rabastinoises » et « Les Amis du Musée du Pays Rabastinois ».
De plus, il est devenu au fil des ans un expert avisé de la faïence des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment des faïences du Midi méditerranéen (Marseille, Moustiers, La Tour d’Aigues, Apt…) et du Sud-Ouest (Toulouse, Montauban, Martres-Tolosane, Auvillar, Auch, Samadet, Bordeaux…). La description qu’il a faite d’un plat d’apparat de la production toulousaine a été l’objet d’une publication1. Il était membre de l’association de céramologie, le GRECAM.

Lors de vacances familiales dans le Comminges en juillet 1981, Claude Péaud-Lenoël fait la connaissance d’un libraire de Saint-Gaudens à qui il fait part de son intérêt pour le patrimoine archéologique de la région. Le libraire, qui lui recommande la lecture de la « Revue de Comminges », le met en relation avec Georges Fouet, alors directeur de cette revue et président de la Société des Études du Comminges. Une amitié réciproque va se nouer entre ces deux chercheurs du CNRS, l’archéologue et le biologiste. À l’été 1986, Claude Péaud-Lenoël qui doit prendre sa retraite dans un proche avenir installe sa famille à Toulouse où sa compagne Michèle Axelos continue sa carrière de chercheur à l’Université de Rangueil et où son petit-fils Daniel, dont il a la charge, poursuit sa scolarité au Collège Bellevue. Il rejoint les siens en janvier 1987 avec l’intention de se consacrer à l’Histoire et l’Archéologie qui ont été de tout temps l’objet de ses centres d’intérêt, à part la Biologie. Georges Fouet, membre de la Société Archéologique du Midi de la France, le recommande auprès de la Société pour une candidature en tant que membre correspondant. Il est alors accueilli à l’Hôtel d’Assézat en 1988 et deviendra membre titulaire de 1991 à 1999. Au cours de cette période il assure la diffusion des publications de la Société et effectue la traduction en anglais des résumés des communications.
Dès 1988, il engage un travail d’études sur l’Histoire de l’Antiquité tardive, des Invasions barbares et du Haut Moyen Âge. Il s’attache notamment à l’histoire de Galla Placidia, femme au destin extraordinaire, dernière impératrice d’Occident. Il se souvient avoir visité en 1966, le mausolée qu’elle s’était fait ériger à Ravenne, édifice orné de mosaïques byzantines exceptionnelles. Une partie de ses recherches est exposée lors de communications, à la S.A.M.F.2 portant sur les migrations des peuples germaniques et l’arrivée des Wisigoths en Aquitaine au début du Ve siècle, à l’INRA d’Auzeville3 traitant de l’histoire rurale en Midi-Pyrénées depuis l’Antiquité jusqu’au Haut Moyen Âge, et à Rabastens4 discutant des origines possibles du toponyme de cette cité.

Claude Péaud-Lenoël quitte Toulouse à la fin des années 1990 pour s’installer définitivement dans le Tarn à Couffouleux, au hameau de Sainte Quitterie, avec sa compagne Michèle qu’il a épousée en 1995 et avec son petit-fils Daniel.
Lecteur infatigable, utilisateur compétent d’Internet, téléspectateur assidu, passionné d’histoire et d’archéologie, d’art et de littérature, d’économie et de politique, il a gardé jusqu’à la fin de sa vie toute sa vivacité intellectuelle malgré les difficultés de santé dues à son grand âge contre lesquelles il a lutté avec un courage inouï.
Il s’en est allé paisiblement, le 11 août 2016, entouré des siens.

Michèle PÉAUD-LENOËL
Chargée de recherche honoraire au CNRS

1. « Un plat de montre représentatif de la faïence de prestige de la production toulousaine du XVIIIe siècle », dans La Grésale, la Revue de la céramique méridionale, GRECAM, n° 10, novembre 2009, p. 97-99.
2. « Barbares et Romains de Narbonne à Toulouse et Bordeaux (406-418) », dans Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, t. LII, 1992, p. 176-178.
3. « De l’Antiquité au VIIIe siècle ». Histoires rurales de Midi-Pyrénées des Origines à l’An 2000. Cycle de Conférences organisé par les Groupes Régionaux INA-PG et AIGREF. Centre INRA, Auzeville (Haute-Garonne), 2 novembre 1992.
4. « Naissance du nom et de la Cité de Rabastens ». Colloque du cinquantenaire de l’Écho de Rabastens, 26 avril 1998, dans L’Écho de Rabastens, Bulletin trimestriel des Veillées rabastinoises, n° 201, 2e trimestre 1998, p. 16-34.

Il faut également mentionner la disparition de Marianne Miguet le 31 juillet à Toulouse. Ancienne conservatrice de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, elle y organisa plusieurs expositions remarquables. D’un enthousiasme communicatif, elle fut également une personnalité active des Toulousains de Toulouse.

Deux ouvrages sont offerts : Sophie Brouquet, Crimes et châtiments en Ariège. La justice à Pamiers à la fin du XVe siècle, Cairn édition, 2016, et Rémi Papillault (dir.), Guide d’architecture du XXe siècle en Midi toulousain, PUM, 2016.

Au titre du courrier, nous avons reçu une lettre de candidature comme membre correspondant de M. Guillaume Renoux, toulousain, actuellement professeur de lettres et histoire dans le secondaire, qui travaille sur l’histoire ancienne et l’archéologique méridionale.
Plusieurs échanges ont eu lieu avec Soline Morinière, qui est partie sur les traces du défunt Musée des moulages de l’université de Toulouse, collection exceptionnelle en partie perdue dans le déménagement de l’université vers le Mirail. Henri Pradalier et Virginie Czerniak précisent qu’il subsiste quelques pièces de ce musée dans les caves du bâtiment d’histoire du Mirail, Pascal Julien avance le chiffre d’une trentaine d’œuvres conservées. Il y en a également dans les bâtiments de la Préfecture ou de la Cinémathèque, quand d’autres se sont retrouvées dans des maisons privées. Soline Morinière indique que ce cas est unique en France, toutes les autres universités ayant conservé leurs collections de moulage.

Nous avons également reçu une lettre de l’adjoint au maire de Saint-Gaudens qui sollicite notre soutien financier pour l’achat du chapiteau du cloître de Saint-Gaudens, vendu 90 000 euros par la Galerie Chenel à Paris (et qui rappelons-le, fut d’abord cédé 40 000 euros dans une vente à Toulouse). L’État, la Région et le Département vont participer à l’acquisition à hauteur de 60-70%, mais la ville a également ouverte une souscription. Guy Ahlsell de Toulza, notre trésorier, insiste sur le fait que la Ville de Saint-Gaudens devra aussi participer à l’achat. Le trésorier invite tout un chacun à répondre de manière personnelle aux souscriptions de l’achat du chapiteau. La question sera évoquée à nouveau pour la prochaine séance.

Pendant l’été, les Mémoires de l’année 2013 ont été publiés grâce à l’activité d’Anne-Laure Napoléone, et de Christian Péligry.
Le Président s’est rendu sur le site de Chiragan dont nous sommes propriétaires à Martres-Tolosane. Il a pu constater que tout est parfaitement entretenu, le chemin, comme les arbres fruitiers qui ont produits en abondances, figues et noix, cette année. On peut juste déplorer l’état des petits panneaux explicatifs présents sur le chemin. Loïc Gojard, adjoint au maire de Martres Tolosane a justement prit contact avec le Président au sujet d’un projet de chemin pédestre Via Garonna, qui doit permettre d’aller à pied de Toulouse à Saint-Bertrand de Comminges en suivant la Garonne, et qui ferait une boucle par Chiragan pour évoquer le site antique. Les membres du bureau sont favorables à ce projet, à condition qu’il y ait une convention signée en bonne et due forme, avec un droit de regard, et la participation de la Société à la rédaction des textes mis en place sur le terrain.
Le Président annonce les soutenances prochaines de deux membres correspondants le 12 décembre prochain : Sarah Muñoz, Célébrer et paraître : évolution du portrait en médaillon sculpté à la Renaissance en France et en Espagne, et Colin Debuiche, Architecture et culture savante à Toulouse à la Renaissance. Enfin il présente l’ouvrage Le Triomphe des Arts, Toulouse au siècle des Lumières, auquel plusieurs membres de la société ont collaboré, et dont la parution a été accompagnée d’un concert à Saint-Pierre-des-Cuisines,

La parole est donnée à Philippe. Gardes pour sa communication sur 15 ans d’archéologie protohistorique en Midi-Pyrénées .

Le Président remercie Philippe Gardes pour cette synthèse sur 15 années d’archéologie protohistorique. Il se pose la question de la terminologie, que doit-on appeler « romain » et « gallo-romain », quand on voit que sur les 15 ans de recherche, on trouve aussi des maisons typiquement romaines, n’étant plus du tout protohistorique. Philippe Gardes explique qu’il a présenté les bâtiments romains car ils sont dans la continuité de l’occupation plus ancienne. Pendant longtemps on a considéré qu’il y avait un hiatus important dans l’apparition de ces maisons romaines, mais pour les sites de Vieille Toulouse et de Roquelaure, on se rend compte que ce n’est pas le cas. La majorité des bâtiments romains ont peut-être aussi été construits par des indigènes (et non des romains). À Roquelaure, on trouve peu d’importation romain et l’essentiel de la vaisselle associée aux bâtiments est indigène, de sorte que ces maisons devaient être habitées par l’élite locale. D’autre part les termes de la chronologie actuelle de l’Antiquité, allant du VIIIe av. n. ère au VIIIe siècle. ap. n. ère, ne fonctionnent plus très bien. La conquête romaine ne provoque en tout cas pas de bouleversement dans l’évolution de l’habitat. Les villes deviennent romaines avec le temps, et avec l’implication des élites indigènes (ce ne sont pas les romains qui imposent le transfert des villes en plaine).
Le Président signale l’ouverture cet été du Musée de Lleida qui présente la part prise par la recherche protohistorique dans la région, montrant des vestiges de murs encore préservés, des maquettes, et un matériel extraordinaire. Est-ce qu’on a moins de choses dans notre région, parce qu’on a moins cherché ? Et ne peut-on déplorer un retard muséographique de notre côté, la recherche sur ces périodes étant encore trop spécialisées, et portées à la connaissance du public avec beaucoup de retard ? Philippe Gardes répond que les sites méridionaux sont en effet moins spectaculaires que ceux du sud des Pyrénées, construits en pierre et donc plus fréquemment visibles. Bernard Pousthomis demande ce qu’il en est des apports des fouilles de la Caserne Niel. Philippe Gardes répond que les apports sont plus quantitatifs que qualitatif (2 ha de surface, beaucoup de mobilier, mais surtout des amphores). Ce site a permis de caractériser le commerce du vin en particulier, mais il n’a pas bouleversé ce qu’on savait sur le fait que cette zone était un des sites à vocation commerciale majeur du réseau méditerranéen.

Au titre des questions diverses, le Président reprend la parole pour présenter l’état actuel de l’« Affaire Saint-Sernin ». Un « Atelier du grand Saint-Sernin » a été ouvert à l’angle de la rue du Taur et de la place Saint-Sernin. Ce lieu n’a pratiquement pas fonctionné de tout l’été, on y a rien exposé, expliqué ou organisé. La première réunion de l’atelier Saint Sernin aura lieu demain, le 9 novembre, mais on a le sentiment que les décisions ont déjà été prises. Le 13 septembre, le Maire de Toulouse a présenté le projet du Grand Saint-Sernin. Une conférence de presse qui a eu lieu en même temps que la grande consultation des riverains, ce qui dit assez la prise en compte de cette dernière ! Le Service de l’urbanisme de Toulouse Métropole, a aussi lancé une vaste enquête sur internet, qui au 15 octobre, comptait une centaine d’interventions, majoritairement opposé au projet actuel.
Le Président a pu expliquer à nouveau la position de la Société archéologique au Maire, il a également adressé un nouvel article à La Voix du Midi. La fontaine que nous avions proposée sur la place de Saint-Raymond est le seul petit détail qui a été retenu, mais les fouilles sont obstinément refusées au motif que cela retarde les travaux et que l’on sait tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet.
C’est entre le printemps et l’été 2016 que ce projet a reçu sa bénédiction de la DRAC sans qu’on sache quelle a été la teneur des débats. Bien que le projet actuel soit loin d’être convaincant, le chantier est supposé commencer en janvier. Aucun plan écrit n’a cependant été transmis pour l’instant en dehors des deux images virtuelles proposées. On ne sait pas comment on va restituer l’emplacement du cloître par exemple, ou ce qu’il y aura au sud de la basilique. En dépit de l’opposition des toulousains à la minéralisation constante de leur ville (voir les travaux de la Daurade, Saint-Pierre, la place du Salin…), et qui aurait comme motivation première la mécanisation du nettoyage du centre ville, c’est un projet semblable qui est prévu à Saint-Sernin. Or la minéralisation ne tient pas compte des problèmes d’humidité de Saint-Sernin. En 1860 les pavés, posés sur du sable ou de la terre, permettaient à l’eau de s’infiltrer naturellement et de ne pas se reporter contre les fondations du monument. Mais les pavés ont été remplacés par de l’enrobé, les trottoirs ont été cimentés, marquant le début des problèmes d’humidité à Saint-Sernin. Pour sauvegarder le monument il faudrait créer un drain très profond au pied de l’église. Or on va ajouter du béton, notamment au pied du massif occidental, où déjà, si l’on regarde la base du mur, on constate la présence de maladies de la pierre liées à l’humidité.
Le Collectif Saint-Sernin s’est activé, avec deux articles d’Alexandre Gady (dans L’estampille – L’objet d’art d’août 2016 et dans Sites et monuments), et l’organisation de visites à Saint-Sernin le 29 novembre prochain (jour de la saint Saturnin) pour présenter le monument mais aussi les enjeux des travaux projetés. La commission Saint-Sernin de la Société archéologique est partie prenante de ce projet, et Maurice Scellès a contribué à composer la plaquette qui sera diffusée. Maurice Scellès ajoute qu’il est important de laisser une trace de notre bataille, même si nous perdons, pour donner à la future municipalité qui reprendra le projet, dans 10 ans ou dans 20 ans, les éléments de réflexion. C’est une plaquette documentée, claire et accessible.
On demande si nous avons contacté le Service Archéologique de la ville de Toulouse. Le Président répond que ce service n’a pas été créé pour faire des fouilles et des aménagements archéologiques mais pour éviter de faire des fouilles. Il insiste, il faut un plan d’ensemble, un schéma directeur, une pensée globale. Sous l’enrobé se trouve directement la couche médiévale, et on ne connaît pas les niveaux historiques autour de la basilique. Le service archéologique ne devait pas faire de faire des fouilles jusqu’au substrat. Dès qu’on trouvait quoique ce soit, on arrêtait les fouilles, pour « conserver les vestiges », l’archéologie étant « destructrice » ! Louis Peyrusse ne peut que constater notre défaite, face à l’enfumage, aux apparences de concertation et aux contournements qui ont été déployés pour ne pas faire de fouilles.

Pour terminer, Marie Vallée-Roche revient sur les Journées scientifiques en Minervois. Sur les traces des wisigoths , organisés les 17-18 et 24-25 septembre 2016. Les interventions qui mêlaient communications des chercheurs et visites sur le terrain, ont connu un grand succès (plus de 600 participants). Le but était aussi de mobiliser les élus locaux et la population quant à l’intérêt d’un petit patrimoine rural peu connu, souvent sujet aux destructions et pour prévenir la suppression des musées de la région (musée de Minerve, musée d’Olonzac).

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