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57e Colloque de Fanjeaux (4-7 juillet 2022)
Gui Foucois, pape Clément IV, et le Midi
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Originaire de Saint-Gilles, Gui Foucois a servi successivement le comte de Toulouse Raymond VII, le gendre et successeur de celui-ci, Alphonse de Poitiers, et enfin Saint Louis. Telle qu’on la connaît, son activité est surtout celle d’un juriste spécialiste de droit civil : il participe ainsi aux arbitrages entre princes ; il est consulté dans les litiges entre prélats, notamment méridionaux. Alors qu’il est toujours dans l’état laïque, Gui Foucois exerce une influence décisive dans les poursuites lancées sur l’ordre d’Alphonse de Poitiers contre les hérétiques et les Juifs. Au service du roi de France, il est d’abord un des enquêteurs chargés par Louis IX, avant son premier départ en croisade (1248), de relever les fautes des officiers royaux. L’ordonnance de réforme du royaume qui marque le retour du roi en 1254 porte son influence. Devenu veuf, Gui Foucois entre dans le clergé, est brièvement évêque du Puy (1257-1259) et archevêque de Narbonne (1259-1261), avant d’être créé cardinal (1261), enfin élu pape (1265-1268). Relativement courtes, les différentes étapes de sa carrière ecclésiastique sont exceptionnellement bien documentées, notamment les légations qu’il accomplit en tant que cardinal.
Les éditions récentes de ses écrits, concilia et lettres, comme le renouvellement en cours des études sur la royauté capétienne, notamment dans son rapport avec l’Église et dans son implantation dans le Midi, permettent une approche nouvelle du personnage. Bien que Gui Foucois, avant comme après son accession au trône de saint Pierre, n’ait pas limité son action au seul Midi, il est paru pertinent qu’un colloque de Fanjeaux se consacre à prendre la mesure de cette figure languedocienne, particulièrement représentative de l’histoire du XIIIe siècle.
400e anniversaire des sièges de Saint-Antonin et Nègrepelisse (22-23 juillet 2022)
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La Mairie et la DRAC s’unissent pour sauver le patrimoine archéologique à Toulouse ?
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La Mairie de Toulouse et la Direction Régionale des Affaires culturelles nous répètent sur tous les tons que c’est pour préserver notre patrimoine archéologique qu’ils ne veulent pas de fouilles sur le site de Saint-Sernin.
C’est attendrissant. Mais voyons plutôt…
L’un des premiers grands chantiers de la réorganisation de la circulation dans le centre de Toulouse, antérieur au projet d’ensemble de Joan Busquets, la rue Alsace-Lorraine a été entièrement refaite en 2010-2011, après un réaménagement provisoire en 2007, avec reprise des réseaux d’égout, d’eau, de gaz, etc. et pose du fameux pavement de granite sur couche de béton… Or la rue Alsace-Lorraine est un percement « haussmannien » des années 1860-1870, qui a taillé dans le tissu ancien de la ville depuis le musée des Augustins jusqu’au boulevard de Strasbourg. Avez-vous entendu parler de la moindre découverte archéologique ? Pas le moindre mur du XVIe siècle, pas la moindre piécette du Moyen Âge ? Les archéologues inévitablement affectés à la surveillance du chantier devaient avoir la tête en l’air… ou bien ont-ils oublié d’informer le public ?
Mais vous avez sans aucun doute entendu parler des inévitables découvertes et des fouilles archéologiques faites rue des Lois où des témoins disent avoir aperçu des murs sans doute du Moyen Âge dans d’impressionnantes excavations faites à proximité du Collège de Foix et de la chapelle de Rieux… Rien non plus ?
En 2011 ont été retrouvés sur le site de la future Toulouse School of Economy les murs d’un grand édifice à péristyle du Ve siècle, probablement un monument funéraire wisigoth, dont des vestiges avaient déjà été reconnus en 1995 au nord de l’église Saint-Pierre-des-Cuisines et recouverts par l’école de danse où une portion de mur est néanmoins restée visible dans une cave aménagée à cet effet. Une large partie de ce bâtiment se trouve encore sous l’allée des Tilleuls voisine, et pourra être fouillée un jour. Pensez-vous qu’après avoir déploré la destruction des vestiges du palais des rois wisigoths de l’ancien hôpital Larrey on ait voulu conserver pour les générations futures, dans une crypte archéologique, ceux de la Toulouse School of Economy ? Ils sont partis à la décharge.
En 2013-2015, c’est au tour de la place Saint-Pierre et du port de la Daurade d’être réaménagés. Les bords de Garonne ont vu se développer depuis 2000 ans des activités diverses liées au fleuve et les deux sites sont aussi sur le tracé de l’enceinte romaine et de l’une de ses portes, dont la présence a été signalée avant les travaux. Un diagnostic avait été prescrit pour le site de Saint-Pierre qui a pourtant été décaissé de trois à quatre mètres sans autre forme de procès, les tanneries mises au jour provoquant une fouille d’urgence express de cinq jours avant que tout soit ré-enfoui. Et aucune étude des portions de l’enceinte romaine… mais une opération de communication avec une journée « porte ouverte » afin de montrer aux Toulousains tout l’intérêt de la recherche archéologique !
Et voilà le site de Saint-Sernin décrété « réserve archéologique »… parce que l’archéologie est destructrice ! Et au nom de l’application de la convention européenne sur l’archéologie…
Voyons encore.
L’archéologie est destructrice : certes puisqu’elle détruit les couches qu’elle démonte pour les étudier, mais elle ne manque pas pour autant de discernement. Ce que vous voyez dans les cryptes archéologiques du musée Saint-Raymond, de Saint-Pierre-des-Cuisines ou du palais de justice est le résultat des « destructions » des archéologues.
L’archéologie préventive (de sauvetage) n’aurait pas les moyens de fouilles véritablement scientifiques et c’est la raison pour laquelle il ne faudrait pas fouiller le site de Saint-Sernin. Si la Mairie de Toulouse décidait de faire de telles fouilles, avec pour projet un musée de site, elle n’aurait pas à cœur de faire une fouille exemplaire ? Et ce ne serait pas le rôle de la DRAC de l’y aider ?
Toute fouille étant destructrice, il ne faudrait fouiller que lorsqu’il y a menace de destruction de couches archéologiques, lors de chantiers pour le métro, pour une autoroute, ou pour la construction d’un bâtiment… Donc plus de fouilles programmées, et seulement des fouilles de sauvetage (qui n’auraient pas les moyens etc.). La Dépêche du Midi a pourtant fait état l’été dernier de la reprise des fouilles à Saint-Bertrand-de-Comminges par l’Université : des fouilles programmées, obligatoirement autorisées par la DRAC… Mais à Saint-Sernin, pas de fouilles : une « réserve archéologique », décrète-t-on… En fait, lors du 19-20 de France3 (http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/emissions/jt-local-1920-toulouse édition du 17/01/2017), l’interview du responsable du service archéologique de Toulouse métropole ne laissait pas de doute : si la Mairie de Toulouse décidait de fouiller à Saint-Sernin l’année prochaine, elle le pourrait.
La Mairie de Toulouse a parfaitement le droit de ne pas avoir de grand projet pour Saint-Sernin, mais est-ce le rôle de la DRAC de venir à son secours en arguant d’une soi-disant « réserve archéologique » ?
Quant à l’esprit dans lequel a été élaborée la convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique, on en est bien loin quand la DRAC y fait référence dans son communiqué de presse du 15 décembre 2016.
Mais jugez-en plutôt…
Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique (révisée)
* La Valette, 16 janvier.1992.
http://www.coe.int/fr/web/conventions/full-list/-/conventions/treaty/143
Définition du patrimoine archéologique
Article 1er
1. Le but de la présente Convention (révisée) est de protéger le patrimoine archéologique en tant que source de la mémoire collective européenne et comme instrument d’étude historique et scientifique.
2. A cette fin, sont considérés comme éléments du patrimoine archéologique tous les vestiges, biens et autres traces de l’existence de l’humanité dans le passé, dont à la fois :
- i. la sauvegarde et l’étude permettent de retracer le développement de l’histoire de l’humanité et de sa relation avec l’environnement naturel ;
- ii. les principaux moyens d’information sont constitués par des fouilles ou des découvertes ainsi que par d’autres méthodes de recherche concernant l’humanité et son environnement ;
- iii. l’implantation se situe dans tout espace relevant de la juridiction des Parties.
3. Sont inclus dans le patrimoine archéologique les structures, constructions, ensembles architecturaux, sites aménagés, témoins mobiliers, monuments d’autre nature, ainsi que leur contexte, qu’ils soient situés dans le sol ou sous les eaux.
Identification du patrimoine et mesures de protection
Article 2
Chaque Partie s’engage à mettre en œuvre, selon les modalités propres à chaque État, un régime juridique de protection du patrimoine archéologique prévoyant :
- i. la gestion d’un inventaire de son patrimoine archéologique et le classement de monuments ou de zones protégés ;
- ii. la constitution de zones de réserve archéologiques, même sans vestiges apparents en surface ou sous les eaux, pour la conservation de témoignages matériels à étudier par les générations futures ;
- iii. l’obligation pour l’inventeur de signaler aux autorités compétentes la découverte fortuite d’éléments du patrimoine archéologique et de les mettre à disposition pour examen.
Article 3
En vue de préserver le patrimoine archéologique et afin de garantir la signification scientifique des opérations de recherche archéologique, chaque Partie s’engage :
i. à mettre en œuvre des procédures d’autorisation et de contrôle des fouilles, et autres activités archéologiques, afin :
- a. de prévenir toute fouille ou déplacement illicites d’éléments du patrimoine archéologique ;
- b. d’assurer que les fouilles et prospections archéologiques sont entreprises de manière scientifique et sous réserve que :
- – des méthodes d’investigation non destructrices soient employées aussi souvent que possible ;
- – les éléments du patrimoine archéologique ne soient pas exhumés lors des fouilles ni laissés exposés pendant ou après celles-ci sans que des dispositions convenables n’aient été prises pour leurs préservation, conservation et gestion ;
ii. à veiller à ce que les fouilles et autres techniques potentiellement destructrices ne soient pratiquées que par des personnes qualifiées et spécialement habilitées ;
iii. à soumettre à autorisation préalable spécifique, dans les cas prévus par la législation interne de l’État, l’emploi de détecteurs de métaux et d’autres équipements de détection ou procédés pour la recherche archéologique.
Article 4
Chaque Partie s’engage à mettre en œuvre des mesures de protection physique du patrimoine archéologique prévoyant suivant les circonstances :
i. l’acquisition ou la protection par d’autres moyens appropriés, par les pouvoirs publics, d’espaces destinés à constituer des zones de réserve archéologiques ;
ii. la conservation et l’entretien du patrimoine archéologique, de préférence sur son lieu d’origine ;
iii. l’aménagement de dépôts appropriés pour les vestiges archéologiques déplacés de leur lieu d’origine.
Conservation intégrée du patrimoine archéologique
Article 5
Chaque Partie s’engage :
i. à rechercher la conciliation et l’articulation des besoins respectifs de l’archéologie et de l’aménagement en veillant à ce que des archéologues participent :
- a. aux politiques de planification visant à établir des stratégies équilibrées de protection, de conservation et de mise en valeur des sites présentant un intérêt archéologique ;
- b. au déroulement dans leurs diverses phases des programmes d’aménagement ;
ii. à assurer une consultation systématique entre archéologues, urbanistes et aménageurs du territoire, afin de permettre :
- a. la modification des plans d’aménagement susceptibles d’altérer le patrimoine archéologique ;
- b. l’octroi du temps et des moyens suffisants pour effectuer une étude scientifique convenable du site avec publication des résultats ;
iii. à veiller à ce que les études d’impact sur l’environnement et les décisions qui en résultent prennent complètement en compte les sites archéologiques et leur contexte ;
iv. à prévoir, lorsque des éléments du patrimoine archéologique ont été trouvés à l’occasion de travaux d’aménagement et quand cela s’avère faisable, la conservation in situ de ces éléments ;
v. à faire en sorte que l’ouverture au public des sites archéologiques, notamment les aménagements d’accueil d’un grand nombre de visiteurs, ne porte pas atteinte au caractère archéologique et scientifique de ces sites et de leur environnement.
Financement de la recherche et conservation archéologique
Article 6
Chaque Partie s’engage :
i. à prévoir un soutien financier à la recherche archéologique par les pouvoirs publics nationaux, régionaux ou locaux, en fonction de leurs compétences respectives ;
ii. à accroître les moyens matériels de l’archéologie préventive :
- a. en prenant les dispositions utiles pour que, lors de grands travaux d’aménagement publics ou privés soit prévue la prise en charge complète par des fonds provenant de manière appropriée du secteur public ou du secteur privé du coût de toute opération archéologique nécessaire liée à ces travaux ;
- b. en faisant figurer dans le budget de ces travaux, au même titre que les études d’impact imposées par les préoccupations d’environnement et d’aménagement du territoire, les études et les prospections archéologiques préalables, les documents scientifiques de synthèse, de même que les communications et publications complètes des découvertes.
Collecte et diffusion de l’information scientifique
Article 7
En vue de faciliter l’étude et la diffusion de la connaissance des découvertes archéologiques, chaque Partie s’engage :
i. à réaliser ou actualiser les enquêtes, les inventaires et la cartographie des sites archéologiques dans les espaces soumis à sa juridiction ;
ii. à adopter toutes dispositions pratiques en vue d’obtenir, au terme d’opérations archéologiques, un document scientifique de synthèse publiable, préalable à la nécessaire diffusion intégrale des études spécialisées.
Article 8
Chaque Partie s’engage :
i. à faciliter l’échange sur le plan national ou international d’éléments du patrimoine archéologique à des fins scientifiques professionnelles, tout en prenant les dispositions utiles pour que cette circulation ne porte atteinte d’aucune manière à la valeur culturelle et scientifique de ces éléments ;
ii. à susciter les échanges d’informations sur la recherche archéologique et les fouilles en cours, et à contribuer à l’organisation de programmes de recherche internationaux.
Sensibilisation du public
Article 9
Chaque Partie s’engage :
i. à entreprendre une action éducative en vue d’éveiller et de développer auprès de l’opinion publique une conscience de la valeur du patrimoine archéologique pour la connaissance du passé et des périls qui menacent ce patrimoine ;
ii. à promouvoir l’accès du public aux éléments importants de son patrimoine archéologique, notamment les sites, et à encourager l’exposition au public de biens archéologiques sélectionnés.
(…)
Testez vos connaissances en archéologie Jouez à tout âge !
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La photographie montre trois strates archéologiques :
la plus grande église romane en France
2000 ans d’histoire
40 cm de pavés de granite et de béton
Saurez-vous reconnaître chacune d’entre elles ?
Haut : ……………………………………….
Milieu : ……………………………………..
Bas : ………………………………………..
Vous avez trouvé !
Question subsidiaire :
Combien de temps faudra-t-il attendre pour connaître les 2000 ans d’histoire ?
10 ans ? 20 ans ? … 50 ans ? …
ON SE MOQUE DE VOUS ! LA MAIRIE DECIDE SANS VOUS ET LA DRAC REGARDE AILLEURS. Collectif Sauvegarde Place Saint-Sernin
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Nous voilà tous absorbés par le retour au train-train quotidien pour certains, la rentrée scolaire, les augmentations de tarifs et l’actualité politique morose…
Et patatras !
Nous découvrons avec stupeur cet article de La Dépêche qui décrit le projet finalisé absurde de la Mairie pour éviter à tout prix des fouilles et un projet culturel, éducatif et historique pour Toulouse et l’UNESCO !! Lisez plutôt…
Photo LA Dépêche du Midi
http://www.ladepeche.fr/article/2016/09/07/2413815-aura-fouilles-place-saint-sernin.html
Il n’y aura pas de fouilles de la place Saint-Sernin
« Le projet de réaménagement de surface de la place saint Sernin est désormais finalisé.
Les vestiges archéologiques ont contraint la Capitole et Joan Busquets à imaginer un réaménagement de surface de la place afin d’échapper aux fouilles préventives. Tous ceux qui espéraient que le réaménagement de la place Saint-Sernin serait l’occasion d’en savoir un peu plus sur l’histoire de ce secteur historique de la ville en seront pour leurs frais : la place ne sera pas fouillée. Au cours du mois de juillet, les archéologues de la direction régionale des affaires… »
Il faut donc continuer de se battre et faire entendre notre voix. Nous recueillons déjà environ 5000 voix mais il faut faire plus ! Faites circuler notre pétition sur www.change.org (mot-clé : « Sernin »).
La Maire de Quartier explique le projet Mardi 13 Septembre prochain, alors qu’il a déjà été décidé en haut lieu, sans aucune concertation.
Venez nombreux exprimer votre colère !
Mardi 13 septembre à 19h30
salle Barcelone
22 allée de Barcelone
31000 Toulouse
Diffusez l’information auprès de vos proches et médias !
Bien cordialement
Saint-Sernin de Toulouse : vers un aménagement des abords original et réussi ?
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Version française de l’article paru en espagnol dans la revue Romanico, n° 21, décembre 2015, p. 70-75
La basilique Saint-Sernin est le monument majeur de Toulouse. Reconstruite sous sa forme romane aux XIe et XIIe siècles, sur une basilique et une nécropole de la fin de l’Antiquité, elle s’élevait jusqu’à la fin du XVIIIe siècle au milieu d’autres bâtiments d’une grande valeur artistique, arasés au XIXe siècle. Au nord de l’église se développait l’un des plus grands cloîtres romans orné de sculptures d’Europe, avec sa salle capitulaire. Ils renfermaient une partie de la mémoire médiévale de la ville, avec de multiples tombeaux et épitaphes. Les marbres de la Tolosa antique et paléochrétienne y avaient été abondamment réutilisés.
Les autres édifices de l’abbaye et le palais abbatial se répartissaient autour de ce cloître. Nous les connaissons peu : une lacune pour l’histoire et l’art de Saint-Sernin, dont on sait qu’il atteignit des niveaux éminents. On aimerait, par exemple, en savoir plus sur la communauté de clercs qui, sans doute dès la fin de l’Antiquité, veilla sur le tombeau du premier évêque de Tolosa, Saturninus (dont le nom s’est mué en Sernin lors de la traduction du latin en la langue d’oc, puis de celle-ci en français), martyrisé en 250. Attestée à l’époque carolingienne, elle se fixa comme canoniale après un bref rattachement au XIe siècle au monachisme clunisien.
Saint-Sernin disposait de plusieurs sacristies d’intérêt patrimonial, au nord et à l’est, notamment celle des Corps Saints. Plusieurs cimetières existaient à l’est et au sud. Leur organisation en campo santo, avec des sarcophages sous enfeus, sculptures et inscriptions, rappelait les grands personnages inhumés là, sous la protection de Saturnin, dont plusieurs comtes de Toulouse.
Au sud et à l’ouest s’élevaient des hôpitaux : le Petit Saint-Jacques, mal connu, et Saint-Raymond, dont ne subsiste aujourd’hui qu’un bâtiment (actuel musée des Antiques). Saint-Raymond avait connu depuis le XIIe siècle une évolution monumentale du plus haut intérêt. Il comprenait une chapelle, stupidement détruite en 1852-1853 avec un bâtiment voûté adjacent. Elle abritait un magnifique retable baroque et le tombeau du fondateur de l’hôpital, Raimond Gairard, promu saint après sa mort en raison de son action miséricordieuse.
Façades et portails de la basilique ont subi des altérations au cours des siècles. Au XVIIIe siècle, le projet avorté d’une façade classique à l’ouest entraîna l’arrachement des plaques sculptées romanes qui revêtaient, comme à Compostelle, le double portail dédié à Saturnin.Les restaurations des architectes des Monuments Historiques(Viollet-le-Duc dans la seconde moitié du XIXe siècle, S. Stym-Popper et Y. Boiret dans la seconde moitié du XXe), modifièrent l’intérieur et l’extérieur de la basilique, générant un important fonds lapidaire et d’œuvres d’art.On attend toujours un musée de l’œuvre suffisamment vaste pour les présenter au public.
Combien d’édifices existent encore en France, dans la péninsule Ibérique et au-delà, qui gardent le souvenir et des images du saint martyr Saturnin ? Et que dire du patrimoine immatériel et spirituel attaché au monument qui préserve toujours son tombeau ? Il est une référence incontournable pour les historiens, une présence d’une grande signification pour les chrétiens et tous ceux qui viennent chercher à Saint-Sernin une atmosphère propice à la prière et à la méditation.
Saint-Sernin, c’est tout cela et plus encore, pour peu que notre XXIe siècle sache l’interroger et mobiliser les talents pour accentuer son rayonnement. Ce qui se joue maintenant, n’est-ce point l’utilité sociale pour notre temps d’un monument capital ? Son classement, en 1998, dans le cadre plus général des chemins de Compostelle, au Patrimoine mondial de l’UNESCO, a déjà marqué son rang. Cela suffit-il ? La comparaison avec d’autres biens cultuels et culturels semblables en Europe démontre chaque jour davantage les carences de ce lieu, sollicité par le tourisme -qui ne cesse de croître sur l’ensemble de la planète- et signal urbain de toute première importance pour Toulouse et la région de presque six millions d’habitants dont elle est la capitale.
Ces questions n’ont pas échappé à l’actuel maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, qui, dès le début de son mandat (2014), a manifesté sa volonté de mettre en valeur Saint-Sernin par un réaménagement des places qui l’entourent. Ces dernières résultent plutôt des démolitions des XIXe et XXe siècles que d’un plan d’urbanisme cohérent. Dans leurs actuelles configurations et utilisations, elles sont incompatibles avec les diverses fonctions espérées en ces lieux. Après avoir été envahies par un stationnement anarchique, qui s’est un peu résorbé, mais demeure visuellement insupportable à proximité d’un tel monument, ces places restent peu structurées. Tristement asphaltées, sur des superficies excessives, elles sont surchargées tous les dimanches matin par un « marché aux puces » chaotique. Ce dernier bloque ou freine les déplacements des riverains, fidèles, touristes et services de secours. Le reste du temps, surtout les nuits et jours fériés, ces places sont monotones, peu attrayantes, sans végétation, eau ni toilettes, peu commerçantes. On peut parfois même parler d’un désert humain et il n’est pas rare d’y avoir peur, voire de s’y faire agresser la nuit, tant l’éclairage public est défaillant.
Est-ce que, pour autant, une seule requalification de ces espaces en matière de sol et de mobilier urbain suffira à leur redonner vie et utilité sociale ? La diffusion en 2015 d’une image de synthèse élaborée par l’atelier d’urbanisme barcelonais de Joan Busquets, sollicité par la mairie de Toulouse pour envisager le réaménagement des abords de Saint-Sernin, a troublé plus d’un Toulousain. Certes, quelque temps après les premières réactions, il a été affirmé que cette image n’était qu’indicative, que le projet n’était pas arrêté et qu’il tiendrait compte d’une concertation avec toutes les personnes et groupements intéressés. La Société archéologique du Midi de la France a voté le 17 mars 2015 une motion adressée au maire et créé une commission spéciale en son sein. Se sont également mobilisés l’association des habitants du quartier et le Collectif « Sauvegarde de la place Saint-Sernin ». Ce dernier, au départ un groupe très motivé de bénévoles accueillant les visiteurs à la basilique Saint-Sernin, a lancé une pétition intitulée « Pour la valorisation de la place Saint-Sernin de Toulouse et la sauvegarde de son site archéologique bimillénaire ». Elle a recueilli 3000 signatures et de judicieux commentaires qui montrent l’attente citoyenne pour un site de cette envergure.
À en croire le projet esquissé par la Ville et Joan Busquets, les places n’en seraient pas vraiment transformées, ni dans leurs usages ni dans leurs configurations, les choses restant à peu près en l’état, encore plus minéralisées, sans la moindre fontaine. Un curieux carré y est censé évoquer le cloître disparu, et planent des interrogations sur la suppression des grilles qui protègent la basilique.Y augmente la sensation de vide, déjà si prégnante, autour du monument que Toulouse devrait au contraire accompagner de services et d’un environnement favorisant la vie.
Les échanges de vues de 2015 montrent que beaucoup de Toulousains et de visiteurs souhaitent autre chose : un lieu d’agrément et de détente, pas des places vides et uniformément pavées pour servir un marché qui n’a lieu qu’une demi-journée par semaine, un accueil pour le patrimoine, à commencer par la basilique et le musée Saint-Raymond, mais aussi l’Hôtel Dubarry qu’il faut enfin ouvrir au public, sans oublier les vestiges archéologiques à mettre en valeur et les monuments disparus à évoquer. Ils veulent également le règlement rationnel et durable des problèmes qui se posent : une galerie technique souterraine pour faire passer tous les réseaux, la collecte des ordures sans que la beauté de Saint-Sernin et l’odorat n’en souffrent, la réalisation d’une batterie de toilettes que Toulouse se doit de mettre à la disposition du million de passants et visiteurs que le site recevra au XXIe siècle, les bancs et fontaines nécessaires pour la même raison, des espaces verts dignes de ce nom ouverts à tous, un éclairage qui permette de jouir la nuit de l’ensemble monumental et paysager, et pour ne plus avoir peur de traverser, comme aujourd’hui, des lieux trop hostiles.
Sachant l’importance du monument et du site archéologique au milieu duquel il est, on imagine mal ces travaux sans que le bouleversement indispensable des sols ne s’accompagne de véritables recherches archéologiques. Il y a tant à en espérer, ne serait-ce qu’à l’emplacement du cloître, où de rapides sondages réalisés pendant l’été 2015 ont révélé deux magnifiques chapiteaux sculptés. Et pourquoi ne pas construire au nord, après ces fouilles, en mettant en évidence les vestiges retrouvés, le grand musée de l’œuvre que Saint-Sernin attend depuis 1988 ? Face à la basilique, avec laquelle il communiquerait par l’aire du cloître qui retrouverait passages et jardin, renouant ainsi avec d’anciens usages, il serait le pôle d’accueil et d’information en plusieurs langues que requiert aujourd’hui Saint-Sernin. Rêvons aussi des concerts qui, l’été, animeraient cette enceinte claustrale, au pied de la basilique et de son clocher illuminés, ou l’auditorium polyvalent à programmer avec le musée. Que de vie ajoutée pour que renaisse tout un quartier ancien de Toulouse !
Partout les vestiges affleurent : il est impossible que des travaux de pavage sur un épais radier de graviers et de béton, comme le déterrage et la réfection des anciens réseaux, ne portent pas atteinte à un tel site archéologique. Celui-ci n’est pas un obstacle, mais un atout pour cet aménagement. Enfin, en poussant l’ambition jusqu’au bout, pourquoi ne pas penser dans le même élan l’extension souterraine du musée des Antiques sous la place Saint-Raymond, dont le sous-sol promet des découvertes archéologiques essentielles pour la connaissance de l’ancien hôpital et de la basilique ?
La rénovation des abords de Saint-Sernin ne saurait donc, de l’avis de la Société archéologique du Midi de la France, qui a longuement pensé et imaginé un projet détaillé, de celui du Collectif évoqué plus haut, de celui de l’association du quartier, faire l’économie des enseignements de l’histoire qui les concerne, pour mieux les adapter aux temps présents et à l’intérêt public. Ce dernier n’étant plus uniquement celui des Toulousains dans une ville qui souhaite être intégrée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le projet auquel travaille Joan Busquets, même si sa réalisation ne voit le jour que par étapes, doit avoir une ambition planétaire et ne négliger aucun des aspects de ce patrimoine universel. Là est tout le secret d’un aménagement original, propre à Toulouse, réussi, donc digne d’admiration comme facteur de développement culturel et touristique.
Daniel Cazes
Conservateur honoraire du patrimoine
Président de la Société archéologique du Midi de la France




