Années académiques 2012 à 2015
COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ANNÉE ACADÉMIQUE 2014-2015
Séance du 14 octobre 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Catalo, Lassure, Peyrusse, Testard, Tollon, le Père Montagnes, Stouffs, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Gilles, Nadal, Queixalós, MM. Chabbert, Mattalia, Penent, Rebière, membres correspondants.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-adjoint, Peligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Lamazou-Duplan, Heng, MM. Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, González, Surmonne.
Le Président souhaite la bienvenue à l’assemblée pour ce début de nouvelle année académique. Il souligne que le programme de l’année s’est révélé très dense et de ce fait délicat à mettre en place, d’autant plus que peu de nos membres acceptent d’intervenir avant le mois de novembre. Le Président a ensuite la tristesse de nous faire part du décès le 18 septembre dernier de M. Maurice Greslé-Bouignol, membre de notre société.
Il signale les candidatures de deux candidats aux postes de membres correspondants, Jean-Pierre Suzzoni et Stéphane Piques, pour lesquels des rapporteurs devront être nommés.
Au titre de la correspondance, la Société a reçu une réponse du cabinet du Ministère de la Culture concernant la sauvegarde de l’ancien palais de Via à Cahors. Dans le courrier est joint une note de Pierre Sicard, représentant de la DRAC dans le Lot, qui salue l’intérêt de notre société pour le palais et précise que les services de l’Etat ont lancé une consultation sur le sujet. La Société reconnaît là un premier résultat qui vient récompenser les nombreuses démarches entreprises en ce sens. Le Président se félicite également de l’abandon par la Mairie de Toulouse du projet de construction de l’Institut d’Études politiques. Prévu au niveau du Bazacle, le bâtiment, haut de plusieurs étages, était contraire au respect de la façade ancienne de notre ville sur la Garonne.
La Société a également obtenu une réponse favorable de la Mairie de Toulouse pour sa demande de subventions, et se voit attribuer 3000 euros au titre du fonctionnement.
Nous avons reçu le nouvel opus du Master professionnel patrimoine de Cahors : C’est l’hôpital qui [ne] se fout [pas] de la charité. Les hôpitaux de Cahors entre assistance et médecine, XIe-XXe siècle, Toulouse, Université Toulouse II-Le Mirail, 2014. Plusieurs programmes nous ont été transmis, notamment sur la tenue d’un cycle de conférences intitulé « les châteaux du Moyen Âge » prévu en 2014-2015 à l’espace Clément Marot à Cahors, ainsi qu’un appel à communications du 140e congrès des sociétés historiques et scientifiques prévu à Reims sur le thème « Réseau et société » (CTHS).
La parole est donnée à nos deux conférenciers Anne Bossoutrot et Jean-Louis Rebière pour une première communication sur « L’église Saint-Pierre d’Ourjout (Ariège) Études et découvertes ».
Le Président remercie les intervenants pour leur présentation complète et précise, qui nous permet de suivre pas à pas les phrases de redécouvertes et de restauration du très bel ensemble d’Ourjout. A la question de savoir si des fouilles archéologiques ont été prévues dans l’édifice ou sur ses abords, les intervenants répondent que celles-ci devraient être menées dans un second temps. Le Président précise que la concentration de marbre dans les parties basses de l’église pourrait être le signe d’un édifice antique antérieur, d’autant plus que cette vallée est très peuplée dès l’Antiquité. Il s’interroge sur l’origine du marbre en question. M. Rebière lui répond qu’il s’agit d’un marbre issu de carrières proches, à 1,5 km du site. Jean-Marc Stouffs demande quelques éclaircissements sur l’analyse de la technique picturale. Il souligne que la présence de caséine n’est pas incompatible avec la technique de la fresque. Concernant une goutte de peinture blanche entourée de couleur qu’avaient relevé les intervenants, il précise qu’il pourrait en fait s’agit d’un grumeau révélateur d’une technique de fresques à la chaux (la couleur y est mélangée avec la chaux, ici visible en blanc).
Henri Pradalier se demande si le fragment d’inscription sous la main du Christ ne pourrait pas être le début de l’inscription abrégée d’Ecclesia, indiquant de part et d’autres de la Crucifixion les représentations de l’Église et de la Synagogue. Concernant les petits motifs de perles blanches sur les vêtements, il signale qu’il s‘agit d’une manière courante de suggérer un décor de fleurs sur les habits (comme à Saint-Pierre d’Urgel sur les apôtres). Au sujet du décor présent sur les ébrasements de la fenêtre d’axe, il précise que des motifs en stuc à peu près similaire existent à Tavèrnoles. Il revient sur l’expression « peintures pyrénéennes » qui doit désormais remplacer celle de « peinture catalane » ; puisqu’en effet le style déployé à Ourjout est bien propre à une région pyrénéenne nord-sud, très différent de ce qu’on peut trouver dans l’est de la Catalogne par exemple.
M. Rebière indique que les similitudes de traitement entre les colonnes de l’entrée du chœur et celles de Saint-Lizier peuvent aussi être dues au lien administratif qui devait exister entre les deux édifices. M. Pradalier confirme qu’on trouve effectivement le même type d’interprétation appauvrie de la sculpture de Saint-Sernin à Saint-Lizier. Il insiste également sur le fait que l’artiste d’Ourjout connaît le Maître de Maderuelo, actif à Taül. Au sujet du zodiaque, il rappelle l’existence du même thème au portail de l’agneau de Saint-Isidore de León et renvoie à l’article de Serafín Moralejo sur la moralisation et la christianisation de ce thème qui doit être considéré en lien avec la lutte contre l’Islam.
Pour Dominique Watin-Grandchamp, le personnage chauve avec des rameaux qui sortent des oreilles ne paraît guère pouvoir être rapproché de la Vierge, mais M. Rebière avoue que s’est la seule hypothèse qui lui paraît possible au regard des quelques lettres de l’inscription encore lisible. Maurice Scellès s’interroge sur une inscription gothique qu’il a cru pouvoir apercevoir au bas de la voûte de l’abside. Anne Bossoutrot répond qu’elle avait également cru y voir du texte, mais l’ensemble est illisible dans le détail et pourrait tout aussi bien être une forme de décor.
Les deux intervenants, Anne Bossoutrot et Jean-Louis Rebière, reprennent à nouveau la parole pour une communication courte sur le « Château Jeune de Bruniquel : les salons du XVIIIe siècle ».
Suite à leur intervention, plusieurs membres de notre société s’indignent de l’état actuel de délabrement des dits salons, qui appartiennent à un édifice classé. Mme Bossoutrot donne d’autres exemples d’édifices classés aux monuments historiques présentant le même état de décrépitude, comme le château de la Salvetat Saint-Gilles. M. Rebière précise que des plafonds peints du XVIIe siècle également en danger se trouvent aussi dans le château à côté du château jeune de Bruniquel. Cette communication suscite un vif débat dans l’assemblée.
M. Scellès constate que cet exemple traduit l’absence de politique générale en matière de restauration. Selon lui, la DRAC finance les travaux à la demande des propriétaires, au coup par coup, mais sans vue d’ensemble, alors qu’il faudrait déterminer au préalable des crédits d’intervention, en particulier pour les cas urgents comme celui-ci. Il renvoie aux expériences fructueuses mises en place dans le Lot, qui semble montrer que le cadre départemental est plus approprié que le cadre régional pour gérer l’ensemble du patrimoine. Enfin il insiste sur le fait que la baisse de moyens dans le domaine de la culture n’exonère pas l’État de sa responsabilité vis-à-vis d’édifices protégés au titre des monuments historiques.
M. Stouffs relève que certains édifices nécessitent aujourd’hui des interventions mineures, de l’ordre de l’entretien, qui ne sont pourtant pas réalisées faute d’une grande lourdeur administrative. Il évoque le bas d’un panneau peint qu’il a lui-même restauré à Bioule et qui est actuellement en train de s’altérer faute de joints étanches à l’extérieur. Il donne aussi le cas de Nogaro, où des infiltrations d’eau apparaissent sur les peintures romanes restaurées de l’absidiole sud.
Louis Peyrusse souligne que le problème vient souvent du fait qu’il s’agit de propriétaires publics qui n’ont ni les moyens ni parfois le désir, d’entretenir leur patrimoine. Dominique Watin-Grandchamp note elle aussi que les élus des communes propriétaires sont souvent peu intéressée par ce type de problèmes et réticents à y engager des moyens.
Le Président invite les intervenants à renouveler les présentations de ce type en nous montrant d’autres cas problématiques au cours des questions diverses à venir. Émilie Nadal propose de répercuter ces exemples sur la page Facebook.
Séance du 4 novembre 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pousthomis, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Catalo, Geneviève, Julien, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Nadal, Queixalós, Charrier, Viers, MM. Mattalia, Séraphin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Heng, Jaoul, Lamazou-Duplan, MM. Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Penent.
Le Président signale, pour commencer, que la journée foraine initialement prévue à Venerque et à Mazères le samedi 15 novembre prochain sera finalement réduite à une matinée consacrée à la visite de l’église puis à la remise au maire d’une médaille pour son action en faveur du patrimoine.
La fondation Bemberg invite la Société à venir voir le tableau de Nicolas Tournier qui vient tout récemment d’entrer dans leur collection.
Notre confrère, Emmanuel Garland, nous écrit au sujet de la salle capitulaire de l’abbaye de Bonnefont, que la communauté de communes aurait entrepris de remonter. Françoise Merlet-Bagnéris témoigne qu’en août dernier, elle avait vu des échafaudages sur le site, mais Nelly Pousthomis nous informe qu’après avoir été alerté, le SRA lui a confirmé que les travaux avaient été arrêtés par la CRMH. On précise que la communauté de communes s’était fondée sur une étude ancienne de M. Voinchet, ancien architecte en chef des Monuments historiques, qui a poursuivi son travail avec la communauté de communes ; et qu’au moment de l’arrêt des travaux ils avaient déjà commencé à remonter le mur-bahut de la salle capitulaire.
On signale encore la parution du catalogue de l’hôtel des ventes Saint-Georges à Toulouse, et une invitation à la présentation public d’Anaïs Comet intitulée « Patrimoines en bastide » à l’abbaye de Flaran le 16 novembre prochain (Conseil Général du Gers).
Le Président donne la parole à Guy Ahlsell de Toulza pour un hommage funèbre à la mémoire de M. Maurice Greslé-Bouignol (1920-2014).
« Maurice Greslé-Bouignol, originaire de Bourgogne, archiviste paléographe, est nommé archiviste en chef du Tarn le 1er septembre 1946 et prend ses fonctions le 1er octobre suivant. C’est grâce à lui que le bâtiment des Archives, rue du général Giraud, construit à une époque où le service n’avait que 2500 mètres linéaires d’archives, voit le jour. Durant presque 40 ans, Maurice Greslé-Bouignol assure l’aménagement définitif des locaux, la gestion des collections, les travaux de tri et de classement, les publications d’inventaires, les inspections communales, ainsi que la publication d’un guide des archives doté d’une bibliographie très étoffée démontrant sa connaissance des fonds d’archives et sa pratique de l’archivistique. Il participe à de nombreuses activités scientifiques et culturelles, y compris sur le plan international. Comme ses prédécesseurs, Maurice Greslé-Bouignol a poursuivi les travaux d’inventaire des archives. Ainsi, les inventaires des séries M et V ont été publiés sous sa direction et les travaux de classement des sous-séries 2 O et 3 P, des archives notariales et de l’hôpital d’Albi ont été entrepris. Mais sa grande œuvre au sein des Archives départementales du Tarn restera la publication du Guide des Archives du Tarn en 1978.
Il est également conservateur des Antiquités et Objets d’Art et à ce titre, il fait les propositions de classement, de restauration et d’inventaire, et est amené à donner un avis scientifique, notamment pour les problèmes archéologiques.
Maurice Greslé-Bouignol a une intense activité scientifique. En tant que directeur des Archives départementales du Tarn, il est membre de droit, ou expert scientifique, de diverses commissions. Il adhère à de nombreuses sociétés savantes ou culturelles, telle que la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du Tarn dont il est le secrétaire. Il collabore à la Revue du Tarn, écrit la chronique bibliographique des périodiques du Tarn pour la Revue d’Histoire de l’église de France. Il est membre du bureau de la Fédération des Sociétés Savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne, secrétaire de la Fédération des Sociétés Intellectuelles du Tarn (FSIT). Il est membre correspondant de la Société des études du Lot, de la Société archéologique du Midi, appartient au Comité d’histoire économique de la Révolution française et au Comité des travaux historiques et scientifiques.
Archiviste et érudit local, il a su faire de son service un centre de recherches et de renseignements très apprécié des lecteurs, du simple généalogiste amateur à l’historien, sans oublier les services administratifs. Après une longue carrière, Maurice Greslé-Bouignol fait valoir ses droits à la retraite le 1er mars 1985 et passe la main à son successeur, Jean Le Pottier, qui prend ses fonctions le 1er juin de la même année. Il rédige pendant sa retraite Les Tarnais célèbres, paru en 2003. Il décède le 18 septembre 2014. Ses funérailles ont eu lieu à la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. »
Guy Ahlsell de Toulza nous parle ensuite de la vente Bacquié-Fonade qui s’est tenue chez Rémy Fournier il y a quelques semaines. Marius Bacquié-Fonade (1854-1910), fondateur de l’association des « Toulousains de Toulouse » et du Musée du Vieux-Toulouse, avait amassé quantité de documents intéressant l’histoire de la ville, et fait de nombreuses copies d’ouvrages rares ou uniques. Sur les 140 lots du catalogue, le bibliothécaire et le président de la Société, en collaboration avec François Bordes et la Bibliothèque municipale, se sont entendus pour acquérir les pièces susceptibles d’être le plus utile aux chercheurs.
Ont été acquis par la Société la copie par Bacquié-Fonade de l’unique exemplaire de Laroche Flavin (1552-1627) sur les Antiquitez Singularitez… de la ville de Toulouse, des guides de Toulouse et de la Haute-Garonne du XIXe siècle et du début du XXe siècle, le Toulouse monumentale et pittoresque de C. Paul et J.-M. Cayla, et l’édition complète des 60 gravures de Mazzoli, deux rares recueils historiques édités par A. Abadie en 1862 (Le trésor des pièces toulousains et Recueil des pièces historiques relatives aux guerres de religion de Toulouse), une notice sur le couvent des Jacobins parue en 1865, un grand plan de Toulouse dressé en 1848 par Vitry dans lequel se trouve pour la première fois le parcellaire antérieur au grands travaux des années 50-60, et enfin l’Histoire des peuples et des États pyrénéens de J. Cenac-Moncaut paru en 1873, pour un budget total de 1290 euros. Le président regrette que les Toulousains de Toulouse n’aient pas pu ou pas voulu saisir l’occasion de cette vente qui concerne la collection de leur fondateur. M. Ahlsell de Toulza précise que les Toulousains de Toulouse lui ont indiqué avoir d’autres priorités (« des toitures à réparer et pas des livres à acheter »).
Deux rapporteurs, Henri Pradalier et Jean Catalo, sont ensuite entendus sur les candidatures respectives de Jean-Pierre Suzonni et Stéphanes Piques. Les deux candidats sont élus au titre de membres correspondants.
Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 14 octobre 2014, qui est adopté. Gilles Séraphin signale que le château de Bioule va faire l’objet de travaux d’aménagement visant à adapter les salles médiévales de ses étages en salles de classe, alors même que ce projet a été jugé inadéquat par l’architecte en chef. Il regrette que l’édifice soit forcé de s’adapter à un programme prédéterminé, quand il devrait être, au contraire, le point de départ de toute réflexion.
Le Président lui donne alors la parole pour une communication sur « La place de l’église et du clocher-porche de Saint-Pierre de Moissac dans l’histoire de l’architecture en Aquitaine ».
Des premières interventions surgissent en cours de présentation. À la question de Dominique Watin-Grandchamp sur la place du massif d’autel dit carolingien de Moissac, l’intervenant répond qu’il ne l’a pas encore pris en considération, puisque celui-ci est dans le chœur de l’église, et qu’il s’est pour l’instant resserré sur l’église du XIe siècle. Il précise qu’à terme, il faudra « scanner » l’ensemble, non seulement de l’église, mais aussi la totalité de l’abbaye.
Louis Peyrusse retient de cette dissection complexe de l’édifice qu’il faudrait en déduire que le portail de 1130 a été plaqué sur un porche daté des environs de 1170. Il s’interroge sur le verrou intellectuel que constitue la datation du portail, et qui ne peut être levé à moins de vouloir réécrire toute l’histoire de la sculpture romane en France et en Espagne. Gilles Séraphin reconnaît que par commodité il a pour l’instant écarté le tympan du reste de son étude du porche. Il souligne toutefois que des problèmes de datation identiques ont surgi à Souillac entre les reliefs sculptés et l’église, à Beaulieu, où le portail de 1135-1140 se situe dans un massif daté de 1180-1190, ou encore à Bourges où l’on remploie des portails de 1160 dans des porches de 1220-1230, autant d’indices qui semblent indiquer que le remploi des beaux portails sculptés serait plus fréquent qu’on ne le suppose. Henri Pradalier demande s’il n’est pas possible d’imaginer que l’ensemble du rez-de-chaussée du porche date de 1130. Gilles Séraphin répond qu’on peut effectivement proposer plusieurs hypothèses : le rez-de-chaussée pourrait dater entièrement de 1130, ou bien de 1170-1180, ou encore il s’agirait d’un patchwork des deux. Il insiste sur le fait que les remplois sont parfois indétectables.
Henri Pradalier rappelle que les remplois dont nous sommes certains sont parfois aberrants. C’est le cas à Souillac, où les sculptures initialement prévues pour l’extérieur sur des ébrasements, ont été placées à l’intérieur dans un pseudo-tympan. C’est aussi le cas à Saint-Jacques de Compostelle, où le portail des Orfèvres est un exemple de remploi désordonné au programme devenu illisible. Si le portail de Moissac est un remploi, il s’agit alors d’un exemple de remploi parfait. Maurice Scellès souligne qu’actuellement on ne considère comme remplois que les remplois visibles, alors même qu’il existe sûrement des remplois invisibles, par définition indécelables. Henri Pradalier reste dubitatif, évoquant le cas de ces tympans qu’on pensait « baladeurs », à Conques ou à Cahors, ce qui a été ensuite invalidé. Par ailleurs, le changement des goûts et de la dévotion entre 1130 et 1160 rendrait impossible selon lui le fait de réutiliser un programme sculpté ancien pour un nouveau projet ; ainsi les sculptures réemployées du Portail des Orfèvres étaient au départ prévues pour un autre portail contemporain. Gilles Séraphin comprend tout à fait ces objections, mais avoue qu’il ne peut concilier ce point de vue avec ce qu’il a constaté sur place. Maurice Scellès fait observer que les chapiteaux du cloître de Moissac sont un exemple de remplois réussis, puisque qu’ils ont été remis en place avec cohérence près de deux siècles plus tard. Mais il souligne qu’il est difficile de stocker et de déplacer de la sculpture sans qu’elle n’en porte aucune trace.
Dominique Watin-Grandchamp rappelle que dans la chapelle de Lemboulari, récemment mise au jour, on a trouvé des marques de tâcherons correspondant à celles du premier étage du porche. Elle cite les recherches de Christian Sapin et Quitterie Cazes, selon lesquels Moissac aurait été prévu, avec son plan et son élévation, de manière précoce, dans l’esprit de Cluny. Gilles Séraphin insiste toutefois sur la discordance entre le rez-de-chaussée et le premier étage du porche.
Michèle Fournié demande si la période considérée (1160-1170) était favorable à des campagnes de construction. Gilles Séraphin répond que les opérations militaires y furent relativement courtes, et contrebalancées par le mécénat actif des Plantagenêt, notamment en faveur des monastères.
L’intervenant termine ensuite sa communication. Le Président remercie Gilles Séraphin pour cette présentation détaillée et revient sur l’énorme problème chronologique qu’elle soulève. M. Pradalier remarque qu’une solution au problème serait de considérer Moissac comme étant, en 1130, à la source de toutes les solutions ensuite adoptées dans l’architecture du Limousin. Gilles Séraphin rappelle que c’était là une des conclusions de la thèse d’Évelyne Proust concernant les sources de la sculpture du Bas Limousin ; mais il constate néanmoins que ce modèle supposé se serait alors seulement diffusé en Limousin et non dans la région de Moissac même. Il lui semble que le modèle est plutôt venu du Limousin vers Moissac, pour éventuellement retourner en Limousin ensuite. Henri Pradalier observe toutefois que Moissac est bien l’édifice relais de Cluny dans le sud-ouest, tandis qu’au sud Toulouse a sa propre zone d’influence. Moissac, monastère phare, a pu fertiliser sur bien des plans (files de coupoles, sculpture) de nombreux édifices venus juste après.
Henri Pradalier revient aussi sur les reliefs de saint Pierre et d’Isaïe à l’entrée du porche. Certes ils ne sont pas tout à fait à la même hauteur, mais ils n’en sont pas moins placés là de manière très cohérente avec le reste du programme sculpté. Pierre est placé en face de Paul (sur le trumeau), et tous deux sont les saints patrons du monastère, tandis qu’Isaïe, est disposé face à Jérémie, et à côté de l’Annonciation dont il est le prophète. Daniel Cazes demande ce qu’il en est désormais de la date des plus anciennes églises à file de coupole, serait-elles finalement antérieures à celle de Saint-Front de Périgueux datée par les textes de 1125 ? Gilles Séraphin répond qu’en plus des files de coupoles, le détail des modénatures est le même à Souillac et à Cahors, or la file de coupoles prévue à Moissac est très proche de celle de Cahors, tandis que celle de Cahors est à rapprocher de celle de Saint-Étienne-de-la-Cité à Périgueux. En fait, selon lui, la chronologie des églises à files de coupoles est en train de s’effondrer vers un rajeunissement généralisé. Dans ce cadre, peut-être faut-il considérer que l’architecture du Limousin a également été datée de manière trop tardive.
Au titre des questions diverses Françoise Merlet-Bagnéris- présente ses recherches sur l’histoire de l’École des Beaux-Arts de Toulouse du XVIIIe au XXe siècle, un travail commandé en 2012 par Yves Robert, directeur de l’École des Beaux-Arts. Le but de ce travail a été d’apporter des informations sur l’évolution de l’enseignement, le type d’étudiants, le contexte économique ou encore les bâtiments de l’École pendant trois siècles. Françoise Merlet-Bagnéris fait passer une liste qui énumère les nombreux changements de noms de l’école au cours des siècles, ainsi qu’une reproduction de la une d’un journal de 1863, date à laquelle l’École a reçu le prix de la meilleure École de France, l’année même du Salon des Refusés. Cette recherche a été accomplie en particulier grâce à l’aide d’Anne Jourdain, documentaliste du fonds ancien de l’École des Beaux-Arts. Un des aspects majeurs de ce travail est de retrouver les anciennes méthodes de dessin, également révélatrices du conflit entre les tenants d’un idéal du dessin (incarné par Ingres), et ceux qui plus tard, promeuvent un enseignement professionnel. Un conflit qui existait encore à l’École des Beaux-Arts dans les années 1975-1980. Alors même que l’enseignement de l’art ancien a disparu aujourd’hui aux Beaux-Arts, ce travail est aussi une manière de renouer avec des méthodes sinon vouées à disparaître.
Le Président salue ce travail en cours, et encourage l’aboutissement de recherches qui sont étroitement liés à l’histoire des Musées de la ville et de notre Société.
Séance du 18 novembre 2014
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Garrigou Grandchamp, Lassure, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Stouffs, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Félix, Vallée-Roche, MM. Chabbert, Penent, Piques, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Heng, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós, MM. Bordes, Garland.
Le Président souhaite la bienvenue à Jean-Pierre Suzzoni et Stéphane Piques, récemment élus membres de notre Société et qui prennent séance ce soir.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 juin 2014 et de celui du 4 novembre dernier, rédigé par Émilie Nadal, qui sont adoptés après quelques corrections de détail.
Notre bibliothèque s’enrichit de deux dons :
– Jean Mesqui, Césarée maritime. Ville fortifiée du Proche-Orient, Paris, Picard, 2014, 376 p. (don de Pierre Garrigou Grandchamp) ;
– À Toulouse, numéro hors série, novembre 2014 : Trésors du patrimoine. L’histoire de la ville racontée aux Toulousains (don de Guy Ahlsell de Toulza).
Le Président signale à l’attention de la Compagnie la Conférence-débat La cristallographie, une clef pour les œuvres d’art ?, organisée par l’Université Paul-Sabatier et l’Académie des Sciences et animée par Guy Ahlsell de Toulza, qui aura lieu à l’Hôtel d’Assézat le 19 novembre.
Il rappelle que notre confrère Laurent Macé soutiendra le 22 novembre prochain, à la Bibliothèque d’Études Méridionales, son Habilitation à Diriger des Recherches de Laurent Macé, sous le titre Auctoritas et memoria. Étude sur les représentations et les pratiques sigillaires au sein de la maison Raimondine (XIIe-XIIIe siècles).
Le Président donne lecture de la lettre que nous a adressée le D.R.A.C. de Midi-Pyrénées concernant l’étude dont va faire l’objet le palais de Via à Cahors, ancienne maison d’arrêt, lettre qui reprend en grande partie les termes de celle de l’architecte des Bâtiments de France reçue à la fin de l’été. Le Président émet cependant un doute sur l’affirmation initiale, selon laquelle la DRAC se serait préoccupée du devenir de l’édifice dès son délaissement par l’administration pénitentiaire.
Pierre Garrigou Grandchamp indique que la journaliste qui avait pris contact avec lui a finalement mis en réserve le sujet, qui n’a pas été retenu dans l’immédiat. Maurice Scellès rapporte que la page Facebook sur le palais médiéval « à vendre » a été consultée mille fois, alors que celle du château de Bruniquel ne l’a été qu’une quarantaine de fois. Le titre y est sans doute pour quelque chose, mais cela confirme, pense-t-il, l’intérêt d’utiliser les moyens de communication que met à disposition l’internet.
La parole est à Jean-Michel Lassure pour une communication sur Un four de carreaux de terre cuite fouillé en 1995 rue Labéda à Toulouse.
Le Président remercie Jean-Michel Lassure de nous avoir fait part de cette découverte jusqu’à présent inédite, et il s’étonne que des carreaux de ce type n’aient pas été trouvés dans d’autres fouilles. Jean-Michel Lassure suppose que c’est en raison du peu d’intérêt que l’on portait à ces carreaux, d’une moindre qualité qu’ailleurs. Ils étaient probablement glaçurés à l’origine, mais ils ne présentent néanmoins qu’un décor très simple, réalisé au moule.
En ce qui concerne les travaux du Théâtre de la rue Labéda, le Président rappelle que c’est l’une de ces fouilles où Toulouse avait l’occasion de conserver des vestiges archéologiques. Mais qu’a-t-on fait ? On a tronçonné la courtine et disposé deux de ces tronçons sur le square Charles-de-Gaulle, qui ont d’ailleurs disparu lors du dernier réaménagement de celui-ci, sans que l’on sache ce qu’ils sont devenus. Quant à la base de la tour, elle a été conservée au sous-sol, mais restaurée d’une façon abominable pour n’être plus qu’un élément de design dans le hall d’entrée du théâtre.
Jean-Michel Lassure précise que si le four a été installé dans la tour, c’est qu’il pouvait profiter des murs existants et que le potier disposait en outre d’assez de place pour son activité. Ce quartier n’a jamais été véritablement bâti, sauf au IVe siècle, et l’installation des potiers à cet endroit a été facilitée par la présence d’argile sur place ; Pierre Salies a mentionné des accords passés par des potiers pour se procurer du bois. Vincent Geneviève croit se souvenir que deux fosses d’extraction d’argile ont été retrouvées lors des fouilles : Jean-Michel Lassure dit qu’il lui faudra revoir les rapports et les minutes des fouilles, et il ajoute que des fosses d’extraction ayant servi de dépotoirs à des potiers ont également été mises au jour dans le quartier Saint-Georges. Puis il souligne combien il est paradoxal que l’on connaisse mieux les productions de Cox et de Giroussens que celles de Toulouse pour la période moderne.
Patrice Cabau fait remarquer que le vocabulaire héraldique ne paraît pas approprié pour décrire le « lion » assez vague qui orne les carreaux, ce dont convient Jean-Michel Lassure.
Maurice Scellès présente une communication brève sur Le château de Fiches, à Verniolle (Ariège).
Le Président remercie notre confrère pour la présentation de son enquête sur cet édifice fort peu connu, dans lequel subsistent deux plafonds à la française peints, dont le premier était attribué à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle mais qu’il convient de dater à nouveau : après 1630.
Guy Ahlsell de Toulza intervient à propos de l’architecture du château et de son plan. Il demande s’il y a des traces archéologiques de l’échauguette restituée à droite de l’élévation nord. M. Scellès répond que la partie supérieure du bâtiment a été ici reconstruite ; l’existence d’une échauguette se déduit par symétrie avec celle de gauche, ainsi que de la présence d’un mur en retour au-delà duquel le mur de façade a été postérieurement prolongé. Pour M. de Toulza, le plan du rez-de-chaussée évoque celui du château de Saint-Geniès-Bellevue, qui montre des dispositions comparables pour l’articulation du vestibule et de la cage d’escalier ; le rejet de l’escalier en situation latérale correspond un parti adopté à partir du second quart du XVIIe siècle. Dominique Watin-Grandchamp, Guy de Toulza et Maurice Scellès commentent ensuite le plan du château de Fiches, qui apparaît comme un ensemble assez composite. M. Scellès précise que la documentation sur cet édifice est bien rare, et que l’acte de l’acquisition de Fiches par Jean de Robert à la fin du XVIe siècle, que semblait connaître notre consœur Jeanne Bayle, n’a pu être consulté.
S’agissant des peintures du premier plafond, M. de Toulza estime qu’elles sont « plutôt du XVIIe siècle » et il note la qualité inégale de la figuration des animaux. Il fait l’hypothèse que les modèles pouvaient avoir été fournis par des ouvrages consultés dans la bibliothèque du propriétaire, alors que M. Scellès pense plutôt à des modèles connus ou bien possédés par les peintres. Il semble bien à Guy Ahlsell de Toulza que le chiffre peint en bleu peut se lire « AR ». Maurice Scellès dit que cela pourrait correspondre à un membre de la famille de Robert, mais la lecture ne lui paraît pas assez assurée.
Sollicité par M. Scellès, Jean-Marc Stouffs indique que les oiseaux du premier plafond ont été en partie repeints au XIXe siècle, lors d’une restauration provoquée par un dégât des eaux, puis il signale que le chien et le loup sont d’une deuxième main et que lapin et la chouette ont été ajoutés ultérieurement.
Au titre des questions diverses, Jean-Marc Stouffs présente la restauration du décor des planches provenant d’un plafond médiéval de Lagrasse, dans l’Aude, achetées par la municipalité et désormais présentées au public avec d’autres planches peintes provenant de l’hôtel des Carcassonne à Montpellier. Jean-Marc Stouffs engage vivement les membres de la Compagnie à se rendre à Lagrasse pour y voir ces décors.
Séance du 2 décembre 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Boudartchouk, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot, Éclache, Queixalós, Vallée-Roche, MM. Macé, Piques, Rebière, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Bessis, Cazes, Heng, Lamazou-Duplan, Nadal, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, Penent.
Invités : Mmes Caille et Berto, de Lombez, Noémie Ollier, Justine Vincent, documentaliste à l’INRAP, M. Éric Tranier.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 18 novembre, qui est adopté.
La correspondance comprend l’invitation par le Président du Conseil général du Lot à la présentation, le 8 décembre, de l’ouvrage Donjons et châteaux du Moyen Âge dans le Lot.
Le Président fait circuler le dépliant, communiqué par Inocencia Queixalós, de l’exposition Le Midi antique. Photographie et monuments historiques (1840-1880), organisée par le musée départemental Arles antique.
Il fait également circuler le nouveau dépliant de présentation de l’ensemble conventuel des Jacobins. Curieusement, on y reconnaît en dernière page une photographie du cloître… des Augustins ! Le plus important est cependant l’aller voir la nouvelle présentation de l’église, laquelle a coûté 3,2 millions d’euros. Le Président dit avoir été pour sa part très déçu par l’éclairage. Le plus dommage est que pour masquer les lampes, on a aussi masqué la partie basse des fenêtres magnifiquement restaurées par Sylvain Stym-Popper.
Le Président signale encore l’inauguration de l’exposition du Musée Paul-Dupuy, Traits secrets. Le portrait, pour laquelle notre Société a prêté une héliogravure représentant Paul Sabatier.
La parole est à Jean-Luc Boudartchouk et Éric Tranier pour une communication consacrée à Saint-Majan de Lombez.
Le Président remercie Jean-Luc Boudartchouk et toute l’équipe qui s’est attachée à cette histoire passablement compliquée, avec beaucoup de sens critique. Il a le sentiment que c’est finalement l’archéologie qui pourrait apporter des éléments sur la réalité de ce saint et sur la chronologie.
Après avoir rappelé qu’il n’a pas été trouvé grand-chose sur la Lombez antique, Dominique Watin-Grandchamp demande s’il n’existe pas de carte plus ancienne que le plan cadastral « napoléonien ». Éric Tranier indique que l’on ne dispose pas de carte ancienne mais que l’on a des compoix.
Dominique Watin-Grandchamp relève que le chemin qui monte à chapelle témoigne d’une fréquentation qui a persisté, et elle se demande si le site ne pourrait être à l’origine une villa, et si le sarcophage de la cathédrale de Lombez ne pourrait en provenir. Jean-Luc Boudartchouk ne le croit pas, alors que le sarcophage semble toujours avoir été dans la cathédrale et que ceux de Saint-Majan proviennent du site lui-même.
Répondant à une question de Michelle Fournié, Jean-Luc Boudartchouk dit que l’on ne trouve pas de sites appelés Saint-Majan en dehors du Biterrois et de Lombez. Puis à Laurent Macé, il répond qu’il n’y a pas de lien direct entre la Gascogne et la forêt de Bouconne, en ajoutant qu’il est intéressant de noter que les noms gascons sont mal orthographiés dans le texte de la Vie de saint Majan.
Patrice Cabau dit qu’il s’est intéressé à saint Majan, parfois qualifié d’évêque, lorsqu’il travaillait à établir la liste épiscopale de Toulouse. Le dossier hagiographique lui était apparu bien problématique, notamment par suite de la complication introduite par les Bollandistes qui ont confondu le saint méridional Majan et le saint breton Méhen (Acta Sanctorum Iunii IV 1707 et BHL 5944-5946). Il est d’accord avec J.-L. Boudartchouk pour les distinguer complètement. Pour autant, son interprétation des documents relatifs à saint Majan de Lombez diffère un peu de celle présentée par son confrère. Les pièces utiles qui nous sont parvenues ont été copiées dans les années 1670 par Claude Estiennot de la Serrée. Il s’agit d’abord d’un texte tiré d’un manuscrit de l’abbaye d’Eysses, au diocèse d’Agen, publié très partiellement en 1733 par Joseph Vaissete et Claude Devic parmi les preuves de leur Histoire générale de Languedoc, sous un titre qui en marque clairement l’organisation : Extrait de la vie, de la translation & des miracles de S. Majan, confesseur ; le schéma ternaire n’apparaît guère dans les notices un peu confuses des Bollandistes (BHL 5945-5946). La date de composition de l’état final de cette pièce peut-être située autour de l’an mil, étant donné que l’auteur y fait le récit d’un miracle dont il déclare avoir été le contemporain et qui met en scène le vicomte de Béziers et d’Agde Guillaume, lequel vivait vers 982-990. Il s’agit ensuite d’un acte de donation tiré des archives de l’abbaye de Saint-Thibéry, au diocèse d’Agde, dont Jean Mabillon a publié en 1680 et 1704 quelques très brefs passages. Les Bénédictins continuateurs de la Gallia Christiana l’ont intégralement édité en 1785, ainsi qu’Émile Mabille en 1875 dans les notes additionnelles de la troisième édition de l’Histoire générale de Languedoc. Dom Mabillon le datait de 793, dom Vaissete et dom Devic de 810, leurs confrères mauristes de 790 ; dès 1872, Mabille a dénoncé un faux. Cette charte supposée, émanée d’un prétendu « Raimundus Raphinel, gratia Dei dux Aquitanorum », contient cependant des éléments fiables concernant le lieu de Lombez cédé à Saint-Thibéry : locum qui appellatur Lumbers, situm in territorio Tolosano, super rivulum Savæ, in quo est ecclesia consecrata in honore genitricis Dei Mariæ, & oratorium non longe positum, in quo requiescit Christi confessor Majanus ; elle paraît avoir été fabriquée au XIIe siècle, peut-être aux alentours de 1125, date à laquelle l’abbé de Lombez Arnaud fit donation à Saint-Étienne de Toulouse de l’église Sainte-Marie de Lombez, cum suis pertinentiis. Pour terminer, P. Cabau signale que deux manuscrits peuvent fournir des informations quant au culte de saint Majan dans le diocèse de Béziers : ce sont un missel du XIVe siècle, et un bréviaire du XVe dont le Propre contient des leçons tirées de la Vie du saint (B.N.F., fonds latin, mss. N.A. 297 et 1059).
Jean-Luc Boudartchouk observe que l’intérêt se porte sur saint Majan vers 890, alors que ce n’est plus le cas en 1125. La Vie du saint est entièrement reforgée, mais en conservant un fond ancien. Patrice Cabau ajoute qu’il est beaucoup plus clair maintenant que les questions sur les deux traditions hagiographiques doivent être traitées au plan régional.
Le Président donne à nouveau la parole à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication brève sur la Bataille du Mont des Couleuvres.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir révélé ce site « historique » puisque mentionné par un texte, et qui mériterait de faire l’objet de fouilles archéologiques. Le morceau de sculpture est en tout cas splendide.
Comme Dominique Watin-Grandchamp relève que le texte fait mention de marbre, Jean-Luc Boudartchouk précise qu’en fait de marbre, il s’agit de calcaire jaune et qui n’a pas été exploité sur le site lui-même. L’hypothèse la plus vraisemblable pour ce site proche de la route est celle d’un petit sanctuaire. Dominique Watin-Grandchamp suppose alors que les témoins voient en fait les ruines et les marbres dont subsiste le fragment de vasque : Jean-Luc Boudartchouk pense que le texte rapporte en effet un témoignage vécu.
Marie Vallée-Roche signale la présence de pierre marbrière dans une zone assez proche du site.
Au titre des questions diverses, Dominique Watin-Grandchamp présente le résultat de ses recherches iconographiques sur les peintures d’un enfeu de l’Hôtel Saint-Jean de Malte.
Le Président la remercie de nous avoir fait partager cette recherche tout à fait passionnante. Sophie Cassagnes-Brouquet ne croit pas qu’il soit nécessaire d’imaginer un commanditaire connaissant le grec, alors que les hospitaliers sont tout à fait susceptibles d’être à l’origine de l’iconographie orientale du saint Christophe. Dominique Watin-Grandchamp s’interroge néanmoins sur la culture de Pierre de Toulouse qui lui semble avoir fait de l’enfeu une affaire très personnelle. Laurent Macé remarque que l’iconographie grecque fait de saint Christophe un saint guerrier, ce qui le cas ni à Toulouse ni à Panjas. Nelly Pousthomis-Dalle souligne que l’hypothèse proposée est en tout cas beaucoup plus convaincante que les précédentes, et qu’il est intéressant que le diable foulé aux pieds puisse être une évocation des errements de Pierre de Toulouse. Dominique Watin-Grandchamp rappelle la vocation de prosélyte de saint Christophe, qui aboie et convertit.
Laurent Macé demande quelles sont les autres représentations connues de ce type et de quelle époque datent les peintures de Panjas (Gers). Dominique Watin-Grandchamp répond que le repérage n’a pas vraiment été fait pour le domaine français ; quant aux peintures de Panjas, elles sont dites du milieu du XIIIe siècle.
Michelle Fournié note que Jacques de Voragine a ignoré le saint Christophe cynocéphale, et qu’il serait intéressant de savoir si des légendiers de la région avaient conservé ce caractère.
Séance du 2 décembre 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Boudartchouk, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot, Éclache, Queixalós, Vallée-Roche, MM. Macé, Piques, Rebière, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Bessis, Cazes, Heng, Lamazou-Duplan, Nadal, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, Penent.
Invités : Mmes Caille et Berto, de Lombez, Noémie Ollier, Justine Vincent, documentaliste à l’INRAP, M. Éric Tranier.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 18 novembre, qui est adopté.
La correspondance comprend l’invitation par le Président du Conseil général du Lot à la présentation, le 8 décembre, de l’ouvrage Donjons et châteaux du Moyen Âge dans le Lot.
Le Président fait circuler le dépliant, communiqué par Inocencia Queixalós, de l’exposition Le Midi antique. Photographie et monuments historiques (1840-1880), organisée par le musée départemental Arles antique.
Il fait également circuler le nouveau dépliant de présentation de l’ensemble conventuel des Jacobins. Curieusement, on y reconnaît en dernière page une photographie du cloître… des Augustins ! Le plus important est cependant l’aller voir la nouvelle présentation de l’église, laquelle a coûté 3,2 millions d’euros. Le Président dit avoir été pour sa part très déçu par l’éclairage. Le plus dommage est que pour masquer les lampes, on a aussi masqué la partie basse des fenêtres magnifiquement restaurées par Sylvain Stym-Popper.
Le Président signale encore l’inauguration de l’exposition du Musée Paul-Dupuy, Traits secrets. Le portrait, pour laquelle notre Société a prêté une héliogravure représentant Paul Sabatier.
La parole est à Jean-Luc Boudartchouk et Éric Tranier pour une communication consacrée à Saint-Majan de Lombez.
Le Président remercie Jean-Luc Boudartchouk et toute l’équipe qui s’est attachée à cette histoire passablement compliquée, avec beaucoup de sens critique. Il a le sentiment que c’est finalement l’archéologie qui pourrait apporter des éléments sur la réalité de ce saint et sur la chronologie.
Après avoir rappelé qu’il n’a pas été trouvé grand-chose sur la Lombez antique, Dominique Watin-Grandchamp demande s’il n’existe pas de carte plus ancienne que le plan cadastral « napoléonien ». Éric Tranier indique que l’on ne dispose pas de carte ancienne mais que l’on a des compoix.
Dominique Watin-Grandchamp relève que le chemin qui monte à chapelle témoigne d’une fréquentation qui a persisté, et elle se demande si le site ne pourrait être à l’origine une villa, et si le sarcophage de la cathédrale de Lombez ne pourrait en provenir. Jean-Luc Boudartchouk ne le croit pas, alors que le sarcophage semble toujours avoir été dans la cathédrale et que ceux de Saint-Majan proviennent du site lui-même.
Répondant à une question de Michelle Fournié, Jean-Luc Boudartchouk dit que l’on ne trouve pas de sites appelés Saint-Majan en dehors du Biterrois et de Lombez. Puis à Laurent Macé, il répond qu’il n’y a pas de lien direct entre la Gascogne et la forêt de Bouconne, en ajoutant qu’il est intéressant de noter que les noms gascons sont mal orthographiés dans le texte de la Vie de saint Majan.
Patrice Cabau dit qu’il s’est intéressé à saint Majan, parfois qualifié d’évêque, lorsqu’il travaillait à établir la liste épiscopale de Toulouse. Le dossier hagiographique lui était apparu bien problématique, notamment par suite de la complication introduite par les Bollandistes qui ont confondu le saint méridional Majan et le saint breton Méhen (Acta Sanctorum Iunii IV 1707 et BHL 5944-5946). Il est d’accord avec J.-L. Boudartchouk pour les distinguer complètement. Pour autant, son interprétation des documents relatifs à saint Majan de Lombez diffère un peu de celle présentée par son confrère. Les pièces utiles qui nous sont parvenues ont été copiées dans les années 1670 par Claude Estiennot de la Serrée. Il s’agit d’abord d’un texte tiré d’un manuscrit de l’abbaye d’Eysses, au diocèse d’Agen, publié très partiellement en 1733 par Joseph Vaissete et Claude Devic parmi les preuves de leur Histoire générale de Languedoc, sous un titre qui en marque clairement l’organisation : Extrait de la vie, de la translation & des miracles de S. Majan, confesseur ; le schéma ternaire n’apparaît guère dans les notices un peu confuses des Bollandistes (BHL 5945-5946). La date de composition de l’état final de cette pièce peut-être située autour de l’an mil, étant donné que l’auteur y fait le récit d’un miracle dont il déclare avoir été le contemporain et qui met en scène le vicomte de Béziers et d’Agde Guillaume, lequel vivait vers 982-990. Il s’agit ensuite d’un acte de donation tiré des archives de l’abbaye de Saint-Thibéry, au diocèse d’Agde, dont Jean Mabillon a publié en 1680 et 1704 quelques très brefs passages. Les Bénédictins continuateurs de la Gallia Christiana l’ont intégralement édité en 1785, ainsi qu’Émile Mabille en 1875 dans les notes additionnelles de la troisième édition de l’Histoire générale de Languedoc. Dom Mabillon le datait de 793, dom Vaissete et dom Devic de 810, leurs confrères mauristes de 790 ; dès 1872, Mabille a dénoncé un faux. Cette charte supposée, émanée d’un prétendu « Raimundus Raphinel, gratia Dei dux Aquitanorum », contient cependant des éléments fiables concernant le lieu de Lombez cédé à Saint-Thibéry : locum qui appellatur Lumbers, situm in territorio Tolosano, super rivulum Savæ, in quo est ecclesia consecrata in honore genitricis Dei Mariæ, & oratorium non longe positum, in quo requiescit Christi confessor Majanus ; elle paraît avoir été fabriquée au XIIe siècle, peut-être aux alentours de 1125, date à laquelle l’abbé de Lombez Arnaud fit donation à Saint-Étienne de Toulouse de l’église Sainte-Marie de Lombez, cum suis pertinentiis. Pour terminer, P. Cabau signale que deux manuscrits peuvent fournir des informations quant au culte de saint Majan dans le diocèse de Béziers : ce sont un missel du XIVe siècle, et un bréviaire du XVe dont le Propre contient des leçons tirées de la Vie du saint (B.N.F., fonds latin, mss. N.A. 297 et 1059).
Jean-Luc Boudartchouk observe que l’intérêt se porte sur saint Majan vers 890, alors que ce n’est plus le cas en 1125. La Vie du saint est entièrement reforgée, mais en conservant un fond ancien. Patrice Cabau ajoute qu’il est beaucoup plus clair maintenant que les questions sur les deux traditions hagiographiques doivent être traitées au plan régional.
Le Président donne à nouveau la parole à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication brève sur la Bataille du Mont des Couleuvres.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir révélé ce site « historique » puisque mentionné par un texte, et qui mériterait de faire l’objet de fouilles archéologiques. Le morceau de sculpture est en tout cas splendide.
Comme Dominique Watin-Grandchamp relève que le texte fait mention de marbre, Jean-Luc Boudartchouk précise qu’en fait de marbre, il s’agit de calcaire jaune et qui n’a pas été exploité sur le site lui-même. L’hypothèse la plus vraisemblable pour ce site proche de la route est celle d’un petit sanctuaire. Dominique Watin-Grandchamp suppose alors que les témoins voient en fait les ruines et les marbres dont subsiste le fragment de vasque : Jean-Luc Boudartchouk pense que le texte rapporte en effet un témoignage vécu.
Marie Vallée-Roche signale la présence de pierre marbrière dans une zone assez proche du site.
Au titre des questions diverses, Dominique Watin-Grandchamp présente le résultat de ses recherches iconographiques sur les peintures d’un enfeu de l’Hôtel Saint-Jean de Malte.
Le Président la remercie de nous avoir fait partager cette recherche tout à fait passionnante. Sophie Cassagnes-Brouquet ne croit pas qu’il soit nécessaire d’imaginer un commanditaire connaissant le grec, alors que les hospitaliers sont tout à fait susceptibles d’être à l’origine de l’iconographie orientale du saint Christophe. Dominique Watin-Grandchamp s’interroge néanmoins sur la culture de Pierre de Toulouse qui lui semble avoir fait de l’enfeu une affaire très personnelle. Laurent Macé remarque que l’iconographie grecque fait de saint Christophe un saint guerrier, ce qui le cas ni à Toulouse ni à Panjas. Nelly Pousthomis-Dalle souligne que l’hypothèse proposée est en tout cas beaucoup plus convaincante que les précédentes, et qu’il est intéressant que le diable foulé aux pieds puisse être une évocation des errements de Pierre de Toulouse. Dominique Watin-Grandchamp rappelle la vocation de prosélyte de saint Christophe, qui aboie et convertit.
Laurent Macé demande quelles sont les autres représentations connues de ce type et de quelle époque datent les peintures de Panjas (Gers). Dominique Watin-Grandchamp répond que le repérage n’a pas vraiment été fait pour le domaine français ; quant aux peintures de Panjas, elles sont dites du milieu du XIIIe siècle.
Michelle Fournié note que Jacques de Voragine a ignoré le saint Christophe cynocéphale, et qu’il serait intéressant de savoir si des légendiers de la région avaient conservé ce caractère.
Séance du 16 décembre 2014
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Laurière, Macé, Mattalia, membres correspondants.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire général, Mmes Balty, Bessis, Friquart, le Père Montagnes, le général Garrigou Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Piques, Suzzoni.
Invitée : Mme Mélanie Chaillou.
Le Président ouvre la séance à 17 heures. Il fait d’abord circuler les diverses invitations reçues par la Société, puis il présente quatre ouvrages récemment parus qui lui ont été offerts pour sa bibliothèque :
– Véronique Lamazou-Duplan (dir.), Signé Fébus, comte de Foix, prince de Béarn. Marques personnelles, écrits et pouvoir autour de Gaston Fébus, Pau, Université de Pau et des Pays de l’Adour, Paris, Somogy, 2014, 224 p. ;
– Nelly Blaya, Nicolas Bru, Le mobilier des églises du Moyen Âge dans le Lot, collection « Patrimoine Midi-Pyrénées », [Toulouse], C.R.M.P., 2014, 124 p. ;
– Gilles Séraphin [et autres], Donjons & châteaux du Moyen Âge dans le Lot, collection « Archives de Pierre », Portet-sur-Garonne, Éditions Midi-Pyrénéennes, 2014, 384 p. ;
– L’empire de la couleur de Pompéi au sud des Gaules, catalogue d’exposition (15 novembre 2014-22 mars 2015), Toulouse, Musée Saint-Raymond, 2014.
Henri Pradalier fait don de cinq livrets de la série « Monuments historiques et objets d’art du Languedoc-Roussillon » édités par la Direction des Affaires culturelles de cette Région.
Le Président remercie vivement auteurs et donateurs de contribuer à l’enrichissement de l’un de nos instruments de travail essentiels.
Il annonce ensuite que notre confrère Laurent Macé vient d’accepter d’illustrer la prochaine séance publique annuelle de la S.AM.F. avec une conférence ayant pour thème « Les comtes de Toulouse au miroir de leurs sceaux ».
Enfin, Daniel Cazes commente les informations concernant les orientations de la politique culturelle municipale contenues dans le dernier numéro du magazine publié par la Ville de Toulouse (à Toulouse, n° 36, décembre 2014-janvier 2015).
La parole est à Patrice Cabau pour sa communication portant sur Le décor héraldique de la « tour des Lautrec » à Vielmur-sur-Agoût (Tarn).
M. Cazes remercie l’intervenant et constate que l’étude de ce décor, découvert en 1992 par nos collègues Dominique Watin-Grandchamp et Guy Ahlsell de Toulza, s’est approfondie au fur à mesure de ses présentations successives. Désormais, la datation du remaniement de la construction médiévale coïncidant avec l’exécution du décor mural peint orné d’une frise d’écus armoriés s’établit autour de 1300. Pour le détail des analyses archéologique et héraldique, Patrice Cabau renvoie au rapport publié cette année, dont un exemplaire a été offert à la Société par l’entreprise d’investigation archéologique Hadès, chargée d’étude par la DRAC de Midi-Pyrénées. Laurent Macé intervient pour signaler qu’il donnera prochainement des précisions sur la crotz ramondenca utilisée par certains membres de la famille des vicomtes de Lautrec.
La parole est à Nicole Andrieu pour sa communication intitulée Château de Montlaur. Panneaux de cuirs dorés.

Photographies : Conseil général de la Haute-Garonne / archives départementales / Bruno Venzac et Guy Jungblut.
M. Cazes remercie l’intervenante et qualifie de « splendides » ces pièces de cuir peint et doré, qui sont peu connues en France, à la différence de l’Espagne et de l’Italie. Il demande s’il existe un inventaire de ce type d’œuvre. Mme Andrieu dit qu’il n’y en pas. Elle signale que ces panneaux, généralement dénommés « cuirs de Cordoue », subsistent en nombre dans nos régions, et elle cite l’exemple d’une église du sud de l’Aveyron, Notre-Dame d’Orient, dans laquelle tous les devants d’autels sont en cuir orné. À une question de Mélanie Chaillou l’interrogeant sur le mode originel de présentation, Nicole Andrieu répond que les pièces de cuir étaient tendues sur des châssis, comme les toiles, pratique assurant aération et donc bonne condition de conservation. Louis Peyrusse s’étant enquis de l’articulation entre panneaux de cuir et boiseries au château de Montlaur, Mme Andrieu déclare qu’on ne peut rien dire à ce sujet, étant donné que la provenance exacte des pièces de cuir qui se trouvent dans ce château demeure inconnue.
Guy Ahlsell de Toulza intervient pour préciser qu’il a existé deux types de cuirs bien distincts : d’une part des cuirs estampés à chaud façon Cordoue ou Mâlines, à décor floral ; d’autre part des cuirs peints historiés, à l’iconographie de tenture, à la manière des tapisseries de cuir d’Écouen. Concernant le second type, Louis Peyrusse évoque les peintures sur soieries ; s’agissant du premier, Martine Jaoul mentionne les reliures estampées des livres du XVe ou du XVIe siècle.
Au titre des questions diverses, un échange de vues s’engage quant au souhait, exprimé par plusieurs membres, de présenter la Société archéologique du Midi de la France au nouveau maire de Toulouse. Le Président conclut en demandant à la Compagnie si elle est d’accord pour qu’une délégation rencontre M. Moudenc. La proposition ayant reçu l’assentiment unanime, Daniel Cazes dit qu’il va rédiger le courrier sollicitant cette entrevue.
Séance du 6 janvier 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Queixalós, MM. Capus, Darles, Mattalia, Penent, Piques, Suzonni, Veyssière, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Haruna-Czaplicki, Heng, Lamazou-Duplan, Merlet-Bagnéris, Nadal.
Le Président ouvre la séance en souhaitant à tous une très bonne année 2015, riche de réalisations personnelles et aussi de nombreuses interventions et communications qui font le plaisir et l’intérêt de la vie de notre Société. Il est d’ailleurs déjà possible de s’inscrire dans le programme de l’année 2015-2016.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 2 décembre dernier, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance. Outre diverses invitations, nous avons reçu une lettre de candidature au titre de membre correspondant de notre Société de M. Pierre Pisani, chef du Service archéologique de Toulouse Métropole, qui sera examinée par le Bureau.
Pour le concours, la seule candidature à nous être parvenue est celle de M. Shun Nakayama, auteur d’une thèse sur l’histoire de notre Société sous la IIIe République, candidature qui ne peut cependant pas être retenue puisque M. Shun Nakayama a déjà été primé par notre Société.
Nous sommes en attente de la réponse à notre demande de rendez-vous avec le Maire de Toulouse.
Le Président signale l’article que La Dépêche du Midi a consacré au sauvetage d’un chef-d’œuvre en péril, le Château des Verrières. En précisant que les travaux sont en cours depuis une bonne année, Maurice Scellès se reproche de ne pas avoir pensé à en informer la Société, alors qu’il passe régulièrement, en voisin, devant le chantier. Louis Peyrusse souligne que la restauration ne concerne que l’aspect extérieur de l’édifice. Henri Pradalier rappelle que lors du réaménagement de l’Hôtel d’Assézat pour l’installation de la Fondation Bemberg, nous avions demandé à occuper les Château des Verrières, ce qui n’a pas été accepté : notre Société aurait conservé les peintures de Bénézet.
À signaler également l’acquisition pour notre bibliothèque, due à la diligence de Jacques Surmonne : La grande généralité de Montauban – Quercy, Rouergue, Gascogne, pays de Foix – sous Louis XIV…, 2 tomes, édition critique et étude par Patrick Ferté, Éditions du CTHS, 2014.
La parole est à Frédéric Veyssière pour une communication sur de Nouvelles données archéologiques sur la carrière de marbre Grand-Antique d’Aubert (Ariège).
Le Président remercie Frédéric Veyssière d’avoir attiré notre attention sur ce site, à l’occasion, hélas ! de la reprise d’exploitation de la carrière. Il dit s’être toujours étonné que ce site tout à fait extraordinaire, et qui a beaucoup de charme, soit à ce point méconnu. Sommes-nous donc aussi peu intéressés par notre patrimoine antique ? Comment n’a-t-on jamais eu l’idée à Aubert de protéger et de mettre en valeur ce site comme on le fait dans toute l’Europe ? Des mesures de protection sont-elles envisagées, au moins sur le front de taille, alors que l’exploitation va reprendre ? Y a-t-il une prise de conscience locale ?
Frédéric Veyssière indique que la carrière appartient aujourd’hui à une société de carriers de Carrare : le marbre sera exploité en petits blocs, leur dimension étant limitée par le passage obligé par le pont sur la Lèze, qui seront traités en Italie pour fabriquer des objets mobiliers. Frédéric Veyssière souligne que le site est aussi un patrimoine naturel exceptionnel, car il s’agit d’une formation géologique rare. Les contacts qu’il a eus sur place ne lui ont pas révélé d’intérêt particulier pour la carrière, ce que regrette le Président en rappelant qu’à l’étranger, de nombreuses personnes s’intéressent au grand antique d’Aubert, l’une des grandes carrières de marbre de l’Antiquité. Daniel Cazes rappelle que la question de la diffusion du marbre noir Grand Antique d’Aubert dans le monde romain finissant (IVe-Ve siècle) a beaucoup intéressé deux chercheurs de l’Université autonome de Barcelone, le professeur d’archéologie et d’histoire de l’art romain Isabel Rodà et le géologue Aureli Alvàrez, qui ont montré que ce matériau très apprécié s’est largement répandu et est parvenu jusqu’en Grèce
En réponse à une question de Pierre Garrigou Grandchamp, Frédéric Veyssière donne des précisions sur la zone d’exploitation prévue, où les fouilles n’ont d’ailleurs révélé que du marbre noir en surface mais qui peut-être se révèlera être de la brèche lors de son traitement en Italie.
Maurice Scellès indique qu’il y a une quinzaine d’années, les derniers carriers français de Caunes-Minervois envoyaient leurs blocs de marbre en Italie où ils étaient sciés en plaques qui revenaient ensuite en France.
Comme Guy Ahlsell de Toulza dit avoir été toujours très étonné de la précision avec laquelle les Romains étaient capables d’identifier des gisements de marbre, Frédéric Veyssière indique que le pont repose sur un affleurement de grand antique, qui était donc repérable dans le lit de la rivière. Des prospections réalisées par l’Université ont par ailleurs signalé quelques traces d’exploitation au bord de la Lèze, mais le grand antique ne peut être présent qu’en un point précis, parce qu’il résulte d’un évènement particulier, un éboulis à l’origine de la formation de la brèche qui le caractérise.
Maurice Scellès voudrait savoir si tout le marbre réputé être du grand antique d’Aubert peut effectivement provenir de cette carrière. Frédéric Veyssière pense qu’il est difficile d’évaluer le volume exploité dans l’Antiquité, d’autant qu’il existe peut-être quelques brèches de ce type dans les Alpes. Le grand antique d’Aubert est cependant très reconnaissable. Pour Jean Balty, il faudrait disposer d’un inventaire sérieux des éléments fabriqués avec ce marbre et retrouvés sur les sites archéologiques. Daniel Cazes dit que, s’il s’agit bien du même marbre, ce sont surtout des colonnes qui auraient été produites, et plutôt à la fin de l’Antiquité ; on en connaît dans des églises, y compris en Grèce. La question de son exploitation sous le Haut-Empire est posée.
Jean Catalo donne l’exemple d’assez nombreux éléments de placage en grand antique d’Aubert, retrouvés dans les fouilles de l’École d’économie à Toulouse. En regard du volume que l’on peut imaginer, la carrière paraît bien petite, d’autant que son aspect actuel résulte de l’exploitation moderne. Frédéric Veyssière répond que la carrière se trouvant plusieurs mètres au-dessus de la Lèze, il faut peut-être imaginer que d’autres exploitations ont été possibles au bord de la rivière. Pour Quitterie Cazes, un inventaire des lieux où a été retrouvé du grand antique d’Aubert serait sans aucun doute très intéressant. Les morceaux mis au jour à Toulouse semblent avoir appartenu à des monuments de grand prix, et l’on pourrait avoir à la fin de l’Antiquité une exploitation réduite mais destinée à des édifices de prestige. Jean Balty dit que c’était là le sens de sa question : à l’échelle de l’Empire, l’exploitation paraît bien limitée, mais elle pourrait se comprendre à une période tardive.
Comme Maurice Scellès remarque que la pile présente un appareil qui ne surprendrait pas un médiéviste, Frédéric Veyssière confirme qu’il s’agit bien d’une pile romaine, de 2,70 m de côté, en maçonnerie pleine et offrant une niche sur un côté.
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza propose une série de photographies prises il y a environ un an, pendant les travaux réalisés à l’Hôtel du Vieux-Raisin.
Il conclut sa présentation en insistant sur la place très importante qui est celle des sculptures de l’Hôtel dans l’art de la Renaissance à Toulouse. Certaines ont déjà été remplacées et d’autres sont dans un état alarmant, au point qu’il faut se demander s’il ne faudrait pas les déposer dans un musée pour en assurer la conservation.
Le Président le remercie de nous avoir fait faire cette visite qui nous a permis d’avoir une idée plus précise de ce très célèbre hôtel de Toulouse, et d’une partie de ses intérieurs. On constate une absence complète de continuité dans les travaux qui montrent qu’il n’y a pas de plan d’ensemble. Il semble que nous ne soyons pas capables de mettre en place des programmes cohérents.
Séance du 6 janvier 2015
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Haruna-Czaplicki, Fournié, Jaoul, Lamazou-Duplan, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Catalo, Garrigou Grandchamp, Geneviève, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Czerniak, Nadal, Jiménez, Viers, MM. Darles, Macé, Mattalia, Penent, Piques, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Balty, Heng, Queixalós, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Boudartchouk, Garland.
Invité : M. Georges Cugulière.
Le Secrétaire général donne lecture des deux procès verbaux des séances précédentes qui sont adoptés après de petites corrections. Le Président rappelle que les procès-verbaux sont mis en ligne au fur et à mesure de leur validation sur le site internet de la Société. Maurice Scellès précise qu’il faut distinguer le procès-verbal de séance de la version mise en ligne qui est une préparation à la publication. Il invite les intervenants à consulter ces procès-verbaux s’ils souhaitent enrichir les informations qui y apparaissent. Le Président ajoute que les procès-verbaux mis en ligne mettent en jeu la crédibilité extérieure de la société, et qu’il faut donc veiller à leur caractère exact. Il rappelle donc aux membres qui n’auraient pu être présents pour la relecture, qu’il leur faut penser à les vérifier en ligne, pour signaler d’éventuelles corrections ou pour faire ajouter une photographie qui viendrait illustrer leur propos.
Concernant le courrier reçu le Président cite l’invitation de M. Christophe Marquez, président de la Société du Patrimoine du Muretain à venir entendre la conférence de F. Bordes, sur l’Histoire de la photographie toulousaine le 19 janvier 2015. Il précise qu’il n’a pas encore reçu de réponse quant à la proposition de la Société de rencontrer le maire de Toulouse, dans le cadre du classement possible de la ville au titre du patrimoine mondial de l’UNESCO. Il rappelle que la cotisation annuelle doit être réglée impérativement dans le premier trimestre de l’année. Enfin il invite tout un chacun à diffuser à nouveau l’appel à candidature pour le concours qui se termine fin janvier, et qui n’a toujours pas reçu de réponse.
Le Président ouvre ensuite l’Assemblée générale. Il commence par la lecture du rapport moral de la Société pour l’année civile 2014 :
Comme chaque année, depuis 1832, le troisième mardi de janvier, votre président doit se plier à l’exercice du rapport dit moral sur les activités de l’année précédente. Dit moral parce qu’il rend compte du respect de nos règles de conduite, définies par nos statuts, d’une part, et d’autre part met l’accent sur ce que nous avons bien ou mal fait ensemble au cours de l’année 2014. Les circonstances atténuantes étant connues, rassurez-vous, le jugement sera moins manichéen.
Notre activité, ce sont avant tout les communications. Le programme en fut dense en 2014 : pas moins de vingt-cinq exposés. Par rapport aux dernières années, un plus grand équilibre s’est établi entre l’Antiquité (cinq sujets), le Moyen Âge (dix) et les Temps Modernes (dix encore). Ces travaux ont concerné sept départements : l’Ariège, le Gers, la Haute-Garonne, l’Hérault, le Lot, le Tarn et le Tarn-et-Garonne.
À ces communications présentées lors de nos séances ordinaires, n’omettons pas d’ajouter la belle conférence donnée par notre directeur, Henri Pradalier, sur les peintures romanes des Pyrénées, devant une salle archi-comble, lors de notre séance publique. Ni la visite du fonds patrimonial de la basse vallée de l’Ariège, à Venerque, sous la direction de notre confrère Louis Latour, et celle, le même jour, de l’église du lieu, sous la conduite de Maurice Scellès et Diane Joy. Enfin, rappelons la visite faite, au musée des Augustins, avec Charlotte Riou, conservateur de ses sculptures, de la splendide exposition « Trésors enluminés, de Toulouse à Sumatra ».
Un grand sujet de satisfaction est la multiplication en 2014 des questions diverses. Elle prouve que notre Société est un lieu d’information et d’échange sur ce qui advient dans notre Midi en matière de Patrimoine. Des questions importantes, souvent inédites, ont été abordées par nombre d’entre nous, de façon détaillée ou brièvement. Nous ne pouvons tout rappeler, mais avons ainsi beaucoup appris sur la découverte d’un tronc-reliquaire paléochrétien à Minerve, les fouilles de Saint-Géraud d’Aurillac, une cuve baptismale sculptée de Miers (Lot), le remontage de la façade de la salle capitulaire de l’abbaye de Bonnefont, le curieux saint Christophe cynocéphale peint sur un enfeu de Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse, le devenir du Palais de Via à Cahors, la restauration de la halle de Grenade, un splendide plafond peint médiéval de Montpellier, la réapparition en vente d’un fragment de pontifical catalan du milieu du XIVe siècle, les découvertes de l’ Hôtel de la Mamye à Toulouse, une statuette de Cérès en argent créée en 1775 par l’orfèvre Vinsac, l’histoire de l’ École des beaux-arts de Toulouse, avant de nous pencher ensemble, avec un humour inévitable, sur d’anciennes photographies de la présentation de nos musées archéologiques de Saint-Bertrand-de-Comminges.
Plusieurs de ces questions ont suscité l’émoi de notre Société, à propos des mauvaises procédures de traitement, de restauration, voire d’abandon de certains monuments ou ensembles muséaux : Bonnefont, Bruniquel, la chapelle de l’Emboulari à Moissac ; à Toulouse : les Jacobins, les sculptures romanes des Augustins, Saint-Sernin et ses abords, les hôtels de la Renaissance, le Quai Saint-Pierre, le monument wisigothique de l’ École d’économie, l’avenir du fonds Jean-Dieuzaide ; à Cahors, le site archéologique de la rue André-Breton et le Palais de Via. Pour obtenir la prise en compte de l’intérêt patrimonial de ce dernier, notre secrétaire général Maurice Scellès et Pierre Garrigou-Grandchamp ont établi un rapport que nous avons joint aux courriers adressés au ministre de la Culture, à la DRAC de Midi-Pyrénées, à l’architecte des bâtiments de France, au maire de Cahors, au président du Conseil général du Lot. Il est permis de croire que notre intervention n’a pas été inutile, puisqu’il nous a été assuré en retour que l’on allait enfin diligenter une étude de cet important palais médiéval.
La Société s’est réjouie par ailleurs de l’extension du musée de l’Arles antique, de la restauration et de l’entretien du portail et du cloître romans de Saint-Trophime dans cette ville, de l’ouverture du musée Soulages et de la donation faite par ce peintre à la Ville de Rodez, des mesures de sauvegarde prises pour le trésor de l’église de Saint-Béat, de l’acquisition d’un portrait de Nicolas Tournier par la Fondation Bemberg…
Lors de notre séance du 16 décembre, il a été décidé qu’une délégation de notre société irait rencontrer le maire de Toulouse pour faire le point sur le patrimoine monumental, muséal et archéologique de cette ville en pleine expansion, et lui proposer expertise et aide éventuelle de notre Société, pour que ce patrimoine bénéficie de plus d’égards et de projets dignes de ce nom. L’ambition de Toulouse étant de demander son classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO, il est temps de se préoccuper du triste état de nombreux monuments, de l’extension des musées, de la sauvegarde et la mise en valeur des vestiges archéologiques.Sans doute faudra-t-il entreprendre cette démarche auprès d’autres communes et responsables patrimoniaux du Midi de la France, pour que notre compagnie renoue pleinement avec ses pratiques, statutaires rappelons-le, du XIXe siècle, qui ont été fructueuses pour la conservation de biens archéologiques et artistiques. Mais ne sous-estimons pas le travail et l’implication que cela demande à tous nos membres, et restons sereins face aux difficultés d’une telle action. Nos prédécesseurs ont connu, certes, des succès, mais aussi de nombreux échecs face à l’indifférence, à l’inculture, aux méandres insondables de la politique et de la bureaucratie.
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Les collections de notre bibliothèque, de nos archives se sont enrichies, notamment grâce à de nombreux membres qui se sont ainsi honorés, sous la vigilance et la haute compétence de Christian Péligry, qui vous fera rapport après moi, et de tous ceux qui l’aident avec un grand dévouement : Jacques Surmonne, Michèle Pradalier-Schlumberger, Geneviève Bessis, Georges Gugullière. Tout cela, c’est bien sûr du travail : rangement, remise en état, reliure, catalogage, échanges, accueil des lecteurs et chercheurs, prêts, et nous les remercions tous bien vivement. La même gratitude est due à Louis Latour, notre ancien bibliothécaire, qui envoie les convocations, recueille les excuses des membres, assure un lien amical avec tous.
Les autres membres de l’actuel Bureau et ceux qui les aident la méritent aussi : Maurice Scellès et Patrice Cabau, nos secrétaires, qui, manquant de temps pour établir, corriger, mettre en ligne sur notre site Internet nos procès-verbaux de séance ou d’autres informations, ont reçu le renfort apprécié d’Émilie Nadal, qui fait vivre la page Facebook de notre Société ; Guy Ahlsell de Toulza, notre irremplaçable trésorier, qui fait tant d’autres choses ; Henri Pradalier, enfin, l’un de nos présidents honoraires, toujours de bon conseil, qui procède à d’utiles relectures et corrections des textes de nos Mémoires. Il faut dire qu’à ce travail a activement collaboré un autre de nos présidents honoraires, Louis Peyrusse. Cela est normal, dira-t-on, puisque, chez nous, les anciens présidents n’ont pas de droit à la retraite. J’en veux encore pour preuve la présence hebdomadaire de Michèle Pradalier-Schlumberger, qui s’occupe des échanges et envois des Mémoires.
Revenons sur le travail de mise en forme et de publication de nos Mémoires, qui est considérable. Un grand merci à Anne-Laure Napoléone, qui, secondée par Jean-Luc Boudartchouk et Maurice Scellès, accomplit, dirige, coordonne cette tâche essentielle. Grâce à eux, le tome LXI a paru à l’automne, et le tome suivant est sous presse.
Concernant l’état de ses membres, notre Société a déploré le décès, le 18 septembre 2014, de Maurice Greslé-Bouignol, directeur honoraire des Archives du Tarn de 1946 à 1985. Trois nouveaux membres correspondants ont été élus : Jean-Louis Augé, Jean-Pierre Suzzoni et Stéphane Piques. Marie Vallée-Roche et Christian Péligry ont été élus membres titulaires, et Lisa Barber membre libre, à sa demande, car elle réside de nouveau en Angleterre. Enfin, lors de l’assemblée générale de janvier 2014, Christian Péligry a été élu bibliothécaire-archiviste, Maurice Scellès et votre serviteur ont été réélus secrétaire général et président.
Quelques mots pour le concours de 2014. Stéphane Piques, pour sa thèse sur « La céramique dans le territoire industriel de Martres-Tolosane » et Marie-Germaine Beaux-Laffont pour la sienne sur « Les entreprises en céramique des Fouque et Arnoux en Midi toulousain au XIXe siècle », ont reçu un prix spécial de notre Société. Le prix Ourgaud a été attribué à Marjorie Guillin, pour sa thèse, intitulée « L’anéantissement des arts en province ? L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse au XVIIIe siècle (1751-1793) ». Les lauréats ont reçu leur prix et une médaille d’argent lors de notre séance publique du 23 mars. Ce concours, en couronnant des travaux novateurs, nous ouvre vers l’avenir, et encore plus lorsque certains des chercheurs couronnés rejoignent ensuite nos rangs, comme ce fut le cas de Stéphane Piques. Par ailleurs, lors de sa journée foraine du 15 novembre, notre Société a remis au maire de Venerque, monsieur Michel Duviel, en présence de madame Hélène Breton, ancien maire de cette commune et vice-présidente honoraire du Conseil régional, sa médaille d’argent, pour saluer l’action de cette municipalité en faveur du Patrimoine.
En ce premier mois de la nouvelle année 2015, nous sommes cent dix pour soutenir et faire vivre notre société, un chiffre dont seraient fiers nos fondateurs. Il montre que nous servons encore à quelque chose, au milieu d’institutions patrimoniales publiques et privées qui se sont multipliées et étoffées depuis le milieu du XXe siècle, et dont on aurait pu croire qu’elles remettraient en cause notre existence. Sans doute notre utilité publique, reconnue en 1850, se trouve-t-elle dans la diversité de nos formations, de nos approches méthodologiques, de nos sensibilités et, surtout, dans notre volonté commune de les confronter, les associer, avec le plaisir de se retrouver régulièrement dans cette salle. Ainsi, pensons-nous pouvoir toujours jouer un rôle, autre, largement ouvert sur tout et vers tous, dans nos disciplines et la prise de conscience patrimoniale. Mais un rôle indépendant, comme nos statuts le requièrent, des pouvoirs et doctrines en vigueur, sans nécessairement les combattre de façon unilatérale et stérile.
Daniel CAZES
Des applaudissements nourris de la salle concluent la lecture du rapport moral.
Le Bibliothécaire-archiviste, Christian Péligry, lit son rapport sur la vie de la bibliothèque. Quitterie Cazes remercie M. Péligry pour son état précis et peu connu de la bibliothèque. Patrice Cabau relève aussi, dans le rapport, la nécessité d’améliorer les outils informatiques pour les bibliothécaires.
Le Trésorier, Guy Ahlsell de Toulza, lit le bilan financier de l’année 2014. Après l’avoir remercié pour la clarté de ce rapport, le Président souligne effectivement que le bilan financier doit être nuancé par la prise en compte des mémoires en retard de publication et du nécessaire renouvellement du matériel informatique. Pierre Garrigou Grandchamp se demande si la Société ne devrait pas penser à utiliser ses fonds pour l’enrichissement de ses collections patrimoniales. Le Trésorier précise que ce fut déjà le cas par le passé, et encore cette année avec l’acquisition de nombreux ouvrages anciens. Virginie Czerniak en profite pour rappeler que la toile peinte du XVe siècle dont elle avait parlé a été remise en vente chez Agut, toujours sans succès pour le moment. Les rapports de l’Assemblée générale sont adoptés à l’unanimité.
On procède ensuite aux élections du directeur, du trésorier et du secrétaire adjoint. Il s’agit en fait de réélections puisque se représentent aux mêmes postes : Henri Pradalier, directeur, Guy Ahlsell de Toulza, trésorier, et Patrice Cabau, secrétaire adjoint. Louis Peyrusse remercie très profondément les membres du bureau pour leur travail mais souligne combien il lui paraît important de laisser la place à la nouvelle génération. Le Président invite tous les membres, sinon à se présenter au Bureau, au moins à s’impliquer dans la vie de la Société, comme ont pu le faire Émilie Nadal ou Geneviève Bessis. Il reconnaît d’ailleurs avoir conscience du problème de représentation du Bureau en termes de parité.
Le Président donne maintenant la parole à Nicole Andrieu pour une communication courte sur « le « Suaire de saint Exupère » de la basilique Saint-Sernin de Toulouse » :
Le « suaire de Saint-Exupère », habituellement conservé à Saint-Sernin, était exposé jusqu’au 19 janvier au Musée du Louvre dans le cadre de l’exposition Le Maroc médiéval. Magnifique exposition qui a le mérite de relancer la recherche sur cette pièce textile, qui depuis sa redécouverte au milieu du 19e siècle, a suscité une très importante littérature, sans qu’il soit possible de retrouver l’origine exacte de cette étoffe ni les circonstances de son arrivée à Toulouse. Il n’est pas question ici de répondre à ces questions, mais de proposer un accord sur sa dénomination.
Tout est venu de deux faits précis : il y a quelques mois, au moment où le dossier de demande de prêt est parvenu à la DRAC, la conservatrice qui en était chargée ne trouvait pas sur la base Palissy la fiche de ce textile ; il y figurait bien mais sous la dénomination « pièce de tissu », terme lié au seul matériau, qui lui avait été attribué en 1897 quand il a été classé parmi les Monuments Historique. Plus récemment, en octobre dernier, quand le catalogue de l’exposition a été publié, la notice de cette « pièce de tissu » y figure sous la dénomination de « chasuble ».
En faisant un petit historique de la redécouverte de ce textile, on constate en effet une certaine incohérence dans sa dénomination. Entre 1897 et 2015, cette pièce de tissu a été successivement nommée : « chasuble », « tissu aux paons affrontés », « chape du roi du roi Robert », « suaire de saint Exupère », « pièce de tissu », « étoffe », etc.
Ce dont l’on peut être sûr, c’est qu’il est lié aux reliques de Saint-Exupère : dans les archives de Saint-Sernin, un texte de 18461 est présenté comme une copie d’un texte de 1582, rappelant la profanation des reliques en 1581, par arrachage de toutes les pièces d’argent qui ornaient le reliquaire. Les bailes de la confrérie décident alors de réparer ce reliquaire et commencent par ouvrir le coffre : « les saintes reliques sont trouvées en 2 paquets couverts d’un certain drap de soie antique ou damas vert à figures à ramages et petits oisillons rouge et bleu et autres diverses couleurs ; ledit damas cousu et replié sembla à plusieurs avoir autrefois servi de chasuble à chanter la messe ».
En 1582, les bailes de la confrérie identifient le tissu de soie, mais comme un damas, alors qu’il s’agit d’un samit2 ; ils n’affirment pas qu’il s’agit d’une ancienne chasuble, mais disent avec prudence que certains d’entre eux le pensent. Fallait-il prendre cela comme une certitude ?
En 1852, ce tissu de soie est présenté à la Société française d’archéologie et c’est le début de l’histoire…Arcisse de Caumont, Charles de Linas publient cette découverte, en reprenant le terme de « chasuble ».
En 1872, Viollet-le-Duc parle de ce textile dans son Dictionnaire raisonné du mobilier français3 : il le date correctement – XIIe siècle –, l’identifie bien comme un samit, d’origine orientale, mais il reprend à son compte la dénomination « chasuble ».
Au XXe siècle, les choses se compliquent encore. Au début des années 1960, Georges Costa, alors inspecteur des MH, s’intéresse à ce textile et décide de faire coudre les deux morceaux principaux et 4 fragments épars pour en faire une sorte de chape. Cette décision entraîne une nouvelle dénomination, « Chape du roi Robert », liée cette fois à sa provenance supposée, la Sicile, en rapprochant les motifs figurés des décors de mosaïque de la chapelle palatine de Palerme.

Cliché J.-F. Peiré, DRAC de Midi-Pyrénées.
Ce sont deux chercheurs du CIETA4 à Lyon, Dorothy Shepherd et Gabriel Vial en 1964, alors que ladite « chape » leur était confiée pour étude qui ont démontré que ce textile était d’origine hispano-mauresque, en le rapprochant d’autres pièces textiles similaires. Pourtant dans cet article, les deux chercheurs soulignent les erreurs de montage des reconstitutions précédentes.
Il faut rappeler qu’à l’origine, il y avait 9 fragments, désignés en 1852, lors d’un inventaire des reliques, comme « des lambeaux de soie ». 3 de ces lambeaux ont été prélevés dans les années 1892-1894 par le marchand Stanislas Baron, qui travaillait beaucoup avec le Musée de Cluny, d’où le fragment qui y est conservé ; mais il a vendu un autre fragment en 1894 au Victoria and Albert Museum de Londres, et le troisième est conservé au Bargello de Florence – ces 3 fragments étaient exposés au Louvre avec la pièce maîtresse.
Il reste donc à Toulouse 6 fragments qui sont restés dans l’état, jusqu’à l’intervention de Georges Costa au début des années 1960. Dans la notice qu’il a consacré à ce textile en 19905, G. Costa emploie la dénomination : « Tissu hispano-mauresque à décors de paons affrontés » et il précise bien qu’il a « paru indispensable de rassembler les deux grands morceaux et les 4 autres fragments, pour éviter leur dispersion, et pour assurer leur présentation cohérente suivant la forme du vêtement liturgique qu’ils avaient jadis constitué. » Vêtement liturgique, pourquoi pas, mais chape plutôt que chasuble, car ce qu’il en reste ne permet pas de reconstituer une chasuble, telles qu’elles pouvaient se présenter aux XIIe-XIIIe siècles. Les chasubles étant alors composées de deux triangles agrémentés de bandes décoratives, appelées « orfrois », alors que la chape est un demi-cercle, lui-même pourvu d’orfrois.
Dorothy Shepherd et Gabriel Vial avaient fait une étude très détaillée et très technique des pièces qu’ils avaient devant eux en 1964. Ils avaient remarqué que les deux grandes pièces ont été tissées à la suite l’une de l’autre et qu’elles constituaient à l’origine un seul tissu. Puis cette pièce unique a été coupée en deux. Mais la réunion des deux pièces montre des défauts. Et ils pensent que si chasuble il y a eu, il n’en reste qu’une partie, et cette partie restante a été utilisée pour envelopper les reliques.
Pour revenir au point départ, les bailes de la confrérie en 1582 ne sont pas unanimes pour désigner une chasuble, et pouvaient-ils imaginer que ce textile où sont tissés en caractères coufiques les mots « Suprême bénédiction», venait de l’Espagne maure ? N’était-il pas naturel que certains d’entre eux pensent immédiatement à une ancienne chasuble ? Mais encore une fois rien ne permet de l’affirmer, et la seule certitude, pour le moment, est qu’il a servi à envelopper les reliques de saint Exupère depuis le XIIIe siècle, comme il est précisé dans ce document de 1846, recopiant celui de 1582, où il était dit avoir été trouvé un parchemin de 1258 le confirmant.
Il serait donc souhaitable que ce vénérable tissu garde sa dénomination « pièce de tissu » en ajoutant peut-être « dite suaire de saint Exupère » avant que les recherches en cours ne permettent de confirmer – ou d’infirmer – la dénomination de chasuble ou de chape.
Nicole ANDRIEU
Notes :
- Archives de Saint-Sernin.
2. Samit : tissu de soie complexe.
3. E. Viollet-le-Duc,Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carolingienne à la Renaissance, Paris, 1872, t. 3, p. 360.
4.Bulletin de liaison du CIETA, Janvier 1965, n° 21, p. 19 à 32.
5. G. Costa, dans Trésors et métamorphoses, exposition Toulouse-Paris, 1989-1990, p. 202-204.
Le Président remercie l’intervenante pour cette présentation qui fait connaître un objet, à la fois parmi les plus précieux de Toulouse, et en même temps parmi les moins connus du fait de sa fragilité. Toujours conservé dans le chapier de la chapelle Saint-Pierre à Saint-Sernin, ce tissu a considérablement souffert depuis le XIXe siècle, période où il s’est vu exposé dans la crypte à la lumière du jour, causant la perte irrémédiable d’une grande partie de ses pigments. L’exposition du Louvre sur le Maroc médiéval en expose plusieurs fragments, mais le morceau du Victoria & Albert Museum est clairement le plus beau d’entre tous grâce à des normes de conservation dès le départ plus rigoureuses. Les connaissances sur ce tissu ont considérablement évolué. Alors qu’on le croyait venu de Sicile, puis de Cordoue, les chercheurs espagnols pensent désormais qu’il s’agirait d’une production espagnole datée de la 1ère moitié du XIIe, attribuable à un atelier d’Almería.
Nicole Andrieu précise que lorsque la demande de prêt est parvenue, les responsables avaient émis un avis très défavorables, du fait de son extrême fragilité. Dans la vitrine du Louvre, il a ainsi été placé directement dans le caisson fabriqué pour son transport. Par ailleurs, un programme d’étude aurait été proposé pour voir comment il sera possible de traiter ce textile, et comment le conserver au mieux. Le président rappelle que lors de la grande exposition de 1992 sur l’Art Islamique à l’Alhambra, ce « suaire » était une pièce majeure de l’événement, particulièrement bien mis en valeur et vers laquelle convergeaient tous les visiteurs. De fait le suaire à lui tout seul mériterait la mise en place d’un Musée de l’œuvre de Saint-Sernin.
Guy Ahlsell de Toulza demande comment le morceau du Victoria & Albert Museum pourrait s’intégrer dans l’état actuel. Nicole Andrieu répond que l’état actuel ne doit pas être pris en compte puisqu’il s’agit d’un montage artificiel effectué par G. Costa dans les années 60 pour éviter la dispersion des fragments, comme cela a été montré par les travaux de Dorothy Sheperd et Gabriel Vial.
Quitterie Cazes remercie Nicole Andrieu pour la reprise de ce dossier palpitant. Elle demande à l’intervenante si la forme de la coupe, ainsi que l’ourlet du « suaire » peuvent apporter des éléments de datation, et s’il existe des équivalents de tissu au mètre du même type et non découpé. Mme Andrieu renvoie aux travaux de D. Sheperd et G. Vial. La largeur exacte du tissu initial du « suaire », tel qu’ils ont pu la reconstituer, est identique à la largeur des métiers utilisés pour ces tissus Al-Andalus. Quant à la datation de l’ourlet, il faut attendre de plus amples recherches.
Louis Peyrusse demande si une dé-restauration du travail de G. Costa a été envisagée, mais Nicole Andrieu répond que le tissu est trop fragile et ancien pour cela. La seule restauration admise a été de placer une doublure beige, plus neutre, au lieu de la doublure noire qui avait été ajoutée au tissu à une date indéterminée.
Quitterie Cazes s’interroge sur le moment de la dispersion du suaire au cours du XIXe siècle. Le tissu a-t-il été découpé et volé ou bien vendu par le clergé ? Nicole Andrieu répond qu’il n’y a pas de détail sur la transaction initiale, mais que le Victoria & Albert Museum est sur ce point beaucoup plus transparent que le Musée de Cluny, en précisant à qui et combien ils ont acheté le fragment. Dans les deux cas, les fragments ont été achetés à Stanislas Baron à la fin du XIXe siècle. Nicole Andrieu répond que les trois fragments en question étaient peut-être déjà sous forme de morceaux. Daniel Cazes précise qu’il n’a jamais pu en savoir plus sur la teneur des échanges entre Saint Sernin et ce marchand.
Le Président invite la Compagnie à se retrouver dans la salle de lecture, autour du verre de l’amitié et de quelques galettes.
Séance du 3 février 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Fournié, Jaoul, Napoléone, MM. Boudartchouk, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Cassagnes-Brouquet, Joy, M. Mattalia, membres correspondants.
Excusés : M. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Andrieu, Balty, Bossoutrot, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Queixalós ; MM. Balty, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Geneviève, Lassure, Penent, Rebière, Roquebert, Tollon.
Le Président ouvre la séance à 17 heures et commence par rappeler la date de la prochaine séance publique de notre Société, qui se tiendra le dimanche 22 mars 2015 à 16 heures dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat. Après avoir déclaré que la présence des membres de la Compagnie était très vivement souhaitée, Daniel Cazes demande que tous se mobilisent en communiquant les noms et adresses des personnes à inviter, en diffusant cartons et affichettes…
Le Président fait état de la correspondance manuscrite, qui comprend notamment :
– la réponse du maire de Toulouse, datée du 9 janvier 2015, à notre courrier du 17 décembre 2014 sollicitant la réception d’une délégation de la S.A.M.F. ;
– les bons vœux adressés par notre consœur la Société des Études du Comminges ;
– une lettre de candidature au titre de membre correspondant émanée de M. Christian Landes, dont la demande sera examinée par le Bureau.
Le Président fait le point sur le concours, pour lequel deux travaux ont été communiqués :
– Angeline Bonnet, Le mobilier du château de Reynerie : une commande de Guillaume Dubarry à la fin du XVIIIe siècle, mémoire de Master 1 soutenu en juin 2014 à l’Université Toulouse – Jean-Jaurès, 177 p. ;
– Eneko Hiriart, Pratiques économiques et monétaires entre l’Èbre et la Charente (Ve s. – Ier s. a. C.), thèse de doctorat en archéologie soutenue le 17 septembre 2014 à l’Université Bordeaux-Montaigne, trois volumes (I, texte, 576 p. ; II, planches de figures, 129 p. ; III, catalogue des monnaies à la croix, 87 p.).
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 20 janvier dernier, rédigé par Émilie Nadal, qui est adopté à la suite de diverses remarques.
La parole est à Sophie Cassagnes-Brouquet pour une communication intitulée Riches et puissants. La domination d’un groupe artistique au sein d’une société urbaine : les orfèvres de Toulouse à la fin du Moyen Âge.
[Résumé à insérer.]
Le Président remercie notre consœur pour une évocation riche et dense du milieu des orfèvres toulousains du XVe siècle. Les apports de son travail sont considérables tant pour les noms des artisans ou artistes que pour leurs œuvres, les commanditaires, les contrats… Daniel Cazes pose la question de ce que l’on sait pour les époques plus anciennes, qui ont produit les châsses de Grandselve, de Saint-Sernin, la Vierge de Roncevaux.
Sophie Cassagnes-Brouquet répond qu’on se heurte concernant ces ouvrages à un problème de documentation. Le poinçon ne fait son apparition à Toulouse qu’à partir du statut du métier rédigé en 1466. Avant le XVe siècle, il ne se trouve quasiment rien dans les sources écrites. Le métier d’argentier ou d’orfèvre, considéré comme « le vrai métier supérieur », a produit des quantités d’objets très variés, comme le montre la consultation de la base Palissy. Il y a là matière à une grande exposition, qui montrerait la richesse de ces productions, plus grande que ne le laissent supposer les commandes ; ce projet serait nécessairement le résultat d’une recherche collective. Il existe peu d’études sur les régions françaises et sur la nôtre en particulier.
Maurice Scellès signale qu’il serait aisé de compléter les inventaires généraux par des contacts avec les conservateurs des antiquités et objets d’art (C.A.O.A.). Quitterie Cazes note que l’on retrouve dans le domaine de l’orfèvrerie le problème des pièces recensées, mais non étudiées.
Louis Peyrusse suggère que l’institution des Jeux floraux peut fournir des éléments pour le XIVe siècle et les suivants. Il s’enquiert ensuite des titres requis pour les métaux, en-dessous desquels les pièces insuffisamment titrées devaient être brisées. Mme Cassagnes-Brouquet indique les normes de 10 sterlins pour l’argent et de 18 carats pour l’or.
Michelle Fournié note que les commandes enregistrées dans les archives des notaires ont pu donner lieu à des mentions dans d’autres types de sources, tels les testaments, les comptes des confréries. Mme Cassagnes-Brouquet dit qu’il lui reste à dépouiller cette documentation.
Une question de Mme Fournié concernant les mentions de « cristal » et de « verre » utilisés dans la confection des reliquaires donne lieu à un échange de vues entre elle, Sophie Cassagnes-Brouquet, Louis Peyrusse et Maurice Scellès. Il en ressort que ces termes peuvent être synonymes.
Guy Ahlsell de Toulza intervient en citant l’exemple d’une croix réalisée à Toulouse au XVIe siècle dont les quatre segments sont constitués de barres de cristal de roche, puis il demande des explications sur le graphique chronologique projeté pendant la communication. Mme Cassagnes-Brouquet précise que les numéros portés horizontalement correspondent à ceux des décennies.
Quitterie Cazes signale que la commande de la châsse de saint Jacques en 1492 [1494] fait logiquement suite à la « découverte » de reliques de l’apôtre dans l’église Saint-Jacques de Toulouse en 1491. De même, la commande de la châsse de saint Éloi vers 1466/1487 devrait être en relation avec la contruction de la chapelle placée sous son invocation dans l’église des Jacobins. Daniel Cazes dit qu’il faudra consulter à ce sujet le dernier ouvrage de Maurice Prin.
Mme Cazes ayant fait observer que les commanditaires fournissent souvent des modèles, Sophie Cassagnes-Brouquet déclare que ces mentions sont « transtemporelles ». Guy Ahlsell de Toulza note que les dessins allemands, notamment ceux d’Albrecht Dürer, ont souvent servi de référence, puis il compare le quartier des argentiers toulousains (autour de l’actuelle rue Gambetta) au grand bazar d’Istamboul, où le regroupement des activités leur procure une plus grande sécurité. Mme Cassagnes-Brouquet abonde en ce sens : la concentration géographique des argentiers correspondait à une mesure nécessaire d’auto-protection ; de plus, ainsi qu’elle a pu le constater pour Londres, dont elle a pu bien étudier le cas, le métier s’était localisé près du pouvoir, ici municipal, non loin de la Maison commune (devenue le Capitole).
De son enquête à Toulouse, il ressort notamment que la profession y était particulièrement unie : beaucoup d’entraide, de liens d’amitié – ce qui bien sûr n’excluait pas quelques procès. Sophie Cassagnes-Brouquet termine en précisant qu’elle est parvenue à établir des tableaux de prix, que le paiement de la main-d’œuvre se faisait sur la base du marc d’argent travaillé, et que la zone de chalandise des argentaires toulousains s’étendait dans des limites assez nettes, dessinées par les aires d’influence respectives des orfèvres de Montpellier et de Bordeaux.
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Au titre des questions diverses sont abordés les problèmes relatifs au réaménagement de la place Saint-Sernin. La réorganisation de l’espace entourant un monument emblématique de Toulouse, envisagée depuis longtemps, vient de connaître un regain d’actualité avec un projet de la nouvelle municipalité. La presse locale s’en est fait l’écho : articles parus dans la Dépêche du Midi du 6 novembre 2014 et dans la Voix du Midi quelques jours plus tard. Les opérations impliquées par le remodelage de ce site majeur emportent nécessairement des conséquences archéologiques qui n’ont pas été appréciées justement, ou simplement pas prises en compte.
Rappel est fait des institutions publiques compétentes en l’espèce : l’Institut national de la Recherche archéologique préventive n’est pas habilité à agir à Toulouse ; le Service régional de l’Archéologie est seul fondé à y intervenir. Maurice Scellès précise que, sur le plan de la procédure, la Direction régionale des Affaires culturelles n’agira que sur la base du dossier soumis par l’aménageur : en clair, la Ville de Toulouse devra consulter le S.R.A. pour obtenir son avis. Quitterie Cazes remarque qu’il s’agit là d’une démarche toute théorique, qui pose dans le cas précis un problème d’articulation avec une autre Administration, celle des Monuments historiques, laquelle dépend également de la DRAC.
Louis Peyrusse note que le projet signé par l’architecte urbaniste catalan Joan Busquets, qui comporte une évocation de l’emplacement de l’ancien cloître roman par des créations d’art contemporain, « fait la part du feu ».Plusieurs interventions dénoncent alors l’absence d’étude historique véritable menée préalablement au projet présenté. Daniel Cazes signale que M. Busquets est intervenu de manière exemplaire à Barcelone en remodelant le quartier du marché du Born : le site a été fouillé intégralement, les vestiges du sous-sol conservés et restitués en surface par un marquage au sol. Le site de Saint-Sernin mérite un tel traitement.
M. Cazes rapporte ensuite qu’il a participé récemment à une réunion des Services de la Ville au cours de laquelle il est intervenu pour dire toute l’importance de Saint-Sernin, tout l’enjeu que constituent le monument et son site. M. Joan Busquets, exceptionnellement présent, s’est montré particulièrement intéressé par ces explications, desquelles il a manifestement beaucoup appris. L’architecte catalan a dit à notre Président qu’il était disposé à revoir son projet en tenant compte des éléments dont il n’avait jusque-là pas eu connaissance.
Maurice Scellès est d’avis que notre Société prenne publiquement position en adoptant une motion, à élaborer pour l’une de nos prochaines réunions.
Séance du 24 février 2015
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Présents : MM. Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général ; Mmes Haruna-Czaplicki, Labrousse, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Félix, Jiménez, Queixalós, Ugaglia, MM. Capus, Macé, Mattalia, Penent, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Président, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mme Lamazou-Duplan, MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Gonzáles Fernández.
Invités : Mmes Prissyla Deschaumet, Noémie Dubruel, Valérie Dumoulin, Claire Navarro, Axelle Saury, MM. Dominique Alsina, Félix, Jean-Pierre Suau.
La Compagnie se retrouve au Musée Saint-Raymond pour la visite de l’exposition L’Empire de la couleur. De Pompéi au sud des Gaules. Elle y est accueillie par Évelyne Ugaglia, conservatrice en chef du musée. Il nous faut excuser Mme Alexandra Dardenay, qui ne pouvait être à Toulouse ce soir, et c’est Pascal Capus, co-commissaire de l’exposition qui conduira la visite.
Évelyne Ugaglia rappelle les origines du projet qui a abouti à cet évènement unique, sur un sujet jamais vraiment traité. L’exposition, qui met en scène une réflexion scientifique très élaborée, a bénéficié de prêts exceptionnels du Musée du Louvre et du Musée de Naples et rassemble un ensemble tout aussi exceptionnel d’œuvres du sud de la France.
L’exposition est introduite par un panneau peint par deux restauratrices, Mmes Aude Aussilloux et Maud Mulliez. Mme Aude Aussilloux détaille pour la Compagnie les conditions et les apports de cette réalisation expérimentale et des sept mois de recherches et d’essais qui l’on précédée. Les questions portent sur les pontate, les pigments, la peinture à fresque…
Pascal Capus présente ensuite chacune des œuvres des différentes sections de l’exposition, en rappelant le contexte de leur découverte et en situant chacune d’elles par rapport aux modes successives que connaissent les décors muraux ainsi que dans les relations entre l’Italie et le sud de la Gaule.
Le Directeur remercie Pascal Capus de nous avoir présenté avec beaucoup de brio et de clarté cette exposition magnifique.
Séance du 3 mars 2015
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Haruna-Czaplicki, Fournié, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Boudartchouk, Garland, Garrigou Grandchamp, Geneviève, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Nadal, MM. Macé, Penent, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Cazes, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Chabbert, González Fernández, Surmonne.
Avant de débuter, le Président rappelle à tous que la séance publique du dimanche 22 mars n’empêche pas la tenue des séances normales, les mardis 17 et 31 mars. Il invite chacun à diffuser autour de lui les documents qui font la publicité de la séance publique.
Au titre du courrier reçu, le Président signale une lettre du président de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat, qui célèbre ses vingt ans d’existence.
L’INRAP nous propose de nous associer aux Journées nationales de l’archéologie, qui auront lieu cette année les 19-21 juin. Nous avions souhaité y participer l’année dernière, mais le délai était trop court, et c’est encore le cas. Pour l’année prochaine, il faudrait l’inscrire à notre programme dès le début de l’année académique.
Parmi les invitations, il fait plus particulièrement retenir la tenue d’un cycle de conférences sur l’histoire de Toulouse, organisée par le laboratoire TRACES dans les locaux de la DRAC entre le 11 mars et le 20 mai.
Le Président indique par ailleurs que l’adjoint au maire de Toulouse, M. Francis Grass, lui a confirmé avoir prix bonne note de notre demande de rendez-vous, il y a de cela trois semaines.
L’ordre du jour appelle la présentation des rapports pour le concours, qui n’a recueilli cette année que deux participations.
Maurice Scellès rend compte du mémoire présenté par Mme Angeline Bonnet, consacré au mobilier du château de Reynerie (fin du XVIIIe siècle) et réalisé à l’Université de Toulouse Jean-Jaurès sous la direction de Pascal Julien.
Vincent Geneviève donne lecture de son rapport sur la thèse de doctorat d’archéologie d’Eneko Hiriart :
Eneko Hiriart a soutenu le 17 septembre 2014, à l’Université Bordeaux Montaigne, une thèse de doctorat en archéologie intitulée « Pratiques économiques et monétaires entre l’Ebre et la Charente (Ve s. – Ier s. a.C.) » sous la direction de Katherine Gruel et Francis Tassaux. C’est ce travail magistral, salué par la mention très honorable avec les félicitations du jury, que l’auteur propose cette année pour le prix Gustave de Clausade.
Depuis les travaux de Richard Boudet et son décès brutal en 1992, aucune étude actualisée d’une telle ampleur consacrée à la numismatique celtique n’avait vu le jour dans le Sud Ouest de la France. Face à l’importance du cadre géographique et à la quantité de matériel disponible – et sans compter la difficulté du sujet à traiter ! – se lancer dans une telle entreprise était osé, voire presque téméraire pour un jeune doctorant. Mais Eneko Hiriart a réussi à dépasser ces obstacles et repousser ces limites.
Conscient que la monnaie constitue une manifestation parmi d’autres des sociétés passées, il sollicite les sources historiques, littéraires, économiques, ethnologiques, métallographiques, épigraphiques ou encore archéologiques avec justesse pour mieux développer son sujet. Fort d’un corpus constitué de plus de 80 000 monnaies de sites et de trésors, toutes référencées dans deux bases de données numismatiques et archéologiques, Eneko Hiriart analyse les prémices du monnayage depuis le Ve siècle av. J.-C., puis son apparition, en dehors des Cités grecques dès le IIIe siècle et la circulation monétaire tant dans le Sud Ouest de la Gaule que dans le Nord Est de la péninsule Ibérique. Son étude se poursuit jusqu’à la conquête césarienne et la réforme monétaire d’Auguste annonçant enfin le passage de la monnaie celtique à la monnaie romaine.
À la qualité de l’écriture l’auteur associe celle de l’illustration. De nombreuses cartes en couleur, d’une grande précision, agrémentent la rédaction ainsi que de multiples restitutions graphiques, de portraits ou d’hypothèses sur la fabrication monétaire, toutes de sa main et réalisées avec talent.
Et comme si ce travail ne suffisait pas, Eneko Hiriart a profité de cette étude magistrale pour affiner et proposer un nouveau classement des monnayages d’argent à la croix. L’exercice est ambitieux car il vient s’ajouter à plusieurs tentatives de même type déjà publiées mais qui s’avèrent toujours incomplètes ou insatisfaisantes. Si de telles initiatives provoquent rarement l’unanimité, il convient maintenant aux numismates régionaux d’éprouver au fur et à mesure des découvertes à venir cette nouvelle proposition pour en apprécier la pertinence et le fondement. L’avis du professeur Labrousse sur ce sujet aurait été des plus intéressants.À n’en pas douter, cette thèse constitue déjà un ouvrage de référence, tant pour le numismate que pour l’historien, et qui sera certainement publié sous peu, du moins elle le doit et nous l’espérons vivement ! La qualité générale de ce travail mérite largement d’être récompensée par le prix Gustave de Clausade, pour soutenir un peu plus l’engagement et les efforts de ce jeune chercheur qui fera assurément encore parler de lui dans les années à venir.
Vincent GENEVIÈVE
En réponse au Président, Vincent Geneviève confirme qu’il s’agit d’un travail tout à fait considérable, sérieux et rigoureux. La recension et l’analyse des monnaies représentent déjà une somme considérable, et l’auteur propose en outre un classement des monnaies à la croix. Répondant à une question de Louis Peyrusse, Vincent Geneviève dit que la circulation des monnaies d’or, d’argent et de bronze, qui est en effet étudiée sur les deux zones de diffusion, montre une réflexion juste et une parfaite maîtrise du sujet. S’il n’y a pas de bouleversement des connaissances, la thèse apporte par exemple des confirmations sur la circulation des monnaies d’or au sud et au nord de la Garonne et affine les origines.
En constatant l’importance numérique du corpus, Pierre Garrigou Grandchamp demande si l’ensemble fera l’objet d’une base de données accessible à tous. Pour Vincent Geneviève la question de la diffusion de l’ensemble du corpus pourrait trouver une solution lors de la publication, peut-être sous la forme d’un CD joint. L’auteur continuera sans doute à enrichir sa base de données. En fait, il existe de multiples bases de données constituées par les chercheurs mais pas de base de données nationale.
La discussion est facilement conclue par l’attribution du prix Gustave de Clausade, accompagné d’un chèque de 1000 € et d’une médaille d’argent, à M. Eneko Hiriart.
La parole est à Hiromi Haruna-Czaplicki pour Quelques observations sur la représentation du Christ mort dans l’enluminure toulousaine aux alentours de 1400.
Le Président remercie notre consœur pour cette communication très suggestive par toutes les comparaisons proposées, y compris avec la sculpture.
Laurent Macé remarque que le collier de corail peut évoquer la passion du Christ mais qu’il a aussi les vertus d’un talisman pour protéger l’enfant, ce dont convient Hiromi Haruna-Czaplicki. Pour Emmanuel Garland, les deux significations se sont nourries l’une l’autre. Le collier de corail de la Vierge est une constante tout au long du Moyen Âge.
Emmanuel Garland voudrait revenir sur quelques points de l’iconographie. Dans la scène de la Nativité, la servante témoigne de la virginité de Marie, et elle est souvent reconnue comme sainte. Les étoiles sur le voile de Marie, qui se trouvent sur toutes les icônes byzantines, représentent la puissance de l’Esprit. Quant à la Crucifixion entre les deux larrons, elle existe dans la région, à travers des groupes en bois par exemple, avec des représentations du même type, les bras des larrons attachés derrière la croix. Plus on avance dans le temps, et plus les valeurs méditative et narrative de la scène se mêlent. Hiromi Haruna-Czaplicki partage ce point de vue, puis elle reprend comme exemple une enluminure dont la valeur est d’abord narrative.
François Bordes propose d’augmenter le corpus déjà très important de notre consœur et il montre une enluminure de l’Évangile d’un registre matricule des notaires, du milieu du XIVe siècle, qu’Hiromi Haruna-Czaplicki juge en effet assez proche. Dominique Watin-Grandchamp pense qu’il faut y ajouter une peinture du début du XVe siècle, située au-dessus d’une sépulture à l’Hôtel Saint-Jean, malheureusement très abîmée mais intéressante.
Patrice Cabau s’interroge sur l’origine de l’attribution de la commande du Christ en croix des Jacobins au cardinal Gaudin, mort avant 1350, si l’œuvre est datée des environs de 1385. Hiromi Haruna-Czaplicki rappelle que l’attribution est due à Jules de Lahondès, et Daniel Cazes évoque des publications récentes qui montrent qu’il n’y a pas d’accord sur la datation de l’œuvre.
La parole est à Émilie Nadal pour une communication sur des Fragments d’un manuscrit toulousain inédit.
Le Président remercie Émilie Nadal pour cette belle communication qui nous a permis d’apprécier la qualité du travail du miniaturiste, et il la félicite de sa contribution inédite et particulièrement complète.
En réponse à une question de Laurent Macé, Émilie Nadal précise que les feuillets appartenant à Guy Ahlsell de Toulza proviennent du Temporal.
Guy Ahlsell de Toulza raconte que ces enluminures, qu’il tient de ses arrière-grands-parents, étaient présentées dans un grand cadre, ayant été auparavant collées dans un album. Il les a fait restaurer en feuillets indépendants, tels qu’ils ont circulé parmi les membres qui ont ainsi pu les examiner pendant la communication d’Émilie Nadal. Guy Ahlsell de Toulza dit avoir été très surpris en apprenant qu’ils provenaient d’un manuscrit conservé au Fiztwilliam Museum de Cambridge, et il pense qu’ils y retourneront à terme, car il est toujours dommage de dépecer une telle œuvre.
Michelle Fournié déclare avoir été passionnée par les deux communications, qui lui confirment l’intérêt du futur colloque de Fanjeaux, consacré cette année aux manuscrits enluminés. Nos connaissances continuent à s’enrichir grâce à nos deux consœurs. Michelle Fournié fait ensuite observer que Germier ne figure pas toujours dans les calendriers toulousains, et que sa présence nous orienterait vers le quartier de la Dalbade où ses reliques étaient conservées ; en revanche, le corps de saint Papoul était à Saint-Sernin. Quant à Antoine de Lonhy, on sait depuis l’étude de Philippe Lorentz que son séjour à Toulouse est assez court, de deux ans environ ; il apparaît probablement dans la comptabilité de Saint-Sernin où l’on a relevé un nom un peu bizarre, que Michelle Fournié croit être celui de Lonhy. On aurait donc des artistes influencés par Lonhy, ce que pense en effet Émilie Nadal.
Patrice Cabau remarque la présence, dans le Sanctoral, de saint Vincent Ferrier, dont la canonisation intervient dans les années 1455-1460. Or le calendrier est remanié et à peu près fixé quand l’archevêque Bernard du Rosier réorganise la liturgie : il pourrait être intéressant de croiser les informations.
L’intérêt que Laurent Macé porte aux armoiries où figurent des tuyaux d’orgues, et qui sont probablement celles du commanditaire, provoque une discussion à laquelle participent plusieurs membres. Patrice Cabau rappelle que Bernard du Rosier a fait construire dans sa cathédrale des orgues extraordinaires, et que l’on peut donc considérer que les armoiries du manuscrit sont dans l’ambiance du temps. Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que si nous avons un bail pour la construction de ces orgues, le mot employé pour désigner les tuyaux y figure peut-être et qu’il pourrait nous éclairer sur le nom du commanditaire si ses armoiries sont des armes parlantes.
Au titre des questions diverses, Jean-Luc Boudartchouk présente à la Compagnie deux fibules ansées wisigothes, appartenant à la collection de M. Neveu, à Caussade.
Le Président remercie Jean-Luc Boudartchouk et confirme qu’il s’agit là de pièces extraordinaires en raison de leur rareté et de leur remarquable état de conservation.
Séance du 17 mars 2015
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Présents : MM. Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Vallée-Roche, MM. Balty, Garland, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, MM. Corochano, Mattalia, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Président, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Bessis, Cazes, Fournié, Pradalier-Schlumberger ; MM. Bordes, Boudartchouk, Chabbert, Garrigou Grandchamp, Penent, Tollon.
Le Directeur ouvre la séance à 17 heures et prie la Compagnie d’excuser l’absence du Président, empêché.
La parole est au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 3 février, puis au Secrétaire général pour la lecture de celui de la séance du 3 mars. Les deux comptes rendus sont adoptés, le premier ayant été amendé grâce à une proposition de Guy Ahlsell de Toulza.
Maurice Scellès présente et fait circuler deux volumes constitués par l’archivage, pour les années 2006-2009 et 2010-2012, des procès-verbaux des séances, de divers documents annexes et d’informations de gestion interne non publiées.
Henri Pradalier relève dans la correspondance adressée à la Société :
– une lettre du Maire de Toulouse nous invitant, mardi 19 mars à 18 heures, square Charles-de-Gaulle, à une cérémonie dédiée à la mémoire des victimes des « journées » des 11, 15 et 19 mars 2012 ;
– une invitation des Amis des Archives de la Haute-Garonne à une conférence que notre consœur Geneviève Bessis prononcera mardi 24 mars à 17h30, dans la salle de lecture des Archives départementales, sur le thème « Quand l’esprit de la Renaissance soufflait sur Toulouse… » – une évocation de la vie et de l’œuvre des humanistes toulousains Jean de Pins, Jean de Coras et Matthieu de Chalvet ;
– le programme des manifestations destinées à fêter le huitième centenaire de l’Ordre des Frères Prêcheurs (1215-2015). Celles-ci ont déjà commencé à Toulouse avec, en janvier et mars, des cérémonies religieuses préludant à « un mois de mai dominicain » (exposition, cycle de conférences, spectacles, concert, célébrations solennelles) ; elles se poursuivront jusqu’à la fin de l’année jubilaire par d’autres manifestations organisées dans d’autres hauts lieux de l’histoire de saint Dominique et de son Ordre : Fanjeaux, Prouille (Aude), Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var).
La parole est à Mme Vallée-Roche pour la communication du jour, intitulée Le relevé des graffitis de l’autel de Minerve (Hérault) et ses enseignements.
[Résumé à insérer.]
Henri Pradalier remercie l’intervenante de nous avoir très pédagogiquement présenté une recherche ardue à mener, difficile à exposer, puis il fait appel aux réactions et questions de la Compagnie.
Louis Peyrusse se demande si le terme de « graffitis » est bien pertinent dans le cas d’inscriptions qui ont manifestement exigé un travail de gravure. Marie Vallée-Roche dit que ce mot est depuis longtemps employé pour désigner les inscriptions successivement ajoutées sur les tables d’autel. Dans ce cas, il serait injustifié de lui associer une quelconque connotation péjorative. Bien au contraire, les « graffitis » d’autels doivent être considérés comme une source écrite d’un intérêt exceptionnel. Leur étude méthodique, qui commence à peine, se révèle déjà pleine d’enseignements. Emmanuel Garland confirme qu’en l’espèce le terme graffiti est largement répandu, et qu’à défaut d’être techniquement exact il n’en correspond pas moins à un consensus de dénomination. Du reste, demande Mme Vallée-Roche, par quel autre mot pourrait-on le remplacer ?
M. Peyrusse pose ensuite la question de savoir qui incisait le marbre. Marie Vallée-Roche et ses collègues espagnols se le sont demandé. Leur opinion est que ce sont les témoins eux-mêmes qui ont été les scripteurs : les écritures sont très différentes, d’un style très personnel et paraissent autographes. M. Garland fait observer par exemple que le nom « Oliba » est toujours gravé de la même manière. Mme Vallée-Roche fait une remarque identique à propos de « Salamon », inscrit dans le marbre à Minerve, dans le grès à San Feliu d’Amont. Revenant sur l’inscription « Oliba », Henri Pradalier relève sa similitude avec la signature écrite de sa main que l’on trouve sur des documents en parchemin. Louis Peyrusse hasarde alors l’hypothèse selon laquelle les témoins auraient pu tracer à l’encre ou à la peinture une signature qu’un lapicide aurait ensuite gravée.
Henri Pradalier pose un problème inhérent au contexte historique. Après s’être fait confirmer que Charles le Chauve était bien mort en 877, il s’étonne de la persistance de la culture wisigothique à l’époque carolingienne. Mme Vallée-Roche dit que le maintien de cette culture s’est étendu sur trois générations au moins. Les nouveaux maîtres carolingiens se sont servi de cadres wisigoths très bien formés, tel le Salamon dont elle a esquissé la carrière, de saïon à comte. M. Pradalier l’interroge ensuite au sujet de l’Espagne mozarabe. Marie Vallée-Roche déclare que l’étude épigraphique du Nord-Ouest de la péninsule n’a pas encore été réalisée de manière systématique.
Emmanuel Garland s’enquiert du nombre des graffitis que l’autel de Minerve comporte pour le plaid de 873. Mme Vallée-Roche en recense une douzaine. M. Garland s’intéresse ensuite à la signification du serment sur l’autel, c’est-à-dire sur des reliques (cf. les martyrs sous l’autel dont il est question dans l’Apocalypse et que figurent plusieurs manuscrits illustrés du Beatus) ; pour lui, ce n’est pas tant le saint qui importe que la « sacralité de la relique ».
Le Directeur donne lecture du projet de motion relative au réaménagement de la place Saint-Sernin, préparé en vue de l’élaboration collective du texte définitif à adopter par la Société.
Au titre des questions diverses, Marie Vallée-Roche présente l’édition 2015 de l’« Annuaire de l’Association des Journalistes du Patrimoine », qui vient de paraître.
Séance du 31 mars 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; M. Prin, membre honoraire ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Boudartchouk, Garrigou Grandchamp, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Félix, Friquart, Gilles, Queixalós, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Président, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Fournié, Lamazou-Duplan ; MM. Balty, Chabbert, Penent, Tollon.
Invité : M. Marc Comelongue.
Le Directeur ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 24 février dernier, puis au Secrétaire-adjoint pour la séance du 17 mars. Les deux procès-verbaux sont adoptés.
La correspondance manuscrite comprend une lettre du sénateur Jean-Claude Requier, demandant d’excuser son absence à notre séance publique. Par ailleurs, la conservation du Musée Saint-Raymond sollicite, pour une exposition, le prêt d’un album de photographies conservé dans nos archives.
Louise-Emmanuelle Friquart offre à la Société son ouvrage L’art du souvenir. Les monuments commémoratifs de la guerre 1914-1918 à Toulouse, Coll. Patrimoines Midi-Pyrénées, Éd. Ville de Toulouse – Région Midi-Pyrénées, 2014, 128 p. Le Directeur la remercie au nom de notre Compagnie.
Le Directeur donne ensuite lecture de la motion relative à l’aménagement de la place Saint-Sernin, qui sera envoyée au maire de Toulouse :
Motion adoptée par la Société Archéologique du Midi de la France dans sa séance du 17 mars 2015
La Société archéologique du Midi de la France se réjouit du projet de la Mairie de Toulouse, sur proposition de son premier magistrat, monsieur Jean-Luc Moudenc, de réaménager complètement les places saint-Raymond et Saint-Sernin, et, de ce fait, de mettre dignement en valeur la célèbre église romane de renommée internationale qui s’y trouve. Monument majeur de la ville restauré des années 1960 à 1990 sous la direction des architectes Sylvain Stym-Popper et Yves Boiret, il est classé par l’UNESCO, depuis 1998, au patrimoine mondial de l’humanité. Un tel projet, qui mettra la ville de Toulouse sous le regard et au diapason des plus grandes villes françaises et étrangères en matière de politique patrimoniale, honore la nouvelle municipalité.
La Société archéologique affirme qu’il est du plus haut intérêt pour Toulouse, notre pays et l’ensemble de l’Union européenne, de faire précéder l’élaboration et l’adoption de tout projet urbain autour de cet édifice de fouilles archéologiques. Seules ces dernières permettront de révéler, sauvegarder, présenter tout vestige significatif de l’histoire, de l’art, des constructions et aménagements qui se sont succédé en ce haut-lieu de Toulouse depuis l’Antiquité, et dont les découvertes réalisées dans le sous-sol du Musée Saint-Raymond ont déjà révélé au public l’extraordinaire richesse.
L’expérience montre que ce type d’investigations, loin de figer la créativité des concepteurs, est susceptible de nourrir la qualité et l’originalité du résultat.Autour du foyer culturel européen que fut Saint-Sernin, elles permettront de consolider l’identité de notre ville par son enracinement dans son histoire pluriséculaire qui s’étend de l’Antiquité aux satellites. Il faut rappeler que l’église conserve des cartes du ciel peintes au XIIIe siècle sur ses murs.
Pour mettre en œuvre un projet cohérent sur l’ensemble du site, la Ville a la chance de maîtriser l’espace public et d’être propriétaire des monuments de premier plan qui l’environnent :
– le Musée Saint-Raymond, dont le site archéologique serait le prolongement naturel,
– l’Hôtel Dubarry qui attend depuis longtemps son ouverture au public,
– la basilique Saint-Sernin qui nécessite des travaux urgents à réaliser au massif occidental et dans l’enfeu des comtes de Toulouse, dans la suite logique de la politique de valorisation du patrimoine toulousain brillamment amorcée par l’atelier de restauration de la Ville lors de l’exemplaire réhabilitation de la porte Miègeville.
Dans le cadre de ce grand dessein, il ne serait guère concevable de ne pas mettre en valeur les espaces et vestiges de l’ancienne abbaye de Saint-Sernin, organisés autour d’un des plus grands cloîtres romans connus en Europe, et de ne pas reprendre la réflexion sur un musée de l’œuvre à construire sur le terrain disponible au débouché de la rue Gatien-Arnoult.Forte de son savoir-faire et de la somme des connaissances dont elle est dépositaire, la Société archéologique du Midi de la France est à votre disposition pour accompagner la Mairie de Toulouse dans cette tâche exaltante qui confirmerait notre ville à la place de capitale culturelle et économique qu’elle est en droit d’occuper naturellement.
La délégation composée d’Henri Pradalier, Guy Ahlsell de Toulza et Maurice Scellès a par ailleurs été reçue le 21 mars par M. Francis Grass, adjoint au maire en charge de la culture. Nous avons trouvé un interlocuteur aimable et attentif auquel nous avons expliqué la composition de notre Société, ses compétences et notre souhait d’apporter notre collaboration à la Ville de Toulouse en étant consultés en amont des projets sur les questions touchant le patrimoine et l’archéologie. Nous lui avons annoncé la motion concernant l’aménagement de la place Saint-Sernin. M. Grass nous a appris que la Mairie réfléchissait à la mise en place d’un service du patrimoine historique et nous a invités à prendre contact avec Mme Hélène Kemplaire.
Il est précisé que Mme Kemplaire est actuellement chargée du dossier de candidature à la labellisation par l’UNESCO, et l’on confirme que la Direction des affaires culturelles de la Ville a mis à l’étude une restructuration de ses services en fonction des propositions du Maire en faveur de la valorisation du patrimoine.
Guy Ahlsell de Toulza annonce qu’en raison du nombre important d’auditeurs, les conférences du cycle Les mercredis de l’archéologie seront désormais données dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat, notre Société étant de ce fait directement associée à l’évènement.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant. La parole est à Michèle Pradalier-Schlumberger pour son rapport sur la candidature de M. Bernard Sournia. On procède au vote : M. Bernard Sournia est élu membre correspondant de notre Société.
La parole est à Maurice Prin pour une communication sur Le couvent des Grands Carmes à Toulouse.
Maurice Prin rappelle les principaux évènements qui ont marqué l’installation des Carmes à Toulouse et l’histoire du couvent, puis il commente une série de documents, gravures, plans, dessins et photographies qui permettent de connaître les bâtiments.
Le Directeur remercie Maurice Prin pour cette communication qui lui a rappelé des souvenirs et nous a fait découvrir des relevés faits sur place au moment de la démolition du marché.
Maurice Scellès évoque le château de Castelfranc à Montredon-Labessonnié (Tarn), qu’étudie Adeline Béa, où se trouveraient remployés des chapiteaux provenant des Grands Carmes de Toulouse. France Félix se rappelle avoir arpenté avec Maurice Prin toute la campagne toulousaine, à la recherche de chapiteaux dispersés en de nombreux endroits. Maurice Prin raconte la découverte rocambolesque de Maurens-Scopont. France Félix tient à le remercier pour l’aide qu’il a toujours apportée à tous les étudiants qui l’ont sollicité.
Guy Ahlsell de Toulza évoque l’occupation de Maurens-Scopon par le marquis de Castellane et annonce qu’il se propose de revenir l’année prochaine sur la saga des Castellane. Concernant les œuvres remployées, il rappelle que la cathédrale de Lavaur comptait deux cloîtres ; en revanche il pense que le cloître des franciscains de Rabastens était en bois. Pour Maurice Scellès, l’identification précise des pierres permettrait peut-être de distinguer les provenances.
A propos de la vue de Toulouse publiée en 1515 dans l’ouvrage de Nicolas Bertrand, François Bordes annonce que pour le cinquième centenaire, une exposition sera organisée aux Jacobins autour de cinq siècles de cartographie. A cette occasion, le plan de Saget sera entièrement numérisé et mis en ligne ; il précise que le plan est usé, et que la numérisation sera réalisée dans l’état où il est, l’avis des restaurateurs consultés étant que sa restauration n’apporterait rien à sa valeur documentaire.
Séance du 7 avril 2015
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Boudartchouk, Garland, Garrigou Grandchamp, Geneviève, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Testard, membres titulaires ; Mmes Bilotta, Nadal, Queixalós, MM. Capus, Laurière, Mattalia, Penent, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Cassagnes-Brouquet, Lamazou-Duplan ; MM. Balty, Chabbert, Surmonne, Tollon.
Invitée : Mme Alison Stones.
À l’invitation de Michelle Fournié, la Société a le plaisir d’accueillir Mme Alison Stones, professeur émérite de l’université de Pittsburgh, organisatrice du prochain colloque de Fanjeaux en juillet 2015.
Suite à la lecture du procès-verbal de la séance du 31 mars, François Bordes précise « l’ensemble conventuel des Jacobins » a changé de nom pour devenir le « Couvent des Jacobins ». Le Président note qu’il s’agit de marquer la différence entre l’église des Jacobins, qui est affectée au culte, et les autres bâtiments qui sont sous la responsabilité de la Mairie. Le procès-verbal est ensuite adopté.
Nous avons reçu de la part de Direction de la Culture et du Patrimoine de la Région Midi Pyrénées, une nouvelle publication sur les Hôtels de la noblesse et de la bourgeoisie à Montauban, par Sarah Gerber. Il faut également signaler le programme des prochaines journées romanes de Saint-Michel de Cuxa du 6 au 11 juillet 2015 sur la Peinture murale à l’époque romane.
La parole est à Raymond Laurière pour une communication sur « Les églises à angles arrondis du Rouergue : actualisation et perspective de recherche ».
Le Président remercie l’intervenant pour cette promenade parmi des églises à angles arrondis encore bien étranges. Tout en reconnaissant la dimension esthétique de ces édifices, il se demande s’il ne s’agit pas là d’une conséquence liée aux contraintes techniques de construction, pour éviter d’utiliser les pierres de taille nécessaires aux chaînages d’angle. M. Laurière pense qu’il pourrait s’agir d’une mode liée à une période déterminée puisqu’il ne connaît pas d’exemples d’églises postérieures à 1050. Il ajoute que certains édifices ont été commencés avec un angle rond, pour être plus tard poursuivi selon un angle droit. Il s’étonne toutefois de trouver des exemples parfois très éloigné de l’Aveyron, vers Bordeaux ou Mirepoix, et souligne que selon les édifices la stéréotomie peut être brute ou très soignée.
Emmanuel Garland pense que l’expression « effet de mode » est peu pertinente, et préfère renvoyer à l’étude des usages, des fonctions et de la liturgie associée à de telle église ou chapelle. Il avoue être surpris par ce phénomène, mais rappelle que l’art wisigothique n’a jamais créé des édifices d’une telle hauteur, même dans les monuments à deux étages connus dans les Asturies. Il se demande si la datation proposée pour les monuments est vraiment sûre. Raymond Laurière répond que la plupart des églises ont été construites avant l’an mil, mais que la comparaison avec le monde wisigothique à laquelle il a fait appel, ne se rapporte pas à l’élévation. Selon lui, l’héritage wisigothique est fort dans cette région de manière générale, et on y connaît également une tradition encore plus ancienne de la forme arrondie, des dolmens jusqu’à certains édifices des XVIIIe et XIXe siècles.
Jean-Luc Boudartchouk s’avoue perplexe au sujet de l’hypothèse sur le legs culturel wisigothique, car ce legs n’existe pas dans cette région pour le Ve siècle. En fait les sépultures dites « wisigothique » sont mérovingiennes et remontent, au plus tôt, au VIIe siècle. Pour lui, même les détails architecturaux dits « wisigothiques » appartiennent en fait au répertoire de l’architecture du haut Moyen Âge. Quant à la toponymie qui serait wisigothique, elle doit être prise avec grande précaution. M. Laurière lui répond qu’il a été trouvé auprès de plusieurs églises à angles arrondis des sépultures dites wisigothiques. Et l’église même de Toulongergues a été construite près de sépultures du Ve siècle. Il n’affirme pas que ces églises à angles arrondis sont liées au legs wisigothique, mais formule ce point comme une hypothèse de travail.
Jean-Michel Lassure précise qu’en Espagne, on ne parle désormais plus d’édifice wisigothique, le terme ayant été remplacé par celui de « tardo-romain ».
Après avoir fait remarquer que l’église d’Espédaillac résulte de deux campagnes de construction bien distinctes, Maurice Scellès signale qu’une nouvelle église du même type a récemment été identifiée dans l’est du département du Lot. Par ailleurs il rappelle que l’angle arrondi a été très utilisé dans les édifices reconstruits après la guerre de Cent ans, peut-être d’abord pour les raisons techniques exposés précédemment (absence de pierre de taille), avant que cela ne devienne une « mode » par la suite. Le choix technique devient donc un choix esthétique. Il reconnaît toutefois que les reconstructions à angles arrondis après la guerre de Cent ans concernent effectivement plutôt les édifices civils que les églises.
Le Président remercie une dernière fois le conférencier, et donne la parole à Maria Alessandra Bilotta pour une communication sur La production de manuscrits juridiques enluminés dans le Midi de la France au XIVe siècle : sept années de recherche et de découvertes entre la France méridionale, l’Italie et la péninsule Ibérique.
Le Président remercie l’intervenante pour s’être déplacée jusqu’à nous, et pour cette étude très précise qui a permis de découvrir de véritables merveilles. Dominique Watin-Grandchamp s’interroge sur la composition des ateliers évoqués (comment sont-ils composés ? une ou plusieurs mains ?), et demande ce qu’il en est de l’étude sur la composition des pigments employés par les divers ateliers. Maria Alessandra Bilotta précise qu’on connaît plusieurs exemples où des artistes différents travaillent ensemble. Quant au terme d’ateliers, il permet de parler d’un style relativement homogène dans lequel on discerne toutefois des différences. Par ailleurs, il faut se souvenir qu’il existe toute une hiérarchie dans la réalisation de l’enluminure, des initiales aux encadrements. Quant à l’étude des pigments, les historiens de l’art doivent recourir à d’autres spécialistes ; normalement un atelier utilise une même gamme chromatique, mais selon les déplacements, il pouvait également changer de pigments. Le professeur Alison Stones précise que l’analyse des pigments par des spécialistes devrait à terme apporter de nombreux éléments lorsqu’un corpus suffisamment développé aura été mis en place.
Michelle Fournié demande si l’on a des renseignements sur le prix des livres. Elle aimerait que soient mis en commun les prix éventuels des ouvrages du XIVe siècle (qui apparaissent en particulier dans les testaments), pour unifier les compétences d’histoire et d’histoire de l’art. Elle signale le cas d’un texte du XVe siècle, parlant du pillage de la bibliothèque d’un abbé de Cadouin alors à Toulouse, et dans lequel il est question d’un Décret dont on donne le prix. Elle se demande si la seule mention de ce prix pourrait permettre de déterminer si le manuscrit était enluminé ou pas. Maria Alessandra Bilotta lui répond que le prix des manuscrits dépend des milieux et des situations. On a par ailleurs de nombreuses informations sur la commande de manuscrits pour la Curie pontificale et pour la Cour de Naples. Hiromi Haruna-Czaplicki rappelle que dans l’étude de Marie-Henriette Jullien de Pommerol et Jacques Monfrin sur Les Bibliothèques ecclésiastiques des prélats, on trouve notamment des renseignements sur le prix des manuscrits juridiques.
Jean-Luc Boudartchouk précise que pour le mot VULPIANUS, la confusion entre le U et le O était courante en latin commun, et ne peut donc pas être considérée comme une erreur du copiste.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant. Le rapport sur la candidature de M. Pierre Pisani entendu, il est procédé au vote : M. Pierre Pisani est élu membre correspondant de notre Société.
Séance du 28 avril 2015
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Bordes, Boudartchouk, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, MM. Bru, Darles, Molet, Penent, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Andrieu, Balty, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós ; MM. Augé, Balty, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Pisani, Tollon.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 7 avril, qui est adopté après correction.
Le Président souhaite la bienvenue à Bernard Sournia, tout récemment élu membre de notre Société et qui prend séance ce soir. Il l’engage à une participation très active à nos séances et profite de cette occasion pour rappeler à tous de lui faire part des communications à inscrire au programme de la prochaine année académique.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite, parmi laquelle figurent :
– l’invitation à l’inauguration, le 14 avril dans la cour Henri IV du Capitole, du buste de Dominique Baudis, œuvre en bronze de Madeleine Tézenas de Montcel ;
– une lettre de Mme Anette Laigneau, vice-présidente du SMEAT, nous invitant à une réunion à propos de la révision du SCOT de la grande agglomération toulousaine ;
– le programme du 51e colloque de Fanjeaux : Culture religieuse méridionale. Les manuscrits et leur contexte artistique, 29 juin – 2 juillet 2015.
La parole est à Michelle Fournié pour une communication sur La paroisse du Taur : Vital du Four et les chanoinesses de Saint-Sernin.
Le Président remercie Michelle Fournié pour cette communication comme d’habitude passionnante, que nous ne regrettons pas d’avoir attendue même si la richesse foisonnante du sujet nous imposera d’attendre encore un an pour tout savoir des chanoinesses de Saint-Sernin. Il est en tout cas très intéressant de voir revivre cette paroisse du Taur au cœur de la vie religieuse de Toulouse.
Parmi les nombreux points qui l’intéressent, Henri Molet retient tout d’abord la question du cimetière de Villeneuve, mentionné en 1232 et qui n’est pas dit « cimetière du Taur » mais « des citoyens du bourg ». Entre 1230 et 1280, plusieurs établissements hospitaliers et religieux s’installent pour un temps dans ce secteur, et ils ne peuvent le faire qu’avec l’autorisation de Saint-Sernin. Puis ce secteur est complètement arasé dans la première moitié du XIVe siècle, laissé vacant puis occupé par un quartier d’habitation qui est lui-même détruit en 1348 pour la construction de la grande enceinte du bourg. Dans ces années-là, on ne parle plus du dîmaire de Saint-Sernin mais de celui du Taur, ce qui situerait la création de la paroisse et de son dîmaire à la fin du XIIIe siècle. Michelle Fournié note que cela correspondrait donc aux déclarations des témoins au procès de 1475.
Henri Molet poursuit son évocation de l’évolution du secteur avec l’installation vers 1170 à proximité de la récente enceinte du Bourg d’une léproserie placée sous le patronage de Saint-Etienne, ce dont s’étonne Michelle Fournié qui avait cru comprendre que la séparation des dîmaires de Saint-Sernin et de Saint-Etienne était assez claire. Henri Molet précise qu’il y a cependant un problème de délimitation à cet endroit, correspondant à l’actuel quartier Saint-Aubin. Il ajoute que la porte de Villeneuve est murée pendant plus d’un siècle, de 1345 jusque vers 1500.
Revenant sur la date de création de la paroisse du Taur, Patrice Cabau rappelle que le maillage paroissial s’esquisse au début du XIIIe siècle. Par ailleurs, un réexamen conduit à situer vers 1255 le document daté par Teulet autour de 1235, mais un autre document des Layettes du Trésor des chartes, daté de 1235, mentionne bien un paroissien du Taur. Puis il rappelle que Saint-Sernin a depuis longtemps reçu le privilège de la maîtrise de son territoire, sur lequel aucun établissement religieux ne peut s’implanter sans son autorisation. Michelle Fournié constate avec intérêt qu’elle garde ce privilège sur la paroisse du Taur.
Jean-Luc Boudartchouk ayant rejoint la Compagnie, la parole lui est donnée pour son rapport sur la candidature de M. Christian Landes au titre de membre correspondant. On procède au vote : M. Christian Landes est élu membre correspondant de notre Société
Au titre des questions diverses, Jean Michel-Lassure annonce la Découverte de peintures murales dans l’église Notre-Dame-de-Pitié de Bouloc (Haute-Garonne), en demandant à la Compagnie d’excuser l’absence de Nicole Andrieu, finalement retenue par une réunion :
Les peintures murales dont il est question ont été découvertes lors du démontage pour restauration de retable du maître-autel.
L’église de Bouloc a été reconstruite au début du XVIe siècle, puis incendiée par les protestants en 1570. Une visite archiépiscopale constate en 1596 son état de délabrement qui dure jusque vers 1620.
Le retable du maître-autel, daté du XVIIe siècle, est classé Monument historique mais pas l’église.
Les vestiges de peinture monumentale sont actuellement peu lisibles à l’exception d’un médaillon d’assez belle qualité, et la question de leur étude et de leur conservation se pose.
Olivier Testard remarque que le mur ne paraît pas si humide, et que la remise en place du retable se fera nécessairement en laissant un espace de ventilation à l’arrière, ce qui doit permettre de conserver les peintures.
Le Président regrette qu’aucun programme d’ensemble n’ait été prévu avant la dépose, alors que de telles découvertes sont assez fréquentes. Il a ainsi appris par L’Auta que des peintures avaient été découvertes dans l’église Saint-Nicolas, à Toulouse, sans d’ailleurs que la découverte ait fait l’objet de plus d’information. C’est en tout cas une affaire à suivre à Bouloc. Nicolas Bru rappelle que c’est le rôle des services de l’État d’accompagner le maître d’ouvrage lors de telles déposes, et il confirme qu’un retable n’est jamais remis en place contre le mur. Le temps nécessaire à la restauration du retable laisse par ailleurs le temps de consolider les peintures.
Patrice Cabau propose une brève communication sur Une clef d’arc sculptée aux armes du cardinal Vital du Four à Toulouse.
En le remerciant de nous avoir fait connaître cette clef armoriée inédite, le Président s’émerveille que notre confrère ait pu l’identifier depuis la rue d’où elle est à peine visible. Il se rappelle qu’en effectuant le récolement des sculptures du Musée des Augustins, il s’était rendu compte que cinq clefs de voûte habituellement attribuées à l’église des Cordeliers avaient une origine au moins incertaine. Or les procès-verbaux des séances de notre Société indiquaient que l’église des cordeliers et le couvent des chanoinesses de Saint-Sernin avait été détruits la même année, en 1873, et que la Société Archéologique s’en était émue et avait mis en place une commission chargée de récupérer les pièces intéressantes des deux édifices. La commission constate cependant bientôt que les clefs de voûte des Cordeliers ont disparu, d’autres étant sans doute déjà passés par là.
Or quatre des clefs de voûte conservées aux Augustins sont des clefs simples, la cinquième est à huit branches, ce qui semble bien correspondre au voûtement de l’église des chanoinesses ; en outre, les analyses du Laboratoire de Recherche des Musées de France y ont révélé des traces de polychromie, mais aucune trace d’incendie. La clef de voûte de l’abside porte une représentation du Christ avec la cordelière des franciscains, les autres des représentations de saint François, d’un cardinal et d’un évêque.
Michelle Fournié confirme que les chanoinesses de Saint-Sernin étaient placées sous la direction spirituelle des franciscains. Louis Peyrusse observe que l’on peut se féliciter de la récupération par Victor Gesta de la clef d’arc aux armes du cardinal Vital du Four.
Le Président annonce que le Bureau a mis en place deux commissions : l’une est chargée de la question des fouilles archéologiques et de l’aménagement de la place Saint-Sernin, l’autre, sous la houlette de Guy Ahlsell de Toulza, d’élaborer un plan d’étude et de mise en valeur des Hôtels toulousains. Le Président convie tous les membres intéressés à y participer.
Séance du 5 mai 2015
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Garland, Geneviève, Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mme Viers, M. Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Bessis, Fournié, Queixalós, M. Balty, le général Garrigou Grandchamp.
Le Président ouvre la séance à 17 heures. Il commence par annoncer que la Société a reçu une invitation à l’inauguration de l’exposition « La faïence et la terre cuite vernissée d’Auvillar », présentée à l’abbaye de Belleperche (82700, Cordes-Tolosannes) du 2 mai au 30 septembre. Puis il fait circuler un prospectus et un ouvrage communiqués par notre consœur Michelle Fournié :
– le programme du 51e colloque de Fanjeaux qui se tiendra du 29 juin au 2 juillet, sous la présidence de Mme Alison Stones (Université de Pittsburg), et se consacrera à la question de la « Culture religieuse méridionale. Les manuscrits et leur contexte artistique » ;
– un recueil de travaux préparé par Jean-Louis Biget : Inquisition et société en pays d’oc (XIIIe et XIVe siècles), « Collection d’histoire religieuse du Languedoc au Moyen Âge », n° 2, Toulouse, éditions Privat, 2014, 520 p.
Daniel Cazes donne ensuite des informations concernant les deux commissions récemment constituées au sein de la S.A.M.F. La première, chargée d’étudier le projet de réaménagement des places Saint-Raymond et Saint-Sernin, s’est déjà réunie et a commencé à travailler. La seconde, « pilotée » par Guy Ahlsell de Toulza, se propose d’étudier les Hôtels anciens de Toulouse, sous les aspects de leur histoire et de leur état actuel, de la restauration de ce patrimoine et de son accessibilité au public – les guides touristiques continuent de recommander la visite de ces Hôtels, alors qu’on ne peut plus guère les voir, puisqu’ils sont pour la plupart fermés !
M. Cazes indique enfin le stade auquel est parvenue l’élaboration du programme des séances à prévoir pour la prochaine année académique. Le nombre des demandes de communications étant en hausse d’année en année, le calendrier est établi désormais en fonction des seules vacances universitaires. Pour les quinze séances programmées en 2015-2016, il y a déjà une quinzaine de propositions, en majorité pour des communications longues. Il est opportunément rappelé qu’une communication « brève » ne doit pas dépasser vingt minutes, qu’une « courte » ne doit pas excéder une demi-heure, qu’une « longue » peut durer de trois-quarts d’heure à une heure.
La parole est à Emmanuel Garland pour une communication longue intitulée Le deuxième Âge roman dans le Val d’Aran.
[Résumé à insérer.]
Le Président remercie notre confrère de nous faire partager, par la série de ses communications consacrées au Val d’Aran, sa connaissance de ce petit pays des Pyrénées, qui fut au Moyen Âge exposé à des influences venues successivement du Nord, puis du Sud. Longtemps tourné vers le Comminges, l’Aran bascula autour du XIIIe siècle vers des horizons méridionaux, cela en dépit des difficultés climatiques bloquant les communications avec le Sud pendant une bonne partie de l’année. S’agissant de la sculpture, la présentation d’Emmanuel Garland a bien montré l’appartenance culturelle du Val d’Aran à la Gaule méridionale, depuis l’époque antique (auges cinéraires) jusqu’aux âges romans (modillons, chapiteaux, linteaux, tympans), ainsi que la nette différence de qualité entre les ouvrages des tailleurs de pierre et les œuvres des sculpteurs sur bois. M. Cazes termine par une question d’ordre linguistique : quelle est au juste la langue de ce pays, où se mêlent espagnol, catalan et gascon ? M. Garland répond que la langue officielle du Val d’Aran, qui est depuis 1996 en Catalogne une entité autonome, est l’aranais. Henri Pradalier se souvient avoir été amené à conclure, lors d’un voyage effectué dans les années 1970, à une prédominance des éléments gascons ; ainsi Salardú est-il prononcé « Salardu ». Emmanuel Garland rappelle que l’Aran fut jusqu’à la Révolution compris dans le diocèse de Comminges.
Henri Pradalier se déclare « ravi » de la vue d’ensemble que les communications de M. Garland procurent sur le Val d’Aran. Ce qui ressort de l’architecture et de la sculpture aranaises du second âge roman, c’est leur « modestie ». Sur le plan structurel, il y inadéquation chronique des supports aux voûtes, à la différence de ce que l’on peut observer pour l’église de Saint-Béat. Sur le plan du décor, certaines sculptures, comme les Christs de Bossòst et de Vilac, sont d’une « maladresse à pleurer ». Emmanuel Garland abonde dans le même sens et qualifie de « bégaiement » la répétition, au long des deux âges romans, des mêmes motifs décoratifs. Il tente alors d’expliquer la « modestie » par l’appauvrissement du pays, qui se vide au XIIe siècle : après la prise de Saragosse, en 1118, une partie de la population de la montagne descend vers l’Èbre ; la construction d’églises nouvelles s’arrête. L’échange de vues donne à Emmanuel Garland l’occasion d’apporter une information inédite : l’église « San Juan de Tredòs », connue seulement pour avoir été ornée jadis d’une peinture romane actuellement conservée aux Cloisters, n’a jamais existé ; elle fut « inventée » au moment du transfert (illicite) à New-York de cette peinture, laquelle provient en réalité de Santa Maria de Cap d’Aran.
Quitterie Cazes remercie Emmanuel Garland pour nous avoir présenté un « beau panorama ». Certains des édifices du Val d’Aran incitent à mettre en question la distinction classique entre roman et gothique. La dichotomie n’est par exemple pas opératoire dans le cas de Sant Esteve de Betren. Pour cette église, comme pour celle de Salardú, la taille très quadrangulaire de la pierre est l’indice d’une date postérieure au XIIe siècle. Henri Pradalier confirme ce point de vue en faisant observer qu’à Betren, comme ailleurs, l’association d’un chevet triple et d’une nef unique correspond à une conception d’ensemble que l’on doit placer au XIIIe siècle.
Au titre des questions diverses, il est fait état d’un article paru le 19 avril dans La Dépêche du Midi et signé par Sylvie Roux, qui tourne autour de « trésors » chimériques que les travaux prévus place Saint-Sernin pourraient faire découvrir, sans toutefois donner aucune idée précise de ce que l’on doit s’attendre à trouver sur ce site historique. Ce papier fournit un exemple consternant de dévoiement des vraies questions. Désinformation ou incompréhension ? Quitterie Cazes, que la journaliste a consultée, penche pour la seconde explication.
Une discussion s’engage entre plusieurs membres à propos des investigations archéologiques à mener sur ce site. Il en résulte que la Ville de Toulouse, qui n’aurait pas l’intention d’engager de fouilles, rechercherait la caution des Services de l’État, lesquels s’en tiendraient à des prescriptions minimales. On en resterait donc à du « préventif ». On relève que ce scénario devient classique à Toulouse.
Guy Ahlsell de Toulza intervient pour signaler qu’il vient de faire entrer dans nos collections une série d’ouvrages, usuels ou régionaux notamment, provenant de la bibliothèque de Lise Enjalbert, décédée il y a peu. Daniel Cazes évoque brièvement le souvenir de cette très aimable personne, qui s’intéressait beaucoup au passé et au patrimoine de notre ville, et qui a étudié notamment ses anciens hôpitaux.
Séance du 19 mai 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, M. Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon membres titulaires ; Mme Joy, MM. Macé, Penent, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Andrieu, Balty, Bessis, Bossoutrot, Fournié, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós ; MM. Balty, Chabbert, Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, Penent, Rebière.
Le Président demande à la Compagnie d’excuser l’absence de Jean-Louis Rebière et d’Anne Bossoutrot, dont la communication sur Les remparts de Carcassonne : mythe et réalités est donc reportée et sera remplacée par des interventions proposées par Quitterie Cazes, Maurice Scellès et Guy Ahlsell de Toulza.
Le Secrétaire général puis le Secrétaire-adjoint donnent lecture des procès-verbaux des séances du 18 avril et du 5 mai, qui sont adoptés.
Le Président annonce que notre confrère Maurice Prin sera fait officier des Arts et Lettres le 4 juin aux Jacobins : la date et le lieu ont été soigneusement choisis, puisque ce sont ceux de l’inauguration des derniers réaménagements du Couvent des Jacobins, contre lesquels Maurice Prin a bataillé pendant des années, mais que sa présence semblera cautionner.
Le Président rend compte de la correspondance reçue, qui compte plusieurs invitations. Mais c’est la réponse du Maire de Toulouse qui retient notre attention.
Cette réponse est bien la réponse attendue. Le premier constat est qu’il y a à Toulouse une grande confusion entre fouille et diagnostic archéologique.
Le Président dit avoir en effet appris très récemment qu’un diagnostic archéologique serait réalisé sur la place Saint-Sernin en juin, et que c’est la DRAC qui décidera de l’ampleur du chantier. Il se dit persuadé qu’il n’y aura pas de fouilles et que nous aurons à nous battre pour convaincre. La commission chargée du projet de Saint-Sernin a commencé à travailler : on a avancé sur les plans et sur l’organisation du chantier, la réflexion sur le musée de l’œuvre se précise… Il est clair que la Ville n’a pas vraiment de projet, mais seulement un aménagement de la place où serait suggéré l’emplacement du cloître…
Maurice Scellès pense qu’il est important, dans le débat qui s’ouvre, de clarifier, pour les Toulousains et leurs élus, les différents rôles. La DRAC ne donne de prescription de fouilles qu’en fonction des résultats du diagnostic archéologique et du projet qui lui est présenté. La décision de fouiller la place Saint-Sernin appartient à la Mairie de Toulouse et la DRAC aurait alors à se prononcer sur les conditions de la réalisation du projet d’ensemble proposé par la Ville. Maurice Scellès pense qu’il faut poursuivre le dialogue avec la Ville en adressant un nouveau courrier au Maire, afin de lever les ambiguïtés. Alors que Quitterie Cazes s’interroge sur l’intérêt d’un nouveau courrier dès maintenant, Henri Pradalier rappelle que la décision de restaurer le portail Miégeville a été en son temps prise par la Ville, contre l’avis de la DRAC, tandis que l’on s’abrite aujourd’hui derrière l’avis attendu. Pour Olivier Testard les dossiers que nous constituons doivent aider la Mairie à s’emparer de sa politique patrimoniale, et Guy Ahlsell de Toulza se déclare en faveur d’un courrier. Le Président conclut la discussion en annonçant qu’il fera le courrier au Maire.
La parole est à Quitterie Cazes pour une communication A propos du relief de saint Jacques de la porte Miégeville, à Saint-Sernin de Toulouse.
Le Président remercie Quitterie Cazes pour cette communication qui contribue à faire avancer notre compréhension de la figure de saint Jacques, sur laquelle il avoue s’être cassé la tête, ayant trouvé l’affaire très compliquée par des propositions contradictoires. Cette nouvelle hypothèse lui paraît beaucoup plus satisfaisante pour l’analyse de l’ensemble du programme sculpté de la porte.
En réponse à une question d’Henri Pradalier, Quitterie Cazes rappelle que si l’on retient l’identification de Montan pour le relief placé sous la figure de saint Jacques, ce sont les lions de Cybèle que chevauchent les deux prophétesses prêtresses de la déesse. Henri Pradalier revient sur l’autre hypothèse d’une représentation d’Abraham et de Sarah et Agar, figures de l’Église et de la Synagogue, qui ferait écho à la question du salut des juifs auxquels les textes cités par Quitterie Cazes font d’ailleurs allusion. Celle-ci rappelle qu’Olivier Testard a bien démontré que l’Église n’avait aucun intérêt à afficher ses propres travers et qu’il faut écarter l’hypothèse d’une représentation du nicolaïsme. À travers un modèle antique, celui de Montan, c’est l’hérétique quel qu’il soit qui est dénoncé, les chanoines de Saint-Sernin s’arrogeant d’ailleurs peut-être le droit de dire ce qui est bien et ce qui est hérétique.
Emmanuel Garland rappelle que Montan apparaît dans les écrits des Pères de l’Église et que les représentations de Simon le Magicien doivent beaucoup aux évangiles apocryphes. Daniel Cazes ajoute que Montan est un personnage historique, ayant vécu sous Antonin le Pieux, qui se prenait pour l’Esprit et imposait les mains. Sophie Cassagnes-Brouquet note que le fait que la représentation fasse appel à des textes moins connus que la Bible explique qu’elle soit restée méconnue.
Pour Emmanuel Garland, notre compréhension de ces œuvres rencontre une difficulté majeure qui tient au mode de raisonnement, bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le mode analogique rend difficile la perception immédiate de l’ensemble du programme. Emmanuel Garland fait par ailleurs observer que les apôtres du linteau ne peuvent être les témoins de l’Ascension, puisque Jean et la Vierge en sont absents.
La démonstration de Quitterie Cazes paraît à Louis Peyrusse extrêmement brillante. On l’a constaté pour la Renaissance, les bonnes sources sont à chercher dans les sermons et dans de tels programmes, la sculpture est une pédagogie.
La discussion se poursuit, que le Président conclut en soulignant que bien des points restent à éclaircir et que le débat n’est certes pas clos.
Au titre des questions diverses, le Président fait circuler le catalogue franco-espagnol de l’exposition organisée en 1908 pour commémorer le centenaire des sièges de Saragosse, publié en 1910 par la Commission royale du centenaire des sièges de 1808-1809 sous le titre L’exposition rétrospective d’art – 1908. L’ouvrage est offert à notre Société par Maurice Scellès, lequel attire l’attention sur les remarquables notices d’œuvre dues à Émile Bertaux.
Guy Ahlsell de Toulza propose à la Compagnie un aperçu de l’Hôtel de Tournié-Bassary, dont les travaux sont toujours en cours.
Le Président le remercie de ces informations précieuses, qui nous montrent à quelle vitesse ce patrimoine change de mains, avec des projets plus ou moins bien ou mal maîtrisés. Daniel Cazes souligne l’admirable qualité de la sculpture, qui lui avait paru proche de celle du collège Saint-Raymond. Pour avoir visité l’hôtel il y a quelques années, il se souvient du grand tinel et de sa cheminée, dont la division par une cloison était alors en cours, et d’une rampe d’escalier en ferronnerie tout à fait remarquable. En réponse à une question de Bruno Tollon, il précise que l’escalier se trouve à gauche en entrant dans la cour à partir de la rue de la Madeleine.
Maurice Scellès présente la maquette qui pourrait être celle de notre nouveau site Internet. Louis Peyrusse pense que l’Hôtel d’Assézat doit figurer dans la page d’accueil. La discussion fait apparaître qu’il serait possible d’avoir une page d’actualités, à la condition que les membres fournissent un résumé accompagné de photographies le jour même de leur communication en séance. La Compagnie s’accorde sur le principe et le Secrétaire général veut bien croire que l’habitude se prendra effectivement.
Séance du 2 juin 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Lassure, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Heng, Nadal, Queixalós, MM. Macé, Molet, Penent, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Bossoutrot, Cazes, Lamazou-Duplan ; MM. Balty, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Rebière.
Invités : M. le professeur Thomas Falmagne, conservateur à la Bibliothèque Nationale du Luxembourg, M. Georges Cugulière.
Le Président salue la présence parmi nous du professeur Thomas Falmagne et le remercie pour le don de sa publication intitulée Les Cisterciens et leurs bibliothèques, publiée à Troyes en 2012. Après lecture, le procès verbal de la séance précédente est adopté.
Au titre du courrier, le Président se félicite d’abord de l’arrivée des premiers exemplaires du dernier volume des Mémoires de la Société. Il signale ensuite à l’attention des bibliothécaires une lettre d’un correspondant qui recherche des informations au sujet d’un membre de sa famille qui reçut jadis une médaille de la part de la société. Dans un autre courrier, les Archives municipales font part de leur souhait de pouvoir emprunter des documents originaux du géographe Jean Coppolani, dans le cadre d’une exposition à venir au couvent des Jacobins, sur les Représentations de Toulouse.
Le Président lit ensuite le courrier qu’il a adressé le 22 mai dernier au Maire de Toulouse concernant l’aménagement des places Saint-Raymond et Saint-Sernin :
Monsieur le Maire,
Lors de notre dernière séance ordinaire, j’ai lu aux membres réunis de la Société archéologique du Midi de la France votre aimable lettre du 27 avril dernier, dans laquelle vous accusez réception de notre offre de partenariat concernant le futur aménagement des places Saint-Raymond et Saint-Sernin. La motion votée par notre Société reflète en effet notre préoccupation face aux éléments du projet de réaménagement, strictement lié à la voie publique, actuellement connu. Notre Société pense en effet qu’un tel lieu et un tel monument méritent un projet d’une plus grande envergure, à la mesure de ce patrimoine exceptionnel. Un projet qui prenne en compte une fouille archéologique programmée la plus complète possible de l’ensemble du site affecté par les travaux, l’achèvement de la restauration et la valorisation de Saint-Sernin (en se posant bien les questions de la protection du monument, déjà insuffisante aujourd’hui avec les grilles existantes), la construction d’un indispensable musée de l’œuvre, la conservation et la présentation au public des vestiges archéologiques intéressants.
C’est pourquoi notre Société a mis en place en son sein une commission spéciale, formée d’un architecte du patrimoine, d’archéologues, d’historiens, d’historiens de l’art et de conservateurs, pour mener à bien une réflexion sur toutes ces questions, à intégrer dans le cadre d’un projet global qui ne laissera de côté aucun des éléments constituant aujourd’hui le grand site de Saint-Sernin. Lorsque cette commission aura suffisamment travaillé, elle ne manquera pas de faire part de cette réflexion, comme vous le souhaitez, à Madame Annette Laigneau, Adjointe au Maire chargée de l’urbanisme réglementaire et de la mise en valeur du patrimoine toulousain. Vous savez que je l’ai déjà longuement rencontrée le 13 mars dernier pour lui expliquer mon point de vue sur le projet Saint-Sernin.
Vous nous faites part de votre souhait d’un diagnostic archéologique, qui sera établi par le Service archéologique de la Métropole. Espérons qu’à la suite de celui-ci, la DRAC de Midi-Pyrénées reconnaîtra enfin l’importance capitale de l’ensemble de ce site archéologique, qui est déjà largement connue, et depuis longtemps, par des spécialistes du monde entier. Lors de la discussion qui a suivi la lecture de votre lettre, la plupart des membres de notre Société se sont étonnés du fait que l’intérêt international du site de Saint-Sernin ne soit pas une évidence. Ils ont aussi fait remarquer que la Mairie de Toulouse est propriétaire de la basilique, du musée Saint-Raymond, de l’Hôtel Dubarry, et de tout l’espace public des places actuelles, et que, détenant ainsi l’ensemble, elle a la rare opportunité d’engendrer là un projet de dimension européenne. Ce dernier, élaboré avec les moyens intellectuels nécessaires, puis réalisé selon un plan directeur, conférerait à Toulouse le rang qu’elle mérite et un atout maître pour sa candidature au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il serait, de plus, susceptible de recevoir des subventions de toutes les institutions publiques françaises et une aide conséquente de l’Europe, comme cela est le cas dans de nombreux projets similaires. L’initiative, selon tous nos membres, devrait revenir à la Ville, dans le cadre de la politique patrimoniale ambitieuse que vous avez, Monsieur le Maire, annoncée. La Société estime que cela ne saurait être fait au coup par coup et en fonction d’avis administratifs qui peuvent être fort aléatoires.
Vous ayant ainsi fait savoir l’opinion, sur l’ensemble du site unique de Saint-Sernin de Toulouse, de notre Société, qui est de par ses statuts soucieuse de la préservation, la connaissance et la mise en valeur des éminents biens archéologiques et artistiques de Toulouse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma considération très distinguée et celle de mon meilleur souvenir.
Il est proposé de constituer dès à présent un dossier sur le sujet, comprenant la publication intégrale de notre correspondance avec les autorités. La proposition de mettre en ligne les courriers échangés est approuvée par tous.
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Parmi les événements à venir, le Président signale ensuite la prochaine exposition du Musée du Vieux Toulouse, intitulée « Trésors cachés : le Musée du Vieux-Toulouse se dévoile », du 15 juin au 17 octobre ; ainsi qu’une conférence de Magali Vène, le jeudi 11 Juin, aux Archives départementales, sur « François Ier, pouvoir et image ». Le 62e congrès de la Fédération historique de Pyrénées, qui aura lieu à Bagnères de Bigorre, les 12-14 juin portera quant à lui sur les « Pays pyrénéens et l’environnement ». Le Conseil général organise également une exposition sur l’œuvre de Marc Saint-Saëns, au château de La Réole. Le catalogue en est donné à la société. A cette occasion, Michèle Heng rappelle qu’elle avait fait sa thèse sur cet artiste toulousain, qui n’était donc pas si « oublié » que peut le laisser penser le titre du catalogue. Elle se propose d’ailleurs de revenir ultérieurement sur cet artiste dans les Mémoires de la Société. Guy Ahlsell de Toulza rappelle que l’entrée de l’exposition, ainsi que le catalogue, sont gratuits, et prévient qu’il s’agira peut-être d’une des dernières grandes expositions d’art toulousain ancien, avant un probable retour de l’art contemporain.
Maurice Scellès annonce enfin le don à la Société du projet de publication inachevé de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, sur Quatre siècles d’imprimerie à Toulouse. Il remercie Maxence Fabiani, des éditions Loubatières, qui a permis ce don, qui devrait être très utile aux chercheurs à venir sur ce sujet.
François Bordes prend ensuite la parole pour présenter une communication courte sur Des enluminures au service des archivistes. Il conclut en présentant la page Facebook animée par Maria Alessandra Bilotta intitulée Southern France illuminated juridical manuscript production, qui permet de diffuser et de valoriser les questions liées aux manuscrits juridiques enluminés du Midi de la France.
Le Président le remercie pour sa présentation. François Bordes précise que l’exposition en cours sur Sienne, aux origines de la Renaissance, au Musée des Beaux-Arts de Rouen ne propose que peu d’exemple de la peinture civile, en dehors de la reproduction de la peinture du Bon Gouvernement. Maurice Scellès trouve un peu excessive l’expression de « codification archivistique » relative aux dessins étudiées. Pour lui, les images des couvertures permettent seulement d’identifier le capitoulat concerné dans l’ouvrage, mais pas au-delà. François Bordes ajoute qu’en général on trouve aussi le nom du capitoulat en occitan et l’année. Quant aux couvertures siennoises, les registres de la Biccherna et de la gabelle devaient être conservés séparément, donc elles ne portent pas de signes distinctifs. On pourrait parler, à défaut de codification archivistique, au moins d’aides ou d’outils pour les archivistes. Puisque le système utilisé en général recourait plutôt aux lettres (caisse A) ou aux numéros.
Dominique Watin-Grandchamp demande s’il existe un lien entre les saints représentés et la période de l’année considérée, mais François Bordes répond qu’il s’agit uniquement de représentation des capitoulats, topographiques donc, et non chronologiques. Il ajoute que la tranche des livres ne porte pas d’informations, ce qui pose la question de leur rangement. Laurent Macé signale le cas des archives récemment retrouvées à Clermont-Ferrand, et qui était ordonné selon un système de classement suivant les lettres A-V-E M-A-R-I-A. François Bordes ajoute que le cas est fréquent, les mots formant en général l’expression AVE MARIA ou PATER NOSTER. Thomas Falmagne propose de considérer que ces documents d’archives ont pu être conservés à plat, puisque c’était également le cas des manuscrits. Il se demande si les copistes ne sont pas les auteurs de ces représentations. François Bordes répond qu’il n’y a pas dans les comptes toulousains de traces relatives au paiement de ce genre de travaux, alors qu’on trouve des mentions pour la peinture du Livre des Histoires, ou les fresques des murs de la Maison commune. Il rappelle aussi qu’il n’y avait alors pas d’office de peintre officiel de la Maison commune.
Thomas Falmagne demande si Toulouse possède encore des documents civils du même type enluminés. François Bordes répond qu’en dehors des Cartulaires de la Ville et des fameuses Annales, peu de documents enluminés sont conservés. Maurice Scellès s’étonne alors de trouver des représentations enluminées de ce type, sur de simples registres de taille. François Bordes souligne qu’il s’agit d’ailleurs d’un document financier, tout comme le sont les registres siennois du même type. Il conclue enfin en précisant que les reliures originales de ces documents ont toutes été perdues, avant même l’époque de Roschach, puisque ce dernier ne les mentionne pas (même si il faut reconnaître qu’il ne mentionne pas non plus les fragments enluminés qui viennent d’être évoqués).
Enfin, Laurent Macé demande si d’autres exemples sont connus en dehors du cas siennois, en particulier du côté de la Catalogne ou de l’Aragon, qui ont mis très tôt en place un système fiscal demandant le recours à ce type de registre. François Bordes reconnaît qu’il y en a peut-être ailleurs, même si l’exemple le plus connu est le cas siennois.
Après ces discussions, quelques remarques supplémentaires sont faites concernant la vie de la Société. Guy Ahlsell de Toulza annonce d’abord qu’il a acquis des cadres pour disposer les deux relevés de peintures de Maurice Prin qui ornent la salle de séance. Maurice Scellès revient ensuite sur le site de la Société archéologique : il sera entièrement remodelé pendant l’été, avec notamment une page d’accueil fonctionnant sur un fil d’actualité, en miroir de la page Facebook de la Société. Il rappelle à tous les intervenants à venir qu’il faudrait transmettre des images le jour même de leur communication pour pouvoir illustrer les procès-verbaux de séance. Il remercie enfin Émilie Nadal pour son travail d’animation de la page Facebook, qui compte désormais presque 400 abonnés.
Laurent Macé précise pour ceux qui étaient présents lors de la séance publique, que le membre de l’équipe municipale qui avait promis certaines mesures suite à sa présentation, et qui avait pour cela été chaudement applaudi, n’a depuis jamais repris contact.
Le Président termine en évoquant la prochaine année académique. Le calendrier de cette dernière a été fixé à 16 séances dont une séance publique. Il remercie l’assemblée pour cette année passionnante et passionnée, et pour la richesse des débats en cours. Il note d’ailleurs que la question de l’aménagement de la place Saint-Sernin devra continuer à nous occuper même pendant l’été.
Il prononce ensuite la clôture de l’année académique et invite la Compagnie à partager le verre de l’amitié.
COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ANNÉE ACADÉMIQUE 2013-2014
Séance du 15 octobre 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, le Père Montagnes, MM. Lassure, Le Pottier, Peyrusse, Surmonne, Stouffs, Testard, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Czerniak, Friquart, Heng, Nadal, Queixalós, MM. Chabbert, González-Fernández, Mattalia, Péligry, Rebière, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes de Barrau, Bessis, Lamazou-Duplan, Balty, Victor, MM. Balty, Bordes, Garrigou Grandchamp, Garland, Lapart.
Invitée : Mme Valérie Gaudard, conservateur du patrimoine à la D.R.A.C. de Midi-Pyrénées.
Le Président se réjouit que nous soyons aussi nombreux pour cette séance de rentrée, ce qui exprime bien la satisfaction que nous avons à nous retrouver, et il déclare ouverte l’année académique 2013-2014. Ses pensées vont cependant aussi vers Bernadette Suau, dont la santé ne s’améliore malheureusement pas.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 4 juin dernier, qui est adopté à l’unanimité.
À la demande de Michelle Fournié, le Secrétaire général donne des précisions sur l’état d’avancement du tome LXXI de nos Mémoires : cinq articles sont composés et les épreuves en seront prochainement envoyées aux auteurs et on achève en ce moment la relecture des autres ; le volume devrait être prêt à la fin de l’année pour être imprimé au début 2014, et en tout cas avant la séance publique du mois de mars.
Le Président rend compte de la correspondance reçue, qui comprend :
– un envoi de la société HADÈS : Léa Gérardin, Château de Scopont, Maurens-Scopont, Tarn, Rapport final d’opération, septembre 2013, 2 volumes : texte, 64 p., illustrations, 187 p. ;
– l’annonce de la subvention de 3000 € qui nous est accordée par la Ville de Toulouse ;
– une lettre de M. Jean-Luc Moudenc, ancien maire de Toulouse, à propos du financement du « Minotaure » ;
– l’annonce de la conférence sur Les fortifications villageoises à la fin du Moyen Âge, que fera Mme Anaïs Comet, doctorante et chargée de mission d’inventaire au Conseil général du Gers, le 20 octobre prochain à Flaran ;
– la carte touristique des retables baroques du Lot, éditée par le service du patrimoine du Conseil général ;
– le bon de souscription aux Chroniques calmontaises d’Anne Berdeil ;
– l’annonce du colloque Signé Fébus : Marques personnelles, écritures et pouvoir autour de Gaston III, comte de Foix, dit Fébus, qui se tiendra à Pau les 17 et 18 octobre prochains ;
– l’annonce du colloque Sedes sapientiae. Vierges noires, organisé par notre consœur Sophie Cassagnes-Brouquet et qui se tiendra les 19 et 20 octobre prochains à Rocamadour ;
– et un grand nombre d’invitations et d’annonces diverses qui nous sont parvenues pendant l’été.
Le Président signale par ailleurs que l’Association du Salon du livre de Mirepoix a décidé de primer site Internet de la Société Archéologique du Midi de la France. Pour recevoir le prix, le 7 juillet, notre Société était représentée par Lisa Barber. Maurice Scellès explique que ce n’est ni l’esthétique du site ni sa technologie qui ont retenu l’attention de l’association, mais la richesse et la qualité des informations mises en ligne.
Le Président y voit une confirmation de l’intérêt des questions diverses de nos séances, qui permettent d’échanger nombre d’informations mais aussi de les enregistrer pour le futur. Le Secrétaire général abonde dans ce sens, en demandant cependant que les interventions fassent si possible l’objet de notes écrites transmises au secrétaire de séance, de manière à faciliter son travail et à améliorer la qualité des comptes rendus.
La parole est à Virginie Czerniak pour une communication sur Les peintures d’Ourjout récemment découvertes.
Le Président remercie Virginie Czerniak de nous avoir présenté une nouvelle fois cette découverte tout à fait extraordinaire dans notre région, et d’avoir montré les relations étroites qui existent entre les peintures d’Ourjout et les peintures catalanes.
Puis après avoir souhaité la bienvenue à Mme Valérie Gaudard, qui nous a rejoints, il la remercie pour son travail en faveur de la conservation de ces peintures.
Quitterie Cazes demande si l’animal bizarre peut représenter le signe du capricorne, et Louis Peyrusse si l’ordre des signes zodiacaux est respecté. Virginie Czerniak indique que l’ordre des signes du zodiaque a beaucoup varié, et surtout au Moyen Âge. Henri Pradalier rappelle que c’est avec Zénon de Vérone que l’on a commencé à moraliser le zodiaque païen. Aucun parallèle n’a cependant jamais été établi avec les douze apôtres. Virginie Czerniak dit qu’elle n’a rien trouvé non plus dans ce sens. Puis elle dit avoir été frappée par l’utilisation de l’écriture dans les peintures d’Ourjout, les lettres disposées sans ordre laissant penser que le peintre ne savait pas écrire. Quitterie Cazes ne partage pas cette conclusion, et se réfère au cloître de Moissac où le jeu avec les lettres semblent plutôt produire une surabondance de sens. Dominique Watin-Grandchamp note que la présence d’un tilde, à Ourjout, indiquerait que le peintre connaissait au contraire la graphie.
Sophie Cassagnes-Brouquet fait remarquer qu’un C se trouve à côté du signe zodiacal qui n’a pas été identifié, et qu’il faut sans doute poursuivre la recherche.
Le Président s’intéresse à ce que l’on ne voit pas aujourd’hui, sur le cul-de-four de l’abside. Et comme il s’interroge sur le vocable, Virginie Czerniak précise que l’église est dédiée à saint Pierre. Mais on ne sait pas depuis quand, ajoute Henri Pradalier avant de souligner les différences de styles entre les peintures d’Ourjout et celles du maître de Pedret. Puis il rappelle que ces peintures que l’on dit « catalanes » appartiennent à un ensemble qu’il faudrait en fait qualifier de pyrénéen.
La parole est à Henri Pradalier pour la seconde communication du jour : À propos de Pantasaron.
Le Président remercie Henri Pradalier pour cette communication très vivante sur un thème si rare et mystérieux.
En réponse à une question de Jean-Louis Rebière, Henri Pradalier rappelle que c’est dès les Ve-VIe siècles que l’on réduit le nombre des archanges, en réaction à la gnose qui les multiplie. Les capitulaires de Charlemagne le limitent à trois.
Sophie Cassagnes-Brouquet fait remarquer qu’il n’existe aucune iconographie des archanges dans le monde juif, à cette époque-là précise-t-elle, Henri Pradalier ayant évoqué les peintures bien antérieures de Doura Europos.
Interrogé par Quitterie Cazes, Henri Pradalier rappelle que les canons de la messe sont lus tous les jours dans le rite antérieur à Vatican II, et que ce sont les textes qui ont le moins changé depuis le Moyen Âge. Puisque l’on s’accorde, reprend-elle, pour considérer que les choix iconographiques sont le fait des commanditaires, comment expliquer que des saints milanais se trouvent dans les peintures du maître de Pedret ? Henri Pradalier explique qu’avant la venue du maître de Pedret, la peinture catalane montre une réelle pauvreté tant dans son iconographie que dans son style. Le Maître de Pedret apporte avec lui une culture nouvelle en accord avec les clercs qui, depuis l’abbé Oliba, cherchent à introduire en Catalogne la liturgie romaine et donc ses modèles stylistiques et iconographiques. Il semble bien que pour la peinture ce soit l’effet du seul Maître de Pedret.
D’après Henri Pradalier, il n’est pas exclu que les sources de l’art de ce peintre soient à chercher auprès des moines chassés d’Anatolie et réfugiés dans les parties byzantines de la péninsule italienne après la défaite infligée aux Byzantins par les Turcs à Mantzikert (1071). On remarquera à ce propos les concordances chronologiques, l’activité du Maître de Pedret en Catalogne étant placée traditionnellement entre les années 1075-1080 et 1117.
Sophie Cassagnes-Brouquet ayant demandé si l’on connaissait des représentations de Pentasaron dans l’art byzantin, Virginie Czerniak dit que les recherches entreprises dans cette direction ont été vaines.
Au titre des questions diverses, le Président rend compte de deux visites faites récemment sur des chantiers archéologiques en compagnie de Jean-Michel Lassure.
Sur le site de l’Université de Toulouse-Le Mirail, le service archéologique de Toulouse métropole a réalisé une série de sondages pour essayer de préciser le tracé du canal de l’aqueduc. Une discussion improvisée avec Pierre Pisani, Christian Darles et Jean-Marie Pailler, rencontrés sur place, a porté sur l’intérêt de profiter de ces découvertes pour mettre en valeur le monument antique.
Ce qui s’est passé quai Saint-Pierre est moins glorieux.
Notre Société s’est préoccupée l’an dernier des projets d’aménagement touchant le port Saint-Pierre, attirant l’attention sur l’intérêt archéologique du site et en particulier sur le mur de digue du XVIIIe siècle. M. Joan Busquets a répondu qu’il partageait notre point de vue sur le port du XVIIIe siècle. Mais les éléments archéologiques ? Dans n’importe quelle ville du monde, on considèrerait le site du port Saint-Pierre comme un site majeur. Or nous avons pu constater hier que le site avait été décaissé sur trois à quatre mètres, sans autre forme de procès, et vérifier que l’on avait là des vestiges en grand nombre et un matériel archéologique considérable.
Nous avons enfin la réponse à toutes les questions que nous avions posées : il n’y a plus de site archéologique sous le port Saint-Pierre ! Et nous risquons d’être les seuls à témoigner de cet évènement.
Le Président rappelle que cela fait deux ans que l’on parle de ce projet : il y a de quoi se demander comment sont données les autorisations de travaux. Le Président cite un contre-exemple, en Espagne une fois de plus : le réaménagement d’un marché à Barcelone, le marché de Born, a permis la fouille d’un site de 8000 m2 où tout a été conservé et sur lequel a été aménagé un espace muséographique.
![]() | Patrice Cabau signale par ailleurs que le 26 juillet dernier, le creusement d’une tranchée à l’angle des rues des Cuves-Saint-Sernin et Adolphe-Félix-Gatien-Arnoult a fait apparaître des substructions médiévales en blocage de galets liés au mortier de chaux, avec assises de brique (photo). Ces fondements sont ceux d’un mur d’environ 1,70 m d’épaisseur, approximativement orienté nord-sud ; contre la face est de ce mur était venu s’appuyer un mur bâti de briques. La construction en galets paraît avoir appartenu au côté est de la porte septentrionale de l’enclos canonial de Saint-Sernin. |
Le Président remercie Patrice Cabau.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Lassure, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Heng, Nadal, Queixalós, MM. Macé, Molet, Penent, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Bossoutrot, Cazes, Lamazou-Duplan ; MM. Balty, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Rebière.
Invités : M. le professeur Thomas Falmagne, conservateur à la Bibliothèque Nationale du Luxembourg, M. Georges Cugulière.
Le Président salue la présence parmi nous du professeur Thomas Falmagne et le remercie pour le don de sa publication intitulée Les Cisterciens et leurs bibliothèques, publiée à Troyes en 2012. Après lecture, le procès verbal de la séance précédente est adopté.
Au titre du courrier, le Président se félicite d’abord de l’arrivée des premiers exemplaires du dernier volume des Mémoires de la Société. Il signale ensuite à l’attention des bibliothécaires une lettre d’un correspondant qui recherche des informations au sujet d’un membre de sa famille qui reçut jadis une médaille de la part de la société. Dans un autre courrier, les Archives municipales font part de leur souhait de pouvoir emprunter des documents originaux du géographe Jean Coppolani, dans le cadre d’une exposition à venir au couvent des Jacobins, sur les Représentations de Toulouse.
Le Président lit ensuite le courrier qu’il a adressé le 22 mai dernier au Maire de Toulouse concernant l’aménagement des places Saint-Raymond et Saint-Sernin :
Monsieur le Maire,
Lors de notre dernière séance ordinaire, j’ai lu aux membres réunis de la Société archéologique du Midi de la France votre aimable lettre du 27 avril dernier, dans laquelle vous accusez réception de notre offre de partenariat concernant le futur aménagement des places Saint-Raymond et Saint-Sernin. La motion votée par notre Société reflète en effet notre préoccupation face aux éléments du projet de réaménagement, strictement lié à la voie publique, actuellement connu. Notre Société pense en effet qu’un tel lieu et un tel monument méritent un projet d’une plus grande envergure, à la mesure de ce patrimoine exceptionnel. Un projet qui prenne en compte une fouille archéologique programmée la plus complète possible de l’ensemble du site affecté par les travaux, l’achèvement de la restauration et la valorisation de Saint-Sernin (en se posant bien les questions de la protection du monument, déjà insuffisante aujourd’hui avec les grilles existantes), la construction d’un indispensable musée de l’œuvre, la conservation et la présentation au public des vestiges archéologiques intéressants.
C’est pourquoi notre Société a mis en place en son sein une commission spéciale, formée d’un architecte du patrimoine, d’archéologues, d’historiens, d’historiens de l’art et de conservateurs, pour mener à bien une réflexion sur toutes ces questions, à intégrer dans le cadre d’un projet global qui ne laissera de côté aucun des éléments constituant aujourd’hui le grand site de Saint-Sernin. Lorsque cette commission aura suffisamment travaillé, elle ne manquera pas de faire part de cette réflexion, comme vous le souhaitez, à Madame Annette Laigneau, Adjointe au Maire chargée de l’urbanisme réglementaire et de la mise en valeur du patrimoine toulousain. Vous savez que je l’ai déjà longuement rencontrée le 13 mars dernier pour lui expliquer mon point de vue sur le projet Saint-Sernin.
Vous nous faites part de votre souhait d’un diagnostic archéologique, qui sera établi par le Service archéologique de la Métropole. Espérons qu’à la suite de celui-ci, la DRAC de Midi-Pyrénées reconnaîtra enfin l’importance capitale de l’ensemble de ce site archéologique, qui est déjà largement connue, et depuis longtemps, par des spécialistes du monde entier. Lors de la discussion qui a suivi la lecture de votre lettre, la plupart des membres de notre Société se sont étonnés du fait que l’intérêt international du site de Saint-Sernin ne soit pas une évidence. Ils ont aussi fait remarquer que la Mairie de Toulouse est propriétaire de la basilique, du musée Saint-Raymond, de l’Hôtel Dubarry, et de tout l’espace public des places actuelles, et que, détenant ainsi l’ensemble, elle a la rare opportunité d’engendrer là un projet de dimension européenne. Ce dernier, élaboré avec les moyens intellectuels nécessaires, puis réalisé selon un plan directeur, conférerait à Toulouse le rang qu’elle mérite et un atout maître pour sa candidature au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il serait, de plus, susceptible de recevoir des subventions de toutes les institutions publiques françaises et une aide conséquente de l’Europe, comme cela est le cas dans de nombreux projets similaires. L’initiative, selon tous nos membres, devrait revenir à la Ville, dans le cadre de la politique patrimoniale ambitieuse que vous avez, Monsieur le Maire, annoncée. La Société estime que cela ne saurait être fait au coup par coup et en fonction d’avis administratifs qui peuvent être fort aléatoires.
Vous ayant ainsi fait savoir l’opinion, sur l’ensemble du site unique de Saint-Sernin de Toulouse, de notre Société, qui est de par ses statuts soucieuse de la préservation, la connaissance et la mise en valeur des éminents biens archéologiques et artistiques de Toulouse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma considération très distinguée et celle de mon meilleur souvenir.
Il est proposé de constituer dès à présent un dossier sur le sujet, comprenant la publication intégrale de notre correspondance avec les autorités. La proposition de mettre en ligne les courriers échangés est approuvée par tous.
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Parmi les événements à venir, le Président signale ensuite la prochaine exposition du Musée du Vieux Toulouse, intitulée « Trésors cachés : le Musée du Vieux-Toulouse se dévoile », du 15 juin au 17 octobre ; ainsi qu’une conférence de Magali Vène, le jeudi 11 Juin, aux Archives départementales, sur « François Ier, pouvoir et image ». Le 62e congrès de la Fédération historique de Pyrénées, qui aura lieu à Bagnères de Bigorre, les 12-14 juin portera quant à lui sur les « Pays pyrénéens et l’environnement ». Le Conseil général organise également une exposition sur l’œuvre de Marc Saint-Saëns, au château de La Réole. Le catalogue en est donné à la société. A cette occasion, Michèle Heng rappelle qu’elle avait fait sa thèse sur cet artiste toulousain, qui n’était donc pas si « oublié » que peut le laisser penser le titre du catalogue. Elle se propose d’ailleurs de revenir ultérieurement sur cet artiste dans les Mémoires de la Société. Guy Ahlsell de Toulza rappelle que l’entrée de l’exposition, ainsi que le catalogue, sont gratuits, et prévient qu’il s’agira peut-être d’une des dernières grandes expositions d’art toulousain ancien, avant un probable retour de l’art contemporain.
Maurice Scellès annonce enfin le don à la Société du projet de publication inachevé de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, sur Quatre siècles d’imprimerie à Toulouse. Il remercie Maxence Fabiani, des éditions Loubatières, qui a permis ce don, qui devrait être très utile aux chercheurs à venir sur ce sujet.
François Bordes prend ensuite la parole pour présenter une communication courte sur Des enluminures au service des archivistes. Il conclut en présentant la page Facebook animée par Maria Alessandra Bilotta intitulée Southern France illuminated juridical manuscript production, qui permet de diffuser et de valoriser les questions liées aux manuscrits juridiques enluminés du Midi de la France.
Le Président le remercie pour sa présentation. François Bordes précise que l’exposition en cours sur Sienne, aux origines de la Renaissance, au Musée des Beaux-Arts de Rouen ne propose que peu d’exemple de la peinture civile, en dehors de la reproduction de la peinture du Bon Gouvernement. Maurice Scellès trouve un peu excessive l’expression de « codification archivistique » relative aux dessins étudiées. Pour lui, les images des couvertures permettent seulement d’identifier le capitoulat concerné dans l’ouvrage, mais pas au-delà. François Bordes ajoute qu’en général on trouve aussi le nom du capitoulat en occitan et l’année. Quant aux couvertures siennoises, les registres de la Biccherna et de la gabelle devaient être conservés séparément, donc elles ne portent pas de signes distinctifs. On pourrait parler, à défaut de codification archivistique, au moins d’aides ou d’outils pour les archivistes. Puisque le système utilisé en général recourait plutôt aux lettres (caisse A) ou aux numéros.
Dominique Watin-Grandchamp demande s’il existe un lien entre les saints représentés et la période de l’année considérée, mais François Bordes répond qu’il s’agit uniquement de représentation des capitoulats, topographiques donc, et non chronologiques. Il ajoute que la tranche des livres ne porte pas d’informations, ce qui pose la question de leur rangement. Laurent Macé signale le cas des archives récemment retrouvées à Clermont-Ferrand, et qui était ordonné selon un système de classement suivant les lettres A-V-E M-A-R-I-A. François Bordes ajoute que le cas est fréquent, les mots formant en général l’expression AVE MARIA ou PATER NOSTER. Thomas Falmagne propose de considérer que ces documents d’archives ont pu être conservés à plat, puisque c’était également le cas des manuscrits. Il se demande si les copistes ne sont pas les auteurs de ces représentations. François Bordes répond qu’il n’y a pas dans les comptes toulousains de traces relatives au paiement de ce genre de travaux, alors qu’on trouve des mentions pour la peinture du Livre des Histoires, ou les fresques des murs de la Maison commune. Il rappelle aussi qu’il n’y avait alors pas d’office de peintre officiel de la Maison commune.
Thomas Falmagne demande si Toulouse possède encore des documents civils du même type enluminés. François Bordes répond qu’en dehors des Cartulaires de la Ville et des fameuses Annales, peu de documents enluminés sont conservés. Maurice Scellès s’étonne alors de trouver des représentations enluminées de ce type, sur de simples registres de taille. François Bordes souligne qu’il s’agit d’ailleurs d’un document financier, tout comme le sont les registres siennois du même type. Il conclue enfin en précisant que les reliures originales de ces documents ont toutes été perdues, avant même l’époque de Roschach, puisque ce dernier ne les mentionne pas (même si il faut reconnaître qu’il ne mentionne pas non plus les fragments enluminés qui viennent d’être évoqués).
Enfin, Laurent Macé demande si d’autres exemples sont connus en dehors du cas siennois, en particulier du côté de la Catalogne ou de l’Aragon, qui ont mis très tôt en place un système fiscal demandant le recours à ce type de registre. François Bordes reconnaît qu’il y en a peut-être ailleurs, même si l’exemple le plus connu est le cas siennois.
Après ces discussions, quelques remarques supplémentaires sont faites concernant la vie de la Société. Guy Ahlsell de Toulza annonce d’abord qu’il a acquis des cadres pour disposer les deux relevés de peintures de Maurice Prin qui ornent la salle de séance. Maurice Scellès revient ensuite sur le site de la Société archéologique : il sera entièrement remodelé pendant l’été, avec notamment une page d’accueil fonctionnant sur un fil d’actualité, en miroir de la page Facebook de la Société. Il rappelle à tous les intervenants à venir qu’il faudrait transmettre des images le jour même de leur communication pour pouvoir illustrer les procès-verbaux de séance. Il remercie enfin Émilie Nadal pour son travail d’animation de la page Facebook, qui compte désormais presque 400 abonnés.
Laurent Macé précise pour ceux qui étaient présents lors de la séance publique, que le membre de l’équipe municipale qui avait promis certaines mesures suite à sa présentation, et qui avait pour cela été chaudement applaudi, n’a depuis jamais repris contact.
Le Président termine en évoquant la prochaine année académique. Le calendrier de cette dernière a été fixé à 16 séances dont une séance publique. Il remercie l’assemblée pour cette année passionnante et passionnée, et pour la richesse des débats en cours. Il note d’ailleurs que la question de l’aménagement de la place Saint-Sernin devra continuer à nous occuper même pendant l’été.
Il prononce ensuite la clôture de l’année académique et invite la Compagnie à partager le verre de l’amitié.
Séance du 5 novembre 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, le général Garrigou Grandchamp, MM. Balty, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Nadal, Vallée-Roche, Viers, M. Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Cazes, Heng, Queixalós, Victor, M. Garland.
Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 11 octobre 2013, qui est adopté.
Daniel Cazes se réjouit de la sortie de presse du tome LXX (2010) des Mémoires de la S.A.M.F. et adresse ses félicitations à tous ceux qui ont contribué à cette parution : les auteurs, les relecteurs, les coordinateurs (Anne-Laure Napoléone et Maurice Scellès). Le retard pris dans la publication de nos Mémoires est en voie d’être rattrapé : M. Scellès annonce que le volume LXXI (2011) sera prêt pour la séance publique du 23 mars 2014, Mme Napoléone s’occupe activement du volume LXXII (2012) ; il serait utile qu’une équipe de secours commence à préparer le volume LXXIII (2013).
Le Président rend compte de la dernière réunion du Bureau, qui a conclu au besoin d’aide grandissant que nécessite le fonctionnement de notre Société : gestion de la bibliothèque, des archives, du secrétariat… Il faudrait seconder Louis Latour pour l’envoi des convocations, penser notamment à signaler les changements d’adresse postale ou électronique. Le Secrétaire général demande que des bonnes volontés se manifestent pour prendre en charge, une fois sur trois, la rédaction des procès-verbaux de séance.
M. Cazes présente plusieurs ouvrages offerts à notre bibliothèque par
Jacques Surmonne :
– Anne Berdeil, Chroniques calmontaises, Toulouse, édition de l’auteur, 2013, 276 p. ;
Pierre Garrigou Grandchamp :
– Paola Galetti, Uomini e case nel Medioevo tra Occidente e Oriente, « Biblioteca Laterza Universale », 555, Rome et Bari, Editori Laterza, 2011, 260 p. ;
– Clément Alix, Frédéric Épaud (dir.), La Construction en pan de bois au Moyen Âge et à la Renaissance, collection « Renaissance », Presses universitaires François-Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2013, 449 p. ;
Henri Pradalier :
– Yves Comte, Michèle François, Phares du Languedoc-Roussillon. « Éclairer la mer / Signaler la terre », collection DUO, « Patrimoine protégé », Montpellier, DRAC Languedoc-Roussillon, 2013, 80 p. ;
– Hélène Palouzié et autres, La cathédrale de Montpellier. Présentation historique, architecturale et littéraire, collection DUO, « Patrimoine protégé », Montpellier, DRAC Languedoc-Roussillon, 2013, 80 p.
Henri Pradalier et Michèle Pradalier-Schlumberger donnent également un fonds documentaire fort intéressant, consistant en quarante-six cartons de mémoires ou thèses soutenus à l’université de Toulouse II-Le Mirail. M. Pradalier précise que ces travaux appartiennent, cinq ans après leur soutenance, au domaine public, puis il note que leur qualité est très inégale.
Le Président remercie nos confrères donateurs. Il donne ensuite l’état de la correspondance, qui comprend, outre diverses invitations, le programme du cycle de conférences organisé par la Société française d’archéologie pour 2013-2014. Puis il annonce avoir reçu deux candidatures au titre de membre correspondant de notre Société, émanées de M. Jean Penent, conservateur en cehf honoraire des musées Paul-Dupuy et Georges-Labit, et de Mme Estelle Galbois, maître de conférences en histoire de l’art hellénistique à l’université de Toulouse II-Le Mirail ; agréées par le Bureau, ces candidatures seront soumises au vote lors de la prochaine séance. Enfin, il donne des nouvelles de Nicolas Buchaniec, appelé par ses nouvelles fonctions dans l’Éducation nationale à s’établir à Vichy, et qui néanmoins souhaite demeurer notre confrère.
La parole est à Émilie Nadal pour une communication consacrée à La maîtrise du temps. Calendrier et comput dans le pontifical de Narbonne.
Le Président remercie notre consœur pour sa présentation d’un sujet peu connu. Même si beaucoup d’entre nous ont aperçu le pontifical au musée de Narbonne, on ne se doute pas des richesses que recèle ce manuscrit, que l’on voit toujours ouvert aux mêmes feuillets. Daniel Cazes dit que la question du pouvoir sur le temps est passionnante et signale que l’on perçoit dans l’Europe du XIVe siècle, notamment en Italie, une compétition pour la réalisation d’horloges de plus en plus perfectionnées et précises.
Michèle Pradalier-Schlumberger, après avoir déclaré que la soutenance de la thèse d’Émilie Nadal était très attendue, souligne l’intérêt de sa communication et la pertinence du rapprochement entre les pontificaux exécutés en 1350 pour Pierre de La Jugie et un peu avant 1360 pour Pierre de Saint-Martial. Michèle Pradalier-Schlumberger indique que, dans l’étude du manuscrit de Narbonne qu’elle avait faite avec Yvette Carbonell, elles avaient délibérément laissé de côté la question du comput. Elle continue de s’interroger sur l’interprétation que l’on peut faire du feuillet initial, qui montre deux personnages agenouillés symétriques, peut-être une double représentation de Pierre de La Jugie, avant et après son accession au siège métropolitain de Narbonne : à gauche, moine ; à droite, archevêque.
Émilie Nadal dit avoir tenté diverses combinaisons explicatives, sans parvenir à aucune conviction. Michelle Fournié et Michèle Pradalier-Schlumberger rappellent que, devenu archevêque, Pierre de La Jugie est resté très proche du monde bénédictin.
Henri Pradalier fait observer que les couleurs visibles sur le globe tenu par le Christ, qui figure la mer, la terre et le ciel, correspondent aux émaux des deux écus aux armes du prélat : il pourrait y avoir là un jeu chromatique.
Michelle Fournié relève l’ajout dans le calendrier de fêtes de saints assez récemment canonisés, tel Louis d’Anjou. Elle demande si le calendrier donne les fêtes des saints honorés dans l’ancienne province ecclésiastique de Narbonne, démembrée en 1317, à quoi Émilie Nadal répond que l’on peut se reporter à l’index qu’elle a établi. Michelle Fournié constate ensuite que le remaniement de l’hagiographie de saint Paul « Serge », considéré comme le premier évêque de Narbonne, a été achevé par Guillaume Hulard pendant l’archiépiscopat de Pierre de La Jugie.
Patrice Cabau avoue être resté perplexe devant le titre de la communication porté sur la convocation : « La maîtrise du temps dans le Pontifical de Narbonne, manuscrit enluminé de 1350 ». D’une part, la notion, très moderne ou contemporaine, de « maîtrise du temps » lui est apparue comme plutôt anachronique pour l’époque médiévale, d’autre part, le temps n’a aucune place dans le pontifical de Guillaume Durand qui a servi de modèle pour les pontificaux de Pierre de La Jugie et de Pierre de Saint-Martial. Par ailleurs, lors de la projection, la désorganisation des premiers feuillets du manuscrit de Narbonne ne lui a pas permis de se rendre compte clairement si les tables de comput et le calendrier étaient un hors-d’œuvre ou une partie intégrante du corps du pontifical. Émilie Nadal montre que les éléments relatifs au temps, précédés dans l’ordre originel du manuscrit par une déclaration liminaire de l’archevêque exposant l’économie de son ouvrage, appartiennent bien à une adaptation spécifiquement narbonnaise du pontifical mis au point par Guillaume Durand. Patrice Cabau en conclut que l’archevêque de Narbonne a fait preuve dans son adjonction chronologique des mêmes qualités didactiques qui ont assuré le succès de l’œuvre de l’évêque de Mende.
Émilie Nadal, Patrice Cabau et Henri Pradalier s’accordent à remarquer l’innovation introduite dans la division de la journée, non plus en douze heures, mais en vingt-quatre, ce qui suggère que, à partir du XIVe siècle, le temps ecclésiastique a tendu à rejoindre le temps civil.
Hiromi Haruna-Cazplicki se dit « très reconnaissante » envers Émilie Nadal pour son étude du manuscrit de Narbonne. Elle souligne notamment l’intérêt de l’analyse des miniatures des mois et du zodiaque, dans lequel, à la représentation première d’une licorne, est venue se substituer la figuration du capricorne. Elle relève en outre la technicité des instruments de comput et signale qu’un Psautier de Toulouse confectionné une vingtaine d’années avant le pontifical de Pierre de la Jugie contient des éléments de comput.
Henri Pradalier voudrait savoir à quel jour le pontifical de Narbonne marque le début de l’année. Émilie Nadal indique le 1er janvier, mais elle signale que la date du début de l’année variait d’une institution à l’autre et que, à côté de celui de la Circoncision, bien d’autres styles étaient employés parallèlement.
Le Président conclut l’échange de vues en constatant que la longueur de la discussion a assez témoigné de l’intérêt suscité par la communication.
Au titre des questions diverses, Daniel Cazes donne des informations concernant le chantier en cours au port Saint-Pierre. Lors de sa dernière séance, la Compagnie s’est émue de l’absence de fouilles. Pourtant le S.R.A. de Midi-Pyrénées avait prescrit un diagnostic, puis un protocole de chantier incluant une fouille, ce qui n’a pas été, dans un premier temps, respecté par le maître d’ouvrage. La Société se réjouit d’apprendre que, finalement, une fouille d’urgence a été menée en quelques jours. Une journée « portes ouvertes » a même pu être organisée le samedi 26 octobre pour montrer au public les résultats de cette recherche archéologique. Le journal Voix du Midi en a rendu compte dans son édition du 31 octobre, en illustrant son propos de sept photographies qui garderont la mémoire des vestiges découverts, en attendant ce que publieront à leur tour les archéologues qui ont mené cette opération « express » : cinq jours. Ce journal nous apprend en effet que les vestiges ont été réenfouis dès le soir du 26 octobre pour permettre la continuation des travaux d’aménagement décidés par la Ville de Toulouse et confiés à l’urbaniste Joan Busquets. Ont été mis au jour, d’une part, une section du rempart de Tolosa romaine, et, d’autre part, les installations d’un atelier de tannerie qui a fonctionné aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec plusieurs cuves circulaires ou rectangulaires destinées au tannage des peaux. Il aurait été intéressant de signaler ces vestiges dans l’aménagement projeté, voire de mettre en valeur ce qui reste du rempart du Ier siècle – celui-ci, à l’encontre de ce qu’on imaginait, semblerait former à son extrémité vers la Garonne un angle à partir duquel il longerait le fleuve. Une fois de plus, il est clair que l’archéologie a dû se contenter d’un temps très court octroyé par l’aménageur, et qui n’avait pas fait partie intégrante du projet.
Louis Peyrusse évoque dans le même sens le cas récent des découvertes faite à l’abbaye Saint-Pierre de Moissac, où les fouilleurs n’ont pu disposer que de bien peu de temps.
Marie Vallée-Roche intervient à propos des informations à communiquer à l’Association des journalistes du patrimoine qu’elle nous a présentée l’année dernière (séance du 19 février 2013) ; il s’agit d’abord de s’acquitter de la cotisation, et ensuite de désigner une personne servant de relais.
Guy Ahlsell de Toulza présente les dessins de l’ancien Capitole et d’un projet de Virebent dont Maurice Prin a dernièrement fait don à la Société (séance du 21 mai 2013), qui viennent tout juste d’être restaurés.
Puis il rend compte de la réunion du Bureau de l’Union des six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, qui a eu lieu hier 4 novembre et à laquelle il a participé avec Patrice Cabau. Le Bureau de l’Union a entériné l’acquisition d’une tapisserie de Marc Saint-Saëns, « Le Verseau », destinée à prendre place dans la salle Clémence-Isaure.
Séance du 19 novembre 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Lamazou-Duplan, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Garland, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Czerniak, Friquart, Heng, Jiménez, Joy, Queixalós, MM. Bru, Chabbert, Mattalia, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Pradalier, Directeur, Mmes de Barrau, Galés, Pradalier-Schlumberger, Victor, MM. Garrigou Grandchamp, Tollon.
Christian Péligry devant nous quitter avant la fin de la séance, le Président lui donne la parole pour le rapport sur la candidature de M. Jean Penent au titre de membre correspondant de notre Société.
Jean Balty présente ensuite son rapport sur la candidature présentée par Mme Estelle Galbois.
On procède au vote : M. Jean Penent et Mme Estelle Galbois sont élus membres correspondants de notre Société.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 novembre, qui est adopté.
En marge du procès-verbal, le Président corrige son information sur le tracé du rempart antique sur l’emplacement du port Saint-Pierre : la photographie publiée donnait l’impression d’un mur faisant retour, mais Pierre Pisani lui a précisé qu’il s’agissait du résultat d’un basculement ; la muraille antique arrivait droit sur la berge, sans que l’on sache comment elle s’achevait, ni comment elle s’articulait au rempart du Bas-Empire.
Le Président indique par ailleurs qu’à l’occasion de travaux projetés dans le lycée Pierre-de-Fermat, la Région Midi-Pyrénées a demandé un diagnostic archéologique, réalisé par le service Archéologie de Toulouse Métropole (La Dépêche du Midi, 7 novembre 2013). Les vestiges d’une tour du rempart antique, déjà vue par Sylvain Stym-Popper, fait l’objet d’une reprise d’analyse et d’un relevé précis.
Le Président rend compte de la correspondance reçue : Mme Maria Alessandra Bilotta nous adresse sa candidature au titre de membre correspondant de notre Société. Le rapport est confié à Michelle Fournié.
En demandant à la Compagnie d’excuser son désistement pour la communication de ce soir, Michelle Fournié explique qu’elle s’emploie, avec Daniel Le Blévec, à rattraper le retard pris par la publication des Cahiers de Fanjeaux, dont elle est heureuse d’offrir les volumes 45 et 46.
La parole est à Nicolas Bru pour une communication courte sur de Nouveaux éléments sur le tableau de l’Adoration des bergers de la cathédrale de Cahors, attribué à Jacques Blanchard.
Le Président remercie Nicolas Bru pour cette passionnante enquête historique, iconographique et formelle, qu’il lui a fallu mettre en forme dans un temps très restreint pour nous la présenter ce soir.
En demandant à revoir la gravure de l’Adoration des Mages, signée de Blanchard, Maurice Scellès remarque que c’est bien un linge sur lequel est posé l’enfant, et non un pan du manteau de la Vierge. Concernant l’attribution du tableau à la cathédrale, il invite à la prudence, sachant que nombre d’œuvres ont été déplacées à la Révolution, et que les couvents supprimés en étaient largement pourvus. Dominique Watin-Grandchamp rappelle aussi que certains tableaux appartenaient en propre aux évêques, qui arrivaient éventuellement avec leur collection, et étaient parfois donnés à la cathédrale au moment de leur décès. D’éventuels liens entre l’évêque et la famille seigneuriale de Grézels pourraient fournir d’autres pistes de recherche.
Pour Louis Peyrusse, la question de l’actualité des catalogues d’artistes est particulièrement intéressante. Il avoue ne pas bien comprendre les réticences du professeur Jacques Thuillier : sans doute tenaient-elles pour beaucoup au visage de la Vierge. En tout cas, la messe est dite : le tableau de Cahors est un Blanchard, à moins de supposer une œuvre d’atelier.
Guy Ahlsell de Toulza renchérit dans ce sens en soulignant la similitude des visages de la Vierge sur l’œuvre de Cahors et du tableau de l’Assomption conservé à Cognac, et le même traitement des robes. Il ajoute que si l’on présentait aujourd’hui le tableau de Cahors et la copie de Grézels à Jacques Thuillier, il reviendrait sans doute sur son jugement.
Jean Balty voudrait savoir s’il est possible de déterminer le moment de la découpe du tableau de la cathédrale : est-ce à la Révolution ? Pour Guy Ahlsell de Toulza, le cadre indiquerait plutôt le règne de Charles X. Nicolas Bru indique que la restauration du tableau a permis d’observer la présence de plusieurs couches de repeint. Comme Nicole Andrieu fait remarquer que le tableau de Cahors a pu être intégré à un retable, Nicolas Bru reste réservé sur ce point. Le cintre de la partie haute laisse entendre que c’était le cas pour celui de Grézels, mais il peut s’agir d’une adaptation. Guy Ahlsell de Toulza note que la partie supérieure du tableau pourrait en effet ne pas exister, et que le bord pourrait être droit sans que l’œuvre en soit altérée.
La parole est à Roland Chabbert et Maurice Scellès pour un exposé en forme d’introduction à un débat : L’inventaire général du patrimoine culturel en 2013 : un luxe ou une nécessité ?
Daniel Cazes remercie les deux intervenants pour leur présentation, à l’évidence fort utile, de l’évolution de l’Inventaire depuis son lancement par André Malraux et André Chastel.
Il ouvre ensuite l’échange de vues avec la question, souvent posées par des interlocuteurs étrangers, de la division tripartite, spécifiquement française, entre les Services des Monuments historiques, de l’Archéologie et de l’Inventaire, qui peut apparaître dans les autres pays d’Europe comme une curiosité. Malgré tout le travail, admirable, accompli dans le domaine de l’inventaire, les termes utilisés en France ne lui semblent pas d’une lisibilité bien claire. Ainsi, les notions de « connaissance du Patrimoine », de « Patrimoine culturel » ne sont-elles pas forcément comprises ailleurs, en dehors des circuits des Administrations, et cela alors même que le concept de « bien culturel » a émergé dans la conscience des citoyens. Par exemple, la lecture de la Carte archéologique, éditée département par département, amène à s’interroger sur des découpages assez arbitraires dans le temps (époques de l’Histoire : quand finit l’Antiquité, quand commence le Moyen Âge, pourquoi accorde-t-on plus d’importance à l’une ou à l’autre de ces périodes ?…) et dans l’espace (au-dessus et au-dessous du niveau du sol).
Maurice Scellès reconnaît que ces limites manquent de clarté, et il espère que ces clivages entre les Services finiront par s’effacer avec l’avancement du travail, grâce aux nécessaires collaborations. Puis il note que la fracture peut être due à des raisons techniques : par exemple, les bases de données utilisées par l’Inventaire général, qui permettent de traiter des objets extrêmement divers, ne sont cependant pas du tout adaptées au traitement de sites archéologiques. Le problème n’est plus alors tellement la saisie des données avec les mêmes instruments qu’une restitution au moyen d’un même outil. Un projet tel que l’Atlas du Patrimoine devrait ainsi permettre de regrouper les données des Monuments historiques, celles de l’Inventaire et celles de l’Archéologie.
Par ailleurs, Maurice Scellès avoue que, si la mission d’inventaire lui paraît être d’une très grande importance, la notion de Service de l’Inventaire lui semble être beaucoup moins essentielle. Il s’adresse alors à Mme Jaoul, qui a eu la charge de transférer ce Service de l’État vers la Région. Martine Jaoul rappelle que l’intégration à l’organigramme de la Région s’est accompagné un changement d’appellation, le Service de l’Inventaire devenant Service de la Connaissance du Patrimoine. Pour répondre à la question de l’utilité de l’inventaire, elle souligne fortement le fait que, par le déploiement de ses chercheurs, la mission du Service permet une présence scientifique sur le terrain. Sans l’Inventaire, et aussi bien sûr l’Archéologie, les collectivités n’auraient pas l’occasion de rencontrer des spécialistes, ce qui lui apparaît, en tant qu’ethnologue, comme absolument fondamental pour créer des liens humains.
Aux yeux de Maurice Scellès, cette relation est tout à fait cruciale dans le domaine des partenariats. Si l’action au niveau régional peut fonctionner pour la connaissance, l’ancrage au niveau local est nécessaire pour le montage des actions opérationnelles. Par exemple, la gestion de crédits pour la restauration des objets mobiliers ou des églises n’est guère possible qu’à l’échelon départemental, où l’on peut parvenir à une bonne connaissance de l’ensemble des édifices et des objets qui puisse servir de base à une véritable politique. On peut ensuite parler des niveaux opérationnels en termes d’urbanisme : la ville de Cahors fait actuellement l’objet d’une double opération de révision du secteur sauvegardé et d’inventaire à la parcelle, et c’est assurément la mission de connaissance menée par le Service dont la Ville de Cahors s’est dotée qui peut avoir un impact réel sur le traitement du bâti. Pour Maurice Scellès, la présence continue des Services patrimoniaux au niveau local est essentielle pour la sensibilisation des habitants et des élus, car elle conduit à la prise de conscience de la valeur du Patrimoine et à sa prise en compte dans les projets des collectivités ; elle est essentielle aussi pour la sauvegarde, et donc pour la connaissance : un bout de mur préservé pourra toujours être l’objet de nouvelles études.
Roland Chabbert constate la diversité des situations dans les diverses Régions, pourtant toutes pourvues d’un Service d’Inventaire, et fait état d’une certaine disparité des moyens et des niveaux de traitement. Cela risque à terme de poser le problème de la cohérence du corpus en cours de constitution. Pour l’instant, la méthode reste la même partout, mais il faut craindre que les Services des différentes Régions ne mettent au point des outils qui leur seront propres, dans certains cas en collaboration avec des universités qui ont leurs propres manières de travailler. L’autre risque est que chaque Région s’enferme dans une vision exclusive de son Patrimoine, alors qu’un Patrimoine régional ne prend véritablement sa valeur que par rapport à ceux des Régions voisines et du reste du territoire national. Ce risque n’est peut-être pas encore assez pris en compte par les Services, ni par les élus.
Louis Peyrusse se souvient que l’Inventaire avait connu un bien mauvais départ en Midi-Pyrénées, en raison notamment d’une série d’oppositions, avec diverses institutions (Monuments historiques, Université, Sociétés savantes…) et entre personnes… On ne peut que se féliciter d’une évolution qui, de 1974 à 2013, a été très positive. Il manque encore certains outils cependant, notamment des vocabulaires : si l’on dispose du Vocabulaire de l’Architecture de Pérouse de Montclos, on est toujours en attente du Vocabulaire de l’Ornement (qui devrait être publié en 2014). Du point de vue de Louis Peyrusse, la régionalisation peut présenter un danger : que l’inventaire se réduise à un catalogue ; il conviendra de garder à l’esprit qu’un inventaire est un ensemble qui doit faire sens.
Maurice Scellès abonde en ce sens. Il s’agit ainsi de savoir si la préoccupation est actuellement toujours de faire un Inventaire général du patrimoine culturel, ou si l’on procède, au moyen de bases de données permettant d’enregistrer à peu près tous les objets, à une collection hétéroclite juxtaposant des œuvres très diverses ainsi que des informations ou études de qualité fort inégale. La question du sens est fondamentale, et l’aventure de l’inventaire du patrimoine artistique, monumental, industriel, culturel de façon générale, représente bien un enjeu intellectuel. L’inventaire peut paraître fractionné, certes, mais la matière première accumulée peut toujours à certain moment prendre sens par des études spécifiques. Le débat sur la mission de l’Inventaire (Service de recherche ou de documentation ?) est un faux débat : la qualité de la documentation dépend étroitement des mouvements de la recherche et de la personnalité des chercheurs. Le vice fondamental de la conception des années 1960 a été que l’on imaginait un inventaire sans chercheurs. Il y avait quelque aberration intellectuelle dans le fait de penser qu’en élaborant des principes d’étude scientifique, des méthodes supposées immuables et définitives, on fournirait des outils objectifs d’analyse de la réalité permettant de se dispenser du jugement des personnes. Aujourd’hui, à la différence des publications sur le papier, le système documentaire permet d’actualiser et de compléter en permanence l’information et par là de faire évoluer le regard.
Guy Ahlsell de Toulza souhaite connaître l’état et l’organisation actuels du Service du patrimoine de la Région Midi-Pyrénées, à Toulouse et dans les départements. Roland Chabbert indique qu’il comprend douze personnes, dont six chercheurs et six agents administratifs ou techniques, auxquels s’ajoutent les quarante chercheurs employées par les vingt territoires qui ont conclu un partenariat avec la Région : deux à Toulouse, quatre en pays du Quercy, un à Rodez, etc. Les partenariats prennent la forme de programmes annuels conjointement élaborés, en fonction de centres d’intérêt variables (par exemple à Montauban, ville d’Art et d’Histoire, où l’on souhaitait organiser des visites guidées dans un quartier, un programme de recherche sur ce quartier a été mis sur pied pour que la documentation serve à monter une exposition), ou de projets sur trois ou quatre années (par exemple le grand projet sur la viticulture dans le Gaillacois, qui aboutira à une publication dans les Cahiers du Patrimoine en 2014). Il faut souligner qu’en Midi-Pyrénées, le Service de la Région et les services partenaires travaillent sur un pied d’égalité, ce qui explique le succès…
Guy Ahlsell de Toulza, à partir d’exemples pris dans le Tarn, se demande quelle est la cohérence globale des diverses réalisations :
– Lavaur, avec l’inventaire, par une personne seule, des maisons médiévales, suivi de visites et de conférences ;
– une publication sur la viticulture à Gaillac, où se déploie un véritable lobbying pour la promotion du vignoble gaillacois, et cela en vue de l’obtention d’un label « Pays d’Art et d’Histoire », alors qu’il n’y a aucune infrastructure, ni aucun intérêt réel des élus pour le patrimoine ;
– Albi, rien, alors que la ville figure dans la liste du Patrimoine mondial.
Roland Chabbert explique ces disparités par une différence d’échelles et d’enjeux en fonction des collectivités : à Lavaur, la personne est intégrée au personnel de la Ville ; dans le Gaillacois, la mission est confiée au Conseil général.
Le Président adresse ses félicitations à Yoan Mattalia qui vient de soutenir brillamment, vendredi 8 novembre, sa thèse de doctorat sur Les établissements des ordres religieux militaires aux XIIe-XIIIe siècles dans les diocèses de Cahors, Rodez et Albi. Approche archéologique et historique.
Séance du 3 décembre 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Haruna-Czaplicki, Napoléone, M. Catalo, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Le Pottier, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Bessis, Galbois, Nadal, Vallée-Roche, MM. Chabbert, Péligry, Penent, membres correspondants.
Excusés : M. Pradalier, Directeur, Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, de Barrau, Cazes, Heng, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Queixalós, Victor, MM. Balty, Bordes, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Georges, Tollon.
Le Président souhaite la bienvenue à Estelle Galbois et Jean Penent, récemment élus membres correspondants de notre Société et qui prennent séance ce soir. Nous espérons les voir souvent parmi nous et plus encore les entendre.
Le Secrétaire général n’ayant pu en achever la rédaction, la lecture du procès-verbal de la dernière séance est reportée.
Le Président rappelle le rendez-vous du 14 janvier prochain au Musée des Augustins pour la visite de l’exposition Trésors enluminés – De Toulouse à Sumatra, qui nous sera présentée par Mme Charlotte Riou.
La parole est à Geneviève Bessis pour une communication sur Deux imprimeurs toulousains concurrents : Jacques Colomiès (1526-1568) et Guyon Boudeville (1541-1562) :
La grammaire latine d’Antonio de Nebrija connut quatre éditions toulousaines : Nicolas Vieillard, 1537, Jacques Colomiès, 1538 et 1541 et enfin Guyon Boudeville, 1545. Grand succès de librairie pendant le XVIe siècle, ce manuel indispensable pour les étudiants fut l’objet d’une concurrence acharnée particulièrement entre les deux plus grands imprimeurs de la Renaissance toulousaine, Jacques Colomiès et Guyon Boudeville.
Le Président remercie notre consœur de nous avoir fait découvrir l’imprimerie qui se pratiquait dans le deuxième quart du XVIe siècle, non seulement à Toulouse, mais également à Lyon. Au terme de cet exposé vraiment très intéressant, il se pose la question des raisons auxquelles tient la différence de qualité des gravures, très sensible entre les impressions réalisées dans l’une et l’autre ville. Geneviève Bessis élargit le constat des différences de qualité des gravures : celles de Toulouse sont inférieures à celles de Lyon, qui sont elles-mêmes très en dessous de celles de Venise – elle aurait pu nous montrer un exemple d’impression vénitienne pour la grammaire latine d’Antonio de Nebrija dont elle a étudié les avatars. Puis, répondant à Maurice Scellès, curieux lui aussi de connaître les raisons de la médiocrité des gravures toulousaines, elle dit que celles qu’elle a examinées font voir que les bois étaient très usés par des tirages multipliés, qui allaient d’après les contrats jusqu’à 1 500 exemplaires ; par ailleurs, le travail sur les matrices des gravures toulousaines paraît avoir été plus grossier qu’ailleurs, où les traits sont moins épais.
Daniel Cazes pose la question de l’origine des graveurs. Ils étaient probablement toulousains ; Geneviève Bessis note à ce propos que les gravures sont dans leur très grande majorité anonymes, sauf dans le cas d’une, signée « Claude Lamberti », qui figure dans un ouvrage imprimé chez Guyon Boudeville, cette quasi exception constituant d’ailleurs une énigme. Jean Penent rappelle que l’exposition que Robert Mesuret avait organisée sur le thème des graveurs toulousains des XVIe et XVIIe siècles avait montré que leur style était fort médiocre.
Le Père Montagnes fait observer qu’il a manqué lors de la projection des gravures une indication permettant d’apprécier leur qualité : leurs dimensions. Mme Bessis corrige cette omission en indiquant que les volumes étudiés sont de format grand in-quarto, soit environ 28 cm de hauteur.
Jean Catalo demande si l’on a idée du prix d’un exemplaire de l’ouvrage présenté, au XVIe siècle. « Aucune idée » déclare Geneviève Bessis, qui ajoute que les seuls indices que l’on ait au sujet des coûts d’impression sont les conditions des contrats passés avec Colomiès et Boudeville, où il est stipulé que l’imprimeur est payé à la page, avec un tarif différent pour les pages en noir et celles en noir et rouge. Par ailleurs, ces contrats montrent que les libraires ont la main sur l’exclusivité de la vente des livres, placés dans un dépôt dont ils détiennent la clef ; la réimpression des ouvrages est prohibée pour une période de trois ans.
Pour répondre à une remarque de Jean Penent, Geneviève Bessis montre que Jacques Colomiès et Guyon Boudeville sont constamment en concurrence. Ils sont en effet les deux meilleurs imprimeurs de Toulouse, et les plus productifs : plus de 145 ouvrages pour Boudeville, plus de 200 pour Colomiès. C’est Colomiès qui sortira vainqueur de cette rivalité : Guyon Boudeville pendu en 1562 pour hérésie, il acquiert son matériel mis aux enchères par ordre des capitouls, qu’il ajoute à ses propres moyens d’impression, lesquels comprenaient ceux qu’il avait déjà récupérés de Jean Faur et de Jean Grandjean. Du reste, il faut remarquer que les imprimeurs de Toulouse étaient mis en compétition avec ceux de Lyon, notamment par les professeurs de droit de l’Université toulousaine. Le médecin Augier Ferrier faisait lui aussi travailler tour à tour les imprimeurs des deux villes.
Geneviève Bessis tient à faire observer qu’il s’est dit beaucoup d’inexactitudes sur le compte de Guyon Boudeville. Celui-ci n’a ainsi pas exclusivement travaillé pour des protestants (son adhésion à la Réforme ne s’est faite que sur le tard), et son horizon intellectuel ne se limitait pas à l’aspect religieux. Ce nonobstant, Jean Penent rappelle qu’on doit à Colomiès d’avoir imprimé le protestant lectourois Pey de Garros.
Christian Péligry exprime le très grand plaisir qu’il a eu de suivre l’exposé de Geneviève Bessis, qui a « très habilement » présenté les deux imprimeurs à travers un ouvrage dont ils se sont disputé l’impression. Il confirme la prépondérance acquise par Colomiès, dont la production représente finalement plus de 20 % des livres imprimés à Toulouse au XVIe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait avoir un aperçu des modes de fonctionnement des ateliers d’imprimerie, peut-être connus à partir des contrats, d’inventaires… Geneviève Bessis dit qu’il y aurait sans doute à sujet des indications à tirer du dépouillement des registres du notaire Bernard Dalet. Tout ce qu’elle peut dire, c’est que les imprimeurs ont travaillé « en famille » : Colomiès avait pris comme apprenti l’un de ses neveux, nommé Gilet ; Boudeville travaillait avec sa femme et sa fille ; le rôle des épouses des imprimeurs, entreprenantes, cultivées, est à souligner.
Maurice Scellès s’enquiert du délai requis pour l’impression de la grammaire latine d’Antonio de Nebrija. Geneviève Bessis indique une durée d’un an, pour 210 feuillets, prévue dans un contrat. Elle ajoute que, comme l’atelier réalisait une dizaine d’ouvrages par an, on doit supposer qu’il disposait de plusieurs presses. M. de Toulza fournit une illustration concrète des progrès de l’imprimerie en signalant qu’aujourd’hui l’impression d’un peu plus de 500 exemplaires des Mémoires annuels de la S.A.M.F. dure cinq minutes.
Louis Peyrusse revient sur la « médiocrité calamiteuse » des gravures sur bois des impressions toulousaines. Pour lui, la question est avant tout d’ordre économique. Pour des ouvrages de large diffusion, par exemple une grammaire latine que les étudiants devaient pouvoir se payer, et pour lesquels il fallait pouvoir pratiquer des prix inférieurs à ceux de la concurrence lyonnaise, les bois gravés utilisés pour les illustrer devaient être achetés à bas prix. En revanche, pour des livres plus prestigieux, les images étaient de meilleure qualité : ainsi l’Histoire Tolosaine d’Antoine Noguier imprimée par Guyon Boudeville a-t-elle été spécialement illustrée avec une planche signée par Géraud Agret, gravée d’après un dessin de Servais Cornouaille.
Patrice Cabau indique une piste qui pourrait peut-être aider à l’identification du mystérieux Jérôme Sanguin (Sanguinus), de Vendôme, qui figure parmi les collaborateurs de l’équipe internationale chargée d’établir la première édition toulousaine de la grammaire de Nebrija imprimée par Nicolas Vieillard en 1537 : son nom évoque celui d’Antoine Sanguin, seigneur de Meudon, qui fut, entre autres, archevêque de Toulouse de 1550 à 1559.
Christian Péligry fait le constat que l’histoire de l’imprimerie à Toulouse est un champ de recherche encore largement ouvert, et il encourage Geneviève Bessis à poursuivre son exploration. En ce sens, Jean Le Pottier propose les moyens de numérisation dont les Archives départementales disposent pour faciliter l’accès aux sources nécessaires : registres notariaux…
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza annonce qu’il a envoyé la demande d’adhésion de notre Société à l’Association des journalistes du patrimoine, et qu’il attend une réponse. Christian Péligry signale que le courrier qu’il a adressé à cette association est également resté sans réponse pour l’instant.
Guy Ahlsell de Toulza dit encore avoir eu la tristesse de recevoir l’annonce de la dissolution de l’association Momus, qui a tenu une place importante dans la défense du patrimoine. Ce rôle est désormais surtout assumé au niveau national par La Tribune de l’Art, et nous serons attentifs à ce que fera l’Association des journalistes du patrimoine.
Plusieurs conférences sont à signaler :
– celle de Mme Luce Barlangue sur Marc Saint-Saëns à l’Académie des Sciences le 17 décembre ;
– celle sur Jean Thomas au Muséum ;
– celle que fera Daniel Cazes aux Archives départementales de la Haute-Garonne le 19 décembre : Histoire des musées : l’exemple de Toulouse.
Louis Peyrusse signale l’avis de décès, paru dans le journal Le Monde, de Jehan de Malafosse, membre de notre Société depuis 1956, devenu membre libre.
Au nom de notre Compagnie, le Président félicite Émilie Nadal qui a brillamment soutenu sa thèse de doctorat : notre consœur est chaleureusement applaudie par l’assemblée. Le Président lui donne la parole pour une rapide présentation de la page Facebook qu’elle se propose de consacrer aux activités de notre Société. La question mérite d’être examinée plus longuement au cours d’une prochaine séance.
Le Président fait part des dernières informations sur les travaux du port Saint-Pierre. Il rappelle que la fouille express a été suivie d’une non moins expéditive journée porte ouverte. Et il est certain que l’autre partie du port Saint-Pierre n’a pas fait l’objet d’une fouille archéologique. Micro-pieux, béton… tout va très vite… et on voit pourquoi. Il est clair que l’archéologie n’a jamais été intégrée au projet, et que l’on nous mène en bateau. Les Sociétés savantes et les associations ne se fatiguent-elles pas en vain ? Ou bien ne sont-elles pas assez nombreuses à faire entendre leur voix ? Le quartier Saint-Pierre est l’un des secteurs les plus intéressants de Toulouse à avoir fait l’objet d’aménagements depuis deux ou trois ans : la manière dont il a été traité fait douter de l’utilité des lois sur l’archéologie et les monuments historiques. Tout semble possible aujourd’hui, sans aucune contrainte. Mais, comme le fait observer Guy Ahlsell de Toulza, sauf pour les particuliers. Et pas dans toutes les villes.
Séance du 17 décembre 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, le Père Montagnes, le général Garrigou Grandchamp, MM. Balty, Boudartchouk, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Queixalós, Nadal, Vallée-Roche, MM. Gardes, Le Pottier, Macé, Molet, Péligry, Penent, membres correspondants.
Excusés : MM. Scellès, Secrétaire général, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Galbois, Lamazou-Duplan, Rebière, MM. Bru, Garland, Rebière.
Invitée : Mme Roberta Bevilacqua (M. Aurélien Pierre est excusé).
Le Président ouvre la séance à 17 h. Il annonce la triste nouvelle du décès de Bernadette Suau, Bibliothécaire-Archiviste de notre Société, qui s’est éteinte après de longues souffrances physiques et morales le 8 décembre dernier. Il prononce l’éloge de notre consœur disparue [Texte à insérer.], puis demande à la Compagnie de rendre hommage à sa mémoire en observant quelques instants de silence.
Daniel Cazes rappelle qu’une visite de la Société est prévue mardi 14 janvier 2014, à partir de 16 h, au Musée des Augustins, où se trouve présentée une exposition sur des « Trésors enluminés. – De Toulouse à Sumatra ».
Le Président rend compte du courrier reçu : diverses invitations, ainsi que le programme des conférences d’Histoire de l’Art organisées par la Direction de la Culture et du Patrimoine de la Ville de Narbonne pour 2013-2014. Il présente ensuite deux dons faits à la Société :
– de notre consœur l’Académie de Législation : Les séances de l’Académie de Législation. Économie et droit. Année académique 2012-2013, DVD, Toulouse, 2013 ;
– de notre confère Roland Chabbert : Bernard Bachelot 1930-2011, collection « Patrimoines Midi-Pyrénées – Archives d’Architectes », Toulouse, Conseil régional Midi-Pyrénées, 2013, 128 p.
La Compagnie entend le rapport de Michelle Fournié sur la candidature de Maria Alessandra Bilotta au titre de membre correspondant. Il est procédé au scrutin. Mme Bilotta est élue membre correspondant de notre Société.
Mme Fournié fait ensuite circuler le dernier volume des « Cahiers de Fanjeaux » (n° 46), récemment paru : La réforme « grégorienne » dans le Midi (milieu XIe-début XIIIe siècle), Toulouse, Privat, 2013, 680 p.
La parole est à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication longue consacrée à La Haute Auvergne durant le Bas-Empire et l’époque mérovingienne.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir présenté une région qui reste fort mal connue, notamment pour la période étudiée. Il demande si l’on a d’autres informations sur la vie érémitique à cette époque. Jean-Luc Boudartchouk dit que le dossier comporte des données anciennes dont on peut être certain, mais que certains éléments ont dû être brouillés ou oblitérés par la seconde vague d’érémitisme, aux XIe et XIIe siècles. L’une des indications sûres concerne l’ermite Caluppa, dont Grégoire de Tours témoigne qu’il était ravitaillé par un moine au moyen d’un panier.
Pierre Garrigou Grandchamp s’interroge sur le sens à donner au jet de pièces : s’agit-il de la persistance d’une coutume païenne, d’une pratique relevant de l’exorcisme ? M. Boudartchouk répond que l’interprétation du fait constaté reste problématique : il y bien eu sur les sites de sanctuaires abandonnés ou détruits projection de pièces de monnaie ou de menus objets métalliques, mais on ne saurait en dire plus. Les pratiques de la religion populaire sont très peu connues ; il n’y a rien à ce sujet dans les actes des conciles du temps. Dominique Watin-Grandchamp signale l’existence, jusqu’au XVIe siècle, de telles pratiques, expliquées par une « peur des vieux dieux ». Henri Molet se demande quelle peut être au fond la signification des jets de monnaie que l’on fait de nos jours dans les fontaines de Rome, Paris…
Le général Garrigou Grandchamp relève que les apports de la toponymie n’ont pas été exploités. Jean-Luc Boudartchouk dit qu’il a évacué ce type de données, dont l’étude exige les compétences d’un linguiste professionnel. Par ailleurs, le stock des toponymes anciens est à évaluer avec méthode, notamment du fait que l’absence de strates toponymiques peut correspondre à des périodes de rupture de l’occupation du sol.
Marie Vallée-Roche s’enquiert de la date de l’occupation de la région à l’époque wisigothique. M. Boudartchouk répond que l’intégration de l’Auvergne est un fait avéré à la fin du Ve siècle, mais que la chronologie reste difficile à préciser puisque la datation que l’on assigne traditionnellement aux lettres de Sidoine Apollinaire est en réalité bien mal établie. Pour terminer, il ajoute qu’il nous a « fait grâce » de l’examen des questions relatives à l’évangélisation de la Haute-Auvergne.
Au titre des questions diverses, Philippe Gardes présente un exposé sur Le rempart gaulois de Vieille-Toulouse : nouvelles données archéologiques. Daniel Cazes remercie M. Gardes de nous avoir réservé la primeur d’informations qui paraissent bien clore définitivement le débat qui durait depuis plus deux deux siècles quant à l’emplacement de la première Tolosa. Bruno Tollon ayant demandé des précisions sur la photographie aérienne qui a été projetée, Philippe Gardes commente cette vue en montrant le tracé de plusieurs fossés qui appartenaient au dispositif de défense de l’ancienne ville.
Émilie Nadal se propose de nous faire découvrir la nouvelle page Internet dédiée aux activités de la S.A.M.F., mais un problème de connexion fait reporter son intervention à une séance ultérieure.
Le Trésorier fait le point sur le paiement de la cotisation pour 2013 : 27 membres, sur 108 à ce jour, ne l’ont pas encore acquittée. Guy Ahlsell de Toulza se dit préoccupé du déficit de recettes qui en résulte, d’autant plus que les frais de publication de la Société connaissent actuellement une hausse sensible.
L’ordre du jour étant épuisé, le Président lève la séance à 19 h, non sans avoir souhaité à tous les présents une bonne fin d’année.
Séance du 7 janvier 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Mmes Andrieu, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Bordes, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes de Barrau, Balty, Bessis, Escart-Bugat, Friquart, Galbois, Nadal, Vallée-Roche, MM. Chabbert, Péligry, Penent, membres correspondants.
Excusés : M. Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes de Barrau, Galés, Lamazou-Duplan, Victor, MM. Boudartchouk, Garland, Garrigou Grandchamp, Le Pottier.
Invitée : Mme Gaëlle Prost, chargée d’inventaire de la Ville de Lectoure.
Au nom du Bureau, le Président présente à la Compagnie ses meilleurs vœux pour 2014, souhaitant qu’elle nous offre de nous réunir plus souvent et plus nombreux encore pour partager travaux et discussions. Enrichir les questions diverses lui paraît toujours aussi important : dans un monde où l’information est foisonnante mais tout aussi cloisonnée, le rôle de notre Société est de favoriser l’échange et le partage des informations correspondant à nos centres d’intérêt.
Après avoir rappelé que la cotisation devait être réglée au cours du premier semestre de l’année, le Président souhaite que l’on prépare dès maintenant la prochaine année académique et il demande à ceux qui auraient des projets de communication de bien vouloir en faire part au Bureau.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 novembre, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance reçue.
L’Inrap propose que notre Société s’associe aux Journées nationales de l’archéologie, les 6-8 juin 2014 : il conviendra d’y réfléchir.
Madame Christelle Blondeau demande des informations sur une miniature représentant sainte Catherine, léguée à notre Société en 1929 par l’archiviste de la Haute-Garonne Félix Pasquier. Le Président indique qu’après une première enquête, il ne semble pas que cette miniature fasse encore partie de nos collections conservées à l’Hôtel d’Assézat : il est possible qu’elle fasse partie des œuvres déposées dans les musées de Toulouse ou à la bibliothèque municipale.
Par ailleurs nous avons trois candidats pour le concours, dont deux nous ont fait parvenir leurs travaux :
– Marjorie Guillin, « L’anéantissement des arts en province ? ». L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse au XVIIIe siècle (1751-1793), thèse de doctorat sous la direction de Pascal Julien et de Fabienne Sartre-Ricci, Université de Toulouse-Le Mirail.
– Marie-Pierre Bonetti, Contributions de l’étude de la sculpture architecturale à l’histoire monumentale de l’abbaye de Saint-Gilles-du-Gard (30). Bases de données, analyse archéologique et nouvelles technologies, master 2 sous la direction du professeur Andreas Hartmann-Virnich, 2012-2013, Université d’Aix-Marseille.
La parole est à Roland Chabbert et Gaëlle Prost pour une communication sur Les problèmes d’identification et de datation d’un plafond peint récemment découvert à Lectoure.
Le Président remercie Roland Chabbert et Gaëlle Prost de nous avoir fait connaître cette découverte qui soulève bien des questions.
Guy Ahlsell de Toulza précise quelques points de l’iconographie, rappelant que les gravures publiées dans les années 1550 et qui ont pour thème l’amour, dramatique ou heureux, ont fait l’objet de nombreuses rééditions.
Concernant le remploi des poutres, Louis Peyrusse pense que leur longueur tient simplement au fait qu’elles étaient disponibles. Guy Ahlsell de Toulza donne l’exemple du 10 rue Croix-Baragnon à Toulouse où l’on a remployé les poutres de l’Hôtel Saint-Jory. Maurice Scellès fait cependant observer qu’à Lectoure, les poutres remployées ne sont pas placées perpendiculairement au mur de façade, ce qui laisserait supposer qu’elles ont été disposées de manière à ce que la plus grande partie de leur décor soit visible dans la nouvelle construction.
Pour Louis Peyrusse, seuls les médaillons d’empereurs sont repeints sur le décor antérieur. Tout le reste lui paraît réalisé par une équipe de peintres spécialisés chacun dans son domaine. Le fait que les cadres des tableaux mordent légèrement sur les décors végétaux correspond à une telle organisation du travail. C’est aussi l’impression de Guy Ahlsell de Toulza, qui note que le personnage en habit qui apparaît de dos dans l’une des scènes détonne cependant un peu. Il ajoute, pour le regretter, que l’on dispose de peu d’études complètes d’ensembles semblables.
Louis Peyrusse s’interrogeant sur l’identification de la bataille de Jarnac, Roland Chabbert précise qu’il ne s’agit que d’une hypothèse de travail.
Bruno Tollon fait remarquer que le matériel qui a fourni les modèles aux peintres est très ancien. Les masques sont par exemple issus des décors de Fontainebleau. Il note par ailleurs que les scènes de bataille ne semblent pas à leur place parmi les scènes de chasse. Bruno Tollon s’intéresse aussi aux clous observés sur les encadrements de quelques scènes, et qui étaient sans doute destinés à fixer des toiles peintes. Louis Peyrusse remarque que pour l’une des scènes, la toile paraît n’avoir été appliquée que dans la moitié supérieure.
À propos des Métamorphoses d’Ovide, Jean-Charles Balty signale les décors d’un château des environs de Lyon, publiés dans un ouvrage paru à l’occasion du bimillénaire de la ville : Guy Ahlsell de Toulza précise que cet ensemble de boiseries constituant tout un cabinet est conservé au Musée de Lyon.
La parole est à Bruno Tollon pour une communication intitulée : Entrées royales à Toulouse et témoignages durables des décors pour accueillir les souverains.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir fait partager sa connaissance extrêmement précise de ces œuvres, en nous rappelant quel ensemble de sculptures magnifiques conserve l’Hôtel du Vieux-Raisin, malheureusement en bien mauvais état. Merci encore de nous avoir montré la cheminée de l’Hôtel Molinier, qui ne peut être facilement vue.
Quitterie Cazes s’étonnant des mutilations subies par les sphinges de la cour Henri IV à la Révolution, Bruno Tollon précise que ce sont les couronnes fermées qui se trouvaient au-dessus des colonnes qui ont été soigneusement supprimées.
Au titre des questions diverses, Jacques Surmonne évoque l’inquiétude manifestée par la Société des Études du Lot à propos des découvertes archéologiques occasionnées par le chantier d’un hôtel au n° 113 rue André-Breton à Cahors. Il tâchera d’en savoir plus sur les découvertes et sur le devenir du site.
Nicole Andrieu rend compte du sauvetage du trésor de l’église de Saint-Béat, après les inondations de l’été 2013.
Le trésor de Saint-Béat après des crues catastrophiques.
Les 18 et 19 juin dernier, la Garonne grossie par une brutale fonte des neiges associée à des fortes pluies, dévastait la ville de Saint-Béat. D’innombrables maisons, commerces, équipements étaient sinistrés ; l’église romane classée MH était envahie par 80 cm d’eau et de boue, et 60 cm dans l’ancienne sacristie transformée à la fin des années 1990 en trésor pour présenter une soixantaine d’objets d’art.
Le 22 juin la conservation des objets d’art de Haute-Garonne et le Bouclier bleu procédaient au transfert des objets de bois polychrome ou doré vers l’antenne des archives départementales de Saint-Gaudens. Des restaurateurs pouvaient alors intervenir pour des premiers soins d’urgence, des constats d’état et des devis, pendant que les objets séchaient doucement. Début août, le Musée Massey de Tarbes a pris le relais, non seulement pour transférer tous ces objets dans ses réserves sécurisées et climatisées, mais pour réaliser à partir de décembre une exposition des objets majeurs de façon à attirer d’éventuels donateurs. Une enveloppe importante accordée par la Fondation du Patrimoine va permettre de restaurer une dizaine d’objets et grâce à l’exposition de Tarbes, la délégation Hautes-Pyrénées de la Fondation du Patrimoine va elle-aussi contribuer à cette opération. Trois panneaux de retable ont par ailleurs participé au Concours organisé chaque année par l’atelier Arc-Nucléart, de Grenoble, spécialisé dans le traitement des bois gorgés d’eau, et vont être traités et restaurés gratuitement.
Nicole Andrieu
Conservateur des objets d’art
de Haute-Garonne
Le Président remercie Nicole Andrieu et félicite tous ceux qui ont participé à ce sauvetage.
Visite du 14 janvier 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Mmes Cazes, Heng, Fournié, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, M. Boudartchouk, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Bessis, Galbois, Jiménez, Queixalós, M. Péligry, membres correspondants.
Excusés : M. Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Haruna-Czaplicki, Jaoul, Nadal, Victor, M. Le Pottier.
La Compagnie se retrouve au Musée des Augustins, pour la visite de l’exposition Trésors enluminés, de Toulouse à Sumatra.
Le Président remercie Mme Charlotte Riou, conservatrice au musée des Augustins, d’avoir accepté de nous accueillir et surtout de nous présenter cette exposition ce soir.
Mme Charlotte Riou rappelle le projet à l’origine de cette exposition un peu particulière, qui résulte d’un travail collectif. Le point de départ a été le souhait de réaliser l’inventaire des feuillets de manuscrits conservés dans les musées, avec trois régions pilotes : Nord-Pas-de-Calais, Centre et Midi-Pyrénées, et en collaboration avec les Universités. Il s’est vite avéré que les feuillets de manuscrits étaient très peu nombreux dans les collections des musées de Midi-Pyrénées et il a paru intéressant d’étendre l’inventaire en premier lieu à la Région Languedoc-Roussillon, puis aux fonds conservés par les sociétés savantes et aux pièces qui pouvaient encore être conservées dans les églises.
A l’issue de la visite, au cours de laquelle Mme Charlotte Riou présente chacune des œuvres et répond aux nombreuses questions qui lui sont posées, le Président la félicite pour cette exposition très réussie et il la remercie, au nom de notre Société, en lui remettant les deux derniers volumes de nos Mémoires.
Séance du 21 janvier 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cassagnes-Brouquet, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Garrigou Grandchamp, Balty, Bordes, Boudartchouk, Le Pottier, Peyrusse, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Bossoutrot, Heng, Jiménez, Queixalós, Nadal, Vallée-Roche, MM. Molet, Péligry, Penent, Rebière, Veyssière, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Friquart, Galbois, Lamazou-Duplan, Victor, MM. Garland, Surmonne.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des 3 et 17 décembre 2013, qui sont adoptés.
Le Président rend compte de la correspondance, qui comprend principalement deux nouveaux travaux présentés au concours :
– Marie-Germaine Beaux, Les entreprises en céramique des Fouque et Arnou en Midi toulousain au XIXe siècle. Innovation, rayonnement, sous la direction de Jean-Michel Minovez, Université de Toulouse-Le Mirail, 2012, 2 vol.
– Stéphane Piques, La céramique dans le territoire industriel de Martres-Tolosane, sous la direction de Jean-Michel Minovez, Université de Toulouse-Le Mirail, 2012, 2 vol.
À propos de l’exposition Trésors enluminés, de Toulouse à Sumatra, le Président signale l’article du Journal des arts (n° 405, 17-30 janvier 2014, p. 12) qui rend compte des expositions d’Angers, de Lille et de Toulouse.
L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres titulaires. Sur proposition du Bureau, Marie Vallée-Roche et Christian Péligry sont élus membres titulaires.
La Compagnie se constitue en assemblée générale.
Le Président présente le rapport moral pour l’année 2013.
Le Trésorier présente le rapport financier. Le Directeur donne ensuite lecture du rapport sur la bibliothèque établi par Jacques Surmonne, qui ne pouvait être parmi nous ce soir.
Maurice Scellès demande des précisions sur l’évolution des dépenses, puis il rappelle que l’hébergement de notre site Internet s’ajoutera aux coûts fixes pour les prochaines années.
Les rapports sont adoptés à l’unanimité des membres présents et quitus est donné au Trésorier pour sa bonne gestion.
Les élections statutaires concernent cette année les postes de Président, de Secrétaire général et de Bibliothécaire-Archiviste. Le Président explique que le poste de bibliothécaire-archiviste a suscité bien des interrogations et des discussions. La fonction d’archiviste puis de Bibliothécaire-archiviste a évolué depuis la fondation de notre Société, et les tâches se sont beaucoup diversifiées depuis une vingtaine d’années. La fonction ne peut plus être occupée par une seule personne : Jacques Surmonne, Michèle Pradalier-Schlumberger et Georges Cugullière apportent déjà leur concours. Geneviève Bessis s’est engagée à consacrer une après-midi par semaine à la bibliothèque et Henri Molet s’est proposé pour prendre en charge les archives, et en particulier classer les archives du XXe siècle. Enfin, Christian Péligry a accepté de se présenter au poste de Bibliothécaire-Archiviste.
On procède au vote : Daniel Cazes, Maurice Scellès, Christian Péligry sont respectivement réélus et élu Président, Secrétaire général et Bibliothécaire-Archiviste.
Le Président remercie l’assemblée de sa confiance qui nous engage tous à faire de notre mieux pour continuer dans cette bonne voie.
La parole est à Jean-Louis Rebière pour une communication intitulée La cathédrale Saint-Étienne de Toulouse : le transept de Jean d’Orléans.
Le Président remercie Jean-Louis Rebière et il le félicite d’avoir réussi à nous guider à travers ce sujet complexe, sur lequel on se casse souvent le nez. L’inachèvement du transept de Jean d’Orléans nous rappelle que Toulouse n’a jamais été capable de mener à son terme le très grand projet de Bertrand de L’Isle. Une consolation toutefois : c’est que qui a permis que soit conservée la nef « raymondine ».
Nicole Andrieu signale que la porte qui nous a été montrée est celle du lieu de réunion de la confrérie du Montement. Et comme Henri Pradalier évoque l’étude de Françoise Bagnéris, publiée dans les Mélanges offerts à Marcel Durliat, Nicole Andrieu précise qu’il s’agit d’une étude essentiellement historique.
Séance du 4 février 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Boudartchouk, Lassure, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Queixalós, Vallée-Roche, MM. Darles, Penent, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : MM. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint ; Mmes Balty, Bossoutrot, Cazes, Fournié, Lamazou-Duplan, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Victor, MM. Balty, Bordes, Chabbert, Garland, Garrigou Grandchamp, Georges, Rebière.
Le Président ouvre la séance à 17 heures. Daniel Cazes commence par faire état de la publication, dans le Bulletin des Amis des Archives départementales de la Haute-Garonne, d’une notice à la mémoire de Bernadette Suau, disparue le 8 décembre 2013, qui dirigea cette institution avant de devenir la Bibliothécaire-Archiviste de notre Société.
Puis il donne la parole au Secrétaire général pour le procès-verbal de la séance du 7 janvier 2014 et le compte rendu de la visite du 14 janvier, qui sont adoptés.
Le Président indique ensuite la teneur du courrier reçu par la Société :
– une lettre de candidature au titre de membre correspondant émanée de M. Jean-Louis Auger, conservateur en chef des musées de Castres, à examiner en Bureau ;
– un courrier des Archives départementales de la Haute-Garonne relatif au Conseil d’administration de la Fédération historique de Midi-Pyrénées réuni le 25 janvier et qui annonce l’organisation de journées d’étude sur la Première Guerre mondiale (à tenir en mai 2014 dans le Tarn-et-Garonne) ainsi que d’un congrès sur les Pyrénées (à tenir en juin 2015) ;
– des invitations à plusieurs manifestations culturelles organisées par la municipalité de Narbonne.
M. Cazes donne pour terminer diverses informations repérées sur Internet et dans la presse :
– les avatars du projet de bâtiment pour l’Institut d’études politiques continuent de susciter des contestations ;
– un projet d’aménagement proposé pour la place Saint-Sernin provoque des pétitions ;
– un diplômé de l’Université de Toulouse 2-Le Mirail, M. Matthieu Soler, est à l’origine d’une série de manifestations destinées à célébrer le bimillénaire de la ville de Toulouse, commémoration pour laquelle Jean-Marie Pailler doit prononcer une conférence inaugurale.
Christian Darles intervient pour dire que cette entreprise, dont lui-même et J.-M. Pailler ont eu l’initiative, aboutira avec la publication d’un ouvrage édité par Midi-Pyrénées Patrimoine.
Dans la perspective de la séance publique du 23 mars 2014, la Société aborde l’examen des travaux présentés pour le concours de l’année académique 2013-2014. C’est le prix Ourgaud qu’il s’agit de décerner cette année. Quatre travaux ont été reçus et trois rapporteurs nommés. Aujourd’hui, Jean-Michel Lassure rend compte des thèses de Mme Beaux-Laffon et de M. Stéphane Piques ; lors de la séance prochaine, Louis Peyrusse présentera celui de Mme Majorie Guillin et Jean Le Pottier celui de Mme Chloé Bonnet.
La Compagnie entend les deux rapports de M. Lassure sur les ouvrages soumis au concours par :
– Marie-Germaine Beaux-Laffon, Les entreprises en céramique des Fouque et Arnoux en Midi toulousain au XIXe siècle, innovation, rayonnement, thèse pour le doctorat d’Histoire préparée à l’Université de Toulouse 2-Le Mirail et soutenue en septembre 2012, 2 volumes (texte : 514 p. ; annexes : 130 p.) ;
– Stéphane Piques, La céramique dans le territoire industriel de Martres-Tolosane depuis le XVIe siècle, thèse pour le doctorat d’Histoire préparée à l’Université de Toulouse 2-Le Mirail et soutenue le 28 septembre 2012, 2 volumes (texte : 402 p. ; annexes : 159 p.).
La discussion qui suit fait apparaître les mérites respectifs des deux travaux et de leurs auteurs. Daniel Cazes peut témoigner de l’enquête de terrain considérable menée pendant des années par Stéphane Piques, travail dont M. Jean Courtade, ancien maire de Martres-Tolosane, avait compris tout l’intérêt. Guy Ahlsell de Toulza évoque la lente agonie d’une activité qui, il y a quelque vingt ans, se maintenait encore ici, alors que la production de faïence avait disparu partout ailleurs (les faïenceries de Martres sous-traitaient alors pour celles de Moustiers).
Le Président remercie M. Lassure et renvoie au 18 février pour la suite des rapports.
La parole est de nouveau à Jean-Michel Lassure pour une communication consacrée à des Découvertes récentes dans le Gers et la Haute-Garonne.
Notre confrère présente les résultats de ses investigations sur plusieurs sites, successivement : Recherches sur la Garonne, à Lestelle-de-Saint-Martory, Carbonne et Toulouse (Haute-Garonne) ; La restauration des peintures murales de la chapelle de la Vierge à Mont-d’Astarac (Gers) ; Découvertes de vestiges de fours de potiers à Cox (Haute-Garonne).
M. Cazes félicite M. Lassure pour ses exposés, qui nous montrent une fois de plus sa grande curiosité. Les sites, connus ou moins connus, la diversité des sujets provoquent l’interrogation ou l’étonnement. C’est le cas notamment pour l’aqueduc et le pont de Toulouse romaine, pour le complexe de La Tourasse à Carbonne, pour l’origine catalane des premiers potiers de Cox.
nbsp; La lecture des peintures de Mont-d’Astarac – dont Dominique Watin-Grandchamp signale qu’elles ont été l’objet d’une couverture photographique réalisée pour la DRAC par Jean-François Peiré – pose de multiples questions. Henri Pradalier déchiffre les éléments de l’iconographie : le personnage portant une sorte de mitre ou de tiare est le vieillard Simon, figuré lors de la Présentation de Jésus au Temple ; les deux oiseaux dans un panier représentent l’offrande de deux colombes faite par les plus pauvres, laquelle est un rappel du Sacrifice d’Abraham ; la scène dans laquelle apparaît un personnage tenant une épée se rapporte au Massacre des Innocents ; quant à la peinture, du reste très effacée, qui donnerait à voir un Couronnement de la Vierge par deux anges « entre Jésus et Dieu le Père (?!) », elle laisse plutôt perplexe.
Guy Ahlsell de Toulza se déclare très impressionné par l’importance des ouvrages réalisés dans le lit de la Garonne, pour lesquels il a fallu enfoncer dans la marne, certainement à l’aide de « moutons », des quantités de pieux ferrés à leur extrémité, remuer des masses énormes de gros galets…
Jean-Luc Boudartchouk communique une information brève concernant la Mise au jour d’une partie de l’abbaye Saint-Géraud d’Aurillac (Cantal) 2013-2014.
M. Cazes remercie l’intervenant et lui demande s’il existe des plans anciens montrant les dispositions du monastère. M. Boudartchouk répond par la négative, en expliquant que la démolition des bâtiments eut lieu avant la Révolution, puis il signale que « tout est en place sous le niveau d’arasement du XVIIe siècle » ; il note enfin qu’« on se dirigerait vers une préservation »
Séance du 18 février 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Garrigou Grandchamp, Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Stouffs, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Heng, Vallée-Roche, M. Penent, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Heng, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Balty, Chabbert, Garland, Georges.
Invitées : Mmes Marianne Miguet, bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de Toulouse, Magali Vène, conservateur responsable du fonds patrimonial de la Bibliothèque municipale de Toulouse, Marielle Mouranche, conservateur des fonds anciens. SICD, Bibliothèque universitaire de l’Arsenal de Toulouse, Jeanne Péligry.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 21 janvier 2014, qui est adopté.
Le Président signale à l’attention de la Compagnie l’annonce de la reprise des travaux de la Société de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse, lors d’une première conférence qui se tiendra à l’Hôtel d’Assézat le 20 février.
Louis Latour nous annonce qu’il a récupéré tout un carton de documentation photographique de l’abbé Georges Baccrabère, qui rejoindra les archives de notre Société.
Le projet de journée foraine, prévue pour le 24 mai, se précise : à Venerque, nous visiterions l’église sous la conduite de Diane Joy et Maurice Scellès, et Louis Latour nous présenterait le fonds documentaire qu’il a donné à la Ville ; à Mazères, la présentation du musée d’Ardouin serait faite par Jean-Luc Boudartchouk. Les contacts sont pris mais il nous faut attendre les réponses. Maurice Scellès propose que nous décernions une médaille d’argent à la Ville de Venerque, pour avoir accueilli le fonds documentaire de Louis Latour. La proposition est adoptée à l’unanimité.
L’ordre du jour appelle la suite de la présentation des rapports sur le concours.
Jean Le Pottier donne lecture de son rapport sur le travail présenté par Mme Chloé Bonnet, Jean de Bernuy, les moulins du Bazacle et l’espace urbain : stratégies et réseaux à Toulouse, 1500-1555, mémoire de master 2, Université de Toulouse II-Le Mirail, juin 2013.
Louis Peyrusse présente son rapport sur le mémoire présenté par Marjorie Guillin, « L’anéantissement des arts en province ? ». L’Académie royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse au XVIIIe siècle (1751-1793), thèse de doctorat sous la direction de Pascal Julien et de Fabienne Sartre-Ricci, Université de Toulouse-Le Mirail.
Jean Penent signale que se trouvent dans les réserves du Musée Paul-Dupuy trois à cinq mètres-cubes de documents, études et dessins provenant de l’École des Beaux-Arts, dont une petite partie seulement a été nettoyée et restaurée. Que deviendra ce fonds ? Il faut espérer que personne ne pensera à s’en débarrasser, mais il est sans doute du rôle de la Société Archéologique du Midi de la France d’y être attentif.
Le Président résume les conclusions des rapports sur les quatre travaux présentés au concours, dont trois seraient éligibles à un prix. À l’issue de la discussion, le Président propose d’attribuer le prix Ourgaud, doté de 1000 € à Mme Marjorie Guillin, et deux prix spéciaux de la Société Archéologique du Midi de la France, dotés chacun de 500 €, à Mme Marie-Germaine Baux et M. Stéphane Piques. La proposition est adoptée.
La parole est à Christian Péligry pour la première communication du jour : Saint François de Paule ou Thomas Illyricus ? Nouveau regard sur une gravure toulousaine du XVIe siècle.
Le Président remercie Christian Péligry pour cette communication au cours de laquelle il a évoqué avec beaucoup de finesse les deux figures de saint François de Paule et de Thomas Illyricus, parvenant à des conclusions tout à fait convaincantes. Quant au bas-relief du Musée des Augustins, il est déposé en réserve, étant en effet aujourd’hui difficilement présentable : il avait été encastré dans le mur du cloître, ce qui a provoqué sa dégradation par la maladie de la pierre.
Guy Ahlsell de Toulza s’intéresse à la partie supérieure de la gravure, qui est rognée : les deux figures principales sont celles de saint Michel et de saint François.
Henri Pradalier reconnaît aussi dans le costume du prédicateur celui d’un cordelier. Il se demande comment des prédicateurs pouvaient se faire entendre de milliers de personnes, en extérieur, sans les microphones dont nous disposons aujourd’hui. Michelle Fournié rappelle que les récits de ces prêches usent de stéréotypes comme « la foule innombrable », « des heures durant ». Pour les prêches de saint Vincent Ferrier, il est admis que des assistants servaient de relais dans la foule, et d’interprètes si nécessaire. Les enquêtes révèlent d’ailleurs que si on se rappelle que le prêche était très bien, on se souvient peu de son contenu. Olivier Testard fait remarquer que la technique des relais est utilisée jusqu’au début du XXe siècle, et qu’à une époque où la rhétorique a une place très importante, la compréhension du prêche est facilitée par les formules et la gestuelle qui l’accompagne. Christian Péligry ajoute qu’il y a parfois des personnes qui prennent des notes pendant le prêche en vue de l’édition.
François Bordes indique que les informations dont on dispose sur le prêche de Thomas Illyricus à Toulouse montrent qu’il y avait un gradin pour les officiels, et que les hommes et les femmes étaient séparés. Curieusement, les comptes de la dépense occasionnée sont de l’année 1521, alors que le prêche a eu lieu en 1519.
Bruno Tollon voudrait avoir des précisions sur les armoiries et les initiales qui les accompagnent, et si les chapelets multiples sont fréquents dans l’iconographie. Sur le premier point, Christian Péligry se déclare très intéressé par une éventuelle identification, qu’il n’a pas pour sa part ; quant aux chapelets, ils se multiplient en effet avec la dévotion au rosaire développée par les dominicains.
La parole est à Geneviève Bessis pour une communication courte intitulée Recherches sur Jacques Mégret (1905-1967) :
Jacques Mégret, bibliographe parisien se réfugia à Toulouse de 1942 à 1944. Il inventoria et décrivit les impressions des XVe et XVIe siècles conservées à la bibliothèque de Toulouse et dans la région. Il fut élu membre correspondant de la Société Archéologique du Midi de la France le 29 mai 1945 notamment en raison de deux études importantes sur la Renaissance toulousaine, Guiraut Agret, graveur toulousain (Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, tome V, 1944) et surtout Guyon Boudeville, imprimeur toulousain (Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, tome VI, 1945).
Le Président remercie Geneviève Bessis d’avoir évoqué pour nous la figure d’un ancien membre correspondant de notre Société, dans l’atmosphère du milieu du XXe siècle.
Christian Péligry remercie à son tour Geneviève Bessis pour cet hommage ainsi rendu à Jacques Mégret, qui, sans cela, ne serait qu’un nom dans la bibliographie. Il y a été d’autant plus sensible qu’il a eu à consulter les fiches manuscrites de Jacques Mégret, d’abord à la Bibliothèque municipale de Toulouse, puis à la Bibliothèque Mazarine.
Au titre des questions diverses, Louis Peyrusse donne des informations sur le site archéologique du 113 rue André-Breton à Cahors qui fait l’objet d’un article dans le dernier Bulletin de la Société des Études du Lot. Ce sont quelque 4000 m2, situés non loin du pont Valentré, qui ont fait l’objet de sondages d’évaluation à l’occasion du projet de construction d’un hôtel. Les archéologues de l’Inrap ont mis au jour des thermes ou un nymphée, révélant ainsi un site majeur de la ville antique de Cahors qui aurait justifié une fouille complète, demandée par la Société des Études du Lot. Le débat est devenu conflictuel et la négociation qui a en résulté a abouti à une construction sur micro-pieux avec réseaux suspendus, devant épargner une partie des vestiges reconnus et permettre, en principe, des fouilles dans les années à venir, une fois le bâtiment construit. Pour Quitterie Cazes, c’est malheureusement une technique qui est préconisée par le Service régional de l’archéologie.
Louis Peyrusse s’étonne aussi de la violence des attaques de la part des politiques dont a fait l’objet la Société des Études du Lot.
Il est décidé d’adresser une lettre de soutien au président de la Société des Études du Lot, Patrice Foissac, avec copie au maire de Cahors.
Le Président signale l’article très intéressant de Laurent Olivier, qui analyse la pratique de l’archéologie officielle et la manière dont elle contribue en fait à lever la contrainte archéologique. On voit bien comment les collectivités territoriales sont embarquées dans cette affaire malgré elles.
Pierre Garrigou Grandchamp observe que l’archéologie concentre ses moyens et que c’est le plus souvent en ville qu’est faite la part du feu. Puis il s’inquiète du sort du palais de Via à Cahors, mais personne n’est en mesure d’apporter de nouvelles informations.
Le Président évoque ensuite la pétition concernant la place Saint-Sernin, qui s’inscrit dans les dérives des débats de la campagne électorale, avec un nouveau projet de parking souterrain. La création de tels parkings à proximité des monuments majeurs de notre vieille Europe a pourtant été dénoncée dès 1930 en Italie. On est en droit de se demander s’il n’y a pas à l’origine de la pétition un groupe de personnes souhaitant acheter de places de stationnement.
Une autre nouvelle incroyable est la fermeture pour plus de trois mois de la salle des sculptures romanes du Musée des Augustins, pour laisser libre champ aux interventions de Jorge Pardo, dans le cadre du festival international d’art à Toulouse. Quitterie Cazes pense qu’il serait nécessaire que nous prenions le temps d’un débat approfondi, pour rappeler peut-être quelques principes fondamentaux. On convient que le débat devra avoir lieu après les élections municipales.
François Bordes apporte une note d’optimisme en annonçant que l’on est en train de sauver le dernier kiosque de l’architecte Jean Montariol (1892-1966).
Séance du 25 mars 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Garland, Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Galés, Galbois, Gilles, Nadal, Pousthomis-Dalle, MM. Gonzalez Fernandez, Mattalia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Andrieu, Heng, Queixalós, MM. Garrigou Grandchamp, Prin.
Le Président ouvre la séance en remerciant les membres de la Compagnie d’avoir été aussi nombreux à assister à la séance publique annuelle de la S.A.M.F., qui s’est tenue à l’Hôtel d’Assézat le dimanche 23 mars. Il adresse ses plus vifs remerciements à Henri Pradalier, dont la conférence passionnante sur la peinture romane pyrénéenne a replacé dans une perspective très large la découverte récente du décor de l’église d’Ourjout. La séance publique a été un réel succès, l’affluence étant telle que bien des personnes ont dû rester debout au fond de la salle Clémence-Isaure. Daniel Cazes se réjouit que les trois candidats primés au concours aient exprimé le souhait de devenir membres de notre Société. Le Président fait état des lettres d’excuse que lui ont adressé diverses personnalités qui n’ont pu assister à la manifestation.
Le Secrétaire-adjoint procède à la lecture du procès-verbal de la séance du 4 février, puis le Secrétaire général à la lecture de celui du 18 février ; les deux comptes rendus sont adoptés.
Le Président rend compte du courrier reçu.
La correspondance manuscrite comporte :
– une lettre de M. Patrice Foissac, Président de la Société des Études du Lot, qui remercie notre Société de la solidarité qu’elle vient de lui manifester ;
– une lettre de M. Michel Duviel, maire de Venerque, dont notre Société vient de distinguer l’action par une médaille d’argent ;
– une demande de prêt émanée des Toulousains de Toulouse et du Musée du Vieux Toulouse relative à un plan ancien de la ville appartenant à la S.A.M.F. et que celle-ci confié en dépôt au Musée Paul-Dupuy ;
– un courriel de notre confrère Luis Gonzalez Fernandez annonçant la sortie prochaine d’un ouvrage édité par l’Université Toulouse 2-Le Mirail : Michel Taillefer, Études sur la sociabilité à Toulouse et dans le Midi toulousain de l’Ancien Régime à la Révolution, collection « Méridiennes », Toulouse, Presses uiversitaires du Mirail, 2014, 410 p.
Le Président présente en avant-première ce volume, dont un exemplaire nous est offert par M. Gonzalez Fernandez, lequel est vivement remercié.
La correspondance imprimée comprend notamment :
– le programme d’activités de la Bibliothèque municipale de Toulouse, intitulé « Manifesta » pour les mois de mars et avril ;
– le programme des Journées romanes de Cuxa, dont la XLVIe édition, organisée du 7 au 12 juillet, aura pour thème « Le cloître roman ».
Daniel Cazes fait circuler un ouvrage destiné à notre bibliothèque : François Malrain, Geertrui Blancquaert, Thierry Lorho (dir.), L’habitat rural du second âge du Fer. Rythme de création et d’abandon au nord de la Loire, collection « Recherches archéologiques », 7, Paris, CNRS Éditions – Inrap, 2013, 264 p.
Jean Le Pottier intervient pour signaler que les Amis des Archives de la Haute-Garonne organisent le samedi 5 avril prochain une visite sur le site de l’ancienne abbaye de Grandselve et dans ses environs, sortie à laquelle il convie les membres de la S.A.M.F. désireux d’y prendre part.
La parole est à Quitterie Cazes pour un exposé qui doit constituer le point de départ d’un échange de vues. La question proposée au débat est double : Quelle datation pour Gilabertus ? Quel portail pour la façade de la salle capitulaire de Saint-Étienne de Toulouse ?
Le Président remercie Quitterie Cazes pour son intervention. Louis Peyrusse ouvre la discussion. Ébloui par la démonstration, il souligne qu’il n’a pas d’opposition de principe à rapprocher Gilabertus des sculpteurs de Saint Sernin, mais selon lui les arguments évoqués en faveur de cette proximité sont des éléments secondaires (comme le motif du bâton avalé par un lion) par rapport à l’esthétique générale d’une sculpture dont la grâce reste rattachée à l’atelier de la Daurade. La question de l’activité de Gilabertus avant ou après la Daurade lui paraît de peu d’importance. Dans la mesure où les ateliers partagent le même état d’esprit, la relation de corrélation ou de causalité entre les deux ne peut être tranchée. Quitterie Cazes insiste sur le fait que l’art de Gilabertus traduit les valeurs de la courtoisie naissante avec une nouvelle manière d’être en société (elle cite notamment le travail de Lyne Limouse, et de Pierre Bec sur des manuels de courtoisie qui apparaissent dès le milieu du XIIe siècle). Quant à la question de la datation, si l’on prend pour acquis que les huit reliefs ont été conçus comme un ensemble, elle pense que les réponses pourraient surtout être trouvées en datant le travail du troisième artiste, qui dans sa manière de concevoir les vêtements, les gestes ou les mains se distingue de Gilabertus.
Emmanuel Garland intervient pour rappeler qu’il faut aussi prendre en compte l’iconographie des reliefs pour reconstituer leur position à l’entrée de la salle capitulaire. En effet, selon lui, les reliefs doubles de Pierre-Paul et Jacques-Jean, représentent les apôtres les plus importants, et devraient de ce fait se trouver à l’entrée de la salle capitulaire et non dans les baies latérales. Il ajoute que les apôtres sculptés par Gilabertus sont les apôtres secondaires, ce qui laisse supposer que Gilabertus est intervenu après le « troisième sculpteur ». Pour Quitterie Cazes cette dernière hypothèse se heurte à l’idée selon laquelle la nouveauté de conception de l’ensemble (en particulier la disposition des personnages dans le ressaut de l’arc) ne pourrait être le fait que d’un artiste de grand talent. Mais, comme le souligne Emmanuel Garland, d’une part de jeunes artistes très doués pouvaient éventuellement prendre le pas sur le maître initial d’un chantier ; et d’autre part l’idée de la composition a pu être empruntée ailleurs.
Henri Pradalier est d’accord avec Louis Peyrusse pour noter les divergences entre la sculpture de Gilabertus et celle de Saint-Sernin. Il suggère ensuite que les reliefs de Saint-Étienne ont pu être réalisés par deux sculpteurs, et non trois. Ce deuxième sculpteur aurait commencé par les apôtres Jacques et Jean, qui sont marqués par le style de Saint-Sernin, avant de sculpter Pierre et Paul, qui représentent une forme de synthèse entre l’art de Saint-Sernin et les nouveautés transmises par Gilabertus. En revanche selon lui, le fait de souligner l’influence de la sculpture de la Porte Miègeville (qu’il propose de dater plutôt de 1096) sur les reliefs, ne permet pas d’affirmer une datation proche de celle-ci, les sculpteurs de Saint-Étienne ayant pu s’en inspirer, dix ou vingt ans plus tard. Enfin, si Gilabertus est intervenu avant l’atelier de la Daurade, il reste la question centrale de sa formation et de ses influences, car rien à Toulouse n’annonce son art. M. Pradalier évoque enfin la piste de l’art gothique septentrional, et en particulier le portail sculpté d’Étampes. L’apaisement des figures de Gilabertus lui rappelle l’art des statues-colonnes, mais Quitterie Cazes précise qu’elle n’a pas constaté de relations entre ces deux portails. Henri Pradalier termine en notant que le sculpteur de la Porte Miégeville est pour sa part clairement influencé par l’art de Bernard Gilduin.
Daniel Cazes remarque que la datation de la porte Miègeville suscite encore des doutes. Selon lui, les figures de saint Pierre et de saint Jacques qui encadrent le tympan du portail ne peuvent avoir été conçues avant les plaques des piliers de Moissac car elles s’en inspirent (en particulier pour saint Jacques), la différence étant que l’on met en volume le modèle en très bas relief de Moissac.
Henri Pradalier reconnait que le cloître de Moissac est bien terminé en 1100, mais se demande combien de temps il a fallu pour le terminer. Selon Maurice Scellès, l’exécution du cloître, en comptant huit sculpteurs au travail, a pu être menée à bien en une année. M. Pradalier réplique toutefois que le chantier a pu s’étaler sur plusieurs années pour des raisons financières. Ce n’est pas le cas à Moissac répond Maurice Scellès, car le projet d’ensemble est cohérent et a pu matériellement être réalisé dans un temps très court. Ainsi l’analyse des détails secondaires de la sculpture montre des artistes qui travaillent côte à côte, partagent des motifs, et n’ont pas le temps de faire évoluer leur style. Henri Pradalier reste sceptique. M. Scellès argumente en lui exposant que l’inscription dans le cloître dit bien que l’abbé a fait faire le cloître en 1100, ce qui impliquerait non seulement sa conception mais aussi sa réalisation. Toutefois, M. Pradalier remarque que l’expression factum est, signifie que le cloître a été « parfait » en 1100, et qu’il aurait donc pu être commencé avant. À l’appui de Maurice Scellès, Emmanuel Garland remarque que la constitution du mur-bahut de Moissac a dû prendre autant de temps que la sculpture des chapiteaux, et qu’il faut imaginer un travail par couches horizontales successives, ce que souligne Quitterie Cazes. Une fois le projet mûri par le commanditaire, il n’était guère besoin de beaucoup de temps pour creuser la tranchée, monter le mur-bahut et sculpter l’ensemble.
Maurice Scellès cite le cas de la maison de Saint-Antonin-Noble-Val dont la datation aux alentours de 1150 est bien attestée, grâce à l’identification de Justinien parmi les sculptures, en relation avec un acte de ces années-là. Selon lui, le groupe d’Adam et Ève de la façade présente la même structure que les reliefs de Gilabertus, avec un bloc attaqué par les angles, tandis que c’est un arbre qui cette fois occupe la place de la colonne, les frondaisons formant une voûte au-dessus du couple. La figure de Justinien est très hiératique, néanmoins la sophistication de son vêtement est proche de celle des sculpteurs qui travaillent avec Gilabertus (plissés, décor de perles), tout comme le traitement des chevelures et la structure des visages. Cela ne prouve pas que les reliefs de Saint-Étienne dateraient de 1150, mais pose la question de ce qui s’est produit dans l’intervalle entre les sculptures de Saint-Antonin et celles de Gilabertus, si ces dernières sont datées du tout début du XIIe siècle comme le propose Quitterie Cazes dans sa communication.
Daniel Cazes précise que d’après la chronologie de la construction de Saint-Étienne, les galeries du cloître, dont les baies de la salle capitulaire sont probablement contemporaines, sont très anciennes. Quant à leur emplacement, il lui est difficile d’imaginer que les statues doubles étaient placées de manière frontale car cette disposition n’apparaît pas ailleurs (sauf dans le système de façade avec architrave de Saint-Gilles du Gard, mais on ne peut guère imaginer la même configuration pour Saint-Étienne). Dans la mesure où on avait très probablement douze apôtres, seule la proposition de Quitterie Cazes permet de les répartir tout en évitant la position frontale.
Dominique Watin-Grandchamp souligne que Gilabertus est un artiste qui se promeut et s’auto-congratule. Dans la mesure où il est le seul à signer, il faut le considérer comme un maître appelé, dont la réputation était déjà consacrée. Mais Emmanuel Garland rappelle que des avatars peuvent intervenir en cours de chantier, la mort d’un des sculpteurs étant possible. Quitterie Cazes note que les deux seuls sculpteurs dont nous possédons les signatures à Toulouse, sont ceux qui ont révolutionné la sculpture : Gilabertus et Bernard Gelduin (Bernardus Gelduinus). Pour elle, il ne s’agit pas là d’autopromotion, mais bien d’une manifestation de reconnaissance de la part des chanoines qui constatent la qualité de ces deux artistes. À une question de Dominique Watin-Grandchamp, Quitterie Cazes répond qu’elle n’a pas trouvé de « Gilabertus » dans les actes des chanoines. Emmanuel Garland remarque que le sculpteur Gislebertus à Autun, porte une variante du même nom.
Mme Watin-Grandchamp se demande si le traitement du dais pris dans l’angle du bloc ne doit pas être comparé avec les premières statues-colonnes des débuts du gothique. Mais Quitterie Cazes réfute cette idée. Léon Pressouyre a bien démontré qu’il y a une différence majeure entre un personnage placé dans le ressaut, et un personnage-colonne (l’un est dedans quand l’autre est dehors). Henri Pradalier fait d’ailleurs remarquer qu’aux ébrasements de Moissac, les personnages sont taillés dans des couvercles de sarcophage, attaqués dans le même sens. Quant à la signature il y voit la marque d’une pratique originaire d’Italie, car si l’on en trouve une dizaine en France, il y en a bien plus Italie au même moment. Se peut-il que Gilabertus soit un artiste venu d’Italie ?
Nelly Pousthomis note que les questions de style et les comparaisons entre sculpteurs pouvaient donner lieu à des appréciations différentes pour les contemporains, et qu’il n’y a pas forcément un écart de temps important entre la sculpture de Moissac et celle de Saint-Sernin. Il faut de plus relativiser notre propre jugement sur les œuvres. Quant aux sculpteurs que nous qualifions de très talentueux, nous sommes forcés de reconnaître que nous ignorons tout de leurs œuvres antérieures. Maurice Scellès abonde en ce sens. Selon lui, chaque fragment retrouvé montre que de nombreux ensembles sculptés ont été détruits et perdus, ce qui nous empêche d’accéder aux œuvres de formation des artistes ; de plus, ceux que nous appelons « maîtres » en les jugeant plus doués, n’étaient pas forcément maîtres sur le chantier. Comme le remarque Dominique Watin-Grandchamp, il n’était pas impossible à un jeune de prendre le pas sur le « maître » initial.
Patrice Cabau prend ensuite la parole pour présenter rapidement une étude des inscriptions gravées sur les reliefs de Saint-Étienne, connues en partie par des reproductions antérieures à leur disparition accidentelle, qu’il faut placer entre 1864 et 1890. Il prend l’exemple de l’inscription subsistante du relief d’André, ANDREAS | APLS, qui présente une capitale « abâtardie » (notamment avec le D orné de deux « bouclettes ») et un espacement des lettres un peu aléatoire. Par comparaison, les bas-reliefs de Moissac montrent des lettres très régulières et de grande qualité. C’est aussi le cas à Saint-Sernin, où les inscriptions de la table d’autel signée par Bernardus Gelduinus et de la plaque du chérubin au rond-point du chœur sont en capitales romaines, régulières malgré quelques variations. Dans son catalogue publié en 1865, Ernest Roschach a transcrit les inscriptions gravées sur les reliefs des apôtres André et Thomas, ainsi que les deux signatures disparues de Gilabertus. La plus longue, celle de la figure d’André, est présentée sur trois lignes : « VIR Ñ INCERTVS / ME CELAVIT GIL / ABERTVS ». Cet hexamètre léonin, signalé par Alexandre Du Mège à partir de 1817, paraît authentique ; il faut rappeler que vir non incertus ne signifie pas « homme qui n’est pas inconnu », mais « homme qui n’est pas incertain », c’est-à-dire « dont la main est sûre », ou encore « expert en son art ». Joseph de Castellane a procuré en 1834-1835 un « fac simile » lithographique de cette signature, mais il en a rationalisé la disposition sur une seule ligne ; il faudrait savoir comment Ferdinand de Guilhermy l’a reproduite. Au vu des vestiges et des relevés, Patrice Cabau est d’avis que les inscriptions des reliefs de saint Thomas et de saint André dataient bien de la première moitié du XIIe siècle, sans cependant que ces éléments épigraphiques puissent permettre d’affiner la datation des œuvres sculptées. Il note que le graveur qui a réalisé ces inscriptions était peu doué, et qu’il ne s’agissait peut-être pas de Gilabertus lui-même.
Pour finir, Guy Ahlsell de Toulza remarque que les anciennes présentations des reliefs au Musée des Augustins, en dépit de leur caractère hypothétique, avaient le mérite de restituer l’idée d’ensemble de l’œuvre, tandis que la présentation actuelle met surtout en valeur deux éléments centraux. Daniel Cazes approuve, regrettant que le support métallique réalisé dans les années 1980 par l’architecte Pierre Debeaux ait été détruit, pour être remplacé par la disposition actuelle, qu’il juge peu convaincante.
Séance du 1er avril 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Boudartchouk, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Bessis, Gilles, MM. Gardes, Laurière, Molet, Penent, membres correspondants.
Excusés : MM. Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Heng, Jaoul, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós, MM. Balty, Garland, Tollon.
Le Président rend compte de la correspondance. A côté de diverses invitations, nous avons reçu un courrier très aimable de l’ancien maire de Martres-Tolosane regrettant de ne pas pouvoir assister à la séance publique de notre Société. Daniel Cazes rappelle que c’est avec Jean Courtade que nous avions essayé de lancer l’aménagement du site de la villa romaine de Chiragan, qui n’a malheureusement été réalisé qu’en partie. Il faudrait achever la clôture et sans doute relancer l’échange de terrains avec E.D.F., qui avait été envisagé.
Le Président évoque ensuite le retard pris par l’impression du volume 2012, t. LXXII, de nos Mémoires. Le B.A.T. a été donné en décembre, mais l’imprimeur n’a pas encore reçu sa nouvelle machine, ce qui est bien regrettable.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant. Daniel Cazes présente son rapport sur la candidature de M. Jean-Louis Augé. On procède au vote : M. Jean-Louis Augé est élu membre correspondant de notre Société.
La parole est à Henri Molet pour une communication sur Le rempart de Garonne à Toulouse.
Le Président remercie Henri Molet pour cette communication qui complète très bien celle du 8 novembre 2011 et apporte une argumentation totalement convaincante quant à l’existence de ce mur de Garonne dans l’Antiquité. On comprend bien que toute question sur la chronologie est impossible, mais on peut s’interroger sur la fonction exacte de ce mur : mur de clôture de la ville ou également digue contre les crues du fleuve ? Sur le site de l’Institut catholique, le mur présente des contreforts intérieurs comme, par exemple, à Mérida. Henri Molet précise que le mur ne suit pas la crête de la berge : il est fondé à mi-pente, permettant une circulation à sa base, qui est cependant atteinte par les plus grandes crues. Il protège la rive des sapes permanentes de la Garonne, qui peuvent être parfois très importantes. Aux XVIe et XVIIe siècles, des pans entiers s’effondrent dans la rivière, et après la crue de 1737, la sape atteint près de 30 m devant la Viguerie. Le mur avait donc bien une fonction de protection contre la Garonne. Quant à la chronologie, Henri Molet dit avoir le sentiment que le mur de Garonne se situe dans la continuité de la construction de l’enceinte du Ier siècle.
En réponse à une question d’Henri Pradalier sur la présence éventuelle de tours, Henri Molet dit en soupçonner l’existence, celle de l’Hôtel Mazuyer étant presque sûre. Faisant référence à l’article de Bernadette Suau, Dominique Watin-Grandchamp rappelle que la présence de la tour est confirmée par un procès-verbal de visite. La muraille apparaît systématiquement dans les archives de l’Ordre de Malte, et il serait sans doute possible de caler sur un plan les structures épaisses d’environ 2,30 m encore en place dans les terrasses des jardins. Henri Molet en convient volontiers.
Le Président félicite Henri Molet pour ce remarquable travail de longue haleine, qui produit à l’évidence des résultats très intéressants.
La parole est à Jean-Luc Boudartchouk et Philippe Gardes pour des compléments sur Les lacs sacrés de Toulouse et Vieille-Toulouse.
Le Président les remercie tous deux pour ces compléments d’information, qui apportent un peu plus de certitude encore sur l’emplacement de la Toulouse gauloise.
Maurice Scellès voudrait connaître les arguments de ceux qui refusent encore de voir dans Vieille-Toulouse la Toulouse gauloise. Philippe Gardes rappelle le poids considérable de la thèse de Michel Labrousse dans l’historiographie toulousaine de la seconde moitié du siècle dernier. A des arguments qui paraissaient alors insuffisants s’ajoutait le problème du transfert du nom de la ville, dont on avait certes quelques exemples mais peu fréquents. En réponse à une question de Quitterie Cazes, Henri Molet précise que la première mention connue de l’appellation de Vieille-Toulouse est de 1168.
Jean-Luc Boudartchouk rappelle que le débat existait à Toulouse depuis le XVIIe siècle, mais qu’il s’est cristallisé entre Michel Labrousse et Georges Fouet, dont les thèses étaient totalement inconciliables. Les chercheurs en conservent la mémoire encore aujourd’hui. Philippe Gardes précise que la question ne fait pas problème en dehors de Toulouse. Quitterie Cazes se souvient pourtant que Michel Labrousse concluait que la réponse dépendrait des découvertes archéologiques. Pour Jean-Luc Boudartchouk, on disposait à l’époque d’éléments de connaissance déjà significatifs mais dont les interprétations ont été faussées ; il considère cependant que les enjeux ont de fait en grande partie disparu avec leurs auteurs. Quant aux lacs, il faut conclure que la légende doit beaucoup aux lieux communs sur les Gaulois et au récit du pillage de « l’or de Toulouse ».
Au titre des questions diverses, Patrice Cabau propose une notule Sur le nom de Gilabertus :
Lors de notre dernière séance, dans la discussion sur Gilabertus, il a été dit que le nom du sculpteur n’était pas très répandu dans notre région, et j’ai alors manifesté mon dissentiment par un geste appuyé de dénégation. On peut constater en effet que cet anthroponyme d’origine germanique (de gisel : hampe de flèche ou gisal : otage, et de behrt : brillant, illustre), loin certes de connaître la diffusion des Willelmus, Raimundus, Bernardus, Arnaldus, Geraldus, etc., fut tout de même relativement fréquent dans le Midi à partir de l’époque carolingienne. Un dépouillement rapide de plusieurs recueils de textes (Preuves de l’Histoire générale de Languedoc, Chartes originales conservées en France, chartes de Moisssac, Lagrasse, Lézat, Saint-Antoine de Toulouse, Bonnefont, Saint-Sernin, Capdenier, Toulouse, Saisimentum comitatus Tolosani…) m’a fourni quelque deux cents occurrences montrant que le nom Gilabertus fut assez souvent porté au cours des IXe-XIIIe siècles dans une aire correspondant notamment aux actuels départements de l’Aveyron, du Tarn, de Tarn-et-Garonne, de la Haute-Garonne, de l’Ariège, de l’Aude, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales. Il y apparaît sous des formes diverses : Agilbertus, Gilabert, Gilabertus, Gilbertus, Gillabertus, Gislabert, Gislabertus, Guilabert, Guilabertus, Guilabestus, Guilhabertus, Guillabertus, Guillibertus, Ginabertus, Quilabertus, Wilabertus… ; Gilaberta au féminin (Giselbertus et Gislebertus sont des formes plus septentrionales). Ce nom devint transgénérationnel dans plusieurs familles de notre région : Saint-Paul, Laurac, Montaut, Péchabou, les Guilabert de Toulouse… Dans ces conditions, il n’est pas impossible que le sculpteur « à la main sûre » qui signa ses œuvres dans le cloître de la cathédrale de Toulouse ait été originaire de cette ville.
Patrice Cabau
Séance du 15 avril 2014
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Mme Nadal, Secrétaire de séance ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Catalo, Lassure, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Éclache, MM. Chabbert, Mattalia, Penent, membres correspondants.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Bossoutrot, Heng, Jaoul, Queixalós, MM. Balty, Garland, Garrigou Grandchamp, Rebière, Surmonne.
Le Président ouvre la séance à 17 heures et annonce un changement dans le programme du jour. Jean-Louis Rebière et Anne Bossoutrot ayant été avertis il y a trois heures d’une visite à conduire à Ourjout (Ariège) pour y présenter les peintures murales récemment découvertes, ils ne pourront assurer la communication prévue sur l’église de Saint-Ybars. Ils seront remplacés par une intervention au pied levé de Jean Catalo et Quitterie Cazes, qui ont accepté d’exposer une partie des résultats des fouilles réalisées sur le site de l’école d’économie de Toulouse (Université Toulouse 1-Capitole).
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 25 mars 2014. Quitterie Cazes apporte une rectification à ce qu’elle avait dit dans le débat qui avait suivi sa communication : il ne s’agissait pas d’un Gilabertus, mais d’un Bernardus Gelduinus, dont elle avait trouvé mention pour le Val-de-Loire. Henri Pradalier ajoute que Saint-Caprais d’Agen aurait également dû être mentionné lors des discussions, tout comme il aurait fallu évoquer plus longuement Saint-Gilles-du-Gard. Quant à l’adjectif « italien » qui revient à deux reprises dans le compte rendu, au sujet de Gilabertus et de la pratique de la signature, il note qu’il faut le modifier par « originaire d’Italie ». Après enregistrement de ces précisions, le procès-verbal est adopté à l’unanimité.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 1er avril 2014, qui est adopté. Puis il indique qu’Émilie Nadal, qui s’est proposée pour aider à la rédaction des procès-verbaux, assure le secrétariat de la séance.
Le Président présente plusieurs ouvrages donnés à la Société :
– Odile Foucaud et Emmanuel Moureau, Germain Olivier (1869-1942), collection Patrimoines Midi-Pyrénées. Archives d’architectes, Toulouse, Conseil Régional de Midi-Pyrénées, 2014, 116 p. ;
– Marion Fourcayran, L’église Saint-Ebons, Sarrancolin, coll. Patrimoines Midi-Pyrénées, Toulouse, Conseil Régional de Midi-Pyrénées, 2014, 128 p. ;
– Mélanie Chaillou et autres, Tour des Lautrec », Vielmur-sur-Agout (Tarn), Rapport Final d’Opération Archéologique, HADES, février 2014, multigraphié, 2 vol., 435 et 168 p.
Le Président de la Région Languedoc-Roussillon, Christian Bourquin, a adressé à la Société une plaquette présentant le schéma de développement économique de la Région.
Au titre de la correspondance manuscrite, le Président de la Société du patrimoine muretain, M. Christophe Marquez, nous invite à la conférence intitulée « Pierre Paul Riquet : un portrait intime », qui sera prononcée par Mme Mireille Oblin-Brière, le 16 avril 2014 à 20h30, au théâtre municipal de Muret.
Il n’y a toujours aucune réponse de la DRAC Midi-Pyrénées aux divers courriers envoyés par notre Société depuis plus de trois ans, pas plus qu’il n’y a eu de retour de la part du Président de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat concernant les sorties de sécurité de la salle Clémence-Isaure. Le Président insiste sur le fait que la convention qui lie la Fondation aux différentes Académies est très claire sur l’obligation qu’a la Fondation de laisser libre l’accès par le grand escalier.
La parole est à Jean Catalo et Quitterie Cazes pour une communication sur Le bâtiment wisigothique du site de l’école d’économie (Université Toulouse 1-Capitole). Cette présentation a déjà été faite lors du colloque international d’archéologie mérovingienne tenu à Toulouse en 2013.
Le Président remercie les intervenants pour leur communication. Les conclusions de leur travail constituent une découverte extraordinaire, qui vient compléter celle du palais royal wisigothique. À ce titre, on ne peut que regretter, à nouveau, la destruction des vestiges de ce monument, comme partie d’un même ensemble. Il faut désormais souhaiter que des recherches géophysiques soient entreprises dans l’allée des Tilleuls, et garder une grande vigilance quant au devenir des substructions qui doivent y être encore conservés.
Dominique Watin-Grandchamp s’interroge sur les traces d’enduits laissant le milieu des pierres apparentes et qui sont visibles sur une des photos. Quitterie Cazes répond qu’il s’agit d’un enduit de liaison rabattu sur la pierre et découpée à la truelle pour dessiner un rectangle plus régulier. À la suite d’une question de Maurice Scellès, elle signale qu’elle n’en connaît pas d’autre exemple. Jean Catalo précise que l’enduit et le système de fondation sont rigoureusement identiques entre les deux sites évoqués, et qu’on ne les trouve dans aucun autre monument toulousain quelle que soit la période considérée. Quitterie Cazes ajoute que la méthode employée utilise d’énormes quantités de mortiers dans les fondations (4 à 5 cm de mortier pour 4 à 5 cm de briques). Maurice Scellès se demande si des briques sont choisies pour la partie externe des arases, ce que confirment les deux intervenants. Il demande également si les remblais ont été ajoutés dans un second temps. Jean Catalo lui répond que le bâtiment a été conçu comme un socle : l’espace intérieur de la galerie a été rempli progressivement de remblais qui ont permis d’exhausser son sol par rapport au sol extérieur au monument ; cet effet de socle renforce le caractère monumental de l’ensemble, mais le parement est identique à l’extérieur et à l’intérieur (même si ce dernier ne se voit pas).
Henri Pradalier revient sur l’usage du bâtiment. Il se demande si le mausolée de Théodoric à Ravenne comporte lui aussi un portique, ce que confirme Quitterie Cazes. Henri Pradalier ajoute que si le contexte de construction du bâtiment est bien lié au règne d’Euric, il faut rappeler que celui-ci est alors fortement impliqué dans la persécution contre les nicéens. Mais Mme Cazes nuance ce point de vue, remarquant que Sidoine Apollinaire avait d’abord considéré Euric comme l’ « honneur des Goths », avant de changer d’avis pour des raisons politiques. Quant à l’église Saint-Pierre-des-Cuisines, elle était probablement nicéenne au moment de sa construction, puis elle est devenue arienne sous les Wisigoths, avant de redevenir nicéenne après leur départ.
Jean Catalo rappelle qu’à la différence du palais wisigothique de l’hôpital Larrey, qui avait été arasé immédiatement, ce probable mausolée a dû exister de manière visible au moins jusqu’au XIIe siècle, puisqu’à cette date ont été réalisés des aménagements tenant compte des murs wisigothiques. Il faut donc penser un devenir différent pour chacun des deux monuments.
Henri Pradalier revient sur la destination de l’ouvrage. Il demande d’abord si le mausolée présente une forme spécifique aux Goths ariens. Quitterie Cazes répond que le mausolée prend pour référence les mausolées impériaux de la fin de l’Antiquité, sans considération religieuse. Quant à la destination de l’édifice, elle souligne qu’il n’est pas coupé par des murs de refend : il ne s’agit donc pas d’une maison, ce qui l’a conduite à proposer d’identifier un temple ou un mausolée. Henri Pradalier lui demande pourquoi il ne peut s’agir d’une basilique. Pour Quitterie Cazes, il s’agit surtout d’un problème de dimensions(comment couvrir un tel espace central ?) et de disposition (ne pas oublier qu’en 1995 a été repéré côté est le départ d’une galerie). Henri Pradalier propose le cas d’une basilique à trois vaisseaux. Quitterie Cazes note qu’il ne reste rien en élévation, et qu’il faudrait donc élargir les fouilles pour voir ce qui reste « au milieu » des vestiges de murs déjà dégagés.
Daniel Cazes demande si les archives ont pu fournir quelques données. Quitterie Cazes répond que le plan Saget, du milieu du XVIIIe siècle, montre la disposition en U de bâtiments qui pourraient correspondre aux galeries ouest, sud et est. D’autre part, dans l’enceinte de l’Arsenal militaire, se trouvait un bâtiment qui paraît au même emplacement que la galerie orientale du mausolée du Ve siècle. Ce bâtiment, démoli en 1880, avait été au XVIIe siècle le réfectoire du couvent des Chartreux, et il réutilisait lui-même le collège de Moissac édifié à la fin du XIIIe siècle. Jean Catalo indique qu’on a ajouté des contreforts sur certains murs venant fermer l’angle nord-ouest, ce dernier ayant du former une tour, partie d’une maison qu’on peut suivre jusqu’à la fin du XIVe s. Il existe aussi, de l’autre côté de la rue, la mention de maisons en pierre (aule lapidee) qui sont les seules du secteur.
Au titre des questions diverses, Émilie Nadal présente le fonctionnement de la nouvelle page Facebook de la Société.
Le Président la remercie en soulignant l’utilité de ce genre de moyen de communication qui, comme le site Internet de notre Société ou le relais que peut constituer l’Association des journalistes du patrimoine, nous permet de nous faire connaître et de mieux faire connaître les causes que nous défendons. Cela suppose bien sûr, en premier lieu, que les membres de notre Société aient le souci d’apporter les informations, et ensuite un travail de rédaction rigoureux. En réponse à Jean Catalo, Émilie Nadal précise que c’est le statut de la page qui permet sa consultation sans inscription sur Facebook. « Bientôt un compte Twitter ? » demande Quitterie Cazes. Émilie Nadal dit moins bien connaître Twitter, qui lui paraît cependant présenter moins de possibilités que Facebook, mais qui est peut-être plus efficace pour la diffusion des alertes.
On évoque ensuite le repérage d’une poutre peinte signalée par Quitterie Cazes et Adeline Béat, dans l’ancien Hôtel de la Mammye, situé au 31 rue de la Dalbade à Toulouse. Dans le cadre de travaux de réhabilitation, l’Hôtel, qui est protégé au titre des Monuments historiques pour ses galeries sur cour, a été soumis à un contrôle scientifique et technique conventionnel. Il est situé dans le secteur sauvegardé de Toulouse (un secteur délimité, comme le précise Maurice Scellès, mais dont le règlement n’a toujours pas été adopté). Les travaux actuellement menés dans l’Hôtel sont suivis par une architecte du patrimoine, mais il semble souhaitable que des moyens complémentaires soient mis en place pour prendre en compte et enregistrer les découvertes lors de travaux dans le centre ancien de la ville. Le plafond présente un décor peint héraldique médiéval qui pourrait être lié au contexte politique local. Il est possible d’y reconnaître les armes de Cardaillac, les armes de la ville de Toulouse et les armes de France. Étant donné le mode de composition du décor peint, ce décor pourrait être contemporain de celui d’un plafond daté de 1384 et situé à Metz, 12 rue des Clercs. Quant aux armes de Cardaillac, il pourrait s’agir de celles du futur évêque Jean de Cardaillac, qui avait des relations étroites avec les rois de France (ainsi Charles V lui avait offert son bréviaire), et qui est connu pour avoir su ramener la fidélité de la Guyenne et du Quercy au roi de France, notamment par ses nombreux prêches dans la cathédrale de Cahors. Les travaux de rénovation ont également mis en évidence des éléments architecturaux dont l’étude pourrait se révéler précieuse pour la connaissance du rempart en bord de Garonne. Dans la maison voisine, des éléments de remplage du XIVe siècle, utilisés en bordure de parcelle proviendraient, selon leur propriétaire, de la chapelle détruite du cimetière de la Dalbade, une information qui étonne Daniel Cazes, qui avait toujours entendu dire que les fragments venaient du couvent des Carmes.
Le Président note que nous avons là un aperçu des nombreux vestiges encore à découvrir et protéger, puisque c’est le hasard qui a permis de connaître ces éléments. Il remarque que les chantiers se multiplient actuellement dans le centre de Toulouse, ce qui peut conduire à d’irrémédiables pertes. Il cite ainsi les actuels travaux de renduit de la tour capitulaire dite de Pierre Bruni, qui n’ont donné lieu à aucune étude archéologique. Il se rappelle également comment, un jour qu’il faisait visiter le collège de Foix, il s’était aperçu que les Sœurs de la Compassion brûlaient, pour faire bouillir leur lessive, des sections de poutres peintes aux armoiries du cardinal Pierre de Foix.
Michelle Fournié indique à Dominique Watin-Grandchamp que Mathieu Desachy a réalisé une notice biographique très complète sur Jean de Cardaillac et ses armoiries, dans le cadre des Fasti. Henri Pradalier remarque que le blason des Cardaillac peut être lu différemment selon le sens des lectures des poutres.
Patrice Cabau précise que le lion représenté ici est un lion passant, puis il s’intéresse à la question des armoiries de Jean de Cardaillac. Après avoir rappelé le blasonnement donné en 1656 par les frères de Sainte-Marthe dans leur Gallia Christiana : « CARDAILLAC, de gueules au Lyon d’argent armé, lampassé, & couronné d’or, à l’orle de treize besans aussi d’argent. », il fait voir plusieurs figurations des armes du patriarche d’Alexandrie, qui fut de 1378 à 1390 l’administrateur perpétuel de l’archevêché de Toulouse. Sur deux de ses sceaux apparaît un lion accompagné, non d’un orle, mais d’une bordure chargée tantôt de douze, tantôt de quatorze besants. Le manuscrit 460 de la Bibliothèque municipale de Toulouse, qui appartint au patriarche, puis à un personnage qui parle de lui comme de son dominus, contient un croquis à la plume montrant un écu incliné timbré d’un heaume à cimier qui porte un lion accompagné de onze besants mis en orle ; il s’agit évidemment d’armes reproduites d’après le sceau d’un chevalier de la maison de Cardaillac, et non pas de celles de l’archevêque. En revanche, le manuscrit 57 de la même Bibliothèque, confectionné vers 1379 et dédié au prélat, s’orne en frontispice d’un écu enluminé D’or au léopard rampant d’azur couronné, armé et lampassé de gueules, à la bordure d’azur orlée de huit besants d’or, chacun chargé d’un tourteau de gueules. M. Cabau hésite à attribuer à un Cardaillac les armoiries de la maison de la rue de la Dalbade. On peut supposer que plusieurs personnes à Toulouse avaient pour armes un lion environné de besants. Ainsi, un lion d’or sur champ de gueules avec bordure de sable besantée d’or paraît sur les écus des membres de la famille d’Auribail ; Jules Lahondès s’y est laissé tromper en croyant reconnaître les armes de Cardaillac dans l’une des chapelles de l’église du Taur.
Séance du 13 mai 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Catalo, le général Garrigou Grandchamp, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Pousthomis, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Andrieu, Balty, Bessis, Bossoutrot, Czerniak, Lamazou-Duplan, Nadal, Queixalós, MM. González Fernández, Rebière, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire général, qui ne pourra arriver qu’en fin de séance, M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Barber, Cassagnes-Brouquet, Fournié, Heng, MM. Boudartchouk, Bru, Garland, Penent.
Invité : M. Gérard Amigues.
Le Président ouvre la séance à 17 heures et accueille notre invité, M. Gérard Amigues, vice-président du Conseil général du Lot, chargé de la Culture et du Patrimoine.
La parole est au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 15 avril 2014, établi par Émilie Nadal, qui est adopté après amendements. En marge de ce compte rendu, Patrice Cabau tient à faire une mise au point à propos de l’archevêque de Toulouse qui, au temps de la guerre dite de Cent Ans, rallia au roi de France une soixantaine de villes du Quercy et des pays voisins : sur la foi d’une interprétation erronée d’un passage un peu confus des Chroniques de Jean Froissart, on répète communément que c’était Jean de Cardaillac (1378-1390) ; comme l’ont depuis longtemps expliqué Étienne Baluze (1693) et Joseph Vaissete (1742), il s’agissait en réalité de son prédécesseur Geoffroy de Vayroles (1361-1377).
Le Président présente deux ouvrages offerts par Pierre Garrigou Grandchamp, qu’il remercie d’enrichir régulièrement la bibliothèque de la Société :
– Louis Fargier, Villemagne l’Argentière. Son passé – son abbaye – sa communauté – ses mines – ses monuments historiques, Lodève, 1987, 144 p. ;
– Jean Lartigaud, Puy-l’Évêque au Moyen Age. Le castrum et la châtellenie (XIIIe-XIVe s.), éditions du Roc de Bourzac, Bayac, 1991, 208 p.
Daniel Cazes procède au dépouillement de la correspondance. Divers imprimés présentent les programmes des activités proposées par la Ville de Narbonne, la Bibliothèque de Toulouse… Lisa Barber, désormais fixée en Grande-Bretagne, nous annonce par e-mail son intention de renoncer à sa place de membre titulaire de notre Société ; la Compagnie convient d’attribuer à notre consœur la qualité de membre libre. Marie Vallée-Roche nous fait savoir par un courriel qu’elle a découvert fortuitement à Minerve (Hérault) un « tronc-reliquaire » du Ve siècle qu’elle a le projet de nous présenter prochainement.
Le Président donne la parole à Virginie Czerniak et Véronique Lamazou-Duplan pour une communication concernant Une toile peinte médiévale inédite.
M. Cazes remercie les deux intervenantes pour leur présentation, qu’il qualifie de « magnifique ». L’union de leurs compétences a permis d’éclairer un aspect peu connu de la création artistique à la fin du Moyen Âge. La communication ne devrait pas manquer de provoquer de multiples questions ou observations.
Jean-Louis Rebière signale que la technique de la peinture sur toile a notamment été utilisée dans la confection des bannières ; il cite les exemples, italiens, qui lui viennent à l’esprit.
Le Père Montagnes indique, d’après un fichier des Archives départementales du Vaucluse, qu’au XVe siècle des toiles peintes furent vendues par le prieur du couvent des Dominicains d’Aix-en-Provence.
Guy Ahlsell de Toulza s’enquiert du niveau de prix de la toile lors de sa mise aux enchères publiques organisées à Paris par la maison Hagutte. Après avoir annoncé la somme de 30 000 à 35 000 €, Virginie Czerniak précise que la pièce n’a pas trouvé d’acquéreur. Cette œuvre pêche par le défaut de documentation et elle ne présente guère d’intérêt que pour un musée, ou un médiéviste argenté.
M. de Toulza rappelle ensuite que les toiles peintes ont existé dès l’Antiquité, mais qu’elles ont toujours tendu à disparaître assez vite, en raison de leur fragilité et de leur caractère éphémère. Combien de toiles décoratives, passée la circonstance qui avait provoqué leur réalisation ou devenues hors de mode, ont servi d’emballages, avant de finir par être brûlées, jetées… ! Ce n’est qu’à partir de la fin du Moyen Âge que le souvenir des toiles utilisées dans le décor privé s’est conservé, avec l’enregistrement par les notaires des inventaires après décès. Véronique Lamazou-Duplan abonde en ce sens et cite des remplois comme moyens d’enrobage, de calage…
Jean Catalo dit avoir du mal à se convaincre du caractère banal de ces œuvres dans la sphère privée, puis il s’interroge sur la possibilité de définir des aires de répartition : toiles peintes dans le Midi, tapisseries plus au Nord. Mme Lamazou-Duplan répond que son enquête demeure pour l’instant bien fragmentaire et que seule la multiplication des exemples pourrait permettre d’appréhender une telle géographie. Après avoir renvoyé aux recherches menés par Sophie Cassagnes-Brouquet, à compléter par des investigations dans la région des Flandres et les pays germaniques, elle note que l’absence de toiles peintes dans les intérieurs de la ville de Dijon a été pour elle un sujet de surprise.
Quitterie Cazes, s’excusant de poser une question peut-être « naïve », demande si le style de la peinture pourrait mettre sur la piste de la région d’origine de la toile présentée ; pour elle, les visages évoquent plutôt la manière du Nord. Virginie Czerniak et Véronique Lamazou-Duplan disent qu’en effet les hommes d’armes ont une allure allemande ou suisse, puis elles déclarent être à la recherche d’une gravure réalisée dans cette zone, dont le peintre aurait pu s’inspirer.
Louis Peyrusse voudrait savoir quel était le mode d’accrochage des toiles peintes. Les inventaires ne le précisent pas ; elles n’étaient pas montées sur châssis, et l’on peut imaginer un système de plaquage contre les murs analogue à celui des tapisseries.
Luis González Fernández signale l’utilisation très fréquente de la toile peinte dans le monde du théâtre : aux XVIe et XVIIe siècles notamment, les inventaires des compagnies mentionnent des décors peints sur toile ainsi que des costumes peints. Véronique Lamazou-Duplan observe que l’utilisation théâtrale des toiles peintes est également connue pour le Moyen Âge.
Daniel Cazes se souvient des toiles peintes qu’il a admirées lors d’une visite au Musée cathédral de Gênes, et il souhaite que la pièce présentée ce soir prenne le chemin d’un musée.
M. Gérard Amigues intervient pour remercier Virginie Czerniak et Véronique Lamazou-Duplan, et donner quelques informations complémentaires sur sa provenance et son devenir. Elle lui été offerte par la veuve d’un ami, retiré dans le Lot, lequel la tenait de sa tante, galeriste à Paris.
Le Président remercie chaleureusement M. Amigues de son témoignage.
Au titre des questions diverses, François Bordes annonce que la miniature des annales capitulaires figurant l’entrée du roi Charles VII à Toulouse en 1442 sera présentée dans la grande exposition sur le voyage organisée à Paris, au Musée de Cluny, au mois d’octobre prochain.
Pierre Garrigou Grandchamp montre des photographies de la halle de Grenade-sur-Garonne, construite à la fin du XIIIe siècle, qui vient d’être restaurée. Dominique Watin-Grandchamp et Nicole Andrieu donnent des précisions sur cette opération, menée par M. Bernard Voinchet, Architecte en chef des Monuments historiques, et en vue de laquelle a été réalisée une « grosse » étude préalable.
Le général Garrigou Grandchamp aborde ensuite la question de l’avenir toujours incertain de l’ancien palais de Via à Cahors. Rappel est fait des divers courriers que la S.A.M.F. a adressés à ce sujet, et pour lesquels elle n’a reçu au mieux que des réponses de forme, purement administratives. Dominique Watin-Grandchamp a proposé le classement de l’édifice, inscrit en totalité, et elle a obtenu une proposition de classement parmi les Monuments historiques, à laquelle il manque toujours l’accord du propriétaire – en l’occurrence l’État !
Pierre Garrigou Grandchamp est d’avis que la Société archéologique du Midi de la France demande que soit entreprise une étude complète et véritable de ce monument médiéval très important. Quitterie Cazes note que cette demande posera le sempiternel problème du financement de l’étude et des délais nécessaires à sa réalisation.
Maurice Scellès s’associe pleinement à la démarche et propose de lui donner toute la publicité souhaitable en affichant une notice illustrée sur la page Facebook de la Société et en transmettant les éléments du dossier à l’Association des journalistes du Patrimoine. On suggère en outre d’adresser un courrier à la Ville de Cahors, qui peut agir sur l’Administration centrale. Il devient urgent d’agir, car un bâtiment désaffecté et non entretenu se dégrade rapidement.
Daniel Cazes regrette le désengagement de l’État en matière de Patrimoine qu’il faut constater en France et qui apparaît ailleurs en Europe comme une singularité.
Le projet de demande d’étude recueille l’adhésion de l’ensemble de la Compagnie.
Séance du 27 mai 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, Lassure, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Stouffs, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Bossoutrot, Czerniak, Nadal, Queixalós, MM. Mattalia, Penent, Rebière, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Barber, Bessis, Fournié, Friquart, Krispin, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Chabbert, González Fernández.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 13 mai, qui est adopté.
En complément, le Président indique qu’il a adressé un courrier au Directeur régional des Affaires culturelles sur les questions du devenir du palais de Via à Cahors et de la restauration de la Halle de Grenade. Concernant le palais de Via, Maurice Scellès rappelle que la discussion a fait apparaître que si la Ville de Cahors n’avait pas les moyens d’acheter l’édifice, la Mairie pouvait en revanche faire pression sur les services de l’État pour que soit réalisées les études nécessaires, afin de garantir au mieux la conservation et la mise en valeur future d’un monument insigne du patrimoine cadurcien. Le Président adressera donc le dossier établi par Pierre Garrigou Grandchamp au Maire de Cahors et à M. Gérard Amigues, Vice-président du Conseil général du Lot, avec copie à la Direction régionale des Affaires culturelles.
Le Président rend compte de la dernière réunion du Bureau.
Il fait circuler dans l’assemblée le programme de l’année académique 2014-2015 en proposant à ceux qui souhaitent présenter une communication de s’inscrire pour les quelques places encore disponibles.
Le Bureau a décidé de proposer à notre consœur Lisa Barber qui, résidant désormais en Angleterre, a souhaité laisser sa place de membre titulaire, de redevenir membre correspondant, statut qui convient parfaitement à nos membres éloignés de Toulouse.
Le Bureau a de nouveau fait le point sur l’impression de nos Mémoires. A partir des dernières informations obtenues, Guy Ahlsell de Toulza explique que le volume 2011 devrait être livré dans la première semaine de juillet et que le volume 2012 devrait être imprimé en septembre. Maurice Scellès espère que les engagements seront cette fois-ci respectés. Le Président regrette ces retards, dont l’importance porte atteinte à notre crédibilité, tant vis-à vis des membres de notre Société que de notre public.
La correspondance comprend plusieurs annonces de colloques et de manifestations diverses, et une offre de don de M. Jacques Canali, qui a pu acquérir un lot de photographies de l’abbé Georges Baccrabère. Ce fonds, qui demande à être inventorié, comprend en particulier des clichés du musée de l’Institut catholique avant sa transformation, qui seront précieux pour en faire l’histoire. On y remarque également des photographies rapportées des voyages de l’abbé Baccrabère autour de la Méditerranée : le Président rappelle que notre confrère pilotait des avions, et qu’il entretenait de très bonnes relations avec d’autres pilotes, ce qui lui permettait de faire des allers-retours dans la journée, et de « gagner plus de temps encore en évitant les formalités douanières », ajoutait l’abbé. Le Président remerciera M. Jacques Canali au nom de notre Société.
A propos de l’inauguration de la Foire Internationale d’Art de Toulouse (F.I.A.T.), le Président invite les membres de la Société à rendre visite à la nouvelle présentation de la collection de sculpture romane du Musée des Augustins, due à Jorge Pardo. La question mérite à l’évidence un débat auquel notre Société se doit de participer.
L’artiste affirme avoir voulu mieux faire connaître la collection de sculptures romanes en améliorant une présentation défaillante et usée d’un point de vue esthétique. Aucune intention didactique dans cette nouvelle présentation qui conserve la disposition en trois ensembles qui sont désormais différenciés par des lampes suspendues de couleurs différentes, pour mieux les éclairer. L’un des soucis majeurs exprimés par l’artiste a été de poser un acte militant contre l’impossible neutralité du musée, et l’un de ses objectifs : « faire surgir les œuvres comme autant d’écrans de télévision ».
Puis le Président rend compte d’une récente visite au couvent des Jacobins, dont les travaux durent depuis maintenant des années. La porte de la grande sacristie a été murée et l’on a fait disparaître la modification en y reproduisant le décor de fausses coupes de pierre du mur de la chapelle. C’est ainsi qu’en 2014, on fait disparaître la restauration pensée et réalisée par Sylvain Stym-Popper. Un trou béant sur le cloître semble être destiné à la nouvelle porte, qui n’existait pas bien sûr à l’origine.
La parole est à Emmanuel Garland pour une communication À propos des peintures murales de Saint-Pierre d’Ourjout : le thème de la représentation des saints aux absides des églises romanes.
Le Président remercie l’intervenant pour l’intérêt de sa présentation qui nous a permis de faire le tour des cycles de peintures pyrénéens, et de proposer de nouvelles comparaisons avec les peintures nouvellement découvertes d’Ourjout.
Henri Pradalier approuve l’interprétation d’Emmanuel Garland considérant que la liturgie romaine permet en effet d’expliquer la présence de Pierre et Paul, ou d’Abel et Caïn dans le décor des absides. Il rappelle qu’à la fin du XIIe siècle, Rome impose sa liturgie à l’Espagne au dépend de la liturgie mozarabe. Les présences renouvelées de Pierre et Paul traduisent cette volonté d’imposer l’autorité de Rome. Quant à André, sa présence pourrait être lié à un vieux souvenir venu de Byzance, depuis l’Italie. En effet, saint Pierre étant l’apôtre de Rome, les Byzantins ont fait de son frère, André, l’évangélisateur de Constantinople. Dans la mesure où les peintres qui sont à l’œuvre dans les Pyrénées viennent d’Italie, ils importent avec eux André, mais aussi des saints propres à l’iconographie lombarde, comme les saints milanais que sont Ambroise, Gervais et Protais. Emmanuel Garland précise que dans le texte Libera nos, les saints nommés sont bien Marie, Pierre, Paul et André ; qui sont aussi les plus représentés. Il confirme également que le sacrifice d’Abel n’apparaît pas dans la liturgie mozarabe, d’où ses très rares occurrences dans les représentations du XIe siècle.
Henri Pradalier revient ensuite sur la question de la Vierge portant la coupe. Il précise que les rayons représentés au dessus de la coupe, image du sang du Christ, sont aussi rapprochés de la parole de Dieu : Ego sum lux mundi, dont les mots apparaissent notamment sur le livre du Christ de Taüll. Il évoque aussi une allusion possible à la Grande Prostituée de Babylone qui dans les manuscrits mozarabes est aussi représentée avec une coupe. L’iconographie de la Vierge à la coupe, serait ainsi une manière d’opposer la Prostituée à la coupe, figure de l’idolâtrie, et la Vierge à la coupe, image de l’Église. Notons aussi qu’à ce moment là, c’est Cordoue qui est considéré comme la figure de la Babylone évoquée dans le texte de l’Apocalypse. Sur ce point, Emmanuel Garland note que dans les nombreuses Crucifixions du XIe, ont ne vois pas le sang du Christ recueilli, alors même que ce thème apparaît à l’époque carolingienne. Il se demande pourquoi le sujet apparaît dans les absides, à travers la Vierge à la coupe, et non dans les Crucifixions proprement dites.
Quitterie Cazes remercie l’intervenant pour son analyse en série très éclairante. Il n’y aurait donc pas de modèle iconographique, mais une traduction textuelle de la liturgie propre à chaque édifice. Elle souligne l’intelligence des programmes iconographiques, sans doute lié au rôle important de l’évêque, mais aussi à la présence d’un clergé sans doute nettement moins ignare que ce qu’on a pu le supposer pour ces petites églises. Elle insiste sur la très grande diffusion de la pensée de la Réforme grégorienne jusque dans les plus petits villages pyrénéens.
Virginie Czerniak approuve elle aussi l’interprétation qui tend à considérer la peinture comme la mise en image de la liturgie, et précise que de nombreux autres exemples du même type existent dans d’autres contextes ; comme par exemple dans l’église Saint-Gilles de Montoire, où l’on a mis en image le mystère de la Transsubstantiation. Toutefois elle rappelle que le programme d’Ourjout est incomplet, avec 3 figures manquantes, peut-on vraiment être sûr de l’absence de la Vierge ? Emmanuel Garland répond qu’il y a de fortes présomptions, car dans les autres cas la Vierge occupe toujours une place d’honneur juste en dessous du Christ, sauf à Estaon où un Baptême du Christ occupe le registre médian de l’abside.
Henri Pradalier avoue avoir été frappé par la rareté des collèges apostoliques représentés sous des arcatures. Il souligne la proximité entre Santa Maria de Taüll et Ourjout, puisque dans les deux cas on retrouve aussi un registre inférieur orné de médaillons avec des animaux. On peut donc aussi supposer que le cul de four d’Ourjout était orné d’une Vierge en majesté.
A la demande de Sophie Cassagnes-Brouquet, Emmanuel Garland précise que l’église est dédiée à Saint-Pierre, au moins depuis le XIIIe siècle. Il pouvait s’agir d’un prieuré, étant donné sa disposition, avec un chœur très profond pour une toute petite nef.
Jean-Louis Rebière note la bizarrerie des colonnes qui lui rappelle l’église de Saint-Lizier. Il demande si l’ordre toujours observé pour les apôtres, Pierre, Paul, André, Jacques et Jean, correspond à une forme de préséance. Emmanuel Garland explique qu’il s’agit effectivement de l’ordre dans lequel Jésus les appelle (en dehors de Paul). Mais il ajoute que Jacques ou Jean sont rarement identifiables avec certitude, en l’absence d’attributs caractéristiques. Henri Pradalier note aussi que ce sont les plus mentionnés dans les Évangiles.
En réponse à la remarque de Quitterie Cazes concernant la très grande diffusion de la réforme liturgique, Henri Pradalier déplore ensuite la perte des ensembles peints qui devaient orner à la même époque les cathédrales et les grands monastères de la région pyrénéenne, soulignant que les petites vallées, souvent très peuplées, devaient être en contact étroit avec ces grands édifices. Virginie Czerniak observe qu’on trouve aussi en dehors des Pyrénées le même type d’ensembles picturaux qui, en dépit de leur situation dans des endroits forts isolés (dans le Quercy par exemple), n’en présentent pas moins des programmes à haute teneur dogmatique. Emmanuel Garland avoue qu’il avait été surpris au début de ses travaux par la très grande orthodoxie qui caractérise le discours peint ou sculpté du XIIe siècle, orthodoxie que l’on ne trouve plus au XIIIe siècle.
Pierre Garrigou Grandchamp demande s’il y a eu des recherches systématiques sur la collation de toutes ces églises, pour faire ressortir l’éventuelle relation entre l’orthodoxie du message et l’autorité d’un évêque par exemple. Emmanuel Garland répond que ces programmes peints peuvent appartenir à presque tous les types d’églises (paroissiales, abbatiales, collégiales, cathédrales) en dehors des chapelles castrales, dont trop peu sont préservées pour en tirer des conclusions. Le message était le même et il était de toute façon diffusé des évêques aux abbés.
Enfin Quitterie Cazes demande à l’intervenant s’il a pu réaliser une cartographie des regroupements iconographiques. Emmanuel Garland répond qu’il a effectivement constaté une concentration des sites autour du Val d’Aran et Val de Boi jusqu’en Andorre. Mais il n’a pas souhaité établir de recoupement iconographique, car les points singuliers de l’iconographie présentent des occurrences en nombre trop faibles pour être significatifs.
Après avoir remercié une dernière fois l’intervenant pour sa présentation riche en réactions, le Président donne la parole à Marie Vallée-roche qui présente au titre des questions diverses, La découverte fortuite d’un tronc-reliquaire paléochrétien.
Suite à des travaux dans sa maison de famille, un ancien presbytère du XVIIe siècle, l’intervenante a découvert une pierre ronde engagée dans le mur, à 1,10 m de hauteur. Une fois désengagée, la pierre octogonale s’est avérée être un octogone percé d’un trou, mesurant en tout 29 cm de diamètre, pour 28 cm de haut, 11 à 13 cm de large et 10,5 cm de profondeur. Un décor primitif apparaît sur le rebord saillant de la pierre, haut de 5 cm et saillant d’environ 4 mm, orné de deux trous par face. L’objet est en marbre. Le marbre ayant été exploité dans les environs de Minerve et dans le Languedoc depuis l’Antiquité, la comparaison avec une palette des marbres locaux, et l’intervention d’un spécialiste du sujet, a permis de déterminer que le marbre avait pu être extrait de deux carrières en surface, d’exploitation ancienne, situées à 10 ou 13 km de Minerve.
L’objet est probablement un pied d’autel, le trou sur la face supérieure étant le loculus destiné à recevoir des reliques. Deux formes sont connues dans la région : le cippe à l’antique (de forme rectangulaire), et le tronc-reliquaire. Les nombreux cippes reliquaires de la région de Minerve ne sont toutefois pas tous des supports d’autel. C’est le cas du cippe du Terral à Ouveillhan, qui possède un loculus de 9 cm de diamètre, pour 1, 30m de hauteur d’ensemble et qu’on suppose destiné uniquement à la vénération des reliques. En revanche les troncs reliquaires sont a priori tous des supports d’autel. Dans un dépôt lapidaire privé à Gléon (Villesèque, Aude), Marie Vallée-Roche a ainsi pu repérer un tronc reliquaire octogonal associé à un sanctuaire de l’époque wisigothique.
Si le tronc-reliquaire trouvé dans le mur était bien un pied d’autel, il faut le rapprocher de l’autel paléochrétien de Minerve, qui se trouve juste à côté. En 1630 les frères de Sainte-Marthe recueillent les témoignages de gens du pays selon lesquels l’autel était autrefois porté par 3 piliers. Cependant en 1883, d’après la restitution de Rohaut de Fleury, Camille Lebrun dessine un autel avec seulement 2 supports, sans tenir compte de l’enquête des siècles précédents. Tandis qu’en 1928, Philippe Helena imagine que la colonne de marbre servant de bénitier à l’entrée de l’église était en fait le support primitif. Mais cette colonne mesure 1,10 m de haut ce qui parait tout simplement trop haut pour un pied d’autel.
En 1974, lors des travaux de rénovation de l’église, on a trouvé un fragment d’une autre colonne de marbre dans un mur, portant des graffitis contemporains de ceux de l’autel. Or cette colonne est du même marbre que le tronc-reliquaire récemment découvert, même si pour ce dernier, le marbre n’est pas poli. Leur diamètre n’est pas parfaitement identique, quoique proche. Le tronc reliquaire pourrait donc appartenir au même ensemble que l’autel. Il en aurait été le support central, portant les reliques, et encadré par deux colonnes d’un diamètre semblable. En 1582, Minerve est prise par le capitaine Bacon à la tête d’un corps expéditionnaire de Huguenots. On peut supposer qu’à ce moment là les supports d’autel ont été brisés. En 1596, on restaure l’église, et on consacre la chapelle nord, dans les murs de laquelle on a justement découvert le fragment de colonne. On peut penser que le presbytère a été reconstruit au début du XVIIe siècle en y insérant le morceau de tronc-reliquaire. On ne pouvait jeter au rebut les débris de supports d’autel à cause de leur ancienne proximité avec les reliques disparues.
Ces cippes et pieds reliquaires sont peu connus. Le recensement actuel de la DRAC les concernant est encore très incomplet, et ils sont souvent dépourvus de protection (le cas du dépôt lapidaire privé de Gléon l’atteste). Ils sont pourtant les témoins d’une culture qui s’est épanouie en Septimanie et dans le nord de l’Espagne du Ve au XIe siècle. Le cippe reliquaire le plus anciennement connu dans la région remonte à 455 (l’autel de Minerve est daté de 456), et on abandonne leur usage au XIe siècle, pour adopter le reliquaire directement inclus dans la table d’autel. Ces objets montrent l’importance de l’influence wisigothique, et le rôle des reliques dans la vie sociale en particulier au travers de la pratique du serment sur les reliques. Ils mériteraient donc une étude plus approfondie.
Le Président remercie l’intervenante pour son exposé, et s’enquiert du terme « tronc » utilisé pour décrire l’objet, ne pourrait-on pas plutôt parler de « pied reliquaire » ? Marie Vallée-Roche précise qu’elle s’appuie sur la typologie mise en place par Pierre Dourthe qui distingue le cippe rectangulaire, du pied reliquaire en forme de fût ou de tronc. Virginie Czerniak mentionne l’existence des graffitis de l’autel de Saint-Pierre de Moissac, que l’intervenante connaît.
La parole est ensuite donnée à Guy Ahlsell de Toulza pour la présentation d’une « épopée non lyrique » autour de la vente d’une superbe statuette en argent chez Sotheby’s le 13 mai dernier.
La statuette, dans un état remarquable, mesure 37 cm de haut. Elle représente Cérès sur un piédestal, où l’on peut voir gravé : « Prix décerné par les négociants de la bourse de Toulouse à l’occasion du sacre de Louis XVI, 1775 », ainsi que le nom de l’orfèvre qui en est l’auteur : Vinsac (1742-1781, maître en 1773) un des meilleurs artistes toulousains de son temps, gendre de Louis II Samson. Pierre Barthès, dans ses « Heures perdues » relate comment cette statuette d’argent, prix de la Chambre du Commerce, est décernée en septembre 1776 lors d’une assemblée extraordinaire de l’Académie des Sciences de Toulouse après avoir été portée avec pompe et grand cortège dans les rues de Toulouse. L’œuvre est attribuée à l’auteur d’un ouvrage composé sur l’agriculture et le commerce. Le texte décrit même la Cérès d’argent avec ses attributs, le tout d’une valeur de plus de 800 livres.
Prévenue par Sotheby’s, la Ville de Toulouse refuse d’abord l’achat faute de crédits pour cette acquisition, ce budget ayant été dépensé entre autres pour l’installation de J. Pardo dans la salle des sculptures romanes du musée des Augustins. Le lundi 12 mai, veille de la vente, et suite à l’insistance de la communauté scientifique, la ville trouve enfin 20 000 euros et envoie le conservateur du musée Paul-Dupuy enchérir à la vente du lendemain. Malheureusement l’œuvre est adjugée le 13 mai pour 22 000 euros plus les frais. Tout semble alors perdu.
L’œuvre est désormais entre les mains d’un grand collectionneur passionné d’art français du XVIIIe et XIXe, qui destine la pièce au musée des Beaux-Arts de Montréal. En désespoir de cause, le conservateur du musée Paul-Dupuy et le baron Joseph de Cassagne décident de joindre le nouvel acquéreur. Celui-ci accepte de céder son acquisition, mais en demande désormais 50 000 euros. Dans l’enthousiasme, Joseph de Cassagne, accepte la transaction en ajoutant aux 20 000 euros de la ville, 30 000 euros de sa part. Dans son esprit, il espérait que la ville pourrait augmenter sa participation, mais devant le refus renouvelé de la municipalité d’apporter plus que les 20 000 euros prévus, il espère aujourd’hui recevoir l’aide de tous ceux qui souhaiteront lui apporter davantage que de la reconnaissance pour cet enrichissement de notre patrimoine. La pièce devrait, si tout se termine bien, rejoindre le musée Paul Dupuy.
Le nom de l’heureux récipiendaire de l’œuvre en 1776 est connu, il s’agit du bien nommé Guillaume-François Le Trosne, juriste et économiste français, figure importante de la pensée des Physiocrates. L’ouvrage récompensé devait être édité en 1779 sous le titre « De l’administration provinciale et de la réforme de l’impôt« . Mais, comme en 1780 devait se tenir une réunion du clergé à Paris, le garde des Sceaux craignit que ce livre ne les indisposât, car il suggérait notamment d’imposer les biens des ecclésiastiques. Pour éviter le bruit et le scandale, le livre est saisi, bien que Necker, pourtant peu réputé pour ses sympathies physiocratiques, en ait favorisé la publication. Le travail de Le Trosne passe à la trappe et il ne reste que cette magnifique statuette pour commémorer son œuvre.
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza pour les détails de cette histoire rocambolesque. Jean Penent s’avoue surpris de constater que le budget d’acquisition de la ville de Toulouse ait pu être employé pour autre chose que ce à quoi il est dédié. Il constate que l’indécision municipale a conduit à devoir payer 50 000 euros une œuvre initialement mise à prix à 8 000 euros et vendue à 22 000 euros. Guy Ahlsell de Toulza précise que la préemption par l’État a été demandé trop tard, la veille de la vente, alors que le délai normalement requis est de 48 h. Avec la préemption, le musée aurait pu acquérir ce chef-d’œuvre pour 12 000 euros avec les frais…! Mauvaise stratégie et les ponts des 1er et 8 mai en sont aussi la cause.
François Bordes signale aussi la mise en vente dans 15 jours de 4 négatifs papiers ciré de la mission héliographique des Monuments Historiques, chacun estimé entre 4 000 et 6 000 euros. L’un d’eux est une vue des toits de Toulouse et du clocher de St Sernin. Guy Ahlsell de Toulza évoque également la vente à venir de six épreuves sur papier albuminé, d’après négatifs verre au collodion, montrant les ponts de chemins de fer autour de Toulouse en 1875, dont les ponts d’Empalot et de Lacroix-Falgarde.
Séance du 3 juin 2014
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Catalo, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Stouffs, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Heng, Nadal, Queixalós, Viers, MM. Corrochano, Mattalia, Penent, Rebière, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Bessis, Bilotta, Lamazou-Duplan, Merlet-Bagnéris, MM. Balty, Bru, Garland, Garrigou Grandchamp.
Invité : M. Georges Cugulière ; M. Didier Buffarot, du service du patrimoine de la Ville de Figeac.
Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 27 mai, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance reçue.
Lisa Barber, qui avait exprimé le souhait de devenir membre libre et à laquelle nous avions proposé de devenir membre correspondant, nous écrit que son avenir est désormais en Angleterre et qu’elle n’aura plus la possibilité de poursuivre des recherches sur le Midi de la France. Cette période est pour elle révolue, mais elle n’oubliera jamais l’histoire de l’art et de l’architecture de cette région de la France, ni la vie de notre excellente Société.
Sur proposition du Bureau, Lisa Barber est élue membre libre à l’unanimité des membres présents.
Le Président demande à la Compagnie d’excuser tout particulièrement l’absence de Louis Latour, qui s’était proposé d’être parmi nous pour la séance de clôture de l’année académique. Daniel Cazes rappelle le travail très important accompli par Louis Latour tout au long de ces nombreuses années, et le travail qu’il accomplit encore pour notre Société puisque c’est lui qui se charge de l’envoi des convocations.
Le Président rappelle l’événement très important de la toute récente inauguration du Musée Soulages à Rodez. Il s’agit là d’une réalisation exemplaire, qui peut se comparer aux plus grandes réalisations en France et à l’étranger.
Nous avons par ailleurs reçu deux invitations correspondant à des prêts pour des expositions :
– « Évocation de la Bataille de Toulouse – 10 avril 1814 », au Musée du Vieux Toulouse ;
– « Élie, Edmond, Félix et Cie. 2014 centenaire de la mort d’Élie Rossignol », du 7 juin au 21 septembre 2014, Archéo-site de Montans.
Toujours aucune réponse aux courriers que nous avons adressés à la D.R.A.C.
Quant au palais de Via de Cahors, Maurice Scellès pense qu’il est souhaitable de relayer l’information sur la page Facebook qu’anime Émilie Nadal, et de saisir l’A.J.P., ce qui nous permettrait en outre de tester l’efficacité de l’association. Le Président adressera copie du dossier à la Société des Études du Lot.
La parole est à Jean-Louis Rebière et Anne Bossoutrot pour une communication sur L’église de Saint-Ybars : études et découvertes.
Le Président remercie Jean-Louis Rebière et Anne Bossoutrot pour ce remarquable travail de bilan sur une église où peu de monde porte ses pas. Or l’édifice est très riche, et c’est aussi un très bon sujet de réflexion sur les techniques et la déontologie de la restauration, et sur tout ce que l’on ne doit pas faire. Daniel Cazes ajoute que la magnifique statue de saint Pierre évoque bien en effet l’atelier de Rieux.
En réponse à une remarque d’Henri Pradalier, Jean-Louis Rebière indique que l’abbaye Saint-Pierre de Lézat possède une importante relique de saint Antoine, que la notice des Monuments historiques dit provenir de Boulbonne. Sans doute la conséquence des dispersions dues à la Révolution, dit Henri Pradalier. Jean-Louis Rebière juge aussi les stalles trop belles, mais il est bien difficile de savoir si les chanoines de Saint-Ybars n’avaient pas la possibilité de passer commande à des artistes qui avaient travaillé pour de grandes abbayes.
Jean-Louis Rebière, Anne Bossoutrot et Anne-Laure Napoléone présentent les Derniers travaux de réaménagement de la maison dite « de la Monnaie » à Figeac.
Le Président les remercie et se félicite de cette connaissance toujours plus précise de cet édifice, dont on est toujours étonné de voir comment il s’est constitué.
Didier Buffarot donne quelques précisions sur les interventions successives des restaurateurs sur les peintures. La seconde a été très rapide et le manque de temps n’a pas permis d’analyse un peu fine, ce qui est à l’origine d’erreurs d’interprétation. Quant aux vestiges de peinture qui subsistaient sur la cheminée, ils sont devenus presque illisibles en raison de la reprise des joints.
N’ayant pas abordé la question de la chronologie au cours de son exposé, Anne-Laure Napoléone précise qu’elle ne croit pas que les peintures puissent être postérieures à la seconde moitié du XIIIe siècle. Puis, en réponse à une question de Maurice Scellès, Didier Buffarot dit n’être pas sûr que la tête et l’aile appartiennent à la même figure, ni qu’elles soient contemporaines. D’autres plumes apparaissent à gauche, mais pas de tête. Jean-Marc Stouffs demande si la stratigraphie des couches picturales a été établie. Didier Buffarot dit avoir tenté des photographies en lumière rasante, mais sans résultat. Jean-Louis Rebière rappelle qu’il s’agissait d’un travail très rapide avec un petit budget, limité à un simple dépoussiérage.
Didier Buffarot ajoute qu’il a récemment communiqué à Anne-Laure Napoléone une photographie d’un décor de faux-appareil trouvé dans une autre maison de Figeac.
Au titre des questions diverses, Émilie Nadal signale la réapparition d’un fragment d’un pontifical catalan du milieu du XIVe siècle, mis en vente par ArtCurial le 13 mai dernier, et qui a été acquis pour 163000 €. Les 22 feuillets sont ornés chacun d’une miniature de format rectangulaire occupant toute la largeur de la page, illustrant certains textes peu courants du cérémonial liturgique. Notre consœur a donné l’information sur la page Facebook de notre Société. Le Président remercie Émilie Nadal pour tout ce travail.
Avant de revenir sur la nouvelle mise en scène de Jorge Pardo au Musée des Augustins, le Président fait un rapide historique de la présentation des sculptures romanes au cours du dernier quart du XXe siècle et au début du XXIe siècle, une mise en perspective nécessaire pour comprendre comment on en est arrivé là.
Au cours des années 1970, la présentation de la collection a connu plusieurs changements, mais toujours provisoires. Dans le cadre du projet de rénovation du musée des années 1976-1981, il avait été envisagé une présentation dans l’église des Augustins, avant que ne soit retenue la présentation définitive dans la salle du rez-de-chaussée de l’aile Darcy, mise en place en 1981. Le parti retenu a été celui d’une présentation en grands cercles correspondant aux différents ensembles pour les chapiteaux, et des regroupements des sculptures des portails qui laissaient ouverts les débats sur les dispositions d’origine. Dans le même esprit, les fléaux auto-tendus imaginés par l’architecte Pierre Debeaux permettaient de placer les chapiteaux romans à une hauteur convenable sans reproduire les colonnettes. La mezzanine, détachée des murs du bâtiment afin de conserver la perception d’ensemble de la salle du XIXe siècle, devait initialement accueillir une réserve visitable, ce qui était un projet très intéressant. Elle a finalement été dévolue aux sarcophages de la fin de l’Antiquité. Cette mezzanine avait un avantage : celui de disposer d’une grille portant des spots pour éclairer les sculptures. La présentation pouvait sans doute être contestée, mais pas l’éclairage.
Peu après le départ de Denis Milhau en 1995, on a détruit toute cette présentation qui avait à peine 14 ans et qui avait été réalisée avec des matériaux nobles : acier Corten pour les supports et dallage en marbre des Pyrénées. On a supprimé la mezzanine et tout le système d’éclairage, ainsi que les supports de Pierre Debeaux tout en conservant la disposition des ensembles de chapiteaux, et couvert le sol d’une moquette. On pouvait trouver cette nouvelle présentation bien triste, et c’est peut-être la raison qui à pousser à demander à Jorge Pardo de la revoir. L’artiste a conçu un nouveau pavement et une mise en couleur, optant pour une intervention uniquement esthétique, en affirmant vouloir lutter contre une prétendue neutralité de la présentation des œuvres dans un musée. Commandée dans le cadre d’un festival d’art contemporain, la présentation de Jorge Pardo serait maintenue au moins pendant trois ans. Elle a coûté fort cher, et on aurait pu souhaiter qu’elle soit mise au service d’une nouvelle muséographie, et peut-être accompagnée d’éléments didactiques car il semble bien que les visiteurs soient toujours aussi perdus au milieu de ces ensembles de sculptures.
Louis Peyrusse demande si une collection qui est un tel joyau doit être le prétexte à une intervention contemporaine. La forêt de luminaires installée par Jorge Pardo, certes un peu tapageuse, pourrait ne pas paraître absurde, mais l’artiste se sert de la collection sans la servir. Daniel Cazes rappelle que l’éclairage des œuvres est fondamental pour qui a la charge d’un musée.
Quitterie Cazes relève que la présentation n’enregistre pas du tout les progrès de la connaissance, et qu’elle banalise les œuvres et les chefs-d’œuvre de la collection. En fait il y a nul besoin des chapiteaux pour faire ça. Et il y a au final quelque chose de très grave, et c’est l’idée sous-jacente que l’on n’a pas besoin de ces œuvres dans les musées. Il faut préciser que c’est quelque chose qui a été imposé aux conservateurs.
Guy Ahlsell de Toulza engage chacun à se rendre au Musée des Augustins pour se faire sa propre opinion. Pour sa part, quand il est entré dans la salle, il a été choqué par la disposition des lustres laissant visibles les ampoules dont la lumière est gênante. La couleur pourrait être amusante, mais c’est quand même un amusement à plusieurs centaines de milliers d’euros.
Le Président clôt l’année académique en souhaitant à tous de bonnes vacances, évidemment studieuses, et il invite la Compagnie à se retrouver autour du verre de l’amitié.
COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ANNÉE ACADÉMIQUE 2012-2013
Séance du 2 octobre 2012
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint Mmes Barber, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, le Père Montagnes, MM. Boudartchouk, Garland, Lassure, Le Pottier, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires Mmes Cassagnes-Brouquet, Vallée-Roche, Viers, MM. Darles, Macé, Molet, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, MM. Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Mmes Queixalós, Lamazou-Duplan, Balty, MM. Balty, Bordes.
Le Président déclare l’année académique ouverte. Il se réjouit du fait que le programme des communications de l’année soit quasi-complet et annonce qu’il ne reste de la place que pour quelques communications courtes ou brèves. Le programme, dont il donne lecture, doit être diffusé rapidement parmi les membres.
Le Président est heureux d’annoncer une très bonne nouvelle, celle de la publication du tome LXIX de nos Mémoires dans le courant de l’été. Il remercie le comité de lecture et le comité éditorial, tout particulièrement Anne-Laure Napoléone qui coordonne l’ensemble.
Au titre du courrier, il annonce ou rappelle les candidatures au titre de membre correspondant de Mesdames Monique Gilles et Sandrine Victor. Par ailleurs, la Société a déjà reçu, dès avant l’annonce du concours, la candidature d’un étudiant de l’université de Toulouse-Le Mirail. Le concours verra, cette année, décerner le prix de Champreux. Il demande que publicité soit faite de ce concours.
Le Président lit aux membres la réponse du maire de Cahors à la lettre écrite en juin à propos du devenir du Château du Roi à Cahors, prison récemment évacuée en même temps que haut-lieu de l’architecture médiévale. Le maire remercie la Société qui s’était inquiétée de son avenir, signale que le lieu est propriété de l’État et qu’à ce jour, il n’a pas d’information. Il ne pense pas que la Ville puisse supporter l’éventuelle restauration et l’entretien d’un tel palais. Il suggère sur la Société se rapproche des services de l’État concernés. Le Président propose de faire suite à la suggestion du maire et propose d’écrire au préfet.
G. Ahlsell de Toulza offre à la Société un opuscule consacré à l’Architecte en chef des Monuments Historiques, Sylvain Stym-Popper, réalisé à l’initiative de la DRAC Midi-Pyrénées.
Le Président rappelle que les publications reçues cet été sont en libre accès dans la salle de lecture.
Puis il passe la parole à Patrice Cabau pour la communication du jour : Pierre de la Chapelle (v. 1240-1312) au service de l’Église.
[Résumé à insérer]
Le Président remercie Patrice Cabau pour cette biographie renouvelée de l’évêque Pierre de la Chapelle, les précisions apportées sur la mise en place de l’archevêché, les suggestions sur la part que P. de la Chapelle a pu avoir dans les travaux de reconstruction du chœur de la cathédrale.
Marie Vallée-Roche demande des précisions sur la référence d’un texte cité. Michèle Pradalier-Schlumberger demande si la figuration de la clef de voûte de la chapelle située au sud de celle d’axe peut être celle de saint Louis canonisé : ce dernier n’a en effet pas de nimbe. Laurent Macé ajoute que l’on a récemment découvert un sceau de Pézenas, dans lequel on voit les consuls de la ville agenouillés devant saint Louis, qui est effectivement nimbé. Michèle Pradalier-Schlumberger pense qu’il s’agit plutôt d’une image funéraire du roi, avec les anges, mais avant sa canonisation la présence des anges rappelle celle que l’on peut voir de façon habituelle, de part et d’autre d’un gisant. Cette remarque a pour effet de faire remonter la chronologie de la construction de cette chapelle. Pour Laurent Macé, les anges portent le trône : il n’est pas encore aux cieux. Daniel Cazes relève qu’il s’agit d’un thème iconographique rare, celui du trône enlevé par des anges il n’en connaît pas d’autres, et Michèle Pradalier-Schlumberger non plus.
Revenant à l’interprétation de Jules de Lahondès qui y voyait la représentation du Christ-roi, Daniel Cazes pense qu’elle n’est pas viable : les anges ne portent jamais le trône. Sophie Cassagnes-Brouquet ajoute que le Christ ne tient jamais de sceptre. Michèle Pradalier-Schlumberger demande à Patrice Cabau comment saint Louis canonisé est généralement représenté. Patrice Cabau répond qu’il n’a pas mené l’enquête, mais que le sujet est à creuser.
Au titre des questions diverses, Jean-Luc Boudartchouk explique qu’il a été à Saint-Bertrand de Comminges, le 13 septembre, avec Patrice Cabau, à l’invitation de Jean-Luc Schenck. Il s’agissait de reprendre, en public, la discussion sur les fragments de table d’autel de la fin de l’Antiquité. Il a salué cette heureuse initiative de Jean-Luc Schenck, qui a été très appréciée du public, et qui a permis de rapprocher les points de vue : une publication commune est d’ailleurs envisagée.
Séance du 16 octobre 2012
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-adjoint Mmes Fournié, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Lassure, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires M. Péligry, membre correspondant.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Balty, Barber, Bourin, Cazes, Friquart, Heng, Haruna-Czaplicki, Krispin, Lamazou-Duplan, Queixalos, MM. Balty, Chabbert, Garrigou Grandchamp, Garland, Tollon.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 juin 2012, qui est adopté. Puis le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 2 octobre dernier, établi par Quitterie Cazes, qui est adopté. En marge du dernier procès-verbal, Michèle Pradalier-Schlumberger souhaite préciser que le fait que saint Louis ait les pieds posés sur un lion ajoute à l’image funéraire.
Le Président confirme qu’il a bien écrit au préfet du Lot à propos du sort de la maison d’arrêt de Cahors, en rappelant que notre Société s’inquiétait du devenir de ce palais médiéval depuis maintenant 10 ans. Les locaux sont désormais vacants, ce qui laisse craindre des dégradations.
Michèle et Henri Pradalier offrent pour notre bibliothèque le beau volume : Musée Fenaille : guide du visiteur, Grand Rodez, Musée Fenaille, 2003, 246 p. Le Président les remercie tous deux au nom de notre Société.
La correspondance comprend en particulier :
– un courrier de la Mairie de Toulouse nous annonçant l’attribution d’une subvention de 3000 €
– une lettre de candidature au titre de membre correspondant adressée par M. Nicolas Bru
– une lettre de Madame Claire Rousseau accompagnant l’envoi de son mémoire de Master II, qui complète son Master I primé au printemps par notre Société
– de la part du Conseil général du Lot, la brochure sur l’église de Saint-Pierre-Toirac, due à notre consœur Anaïs Charrier
– un envoi de Stéphane Fargeot, Tentative d’établissement d’une bibliographie générale. Lespugue, Montmaurin et sites voisins…, 2012, 69 p.
– deux brochures de la collection Monuments historiques et objets d’art du Languedoc-Roussillon, éditées par la D.R.A.C. de Languedoc-Roussillon : Les monuments historiques et la pierre, 2012, 56 p. et La cathédrale Saint-Michel de Carcassonne, 2012, 48 p.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant. Michelle Fournié présente son rapport sur la candidature de Mme Monique Gilles. Le Président la remercie pour cette présentation précise et chaleureuse de la postulante. On procède au vote : Mme Monique Gilles est élue membre correspondant de notre Société.
Guy Ahlsell de Toulza donne des nouvelles de la santé de Bernadette Suau, qui se trouve maintenant dans les Landes. Elle sait que nous pensons à elle. Le Président se réjouit de ces nouvelles, souhaitant en notre nom à tous la meilleure santé possible à notre consœur.
Guy Ahlsell de Toulza signale à l’attention de la Compagnie le débat suscité par les projets d’aménagement de la maison Gaugiran à Cordes-sur-Ciel, dont il a été informé par courriels. Il était en particulier prévu de déposer une partie de la cloison en planches du rez-de-chaussée. La Mairie a finalement décidé de remettre le projet à l’étude.
Maurice Scellès indique qu’il a accompagné les Ateliers de l’école de Chaillot qui se tenaient cette année à Cordes, pendant la première semaine d’octobre, et qu’à cette occasion il a rencontré les membres de l’Association du Vieux Cordes et l’adjoint au maire chargé de la Culture. Il rappelle que la maison Gaugiran a fait l’objet d’analyses de dendrochronologie, dont on a rendu compte ici même, en épargnant cependant la cloison de planches, afin de ne pas l’endommager. Mais les inquiétudes de l’Association portent aussi sur la cour, qu’il est prévu de couvrir par une verrière et de décaisser sans qu’aucune fouille archéologique ne soit prévue. Un membre dit que le Service régional de l’archéologie est informé et qu’un diagnostic archéologique devrait être réalisé.
La parole est à Louis Latour pour une communication sur Les céramiques sigillées gallo-romaines des sites d’Auterive (Haute-Garonne).
Le Président remercie Louis Latour d’être venu nous expliquer ces découvertes faites tout au long de sa vie. Notre confrère précise que ces céramiques proviennent de plusieurs sites d’Auterive.
Relevant le caractère presque industriel de ces productions, Dominique Watin-Grandchamp se demande s’il faut imaginer une organisation des fabriques avec plusieurs lieux de production ou bien le déplacement des potiers entre Montans et la Graufesenque. Louis Latour dit que la réponse se trouve dans les musées, qui conservent plusieurs milliers de vases. À Montans mais surtout à Millau ont été retrouvés des comptes d’enfournements de commandes gravés sur des tessons. On se demande donc quel était la signification des signatures : rendre à chacun ses produits, mais peut-être aussi permettre la perception de taxes. Pour sa part, Louis Latour donne sa faveur à la première hypothèse.
La parole est à Jean-Michel Lassure pour une communication sur Une matrice de sceau pour le décor de plats de Giroussens.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir présenté cette très intéressante découverte, et d’avoir accepté de le faire au pied-levé pour compléter le programme de cette séance.
Louis Peyrusse fait observer que la dimension du sceau est donnée par les empreintes portées par les céramiques.
Maurice Scellès se demande quel pouvait être l’usage d’un tel sceau. Pour Louis Peyrusse et Dominique Watin-Grandchamp, il s’agit sans doute d’une marque de contrôle. Jean-Michel Lassure observe qu’on ne le trouve que sur des pièces de 30 à 40 cm de diamètre, qui ne sont pas très fréquentes, et il souhaite avoir l’avis de Guy Ahlsell de Toulza.
Celui-ci se déclare très content de cette découverte, qui lui inspire plusieurs réflexions. Seulement 5 % des pièces conservées portent des empreintes de sceau, et trois de ces sceaux sont des sceaux publics : contrat d’Albigeois, armes de France et armes de France et Navarre. Il ne peut être question d’un usage de fantaisie quand il s’agit des armes du roi, et il faut donc penser que les pièces portant de telles marques faisaient partie d’une vaisselle de montre destinée à des officiers royaux. Dans le cas du sceau du contrat d’Albigeois, on peut se demander si le commanditaire était d’Albi, ou s’il avait une maison de campagne à laquelle ces pièces de vaisselle auraient été destinées. Il faut en tout cas remarquer que le sceau du contrat d’Albigeois est le plus fréquent. Quant aux sceaux aristocratiques, ils ne se distinguent pas des sceaux utilisés pour la vaisselle d’étain.
Guy Ahlsell de Toulza se dit sceptique sur l’identification du sceau de Robert, qui ne blasonne pas du tout de cette manière. Il est en revanche d’accord sur le fait qu’il s’agit d’un sceau en bois plutôt qu’en bronze.
François Bordes voudrait savoir si l’on connaît d’autres centres de production utilisant des empreintes de sceaux. Guy Ahlsell de Toulza précise que les plats de Giroussens sont les seuls à intégrer les sceaux au décor, et qu’il s’agit en outre d’une production très limitée dans le temps, les seules décennies 1670 et 1680, sur un siècle de production.
Jean-Michel Lassure fait remarquer que le sceau du contrat d’Albigeois qui a été retrouvé n’était plus en usage puisque son manche avait été coupé, et il ajoute qu’un sceau est un objet personnel qui est détruit à la mort de son détenteur. C’est ce qui pourrait expliquer que des sceaux en usage sous Henri IV aient pu être réutilisés en tant que décors aussi tardivement. Guy Ahlsell de Toulza objecte que l’on connaît des sceaux de notaires encore en usage longtemps après la disparition de leur propriétaire, et il insiste sur le fait qu’on ne pouvait certainement pas marquer impunément sa vaisselle aux armes royales.
Dominique Watin-Grandchamp suppose qu’il devrait être possible de retrouver des documents portant le sceau du contrat d’Albigeois : M. Matthieu Dessachy en connaît peut-être. Il est en outre probable que les marques de juridiction aient été enregistrées, comme l’étaient les poinçons d’orfèvres sur les plaques d’insculpation.
Au titre des questions diverses, Henri Pradalier rapporte la découverte, signalée par la presse, d’une peinture murale romane à Ourjout, commune de Les-Bordes-sur-Lez en Ariège, et demande si quelqu’un peut lui apporter des précisions. Dominique Watin-Grandchamp et Maurice Scellès en ont entendu parler mais n’ont pas plus d’informations. Pour le Président, c’est une affaire à suivre.
François Bordes annonce l’acquisition par les Archives municipales de Toulouse de notes de Limouzin-Lamothe, dont les manuscrits originaux de sa thèse et de sa thèse complémentaire. Puis il signale l’acquisition par le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse d’un très beau fonds de papiers d’Émile Cartailhac, retrouvé sous un escalier lors de travaux dans sa maison. Le fonds sera déposé aux Archives municipales pour être numérisé et mis en ligne rapidement. Le Président félicite François Bordes de cette acquisition, qui survient à point nommé alors qu’Émile Cartailhac est de plus en plus étudié.
Henri Pradalier indique que l’Académie des Jeux floraux a l’intention de célébrer le centenaire de la mort de Jules de Lahondès, célébration à laquelle notre Société devrait peut-être s’associer. Michèle Pradalier-Schlumberger ajoute que la famille conserve encore des archives. Louis Peyrusse note que Jules de Lahondès n’a pas marqué l’historiographie toulousaine d’un éclat particulièrement remarquable.
Jean-Michel Lassure signale que des fouilles subaquatiques ont été entreprises dans la Garonne, à Toulouse, et qu’elles ont en particulier permis de constater que subsistaient des maçonneries de quatre ou cinq piles de l’aqueduc.
Séance du 6 novembre 2012
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Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Catalo, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Cassagnes-Brouquet, Czerniak, Lamazou-Duplan, MM. Chabbert, Péligry, Rebière, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, MM. Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-adjoint : Mmes Balty, Cazes, Gilles, Heng, Queixalós, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Garland.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 16 octobre dernier, qui est adopté. Après avoir indiqué que nous avions dans nos archives un recueil d’héraldique établi par Jules de Lahondès, Patrice Cabau se demande si notre Société ne pourrait pas en envisager la publication à l’occasion de la commémoration du centenaire de sa mort. Le Président approuve la proposition en ajoutant que nous possédons également de nombreux dessins de Jules de Lahondès, qui ont souvent illustré des articles de nos Mémoires ou d’autres publications.
L’ordre du jour appelle l’élection de membres correspondants. Louis Peyrusse donne lecture des rapports qu’il a établis sur les candidatures de MM. Nicolas Bru et Nicolas Buchaniec. Tous deux sont élus membres correspondants de notre Société.
Le Président se réjouit de l’arrivée parmi nous de ces deux nouveaux membres.
Le Président évoque ensuite le concours de l’année 2013, pour lequel nous avons déjà un candidat, M. Raphaël Neuville, dont le travail porte sur l’artiste toulousain Adrien Dax (1913-1979).
Cette candidature relance un débat de fond, qui a déjà fait l’objet de discussions au cours de ces dernières années mais qu’il était nécessaire de reprendre avant de juger et de classer les travaux présentés au concours. Acceptons-nous des travaux portant sur les périodes aussi proches, voire sur des artistes vivants ? Plus généralement, quel est aujourd’hui le champ d’étude de notre Société ?
Les fondateurs de notre Société ne se sont pas posé la question en ces termes : si lors de la séance de fondation du 2 juin 1831, ce sont les monuments de l’Antiquité et du Moyen Age qu’il s’agit d’étudier, les statuts déclarent que la Société Archéologique « s’occupe du passé », principalement du Midi de la France. Les statuts adoptés en 1885 énoncent que la Société « s’occupe des monuments et des arts » dans le Midi de la France.
Le Président donne alors la parole à Louis Peyrusse, spécialiste des XIXe et XXe siècles et bon connaisseur de l’histoire de notre Société, à qui il a demandé de bien vouloir nous exposer son point de vue.
Pour Louis Peyrusse, la question posée en cache en effet une autre. Quels sont les domaines d’étude de la Société Archéologique ? Le premier volume des Mémoires parle des « monuments de nos pères », qui sont alors menacés : ces monuments « archéologiques », au sens des années 1830, constituent ce que l’on appelle aujourd’hui « le patrimoine » dans son acception la plus générale. Les publications des débuts montrent une grande ouverture d’esprit : le marquis de Castellane s’intéresse aux manuscrits, à l’imprimerie toulousaine, à des poteries péruviennes… d’Aldéguier publie une étude sur l’hôtel Mac-Carthy à Toulouse et rend compte des travaux d’Hausman à Paris, Lami de Nozan traite de la peinture sur verre au XIXe siècle… C’est dans les années 1880 que se manifeste une forme de repli sur l’Antiquité, le Moyen Age et la Renaissance.
Évidemment, le champ du patrimoine s’est considérablement élargi depuis, et dans cette évolution, les sociétés savantes, départementales ou autres, sont en perte de vitesse. Or le XXe siècle est celui qui a le plus construit, avec parfois une obsolescence programmée. Peut-on refuser de prendre en compte ce siècle historique ? Il convient plutôt de garder une ouverture très générale et de ne pas injurier l’avenir. Nous ne sommes pas à Paris, et aucune autre société savante ne prendra le relais si nous ne le faisons pas.
Quelle limite choisir ? 1945 est bien tôt. Alors 1965 ? Le plus simple serait sans doute de s’en tenir à n’étudier que les œuvres d’artistes décédés.
Le Président remercie Louis Peyrusse de ce véritable plaidoyer pour l’ouverture, qui apporte des éléments précis à notre discussion.
Françoise Merlet-Bagnéris craint une certaine incompréhension de la part du candidat au concours. Le Président rappelle que c’est la raison pour laquelle le débat doit avoir lieu avant l’examen des mémoires présentés au concours.
François Bordes serait moins catégorique que Louis Peyrusse sur l’absence de relais en dehors de notre Société, et il rappelle le champ d’action très large des Toulousains de Toulouse. Louis Peyrusse fait observer que, toute révérence gardée, les Toulousains de Toulouse se situent plus sur le terrain de la protection du patrimoine que sur celui de l’étude, et il pense que la Société Archéologique a une autorité morale un peu différente.
Pour Bernard Pousthomis, la question de l’ancienneté du sujet traité est un faux problème, et une notion très variable selon le sujet d’étude, et de citer l’exemple des Antilles.
Roland Chabbert souligne que la demande d’étude du patrimoine du XXe siècle est de plus en plus forte, souvent parce qu’il s’agit d’un patrimoine en danger.
Maurice Scellès rappelle les raisons de son opposition à l’élargissement du champ au XXe siècle, telles qu’il a pu les exprimer lors des précédentes discussions. Il ne s’agit pas d’un quelconque manque d’intérêt pour les réalisations contemporaines. La préoccupation était celle de la cohérence de notre publication, à laquelle on ne pouvait demander de pallier l’absence de revue régionale dédiée au XXe siècle. Et ce n’est pas non plus dans nos Mémoires qu’un lecteur serait venu chercher un article sur les céramiques de Picasso. La question de la prise en compte de fouilles archéologiques sur des sites contemporains ne se pose d’ailleurs pas dans les mêmes termes, en raison surtout des méthodes d’étude mises en œuvre.
Daniel Cazes fait remarquer que nous pourrions avoir le même problème avec l’arrivée parmi nous d’un préhistorien, la préhistoire étant depuis longtemps exclue de fait de notre champ d’étude.
Louis Peyrusse appelle à ne pas injurier l’avenir, et à garder à l’esprit que si la Société Archéologique du Midi de la France se porte bien, la Société Française d’Archéologie voit baisser le nombre de ses membres. Pour Virginie Czerniak, il faut tenir compte du fait que les étudiants sont désormais nombreux à se spécialiser en art contemporain.
Répondant à une question de Jean-Marc Stouffs, Dominique Watin-Grandchamp confirme que des œuvres ont déjà été classées au titre des Monuments historiques du vivant de l’artiste. Sophie Cassagnes-Brouquet rappelle que ce n’est d’ailleurs pas sans poser quelques problèmes de droits. Louis Peyrusse fait observer que la mort fige l’œuvre et crée une distance.
Après avoir constaté qu’il n’y a pas lieu pour l’heure de s’inquiéter d’un trop grand nombre d’articles consacrés au XXe siècle, le Président conclut la discussion en soumettant au vote de la compagnie une première proposition fixant la limite chronologique de notre champ d’étude aux œuvres des artistes décédés. La proposition est adoptée par 15 voix pour, 4 contre et 3 abstentions.
La parole est à Anne Bossoutrot pour la première communication du jour : L’église de Lavernose-Lacasse : découvertes à l’occasion de sa restauration.
Le Président remercie Anne Bossoutrot de nous avoir présenté cette église quasi-inconnue de la bibliographie, alors qu’il s’agit d’un édifice roman important, à trois vaisseaux. Le volume de la nef est splendide. L’absence d’études surprend d’autant plus que l’état de conservation est bon dans l’ensemble. Et les travaux ont révélé de nombreux détails intéressants pour l’histoire de l’édifice.
En réponse à une question de Bernard Pousthomis, Anne Bossoutrot indique que la surélévation de l’abside est actuellement inaccessible.
Patrice Cabau voudrait savoir dans quel diocèse se trouve Lavernose. Sans doute dans le diocèse de Toulouse, pour Jean-Louis Rebière, ce que croit également Daniel Cazes, en tout cas pour le XIIe siècle.
Daniel Cazes note le nombre considérable de remplois antiques dans les maçonneries, ce qui fait penser, par exemple, à Mazères-sur-Salat. Y avait-il sur le site de Lavernose une villa ou bien une église paléochrétienne ? Un ou deux fragments de sarcophage apparaissent à la base de la façade. Tous ces remplois laissent imaginer tout ce qu’une fouille archéologique pourrait révéler. La construction du XIIe siècle est très proche de Saint-Sernin de Toulouse, par le recours à des matériaux de remploi, par les formes, par le décor sculpté. Patrice Cabau remarque que le contexte est très semblable à celui de Saint-Rustice, ce que pense aussi Daniel Cazes.
Virginie Czerniak voudrait savoir si quelqu’un est intervenu sur le vestige de peinture extérieur. Anne Bossoutrot indique qu’elle a consulté Michèle Bellin, qui n’a pas pu vraiment la renseigner. Virginie Czerniak cite d’autres exemples de décors peints extérieurs, à Gluges par exemple, et Jean-Louis Rebière y ajoute Rocamadour.
S’agissant des personnages sous arcades de la voûte de la travée droite du chœur, Anne Bossoutrot pense qu’il faudra être très attentif lors des travaux intérieurs.
Bernard Pousthomis voudrait savoir si les couleurs des enduits extérieurs ont des fondements archéologiques. Anne Bossoutrot dit qu’elle n’a pas repris le parti existant. Les enduits étaient très dégradés. Les trois teintes retenues ne correspondent pas à une vérité archéologique, ils ne visent qu’à différencier les trois parties de l’édifice.
La parole est à Jean-Louis Rebière pour la seconde communication de la séance : Le plafond peint de l’abbaye de Lagrasse : découvertes à l’occasion de sa restauration.
Le Président remercie Jean-Louis Rebière pour cette communication très intéressante qui nous a permis de découvrir tous ces vestiges de l’abbaye de Lagrasse, hélas ! si malmenée.
Répondant à une question de Louis Peyrusse, Jean-Louis Rebière précise que le rapprochement des deux parties de l’effigie sculptée a montré qu’il n’y avait pas de connexion possible. Nelly Pousthomis-Dalle précise qu’en dépit de la différence de patines, les deux morceaux appartiennent probablement à la même pièce, avec une forte probabilité pour une représentation de l’abbé Roger. Elle confirme par ailleurs que la chapelle basse n’était pas dédiée à Marie-Madeleine.
On explique comment l’ensemble de Lagrasse fonctionne encore comme une véritable abbaye, avec le Conseil général comme abbé et les moines comme chanoines.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès montre des photographies, communiquées par sa collègue Sylvie Decottignies, des peintures découvertes cet été dans l’église d’Ourjout, en Ariège, et sur lesquelles Henri Pradalier souhaitait avoir des informations lors de notre dernière séance.
Jean-Marc Stouffs constate que les photographies ne laissent pas de doute sur le fait que les peintures ont déjà fait l’objet d’une intervention. Virginie Czerniak rappelle que les peintures ont été découvertes alors que l’atelier Langlois travaillait à la restauration du retable, retable dont on ne sait plus sur place où il se trouve actuellement, rapporte Roland Chabbert. Virginie Czerniak pense que les peintures ont fait l’objet d’un nettoyage et peut-être d’un traitement sur le blanchiment. Elle s’étonne de l’absence de toute étude préalable, et elle s’interroge sur la façon dont on traite les peintures monumentales en général, au cas par cas semble-t-il. On a là une découverte majeure, et l’on confie un ensemble absolument exceptionnel au restaurateur qui se trouve sur place ? Si c’est un restaurateur qui est intervenu, on devrait en tout cas avoir un rapport de restauration.
Anne Bossoutrot souligne la difficulté du choix entre la mise en valeur des peintures et la remise en place du retable. Il s’ensuit une rapide discussion sur les avantages et les inconvénients de la conservation in situ.
Le Président veut rester optimiste, et il se félicite que chacun d’entre nous soit désormais informé du caractère exceptionnel de cette découverte.
Séance du 20 novembre 2012
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, le général Garrigou Granchamp, MM. Bordes, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Cassagne-Brouquet, Gilles, Heng, Jaoul, Jiménez, MM. Buchaniec, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Lamazou-Duplan, Vallée-Roche, MM. Bru, Chabbert, Garland.
Invités : Mmes Deschaux, Péligry, M. González Fernandez.
Le Président souhaite la bienvenue à deux membres correspondants récemment élus, Mme Monique Gilles et M. Nicolas Buchaniec. Puis Daniel Cazes accueille trois personnes invitées par notre confrère Christian Péligry, conférencier du jour : Mme Jeanne Péligry, Mme Jocelyne Deschaux, conservateur du Patrimoine écrit à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de la Ville de Toulouse, M. Luís González Fernandez, enseignant-chercheur à l’Université de Toulouse II-Le Mirail et spécialiste de l’Espagne.
M. Cazes donne ensuite des nouvelles de Bernadette Suau et d’Henri Pradalier.
Parmi la correspondance reçue par la Société, le Président relève :
– une invitation de notre consœur Christine Aribaud à assister à la soutenance de son Habilitation à Diriger des Recherches, « L’art malgré la règle. Broderie et culture visuelle au Carmel (France, 1604-1791) », qui aura lieu en Sorbonne le vendredi 23 novembre 2012 ;
– une invitation au vernissage de l’exposition organisée à l’Espace-Bazacle : « Germaine Chaumel : profession photographe », qui aura lieu le vendredi 23 novembre 2012 ;
– un courrier de M. le Préfet du Lot, qui répond à la lettre que la S.A.M.F. lui avait adressée à propos du devenir de l’édifice jusqu’ici occupé par la Maison d’arrêt de Cahors et libéré par l’État ; tout administrative, la réponse préfectorale renvoie à France Domaine, Service dépendant du Ministère des Finances.
À propos de cet édifice, on rappelle qu’il s’agit d’un palais médiéval, celui d’Arnaud de Via (dont la famille était alliée à celle de Jacques Duèze, futur pape Jean XXII), dit plus tard château du roi, parce qu’il fut à partir du XVe siècle siège de la sénéchaussée. Maurice Scellès indique que la municipalité de Cahors a cessé de se positionner en acquéreur. Michelle Fournié suggère que M. Patrice Foissac pourrait avoir des informations, puis elle mentionne un projet cadurcien de colloque consacré à Jean XXII. Pierre Garrigou Granchamp dit qu’il faudrait prendre contact avec la Direction régionale des affaires culturelles, puisque le bâtiment est sous protection réglementaire. Guy Ahlsell de Toulza s’étant enquis du niveau de protection, Maurice Scellès précise que la tour est classée, mais pas le logis accolé. Louis Peyrusse, après s’être déclaré « inquiet », d’autant plus que « le Préfet est sourd », préconise de prendre contact avec France Domaine. Il est décidé d’adresser un courrier à ce Service.
L’ordre du jour appelle une communication longue prononcée par Christian Péligry, intitulée La présence hispanique à Toulouse et dans le Midi toulousain, au cours de la première moitié du XVIIe siècle : quelques aspects.
Le Président remercie notre confrère pour ce « beau tableau » évoquant les relations intellectuelles et artistiques par-delà les Pyrénées à une époque de l’histoire de Toulouse qui reste relativement peu connue. Daniel Cazes note que si les rapports entre Las Tanossa et François Filhol ont laissé à Huesca des traces visibles, il ne s’en est pas conservé de souvenir à Toulouse. Quitterie Cazes indique avoir pu localiser la maison qu’occupait l’hebdomadier Filhol dans l’ancien enclos canonial de Saint-Étienne. Christian Péligry dit avoir beaucoup cherché pour connaître le devenir des raretés qu’il accumulait dans son cabinet, mais en vain. Daniel Cazes suggère la piste espagnole.
Au titre des questions diverses, le Président signale deux articles parus dans La Dépêche du Midi, relatant :
– la pose de la première pierre d’un musée de la Préhistoire à Aurignac (11 novembre 2012) ;
– la découverte d’un fragment basculé de l’enceinte antique de Toulouse, mis au jour place Saint-Pierre (8 novembre 2012).
Concernant le port Saint-Pierre, ancien port de Vidou ou Bidou, Daniel Cazes craint d’y voir ressurgir le projet qui a été abandonné pour le port de la Daurade. François Bordes signale que le projet de Joan Busquets pour la Daurade a finalement été « aménagé » avec le souci de préserver le bien-être des riverains, puis il indique que l’aspect ancien du port Saint-Pierre est connu par une photographie datant des années 1860. M. Cazes mentionne un cliché d’Ancely daté de 1880, puis il évoque le port tel qu’il fut modelé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par l’ingénieur, architecte et urbaniste Joseph-Marie de Saget, directeur des travaux publics de la Province de Languedoc : un plan incliné en pente douce entre deux murs de digue latéraux. La paroi de fond limitant vers l’ouest la place Saint-Pierre n’a été introduite que vers le milieu du XIXe siècle, au moment de la construction du premier pont Saint-Pierre et de la création de la place actuelle.
Un échange de vues s’engage au sujet de la relation de la ville avec son fleuve. Louis Peyrusse rappelle que le passage de la Garonne dans Toulouse est inscrit depuis 1942 à l’Inventaire des sites. On fait observer que la protection des monuments comme celle des sites est une garantie de leur « meilleur traitement », pas de leur conservation. M. Peyrusse est d’avis que la Société prenne contact avec l’architecte catalan pour l’informer de l’importance historique, monumentale et urbanistique du plan conçu par Saget pour ordonnancer le front fluvial de Toulouse.
Guy Ahlsell de Toulza s’émeut de la disparition des vestiges de la tour « Charlemagne » et du morceau du rempart romain resté visible depuis la fin du XIXe siècle dans le jardin du Capitole, actuel square Charles-de-Gaulle. Daniel Cazes explique que la tour a été enterrée au motif officiel que « il valait mieux la recouvrir, pour mieux la conserver » ; au reste, un marquage au sol – très discret – en indique l’emplacement. M. Cazes conclut que toutes les occasions sont ratées à Toulouse de reconnaître l’enceinte antique comme le premier monument de la ville. En Espagne, à Saragosse ou Barcelone, tous les éléments de la muraille urbaine sont préservés, rendus accessibles, mis en valeur.
Michèle Heng annonce que le Journal des arts vient de publier dans son dernier numéro un dossier sur la situation du patrimoine à Toulouse : « un dossier au Kärcher » !
Séance du 4 décembre 2012
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Balty, Barber, Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Garland, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, membres titulaires ; Mmes Balty, Guiraud, Vallée-Roche, MM. Balty, Buchaniec, Capus, Laurière, Veyssière, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Queixalós, MM. Chabbert, Garrigou Grandchamp.
Invités : MM. Daniel Bonhoure, d’Avignonet (Haute-Garonne), Jean Guénot, de la Société des Études de Comminges, Michel Passelac, chercheur au C.N.R.S. (UMR 51-40, Lattes).
Le Président souhaite la bienvenue à nos invités qu’il présente à la Compagnie.
Puis il rend compte de la correspondance.
Mme Geneviève Bessis, encore récemment bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de Toulouse, nous propose sa candidature au titre de membre correspondant. Celle-ci sera examinée dès ce soir par le Bureau.
Avec l’invitation à sa séance publique annuelle, l’Académie de législation nous adresse un DVD des communications sur l’Europe et le droit qui ont été présentées au cours de ses séances du premier semestre 2012.
Le Président a par ailleurs écrit à la directrice de France Domaine à Cahors pour lui demander des informations complémentaires sur la mise en vente de la maison d’arrêt, ancien palais de Via classé Monument historique, et en particulier sur les garanties que l’on peut avoir quant à la conservation du monument et de l’ensemble du site archéologique.
Le Président a également adressé un courrier à M. Joan Busquet, architecte-urbaniste, au sujet du projet de réaménagement du port Saint-Pierre. Depuis notre dernière séance, La Dépêche du Midi a publié un article illustré par une image de synthèse qui permet de mieux voir le projet, mais pas de savoir ce qu’il adviendra véritablement des murs de Saget.
Deux dons viennent enrichir notre bibliothèque :
– Voyages pittoresques et romantiques du baron Taylor dans l’ancienne France, Languedoc (tome I), Toulouse, Albi, lithographies choisies et commentées par Louis Peyrusse, Nouvelles éditions Loubatières, 2012, 96 p. (don de l’auteur) ;
– Livre de raison ou main courante et arretés des comptes de Mons. M. Jean François de Tournier, seigneur direct de Barriac habitant de Pampelonne en Albigeois, manuscrit, non paginé, 1720-1750 environ, avec de nombreuses pièces volantes (don de Maurice Scellès).
Louis Peyrusse propose d’informer nos collègues de l’Université qui travaillent sur ce type de documents, ce que Maurice Scellès accepte bien volontiers.
Au nom de la Société, le Président remercie les deux donateurs.
La parole est à Emmanuel Garland pour une communication courte sur Les vestiges gallo-romains d’Esbareich en Barousse :
La Barousse est une modeste vallée glacière de 171 km2 qui s’étend sur une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Bertrand-de-Comminges, l’ancienne cité des Convènes. La plaine de Saint-Bertrand en constitue son débouché naturel. De part sa morphologie, la Barousse offre assez peu de terres cultivables (au regard des terres situées en plaine) mais est propice à l’élevage. Sa population fut toujours modeste. Du fait de sa proximité avec l’ancienne cité des Convènes, il n’est pas surprenant de trouver de nombreux vestiges antiques dans toute la vallée, et donc à Esbareich1, village de 74 habitants, qui est sis dans sa partie sud, à 12 km de la cité épiscopale du Comminges. La plupart des vestiges antiques du Comminges furent inventoriés en leur temps par Julien Sacaze et sont bien connus2. Ils datent essentiellement de l’antiquité tardive. Un des ensembles les plus remarquables est celui du Mont Sacon, qui a fait l’objet d’une étude approfondie, publiée en 20053. À Esbareich même, on peut encore voir plusieurs fragments de stèles funéraires, en dépôt dans l’église paroissiale ou dans l’ancien cimetière4. Ce dernier est situé à quelque distance au sud du village actuel ; c’était là que se trouvait le village primitif, avec son église romane, avant qu’il ne migre vers le nord, en contrebas. Si bien qu’au XIXe siècle, l’édification d’une nouvelle église paroissiale au cœur de la nouvelle agglomération fut décidée. Lors de sa construction (qui dût s’achever en 1862 si on en croit la date gravée sur le linteau du portail de l’église actuelle) on remploya sous la tour-clocher, à l’intérieur, le portail de l’ancienne église romane. À l’extérieur, on inséra au-dessus du nouveau portail une tête antique. Le village conserve deux autres fragments de statues antiques : un torse, conservé dans la sacristie de l’église, et la partie basse d’une statue, encastrée dans la fontaine du village. La tête mesure environ 28,3 cm de haut ; le torse 42 cm, et le fragment inférieur 53 cm. Ce sont ces trois fragments que nous voulons décrire ici.
La tête (figures 1, 2 et 3) se présente frontalement, de face. Son état de conservation est excellent. Le visage dessine un ovale. Les traits sont particulièrement lisses et réguliers, voire stylisés, ce qui confère une certaine sévérité au visage et plaide pour une représentation d’un empereur ou d’un haut dignitaire, mais n’en facilite pas l’identification. La coiffure est composée d’une trentaine de mèches régulières, disposées en stries parallèles, qui dégagent les oreilles5. Elle est arrêtée par un bandeau lisse qui découpe un plan oblique. Le cou est cylindrique, et semble avoir été taillé pour pouvoir s’insérer dans un buste séparé.
Le torse (figures 4 et 5) : découpé dans un bloc parallélépipédique aux angles adoucis qui lui donnent une section ovoïde, il est sculpté sur environ 240°. Sa face postérieure est restée brute. C’est le torse d’un personnage debout, vêtu d’une toge dont un rabat vient reposer sur le bras gauche (ce dernier, qui devait s’avancer en avant de la statue, manque). Seul le départ en subsiste. Tout comme manque le bras droit, qui semble avoir été rabattu sur le devant du torse et tenir le pli transversal (?). Si les lacunes sont trop nombreuses pour qu’on puisse davantage préciser l’attitude du personnage, on constate une débauche de plis fins et souples, tantôt parallèles, tantôt convergents, tantôt amortis en boucles (sous le bras droit), qui dénotent une sculpture de qualité aux antipodes de la froideur du traitement de la tête.
Le troisième fragment (figure 5) figure la partie inférieure d’un personnage assis, de face, jambes écartées, dont les pieds reposent sur un bandeau arrondi. Son vêtement forme trois couches superposées : à une longue robe au plissé tombant strictement symétrique se superpose un deuxième tissu aux plis obliques qui deviennent concentriques au niveau des genoux. Au-dessus, un troisième pan, strictement vertical cette fois-ci, souligne l’entre-jambes et vient mourir en un dégradé de plis.
Bien que l’on soit tenté de rapprocher ces trois fragments en marbre de Saint-Béat6 de dimensions comparables, tout suggère qu’ils appartinrent à trois ensembles différents. Par delà le fait qu’ils ont connu des vicissitudes variées, et que l’état de conservation du torse et de la partie inférieure est nettement moins bon que celui du visage, il est clair qu’on ne peut les rapprocher : le torse correspond à une représentation debout, la partie inférieure à une statue assise. Certes les différences de style sont mineures entre ces deux parties, mais elles n’en sont pas moins réelles, et ce n’est probablement pas le même ciseau qui les a sculptées. Quant au traitement du visage, nous avons déjà souligné sa singularité.
Emmanuel Garland
1. Hautes-Pyrénées, canton de Mauléon-Barousse.
2. Les ouvrages et communications de Julien Sacaze sont trop nombreux pour être tous cités ici, outre ses Inscriptions antiques des Pyrénées, Toulouse 1892, ouvrage fondamental mais qui n’aborde pas directement la représentation humaine antique.
3. Jean-Luc Schenck-David, « L’archéologie des trois sanctuaires des Pyrénées centrales, contribution à l’étude des religions antiques de la cité des Convènes », éd. du Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges, 2005, en particulier p. 81-91.
4. Voir la description des principaux vestiges dans Robert Sablayrolles (dir.), Guide archéologique de Midi-Pyrénées, 1000 av. J.-C. – 1000 ap. J.-C., éd. Fédération Aquitania, Bordeaux, 2010, p. 489-490.
5. C’est un procédé que l’on retrouve sur un certain nombre de représentations impériales, en particulier à l’époque de Constantin Le Grand. Mais sur la tête d’Esbareich, les mèches sont particulièrement sèches.
6. Cela n’a rien de surprenant quand on sait que les carrières marbrières de Saint-Béat sont à moins de 20 kilomètres d’Esbareich (17 km en suivant la Garonne et la route, un peu moins par les sentes ; à peine 10 km à vol d’oiseau).
Le Président remercie Emmanuel Garland pour cette présentation brève mais vraiment passionnante, qui nous révèle en particulier une tête véritablement impressionnante et très peu connue. La relation entre les trois morceaux n’est pas évidente, mais le montage montre assurément que la tête doit être étudiée à part.
Pour Jean Balty, les deux parties du corps ne vont pas non plus ensemble. Le morceau du bas appartient à un personnage assis, l’autre à un personnage debout. La statue assise était vraisemblablement une statue funéraire. Quant à la tête, le bandeau est bizarre : n’est-ce pas une couronne ? ou bien retombe-t-il à l’arrière ? S’il s’agit d’un bandeau, cela ne peut être que le bandeau d’un prêtre, mais Jean Balty ajoute qu’il n’en connaît pas dans la partie occidentale de l’Empire. Cette tête très stylisée est intéressante, mais quelle datation lui attribuer ? Emmanuel Garland se demande si le moulage a été réalisé après dépose de la tête, ce que pense Jean Guénot qui connaît le nom de celui qui a fait le moulage et essaiera d’en savoir un peu plus.
Louis Peyrusse pense qu’il faudrait mettre ces sculptures à l’abri, et le Président abonde dans ce sens, tout en rappelant que c’est le cas de nombreuses œuvres antiques de ces vallées et que le service des Monuments historiques est plutôt favorable à la conservation in situ. Louis Peyrusse et Guy Ahlsell de Toulza remarquent que la tête si facile à déposer peut être tout aussi facilement volée.
La parole est à Pascal Capus pour une communication sur Une nouvelle acquisition au musée Saint-Raymond : une statue de Jupiter provenant d’Avignonet.
Le Président se félicite de cette belle acquisition du Musée Saint-Raymond et remercie Pascal Capus pour son étude si attentive de cette œuvre, réapparue un siècle après sa découverte et qui revient ainsi au pays. C’est une sculpture qui a en plus le mérite d’être quasi-complète. A propos du cou, qui paraît un peu court, ne peut-on envisager qu’une partie ait disparu, ce que pourrait révéler la restauration ? Pascal Capus dit s’être demandé si la tête ne pouvait avoir été fixée par un tenon, que le coup de bêche donné au moment de la découverte aurait fait disparaître. La question se pose au moment de la restauration de détacher ou non la tête, car le collage est très bien fait même s’il est ancien.
Comme Guy Ahlsell de Toulza demande si le nez est authentique, Pascal Capus dit qu’il peut s’agir d’un morceau brisé et recollé ou d’un ajout. La pierre est en effet la même, mais pas la patine. C’est un point qu’il faudra examiner avec le restaurateur.
Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que l’on ne peut pas considérer comme disparue la tête de Jupiter de Béziers. Pour Jean Balty, il s’agit cependant d’un véritable scandale. Cette tête, qui est une pièce extraordinaire puisqu’il s’agit de la tête de la statue de culte du capitole de Béziers, a été exposée à Narbonne vers 1995. Elle est donc sortie de France depuis moins de quinze ans, sans doute sans avoir été présentée à sa sortie du territoire. Guy Ahlsell de Toulza rappelle qu’il y a des recours possibles contre le vendeur et contre l’acheteur, mais il vrai que si la pièce est passée par la Suisse, tout est possible. Pour Emmanuel Garland, la seule possibilité de la récupérer dépend du fait qu’elle soit entrée illégalement ou non aux États-Unis. Pascal Capus indique qu’un suivi est en cours de la part du Musée du Louvre. En réponse à une question de Guy Ahlsell de Toulza, il précise que la tête de Jupiter a été mise en vente par Sotheby’s en 2007. Guy Ahlsell de Toulza note qu’il semble que personne n’ait songé à interroger le propriétaire vendeur.
Michel Passelac félicite Pascal Capus pour son exposé très complet. Quant au site, on ne sait pas ce que c’est. Y a-t-il place dans cette vallée pour deux sanctuaires ? Michel Passelac ne le croit pas, et si le site de Marvial est celui d’une villa, il peine à imaginer que la statue de Jupiter soit celle d’un culte domestique. Il pense plutôt qu’elle pourrait provenir du petit temple rectangulaire découvert à Montferrand, hypothèse que Jean Balty juge très bonne. Jean Balty remarque que le fait que la statue reproduise un type iconographique romain classique est particulièrement intéressant. Il ajoute que Pascal Capus a réussi à réunir une documentation très intéressante autour de cette statue.
Le Président remercie à nouveau Pascal Capus et Messieurs Bonhoure et Passelac.
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza annonce qu’un ami lui a communiqué la copie d’une lettre du marquis de Castellane, mise en vente sur e.bay : La lettre, datée du 1er septembre 1828 est adressée à Alexandre Du Mège, qui se trouve alors à Martres-Tolosane :
Texte de la lettre
Louis Peyrusse rappelle que Castellane est à ce moment-là en quelque sorte le « directeur des affaires culturelles » de la municipalité légitimiste. Le Président ajoute que Du Mège s’occupe alors d’obtenir des antiques de Valcabrère en échange de tableaux du musée de Toulouse.
Guy Ahlsell de Toulza évoque ensuite les travaux de l’immeuble du Père Léon.
Texte à insérer
Guy Ahlsell de Toulza conclut sa présentation en constatant que l’on a construit à l’angle de la rue des Changes et de la place Esquirol un hôtel « formule 1 » digne de l’aéroport de Blagnac.
Quelques immeubles plus loin, dans l’impasse Saint-Géraud, on a blanchi les encadrements des fenêtres du futur Mac’Do, comme au XIXe siècle, et aussi les arcades inférieures que la pluie « dé-blanchira » : tout a été cassé à l’intérieur, mais on a quand même assez soigneusement restauré la façade, du moins en comparaison avec le Père Léon.
Rue des Changes une autre maison présente en façade un décor de stucs moulurés et un faux-appareillage de pierre des années 1840, tout à fait intéressant. Le rez-de-chaussée a été muré, et on ne sait pas ce qu’il en adviendra.
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza pour ces images et commentaires en forme de chronique du patrimoine toulousain. Pour Louis Peyrusse, le Père Léon est le pire, mais il relève que le pire a aussi été atteint par l’immeuble de l’enseigne Darty, avec un comble d’incohérence : car on aurait pu croire que la paroi de verre du pan-de-bois vidé de son hourdis avait pour fonction de laisser passer la lumière, or une cloison est en fait placée derrière.
Visite du 11 décembre 2012
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Fournié, Merlet-Bagnéris, le Père Montagnes, M. Surmonne, membres titulaires ; Mmes Heng, Lamazou-Duplan, M. Péligry, membres correspondants.
Notre petit groupe, limité pour des raisons de sécurité, est accueilli à 17h à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de la Ville de Toulouse, rue de Périgord, par Mme Isabelle Bonafé, pour la visite de l’exposition Sur les traces du Toulouse disparu…, visible depuis le 16 octobre et jusqu’au 15 décembre.
Les sections de l’exposition proposent, à travers une sélection de documents variés (manuscrits, imprimés, plans, gravures, photographies, cartes postales, objets…), un parcours à la recherche du Toulouse disparu, ou qui a failli disparaître.
Sont successivement abordés l’historiographie toulousaine (XVe-XVIIe siècles), les institutions de Toulouse (comtes, capitouls, Parlement), les facteurs de destruction de la ville (l’eau, le feu, les hommes), sa relation avec son fleuve, les loisirs et les sports, les transports (tramway hippomobile, puis électrique), le patrimoine monumental, les activités économiques, le « Castel Gesta » ou Château des Verrières…
L’exposition « physique » se double d’une exposition « virtuelle » accessible sur le site Internet de la Bibliothèsque (www.bibliothèque.toulouse.fr).
Cette manifestation est l’occasion de rendre hommage au Toulousain Eugène Lapierre (1834-1923), qui consacra son existence au service de sa ville. Archiviste-adjoint du département en 1859, archiviste du Parlement en 1866, bibliothécaire de la Ville de 1882 à 1892, il fut membre de l’Académie de Législation, de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres ; la Société archéologique le reçut comme membre « résidant » le 14 janvier 1873. Parmi ses nombreux écrits, il faut signaler sa contribution au Vieux Toulouse disparu, recueil de dessins d’Ange Ferdinand Mazzoli accompagné de notes historiques et archéologiques, qui fut publié de 1882 à 1885.
La visite donne lieu à d’intéressants échanges de vues entre Mme Bonafé et les membres de la Société.
Séance du 18 décembre 2012
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Barber, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Cassagne-Brouquet, Vallée-Roche, MM. Balty, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint, Mmes Cazes, Heng, Queixalòs, MM. Garland, Garrigou Grandchamp.
Invités : le Professeur André Gailhego et son épouse, Mme Marie-Emmanuelle Demoulin.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la réunion du 20 novembre 2012, qui est adopté.
Daniel Cazes rend compte brièvement de la visite faite la semaine précédente par une dizaine de membres de la Société à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de la Ville de Toulouse, rue de Périgord. L’exposition « Sur les traces du Toulouse disparu… » a été l’occasion de revoir et de découvrir nombre de souvenirs bien connus ou moins connus : ouvrages manuscrits et imprimés, dessins, gravures, photographies, objets divers… Nous garderons de cette visite, aimablement conduite par Mme Isabelle Bonafé, un excellent souvenir. M. Cazes offre à la Société un exemplaire du fascicule édité pour cette manifestation.
Le Président présente à la Compagnie deux dons qui viennent enrichir les fonds de notre bibliothèque :
– de la part de Mme Annie Paillat, responsable du Service bibliographique et documentaire du Museum d’Histoire naturelle de Toulouse, deux séries de volumes publiés à la fin du XIXe siècle par l’Académie romaine, qui complètent heureuseument la collection de la S.A.M.F. : Academia dei Lincei, 2e série (1875-1877), 3e série (1877-1881) ;
– de notre confrère Louis Peyrusse, deux magnifiques dessins aquarellés de l’église de Venerque : le premier, daté du 29 avril 1858, est un relevé précis et archéologiquement très précieux du chevet, dû à l’architecte Jacques-Jean Esquié ; le second, daté de mars 1887, est un projet pour la restauration de la façade occidentale conçu par Pierre-Joseph Esquié, le créateur de la basilique de Pibrac.
De vifs applaudissements saluent les donateurs.
Le Président annonce une triste nouvelle : le décès de Marie-Christine Lafforgue, qui vient de disparaître, à l’âge de 62 ans. Cette élue, Vice-Présidente du Conseil général de la Haute-Garonne, s’intéressait vraiment à l’archéologie, et on la voyait toujours présente aux séances publiques de notre Société
M. Cazes fait le point sur la correspondance manuscrite. Il constate que les courriers adressé par la S.A.M.F. à l’agence France-Domaine au sujet de l’ancien palais de Via à Cahors et à M. Joan Busquets à propos du réaménagement des quais et des anciens ports de la Garonne, à la Daurade et à Saint-Pierre, sont à ce jour demeurés sans réponse. La Société a reçu deux lettres de candidature au titre de membre correspondant émanées de Mme Émilie Nadal et de M. Luís González Fernández, qui seront examinées par le Bureau. Un courrier de la Société des Études du Comminges nous informe de la numérisation de la Revue de Comminges. Une invitation du Maire de Narbonne nous fait part de l’inauguration, qui a eu lieu samedi dernier 15 décembre, d’une stèle érigée à la mémoire de l’archevêque Charles Le Goux de la Berchère (1647-1703-1719).
L’ordre du jour appelant l’élection de deux membres correspondants, la parole est aux rapporteurs : Henri Pradalier pour Mme Sandrine Victor, Christian Péligry pour Mme Geneviève Beyssies. Les rapports entendus, il est procédé au vote. Les deux candidates sont élues membres correspondants de notre Société.
Bruno Tollon intervient pour une communication longue intitulée Les sculptures à l’antique du château de Bournazel (Aveyron).
[Résumé à insérer.]
Daniel Cazes remercie Bruno Tollon pour cette conférence captivante, qui a eu le mérite de mettre l’architecture et le programme sculpté de ce « beau château » – expression employée en 1552 – en relation avec la carrière militaire de son commanditaire. Iconographie et plastique font soupçonner l’intervention d’un grand schulpteur, mais l’identité de cet artiste reste un mystère.
Jean Balty relève que l’ensemble de ces sculptures apparaît, à la date de 1545 inscrite sur une frise, comme assez hétéroclite, et il y voit, davantage qu’une volonté d’imiter l’antique, l’amorce du style baroque. S’intéressant aux bustes qui surgissent obliquement d’un fronton, il note que ce type de composition existe dans l’Antiquité avec les imagines clypeatae, les médaillons à personnages de la basilica Æmiliana de Rome restaurée à l’époque de Sylla. Quant aux vêtements, ils évoquent ceux de bustes à l’antique plutôt tardifs, notamment ceux exécutés par Le Bernin. La représentation de Jupiter Amon, qui se trouvait originairement au forum d’Auguste, est particulièrement intriguante : où le sculpteur en avait-il vu le modèle ? Il y a par ailleurs dans bien des cas lieu de supposer la disparition, depuis le XVIe siècle, d’originaux ou de copies antiques.
Daniel Cazes rappelle que la connaissance des forums impériaux est relativement récente, et que rien n’en était visible avant Mussolini. Louis Peyrusse signale que les murs de la ville de Narbonne, pétris de sculptures en remploi, ont pu servir de source d’inspiration.
Henri Pradalier évoquant pour l’origine de l’imago clypeata les modèles de la Grèce hellénistique, Jean Balty précise que ce motif apparaît en 100 avant notre ère sur le monument de Mithridate à Délos.
La discussion porte ensuite sur les sculptures emblématiques : les bustes féminins, qui renvoient à l’iconographie de Penthésilée, reine des Amazones qui périt devant Troie en combattant contre les fils d’Achille ; la Fortune, figure associée au bon capitaine dans les traités militaires du XVIe siècle.
Louis Peyrusse demande ce qu’il faut aujourd’hui penser de l’hypothèse, déjà ancienne, selon laquelle le décor sculpté de Bournazel aurait correspondu à un programme élaboré dans le cercle savant de Georges d’Armagnac et de Guillaume Philandrier.
Bruno Tollon dit que cette hypothèse est à abandonner, étant donné que les horizons intellectuels n’étaient pas les mêmes à Rodez et à Bournazel. En réalité, il n’y a pas eu pour le décor sculpté du château de Bournazel de programme iconographique cohérent, construit selon une doctrine, porteur d’un sens à décrypter, mais seulement une accumulation de références.
Au titre des questions diverses, Patrice Cabau présente deux clichés de la maison la plus ancienne du quartier Matabiau, assez récemment démolie. Bâtie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, cette modeste construction à un étage se situait à l’intersection de chemins devenus les actuelles rues Claire-Pauilhac (n° [16]) et Job (n° 1). Sa façade principale bordait le côté nord de la rue Job ; composée de trois travées (n° 1), elle se prolongeait vers l’est par deux travées similaires appartenant à la façade d’une seconde maison (n° 3). L’ordonnance unitaire d’origine avait disparu par suite de l’ajout d’un étage surélevant la seconde maison. La première se signalait par sa situation, le traitement de son angle passant de l’arrondi au rez-de-chaussée au droit à l’étage (avec pour transition un motif en sommet d’accolade ou en bec renversé dont il subsiste quelques exemples à Toulouse), sa toiture largement débordante, et un aspect quasi hors du temps. Cette maison et ses voisines ont il y a peu laissé place à une construction d’aujourd’hui, bien médiocre de conception et de réalisation. P. Cabau exhorte les membres de la Société à prendre le plus de photographies qu’ils pourront d’une ville qui se transforme de plus en plus vite, « évolue » en se détruisant et en se banalisant.
L’ordre du jour étant épuisé, le Président souhaite à la Compagnie une bonne fin d’année et lève la séance à 19h15.
Séance du 8 janvier 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Bessis, Cassagnes-Brouquet, Charrier, Friquart, Victor, MM. Buchaniec, Chabbert, Mattalia, Molet, Péligry, Séraphin, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint Mmes Barber, Fournié, Joy, Krispin, Lamazou-Duplan, MM. Bordes, Garland, Lapart, le Père Montagnes.
Le Président ouvre la séance en souhaitant à tous une très bonne année 2013, féconde en travaux scientifiques aussi bien au sein de la Société Archéologique qu’ailleurs.
L’année 2012 s’est malheureusement achevée avec la grande douleur d’apprendre le décès à 92 ans, le 22 décembre, du professeur Henri Gilles :
Professeur émérite de l’Université des sciences sociales de Toulouse, Henri Gilles était l’un de nos plus anciens membres. Il avait en effet été élu membre correspondant en 1965, puis membre titulaire en 1970, soit quarante-huit années de présence au sein de notre Société.
Sa fidélité à cette dernière fut exemplaire. Tant que sa santé le lui a permis, il est très souvent venu assister à nos séances et, nous le savons tous, cela était un grand plaisir pour lui. Ses interventions étaient toujours savantes, pertinentes et remarquées. Elles engendraient le plus grand respect pour cet authentique humaniste.
Ancien élève de l’École nationale des chartes, il était un historien rigoureux, qui faisait sans cesse preuve d’une grande finesse d’analyse et d’interprétation. Nous prendrons seulement pour exemple l’admirable communication qu’il avait ici prononcée sur les « Etudes », premières salles de cours médiévales de l’Université de Toulouse. Elle fut, pour ceux qui l’ont entendue, un modèle de méthode historique, les certitudes y étant toujours clairement distinguées des hypothèses, ces dernières n’étant énoncées que pour être immédiatement critiquées avec les meilleurs arguments.
Nous ne parlerons pas dans cette salle de son enseignement, ce que seuls ses collègues, professeurs et maîtres de conférence, ou ses anciens étudiants de l’Université des sciences sociales sauraient faire avec exactitude.
Rappelons son incontournable thèse sur Les États de Languedoc au XVe siècle, publiée en 1965, sous les auspices de la Faculté des lettres de Toulouse, dans la collection Bibliothèque méridionale, éditée par Édouard Privat.
Évoquons aussi son grand attachement aux sessions annuelles d’histoire médiévale du Midi de Fanjeaux, et à la publication des communications correspondantes, dans l’impressionnante collection des Cahiers de Fanjeaux. Il y a beaucoup écrit, par exemple sur :
L’enseignement du droit en Languedoc au XIIIe siècle (Cahier n° 5)
La lex peregrinorum (Cahier n° 15)
Le rôle de l’Université de Toulouse dans l’effacement du catharisme, avec le P. Vicaire (Cahier n° 20)
Les juristes languedociens au service de la papauté (Cahier n° 26)
Les moines juristes / Les professeurs de droit canonique à l’Université de Toulouse au XIVème siècle (Cahier n° 29)
La cathédrale dans les textes canoniques médiévaux (Cahier n° 30)
Les moines à l’Université : l’exemple toulousain au XIVe siècle (Cahier n° 44)
Après Élie Griffe et Henri Blaquière, il était devenu, dès le début des années 70 du XXe siècle, le président du comité d’organisation et de publication de ces sessions, jusqu’à ce que lui succède, très récemment, dans cette fonction notre chère consœur Michelle Fournié. Cette dernière a représenté à la fois ce comité et notre Société aux obsèques d’Henri Gilles, qui ont eu lieu à Toulouse et à Moissac le 27 décembre 2012.
En terminant, je ne puis qu’ajouter mon émotion face à la disparition de ce grand professeur toulousain, dont l’excellence scientifique et académique, l’urbanité, l’extrême politesse, l’amabilité et les chaleureux sentiments, souvent cachés derrière une parfaite discrétion, m’ont toujours touché. Je crois pouvoir dire que c’est aussi le cas pour beaucoup d’entre nous, ici présents, ou qui ont bien connu Henri Gilles.
Daniel Cazes
À la demande du Président, la Compagnie honore la mémoire de notre confrère disparu en observant une minute de silence.
Le Président souhaite la bienvenue à Geneviève Bessis et Sandrine Victor, récemment élues membres correspondants de notre Société et que nous avons le grand plaisir d’accueillir ce soir pour leur première séance.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 6 novembre et 4 décembre 2012, qui sont adoptés.
Le Président rend compte de la correspondance.
Après avoir donné lecture du courrier du directeur de la Fondation Bemberg, qui annonce en particulier que la porte donnant sur le grand escalier de l’Hôtel sera ouverte à partir de 16 h 45 et jusqu’à la fin de notre séance, le Président fait le récit de son expérience du jour : s’étant présenté à la Fondation Bemberg à 16 h 45, il y a été fort mal accueilli, et, le temps passant, il a finalement dû renoncer. Louis Peyrusse constate que la porte donnant sur le grand escalier a été ouverte entre temps. Le Président souligne qu’il s’agit d’une question importante, qui met en jeu notre sécurité : il est impératif que nous ayons deux issues quand nous sommes en séance.
Par courrier électronique, Diane Joy nous signale la mise en vente à Paris de dessins de Jean-Camille Formigé représentant entre autres l’abbatiale de Conques et Saint-Sauveur de Figeac. Maurice Scellès essaiera de se procurer le catalogue de la vente.
Plusieurs dons viennent enrichir notre bibliothèque.
De Louis Latour : la collection, depuis 1986, des actes des congrès nationaux de la S.F.E.G.A.G. (Société française d’étude de la céramique antique en Gaule), ainsi qu’une vingtaine de livres et brochures.
De Pierre Garrigou Granchamp :
– Bernard Fournioux, Les notaires ayant exercé en Périgord-Quercy-Limousin aux XIIIe-XVe siècles, s.l.n.d., 382 p.
– L’archéologie d’une cathédrale : Notre-Dame de Tournai, Jumet, Imprimerie provinciale du Hainaut, 2012, 23 p.
– La demeure médiévale à Paris, Somogy éditions d’art – Archives nationales, 2012, 296 p.
De Maurice Scellès :
– Archives départementales du Tarn, De la Ligurie au Languedoc. Le notaire à l’étude, Albi, Un Autre Reg’art, 2012, 160 p.
Au nom de notre Société, le Président remercie les donateurs.
L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres correspondants. Sophie Cassagnes-Brouquet donne lecture de son rapport sur la candidature de M. Luis González-Fernández et Henri Pradalier sur celle de Mme Émilie Nadal.
On procède au vote : M. Luis González-Fernández et Mme Émilie Nadal sont élus membres correspondants de notre Société.
La parole est à Anaïs Charrier pour une communication sur l’église de Saint-Pierre-Toirac.
Le Président remercie Anaïs Charrier pour cette analyse extrêmement précise de cette église tellement étrange par son architecture et son décor sculpté.
Henri Pradalier relève qu’une place importante est accordée à Conques, trop importante lui semble-t-il alors que certains chapiteaux se rattachent plutôt à Saint-Sauveur de Figeac, et en particulier ceux à décor d’entrelacs et de palmettes. Les chapiteaux à personnages lui rappellent les productions les plus récentes de Conques, d’un style très médiocre. Henri Pradalier ajoute que le retour à l’archaïsme que manifesteraient les chapiteaux de Saint-Pierre-Toirac est intéressant : Alain Erlande-Brandenbourg a noté qu’un prix-fait du XVe siècle commandait de reprendre des modèles du XIIIe siècle.
Quitterie Cazes souligne l’intérêt que présente également la formule de la tour d’escalier hors-œuvre, proche de celle de Conques où l’escalier mène cependant aux tribunes tandis qu’il conduit au clocher à Saint-Pierre-Toirac. À l’échelle d’un petit édifice, la volonté de monumentaliser la tour d’escalier est évidente. Gilles Séraphin cite plusieurs exemples similaires, dont Aujols dans le Lot, relevant qu’ils sont particulièrement nombreux dans les architectures tardives, et que le phénomène se retrouve aussi avec les tours hors-œuvre des donjons.
Louis Peyrusse se déclare ébloui par la démonstration de notre consœur, en même temps que tout à fait incompétent pour juger de sa pertinence. Une construction sur vingt ans est en tout cas une hypothèse beaucoup plus satisfaisante que le puzzle qui était proposé jusque-là. Quant au décor sculpté, comment peut-on être sûr d’être en présence d’un tel archaïsme aussi tard ? Peut-on tout à fait exclure la possibilité d’œuvres remployées ? Pour Anaïs Charrier, c’est complètement impensable en raison de la parfaite homogénéité de l’ensemble, auquel appartiennent aussi les chapiteaux « pliés » des angles du chœur. Louis Peyrusse note qu’une datation aussi tardive pose néanmoins problème. Pour Henri Pradalier, c’est l’absence de bons sculpteurs qui doit être invoquée.
Gilles Séraphin attire l’attention sur l’autre curiosité que représente la manière particulière de traiter l’abaque en plaçant le dé médian au-dessus d’une baguette. Dominique Watin-Grandchamp rappelle aussi les dispositions très particulières de la fenêtre axiale, qui suscitent une discussion au cours de laquelle Anaïs Charrier et Gilles Séraphin citent les exemples de Mauriac et d’Ydes où des défoncements sont également pratiqués pour accueillir des colonnettes.
Concernant la mixité des matériaux, Henri Pradalier remarque qu’elle ne fait pas problème, et qu’elle dépend en effet des approvisionnements : l’abbatiale de Conques en donne un bon exemple. Mais les différences d’appareil sous les arcs d’applique de l’abside relèvent-elles d’un choix ? Pour Anaïs Charrier, elles dépendent aussi des matériaux disponibles sur le chantier. Saint-Pierre-Toirac donne également l’impression à Dominique Watin-Grandchamp que l’on a construit avec ce que l’on avait à disposition. Henri Pradalier rappelle qu’il est possible que les maçonneries aient été recouvertes par des enduits extérieurs à faux-appareil, comme à Caunes-Minervois et à Notre-Dame-la-Grande à Poitiers. Anaïs Charrier indique que des vestiges d’enduit et de badigeon ont également été observés à Saint-Pierre-Toirac.
Séance du 22 janvier 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Napoléone, MM. Bordes, Catalo, Garrigou Grandchamp, Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Bossoutrot, Heng, Jiménez, Krispin, Queixalós, Vallée-Roche, Victor, MM. Balty, Buchaniec, Bru, Péligry, Rebière, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, MM. Chabbert, Garland, Geneviève.
Le Président souhaite la bienvenue à Nicolas Bru, qui nous avons le plaisir d’accueillir ce soir pour sa première séance.
Puis il rend compte de la correspondance.
Luis González Fernández nous adresse ses remerciements après son élection au titre de membre correspondant de notre Société.
La Bibliothèque Robert-Etienne, du Centre Ausonius du CNRS, propose un échange de publications.
Le Maire de Toulouse nous informe qu’il a immédiatement transmis la lettre que nous avons adressée à M. Joan Busquets par l’intermédiaire des services de la Ville.
Un courrier du Directeur de la Fondation Bemberg concerne notre malentendu sur l’utilisation du grand escalier de l’Hôtel d’Assézat, dont les portes, d’après la convention, doivent rester ouvertes pendant la durée de nos séances. La porte d’accès à l’escalier depuis notre salle des séances est en effet ouverte ce soir, mais la Fondation veut nous obliger à passer par son accueil, un point qui devra être revu.
Le Président fait le point sur les travaux présentés au concours, qu’il fait circuler parmi l’assemblée après une brève présentation de chacun. Ce sont donc neuf mémoires, au moins, qui nous sont adressés, et dont il sera nécessaire de répartir l’examen sur deux séances : le 19 février et le 12 mars.
En réponse à une question de Pierre Garrigou Grandchamp, Daniel Cazes précise que les prix n’ont pas de spécification, et que leur montant est identique. Les travaux doivent concerner le Midi de la France au sens large, de l’Aquitaine à la Provence et jusqu’au Cantal, depuis la préhistoire jusqu’au XXe siècle.
Quitterie Cazes pense que le nombre de mémoires à examiner impose de s’accorder sur des critères qui permettent de les comparer, et elle propose d’en retenir quatre :
– l’originalité du travail
– la méthodologie
– la qualité de l’écriture
– la maîtrise du sujet
Il faudrait convenir d’un barème, et peut-être ajouter d’autres critères. Louis Peyrusse juge la proposition excellente.
Michèle Heng ayant évoqué la question d’un travail de type familial, le Président confirme que ce type de travail n’est pas éligible à un prix, mais qu’il peut éventuellement recevoir une médaille d’encouragement. Maurice Scellès se déclare également sceptique quant à la possibilité de comparer sur les mêmes critères des thèses et des mémoires de master. Pierre Garrigou Grandchamp demande s’il ne serait envisageable, puisque nous avons deux prix à décerner cette année, de les répartir entre thèses et masters. Le Trésorier rappelle qu’il est toujours possible d’ajouter un prix spécial de la Société Archéologique, accompagné d’un chèque ou d’une médaille. Le Président propose de reprendre la discussion après l’examen des premiers travaux, le 19 février.
Conformément à l’ordre du jour, la Compagnie se constitue en Assemblée générale.
Le Président donne lecture du rapport moral pour l’année 2012.
Le Trésorier présente le bilan financier. À côté des comptes de 2012 figurent ceux de 2011 afin de faciliter les comparaisons poste par poste, conformément à la demande exprimée par François Bordes l’année dernière.
Le rapport moral et le bilan financier sont adoptés et quitus est donné au Trésorier pour sa bonne gestion.
On procède alors aux élections statutaires. Aucun autre candidat ne s’étant déclaré, Henri Pradalier, Guy Ahlsell de Toulza et Patrice Cabau sont réélus respectivement Directeur, Trésorier et Secrétaire-adjoint.
La parole est à Jean-Louis Rebière pour une communication courte intitulée : Le tombeau des corps saints de Saint-Denis : une réplique à la cathédrale Saint-Étienne de Cahors.
Le Président remercie Jean-Louis Rebière pour cette communication qui nous a fait connaître un monument que nous ne regardons pas le plus souvent.
Concernant la Sainte Coiffe de Cahors, Michelle Fournié voudrait savoir s’il existe un projet d’expertise du tissu lui-même. S’il est sûr que le suaire de Cadouin est un tissu fatimide, on ne sait pas en revanche si l’identification est fiable pour Cahors, où la relique n’est pas attestée de façon sûre avant le début du XVe siècle. Jean-Louis Rebière rappelle que c’est Champollion (mais lequel ?) qui aurait examiné le tissu, puis il ajoute qu’à défaut de connaître la nature exacte de la relique, il faut constater qu’elle a fait beaucoup construire. Nicolas Bru indique que le clergé a demandé une expertise, il y a de cela quelques années, mais qu’aucun résultat n’a été communiqué ; il ne pense pas que nos collègues de la D.R.A.C. en soient mieux informés.
Séance du 5 février 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Barber, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, MM. Le Pottier, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Agudo, Beyssies, Escard-Bugat, Friquart, Lamazou-Duplan, Nadal, Vallée-Roche ; MM. Buchaniec, Chabbert, Péligry, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Cazes, Czerniak, Fournié, Jaoul, Queixalos, Victor, MM. Garland, Garrigou-Grandchamp, Lapart.
Invités : Mme Charlotte Riou, M. Patrice Caillaud.
Le Président ouvre la séance à 17h00. Au nom de la Compagnie, il accueille Mme Émilie Nadal, récemment élue au titre de membre correspondant.
Les Secrétaires donnent lecture des comptes rendus de séances précédentes : le Secrétaire-adjoint pour celle du 18 décembre 2012, le Secrétaire général pour celle du 8 janvier 2013 ; ces deux procès-verbaux sont adoptés à l’unanimité.
Le Président procède au dépouillement de la correspondance manuscrite. Outre les vœux de plusieurs personnalités et divers programmes d’activités, la Société a reçu :
– une réponse de France Domaine, Service de l’État désormais en charge du devenir de l’ancienne prison de Cahors (ancien Palais de Via), laquelle s’inscrit dans une logique tout administrative et suscite diverses interrogations. On craint notamment pour l’entretien et l’intégrité d’un bâtiment maintenant sans affectation ; plusieurs membres évoquent les pillages commis à Toulouse en temps de déshérence : Hôtels de l’ancien quartier Saint-Georges, Palais des Grâces de la rue Valade, Hôpital de la Grave… ;
– la copie du vœu présenté par le groupe « Toulouse pour tous » lors du Conseil municipal du 25 janvier 2013, qui souhaite que les substructions de l’ancienne Tour Charlemagne du Capitole, récemment enfouies à 1,5 m sous la surface du sol, soient de nouveau exposées au public ; à ce propos, Daniel Cazes fait la critique d’un article fort confus portant sur les vestiges de l’enceinte romaine de Toulouse (square du Capitole et rue Labéda) paru dans la Dépêche du Midi du 15 janvier 2013 (édition de Toulouse, p. 19) ;
– une lettre de notre consœur Virginie Czerniak annonçant un séminaire organisé le 8 février à l’Institut d’études méridionales et consacré à la peinture médiévale : « La notion d’inventaire en France et à l’étranger : problématiques et méthodologies » ;
– un courrier de l’Inrap touchant l’association de la S.A.M.F. aux « Journées de l’Archéologie 2013 », qui auront lieu les 7, 8 et 9 juin ;
– une lettre de René Souriac, Président de la Société des Études du Comminges, concernant le 61e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, qui se tiendra à Muret du 13 au 15 septembre ;
La parole est à Maurice Scellès et à Daniel Cazes pour une communication consacrée à L’ancien réfectoire des Augustins de Toulouse.
Le Directeur assume momentanément la présidence de la séance. Henri Pradalier remercie les deux intervenants pour une « communication remarquable », qui lui a rappelé « les temps glorieux de notre jeunesse ». Après avoir relevé la lourde responsabilité d’Ernest Roschach († 1909), alors conservateur du musée de Toulouse, dans la disparition d’un important édifice médiéval de notre ville, il sollicite les questions de la Compagnie.
Louis Peyrusse s’intéresse au bloc de pierre sculpté retrouvé à la base du mur ouest du réfectoire. Daniel Cazes suppose qu’il s’agit d’un élément ayant appartenu à la chaire du lecteur. Michèle Pradalier-Schlumberger se demande si les « chapelles » situées le long du mur de la galerie occidentale du cloître, encadrées par des contreforts, et que Roschach décrit comme ornées de peintures, n’étaient pas des enfeux. M. Cazes répond que cela est possible, mais qu’on n’a aucune indication formelle en ce sens. Myriam Escard-Bugat voudrait savoir si les tableaux dont il a été question pour les locaux établis au-dessus du réfectoire dataient du XVIIe ou du XVIIIe siècle. M. Cazes indique le XVIIe, puis il évoque le beau décor des aménagements (bibliothèque, corridor…) réalisés à cette époque, dont il rappelle qu’elle fut le second âge d’or du couvent des Grands Augustins de Toulouse. Jean-Marc Stouffs s’enquiert de la localisation de l’enduit mural repéré pendant la fouille. M. Cazes précise qu’il s’agissait du mur occidental du réfectoire, portant à l’extérieur un enduit de couleur ocre jaune, dépourvu de décor.
La parole est à Roland Chabbert et à Patrice Caillaud pour une communication sur Les peintures murales du chœur de la cathédrale d’Albi et les projets de sa restauration.
Le Président remercie d’abord M. Caillaud, qui est l’architecte en charge de la restauration de l’ancien chœur des chanoines de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, de nous avoir présenté son projet, expliqué sa démarche et exposé ses interrogations. Daniel Cazes juge ensuite cette intervention « très intéressante », puis il fait appel aux réactions qu’elle ne devrait pas manquer pas de provoquer dans l’auditoire.
Louis Peyrusse commence par souligner le fait que, dans les comptes pour les travaux de restauration de Sainte-Cécile au XIXe siècle, l’ensemble des dépenses de sculpture et de peinture reste faible, voire très faible ; peut-être pourrait-on faire l’hypothèse que les frais de peinture étaient financés par la fabrique. M. Peyrusse aborde le problème du vernis « vireur » appliqué sur les panneaux, alternativement peints en rouge et en vert (ou bleu) et décorés de rinceaux, qui surmontent les boiseries des stalles ; il pose la question de la nature de ce vernis, et celle de la date de la mise en œuvre de cette technique. Jean-Marc Stouffs précise que si l’analyse montrait qu’il s’agit du vernis appelé « Damart », la vernissure serait indubitablement à mettre au compte des travaux du XIXe siècle. M. Stouffs fait par ailleurs observer que l’identification « lapis-lazuli » portée par l’une des fiches présentant l’étude des composants picturaux ne lui paraît pas pertinente. Le lapis-lazuli, pigment très onéreux importé d’Asie, à utiliser sur fond noir, est en effet fréquemment confondu avec la lazurite ; pour mettre en évidence l’emploi de ce pigment très rare, il faut, non pas procéder à une analyse chimique, mais recourir à un examen de la diffraction des rayons X.
Henri Pradalier demande s’il existe des vues anciennes de la partie supérieure du décor de pierre sculptée montrant si le fond comportait, comme aujourd’hui, deux registres peints en vert et en rouge. Les relevés aquarellés réalisés par Denuelle sont évoqués. Louis Peyrusse mentionne un tableau de Dauzats conservé au Musée Paul-Dupuy. M. Caillaud dit qu’on y voit un fond rouge. Il reconnaît nettement alors que sa conception de l’aspect originel du décor sculpté, essentiellement monochrome à la façon d’une grisaille, repose, en l’absence de preuve textuelle ou scientifique, sur une conviction d’architecte, une « intuition esthétique ». M. Pradalier déclare que les problèmes qui se rencontrent ici sont les mêmes que ceux posés par la « dérestauration » des monuments, et M. Stouffs aborde les questions de la déontologie de la restauration, de la nécessaire cohérence entre les approches technique, historique et esthétique.
Henri Pradalier veut savoir ce que le projet de restauration prévoit pour les stalles. M. Caillau indique que celles-ci doivent rehaussées au niveau qui était le leur antérieurement aux modifications du XIXe siècle, mais que le sol du chœur demeurera inchangé. En réponse à une nouvelle question de M. Pradalier, M. Caillau précise que les stalles, fortement reprises au XIXe siècle, comprennent un certain nombre d’éléments anciens.
Séance du 19 février 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Boudartchouk, Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Lassure, Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Roquebert, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Friquart, Heng, Krispin, Nadal, Vallée-Roche, MM. Buchaniec, Péligry, Stouffs, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Heng, Lamazou-Duplan, Victor, MM. Balty, Chabbert, Surmonne.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 22 janvier, qui est adopté.
Notre bibliothèque s’enrichit d’une acquisition :
Évelyne Thomas, Vocabulaire illustré de l’ornement par le décor de l’architecture et des autres arts, Éditions Eyrolles, 2012, 288 p.
Et de dons :
– Bonie Effros, Uncovering the Germanic Past. Merovingian Archaeology in France 1830-1914, Oxford University Press, 2012, 427 p. (envoi de l’éditeur) ;
– Bonie Effros, « Casimir Barrière-Flavy and the (Re)Discovery of Visigoths in Southwest France », dans Geschichtsvorstellungen. Bilder, Texte und Begriffe aus dem Mittelalter. Festschrift für Hans-Werner Goetz, édité par Steffen Patzold, Anja Rathmann-Lutz und Volker Scior, Köln-Weimar-Wien : Böhlau, 2012, p. 559-576 (photocopie) ;
– Rita Lejeune et Jacques Stiennon. La Légende de Roland dans l’art du Moyen Âge, Bruxelles, Éditions de l’Arcade, 1966, 2 vol., 412 et 408 p. (don de Louis Peyrusse).
Le Président présente le don exceptionnel que fait à notre Société notre confrère Maurice Prin. C’est tout d’abord une sculpture de la Renaissance : un culot portant un ange aux ailes éployées, que Maurice Prin croit pouvoir attribuer à Michel Colin. Il provient probablement de la chapelle Saint-Pierre-de-Vérone de l’église des Jacobins. Maurice Prin l’a retrouvé dans les années 1950, tout à fait par hasard, dans un camion de terres et de gravats évacués par les entreprises travaillant à la restauration de l’église.
Ce sont ensuite cinq grands dessins, qui sont présentés à la Compagnie sur la table de la salle des séances :
– Projet pour la façade occidentale du Capitole de Toulouse, dessin sur papier, collé sur toile ; 86,5 cm x 29 cm ; vers 1676, attribué par Bruno Tollon à Jean-Pierre Rivalz. Il a été acquis en 1960 à la vente de l’ancienne collection Rozès de Brousse.
– Projet de décor architectural pour la Salle des Illustres du Capitole, dessin sur papier, 99 cm x 50 cm ; XVIIIe siècle. Acquis en 1960 à la vente de l’ancienne collection Rozès de Brousse.
– Projet de décor architectural intérieur pour la salle des Illustres du Capitole, dessin sur papier ; 51,5 cm x 33,5 cm ; XVIIIe siècle. Acquis en 1960 à la vente de l’ancienne collection Rozès de Brousse.
– Projet pour l’escalier du Capitole, dessin sur papier ; 58 cm x 37 cm ; 1780, Jacques Pascal Virebent.
– Projet de façade de théâtre, dessin sur papier collé sur papier bleu ; 63 cm x 49,5 cm. Jacques Pascal Virebent, non daté.
Louis Peyrusse pense que les projets attribués à la Salle des Illustres sont plus probablement des projets pour une salle de bal ou une salle du trône et qu’ils datent de la Restauration. Daniel Cazes compte sur les modernistes de notre Compagnie pour étudier et publier ces dessins.
Bruno Tollon ayant rappelé que notre confrère avait le relevé de la façade ancienne du Capitole, le Président se propose d’interroger à ce propos Maurice Prin, auquel il renouvellera les remerciements de notre Société.
Au titre de la correspondance, le Président indique que notre courrier à M. Joan Busquets est resté sans réponse. Le projet de l’architecte catalan serait d’ailleurs peut-être remis en cause.
Le Président annonce par ailleurs que, selon la presse, un accord aurait été trouvé entre la Mairie et la famille de Jean Dieuzaide dont le fonds pourrait rejoindre les collections du Musée des Abattoirs. Ce serait là une bonne nouvelle pour Toulouse.
La parole est à Bruno Tollon pour une Lecture de la façade de la Dalbade à Toulouse.
Le Président remercie Bruno Tollon pour cette relecture du portail de la Dalbade, qui est incontestablement un chef-d’œuvre de la Renaissance à Toulouse. Daniel Cazes a été très intéressé par le motif du candélabre, et il s’est demandé s’il n’avait pas été mis à la mode par la galerie des candélabres du Vatican. Il note aussi que le candélabre qui est à l’origine un élément de mobilier devient ensuite un motif architectural. Quitterie Cazes fait cependant observer que des candélabres apparaissent dans la peinture romaine où ils sont utilisés comme décor d’architecture. Bruno Tollon est intéressé par ce regard différent de celui des spécialistes de la Renaissance qui ne remontent pas au-delà de la Chartreuse de Pavie.
Le Président fait appel aux suggestions pour les initiales T.M. Louis Peyrusse fait remarquer que pour une œuvre des années 1530, le portail de la Dalbade n’offre que peu d’invention. On a en fait deux mondes différents si on le compare à ce que fait Bachelier pour l’Hôtel de Bagis. Le portail de la Dalbade est presque exclusivement décoratif. Pour Bruno Tollon, on aurait là un exemple de ce que peut donner un courant stylistique qui ne parvient pas à s’arrêter, ou encore une illustration de ce que l’on pourrait qualifier d’art « alimentaire » face à un art « d’avant-garde ».
Le Président demande si l’on a des informations sur le programme statuaire d’origine, et il évoque les statuettes disparues lors de la dernière restauration du portail, ajoutant que le curé avait récupéré l’une d’elles, qui était entreposée dans la sacristie. Guy Ahlsell de Toulza dit que les photographies anciennes et les gravures montrent des niches vides, et qu’elles ont peut-être été retirées parce qu’on les pensait du XIXe siècle. Quant au cartouche avec l’inscription D.O.M., il lui paraît suspect. Pour Bruno Tollon, on peut hésiter entre un motif repris ou complètement créé. Quant au programme iconographique de l’ensemble, Bruno Tollon rappelle qu’au XIXe siècle un curé de la paroisse a fait des recherches importantes sans rien trouver ; la statuaire de grand format est identifiée mais sur les autres, les textes sont muets.
Pierre Garrigou Grandchamp est surpris par le traitement des maçonneries autour du portail, qui donne l’impression d’un écorché. Faut-il imaginer un enduit à faux-appareil ? Bruno Tollon répond que c’est un débat, et il évoque l’exemple de la restauration de l’Hôtel d’Assézat. Un architecte en chef des Monuments historiques, devenu inspecteur général, a fait peindre la pierre en brique et maquillé la brique en pierre, en raison d’une totale méconnaissance des traditions toulousaine et italienne. C’est pour cela qu’avait été réalisée une exposition sur la brique à Toulouse, que l’on n’a sans doute pas assez fait connaître. Bruno Tollon rappelle que l’on demandait au maître d’œuvre des joints saillants ou plats au mortier franc, aboutissant à un jeu de quadrillage. Pour ce qui est de la façade de la Dalbade, il faut en outre garder à l’esprit le problème d’interprétation que pose la gravure de Chapuis, où la maçonnerie de brique est remplacée par de la pierre de taille.
La parole est à Patrice Cabau pour une communication courte sur les Mutations de propriété dans le moulon du Taur à Toulouse.
Le Président remercie Patrice Cabau pour cette étude très précise qui nous fait comprendre la topographie de cet îlot et son évolution. Est-il possible de situer la chapelle dans l’hôtel ? Patrice Cabau dit que ce serait apparemment le troisième ouvroir, sur la rue du Taur.
Sophie Cassagnes Brouquet demande si le Bernard Scribani ne pourrait être Bernard « l’écrivain ». Patrice Cabau ne le pense pas : ce serait tout à fait possible au XIIIe siècle, mais au XIVe siècle le prénom est plus probablement suivi du patronyme.
Michelle Fournié explique comment s’est fait le travail à partir de son enquête sur le saint Suaire de Cadouin. Après être parvenue à positionner les différents hôtels, elle restait néanmoins inquiète et elle s’est tournée vers Patrice Cabau, qu’elle tient à remercier. Elle a ainsi pris connaissance des échanges des années 1360, et a alors engagé notre confrère à suivre l’évolution de l’îlot sur toutes ces années. Il s’avère que l’on pourrait prolonger encore un peu l’enquête, jusque dans les années 1430. Un autre point a retenu son attention : si l’hôtel avait été attribué à l’abbaye de Cadouin pour qu’elle y établisse un monastère, la promesse n’a pas été suivie d’une donation, ce qui se comprend puisque le projet a capoté. Les capitouls n’ont donc pas été parjures.
De son côté Patrice Cabau a l’espoir de pouvoir remonter dans son analyse de l’îlot jusqu’au début du XIVe siècle, vers 1300 si c’est bien la date que l’on peut retenir pour la façade de l’église du Taur, ce que confirme Michèle Pradalier.
Au titre des questions diverses, Marie Vallée-Roche présente rapidement l’Association des journalistes du patrimoine (A.J.P.), qui pourrait être un relais intéressant pour faire connaître nos préoccupations et se faire l’écho des alertes concernant le patrimoine. L’association, qui a son siège à Paris, regrette d’ailleurs de ne compter que très peu de journalistes de la presse régionale. La cotisation annuelle pour une association est de 100 €. Le Président juge l’information tout à fait intéressante et considère que la possibilité d’une adhésion de notre Société devra être examinée.
François Bordes indique qu’il a été contacté par le service interministériel des archives de France à propos de la vente des archives du château de Castelnau-d’Estrétefonds. Il signale plus particulièrement des documents concernant Dominique Bachelier, que Bruno Tollon pense cependant d’un intérêt limité, ne s’agissant, semble-t-il, que de copies de documents publiés par ailleurs.
Séance du 12 mars 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Catalo, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mme Cassagnes-Brouquet, M. Gonzalez, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Barber, Bessis, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Balty, Garland, Péligry.
Le Président souhaite la bienvenue à Luis Gonzales-Fernandez, récemment élu membre correspondant, qu’il est très heureux d’accueillir ce soir parmi nous pour sa première séance.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal du 19 février dernier, qui est adopté après une correction demandée par Bruno Tollon. (La discussion porte sur le prix et l’intérêt des archives de Castelnau-d’Estrétefonds.)
Le Président incite les membres de notre Société à venir assister à la séance publique nombreux et accompagnés si possible, car il est important de faire publiquement la démonstration de notre dynamisme. Il rappelle que si les membres de la Société Archéologique ne reçoivent pas d’invitation, c’est parce qu’ils sont la puissance invitante ; l’information leur est donnée par la convocation aux séances.
Le programme de la prochaine séance ordinaire est modifié : la communication de Jean-Luc Boudartchouk sur La Haute Auvergne durant le Bas-Empire et l’époque mérovingienne est reportée à l’automne et nous entendrons une communication d’Hiromi Haruna-Czaplicki intitulée Notes sur des Bibles enluminées dans le Sud-Ouest de la France au début du XIVe siècle.
Au titre de la correspondance, il faut noter que nous n’avons pas de réponse aux courriers que nous avons adressés au Directeur régional des Affaires culturelles, l’un d’eux étant désormais sans objet puisque des camions ont emporté les vestiges du bâtiment wisigothique mis au jour sur le site de l’Université des Sciences sociales.
Le vice-président du Conseil général du Lot, M. Gérard Amigues, nous adresse une très intéressante brochure réalisée par le service du patrimoine historique : Le patrimoine industriel. Terres cuites en Bouriane. Poteries et tuileries-briqueteries…, C.G. du Lot, 2013, 27 p.
Un nouvel échange de publications est mis en place avec le Museu nacional arqueològic de Tarragona.
M. Gauthier Langlois nous adresse une invitation à venir entendre deux conférences qu’il prononcera à la Société des Etudes de l’Aude, la première sur Les petits monastères des Corbières : un encadrement religieux dense (IXe-XIIIe siècles), la seconde sur Une représentation du vicomte de Trencavel sur une fresque de la conquête de Valence (XIIIe siècle).
On nous signale enfin l’ouverture de la souscription pour Opéra, politique et droit, un volume de mélanges offert à Mme Marie-Bernadette Bruguière.
L’ordre du jour appelle l’examen des travaux présentés au concours : nous avons neuf candidats pour deux prix Le Président rappelle les critères retenus pour le classement : l’originalité du travail, la méthodologie, la qualité de l’écriture, la maîtrise du sujet, chacun étant noté sur 5 points.
François Bordes présente son rapport sur le mémoire de Master 1 de Mme Lise Pérez, Études économiques sur les moulins du Bazacle de 1469-1470 : les différentes stratégies de gouvernances mises en œuvre pour assurer une viabilité financière de la structure de l’honneur du Bazacle.
Maurice Scellès rend compte de l’envoi de Mme Ludivine Thomas-Gasc, un opuscule consacré au Musée de zoologie de Saint-Paul-sur-Save, petit musée privé créé en 1921 par son arrière-grand-père, Jean Thomas. Cet opuscule n’est en rien une étude répondant aux critères du concours de notre Société. Il offre cependant l’intérêt d’attirer l’attention sur un type d’objet particulier, qui peut être, à juste titre, considéré comme un élément du patrimoine culturel régional. Avec la question de son devenir se pose celle de la place de ces petits musées, privés ou public, en tant qu’outils pédagogiques et structures de conservation, qui devrait être aussi envisagée dans le cadre des politiques d’aménagement du territoire. Pour Guy Ahlsell de Toulza, l’avenir d’un tel musée ne peut être envisagé aujourd’hui que dans le cadre d’un réseau et avec la tutelle d’un établissement de référence.
Louis Peyrusse donne lecture du rapport de M. Nicolas Valdeyron sur la thèse de Mme Lise Aurière, L’art mobilier magdalénien, du support au décor. Les choix technologiques et leurs implications dans l’élaboration des objets en matières osseuses. L’étude de cas dans la vallée de l’Aveyron : Les gisements de Plantade, Lafaye, Montastruc et Courbet, sous la direction de M. Michel Barbaza et de Mme Carole Fritz, Université de Toulouse-Le Mirail, 2012, 550 p.
Rapport à insérer
Quitterie Cazes présente son rapport sur le mémoire de master 1 de Mme Marie-Pierre Bonettti, La sculpture architecturale de l’abbaye Saint-Gilles-du-Gard (30). Archéologie, méthodologie, inventaire, sous la direction d’A. Hartamm-Virnich, Université d’Aix-Marseille, 2012, 4 vol.
Rapport à insérer
Sophie Cassagnes-Brouquet rend compte du mémoire de Master 1 présenté par Mme Violaine Sol, La représentation des pontifes dans les manuscrits prophétiques médiévaux. L’exemple du Liber prophetarum papalium, XIVe siècle, Archives municipales de Lunel (Hérault), sous la direction de Mme Géraldine Mallet et de M. Simone Piazza, Université Paul-Valéry, Montpellier III, 2012.
Anne-Laure Napoléone rend compte du mémoire de master 2 présenté par Mme Léa Gérardin, Les maisons en pan-de-bois de Montricoux (Tarn-et-Garonne), sous la direction de Nelly Pousthomis, Université Toulouse II – Le Mirail, septembre 2012, vol.1 Texte : 121 p., vol.2 Annexes et figures : 160 p., vol.3 Plans, relevés et croquis : 19 p.
Rapport à insérer
Michelle Fournié présente son rapport sur la thèse de Mme Estelle Martinazzo, La réforme catholique dans le diocèse de Toulouse (1590-1710), sous la direction de M. Serge Brunet, Université Paul-Valéry, Montpellier, 2012, 2 vol.
Rapport à insérer
Bruno Tollon présente son rapport sur le mémoire de master de Mme Aurélia Cohendy, Bernard Nalot (1508/09-1550). Un peintre toulousain de la Renaissance méridionale, sous la direction de M. Pascal Julien, Université de Toulouse-Le Mirail, t. 1, 142 p., t. 2. 125 p.
Puis il donne lecture de son rapport sur les deux mémoires de master présentés par M. Raphaël Neuville, Adrien Dax ami du hasard, t. 1 207 p., t. 2 147 p., et Création artistique et science chez Adrien Dax, t. 1 142 p., t. 2 58 p., Université de Toulouse-Le Mirail.
Rapport à insérer
Le Président remercie les rapporteurs et fait le bilan des notes attribuées. Après une brève discussion, il est décidé de décerner :
– le prix de Clausade à M. Raphaël Neuville
– le prix de Champreux à Mme Marie-Pierre Bonetti
– une médaille d’argent à Mmes Lise Aurière, Léa Gérardin et Estelle Martinazzo.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès donne des informations sur les journées d’étude sur La maison médiévale en Aveyron, qui se tiendront à Rodez les 11-13 juillet prochains. Faisant suite à celles organisées par notre Société à Toulouse en 2001 puis à Cahors en 2006, elles seront suivies de la publication d’un volume hors-série de nos Mémoires.
| Pour faire suite au débat engagé lors de la séance du 5 février, Louis Peyrusse présente la photographie d’un tableau de Dauzats, de 1833, montrant une vue intérieure du chœur de la cathédrale d’Albi. On y distingue bien des couleurs appliquées sur toute la hauteur de la clôture, ce qui prouve au moins qu’il s’agit de peintures anciennes, et va à l’encontre de l’architecture en grisaille rêvée par certains. Ce document devrait en tout cas obliger M. Patrice Caillaud à beaucoup de retenue. |
Séance publique du 24 mars 2013
Lire le compte-rendu
Elle se tient dans la salle Clémence-Isaure, salle des séances publiques de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du Président :
Mesdames, Messieurs,
Chaque année, lorsque l’hiver cède sa place au printemps, temps des projets, de la renaissance de la vie sur le terreau des bilans d’un passé défunt, période souvent choisie comme début de l’an dans nombre de séquences de l’histoire, la Société archéologique du Midi de la France tient séance publique. Afin d’accueillir le nombreux public que vous êtes et qui l’honore en s’intéressant à son activité, elle se transporte du deuxième étage de ce bel Hôtel d’Assézat, où elle se réunit habituellement tous les quinze jours, dans sa grande salle d’honneur, sous ce vénérable plafond de la Renaissance. Une salle dite Clémence-Isaure depuis que la célèbre statue de marbre blanc aux trois-quarts médiévale de la bienfaitrice et inspiratrice des poètes et littérateurs de l’Académie des Jeux Floraux y a été érigée en bonne place, et préside en fait toutes les assemblées ici réunies. Mais aujourd’hui dame Clémence s’en est allée, pour une cure de jouvence, en l’atelier de restauration des musées de la Ville, nous laissant seuls face à vous.
L’an passé, nous avions évoqué les origines de notre Société, fondée en 1831, reconnue d’utilité publique en 1850. Rappelons simplement ses buts, tels qu’ils furent exprimés dans ses statuts et par ses fondateurs : « l’étude des monuments des arts et de ceux de l’histoire, particulièrement dans le midi de la France », et aussi recueillir, conserver, faire connaître et publier ceux-ci. Chacun saisit l’utilité de cette ambitieuse mission à plusieurs facettes. Que cette connaissance, et surtout les objets qui la fondent, permettent à l’homme sans cesse renouvelé, inventeur, producteur et consommateur d’une multitude de choses, de se situer, d’exercer un regard critique et autocritique à l’aune de l’histoire de son espèce. Au-delà de son aide à la spéculation de l’intelligence élaboratrice et utilisatrice de l’histoire, cette action favorise la sensibilité et le goût artistiques. Voilà les raisons pour lesquelles, depuis presque deux siècles, notre Société se réunit, publie et collecte des textes, objets archéologiques et œuvres d’art.
Certes, elle possède encore une riche collection et les terrains sur lesquels s’élevait l’exceptionnelle villa romaine de Chiragan, à Martres-Tolosane. Mais elle a donné ou cédé à la puissance publique, après les avoir souvent sauvés de la destruction, du vandalisme, d’une urbanisation aveugle, du lucratifcommerce des antiquités, ses terrains et musées de Saint-Bertrand-de-Comminges, et quantité de documents, livres, pièces archéologiques provenant de tout le Midi. Ces derniers comptent aujourd’hui parmi les plus remarquables des archives, bibliothèques et musées de notre ville, voire d’autres villes du Midi. Nous poursuivons cette collecte, qui augmente nos archives, bibliothèque et collection. Elle est alimentée plus par les dons que font certains de nos membres, et aussi des personnes et institutions extérieures, que par les achats, qui requièrent des sommes d’argent de plus en plus élevées. Cependant, il arrive que nous achetions. Cette année, nous devons remercier bien vivement de nombreux donateurs : Gérard Pradalié, Raymond Laurière, Guy Ahlsell de Toulza, Michèle et Henri Pradalier, Yves Bruand, Claire Rousseau, Stéphane Fargeot, Louis Peyrusse, Maurice Scellès, Maurice Prin, conservateur honoraire des Jacobins, qui, entre autres œuvres et notamment de précieux
relevés de peintures murales et dessins anciens, a offert le projet du XVIIe siècle pour la construction de la façade du Capitole dont nous projetons ici la photographie, mais aussi le conseil général du Lot, le Darmouth College, le musée Paul-Dupuy, le Museu nacional arqueologic de Tarragona. Et j’en oublie probablement.
Parlons maintenant de la chose la plus importante : les travaux de nos membres. Certes, ils ne se développent pas qu’au sein de notre Société, chacun agissant d’abord dans le cadre de sa profession ou de sa propre ligne d’investigation. Cependant, tous les membres sont d’accord pour porter devant le regard des autres les fruits de leur travail et le soumettre aux questions, aux critiques constructives. Et encore plus lorsque les articles qui en découlent, promis à nos Mémoires, sont examinés par notre comité de lecture et d’impression, interne, et de notre comité scientifique, externe. Le cycle recherche-rédaction-communication-échange-correction-publication nous enrichit tous, auteurs, auditeurs, lecteurs. Et ce, nous l’avons dit maintes fois, parce que, venus d’horizons et de formations variés (enseignement, université, recherche, monuments, musées, archéologie, architecture, archives, bibliothèques, restauration des monuments, œuvres d’art et objets archéologiques, la liste n’étant pas exhaustive), nous acceptons de nous regrouper et constituer ainsi la structure vivante de notre Société. Là est son trésor : faire dialoguer des femmes et des hommes dont les métiers ontérigé des corps de doctrine, certes valables, mais parfois trop fermés. Notre compagnie académique tend vers le décloisonnement, si souvent réclamé dans notre monde du XXIe siècle, où l’activité est très spécialisée. Mais sans que chacun n’ait, en entrant parmi nous, à renier les règles exigeantes de sa propre méthode, le corpus de ses connaissances, son expérience face au texte, à l’objet, à l’œuvre d’art.
Quel bilan tirer des vingt-quatre communications présentées par nos membres depuis la séance publique du 18 mars 2012 ? Si onze d’entre elles ont une relation plus ou moins directe avec Toulouse, les autres en ont avec les départements de la Haute-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyrénées, du Lot, du Tarn, du Cantal, de l’Aveyron, de l’Hérault, de l’Aude, et aussi l’Espagne. Par rapport à l’année précédente, un petit rééquilibrage s’est opéré entre les trois grands domaines de l’Antiquité, du Moyen Âge et des Temps modernes, la Préhistoire et la période contemporaine n’ayant suscité aucune communication. L’Antiquité en a généré quatre, le Moyen Âge treize, les Temps modernes sept. Le Moyen Âge demeure prédominant.Pour l’Antiquité, romaine, les communications ont été les suivantes. Le 3 avril 2012, Jean-Luc Boudartchouk et l’auteur de ce rapport reprirent tout le dossier du sarcophage antique tardif d’Arpajon-sur-Cère et de la nécropole d’Arepagone. Le 16 octobre, Louis Latour nous fit connaître les céramiques sigillées d’Auterive. Le 4 décembre, deux communications attirèrent notre attention sur des sculptures antiques peu connues de notre région. Emmanuel Garland nous permit d’admirer deux morceaux d’un énigmatique personnage splendidement drapé et une curieuse tête, conservés à Esbareich, dans la vallée de la Barousse. Pascal Capus nous apprit la bonne nouvelle de l’acquisition, par le musée Saint-Raymond, d’une statue de Jupiter provenant d’Avignonet, dont il actualisa l’étude.
Pour le Moyen Âge, les sujets furent d’une grande diversité. Le 20 mars 2012, Hiromi Haruna-Czaplicki nous fit part de ses observations sur les bibles enluminées confectionnées dans le sud-ouest de la France vers 1300, et Maurice Scellès reprit l’étude de l’église de Venerque, à la suite des recherches qu’il amenées sur ce passionnant édifice avec Diane Joy. Le 24 avril, Vincent Geneviève et Guillaume Sarah intéressèrent grandement les membres présents en analysant les monnaies du médaillier carolingien du musée Paul-Dupuy. Au cours de la même séance, Éric Tranier, Florence Journot et Jean-Luc Boudartchouk nous firent part de leurs travaux sur le tombeau de saint Majan à Villeneuve l’Argentière. Le 15 mai, Jean Catalo et Vincent Geneviève nous informèrent des résultats des sondages archéologiques des allées Jules-Guesde à Toulouse, décelant un habitat des XIVe et XVe siècles dont les vestiges créent de nouveaux questionnements. Le 5 juin, avant les vacances, ce fut un grand plaisir d’écouter Sophie Cassagnes-Brouquet sur le métier de peintre à Toulouse à la fin du Moyen Âge, qui regroupait les peintres et verriers, les verriers et les enlumineurs. L’importance de ses découvertes, au cours de longs dépouillements d’archives, attisa la curiosité de l’auditoire et suscita d’abondants échanges. Le 2 octobre, Patrice Cabau nous conduisit sur les traces de Pierre de la Chapelle (v. 1240-1312), évêque de Toulouse autour de 1300. Le 6 novembre, Anne Bossoutrot nous fit connaître une église quasiment ignorée des spécialistes de l’art roman, celle de Lavernose-Lacasse, à l’occasion de sa restauration extérieure. Ce même jour, Jean-Louis Rebière étudia, également en raison de sa restauration, un très beau plafond peint médiéval de l’abbaye de Lagrasse. Le 8 janvier 2013, c’est Anaïs Charrier qui nous donna une étude remarquable de l’église de Saint-Pierre-Toirac. Le 5 février, Maurice Scellès et celui qui vous parle reprirent l’analyse architecturale de l’ancien réfectoire des Augustins de Toulouse, stupidement détruit en 1868, pour évoquer la découverte archéologique en 1980 de la partie inférieure de son mur occidental. Ce même jour, Roland Chabbert et Patrice Caillaud nous firent part, avec leurs interrogations sur les partis à prendre, des projets de restauration du magnifique chœur de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. Enfin, le 19 février, Patrice Cabau parvint à éclaircir une question complexe de mutations de propriété dans le moulon du Taur, à Toulouse.
Notre goût prononcé pour le Moyen Âge généra, en plus, beaucoup d’intérêt pour deux visites d’expositions et pour la conférence de la séance publique. Cette dernière, le 18 mars 2012, fut donnée par Nicolas Bru, Maurice Scellès et Gilles Séraphin, dans cette salle, sur les églisesmédiévales du Lot. La première visite eut lieu le 12 mai, au musée national du château de Pau, sous la direction savante et chaleureuse de Paul Mironneau, directeur de l’établissement, dans l’exposition « Gaston Fébus, Prince Soleil (1331-1391) », dont il fut l’un des commissaires. Les membres qui firent spécialement le voyage de Pau pour voir les pièces exceptionnelles présentées et entendre le propos du conservateur quittèrent les lieux enchantés. La deuxième visite, le 22 mai, fut pour la non moins remarquable exposition organisée par le musée Paul-Dupuy autour de l’exceptionnel parement d’autel brodé des Cordeliers de Toulouse. Nous y fûmes agréablement accueillis par Jean Penent, conservateur en chef du musée, dont on regrettera le départ récent de cet établissement (qui se trouve depuis trois mois sans conservateur), et Marie-Pierre Chaumet-Sarkissian, l’une des commissaires. De nombreuses questions furent soulevées, notamment par Michelle Fournié, ou Guy Ahlsell de Toulza, qui apporta des compléments d’information sur le fameux diptyque de Rabastens.
Les Temps modernes nous réservaient aussi quelques riches heures. Le 29 mai, Christian Darles et Jean-Michel Lassure s’attachèrent à une étude originale, à la fois historique, architecturale et ethnographique, du hameau gersois de Naudin-L’Isle-Bouzon, dans ses différentes phases de construction et d’aménagement, du XVIe au milieu du XXe siècle. Le 5 juin, Laure Krispin évoqua les plafonds peints du XVIIe siècle découverts en 2011 au n° 7 de la rue de la Dalbade, à Toulouse. Le 16 octobre, Jean-Michel Lassure se pencha sur une matrice de sceau utilisée au XVIIe siècle pour le décor des plats de Giroussens. Le 20 novembre fut aussi un jour faste, avec la remarquable communication de Christian Péligry sur quelques aspects de la présence hispanique à Toulouse et dans le Midi toulousain au cours de la première moitié du XVIIe siècle. Le 18 décembre, Bruno Tollon focalisa nos regards sur les étonnantes et belles sculptures à l’antique du château de Bournazel. Le 22 janvier 2013, c’est à l’étude d’une étonnante réplique du XIXe siècle, pour la chapelle d’axe de la cathédrale de Cahors, du tombeau des Corps-Saints de Saint-Denis, que Jean-Louis Rebière s’appliqua. Le 19 février, Bruno Tollon nous proposa sa nouvelle lecture de la splendide façade de l’église de la Dalbade à Toulouse et nous fit ainsi partager sa connaissance approfondie de l’art de la Renaissance dans cette ville.
Une visite de l’exposition « Sur les traces du Toulouse disparu », à la Bibliothèque d’étude et du Patrimoine de la rue de Périgord à Toulouse, sous la houlette de son commissaire Isabelle Bonafé, constitua une séance supplémentaire sur les Temps modernes. En effet, elle montrait quantité de livres et de documents, pour l’essentiel du XVIe au XXe siècle, imprimés ou inédits, sur lesquels se fonde une grande partie de ce que nous savons sur les monuments détruits de Toulouse.La vigilance,l’information et les compétences de notre Société nourrirent aussi nombre de questions diverses, sur l’actualité de la recherche et la sauvegarde du patrimoine, cette dernière étant aussi l’une des missions assignées par nos fondateurs. Beaucoup de questions sont ainsi parvenues jusqu’à nous, dont nous ne relaterons ici qu’une partie.
Les grands travaux du centre de Toulouse nous ont alerté sur de nombreux points.
L’enfouissement, sous le square De Gaulle, de la base de la tour Charlemagne et de la courtine attenante, alors que l’on avait promis et attendait une meilleure mise en valeur de ces vestiges antiques, nous a surpris. Il est vrai que cette pauvre enceinte romaine de Toulouse n’a jamais eu et n’a toujours pas de chance, de Simon de Montfort à nos jours. Mais ce n’est pas une raison pour continuer à se lamenter, invoquant une sorte de fatalité qu’entraînerait ipso facto la croissance de la ville, et à ne rien faire. Il s’agit là des restes archéologiques d’une œuvre d’architecture admirable, conçue sous le Haut Empire pour ceindre et couronner à la fois Palladia Tolosa, dont on sait aujourd’hui la place éminente dans l’ancienne province de Narbonnaise. Elle est encore présente en plusieurs endroits de notre ville. Pourquoi ne pas concevoir un plan d’ensemble pour sa protection, sa conservation et sa mise en valeur ? D’autres villes en Europe, qui ont connu ou connaissent le même développement que Toulouse, entourent au contraire ces témoins de leurs origines d’une piété filiale. Elles saisissent l’occasion de leur existence pour rendre l’histoire présente dans l’espace public et affirmer leur identité.
Le réaménagement des quais et digues du XVIIIe siècle, avec les places et ports de la Daurade et Saint-Pierre, ne semblent guère tenir compte de toutes les données historiques et archéologiques. Nous l’avons, après en avoir parlé en séance et dans le seul désir d’un vrai dialogue, écrit à l’urbaniste Joan Busquets.
Le traitement des façades anciennes, du XVIIe au XIXe siècle, du côté nord de la place Esquirol, et l’incroyable destinée de l’immeuble du « Père Léon », nous ont été racontés par Guy Ahlsell de Toulza. Les résultats ne sont pas glorieux et c’est finalement le restaurant Mac Donald qui a le mieux respecté sa façade, au milieu des emprises disgracieuses en aluminium faux-bronze et verre de commerces sur la voie publique. Ces derniers se sont empressés d’occuper l’espace où, il y a une vingtaine d’années, il fut refusé de mettre en valeur l’emplacement et les restes du Capitole antique. Un guide de notre ville récemment édité évite de parler de la place Esquirol, ce que l’on comprend vu la façon dont elle est traitée depuis longtemps. Là était pourtant le centre civique et religieux, de la ville antique, umbilicus de l’actuelle : rien ne le signale au passant et au touriste.
Vestiges d’un grand bâtiment wisigothique mis au jour sur le site de l’Ecole d’économie de l’Université de Toulouse-I Capitole, avant destruction. Que dire de la destruction, il y a quelques jours à peine, des vestiges d’un très important monument du Ve siècle dans l’emprise du chantier de construction de l’Ecole d’économie de l’Université de Toulouse-I Capitole ? Alors que l’on en a conservé d’autres parties.
Et que penser des travaux en cours dans l’ensemble conventuel des Jacobins, qui préoccupent beaucoup notre confrère Maurice Prin, dont on sait l’attachement au lieu, auquel il a consacré sa vie. Quelle est leur cohérence avec le grand projet lancé au milieu du XXe siècle par Sylvain Stym-Popper et la création d’un accès du public par la rue Pargaminières, voie que l’on est en train de réaménager fort justement pour les piétons ?Heureusement, il y a aussi des bonnes nouvelles : l’entreprise de fouilles subaquatiques dans le lit de la Garonne, au centre historique de la ville, que nous appelions de nos vœux depuis longtemps, et qui est suivie par l’un de nos confrères, Jean-Michel Lassure ; la création du Service archéologique de Toulouse-Métropole, dont on attend beaucoup, en termes de recherche certes, mais aussi de conservation ; l’aménagement muséographique en cours de la crypte archéologique du Palais de Justice, sur l’emplacement de la porte romaine méridionale de Tolosa et du château Narbonnais retrouvés par notre confrère Jean Catalo et son équipe ;des acquisitions judicieuses faites par les musées, la bibliothèque d’étude et du patrimoine et les archives de la Ville de Toulouse (les papiers de Raymond Limouzin-Lamothe et d’Émile Cartailhac notamment).
Hors de Toulouse, beaucoup d’inquiétudes aussi.
À Saint-Lizier, le maire, Étienne Dedieu, nous rend compte régulièrement des atteintes portées au patrimoine archéologique et monumental de sa ville, particulièrement dans l’ancien palais des évêques, où, malgré tout, on se réjouira de l’ouverture d’un musée départemental longtemps désiré.
À Cordes, plusieurs d’entre nous ont regretté la tournure prise par le projet d’aménagement de la maison Gaugiran.
Au château de Bonrepos-Riquet, Guy Ahlsell de Toulza conteste l’interprétation d’installations hydrauliques que l’on veut préparatoires à la création du Canal de Languedoc.
A Cahors, l’ancienne maison d’arrêt installée dans le palais de Via, du début du XIVe siècle, est à vendre. À Cahors, c’est le sort du palais médiéval de Via qui nous attriste. Ancienne prison, l’Etat vient de le mettre en vente par l’intermédiaire de France-Domaine, et l’on semble ignorer sa valeur historique, archéologique et architecturale, en le laissant dans de bien mauvaises conditions de conservation. Une affaire à suivre de près, en appelant de tous nos vœux une issue favorable pour cet imposant monument que beaucoup aimeraient pouvoir visiter et dont nous serions fiers qu’il retrouve, comme on sait le faire en Italie, toute sa valeur dans notre riche patrimoine méridional.
Au bord du Rhône, l’extension du musée de l’Arles antique, construit par l’architecte Henri Ciriani, porte atteinte à l’œuvre de ce dernier, nous interrogeant sur la place que nous saurons donner aux créations architecturales les plus remarquables du XXe siècle.
Mais la grande et bonne nouvelle de l’année est celle de la découverte du très bel ensemble de peintures murales du XIIe siècle de l’abside de l’église romane d’Ourjout, dans un paysage enchanteur de la vallée du Lez, en Ariège. Plusieurs historiens de l’art catalans se sont précipités pour venir les voir, tant il est vrai qu’il s’agit d’un événement. Notre Société souhaite pour cette église et ses peintures des travaux d’étude, de restauration, conservation et mise en valeur de haut niveau.
Nous nous sommes également réjouis de la pose de la première pierre du musée-forum de l’Aurignacien, à Aurignac bien sûr, et du projet d’un grand musée archéologique à Narbonne, qui soit digne de la capitale de l’ancienne Narbonnaise. Narbonne qui semble enfin, à l’instar de Montpellier, se lancer dans d’ambitieux projets pour ses musées. La mairie va libérer pour cela les locaux qu’elle a jusqu’à ce jour occupés dans le magnifique palais des Archevêques, que notre directeur Henri Pradalier connaît si bien. Notre Société ne peut que soutenir de telles politiques patrimoniales, sachant ce qu’elles apporteront en termes d’urbanisme, de conservation, d’éducation, d’économie touristique et culturelle.Évoquons maintenant plus rapidement la vie quotidienne et administrative de notre Société, non point parce qu’elle occupe moins de temps. Au contraire, il faut souligner l’importance de celui que lui donnent tous les membres du Bureau et associés. Nous leur manifestons toute notre gratitude.
À partir du printemps, malheureusement, Bernadette Suau n’a plus pu, pour des raisons de santé, assumer son rôle à la bibliothèque et aux archives. Ayons une pensée pour elle, en espérant sa guérison et son retour parmi nous. Jacques Surmonne a généreusement accepté de la remplacer, toujours aidé de Georges Cugullière, Michèle Pradalier-Schlumberger et Lisa Barber. D’autres bénévoles se joignent aussi à eux, membres de la Société ou bénévoles extérieurs, tels Simo Lalhou, pour la manutention des livres, et Rédouan El Ouali pour l’informatique. Cette équipe fait beaucoup et régulièrement : tenue de la bibliothèque et des archives, accueil des chercheurs, échanges et envois de publications.
Le secrétaire général, Maurice Scellès, et son adjoint, Patrice Cabau, rédigent toujours avec précision les procès-verbaux de nos séances, publiés dans nos Mémoires. Notre confrère Louis Latour leur prête main forte en se chargeant de l’envoi des convocations aux séances et de la correspondance liée à celles-ci. Maurice Scellès a suivi la convention de numérisation de nos publications, signée avec la Bibliothèque nationale de France. Il a aussi préparé, avec Pierre Garrigou Grandchamp et Anne-Laure Napoléone, les journées d’étude sur la maison médiévale qui auront lieu les 11 et 12 juillet prochains en Aveyron. L’édition de nos Mémoires rattrape son retard puisque ce sont deux volumes qui ont été mis au point : le tome 69 de l’année 2009, que vous pourrez acquérir au fond de cette salle, et le tome 70 de l’année 2010, qui paraîtra en mai prochain. Il s’agit d’un énorme travail, coordonné par Anne-Laure Napoleone et Jean-Luc Boudartchouk, auquel d’autres membres apportent leur aide : Maurice Scellès toujours, dont on sait le travail au service de ces mémoires, mais aussi Henri Pradalier, notre directeur, et tous ceux qui relisent, corrigent, aident d’une façon ou d’une autre.
Et que dire de l’action de notre trésorier, Guy Ahlsell de Toulza ? Nous le félicitons une nouvelle fois pour sa longue vie réussie de grand argentier de notre compagnie, aux prises avec les encaissements de cotisation, parfois douloureux, les non moins sensibles paiements de factures, les dossiers de demande de subvention. Remercions ici la Mairie de Toulouse pour celle qu’elle nous accorde.La vie de notre Société c’est aussi d’apprendre avec tristesse que l’un de ses membres est arrivé au terme de la sienne. Le 22 décembre 2012 nous avons ainsi perdu le professeur Henri Gilles, professeur émérite de l’Université des sciences sociales de Toulouse. Il était l’un de nos plus anciens confrères, ayant été élu membre correspondant en 1965, puis membre titulaire en 1970 : soit quarante-huit années de présence au sein de notre Société.
Sa fidélité à cette dernière fut exemplaire. Tant que sa santé le lui permit, il assista souvent à nos séances et cela était un grand plaisir pour lui. Ses interventions étaient savantes, pertinentes et remarquées. Elles engendraient le plus grand respect pour cet authentique humaniste.
Ancien élève de l’Ecole nationale des chartes, il était un historien rigoureux, qui faisait sans cesse preuve d’une grande finesse d’analyse et d’interprétation. Prenons simplement pour exemple les deux admirables communications faites lors de nos séances sur les maîtres des œuvres royaux de la sénéchaussée de Toulouse au moyen-âge (publication dans M.S.A.M.F., XLII, 1978) et sur les « Études », premières salles de cours médiévales de l’Université de Toulouse. Elles furent , pour ceux qui les ont entendues, un modèle de méthode historique, les certitudes y étant toujours clairement distinguées des hypothèses, ces dernières n’étant énoncées que pour être immédiatement critiquées avec les meilleurs arguments.
Rappelons son incontournable thèse sur Les Etats de Languedoc au XVe siècle, publiée en 1965. Evoquons aussi son attachement aux sessions annuelles d’histoire médiévale du Midi tenues à Fanjeaux, et à la publication des communications correspondantes, dans l’impressionnante collection des Cahiers de Fanjeaux. Il y a lui-même beaucoup écrit, surtout sur l’histoire du droit au Moyen Âge. Il était devenu, dès le début des années soixante-dix du XXe siècle, le président du comité d’organisation et de publication de ces sessions, jusqu’à ce que lui succède, récemment, dans cette fonction notre consœur Michelle Fournié.
Notre émotion fut forte lors de la disparition de ce grand professeur toulousain, dont l’excellence scientifique et académique, l’urbanité, et aussi l’extrême politesse, l’amabilité et les chaleureux sentiments, souvent cachés derrière une parfaite discrétion, nous ont toujours touché.La vie académique cependant continue et le renouvellement s’est poursuivi, avec l’élection de neuf membres correspondants : mesdames Diane Joy, Inocencia Queixalós, Monique Gilles, Geneviève Bessis, Sandrine Victor, Émilie Nadal ; messieurs Nicolas Bru, Nicolas Buchaniec et Luis González Fernández.
Notons qu’une cotisation spéciale réduite à l’intention des étudiants a été décidée pour favoriser leur entrée parmi nous. Notre Société ne saurait en effet poursuivre ses missions sans que les jeunes générations formées dans les domaines indiqués au début de cette allocution ne l’intègrent. C’est l’un de nos soucis, avec, aussi, la volonté de tourner la page des siècles lorsque ceux-ci s’achèvent et entrent dans l’histoire. C’est pourquoi il a été décidé, le 6 novembre 2012, de recevoir dans le cadre du concours organisé chaque année des travaux portant sur l’archéologie et l’art du XXe siècle, à la seule condition que les artistes et créateurs en question soient décédés. Au concours 2013 ont été présentés de nombreux travaux. Même s’il en est parfois qui n’entrent pas dans notre champ de compétence, ils ont le mérite de nous faire connaître certains aspects méconnus du patrimoine de notre région. Cette année, c’est le cas du Musée de zoologie de Saint-Paul-sur-Save, créé en 1921 par le zoologue, médecin et explorateur toulousain Jean Thomas (1890-1932). Son fils, le docteur Pierre Thomas, qui est bien connu à Toulouse et veille sur une belle demeure où sont conservés d’admirables éléments architecturaux de l’ancien Hôtel de Pins, un chef-d’œuvre de la Renaissance, et sa petite-fille Ludivine Thomas-Gasc, qui a réalisé un album sur ce musée, veulent le consolider et le promouvoir, notamment à des fins éducatives. Notre Société leur apporte tous ses encouragements. Nous sommes vraiment très heureux, cette année, du succès de ce concours. Ainsi, retrouve-t-il pleinement sa vocation initiale : faire converger vers notre Société des travaux inédits de notre spécialité portant sur l’ensemble du Midi de la France. Et contribue-t-il à défendre nos disciplines et à les maintenir dans un monde qui génère tant de nouvelles activités.Avant de céder la parole à notre confrère Louis Peyrusse pour le rapport sur ce concours, permettez-moi de vous remercier de votre bienveillante attention.
Rapport sur le concours :
Le prix Gustave-de-Clausade est décerné à Monsieur Raphaël Neuville.
Le prix de Champreux est décerné à Madame Marie-Pierre Bonetti.
Une médaille d’argent est décernée à Madame Estelle Martinazzo, à Madame Lise Aurière et à Madame Léa Gerardin.
| Conférence de Pierre Garrigou Granchamp : Habiter au Moyen Âge : maisons, hôtels, palais du Midi de la France
Ci-contre : Détail des peintures de la salle de la tour d’Arlet, à Caussade. |
Séance du 26 mars 2013
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Séance du 2 avril 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Boudartchouk, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Nadal, Vallée-Roche, MM. Buchaniec, Mattalia, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Bessis, Lamazou-Duplan, Victor, Queixalós, MM. Chabbert, Garland.
Le Président annonce qu’en raison d’un empêchement, notre confrère Christophe Balagna a dû renoncer à présenter ce soir ses Nouvelles précisions sur la construction de l’église de Poucharramet (Haute-Garonne).
Le Secrétaire général et le Secrétaire adjoint n’ayant pu achever les procès-verbaux des séances précédentes, le Président passe au point suivant de l’ordre du jour et rend compte de la correspondance.
Avec une nouvelle lettre, le Directeur de la Fondation Bemberg exprime ses regrets pour les difficultés rencontrées pour les ouvertures des portes lors de notre dernière séance, dues à une visite privée et à un mauvais passage de relais entre les gardiens. Le Président a cependant noté une fois de plus que la porte de notre salle des séances n’était pas ouverte à 17 h : elle ne l’a été qu’après qu’il est intervenu. C’est irritant, même s’il est clair que le problème tient à un vice de départ avec le choix architectural qui a été fait en refusant le sas fixe qui était proposé.
La Fondation Bemberg a par ailleurs laissé un message téléphonique au Président, demandant si notre Société accepterait de lui louer sa salle des séances. Guy Ahlsell de Toulza explique que la Fondation se trouve dans une logique de financiarisation, en louant ses espaces ou en organisant des réceptions et en suscitant des demandes qu’il lui faut satisfaire. C’est ainsi qu’elle loue déjà la salle Clémence-Isaure à l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat. Henri Pradalier et Maurice Scellès se déclarent tout à fait opposés à la location de notre salle des séances, qui est notre lieu de travail et un espace privé. Il faut sans doute rappeler que la justification sociale de notre Société tient au travail qu’elle accomplit et qu’elle met à la disposition du public.
Par ailleurs nous n’avons toujours pas reçu de réponse de la D.R.A.C. à nos courriers.
La parole est à Marie Vallée-Roche pour une communication sur Les graffiti carolingiens de la table d’autel de Minerve (Hérault).
Le Président félicite Marie Vallée-Roche et la remercie de cet exposé tout à fait passionnant, qui a le mérite supplémentaire d’être objectif et très clair alors que le sujet fait le plus souvent l’objet d’approches assez confuses. Les monuments présentés sont très émouvants, faisant apparaître des personnages importants, dont nombre sont d’origine wisigothe. Le Président remercie encore Marie Vallée-Roche d’avoir soulevé la question de la sauvegarde de ces monuments qui sont aussi des documents précieux : on se félicite de la mesure de protection qui a été prise à Minerve.
Maurice Scellès demande si la présence des graffiti, réalisés par les personnes elles-mêmes, tient à leur fonction ou bien s’il s’agit de sacraliser les signatures apposées sur les actes. Marie Vallée-Roche répond que dans le cadre de la procédure wisigothique, le graffiti sur l’autel sacralise le témoignage, le recours à l’intercesseur renforçant le lien entre les hommes. Par la suite, l’inscription des noms sur l’autel ne répond plus forcément à une pratique juridique. Et ailleurs les pratiques sont autres : à Valognes, dans le Cotentin, les noms d’un évêque et d’un prêtre correspondent à la consécration de l’autel.
Henri Pradalier ayant évoqué les graffitis de l’autel de Saint-Michel de Cuxa, Marie Vallée-Roche ajoute que l’on trouve aussi des noms de femmes, ce qui serait contraire aux textes théologiques mais pas à une procédure publique. Henri Pradalier le confirme avec un exemple plus tardif : à Sant Pere de Burgal, la figure de la comtesse de Pallars est peinte dans l’abside en raison de sa fonction civile. Pour en revenir à la chapelle de Pomers, il est vraisemblable que la table d’autel ait été retrouvée par le moine.
Comme Henri Pradalier note que le maintien des pratiques juridiques wisigothiques s’explique par le fait que Narbonne n’est prise qu’en 751, Marie Vallée-Roche y ajoute l’arrivée de réfugiés arrivant de Catalogne.
Répondant à une question d’Oliver Testard, elle précise que les graffitis mentionnent les noms des boni homines, des missi et des témoins de l’accusation.
Comme Henri Pradalier se demande si le Rusticus de la table d’autel est bien l’évêque du Ve siècle, car la table pourrait être plutôt du IXe siècle, Marie Vallée-Roche précise qu’il n’y a pas d’autre évêque de ce nom à Narbonne. Pour Daniel Cazes, l’inscription paraît bien être du Ve siècle. Marie Vallée-Roche rappelle que l’on assiste avec Charles Le Chauve à une tentative de réorganisation, et que c’est à cette époque qu’apparaît en Aquitaine le terme de ministerium, qui pourrait correspondre à une reprise en main du territoire. On note aussi la présence d’un ou plusieurs Salomon, des Francs originaires de Bourgogne. Patrice Cabau y ajoute la présence d’un Salomon évêque de Toulouse au milieu du IXe siècle. Marie Vallée-Roche dit que l’on connaît plusieurs évêques de ce nom à cette époque, mais s’agit-il du même ? Il s’agit en tout cas de personnages très proches du pouvoir carolingien.
Émilie Nadal demande s’il faut penser que des signatures étaient apposées sur les autels sous forme de graffitis à chaque grand procès. Marie Vallée-Roche rappelle que d’une part le plaid a été conservé parce qu’il s’agit d’une grande abbaye, et que d’autre part l’on a affaire à une procédure wisigothique, qui n’est plus appliquée 50 ans plus tard, même si l’on continue à faire allusion à la loi wisigothe.
Au titre des questions diverses, Marie Vallée-Roche présente l’Association des Journalistes du Patrimoine (A.J.P.), en s’appuyant en particulier sur le site Internet de l’association. Elle souligne que l’association se propose d’être une boîte aux lettres entre les personnes et les associations informées et les journalistes susceptibles de se saisir de l’information et de la porter à la connaissance du public. Elle conclut sa présentation en proposant que notre Société adhère à l’A.J.P.
Le Président pense que le sujet mérite discussion, sur l’intérêt d’adhérer mais surtout sur les moyens de défendre le patrimoine en faisant connaître les dossiers que nous instruisons.
Maurice Scellès dit avoir consulté le site de l’A.J.P. et avoir été un peu déçu par la présentation des actions menées par l’association. En outre, un article sur la politique du patrimoine en Espagne lui a paru bien inconsistant. Il pense cependant que nous ne pouvons pas ne pas adhérer à l’A.J.P, alors que cela fait des années que nous cherchons, sans succès, le moyen d’alerter l’opinion sur les dossiers que nous défendons. Il sera toujours possible de ne pas renouveler notre adhésion, s’il s’avérait que le relais n’était pas efficace.
Le Président considère que pour une part très importante, la défense du patrimoine impose des dossiers très solides. L’information constituée par les journalistes locaux est à l’évidence insuffisante, or nous sommes à même de fournir des informations plus consistantes et de qualité. Quitterie Cazes dit qu’il serait intéressant de commencer avec le palais de Via à Cahors.
Guy Ahlsell de Toulza rappelle qu’il y avait autrefois des associations, comme l’association de sauvegarde des paysages, et des revues, comme la revue Sites et monuments, qui étaient très actifs. L’association Momus et sa revue pourraient aussi être un relais. Pour Maurice Scellès, Momus n’a plus grand-chose à voir aujourd’hui avec ce qu’elle était il y a dix ans de cela.
Le Président pense qu’il faut faire appel à tous si l’on veut défendre le patrimoine.
Comme Émilie Nadal demande si l’on a pensé à mettre les dossiers en ligne sur Internet, Maurice Scellès rappelle les conditions dans lesquelles notre site Internet a été créé, et qui sont encore celles de son fonctionnement actuel : une seule personne s’en occupe… et les bonnes volontés seraient les bienvenues. Puis il rappelle qu’une refonte est prévue dans le courant de l’année 2013, avec des évolutions techniques qui permettront peut-être d’autres modes de fonctionnement. Il faudra en reparler.
Patrice Cabau donne ensuite des informations sur l’étude qu’il mène sur les écus armoriés de la tour médiévale de l’abbaye de Vielmur-sur-Agout, dans le Tarn, en relation avec Mélanie Chaillou, de la société Hadès, et Laurent Macé. Après avoir rappelé les dispositions principales du bâtiment, il s’attache plus particulièrement aux nombreuses questions soulevées par la frise d’écus de la salle haute. Une discussion s’ensuit dans laquelle intervient Guy Ahlsell de Toulza. Quitterie Cazes propose de consulter le travail de Térence Le Deschault de Monredon sur le décor civil du XIIe au XIVe siècle. Le Président demande aux intervenants de bien vouloir nous tenir au courant de l’évolution de leurs réflexions, en accompagnant leur présentation d’images qui nous ont fait défaut cette fois-ci.
Avant de clore la séance, le Président renouvelle son appel à communication pour la prochaine année académique, en demandant aux membres de lui faire parvenir leurs propositions sans tarder.
Séance du 16 avril 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Barber, Cazes, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, le général Garrigou Granchamp, MM. Bordes, Le Pottier, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Heng, Jaoul, Nadal, MM. González Fernández, Rebière, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Andrieu, Balty, Cassagnes-Brouquet, Lamazou-Duplan, Queixalòs, Victor, MM. Balty, Garland.
Le Président ouvre la séance à 17h00 et commence par le dépouillement de la correspondance manuscrite.
La Société a reçu :
– un appel à communication pour le 61e congrès de la Fédération historique de Midi-Pyrénées, organisé sous la responsabilité de la Société du Patrimoine du Muretain et de la Société des Études du Comminges, qui se tiendra à Muret (Haute-Garonne) les 13, 14 et 15 septembre 2013 sur le thème « Le temps de la bataille de Muret (12 septembre 1213) » ;
– une invitation de M. Jacques Bascou, maire de Narbonne, qui nous annonce l’inauguration des salles rénovées du Musée d’Art et d’Histoire, dans l’ancien Palais des Archevêques de Narbonne ;
– un courrier de la municipalité de Monpazier (Dordogne), qui souhaiterait diffuser les publications de la S.A.M.F.
Le Président relève que la lettre qu’il a envoyée au Directeur régional des Affaires culturelles au sujet des questions patrimoniales qui nous préoccupent dans la Région Midi-Pyrénées demeure toujours sans réponse.
Le Président présente ensuite plusieurs ouvrages qui viennent d’enrichir notre bibliothèque et qui sont dus à la générosité de nos confrères.
De la part de Pierre Garrigou Grandchamp :
– Emmanuel Moureau, Un marchand au Moyen Âge. Regards sur la vie quotidienne au XIVe siècle : les comptes de Barthélemy Bonis (1345-1365), La Louve éditions, 2012, 175 p. ;
– Guy Meirion-Jones (dir.), La demeure seigneuriale dans l’espace Plantagenêt. Salles, chambres et tours, Presses universitaires de Rennes, 2013, 485 p. ;
De la part de Luís González Fernández :
– Michèle Éclache, Demeures toulousaines du XVIIe siècle : sources d’archives (1600-1630 environ), collection « Méridiennes », Université de Toulouse-Le Mirail, 2006, 338 p. ;
– Habitats et peuplement dans les Pyrénées au Moyen Âge et à l’époque moderne, textes recueillis et édités par Jean-Pierre Barraqué et Philippe Sénac, travaux du groupe RESOPYR III, collection « Méridiennes », Université de Toulouse-Le Mirail, 2009, 382 p. ;
– Philippe Dillmann, Liliane Pérez, Catherine Verna, L’acier en Europe avant Bessemer, série « Histoire et techniques », collection « Méridiennes », CNRS – Université de Toulouse-Le Mirail, 2011, 530 p.
Daniel Cazes remercie chaleureusement les donateurs.
La parole est à Jean-Louis Rebière pour une communication intitulée Le Parlement de Toulouse aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Le Président remercie notre confrère de nous avoir guidé à travers le dédale de l’ancien Parlement de Toulouse, composé de bâtiments de toutes les époques, continuellements détruits et reconstruits : dans un tel contexte, la sauvegarde de la Grand-Chambre paraît tenir du miracle. Daniel Cazes déclare avoir été impressionné par la coupe de l’élévation de la tour de l’Aigle qui apparaît sur le plan dressé par Subsol en 1811 – document qu’il ne connaissait pas – : à la base de cette tour de l’enceinte romaine se trouvent deux salles superposées à coupoles de brique, identiques à celles qui existent toujours dans la tour voisine des Hauts-Murats. M. Cazes demande à Jean-louis Rebière s’il a trouvé des indications concernant l’arc de triomphe du Château-Narbonnais, arc fantôme dont les archéologues n’ont lors de leurs fouilles trouvé aucune trace. M. Rebière répond qu’il n’a pas eu plus de chance. Le Président fait appel aux questions de la Compagnie.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si les escaliers menant au baldaquin étaient couverts. Jean-Louis Rebière dit avoir envisagé cette hypothèse, qu’il a abandonnée après diverses combinaisons concernant les colonnes figurées sur les plans : « Ça ne marche pas ! ». Interrogé au sujet des nombreuses latrines, M. Rebière évoque l’existence de fosses et les mouvements des charettes emportant les vidanges. Lisa Barber s’intéresse au mobilier des Chambres ; celui-ci consistait en sièges, bancs, dossiers, marchepieds, tables, tapisseries (défraîchies), draps (bleus)… Louis Peyrusse s’enquiert de la restauration prévue pour les locaux anciens du Palais de Justice, dont l’état actuel est celui du XIXe siècle. Jean-Louis Rebière déclare qu’un retour à un état médiéval ou classique étant inenvisageable – les vestiges sont trop ténus, et la Grand-Chambre est protégée au titre des Monuments historiques depuis le 8 novembre 1999 –, c’est le parti d’une rénovation du décor Deuxième République-Second Empire qui a été retenu.
Le Secrétaire général, enfin parvenu jusqu’à nous, peut donner lecture du procès-verbal de la séance du 12 mars 2013, qui est adopté à la suite de quelques propositions d’amendements.
Au titre des questions diverses, deux de nos confrères font une présentation rapide de peintures murales du Moyen Âge :
– Patrice Cabau, Le décor peint de la salle haute de la tour dite des Lautrec à Vielmur (Tarn) : l’état des peintures justifie une étude préalable à une intervention prochaine ;
– Henri Pradalier, Le décor peint du chœur de l’église d’Ourjout (Ariège) : la découverte de ces peintures est un événement pour l’Histoire de l’art de nos régions ; plutôt que d’« art catalan », il vaudra désormais mieux parler de « style pyrénéen ».
Séance du 7 mai 2013
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Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Testard, membres titulaires ; Mmes de Barrau, Bessis, MM. Péligry, Pousthomis, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Barber, Cassagnes-Brouquet, Lamazou-Duplan, Victor, Queixalós, MM. Chabbert, Garrigou Grandchamp, Garland, Tollon.
Le Président annonce à la Compagnie le décès d’André Hermet :
C’est avec tristesse que nous avons appris le décès récent de l’un de nos membres, André Hermet, dont les obsèques ont eu lieu le 23 avril dernier à Toulouse. La nouvelle de sa mort nous a été transmise par Guy Ahlsell de Toulza, qui la tenait lui-même de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, dont André Hermet était aussi membre. De notre Société il avait été élu membre correspondant en 1988, était devenu membre titulaire en 1994, puis membre libre à partir de 2005.
Nous n’avions plus le plaisir de le compter parmi nous lors de nos séances depuis assez longtemps, son âge, m’avait-il dit, l’empêchant d’y venir aussi fréquemment qu’il l’avait fait précédemment. Mais il ne manquait aucune de nos séances publiques, sauf la dernière, où son absence m’avait étonné, et restait un très fidèle lecteur de nos Mémoires, dont il félicitait souvent la Société d’en maintenir et améliorer sans cesse l’édition. Il faut dire qu’il était profondément attaché à l’histoire de Toulouse et de notre région, et particulièrement à tout ce qui se publiait les concernant. Chaque sortie de presse de l’un de nos Mémoires était pour lui un événement dont il se réjouissait. Bibliophile averti, il avait réuni dans sa bibliothèque tout ce qu’il avait pu trouver de livres, revues, tirés-à-part, journaux, prospectus concernant Toulouse, sans la moindre limitation des divers champs thématiques. Tout l’intéressait de la vie de la société toulousaine, son ancienne profession de statisticien à l’INSEE lui ayant appris l’alchimie complexe de notre organisation sociale et le poids de chacun des paramètres la régissant. Ce métier lui avait donné le sens de la précision et de la rigueur, celles des chiffres, mais sans lui enlever la sensibilité à ce qui fait la richesse, la créativité, l’originalité parfois, et la chaleur de la vie de ses concitoyens. Ainsi avait-il pu rédiger, avec la collaboration de Marie-Louise Prévot et une préface de Pierre Salies, une Bibliographie de l’histoire de Toulouse en plusieurs tomes, publiés en 1989, qui reste un instrument de travail irremplaçable.
Il aimait aussi écrire cette histoire de Toulouse, surtout celle, plus biographique et qui était son domaine préféré, des Toulousains ou personnages importants ayant marqué leur séjour ou passage dans la capitale du Languedoc. Ces écrits, extrêmement nombreux, on les trouvera surtout dans L’Auta, bulletin mensuel de l’Association des Toulousains de Toulouse et Amis du Vieux-Toulouse dont il fut longtemps le vice-président, directeur de la publication, avant d’en devenir, jusqu’à sa mort, vice-président honoraire.
André Hermet nous laisse le souvenir d’un homme qui a pleinement vécu sa passion du livre, de l’histoire et de notre ville. Discret, affable, aimant la conversation savante, fidèle aux institutions auxquelles il a généreusement donné beaucoup son temps et de son savoir, il a disparu derrière sa silhouette paisible et familière. Mais, pour tous ceux qui l’ont apprécié, elle continuera à se profiler sur les murs tant aimés des plus anciens quartiers de Toulouse.
Pour remercier André Hermet de son authentique humanisme et en sa mémoire, le Président invite l’assemblée à se lever et observer un temps de silence.
Le Secrétaire général et le Secrétaire-adjoint donnent lecture des procès-verbaux des séances des 2 et 16 avril, qui sont adoptés après quelques corrections.
Le Président rend compte de la correspondance.
Notre consœur Agnès Marin, trop éloignée de Toulouse depuis plusieurs années pour pouvoir participer à nos travaux, nous demande d’accepter sa démission. Nous prenons acte de sa décision, que nous comprenons, en la regrettant. Il arrive assez souvent que des membres jeunes démissionnent, ce qui est inquiétant pour l’avenir de notre Société. Henri Pradalier veut être rassurant en rappelant que certains reviennent parfois quelques années plus tard.
Le Président de l’association des Amis du Vieux Caussade et de son Pays, M. Christophe Sahuc, nous communique copie du courrier adressé au préfet de Région pour demander que soit réalisées des fouilles archéologiques sur le site du château de Caussade. Pour compléter la présentation, Maurice Scellès fait un bref rappel de l’action de l’association et des étapes successives de la remise au jour des vestiges du château.
Louis Peyrusse pense que notre Société doit appuyer la demande de l’association des Amis du Vieux Caussade. Bernard Pousthomis ayant évoqué l’hypothèse de micro-pieux, Maurice Scellès rappelle que les forages et leur espacement équivalent de fait à une destruction du site.
Le Président se déclare toujours sensible à l’étude et l’aménagement d’un site archéologique, que l’on soit au centre de Toulouse ou à Caussade. Nous avons en France des institutions chargées de l’étude et de la conservation des sites historiques et archéologiques, mais on se demande pourquoi ? On s’attendrait à ce qu’elles se prononcent sur le fait que l’on est en présence ou non d’un tel lieu. Bernard Pousthomis y voit la conséquence de la segmentation des services, avec d’un côté la conservation des Monuments historiques, de l’autre le service de l’archéologie.
Daniel Cazes rappelle en outre que l’argument du monument incomplet ne peut être invoqué : si l’on avait considéré à Rome que les morceaux du forum n’avaient pas d’intérêt, le site serait aujourd’hui entièrement bâti.
Ayant recueilli l’avis de la Compagnie, le Président annonce qu’il enverra une lettre de soutien à la demande présentée par l’association des Amis du Vieux Caussade.
Le Président donne ensuite lecture du courrier de son président, par lequel la Société des Lettres de l’Aveyron nous annonce son retrait de l’organisation des journées d’études sur la maison médiévale en Aveyron. Il dit avoir été très surpris par le ton de la lettre.
Après avoir rappelé que ces journées font suite à celles organisées par notre Société à Toulouse en 2001 et à Cahors en 2006, Maurice Scellès dit que c’est tout naturellement que des contacts ont été pris avec la Société des Lettres de l’Aveyron en 2011, alors que le projet se mettait en place. Il est vite apparu que celle-ci avait une conception assez différente du projet, envisageant un évènement avec un certain éclat plutôt que de simples journées de travail, et que son mode de fonctionnement était complexe : ces difficultés pouvaient être cependant surmontées. À partir du mois de novembre, les relations sont devenues plus délicates et, surtout, nous n’avons obtenu aucune confirmation des subventions demandées.
Le Président confirme que l’on en était encore là fin février, malgré une rencontre au début du mois. Afin de ne pas compromettre la tenue de ces journées, il a donc été décidé d’établir un budget à la baisse et un programme réduit à deux jours, et d’en informer la S.L.A.
L’ordre du jour appelle l’élection de membres titulaires. Sur proposition du Bureau, Sophie Cassagnes-Brouquet, Jean-Marc Stouffs et Jean-Charles Balty sont élus membres titulaires.
La parole est à Caroline de Barrau et Bernard Pousthomis pour une communication intitulée : Saint-Salvi d’Albi : découverte et étude d’une statue médiévale.
Le Président remercie Caroline de Barrau et Bernard Pousthomis, sans oublier Françoise Tollon, pour cet exposé très complet qui nous apprend beaucoup sur cette œuvre. Cette découverte lui a rappelé celle faite en 1977 au Musée des Augustins, qui avait soulevé les mêmes questions quant à l’enfouissement : après les guerres de Religion ? ou bien au XIXe siècle ? Les statues mutilées retrouvées aux Augustins avaient été protégées par du sable, sans doute parce que l’on avait considéré qu’elles avaient un caractère sacré, alors que dans le cas de Saint-Salvi, on a l’impression que la statue a été abandonnée. Bernard Pousthomis en convient tout en remarquant qu’elle n’a cependant pas été jetée.
En remarquant que la statue de Saint-Salvi n’est pas à proprement parler une ronde-bosse, puisque son revers est plat, le Président note que cette économie de moyens s’accorde avec la médiocre qualité de la pierre et une qualité artistique très moyenne.
Quant au choix du maintien de la statue sur place, il avoue ne pas en avoir bien compris les raisons : une fois dégagée de la maçonnerie, la statue se trouve soumise aux variations d’atmosphère de la chapelle, ce qui peut poser des problèmes. Bernard Pousthomis indique qu’elle se trouve dans une chapelle, en milieu clos et dans un coffre hermétique. Françoise Tollon elle-même a préféré qu’elle soit maintenue sur place.
Michèle Pradalier juge la statue très intéressante, mais difficile à situer. Elle y voit l’expression d’un art très local, pour lequel il n’est pas question de faire appel à des comparaisons avec des œuvres parisiennes. Elle y voit une œuvre du début du XIVe siècle, qui conserve des traits de l’art du siècle précédent : les larges ondulations de la chevelure, les plis en becs ou les plis qui ne sont pas encore véritablement en cornet. Quant à l’étroitesse des épaules, elle est propre à la sculpture languedocienne. Pour Daniel Cazes et Henri Pradalier, les comparaisons stylistiques sont en effet difficiles quand il s’agit d’œuvre qui ne sont pas d’une grande qualité artistique.
Louis Peyrusse rappelle que l’on a d’autres exemples de statues enfouies de la sorte. Il pense que la statue de Saint-Salvi a fait l’objet d’un « enterrement liturgique », ce qui exclurait qu’il s’agisse d’une conséquence de la Révolution. Les cassures montrent qu’elle est tombée, mais des révolutionnaires auraient frappé la couronne ou auraient décapité la statue.
Henri Pradalier demande de quand date l’arc surbaissé en brique de la niche. Bernard Pousthomis le pense du XVe siècle, quand on a réduit l’armoire. Quitterie Cazes fait remarquer que l’arrière-voussure ne serait pas visible s’il s’agissait d’un placard. La discussion se poursuit avec des interventions d’Henri Pradalier, d’Anne-Laure Napoléone et d’Oliver Testard pour savoir s’il ne s’agissait pas plutôt d’un passage entre l’absidiole sud et le chœur, ou d’une porte. Bernard Pousthomis dit qu’il réexaminera la question.
Jean Le Pottier signale qu’il y avait près de Saint-Salvi une église Sainte-Martiane, qui a été démolie. En retenant comme hypothèse possible que la statue puisse en provenir, Caroline de Barrau indique que nous n’avons cependant aucune information sur son mobilier.
Quitterie Cazes ayant attiré son attention sur le petit col du manteau de la statue, Caroline de Barrau dit ne pas avoir d’autre exemple qui lui vienne immédiatement à l’esprit et qu’elle fera la recherche.
Au titre des questions diverses, le Président évoque la vente Szapiro, dont Émilie Nadal lui a communiqué le catalogue. Il s’agit d’une collection extraordinaire, parmi laquelle il a repéré le lot 332 correspondant à un rapport établi par un membre de l’Académie des Sciences, Bernard-Antoine Tajan, au moment des découvertes de Du Mège à Martres-Tolosane ; la mise à prix est à 70 €. Jean Le Pottier annonce qu’il assistera à la vente et Guy Ahlsell de Toulza qu’il interviendra par téléphone.
Séance du 21 mai 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Haruna-Czaplicki, Fournié, Jaoul, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Boudartchouk, Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bossoutrot, Fraïsse, Nadal, MM. Corrochano, Garland, Macé, Rebière, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Barber, Charrier, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Chabbert, Garrigou Grandchamp, Georges, González Fernández, Péligry, Séraphin, Tollon.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 7 mai dernier, qui est adopté après deux précisions demandées par Henri Pradalier.
En marge du procès-verbal François Bordes annonce que les Archives municipales ont racheté l’ensemble de la bibliothèque d’André Hermet, qui comprend quelques unica.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 26 mars 2013. Concernant les rapports entre l’INRAP et le SRA, Quitterie Cazes pense que notre Société ne peut les présenter de cette manière. Pour Jean-Luc Boudartchouk, il faut considérer que les deux institutions ont parfois de vigoureuses discussions. Une brève discussion s’ensuit et le procès-verbal est adopté à l’unanimité.
Le Président présente à la Compagnie les nouveaux dons faits à notre Société par Maurice Prin, dans le souci de préserver des documents précieux.
Ce sont tout d’abord le dessin de l’aile neuve, construite en 1575, de l’ancien Capitole de Toulouse, telle qu’elle était après 1671 (dessin sur papier, encore et lavis ; H. 23,1 cm, L. 64,1 cm ; XVIIe ou XVIIIe siècle), et un projet d’aménagement et de décor pour le Capitole de Toulouse, par Pascal Virebent (dessin sur papier, encre et lavis). Les deux dessins ont été achetés au marché aux puces, l’« Inquet » de Saint-Sernin, dans la seconde moitié du XXe siècle.
Ce sont encore deux relevés de grande taille, réalisés et mis en couleur par Maurice Prin, de peintures de l’église des Augustins, alors qu’elles étaient en meilleur état qu’aujourd’hui. Michèle Pradalier-Schlumberger signale que Françoise Garelli, auteur d’un mémoire de maîtrise dans les années 1990, a réalisé une couverture photographique très complète de ces peintures grâce aux services techniques de la Ville de Toulouse. Jean-Marc Stouffs, qui en a lui-même fait des photographies l’an dernier, indique qu’elles ont été restaurées et que l’une d’entre elles est dans un état catastrophique.
Il faut aussi signaler que Jacques Surmonne a acquis pour notre bibliothèque l’ouvrage réalisé par les étudiants du Master 2 de Cahors, La crosse et l’autel. Huit siècles d’art sacré à la cathédrale de Cahors.
Le Président rend compte de sa rencontre avec M. Pierre Thomas, qui souhaiterait publier la correspondance de Jean Thomas, quand celui-ci se trouvait en mission scientifique en Afrique équatoriale dans les années 1920, correspondance qui présente, à n’en pas douter, un grand intérêt. C’est un domaine qui relèverait plutôt des compétences de l’Académie des Sciences ou du Museum. Henri Pradalier croit savoir que l’Université de Toulouse-Le Mirail développe des projets de recherche sur l’Afrique et Quitterie Cazes ajoute que l’U.M.R. 5608 TRACES comprend en effet un pôle « Afrique » assez important.
La correspondance comprend une lettre de Jean-Charles Balty, qui remercie notre Compagnie de l’avoir élu membre titulaire.
La Région Languedoc-Roussillon lance une large concertation avec appel à contribution pour l’élaboration du futur Schéma Régional de Développement économique.
Nous avons également reçu une lettre du Président de l’association du Centre européen de Conques, dont Daniel Cazes donne lecture. Les propos sont identiques à ceux de la Société des Lettres de l’Aveyron, et les réponses à faire les mêmes. Maurice Scellès pense que cela ne gênera pas beaucoup l’organisation des journées d’étude en Aveyron, mais considère cependant que tout cela est bien dommage.
Le Président indique par ailleurs qu’il à répondu au président des Amis du Vieux Caussade pour lui exprimer le soutien de notre Société en faveur de fouilles archéologiques sur le site du château.
Mais nous n’avons toujours pas de réponses aux courriers que nous avons adressés à la D.R.A.C.
La parole est à Quitterie Cazes et Chantal Fraïsse pour une communication consacrée aux Données archéologiques sur l’abbaye de Moissac (Xe-XIe siècles). Nous devons excuser l’absence de notre confrère Patrice Georges, réquisitionné par la gendarmerie, et celle de Mme Heike Hansen, retenue à Aix-en-Provence.
Le Président remercie les deux oratrices pour cette communication qui fait avancer les connaissances sur cette très grande abbaye et il dit avoir été très impressionné par l’importance du travail réalisé. Une première question lui vient : pourquoi installer une abbaye dans un marécage ? Henri Pradalier demande à son tour s’il faut imaginer un glissement de terrain important sous lequel pourraient se trouver des vestiges antérieurs à l’installation de l’abbaye. Quitterie Cazes et Jean-Luc Boudartchouk précisent que la vase de marais atteint déjà un niveau très profond.
Henri Pradalier relève que les différentes fouilles ont eu lieu surtout en périphérie du site même de l’abbaye, excepté celles faites dans l’abside. Quitterie Cazes répond qu’il reste à reprendre l’analyse des fouilles de l’église, mais qu’il ne semble pas a priori qu’il faille en attendre des vestiges très anciens. Pour Henri Pradalier, il faut toujours être attentif aux traditions qui peuvent contenir une part de vérité. Puis il s’intéresse à l’arc du mur est du cloître, qui correspondrait à un axe de circulation passant par le lavabo. Pour Quitterie Cazes, cette porte correspond à un mur antérieur au cloître : le bâtiment aurait été détruit par Ansquitil pour établir la galerie, mais ce n’est là qu’une hypothèse.
Henri Pradalier demande si la chapelle dont on vient de fouiller les vestiges faisait le lien entre la salle capitulaire et l’infirmerie. Chantal Fraïsse rappelle que c’est une disposition qui existe dans les monastères clunisiens, peut-être liée à la liturgie des morts. Quitterie Cazes fait remarquer qu’à Cluny, l’abbé Odilon a été enterré dans la chapelle : peut-on imaginer que ce soit aussi le cas d’Ansquitil à Moissac ?
Le Président serait quant à lui plus prudent quant à une assimilation trop rapide entre banquette et chapitre, alors qu’une banquette est aussi un aménagement lié à l’infirmerie.
Maurice Scellès note par ailleurs que la banquette est en brique alors que les murs de la chapelle sont construits en pierre de taille, ce qui pourrait indiquer qu’ils ne sont pas contemporains. Quitterie Cazes objecte que le premier niveau de sol vient buter contre la banquette.
Le Président demandant quelle sera la suite des événements, Jean-Luc Boudartchouk indique que le site a été protégé dans l’attente d’une décision. Maurice Scellès voudrait savoir ce qu’il faut penser des rumeurs selon lesquelles la mairie de Moissac aurait fait le choix de recouvrir les vestiges. Chantal Fraïsse assure que le maire de Moissac se félicite de cette découverte. Quitterie Cazes rappelle que les fouilles ont été réalisées en raison d’un projet de requalification de l’espace, et il est pour elle évident qu’il faut conserver les vestiges de la chapelle dans un aménagement archéologique de l’ensemble. Notre Société pourrait peut-être écrire dans ce sens au Directeur régional des Affaires culturelles.
En réponse à une question d’Henri Pradalier, Jean-Luc Boudartchouk confirme que la plaque de marbre retrouvée dans la chapelle a été déposée. Puis le Président demande si l’on a connaissance d’un « cloître » de l’infirmerie. Chantal Fraïsse répond que les textes évoquent « des cloîtres », sans que l’on puisse faire la part entre une aire entourée de galeries et de simples galeries reliant les bâtiments.
Jean-Marc Stouffs voudrait encore savoir ce que sont ces nombreux fragments bleu-vert retrouvés lors des fouilles. Quitterie Cazes n’en sait rien de plus pour le moment.
Au titre des questions diverses, le Président signale un article paru dans La Dépêche du Midi, qui annonce un grand plan pour la cathédrale de Toulouse, pour les années 2014-2020. Six années paraissent bien peu quand on pense à la durée des chantiers des Monuments historiques et alors qu’il y a tant à faire, aussi bien sur l’édifice lui-même que sur le mobilier.
Séance du 4 juin 2013
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Bagnéris, Barber, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, MM. Boudartchouk, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Heng, Jiménez, Queixalós, MM. Buchaniec, Chabbert, González Fernández, Péligry, membres correspondants.
Excusés : Mme Suau, Bibliothécaire-Archiviste, M. Latour, Bibliothécaire-Archiviste adjoint, Mmes Balty, Nadal, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Garland.
Le Président ouvre à 17h00 la dernière séance de l’année académique 2012-2013.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 21 mai, qui est adopté, avec une addition demandée par Henri Pradalier : le jour des morts est une invention clunisienne.
Daniel Cazes rend compte du courrier reçu par la Société. La correspondance manuscrite comprend notamment :
– la réponse faite le 31 mai par M. Philippe Cros à la lettre qui lui avait été adressée le 22 au sujet d’un blocage de la circulation par le grand escalier de l’Hôtel d’Assézat ; le Directeur de la Fondation Bemberg explique les raisons de ce dysfonctionnement et prie la Compagnie de l’en excuser ;
– un courriel de Mme Jocelyne Deschaux, qui nous signale un ouvrage récemment paru : Jacqueline et Jean Faure, Les Sicard, relieurs-doreurs à Toulouse au XVIIIe siècle : histoire et fleurons, Toulouse, Amis des Archives de la Haute-Garonne, 2013.
La correspondance imprimée comporte plusieurs dépliants annonçant des colloques :
– « Bastides et abbayes », 4e colloque de « la Bastide de Puybrun » en Quercy, Puybrun, 8 juin 2013 ;
– « Autour des manuscrits de l’abbaye de Cadouin », Périgueux, 20-21 juin 2013 ;
– « Héritages arabo-islamiques dans l’Europe méditerranéenne », colloque international organisé par l’Inrap, Marseille, 11-14 septembre 2013.
Le Président présente ensuite deux volumes offerts pour notre bibliothèque par deux de nos confrères, qu’il remercie :
– Roland Chabbert : Geoffroy Bès, Claire Fournier, Antoine Ginesty, Audrey Marchello-Nizia, Bruno Tollon, Samuel Vannier, Jérôme Zanusso, Bonrepos, château et jardins des Riquet, collection « Patrimoine Midi-Pyrénées », Région Midi-Pyrénées, 2013, 109 p. ;
– Véronique Lamazou-Duplan : Véronique Lamazou-Duplan, Eloísa Ramírez Vaquero (dir.), Les Cartulaires médiévaux. Ecrire et conserver la mémoire du pouvoir, le pouvoir de la mémoire – Los Cartularios medievales. Escribir y conservar la memoria del poder, el poder de la memoria, collection « Cultures, Arts et Sociétés », 3, Presses de l’Université de Pau et des pays de l’Adour, 2013, 215 p.
La parole est à Michèle Heng pour une communication consacrée à Un conventionnel toulousain inhumé à la chapelle royale de Dreux : Jacques-Marie Rouzet (Toulouse, 1743 – Ivry, 1820).
Daniel Cazes remercie notre consœur pour sa présentation abondamment documentée et très vivante, qui a fait revivre une foule de personnages célèbres, ou moins connus, tel ce conventionnel d’origine toulousaine devenu l’ami de la duchesse d’Orléans. Il note que la chapelle royale de Dreux est un monument d’un grand intérêt, à la fois du point de vue de l’histoire et de celui de l’histoire de l’Art.
Louis Peyrusse rappelle les règles en usage au XIXe siècle en matière testamentaire, ainsi que la pratique assez habituelle de l’inhumation des serviteurs fidèles dans les tombeaux des familles princières. Henri Pradalier relève que, sous le règne de Louis-Philippe, la dépouille de Charles X, mort en exil, ne fut pas transférée à Saint-Denis. Sophie Cassagnes-Brouquet fait remarquer à ce propos que la monarchie nouvelle avait rompu avec certaines traditions : le roi n’était plus « roi de France », mais « roi des Français »…
Le Secrétaire général informe la Compagnie que le colloque sur La maison médiévale en Aveyron, initialement programmé pour se tenir à Rodez, aura lieu finalement à Toulouse, dans l’Hôtel d’Assézat, les 11 et 12 juillet prochains. Le Président remercie Maurice Scellès et Pierre Garrigou Granchamp d’avoir « sauvé » ces journées d’étude, dont l’organisation a paru à plusieurs moments fort compromise.
La parution des Mémoires de l’année 2010 est annoncée pour la rentrée académique, et Anne-Laure Napoléone indique le bon avancement du volume 2012.
Christian Péligry analyse les informations parues dans la presse concernant le projet du futur bâtiment de l’Institut des Études Politiques de Toulouse, qui devrait être construit près du Bazacle et être achevé pour le mois de septembre 2015. L’aspect de cet édifice, qui juxtapose deux « caissons » rectangulaires évoquant des radiateurs, ne s’intègre pas du tout à l’environnement architectural des quais de la Garonne conçu au XVIIIe siècle par Joseph-Marie de Saget. Par ailleurs, ce projet pose la question du devenir de l’œuvre monumentale du maître-verrier Henri Guérin, réalisée dans les locaux naguère occupée par E.D.F. Quel est le statut de ces vitraux ? Bénéficient-ils d’une protection ? M. Péligry ayant demandé que la S.A.M.F. émette un vœu pour la conservation du site dans son état actuel, la Société se déclare favorable à une prise de position publique contre le projet présenté.
M. Cazes redit que la façade de Toulouse sur la Garonne lui paraît de plus en plus menacée et qu’il y urgence à surveiller l’ensemble des opérations menées ou prévues tout le long de la traversée de la ville par le fleuve. On doit par exemple déplorer l’attique récemment réalisé à l’angle de la place Saint-Pierre et du quai du même nom selon le projet de l’architecte Letellier, « très laid » lorsqu’il est vu depuis la rive gauche de la Garonne, en raison de sa couleur claire.
M. Scellès incrimine le parti pris contemporain systématique de ne jamais achever les projets anciens interrompus et de produire au contraire des « gestes architecturaux ».
Guy Ahlsell de Toulza annonce avoir acquis pour la Société, lors d’une vente aux enchères publiques, les sept feuillets concernant les fouilles de Martres-Tolosane en 1827, dont il a été question lors d’une précédente séance. Geneviève Bessis donne des précisions sur la vente des papiers de feu M. Szapiro.
Avant de prononcer la clôture de l’année académique qui se termine, le Président se félicite que le programme pour l’année 2013-2014 soit d’ores et déjà complètement établi, puis invite les membres la Compagnie à partager une collation.









