Bulletin
Liste des volumes du Bulletin publiés de 1880 à 1974
Séances du 30 novembre 1880 au 2 août 1881 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 29 novembre 1881 au 4 avril 1882 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 18 avril 1882 au 25 juillet 1882 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 28 novembre 1882 au 20 mars 1883 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 3 avril 1883 au 24 juillet 1883 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 27 novembre 1883 au 25 mars 1884 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 1er avril 1884 au 22 juillet 1884 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 25 novembre 1884 au 17 mars 1885 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Séances du 24 mars 1885 au 21 juillet 1885 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Nouvelle série
N° 1. Séances du 24 novembre 1885 au 16 mars 1886 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
N° 2. Séances du 23 mars 1886 au 20 juillet 1886 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
N° 3. Séances du 30 novembre 1886 au 29 mars 1887 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
N° 4. Séances du 5 avril 1887 au 26 juillet 1887 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Série in 8°
n° 1. Séances du 8 novembre 1887 au 20 mars 1888 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 2. Séances du 17 mars 1888 au 24 juillet 1888 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 3. Séances du 27 novembre 1888 au 26 mars 1889 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 4 Séances du 2 avril 1889 au 23 juillet 1889 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 5. Séances du 26 novembre 1889 au 25 mars 1890 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 6. Séances du 1er avril 1890 au 8 juillet 1890 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 7-8. Séances du 25 novembre 1890 au 24 mars 1891 inclus et Séances du 7 avril 1891 au 21 juillet 1891 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 9-10. Séances du 24 novembre 1891 au 29 mars 1892 inclus et Séances du 5 avril 1892 au 12 juillet 1892 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 11-12. Séances du 29 novembre 1892 au 28 mars 1893 inclus et Séances du 11 avril 1893 au 11 juillet 1893 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 13-14. Séances du 28 novembre 1893 au 20 mars 1894 inclus et Séances du 3 avril 1894 au 17 juillet 1894 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 15-16. Séances du 27 novembre 1894 au 12 mars 1895 inclus et Séances du 19 mars 1895 au 16 juillet 1895 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 17-18. Séances du 26 novembre 1895 au 17 mars 1896 inclus et Séances du 24 mars 1896 au 13 juillet 1896 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 19-20. Séances du 24 novembre 1896 au 16 mars 1897 inclus et Séances du 23 mars 1897 au 13 juillet 1897 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 21-22. Séances du 31 août 1897 au 15 mars 1898 inclus et Séances du 22 mars 1898 au 12 juillet 1898 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 23-24. Séances du 29 novembre 1898 au 14 mars 1899 inclus et Séances du 21 mars 1899 au 11 juillet 1899 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Deuxième série
n° 25-28. Séances du 28 novembre 1899 au 16 juillet 1901 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 29-31. Séances du 19 novembre 1901 au 7 juillet 1903 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 32 à 36. Séances du 17 novembre 1903 au 22 mars 1904 inclus, Séances du 29 mars 1904 au 5 juillet 1904 inclus, Séances du 29 novembre 1904 au 31 juillet mars 1905 inclus, Séances du 31 janvier 1905 au 18 juillet 1905 inclus et Séances du 28 novembre 1905 au 3 juillet 1906 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 37-38-39. Séances du 27 novembre 1906 au 15 juillet 1907 inclus, Séances du 2 novembre 1907 au 15 juillet 1908 inclus et Séances de novembre 1908 à juillet 1909 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 40-41. Séances du 30 novembre 1909 au 27 juillet 1911 inclus et Séances du 28 novembre 1911 au 9 juillet 1912 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 42-43. Séances du 26 novembre 1912 au 17 juin 1913 inclus, p. 1-152 ; Séances du 25 novembre 1913 au 7 juillet 1914 inclus, p. 153-332 ; VIII + 342 p. Table analytique : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 44-45. Séances du 24 novembre 1914 au 7 juillet 1915 inclus et Séances de novembre 1915 à juillet 1917 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 46-47. Séances de novembre 1917 à novembre 1921 inclus et Séances du 6 décembre 1921 au 7 juillet 1925 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 48. Séances du 24 novembre 1925 au 8 juillet 1930 inclus : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
n° 49. Séances du 18 novembre 1930 au 9 juin 1931 inclus Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Troisième série
Tome I. Années académiques 1931-1932, 1932-1933, 1933-1934 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome II (3 fasc.). Séances du 20 novembre 1934 au 3 août 1937 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome III (4 fasc.). Séances du 16 novembre 1937 au 20 juin 1939 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome IV (3 fasc.). Séances du 21 novembre 1939 au 2 juin 1942 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome V (3 fasc.). Années académiques 1942-1943, 1943-1944, 1944-1945
Quatrième série
Tome I. Années 1946 à 1953 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome II. Années 1954 à 1966 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome III. Années 1966 à 1969 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Tome IV. Années 1969 à 1974 : Exemplaire numérisé de la BNF (Gallica)
Bulletin publié dans les volumes de Mémoires depuis 1989
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Tome XLIX (1989)
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Cette édition électronique, revue et corrigée, respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1988-1989, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. XLIX, 1989) dont nous indiquons la pagination. (Mise en page html : Martin Menu, septembre 1999.)
M.S.A.M.F., page 245
Séance du 22 novembre 1988
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mmes Labrousse, Cazes, Mlle Sudre, MM. Bernet, Cabau, Georges Fabre, Lassure, Latour, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher, Scelles.
Excusés : MM. Cazes, Fouet, Gérard, Ménard.
Le Président annonce que la visite des chantiers de fouilles de l’hôpital Larrey aura lieu le 13 décembre sous la conduite de M. Raphaël de Filippo, responsable de cette opération archéologique.
M. Coppolani fait savoir à la Société que des rayonnages ont été posés pendant l’été et que les ouvrages étrangers y ont été rangés. M. Coppolani présente ensuite la correspondance manuscrite. Y figure une lettre des Amis du Vieux Cordes, qui sont soucieux de sauver l’ensemble de l’agglomération, dont la périphérie est souvent délabrée et ruinée. L’abbé Jean Rocacher offre à la Société un exemplaire de sa thèse. Le Président l’en remercie et donne la parole à M. Latour pour la communication du jour : L’administration et la gestion d’une confrérie sous l’Ancien Régime, qui sera publiée dans le t. XLIX des Mémoires.
Sont ensuite abordées les questions diverses.
Séance du 6 décembre 1988
Visite de l’exposition de Musée Paul-Dupuy consacrée à l’orfèvrerie, présentée par M. Chassaing, Commissaire-priseur, son organisateur.
Séance du 13 décembre 1988
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général ; Mmes Labrousse, Merlet, Mlle Sudre, MM. Gilles, Latour, l’abbé Rocacher, Membres titulaires ; Mlle Éclache, MM. Cabau, Hermet, Loncan, Scelles, Vézian, Membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire Adjoint, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Mme Cazes.
La séance s’est tenue exceptionnellement sur le champ de fouilles de l’ancien hôpital militaire Larrey.
Sous la conduite de M. de Filippo, directeur des fouilles, les membres présents ont pu examiner successivement les diverses constructions mises au jour.
D’abord, le rempart antique, conservé sur toute sa hauteur sur une longueur d’environ 50 m avec sa structure interne révélée par l’arrachement du parement de briques extérieures, et deux tours, l’une arasée au niveau de ses fondations, l’autre conservée dans toute sa hauteur mais sur un quart seulement de sa circonférence.
Puis, au centre de la fouille, une grande construction en galets et en briques remontant sans doute au Bas Empire, adossée au rempart et se poursuivant probablement sous la rue des Blanchers jusqu’à la Garonne proche, conservée sur un mètre de hauteur environ et dont la fonction reste problématique. Par-dessus cet édifice, des constructions médiévales ont laissé de nombreuses traces ; elles ont été démolies au XVIIe siècle par les religieuses de Notre-Dame, qui installèrent là leur potager. Les fouilles ont, en outre, livré un abondant matériel archéologique remontant à l’Antiquité (une monnaie en particulier) et surtout aux XIVe et XVe siècle, avec notamment des poteries, des verres, quelques monnaies, divers objets (regroupés dans une salle de l’hôpital). Des traces d’un habitat pré-romain apparaissent au fond de la fouille.
Les questions posées par plusieurs membres ont permis de préciser plusieurs points : des analyses de fragments de matériaux sont en
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cours pour confirmer ou non l’hypothèse de la construction du rempart au Ier siècle ; Mlle Sudre a offert la collaboration du Muséum pour ce travail. Contrairement à ce qui avait été annoncé lors de réunions avec les officiels, il semble que non seulement la totalité des substructions découvertes sera détruite pour permettre l’exécution du programme de constructions prévu sur leur emplacement, mais que le rempart lui-même serait masqué, au moins partiellement, par un bâtiment.
Aucune hypothèse n’a, en revanche, été avancée sur la destination du grand bâtiment du Bas-Empire.
Séance du 17 janvier 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Cazes, Secrétaire Adjoint ; Mmes Labrousse, Noé-Dufour, MM. le général Delpoux, le général Ménard, l’abbé Rocacher, Manière, Latour, Bernet, Hermet, Georges Fabre, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Cabau, Scelles, Blaquière, Gérard.
Excusé : M. Tollon.
En ouvrant la séance, le Président souhaite une bonne année à chacun et rappelle la mémoire du professeur Michel Labrousse, Président de notre Société décédé le 12 janvier 1988.
Après lecture du compte rendu de la visite du 13 décembre sur le chantier de fouilles de l’ancien hôpital Larrey, il est demandé que la Société émette un vœu auprès de la Municipalité afin que le rempart romain mis au jour soit conservé et mis en valeur. Ce vœu sera porté à la connaissance de la presse. Il semble que cette partie du rempart ait été classée au titre des Monuments Historiques ; confirmation doit être demandée. Par ailleurs, M. Leblanc rappelle que M. Hersant, Premier Adjoint au Maire de Toulouse, a déclaré que la courtine et les tours romaines de Larrey seraient respectées et mises en évidence. Il est suggéré que des renseignements à ce sujet soient demandés auprès de la Direction des Antiquités Historiques du Midi-Pyrénées. Enfin, la Société apprend que la question du classement ou de l’inscription des bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles de l’ancien hôpital Larrey est à l’ordre du jour de la prochaine COREPHAE de Midi-Pyrénées.
M. Coppolani lit ensuite la correspondance manuscrite. Le Secrétaire Adjoint fait part de l’abondante correspondance imprimée.
L’abbé Rocacher donne lecture du texte du vœu de notre Société concernant le rempart romain de l’hôpital Larrey :
« Allons-nous voir disparaître le rempart romain du site Larrey ? Comme beaucoup d’autres Toulousains, les membres de la Société Archéologique du Midi se sont rendus récemment sur le site de l’ancien hôpital Larrey. Ils ont été vivement intéressés par les explications du responsables des fouilles, M. Raphaël de Filippo, qui leur a magistralement démontré l’intérêt historique et archéologique des découvertes faites par son équipe. Ils ont particulièrement apprécié la mise au jour d’un important élément du rempart romain, entre deux tours, sur une cinquantaine de mètres de longueur.
La Société Archéologique du Midi, réunie au siège habituel de ses séances, le 17 janvier 1989, se félicite donc des travaux accomplis pour favoriser une meilleure connaissance de l’histoire toulousaine. Mais en même temps elle tient à manifester ses inquiétudes devant les perspectives d’aménagement du site. Malheureusement, les informations qui lui ont été communiquées lui font redouter le pire. L’élévation des constructions contre le rempart romain équivaudrait à une destruction pure et simple.
Considérant que, dans un passé récent, les pouvoirs publics ont laissé gommer sans concertation préalable d’importants témoins de notre patrimoine, archéologique et monumental, la Société Archéologique du Midi demande à être consultée avant toute mise en œuvre architecturale du site Larrey. »
Il sera transmis à la presse avec copie à la D.R.A.C., au Maire, au Directeur des Antiquités Historiques, au Préfet, au Président du Conseil Général et aux parlementaires.
Le Président donne ensuite la parole à M. Gérard pour la communication du jour sur les activités de la Conservation des Antiquités et Objets d’Art de la Haute-Garonne :
Divers dossiers ont été présentés à la COREPHAE de Midi-Pyrénées concernant :
– le bassin du Radoub (annexe technique du canal du Midi) à Toulouse,
– les trésors des églises d’Aure en Comminges et de Saint-Béat,
– des peintures des XIVe et XVIe siècles découvertes dans l’église de Pechbonieu représentant l’arrestation du Christ au Jardin des Oliviers, le Christ en Croix, un décor géométrique multicolore…
– une table d’autel romane à Clermont-le-Fort ; il faut encore signaler ici une très belle Vierge baroque placée dans le chœur et une statue en bois peint de Notre-Dame-des-Bois.
– le mobilier du sanctuaire Notre-Dame de l’Aouach au Fauga
– certains objets mobiliers de l’église de Cazères (à la demande de M. Manière).
M. Leblanc félicite M. Gérard pour son action exemplaire. M. Gérard attire l’attention sur l’avenir des églises. Il pense qu’il est dès maintenant nécessaire d’y réfléchir et de créer des centres de rassemblement pour les objets religieux si l’on veut éviter leur disparition.
Séance du 24 janvier 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet,
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Bibliothécaire Archiviste, Cazes, Secrétaire Adjoint ; Mmes Labrousse, Cazes, Noé-Dufour, Sire, MM. Latour, Hermet, Bernet, Fabre, Pousthomis, Loncan, Cabau, Scelles, l’abbé Rocacher, Blaquière, Tollon.
Excusés : Le général Ménard, M. Manière.
Le procès verbal de la séance précédente est lu et adopté. M. Coppolani fait état de la correspondance manuscrite. Le Secrétaire Adjoint présente les ouvrages reçus par la Société. M. Fouet fait part du don, par Mme Allègre, au nom de son époux décédé, de quatre ouvrages à la bibliothèque de la Société :
– G. Gromort, L’architecture et la sculpture en France de la Révolution à nos jours, Paris, s.d.
– H. Focillon, L’art des sculpteurs romans, Paris, 1931.
– C. Enlart, Manuel d’archéologie française, 1ère partie, t. I et II, Paris, 1927-1929.
– E. Mâle, L’art religieux de la fin du Moyen Âge en France, Paris, 1931.
Le Président enverra une lettre de remerciement à Mme Allègre.
Les élections statutaires pour le renouvellement du Trésorier, du Directeur et du Secrétaire Adjoint ont lieu ; ces derniers sont réélus à l’unanimité des douze membres votants. MM. Pradalier, Tollon et Cazes présentent les rapports sur les candidatures à des places de membres correspondants de MM. Christian Péligry, Jean Nayrolles et Jean Catalo. Par vote des membres titulaires, les trois candidats sont élus à l’unanimité.
G. Ahlsell de Toulza fait le rapport financier pour l’année 1988 ; le rapport est adopté.
Le Président donne la parole à M. Tollon pour la communication du jour consacré aux restaurations en cours des façades sur cour de l’hôtel d’Assézat.
Le nettoyage de ces façades par ruissellement a mis en valeur leur polychromie et, notamment, la curieuse disposition des pierres de taille par rapport à l’appareil de briques. Après cette découverte, l’Architecte en Chef, M. Voinchet, et le Conservateur des Monuments Historiques, Mme Tomasin, ont demandé un complément d’étude. L’enjeu est important pour le monument le plus représentatif de la Renaissance à Toulouse. La polychromie résultant du désordre dans lequel les pierres sont disposées vient brouiller l’ordonnance architecturale et il est envisagé de remplacer les pierres « gênantes » par de la brique et vice-versa. Les documents graphiques établis par César Daly ont souvent rectifiés un état original qui comportait ce désordre. De même, contrairement à ce que l’on voit sur certain documents, les travées serliennes n’ont jamais été ouvertes à l’hôtel d’Assézat. Au moment de la construction de l’hôtel, Vignole et Philibert Delorme n’avaient pas encore publiés leurs traités théoriques. Le système de la régularité de l’appareil n’existaient pas sur les chantiers de cette période.On ne peut donc aujourd’hui refaire cet hôtel avec la régularité du XVIIe siècle et il paraît imprudent d’utiliser des critères tardifs pour sa restauration. Pourquoi ne pas respecter tout simplement les différents états du monument ?
M. Leblanc remercie M. Tollon de nous avoir appris à regarder l’hôtel d’Assézat et juge que les transformations entreprises sont regrettables. M. Tollon précise que les travaux sont arrêtés et que l’on procède pour l’instant au nettoyage et au remplacement des pierres malades. Une travée « expérimentale » a été choisie pour commencer la restauration, et une commission de spécialistes a été nommée. Certains membres trouvent regrettable de faire des expériences sur le monument lui-même avec tous les problèmes de réversibilité que cela pose.
Sont ensuite examinées des questions diverses.
Il semble que le rempart de l’hôpital Larrey ne soit en rien protégé. Son inscription sera demandée lors d’une prochaine COREPHAE. D’autre part, le terrain a été cédé à un ensemble de promoteurs ; la Ville de Toulouse n’est plus concernée. Un bâtiment doit être appuyé contre le rempart. Il conviendrait que la Société engage le dialogue avec ces promoteurs.
Plusieurs membres expriment l’avis que c’est l’ensemble du rempart antique de Toulouse qui doit faire l’objet d’une protection.
Séance du 14 février 1989
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; MM. Bernet, Fabre, Lassure, Latour, l’abbé Rocacher, Membres Titulaires ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Cabau, Catalo, Loncan, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Scelles, Membres correspondants.
Excusés : MM. Leblanc, Président, Cazes, Secrétaire Adjoint, Gérard.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. Le Secrétaire Général présente la correspondance manuscrite et imprimée.
Après audition du rapport de M. Loncan, Aurel Bongiu, Conservateur à l’Inventaire Général de Midi-Pyrénées, est élu à l’unanimité.
La parole est ensuite donnée à B. Pousthomis pour sa communication : « Le Castlar, commune de Durfort (Tarn), fouille d’un village déserté du Bas Moyen-Âge ».
Situé dans l’une des premières vallées de la Montagne Noire, en bordure du Lauragais (plaine de Revel), le Castlar est le nom d’un éperon calcaire qui porte les vestiges du castrum médiéval de Durfort. Le site fait l’objet depuis 1981 d’une fouille archéologique programmée, sous la direction de B. Pousthomis.
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Les documents d’archives, que viennent compléter les données de la fouille archéologique, ne permettent pas actuellement de faire remonter l’origine de ce village au-delà de la fin du XIIe siècle, la période d’occupation intensive couvrant les XIIIe et XIVe siècles. Co-seigneurie partagée entre l’abbé de Sorèze et le seigneur de Roquefort, le sort de Durfort est étroitement lié à celui du château de Roquefort. Durfort est mentionnée en 1317 comme paroisse du diocèse de Lavaur nouvellement créé. L’exploitation de moulins foulons dès le début du XIIIe siècle marque très tôt la vocation artisanale de cette communauté. Nous sommes mal renseigné sur l’abandon de ce site de hauteur au profit du village actuel en fond de vallée, mais il semble s’être effectué progressivement dans la deuxième moitié du XIVe siècle, période de mutation troublée par le Guerre de Cent Ans et la peste.
Ce bourg fortifié d’environ 110 m par 40 m présente une organisation rationnelle adaptée au site accidenté. Une première défense, composée de ravins couronnés d’un rempart, ceint la majeure partie du site. Le point culminant est occupé par une tour elle-même protégée par une seconde enceinte et un fossé sec. L’ensemble du village s’organise à l’intérieur du premier rempart et à l’extérieur, sur le flanc nord-ouest, sous la forme d’un faubourg. Le seul point d’eau potable actuellement connu est une source aménagée hors les murs.
Les bâtiments sont partiellement creusés dans le massif calcaire pour constituer deux parois, les deux autres étant construites en pierres sèches et en terre. Seules les défenses (tour et remparts) sont bâties en blocs de calcaire équarris liés au mortier. Les fouilles ont permis d’étudier des bâtiments d’habitation et des zones d’activités implantées à l’intérieur et à l’extérieur de l’enceinte. Les maisons, peut-être à étage et couvertes en tuile canal, ont une surface au sol de 17 à 21 m². Une cour leur est adjointe.
Un des intérêts majeurs du site est la présence de bâtiments dont les fonctions sont liées au stockage et à l’emploi de céréales. Ainsi ont été étudiées un vaste grenier incendié à la fin du XIVe siècle, deux bâtiments de stockage à silos et une aire de grillage ou de torréfaction.
L’analyse de la masse documentaire engendrée par cette fouille apportera une meilleure connaissance du cadre de vie des populations rurales du Lauragais aux XIIIe et XIVe siècles. De plus, le mobilier archéologique, riche en éléments métalliques et en poteries, permettra l’étude de séries et devrait apporter d’importantes informations sur la vie quotidienne et l’outillage au Bas Moyen-Âge.
À la suite de la communication, l’auteur précise qu’une église dédiée à Saint-Étienne est attestée ; elle était dans le vallon voisin, mais son emplacement exact n’a pas été retrouvé. M. Fouet fait remarquer qu’il existe des analogies entre ce site et celui de Lespugue, en Comminges, qui reste à étudier.
Questions diverses :
La COREPHAE a recommandé l’inscription à l’Inventaire de la totalité des bâtiments non encore protégés de l’hôpital Larrey. Le même rapport propose le classement du rempart comme Monument Historique. Il est observé que d’autres parties du rempart sont également menacées : la partie visible par la tranche, qui jouxte l’ancienne chapelle de l’Inquisition abandonnée par les Réparatrices et qui n’est nullement protégée, pas plus que la chapelle elle-même, ainsi que la partie à découvert à l’angle des rues Bida et Saint-Jacques.
Les travaux de restauration de l’hôtel d’Assézat ont repris depuis le 13 février ; une réunion des responsables a eu lieu au cours de la semaine précédente, mais les résultats n’en sont pas connus. La Société continuera de suivre ces deux questions.
Séance du 28 février 1989
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Cazes, Secrétaire Adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Cabau, Catalo, Fabre, Lassure, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Rocacher, Vézian.
Excusés : MM. Leblanc, Président, Gérard, le général Ménard.
Invité : M. Villeval
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et approuvé.
L’abbé Rocacher précise que la chapelle de l’Inquisition est inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 30 septembre 1988. Plusieurs membres pensent qu’il serait utile de réunir au sein de la Société une commission de réflexion sur le devenir du rempart romain, qui puisse proposer des projets d’aménagement afin de mieux le préserver. Il faut demander la protection de la totalité du rempart et suggérer à la Ville de Toulouse d’encourager les initiatives en faveur de sa mise en valeur.
Le Directeur donne la parole à J.-M. Lassure pour la communication du jour sur le « site archéologique de L’Isle-Bouzon » (Gers) :
« Le site médiéval de Corné (XIe siècle-seconde moitié du XIIIe siècle) se trouve dans la vallée de l’Auroue, à 600 m au sud-ouest de L’Isle-Bouzon, castelnau établi sur une hauteur de la rive opposée et dont la charte de coutumes est de 1266. Il a été découvert au cours de l’hiver 1986-87 et fait depuis cette année l’objet de fouilles de sauvetage programmées.
Une tranchée entreprise sur la parcelle 631 a fait apparaître les fondations larges d’environ 2,40 m d’une tour-salle de plan presque carré (9,55 m x 9,40 m). Elle a montré que cette tour était en partie protégée par un fossé qui débutait par un glacis en pente douce et dont le bord extérieur a été retrouvé à un peu plus de 21 m de son mur ouest. Ce fossé a été exploré jusqu’à une profondeur de 3 m. Après l’achèvement de la fouille de celui-ci, les recherches porteront sur la parcelle 629 où la présence de matériaux de construction et d’un grand nombre d’objets archéologiques semble indiquer l’existence d’une agglomération. »
M.S.A.M.F., page 249
Localisation cadastrale du site médiéval de Corné
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M. Pradalier remercie M. Lassure pour sa communication et lui demande quelle était la superficie interne de la tour ; il voudrait également savoir si l’on trouve des chaînages d’angle dans sa construction. M. Lassure précise qu’il n’y a pas de chaînage d’angle. M. Pradalier voudrait connaître la datation du monument. J.-M. Lassure la situe entre le XIe et le XIVe siècles. Le village a été créé vers 1250 à côté : il est donc probable de situer la construction de la tour avant l’installation du village. Des monnaies de Morlaas du XIIIe siècle ont été trouvées. Le site fut occupé de façon continue depuis la Préhistoire grâce à la présence d’un gué. M. Fouet suggère qu’une tour en bois a pu précéder la construction maçonnée. G. de Toulza pense que les tours en maçonnerie se répandent surtout vers la fin du XIIe siècle. A. Noé-Dufour constate l’importance de l’épaisseur des murs. À la demande de Q. Cazes, J.-M. Lassure précise qu’il a fait, pour l’avenir, une demande de fouille programmée pour ce site : les premières recherches ont un caractère purement exploratoire. Il faut essayer de percevoir l’organisation de ce village. Pour ce qui est des archives, J.-M. Lassure rappelle qu’on ne possède que la charte de coutumes et de fondation de L’Isle-Bouzon. A. Noé-Dufour précise que cette charte concerne uniquement le village, et non le site fortifié. J.-M. Lassure définit l’originalité de ce site par son abondance en matériel métallique. M. Fouet remarque que les céramiques du Moyen Âge sont de forme et de matière très variables. Il propose des comparaisons avec les céramiques de La Hillière. A La Hillière, on a trouvé 85 monnaies du XIVe siècle mais pas de céramiques vernissées. Il pense que l’étude de la céramique médiévale est très difficile à conduire : il y a beaucoup d’ateliers de potiers, mais leurs rayonnements sont très limités, contrairement à ce que l’ont sait pour l’Antiquité. Est ensuite abordée la question de la protection de la Manufacture des Tabacs.
Séance du 14 mars 1989
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Adjoint, MM. Baccrabère, Gilles, Latour, Ménard, l’abbé Rocacher, Blaquière, Cabau, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Scelles, Vézian.
Excusés : M. Leblanc, Président, Mme Labrousse, M. Gérard.
La séance est consacrée à la visite de l’exposition « Palladia Tolosa, Toulouse romaine », au Musée Saint-Raymond, sous la direction de M. Cazes, Conservateur du Musée, Mlle Ugaglia, Conservateur-Adjoint, et M. l’abbé Baccrabère, Conservateur du Musée archéologique de l’Institut Catholique.
Séance du 11 avril 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Cazes, Secrétaire Adjoint : Mmes Cazes, Noé-Dufour, Mlle Eclache, MM. Bernet, Blaquière, Bongiu, Cabau, Catalo, le général Delpoux, G. Fabre, Hermet, Latour, Lassure, le général Ménard, Péaud-Lenoël, Péligry, Pousthomis, l’abbé Rocacher, Scelles, Tollon, Vézian.
Excusés : Mme Labrousse, M. Manière
Le Président accueille les nouveaux membres : M. Péligry et M. Bongiu. Il salue la parution des nouveaux Mémoires consacrés à l’église Saint-Pierre-des-Cuisines.
M. Coppolani fait part de la correspondance manuscrite. Le Président signale tout particulièrement la notification d’une subvention de 5000 f. de la part du CNRS. M. Leblanc lit également une lettre de M. Calley concernant la sauvegarde du rempart de l’hôpital Larrey. Le Secrétaire Adjoint présente les ouvrages reçus par la Société.
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M. Tollon fait un rapport sur la candidature au concours annuel de la Société de M. Pascal Julien, auteur d’une étude universitaire sur les stalles de la cathédrale de Toulouse. M. Pradalier lit ensuite le rapport sur la candidature à ce même concours de M. Manuel Marzet, auteur d’une recherche sur l’église Saint-Michel-des-Lions de Limoges.
La Société décide d’accorder le prix Ourgaud à M. Julien et le prix spécial de la Société archéologique à M. Marzet.
M. Blaquière est réintégré dans sa place de membre titulaire. Mme Annie Noé-Dufour, MM. Scelles et Vézian sont élus à l’unanimité membres titulaires.
Le Président donne ensuite la parole à Mme Cazes pour sa communication sur les bâtiments canoniaux de la cathédrale de Toulouse, qui sera publiée dans le t. XLIX des Mémoires.
M. Leblanc remercie Mme Cazes d’avoir présenté des plans peu connus. Il demande des précisions sur le bâtiment de la prévôté. Esquié a donné relation de sa démolition. M. Leblanc aimerait bien savoir où était le labyrinthe qui ornait le carrelage et demande où se trouve la colonne de l’église Saint-Jacques. Mme Cazes précise qu’elle est aujourd’hui dans le jardin du musée Saint-Raymond.
L’abbé Rocacher rappelle la destruction des vestiges archéologiques découverts dans la cour de l’hôpital Larrey. La presse a rapporté ces informations et son propre avis sur la question. Il a précisé que les vestiges étaient détruits une semaine avant la publication du premier article dans la presse. Les sociétés de promotion immobilière agissent un peu au jour le jour. Les archéologues ne sont pas du tout au courant de l’évolution du projet architectural. Le décalage est trop important entre les discussions en COREPHAE et la réalité du chantier. Des membres constatent qu’il y a une très mauvaise concertation, que la COREPHAE, qui n’a qu’une voix consultative, ne vote que sur les projets qui lui sont soumis, que les potentialités archéologiques devraient être prises en compte suffisamment tôt, avant la remise du chantier au promoteur. Il est rappelé que l’on connaissait l’intérêt du site de Larrey dès 1985, et on souligne que ce qui vient de s’y passer remet en cause notre action. La Société pourrait envisager des recours devant le tribunal administratif dont les jugements feraient jurisprudence. Le problème se posera désormais pour chaque fouille et la Direction des Antiquités, qui ne peut qu’imposer des fouilles sur des sites archéologiques, voit sa compétence s’arrêter au moment où se pose la question de la conservation. On fait enfin remarquer que l’information sur ce chantier a fait défaut et que les membres de la Société manquent d’éléments concrets : projets, permis de construire. Il est proposé d’aller prendre des informations à la Mairie.
Séance publique du samedi 15 avril 1989
Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs,
L’invitation que vous avez reçue et à laquelle vous avez courtoisement répondu portait la mention habituelle : « Allocution du Président ».
Ce dernier, victime de deux sérieux accidents de santé, a bien cru ne pouvoir être des vôtres ce soir. Mais, en tant que maître de maison, il lui a paru finalement « malséant », comme l’aurait trouvé André Gide, de ne pas être ici pour vous accueillir. En vous demandant d’excuser une voix encore faible, me voici donc une fois de plus devant vous, heureux de vous saluer et de vous offrir, au nom de notre Compagnie, les civilités d’usage. En cette année, 158e de notre toujours jeune Société, je me bornerai à vous informer de notre action sur le terrain pour la défense du patrimoine toulousain. Notre gros sujet de préoccupation est resté celui du sauvetage du site Larrey.
D’abord celui des beaux et vénérables bâtiments élevés par les religieuses de Notre-Dame. On peut s’étonner de la désinvolture avec laquelle les promoteurs ont voulu traiter ces bâtiments. Eux ou leurs architectes n’avaient-ils donc pas lu la précieuse Histoire des rues de Toulouse de Jules Chalande, en particulier les numéros 299 et 300 consacrés à la rue Larrey et au Couvent des Religieuses de Notre-Dame du Sac ? À défaut, l’Évocation du Vieux Toulouse où notre regretté secrétaire Robert Mesuret consacra à ces bâtiments toute la page 414 ? Craignant leur manque de curiosité, je n’avais pas manqué d’en développer les traits essentiels sur le registre de l’enquête de 1986. J’en remis une copie à M. le Premier Maire Adjoint Guy Hersant à l’issue du débat public du 22 septembre 1987. Il voulu bien m’adresser quelques rassurantes paroles.
Vous n’ignorez pas que, malgré toutes ces précautions, le bâtiment B fut menacé de quasi-démolition à la faveur de l’imprudent arrêté préfectoral du 31 janvier 1987. À la suite de notre vœu du 15 mars 1988 et de nombreuses démarches, le bâtiment fut finalement sauvé. Mais alors les menaces se reportèrent sur les bâtiments D et E. D’où le 5 novembre 1988 une nouvelle intervention personnelle auprès de M. l’Inspecteur Général des Monuments Historiques à Paris.
Je pense que la cause est gagnée et que seront aussi épargnés les lieux auxquels reste attaché le souvenir du grand « pastelier » Pierre Lopez, chez qui logea en 1548 le célèbre jurisconsulte portugais Antonio de Gouveia et dont la sœur épousa Pierre Eyquem, seigneur de Montaigne (1529). De ce mariage naquit Michel, le futur auteur des Essais, qui vint faire son droit à Toulouse et qui, lorsqu’il allait voir Gouveia, le faisait dans la maison de son oncle… rue Larrey ! N’oublions pas que notre patrimoine n’est pas fait seulement de vénérables monuments, mais aussi de durables souvenirs historiques.
Mais, l’affaire de l’ancien couvent réglée, en surgit une autre : celle des remparts romains. Comment pourrait-on ignorer leur
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existence ? Ils figurent sur tous les plans anciens de Toulouse que l’on peut consulter dans le recueil de notre ancien confrère Roger Camboulives. Mon regretté prédécesseur à cette présidence, Michel Labrousse, leur a consacré 62 pages de sa thèse monumentale sur Toulouse antique. Notre éminent confrère, l’abbé Georges Baccrabère, 39 pages dans le tome 135 des Mémoires de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse (1973). Je les avais à nouveau signalés dans le n° 531 de L’Auta (décembre 1987).
Nos vœux semblèrent comblés quand on nous annonça qu’on allait les dégager et même entreprendre des fouilles à leur pied. Effectivement, lors des journées « portes ouvertes », les Toulousains purent découvrir en vaste chantier dominé par une courtine de 6 m de haut et 2,40 d’épaisseur ainsi que deux tours au parement en moellons calcaires bien conservés à la base. Le 13 décembre 1988, M. Raphaël de Filippo, directeur du chantier de fouilles, voulut bien nous consacrer quelques-unes de ses précieuses heures de travail pour visiter le site dégagé. C’est à l’issue de cet examen détaillé qu’ayant demandé comment cet ensemble allait être conservé, il me fut répondu que les bulldozers allaient raser tout le chantier, y compris la grande « basilique » inopinément dégagée, que la courtine allait servir d’appui à un parking et que la tour la mieux conservée serait recouverte d’une dalle de béton ! Devant ces projets inadmissibles, nous avons immédiatement réagi, adoptant entre autres un vœu pour que notre Société soit désormais consultée avant tout projet relatif à des témoins de notre patrimoine.
J’ai envoyé ce vœu accompagné d’une lettre personnalisée à treize personnalités et alerté les membres de la COREPHAE qui se réunissaient à la fin de la semaine. Je n’ai reçu que trois réponses dont la seule officielle émane de M. le Chef du Service départemental de l’Architecture. Il veut bien m’informer « qu’il a été demandé l’inscription à l’Inventaire supplémentaire des « « remparts ». Par ailleurs une lettre a été adressée au promoteur, démontrant l’intérêt qu’il y aurait à étudier un aménagement du projet qui a effectivement obtenu le permis de construire. Cet aménagement aurait pour but de voir et de mettre en valeur ces découvertes. Espérant avoir apaisé vos inquiétudes, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, cher Monsieur, l’expression de mes meilleurs sentiments… Signé : l’Architecte des Bâtiments de France ».
J’ai reçu cette lettre au début février, alors que je venais d’entrer en clinique. Je n’en savais pas plus, mais n’étais pas rassuré pour cela. Il faudra, pensai-je, essayer de se renseigner en dépit de ce chantier « interdit au public ». La seule nouvelle vient hélas de nous être communiquée par la presse ces jours derniers : « Les vestiges du site Larrey ont disparus ». Il paraît qu’on a profité d’une « querelle » entre historiens et archéologues (?) au sujet de la suite à donner à cette affaire ! Les quatre professeurs d’histoire de l’art et d’archéologie qui siègent au bureau n’ont eu aucun écho de cette « querelle » ; si on les avait consultés, ils l’auraient peut-être apaisée, mais les bulldozers étaient sans doute déjà passés par là, suite logique de la réputation bien acquise que « Toulouse est et demeure la capitale du Vandalisme » dénoncée par Montalembert. Pour nous consoler, nous comptons quand même sur la vigilance de quelques membres du service des Affaires Culturelles et d’avance, nous les remercions.
Pour un convalescent, je m’aperçois que j’ai été bien long et vous prie de m’en excuser, tout comme le fit Bossuet en terminant l’Oraison funèbre du Prince de Condé (1687), de vous avoir fait subir « les restes d’une voix qui tombe et d’une ardeur qui s’éteint ». Merci quand même ! (À noter que l’Aigle de Meaux ne fermera heureusement les yeux que 17 ans plus tard !).
Vous n’avez eu que la moitié de l’allocution habituelle. Notre Directeur, M. Henri Pradalier, a bien voulu me décharger du soin d’évoquer les études auxquelles nous nous sommes livrés pendant l’année académique 1988-1989.
Vous n’avez rien perdu pour attendre. Mon cher ami, je vous donne la parole.
Le Président
Gratien Leblanc
Allocution du Directeur
La longue tradition de la séance publique de la Société Archéologique du Midi de la France veut que soient rappelés les travaux menés par celle-ci au cours de l’année académique. Comme toujours notre Société a montré son dynamisme en réunissant ses membres au cours de treize séances dans lesquelles ont été présentées des communications de qualité. En faire ici le résumé serait inutile d’autant que la plupart d’entre elles paraîtront dans le prochain volume de nos Mémoires. Je me bornerai donc à rappeler que les thèmes abordés ont touché la tranche chronologique la plus large qui soit, de la préhistoire au XIXe siècle.
La deuxième activité de la Société Archéologique touche à la publication de ses Mémoires, qui, pour la première fois cette année, voient apparaître la couleur. En couverture seulement, il est vrai. Mais nous avons bon espoir de pouvoir faire à l’avenir des progrès dans ce domaine en vue de rendre plus attrayante une revue qui ne perdra rien de son poids scientifique. La preuve en est donnée cette année avec un numéro d’une grande solidité, intégralement consacré à l’église Saint-Pierre des Cuisines, et qui donne le résultat de fouilles menées sur ce site pendant plusieurs années par ou avec l’aide de l’Université, de la Conservation des Monuments Historiques et de la Direction des Antiquités Historiques de la région Midi-Pyrénées. C’est donc avec la satisfaction du devoir accompli que nous arrivons à cette séance publique, avec la sentiment de n’avoir pas failli à notre mission, tout au moins dans les domaines traditionnels qui sont ceux de la Société Archéologique du Midi de la France.
Mais les séances de la Société ont aussi été consacrées à de longues discussions sur les moyens de protection et de conservation des monuments dans une ville en pleine expansion. Et ici, il faut l’avouer, c’est pour nous un relatif échec. Certes les bâtiments des XVIIe et XIXe siècles de l’hôpital Larrey, pour lesquels nous sommes intervenus, paraissent-ils désormais à l’abri. Certes, grâce à la compréhension de l’entreprise Tué et de l’Architecte en Chef M. Voinchet, les vestiges trouvés à l’angle de la cour de l’hôtel d’Assézat ont-ils été
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préservés, de même que, grâce à l’imagination du maire de l’Union, ont été conservés les thermes romains découverts sur la chantier de la cathédrale Saint-Étienne. Mais à côté de cela, que de pertes à déplorer ! Que de monuments ou de sites archéologiques irrémédiablement détruits ou atrocement défigurés en moins d’un an et demi ! Le catalogue, pour un laps de temps aussi court, en est consternant.
Disparus, à l’angle de la rue Gambetta et de la Place du Capitole, les derniers vestiges de la chapelle Sainte-Catherine de l’ancien collège de Pampelune datant du XIVe siècle, et, disparue avec eux, une zone archéologique antique et médiévale, de plus de 2000 m² en plein cœur de la cité, le long de l’ancien Cardo romain sans avoir été fouillée et sur laquelle la découverte de certains éléments archéologiques auraient dû interrompre momentanément les travaux ; éventré au bulldozer, l’enclos funéraire de l’église Saint-Sauveur sous la halle aux grains sans qu’aucune fouille ait pu être entreprise. Enfin et surtout, réduits à néant, les vestiges antiques mis au jour, il y a quelques mois, à l’hôpital Larrey. Des fouilles menées avec compétence et efficacité avaient permis de faire apparaître un monument d’une taille unique dans toute la Gaule pour cette période de la fin de l’Antiquité. Il y a trois semaines, alors qu’il devait être statué prochainement sur ces découvertes, les bulldozers ont tout détruit, supprimant à jamais un ensemble sur lequel auraient dû se pencher longuement les spécialistes de l’Antiquité pour en tirer les renseignements archéologiques et historiques qu’il était à même de fournir sur la Toulouse de la fin de l’Antiquité. Avouons-le, cela fut un déchirement pour tous les membres de la Société Archéologique en même temps qu’un aveu d’impuissance.
Nous voici donc encore et hélas réduits au rôle impopulaire de censeurs. Et pourtant la Société archéologique souhaiterait pouvoir éviter ce genre de situation. Or l’élément fondamental qui commande les comportements des nouveaux Vandales est la peur. La peur de perdre de l’argent, beaucoup d’argent si un chantier est arrêté ou si des programmes doivent être modifiés en raison d’importantes découvertes. Pourtant, il y a sans doute une autre que les promoteurs ne devraient pas oublier : celle de l’image de marque de leur entreprise. Détruire des vestiges anciens n’a jamais fait une bonne publicité. Par contre quelles louanges n’adresse-t-on pas à ceux qui acceptent de modifier leurs programmes en fonction des découvertes ! On dit partout du bien des villes et des entreprises qui conservent leur patrimoine. On entend le pire sur celles qui font le contraire. Il faut donc que nous puissions convaincre les personnes concernées que leur intérêt est davantage dans la mise en valeur et la conservation des vestiges que dans leur destruction.
Mais la peur de perdre de l’argent n’est pas toujours la seule cause de ces destructions. Il y a aussi l’ignorance. L’ignorance qui est tout aussi responsable que le souci de préserver des intérêts matériels. Certes l’ouvrier qui excave avec un engin mécanique n’est pas tenu de savoir si le morceau de mur qu’il rencontre est antique ou médiéval, important ou sans intérêt. Mais si, auparavant, il a été prévenu du risque qu’il y a à trouver des restes archéologiques et s’il sait qu’il doit à ce moment-là s’interrompre et prévenir, il sera attentif ; on objectera bien sûr que parfois il est prévenu, mais, en sens inverse, avec comme consigne de faire disparaître immédiatement toute trace de découverte pour éviter fouille ou enquête. Et c’est là que les décideurs doivent connaître la position des archéologues. Nous ne sommes pas attachés à la conservation systématique de tout ce qui se découvre. On ne peut toujours tout conserver, et cela, nous le savons. Par contre, nous jugeons qu’il est indispensable de toujours tout faire pour conserver ce qui peut et doit l’être. Et cela, il faut que tout le monde le sache.
Enfin, dira-t-on, il existe des administrations chargées de la protection et de la conservation. Que font-elles donc? Elles font leur travail, tout leur travail. Mais elles souffrent d’un manque tragique d’argent et de personnel pour veiller sur tous les chantiers qui s’ouvrent non seulement à Toulouse mais aussi dans une Région qui est une des plus étendues de France. Et lorsqu’on sait le peu de moyens dont elles disposent, on ne peut que leur rendre hommage pour tout ce qui a été défendu, protégé et sauvé.
Ces remarques débouchent sur un examen de conscience, le nôtre, membres de la Société Archéologique. Avons-nous été assez dynamiques, assez rapides, assez convaincants, assez entendus dans nos interventions ? Probablement pas si l’on en juge aux maigres résultats obtenus. Pouvons-nous faire mieux que d’adresser des vœux tardifs ? Oui, sans doute, en alertant l’opinion publique, en annonçant à l’avance les risques qu’il y a, à l’occasion de l’ouverture de tel ou tel chantier, de faire des découvertes. Il faut, avant qu’une entreprise n’ouvre un chantier, qu’elle connaisse ces risques et les intègre dans ses devis et ses délais de livraison. Cela nous évitera d’avoir à protester après. Encore, bien sûr, faudrait-il être au courant des projets et des plans.
Dans le cas qui nous occupe, donc, c’est probablement par la communication que l’on évitera erreurs et destructions et, par conséquent, conflits et rancœurs. Et ici, le rôle de l’information est primordial ainsi que l’attention que doivent porter tous les citoyens à ce qui se passe dans leur ville, dans leur quartier, dans leur immeuble lors de travaux en tous genres, en restant à l’affût de tout ce qui peut être un reste archéologique. Aussi, à la veille des travaux importants qui vont s’ouvrir à Toulouse à l’occasion du creusement du métro, à l’occasion des restaurations qui vont s’engager, la Société Archéologique souhaite voir tout le monde faire des efforts de concertation et d’information nécessaires pour sauver ce qui peut et doit l’être, tant à Saint-Pierre des Cuisines, qu’à l’Hôtel d’Assézat, à l’Hôtel de Pierre, et, encore, à l’hôpital Larrey, où il faudra, comme promis, que les restes du rempart romain soient mis en valeur.
Que Toulouse ne retrouve pas la déplorable réputation qui fut la sienne dans les années 1830, réputation qui la fit qualifier capitale du vandalisme en France par Montalembert, c’est le vœu que nous formulons.
Un vœu de plus ! Dira-t-on. Oui, un de plus !
Mais peut-être le dernier avant que ne soient envisagés des moyens plus radicaux d’être enfin entendus et écoutés. Je vous remercie.
Le Directeur
Henri Pradalier
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Rapport sur le concours par Mme Michèle Pradalier-Schlumberger et remise du prix Ourgaud à M. Pascal Julien, du prix spécial de la Société Archéologique à M. Manuel Marzet.
Conférence de M. Bruno Tollon : « Les Restaurations dans l’architecture civile à Toulouse : problèmes actuels ».
Séance du 25 avril 1989
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Cazes, Secrétaire Adjoint ; Mme Cazes, Mlle Eclache, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Blaquière, Cabau, Catalo, le général Delpoux, G. Fabre, Hermet, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Vézian.
Excusés : MM. Péligry, Scelles, Leblanc.
En l’absence du Président souffrant, M. Pradalier assure la présidence. M. Coppolani présente la correspondance manuscrite. M. Cazes présente la correspondance imprimée. La parole est ensuite donnée à M. l’abbé Baccrabère pour la communication du jour : Histoire d’une fonderie de canons (1793-1866), qui sera publiée dans le prochain volume des Mémoires.
M. Pradalier remercie M. l’abbé Baccrabère pour sa communication et lui demande quelle était la durée de la coulée. Il fallait environ 24 h pour couler six canons à la fois. M. Pradalier souhaite également avoir des précisions sur la réalisation de l’entrée de la fonderie et sur la date de fermeture de cette fonderie. 1866 est l’année de la fermeture. Napoléon III a alors créé une grande fonderie centrale à Bourges. D. Cazes demande si le percement du rempart pour la création de la fonderie avait déjà permis des découvertes archéologiques. Le percement de ce rempart, très dur, a entraîné la recherche de démolisseurs-spécialistes à Carcassonne. M. Blaquière s’informe sur la fabrication des boulets. Suit une question de M. Manière : où se procurait-on le bronze ? Des cloches ont été fondues, mais on a toujours conservé une cloche par clocher. Le bronze venait des pays scandinaves, d’Angleterre, de Russie et du Pérou. Les Français on pu prendre Séville sous Napoléon Ier grâce au fondeur espagnol Pédarros venu diriger la fonderie de Toulouse où il fit apporter du bronze d’Espagne. B. Pousthomis demande combien il y avait d’employés : 178 ouvriers, dans les périodes creuses, seulement 50. M. Manière évoque les arrivages par le Port-Garaud. L’abbé Baccrabère montre l’importance architecturale des bâtiments de la fonderie pour la période révolutionnaire à Toulouse. M. Péaud-Lenoël demande des précisions sur la fabrication des moules.
Sont ensuite abordées les questions diverses.
M. Latour suggère de constituer une commission pour l’achat des ouvrages.
Le Directeur demande s’il ne serait pas utile que la Société écrive directement au Ministre au sujet des destructions et restaurations des Monuments Historiques de la ville. Certains membres pensent que c’est bien là le rôle de la Société, et que l’action de l’abbé Baccrabère est exemplaire à cet égard. M. Manière évoque la destruction d’un superbe aqueduc lors de la construction des « Jardins d’Arcadie ». La Société propose d’envoyer copie de la lettre au Ministre, 15 jours après son envoi, à la presse, aux édiles de la ville et aux parlementaires (la procédure de la question parlementaire pouvant être efficace) ; cette lettre ne doit avoir aucun caractère polémique ou politique. Pour B. Pousthomis, la politique actuelle est meilleure que la précédente, puisque l’on fouille, mais l’on détruit ensuite ; la moitié du chemin a été faite. Pour D. Cazes, il y a une question de doctrine : il serait souhaitable de ne pas détruire l’objet de l’étude, objet que l’on ne peut totalement enregistrer scientifiquement avec tous ses caractères. L’abbé Baccrabère, également de cet avis, est persuadé qu’il faut conserver des témoins pour les générations futures, ce que M. Fouet a fait dans des fouilles.
Séance du 9 mai 1989
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire Général, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Adjoint ; Mme Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Prin, Latour, Hermet, G. Fabre, Pousthomis, Péaud-Lenoël, Scelles, Cabau, Catalo, Bongiu.
Excusés : M. Leblanc, Président, les généraux Ménard et Delpoux, M. l’abbé Rocacher, M. l’abbé Baccrabère, M. Manière.
Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté. Le Secrétaire Adjoint présente la correspondance imprimée ; M. Coppolani signale que la Société vient d’acquérir le Dictionnaire des rues de Toulouse de Pierre Salies. M. Fouet rappelle que M. l’abbé Rocacher souhaite que l’allocution du Président pour la séance publique soit publiée dans la presse. M. Fouet estime également qu’il faut diffuser le plus possible les prises de position de la Société quant à la conservation du Patrimoine. M. Latour se charge de l’envoi aux journaux, M. Hermet de L’Auta, M. Fouet de la Revue de Comminges. Le Directeur donne ensuite la parole à P. Cabau pour la communication du jour :
« Une chronique de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse écrite par Bernard du Rosier (v. 1400 – 18 mars 1475 n.s.)
Bernard du Rosier, le très savant prélat qui occupa le siège archiépiscopal de Toulouse de 1451 à 1475, se montra fort curieux de questions d’histoire. On sait qu’il fit composer par le franciscain Etienne de Gan, en 1452 ou 1453, un mémoire sur les origines de Toulouse (A.M.T., AA 5,1) et qu’il rédigea lui-même, entre autres ouvrages, un livres des annales de cette ville (Liber de annalibus ciuitatis Tholose), hélas déjà perdu au début du XVIIe siècle. On pourra ajouter aux œuvres historiques de ce grand érudit une chronique de la cathédrale de Toulouse.
M.S.A.M.F., page 254
Bernard du Rosier eut en effet le souci de rappeler les circonstances de la fondation de son église métropolitaine, ainsi que les étapes principales de sa construction. Il intégra le résultat des recherches qu’il avait menées à ce sujet dans son traité De laudis beati Stephani protomartyris, livre central d’une trilogie consacrée à la louange du premier martyr, saint patron de la cathédrale. Vers 1463, comme s’achevaient dans sa métropole d’importants travaux d’embellissement, l’archevêque fit placer dans le chœur, attachés aux boiseries des stalles hautes par une chaîne de fer, deux grands volumes en parchemin splendidement manuscrits et enluminés. L’un contenait un ouvrage en sept livres composés en l’honneur de la Vierge Marie, l’autre le triptyque dédié à Saint-Etienne. Ces précieux libri catenati, décrits notamment par Nicolas Bertrand (v. 1455 – ap. 1527) dans son De Tholosanorum gestis (1515), furent consumés dans l’incendie qui ravagea la chœur de Saint-Etienne dans la nuit du 9 au 10 décembre 1609.
Or partie du texte de la chronique de la cathédrale de été conservée, transmise par deux copies. De la première, faite plus d’un siècle avant la catastrophe, Guillaume Catel (1560-1626) a publié plusieurs extraits de ses Mémoires de l’Histoire du Languedoc (1633). Quant à la seconde, transcrite le 8 mai 1511 et déposée ensuite dans les archives du chapitre de Saint-Etienne, elle existe encore (A.D. 31,4 G 241). En attendant de lire l’édition-traduction des fragments qui nous restent de cette œuvre de Bernard du Rosier, on trouvera ici l’analyse critique de leur substance (entre crochets sont indiqués les sources auxquelles l’archevêque a puisé ses informations).
ÉPISODES LÉGENDAIRES – 1. Mission de saint Martial, l’un des soixante-douze disciples du Christ, envoyé en Gaule par saint Pierre [« Lettre de saint Martial aux Bordelais », apocryphe] – 2. Fondation par Martial de la cathédrale de Toulouse : construction d’une « église toute petite », la première bâtie dans la cité, dédiée à saint Etienne et dotée de reliques du protomartyr [Bernard Gui, Nomina sanctorum Lemouicensis dyocesis, ou Speculum sanctorale ; avec un emprunt probable de l’expression ecclesia paruula à la Passio sancti Saturnini] – 3. Dédicace de la cathédrale par saint Front, disciple du Christ [Ibidem] – 4. Mission de saint Saturnin, disciple du Christ, premier évêque de Toulouse, envoyé de saint Pierre ; ses oraisons dans la cathédrale, où un ange lui annonce son martyre [Bernard Gui, Nomina episcoporum Tholose, d’après une version interpolée de la Passio sancti Saturnini] – 5. Abrégé du récit des origines de la cathédrale de Toulouse selon une inscription [Epitaffium Ecclesie Tholosane, reproduite aussi en marge des Nomina episcoporum Tholose, B.N., ms. lat. 5929]
FAITS HISTORIQUES – 1. Reconstruction, « bien des années après le martyre de saint Saturnin », de la « toute petite église », rebâtie « à la manière d’un très vaste édifice, en briques, comme il apparaît encore en partie » [Il s’agit de la grande nef unique élevée durant les épiscopats de Foulque de Marseille (1205-1231) et de Raymond du Fauga (1232-1270)] – 2. Election, confirmation et consécration de l’évêque Bertrand de L’Isle-Jourdain (1270-1286) [Nomina episcoporum Tholose, d’après Guillaume de Puylaurens, Chronica] – 3. Edification, lancée en 1275 par Bertrand de L’Isle-Jourdain, d’un nouveau chœur ceint de « quatorze chapelles d’un nouvel ouvrage » [Addition marginale aux Nomina episcoporum Tholose, B.N., ms. cit. ; date d’après relation de pose de la première pierre ? Il s’agit du chœur rayonnant entrepris sous la direction d’un maître du gothique septentrional] – 4. Erection, par le pape Jean XXII, de la cathédrale en métropole (1317) [Continuation des Nomina episcoporum Tholose, B.N., ms. cit.] – 5. Confection, aux frais du patriarche d’Alexandrie Jean de Cardaillac, administrateur de l’archevêché de 1378 à 1390 (« de 1378 à 1399 » par erreur), d’un buste-reliquaire « somptueux » pour les reliques de saint Etienne [Armoiries du patriarche sur le reliquaire d’argent doré, pesant plus de cent marcs, fabriqué avant 1383 et disparu après 1792] – 6. Construction, à l’extrémité ouest du chœur canonial, d’orgues « en grande et solennelle forme » offertes par Bernard du Rosier lui-même [cf. A.D. 31, 1 E 843, n° 32 : transcription de l’acte de donation au chapitre de ces quatre ou cinq instruments, dressé le 22 janvier 1463].
Bernard du Rosier a ainsi tiré parti de témoins du passé visibles dans son église métropolitaine aussi bien que de documents conservés dans ses archives, mais il s’est surtout inspiré des travaux de Bernard Gui (v. 1261-1331). Il s’est beaucoup servi d’un recueil d’ouvrages de l’historien dominicain confectionné dans la première moitié du XIVe siècle, qui comporte tout une série d’annotations ajoutées au siècle suivant et qu’il a complété de sa propre main (B.N., ms. lat. 5929 + 4987). Sa chronique présente un double intérêt, historiographiques ou historiques. D’une part, elle atteste la vogue de la légende apostolique de saint Martial à la fin du Moyen Âge ; ce peut être indirectement la preuve de l’oubli dans lequel avaient sombré, depuis longtemps sans doute, les origines réelles de la cathédrale de Toulouse (on notera à ce propos que la plus ancienne liste épiscopale connue, donnée en 1296 par le juriste Arnaud Arpadelle dans son Commentarium consuetudinum Tholose, reste très lacunaire jusqu’à la fin du XIIe siècle). D’autre part, la compilation de l’archevêque indique explicitement pour les débuts de la seconde reconstruction de Saint-Etienne au XIIIe siècle (généralement fixés à 1272 sur la foi de la Gallia christiana) une date qui mérite réflexion : 1275 (ou 1276 n.s.) ».
M. Pradalier remercie M. Cabau pour son intéressante recherche régressive et souhaiterait savoir quelles étaient les sources de Bernard Gui. M. Cabau répond qu’il s’agit de la Vita aureliana et de textes qui apparaissent au XIe siècle. H. Pradalier constate que cela correspond aux ambitions des ducs d’Aquitaine sur Toulouse. Il rappelle aussi la présence de saint Martial dans la décor sculpté de la façade occidentale de Saint-Sernin. Il demande également s’il n’y a pas de relation entre les Rosier et les Rogiers, de la famille du pape d’Avignon Clément VI. P. Cabau répond par la négative et précise que les armoiries de Bernard du Rosier comportaient des roses. H. Pradalier évoque la chapelle Saint-Martial du Palais des Archevêques de Narbonne. Il se demande si le souci n’existait pas, au sein du chapitre de Saint-Etienne, de montrer à tout prix l’antériorité de l’église Saint-Étienne par rapport à celle de Saint-Sernin. D. Cazes attire l’attention sur la dalle funéraire gravée de Bernard du Rosier, extraite du chœur de la cathédrale et actuellement conservée au Musée des
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Augustins. On y voit les armoiries de Bernard du Rosier surmontées de trois bonnets de docteur. La représentation en perspective d’une accumulation de livres derrière l’effigie de l’archevêque évoque l’Italie centrale. Michèle Pradalier remarque le caractère tardif de la date de 1275 qui réduit la période de construction du chœur. Ch. Péligry parle de la personnalité exceptionnelle de Bernard du Rosier. Il tient de François Avril qu’un artiste italien passa à Toulouse vers 1460, venant de Turin. Sous l’archevêque B. du Rosier, il fit des vitraux dans la cathédrale. Il rappelle qu’une thèse de l’École des Chartes vient d’être soutenue sur l’œuvre écrite du prélat. Il dit aussi que ce dernier a trouvé le reliques de sainte Jeanne de Toulouse et a demandé l’impression d’une vie de la sainte qui pourrait bien être le premier livre imprimé à Toulouse. P. Cabau conclut le débat en redisant à quel point B. du Rosier a été le ferment d’un bouillonnement intellectuel et artistique à Toulouse.
Séance du mardi 13 juin 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Coppolani, Secrétaire Général, Fouet, Bibliothécaire Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, MM. Bernet, Lassure, Latour, abbé Rocacher, Scelles, Membres titulaires, Mmes Cazes, Merlet, Noé-Dufour, MM. Bongiu, Catalo, Loncan, Péaud-Lenoël, Pousthomis, Membres correspondants.
Excusés : M. Pradalier, Directeur, Cazes, Secrétaire Adjoint, Gérard, Cabau.
Le Président évoque le problème de l’impression du tome XLIX des Mémoires de la Société. Des contacts ont été pris avec les imprimeurs, mais il est certain que tous les textes ne seront pas prêts avant le 30 juin. La commission de rédaction se réunira néanmoins le 20 juin.
Après communication de la correspondance, la Société décide d’intervenir auprès du gouvernement grec pour la sauvegarde du site de l’Olympe menacé par un programme d’équipements touristiques, intervention demandée par le mouvement international Moutain Wilderners.
Sur le rapport de M. Maurice Scelles, M. Richard Boudet, chargé de recherches au C.N.R.S., spécialiste de l’âge du fer, est élu à l’unanimité Membre correspondant.
En l’absence du rapporteur désigné, la présentation de la candidature de Mlle Ugaglia est remise à une séance ultérieure.
M. Maurice Scelles présente la communication portée à l’ordre du jour : « Aperçu sur quelques édifices civils du moyen-âge à Cahors » :
« Elle constitue une première présentation de l’étude engagée par le Service régional de l’Inventaire de Midi-Pyrénées sur l’ensemble de la ville ancienne. Celle-ci se caractérise par l’exceptionnel état de conservation d’un grand nombre d’édifices des XIIIe et XIVe siècles.
Un bâtiment situé à l’est de la cathédrale est qualifié de « cuvier du chapitre » au XVIIe siècle. Cette appellation tardive ne saurait rendre compte des structures de l’édifice médiéval. Derrière une façade qui ne se distingue que peu de celle d’une maison, il s’agit en fait d’un vaste bâtiment de vingt-quatre mètres de long. Le rez-de-chaussée divisé en deux vaisseaux par trois grandes arcades avait probablement une fonction commerciale. Mais il faudra préciser celle de l’étage, largement éclairé et qui ne comporte pas moins de cinq cheminées.
Trois maisons des XIIIe et XIVe siècles ont pu faire l’objet d’une étude très détaillée à l’occasion de travaux de rénovation. Deux sont des édifices importants, à plusieurs corps de bâtiment autour d’une cour où se trouve un grand escalier sur voûte. Leur étude permet non seulement de restituer les façades du moyen-âge mais également les moindres détails des habitations : décors peints, cheminées, éviers, latrines, escaliers en bois intérieur… Bien que la troisième maison ait été largement transformée au cours des siècles, l’observation des vestiges permet de reconstituer la majeure partie du bâtiment du XIIIe siècle ».
Le Président remercie et félicite l’orateur, et souligne trois points de son exposé : l’utilisation principale de la brique comme matériau, le nombre élevé de placards dans les locaux et l’équipement en cuisines et en latrines. M. Scelles répond que la pierre est à Cahors un matériau noble réservé principalement, semble-t-il, aux façades de l’axe principal, la grand’rue.
Mme Noé-Dufour et M. Pousthomis notent les ressemblances entre les façade des trois maisons présentées par M. Scelles et celles de la maison « gothique » de la rue Croix-Baragnon à Toulouse, ou encore des maisons de Cordes. Mais les sculptures sont de caractère nettement différent.
M. Scelles note que les escaliers de ces maisons se rapprochent de ceux des maisons catalanes et italiennes de la même époque.
M. Catalo demande si l’on a une idée de l’utilisation première de ces locaux et si le sous-sol apporterait des indications à cet égard. L’une des maisons n’a apparemment pas de cave, les deux autres en ont une voûtée ou sous plancher.
M. Pousthomis demande si l’on a une idée du niveau social des habitants. Les caractères de l’architecture semblent indiquer des locaux commerciaux au rez-de-chaussée, d’habitation aux étages. Mais s’agit-il des activités et du logement des propriétaires ou de locaux loués ? et par qui ? Peut-être le logis d’une grande famille ? On n’a jusqu’ici trouvé aucun document qui permette de répondre à la question.
M. Ahlsell de Toulza insiste sur la qualité de cet habitat ancien. Il demande qui a eu l’initiative de ces restaurations. Il s’agit de propriétaires privés qui bénéficient des avantages financiers accordés dans les secteurs sauvegardés. Le pseudo « cuvier du chapitre » deviendra un musée du vin de Cahors, les autres locaux seront aménagés en appartements ou en bureaux.
Le Président prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 1989-1990
Tome L (1990)
Lire le compte-rendu
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Séance du 21 novembre 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire adjoint ; Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, MM. Boudet, Cabau, Catalo, le général Delpoux, G. Fabre, Hermet, Lassure, Latour, Manière, le général Ménard, Péaud-Lenoël, Péligry, l’abbé Rocacher, Scelles.
Excusés : MM. Bernet, l’abbé Baccrabère.
Invité : M. Pascal Julien.
Le Président déclare ouverte l’année académique et demande à chacun des membres de bien vouloir lui faire connaître ses propositions de communication. Il informe ensuite l’assemblée qu’il a autorisé au cours de l’été une consultation des archives de Bertrand Sapène relatives à Saint-Bertrand de Comminges. Il est suggéré que la Société publie ces archives.
Après lecture du communiqué intitulé « Bataille de Saint-Sernin ». La société archéologique dlu Midi de la France prend position, publié dans La Dépêche du Midi du jour, un débat s’instaure dans l’assemblée sur la teneur et l’opportunité d’une prise de position publique de la Société dans la controverse actuelle sur la restauration de Saint-Sernin.
Le Président propose d’organiser une séance spécialement consacrée à la basilique. Le Secrétaire-adjoint suggère une analyse du problème en trois étapes : visite des parties concernées par la restauration à Saint-Sernin, présentation des documents de l’exposition Saint-Sernin de Toulouse : trésors et métamorphoses au musée Saint-Raymond, puis discussion à l’hôtel d’Assézat. Henri Pradalier pense que deux séances seront nécessaires. Il ajoute qu’il serait bon de constituer, après ces deux séances, un groupe de recherche sur Saint-Sernin permanent au sein de la Société.
Le Président donne la parole au général Ménard pour la communication du jour sur Les Cloches du Volvestre. L’enquête a porté sur plus de quatre cents cloches pendues aux cent trente clochers qui s’élèvent sur le territoire de l’ancien diocèse de Rieux. Cette étude très complète s’est étendue à la technique de fonte, aux caractéristiques musicales des cloches, à leur épigraphie et à leur décor, aux chansons et aux dictons qu’elles ont inspirés. Elle a permis de mettre en relief l’intérêt des cloches comme élément important et trop ignoré de notre patrimoine rural.
Le Président remercie le général Ménard pour cette intéressante étude et lui demande des renseignements complémentaires sur les fondeurs de cloches. Henri Pradalier mentionne leur activité à Pamiers. Georges Fouet et Quitterie Cazes voudraient savoir si le général Ménard a pu localiser les endroits où avaient été fondues les cloches dont il a parlé. Henri Pradalier rappelle que les fondeurs de cloches partaient le jour des Cendres et avaient une activité itinérante. Daniel Cazes souhaite savoir à quelle époque on peut fixer le changement de la forme des cloches. Dans l’Antiquité et pendant le haut Moyen Âge, elles semblent avoir eu une forme conique; les cloches gothiques prennent la forme d’une coupe. Comment étaient les cloches de l’époque romane ? Henri Pradalier signale des cloches représentées sur des miniatures mozarabes. L’abbé Rocacher attire l’attention sur une rare cloche en fer de Rocamadour. Georges Fouet demande au général Ménard s’il a trouvé des documents concernant l’inclusion de pièces d’argent dans le métal en fusion destiné aux cloches comme cela est attesté. Le général Ménard signale aussi une cloche flamande. Jean-Michel Lassure la met en relation avec de nombreux plats de quête portant, dans notre région, des inscriptions en flamand ou allemand. Jean Coppolani évoque un plat de quête de ce type à Frouzins. Une discussion s’engage aussi sur les plus anciennes cloches connues. Le Président évoque les écoles de carillonneurs. Claude Péaud-Lenoël serait curieux de connaître des relations de chutes de cloches. Pascal Julien rapporte qu’au milieu du XVIe siècle, le clocher de Saint-Sernin a failli s’effondrer et que Nicolas Bachelier a donné la solution pour le consolider.
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Séance du 2 décembre 1989
Présents: MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire adjoint; Mme Cazes, MM. Bongiu, Cabau, le général Delpoux, Latour, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Péligry, Scelles, Tollon.
Invités : MM. Jean Deilhes et Pascal Julien.Le Président ouvre la séance sous le grand orgue de la basilique où la Société a été accueillie par l’abbé Jugla, Curé de Saint-Sernin. Henri Pradalier met l’accent sur le caractère informel de cette séance consacrée à une visite archéologique des parties concernées par la restauration actuellement suspendue. Il présente ensuite rapidement les caractéristiques architecturales essentielles de l’édifice et les différentes étapes de sa construction. Il fait remarquer le ralentissement du chantier que marquent des sculptures médiocres puis, à l’extrême ouest, des chapiteaux sculptés datables des vingt dernières années du XIIIe siècle. Dans les baies des tribunes, on observe même des chapiteaux dont on peut situer la réalisation dans les années 1530-1540. Malgré cet achèvement tardif de l’église, on a cherché à respecter son unité romane. Dans les tribunes, tout au plus, apparaissent des arcs faiblement brisés. Au niveau de la dernière travée de la nef, les voûtes des collatéraux mineur et majeur sont, exceptionnellement, à la même hauteur et deux fenêtres superposées éclairent cet endroit. La voûte de la première travée ouest de la nef est également légèrement plus haute que les autres. Le massif occidental a connu des remaniements : lorsqu’on procédera au démontage, pour restauration, du grand orgue, il conviendra de bien observer les éléments architecturaux actuellement cachés. Au-dessus de l’instrument s’élève une haute voûte sur croisée d’ogives à clef annulaire. M. Bongiu compare les chapiteaux gothiques que l’on voit à l’ouest de la nef de Saint-Sernin avec d’autres, selon lui très proches, sculptés pour l’église abbatiale de Beaulieu (Tarn-et-Garonne) entre 1285 et 1291. Guy Ahlsell de Toulza pense que les chapiteaux comportant des têtes aux angles pourraient être datés du XIVe siècle.
Le groupe procède ensuite à l’ascension de l’escalier en vis aménagé dans la tour nord du massif’ occidental. Chacun petit noter le passage du plan carré de base de cette tour à une nouvelle œuvre de plan octogonal complétée par l’architecte cri chef’ des Monuments Historiques Louis-Jean Hulot entre 1927 et 1929 mais restée néanmoins inachevée : comme au sud où l’on observe titre disposition analogue, le projet d’origine demeure inconnu. Au sommet de cet escalier, l’assemblée se retrouve sur les voûtes d’une salle établie au-dessus de la première travée ouest du collatéral. Quitterie Cazes demande à Jean Deilhes, qui étudie dans le cadre de sa maîtrise le massif occidental, s’il peut préciser la datation relative de l’octogone, de la partie haute de l’escalier et du mur angulaire subsistant percé de quatre mirandes qui clôture ce comble. Pour Jean Deilhes, l’octogone est postérieur à l’escalier. Pour Maurice Scelles, la partie terminale de l’escalier et les murs à mirandes sont contemporains. Henri Pradalier appelle ensuite l’attention sur le fait que la première travée de la nef est différente des autres. Il insiste sur la singularité de la voûte sur croisée d’ogives à clef annelée. Une discussion s’engage à propos de cette voûte. Daniel Cazes demande que soit observée la voûte de la dernière travée de type roman de la nef. Le haut comble commun du massif ouest la recouvre et permet donc de voir l’extrados du berceau principal et celui des voûtes des tribunes qui l’épaulent très haut, avec une disposition d’assises de briques en escalier. Ce haut épaulement du berceau des vaisseaux principaux, que l’on perçoit partout à Saint-Sernin, ne doit-il pas entraîner une première réflexion sur la question d’une couverture à pente unique ou d’une couverture à décrochement de pente sur les nefs et les tribunes ? La pente unique lui paraît a priori plus logique si la couverture doit être établie au proche contact de ces voûtes.
L’assemblée se partage ensuite en petits groupes, ce qui rend impossible l’établissement d’un procès-verbal complet et détaillé de tous les débats.
L’un des groupes procède à la visite du comble de la grande nef. Sont remarqués les grands arcs-diaphragme brisés, en brique, établis par Viollet-le-Duc au-dessus de la voûte en berceau. Le flanc ouest du carré de base du clocher de la croisée est observé en détail : il n’a pas été restauré par Viollet-le-Duc et porte encore de grandes plaques d’enduit. On y note surtout les briques en escalier, formant goutte-d’eau ou solin. marquant l’emplacement de la grande toiture unique supprimée par Viollet-le-Duc à partir de 1860. A aussi été reconnue une trace de la reprise du voûtement de la nef, sur l’extrados, au niveau du sixième jour losangé à partir du clocher. On constate les importantes imprégnations d’humidité qui se produisent dans les voûtes récemment recrépies des tribunes septentrionales de la nef et des tribunes du croisillon nord du transept. En cet endroit, et en examinant le projet d’Yves Boiret pour la restauration du transept nord, s’est ouverte une controverse sur la hauteur de la surélévation du bâtiment qui serait entraînée par la reconstruction du mur à mirandes. Selon les membres, cette hauteur a été estimée de deux à cinq mètres, les points de référence étant très divers (contreforts, corniche à modillons, arcature et chéneaux de la restauration de Viollet-le-Duc).
Ce groupe s’est ensuite hissé sur les chéneaux et les toitures des tribunes du croisillon nord du transept puis s’est introduit dans le comble. Là a été observée longuement la face nord du carré de la croisée du transept. Le parement de briques n’a pas été touché, sous comble, par la restauration de Viollet-le-Duc. Il présente différents éléments dignes d’intérêt. En haut, sous le toit actuel, apparaissent les briques cassées du solin d’appareil de la toiture supprimée en 1860. En bas sont deux sortes de saignées obliques, soigneusement ménagées lors de la construction du mur comme l’attestent les briques disposées en gradins. Ces deux cavités sont à peu près tangentes à l’extrados de la voûte en berceau : elles s’interrompent vers le sommet de cette voûte, n’ayant aucune jonction entre elles. Peut-on y voir les traces d’une ancienne toiture ? Quitterie Cazes a entrepris un relevé de cette maçonnerie dont la datation a été discutée.
Le pignon nord du transept a été analysé dans ses différentes composantes : seul l’oculus et les maçonneries qui lui sont immédiatement liées, avec quelques pierres caractéristiques, sont antérieurs à la restauration de Viollet-le-Duc. Les chaînes d’angle appartiennent à cette restauration ainsi que la meurtrière et les couronnements. Une discussion s’est engagée sur les conclusions à tirer
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SAINT-SERNIN DE TOULOUSE, DESSIN DE L’ELEVATION DU MUR SEPTENTRIONAL DE LA SOUCHE CARREE DU CLOCHER, sous le comble du croisillon nord du transept, au-dessus de la voûte du vaisseau majeur. Cette partie de mur appartient à l’étage de transition entre l’extrados des voûtes des vaisseaux principaux et le 1er étage de la tour octogonale de croisée, au niveau des trompes d’angle. Toute la maçonnerie de cette élévation, qui prend appui sur la voûte romane, est cohérente, jusqu’aux reprises du XIXe siècle, à part quelques rebouchages ponctuels. Dans la partie basse, un retrait de 15 cm a été laissé par les maçons dans l’appareil de briques : il forme deux sortes de saignées tangentes à l’extrados de la voûte (indiquées par deux traits noirs plus épais) ; l’intention primitive des constructeurs est difficile à préciser aujourd’hui (Relevé Q. Cazes).
de la présence de cet oculus : Pascal Julien, Jean Nayrolles et Henri Pradalier pensant que cela implique le décrochement de toiture entre les voûtes des tribunes et celle du vaisseau principal, Guy Ahlsell de Toulza, Daniel et Quitterie Cazes n’étant pas convaincus du fait que cet oculus et ses maçonneries adjacentes aient pu permettre à Viollet-le-Duc de restituer en toute rigueur archéologique les toits et le pignon tels qu’il les a réalisés.
C’est le comble des deux travées droites du chœur qui a ensuite été visité. Là aussi, le parement oriental du carré de la croisée a été laissé dans son état de 1860. A peu près dans l’axe de l’église, il présente une ouverture rectangulaire qui a été rebouchée et enduite. Au-dessus subsistent quelques traces de la pente de la toiture antérieure à la restauration de 1860-1879. L’extrados de la voûte laisse ici apparaître des pierres grossièrement taillées et d’aspect poreux. Henri Pradalier y voit des restes, très érodés par les intempéries, des dalles de la couverture primitive. Quitterie Cazes croit ces pierres constitutives de l’extrados de la voûte romane. Est alors examinée la face interne du pignon qui domine l’abside majeure. A sa partie inférieure et au contact de la voûte se détache une maçonnerie indéniablement romane, formée, comme dans toutes les parties orientales de l’église, de petites briques fragmentées et de quelques pierres de taille bien dressées. Henri Pradalier se demande s’il pourrait s’agir d’encoches destinées à recevoir les extrémités de pièces de charpente. Guy Ahlsell de Toulza et Daniel Cazes pensent plutôt à un mur écrêté de façon très irrégulière et à un simple arrachement d’assises. Ils font remarquer qu’au-dessus et aux extrémités de ces vestiges informes du pignon roman prennent appui les maçonneries du pignon élevé par Viollet-le-Duc.Vers 17 h, une partie seulement de la société réunie à 14 h 30 s’est retrouvée dans les salles du Musée Saint-Raymond consacrées à l’exposition Saint-Sernin de Toulouse : trésors et métamorphoses.
Odile Foucaud présente, à proximité des dessins de Viollet-le-Duc, la demi-coupe transversale relevée au niveau du chœur par l’architecte Jacques-Jean Esquié (n° 84 du catalogue de l’exposition). Ce dessin permettrait de comprendre quelle était la disposition romane des toitures du chœur et du transept; il explique le deuxième projet de Viollet-le-Duc (avril 1862, n° 85 du catalogue) qui porte lui-même en germe ce qui sera finalement réalisé après 1862. Daniel Cazes fait remarquer qu’il faut distinguer nettement, dans ce dessin d’Esquié, les parties qui ont effectivement valeur de relevé pour la partie concernée de l’édifice d’une part, et, d’autre part, les reports de tracés rouges qui ont un caractère théorique. Esquié a légendé lui-même l’un de ces tracés : « Trace sur les murs du clocher d’une double ou de la prise d’une toiture ». Quitterie Cazes et Guy Ahlsell de Toulza contestent la validité archéologique de ce tracé rouge : Esquié a pu commettre une erreur d’interprétation et aucun témoin correspondant ne se voit sur la face est du carré de base du clocher. Henri Pradalier et Pascal Julien pensent qu’il s’agit en fait du report de la pente donnée par la saignée oblique observée sur la face nord. Quitterie Cazes ne croit pas cela possible, la ligne rouge tracée par Esquié passant dans l’épaisseur de l’extrados de la voûte, ce qui est infirmé, selon elle, par l’analyse archéologique du rapport entre la voûte du transept nord et la structure de cette saignée. Odile Foucaud, Pascal Julien et Henri Pradalier pensent que cette saignée doit se poursuivre dans l’épaisseur de l’extrados de la voûte et qu’un petit sondage permettrait de s’en assurer. Odile Foucaud croit que la voûte a été
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rechargée, ce qui dissimule la trace vue par Esquié. Il est convenu d’aller réexaminer ce point important sur place le mercredi 6 décembre.
Henri Pradalier appelle l’attention sur la présentation dans l’exposition d’une très intéressante peinture datée de 1646 et mettant en scène la translation du corps de saint Saturnin par saint Exupère (n° 122 du catalogue). Le cortège se dirige vers l’avant-porte Miègeville. Ce tableau montre le flanc sud de l’église. A la partie supérieure apparaissent les mirandes. Au-dessus du collatéral mineur, dissimulant les fenêtres des tribunes et même certaines mirandes, à l’aplomb de la porte Miègeville, sont des constructions annexes pouvant correspondre à des salles et à une galerie à claire-voie ou loggia. Pascal Julien croit que l’on pourra, à partir de l’étude des archives des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles définir la date et la nature exacte de ces apports architecturaux. Henri Pradalier et Patrice Cabau tentent ensuite de repérer sur les autres documents anciens de l’exposition (peintures, lithographies, calotypes) les vestiges de ces adjonctions.
Séance du 5 décembre 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire adjoint; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Bernet, Blaquière, Bongiu, Cabau, le général Delpoux, G. Fabre, Latour, Nayrolles, Péligry, l’abbé Rocacher.
Invités : Mme Dominique Watin-Grandchamp, MM. Jean Deilhes et Pascal Julien.Le procès-verbal de la séance précédente est adopté. Henri Pradalier projette des diapositives qui viennent illustrer la visite de Saint-Sernin et de l’exposition du Musée Saint-Raymond. En présentant des vues du revers du pignon de croisillon sud du transept, il fait remarquer que sa maçonnerie romane subsistante est plus large qu’au nord et que toutes les reconstitutions graphiques établies à partir des pignons de la cathédrale Saint-Jacques de Compostelle indiquent des toits à décrochements. Des vues de Compostelle et de Conques pourraient appuyer cette explication, qui doit être aussi valable pour Saint-Sernin. Guy Ahlsell de Toulza croit en la possibilité d’une couverture unique laissant apparaître extérieurement les oculi du transept de Saint-Sernin. Sur l’un des calotypes présentés à l’exposition Saint-Sernin : trésors et métamorphoses, l’on voit que l’organisation du toit unique se fait en fonction de l’oculus du croisillon sud. Henri Pradalier rappelle que ce toit est tardif et que ses constructeurs ont été gênés par une ligne de pente antérieure. Guy Ahlsell de Toulza aimerait qu’on lui démontre la nécessité d’une rupture de pente à Saint-Sernin en cet endroit à l’époque romane. Pour lui, ce qui prime lors de l’établissement d’une toiture, c’est son efficacité. Annie Noé-Dufour juge qu’il est plus compliqué de mettre en place des grandes toitures car cela entraîne la recherche de pièces de bois plus importantes qu’on se procure difficilement. Pascal Julien argumente aussi en ce sens et insiste sur les problèmes qui sont alors posés au charpentier. Daniel Cazes tient à préciser que l’on ne sait rien sur le toit d’origine des parties romanes de la basilique ; il n’était pas obligatoirement fait de charpente et couvert de tuiles. Pascal Julien dit pouvoir démontrer, grâce aux textes d’archives, qu’en 1512 toutes les toitures de Saint-Sernin étaient en ruine. Dominique Watin-Grandchamp fait mention d’archives du XVIe siècle où l’on trouve des comptes correspondant à l’achat de tuiles, notamment en 1552 où il est à la fois question de tuiles canal et de tuiles planes. Daniel Cazes pense que cela ne prouve rien quant à la forme et aux matériaux utilisés pour les toitures de l’époque romane. Il se demande par ailleurs quelle était la fonction réelle des tuiles planes mentionnées dans ces comptes.
Quitterie Cazes rappelle que, en dehors de ceux éventuellement conservés à la base du clocher, les seuls éléments romans sont ceux des pignons nord, sud et est de la basilique et qu’ils ne nous permettent pas beaucoup de conclusions. Une nouvelle discussion s’engage alors sur la fonction des trous apparents au revers du pignon sud : Henri Pradalier et Pascal Julien y reconnaissent la trace de la charpente du toit roman, Guy Ahlsell de Toulza penchant plutôt en faveur de trous de boulins d’échafaudages. Quitterie Cazes croit que Viollet-le-Duc n’avait pas plus d’informations que nous sur la couverture romane. Henri Pradalier répond qu’il est sûr, au demeurant, qu’il n’existait pas de mirandes à l’époque romane. Guy Ahlsell de Toulza juge que, s’il y a eu charpente romane, elle n’a pu concerner que les parties orientales de l’église et que l’on peut s’interroger sur l’existence d’une charpente provisoire sur la nef. Aurait-on modifié ce premier toit roman rapidement ? Henri Pradalier pense qu’il y a eu un premier toit roman.
Un débat s’engage sur la valeur archéologique de l’actuel projet de restauration et sur ce que doit être une intervention sur Saint-Sernin en cette fin du XXe siècle.
Jean Nayrolles intervient en disant qu’il convient d’évaluer la qualité et la valeur historique de la création de Viollet-le-Duc à Saint-Sernin. Il s’agit d’apprécier la place de Saint-Sernin dans l’art du XIXe siècle. Pour Jean Nayrolles, Saint-Sernin c’est aussi la source et l’apogée du rationalisme en matière de restauration monumentale : la source en 1846 avec le premier projet non réalisé de Viollet-le-Duc, l’apogée avec son deuxième projet caractérisé par l’ajout des murs acrotères. En 1846, le projet de Viollet-le-Duc pour Saint-Sernin n’est pas une idée banale, ajoute Jean Nayrolles, pour qui la restauration de 1860-1879 n’est peut-être pas très belle mais est très importante. Jean Nayrolles note que l’on cite souvent l’article restauration du Dictionnaire raisonné de l’architecture de Viollet-le-Duc, qui est postérieur à la restauration de Saint-Sernin. En fait, précise-t-il, il existe un autre texte de Viollet-leDuc sur la définition de la restauration et ce texte pourrait être signé par un architecte d’aujourd’hui. La Madeleine de Vézelay a fait couler beaucoup d’encre car Viollet-le-Duc l’a sauvée. La malchance de Viollet-le-Duc à Toulouse, pour la postérité de son œuvre, vient peut-être du fait qu’il n’a pas sauvé Saint-Sernin. Il évoque la célébrité de l’architecte lors de sa restauration, grâce à Napoléon III, du château de Pierrefonds. Il montre comment Viollet-le-Duc est devenu de nos jours un personnage « médiatique » et comment, à Toulouse, son sort est assez curieux. Selon lui, Viollet-le-Duc fut sans doute un architecte médiocre, mais qui demeure important.
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Aurel Bongiu souligne l’honnêteté intellectuelle de Viollet-le-Duc ; toutefois, l’architecte vieillissant aurait systématiquement tout rationalisé. L’abbé Jean Rocacher relève un paradoxe toulousain de la fin du XXe Siècle : au moment où l’on veut dérestaurer Saint-Sernin, l’on va inscrire à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques l’aile « Viollet-le-Duc » du Musée des Augustins.
Le Président donne connaissance d’une lettre qui lui a été adressée par le Directeur Régional des Affaires Culturelles à propos du communiqué publié dans La Dépêche du Midi du 21 novembre dernier. Une discussion s’ensuit sur un éventuel second communiqué qui pourrait donner l’état des recherches et des débats au sein de la Société. Dans le même temps, la discussion se porte à nouveau sur la question des restaurations : doctrine unique ou étude au cas par cas ? Saint-Sernin constitue-t-il un précédent ? Peut-on faire disparaître un état du XIXe siècle dans un Monument Historique ? Comment juger des arguments techniques qui, en outre, engagent la responsabilité de l’architecte en chef quant à la conservation du monument dans l’avenir ?…
Séance du 19 décembre 1989
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire-adjoint; Mmes Cazes, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, MM. Bernet, Blaquière, Cabau, Catalo, G. Fabre, Hermet, Lassure, Latour, Manière, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Péligry, Prin, l’abbé Rocacher, Scelles.
Excusés : le général Ménard, M. Gérard.Après discussion, le procès-verbal de la séance précédente est amendé et adopté.
Après lecture des rapports sur leurs candidatures, Mlle Evelyne Ugaglia et M. Pascal Julien sont élus membres correspondants.
Le Président indique qu’il a reçu des lettres de candidature de Mme Marie-Geneviève Colin, Directeur des Antiquités Historiques de Midi-Pyrénées, et de M. Robert Gillis.
Un débat s’engage sur l’opportunité d’une prise de position publique de la Société Archéologique du Midi de la France dans le débat actuel sur la restauration de Saint-Sernin, ainsi que sur sa nature. Il est finalement décidé d’envoyer un nouveau communiqué à la presse (La Dépêche du Midi, 17 janvier 1990).
Séance du 10 janvier 1990
Présents : MM. Leblanc, Président, Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire-adjoint; Mmes Labrousse, Ugaglia, MM. Bernet, Bongiu, Cabau Fabre, Hermet, Julien, Lassure, Latour, l’abbé Rocacher, Scelles.
Excusés : Mme Cazes, MM. Blaquière, le général Delpoux, Manière, Péligry.En ouvrant la séance, le Président rappelle les décès récents de deux membres de la Société : le général Henri Ménard et Robert Gavelle.
Le procès-verbal de la séance précédente est adopté. Le Trésorier présente le bilan financier de l’année 1989. A propos des terrains de Martres-Tolosane, on juge qu’il est bon d’en conserver la propriété car il s’agit d’une réserve archéologique qui permettra la reprise des fouilles, la vérification des relevés de Léon Joulin et la découverte de fragments appartenant à des sculptures du Musée Saint-Raymond.
Le Président lit son rapport sur la canditature de M. Robert Gillis, qui est élu membre correspondant.
M. Fouet donne lecture d’une brève communication écrite par M. Gabriel Manière sur La stèle gallo-romaine d’Agassac :
« Au mois de novembre dernier eut lieu à Agassac une réunion de la Société Savès Patrimoine à laquelle je fus invité. Le rendez-vous étant fixé à la Mairie, la fameuse stèle d’Epona fut l’objet de commentaires et je dus en préciser le symbolisme dans les croyances funéraires indigènes de la période gallo-romaine.
Très connue dans le Comminges et dans tous les milieux de l’archéologie française où elle figure à l’inventaire, j’ai profité de cette visite pour demander à un des sociétaires de Savès Patrimoine de m’en faire une diapositive que je vous présente ce soir.
Voici ce qu’en dit le professeur Jean-Jacques Hatt lorsqu’il l’étudia et la publia dans son étude sur Les monuments funéraires gallo-romains du Comminges et du Couserans, en 1945 :
» Stèle en marbre : Haut. 0,67 m.; incomplète; épaisseur : 0, 14 m. Figure à l’inventaire Espérandieu sous le n° 843.
Plaque funéraire. Femme à cheval. Monstres marins. Signes solaires. Représentation symbolique inspirée de croyances indigènes… Je pense qu’il y a là d’abord un type iconographique romain emprunté à l’art funéraire de la Narbonnaise : la Néréide chevauchant parmi les monstres marins. Ce motif avait une signification symbolique. L’artiste indigène l’a adapté, sans le comprendre, pour exprimer une idée religieuse celtique.
Quel est au juste le sens de ce symbole? Faut-il y voir la figuration de l’âme humaine et de sa migration vers les astres ? Faut-il y voir une Epona, déesse funéraire et protectrice des morts ?…
La Néréide a été transformée en paysanne, assise sur sa jument. La position de la femme, dont le bras gauche prend appui sur l’encolure du cheval, est celle même d’Epona, sur les nombreux monuments qui la représentent. Mais l’attitude au galop, et les monstres marins sont une réminiscence du thème classique. Les signes astraux sont une addition indigène, qui précise le sens du symbole : migration de l’âme vers les astres, ou voyage intersidéral d’Epona psychopompe. «
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Le regretté Fernand Benoît a maintes fois repris le symbolisme de la stèle d’Agassac avec l’allégorie de la chevauchée funèbre personnifiée par EPONA, protectrice de l’outre-tombe (F. Benoît, Mars et Mercure, Aix-en-Provence, 1959, p. 180). Elle est aussi sur les stèles funéraires de Luxeuil, de Perthes, de Bagé-la-Ville, de Fontaine-les-Châlons, d’Allerey, d’Epinal, de Trèves, de Coutern (Luxembourg), où elle est désignée l’écuyère Epona.
Je formerai le souhait qu’un moulage de la stèle d’Agassac figure dans les expositions du Musée Saint-Raymond en raison de son symbolisme. »
A la suite de cette lecture, M. Fouet précise que cette plaque sculptée ne représente, selon lui, que la moitié droite de la stèle comme le montre l’inscription incomplète. L’abbé J. Rocacher demande si cette inscription a pu être restituée. M. Fouet répond par la négative et ajoute que l’autre moitié du monument pourrait se trouver dans un jardin de Mondavezan où une entreprise de travaux a récemment découvert plusieurs blocs de pierre.
Séance du 23 janvier 1990
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Coppolani, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire-adjoint; Mmes Cazes, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Mlle Eclache, MM. Bernet, Bongiu, Cabau, Fabre, Gillis, Julien, Latour, Scelles, Tollon.
Excusés : MM. Leblanc, Président, Manière, Péaud-Lenoël, Lassure, l’abbé Rocacher.
Invitée : Mme Dominique Watin-Grandchamp.Le Président étant absent pour raison de santé, le Directeur ouvre la séance. Le procès-verbal de la réunion précédente est lu, amendé et approuvé. Le Secrétaire général fait part de la correspondance manuscrite. Les ouvrages imprimés reçus par la Société sont rapidement indiqués par le Secrétaire-adjoint.
Le Directeur lit une lettre de M. Leblanc qui, pour des raisons de santé, ne souhaite pas présenter une nouvelle fois sa candidature à la présidence de notre Compagnie. M. Pradalier rend ensuite compte de la dernière réunion du Bureau et des propositions de ce dernier pour les élections statutaires provoquées par le changement de Président. On procède au vote et M. Henri Pradalier est élu Président, MM. Jean Coppolani et Georges Fouet étant réélus respectivement Secrétaire général et Bibliothécaire-archiviste.M. Pradalier propose de conférer à M. Leblanc le titre de Président honoraire, ce qui est accepté à l’unanimité. Il précise ensuite que Mme Watin-Granchamp est co-auteur avec M. Julien de la communication du jour, en rappelant le rôle joué par Maurice Prin qui leur a communiqué les archives.
M. Pascal Julien nous entretient alors de L’œuvre de Saint-Sernin au XVIe siècle, qui fera l’objet d’un article des prochains Mémoires de la Société.
Après une première partie de l’exposé consacrée à la Confrérie des Corps-Saints interviennent les questions de plusieurs membres de la Société. A. Bongiu précise le sens du mot operarius qui signifie « maître de l’œuvre ». Q. Cazes voudrait savoir si la confrérie représente l’ensemble de la ville, cité et bourg, ou seulement la cité. P. Julien répond que « cité », dans les documents consultés, correspond bien à l’ensemble de la ville. H. Pradalier attire l’attention sur le fait qu’il y a eu deux évêques, au XIIe siècle, nommés Pierre Roger. Pour lui, c’est le premier, qui vit vers 1050, qui a recueilli les premiers fonds pour la reconstruction de l’église. H. Pradalier revient aussi sur le procès de 1516-1517 entre l’abbé de Saint-Sernin et la Table des Corps-Saints. Des précisions Sont demandées sur cette « Table des Corps-Saints ». Selon P. Julien, il s’agit en fait de la confrérie de Saint-Saturnin, appelée par la Suite « des douze apôtres » puis Table « des apôtres » ou « des Corps Saints ». Q. Cazes rappelle qu’il existait pareillement une « Confrérie de Sainte-Anne » ou « Table de Sainte-Anne ». L. Latour voudrait savoir si la confrérie des Corps Saints intégrait des membres issus de toutes les classes de la société et, notamment, si les journaliers et le petit peuple pouvaient en faire partie. P. Julien évoque alors le travail de C. Douais, qui a recensé tous les noms des membres de la confrérie dans l’Histoire du Languedoc. D. Watin-Grandchamp indique qu’il convient de continuer le dépouillement des archives et de montrer la mainmise des laïcs sur l’œuvre de Saint-Sernin. Elle suppose que la confrérie a hérité des documents de la fabrique et de l’œuvre. Peut-être ces archives contenaient-elles des projets architecturaux ?
A la suite de la deuxième partie de la communication, réservée à l’étude des travaux faits à Saint-Sernin au XVIe siècle, a lieu une nouvelle discussion. Q. Cazes voudrait connaître le sens exact, à Saint-Sernin, de « tegulis planis », désignation employée à Arnaud-Bernard pour des briques et non pour des tuiles proprement dites. D. Watin répond que, grâce aux baux à besogne, l’on suit pas à pas les chantiers et l’on sait exactement à quoi servent les matériaux : à Saint-Sernin, au XVIe siècle, les tuiles « planes et creuses » servent aux toits des chapelles. H. Pradalier s’interroge sur le sens de « cloche » : s’agit-il du clocher ? C’est l’avis de P. Julien qui ajoute que l’on trouve indifféremment « cloche » ou « clochier » dans les textes. H. Pradalier se demande si le plan octogonal des tours occidentales n’est pas antérieur au XVIe siècle. A. Bongiu pense qu’il faut porter une grande attention à ce plan octogonal. Rappelant qu’en 1545 la voûte de la croisée du transept de Saint-Sernin menace de s’effondrer, P. Cabau remarque les moulurations de caractère classique des corniches des parties basses du clocher de croisée. Il les compare à celles que l’on trouve à la base de la coupole nervée de cette même croisée. Il demande si l’on a pu voir des motifs d’écailles ornant la clef annulaire de cette coupole. Pour P. Cabau, les colonnes formant les arêtes du prisme, dans les trois étages bas du clocher, ont été ajoutées lorsque l’on a construit les deux étages supérieurs à l’époque gothique. P. Cabau pense donc que le clocher a été fortement remanié et qu’il n’est pas du XII siècle dans ses parties basses. H. Pradalier ajoute que ce clocher de croisée n’a pas été étudié. Q. Cazes suggère une étude comparative des tours occidentales octogonales et du clocher de croisée. G. Ahlsell de Toulza suggère aussi des comparaisons avec les clo-
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chers octogonaux de façade des cathédrales de Lavaur et d’Albi. P. Cabau pose des questions sur l’actuel beffroi. Selon P. Julien, il est aujourd’hui tel qu’il est demandé dans le bail à besogne du XVIe siècle ; il ajoute qu’il existe également un bail à besogne pour la fonte des cloches. Un échange de vues suit, entre P. Cabau et P. Julien, sur ces cloches et la clef annulaire de la croisée. D. Cazes se demande si les tourelles d’escalier du transept étaient vraiment inachevées au XVIe siècle et si, peut-être achevées, elles n’auraient pas été ensuite découronnées, comme cela est fréquent en cas de mauvais entretien d’un édifice. P. Julien pense qu’elles étaient inachevées au XVIe siècle, comme le prouvent les traces d’arrêt de la construction. H. Pradalier voudrait savoir si les escaliers des piles de croisée partaient vraiment du sol. Cela paraît périlleux à plusieurs membres de la Société. H. Pradalier revient sur la surélévation de la tour sud-ouest de sept cannes, soit 12,60 m. Q. Cazes pense qu’il serait utile, dans la mesure du possible, de dresser un plan des accès, par époque et pour toutes les parties de l’église : cela permettrait de mieux saisir les problèmes de circulation et la logique des travaux concernant les tourelles et portes des différents escaliers de Saint-Sernin.
En raison de l’heure avancée, la suite de la communication est renvoyée à la séance du 6 février.
Séance du 6 février 1990
Pascal Julien et Dominique Watin-Grandchamp présentent la deuxième partie de leur communication, consacrée aux peintures murales du chœur de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. L’ensemble de ce travail sera publié dans le prochain volume des Mémoires de la Société (t. L).
Séance du 20 février 1990
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, MM. Bernet, Cabau, G. Fabre, Julien, Lapart, Latour, Péaud-Lenoël, Péligry, Peyrusse, Tollon.
Excusés : MM. l’abbé Baccrabère, Lassure, Scelles.Le procès-verbal de la séance précédente est adopté avec un amendement. Les correspondances manuscrite et imprimée sont présentées. Le Président fait ensuite procéder à l’élection du Secrétaire-adjoint : M. Maurice Scelles, seul candidat, est élu.
Le Président cède la parole à M. Daniel Cazes pour la communication du jour, Antiquaires et collectionneurs d’antiquités à Toulouse au XVIIIe siècle.
Plusieurs membres interviennent à la suite de cette communication. G. Fouet rappelle qu’Alexandre Du Mège avait un père qui était lui-même un important collectionneur; il avait notamment rassemblé de nombreuses monnaies provenant de VieilleToulouse. Il souligne le fait qu’A. Du Mège conservait toutes ses lettres et que de nombreux papiers de cet érudit peuvent encore être exploités par les archéologues de notre région. Bruno Tollon attire l’attention sur le prénom d’Alexandre Du Mège, selon lui très révélateur des passions de ses parents pour l’Antiquité. Jacques Lapart pense que l’on critique Dit Mège à tort le plus souvent. Il en veut pour preuve une partie d’une collection qu’il vient de retrouver à Auch et que Du Mège connaissait. L. Peyrusse se demande si les confusions, fréquentes dans les ouvrages de Du Mège, sont caractéristiques d’un certain âge ou si on les retrouve dans toutes les périodes de sa carrière. Pour G. Fouet et J. Lapart, Du Mège brassait trop d’informations et nécessairement s’y perdait un peu. H. Pradalier note toutefois que la volonté de falsification a aussi existé chez Du Mège. D. Cazes rapproche volontiers celle-ci des impératifs muséographiques que Du Mège s’était fixés, avec tout ce qu’ils comportaient de regroupements arbitraires voire un peu forcés par la passion démonstrative. Bruno Tollon est aussi de cet avis. L. Peyrusse remarque que les bronzes antiques étaient datés tardivement au XVIIIe siècle et met cela en relation avec un prestige plus important de l’Antiquité romaine par rapport à l’Antiquité grecque. Il note aussi que les Salons du Capitole sont au XVIIIe siècle la préfiguration du Musée. Enfin, il rappelle que la liste des plâtres de l’Académie de peinture de Toulouse était très importante.
Sont ensuite abordées les questions diverses, notamment celles qui découlent de l’organisation de la séance publique : publicité à faire pour l’ouverture des concours pour les prix de la Société, candidats pour 1990 et rapporteurs à désigner. Mme Labrousse propose de donner un prix nouveau, en souvenir du Professeur Michel Labrousse, à un étudiant très méritant dans le domaine de l’Antiquité. La mémoire du Professeur Labrousse est désormais rappelée aux Toulousains par une rue qui porte son nom dans le secteur D du quartier du Mirail, à proximité des rues Paul-Mesplé et Roger-Camboulives.
Séance du 6 mars 1990
Visite du Musée de l’Institut Catholique sous la direction de M. l’abbé Baccrabère.
CERTIFICAT DE BONNE CONDUITE DELIVRE A CHARLES LOUIS DUMEGE, père d’Alexandre Du Mège, à Nantes, le 18 mars 1785. Cet amateur d’antiquités fut l’auteur de Recherches sur le Capitole de Toulouse, publié par son fils en 1814 (Cl. P. Cabau).
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Séance du 20 mars 1990
Présents : M. Pradalier, Président; M. Coppolani, Directeur; M. Fouet, Bibliothécaire-archiviste; M. Ahlsell de Toulza, Trésorier; M. Cazes, Secrétaire général; M. Scelles, Secrétaire-adjoint; Mmes Cazes, Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Cabau, Catalo, G. Fabre, Julien, Lassure, Latour, Péaud-Lenoël.
Le Président annonce la parution des Mémoires, qui viennent d’être livrés à la Société.
Il fait part du décès de M. Lautier, membre correspondant de notre Société et Président de la Société archéologique du Tarn, qui fut un savant passionné par la Préhistoire et l’Antiquité gallo-romaine. Il signale également le décès de M. Nickels, Directeur des Antiquités préhistoriques et historiques de Languedoc-Roussillon, à l’âge de 43 ans. Mme Labrousse rappelle toute l’estime que lui portait Michel Labrousse.
Les procès-verbaux des séances des 20 février et 6 mars 1990 sont lus et adoptés.
M. Cazes donne lecture de la correspondance manuscrite et présente la correspondance imprimée. Il offre à la Société le catalogue de l’exposition actuelle du Musée Saint-Raymond : Art Grec : de la terre à l’image. Le Président le remercie au nom de la Société.M. Fouet signale le vol de la Vierge de Luret; datant du XVIe siècle, elle a une hauteur de 50 cm.
Le Président rend compte de la réunion du Bureau. Celui-ci souhaite que la Société essaie d’améliorer la gestion de sa bibliothèque. Une lettre circulaire sera adressée aux membres qui ont emprunté des ouvrages, quelquefois depuis fort longtemps. Il serait bon de limiter la durée du prêt à deux mois et serait peut-être souhaitable que l’emprunt se fasse sous la responsabilité du Bibliothécaire-archiviste.On aborde ensuite la question des prochains Mémoires, en constatant que ceux de cette année paraissent avec un trimestre de retard. Il faudrait que le prochain volume puisse paraître à l’automne. Il devra en tout état de cause être moins important et on s’accorde pour considérer qu’il conviendrait que chaque auteur évalue précisément l’importance de son article. L’intérêt de la saisie sur micro-ordinateur de l’ensemble des textes est discuté : économie effectivement réalisée, gain de temps, amélioration des corrections de texte ?…
Le Président annonce la programme de la séance publique qui aura lieu, cette année, le 9 juin à 15 h : allocution, rapport sur le concours, et conférence de M. l’abbé Rocacher sur le Château Narbonnais. Comme l’année dernière, la Société offrira des rafraîchissements.
Deux études sont annoncées pour le concours. Il est rappelé que d’autres candidatures sont possibles jusqu’à la fin du mois d’avril.
Le Président annonce ensuite le programme des prochaines séances de la Société.
M. Latour se demande si l’achat d’un micro-ordinateur par la Société ne permettrait pas de mieux gérer la bibliothèque. Le Président répond que c’est une possibilité qui a été envisagée mais que l’on se heurte au problème du personnel nécessaire pour l’utiliser.
M. Scelles présente son rapport sur la candidature de Mme Marie-Geneviève Colin, qui est élue membre correspondant.
Le Trésorier fait remarquer aux membres de la Société l’arrivée du nouveau tapis de table, rouge, qui complète la stratigraphie des précédents, qui étaient verts.Mme Quitterie Cazes et M. Jean Catalo présentent leur communication : L’atelier de Théophile Collondre, maître faïencier de Toulouse au XVIIIe siècle, qui sera publiée dans les prochains Mémoires de la Société.
Le Président remercie Mme Cazes et M. Catalo. Mme Labrousse indique que des pièces de Théophile Collondre se trouvent dans des Musées et des collections particulières. Jean Catalo précise que des bougeoirs de Collondre sont conservés à Limoges ; un crucifix du Musée Paul-Dupuy et des assiettes appartenant à des collections particulières sont également attribuées à Collondre, attributions qui sont quelquefois discutables. Mme Cazes note que les productions toulousaines sont mal connues, à la différence de celles d’Ardus et de Valentine, par exemple. Des enquêtes dans les réserves du Musée Paul-Dupuy seraient nécessaires. En raison de la variété des couleurs, l’aspect des pâtes est insuffisant pour définir la provenance des pièces. Il faudrait procéder à des analyses que les nombreux tessons retrouvés au cours de la fouille rendent possibles. M. Fouet indique que la caractérisation des métaux rares est une méthode infaillible.
M. Péaud-Lenoël remarque qu’une assiette présente un pied annulaire selon un type inconnu à Toulouse au XVIIIe siècle, et .souligne son caractère très particulier. M. Catalo n’en connaît pas d’autre non plus. Il s’agit d’une assiette très creuse, et peut-être conviendrait-il de préférer l’appellation de « coupe ». Ce pied annulaire serait en tout cas une caractéristique de la production de Collondre.
Le Président note que tous les décors sont réalisés en bleu, sauf pour une pièce au décor brun à l’imitation de productions italiennes.
A propos de l’implantation de l’atelier, Mme Cazes précise qu’il est installé à proximité du canal du Midi, par lequel arrivaient à Toulouse les productions génoises. M. Cabau rappelle que c’est là que se trouvait dès le XVIe siècle le lieu-dit « Terre Cabade ».
Séance du 3 avril 1990
La séance se tient au Musée des Augustins où M. Michel Barrère, Conservateur des fouilles à la Direction des Antiquités Historiques de Midi-Pyrénées, présente à la Société l’exposition Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe et XIVe siècles en Midi-Pyrénées.
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Séance du 24 avril 1990
Présents: MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire général, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier; Mme Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Blaquière, Latour, Manière, l’abbé Rocacher, Vézian, membres titulaires; Mme Cazes, MM. Boudet, Cabau, Péaud-Lenoël, membres correspondants.
Excusés : MM. Scelles, Secrétaire-adjoint, Tollon, Mme M.-G. Colin.
M. Levet, invité du conférencier, assiste à la séance.Le procès-verbal de la séance du 20 mars 1990 est lu et adopté. Le Secrétaire donne lecture d’une information communiquée par M. Scelles : « Des fouilles de sauvetage sont en cours, depuis deux semaines, sur le site de l’ancien couvent de bénédictines de la Daurade à Cahors. L’église Sainte-Marie la Daurade, qui comme celle de Toulouse devrait, semble-t-il, son appellation au fait qu’elle était » dorée « , se trouvait à proximité de l’église cathédrale romane dédiée à Saint-Etienne. Faut-il faire l’hypothèse que nous sommes sur l’emplacement du groupe cathédral de saint Didier ?
A l’heure actuelle, la découverte la plus importante de la fouille est celle d’une pièce attenant au cloître conservée en élévation : quatre supports avec bases, colonnes et chapiteaux ainsi que le départ des voûtes d’arêtes conservées sur un mètre environ, ont déjà été mis au jour; le mur nord bâti en pierre de taille et qui comporte des contreforts a été dégagé. Cette salle voûtée correspond aux trois arcades à double ressaut qui sont conservées dans le mur nord du cloître. Nous aurions donc probablement là la salle capitulaire du monastère de la Daurade; les chapiteaux permettent de dater cette construction de la deuxième moitié du XIIe siècle ou du début du XIIIe.
Nous ne savons pas encore ce qu’il adviendra de ces vestiges. Leur intérêt est évident, mais leur intégration au projet de maison de retraite en cours de réalisation pose des problèmes difficiles à résoudre. » [Le cloître et la salle capitulaire ont fait l’objet d’une protection au litre des Monuments Historiques. Lesfouilles dirigées par Cathy Boccacino se sont achevées en août 1990; une exposition prévue au Palais de Justice de Cahors durant l’été 1991 rendra compte des premiers résultats].Le Président évoque la préparation du tome L des Mémoires de la Société. Un seul article est prêt, les cinq autres doivent être, en principe, remis avant le 15 juin. M. Fouet demande que l’on insère dans le volume la photographie de la Vierge de Luret volée récemment, avec l’espoir de la faire retrouver.
On procède ensuite à la désignation des rapporteurs particuliers pour les quatre mémoires soumis au concours. Le rapport général sera fait lors de la séance publique par M. Scelles.
VESTIGES DE LA SALLE CAPITULAIRE DE L’ÉGLISE NOTRE-DAME LA DAURADE A CAHORS, état en août 1990 (Cl. J.-F. Peiré, Inventaire Général/SPADEM).
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Sur proposition du Président, la Société décide que sa cotisation à la Fédération Française d’Archéologie sera fondée sur un nombre de fouilleurs estimé à dix.
La parole est ensuite donnée à M. l’abbé Baccrabère pour sa communication La protohistoire à Ancely, qui sera publiée dans le prochain volume des Mémoires.
Le Président remercie M. l’abbé Baccrabère et fait appel aux questions.
M. Fouet indique qu’il est tout à fait courant que les Gaulois, en creusant leurs puits funéraires, aient traversé des champs d’urnes et qu’il est donc normal d’en trouver des résidus dans les puits. Il ajoute qu’entre le Pouset et Toulouse, il y avait le Sauzat, dont l’embouchure se trouvait entre la caserne Niel et la zone de Pech-David; M. Fouet pense qu’à cette embouchure, il y avait un port.
M. l’abbé Baccarabère souligne l’importance de la présence de puits funéraires au sud de la caserne Niel. M. Fouet note qu’il y avait des puits funéraires tout le long de la Garonne, et que l’on en a trouvé même lors de la construction de l’hôpital, sans qu’il ait été possible de les fouiller tous ; il souligne l’intérêt de l’exposé qui est la première synthèse faite sur la protohistoire à Toulouse. Pour M. Fouet, il est difficile d’imaginer le paysage du bord de la Garonne, modifié par la construction des digues, la destruction des îles.
Pour M. l’abbé Bacrabère, l’existence d’un passage à gué serait logique près du site de Larrey, où l’on a trouvé une occupation de l’Age du Fer, selon M. de Filippo ; par ailleurs, le chemin de Carcassonne, à partir de Vieille-Toulouse, empruntait un gué vers Toulouse, se poursuivant sur l’emplacement du Château Narbonnais, puis au Bazacle longeait la Garonne ou la franchissait par le gué.
M. Fouet demande si des sondages ont été effectués dans les fossés de Saint-Michel-du-Touch. M. l’abbé Baccrabère n’a pu descendre au fond de ces fossés, mais il indique qu’aucune céramique n’y a été trouvée. M. Fouet demande s’il reste une zone à fouiller entre le temple et le fossé. Ce serait en effet possible à 15 m du Touch, où un fossé serait à exploiter.
M. Boudet note que M. l’abbé Baccrabère a réalisé un premier essai de synthèse. Il remarque qu’à Ancely, pour la première fosse avec un crâne, la fonction funéraire n’est pas sûre et ajoute que le matériel qui lui était associé appartient au Bronze final 2 (1200-1000). Quant aux remparts associés aux fossés par élévation de terres, ils sont à rapprocher des remparts d’époque néolithique, et, peut-être, de ceux retrouvés près de Carsac ; il s’agit d’un type de configuration plutôt typique du néolithique. Pour M. l’abbé Baccrabère, les fossés datent probablement de la Tène 1. M. Boudet pense qu’il faut être prudent : les VIe, IVe, et IIIe siècles avant J.-C. ainsi que ce type de structure étant très mal connus dans le Sud-Ouest.
M. Boudet est d’accord sur le fait qu’à Saint-Roch, les puits funéraires ont bouleversé un champ d’urnes ; pour le Cluzel, il faut attendre les résultats des fouilles de A. Muller, qu’il faudra peut-être mettre en relation avec l’Age du Fer.
M. l’abbé Baccrabère souligne qu’il faut rester prudent dans la mesure où il ne date pas les céramiques, pour lesquelles il a consulté M. Rancoule.
M. Boudet indique qu’en Lot-et-Garonne l’occupation du paysage est comparable à celle de Toulouse, avec du Bronze final puis de l’Age du Fer ; la même chose se constate en Gironde.
M. Vézian note la présence de fragments de céramique grecque. M. Cazes rappelle que des fragments de céramiques grecque et étrusque ont été trouvés au Cluzel. Pour M. Boudet, nous avons affaire à l’arrière-fond d’une pénétration méditerranéenne qui correspond à des objets qui circulent, plutôt qu’à un véritable axe de communication. M. Boudet note que l’évolution chronologique est à peu près semblable tout au long de la vallée de la Garonne et que les importations méditerranéennes cessent après le Toulousain. M. l’abbé Baccrabère se demande si le trafic est continu. Pour M. Boudet, ces trafics commerciaux correspondent à des époques différentes.
Séance du 15 mai 1990
Présents : MM. Pradalier, Président; M. Coppolani, Directeur; M. Fouet, Bibliothécaire-archiviste; M. Ahlsell de Toulza, Trésorier; M. Scelles, Secrétaire-adjoint; M. Cabau, Mme Cazes, Mme Colin, MM. Fabre, Julien, Mme Labrousse, MM. Lapart, Latour, Mme Noé-Dufour, MM. Péaud-Lenoël, Pousthomis, Vézian.
Excusé : M. Cazes.Le Président signale que le rapport sur le concours a été oublié dans l’ordre du jour annoncé par la convocation. La séance sera de ce fait particulièrement chargée.
Mme Labrousse communique une photographie de la Vierge de Luret, volée récemment. Il serait souhaitable de publier cette photographie dans le bulletin.
Le procès-verbal de la séance du 24 avril 1990 est adopté.
MM. Vézian et Coppolani, membres de la Société, offrent des tirés à part de leurs publications. Le Président les remercie au nom de la Société.
STATUE DE N.-D. DE LURET, XVIe SIECLE ?, VOLÉE EN 1990, fin janvier ou début février (com. de Cier-de-Luchon). La statue en bois, d’une hauteur de 50 cm environ, présente un revers évidé muni d’un crochet de fer. Elle a été redorée en 1812, date figurant sur le socle (Cl. P. Fage).
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Le Président indique qu’il a reçu trois lettres de candidature pour être membre correspondant de notre Société dont celles du Père Montagnes et de J.-L. Biget, professeur à l’Ecole normale.
En demandant la lecture des rapports sur le concours, le Président remarque qu’il y a quatre candidats pour deux prix. Il est souhaitable qu’il y ait plus de candidats que de prix attribués. M. Ahlsell de Toulza rappelle qu’en plus des prix, des médailles peuvent être attribuées et que les prix eux-mêmes peuvent ne pas l’être ; il est, en outre, toujours possible d’attribuer un troisième prix avec le prix de la Société Archéologique.
On s’accorde pour considérer que les rapporteurs devraient avoir lu tous les travaux présentés au concours, de façon à pouvoir les comparer effectivement. C’est la procédure qui sera retenue pour le prochain concours. Le Président donne la parole aux rapporteurs.M. Péaud-Lenoël rend compte du mémoire présenté par Mlle Anne-Claire Delpuech, intitulé Le Bas-Empire romain et l’époque mérovingienne en Rouergue et réalisé en 1987-88 sous la direction de M. J.-M. Pailler, à l’Université de Toulouse-Le Mirail :
Ce travail se présente comme une monographie historique et archéologique régionale, limitée dans le temps aux VIe, Ve et VIe siècles, c’est-à-dire à une période de transition entre l’Antiquité classique et le Moyen-Age. Après une introduction sur les données historiques de celle période, l’auteur a divisé son travail en trois chapitres. Dans le premier, elle nous présente les données sur l’occupation du sol et la répartition de la population du Rouergue. Dans le deuxième, elle analyse la vie économique de celle région, l’agriculture, l’industrie et les échanges ; dans le troisième chapitre enfin, elle examine l’existence sociale, avec une attention particulière sur les divers aspects de la vie religieuse pendant la période tardive païenne et l’apparition du christianisme. Cet ouvrage de deux cent dix pages se termine par une intéressante série de planches, dédiées à des documents archéologiques appropriés. Le tout est accompagné par une cartographie et des tableaux des lieux étudiés et une documentation bibliographique extensive.
Cette période est peu connue et difficile à aborder : non seulement les documents historiques diminuent considérablement en nombre et en valeur par rapport à la période du Haut-Empire mais les documents archéologiques sont, eux-aussi, beaucoup plus rares et moins sûrs, qu’il s’agisse de la datation des sites par des monnaies ou de la céramique, ou de la raréfaction des restes monumentaux et du mobilier archéologique en général.
La partie historique est, nécessairement, la plus classique du mémoire présenté. Mlle Delpuech a bien tiré parti des documents littéraires anciens et des études modernes nationales et régionales. La situation historique du Rouergue à l’époque des invasions n’est ainsi pas toujours claire ; elle se rattacherait plutôt à l’Histoire de l’Auvergne qu’à celle de l’Aquitaine proprement dite. Après la période wisigothique, il est indéniable que l’influence du Nord s’y fait sentir, comme le montre l’auteur.
Mlle Delpuech étudie ensuite les traces de l’occupation du sol, traces sur lesquelles les textes apportent peu de choses : les données archéologiques deviennent l’essentiel. Après une étude des établissements ruraux du Bas-Empire, l’auteur examine les raisons de la disparition de nombre d’entre eux à l’époque des grandes invasions barbares. Les habitats de hauteur de l’époque de l’indépendance gauloise sont cependant réoccupés par une population permanente ou temporaire qu’il est difficile de situer très précisément. Ces habitats font l’objet d’une description attentive. Les agglomérations rurales (vici) sont aussi étudiés. Enfin, l’auteur a réuni une documentation importante sur la capitale, Rodez, qui conserve son statut de chef-lieu de Cité et sa structure comme centre administratif et commercial. Le centre religieux paléochrétien s’y développe. Clairement, les données de l’ouvrage montrent une raréfaction très nette de la population du Rouergue et une diminution importante de ses ressources à celle époque, mais les structures antiques subsistent. Sur le chapitre de l’occupation des sols, l’auteur a réuni une documentation historique et surtout archéologique très importante.
Mlle A.-C. Delpuech consacre son deuxième chapitre à l’économie du Rouergue pendant la même période. L’ensemble du chapitre est de valeur inégale ; les parties les moins riches d’information concernent la production agricole dans sa forme et sa nature, l’exploitation forestière et les mines. Il faut en accuser plutôt les questions elles-mêmes que l’auteur. La partie céramologique est bien fournie, bien illustrée et très utile au lecteur. Il en est de même des données numismatiques.
Il faut conclure de ce chapitre que de nouvelles recherches sont très nécessaires pour suivre l’évolution locale et régionale de l’activité économique et des échanges pendant cette période.
Dans le dernier chapitre, intitulé « Société et Religion », l’auteur développe des connaissances de nature très diverse, fondées, là aussi alternativement, soit sur la littérature historique et hagiographique, soit sur les connaissances archéologiques.Sur l’Histoire de l’Antiquité païenne tardive en Rouergue, déjà évoquée au début de l’ouvrage, l’auteur souffre d’un manque de sources presque complet. Toutefois, l’archéologie vient à son secours du fait de l’existence d’un nombre important de sanctuaires ruraux dont Mlle Delpuech a tenté une description typologique fondée sur une bibliographie relativement abondante. L’auteur a consacré aussi une partie importante de son travail à la description des coutumes funéraires de l’époque mérovingienne : la localisation des nécropoles, la disposition des tombes et l’étude anthropologique des sujets inhumés ont été étudiés : là aussi, la région a fourni des données archéologiques relativement abondantes. L’ensemble de cette étude des nécropoles est particulièrement fourni et organisé.
Ce chapitre se termine par un paragraphe sur l’implantation du christianisme en Rouergue. Les données essentielles sont tirées de sources littéraires. La nature même de ces documents ne donne qu’une prise assez réduite sur la réalité religieuse, même dans les villes, moins encore sur la vie sociale du Rouergue de l’époque. Quant à l’évangélisation rurale, l’auteur se heurte à un manque de documents écrits à peu près total et cite à ce sujet les documents archéologiques fragmentaires dont elle dispose.En conclusion, cet ouvrage réunit un grand nombre de données historiques et surtout archéologiques sur une période peu ou pas connue de l’existence du Rouergue : par cela même il fournira une excellente base à des travaux ultérieurs sur les sujets qui viennent d’êtres évoqués. Il était très difficile à l’auteur, dans le cadre de cette étude, de fournir à la fois des données complètes sur tous les sujets. La typologie monumentale et mobilière des régions rurales ainsi que la description des nécropoles de l’époque sont les parties les plus remarquables du mémoire. Mlle Delpuech a réussi à fournir un ensemble très riche dont il faut la féliciter. On aurait
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espéré peut-être une extension plus grande de documents figurés qui clarifieraient le texte : il faut tenir cependant le plus grand compte du fait que ce travail correspond à une exigence universitaire, dans des limites de temps et de volume impératives.
Il est décidé d’attribuer à Mlle Anne-Claire Delpuech le Prix de la Société Archéologique du Midi de la France et de lui offrir une médaille d’argent de la Société.
M. Coppolani présente son rapport sur l’étude présentée par M. Jean-Luc Boudartchouk :
Sous le litre Le peuplement rural du canton de Montsalvy (Cantal) des origines à la fin du XVe siècle, M. Jean-Luc Boudartchouk a présenté à l’Université de Toulouse-Le Mirail un mémoire de 240 pages et une soixantaine de planches et figures en deux volumes, pour l’obtention d’un Diplôme d’Etudes Approfondies.
L’essentiel de ce travail a consisté dans un inventaire aussi complet que possible des témoignages archéologiques, toponymiques et épigraphiques, et des documents écrits relatifs à l’occupation du territoire des quinze communes qui font, ou ont fait partie, du canton de Montsalvy, situé à l’extrémité sud-ouest du département du Cantal, à la limite de l’Aveyron.
L’invenlaire est mené commune par commune, suivant un plan rigoureux et uniforme. Il examine successivement le milieu naturel (relief, sous-sol, hydrographie, végétation), le milieu humain (cadre administratif, données démographiques et économiques depuis le XIXe siècle au moins) pour aborder ensuite les témoignages de l’occupation du sol depuis les origines. Après les rares vestiges préhistoriques et les témoignages archéologiques ou toponymiques de la Protohistoire, l’Antiquité gallo-romaine apporte des toponymes assez nombreux et des restes de constructions. Le haut Moyen Age avant l’an mille apporte des traces d’habitat et surtout des toponymes et des textes attestant l’origine de certains lieux habités : villages ou châteaux. Mais c’est avec le Moyen Age « central » (1000-1300) et le bas Moyen Age (1300-1500) que l’on peut reconstituer dans une large mesure l’état du peuplement : voirie, habitat dispersé avec châteaux, manses et hameaux disparus, habitat groupé des bourgs et des villages, toponymes indiquant des défrichements. Les édifices subsistants, en particulier les églises, sont décrits en détail avec leur architecture et leur ornementation; les châteaux sont tous plus ou moins en ruines. Une abondante illustration, par photographies, plans et cartes, complète les descriptions.
En conclusion, la région apparaît comme une zone de peuplement tardif, en raison de la pauvreté des sols. Zone de passage aux temps préhistoriques, le canton de Montsalvy ne recèle de témoignages incontestables d’occupation humaine que pendant l’Antiquité gallo-romaine. Encore très faible à l’époque mérovingienne, le peuplement paraît s’accentuer aux temps carolingiens, mais c’est le Moyen Age féodal, à partir du XIIe siècle, qui marque vraiment la prise de possession par les hommes de l’ensemble du territoire. A part l’abbaye de Montsalvy, qui forme le noyau d’un bourg important, centre d’échanges et de production artisanale, l’occupation du sol se fait de-façon très dispersée, avec une nuée de petits châteaux, « Roques » ou « Repaires », des manses disséminées sur tout le territoire, de nombreuses chapelles qui relaient les paroisses fondées pour la plupart dès les temps carolingiens. L’économie apparaît surtout sylvo-pastorale, avec quelques cultures de subsistance. Un réseau de chemins se constitue, qui met en relation tous les lieux habités, et assure les communications avec l’extérieur, surtout avec les deux principaux sièges du pouvoir qui dominent le pays : l’abbaye de Saint-Géraud d’Aurillac et la vicomté de Carlat. Mais le XIIIe siècle, qui marque l’apogée du peuplement, voit aussi se constituer des unités féodales nouvelles comme la baronnie de Calvinet qui appartient au sénéchal royal Eustache de Beaumarchais. La crise des XIVe-XVe siècles, peste noire et insécurité endémique due à la Guerre de Cent Ans, amène l’abandon d’une partie des lieux habités, hameaux et même châteaux ; une reprise s’esquisse au XVe siècle, marquée par la reconstruction ou l’agrandissement de plusieurs églises, la formation de nouveaux hameaux et la reconstruction de certains châteaux.
L’abondante bibliographie qui accompagne chaque notice communale et celle qui termine l’ouvrage montre que l’auteur a consulté tous les ouvrages nécessaires pour l’étude qu’il a entreprise. Il s’agit d’une contribution importante à l’inventaire archéologique de l’Auvergne.Aussi la Société a-t-elle décidé d’attribuer à M. Jean-Luc Boudartchouk le prix de Clausade, doté de 3 000 F., et de lui offrir une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France.
Le Président lit le rapport de Mme Pradalier sur le mémoire présenté par Mlle Nicole Fayel :
Mademoiselle Nicole Fayel, bibliothécaire à Rodez, a soutenu en juin 1988, à l’Université de Toulouse-Le Mirail, un mémoire de maîtrise portant sur Les peintures murales du diocèse de Rodez au XIVe siècle, qui a obtenu une mention Très bien, et a été suivi la même année d’une publication dans la revue Histoire de l’Art (Le décor peint du XIVe siècle dans le chœur de la cathédrale de Rodez). Le mémoire est constitué d’un texte de 145 pages, et d’un important album de photos. Le sujet choisi portait à l’origine sur un inventaire des peintures murales gothiques du Rouergue, mais étant donné l’importance des peintures découvertes dans les chapelles rayonnantes de la cathédrale de Rodez et la possibilité qu’avait Mlle Fayel de suivre le travail de restauration exécuté dans deux des chapelles, il parut plus intéressant de circonscrire le sujet au diocèse de Rodez et de le limiter dans le temps en ne faisant porter l’inventaire que sur la fin du XIIIe siècle et le XIVe siècle.
Mlle Fayel commença donc sa recherche par un inventaire des peintures murales gothiques en place, et dénombra treize ensembles, plus ou moins importants et d’une inégale qualité de conservation, les uns ornant des églises, par exemple les peintures des églises paroissiales de Villeneuve, de Magrin, de Bozouls, du Monastère, de la cathédrale de Rodez, ou encore celles des chapelles des châteaux de Najac et de Belcastel, enfin des décors d’édifices civils, comme les peintures d’une maison gothique de Villefranche-de-Rouergue. Ce travail d’inventaire a le mérite de constituer une série de dossiers photographiques et de relevés de peintures d’autant plus importants que certaines œuvres sont très lacunaires ou en voie de disparition, comme les peintures murales de Conques ou de l’église de Perse.
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La deuxième phase du travail de Mlle Fayel a consisté, après des recherches dans les archives, à identifier les ensembles peints, à les dater et à faire une synthèse de l’histoire de la peinture au XIVe siècle dans le diocèse. Le mémoire montre de manière exemplaire l’apparition du style gothique dans le Rouergue, avec les premiers ensembles de type linéaire, tels Najac ou Villeneuve d’Aveyron. Les peintures murales de la chapelle du Saint-Sépulcre, située sur le flanc nord de l’église paroissiale de Villeneuve, méritaient l’analyse très approfondie qui en a été faite, et qui révèle l’intérêt du monumental Christ de la Parousie qui occupe le cul-de-four de la chapelle, et du cycle des miracles de saint Jacques le Majeur des murs latéraux, lié aux dévotions des routes de Compostelle.
Les pages les plus importantes du mémoire sont consacrées à trois chapelles rayonnantes de la cathédrale de Rodez, où a été dégagé, depuis dix ans, un ensemble de peintures murales d’une exceptionnelle qualité. Découvertes en 1986, les peintures de la chapelle Sainte-Agnès, au nord, représentent une série de personnages de l’Ancien Testament et de saints revêtus d’habits précieusement enroulés, et dotés d’auréoles striées à la manière italienne. Les peintures de la chapelle d’axe, dégagées à partir de 1985, ont été restaurées par l’atelier de M. Clarens sous les yeux de Mlle Fayel, qui a pu bénéficier des renseignements donnés par les restaurateurs… et de leurs échafaudages. Les peintures, très complètes, représentent un Christ en Majesté, entouré d’évangélistes scribes installés derrière des pupitres et dotés d’un matériel d’écriture d’une grande précision. Les peintures de la chapelle Sainte-Catherine, du côté sud, vraisemblablement consacrées à des cohortes de saints, étaient en cours de dégagement lors de l’achèvement de la maîtrise. Grâce à l’identification des blasons et s’appuyant sur les renseignements donnés par les archives de la cathédrale, l’auteur a réussi à cerner de manière très précise la période d’exécution des peintures, soit les années 1340-1350, qui correspondent à l’épiscopal de Gilbert de Cantobre. L’étude du style permit à Mlle Fayel de démontrer la présence à Rodez de peintres italianisants, vraisemblablement formés à Avignon qui entretenait avec les prélats rouergats des liens étroits au milieu du XIVe siècle (Pierre Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, fut chanoine de la cathédrale pendant l’épiscopat de G. de Cantobre, avant de devenir cardinal, le futur pape Grégoire XI).
L’importance de l’atelier de la cathédrale a été mise en lumière par les recherches de Mlle Fayel, qui a démontré que son influence a été sensible, après 1348, à Bozouls et à Magrin, églises proches de la cité épiscopale.
Ainsi, le mémoire de Mlle Fayel apporte une précieuse contribution à la connaissance de la peinture murale gothique du Midi de la France, et permet de mieux comprendre le délicat mécanisme de l’introduction du style gothique dans la région, et la participation d’artistes avignonnais dont la présence est également connue aux mêmes dates dans les cathédrales de Béziers et Narbonne.La Société décide d’attribuer à Mlle Nicole Fayel le prix de Champreux, doté de 3 000 F. et de lui offrir une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France.
Le prix du Professeur Michel Labrousse, doté de 3000 F. par Mme Labrousse, est attribué à M. William Van Andringa pont son étude sur Les croyances religieuses de la partie méridionale de la province d’Aquitaine sous le Haut-Empire. Etude épigraphique et historique, sur le rapport établi par MM. P. Le Roux et J.-M. Pailler :
L’étude de M. William Van Andringa – un mémoire de Maîtrise préparé sous la direction de P. Le Roux, auquel un Jury composé de P. Le Roux et J.-M. Pailler a attribué la mention Très bien – embrasse une matière extrêmement vaste, qui répond tout à fait à son litre ambitieux. Dans une première partie, Pratiques épigraphiques et supports des inscriptions, l’auteur ne se contente pas de recenser les témoignages gravés sur la pierre qui ont trait à la religion d’époque gallo-romaine dans la zone pyrénéenne et sub-pyrénéenne : cet inventaire, très complet, est présenté en annexe. Il s’intéresse aussi au support de ces inscriptions et de ces images divines : essentiellement les autels votifs, dont il esquisse une typologie en suivant leur destin « de la carrière au sanctuaire ». La recherche de W. Van Andringa porte aussi bien sur l’origine sociale et régionale des dévots ou sur les caractères paléographiques des inscriptions que sur la valeur du vocable deus appliqué ou non aux divinités honorées.
Une deuxième partie, Divinités indigènes et divinités officielles, fait le point sur les nombreuses mentions de dieux locaux, parfois assimilés à des divinités romaines. L’auteur les classe selon leur caractère plus ou moins étroitement localisé : d’un Aberris, un Artahe, un Erriapus, attestés en un seul lieu, à des personnages divins comme Abelion, Erge, Lahe ou les Sexarbores, qui ont connu une certaine diffusion régionale. Enfin, sont étudiés les témoignages concernant les formes classiques de la religion : divinités classiques à surnoms indigènes, surtout connues dans le monde rural (Mars Leherennus, Jupiter Beisirisse, Minerve Belisama) aspects divers du culte impérial, des cultes classiques et des hommages rendus aux divinités « orientales ». L’image d’ensemble qui commence à se dégager est ainsi variée, complexe et en perpétuelle évolution.
Au total, un travail richement illustré, au contenu particulièrement prometteur, qui pose les bases de toute étude future concernant un domaine aussi vaste qu’encore énigmatique.Le Président donne la parole à M. Lapart pour sa communication : Une collection d’antiquités romaines récemment retrouvée à Auch (Gers).
« En 1988 et 1989, un ensemble de beaux fragments de sculptures et d’inscriptions gallo-romaines a été retrouvé dans un immeuble de la ville haute à Auch (Gers) : tête de statue d’un dieu barbu, buste de déesse nu, fragments de chapiteaux, de frises, d’autels votifs et d’inscriptions funéraires. Une recherche en archives a permis de préciser qu’il s’agissait de la collection d’antiquités romaines constituée durant la première moitié du XIXe Siècle par une famille de la bonne bourgeoisie d’Auch : les Bérot de Cologne. Récemment anoblis, ils perpétuent la tradition des cabinets d’Antiques à la mode au XVIIIe siècle. Ils achètent des éléments de statues, des inscriptions, des monnaies trouvées sur les sites gersois des anciennes villes d’Auch ou d’Eauze.
La collection, jamais décrite en détail au XIXe siècle, disparaît à la fin du siècle après la mort du dernier descendant direct. L’immeuble passe alors à une branche latérale, puis est vendu en 1912 à la famille qui le possède actuellement.
Les blocs antiques étudiés aujourd’hui ont été découverts cassés et réemployés dans un mur de fond de jardin, à l’arrière du petit hôtel particulier habité par les Bérot de Cologne. Cette maison, sans doute bâtie au XVIIIe siècle, conserve encore de cette
PAPIER PEINT PANORAMIQUE : LES VUES DE L’HINDOUSTAN, FABRIQUE ENTRE 1807 ET 1830 par la manufacture Zuber, que Bérot de Cologne avait fait poser dans son hôtel d’Auch (renseignements dus au Musée du Papier peint de Rixheim. Cl. E. Cabannes).
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époque quelques cheminées de marbre de style Louis XVI, une cage d’escalier avec une belle rampe en fer forgé et surtout un ensemble rare et intéressant de papiers peints panoramiques du début du XIXe siècle.
L’enquête se poursuit afin de mieux connaître cette belle collection archéologique ainsi que la personnalité et le cadre de vie des collectionneurs. »
[Cette découverte a fait l’objet d’une première publication : J. Lapart, Inscriptions et sculptures romaines récemment découvertes à Auch (Gers), dans Aquitania, t. VI, 1988, p. 125-140.]Le Président remercie M. Lapart pour son intéressante communication et remarque qu’il reconstitue ainsi la collection de Bérot de Cologne. Il note que la complaisance du propriétaire et l’aide de la municipalité sont réconfortantes. Il s’agit bien sûr d’un travail en cours et bien des énigmes restent à résoudre; des fragments complémentaires seront peut-être encore retrouvés. Pour M. Lapart, il semble que cela soit actuellement fort improbable. La connaissance de la collection progresse néanmoins.
Le Président souligne l’intérêt qu’il y a à connaître la collection dans son cadre, la maison étant conservée avec, par exemple, des papiers peints et une partie de ses meubles. Il y a sans doute encore un long travail à faire pour préciser la personnalité du collectionneur. M. Lapart indique qu’un descendant a pris contact avec le Musée, il y de cela deux ans, mais qu’il ne s’est plus manifesté depuis. Il précise que, passé le Second Empire, plus personne ne voit la collection. Il attire une nouvelle fois l’attention sur les papiers peints qu’il faudrait au moins photographier, la maison ayant fait l’objet de propositions d’achat. Quant à l’origine des objets, il n’est pas sûr qu’ils proviennent tous d’Auch.Le Trésorier rappelle que le problème de la diffusion des Mémoires, déjà évoqué, n’est toujours pas réglé. Plusieurs membres proposent de se réunir pour décider des solutions à adopter.
Séance du 29 mai 1990
Présents : MM. Pradalier, Président; M. Coppolani, Directeur; M. Fouet, Bibliothécaire-archiviste; M. Ahlsell de Toulza, Trésorier; Mmes Labrousse, Noé-Dufour, Ugaglia, MM. Bernet, Blaquière, Latour, Manière, Nayrolles, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire général, Mme Cazes, M. Cabau.La séance s’est déroulée au Musée Saint-Raymond, où les membres de la Société ont visité l’exposition Art grec, de la terre à l’image, sous la direction de Mme Evelyne Ugaglia, Conservateur-adjoint et membre de notre Société, qui a organisé cette exposition. Vivement félicitée par le Président, Mme Ugaglia a ensuite répondu à diverses questions de détail posées par les assistants.
Séance publique du 9 juin 1990
Allocution du Président
Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs,Je vous remercie d’être venus aussi nombreux à cette séance publique de la Société Archéologique du Midi de la France qui constitue une vieille manifestation culturelle de notre cité. La tradition veut que la séance s’ouvre par le rappel de la mémoire de nos disparus. Nous déplorons cette année la perte de trois de nos membres, M. Robert Gavelle, le général Henri Ménard et M. Jean Lautier. C’est donc à leur éloge que je consacrerai les premiers mots de cette séance publique.
Robert GAVELLE
(1910-1990)La Société Archéologique du Midi de la France a perdu avec Robert Gavelle un de ses membres les plus anciens. C’est en effet dès 1945 qu’il avait été élu membre correspondant de notre Société puis, en 1977, membre titulaire. Les liens établis entre notre Société et Robert Gavelle furent des liens privilégiés et il faut reconnaître que notre Société a une lourde dette envers lui. Dévoué, Robert Gavelle le fut jusqu’au bout. Responsable bénévole du Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges dont la Société Archéologique du Midi de la France était propriétaire, c’est lui qui en assura le succès. Et ce sont les entrées du Musée qui, pendant une dizaine d’années, assurèrent la parution des volumes de nos Mémoires.
Pourtant, cet éminent connaisseur du Comminges n’était pas prédestiné, du moins si l’on en juge par son lieu de naissance, à devenir un spécialiste de l’art antique et médiéval de cette région du sud-ouest. En effet, il était né à Lille le 22 février 1910 et ce n’est qu’en 1937 qu’il s’installa définitivement à Labroquère où il vint rejoindre son père, ancien directeur de l’Ecole des Beaux-arts de Lille, lorsque celui-ci se retira dans cette ville.
Cependant, avant cette date, Robert Gavelle avait rédigé une thèse sur la Renaissance en Comminges, thèse qui avait été préparée par une solide formation à l’Ecole du Louvre. Des recherches entreprises à cette occasion, faites à vélo et en campant, il gardait un souvenir joyeux.
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Admis comme pensionnaire à la Casa Velázquez, la guerre civile d’Espagne l’empêcha de rejoindre Madrid. C’est alors qu’il fit connaissance de Bertrand Sapène, directeur des fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges et Conservateur du Musée et qu’il devint son adjoint. La collaboration des deux hommes fut des plus fructueuses et s’enrichit des contacts avec Raymond Lizop qui, fréquemment, venait de Tarbes à Labroquère dans la maison des Gavelle.
Attaché, puis chargé de recherches au C.N.R.S. pour les Antiquités Nationales, Robert Gavelle consacra son temps à constituer méticuleusement le fichier des pièces du Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges, œuvre de bénédictin qui, après cinquante ans de travail, nous laisse plus de douze mille fiches, véritable mine pour les recherches à venir.
Mais Robert Gavelle ne fut pas qu’un consciencieux conservateur de Musée. Il publia aussi et s’intéressa à d’autres périodes. Rappelons ses publications sur les peintures murales d’Ourde ou de Benqué-Dessus et sa passion pour la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges dont il était le meilleur connaisseur et sur laquelle il avait accumulé un grand nombre d’observations inédites.
Ses études que l’on retrouve dans Ogam, Gallia, les Congrès des Sociétés Savantes, la Revue de l’Art, les Monuments Historiques de la France mais surtout dans la Revue de Comminges fourmillent de renseignements de tous ordres. Au moment où la mort le surprit, il travaillait à deux grandes études : l’urbanisme antique de Lugdunum Convenarum et la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges. Souhaitons qu’un jour elles soient portées à la connaissance du monde savant.
Représentant de notre Société à Saint-Bertrand-de-Comminges, Robert Gavelle était de surcroît membre associé de l’Académie des Arts de Toulouse, membre titulaire de l’Académie Julien Sacaze, membre du Conseil d’Administration de la Société des Etudes du Comminges et Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres. D’un cœur généreux et très ouvert, d’une grande facilité de parole, souvent facétieux, il restera pour ceux qui le connaissaient comme un ami sincère et dévoué, mais aussi comme un grand humaniste et un savant.Général Henri MENARD
(1919-1989)Rappeler la vie du général Henri Ménard, c’est évoquer une double carrière ou plus exactement deux carrières successives : celle du soldat, celle de l’historien de l’art.
Henri Ménard est né le 28 mai 1919 à Niort. D’abord instituteur, il est vite attiré par la carrière militaire et, à 18 ans, s’engage dans le 26e régiment d’infanterie de Nancy. Il participe à la courte guerre de 39-40 qu’il termine à Périgueux dans l’armée d’armistice. Il réussit alors le concours de Saint-Maixent et devient sous-lieutenant en 1942. Engagé en janvier 1943 dans la Résistance, il est arrêté par la Gestapo en octobre de la même année. Interné à Compiègne, il est déporté à Buchenwald puis à Mauthausen où il devient le matricule 53 917. Déplacé de Mauthausen à Steyr, puis à Gusen et Linz, il est libéré le 5 mai 1945.
Dès le mois d’octobre, il reprend du service, combat en Indochine de 1951 à 1954, entre à l’Ecole Supérieure de Guerre de 1955 à 1957, puis est affecté en Algérie à partir de 1958. Rentré en France, il franchit les grades : colonel en 1965, général de brigade en 1972, général de division en 1975. Il est enfin nommé directeur de l’Ecole d’Etat-Major de 1972 à 1976. En 1972, il a été fait commandeur de la Légion d’Honneur.
Cette brillante carrière de soldat, peu d’entre nous la connaissaient à la Société Archéologique du Midi de la France, tant le général Ménard avait su devenir à nos yeux un authentique archéologue et historien de l’art. Reçu membre correspondant en 1983, nous l’avions élu membre titulaire dès l’année suivante, tant ses qualités étaient évidentes.
Ce Poitevin avait décidé de prendre sa retraite à Montesquieu-Volvestre pour entreprendre sa carrière de chercheur. Ses premières recherches dirigées par M. Labrousse lui permirent de découvrir les culées d’un pont romain à Goutevernisse, puis la chapelle romane de l’Augnac à Montesquieu. Les succès obtenus le poussèrent à se lancer avec passion dans la découverte du Volvestre et il porta à notre connaissance le résultat de ses recherches.
Sa bibliographie, élaborée en quelques années seulement, est impressionnante. Des brochures d’histoire locale (Salles-sur-Garonne, Latrape, Saint-Christaud, Peyssies, Lapeyrère, Lacaugne, Montaut, Mailholas et le prieuré de Saint-Pierre de Birac) y voisinent avec des ouvrages substantiels de caractère plus général tels que l’Histoire de Montesquieu- Volvestre, couronnée en 1977 par notre Société, Les églises perdues de l’ancien diocèse de Rieux, l’Histoire de Carbonne et Les cloches du Volvestre son dernier ouvrage, paru en 1988. A ces publications s’ajoutent vingt-sept articles d’histoire locale dans la Revue de Comminges. Cela fait une moyenne de deux publications par an dont certaines font référence aujourd’hui. Notre Société bénéficia de ses interventions et de ses communications et plusieurs de ses découvertes nous furent présentées au cours de séances toujours instructives. Ajoutons enfin que le général Ménard fut l’inventeur de la crypte de l’église Saint-Victor de Montesquieu-Volvestre dont le dégagement fut un travail considérable en même temps qu’un apport inestimable à l’architecture religieuse du Volvestre.
Pour tous les historiens du Comminges, la disparition du général Ménard est une perte irremplaçable. Son dynamisme, son énergie transparaissent dans ses publications au style clair, précis, direct. Pour nous tous, cet homme d’action que la maladie ne réussit jamais à entamer restera un modèle de compétence, de sérénité et de force.Jean LAUTIER
(1923-1990)Né à Rabastens-sur-Tarn le 4 janvier 1923, Jean Lautier a consacré toute sa vie à son département d’origine et à l’archéologie. Appelé aux Chantiers de Jeunesse en 1943, menacé d’être envoyé en Allemagne dans le cadre du S.T.O., il rejoint le maquis en 1944. Incorporé à la Libération dans l’armée régulière, il participe au siège de Royan. C’est là qu’il rencontre un autre tarnais, un albigeois, André Jarlan. Ils décident, s’ils survivent, de fonder un club de spéléo-archéologie. Ce qu’ils font en 1947.
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C’est par le biais de la spéléologie à laquelle il restera fidèle toute sa vie que Jean Lautier va devenir un archéologue éclairé. Mais, entré dans les P.T.T., nommé à Paris, Marseille, Toulon, le contrôleur, puis l’inspecteur Lautier ne retrouve le Tarn qu’en 1954 avec sa mutation à Albi. Dès lors, il va pouvoir s’adonner à sa passion. La spéléologie le pousse vers l’étude des cavités souterraines artificielles dont il entreprend la recherche systématique. Attiré par la théorie selon laquelle ces cavités sont d’utilisation cultuelle et funéraire, sa pensée évolue et il en vient, dans les années 60, à l’idée qu’elles avaient une fonction utilitaire ou artisanale. Ses recherches aboutirent à la découverte de plus de 300 souterrains et le poussèrent à organiser à Cordes, en 1967, un symposium sur ces questions.
Avec les cavités souterraines et la spéléologie, les mégalithes furent la troisième passion de Jean Lautier. Il fouilla entre autres les dolmens de Castelsec et Lagarde à Murat, celui de Peyroseco à Roussayrolles et se précipitait avec frénésie vers tout menhir et surtout tout menhir sculpté qui lui était signalé. Il en sortira un inventaire fouillé des pierres dressées du département : Les mégalithes du Tarn.
Enfin l’apport de Jean Lautier a été considérable pour la connaissance d’Albi avant le Moyen-Age. Attentif aux travaux réalisés dans la ville, il fouilla d’abord à la va-vite dans les tranchées de canalisation ou les fondations d’immeubles avant que les autorités locales devenues conscientes de sa compétence ne lui accordent des délais plus longs. La récente Histoire d’Albi montre tout ce que nous lui devons Pour la connaissance du site et de la ville antique. Les fouilles du Patus-Crémats en 1981 et de la place Sainte-Claire en 1984 en sont un exemple.
Les découvertes réalisées par Jean Lautier et tous ceux que sa passion avait entraînés dans son sillage méritaient d’être portées à la connaissance du grand public. Avec la collaboration du conservateur du Musée d’Albi, Edouard Julien, il réorganisa la section archéologique du Musée Toulouse-Lautrec et y établit une galerie permanente inaugurée en 1972 par le Ministre des Affaires Culturelles.
Jean Lautier estimait que les recherches étaient vaines si elles n’aboutissaient pas à la publication. Pour cela il favorisa le développement de deux revues : Travaux et recherches, de 1962 à 1979, et, depuis 1984, Archéologie tarnaise. A ces activités Jean Lautier ajoutait diverses responsabilités. Membre correspondant de notre société depuis 1964, il était en outre vice-président de la Fédération des Sociétés Intellectuelles du Tarn et de la Société des Sciences, Arts et Lettres du Tarn, correspondant de la Commission Supérieure des Monuments Historiques, membre de la Commission des objets mobiliers du Tarn, membre du Conseil d’Administration du Musée Toulouse-Lautrec, correspondant pour le Tarn des deux Directions des Antiquités Préhistoriques et Historiques. Il était détenteur de la médaille d’argent de la Jeunesse et des Sports et Officier des Palmes Académiques.
Sa culture, sa compétence, son autorité naturelle, son dynamisme communicatif l’ont fait reconnaître comme le « patron » de l’archéologie tarnaise. Opéré du cœur en 1986, il déclina malgré quelque répit laissé par la maladie jusqu’au 12 février dernier où il décéda. La Société Archéologique du Midi de la France a perdu en lui un préhistorien éclairé.En ouvrant le rapport moral de notre Société, qu’il me soit permis de rendre hommage à mon prédécesseur M. Gratien Leblanc qui, pendant deux ans, a assuré la charge de Président de la Société Archéologique avec la minutie et la compétence que nous lui connaissons tous. Mais, l’an dernier déjà, à cette même époque, c’est au prix d’un grand effort qu’il était venu présider la séance publique de notre société, en raison de sa santé précaire. La maladie qui le handicape lui rendant de plus en plus difficile l’accès à notre salle des séances, il a préféré au mois de janvier dernier ne pas se représenter au poste de président, estimant que ses absences ne lui permettaient plus d’assurer convenablement la direction des débats. Nous l’avons donc élu à l’unanimité et par acclamation Président honoraire de la Société Archéologique du Midi de la France. Aujourd’hui, gêné par ses douleurs aux genoux, et malgré l’intention qui était la sienne, il n’a pu se joindre à nous et me prie de bien vouloir l’excuser auprès de vous de son absence.
Le départ de M. Leblanc a provoqué une série de glissements au sein de notre Bureau. De Directeur, votre serviteur est devenu Président. M. Coppolani, notre Secrétaire Général de temps immémorial, est passé au poste de Directeur. M. Cazes a quitté son poste de Secrétaire-adjoint pour devenir Secrétaire Général et a cédé cette place à M. Maurice Scelles, que nous avons immédiatement mis à contribution en lui confiant le rapport général sur les concours. Quant à M. Fouet et M. Ahlsell de Toulza, les deux piliers stables de notre Bureau, ils ont conservé leurs postes respectifs de Bibliothécaire-Archiviste et de Trésorier.Le rapport moral que je présenterai devant vous portera à la fois sur la partie de l’année académique au cours de laquelle M. Leblanc a assuré la présidence et sur celle où je l’ai moi-même assurée. Cette année académique s’est ouverte comme elle se termine : par le dossier des restaurations de Saint-Sernin de Toulouse. Les membres de la Société Archéologique du Midi de la France se sont penchés avec passion sur le projet de restauration de la basilique. Au cours du dernier trimestre de l’année 1989, la Société a organisé plusieurs de ses séances autour de cette épineuse question. Deux visites sur place nous ont menés jusque sur les voûtes de la basilique et dans les salles du Musée Saint-Raymond où étaient exposées les pièces et documents de la remarquable exposition Saint-Sernin. Trésors et métamorphoses organisée par Mme Sire, Inspecteur des Monuments Historiques et M. Cazes à la fois Secrétaire de notre Société et Conservateur du Musée Saint-Raymond. Ces visites ont permis de constater dans un premier temps la complexité du problème de la restauration de Saint-Sernin et trois séances entières ont été occupées à débattre de la question. Certains de nos membres se sont alors prononcés en faveur du projet de restauration, le plus grand nombre se prononçant contre.
Mais, depuis, des recherches, dont certaines dues à plusieurs membres de notre Société, sont en train de démontrer que la basilique avait bien à l’époque romane un aspect proche de celui que lui donna Viollet-le-Duc à partir de 1860. Je fais allusion aux travaux de M. Pascal Julien, qui a soutenu tout récemment son mémoire de D.E.A. à l’Université de Toulouse-Le Mirail, qui prouvent par des documents nouveaux que les fameuses mirandes qui subsistent aujourd’hui sur le massif’ occidental datent du XVIe siècle. Ces conclusions sont confirmées par les analyses archéologiques menées par un étudiant en maîtrise du Mirail qui a étudié la construction des parties hautes de ce même massif occidental, et les travaux de M. Jean Nayrolles qui prépare une thèse sur le néo-roman dans le Midi de la France, et vient de retrouver des textes montrant que Sainte-Foy de Conques, église de la même famille que Saint-Sernin,
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a connu elle aussi une toiture à décrochement. Autant d’éléments qui viennent s’ajouter à ceux qui existent déjà et que l’on a tant entendus et je pense ici aux découvertes de Mlle Odile Foucaud publiées dans L’Auta et le Bulletin monumental.
Tout en respectant l’opinion de ceux qui, dans cette Société, se sont ralliés au projet de restauration, et qui l’ont fait en se fondant sur des critères qui nous sont communs, les critères archéologiques, l’universitaire que je suis ne peut s’empêcher d’ouvrir une parenthèse pour émettre quelques remarques qui n’engagent que lui et dire son amertume.
Une question se pose. A quoi bon les études, à quoi bon les recherches puisque les décideurs ne les utilisent pas ? On nous l’a dit, ce qui a motivé la décision finale pour la restauration de Saint-Sernin, ce sont les arguments esthétiques, techniques et financiers. Au mépris de ce qui devrait être primordial : l’histoire et l’archéologie du monument.
On va donc faire de Saint-Sernin de Toulouse, édifice qui s’inscrit dans un groupe cohérent de monuments romans, qui va de la Loire à la Galice en passant par l’Auvergne, affichant des formes et des structures trans-régionales, on va donc faire de ce monument roman de caractère international, une église du « gothique méridional », au nom d’une architecture « occitane » dont on a découvert avec stupeur l’existence il y a deux jours. On ne pouvait commettre plus grand contresens sur le gothique méridional, l’art roman et Saint-Sernin à la fois. Mais l’esthétique, celle d’aujourd’hui, qui n’en doutons pas, sera fortement critiquée dans un siècle, comme l’est aujourd’hui celle de Viollet-le-Duc, la technique, qui, pourtant, pourrait davantage aujourd’hui qu’à l’époque de Viollet-le-Duc, et l’argent ont été souverains. Ainsi en a-t-on décidé.Refermant cette parenthèse, j’en reviens à ce qui nous réunit : les activités de la Société. La première de nos séances fut, hélas, celle où le général Ménard fit sa dernière communication. Il nous fit part à cette occasion du résultat de ses recherches sur les cloches du Volvestre, étudiant à la fois leur technique de fonte, leurs caractères musicaux, leur épigraphie, leur décor, les dictons ou les chansons qu’elles ont inspirés.
M. Julien nous a ensuite parlé au cours de deux séances successives de l’œuvre de Saint-Sernin au XVIe siècle. Ce travail, préparé en collaboration avec Mme Watin-Granchamp et M. Maurice Prin, est une véritable mine de renseignements à la fois sur les parties occidentales de la basilique et sur le décor peint du chevet. Ces deux communications mériteraient un long compte rendu car elles apportent des nouveautés de première importance sur les travaux réalisés à Saint-Sernin au cours du XVIe siècle et sur la façon dont ils ont été commandés, payés et réalisés. Surélévation de 12 m du massif occidental, peinture du chœur, réalisation de certains chapiteaux des tribunes, autant d’éléments nouveaux sur la basilique que vous trouverez dans le prochain volume des Mémoires dont la parution est prévue avant la fin de l’année.
Trois communications ont été consacrées au XVIIIe et au XIXe siècle. M. Cazes nous a brillamment parlé des Antiquaires et collectionneurs au XVIIIe siècle à Toulouse et a évoqué les collections d’antiquités parfois de très grande qualité rassemblées par les Antiquaires du siècle des Lumières. Cela a permis d’évoquer entre autres la personnalité du père d’Alexandre Du Mège qui fut lui aussi un grand collectionneur.
Mme Cazes et M. Catalo nous ont entretenu de l’atelier de Théophile Collondre, marchand-faïencier de Toulouse au XVIIIe siècle, découvert au Port Saint-Etienne et étudié dans le cadre d’une campagne de fouilles. Une batterie de trois fours, des rebuts de cuisson furent découverts sur cette parcelle de terrain occupée par les Collondre, faïenciers venus de Montpellier en 1720 et qui avaient obtenu le monopole de la fabrication de la faïence à Toulouse.
Enfin M. Jacques Lapart nous a révélé l’étrange destinée d’une collection retrouvée à Auch par fragments dans un mur ayant servi à fermer un jardin. Plusieurs pièces de cette collection connues par des textes du XIXe siècle étaient considérées comme perdues ou comme le fruit de l’imagination de certains archéologues peu scrupuleux. Inscriptions latines et fragments de statues viennent de réapparaître grâce à la perspicacité de notre confrère et à la grande complaisance du propriétaire qui n’a pas hésité à accepter que l’on détruise son mur de clôture pour retrouver ces œuvres précieuses.
Quant à M. l’abbé Baccrabère, il a pour sa part apporté sa contribution savante à nos réunions en nous présentant une intéressante étude sur la protohistoire à Ancely, résultat de ses fouilles et de ses recherches qui lui ont permis de trouver la trace de trois fossés successifs sur le site aujourd’hui fort perturbé de Saint-Michel du Touch, devenu la cité Ancely.Comme chaque année notre Société s’est également déplacée pour visiter les expositions organisées dans les différents musées toulousains ou ces musées eux-mêmes. C’est ainsi que l’infatigable abbé Baccrabère nous a fait visiter le Musée de l’Institut Catholique qu’il a constitué patiemment et qu’il nous a conduits dans la véritable termitière creusée de ses mains à proximité du rempart romain et jusque sous celui-ci pour en extraire une foule de sculptures funéraires antiques.
M. Michel Barrère, Conservateur à la Direction des Antiquités de la région Midi-Pyrénées, nous a présenté, quant à lui, l’exposition du Musée des Augustins Archéologie et vie quotidienne aux XIIIe et XIVe siècles en Midi-Pyrénées, exposition organisée par Mme Rey, Conservateur au Musée des Augustins et lui-même. Au catalogue de cette exposition, encore une fois, plusieurs membres de notre Société ont participé. Nous avons pu suivre au cours de la visite les transformations de l’habitat rural et du cadre urbain pendant ces deux siècles du bas Moyen-Age mais aussi admirer les monnaies et les objets exposés concernant aussi bien la vie domestique qu’artisanale dans notre région.
Enfin notre dernière séance s’est tenue au Musée Saint-Raymond où Mlle Ugaglia nous a présenté avec compétence et enthousiasme l’exposition Art grec. De la terre à l’image qui révèlera au public toulousain pendant quelques semaines encore, l’extraordinaire richesse du Musée Saint-Raymond en statuettes de terre cuite et en vases grecs dont certains d’une étonnante beauté.Les séances publiques ne sont pas la seule activité de la Société Archéologique du Midi de la France. Une de nos tâches consiste à porter à la connaissance du public les travaux et communications présentés au cours des séances. Le tome XLIX de nos Mémoires
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est donc paru et en l’acquérant ici-même vous pourrez constater combien il est fourni. Les sept articles qui le composent comptent 243 pages d’une graphie serrée. C’est dire leur richesse.
Deux d’entre eux sont archéologiques. L’un, collectif, sur les fouilles du rectorat à Toulouse, l’autre de M. Catalo, sur les fouilles de la place Arnaud-Bernard. Les études sur le Moyen-Age sont représentées par le travail de M. Scelles sur la maison romane de Saint-Antonin-Noble-Val et celui de M. Cabau sur un chrisme roman à Toulouse. Les temps modernes, du XVIIIe au XIXe siècle ont intéressé M. Latour qui nous donne un long article sur la gestion et l’administration de la confrérie de la Sainte-Trinité à Auterive, de M. l’abbé Baccrabère qui retrace l’histoire de la fonderie de canons installée dans les locaux de l’ancien couvent des Ursulines de Sainte-Claire, actuel Institut Catholique et de Mme Quitterie Cazes qui, à travers des documents du XIXe siècle inédits, apporte des nouveautés non négligeables sur le cloître de la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse et ses abords au moment de sa destruction sous la Révolution et l’Empire.
Deux nouveautés enfin méritent d’être signalées. La première est la parution, à nouveau de notre Bulletin, que pour cette année, nous avons inséré dans le volume des Mémoires. Le Bulletin est destiné à porter à la connaissance du public à la fois les informations qui ne sont pas publiées, les discussions qui suivent les communications et la vie de la Société, aspects de notre activité qui n’apparaissent pas dans les Mémoires. Souvent par le passé les pages du Bulletin ont comporté des renseignements de première importance malgré la brièveté des résumés. Il en est toujours ainsi et vous aurez l’occasion de le constater à la lecture de l’actuel Bulletin. Nous avons ainsi renoué après plus de quinze ans d’interruption avec une vieille pratique et M. Coppolani s’est attelé à la tâche pour publier les quinze années manquantes. Son travail progresse et nous espérons pouvoir publier rapidement le résultat de son labeur.
La deuxième nouveauté concerne la création d’un nouveau prix, le prix du Professeur Michel Labrousse créé à l’initiative de Mme Labrousse que je remercie vivement pour sa générosité au nom de la Société Archéologique du Midi de la France et au nom des futurs lauréats qui en bénéficieront. Ce prix ne sera décerné qu’à titre exceptionnel et à des chercheurs de qualité qui promettent de se destiner à des études spécialisées sur l’Antiquité romaine. J’aurais souhaité que Mme Labrousse veuille bien remettre de ses mains, aujourd’hui, ce prix à celui qui en est l’heureux lauréat. La modestie et l’émotion le lui interdisent. Je le ferai donc en son nom et à sa place. Je considère cela comme un honneur et ce me sera une façon de rendre hommage à celui qui fut mon professeur avant d’être mon collègue, qui fut un de mes prédécesseurs à la Présidence de la Société Archéologique du Midi de la France, mais aussi à l’humaniste chaleureux et vivant que j’ai découvert dans les rapports informels que nous avions tissés lors de voyages lointains au cours desquels il ne manquait jamais d’apporter son immense culture et ses remarques sur les monuments visités.La création de ce nouveau prix me fournit l’occasion de passer la parole à M. Scelles qui va maintenant nous donner lecture du rapport général sur les concours et officier pour la dernière et non la moindre de nos activités : l’encouragement et la promotion de la recherche.
Je vous remercie.Le Président
Henri PradalierRapport général sur les concours par M. Maurice Scelles.
La Société Archéologique du Midi de la France encourage M. Dominique Allios en lui remettant une médaille de bronze.
Le prix de la Société Archéologique est remis à Mlle Anne-Claire Delpech, qui reçoit une médaille d’argent. Mlle Nicole Fayel et M. Jean-Luc Boudartchouk reçoivent respectivement le prix de Champreux et le prix de Clausade, dotés de 3 000 F. et accompagnés d’une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France.
Le Président remet à M. William Van Andringa le prix du Professeur Michel Labrousse, doté de 3 000 F.Conférence de M. l’abbé Rocacher consacrée au Château Narbonnais, qui sera en partie publiée dans le t. LI (1991) de nos Mémoires en complément de la publication à paraître aux Editions Privat.
Séance du 19 juin 1990
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire Général, G. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, Ugaglia; MM. Bongiu, Cabau, Fabre, Julien, Lassure, Latour, Manière, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Gérard, Scelles.Le procès-verbal de la séance du 15 mai, puis celui de la séance du 29 mai qui s’est tenue au Musée Saint-Raymond sont adoptés. Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Mme Labrousse offre deux ouvrages à la Société.
On signale qu’un morceau du rempart a été conservé dans le magasin Naa et déplore l’oubli de la mise en valeur du rempart de Larrey : 60 m de rempart romain et leurs deux tours. La promesse du promoteur n’a donc pas été tenue et c’est ainsi tout un pan de l’histoire de Toulouse qui a été occulté.
Le Président lit le rapport établi par Bruno Tollon sur la candidature de M. Jean-Louis Biget ; puis il présente son rapport sur celle du Père Montagnes. Les deux postulants sont élus membres correspondants de notre Société.Le Président donne la parole à Patrice Cabau pour la communication du jour : Les évêques de Toulouse au XIe siècle, qui sera publiée dans nos prochains Mémoires.
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Le Président remercie P. Cabau et demande des précisions sur Pierre Roger. Pascal Julien rappelle la nécessité de se reporter aux sources citées par Mgr Douais, qui a pu retranscrire en « Renefeuille » le nom de Levesville.
Les questions diverses sont abordées avec en premier lieu des informations sur le fermage de Martres-Tolosane.
Par ailleurs, le Président informe les membres de la Société que la S.A.E.S. finance l’analyse des pierres de construction de l’ancienne église Saint-Pierre-des-Cuisines; l’étude est confiée à F. Veyssière, géologue.
Le Président annonce à la Société qu’est envisagée l’installation d’un musée dans les locaux de l’hôtel d’Assézat. M. Bemberg céderait à la fondation qu’il créerait une importante collection de peintures, bronzes, livres… ainsi que deux immeubles à Paris pour son entretien. Il prendrait également en charge l’aménagement des locaux qui lui seraient attribués. Il est confirmé qu’il s’agit d’une collection de belle qualité. L’installation de cette fondation, un musée et ses animations, rendrait nécessaires de nombreux aménagements. La Mairie de Toulouse, qui souhaite que cette collection reste à Toulouse, aurait alors la charge de réinstaller les Académies qui ne sauraient en aucun cas être lésées.
Le Président rend compte de la réunion provoquée par la Mairie de Toulouse et à laquelle participaient les représentants des associations, réunion qui faisait suite à la décision du Ministre de la Culture approuvant le projet d’Yves Boiret pour la restauration de Saint-Sernin ; il donne lecture de la lettre adressée par le Ministre au Maire. Une discussion s’engage alors sur ce qu’il convient de faire.
Pour la restauration de l’hôtel d’Assézat, la commission supérieure des Monuments Historiques a rendu son avis. Certains membres pensent qu’il faudrait remettre en cause la composition de cette commission, où les historiens de l’Art sont trop peu représentés. Des avis critiques sont également exprimés quant à la composition de la COREPHAE.
Bulletin de l’année académique 1990-1991
Bulletin de l’année académique 1991-1992
Tome LII (1992)
Lire le compte-rendu
Établi par Daniel CAZES et Maurice SCELLÈS
Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1991-1992, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LII, 1992) dont nous indiquons la pagination. Les corrections nécessaires ont été apportées et quelques illustrations en noir et blanc sont remplacées par des illustrations en couleur. (Mise en page html : Maurice Scellès, août 1999.)
1ère partie
Séances du 5 novembre 1991 au 3 mars 1992
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Séance du 5 novembre 1991
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Blaquière, Boudet, Cabau, Gérard, Gillis, Hermet, Julien, Lassure, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Excusés : Mme Labrousse, MM. Laffont, Manière.
Le Président ouvre l’année académique en annonçant que le calendrier des communications est déjà plein. Il demande néanmoins aux membres qui le souhaiteraient de s’inscrire. Le programme de cette séance de rentrée étant particulièrement chargé, le Président donne alors la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 19 juin dernier, qui est adopté.
Puis le Secrétaire général rend compte de la correspondance manuscrite : annonces de colloques, invitations, catalogues de libraires, etc.
Plusieurs dons de membres de notre Société sont à signaler :
de M. Gérard, au nom de l’Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne, l’Inventaire sommaire de la sous-série 1 L. Archives de la période révolutionnaire (1790-An VIII), t. 1 ;
de Guy Ahlsell de Toulza, conservateur du musée du pays rabastinois, le catalogue de l’exposition que l’on peut encore voir jusqu’au 11 novembre 1991 : Le grand retable gothique de Notre-Dame du Bourg à Rabastens ;
de Jean-Luc Laffont, plusieurs tirés à part d’articles concernant surtout le notariat ;
de Gabriel Manière, sa publication sur Saint-Élix-le-Château.
de Henri Hermet, le premier fascicule de sa Bibliographie de l’histoire de Toulouse, publiée par Archistra.
En outre, la Société a acheté l’ouvrage de J.-M. Humbert : L’Égyptomanie dans l’art occidental.
En raison du grand nombre d’ouvrages reçus pendant les vacances, on se limite aujourd’hui à la présentation des revues régionales et nationales. Parmi les nombreux articles pouvant intéresser les membres de notre Société, certains doivent être plus particulièrement signalés :
Louis Carsalade, Le prieuré fontevriste de Saint-Laurent des religieuses dans Archistra, n° 99 (printemps 1991), Toulouse, p. 46-50. Fondé en 1151 à Saint-Laurent (canton de L’Isle-en-Dodon), au bord de la Save, le prieuré était occupé en 1209 par soixante-seize moniales, deux religieux prêtres et vingt-deux frères convers : cela est caractéristique de l’Ordre de Fontevraud, mixte selon la volonté de son fondateur Robert d’Arbrissel. La Mairie, le Conseil Général et l’association « Saint-Laurent Patrimoine » ont restauré et remis en valeur le mur occidental de l’église prieurale primitive encore long de plus de 12 m, haut de 7 m, pour une largeur de 1,25 m. Ce mur, datable du XIIe siècle, est construit en briques, percé de deux baies romanes et épaulé par deux contreforts extérieurs. À l’intérieur, ce mur de façade de l’ancienne église présente encore
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des vestiges de peintures murales qui seraient proches de celles de l’église des Templiers de Montsaunès (Haute-Garonne). On connaît les dimensions de l’édifice qui avait 35 m de long sur 8,30 m de large ; une fouille serait toutefois nécessaire afin de bien préciser son plan. Quatre chapiteaux de marbre, provenant du cloître qui jouxtait l’église, évoquent les claires-voies gothiques du Midi toulousain des XIIIe et XIVe siècles (du type des Jacobins de Toulouse par exemple). Des fouilles seraient là aussi nécessaires pour mieux connaître les dispositions des bâtiments conventuels. La publication d’une plaquette de présentation de cet ensemble peu connu d’architecture monastique médiévale devrait favoriser son étude – insistons sur la nécessité d’une bonne étude archéologique – et son insertion dans le répertoire des abbayes historiques de Midi-Pyrénées.
Archistra, n° 100 (6 juillet 1991). Dans l’église du Bourg-Saint-Bernard, qui date de la fin du XVe ou du début du XVIe siècle, un décor peint néo-Renaissance italienne, tout à fait exceptionnel, est dû au peintre Gaétan Ceroni qui le réalisa en 1841. Ceroni a beaucoup travaillé à Toulouse (cathédrale Saint-Étienne) et dans la région toulousaine.
Régis de La Haye, La fontaine du cloître de Moissac dans Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. CX (1985), p. 115-122. Dans l’angle nord-ouest du cloître roman de Moissac se trouvait une fontaine que plusieurs documents d’archives permettent d’évoquer avec une relative précision. L’eau y parvenait, à partir de deux puits situés sur le coteau surplombant l’abbaye, par des tuyaux de plomb. Cinq tuyaux faisaient jaillir l’eau dans une vasque de marbre magnifique, d’un diamètre de 3,25 m, qui était percée de douze trous pour l’écoulement. Un procès-verbal de visite de 1669 donne une précieuse description de l’architecture du pavillon de la fontaine : la vasque était entourée d’une arcature faite de colonnes de marbre et de chapiteaux « de mesme fabrique que ceux du cloistre ». La fontaine fut détruite vers la fin du XVIIIe siècle. Il n’en reste aujourd’hui que les arrachements de l’arcature (sur le pilier central de la galerie nord et au-dessus du chapiteau de l’Annonce aux Bergers de la galerie ouest) qui permettent de restituer une enceinte de 5,50 m sur 13 m, et, dans le mur-bahut de la claire-voie du cloître, deux passages aujourd’hui murés qui donnaient accès à cette fontaine.
Jean-Claude Fau, Nègrepelisse : découverte de deux bustes antiques dans Bulletin de la Société archéologique Tarn-et-Garonne, t. CVI (1981), p. 19-22. Le portrait en marbre d’Agrippine a été racheté en vente publique, à l’Hôtel Drouot, par le Musée Saint-Raymond, où il est actuellement présenté et complète heureusement la série des portraits julio-claudiens de Béziers.
Inscriptions latines d’Aquitaine, Nitiobroges, par Brieuc Fages et Louis Maurin, Supplément au t. CXVIII, n° 1 (janvier-mars 1991) de la Revue de l’Agenais. Ce volume inaugure une série de publications d’inscriptions latines entreprises par le Centre Pierre-Paris de l’Université de Bordeaux, dans le cadre du programme PETRAE (Programme d’Enregistrement, de Traitement et de Recherche Automatique en Épigraphie), et s’intégrant dans le projet plus ambitieux encore de révision des inscriptions des Gaules (Narbonnaise et Trois Gaules), sur la base du Corpus Inscriptionum Latinarum.
Le corpus proprement dit comprend trente inscriptions avec notices complètes et photographies, divers index et tables de concordance.
Il est précédé d’une importante introduction historique qui est une excellente synthèse sur la Cité des Nitiobroges (et non Nitiobriges selon une erreur courante : la forme Nitiobroge est attestée par l’inscription d’un torque du Ier siècle avant J.-C.), grosso modo le Lot-et-Garonne actuel, et la ville d’Agen (Aginnum) dont la superficie était considérable (70 à 80 ha) et l’organisation urbaine et monumentale tout à fait remarquable. Ce qui fait d’autant plus regretter la destruction ou la disparition récente des vestiges de son théâtre (d’un diamètre de 83 m) et de son amphithéâtre (dont le grand axe avait entre 110 et 120 m).
Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1987 :
– Noël Duval, Le site de Gamzigrad (Serbie) est-il le palais de retraite de Galère ? (p. 61-84). Une enceinte fortifiée englobe 6,5 hectares près de la ville actuelle de Zajecar, à l’arrière du limes danubien, non sans similitude avec le fameux palais de Dioclétien à Split. En 1984, la découverte d’une inscription a permis de certifier le nom du lieu : Romuliana.
En fait, il y a deux enceintes : une de la fin du IIIe ou du début du IVe siècle, rectangulaire, à tours carrées sauf pour deux portes flanquées de petites tours de plan octogonal ; l’autre, plus imposante mais de forme irrégulière, à tours de plan circulaire à l’intérieur et polygonal à l’extérieur, et qui est une reconstruction de l’époque de Justinien (Procope signale cette restauration de Romuliana au VIe siècle par l’empereur byzantin). À l’intérieur, sans plan régulier, ont été construits plusieurs édifices : deux temples dont la dédicace est inconnue, un « Palais I », un « Palais II » plus petit et plus récent que le premier, un horreum, peut-être des thermes, un édifice public à abside lié au « Palais II », un curieux ensemble de salles isolé dans un enclos rectangulaire qui a été interprété comme un mausolée.
Noël Duval critique la position de plusieurs archéologues yougoslaves qui voient dans cet ensemble une résidence personnelle de Galère – qui serait né à cet endroit – et plus spécialement celle de sa retraite, où il aurait été inhumé à sa mort, en 311. Le mélange, sans ordre préconçu, de bâtiments publics et résidentiels pourrait plutôt faire songer aux conciliabula, lieux où se rassemblaient des populations rurales pour leurs activités cultuelles, politiques et économiques. La
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proximité de la frontière de l’Empire expliquerait la fortification. Ce lieu, ensuite christianisé (basiliques chrétiennes successives et baptistères), vivait encore à l’époque de Justinien.
– Dom Jacques Dubois, Les bas-reliefs du portail du couronnement de Notre-Dame de Paris (p. 84-90).
– Marie-Madeleine Gauthier présente l’étude de Mme Dabrowska-Zawadzka sur une relique de la Vraie Croix ayant appartenu à l’empereur byzantin Manuel Comnène, placée dans la staurothèque dite « Croix palatine » aujourd’hui conservée à Notre-Dame de Paris.
– Georges Ferrière, À Agen, une belle occasion manquée dans Sites et monuments, n° 134 (3e trimestre 1991), p. 20-21.
L’auteur signale le réenfouissement des vestiges de l’amphithéâtre romain retrouvé, sous les pieux d’un programme immobilier, malgré une mesure d’inscription de ces vestiges à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
– Charles Bonnet et Béatrice Privati, Les origines de Saint-Gervais à Genève dans Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendus des séances de l’année 1990, juillet-octobre, Paris, 1990, p. 747-763.
Il s’agit d’une fouille tout à fait exceptionnelle par les moyens mis en œuvre et les méthodes utilisées sur un site genevois de la rive droite du Rhône, près d’un pont donnant accès à Genève mentionné en 58 avant J.-C. par Jules César. Les vestiges les plus anciens appartiennent à un habitat néolithique et une nécropole de l’Âge du Bronze (1400-800 avant J.-C.). À partir de 50 avant J.-C., l’occupation est continue jusqu’à nos jours.
Un monument rectangulaire d’époque augustéenne est un sanctuaire celtique avec fosses cultuelles. Un vaste bâtiment du Ier siècle après J.-C., de plan inhabituel, est utilisé jusqu’au IIIe siècle. Une église funéraire du Ve siècle succède à un mausolée placé dans une aire cimetériale voisine ; une crypte à caveau funéraire était aménagée sous le sanctuaire. Aux VIe–VIIe siècles, la nef de l’église est entourée d’une galerie tandis que se multiplient les inhumations de tous types, notamment en sarcophages de pierre.
Cette fouille se poursuit encore et un aménagement en site archéologique visitable par le public est en cours, bénéficiant du succès considérable remporté par l’aménagement muséographique, déjà réalisé par Charles Bonnet et son équipe, des fouilles exemplaires du groupe épiscopal de Genève.
Après cette présentation, le Président donne la parole aux différents rapporteurs sur les candidatures au titre de membre correspondant de notre Société. Mlle Valérie Rousset, Mme Claire Eczet, MM. Henri Ginesty et Frédéric Veyssières sont élus membres correspondants.
Le Président aborde ensuite la question de la Fondation Bemberg. Les choses ont bien changé depuis la séance du 18 juin dernier, dont nous venons d’entendre le procès-verbal. Il faut rappeler qu’un historique des négociations a été établi à partir des procès-verbaux de séances et qu’il a été intégré, avec de nombreuses pièces justificatives, au procès-verbal de la séance exceptionnelle du 23 avril 1991. Le projet de construction d’un immeuble « placard » en fond de cour a été abandonné au profit de l’acquisition d’un immeuble voisin. Plusieurs possibilités ont été envisagées, avant qu’en juillet dernier soit prise la décision de principe de laisser à la Fondation toute l’aile gauche, la loggia et le deuxième étage de l’aile droite sauf son extrémité.
L’avant-dernier état du projet date du 27 octobre. Les Académies et Sociétés savantes conservent bien sûr la salle des séances publiques de l’aile droite ; les deux autres bâtiment appelés B et C doivent être acquis par la Mairie et les solutions actuelles sont donc sous cette condition. Le Président présente alors les plans.
On en était là lorsqu’à la réunion du 30 octobre, MM. Puel et Andrès ont présenté un nouveau projet, prévoyant la démolition et la reconstruction du bâtiment à acquérir. Cela offrirait une plus grande liberté pour l’agencement et la répartition des nouveaux locaux entre les Académies. Il y aurait toutefois un inconvénient dans le fait que les places de stationnement seraient très peu nombreuses. Une difficulté subsistait également à propos de l’utilisation du grand escalier, pour lequel le texte signé le 30 septembre garantissait le respect de l’indépendance totale de fonctionnement. Or le projet de convention envoyé par les avocats et architectes de M. Bemberg prévoyait qu’une grille serait installée dans le grand escalier. Son utilisation varierait selon les périodes : périodes de vacances scolaires, période estivale, année académique, samedis et dimanches.
M. Lassure demande quelles sont les conditions prévues jusqu’à l’achèvement des travaux. Le Président indique que pour M. Puel, il est normal que la construction et l’aménagement des nouveaux locaux précèdent le déménagement des Sociétés et Académies.
On fait remarquer que la double utilisation des locaux risque de poser des problèmes, la sécurité du futur musée pouvant justifier la fermeture totale du bâtiment. Toutefois, la Fondation n’a pas le statut de musée et n’est donc pas soumise aux normes de la Direction des Musées de France ; on peut objecter que le label « musée » n’est pas protégé juridiquement, et une personne privée peut donc ouvrir aujourd’hui un « musée ».
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À propos du bâtiment à construire, il est précisé que la volumétrie générale du quartier sera respectée. Plusieurs membres soulignent qu’il faudra tenir compte des éventuels, mais presque certains, problèmes archéologiques.
Guy Ahlsell de Toulza annonce que la plaque de la gravure du XVIIIe siècle des Corps saints de Saint-Sernin a été restaurée et qu’il en a fait faire trois tirages par des étudiants de l’École des Beaux-Arts ; il serait possible d’en faire d’autres tirages au prix de 100 F l’exemplaire.
Séance du 19 novembre 1991
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Noé-Dufour, Eczet, Rousset , MM. Bernet, Blaquière, Cabau, Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Péaud-Lenoël.
Excusés : Mmes Cazes, Colin, MM. Cazes, Secrétaire général, Biget, Gillis, Laffont, Manière, l’abbé Rocacher.
Le Président ouvre la séance en informant les membres de la Société que la Séance publique de l’Académie des Sciences aura lieu le 1er décembre à l’Hôtel d’Assézat.
Il présente alors à la Société Mmes Claire Eczet et Valérie Rousset, nouveaux membres correspondants. Puis il donne la parole au général Delpoux qui nous présente Le Château de Caudeval :
« Découvertes archéologiques
Ne disposant d’aucun texte relatif aux constructions effectuées du XIIe au XVIIe siècle, seulement une hypothèse se fondant sur l’examen des éléments bâtis, de divers indices (remblaiements, courtines), peut être formulée, selon laquelle la partie la plus ancienne est du XIIe siècle, doublée au début du XIVe siècle et flanquée au XVIe d’une tour à escalier en pierre en vis, avec une extension au XVIIe (1672).
Découvertes de gypseries
Des cinq niveaux, trois sont ornés de décors de gypseries, toutes blanches (treize salons et cabinets, cage du grand escalier). Ils datent de la fin du XVIIe, du milieu du XVIIIe, ceux de la salle de billard entre 1758 et 1765, enfin de 1780-1790 (guirlandes de fleurs, feuillages, chasse, nature). Trois panneaux de la salle de billard (7,50 m de h.) représentent, par l’art militaire et l’art héraldique, les armoiries ainsi que la carrière militaire et civile de François-Charles, Comte de Rochechouart, Marquis de Faudoas, Lieutenant Général des Armées, Gouverneur de l’Orléanais et autres places.
La réalisation de ces décors a entraîné l’agrandissement des ouvertures afin de laisser davantage de lumière pour les éclairer ; des éléments de meneaux ont ainsi été retrouvés. »
Le Président remercie le général Delpoux et le félicite pour les travaux de restauration qu’il a entrepris. À propos du corps de bâtiment daté du XIIe siècle, il demande quels sont les éléments qui permettent de fonder cette datation. Pour le général Delpoux, les pierres de grandes dimensions du mur retrouvé en creusant peuvent être mises en relation avec un document de 1132 qui mentionne le château. Les portes datables des XIIIe–XIVe siècles se trouvent sur la partie ajoutée à l’arrière. Mais le général Delpoux précise qu’il a pu se demander si ces matériaux n’avaient pas été arrachés à un château des environs. Pour Guy Ahlsell de Toulza, rien ne permet de dater du XIIe siècle le bâtiment le plus ancien ; on pourrait inverser la chronologie des différentes parties : le bâtiment le plus ancien serait celui du XIIIe ou du XIVe siècle, auquel aurait été ajoutée la partie avant comprenant la tour d’escalier du XVIe siècle. Plusieurs membres remarquent que des appareils de moellons peu réguliers succèdent au XVe siècle aux constructions en pierre de taille des XIIIe et XIVe siècles.
M. Fouet demande si l’on est en mesure de situer les écuries. Le général Delpoux n’a pas de réponse, si ce n’est pour le XVIIe siècle où il ne s’agissait que d’un petit bâtiment. Pour le Président, les hommes de garde n’étaient peut-être pas très nombreux. Le général Delpoux indique qu’un rapide calcul à partir du nombre des ouvertures de tir permet d’estimer à une vingtaine le nombre des défenseurs. Le Président rappelle que nous avons des récits d’attaques de châteaux forts où la place défendue par deux hommes est prise par cinq. Il n’y avait que douze hommes au château de Najac. Pour le Président, il n’y avait donc pas besoin de locaux spécialisés pour une garde ; par ailleurs, il demande s’il y a des preuves que la question était pratiquée dans le château de Caudeval. Le général Delpoux répond que les anneaux conservés en témoignent et que le seigneur de Caudeval était haut, moyen et bas justicier. M. Fouet remarque que l’on voit encore sur le mur du palais de Justice de Toulouse des anneaux destinés à attacher les chevaux. Le général Delpoux indique que ceux conservés dans le sous-sol voûté de Caudeval sont placés très bas, et qu’il a retrouvé un fer de prisonnier.
M. Péaud-Lenoël demande pourquoi les décors de gypserie ont tous été restaurés en blanc. Le général Delpoux précise que l’Inspecteur général Pierre-Marie Auzas qui l’a alors conseillé pensait qu’en France ces décors étaient blancs, tandis que l’on employait la couleur en Italie. M. Scelles se souvient qu’il a en trouvé peints au naturel dans la région de Moissac ; M. Coppolani connaît deux immeubles toulousains où les stucs sont peints et, selon Guy Ahlsell de Toulza, ceux du château de Lara
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le sont également, tandis que les gypseries, de style Louis XV, de l’hôtel Rech de Penautier, rue Vélanes à Toulouse sont bleu roi et or. En remarquant que les stucs respectent les représentations héraldiques traditionnelles, Guy Ahlsell de Toulza ajoute que les casques de marquis portent toujours un collier et qu’il ne faut donc pas nécessairement y voir un ordre précis. Répondant à M. Julien, le général Delpoux indique qu’il n’existe aucun acte notarié concernant ces décors, le seul document étant un acte de vente de 1765, qui n’apporte pas de précisions.
Le Président aborde les questions diverses en évoquant la polémique qui s’est développée autour d’un programme immobilier concernant les abords de l’église Saint-Vincent à Carcassonne. Un îlot accolé au flanc sud de l’église a été détruit tout récemment, et le curé, l’abbé Cazeaux, a entamé une grève de la faim pour obtenir que l’on renonce au projet immobilier en créant une place dégageant l’édifice qui pourrait ainsi être vu. Le Président demande si la Société Archéologique du Midi de la France doit ou non soutenir son action. Pour en savoir plus, il a contacté différentes personnes. L’Architecte des Bâtiments de France de l’Aude a sans doute donné l’autorisation de démolir. Il faut encore préciser que l’urbanisme d’une bastide repose sur des moulons bâtis et que l’église a donc été construite pour n’être visible que de la rue et certainement pas pour être placée dans un écrin. Faut-il donc reconstruire ? Les deux positions semblent difficilement défendables. Les reportages qui ont été diffusés à la télévision montraient une population choquée par cette démolition. Le Président rappelle qu’à Pamiers on a fait disparaître le quartier du pont Neuf pour y bâtir des barres de béton qui ont détruit le cadre urbain. Le caractère insalubre de certains de ces quartiers justifie-t-il leur disparition totale ? On cite l’exemple de Cahors, où des îlots ont été entièrement détruits et reconstruits avec des résultats variables ; il faut reconnaître que dans certains cas l’état de délabrement d’immeubles qui sont des constructions très médiocres, même si elles sont anciennes, rend difficile leur conservation et surtout leur rénovation. La question qui se pose alors est celle de la qualité architecturale des nouvelles constructions. Par ailleurs, il faut rappeler que la ville de Carcassonne est dans une situation financière grave et qu’un dédit sur le projet immobilier de Saint-Vincent pourrait lui coûter dix millions de francs de dédommagement ; en outre, l’église a été conçue entourée de maisons et le beau point de vue sur le monument serait un non-sens : la place ne se justifie pas historiquement. On s’accorde sur le fait qu’il aurait fallu éviter la démolition. Certains membres pensent que la Société peut difficilement refuser de se prononcer sur un tel sujet ; pour d’autres, au contraire, il ne faut pas qu’elle prenne position sans connaître précisément le dossier. Le Président souligne que la tâche des Architectes des Bâtiments de France est difficile parce qu’ils doivent prendre leurs décisions seuls, sans être soutenus et face à des pressions de toutes sortes. Un membre explique ce qu’est un avis conforme, et qu’en l’absence de réserves exprimées par cet avis, il est impossible d’intervenir sur une réalisation en cours.
Le Président présente ensuite les derniers développements du projet d’installation de la Fondation Bemberg. La procédure a été accélérée du fait que M. Bemberg a annoncé qu’il proposerait son projet à la ville de Lausanne, si aucune convention n’était signée avant le 11 novembre. On prévoyait au départ une convention tripartite, ce qu’ont refusé les Sociétés et Académies. Une convention sera donc signée entre la Fondation et la Ville de Toulouse, qui sera liée à l’Union par une seconde convention. L’Union a demandé un certain nombre de modifications au projet de convention établi par Me Goguel, modifications qui ont presque toutes été acceptées. Le plus difficile a été de trouver un accord sur l’usage du grand escalier : on y est parvenu avec un usage différent pendant les périodes scolaires et les vacances, mais on n’a pu éviter qu’une fermeture soit installée entre le deuxième et le premier étages pour des questions de sécurité. Les membres de la Société pourront de toute façon toujours utiliser le grand escalier, librement en dehors des heures d’ouverture de la Fondation, sous son contrôle pendant ses heures d’ouverture.
Le Président présente les nouveaux plans, et les commente ; une question reste en suspens : celle du sort du Musée de la Médecine, dont l’installation à l’Hôtel-Dieu serait remise en cause. La partie n’est toutefois pas perdue et on espère que ce projet se réalisera.
Séance du 3 décembre 1991
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mme Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, général Delpoux, Fabre, Latour, Manière, Peyrusse, abbé Rocacher, Tollon, membres titulaires ; Mme Cazes, Mlle Rousset, MM. Cabau, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Veyssières, de Viviès, membres correspondants.
M. et Mme Ginesty, invités par M. Tollon, assistent à la séance.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint.
M. Coppolani donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 novembre 1991. Après quelques corrections, celui-ci est adopté. Au sujet des anneaux de fer évoqués au cours de la discussion qui a suivi la communication du général Delpoux, M. Fouet ajoute qu’il existe encore au premier étage de La Grave, dans la tour Taillefer, deux fixations avec chaînes et colliers pour fixer au mur les prisonniers ; elles avaient servi à entraver les prostituées.
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![]() | PRIEURÉ SAINT-JEAN DE MALTE, TOULOUSE. Plan du rez-de-chaussée. Dessin de Jean-Philippe Garric, Société académique d’Architecture, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur. |
La communication portée à l’ordre du jour, de M. Lapart, a dû être annulée. Le Président donne la parole à M. Tollon qui présente Le vestibule de l’hôtel de Malte (1668) et sa signification :
« L’hôtel du grand prieur de Saint-Jean de Malte transformé en 1668 par l’architecte Jean-Pierre Rivalz marque un tournant dans l’histoire de la demeure urbaine à Toulouse. L’étude du vestibule d’entrée permet d’en faire la vérification.
Le prieur de Robin-Graveson, soucieux d’organiser une façade solennelle, a d’abord supprimé les cinq boutiques qui, dans l’état antérieur, occupaient le rez-de-chaussée de part et d’autre de l’entrée. On a remarqué depuis longtemps (R. Mesuret, Évocation du Vieux-Toulouse, 1960) que la façade de 1668 avec ses sept travées régulières reprenait les dispositions du palais Chigi-Aldobrandini, à Rome. En réalité, la ressemblance avec le palais romain va plus loin. Rivalz donne à Toulouse son premier « androne » avec un vestibule d’une ampleur inusitée. Le passage très soigneusement voûté combine berceau surbaissé
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![]() | HÔTEL DU GRAND PRIEURÉ DE SAINT-JEAN DE MALTE. Galerie du portique et travée serlienne du vestibule. Cliché Bruno Tollon. |
et pénétrations sur les petits côtés ; son éclairage est assuré par deux fenêtres en façade et l’imposte de la porte cochère. Côté cour, trois baies l’ouvrent sur la galerie du portique : leur dessin est remarquable : avec une baie cintrée et deux portes latérales, Rivalz donne une variante de la travée serlienne, si couramment utilisée en Italie. Outre son adaptation à l’usage nouveau du carrosse, le vestibule joue un rôle dans la distribution de l’immeuble. Son large trottoir favorise la circulation, et sur ses côtés, quatre portes symétriques servent d’accès, au Nord, à des pièces de service et, au Sud, à des pièces sur le principe de la sala terrena, dont les décors peints appliqués sur les voûtes évoquent charmilles et entrelacs de jardin.
On mesure tout l’intérêt du dispositif mis en place par Jean-Pierre Rivalz. C’est un témoignage de plus des liens privilégiés que Toulouse entretenait avec l’Italie. D’autres caractères de la demeure pourraient être passés en revue : cour à portique, localisation de l’escalier, décor des fenêtres à frontons alternativement curvilignes et triangulaires… Retenons seulement cette dilatation du vestibule et le rôle plus large joué dans le fonctionnement de l’hôtel : ce prototype a fait école. On pourra le vérifier avec l’hôtel Pauci (vers 1670), l’hôtel du Bourg (1683), l’hôtel Davizard (1686), l’hôtel Druilhet, qui donnent lieu actuellement à des enquêtes de même nature. »
MM. Coppolani, Fouet, Peyrusse, Pradalier, présentent quelques remarques complémentaires.
M. Manière présente ensuite Une croix du XVe siècle conservée à Cazères-sur-Garonne (Cf. Gabriel Manière et Jean Rocacher, La Croix de l’oratoire de la Case à Cazères, dans Revue de Comminges, t. CVI, 1991, p. 477-481, ill.).
Après les deux communications, le Président présente à ses confrères les derniers plans dressés par les architectes pour la nouvelle installation des Académies dans l’hôtel d’Assézat avec la Fondation Bemberg.
Séance du 17 décembre 1991
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, Rousset, MM. Bernet, Blaquière, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gilles, Gillis, Hermet, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher.
Le Président présente l’ouvrage que M. Prin et l’abbé Rocacher ont consacré au Château narbonnais, ouvrage qui vient de paraître et que leurs auteurs offrent à la Société. Il rappelle que la description de François Garipuy, qui n’avait pu trouver place dans ce volume, paraîtra dans le prochain volume des Mémoires (t. LI, 1991).
On procède ensuite à l’élection de membres titulaires. Le Bureau propose cinq noms au suffrage : Mmes Cazes et Éclache, MM. Cabau, Lapart et Péaud-Lenoël. Tous les cinq sont élus membres titulaires.
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Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que le tirage de la gravure des Corps Saints de Saint-Sernin, réalisée pour la Confrérie des Corps Saints en 1761-1762, est exposé dans la salle des séances.
Le Président annonce que désormais la Société sera ouverte tous les mardis après-midi, M. Latour ayant accepté d’assurer une permanence. En outre, le Président assurera une permanence toute cette année, les lundis de 14 h à 17 h.
Guy Ahlsell de Toulza indique ensuite qu’il a été décidé au cours de la dernière réunion du Bureau de fixer de nouveaux prix pour les volumes anciens des Mémoires. Quant aux volumes du Bulletin, qui sont des sources d’information très précieuses, leur prix n’a pas encore été défini car la question est plus difficile à régler en raison du caractère très hétérogène de cette publication.
Après avoir mis en circulation catalogues de libraires, invitations etc., Daniel Cazes poursuit sa présentation détaillée des revues et ouvrages reçus par la Société.
Dans les deux dernières livraisons de L’Auta, on note l’article de l’abbé Rocacher, Qui se souvient de Paul Mesplé ? (novembre 1991, n° 570, p. 272-275), et celui de Jean Coppolani, Du nouveau autour de la place Saint-Pierre (décembre 1991, n° 571), ce dernier nous rappelant la disparition du rempart romain.
Procès-verbaux des séances de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, t. XLV, 2e fasc. (1988) :
– Abbé Jean-Michel Fabre, Un millavois au service de la vérité et de l’histoire : Monseigneur Louis Saltet, p. 237-243. Louis Saltet (1870-1952) succède en 1898 au chanoine Douais, dans la chaire d’Histoire de l’Église de l’Institut catholique de Toulouse. Il y assure également un cours d’archéologie chrétienne. À partir de 1909, il se consacre à une étude critique des textes servant de base à l’Histoire de l’Église. Il a ainsi écrit plus de cent cinquante articles publiés dans le Bulletin de Littérature ecclésiastique de l’Institut Catholique de Toulouse. Il s’intéresse aussi à saint Privat, saint Martial, saint Saturnin, sainte Foy, pour ce qui concerne nos régions méridionales. De nombreuses conférences s’ajoutent à cette œuvre dense, encore utile à la recherche d’aujourd’hui et dont il est bon de rappeler l’existence.
– Comptes rendus bibliographiques : on y remarque (p. 260-261) celui de l’ouvrage de Gaston Alary, Guillaume Durant, évêque de Mende (1296-1330) : un combat pour la réforme de l’Église au XIVe siècle ; sa statue gisante qui avait été acquise au XIXe siècle à Montpellier par la Société Archéologique du Midi de la France, est aujourd’hui conservée au Musée des Augustins. Il serait intéressant d’acquérir cet ouvrage pour notre bibliothèque.
Procès-verbaux des séances de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, t. XLV, 4e fasc. (1990) :
– Lucien Dausse, Un ex-voto à Camulus, Mars gaulois, p. 523-528. Une tabella ansata en bronze argenté, découverte en 1989 à Rodez, rue A. Briand, porte cette dédicace faite par un certain MACER, surnom latin d’un homme libre, peut-être un soldat originaire de la Cité de Reims, au Ier siècle après J.-C.
– Lucien Dausse, Réapparition d’un lot de céramiques sigillées de la Graufesenque, p. 591-607. Il s’agit d’une collection découverte fortuitement dans une décharge de Rodez.
– Pierre Lançon, Découvertes de sculptures romanes à Lassouts, p. 627-630. Les deux fragments (un ange Gabriel visitant la Vierge, et la Vierge à l’Enfant d’une Adoration des Mages) proviennent de l’église romane de Lassouts, l’édifice actuel étant plus récent.
Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes, année 1989. Ce fort volume (437 p., ill. en NB et couleur) est entièrement consacré à un ensemble d’études sur le Prieuré clunisien de Saint-André de Rosans. Tour à tour, l’histoire du prieuré et du village attenant, l’organisation architecturale de l’ensemble prieural du XIe au XIIIe siècle (G. Barruol, Y. Esquieu), l’analyse des mosaïques romanes de l’église prieurale (G. Barruol, X. Barral i Altet, C. Bassier), celle des sculptures découvertes lors des fouilles (J. Thirion), les questions liturgiques (G. Barruol, P.-Y. Playoust), les manuscrits originaires du prieuré (Denis Escudier), et enfin les perspectives de restauration et de mise en valeur (architecte en chef Alain Tillier) sont abordés. L’ordre dans lequel ces sujets sont présentés et la conception de la conservation et de la restauration de cet ensemble archéologique et monumental témoignent d’une méthode de recherche et d’une volonté de présentation pédagogique au public tout à fait exemplaires. La mise en œuvre, en un temps relativement court, d’une telle entreprise pluridisciplinaire réunissant harmonieusement des institutions et des spécialistes (historiens, archéologues, historiens de l’Art et des textes, architecte, aussi divers devrait être la règle en France : on ne la constate malheureusement qu’assez rarement, d’où l’intérêt de ce cas.
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Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Comptes rendus des séances de l’année 1990, novembre-décembre, fasc. IV.
L’allocution d’accueil (p. 841-845), prononcée par Jean Leclant, Secrétaire perpétuel, pour la rentrée solennelle de l’Académie, est consacrée à la célébration du Centenaire de l’École Biblique de Jérusalem, ouverte le 15 novembre 1890 dans la maison des Dominicains de Jérusalem. Le Révérend Père Bernard Montagnes, membre de notre Société, a étudié les débuts de cette école et fourni ainsi la matière de cette allocution. Le R.P. Montagnes a notamment montré le rôle éminent joué par le dominicain Marie-Joseph Lagrange qui donna les premiers cours et qui, prononçant à Toulouse une série de conférences publiées sous le titre : La méthode historique, surtout à propos de l’Ancien Testament, fut l’objet d’une polémique alimentée par l’Institut biblique de Rome, dirigé par les Jésuites. Les premiers travaux de l’École de Jérusalem furent marqués par le corpus épigraphique de Pétra, et la découverte de la célèbre mosaïque de Madaba représentant Jérusalem fortifiée avec ses rues romaines à colonnades. Rappelons que le P. Vesco, précédemment au couvent dominicain de Toulouse, est l’actuel directeur de l’École biblique de Jérusalem.
Deux communications (p. 847-864) d’André Caquot, L’exégèse et l’épigraphie sémitique à l’école biblique, et d’Ernest Will, L’école biblique et la découverte archéologique complètent cette célébration.
Revue du Tarn, n° 142 (été 1991). Ce numéro contient les Actes du colloque historique organisé du 7 au 8 septembre 1990 à l’occasion du Centenaire de la fondation de Saint-Benoît d’En Calcat et de Sainte-Scholastique de Dourgne, dont trois articles importants parmi d’autres consacrés au renouveau bénédictin et cistercien dans le Midi toulousain au XIXe siècle :
– Paul Ourliac, Les bénédictins dans le Midi toulousain vers l’an mil, p. 207-214 ;
– Jean-Louis Biget, Les premières fondations monastiques de l’Albigeois (VIe–IXe s.), p. 215-231 ;
– Bernard Guillemain, Abbayes bénédictines d’Aquitaine (Xe–XVe s.), p. 233-247.
Antigüedad y cristianismo (Revue de l’Université de Murcie), t. VIII (1991). Dans cette excellente revue spécialisée sur l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, trois articles peuvent être plus particulièrement signalés :
– Jordán Montés, La survie du paganisme dans l’empire d’Honorius (395-423), p. 183-200. Les païens sont moins persécutés que les chrétiens hérétiques. Il y a réduction mais non suppression des cultes, fêtes et jeux païens, afin de ménager un temps grandissant, dans la vie sociale du premier quart du Ve siècle, pour les fêtes liturgiques chrétiennes.
– Gregorio García Herrero, Julien de Tolède et la royauté wisigothique, p. 201-256. L’étude porte sur l’idéologie et les symboles de la royauté wisigothique à la fin du VIIe siècle.
– Urbano Espinosa, Le Ve siècle dans la vallée de l’Ebre : archéologie et histoire, p. 275-288. Le site, la mansio du cursus publicus de Vareia, près de Logroño, s’avère un lieu d’observation très intéressant.
La localité, touchée par la crise économique et par une dépression démographique, subit une dégradation très sensible de son urbanisme. La reconstruction après le passage des Vandales se fait dans la précipitation et sans moyens techniques : le remploi des matériaux antérieurs est le seul recours. Comme il n’y a presque plus de mortier en raison du manque de chaux, on utilise la terre crue, des crépis de boue. On observe de plus un repli vers des habitats en grottes.
– Guadalupe López Monteagudo, La chasse dans la mosaïque romaine, iconographie et symbolisme, p. 497 et sq.
Le Président remercie Daniel Cazes pour cette présentation et donne la parole à M. Henri Gilles pour une communication sur l’Histoire des bâtiments de la Faculté de Droit :
« Après avoir occupé pendant trois siècles divers locaux situés rue des Lois et autour du couvent des Cordeliers, la Faculté de Droit a été bâtie aux frais des capitouls par le maître maçon Giscard del Tilh entre 1518 et 1522. Gravement endommagée lors de l’émeute du 13 avril 1540, elle fut restaurée par les maîtres maçons Louis Privat et Guillaume Castet. La totalité du mobilier fut l’œuvre des menuisiers Jacques Villegoureux et Jacques Dupuy. Ainsi, les six professeurs qui formaient le corps de la Faculté disposèrent de trois vastes auditoires qui formèrent l’édifice désigné sous le nom des Estudes de l’Université. Il passa à l’époque pour un des plus beaux monuments civils de Toulouse. Mais le temps ne tarda pas à faire son œuvre et dès la fin du XVIIe siècle son mauvais état est de plus en plus fréquemment signalé.
En 1706, en sacrifiant une partie de l’auditoire central, on aménage un nouvel accès au centre du bâtiment, le reste de l’auditoire étant successivement affecté à une classe des Arts, puis à l’enseignement du Droit français, enfin, à partir de 1765, à celui de la philosophie. Dans la dernière partie du XVIIIe siècle, les Estudes se dégradent de plus en plus mais les efforts du corps professoral pour en obtenir la reconstruction échouent devant la mauvaise volonté de la municipalité qui se contente, quand le besoin s’en fait sentir, de réparations de fortune.
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LES BÂTIMENTS DE LA FACULTÉ DE DROIT DE TOULOUSE, du XVIe siècle au XXe.
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Devenu bien national, transformé en magasin à fourrages, les bâtiments des Estudes seront restitués à l’École de Droit nouvellement créée par le décret impérial du 4 avril 1806. L’aile droite fut alors radicalement transformée sous la direction de l’architecte Pascal Virebent, qui y aménagea deux amphithéâtres, une Salle du Conseil, une bibliothèque. Il reconstruisit entièrement le portail d’entrée. Dans l’aile gauche, laissée provisoirement en l’état, la vieille salle des Institutes fut utilisée le 2 novembre 1807 à l’occasion de la première rentrée universitaire, mais ne tarda pas à échapper au contrôle de la Faculté, laVille de Toulouse s’en servant comme magasin de bois puis y logeant l’atelier du sculpteur Griffoul-Dorval. En 1840, une partie de cette salle fut aménagée en Salle des Actes. Le secrétariat était installé, dès 1807, dans une maison mitoyenne.
À partir de 1874, de longues tractations entre l’État, la Ville et le Département furent nécessaires avant que ne fussent entrepris les travaux commencés en juin 1878, reçus définitivement le 23 novembre 1882, qui ont donné sa physionomie définitive à la Faculté de Droit telle que l’ont connue les générations de professeurs et d’étudiants qui s’y sont succédé pendant un siècle. La construction de la nouvelle Faculté des Lettres amena le déplacement du secrétariat qui fut relogé dans un bâtiment spécialement construit pour lui de 1888 à 1891. »
Le Président remercie M. Gilles pour sa présentation fort complète d’un édifice que nombre de membres de la Société ont connu, et peut-être bien mal connu. Il s’avère qu’au fond les dispositions d’ensemble n’ont jamais changé.
L’abbé Rocacher demande quelques éclaircissements sur les rapports avec l’établissement des Doctrinaires. M. Gilles précise que le rapport n’est que circonstanciel : le bâtiment des Doctrinaires, qui était proche du collège de l’Esquile, menace ruine ; ils occupent alors pendant un temps une partie de l’école de Droit.
M. Peyrusse demande si l’on a une idée des effectifs et si le bâtiment était suffisant. M. Gilles pense qu’il y avait quelques centaines d’étudiants et que le bâtiment était sans doute suffisant pour les accueillir. Pour le XVIe siècle, nous avons le métrage précis des bancs, ce qui permet une évaluation assez sûre du nombre d’étudiants.
M. Peyrusse rappelle que si Dieulafoy a été blâmé pour ses travaux, c’est sans doute en raison de l’hostilité d’Esquié, qui était alors conseiller municipal.
D. Cazes indique que l’université de Salamanque conserve une chaire à deux niveaux, et des bancs à pupitre, qui ressemblent beaucoup à ceux décrits par les textes analysés par M. Gilles.
M. Richard Boudet présente une information sur des fouilles qu’il a récemment effectuées en Lot-et-Garonne :
« Deuxième année de recherche sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne).
L’oppidum de l’Ermitage à Agen occupe un plateau d’une cinquantaine d’hectares dominant la ville actuelle sur la rive droite de la moyenne vallée de la Garonne. Après une première année de prospections et de sondages exploratoires en 1990 (Boudet, 1991), la campagne 1991 a été consacrée à l’étude d’une coupe effectuée sur la bordure d’une levée formant limite d’une terrasse de zone d’occupation dense, d’un puits « funéraire » et d’une zone d’habitat isolé.
La partie centrale de l’oppidum est occupée par plusieurs terrasses artificielles d’allure géométrique à l’intérieur desquelles les zones d’occupation les plus denses et les plus anciennes ont été repérées. Le but de la coupe pratiquée sur une dizaine de mètres de longueur sur la bordure de l’une d’elles était de vérifier le caractère anthropique d’un tel dispositif, de le dater et d’en comprendre les modalités d’édification. Nos observations ont permis de montrer que le dispositif avait été mis en place sur un ressaut du substrat calcaire préalablement décapé dont la bordure a été retouchée pour obtenir une rupture plus nette. Ce travail appartient à la première moitié du Ier siècle avant notre ère. La levée elle-même ne contient aucune trace de construction. Il s’agit d’un remblai massif dont la bordure a pu être stabilisée par un système de haies.
Un puits isolé par rapport aux zones d’occupation, dans lequel on espérait mettre en évidence les caractéristiques de fonctionnement d’un puits « funéraire » de type toulousain, avait commencé à être fouillé en 1990 (fig.). Il est de section carrée avec un peu plus d’un mètre de côté. Chaque angle s’est vu doté d’une petite encoche qui descend à travers le banc calcaire sous-jacent et s’interrompt en abordant la couche d’argile indurée sur laquelle ce dernier repose. Leur fonction n’a pas été éclaircie. Sur le fond, légèrement cupulé, reposait un ensemble d’offrandes organisé autour d’un vase indigène de type balustre écrasé volontairement au centre, comprenant deux vases complets également indigènes, trois serpettes usagées en fer très certainement enfermées dans un coffret en bois dont les poignées en fer ont été conservées, un casque en bronze de type Mannheim, la calotte reposant vers le bas (fig.), et une œnochoé en bronze de type Kelheim. Le sédiment de la zone de dépôt est archéologiquement stérile, ce qui n’est pas le cas du comblement supérieur du puits qui sur un peu moins de quatre mètres contenait pêle-mêle des vestiges d’amphores vinaires italiques de type Dressel IA (dont plusieurs estampillés), de vaisselle à vernis noir (surtout de type Lamb. B) de même origine mais également indigène, de faune, d’objets en fer (clous, serpettes, clé, talon de lance…) ou bronze (anneau passe-guide, anneaux, plaquette décorée…), deux monnaies (un statère fourré lémovice et une division en argent probablement frappée en moyenne Garonne) et aussi de graines (plusieurs types de blé ont déjà été isolés par Ph. Marinval), charbons de bois, pollens… Ce mobilier paraît issu d’une zone d’occupation distante d’une cinquantaine de mètres. Une fosse contenant le même genre de comblement a été fouillée près du puits. Aucun élément humain n’a encore été mis en évidence (Boudet, 1992).
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AGEN, L’ERMITAGE : LE PUITS À OFFRANDE (z1).
Coupes, section et position altimétrique des principaux objets en métal (parcelle BN 193).
Relevés et interprétation A. Beyneix, R. Boudet, R. Royer et Ph. Gruat, août 1991.
Il ne nous paraît pas déraisonnable de vouloir considérer le puits fouillé à l’Ermitage comme un probable puits à offrandes destinées à une divinité chtonienne à laquelle ont pu être dédiés des objets directement liés à quelques-uns des fondements de la société indigène : le casque symbole d’une aristocratie militaire tirant son pouvoir et sa richesse de l’agriculture (céréalière : avec les serpettes usagées) et du commerce du vin avec l’Italie (l’œnochoé appartenant au service de préparation et de consommation du précieux breuvage).
Le casque et l’œnochoé ont été confiés pour restauration et étude au Laboratoire du Römisch-Germanisches Zentralmuseum de Mayence. L’Atelier Aquitain de Restauration et d’Étude du Patrimoine Archéologique de Villeneuve-sur-Lot s’occupe de la remise en état des mobiliers de fer.
En 1990, des zones d’occupation du milieu du Ier siècle avant notre ère avaient été repérées (un petit fossé en particulier) dans l’angle sud-ouest de l’oppidum. Plusieurs sondages étendus ouverts dans ce secteur ont permis de suivre ce fossé sur plusieurs mètres et de localiser en bordure de pente des zones de rejet au mobilier particulièrement abondant et varié dont la datation semble débordée sur le troisième quart du siècle.
Pendant la campagne 1991, de nombreux prélèvements à des fins d’analyse ont été effectués et serviront à alimenter le projet « la plaine d’Agen à la fin de l’âge du fer : aspects et exploitation » de l’Action Thématique Programmée « Archéologie métropolitaine, Grands travaux » engagé en collaboration avec des paléo-environnementalistes, sédimentologues et historiens.
Avec la campagne 1991 s’est achevée l’approche globale du site. Un dernier point sera encore abordé à Pâques 1992 : la partie extérieure du rempart. La demande de fouille pluriannuelle déposée à partir de 1992 aura pour but la mise en évidence après un décapage de grande surface de zones d’occupation organisées.
– Boudet R., 1991 : Découvertes récentes sur l’oppidum d’Agen et la tombe à char celtiques de Boé (Lot-et-Garonne), dans M.S.A.M.F., t. LI (1991), p. 279-280.
– Boudet R., 1992 : Agen, découverte d’un puits à offrandes, dans Archeologia, n° 275 (Janvier 1992), p. 4-5. »
Pour M. Fouet, ces fouilles posent de nombreuses questions. On peut admettre la datation proposée. Mais pour la fonction de ces puits et fosses, il indique que les cendres sont quelquefois très difficiles à identifier et qu’il ne faut donc pas en conclure
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Séance du 7 janvier 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Bernet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Ginesty, Julien, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Tollon.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 3 et 17 décembre 1991, qui sont adoptés.
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Puis le Président rappelle que M. Latour avait proposé l’an dernier d’envoyer à la presse des résumés des communications faites en séance ; M. Latour indique que le plus souvent, ils ne sont pas publiés ; il a encore envoyé dernièrement le résumé de la communication de M. Gilles, et les membres de la Société ont pu constater qu’il n’avait été publié nulle part. On poursuivra néanmoins ces envois à quelques journaux.
M. Cazes présente la correspondance imprimée.
Parmi les acquisitions faites pour la bibliothèque de la Société, il relève l’ouvrage de Henri Kraus, À prix d’or. Il est facile de remarquer que c’est effectivement un livre cher (330 F.) pour ce qu’il offre, et qui est très décevant. Il paraît pourtant chez un éditeur habituellement sérieux, et on ne peut que penser qu’il s’agit d’une erreur. Si l’ensemble semble très approximatif, le chapitre consacré à la cathédrale de Toulouse nous permet de mieux évaluer l’ouvrage : les bases bibliographiques sont très anciennes et largement dépassées, la cathédrale est presque absente de la présentation et l’on a droit à des propos très divers sur Toulouse et ses édifices, aucun des clichés les plus éculés ne nous étant épargné.
Parmi les publications étrangères, Daniel Cazes signale plus particulièrement :
Gerión, n° 6 (1988), avec l’article de R. Gersht y S. Mucznik, Mars and Rhea Silvia, p. 115-167.
G. Fabre, M. Mayer, I. Roda, Inscriptions romaines de Catalogne, II. Lérida, Paris : 1985, 175 p., LVII ph. Il s’agit du deuxième volume de la recension entreprise par le Centre Pierre-Paris et l’Université Autonome de Barcelone, avec la collaboration du C.N.R.S. et le Département de la Culture de la Généralité de Catalogne.
Olivier Jehasse, Corsica classica. La Corse dans les textes antiques du VIIe siècle avant J.-C. au Xe siècle de notre ère, Cahors : La Marge Édition, 1987, 187 p.
Puis le Président évoque la signature, aujourd’hui à 11 h 30, de la convention qui lie désormais la Ville et l’Union des Six Académies et Sociétés Savantes de l’Hôtel d’Assézat. Le texte en a été établi après plusieurs navettes entre les services de la Mairie et l’Union.
On procède aux élections statutaires : M. Pradalier, Président, M. Cazes, Secrétaire Général, M. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, sont réélus. M. Pradalier remercie au nom du Bureau les membres de la Société de la confiance qu’ils lui accordent et dont il souhaite rester digne.
Le Président donne alors la parole au Trésorier pour le rapport financier. Il est donné quitus au Trésorier pour sa bonne gestion.
M. Tollon demande que soit achetées pour la bibliothèque les publications régionales, comme les actes des colloques de Flaran par exemple.
Séance du 21 janvier 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, Rousset, MM. Bernet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gilles, Hermet, Julien, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Tollon, Vayssières.
Excusés : Mme Labrousse, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance précédente, qui est adopté.
Daniel Cazes présente les ouvrages reçus ou acquis par la Société. Il faut plus particulièrement signaler :
Les Celtes (Milano : Bompiani, 1991, 796 p.), traduction française du catalogue de l’exposition I Celti ; c’est un ouvrage de référence, fondé sur une documentation très importante et accompagné d’une illustration sans faille.
Nord-ouest archéologie, n° 4, entièrement consacré aux Potiers des pays de Montreuil et de Desvres. Les plats décorés, par Jacques Hurtrelle.
Éliane Okaïs, Trois chapiteaux de marbre antérieurs à l’époque romane, dans Bulletin de la Société de Borda, n° 423 (3e trimestre 1991), p. 343-354. On y remarque un chapiteau tout à fait identique aux chapiteaux composites provenant de l’ancienne église Notre-Dame la Daurade de Toulouse ; appartient-il à la même production ou bien en provient-il ?
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On signale que le catalogue de la librairie Guénégaud offre à la vente la plaquette éditée par la Société en 1932, à l’occasion de son centenaire, pour le prix de 600 F. ; le fascicule des statuts de la Société est vendu 180 F. : c’est un peu cher et nous devrions mettre en vente nos stocks…
Par ailleurs, la Société a déjà reçu pour le concours l’étude que Christian Mange a consacré à l’œuvre de Bénézet (thèse sous la direction de M. Yves Bruand, Bernard Bénézet (1835-1897). Vie et œuvre, Université de Toulouse-Le Mirail, 1991).
Le Président donne alors la parole à Mme Valérie Rousset pour sa communication sur La borie de Savanac, qui sera publiée dans le t. LII (1992) de nos Mémoires.
Le Président remercie Mme Rousset pour sa présentation et souligne l’intérêt et le travail considérable que représentent les nombreux relevés graphiques de l’édifice. La présence d’une porte à l’étage aurait pu poser problème mais la question est écartée puisque un escalier extérieur peut être restitué. Mais comment faut-il apprécier le caractère défensif de cette demeure ? Ce sont les meurtrières et le mur d’enceinte qui permettent de considérer que l’on avait, dans une certaine mesure, un système défensif.
Le Président demande qu’elle est en définitive la date que l’on peut assigner à l’édifice. Valérie Rousset souligne que le dessin des baies à remplage peut être rapproché de celui des fenêtres du palais de la Raymondie à Martel, et le dernier état pourrait donc être situé vers 1330-1340 ; c’est également cette période qu’indiqueraient les comparaisons qui peuvent être faites avec le palais de la famille Duèze à Cahors, probablement un peu antérieur.
M. Gilles demande si l’édifice est documenté par des textes d’archives et si la famille de Sabanac en a la propriété ou la seigneurie. Valérie Rousset indique que plusieurs documents concernent la famille de Sabazac ou Sabanac, dont un acte de vente qui fait état de la fortalicia de Sabanac qui pourrait correspondre à la borie étudiée. M. Gilles rappelle que la famille de Sabanac est connue et que plusieurs de ses membres ont été des juristes renommés ; en outre nous connaissons les armes de Géraud et Raymond de Sabanac.
Répondant à une question de Daniel Cazes, Valérie Rousset précise qu’aucune trace de décor peint n’a été retrouvée mais qu’elle a pu relever quelques vestiges d’enduit.
Le Président voudrait savoir s’il est possible de connaître la fonction des pièces. Pour Valérie Rousset, outre l’aula qui peut être située sans difficulté au premier étage du corps ouest dans le dernier état de l’édifice, on peut supposer que le premier étage de la tour était une cuisine tandis que le second étage correspondait à une chambre.
Le Président s’interroge sur la fonction de ces bories : centre d’une exploitation agricole ou édifice résidentiel ? Peut-être répondent-ils aux deux fonctions. Bruno Tollon indique que ce type d’édifice se manifeste également après la guerre de Cent Ans, et l’on trouve autour des grandes villes des constructions de type urbain établies à la campagne ; quant au caractère défensif de ces constructions, il faut encore préciser qu’il ne s’y trouvait qu’une très faible garnison.
Le Président donne ensuite la parole à Annie Noé-Dufour pour une présentation du programme d’inventaire des quartiers suburbains de Toulouse. Le Président remercie Mme Noé-Dufour de cette information, en s’étonnant que ni la Société Archéologique du Midi de la France, ni l’Université, ni les Conservateurs des Musées n’aient été consultés.
Pascal Julien demande si les risques archéologiques seront pris en compte au cours de cette enquête. Ils ne le seront pas. Pour Quitterie Cazes, il s’agit d’une question très différente et l’archéologie fait l’objet de cartes spécifiques, celle de Toulouse devant déborder largement le cadre du secteur sauvegardé. Le repérage des sites archéologiques nécessite un travail aussi important que l’habitat ; or, deux personnes pour l’étude envisagée, c’est déjà peu.
Le Président demande si les personnes qui réaliseront cet inventaire ont déjà été choisies. Annie Noé-Dufour indique que le recrutement n’a pas encore été effectué mais devrait l’être prochainement ; on cherchera plutôt à avoir des candidatures de spécialistes des XIXe et XXe siècles, mais toutes les candidatures seront examinées par une commission qui entendra les candidats. Pour le Président, il est nécessaire que ces chercheurs aient une très bonne connaissance de l’histoire de la ville. Louis Peyrusse fait remarquer que ces emplois sont contractuels et que, dans une perspective de carrière, les chercheurs perdront donc deux années. Pour Annie Noé-Dufour, ces deux années seront au contraire l’occasion d’un investissement intellectuel.
Le Président propose que la Société Archéologique mette en place une commission, dont feraient nécessairement partie MM. Coppolani et Salies, qui pourrait, sans intervenir directement dans le travail, aider ces chercheurs.
Louis Peyrusse voudrait savoir si les avis formulés par les enquêteurs seront opposables à d’éventuelles demandes de protection. Annie Noé-Dufour pense qu’il faut resituer les choses dans leur contexte, l’État cherchant en particulier à mener une réflexion sur la protection du patrimoine avec par exemple l’idée d’un troisième type de protection. Un projet de loi est actuellement à l’étude, pour lequel l’inventaire de Toulouse pourrait servir de modèle.
On fait remarquer que le secteur sauvegardé correspondant aux quartiers anciens de Toulouse n’est pas concerné par cet inventaire. Ceci n’est peut-être pas très rassurant, alors que nous constatons de plus en plus de démolitions : dernier exemple,
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celui du portail de l’hôtel de Maleprade qui vient d’être détruit. Il est rappelé que c’est l’Architecte des Bâtiments de France qui est compétent dans ce domaine ; notre Société aurait sans aucun doute un rôle à jouer. Pascal Julien précise que le portail n’était pas protégé au titre des Monuments historiques. Un membre pense que la seule solution pour agir est de déposer des recours devant le tribunal administratif. Il ajoute qu’il ne faut pas vouloir se leurrer et qu’il faut savoir que les secteurs sauvegardés ne sont pas faits pour protéger le patrimoine. La loi « Malraux » permet surtout des opérations immobilières auxquelles se joint le souci d’un « embellissement » de la ville, parfois accompagnées de programmes sociaux, parfois sous-tendues par des préoccupations électorales, mais qui n’ont rien à voir avec l’étude, la conservation et la mise en valeur du patrimoine architectural. Deux exemples permettent d’illustrer le propos : les sociétés financières parisiennes qui viennent investir dans de petites villes de province n’ont certes pas pour souci la restauration des bâtiments qu’elles rénovent ; le Ministère de la Culture est un intervenant tout à fait mineur dans ces programmes. Ajoutons que le ou les deux Architectes des Bâtiments de France qui sont compétents pour faire appliquer les réglementations de secteur sauvegardé n’en ont pas les moyens : peut-on prétendre qu’une personne ou deux sont en mesure, sur l’étendue de tout un département, de veiller à l’entretien des Monuments classés, de donner un avis conforme sur tous les travaux concernant les Monuments inscrits et tous les édifices situés dans les périmètres de protection… et d’avoir un avis fondé sur tous les travaux intérieurs et extérieurs d’un, deux ou trois secteurs sauvegardés… Le « Patrimoine » est aujourd’hui un enjeu politique qui se traduit d’abord par un discours dont les secteurs sauvegardés sont une bonne illustration. Et nous pouvons tous constater l’effet pervers de la réglementation fiscale des secteurs sauvegardés qui conduit à des démolitions peut-être plus nombreuses et plus radicales qu’ailleurs. Pour que le « Patrimoine » ne soit plus seulement un discours, il serait nécessaire qu’une équipe comprenant un architecte ou un géomètre, un photographe, un historien de l’Art et un archéologue soit attachée à chaque secteur sauvegardé.
Pour M. Péaud-Lenoël, cette initiative d’un inventaire des faubourgs de Toulouse est de toute façon positive et il convient de la soutenir. Si la Ville met en place en deux ans un embryon d’édilité, c’est déjà bien, après quarante années pendant lesquelles on a construit n’importe quoi, n’importe où. Louis Peyrusse est d’accord pour considérer qu’il s’agit là d’un point positif, mais il préférerait qu’on ne mette pas en place un nouveau projet d’édilité, car le projet antérieur a été une calamité : une réflexion au coup par coup vaut mieux qu’une doctrine. M. Péaud-Lenoël pense que cette idée demanderait à être discutée.
Quitterie Cazes demande si l’on possède un photographie du portail de l’hôtel de Maleprade pour illustrer le Bulletin. Pascal Julien ne le croit pas.
Séance du 4 février 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, MM. Bongiu, Cabau, le général Delpoux, Ginesty, Julien, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, Tollon.
Excusés : MM. Blaquière, Gillis, Manière.
La lecture du procès-verbal de la dernière séance étant reportée, le Président donne la parole au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Parmi les publications provenant de l’étranger, on note plus particulièrement :
Alvaro Moreira, O Pontao do arquinho, dans Santo Tirso arquelógico, n° 1, 1991 (Cámara municipal de Santo Tirso, Portugal), p. 7 et sq.
Quaderns cientifics i tècnics. Diputació de Barcelona : Simposi : Actuacions e el patrimoni edificat medieval i modern. Barcelona 5, 6 i 7 d’octobre 1989. La méthode utilisée a été évoquée au cours d’une séance de l’an dernier. Le volume reçu cette année comporte de nombreuses fiches techniques relatives à des églises romanes. L’étude archéologique du monument est toujours poussée. À titre d’exemple, nous retenons :
– Valentín Niño Casaus, Una casa fuerte en el baix Llobregat : Torre del Baró, Viladecans, p. 91-98. Cette maison forte comprenant une cour centrale et un grand escalier extérieur peut être comparée à la « borie » de Savanac que Valérie Rousset nous a présentée la semaine dernière.
– Alberto López Mullor, Antoni González Moreno-Navarro, Noticia sobre la segunda restauración de la iglesia de Sant Quirze de Pedret (Cercs, Barcelona), p. 231-252. L’étude permet de discerner l’évolution de l’édifice du IXe au XIIIe siècle.
– Mariano Pemán Gavín, Luis Franco Lahoz, Recinto monumental de la Aljafería. Zaragoza. Intervención arquitectónica para ubicar el Parlamento Autonómico, p. 345-354.
Le Président indique que Mme Labrousse fait don à la Société de l’ouvrage consacré à l’Histoire de Brive et de sa région, auquel avait participé le professeur Michel Labrousse.
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Puis il donne lecture d’une lettre de notre confrère Pierre Gérard, Directeur des Services d’Archives de la Haute-Garonne, dans laquelle celui-ci dresse un état des documents endommagés par l’incendie criminel récemment survenu dans le dépôt des archives départementales. Les dommages sont considérables et concernent de nombreux documents anciens.
Le Président donne ensuite la parole à Guy Ahlsell de Toulza pour sa communication sur La chapelle d’axe du chœur de Notre-Dame du Bourg de Rabastens et son retable d’albâtre du XVe siècle.
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza en soulignant l’intérêt d’une étude qui met en évidence l’évolution d’un autel majeur du XIIIe au XIXe siècle. À propos du retable d’albâtre, il semble que la polychromie soit déterminante pour l’identification des pièces et qu’elle devait également aider à la lecture de l’iconographie. L’étage installé au XVe siècle peut également être rapproché de ceux de Saint-Antonin de Pamiers et de Saint-Volusien de Foix : comme le pense Guy Ahlsell de Toulza, il devait en exister de multiples exemples. Henri Pradalier indique qu’il a trouvé à Pamiers la mention d’un autel haut désigné sous le terme de la grabo, dont il n’a pu définir précisément l’origine et le sens. Puis il relève qu’on peut s’interroger sur la provenance des deux petits reliefs latéraux du retable de Rabastens.
Guy Ahlsell de Toulza précise qu’ils figurent dans la liste de Du Mège, avec les autres panneaux. M. Scelles remarque qu’ils sont cependant d’un style très différent. Guy Ahlsell de Toulza pense que l’on a là des productions en grand nombre, où interviennent plusieurs mains, les artistes utilisant des poncifs ; le retable peut être commandé ou bien constitué à partir de reliefs disponibles, l’encadrement pouvant être éventuellement réalisé sur place. Pour Louis Peyrusse, le fait que l’on ait affaire à deux styles très différents permet de se demander si Du Mège n’a pas, une fois de plus, composé un ensemble avec des éléments de provenances diverses. En outre, ne peut-il manquer d’autres pièces ? Et on s’explique mal que soient représentés en pendants saint Jacques et saint Paul. Guy Ahlsell de Toulza indique que le Bordelais avait un autre système de composition de ces retables qui avaient de très grandes dimensions. Il ne semble pas que ce fût le cas à Rabastens. Du Mège possédaient bien deux autres reliefs d’albâtre, mais leurs dimensions et leur style sont très différents de ceux de cet ensemble. Il faut ajouter que si Pascale Gorguet a défriché le terrain dans le domaine de ces albâtres anglais, beaucoup reste à faire et que les datations, en particulier, ne sont peut-être pas tout à fait satisfaisantes.
Le Président rappelle que le retable de Cornelha de Conflans n’est pas très logique non plus dans la disposition des scènes.
Daniel Cazes situerait les albâtres de Rabastens à la fin du XIVe siècle ou au début du XVe siècle, comme le pensait d’ailleurs Du Mège. Il remarque que la forme très particulière du bassinet correspond à cette période. Une datation de la deuxième moitié du XVe siècle lui paraît gênante, à moins d’admettre que les poncifs se maintiennent très longtemps. Dans ce cas, comment dater ces reliefs ?
Pour Guy Ahlsell de Toulza, il faut mettre en relation l’importation de ces albâtres et le commerce du vin à la fin du XIVe siècle. Mais les chercheurs anglais ne situent pas avant les années 1430 ces productions de plaques en séries. À Rabastens, une date nous est donnée par la réorganisation de l’abside et de l’autel majeur en 1486-1494, pour commémorer le deuxième centenaire de la fondation de la confrérie.
Daniel Cazes rappelle qu’avant leur présentation au Musée des Augustins, les reliefs avaient été nettoyés et qu’une observation au binoculaire avait révélé en certains endroits plusieurs couches de peinture, dont l’analyse paraissait devoir être très complexe. On ne pouvait se dégager de l’impression que les reliefs avaient pu être retouchés par le collectionneur ou le Musée.
Guy Ahlsell de Toulza indique que Mme Rey a fait nettoyer les reliefs et a fait enlever les compléments au plâtre, excepté la main et le pommeau de l’épée de saint Paul. Il ajoute que pour lui, il est possible que des retouches aient été faites au moment de l’installation du retable, mais pas au XVIIe siècle où, dans ce cas, l’on aurait sans doute tout repeint.
M. Ginesty indique qu’un autel surélevé, dédié à la Vierge, se trouvait également à Notre-Dame de Meritxell, en Catalogne. Il a brûlé il y a maintenant une quinzaine d’années. Mais il serait possible de chercher si le terme de la grabo le désignait également.
M. Latour demande quelques précisions sur l’autel du XVIIIe siècle. Guy Ahlsell de Toulza indique qu’il est documenté par des archives. L’ensemble des textes concernant l’autel et son retable sera publié dans le volume de Mélanges qui sera offert à Marcel Durliat à l’automne.
Bruno Tollon précise que les Barratta ne sont pas des artisans, mais de puissants personnages, grands négociants de Gênes ; une thèse en cours sur ce sujet sera achevée dans quelques mois. Il demande s’il est sûr que les anges adorateurs ont été réalisés vers 1900. Guy Ahlsell de Toulza précise qu’ils ont disparu vers 1950. Bruno Tollon et Louis Peyrusse pensent qu’il pouvait également s’agir d’une réutilisation. Répondant à une question de M. Prin, Guy Ahlsell de Toulza indique que le groupe de l’Assomption, sorti des ateliers de Virebent, est effectivement dû au sculpteur Salamon.
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Séance du 18 février 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Ugaglia, MM. Bernet, Cabau, Fabre, Gillis, Julien, Laffont, Latour, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, Sermet, Vézian.
Excusés : MM. Manière, Tollon.
Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des séances des 21 janvier et 4 février ; après quelques corrections, les deux procès-verbaux sont adoptés.
À propos de l’hôtel de Maleprade, M. Fabre indique qu’il existe des photographies de la cour et de l’une des cheminées ; mais aucune photographie du portail n’est connue.
La parole est alors donnée au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Nous avons en particulier reçu un bulletin de souscription pour l’ouvrage de Jean-Denis Bergasse, La création des dix musées de Béziers et la Société archéologique depuis 1834 ; Daniel Cazes rappelle que la Société archéologique de Béziers a été fondée peu après la Société Archéologique du Midi de la France et indique que la parution de cet ouvrage est sans doute liée à l’ouverture du nouveau musée Saint-Jacques ; notre Société en fera l’acquisition.
Parmi les publications reçues, il faut remarquer :
Jose Terrero, Armas y objetos de bronze extraidos en los dragados del puerto de Huelva, dans Clásicos de la arqueología de Huelva, 3/1990 ;
Thierry et Claude Vincent, Les cisterciens à Saint-Sauveur (commune de Salès). Hypothèse autour d’un système hydraulique d’avant-garde en Quercy, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. CXII (1991), p. 261-287.
Le Président annonce la prochaine inauguration du Musée languedocien à Montpellier. Daniel Cazes précise qu’il s’agit d’une partie du musée de la Société archéologique de Montpellier, installé dans l’Hôtel des Trésoriers de France. Celle-ci, en effet, ne s’est pas dessaisi de ses collections et elle mène depuis plusieurs années un programme de rénovation de son musée rendu possible par un jeu de conventions passées avec la Ville, le Département, l’État. De remarquables salles de céramique grecque ont ainsi été aménagées ; l’inauguration annoncée concerne sans doute le premier étage réservé aux collections ethnographiques ; la troisième phase sera peut-être celle des étages supérieurs où sont présentées les sculptures romanes.
Mme Labrousse offre à la Société de nombreux volumes de mémoires et thèses soutenus sous la direction du professeur Michel Labrousse. Le Président remercie Mme Labrousse de sa générosité et souligne l’intérêt que représentent ces travaux qui, pour la plupart, n’ont pas été publiés.
Le Président donne ensuite la parole à M. Maurice Prin, pour sa communication Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, qui sera publiée dans le t. LII (1992) de nos Mémoires.
Le Président remercie M. Prin de cette communication dont le sujet dépasse largement le seul tremblement de terre de 1427 et nous montre, une fois de plus, que nous avons encore à apprendre sur le couvent des Jacobins. Ainsi a-t-il été particulièrement intéressé par le clocheton qui se trouvait à cheval entre la salle capitulaire et la chapelle Saint-Antonin. M. Prin complète son explication de la situation et de la forme de ce clocheton. L’abbé Rocacher se demande s’il ne pouvait s’agir d’une lanterne des morts. Pour M. Prin, il s’agissait de la cloche de la communauté, qui appelait les frères au repas : il faut rappeler que la chapelle Saint-Antonin servait en quelque sorte d’atrium au réfectoire. Le Président demande si d’autres textes mentionnent cette tourelle contenant une cloche. M. Prin n’en connaît pas d’autre. Il indique encore qu’il a pu voir le clocheton octogonal, de même plan que celui qui se trouvait donc aux Jacobins, qui surmontait le chœur de l’église de Boulaur ; celui-ci est aujourd’hui détruit.
M. l’abbé Rocacher voudrait savoir depuis quand M. Prin connaît le tremblement de terre de 1427. Celui-ci répond que c’est en 1970 qu’il en a eu connaissance. L’abbé Rocacher pense que des brèches ont dû être colmatées au cours des travaux antérieurs à cette date.
M. Prin confirme que les marques de ce tremblement de terre se voient également à Saint-Sernin, en particulier au portail Miégeville ; il ajoute que lors des travaux intérieurs réalisés dans le déambulatoire, il a pu constater des réseaux de fêlures qui, pour lui, expliquent la disparition des peintures murales des absides.
Le Président demande si l’on peut être sûr que toutes les fissures et les désordres observés aux Jacobins sont imputables au tremblement de terre de 1427. Daniel Cazes rappelle que des séismes ont également été ressentis à Toulouse au XVIIIe siècle ; M. Laffont en indique pour le XVIIe siècle. M. Prin rappelle que les textes donnent des informations précises sur les parties qui ont été endommagées : clocheton, l’église qui menace ruine etc.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si des documents équivalents existent pour les autres édifices religieux de Toulouse.
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Pour M. Prin, c’est probable puisque les autres communautés religieuses ont également dû se plaindre.
Le Président remarque qu’il aurait été très intéressant de faire cette analyse sur place et propose qu’une visite soit prévue pour le printemps : on conviendra donc d’une date.
Guy Ahlsell de Toulza demande si d’autres dates de tremblement de terre sont aussi précisément connues pour Toulouse. M. Prin répond que non ; la liste en est donnée dans Les tremblements de terre en France, dans Mémoires du B.R.G.N., n° 96, 1979.
M. Fouet rappelle que les tremblements de terre sont fréquents dans les Pyrénées et qu’ils sont souvent ressentis jusqu’à Toulouse. M. Prin se rappelle qu’au moment du tremblement de terre dont l’épicentre se trouvait à Argelès, il y a de cela une vingtaine d’années, il a vu vibrer la nervure de la cinquième travée de l’église des Jacobins et que du mortier a alors été projeté sur le sol.
Séance du 3 mars 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Blaquière, Cabau, Catalo, le général Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Manière, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : Mme Ugaglia, MM. Gillis, Laffont.
Invité : M. Philippe Guignard.
Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Puis le Président lit un texte que notre confrère M. Jean-Luc Laffont, empêché, a adressé à la Société pour faire suite à la discussion de cette dernière séance :
« Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne.
Lors des discussions qui suivirent la communication présentée à la Société par M. Maurice Prin le 18 février dernier, le problème des répercussions des tremblements de terre à Toulouse fut posé. Sans prétendre épuiser une telle question – qui mériterait une étude plus approfondie que celle que le peu de temps dont nous disposions nous permet de présenter –, notre propos visera plus modestement à présenter quelques données sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne.
Avant de chercher à jeter les bases d’une approche chronologique du phénomène sismique, il n’est pas vain de souligner la précarité de la base documentaire sur laquelle l’historien peut s’appuyer. Le fait n’est certes pas propre à ce genre de catastrophe naturelle. Toutefois, on ne manque pas d’être frappé par le décalage qui existe entre l’effroi causé par les tremblements de terre d’une part, et le nombre très limité de témoignages laissés par les contemporains d’autre part. Voici qui est de nature à relativiser les faits que l’on a pu rassembler.
Ce n’est que dans la seconde moitié du XVIIe siècle que nous trouvons la mention de secousses sismiques perçues à Toulouse. Le 21 juin 1660 se produisit un formidable tremblement de terre dans les Pyrénées (1). D’après M. Jean-François Soulet, « les premières secousses avaient commencé à quatre heures du matin. Bagnères-de-Bigorre fut la première ville atteinte et la plus touchée » (2). Ce tremblement de terre fut ressenti dans tout le Midi de la France ; Toulouse ne fit pas exception. Le notaire toulousain, Benoit Dupoix, notait sur un folio de son minutier :
Le lundy 21e jour du mois de juin 1660, sur le lever du soleil, environ les quatre heures du matin, arriva dans ceste ville de Tholose ung grand tremblement de terre, et par les lieux circonvoisins, quy espouvanta fort le peuple quy sortoit des lictz et maisons tous deshabillés. Le temps estoit calme et serain, sans vent ni thonnerre. On remarqua seulement que le soleil se leva plus palle que d’ordinaire. Force peuple courreust aux eglises prier Dieu qu’il luy pleust nous conserver (3).
Dans les Pyrénées, la terre continua à trembler par intermittence durant trois semaines, mais Toulouse fut épargnée par ces sautes d’humeur de la terre. Il en va de même pour les secousses enregistrées, à Tarbes notamment, en 1667, 1669 et 1670 (4).
1. Sur ce tremblement de terre, voir : Effroyable tremblement de terre arrivé aux Monts Pyrénées au mois de juillet dernier 1660. Avec la relation de tout ce qui sy est passé…, Bibliothèque Mazarine, Mss 2005. À compléter avec les mentions relevées par : Abbé Marsan, Météorologie ancienne du Midi Pyrénéen, dans Revue des Pyrénées, 1895, p. 307-310.
2. J.-F. Soulet, Traditions et réformes religieuses dans les Pyrénées Centrales au XVIIe siècle, Pau : éd. Marrimpouey jeune, 1974, p. 79.
3. J. Lestrade, Notes historiques extraites des registres des notaires de Toulouse (1659-1707), dans Revue Historique de Toulouse, 1914, n° 4, p. 498.
4. J.-F. Soulet, op. cit., p. 80.
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Au XVIIIe siècle, deux secousses se firent sentir dans la ville rose. Dans la nuit du 24 au 25 mai 1750 la terre trembla à nouveau dans les Pyrénées, mais sans atteindre semble-t-il la même intensité qu’en 1660. Plusieurs secousses se produisirent jusqu’au matin (5), mais une seule fut perçue à Toulouse, dans le courant de la nuit. Selon Pierre Barthès le tremblement « dure dix minutes et cause beaucoup de frayeur » (6).
Il n’est pas vain d’observer que ni Pierre Barthès, ni aucun autre auteur (ou document connu à ce jour), ne font état de secousses à Toulouse le 1er novembre 1755 alors même que Lisbonne était partiellement détruite par un tremblement de terre qui se fit ressentir dans bien d’autres régions.
Le dimanche 19 mai 1765, Pierre Barthès toujours notait qu’à 11 h 1/4 du matin, on sentit à Toulouse une secousse de tremblement de terre qui dura l’espace d’une minute, et qu’on remarqua avoir été plus sensible du côté oriental de la ville. Les murailles, les vitres et les chaises furent émues fortement, et ne causèrent aucun dommage à personne. Barthès ajoute que la secousse fut beaucoup plus violente dans le Couserans, où l’émotion populaire fut grande (7). Jusqu’à la période révolutionnaire nous n’avons pas trouvé d’autre mention de secousses sismiques perçues à Toulouse.
En conclusion, il apparaît que les secousses sismiques ressenties à Toulouse durant l’époque moderne coïncident avec les seuls tremblements de terre majeurs qui affectèrent les Pyrénées. Passé le moment de terreur qui jeta la population dans les églises pour implorer le pardon et le secours divin, la ville ne semble pas avoir subi de destructions directement liées à la colère de la terre, et aucun édifice n’a gardé les stigmates de ces événements. Rien de comparable donc avec les conséquences du tremblement de terre du XVe siècle telles que les a mises brillamment en évidence M. Prin.
5. Abbé Marsan, op. cit., p. 316-317.
6. E. Lamouzèle, Toulouse au XVIIIe siècle, d’après les « Heures perdues » de Pierre Barthès, Toulouse : J. Marqueste, 1914, p. 124.
7. Ibid., p. 257. »
Le Président donne ensuite la parole au Secrétaire Général pour la présentation de la correspondance imprimée.
M. Jean-Luc Laffont a fait don à la Société de l’ouvrage, publié sous sa direction, Problèmes et méthodes d’analyse historique de l’activité notariale (XVe–XIXe siècles), Toulouse : Presses Universitaires du Mirail, 1991, 326 p.
À la suite d’un courrier demandant la reprise des échanges, notre Société a reçu de l’Institut d’archéologie de la Faculté des Lettres de Coïmbre (Portugal) les volumes des années 1985 à 1988 de la revue Conimbriga, accompagnés des Ficheiro epigráfico (suplemento de « Conimbriga ») nos 10 (1984) à 31 (1989).
Parmi les publications étrangères, il faut plus particulièrement signaler :
Celles du Musée de Saragosse, avec, tout d’abord, un volume consacré au programme muséographique de l’établissement : non seulement, on sait ne pas lésiner, mais il faut également souligner que le projet respecte les recommandations de l’ICOM.
Excavaciones en el teatro romano de Zaragoza, dans Museo de Zaragoza. Boletín n° 8 (1989), p. 171-174 : l’article montre que l’édifice était encore utilisé comme théâtre au Ve siècle après J.-C. ; il est définitivement abandonné au XIe siècle ; les fouilles ont mis au jour des habitats hispano-musulmans qui ont livré un matériel très important.
Parmi les publications françaises :
Bulletin monumental, t. 149-IV (1991) :
– le compte rendu (p. 435-436) par Marcel Durliat de l’article de Dominique Watin-Grandchamp et Pascal Julien, Travaux à Saint-Sernin de Toulouse dans la première moitié du XVIe siècle, publié dans le t. L (1990) de nos Mémoires ;
– le compte rendu (p. 440 et sq.) par Noël Duval de Pulchra imago. Fragments d’archéologie chrétienne. Catalogue d’une exposition à Saint-Bertrand-de-Comminges, 1991, 109 p. : c’est une critique point par point ; l’analyse et la datation de la basilique paléochrétienne demanderaient une grande prudence…
Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, t. CXVIII (1990) :
– Jean-Pierre Loustaud, Le théâtre gallo-romain de Limoges. Premiers éléments archéologiques, p. 17-30. L’article rend compte d’une série d’observations ponctuelles qui ont en particulier permis de situer précisément une trame urbaine ; le théâtre avait un diamètre de 82 m ;
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– compte rendu (p. 182-188) par Marie-Madeleine Gauthier de l’étude de Julian Gardner, A Princess among Prelates : a Fourteenth Century tomb and some Northern Relations, 1988 ;
– compte rendu (p. 188-192) par Jean Perrier du tome VI de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule, des origines au milieu du VIIIe siècle (Paris : De Boccard, 1989), de Françoise Perrot et Xavier Barral i Altet. Il serait souhaitable que la Société achète l’ensemble des fascicules de la Topographie chrétienne des cités de la Gaule et que l’on y joigne les comptes rendus critiques qui en sont faits.
Bulletin de littérature ecclésiastique, t. XCIII (Janvier-Mars 1992, publié par l’Institut catholique de Toulouse) : Saint Bernard « et la recherche de Dieu ». Actes du colloque organisé par l’Institut catholique de Toulouse et l’Abbaye Sainte-Marie du Désert (25-27 janvier 1991) :
– Georges Passerat, La venue de saint Bernard à Toulouse et les débuts de l’abbaye de Grandselve, p. 27-37 ;
– André Louf, Saint Bernard, fut-il un iconoclaste ?, p. 49-64. À travers une analyse très fine des textes, l’auteur nuance une opinion trop facilement admise et montre que « Bernard ne fut nullement iconoclaste, au sens technique où les historiens de la théologie entendent cette expression » ;
– Jean Rocacher, Existe-t-il un art cistercien ?, p. 65-69.
M. l’abbé Rocacher souligne toute l’importance de l’article d’André Louf. Le Président rappelle qu’effectivement l’Apologie ne contient rien qui concerne l’architecture, et Daniel Cazes que les portails des églises cisterciennes ne portent pas de grands programmes sculptés parce qu’ils n’étaient pas accessibles au public.
Le Président donne alors la parole à Pascal Julien pour sa communication sur Les stalles de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, qui sera publiée dans ce volume des Mémoires (T LII, 1992).
Le Président remercie Pascal Julien pour cette analyse technique, iconographique et stylistique des stalles de Saint-Étienne, et remarque que celle-ci s’achève malheureusement sur un constat consternant de leur état ; il se demande si ces stalles sont bien une illustration de l’art de la Contre-Réforme puisqu’il semble qu’elles ne présentent pas une iconographie religieuse à proprement parler. Pascal Julien précise qu’effectivement l’iconographie religieuse est réservée aux seuls dossiers et jouées, mais que le décor bannit totalement les représentations profanes. Le Président remarque qu’il s’agit néanmoins de représentations mythologiques. Pour Pascal Julien, c’est ainsi que l’on a tourné les prescriptions. M. l’abbé Rocacher rappelle qu’en fait le Concile de Trente n’a pas donné beaucoup de précisions ; Pascal Julien précise que le synode diocésain de 1590 demande que l’ornementation soit honnête, qu’elle ne choque pas, mais il est vrai qu’il ne donne aucune prescription en matière d’iconographie. Pour l’abbé Rocacher, c’est là une constante dans l’histoire de l’Église, le décor devant se conformer à des normes de décence ; mais il n’est pas sûr que l’on doive craindre « les foudres de l’interdit »… Pour Pascal Julien, on constate néanmoins une rupture très nette dans les thèmes même si aucune liste d’interdits n’est publiée, et des miséricordes sont arrachées et brûlées en Italie. Louis Peyrusse note que les auteurs du livre consacré aux faces cachées des miséricordes se sont complètement trompés ; André Chastel a bien montré en étudiant la grotesque la permanence constante qui, de la Domus aurea, mène à l’Art nouveau, et les références maniéristes des parcloses se placent dans une continuité sur laquelle glissent les recommandations. Pascal Julien constate néanmoins qu’il y a un renouvellement dans les décors du mobilier de chœur.
Le Président demande s’il ne serait pas opportun d’adresser une lettre au Service des Monuments historiques pour l’alerter sur l’état déplorable des stalles de Saint-Étienne. Daniel Cazes évoque l’enquête effectuée par les Toulousains de Toulouse sur nos monuments. Parmi les problèmes les plus importants, il faut constater que les services des Monuments historiques n’assurent ni la conservation des objets, ni leur surveillance. La liste des disparitions depuis vingt ans est impressionnante ; la plupart du temps, ils n’ont fait l’objet d’aucune fiche d’inventaire un peu sérieuse. Qui, d’ailleurs, établirait ces fiches ? Et qui s’occupe de faire régulièrement le récolement et le constat de l’état des œuvres ? Il y a un véritable problème de conservation et de surveillance. L’une des conséquences est que l’on voit de moins en moins ce patrimoine, et nombreuses sont les églises mentionnées par les guides et toujours fermées. Jean Catalo indique que la cathédrale de Rodez a subi de multiples actes de vandalisme entre 1990 et 1992.
La question doit être abordée dans son ensemble, en prenant en compte les édifices et les objets qu’ils contiennent : il faut bien constater que le service des Monuments historiques est un service de restauration et nullement un service de conservation. Les édifices ne sont pas étudiés, ou si peu, avant restauration : ce ne sont pas nécessairement les personnes qui sont en cause, mais bien les structures et la conception qui préside aux interventions ; les objets protégés au titre des Monuments historiques peuvent être restaurés, sans doute, mais ne bénéficient ni d’un entretien régulier ni d’une surveillance adaptée. La réponse qui
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nous paraît s’imposer serait de placer édifices et objets sous la responsabilité de conservateurs (on entendra par là des historiens de l’Art) chargés de leur étude, de leur conservation au sens large, de leur mise à la disposition du public, assurant donc la même tâche que les conservateurs de musée. Jusqu’à présent, ces édifices étaient des édifices de culte, fréquentés, où la question de la surveillance se posait donc différemment ; le clergé avait la possibilité de les entretenir. Il est rappelé qu’il y a vingt ans, l’Église n’était pas hostile au fait de dire la messe dans des hangars, car elle avait conscience de ne plus être capable d’entretenir ces édifices et leur mobilier. Mais d’autres villes, en particulier à l’étranger, ont su trouver des réponses plus adaptées et une organisation plus intéressante que celle que nous connaissons. On remarque encore que chaque année, les disparitions se multiplient au moment du salon des antiquaires. Louis Latour fait remarquer qu’il ne faut pas idéaliser le passé qui a vu des disparitions très nombreuses, moins nombreuses néanmoins qu’aujourd’hui. Il cite l’exemple de l’association dont il s’occupe et qui, avant de s’attacher à la restauration d’une l’église, a affecté les premières sommes dont elle a disposé au renforcement de la sécurité.
Mais à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, comme ailleurs, la surveillance est quasi inexistante.
M. Péaud-Lenoël demande ce que l’on connaît des stalles de Saint-Étienne qui ont brûlé. Pascal Julien indique qu’elles dataient de 1475, mais que l’on n’en sait pas plus ; elles étaient considérées comme l’un des plus beaux chœurs de France.
Le Président a été frappé par le fait que nombre de ces artistes sont des artistes locaux, originaires d’une région qui irait du Gers à Narbonne. Pour Pascal Julien, c’est en effet un phénomène intéressant que celui de ces artistes locaux et de ces artistes étrangers qui arrivent à Toulouse au début du XVIIe siècle ; Toulouse est alors un foyer artistique qui rayonne jusqu’en 1630 environ. Dans l’exécution de ces décors maniéristes, Bruno Tollon relève des différences entre l’art d’un Morisot et celui d’un Legoust qui, lui, travaille aussi la pierre et le marbre. L’art maniériste est un art international ; il n’y a jamais de texte normatif en Occident et le XVIIe siècle maintient la vision humaniste du corps et de l’esprit. Louis Peyrusse ajoute que l’art maniériste est le grand art occidental qui succède à l’art gothique.
2e partie
Séances du 24 mars 1992 au 18 juin 1992
Séance du 24 mars 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, Ugaglia, MM. Bernet, le général Delpoux, Julien, Latour, Manière, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, de Viviès, Vézian.
Excusés : MM. l’abbé Baccrabère, Bruand, Cabau, Gérard, Laffont, Péaud-Lenoël, Tollon.
Le Président ouvre la séance en annonçant que sa première partie sera consacrée aux rapports sur le concours. Il donne alors la parole à M. Louis Peyrusse qui donne lecture de deux rapports rédigés par MM. Bruand et Tollon, excusés.
Christian Mange, Bernard Bénézet (1835-1897). Vie et œuvre, Thèse de doctorat nouveau régime sous la direction de M. le Professeur Yves Bruand, Université de Toulouse-Le Mirail : 1991, 3 vol., 1 : texte, 223 p. ; 2 : 374 p. ; 3 : planches. (rapporteur M. Yves Bruand) :
« Le remarquable travail de Monsieur Christian Mange permet de remettre en lumière l’œuvre d’un artiste toulousain qui a joué un rôle important sur le plan local au XIXe siècle. Il s’appuie sur un dépouillement systématique de toutes les sources documentaires utilisables : sources manuscrites (séries F 19 et F 21 des Archives nationales, Archives départementales et municipales, diverses institutions publiques, archives privées), sources imprimées (dépouillement systématique de la presse locale et des écrits de Bénézet), sources figurées (avec notamment les dessins de l’artiste conservés dans les musées toulousains et les institutions pour lesquelles le peintre a travaillé), abondante bibliographie ancienne et récente.
L’établissement d’un catalogue raisonné de l’œuvre de Bénézet qui occupe la totalité du deuxième tome a permis de redécouvrir l’ampleur des travaux du peintre. Une partie des décorations murales a disparu, d’autres ne nous parvenues que dans un état lacunaire, mais il subsiste de grands ensembles qui étaient jusqu’ici plus ou moins ignorés et c’est à une véritable redécouverte que l’auteur nous convie. Le catalogue dressé est aussi complet que possible et sa présentation scientifique impeccable. Il constitue un instrument de travail de premier ordre.
Le texte de synthèse est lui aussi excellent. L’introduction replace Bénézet dans son époque, insistant sur le fait que l’artiste, catholique, ultramontain et légitimiste a bénéficié du grand mouvement de restauration des édifices cultuels. La biographie du peintre est très détaillée et suit sa production au jour le jour, apportant de nombreux éléments nouveaux ; une rapide synthèse souligne les points importants en fin de chapitre. L’influence qu’a exercée Flandrin sur la peinture religieuse de Bénézet est notée mais l’artiste se dégage très vite d’une imitation pure et simple. L’essentiel de son œuvre est constitué par ses grands décors ecclésiastiques ; il a aussi reçu d’importantes commandes civiles ; celles-ci furent toutefois liées aux premières car elles
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résultèrent de son association avec le verrier Gesta. Or leur collaboration avait été scellée au cours de la mise en œuvre de programmes religieux. Le rôle de Bénézet comme publiciste et critique, celui qu’il a joué à l’École des Beaux-Arts de Toulouse comme professeur et directeur sont bien indiqués.
L’étude de l’œuvre envisage successivement les écrits littéraires et historiques d’importance considérable par leur volume et surtout pour comprendre la production artistique de Bénézet, ses peintures et ses dessins. Pour l’œuvre peint, l’accent est mis sur les techniques (peinture murale), l’iconographie (glorification de l’art chrétien et de Toulouse à travers l’humanisme, la littérature, l’histoire culturelle). Le peintre est à la fois régionaliste et ultramontain. Il est aussi l’auteur de quelques tableaux historiques, portraits, scènes de genre et paysages soigneusement recensés et analysés bien qu’il ne s’agisse que d’éléments mineurs dans une production tournée vers les grandes compositions monumentales. Il en va de même pour les dessins classés par catégorie (dessins destinés à la gravure, cartons de vitraux, esquisses et projets, sculptures). On est frappé par l’ampleur de l’œuvre de l’artiste ainsi retrouvé.
Une dernière partie est consacrée aux influences qu’a subies Bénézet et à celles qu’il a pu exercer, ainsi qu’à des considérations sur son style. M. Christian Mange insiste sur le mélange d’archaïsme et de modernité qui se dégage de sa peinture et fait une comparaison avec l’œuvre parallèle de Jean-Paul Laurens. La reprise de la division entre peinture religieuse, peinture profane (dont le morceau de bravoure est la galerie Gesta) et cartons de vitraux conduit toutefois à quelques répétitions et on peut se demander s’il n’aurait pas été préférable de regrouper sur ce même plan thématique l’étude conjointe de l’œuvre et du style. C’est là le seul léger reproche que l’on peut faire à ce travail. Il ne peut éclipser la qualité d’ensemble d’un ouvrage qui a permis de ressusciter un artiste important sur la plan local, bien que rapidement tombé dans l’oubli du fait de sa peinture engagée sur le plan historique et stylistique. »
Louis Peyrusse ajoute qu’il s’agit là d’un travail d’une très grande qualité et d’une très grande rigueur. C’était en outre un gageure de faire une thèse sur Bénézet, et elle a été tenue. il faut par ailleurs noter que bon nombre des textes utilisés par Christian Mange ont été publiés par la Société Archéologique du Midi de la France dont Bénézet était membre. Bénézet, clérical, a été écarté lors des programmes du Capitole, qui devaient avoir une odeur républicaine. La loi de séparation de l’Église et de l’État a sans doute contribué a accéléré son oubli : le travail de Christian Mange montre que l’on a oublié de regarder certains grands décors de Bénézet, qui sont extraordinaires.
Pierre Magnères, François Fayet, peintre toulousain de la seconde moitié du XVIIe siècle, Mémoire de maîtrise sous la direction de MM. Y Bruand et Bruno Tollon, Université de Toulouse-Le Mirail, 1991, 2 vol., 1 : texte, 98 p., 2 : pl. (rapporteur M. Bruno Tollon) :
« Le sujet marquait un choix courageux, et ambitieux pour un mémoire de maîtrise, au départ limité au cycle des Chartreux. P. Magnères a préféré consacrer une année supplémentaire à son projet pour associer les autres travaux de cet artiste et fournir ainsi une première esquisse de catalogue.
Le XVIIe siècle provincial reste encore très incomplètement exploré. C’était l’hiver dernier le thème d’un cycle de conférences du grand auditorium du Musée du Louvre, présidé par le professeur au Collège de France Jacques Thuillier (La peinture en province au XVIIe siècle).
Dans le but d’explorer le domaine toulousain, une série de travaux monographiques et d’analyse de programmes d’embellissements dans des édifices publics ont été proposés ces dernières années aux étudiants de l’Université.
La présence à Toulouse de la clientèle nombreuse des paroisses, des couvents et surtout des confréries, vient doubler celle des riches toulousains. Ainsi la ville formait un véritable foyer d’attraction expliquant la venue de Rennes de François Fayet, dont la formation a pu se faire à Paris, comme celle d’Antoine Durand. Il fut baptisé à Reims le 13 avril 1630 ; il faut attendre décembre 1656 et la signature de son contrat de mariage à Toulouse pour vérifier qu’il est installé dans la capitale du Languedoc, où il meurt en 1708. M. Magnères le suit ensuite dans sa carrière. Les travaux destinés aux ordres religieux (Chartreux, Carmes, Minimes, Doctrinaires, Bénédictins de la Daurade) et aux confréries (Pénitents gris…) l’emportent sur les œuvres commandées par les particuliers. Celles-ci concernent des travaux décoratifs où l’on voit apparaître à la première place les paysages.
L’auteur a pu apporter des indications très précieuses sur ses collaborateurs et ses apprentis, le milieu où il fait sa place (il est lié à Antoine Guépin, Pierre Affre…). Sa femme, nièce de parlementaire, l’a fait entrer dans cette bourgeoisie d’affaire et de robe où il recrute sa clientèle.
M. Magnères a réuni vingt-deux œuvres dans son catalogue, enrichi considérablement grâce à des découvertes d’archives. Des cycles religieux restent celui des Chartreux et les œuvres réunies dans la sacristie des Minimes. Au Musée des Augustins, ses tableaux de diverses provenances sont conservés dans les réserves ; tous ont été très attentivement étudiés.
L’analyse des œuvres religieuses (seules conservées) a permis à l’auteur de définir les caractères vraisemblables de ses paysages (destinés au décor des hôtels) en prenant en compte tous les fonds et arrière-plans montrant des paysages. L’intérêt de cette enquête, comme celle concernant les sources picturales de François Fayet, est de placer l’artiste dans le cercle de Le Sueur. Les œuvres du maître sont très vite diffusées par la gravure. Mais, pour certaines compositions, Fayet aurait eu accès directement
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aux dossiers préparatoires. Cette hypothèse, bien étayée par l’auteur, prend en compte l’activité d’Antoine Le Sueur à Reims durant les années de jeunesse de François Fayet.
Au total, cette étude contribue à affirmer plus clairement la place qui revient à Fayet dans le paysage pictural de Toulouse durant la deuxième moitié du siècle. À une époque où les travaux des ateliers parisiens bénéficient d’un grand prestige (toiles de Simon Vouet pour les Pénitents Noirs), tout comme l’Italie (puisque Antonio Venio est retenu à Toulouse quelques années pour y effectuer des décorations), François Fayet, formé à Reims puis à Paris, capable de composer des mises en scène religieuses et de brosser des « paysages composés » selon la meilleure doctrine de l’Académie royale de Paris, occupe une place désormais mieux élucidée. »
En disant qu’il a eu l’occasion de consulter le travail de Pierre Magnères, Pascal Julien tient à souligner à quel point le sujet était a priori ingrat : l’œuvre de François Fayet est médiocre. Il fallait donc beaucoup de persévérance pour faire cette étude très complète, sur un terrain vierge ; c’est la première étude exhaustive d’un peintre toulousain du XVIIe siècle, et elle est importante pour connaître ce milieu.
Pour Louis Peyrusse, le domaine n’était pas tout à fait vierge depuis les travaux de Mesuret et de Mesplé, mais il est vrai que bien des choses avaient changé dans ce domaine depuis 1940.
Le Président donne alors la parole à Daniel Cazes qui lit son rapport sur l’étude de Marie-Paule Viguier : La construction publique en Narbonnaise à travers l’épigraphie (de la fin du Ier siècle avant J.-C. au début du IIIe siècle après J.-C.) (sous la direction de M. le professeur Patrick Le Roux, Université de Toulouse-Le Mirail) :
« Le mémoire de maîtrise soutenu en 1991 devant l’Université de Toulouse-Le Mirail par Mademoiselle Marie-Paule Viguier a été préparé sous la direction du Professeur Patrick Le Roux. Son titre, La construction publique en Narbonnaise à travers l’épigraphie (de la fin du Ier siècle avant J.-C. au début du IIIe siècle après J.-C.), annonce ses ambitions : rassembler, afin d’en assurer la synthèse, toutes les données épigraphiques concernant l’architecture publique en Narbonnaise. Lorsque l’on sait la richesse monumentale de cette ancienne province sénatoriale, que les Romains eux-mêmes considéraient comme une seconde Italie, l’entreprise peut paraître démesurée.
D’emblée, sa première consultation montre que ce travail dépasse les limites habituelles d’un simple mémoire de maîtrise. Il s’agit d’un volume de 274 pages incluant à la fois le texte et l’illustration. Le texte, souvent très dense, se développe sur environ 200 pages (la page traitée souvent avec un simple interligne, équivaut à deux pages d’un manuscrit normal pour l’édition), le reste étant réservé aux plans, cartes et photographies. Les grandes divisions de l’ouvrage sont : une introduction, trois chapitres (les monuments, les donateurs, les bénéficiaires), une conclusion, deux annexes (le recueil épigraphique, les notices avec les plans des édifices étudiés), un index très détaillé (noms des lieux, et des personnes, titres et fonctions, collectivités, divinités, libéralités), une bibliographie, une table des matières. L’abondance de la documentation, la précision avec laquelle celle-ci a été analysée, font que ce mémoire, à peine augmenté, aurait tout aussi bien pu être envisagé comme une thèse. C’est dire déjà son intérêt pour l’archéologie et l’histoire de l’art.
En introduction est défini l’évergétisme des élites locales de Narbonnaise qui, enrichies par leur capital foncier et par le commerce, et soucieuses de leur honorabilité comme de leur avenir politique, consacrèrent d’importantes libéralités à la construction des édifices publics. L’épigraphie, qui témoigne de cela, se distingue de l’archéologie, dans ce domaine, en ce qu’elle est plus particulièrement apte à nous informer sur l’origine et les motifs du financement des monuments. Le seul écueil, pour le chercheur, est la difficulté d’interprétation de certaines inscriptions de dédicace des édifices. On ne connaît pas toujours l’emplacement d’origine de ces textes, qui nous donnent la date de fin des travaux mais rarement leur durée, qui ne décrivent que très peu les constructions ou utilisent pour les désigner des termes génériques applicables à des réalités architecturales différentes.
La première partie, la plus importante avec une centaine de pages, offre un tableau très complet et suggestif du paysage monumental de la Narbonnaise, tel qu’il est perceptible à travers 86 inscriptions évergétiques de dédicace. L’auteur n’a pas retenu 73 autres inscriptions incomplètes ou qui mentionnaient des évergésies concernant de simples statues ou autels. Sur ces 86 inscriptions, les plus nombreuses (36) concernent des monuments sacrés, les aedes et les templa, sanctuaires de toute sorte, les templa semblant toutefois correspondre généralement à des temples classiques de type gréco-romain. L’auteur souligne très justement l’omniprésence du religieux dans le monde romain. Il est souvent l’assise même du pouvoir, comme le montre le culte de Rome et de l’empereur. Aider les sanctuaires, flatter les dévotions, c’est, pour l’homme politique, s’assurer une popularité que même le confort urbain et les divertissements ne lui conféreraient pas avec une telle ampleur. Tour à tour apparaissent le vénérable et néanmoins mystérieux sanctuaire de Vieille-Toulouse, qui a livré la plus ancienne inscription évergétique de Narbonnaise (47 avant J.-C.), le fanum du dieu Larraso-Vulcain à Moux, sur la montagne d’Alaric, puis l’extraordinaire
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ensemble sacré de la fontaine à Nîmes, devenu Augusteum par la volonté impériale d’intégrer les anciens cultes à la romanité, dont un bassin est restauré en 25 avant J.-C., le temple d’Auguste et de Livie à Vienne (27-25 avant J.-C.), le temple de Valetudo, déesse de la santé, à Glanum (20 avant J.-C.), le temple d’Auguste au Vernègues, enfin la célèbre Maison carrée de Nîmes, en fait temple du culte impérial réalisé entre 2 et 5 après J.-C. Cette rapide énumération montre l’importance de la construction religieuse sous Auguste. Après les temples, l’évergétisme privilégia les monuments des eaux : aqueducs, fontaines publiques et adductions diverses, mais surtout les thermes qui apportaient aux populations urbaines et rurales un agrément partagé par l’ensemble des classes de la société. Viennent ensuite les édifices de spectacle où, du cirque à l’odéon, en passant par les amphithéâtres, les sphaeristeria (sphéristères), sortes de salles de jeu de paume l’une d’elles est offerte à Nîmes au début du il, siècle par un flamine impérial), les théâtres, les divertissements rassemblaient des foules avides de spectacles passionnés et violents ou des groupes, plus restreints mais tout aussi fervents, attentifs à une culture musicale, poétique et littéraire raffinée. Les cadres de la vie civique sont aussi le fait courant de l’évergétisme : le forum, la curie, les exèdres, les basiliques, ou, plus curieuses, ces horloges publiques renfermant des mécanismes savants qui vont se multiplier et remplacer les simples cadrans solaires. Ainsi à Boutae (Annecy) est financé un horologium, avec l’esclave qui doit en assurer l’entretien et le fonctionnement ! Les structures économiques et commerciales telles que le macellum (marché), le portus (port fluvial ou maritime), la figlina (atelier de potier), l’horreum (entrepôt), et l’aménagement de l’espace, avec l’enceinte fortifiée de la ville et ses portes, le pont, l’arc de triomphe, offrent aussi un champ infini à l’action de l’évergète. Celui-ci fut donc principalement un maître d’ouvrage – nous corrigeons ici l’auteur, l’expression erronée de maître d’œuvre correspondant bien sûr à l’architecte – dont le rôle fut déterminant pour la constitution de la parure monumentale des villes de la Narbonnaise. Dans cette province, en effet, 57,9 % des inscriptions mentionnant des évergésies concernent le don d’un bâtiment. Sous Auguste et pendant le Ier siècle, les principaux monuments sont mis en place, ensuite, aux IIe et IIIe siècles, on rencontrera plutôt des opérations d’aménagement, d’amélioration, de décoration dans des édifices existants. Ces mentions d’évergésie monumentale marquent la prééminence des cités de Nîmes, Narbonne, Vienne, Vaison, c’est-à-dire quatre des cinq cités les plus vastes et les plus peuplées de la Narbonnaise, avec celle de Toulouse où existaient de nombreux édifices publics mais qui ont pour la plupart disparu, avec leurs inscriptions. Marie-Paule Viguier montre bien, en fin de chapitre, qu’en Narbonnaise le développement monumental par l’évergétisme n’est pas exclusivement urbain mais qu’il concerne aussi, comme en Italie, les agglomérations rurales des vici. L’exemple, proche de nous, du théâtre d’Eburomagus (Bram), à la limite des cités de Toulouse et de Carcassonne, est particulièrement significatif de cette originalité de la province.
La deuxième partie du travail s’intéresse aux évergètes. Une liste complète en est donnée dans des tableaux qui précisent leur identité, le lieu de leur action, leur fonction, l’objet du don, la date. Sept inscriptions montrent que des donations pour des monuments ont été faites par l’empereur ou par des membres de sa famille. Auguste offrit ainsi, en 16-15 avant J.-C., les murs et les portes des colonies de Nîmes et de Vienne, Hadrien, probablement, les propylées de l’Augusteum de la fontaine à Nîmes, Antonin le Pieux, de 145 à 161, la restauration des thermes et des basiliques de Narbonne. Dans tous les cas apparaît le désir de mieux implanter le culte impérial et de consolider ainsi le lien de la cité avec l’empereur. Agrippa et son fils Caius César se montrèrent généreux à Glanum et à Nîmes. Ces dons impériaux avaient aussi pour but, comme en Italie, d’inciter les aristocraties municipales à l’évergétisme édilitaire. D’autres financements ont lieu au nom d’une communauté civile (colonia, res publica), d’un collège religieux ou d’une association de type privé. L’évergétisme ob honorem (en échange d’un honneur) s’exerçait au sommet des carrières municipales : édilité, quattuorvirat, duumvirat, duumvirat quinquennal, flaminat, dans le cadre d’une âpre compétition pour l’entrée dans les ordres équestre ou sénatorial. Les praefecti fabrum et pagi, les magistri pagi et vici, notables locaux fort riches, participaient aussi par leurs libéralités à l’embellissement de la cité. De simples citoyens romains, mais aussi des affranchis et des pérégrins se trouvent même parmi les évergètes. L’évergétisme testamentaire, courant en Narbonnaise, n’était pas animé par l’ambition politique mais cherchait plutôt à éterniser un nom, comme l’aurait fait l’art funéraire. Les renseignements sur le coût des monuments sont plus rares en Narbonnaise qu’en Afrique et en Italie : on connaît néanmoins celui de l’horloge d’Annecy : 10 000 sesterces (et 4 000 de plus pour l’esclave compétent qui s’occupe de son fonctionnement), 350 000 sesterces pour un portique à Vaison. La grande richesse des cités de Narbonnaise, surtout sous le Haut Empire, l’obligation morale des notables envers l’édilité, et la recherche passionnée des honneurs, distinctions plus rares que les grosses fortunes selon l’auteur, expliquent le succès de l’évergétisme monumental dans cette province. En dernière analyse, l’auteur pense même que les villes étaient saturées d’architectures prestigieuses, ce qui amena les évergètes à prodiguer leurs dons d’édifices publics en faveur des localités rurales, jusque-là peu concernées par l’urbanisation.
Dans une troisième partie, l’auteur s’intéresse aux bénéficiaires des dédicaces. Ils ont été classés en trois catégories. Les plus fréquents (27 inscriptions) sont les dieux, surtout les divinités romaines et indigènes, les religions orientales étant moins représentées. Jupiter, Mercure, Mars et Apollon sont très honorés. Pour les cultes locaux, celui de Nemausus, qui donna son nom à Nîmes, fut de loin le plus populaire de la Narbonnaise, ce qui explique l’ampleur de son sanctuaire, sa récupération par l’empereur, et l’attrait qu’il exerça sur les évergètes. Les cultes orientaux sont surtout, comme en Italie, ceux de Cybèle et d’Attis, d’Isis, de Mithra. Leur développement, à partir du IIe siècle, est lié à d’importantes et florissantes communautés venues de l’est de l’Empire. Les dédicaces à l’intention de l’empereur apparaissent dans 26 % des inscriptions qui donnent l’identité des bénéficiaires. L’exemple le plus célèbre est bien sûr celui des principibus Iuventutis mentionnés sur l’entablement de la façade
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de la Maison carrée à Nîmes. Il s’agit, on le sait, de Lucius et Caius César, petits-fils d’Auguste, promis à l’Empire, ainsi assimilés à Castor et Pollux et divinisés – à l’instar de Jules César – à la suite de leur mort précoce. Enfin, 18 inscriptions adressent le don à une communauté, qui peut être l’ensemble d’une collectivité (la cité, son chef-lieu, l’agglomération rurale) ou un groupe plus restreint (le collège, la corporation).
En conclusion générale, Marie-Paule Viguier établit avec netteté quelques idées fortes qui facilitent grandement la compréhension du système de la construction publique en Narbonnaise, même si elles ne se fondent que sur l’étude épigraphique. Parmi celles-ci relevons que les monuments romaines de cette province furent le fait presque exclusif d’un financement privé, l’empereur et les collectivités n’intervenant que très rarement. La famille impériale s’est réservé les dépenses liées au culte officiel, ciment de l’Empire, et celles, très prestigieuses, attachées au statut des grandes villes comme les enceintes des colonies de Vienne et de Nîmes. Et je serais tenté d’ajouter, après la proposition faite récemment par le Professeur Jean-Marie Pailler, peut-être celle de Toulouse, malgré l’absence de tout témoignage épigraphique. « Dans cette société empreinte d’une nouvelle éthique de vie, la part du somptuaire et celle du nécessaire semblent se mêler confusément » note très justement l’auteur que j’ai ici cité. La profusion d’édifices en milieu urbain ne se justifiait, en effet, pas toujours par leur simple fonction utilitaire, de même que les énormes quantités d’eau déversées dans les villes étaient largement supérieures à la consommation réelle des populations. La « surenchère » des libéralités montre le double aspect de cet évergétisme : personnel car une telle ostentation renforce les honneurs, patriote car la communauté civique s’identifie aux monuments de sa ville, chargés ainsi d’une grande puissance symbolique, dans le cadre d’une extraordinaire compétition entre les cités. Comme dans la Toscane médiévale et du Quattrocento, si l’on nous permet cette comparaison, l’art fut en fait le plus grand bénéficiaire de cette rivalité créatrice.
Ces quelques lignes vous permettront d’apprécier la valeur de ce mémoire, malgré les écueils bien connus auxquels s’expose un rapport de ce type, qui ne saurait refléter complètement les multiples facettes d’un travail aussi dense. Celui-ci, au-delà d’une matière souvent difficile à utiliser, à travers de grandes qualités d’écriture, atteint un niveau de réflexion et de culture particulièrement remarquable. L’aptitude de l’auteur à la recherche ne fait aucun doute et le jury de sa soutenance de maîtrise l’a reconnue en attribuant à cet ouvrage la mention Très-bien. Si l’on ajoute à cela une passion naturelle, quelque peu accentuée, sans doute, par l’imprégnation de plusieurs années vécues à Narbonne, un sérieux que nous avons personnellement beaucoup ressenti au cours d’un enseignement à l’Université de Toulouse-Le Mirail, nous ne pouvons que vous proposer de couronner ce mémoire exceptionnel en décernant à Mlle Marie-Paule Viguier le prix Michel-Labrousse. »
Puis le Président donne lecture du rapport de M. Sablayrolles sur le travail de M. Jean-Marc Fabre, qui a présenté un mémoire de maîtrise consacré à La haute vallée de la Garonne à l’époque gallo-romaine. Inventaire archéologique (sous la direction de R. Sablayrolles, Université de Toulouse-Le Mirail) :
« Ce travail – que M. Jean-Marc Fabre avait en fait commencé bien avant son année de maîtrise – a dépassé largement le cadre ordinaire d’un mémoire, tant dans le domaine du volume de la bibliographie dépouillée et de l’effort fourni sur le terrain que dans celui des résultats obtenus et de la réflexion mise en œuvre.
Sur le terrain comme dans les bibliothèques, M. Jean-Marc Fabre s’est révélé un chercheur tenace à la patience inlassable. Dans le domaine de la bibliographie, il ne s’est pas contenté des traditionnelles compilations d’ouvrages de synthèse mais a eu recours aux documents originaux, n’hésitant pas à combler par des séjours à la Bibliothèque Nationale les lacunes de son information toulousaine. Ses réflexions critiques dans la comparaison des sources se sont révélées souvent pertinentes, en particulier en matière d’analyse épigraphique.
Sur le terrain, par son sens du contact et sa patience dans le dialogue, il a obtenu nombre d’informations inédites à ce jour et a eu accès à des collections privées. Surtout, ses qualités de montagnard lui ont permis d’explorer systématiquement toutes les carrières et les ensembles miniers des secteurs de Saint-Béat, Marignac, Argut, Melles. Dans ce domaine-là aussi, la richesse de ses découvertes fait de son mémoire une référence en la matière.
Le mémoire de M. Jean-Marc Fabre n’est cependant pas un simple catalogue, malgré sa richesse, encore une fois exceptionnelle pour un travail de ce type, en éléments inédits. M. Jean-Marc Fabre a su mettre en œuvre une réflexion scientifique et historique dont la solidité, la logique et la prudence comme la fermeté témoignent des qualités de chercheur de l’auteur. Il a en particulier tracé des perspectives de recherches sur les carrières, leur fonctionnement technique, leur rôle dans le développement économique, social et culturel du secteur étudié, perspectives que M. Jean-Marc Fabre va approfondir dans le cadre d’un sujet de thèse déposé à l’Université. Enfin, les conclusions que propose M. Jean-Marc Fabre dans sa synthèse sur l’occupation de la vallée, sur l’influence romaine, ses points d’impact et ses axes de pénétration, sur la probable persistance d’un mode de vie et d’une culture indigènes, sont à l’image de son travail : solides, mesurées, elles témoignent d’une réflexion originale fondée sur des données archéologiques nouvelles ou réévaluées. »
Une discussion s’engage alors sur la procédure adoptée pour le concours, puis reprend sur l’attribution des prix. Il est finalement décidé d’attribuer le prix de Clausade, doté de trois mille francs et accompagné d’une médaille d’argent, à Christian
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Mange ; Pierre Magnères reçoit le prix spécial de la Société archéologique du Midi de la France, doté de deux mille francs. Mme Labrousse ayant proposé d’augmenter de mille francs le prix du Professeur Michel Labrousse, celui-ci est attribué conjointement à Marie-Paule Viguier et Jean-Marc Fabre, qui recevront donc chacun deux mille francs. Chacun de ces trois derniers prix sera accompagné d’une médaille de bronze de la Société.
Le Président propose que l’on reprenne le débat sur l’organisation du concours lors d’une prochaine séance. Il donne alors la parole à M. Gabriel Manière pour sa communication sur Le site antique et historique de Marquefave :
« Le site de Marquefave est riche en témoins archéologiques de toutes sortes. Il dénote, aussi bien sur la rive gauche que sur la rive droite de la Garonne, une occupation humaine qui va de la préhistoire aux époques de l’histoire médiévale et moderne. L’époque gallo-romaine y est représentée avec abondance.
Les relations que nous a values la Société des Études du Comminges nous avaient permis de connaître et de fréquenter, dans les années 1955-1965, des chercheurs assidus de ces sites : pour la préhistoire, notre ami de Cazères Louis Méroc, Antoine de Gauléjac de Poucharramet et Pierre Lannes du Lherm, tous grands chercheurs de surface ; Gabriel Chapeau qu’attiraient les vestiges d’une villa gallo-romaine en partie située sous des terres de sa famille ; la famille Spettel du moulin historique d’Averanède dont le grand bassin de retenue est un important site gallo-romain et médiéval ; Paul Mesplé également attiré par les ruines de l’église romane de Saint-Hipolyte. Notre confrère l’abbé Georges Baccrabère a mentionné également dans son inventaire des habitats gallo-romains quelques trouvailles et observations de surface faites par Gérard Villeval.
Je passerai donc en revue les sites que nous avons pu observer dans cet ensemble contigu à la Garonne qui comprend :– pour la préhistoire :
sur la rive gauche toute la terrasse de dix mètres porte occupation du néolithique. Il a été recueilli des haches polies, palets disques, choppers, grattoirs divers, pesons de filets et autres outils taillés dans les quartzites fluviatiles. Sur la rive droite, de semblables récoltes sur les terrasses correspondantes.
– pour le gallo-romain :
sur la rive gauche, tout le site d’Averanède, bassin de retenue, abords des rives du ruisseau du Maraston, zone du cimetière de Marquefave et du Peyrou, terrains bordant le site de Saint-Hipolyte. Ces vestiges comportent des restes de constructions, de nombreux cubes de mosaïque (principalement dans le cimetière), des bassins avec aquaduction, des sols, des sépultures à incinération et en sarcophages. Un mobilier gallo-romain allant du Haut au Bas Empire, amphores, céramiques sigillées et communes, monnaies… Dans le bassin de retenue du moulin d’Averanède, tegulae, imbrices, fragments de meules, amphores dont certaines signées, éléments de construction… huîtres et coquillages (cf. notre publication dans les Mélanges offerts à Monsieur Michel Labrousse, Pallas, numéro hors série, 1986).
Sur la rive droite, gisement de Las Peyros qui comporte un ensemble de constructions (substructions) gallo-romaines qui ont été partiellement détruites par des constructions récentes. Ces constructions sont entourées de terrains qui ont été retournés avec un engin mécanique laissant apparaître un sol émaillé de débris antiques : tessons de poteries communes et sigillées, céramique de Basse-Époque estampée dite « paléochrétienne » noire et rouge, amphores, tuiles diverses et débris de fers, clous…
En continuant, vers l’amont, sur la première basse terrasse, de nombreux débris de tegulae et imbrices, briques, poterie commune qui laissent présager de l’existence d’officines de tuiliers-briquetiers…
Tous ces gisements ont été malheureusement suivis au détecteur de métaux par un pilleur de gisement qui s’est vanté d’avoir fait récolte de monnaies et d’objets en bronze.
– pour le médiéval :
On retrouve de la poterie médiévale, des fosses, des silos sur toute la bordure du gisement du Peyrou et sur le site d’Averanède. Également dans les fouilles clandestines faites à l’intérieur du site de Saint-Hipolyte qui a été l’objet de recherches faites par des inconnus qui ont dispersé des sépultures.
Sur la rive droite, il faut signaler le souvenir des Augustins de Marquefave dès le XIVe siècle, dont le couvent construit dangereusement au bord de la Garonne fut peu à peu sapé par celle-ci et disparut misérablement.
Au site d’Averanède se rattache la mémoire d’une très ancienne église longtemps recherchée par notre regretté ami et confrère le général Ménard, Sainte-Marie d’Averanède qui se trouvait au bord du Maraston.
Enfin le moulin lui-même, dont nous avons fait l’étude dans les Mélanges offerts à Monsieur Michel Labrousse, recèle des constructions importantes en briques qui s’apparentent chronologiquement par leur style aux constructions qui ont suivi la
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création de l’évêché de Rieux. Les Augustins de Marquefave, d’ailleurs, étaient co-propriétaires du moulin pour trois portions, la quatrième étant à M. d’Assézat, conseiller aux requêtes de la Cour, son fermier étant un nommé Dutour au XVIIe siècle.
Y eut-il une voie romaine secondaire qui suivait la terrasse de dix mètres sur la rive gauche de la Garonne ? Tout le laisse supposer par la présence attestée de villae ou d’établissements qui sont nombreux à partir de Muret, Le Fauga…
Cette voie fut aussi la route secondaire des pèlerinages médiévaux et historiques à laquelle se rattachent des sites religieux de pèlerinages locaux et des salvetats hospitalières.
Ajoutons que le bénitier à lobes, dans l’église actuelle, serait celui de l’ancienne église de Saint-Hipolyte (XIIe siècle, classé M.H.). Par ailleurs, une brique qui se trouve au Musée des Augustins, à Toulouse, ornée d’un cheval et d’un coq dans un cercle, a été donnée à la Société Archéologique du Midi de la France le 30 janvier 1866 par M. de Montlaur ; elle a ensuite été cédée au musée au 1893 (inventaire, n° 104). »
Le Président remercie M. Manière pour sa présentation détaillée du site antique de Marquefave et fait appel aux questions.
Daniel Cazes signale un très beau morceau de sculpture antique qui provient de ce site ; il se trouve actuellement au Musée des Augustins où il a été longtemps considéré comme une œuvre du XVIe siècle. Du Mège a indiqué à plusieurs reprises qu’il avait été trouvé à Marquefave et il faudrait peut-être le mettre en relation avec la villa identifiée sur le site. M. Manière ajoute que, d’après Paul Mesplé, une brique médiévale provenant de Marquefave se trouvait également au Musée des Augustins.
Le Président donne ensuite la parole à M. Louis Latour qui rend compte de la vérification des emprunts d’ouvrages de la bibliothèque qu’il a effectuée. Un courrier sera adressé aux membres qui ont emprunté des ouvrages depuis plus de trois mois (certains conservent des livres de bibliothèque depuis plusieurs années). M. Latour procédera désormais à une vérification des emprunts à la fin de chaque trimestre. M. Latour propose également de procéder chaque année à deux réunions pour décider d’une liste d’achat d’ouvrages pour la bibliothèque.
Daniel Cazes présente ensuite la correspondance imprimée. Sont plus particulièrement signalés :
Bulletin de la Société de Borda, n° 424 (4e trimestre 1991) :
– Jean Marsean, Les anciennes cathédrales de Dax, p. 551-567 ;
– Jean-Pierre Suau, A la recherche de l’église Saint-Genès-des-vallées près de Mont-de-Marsan, p. 569-598.
Tables générales des matières publiées dans la Revue de Comminges de 1981 à 1990 inclus, par Gabriel Manière et Jean Mano, supplément au t. CIV (1991) de la Revue de Comminges, 94 p.
Maurice Scelles présente ensuite une photographie du chœur de l’église de Cornac (Lot) : l’abside est couverte de peintures murales qui vont être restaurées à la demande de la municipalité par Mme Sylvie Pontlevy. Il y a en fait deux décors superposés. L’un est un faux-appareil à traits rouges sur fond blanc, où apparaissent deux frises formées de rinceaux : il comprend des encadrements de baies dont les formes permettraient peut-être de préciser la date du décor. Disons pour l’instant qu’il s’agit d’un décor « médiéval ». Celui-ci a été recouvert au XVIIe siècle par un retable peint en trompe-l’œil, dont subsistent d’assez grands vestiges pour que l’on puisse l’imaginer dans tout son développement d’origine. Louis Peyrusse confirme que ces retables en trompe-l’œil du XVIIe siècle sont rares dans notre région. Cette abside pose un délicat problème de restauration : il faut absolument conserver les deux états en renonçant à sacrifier le plus récent au plus ancien, un traitement nuancé devant permettre de rendre lisibles les deux décors qui sont tous deux partie intégrante de l’histoire de l’édifice.
Le général Delpoux indique que c’est ce choix qu’avait fait la COREPHAE de Montpellier en décidant de conserver les peintures du XVIe siècle mises au jour dans l’église de Caudeval (ces peintures représentaient en particulier des bâtiments en briques) : le maçon a préféré faire tomber l’enduit sur lequel elles se trouvaient, au nom de « l’unité de style » sans doute, et l’église n’a, de ce fait, pas été protégée.
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ÉGLISE DE CORNAC (LOT).
Vue du chœur avant la restauration des peintures murales.
Cliché Sylvie Pontlevy.
Séance publique du 4 avril 1992
Allocution du Président
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Un des tristes devoirs du Président de la Société archéologique est de faire l’éloge, chaque année, au début de la séance publique, des membres de la Compagnie disparus au cours de l’année académique écoulée. Vous comprendrez donc la joie qui est la mienne de n’avoir pas à procéder, cette année, à ce pénible devoir, puisque nous n’avons à pleurer aucun disparu. Je consacrerai donc l’essentiel de ce rapport moral à vous informer d’une part des projets d’installation de la Société archéologique du Midi de la France et des cinq autres Académies dans les futurs bâtiments qu’on leur destine, d’autre part au résumé des travaux qui ont enrichi nos séances.
Lors de la séance publique précédente, le 13 avril 1991, j’avais fait allusion aux négociations en cours entre les Académies, d’une part, et les représentants de la Ville et de la Fondation Bemberg, d’autre part, pour une équitable répartition des locaux de l’Hôtel d’Assézat entre les deux parties. Il était question alors de construire un immeuble dit » placard » dans l’arrière-cour de l’hôtel pour y installer certaines Académies, dont la Société archéologique. Entre cette date et la fin de l’année 1991, les bonnes volontés s’étant rassemblées, il a été possible de parvenir à un accord prenant en compte à la fois l’intérêt des deux parties et, ce qui n’est pas rien, l’intérêt de l’hôtel lui-même, qui, vous le savez, est classé Monument historique. Je ne vous ferai pas le récit détaillé des innombrables réunions, rencontres et discussions, parfois vives, qui ont permis d’aboutir à l’accord actuel, mais je voudrais saluer ici ceux qui ont pris beaucoup de leur temps, aussi bien du côté de la Ville, avec MM. Puel et Andrès, que du côté des six Académies avec M. Sermet, Président du Conseil d’Administration de l’Union des Six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, pour aboutir à l’accord signé au mois de janvier dernier et dont voici les résultats.
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Les bâtiments de l’hôtel s’ordonnent autour d’une grande cour appelée cour d’honneur. Celle-ci est fermée du côté droit par un mur mitoyen sur lequel court une galerie suspendue appelée coursière. À gauche du portail se trouve la loggia, surmontée d’un étage. Face à elle se déploie l’aile dans laquelle nous sommes en ce moment, de trois niveaux plus un comble, que l’on désigne du nom d’aile droite. Par un passage voûté situé à l’extrémité de celle-ci, on accède à l’arrière-cour qui est sur votre droite. En équerre par rapport à l’aile droite se développe l’aile gauche, de même hauteur que l’aile droite. Ces deux ailes tirent leur nom de leur situation par rapport au grand escalier, véritable point névralgique de l’hôtel, qui commande l’accès à toutes les salles. Celles-ci sont réparties de la façon suivante. Au rez-de-chaussée de l’aile droite se trouve la salle des conférences. Nous y sommes. Au premier étage, l’Académie des Jeux floraux occupe quatre pièces, dont un grand salon, et l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres, un salon qu’elle utilise comme salle des séances. Au deuxième niveau, la Société archéologique occupe cinq pièces et la Société de Médecine une. Au rez-de-chaussée de l’aile gauche est logée l’Académie de Législation. Au premier étage, l’Académie des Sciences et la Société de Géographie ; au deuxième, le Musée de la Médecine. Enfin, l’étage au-dessus de la loggia est occupé par les 1200 ni de livres des Académies des Sciences et de Législation.
L’accord auquel nous sommes parvenus va entraîner d’importantes modifications dans cette répartition, modifications qui ne sont rendues possibles que par l’acquisition de parcelles voisines. En effet, la Fondation Bemberg occupera dans l’aile droite l’arrière-salle des Jeux floraux, quatre des cinq salles de la Société archéologique et la salle de réunion de la Société de Médecine. Elle aura également la totalité de l’aile gauche, la loggia et l’étage qui la surmonte, et utilisera la coursière pour la circulation des visiteurs. La salle dans laquelle nous nous trouvons restera à l’usage exclusif des Académies. Au premier étage de l’aile droite, les Jeux floraux conserveront trois de leurs quatre salles et l’Académie des Sciences sa salle de réunion. Au deuxième étage de cette même aile, la Société archéologique gardera une salle seulement. Vous le constatez, la plus grande partie de l’Hôtel d’Assézat reviendra donc à la Fondation Bemberg. Je tiens à souligner ce fait car on a pu entendre ou lire ici ou là que les Académies se cramponnaient à l’Hôtel d’Assézat, faisaient de la résistance et pouvaient provoquer par leur attitude intransigeante l’échec de l’installation de la Fondation Bemberg. Vous constaterez avec moi qu’en matière d’intransigeance, on aurait pu faire mieux. En effet, l’Académie des Jeux floraux perd 1/4 de ses locaux, la Société archéologique et l’Académie des Sciences abandonnent les 4/5e des leurs, l’Académie de Législation, la Société de Médecine et la Société de Géographie la totalité de leurs salles. Cela, alors que fortes de leur droit établi par le testament inattaquable d’Ozenne, rien ne pouvait les contraindre à de si généreuses concessions.
Il va de soi qu’une telle situation implique, outre une adaptation de l’Hôtel aux condition de sécurité nécessaires à l’accueil des œuvres d’art de la Fondation Bemberg, à un incontournable relogement des Académies. Une opportunité inespérée s’est offerte par l’abandon d’un projet d’installation de la Direction régionale des Affaires culturelles dans des immeubles jouxtant l’Hôtel d’Assézat. La Ville a donc profité de l’occasion pour songer à les acquérir afin d’y installer les Académies selon les termes du testament d’Ozenne, parfaitement et gratuitement.
Lorsque l’acquisition aura été réalisée, les bâtiments seront remodelés pour compter quatre étages qui permettront de placer au rez-de-chaussée le logement et la loge du concierge ainsi que le secrétariat de la Société de Géographie, au premier étage l’Académie de Législation et la Société de Médecine, au deuxième, l’Académie des Sciences, au troisième la Société archéologique.
Cette réinstallation dans des locaux neufs est considérée par plusieurs Académies, dont la Société archéologique, comme une formidable occasion de modernisation. Quoi qu’on en pense, les Académies sont vivantes. Toutes les Académies de l’Hôtel d’Assézat publient chaque année des bulletins ou mémoires de haute tenue, parmi lesquels nos Mémoires figurent à la place d’honneur. La Société de Géographie remplit tous les quinze jours cette salle en donnant des conférences suivies et appréciées des Toulousains, l’Académie des Jeux floraux donne ici même chaque année huit ou neuf conférences confiées à d’éminents spécialistes français ou étrangers. Songez que l’Académie des Sciences et la Société archéologique possèdent à elles seules environ 1800 ni de rayonnages de bibliothèques, que la Société archéologique correspond et échange des revues scientifiques avec plus d’une centaine de sociétés savantes françaises et trente sociétés savantes étrangères, que l’on trouve dans nos rayons des ouvrages ou des séries de revues complètes qui n’existent nulle part ailleurs à Toulouse. Tous ces trésors, nous voulons les ouvrir a la consultation. Notre but est de redonner vie à l’Hôtel d’Assézat, aux côtés de la nouvelle Fondation, d’en faire un pôle d’activité culturelle largement ouvert et abondamment fréquenté. Et j’affirme ici que dans la recherche des solutions nouvelles et modernes, dans la volonté d’ouvrir l’Hôtel d’Assézat, la Société archéologique, avec l’Académie des Sciences, se trouve en pointe.
Mais, pour que tout cela se concrétise, il faut que la Ville en fournisse les moyens, ce à quoi l’oblige d’ailleurs le testament d’Ozenne. J’en rappelle les termes : L’Hôtel situé à Toulouse, place d’Assézat… qui devra s’appeler l’hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure, appartiendra… à la ville de Toulouse, mais à la condition formelle qu’il lui sera donné la destination suivante, le tout sous peine de révocation du dit legs relatif au dit hôtel. Les sociétés savantes devront y être parfaitement et gratuitement installées. Chacune d’elles devra y trouver les locaux né-
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cessaires pour ses réunions et archives… La ville sera expressément tenue de faire, à ses frais, tous les travaux, modifications et améliorations nécessaires à cette installation. On ne peut être plus clair. Nous avons fait confiance à la Ville en offrant une large place à nos côtés à la Fondation Bemberg. Nous espérons que cette confiance ne sera pas trahie.
Il faut donc envisager, et c’est un minimum, une salle de lecture pour la consultation, un rangement approprié des bibliothèques et surtout l’informatisation et l’harmonisation des fichiers des six bibliothèques des Académies, notre intention étant à terme de connecter les bibliothèques des Académies au réseau des bibliothèques de Toulouse. Nous pensons aussi à d’éventuelles consultations par Minitel ou par réseau Numéris, et même à la consultation des images par le système vidéodisque. Déjà, la Société archéologique a acquis un ordinateur destiné à informatiser le fichier de sa bibliothèque.
Nous avons envie et nous éprouvons le besoin d’être mieux connus et appréciés à notre juste valeur. Lorsqu’on rencontre les membres de nos Académies sur leur lieu de travail ou dans leur occupation professionnelle, ils sont considérés comme de grands spécialistes, on les traite avec respect et déférence. Je voudrais que l’on m’explique par quel miracle ils deviennent brusquement des dinosaures, fossiles, « vieux croûtons » ou autres gracieusetés dès qu’on les retrouve dans une Académie ! Allons ! Un peu de sérieux et d’objectivité s’il vous plaît ! Nous avons des ambitions, nous avons les gens capables de répondre à ces ambitions, mais il nous manque les moyens. Nous attendons de ceux qui doivent les fournir qu’ils se placent à la hauteur de nos ambitions. La balle est dans leur camp.
J’ajouterai pour terminer ce plaidoyer que la Société archéologique a de son côté joué un rôle essentiel dans l’histoire culturelle de la ville de Toulouse depuis plus d’un siècle. Qui sait que bien des chefs-d’œuvre des Musées toulousains ne sont là que parce que la Société archéologique les a découverts, protégés, conservés, achetés pour la Ville ou à elle donnés ? Qui sait que bien des gravures du Musée Paul-Dupuy sont nôtres, que les bustes de Martres aujourd’hui au Musée Saint-Raymond ont été acquis pour la Ville par la Société archéologique, que les collections romanes et gothiques du Musée des Augustins ont été trouvées et recueillies, sauvées de la destruction et étudiées par des membres de la Société archéologique ? Non, rien ne nous fera croire que nous sommes de quelque manière que ce soit les débiteurs de quiconque. Au contraire ! Et ce rôle culturel qui fut celui de la Société archéologique, nous le revendiquons aujourd’hui encore car nous sommes en mesure de l’assumer.
La preuve peut en être apportée par les travaux que nous menons régulièrement au cours de nos séances et dont vous pouvez lire les résultats en consultant le Bulletin et les Mémoires que nous publions chaque année. Le volume LI de nos Mémoires, dans lequel est inséré le Bulletin, compte cette année 288 pages d’une graphie serrée. Il a été publié dans les délais et nous avons même rattrapé le retard de publication qui existait depuis plusieurs décennies dans les parutions. Ce travail suppose de la part de ceux qui s’en occupent une abnégation et un dévouement hors du commun en même temps qu’une forte dose de patience. Le travail que nous faisons est un travail d’équipe et ce n’est pas le Bureau seul qui réalise ce travail. Il est aidé, soutenu, suppléé parfois par quelques membres particulièrement actifs et efficaces qui consacrent bénévolement des heures et des heures à ces tâches obscures et pourtant essentielles. Je me dois de citer leurs noms, leur modestie dut-elle en souffrir. Ainsi Mme Cazes et M. Cabau pour leur rôle dans la publication des Mémoires, M. Latour pour les permanences de bibliothèque et les relations avec la presse, M. Péaud-Lenoël pour les questions de diffusion et publicité.
Je tiens à les remercier publiquement et à leur dire que leur action porte ses fruits. J’en ai eu un très réconfortant témoignage ce matin même, où une personne de qualité, érudit reconnu, m’a téléphoné de Paris pour féliciter à travers votre serviteur la Société archéologique et pour demander s’il lui serait possible de publier un article dans nos Mémoires. C’est la plus belle des récompenses que nous puissions souhaiter.
Depuis l’an dernier, nous avons entendu treize communications, bien que deux séances complètes aient été consacrées aux problèmes de réinstallation dans l’Hôtel d’Assézat que j’évoquais tout à l’heure. Je n’en ferai pas les résumés pour deux raisons, la première afin de ne pas abuser de votre temps, la deuxième parce que vous pourrez les lire dans le Bulletin que M. Scelles rédige avec un soin exemplaire.
Bien des communications ont été consacrées à Toulouse. M. l’abbé Baccrabère nous a parlé des puits et fosses funéraires à Toulouse du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle ap. J.-C., M. Cabau de deux évêques du nom de Pierre Roger au XIe siècle, M. Prin des conséquences du tremblement de terre de 1427-1428 sur les bâtiments du couvent des Jacobins, M. Gilles de l’histoire des bâtiments de la Faculté de Droit du XVIe siècle à nos jours, M. Julien des stalles de la cathédrale Saint-Étienne et M. Tollon des vestibules des hôtels toulousains et de leur évolution vers la monumentalité au XVIIe siècle.
Pour autant, la région et ses proches abords n’ont pas été oubliés. M. Boudet nous a informés des découvertes récentes sur l’oppidum d’Agen et la tombe à char celtique de Boé, et M. Manière des découvertes et apports archéologiques du site antique de Marquefave ; Mlle Rousset nous a fait découvrir la borie de Savanac dans le Lot, Mme Noé-Dufour le château des abbés de
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Beaulieu à Pervinquières dans le Tarn-et-Garonne, M. Ahlsell de Toulza nous a entretenus du retable d’albâtre de la chapelle d’axe du chœur de N.-D. de Rabastens, le général Delpoux des découvertes archéologiques et des gypseries du château de Caudeval dans l’Aude, et M. Gérard de l’histoire et des monuments de Mondant. Tous ces travaux seront publiés, soit intégralement dans les futurs Mémoires, soit sous forme de résumés étoffés dans le prochain Bulletin.
Enfin, pour terminer, nous allons maintenant procéder à la remise des prix traditionnels de la Société archéologique du Midi de la France et je passe pour cela la parole à M. Coppolani, auquel a été confié cette année le soin de faire le rapport général sur le concours. »
Rapport général sur le concours, par M. Coppolani
Le prix de Clausade, doté de 3000 F et accompagné d’une médaille d’argent, est remis à M. Christian Mange. M. Pierre Magnères reçoit le prix spécial de la Société archéologique du Midi de la France, Mlle Marie-Paule Viguier et M. Jean-Marc Fabre le prix du Professeur Michel Labrousse, ces trois prix étant accompagnés d’une médaille de bronze.
« C’est maintenant que s’ouvre la dernière partie de notre séance avec la conférence publique. Elle a été demandée cette année à Mme Marie-Geneviève Colin, membre de notre Société, archéologue chevronnée, Conservateur du Patrimoine au Service régional de l’Archéologie après avoir été Directeur des Antiquités historiques de la Région Midi-Pyrénées de 1988 à 1991. Elle va nous parler d’un sujet qu’elle connaît parfaitement : celui des découvertes archéologiques faites dans notre région entre 1988 à 1991 et concernant la période qui s’étend du XIe au XIXe siècle. Cette conférence fait suite à celle qu’elle a donnée au mois de novembre dernier au Musée Saint-Raymond et qui portait sur les fouilles concernant l’Antiquité et le haut Moyen-Âge. »
Conférence de Madame Marie-Geneviève Colin : Du XIe au XXe siècle : découvertes archéologiques en Midi-Pyrénées. 1988-1991.
Séance du 7 avril 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Labrousse, Noé-Dufour, MM. Fabre, Latour, le Père Montagnes, Peyrusse, Péaud-Lenoël, Prin, de Viviès, Vézian.
Excusés : Mmes Cazes, Rousset, MM. Cazes, Secrétaire général, le général Delpoux, Ginesty.
Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des deux dernières séances, qui sont adoptés.
Mme Noé-Dufour indique que lors de la dernière COREPHAE a été évoqué le problème posé par la conservation des objets dans les édifices religieux ; les conservateurs des A.O.A. sont chargés de l’inventaire des objets protégés au titre des Monuments historiques. À ce propos, M. Péaud-Lenoël rappelle que la loi de séparation de l’Église et de l’État a réparti les responsabilités : si les objets appartiennent à la commune, le clergé qui en est l’affectataire a la charge de leur entretien. Par ailleurs, on sait que nombre d’objets et d’archives sont conservées chez les curés des paroisses, sans qu’un inventaire précis en soit connu.
Le Président donne alors la parole à Bruno Tollon qui nous présente La « Vis de Toulouze » revisitée, communication, publiée dans ce volume des Mémoires.
Le Président remercie Bruno Tollon pour cette visite nouvelle, et pour certains première visite, de la « Vis de Toulouse », à travers laquelle se perçoit bien toute l’importance de la stéréotomie méridionale. En règle générale, comment se justifient des réalisations aussi complexes ? Pour Bruno Tollon, il s’agit de réaliser des chefs-d’œuvre, fréquemment pour des parties d’édifices qui ne nécessiteraient pas l’emploi de la précision apportée par la stéréotomie ; l’art du trait trouve son expression dans les trompes, les voûtes surbaissées, tandis que le berceau et la coupole n’intéressent pas le stéréotomiste ; la voûte suspendue est le chef-d’œuvre insurpassé. En pays de brique, la pierre et la stéréotomie apparaissent en des endroits très précis : par exemple, à l’hôtel d’Ulmo à Toulouse, pour un cabinet d’angle en tour ronde sur trompe, et pour élargir, à l’aide de deux trompes, le passage placé derrière le mur-écran ; ces exemples montrent bien le caractère gratuit de ces morceaux d’architecture. Dans l’art flamboyant, les chefs-d’œuvre d’appareilleur sont nombreux : leur étude serait à reprendre. À propos de la stéréotomie, Jean-Marie Pérouse de Montclos a pu parler d’une « passion française ».
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Le Président voudrait savoir si la stéréotomie est également employée au XVIe siècle dans des édifices du nord de la France, dans les châteaux de la Loire par exemple. Bruno Tollon précise que même les plus grands édifices ne présentent aucune difficulté technique comparable à celles que se proposent les ouvrages de stéréotomie.
M. Péaud-Lenoël souligne à quel point la vis de Toulouse était remarquable et explique, dessins à l’appui, comment elle avait nécessité l’introduction d’une géométrie tout à fait extraordinaire, chaque rangée de pierres ayant une découpe particulière. Bruno Tollon précise que le seul texte détaillé conservé est assez clair pour montrer que le tracé d’une volée, soit le quart d’une révolution, devait être ensuite répété à l’identique ; mais le maître-maçon chargé de l’exécution, Sébastien Bouguereau, n’a pas compris les tracés qui lui avaient été indiqués.
Le Président demande si Ferdinand de Guilhermy a donné une description de la vis des archives. Bruno Tollon n’a pas encore consulté ce texte.
Guy Ahlsell de Toulza évoque l’escalier suspendu de l’évêché de Castres, qui date de la fin du XVIIe siècle. Bruno Tollon ajoute que l’on pourrait également faire référence aux escaliers de Montpellier, mais il s’agit d’escaliers à une seule révolution dont les voûtes s’appuient l’une sur l’autre ; Castres serait plutôt à rattacher à l’aire d’influence de Montpellier.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne qu’un ouvrage aussi connu et apprécié que l’était la tour de la vis ait pu être démoli. Bruno Tollon indique que cet emplacement avait fait l’objet de toute une série de projets d’aménagement, dont un projet immobilier, qui faisaient pièce au projet de Viollet-Le-Duc ; de plus, la tour de la vis était en mauvais état, ce qui était également le cas de la tour de archives, mais celle-ci était plus spectaculaire et fut donc restaurée. M. Prin rappelle que les deux tours des archives et de la vis avaient fait l’objet de projets de démontage et de déplacement.
Séance du 28 avril 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mme Labrousse, MM. Cabau, le général Delpoux, Gillis, Julien, l’abbé Rocacher.
Excusé : M. Manière.
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quelques lignes mais cela demanderait à être vérifié. Quant au crénelage, était-il bien de 1523 ou bien était-ce une surélévation ? Daniel Cazes indique qu’il était probablement d’origine et correspondait aux chéneaux encastrés et aux gargouilles ; ce système d’écoulement des eaux de toiture posant de graves problèmes lors des violents orages fréquents à Toulouse, qui provoquaient des débordements vers l’intérieur du bâtiment, on lui substitua la forme habituelle d’un toit débordant ; en restituant chéneaux encastrés et merlons, Viollet-Le-Duc a bien interprété les vestiges qu’il avait retrouvés, mais a commis la même erreur que Louis Privat au XVIe siècle, cette forme de toiture n’étant pas adaptée au climat toulousain. Pascal Julien indique que c’est le problème qui se pose actuellement à l’hôtel de Pierre, où les chéneaux encastrés sont bouchés et provoquent des ruissellements sur la façade ; il souligne la menace que cela représente pour le décor sculpté tandis que des fragments de corniche s’effondrent déjà.
Daniel Cazes fait ensuite visiter l’édifice aux membres de la Société. Il leur fait remarquer les nombreuses reprises dont les plafonds gardent les traces et qui deviennent parfaitement claires avec les documents qu’il a présentés. Dans les caves, Daniel et Quitterie Cazes présentent les sondages archéologiques qui ont été effectués en vue de l’aménagement projeté. Dans la cave est sont apparus les fondations très profondes du XVIe siècle et des vestiges d’un mur avec contrefort qui devait appartenir à une chapelle antérieure à la chapelle Saint-Raymond ; sur le mur est, un arc ouvre un espace pris sous la rue qui serait un abri aménagé en 1941 par le conservateur du Musée, E. H. Guitard. Dans la cave ouest, un vestige d’arc conservé dans la base du mur de refend du XVIe siècle appartient à un édifice médiéval. Ces deux sondages ont livré des sépultures en pleine terre et en sarcophages de pierre non sculptés de la nécropole de Saint-Sernin et de nombreuses monnaies d’époque constantinienne.
La visite se poursuit dans les combles où subsistent des vestiges des chéneaux de pierre, puis à l’extérieur où l’on remarque plus particulièrement, sur l’élévation est, les traces d’arrachement de la voûte de la chapelle Saint-Raymond.
Séance du 5 mai 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste ; Mme Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Julien, Latour, Manière, Péaud-Lenoël.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint, Cabau, le général Delpoux.
Le Président annonce le décès de M. Bernard Calley, Architecte des Bâtiments de France et membre de notre Société.
Le Secrétaire-adjoint étant absent, le Président donne lecture des procès-verbaux des séances des 7 et 28 avril derniers, qui sont adoptés après quelques additions.
Le Président donne alors la parole à M. l’abbé Baccrabère pour sa communication sur Les fouilles de Léon Joulin à la caserne Niel (1903), qui sera publiée dans ce volume de nos Mémoires.
Le Président félicite M. l’abbé Baccrabère de ce patient travail d’inventaire. M. Fouet insiste sur le caractère très sommaire des travaux de Léon Joulin et rappelle que celui-ci procédait par tranchées distantes de cinquante mètres ; selon lui, le matériel et les observations de Joulin sont de ce fait inexploitables. Il est fait remarquer que c’était là une méthode de fouille assez habituelle au XIXe siècle. Pour l’abbé Baccrabère, quelles que soient les réserves qu’impliquent ces travaux, il était nécessaire d’étudier ce matériel et de le mettre à la disposition des chercheurs ; l’inventaire qu’il en a fait n’a pas d’autre but et il faut se garder d’en tirer des conclusions.
M. Fouet indique qu’en compagnie de M. Soutou, il a lui-même fouillé sur le site de la caserne Niel, et examiné le contenu de certaines caisses. Il ajoute que les archives de Joulin sont aujourd’hui à Blois ou à Tours, dans sa famille, dans la Bibliothèque ou au Musée. M. l’abbé Baccrabère indique qu’il a trouvé aux Archives du Tarn (J 60 et J 90) des notes d’Edmond Cabié, des 27 mai et 13 juin 1902, qui expriment des doutes sur la minutie des fouilles de Joulin, relevant qu’une partie du matériel n’est pas lavée et que des objets auraient disparu du fait des responsables du chantier et des ouvriers…
Séance du 19 mai 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Bernet, Cabau, Catalo, Lapart, Latour, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin.
Excusés : Mmes Labrousse, Rousset, M. Manière.
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Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Parmi les publications reçues, il faut plus particulièrement signaler :
Bulletin Monumental, t. 150 (1992), p. 86-87 :
– Compte rendu par Jacques Thirion du livre de Robert Saint-Jean : Saint-Guilhem-le-Désert. La sculpture du cloître de l’abbaye de Gellone, Montpellier : Association des Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1990, 151 p. ;
Revue de Comminges, t. CVII (1992) :
– Sylvie Decottignies, Les peintures murales de l’église de Montbrun-Bocage, p. 25-40 ;
– Gabriel Manière, La vie de la Garonne : au sujet des moulins à nef, p. 77-79 ;
– Robert Foch, Notes sur les faïenciers de Marignac-Laspeyres et de Martres au XVIIIe siècle, p. 89-99.
L’Auta, n° 575, avril 1992 :
– Michèle Eclache, Que fait-on à Saint-Sernin ?, p. 114-116.
Le Président annonce que la prochaine journée de Saint-Michel de Cuxa organisée par l’Académie des Arts et Sciences de Carcassonne et qui se tiendra le 13 juin, sera consacrée aux publications des sociétés savantes et leur diffusion. Comme l’année dernière, le Président et M. Péaud-Lenoël se rendront à cette rencontre ; ils emporteront quelques volumes de nos Mémoires pour la présentation des publications qui aura lieu le matin.
Le Président donne ensuite la parole à M. Lapart pour sa communication sur la Découverte dans le Gers de nouvelles têtes funéraires gallo-romaines en marbre des Pyrénées, qui sera publiée dans le tome LIII (1993) de nos Mémoires.
Le Président remercie Jacques Lapart en remarquant que les questions posées par sa conclusion sont celles-là même qui lui brûlaient la langue. Avant de laisser la parole aux spécialistes de cette période qui auront sans doute d’autres remarques à formuler, il demande s’il ne conviendrait pas de récompenser d’une manière ou d’une autre les propriétaires dont l’intérêt attentif est à l’origine de ces trouvailles, afin de sensibiliser la population et faire que ces découvertes soient mieux connues ; ce « prix », qui pourrait être matérialisé par une médaille de la Société archéologique, pourrait être attribué à n’importe quel moment de l’année. Guy Ahlsell de Toulza remarque que tout aussi importante est la question de la conservation de ces découvertes fortuites. M. Lapart rappelle que la loi en laisse la propriété au propriétaire du terrain. Il pense que si le but doit bien être de faire entrer ces objets dans des collections publiques, il faut compter sur une approche prudente et sur le temps ; il signale que le togatus a finalement été donné à la Mairie du village et qu’un bel autel inscrit, d’ailleurs présenté l’an dernier à notre Société, vient d’être offert au musée d’Auch. Guy Ahlsell de Toulza se demande si une exposition temporaire qui ferait mieux connaître ces œuvres ne serait pas aussi une occasion d’en favoriser le dépôt. Pour Jacques Lapart, une exposition suppose un conservateur…
Guy Ahlsell de Toulza est surpris par le fait que ces découvertes comprennent de très nombreuses têtes et très peu de corps. Jacques Lapart pense qu’il devait exister plusieurs têtes pour un corps, un nouvelle tête étant mise pour le dernier défunt ; en outre, on peut penser que l’on a plus souvent conservé les têtes en marbre tandis que les corps, fréquemment en calcaire, étaient remployés comme matériaux, mais un inventaire complet ferait sans doute apparaître d’assez nombreux vestiges de corps.
M. Fouet observe que les têtes sont des portraits, tandis que les corps étaient fabriqués en série. Il indique qu’il a une étude en cours sur les monuments funéraires du Comminges et qu’il a pu noter des tombeaux à incinération présentant une niche où des encoches étaient destinées à recevoir des bras et une tête ; en outre, il a pu relever la présence d’enclos funéraires autour des piles. Le Président demande à M. Fouet s’il a des informations sur le buste que possède notre Société. M. Fouet répond qu’il a effectivement retrouvé le texte relatant la trouvaille, ce qui fera l’objet d’une prochaine communication devant la Société ; il n’a plus ce texte en tête, mais il croit se rappeler qu’il proviendrait peut-être du Comminges.
Pour M. Lapart, il est difficile d’avoir une idée d’ensemble de ces sculptures, alors même que la thèse de Bramer n’a jamais été publiée.
M. Catalo demande si à la lumière des prospections aériennes plus nombreuses qu’ailleurs, il est possible d’établir des liaisons topographiques entre les piles, les têtes découvertes et les villae. M. Lapart rappelle que c’est là le but des cartes qui localisent chaque œuvre. On ne peut établir de liaison entre les piles et les têtes découvertes, ce qui laisse entendre qu’il existait d’autres types de monuments, comme le pense M. Fouet. La Direction des Antiquités Historiques a d’ailleurs un projet d’étude d’ensemble.
Daniel Cazes souligne que l’attribution à des monuments funéraires doit être discutée. En effet, la statuomanie romaine est loin d’être seulement funéraire et il est toujours curieux de voir des archéologues considérer qu’ils ont affaire à des sculptures funéraires lorsque les têtes présentent un bouchon d’encastrement. Ce bouchon est aussi fréquent pour des portraits impériaux ou des portraits d’ancêtres. Seule la proximité immédiate d’un site funéraire permet de parler de sculpture funéraire. Par ailleurs, il
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faut remarquer que les portraits qui nous ont été présentés sont de deux types assez différents, certains étant plus proches des portraits impériaux, d’autres plus proches de portraits privés, ce qui n’est pas sans conséquence sur la datation des œuvres. Il faut se rappeler que l’on a repris des types du Ier siècle au cours de la deuxième moitié du IIIe siècle. Jacques Lapart convient que l’habitude de qualifier ces portraits de funéraires est regrettable. Pour sa part, lorsqu’une découverte se présente, il porte l’enquête sur les sites environnants, et les cartes montrent d’ailleurs bien que les têtes les plus nombreuses ont été trouvées à proximité de sites importants. Il ajoute que la tendance est de dater ces œuvres en fonction des datations des portraits impériaux, ce qui donne dans certains cas des résultats étonnants. Pour Daniel Cazes, il faut être d’autant plus prudent que les copies peuvent être nombreuses, comme le soulignait Louis Peyrusse. M. Fouet donne l’exemple, pour le Comminges, des nombreuses effigies qui reprennent avec des variantes le portrait de Trajan, ces têtes se trouvant toutes, dans ce cas, dans des contextes funéraires.
M. Lapart note qu’il faut remarquer que la répartition des découvertes de portraits romains dans le Gers montre une relative pauvreté de la partie est du département, même aux environs de la cité d’Eauze, et se demande ce qu’il faut en penser. Pour M. Fouet, ce fait pourrait être mis en relation avec l’aire de diffusion du marbre de Saint-Béat. À propos des piles et monuments funéraires, M. Fouet indique qu’ils étaient souvent situés en limite de domaine. Daniel Cazes souligne l’aspect très original du monument qui nous a été présenté et remarque que la niche se trouvait placée très haut, alors qu’elle se situe habituellement dans les monuments romains à trois mètres environ. M. Lapart ajoute que l’on connaît d’autres monuments dont les niches sont très hautes. Pour M. Latour, la grande hauteur de ces monuments pourrait être mise en relation avec leur implantation en limite de domaine.
Le Président donne ensuite la parole à Maurice Scelles pour une information à l’occasion de travaux projetés à la cathédrale de Cahors.
« Le projet de restauration du portail nord de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors a donné l’occasion d’examiner de plus près le trumeau et les linteaux actuellement en place. Rappelons tout d’abord que la restauration de 1908 a fait disparaître les deux arcs qui avaient été établis pour renforcer le portail, vraisemblablement mis en péril par l’instabilité du terrain ; ces deux arcs présentaient des gorges ornées de têtes de clous et de fruits grenus qui permettent de dater « cette consolidation de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle au plus tard » (Marcel Durliat, La cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Architecture et sculpture, dans Bulletin Monumental, t. 137, 1979, p. 317, fig. 21-22). Le trumeau et les linteaux étant nécessairement antérieurs à cette consolidation, il faut sans doute admettre qu’ils appartiennent au premier état du portail, daté des années 1140 (M. Durliat, op. cit., p. 325, 331).
Les deux linteaux sont nus ; ils portent de chaque côté sur un chapiteau à décor végétal, sans qu’apparaisse aucune trace de reprise ; leur angle inférieur est abattu par un chanfrein qui s’interrompt au droit du coussinet, aujourd’hui mutilé, sur lequel ils reposent. Le coussinet surmonte le trumeau en calcaire froid, monolithe, formé de quatre colonnes à chapiteaux lisses, adossées à un pilier de section carrée placé sur l’angle, les faces présentant de ce fait cet aspect caractéristique d’une arête vive entre deux tores. La base du trumeau est dégradée mais un peu d’attention permet d’y distinguer quelques traces de la mouluration d’origine. Il repose sur l’assise en calcaire du seuil, également très ruinée, mais dont les vestiges sont bien identifiables sur les piédroits. »
Un membre de la Société ajoute alors que la restauration du portail sud de la cathédrale de Cahors vient de s’achever. Le résultat est malheureusement très décevant. Le calcaire neuf qui a été employé ressemble au grès dit « de Figeac ». Or les constructions médiévales de Cahors se caractérisent par un emploi très précis des matériaux, le calcaire froid dit de Cahors constituant les piédroits ou piliers des arcades, le grès étant le matériau des claveaux des arcs des portails. Les méchantes patines qui ont été appliquées sur la pierre pour différencier les parties ne parviennent pas à dissiper le malaise. Mais le plus grave est sans doute que la restauration a fait disparaître l’un des blocs romains, en grès, ornés de rinceaux, qui avaient été remployés à l’époque romane : les deux qui subsistent forment les sommiers du premier ressaut, le troisième, remplacé par un grand bloc de calcaire, en formait le premier claveau de gauche.
Séance du 4 juin 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Cabau, Catalo, le général Delpoux, Fabre, Gérard, Gillis, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire général, Mme Rousset, M. Manière.
M.S.A.M.F., T. LII, page 171
CAHORS. CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, PORTAIL NORD.
Vue d’ensemble en 1991.
Cliché Christian Soula, Inventaire général/SPADEM.
M.S.A.M.F., T. LII, page 172
CAHORS. CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, PORTAIL NORD.
Détail de la base du piédroit de gauche.
Cliché Maurice Scelles.
CAHORS. CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, PORTAIL NORD.
Détail du trumeau.
Cliché Maurice Scelles.
CAHORS. CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, PORTAIL SUD.
Bloc sculpté romain remployé.
Cliché Maurice Scelles.
M.S.A.M.F., T. LII, page173
CAHORS. CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, PORTAIL SUD.
État en 1992.
Cliché Maurice Scelles.
M.S.A.M.F., T. LII, page 174
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des deux dernières séances ; M. Fouet apporte quelques corrections à celui du 5 mai et les deux procès verbaux sont adoptés. Le Président remercie le Secrétaire-adjoint pour ces comptes rendus très complets.
En demandant que l’on excuse Daniel Cazes retenu au dernier moment, Maurice Scelles signale rapidement les publications reçues.
Le Président donne ensuite la parole à M. Pierre Gérard pour la communication du jour : L’église de Grenade-sur-Garonne : son mobilier d’après les inventaires du XVIIe siècle à nos jours. Après avoir rappelé qu’il fait cette recherche dans le cadre d’un travail sur les églises de la Haute-Garonne, que dirige M. l’abbé Rocacher, M. Gérard insiste sur le mauvais état de l’église de Grenade et fait circuler des photographies qui en témoignent ; il rappelle que des œuvres tout à fait importantes provenant de Grandselve se trouvent actuellement dans l’église de Grenade.
Le Président remercie M. Gérard pour cet exposé très clair qui, évoquant le mobilier nombreux que possédait l’église de Grenade, fait regretter qu’il n’en subsiste plus qu’une Vierge du XVIe siècle. Il voudrait en outre savoir si la statue de la Vierge qui se trouvait dans la chapelle de la Purification était représentée avec l’Enfant. M. Gérard répond que le texte de l’inventaire ne le précise pas. Le Président remarque le très grand nombre des vocables des chapelles, le double vocable s’expliquant sans doute par l’ajout au vocable d’origine de celui d’une confrérie, comme le croit également M. Gérard. Cette multiplication des vocables montrent bien l’éclatement du culte.
Guy Ahlsell de Toulza demande s’il est possible de préciser ce qu’étaient ces piliers « du montement », qui, en outre, faisaient l’objet de la vénération des fidèles ; ils devaient sans doute servir à élever une statue de la Vierge le jour de la fête de l’Assomption, mais comment se présentaient-ils ? M. Gérard indique que les textes parlent de « piliers » ou de «pilastres», ce qui fait supposer qu’ils étaient adossés. Le Président demande si l’on en connaît le matériau. M. Gérard pense qu’ils étaient probablement maçonnés. Guy Ahlsell de Toulza fait observer que le « montement » suppose un niveau supérieur permettant de poser une statue.
En relevant que l’Archevêque s’insurge contre les vêtements déposés dans la chapelle de Notre-Dame de Pitié, M. Fouet se demande si ce genre d’ex-voto est connu ailleurs. Le Père Montagnes voudrait savoir ce qu’il faut entendre lorsque les textes font état de la « table du Purgatoire » ou de la « table du Rosaire ». M. Gérard pense qu’il s’agit d’une sorte de coffre puisqu’on en sort des calices et des ornements. Le Président indique que le terme prend également un sens abstrait et qu’il désigne la confrérie. Quitterie Cazes rappelle que c’est le cas à Saint-Sernin avec la « Table des Corps Saints ».
M. Péaud-Lenoël demande si l’on est en mesure d’établir une relation entre le mauvais état de l’église dès le XVIIe siècle et les ressources de la paroisse. M. Gérard indique que les deux tiers de la dîme revenaient à l’abbaye de Grandselve, et un tiers, soit 18000 l., à l’archiprêtre qui était chargé de les répartir entre le clergé et les charges occasionnées par l’entretien de l’édifice. À la dîme s’ajoutait le revenu des quêtes paroissiales, des messes et des casuels, les consuls participant en outre à l’entretien de l’organiste. L’essentiel allait donc à l’abbaye de Grandselve, ou plus exactement, peut-être, à l’abbé commendataire.
Abordant les questions diverses, le Président communique les dernières informations concernant l’aménagement de l’Hôtel d’Assézat.
La dernière réunion provoquée par la Ville était en principe consacrée à l’acquisition d’une petite parcelle à l’extrémité de l’aile droite, mais la Mairie a profité de l’occasion pour présenter de nouveaux plans. Ce nouveau projet concerne principalement le bâtiment à construire à l’arrière de l’hôtel et tient compte des exigences des propriétaires de l’immeuble à démolir. La discussion s’engage sur ce nouveau projet et la répartition des locaux proposée. Puis la Mairie annonça aux représentants des Sociétés et Académies que celles-ci devraient déménager de l’Hôtel d’Assézat d’ici un mois. Pour le Président, ceci est inacceptable, parce que ce point ne figurait pas à l’ordre du jour, et parce que la validité de la convention entre la Ville et les Sociétés et Académies dépend de l’acquisition des immeubles situés à l’arrière de l’Hôtel, acquisition qui n’est pas réalisée. Il faut ajouter que MM. Puel et Andrès ont promis oralement que les Sociétés et Académies ne déménageraient que pour s’installer dans leurs nouveaux locaux. Une réunion du Conseil d’administration de l’Union a donc été demandée à M. Sermet pour le 5 juin, afin de préparer la réunion avec la Mairie prévue pour le 12 juin. Une autre réunion aura lieu le 29 juin pour discuter la répartition des locaux entre les Sociétés et Académies ; le Président étant absent à cette date, la Société Archéologique sera représentée par Guy Ahlsell de Toulza.
La discussion se poursuit, abordant les questions de l’aménagement des nouveaux locaux, des délais requis par l’acquisition des terrains et les retards possibles, les conditions du déménagement.
Le Président donne ensuite la parole à Quitterie Cazes pour une information sur une partie du rempart de Toulouse, apparue après la démolition d’une maison :
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![]() | TOULOUSE, N° 10 RUE SAINTE-ANNE. Portion du rempart antique et médiéval apparue en mai 1992. Cliché Quitterie Cazes. [la photographie est inversée dans la publication originelle] |
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« Une portion de courtine du rempart antique et médiéval de Toulouse est récemment apparue lors de la démolition d’un immeuble an n° 10 de la rue Sainte-Anne ; elle est particulièrement bien conservée. Cette élévation présente trois états principaux. Dans la partie basse apparaissent la fondation (formée de deux coulées de galets pris dans du mortier) et le départ de l’élévation qui correspond à ce que l’on connaît ailleurs : aux six rangées de moellons formant le parement succèdent trois assises de briques qui traversent toute l’épaisseur du mur ; subsiste ensuite l’arrachement de trois rangées de moellons supplémentaires. Dans la partie médiane, le blocage apparaît par endroits : il est constitué de galets pris dans du mortier, enserré dans des murets transversaux de briques, qui sont liés au parement, de briques lui aussi. La difficulté de l’interprétation – et de la datation – provient de l’existence d’un retrait d’une trentaine de centimètres par rapport à la base de l’élévation : doit-on considérer qu’il y a eu un changement dans le parti initial de la construction ? Ou bien s’agit-il d’une reconstruction qui aurait employé une technique similaire à celle que l’on a constaté ailleurs ? Le sommet de la courtine présente, sur ses deux derniers mètres, une épaisseur moindre, épaulée par des contreforts qui prennent appui sur l’épaisseur du mur. Au-dessus se situe le chemin de ronde ; à ce niveau, la face externe de la courtine a conservé ses mâchicoulis du XIVe siècle. La partie sommitale du mur a conservé son parapet ajouré de mirandes, construit au droit du parement externe du mur, que l’on peut attribuer au XIVe siècle.
Une fouille archéologique a été réalisée sur la parcelle correspondante, entre les mois de mai et septembre 1992, sous la direction de Cathy Boccacino. Elle a été accompagnée d’une étude attentive du rempart, dont la publication se fera prochainement. »
Le Président demande si le couronnement est formé de faux-mâchicoulis. Quitterie Cazes précise que les structures observées prouvent qu’il s’agit de véritables mâchicoulis. Guy Ahlsell de Toulza s’inquiète du devenir de cette partie du rempart. Il est répondu que l’archéologue chargé du dossier, va essayer d’obtenir qu’il reste visible dans la nouvelle construction.
Pour certains membres, la protection au titre des Monuments Historiques de l’ensemble du rempart étant trop difficile à mettre en œuvre, il faut obtenir la protection de cette parcelle ; notre Société devrait adresser un courrier dans ce sens à la Conservation régionale des Monuments Historiques ; le courrier pourrait également être adressé au Ministre de la Culture avec copie à la D.R.A.C. Avant d’entreprendre toute démarche, il convient d’avoir la correction de consulter l’archéologue chargé du chantier.
Séance du 18 juin 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Fouet, Bibliothécaire-archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scelles, Secrétaire-adjoint ; Mme Noé-Dufour, MM. Cabau, Lassure, Latour, Péaud-Lenoël.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire général, Mme Cazes, M. Manière.
Le Secrétaire-adjoint étant retardé, le Président donne la parole à M. Péaud-Lenoël pour sa communication : Romains et Barbares de Narbonne à Toulouse et Bordeaux (410-420).
« Cette période de l’histoire des Gaules est généralement considérée comme un période charnière entre l’Empire romain traditionnel et l’installation définitive des royaumes barbares. Cette limite est un peu arbitraire et repose sur l’interprétation moderne de l’histoire factuelle plus que sur un changement radical des structures politiques ou du système socio-culturel.
Les sources
L’histoire factuelle est connue dans ses grandes lignes mais avec des lacunes et des divergences sérieuses. La raison principale en est la disparition des historiens « professionnels » vers la fin du IVe siècle ou le début du Ve siècle (Ammien Marcellin, Zozime par exemple). Il ne sont remplacés que par des écrivains dont les centres d’intérêt ne sont plus l’histoire elle-même, des poètes, des apologétistes ou des littérateurs, et quelques chroniqueurs sujets à caution. Encore beaucoup de ceux-ci s’intéressent-ils davantage à l’Italie ou à l’Orient qu’à la Gaule, qu’ils connaissent mal.
Les sources épigraphiques deviennent rares et les documents archéologiques plus encore. L’extension du christianisme limite le mobilier funéraire. L’archéologie monumentale de cette période se borne à l’examen des couches de destruction violente due aux invasions ou à la bagaude, qui fournissent un terminus post quem. Ces documents raréfiés existent cependant, et d’autres seront découverts.
Les faits
Trois séries d’événements marquent cette période
a) le passage des envahisseurs germains, Vandales, Suèves, Alains, entre 407 et 409
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b) la lutte armée et la lutte politique entre l’Empire romain d’Occident replié à Ravenne et les empereurs « usurpateurs » gaulois installés en Narbonnaise, entre Vienne et les Pyrénées (407-412) ;
c) l’arrivée des Wisigoths venant d’Italie, à la recherche d’uns installation géographique permanente et d’un accord de fédération avec l’Empire (412-418).
Depuis le début du IVe siècle, l’Empire est devenu héréditaire, passant par un jeu d’alliances de la dynastie constantinienne à la dynastie théodosienne. Les empereurs attribuent une importance essentielle à leur succession. L’extension de l’Empire en proie aux invasions extérieures et aux usurpations a obligé à la séparation politique des empires d’Orient et d’Occident qui ne se trouvent réunis que sous Théodose Ier en 379. À la mort de Théodose (395), l’Empire est de nouveau partagé entre ses deux fils Arcadius en Orient et Honorius en Occident. Toutefois, l’unité administrative de l’Empire subsiste, avec des tensions croissantes.
À la fin du IVe siècle, la Germanie est le siège de mouvements incessants de populations repoussées par les Huns, qui ont occupé la Dacie et poussé des raids jusqu’à la Mer baltique. Les Ostrogoths sont installés en Pannonie (Hongrie actuelle), les Vandales en Silésie et Galicie, les Suèves en Prusse, les Alains sur la rive nord du moyen Danube, les Burgondes en Thuringe.
Les Wisigoths ont été installés comme fédérés en Illyrie par Théodose. À la fin du siècle, ils réclament de nouvelles terres en Italie du Nord et une indemnité de guerre pour leurs services militaires. Ils deviennent alors menaçants pour l’Italie dégarnie de troupes et Stilichon, magister militum, doit dégarnir la frontière du Rhin des limitanei pour ramener l’armée romaine en Italie.
Les capacités militaires de Stilichon maintiennent le statu quo pendant quelques années, mais une situation politique anarchique entraîne son assassinat (407), puis l’invasion de l’Italie par les Wisigoths d’Alaric et le franchissement du Rhin par les Vandales, Suèves et Alains. Les Francs fédérés repoussent l’invasion vers le Sud-Ouest suivant les axes Mayence-Metz et Mayence-Strasbourg. Aucune troupe d’importance ne subsistant plus en Gaule, les Germains pénètrent facilement vers l’Ouest par Reims et Arras, vers le Sud-Ouest par Langres, Troyes et Orléans. Certaines villes résistent à l’abri de leurs murailles, mais la plupart sont prises et pillées. La progression de l’invasion, sur laquelle il y a peu de données, se fait semble-t-il suivant deux axes, l’un à travers le seuil du Poitou vers Bordeaux, l’autre à travers l’Auvergne : Clermont est pillée. Il semble que l’axe Saône-Rhône ait été épargné. Les barbares progressent à travers l’Aquitaine. Bordeaux est prise mais Toulouse résiste, semble-t-il, sous l’impulsion de son évêque Exupère. De la vallée de la Garonne, les Barbares se répandent le long du sillon pyrénéen dans l’intention de pénétrer en Espagne. Les cols pyrénéens bien gardés les arrêtent jusqu’en 409. À cette date, la guerre civile entre factions romaines dégarnit les cols, les Vandales et les Suèves pénètrent en Espagne et la pillent. Dans le sud-ouest de la Gaule, les dégâts commis par l’invasion vandale furent certainement considérables mais transitoires et n’affectèrent pas le mode de vie, la production agricole ni les circuits d’échanges d’une manière durable. La résistance organisée, sauf l’exemple de Toulouse, fut très faible. L’insoumission se développa en Armorique et dans le Sud-Ouest (bagaude).En 407, les troupes romaines de Bretagne se révoltent et choisissent un général, Constantin, comme empereur. Passé en Gaule, celui-ci, avec peu de troupes, gagne la Viennoise par Boulogne et Lyon. Honorius, empereur de Ravenne, envoie en Gaule Sarus, un chef goth employé comme fédéré, avec une petite armée qui capture à Vienne, et exécute, deux généraux de Constantin, Justinianus et Néviogast (Francs). Sarus est cependant forcé de rentrer en Italie et Constantin s’installe à Arles jusqu’en 411, après avoir réoccupé de manière transitoire le nord-est des Gaules. Constantin envoi son fils Constant en Espagne pour s’opposer à l’attaque des partisans d’Honorius, Didymius et Verinianus, à la tête d’armées privées.
Ceux-ci sont pris et tués, ce qui entraîne une guerre inexpiable avec Ravenne. Bien que le général de Constantin, Gerontius, organise la garde des cols pyrénéens, ils sont dégarnis rapidement et laissent passer les Vandales et les Suèves.
En Italie, Alaric prend Rome en 410 et entraîne son peuple jusque dans le Bruttium, dans l’espoir de passer en Sicile puis en Afrique. L’entreprise se termine par un échec. Alaric meurt ; il est remplacé par Ataulph qui remonte vers le nord de l’Italie (411-412).Après une expédition en Italie, l’usurpateur Constantin doit résister dans Arles à Gerontius révolté. Constantius, maître de l’infanterie d’Honorius, reconstitue en Italie une armée avec l’aide de la cavalerie gothe d’Ulphila et met le siège à son tour devant Arles ; Gerontius s’enfuit jusqu’en Espagne, où il se suicide après une farouche résistance contre les partisans d’Honorius. Finalement, Arles est prise, Constant se rend et il est tué par ordre d’Honorius avec Julien son second fils. Mais Constantius doit alors faire face à un nouvel usurpateur, Jovin, élu par les soldats à Mayence et appuyé par une forte armée de fédérés barbares. Jovin est soutenu par une partie importante de la noblesse romaine aquitaine et narbonnaise, et reconnu comme empereur en Bretagne et Germanie (412). Ni Constantius ni Jovin ne risquent la bataille et entrent dans des tractations inconnues jusqu’en 413.
Pendant ce temps, les Wisigoths d’Ataulph essayèrent de négocier avec Honorius leur installation dans la Gaule méridionale. Ataulph avait épousé la sœur d’Honorius, Placidia, et espérait entrer au service de l’Empire comme armée fédérée. N’obtenant rien d’Honorius, Ataulph traversa les Alpes avec son peuple et tenta, sans succès, de s’entendre avec Jovin. Ne pouvant s’imposer à celui-ci, Ataulph négocia de nouveau (avec Constantius ?), s’empara de Jovin et Sébastien à Vienne, et les deux usurpateurs furent mis à mort par Dardanus, préfet du prétoire des Gaules.
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Ataulph agit alors comme chef de fédérés reconnu par traité, mais les deux partis ne sont pas pressés d’exécuter les clauses de l’accord, Honorius de livrer l’annone de 600 000 mesures de blé promise, Ataulph de rendre Placidia par qui il est lié à l’Empire. Chacun essaye de faire pression sur l’autre. En 413, les Wisigoths envahissent la Narbonnaise avec, semble-t-il, une neutralité bienveillante de la population ; ils prennent la capitale en automne. Ataulph retourne faire le siège de Marseille défendue par le comte Boniface. Il échoue et il est même blessé assez gravement. Revenu à Narbonne, Ataulph épouse Placidia selon le rite romain. Placidia est désormais considérée comme la reine des Goths, qui lui conserveront une garde de fidélité constante jusqu’à sa mort en 450. Les négociations avec Honorius ayant finalement échoué, Ataulph désigne un empereur fantoche, Attale, et envahit la région toulousaine puis l’Aquitaine jusqu’à Bordeaux (413-414). Il semble que Toulouse ait été cette fois prise par les Barbares. En 414, les difficultés de ravitaillement des Goths s’accroissent, Bordeaux est incendiée et le peuple wisigoth fait retraite vers la Narbonnaise puis, à travers les Pyrénées, vers la Catalogne. À Barcelone naît un fils de Placidia et d’Ataulph, baptisé Théodose : cela déclenche la haine de l’Empire d’Orient pour les Goths et même pour Placidia. Le petit Théodose meurt en bas âge (415) et Ataulph et ses fils sont assassinés (opposition des Romains anti-barbares et des Goths anti-romains). L’assassin d’Ataulph, Segeric, est lui-même tué après sept jours et Vallia, chef nationaliste modéré, lui succède. La flotte romaine bloquant la Méditerranée, le peuple des Goths descend jusqu’en Andalousie, dans l’espoir encore déçu de passer en Afrique, puis il parvient à un accord avec les Romains de Constantius, représentant d’Honorius (416). Vallia obtient le tribut en blé demandé et restitue Placidia, rendue avec honneur à la cour de Ravenne.
L’empereur fantoche Attale, livré par Vallia, fut mutilé et exilé par Honorius ; Galla Placidia fut contrainte (417) d’épouser Constantius qu’elle accepta pour raison d’État, bien résolue, semble-t-il, à lui faire regretter ce mariage.
Un traité de fédération est alors conclu avec les Wisigoths, qui libèrent la Tarraconnaise des Alains et des Suèves. Puis, en 418, un nouveau foedus est conclu, les Wisigoths sont installés dans l’ensemble de l’Aquitaine et dans le Toulousain sous le régime de l’hospitium, partage des terres avec les propriétaires romains. Ils resteront en Aquitaine jusqu’en 511.
Les conséquences économiques et sociales
Nous l’avons vu, les conditions des diverses invasions ne furent pas comparables, raids éclair et dévastation par les Vandales et Alains en 404-408, occupation par les Goths en 414 puis 417.
Dans l’ensemble, les dégâts furent considérables, même si certaines villes résistèrent victorieusement ou furent épargnées. Les campagnes surtout souffrirent. Les populations ayant échappé au massacre furent jetées sur les routes, comme les témoignages nous l’apprennent. De nombreuses régions (mal connues) échappèrent temporairement à l’autorité administrative. Les récoltes étant détruites, la famine en fut la conséquence, les barbares eux-mêmes étant pressés par le manque de ravitaillement. Mais seules les régions directement au contact des envahisseurs souffrirent. L’archéologie montre que la restauration des ressources fut rapide.
Toutefois, les faiblesses de la société antique en furent encore accrues, notamment l’inégalité économique et sociale, parmi les citadins aussi bien que parmi les ruraux. Seules les castes privilégiées furent bénéficiaires, les autres essayant d’échapper à l’oppression fiscale par la fuite ou l’inertie. Les échanges se rétablirent eux aussi assez rapidement mais l’économie monétaire régressa.
Le statut social des barbares fut transformé aussi : d’une horde égalitaire, on passa à un peuple organisé en caste militaire, ayant à sa tête des nobles (optimates) à la tête d’années privées. D’après l’onomastique de notre région, le partage des terres fut effectif, mais nous ignorons comment se distribuèrent le revenu et le travail agricole sous le régime de l’hospitium. Clairement, le mélange des populations ne se fit pas et les Barbares wisigoths restèrent un corps étranger dans un population romaine, les mariages mixtes furent d’ailleurs interdits.
Les différentes religions entre Romains orthodoxes et Barbares ariens contribuaient encore à la ségrégation, mais nous ignorons presque entièrement la nature des relations entre ces populations.
Peut-être le bouleversement majeur est-il la fin du paganisme, officiellement prohibé par l’Édit d’Honorius en 398. Toutefois, pour la période qui nous intéresse, le christianisme reste essentiellement un phénomène urbain, les campagnes n’étant que peu ou pas concernées. Dans les villes nous possédons de multiples témoignages montrant que l’autorité des évêques est alors reconnue et importante, ce qui justifie d’autant plus leur opposition à l’arianisme des Barbares. Il s’agit non seulement d’un conflit religieux mais d’une opposition de pouvoirs. En Occident, il n’existe que peu d’hérésies constituant pour le catholicisme un danger majeur. Le priscillianisme conserve cependant des adeptes, ainsi que l’hérésie de Vigilance.En conclusion, l’irruption des Barbares ne marque pas une rupture immédiate avec la civilisation antique. Les Aquitains continuent de se considérer comme des Romains de plein droit, les Wisigoths étant chargés par l’empereur de la protéger contre la bagaude et les pillards saxons. L’administration, le régime de propriété, les relations de droit et l’économie continuent de fonctionner suivant les principes impériaux. L’Empire d’Occident continuera d’ailleurs d’exister jusqu’en 476 et, presque jusqu’à la fin de son existence, d’intervenir de manière très active en Gaule. »
M.S.A.M.F., T. LII, page 179
Le Président remercie M. Péaud-Lenoël. Le sujet était vaste et bien des aspects ne pouvaient être qu’évoqués. En outre, les questions soulevées par M. Péaud-Lenoël exigeraient de longues recherches. Quant aux rapports qui ont existé entre les populations de la Gaule romaine et les nouveaux venus, le Président évoque le récit de Sidoine Apollinaire qui fait allusion à l’« odeur rance » des Burgondes. Les problèmes soulevés par l’hospitium se doublaient de problèmes religieux. Ainsi la hiérarchie catholique a-t-elle favorisé les Francs. M. Péaud-Lenoël rappelle que l’intégration des Wisigoths a été très lente en Espagne et leur conversion au catholicisme très tardive. Le Président précise que les Alamans interdisaient les mariages mixtes ; il souligne le rôle joué par Galla Placidia, qui pousse les Wisigoths vers le sud puis vers la Gaule. M. Péaud-Lenoël indique que Galla Placidia est en effet la meilleure représentante du parti pro-barbare ; il s’agit parfois de se les associer pour lutter contre d’autres peuples, comme c’est le cas des Wisigoths utilisés contre les Huns. Mais Galla Placidia a également une garde constituée de Wisigoths à Ravenne. Les femmes jouent un rôle très important au Ve siècle, et la littérature, en particulier des romans, montre qu’il s’agit d’une période que l’on pourrait qualifier de « romantique ». Le Président note que les femmes ont une place éminente dans la construction des lieux de culte, que les Empereurs leur abandonnent.
M. Péaud-Lenoël rappelle que dans bien des régions nous manquons encore de précisions archéologiques.
M. Fouet félicite M. Péaud-Lenoël pour son excellente fresque historique. Il rappelle que la villa de Montmaurin est détruite avant la fin du IVe siècle. À Valentine, les Barbares ne détruisent pas seulement la villa, mais également le temple vers le milieu du IVe siècle. Une très belle nécropole entourant une église édifiée avec les matériaux du temple mais comportant de très beaux décors a été retrouvée à côté d’une petite église mérovingienne très modeste. Une sépulture datable du Ve siècle d’après le mobilier, établie en bordure du temple, était celle d’une femme wisigothe très riche, enterrée avec des bijoux importés.
M. Péaud-Lenoël souligne qu’il s’agit de l’une des plus intéressantes parmi les tombes connues. Il rappelle que les Wisigoths vivent avec les populations romanisées et qu’il est souvent bien difficile de savoir ce qui s’est passé exactement. Pour comprendre les relations entre les différents groupes, il faut également se souvenir que la résistance des païens, qui restent nombreux, est très forte.
Patrice Cabau demande s’il ne faut pas assimiler Paulin de Nole et Paulin de Pella. M. Péaud-Lenoël ne le croit pas : Paulin de Pella est en 414 à Bordeaux ; Paulin de Nole, qui est également parent d’Ausone, part en Italie en 400 et il est à Nole en 410 ; il devient évêque de la cité et on ne voit pas pourquoi il serait revenu en Gaule.
Le Président donne alors la parole au Secrétaire adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Abordant les questions diverses, le Président indique que les représentants des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat ont procédé le 5 juin à une réunion informelle où il est apparu que les Académies refusaient de déménager de l’Hôtel d’Assézat tant que les clauses de la convention passée avec la Ville ne seraient pas respectées, c’est-à-dire, en l’occurrence, tant que les terrains prévus pour les nouveaux bâtiments ne seraient pas acquis. Le 12 juin, la Ville, déjà informée, avait fait marche arrière. Il faut encore indiquer que l’Académie des Sciences a autorisé des sondages dans ses locaux ; notre Société ne donnera pas son accord pour de tels sondages tant que les nouveaux terrains ne seront pas achetés.
Le Président et M. Péaud-Lenoël rendent compte de la journée de Saint-Michel de Cuxa, consacrée aux publications des sociétés savantes. Notre Société a été félicitée pour la qualité de ses Mémoires. La première décision a été de mettre sur pied une commission restreinte, de quatre membres dont M. Péaud-Lenoël, pour préparer la mise en place d’un groupe de distribution. Il a en outre été décidé d’améliorer la diffusion en développant la publicité réciproque. La discussion se poursuit avec les différentes formules qui peuvent être envisagées : abonnements, commande automatique avec facture, envoi des sommaires à des revues spécialisées françaises ou étrangères…
Le Président indique ensuite qu’il a reçu de M. Gilles Séraphin, architecte à Cahors, une lettre de candidature au titre de membre correspondant de notre Société. M. Scelles est chargé du rapport qui sera présenté à la rentrée prochaine.
Bulletin de l’année académique 1992-1993
Tome LIII (1993)
Lire le compte-rendu
Séance du 3 novembre 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Noé-Dufour, Sire, MM. Blaquière, Boudet, Cabau, Costa, Fabre, Gillis, Ginesty, Julien, Lassure, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général, l’abbé Baccrabère, le général Delpoux, Latour, Manière.
Invitée : Mlle Fabienne Sarthe.
Le Président déclare ouverte la nouvelle année académique et remercie M. Costa de s’être joint à notre Compagnie. Il donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 18 juin dernier, qui est adopté. M. Scellès présente ensuite son rapport sur la candidature de M. Gilles Séraphin, qui est élu membre correspondant.
Le Président donne quelques informations sur la question de la réinstallation des Académies dans l’Hôtel d’Assézat à côté de la Fondation Bemberg. Il précise qu’une prochaine séance sera plus largement consacrée à ce sujet. Si l’on s’en tenait à l’article paru ce matin dans La Dépêche du Midi, on pourrait penser que tout est réglé. En fait, le règlement de la question est certes en bonne voie, mais il faut répartir définitivement les locaux entre les Sociétés et Académies. Rappelons que M. Bemberg exigeait une réponse définitive avant le 31 octobre et que l’installation de ses collections dans l’aile gauche de l’Hôtel implique que les locaux aient été libérés par les Académies de Législation et des Sciences et le musée de la Médecine. Le problème le plus difficile est celui de la bibliothèque de l’Académie des Sciences, dont il faut stocker les 1800 m linéaires : il semble qu’un accord soit en cours pour des locaux provisoires.
Au cours des négociations, la Société archéologique a constamment affirmé qu’il ne pouvait être question pour elle de déménager avant que ne soient construits les nouveaux locaux : le transfert de la bibliothèque devrait donc se faire directement par une porte à percer entre le bâtiment de l’hôtel et le nouveau bâtiment, pour des emplacements définitifs. Nous avons obtenu la promesse qu’il en serait ainsi. Pour l’instant, seule la petite salle trapézoïdale devra être libérée. La répartition actuelle dans les futurs locaux attribue à notre Société le dernier étage du bâtiment, auquel s’ajoute une rochelle de 60 m destinée à des livres. Nous aurions ainsi de la place pour 25 ans, compte tenu de l’accroissement de notre bibliothèque. Il faudra régler directement avec les architectes la question de l’aménagement des locaux.
M. Gillis indique que le transfert provisoire de la bibliothèque de l’Académie des Sciences se ferait dans les bâtiments des abattoirs. Il s’inquiète en outre du fait que 1’annonce récente par le Maire de Toulouse du mauvais état des finances de la Ville pourrait signifier des retards dans les travaux projetés. Le Président ne le pense pas, car l’opération de l’Hôtel d’Assézat, liée à un programme immobilier sur les nouveaux bâtiments, est conduite par une société privée.
Le Président donne la parole à M Georges Costa, qui tient à dire combien il lui est agréable d’être parmi nous, pour sa communication sur Les tombeaux des parents du duc d’Épernon, qui sera publiée dans le t. LII (1992) de nos Mémoires.
Le Président remercie M. Costa de sa présentation solidement documentée. Avant de laisser la parole aux spécialistes présents, il voudrait savoir s’il est possible de distinguer les parts respectives du père et du fils dans les sculptures des tombeaux.
M. Costa pense que le père a travaillé sur les visages, laissant le reste à son atelier. L’armure et la robe montrent des dessins très conventionnels. Il est très dommage que le visage féminin ait été mutilé. Le Président remarque qu’il s’agit de portraits sans concession.
Bruno Tollon a été étonné que les sculptures n’aient pas été commandées à des artistes parisiens ou bordelais. Ceci rejoindrait ce que Joël Perrin a observé en Bordelais, où l’on constate une forte présence d’œuvres d’artistes toulousains. Georges Costa note que l’on a effectivement un certain vide à Bordeaux à cette époque. L’appel à des artistes toulousains pourrait en outre s’expliquer par le rôle joué par les conseillers du duc et les contacts entre couvents de Minimes.
M.S.A.M.F. t. LIII, p. 210
M. Louis Peyrusse relève qu’une des remarques finales de l’exposé a été pour l’emploi d’une formule archaïque à des fins de glorification dynastique. En connaît-on d’autres exemples ? M. Costa répond qu’aucun autre exemple ne lui vient immédiatement à l’esprit. Il ajoute qu’il est regrettable que le dessin des tombeaux ait disparu : les descriptions permettent certes d’imaginer leur forme, mais pas assez précisément. Le principal trait » médiéval » est sans doute l’effigie en gisant, avec un lion dont la présence n’est pas mentionnée dans le contrat – qui n’est d’ailleurs pas conservé – mais est indiquée par la description du XIXe siècle.
Relevant le terme de » cendres « , Guy Ahlsell de Toulza demande si cela fait allusion à une véritable crémation. M. Costa pense que le mot est employé pour » restes « .
M. Ginesty voudrait savoir si le château est classé, et quelle est l’opinion du Service des Monuments historiques devant une présentation de gisants debout. M. Costa répond que c’est là un vaste débat… Les gisants sont présentés au premier étage, dans des niches, tandis que l’inscription et le trophée se trouvent dans les galeries. Quand il avait en charge ces questions, il y avait plus urgent, mais il a pu rêver de retrouver des documents permettant la reconstitution des monuments. Aujourd’hui, à la lumière des nombreux travaux récents qui ont été consacrés au XIXe siècle, il se demande s’il serait opportun de modifier la présentation, qui est convenable et correspond à une chapelle et à un décor gothiques du XIXe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza demande si l’on sait où se trouvait le trophée. Georges Costa indique que le texte ne le précise pas. Il était forcément sur une petite face ; il ajoute que pas un seul fragment de marbre noir n’a été conservé. Il faut d’ailleurs remarquer qu’une restitution du tombeau poserait un problème, car le monument occuperait toute la chapelle.
Pascal Julien demande si l’on sait quelque chose de la construction du couvent des Minimes lui-même. Les documents existent et M. Costa pense y consacrer un prochain travail.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si l’on connaît l’emplacement du tombeau dans l’église des Minimes. M. Costa n’a pas eu le temps de reprendre l’analyse des documents conservés aux Archives nationales.
Abordant les questions diverses, le Président informe la Société qu’il a reçu une réponse au courrier qu’il avait adressé au Directeur régional des Affaires culturelles pour demander la protection du rempart antique de Toulouse. Celui-ci précise qu’une étude a été confiée à Jean Deilhes pour la partie médiévale, et que les parties visibles feront l’objet d’un dossier de protection qui sera présenté à la COREPHAE ; il souligne qu’il n’est pas possible de protéger les parties qui ne sont connues que par leur tracé. Pour Maurice Scellès, protéger la totalité du rempart antique est la seule façon de le protéger véritablement ; c’est possible techniquement en inscrivant à l’inventaire supplémentaire toutes les parcelles concernées de part et d’autre du tracé repéré : ce travail serait un peu long mais possible. Si l’on ne protège que ce qui est visible, on renonce en même temps à tout contrôle préalable sur toutes les parties masquées. Quitterie Cazes corrige en rappelant que le Service de l’Archéologie assure un contrôle puisque que son avis est requis. On fait cependant remarquer que la question se pose au moment de l’achat d’une parcelle, où, sans une protection au titre des Monuments historiques, l’acquéreur n’est pas informé de la contrainte qu’il va subir : il n’est pas très correct de protéger en urgence un vestige qui est apparu lors d’une démolition, alors que ce n’est une surprise pour personne, sauf, sans doute, pour le promoteur, qui n’est pas nécessairement historien de l’art.
Pour le Président, la conservation des vestiges antiques est un problème évident à Toulouse. Il semble par exemple que l’on songe à rendre piétonnière la place du Capitule… alors que l’on a détruit, il y a vingt ans, pour faire un parking, les vestiges de la Porterie romaine !
M. l’abbé Rocacher ajoute qu’il s’inquiète du sort du mur médiéval de l’enceinte contre lequel s’appuie le Palais de Justice : l’architecte chargé des travaux prévoit sa démolition.
On indique que c’est à la demande du Service de l’inventaire appuyant le courrier de la Société archéologique du Midi que des mesures ont été proposées pour la protection du rempart romain et médiéval ; Jean Deilhes s’est engagé à remettre rapidement son rapport sur le rempart médiéval. Le Service de l’inventaire prend en compte le rempart médiéval qui relève de sa compétence naturelle, tandis que les archéologues se satisfont du contrôle exercé au moment du dépôt du permis de démolir.
Pour Guy Ahlsell de Toulza, il faut répondre au courrier du Directeur régional des Affaires culturelles et demander un complément à la protection envisagée en indiquant que le plan précis des vestiges existe et que leur repérage effectif est possible.
Quitterie Cazes donne quelques informations sur les fouilles en cours sur la place Esquirol : on aborde aujourd’hui la troisième phase des travaux avec la mise au jour de l’entrée du passage des Augustins ; la phase précédente avait permis de retrouver le soubassement d’un très grand temple romain de 27 m de façade, qui est en cours de destruction.
Un membre pense qu’il faut signaler les travaux qui sont actuellement réalisés rue du Taur, dans les bâtiments de l’ancien collège de l’Esquile. Les spécialistes présents sauront mieux dire l’importance de l’édifice et de son portail. On vient de rehausser le mur sur la rue et l’on bâtit sur le corps d’entrée, en léger retrait par rapport à la rue (sans doute pour respecter le POS ?), un étage en verre, bois et métal. On imagine que l’édifice est protégé au titre des Monuments historiques. Il faut ajouter que le bâtiment appartient à la Ville et que c’est l’Agence des Bâtiments de France que l’on est en train de construire, Il nous paraît important de savoir s’il s’agit là d’un manifeste de l’architecte chargé de veiller à la conservation et à la mise en valeur du patrimoine de Toulouse. Quels sont les critères permettant de refuser une demande de permis de construire ? On comprend que les personnes qui se voient imposer par le Service départemental de l’Architecture des couleurs de volets et des enseignes (modifications pourtant par nature réversibles, elles), selon des gammes plus ou moins subtiles qui varient avec chaque architecte des Bâtiments de France, soient en droit de se poser des questions.
On s’étonne encore que ce dossier n’ait pas été soumis à la Commission des Sites.
Pascal Julien s’interroge sur l’avenir des peintures murales du chœur de Saint-Sernin. Marie-Anne Sire donne des informations sur la consolidation qui vient d’être effectuée et les études en cours, appuyées par des analyses physiques et chimiques. Mais seuls les décors du cul-de-four sont concernés, et aucune décision n’est encore prise. Pour Pascal Julien, il est important que la Société archéologique du Midi de la France, qui s’est intéressée de très près à la restauration de l’édifice – dont la polémique est aujourd’hui dépassée – suive attentivement celle des peintures. Marie-Anne Sire rappelle que la logique des travaux veut que l’abside soit traitée avant les peintures.
M.S.A.M.F. t. LIII, p. 211
Séance du 17 novembre 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Rousset, MM. Bernet, Boudet, Cabau, Delpoux, Fabre, Gérard, Gilles, Julien, Latour, Prin.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Labrousse, M. Péaud-Lenoël.
Le Président donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 novembre, dont on apprécie la fidèle précision et qui est adopté à l’unanimité. L’examen de la correspondance imprimée, fort volumineuse, est reporté à la séance suivante. La correspondance manuscrite comprenant l’annonce d’ouvrages relatifs à l’histoire des villes, la question se pose de savoir s ‘il ne serait pas utile d’acquérir l’ensemble de la collection publiée par les Éditions Privat, mais on fait remarquer le caractère inégal de cette série ; la Société d’ailleurs possède les volumes intéressant les villes du Midi de la France.
Le Président donne ensuite la parole à Pascal Julien pour la communication du jour : L’élévation des reliques de saint Edmond à Saint Sernin de Toulouse (13-20 novembre 1644), publiée dans ce volume des Mémoires de la Société.
Le Président remercie Pascal Julien pour sa communication. Elle a fait revivre les événements qui ont marqué Toulouse dans le deuxième quart du XVIIe siècle : la progression terrible de la peste apparue en 1628, la procession générale du 25juillet 1631 destinée à conjurer le fléau, le vœu fait par la Ville, le 12 août 1631, d’offrir une châsse à saint Edmond, roi d’Angleterre, l’élévation solennelle des restes du saint en novembre 1644. Le caractère théâtral de l’exposition des reliques dans l’église Saint-Sernin rappelle à beaucoup les grandes mises en scènes liturgiques du Moyen Âge. Concernant l’emplacement de la plate-forme destinée à l’ostension des reliques de saint Edmond, Pascal Julien précise qu’elle se trouvait dans la grande nef, à hauteur de l’actuelle chaire à prêcher ; les textes consultés indiquent que le jubé avait été démonté pour permettre une vue directe entre le maître-autel provisoire et le maître-autel principal. La relation des cérémonies indique dans le détail l’attribution des stalles du chœur canonial, et les comptes de la Confrérie des Corps saints révèlent que les tribunes des collatéraux étaient occupées lors de l’élévation des reliques. Par qui ? demande Louis Latour. Certainement par le » peuple « . Henri Pradalier s’interroge quant à la capacité de l’église Saint-Sernin. Maurice Prin répond qu’elle comprend actuellement 400 places assises ; il ajoute que l’église des Jacobins a accueilli 8000 personnes debout lors du retour des reliques de saint Thomas d’Aquin, en 1974. Pascal Julien mentionne pour Saint-Sernin le percement, à l’occasion des cérémonies de 1644, d’une porte provisoire mettant en Communication l’église et le cloître, porte murée depuis mais dont la trace reste visible.
Maurice Prin signale qu’antérieurement à l’élévation de 1644 les restes de saint Edmond étaient renfermés dans le tombeau de marbre qui sert aujourd’hui d’autel à sa châsse et sur lequel se voit une inscription peinte ; ce tombeau se trouve dans la crypte inférieure, au fond de la seconde chapelle du côté nord.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne du choix de saint Edmond, dont on ne sait au vrai pas grand-chose, pour une intercession destinée à faire cesser la peste. Confirmant que, à la différence par exemple de saint Roch, saint Edmond n’a rien à voir avec le fléau, Pascal Julien souligne le rôle que le sacristain des Corps saints de Saint-Sernin a joué dans ce choix. Par ailleurs, il indique que la présence à Toulouse des reliques du saint roi est attestée en 1447 (Bibliothèque municipale, ms. 75). D’après l’étude du Père Bordier, il semble que leur authenticité ne puisse être révoquée en doute ; elles auraient été amenées en France à la suite de la campagne menée en Angleterre par le fils de Philippe Auguste, futur Louis VIII, en 1219, après quoi l’on ne trouve plus en Grande-Bretagne aucune mention des restes de ce souverain.
Guy Ahlsell de Toulza s’enquiert de l’impact que la peste de 1628-1631 put avoir sur la démographie toulousaine. Pascal Julien répond que l’évaluation est difficile ; il convient évidemment de minorer le chiffre de » quatre-vingt mille » morts avancé par les capitouls, pour le fixer à une quinzaine, voire une dizaine de milliers de victimes. Déjà catastrophique, la situation de la ville fut aggravée par deux autres calamités : l’inondation et le typhus ; un rapport de l’Intendant Miron porte à un millier le nombre des maisons détruites ou abandonnées. Plus que par les processions ou le vœu de la Ville, la peste fut enrayée par l’intervention du Père Ribeyron, qui fit prendre d’excellentes mesures sanitaires. Les travaux d’Alain Soula ont montré que le fléau cessa de progresser immédiatement après son arrivée à Toulouse, le 13 septembre 1631 ; doté par les capitouls d’une rente de 600 livres, le Père Ribeyron demeura dans la ville jusqu’en 1644, date de son départ pour l’Auvergne, où il mourut en 1646.
Le Président passe ensuite la parole à Richard Boudet pour un bilan de la Troisième année de recherche sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne).
» La campagne de 1992 sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne) marque la première année en fouille programmée. Elle a touché deux secteurs principaux : le rempart septentrional et une zone d’occupation au milieu du site.
La coupe ouverte sur le rempart en 1990 a été achevée et interprétée avec l’aide de D. Marguerie (Ass. AGORA-C.N.R.S. E.R. 27, Rennes). La coupe totale du monument est ainsi proche d’une soixantaine de mètres de longueur avec un système intérieur de plate-forme inclinée montant jusqu’au sommet du talus d’une puissance proche de sept mètres. L’avant du monument est doté d’une petite terrasse dégageant la surface du substrat calcaire dans lequel un fossé à fond plat de 15 m de large et 4 m de haut a pu être observé. Le dernier état de ce fossé a été repris vers la fin du XVIIIe siècle en carrière, perturbant ainsi dans une mesure difficile à évaluer son aspect protohistorique. L’ensemble du monument, d’une longueur proche de 800 m, connaît son étape principale de construction vers la fin du IIe siècle avant notre ère ou le tout début du Ier siècle. Il est surchargé vers le milieu du Ier siècle avant notre ère. Aucun poutrage interne ni clous n’ont été observés. Il s’agit d’un rempart massif élevé à l’aide de remblais provenant pour la plupart du plateau voisin sur la commune de Foulayronnes, où des sondages ont montré que la surface du substrat avait été complètement raclée. De nombreux vestiges résiduels sont inclus dans ces remblais et appartiennent au Premier âge du Fer très probablement. L’oppidum paraît n’avoir jamais disposé que d’une seule porte, aujourd’hui encore utilisée par une route permettant l’accès au site. Malgré les destructions et le colluvionnement, elle semble encore montrer un système à bordures rentrantes (système en » tenailles » probable).
La seconde opération réalisée en 1992 a porté sur une parcelle située au milieu de l’oppidum. Avant toute ouverture du terrain, une prospection électrique a été réalisée sous la direction de M. Martinaud (L.E.R.G.G.A., Bordeaux I) sur près de 6 000 m2. La carte physique du
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AGEN – L’ERMITAGE (Lot-et-Garonne). Les structures dégagées en 1992. Relevé et interprétation : A. Beyneix et R. Boudet.
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AGEN – L’ERMITAGE. COUPE DU REMPART SEPTENTRIONAL. Relevé et interprétation : A. Beyneix, R. Boudet, Ph. Gruat et D. Marguerie.
AGEN – L’ERMITAGE. Le bâtiment (un sanctuaire ?) de la première moitié du Ier siècle avant notre ère. Cliché R. Boudet.
AGEN – L’ERMITAGE.
BOL DU VIIe / VIIIe siècle trouvé au fond du puits st. 4.
Cliché R. Boudet.
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sous-sol a guidé implantation de la zone de fouille, portant sur près de 1 500 m2. Les deux tiers des anomalies magnétiques repérées se sont avérés être des structures archéologiques.
La fouille a livré un nombre important de structures en creux attribuables au Ier siècle avant notre ère et aux VIIe-XIIe siècles après notre ère, mais pratiquement aucun niveau d’occupation préalablement détruit par les cultures. Au Ier siècle appartient en particulier un bâtiment carré dégagé de manière complète, de 6 m sur 6 m. monté sur deux lignes parallèles de poteaux porteurs. Plusieurs trous de poteaux contenaient encore la base du pilier carbonisé et avaient piégé des éléments de l’élévation en torchis et clayonnage, ainsi que quelques tessons de vases céramiques permettant de proposer une datation de la première moitié du Ier siècle avant notre ère. Quelques éléments conséquents de charbon de bois vont être soumis à la dendrochronologie. Ce bâtiment pourrait correspondre à un sanctuaire sans galerie.
À la même époque appartiennent deux fours de potiers paracirculaires (assez arasés) à alandier et sole (non conservée) supportée par un muret de refend. L’un d’eux contenait quelques vestiges très déformés des probables productions qui y ont été cuites. Des prélèvements pour datation par archéomagnétisme ont été effectués dans la partie basse des chambres de chauffe par les soins de I. Hedley (Université de Genève). Plusieurs fosses de tailles diverses contenant un riche mobilier de dépotoir (une fosse a livré entre autres de larges éléments d’une paroi en torchis et clayonnage, un crâne de bébé, des débris d’amphores vinaires italiques de type Dressel I ou grecques en provenance de Chios, dont une estampillée…) et creusées dans le substrat argileux paraissent bien être des fosses d’extraction de matière première. Il faut encore signaler un petit silo piriforme, plusieurs autres trous de poteaux non encore organisés et fosses, ainsi qu’une structure de 3,50 m par 0,50 m sur 0,80 m de profondeur creusée dans le substrat argileux et aux parois parfaitement lisses contenant elle aussi un abondant mobilier dans un sédiment cendreux. Il convient de signaler encore la découverte d’un nouveau puits non fouillé de section carrée, de 1,80 m de côté, en bordure du possible sanctuaire, dont la partie supérieure de colmatage a reçu un foyer qui a livré quatre monnaies d’argent régionales appartenant au deuxième quart du Ier siècle avant notre ère. Son exploration sera conduite en 1991
Les structures médiévales semblent relever de deux époques différentes : les VIIe-VIIIe siècles et le XIIe siècle. À la première période appartiennent un grand secteur d’épandage de remblais (un possible support de bâtiment) qui a livré avec un mobilier céramique assez pauvre plusieurs éléments de bijouterie en bronze (bague, plaque-boucle étamée et décorée, boucle…), un petit silo piriforme et surtout un puits de huit mètres de profondeur environ, partiellement bâti en pierres sèches, dont la partie basse toujours en eau a livré une cinquantaine de vases céramiques plus ou moins complets en cours d’étude par Ph. Jacques, de nombreux restes végétaux dont plusieurs ouvragés (les débris d’une douzaine de seaux à douelles, un bol, des débris de planches mortaisées.., ainsi que des noix, noisettes, noyaux de pêches, mousses, herbes, branchages…). Les vestiges attribuables au XIIe siècle sont essentiellement des petits silos et une » cave » de 4 m sur 4 m environ. Le mobilier présent dans leur comblement est rare et très fragmenté. Il faut noter la présence dans toutes les structures médiévales d’une quantité très importante de pierres calcaires (de nombreux petits moellons cubiques encore enrobés de mortier blanc) provenant de la probable démolition d’un bâtiment antique peu éloigné, dont quelques pièces d’architecture ont été isolées : fragments de chapiteau de type corinthien en calcaire, plaques et colonne en marbre, grosse pierre d’angle à trou de louve… Enfin, plusieurs sépultures médiévales indatées ont été reconnues.
Il semble que la partie centrale de l’oppidum, la plus élevée, ait reçu dès le début du haut Moyen Âge une agglomération regroupée autour de l’église Sainte-Croix et de son cimetière, dont le sous-sol de la parcelle voisine de notre fouille conserve les vestiges. Une étude précise de la paroisse médiévale qui paraît avoir repris les limites de l’oppidum sera entreprise par S. Faravel (Université de Toulouse-Le Mirail) à partir de 1993. Les campagnes de fouilles à venir porteront sur ce qui semble être le seul secteur antique bâti en dur de la parcelle et qui pourrait appartenir à un petit sanctuaire gallo-romain (un fragment de dédicace découvert dans ce secteur au XIXe siècle) ainsi que sur la mise en évidence de nouvelles structures d’habitats (voire cultuelles) protohistoriques. «
Séance du 1er décembre 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Cazes, Secrétaire général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Labrousse, Ugaglia, MM. Bernet, Boudet, Cabau, Fabre, Gillis, Julien, Latour, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : MM. Coppolani. Directeur, Scellès, Secrétaire-adjoint, Catalo, le général Delpoux.
Le Président informe la Société de la toute récente disparition de Xavier Darasse, qui n’appartenait pas à notre Compagnie mais qui a beaucoup œuvré pour la mise en valeur des orgues et des églises de la Région Midi-Pyrénées.
Il est ensuite procédé à l’élection de membres correspondants. Quitterie Cazes donne lecture du rapport sur la candidature de M. Jean-Luc Boudartchouk, historien et archéologue, dont la Société a primé les travaux sur l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge en Auvergne. Guy Ahlsell de Toulza donne lecture du rapport sur la candidature de Mme Dominique Watin-Grandchamp, documentaliste au Service des Monuments historiques. Tous deux sont élus membres correspondants.
Puis le Président donne lecture du procès-verbal de la séance du 17 novembre, qui est adopté. Claude Péaud-Lenoël ayant fait remarquer que le nom générique de » peste » a été donné à des maladies assez diverses, Louis Latour et Daniel Cazes indiquent qu’on peut trouver des renseignements sur ce point dans des études publiées dans le Bulletin de la Société ainsi que dans les Mémoires de l’Académie des Sciences.
La parole est donnée au Secrétaire général, qui présente la correspondance imprimée ; étant donné le volume des publications reçues, il procède à l’analyse des seules revues nationales et méridionales.
Le Président remercie Daniel Cazes et prend lui-même la parole pour la communication du jour : L’ancienne abbatiale Sainte-Marie de Souillac (Lot).
» Le cirque naturel dans lequel se blottit la ville de Souillac abrita dès le Xe siècle une communauté de moines bénédictins venus d’Aurillac, qui formèrent le noyau duquel allait sortir Souillac. Au cours du XIIe siècle, les moines construisirent l’actuelle église abbatiale, qui constitue par son ampleur, l’originalité de son architecture et la qualité de sa sculpture, une des réalisations les plus importantes de l’art roman en France. Mais
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rien ne permet de donner une chronologie précise des travaux. C’est donc l’analyse archéologique de son architecture et de sa sculpture qui permet de la dater. Les travaux importants réalisés par les Mauristes, qui reprirent en main le monastère au XVIIe siècle, compliquent la tâche du chercheur. Ceux-ci en effet refirent la coupole de la croisée du transept et modifièrent les superstructures. Enfin, les restaurateurs des XIXe et XXe siècles donnèrent au chevet et aux parties hautes de l’édifice l’aspect qui est le sien aujourd’hui.
Les parties les plus anciennes du monument sont à l’Ouest, dans la tour-porche. Celle-ci est incontestablement le souvenir des massifs occidentaux carolingiens que l’on a continué à construire tout en modifiant la destination et les formes jusqu’à l’aube du XIe siècle. Dans les parties hautes furent découverts des arcatures aveugles et des chapiteaux à entrelacs de la fin du XIe siècle ou du début du XIIe, qui montrent que la tour fut aménagée lors de travaux qui précédèrent la construction de l’église actuelle. La partie supérieure de la tour porte sur les trois faces visibles de l’extérieur une série de modillons qui marquent la limite supérieure de la toiture du XIIe siècle.
Les travaux exécutés en vue de consolider les fondations de la tour ont également permis d’y retrouver une nécropole comptant trente-trois sépultures du XIIIe siècle au XVe, établies sous la tour et encore visibles dans la crypte ménagée aujourd’hui dans le sous-sol. Deux fragments de plaques sculptées provenant de chancels préromans décorés d’entrelacs, remployés comme couvercles, présentent un intérêt artistique.
Les sculptures
En remontant de la crypte, on entre dans l’église proprement dite par un portail très remanié. Après quelques pas dans la nef, il faut se retourner pour admirer les restes d’un décor sculpté constitué de cinq fragments placés au revers de la façade occidentale. Cet ensemble mérite une attention particulière en raison de l’originalité de son thème, mais aussi des problèmes de localisation et de composition qu’il pose. L’arc brisé surmontant le portail d’entrée repose sur deux plaques sculptées représentant chacune un personnage : celui de droite est le prophète Isaïe, celui de gauche Joseph. Au-dessus se développe la légende du diacre Théophile tandis qu’au Nord un imposant trumeau est posé sur un socle.
L’étude minutieuse de ce groupe sculpté a établi qu’il ne s’agissait nullement de l’ancien tympan de l’abbatiale. De nombreux détails ont permis de constater que l’on était en présence d’un montage tardif. Les deux saints personnages qui cantonnent la scène du miracle de Théophile n’étaient pas prévus pour aller avec elle, comme le montrent les raccords maladroits entre les plaques, ainsi que la hauteur différente des socles où reposent les pieds des personnages de la plaque centrale et ceux des deux saints. Nous ne sommes donc pas en présence du tympan primitif de l’abbatiale de Souillac mais de plaques sculptées qui, à l’image de celles que l’on peut voir encore à Beaulieu et à Moissac, ornaient les ébrasements d’un porche profond, richement décoré. Il faut se résoudre à admettre que le tympan a totalement disparu, s’il a jamais été sculpté.
L’architecture
L’abbatiale de Souillac se présente sous la forme d’une église en croix latine comptant, d’Est en Ouest, un chevet à trois chapelles rayonnantes, un transept saillant sur les bras desquels sont greffées deux chapelles orientées, et une nef unique. Le grand intérêt de la construction tient au mode de couverture adopté par les constructeurs dans la nef. Celle-ci est en effet couverte de deux coupoles sur pendentifs à l’imitation de la cathédrale de Cahors. En cours de construction, il fut décidé de chemiser le mur de l’abside déjà construite afin de pouvoir contrebuter convenablement le cul-de-four lancé sur une abside aux proportions inhabituelles. Il est probable que la partie orientale avait été prévue avec un voûtement de berceaux brisés et qu’en cours de construction on décida de lancer les coupoles, entraînant ainsi le rajout d’arcs de soutien supplémentaires à l’entrée des bras du transept. À l’occasion de ces travaux, on ajouta dans l’abside une arcature aveugle décorée de chapiteaux à feuillages, animaliers et historiés dont l’iconographie mariale présente un caractère original. Par leurs thèmes feuillagés et animaliers, ils s’inspirent des modèles des porches de Cahors et de Moissac, dont ils copient des corbeilles. Seul le style, plus pauvre, trahit un sculpteur moins doué que ses modèles.
Pour plus de détails, nous renvoyons le lecteur à l’article consacré à Sainte-Marie de Souillac dans le Congrès archéologique de France. Quercy, qui doit paraître incessamment. «
L’exposé suscite diverses questions, concernant notamment le plan de l’édifice et le programme sculpté. Daniel Cazes fait observer l’inégale longueur des bras du transept, qui doit s’expliquer par la présence des bâtiments monastiques sur l’un des flancs de l’église ; on remarque par ailleurs que les plans – ou plus exactement le plan de base toujours repris – donnent de l’édifice un tracé sans doute très idéalisé. Daniel Cazes demande ensuite si l’on peut concevoir pour le portail sculpté un porche latéral comparable à celui de l’abbatiale de Moissac. Henri Pradalier répond que cela n’est structurellement pas impossible, mais qu’il pense plutôt à un portail ouvert dans la façade occidentale ; il précise que les éléments du décor sont sculptés dans la pierre (et non le marbre), que la présence d’un trumeau implique l’existence d’un tympan au moins prévu sinon réalisé. Vu le retard pris par la construction des murs latéraux de l’église et l’écart de style sensible entre la sculpture de la nef et celle des éléments de portail, il croit que le programme sculpté de la façade occidentale avait été exécuté bien avant le moment prévu pour sa mise en place et que, finalement, après avoir renoncé à la création d’un portail occidental parce qu’on conservait l’ancienne tour du XIe siècle, on a fait un » montage décoratif » des morceaux sculptés désormais inutiles qui pouvaient en subsister. Quitterie Cazes pose la question de savoir à quoi est due l’épaisseur des murs du chevet. Henri Pradalier indique qu’elle est imputable au chemisage nécessité par un changement de parti dans le système de voûtement.
Séance du 16 décembre 1992
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général; Mmes Cazes, Colin, Labrousse, Noé-Dufour, Watin-Grandchamp, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Blaquière, Boudartchouk, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gérard, Gillis, Julien, Latour, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher.
Excusé : M. Scellès, Secrétaire-adjoint.
Invité : M. Jean-Charles Arramond.
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La lecture du procès-verbal de la séance du 1er décembre est reportée à la séance suivante.
Le Président donne la parole à Jean-Luc Boudartchouk pour la première communication du jour : Les fouilles de la place Esquirol à Toulouse.
Le Président remercie vivement l’intervenant pour son compte-rendu passionnant, qui suit presque immédiatement des découvertes d’un intérêt tout à fait exceptionnel, puisqu’elles révèlent l’emplacement du Capitole romain de Toulouse. Jean Coppolani observe que la découverte d’une voirie des Ier-IIIe siècles dans l’axe de la rue des Tourneurs confirme que le réseau des rues du centre de la ville correspond au quadrillage de la cité antique. Richard Boudet demandant sur quels éléments se fonde la datation proposée pour un petit fossé » augustéen « , Jean-Luc Boudartchouk cite une lampe à huile surmoulée à bec de cygne, des fragments de vaisselle arétine et d’amphores vinaires italiques. Georges Fouet s’enquiert de l’existence de vestiges du IVe siècle, étant donné le niveau d’arasement très bas lié au creusement du sous-sol de la halle du XIXe siècle ; Jean-Luc Boudartchouk répond que des remaniements importants par rapport au Haut Empire ont été observés. Daniel Cazes demande si l’on a retrouvé des éléments architectoniques du temple ; il a été procédé à la récupération méthodique de ce qui pouvait subsister d’éléments de cette nature : éclats de nervures de colonnes cannelées dont les fûts disparus avaient été débités et remployés, fragment de chapiteau corinthien en calcaire d’une hauteur initiale supérieure à un mètre, débris d’entablement, morceaux de tegulae de dimensions doubles du module normal. Marie-Geneviève Colin rappelle que les fouilles du chantier tout proche du métro ont mis au jour des éléments de colonnes de 1 m à 1,20 m de diamètre ; avec une largeur de 27 m, le Capitole romain de Toulouse était un édifice colossal. Suite à plusieurs questions de Guy Ahlsell de Toulza, Jean-Luc Boudartchouk précise que les colonnes cannelées étaient en calcaire coquillier et qu’elles pouvaient être enduites de stuc, que la réfection du dallage au pied de l’escalier du temple, avec des placages de marbre sans doute arrachés à ce dernier, doit être synchrone de la destruction de celui-ci, vers 400. Néanmoins, le site était très pauvre en mobilier céramique, autrement dit en éléments de datation. Richard Boudet demandant à quelle époque on peut fixer la construction du temple, Jean-Luc Boudartchouk indique que l’édification d’un Capitole à Toulouse fut liée à l’obtention par la cité, à une date inconnue, du statut de colonie romaine ; dans l’état actuel de la recherche, il est impossible de trancher entre le Ier siècle et le début du IIe. Daniel Cazes s’enquiert de la découverte de tombes, de vestiges d’église paléochrétienne ; Jean-Luc Boudartchouk répond par la négative, mais il signale une trouvaille étrange : celle d’un crâne isolé, placé dans un trou creusé au bas des degrés du temple. L’abbé Rocacher pose la question de l’interprétation du poème de Venance Fortunat cité par le conférencier comme relatant la construction d’un sanctuaire par le duc de Toulouse Launebode et son épouse à l’emplacement où saint Saturnin subit son martyre (ubi vincula sumpsit). Pour Jean-Luc Boudartchouk, il s’agit d’une église dédiée à Saint-Pierre, construite au VIe siècle sur la cella du Capitole, qui devint au Xe ou XIe siècle l’église Saint-Pierre et Saint-Géraud. Daniel Cazes fait remarquer que l’on aurait ainsi pour saint Sernin deux lieux de culte (un tombeau et un lieu commémoratif) avec des vocables différents, comme à Tarragone ou ailleurs. Concernant la démolition des vestiges du Capitole, Marie-Geneviève Colin explique le parti pris par le Service régional de l’Archéologie : étude précise des structures, moulage partiel d’une paroi de la base du podium, dépose du pavement de marbre, permettant de ne pas conserver des substructions, c’est-à-dire des éléments non visibles en élévation. Ce choix » réaliste » est par ailleurs justifié par le souci de négocier la conservation de monuments plus spectaculaires ; est cité l’exemple de la mise en valeur de la portion du rempart antique et médiéval apparue au n° 10 de la rue Sainte-Anne, prise en charge par le promoteur de l’opération immobilière : une section équivalant au tiers de la portion (4 à 5 m sur une quinzaine) restera apparente sur toute sa hauteur, mise hors d’eau et éclairée, au fond de la future résidence – l’aménageur s’est en outre engagé à reconstruire à l’identique la noria du XIVe siècle mise au jour par les fouilles. Guy Ahlsell de Toulza s’insurge contre cette proposition : il se demande comment on peut donner un » feu vert » à la destruction des restes du Capitole de Toulouse romaine, lieu du martyre de saint Saturnin ? On avait espéré ne plus voir disparaître complètement les ruines des monuments majeurs de la cité antique, comme ce fut le cas pour la Porterie avec le creusement du » parking » du Capitole en 1971 ; vingt ans après, rien ne change, ou si peu : l’installation de la station de métro » Capitole » entraîne la destruction, puis la reconstruction à l’identique, quelques mètres plus loin, d’une tour romaine dont l’emplacement figure sur les plans de Toulouse d’il y a 350 ans ; quant au parc de stationnement prévu place des Hauts-Murats, il menace un autre secteur de l’enceinte ! Henri Pradalier ajoute la disparition des courtines de l’ancien hôpital Larrey, dissimulées par un complexe immobilier dont la création a déterminé l’anéantissement définitif d’un immense palais qui fut peut-être celui des rois wisigoths. Marie-Geneviève Colin cite une exception heureuse : l’intégration d’une tour et d’une courtine dans le programme architectural du théâtre à construire à l’emplacement du Conservatoire de la rue Labéda. Concernant le Capitole romain, Daniel Cazes pose le problème de la conservation du souvenir : comment rappeler son emplacement exact enfin révélé, peut-on penser à un dallage spécial sur la place Esquirol ?
Le Président remercie encore Jean-Luc Boudartchouk, ainsi que Jean-Charles Arramond, responsable du chantier de la place Esquirol, puis il donne la parole à Guy Ahlsell de Toulza et à Dominique Watin-Grandchamp pour la seconde communication du jour : Découvertes récentes à l’abbaye de Vielmur (Tarn). Les deux intervenants viennent de découvrir fortuitement dans les bâtiments de l’ancienne abbaye un ensemble funéraire formé de deux salles superposées, l’une garnie d’enfeus à chapiteaux sculptés, l’autre décorée de peintures murales montrant notamment dix-sept blasons ; datant de la fin du XIIIe siècle, ce » panthéon » pourrait être celui de la puissante famille des Lautrec. Quitterie et Daniel Cazes posant la question du devenir de cet ensemble absolument exceptionnel, Dominique Watin-Grandchamp évoque les difficultés qu’entraîne, pour une restauration, la multiplicité des propriétaires et affectataires des locaux.
Le Secrétaire général présente enfin le compte-rendu des nombreux ouvrages que la Société a reçus de l’étranger, dont un envoi du Royaume-Uni issu d’un échange nouveau avec la revue Oxoniensia.
Séance du 5 janvier 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général ; Mme Watin-Grandchamp, MM. Bernet, Blaquière, Boudartchouk, Boudet, Cabau, Fabre, Gérard, Gillis, Hermet, Julien, Latour, le Père Montagnes, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, MM. le général Delpoux, Manière, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
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ABBAYE DE VIELMUR (Tarn). Deux des enfeus du rez-de-chaussée. Cliché G. Ahlsell de Toulza.
ABBAYE DE VIELMUR (Tarn). Salle haute, sous le comble actuel : à gauche, blason d’or (?) à la croix vuidée, cléchée et bouletée de gueules entourée d’un listel de gueules ; à droite, blason des Castelnau (?), de gueules au château d’or à trois tours. Cliché G. Ahlsell de Toulza.
ABBAYE DE VIELMUR (Tarn). Salle haute, sous le comble actuel : à gauche, blason des Lautrec, d’or (?) au lion issant de gueules; blason des Lévis, d’or à trois chevrons de sable ; à droite, le même blason que celui des Lautrec, mais avec des couleurs inversées. Cliché G. Ahlsell de Toulza.
ABBAYE DE VIELMUR (Tarn). Salle haute, sous le comble actuel : blason des Alaman, de gueules à l’aile d’argent. Cliché G. Ahlsell de Toulza.
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Après avoir présenté ses vœux à la Compagnie, le Président donne lecture des procès-verbaux des séances des 1er et 16 décembre 1992, qui sont approuvés après quelques additions, puis il passe la parole au Secrétaire général pour la recension de la correspondance imprimée. Daniel Cazes a relevé dans les publications reçues des régions du nord de la France quelques articles pouvant intéresser le Midi ; il signale en outre une Biographie de Jacques-Paul Migne, parue dans la revue de la Société dunoise (tome XIX, 1975, n° 270, p. l-13), puis il présente le beau volume consacré au Trésor d’Eauze, ouvrage que la Société vient d’acquérir. Henri Pradalier le remercie de son analyse et passe la parole à Pierre Gérard pour la communication du jour Les possessions de Saint-Sernin entre Tarn et Garonne : l’archidiaconé de Villelongue, publiée dans ce volume de nos Mémoires.
Le Président remercie Pierre Gérard pour son exposé, très documenté et approfondi, puis il fait appel aux réflexions ou questions des membres de la Société. L’abbé Rocacher remarque l’association du lieu de Grisolles et de la grange de Bagnols (Saint-Caprais), qui appartint un temps à l’abbaye cistercienne de Grandselve, et demande si Bagnols avait une église au milieu du XIe siècle. Pierre Gérard répond par l’affirmative ; il signale que Bagnols est mentionné vers 1080 comme un alleu de Saint-Sernin de Toulouse et que le lieu disparaît de ses possessions au milieu du XIIe siècle. Daniel Cazes relève le fait qu’après 1150 Saint-Sernin se met à emprunter, alors que cette abbaye prêtait auparavant ; il souligne que le trouble s’installe à cette époque dans la région et rappelle que le chantier de construction de l’église abbatiale connaît alors un ralentissement, voire une interruption. Pierre Gérard insiste sur la multiplication, dans la seconde moitié du XIIe siècle, des procès que Saint-Sernin doit engager contre les seigneurs laïques, par exemple ceux de Verfeil, actions qui font naître parmi les nobles un vif sentiment anticlérical ; l’irrédentisme de la noblesse est un facteur favorable pour la diffusion du catharisme. Henri Pradalier s’interrogeant sur les raisons de la baisse des revenus et de la diminution du temporel de Saint-Sernin au XIIe siècle, Pierre Gérard invoque la concurrence des fondations cisterciennes, notamment celle de l’abbaye de Grandselve. Richard Boudet signale à proximité de Castelsarrasin, près de Notre-Dame d’Alem, deux très importantes structures circulaires (la plus petite d’un hectare de superficie) pourvue chacune de deux entrées, dont il ignore la fonction et l’origine : seraient-elles en relation avec la mise en valeur de la région au Moyen Âge ? Pierre Gérard dit ne pas connaître ces structures ; il évoque ensuite les défrichements entrepris dès le Xe siècle entre le Tarn et la Garonne. Il met en évidence les lacunes de la documentation pour la période comprise entre 1010 et 1070, qui paraît correspondre à la montée des pouvoirs des laïcs, puis la plus grande abondance des sources entre 1070 et 1150, époque au cours de laquelle s’affirme la puissance de l’Église.
On passe ensuite aux questions diverses. Un membre appelle l’attention sur les dégradations que des opérations de nettoyage, réalisées à forte pression, ont entraînées sur la façade de l’aile ouest de l’Hôtel d’Assézat et au portail de l’Esquile, rue du Taur. On partage son inquiétude. La désinvolture avec laquelle sont traités des monuments classés est tout à fait préoccupante : on accommode une architecture ancienne à une construction adventice moderne (exhaussement du mur du portail de l’Esquile), on sacrifie à la dernière des modes (celle du voile de couleur rouge badigeonné sur la maçonnerie de brique du mur du portail). Jean Rocacher signale que le » jus rouge » a été appliqué à l’intérieur de la chapelle de l’inquisition, qui vient d’être entièrement décapée. Pascal Julien indique pour le chœur de la cathédrale Saint-Étienne l’usage de la peinture blanche, destinée à harmoniser la couleur de certaines pierres non nettoyées ; il propose que la Société publie un volume sur les » restaurations » pratiquées à Toulouse, qui reste la » capitale du vandalisme « . On rappelle que tout citoyen est en droit de demander des informations sur l’action des services publics, tel celui des Monuments historiques, et de formuler des observations critiques.
Séance du 19 janvier 1993
Présents : MM. Henri Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général ; Mme Cazes, Watin-Grandchamp, MM. Cabau, Gérard, Julien, Latour, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Labrousse.
Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 5 janvier, qui est adopté.
On procède ensuite aux élections statutaires, qui concernent cette année les fonctions de Directeur, de Secrétaire-adjoint et de Trésorier; MM. Coppolani, Scellès et Ahlsell de Toulza sont réélus.
Puis Henri Pradalier donne la parole à Guy Ahlsell de Toulza pour le rapport financier, exercice 1992 ; quitus est donné au Trésorier pour sa bonne gestion.
Séance du 2 février 1993
Présents : MM. Henri Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général ; Mmes Labrousse, Noé-Dufour, Watin-Grandchamp, MM. Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gillis, Latour, Péaud-Lenoël, Roquebert, Séraphin, Vézian.
Excusés : MM. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, M. Gérard.
La lecture du procès-verbal de la séance du 19 janvier est reportée à une séance ultérieure.
Le Président donne la parole à Daniel Cazes pour la recension de la correspondance imprimée. Parmi les ouvrages reçus de l’étranger est signalé un volume publié par l’Université espagnole de Murcie (Antigüedad y cristianismo. Monogrofías históricos sobre la antigüedad tardia, tome VII, 1990) qui contient plusieurs articles de grand intérêt, par exemple une étude sur la destruction des emblema de mosaïques dans
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l’Espagne de la fin du IVe siècle. Parmi les publications françaises sont relevés le Bulletin monumental (tome 150-IV, 1992; avec des comptes-rendus d’ouvrages importants) et diverses revues savantes régionales. Daniel Cazes présente enfin deux articles anciens de Michel Labrousse relatifs à Souillac et à son église abbatiale, offerts à la Société par MmeLabrousse.
Henri Pradalier annonce la date de la séance publique annuelle de la Société : elle aura lieu le samedi 27 mars ; Jean Coppolani prononcera une conférence sur Les ponts de Toulouse.
Le Président donne ensuite la parole à Gilles Séraphin pour la communication du jour consacrée aux Édifices civils médiévaux à angles arrondis dans le Fumélois, publiée dans ce volume de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie Gilles Séraphin de son exposé sur un sujet tout à fait neuf et plein d’intérêt, puis il fait appel aux réactions de la Compagnie. À une question de Daniel Cazes concernant la documentation historique des édifices étudiés, Gilles Séraphin répond qu’il existe bien quelques mentions textuelles, mais aucune source relative à leur construction, et que seules des fouilles peuvent donner des indices de datation ; il souligne que ces constructions, aujourd’hui redécouvertes, sont très tôt tombées dans l’oubli, d’où leur état actuel de dégradation. Henri Pradalier pose le problème de la terminologie adéquate pour désigner les édifices civils de l’époque médiévale : les termes de » roman » et de » gothique » doivent être réservés aux monuments religieux, avec d’ailleurs toutes les imprécisions que ces qualificatifs entraînent poux les marges, les transitions ; s’agissant de l’architecture civile, il convient de s’affranchir de mots empreints d’une connotation religieuse. Un autre facteur d’inadéquation de ces termes est lié à la question du maintien de traditions locales dans la façon de bâtir. Gilles Séraphin abonde dans ce sens, indiquant que la survivance d’une architecture vernaculaire est manifeste dans le cas du donjon de Pestilhac ; certains donjons désignés comme » romans » ont été élevés au début du XIIIe siècle, tel celui de Saint-Émilion, et des donjons qualifiés de » préromans » peuvent dater du XIIe siècle. De plus, la confusion augmente du fait des différences entre architecture urbaine et architecture rurale : les églises rurales du Quercy traduisent une pérennisation de formes traditionnelles ; peut-on parler sérieusement de » post-préroman » ? Il est ainsi nécessaire de lever les ambiguïtés liées à l’emploi de chronologies décalées ; le plus simple pour dater les édifices paraît être de proposer une fourchette de dates. Guy Ahlsell de Toulza s’interroge sur l’utilisation et la signification des termes de castrum et de castellum dans les textes médiévaux. Gilles Séraphin cite l’exemple de formulations ambiguës : castrum seu villa, voire castrum seu villa seu bastida. À la suite d’interventions de Michel Roquebert, Louis Latour et Annie Noé-Dufour, on convient que castrum peut s’entendre de toute agglomération. Gilles Séraphin note que la multiplicité des tours castrales doit s’expliquer par le nombre des chevaliers et des coseigneurs, ces derniers de plus en plus nombreux aux XIIe et XIIIe siècles. On relève par ailleurs les divers sens du mot de fort, qui désigne ici une construction fortifiée, ailleurs un espace enclos avec des réserves de vivres… On revient sur la distinction entre architecture civile » urbaine » et architecture civile » rurale « , qui parait peu pertinente dans le monde médiéval. Gilles Séraphin cite des exemples de maisons de type » urbain » construites en pleine campagne. Claude Péaud-Lenoël rappelle que le Midi, à la différence de la France du Nord, était au Moyen Âge très » urbanisé « , le village y étant structuré comme une ville. En définitive, on souligne la nécessité, dans les études d’architecture médiévale, de relativiser des catégories et schémas relevant d’une conception toute moderne.
Guy Ahlsell de Toulza ayant soulevé le problème que posent la dégradation des tours castrales présentées et l’absence de protection légale, on signale que le donjon d’Orgueil est inscrit depuis un an comme site archéologique ; on insiste sur le rôle que jouent pour une mesure de protection la prise de conscience locale, l’action d’une association s’intéressant au patrimoine.
Le général Delpoux s’interrogeant sur les raisons techniques qui ont motivé des angles arrondis pour les constructions étudiées, Gilles Séraphin les explique par une perte de savoir-faire dans la taille de la pierre, les moellons irréguliers étant dressés au marteau, et, surtout, par le mode de couverture : l’utilisation des lauzes ne permet pas de réaliser des angles droits durables. Répondant à une question de Claude Péaud-Lenoël, Gilles Séraphin indique l’épaisseur des murs des édifices à angles arrondis : de 1,20 m à 1,40 m. Louis Latour demande si ces constructions sont nombreuses. Gilles Séraphin répond que le nombre en est assez limité, mais qu’on pourrait en découvrir d’autres, notamment à l’intérieur des agglomérations.
Séance du 16 février 1993
Présents : MM. Henri Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général ; Mme Labrousse, MM. Bernet, Cabau, Fabre, Gérard, Gillis, Hermet, Julien, Latour, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Roquebert, Vézian.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, M. le général Delpoux.
Le Président annonce le décès de Marguerite Gendarme de Bévotte, membre correspondant de notre Société depuis 1974. Il donne ensuite la parole au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 2 février, qui est adopté. Daniel Cazes poursuit avec la présentation de la correspondance imprimée ; parmi les publications reçues de l’étranger et les revues régionales, il signale particulièrement:
– Quaderns cientifics i tècnics, 4, Il Simposi : Actuacions en el patrimoni edificat, Barcelone, 1992, cahier qui contient des études tout à fait remarquables sur la restauration des édifices des IXe et Xe siècles en Catalogne
– Bulletin de la Société archéologique de Touraine, XLIII (1991), 1992, avec de nombreux travaux intéressants ;
– Mireille Bénéjeam-Lère, Le prieuré de Catus : les chapiteaux extérieurs de la salle capitulaire, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. CXIII (4), 1992, p. 273-284.
Henri Pradalier remercie Daniel Cazes de sa recension, puis il donne la parole à Louis Latour pour la communication du jour sur Le castrum d’Auterive (cette communication fera l’objet d’un article qui sera publié dans le t. LIV, 1994, des Mémoires)
» L’existence d’un gué important au carrefour de la vallée de l’Ariège et de la transversale qui relie la Méditerranée aux Pyrénées centrales explique la fréquentation précoce de la petite région située immédiatement au nord d’Auterive, dès la fin de la Préhistoire. Sur la rive droite de
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l’Ariège, la terrasse de dix mètres surplombant la rivière a été utilisée comme site défensif dès la période gallo-romaine, en particulier aux lieux- dits Le Carla, La Motte et le Castelet.
La topographie, la toponymie et surtout l’étude des vestiges archéologiques recueillis sur la » rive haute » permettent de jeter un jour nouveau sur les origines d’Auterive, au cours des siècles précédant le premier document écrit qui la concerne, daté de 1071/1085.
La création de l’église Saint-Martin de Luffiac, connue pour ses beaux sarcophages du sud-ouest de la Gaule, sur la rive gauche, et la découverte d’une sépulture et de plaques-boucles du VIe ou VIIe siècle à Richard, sur la rive droite, permettent de croire qu’une chapelle ou une église aurait été érigée dès avant l’époque mérovingienne sur le site de Saint-Paul, puis agrandie ou rebâtie dans les siècles suivants.
La décadence du pouvoir central à la fin de l’époque carolingienne favorisa la multiplication des petits seigneurs sur les sites de la » rive haute « , dont la toponymie conserve la mémoire (Le Caria, Le Castelet, La Motte, Le Castela) et dont la topographie, naturelle ou modifiée par l’homme, assurait le rôle défensif. La plupart de ces seigneurs n’exerçaient leur autorité que sur des territoires très limités. D’autres agrandirent leurs domaines en s’emparant des terres et des » honneurs » de l’église locale, ou accrurent leur prestige en s’érigeant » protecteurs » du monastère de Lézat.
La lutte de l’Église contre la simonie, en particulier lors des conciles de Toulouse de 1056 et de 1060-1061, aboutit à la » donation » de l’église Saint-Paul, par les seigneurs d’Auterive, à la lointaine abbaye de Lagrasse, qui établit aussitôt un prieuré conventuel sur le site du Castelet. L’église d’Auterive, dont les terres s’étendaient vers le Nord bien au-delà du Caria, connut alors une certaine prédominance, favorisée par l’extension de la Paix de Dieu et la Réforme grégorienne. Elle joua probablement un rôle protecteur vis-à-vis de la population rurale et contribua au peuplement du terroir dit de » Saint-Paul « .
L’édification d’une motte castrale, dès le XIe siècle, sur un site voisin protégé par le rebord de la terrasse, par des fossés artificiels et par le ruisseau du Cloupet, modifia bientôt le rapport des forces et attira la population dans la vaste » basse cour » protégée par le château de bois et de terre.
Au XIIe siècle, l’appui et la protection des comtes de Foix et de Toulouse permirent l’émergence de seigneurs bien plus puissants, dont le plus connu est Raymond Athon d’Auterive, vassal fidèle du comte de Foix, témoin dans de nombreux actes, de 1130 à 1150 environ. En 1167, son successeur Aicard d’Auterive fut présent à l’hommage rendu par le comte de Foix au comte de Toulouse in castro Altae Rippae.
À partir de 1198 apparut la famille des Montaut, descendant de la puissante lignée des Noé, sans doute apparentée aux comtes de Toulouse, qui édifia sur Le Castela la forteresse appelée désormais le » château des Montaut « .
C’est au XIIe siècle que la féodalité développa pleinement sa hiérarchie à Auterive : le comte de Toulouse et le comte de Poix, suzerains des seigneurs d’Auterive, contribuèrent grandement au prestige et à la puissance de la famille d’Auterive, puis de celle des Montaut.
C’est alors que la ville devint véritablement un castrum, entouré de fossés et de remparts percés de quatre portes, et défendu par le puissant château du Castela.
La sûreté de la place, la concession de franchises à ses habitants, l’essor démographique et économique du XIIe siècle aboutirent rapidement à la colonisation interne du quartier oriental et, après la construction du grand pont sur l’Ariège, à la création, sur la rive gauche, du faubourg du Bout-du-Pont.
De nombreux documents, du début du XIIIe siècle à l’époque contemporaine, permettent de suivre l’histoire des murailles du castrum, dont il subsiste encore d’importants vestiges. «
Le Président remercie Louis Latour pour sa communication, dont il souligne la très grande richesse. Jean Coppolani se rappelle avoir fait en 1955, lors d’une enquête d’urbanisme menée dans le quartier oriental d’Auterive (au-delà de la rue Naresnas), des observations qui confirment l’hypothèse d’une croissance du faubourg à l’intérieur de l’enceinte du castrum. Pierre Gérard constate une évolution socio-politique semblable, au cours des XIe et XIIe siècles, dans la région d’Auterive et dans celle située au nord de Toulouse, entre Garonne et Tarn. Au XIe siècle, la multiplicité des seigneuries alleutières donne aux terroirs l’aspect d’un » miroir brisé » ; les propriétaires du sol accaparent les biens d’Église : les seigneurs d’Auterive sont » co-protecteurs » de l’abbaye de Lézat, avec les seigneurs de Marquefave, dont l’un s’est emparé du bénéfice de sacriste de Saint-Sernin de Toulouse. La Réforme religieuse de la seconde moitié du XIIe siècle provoque le repentir des laïques : ceux-ci, procédant par » donations « , restituent les biens usurpés et agrègent leur famille aux fraternités religieuses. Au XIIIe siècle se perçoit une montée en puissance de personnages de second ordre, sirvents et dîmiers. En parallèle au déplacement du noyau de l’agglomération d’Auterive aux XIe-XIIe siècles, Pierre Gérard indique ceux qui se sont produits de Vilaigon au castrum de Castelginest et, avant 1156, de Villelongue à Castelsarrasin. Quant au transfert du siège de la paroisse Saint-Paul d’Auterive – de la vieille église Saint-Paul à l’ancienne église Saint-Michel détruite lors des guerres de Religion et reconstruite au début du XVIIe siècle –, Henri Pradalier cite le cas de l’église Saint-Blaise de Pailhès (Ariège), qui a remplacé une ancienne église paroissiale dédiée à Saint-Geniest et abandonnée au XVIe siècle. Louis Latour donne ensuite des explications sur les plans d’Auterive qu’il a mis sous les yeux de la Compagnie. En réponse à une question de Michel Roquebert, il indique que le lieu de Labruyère-d’Orsa se trouve dans la commune de Grépiac. Daniel Cazes souligne l’intérêt du site de Saint-Martin de Luffiac ; il rappelle qu’il convient de préférer à l’appellation de » sarcophages de l’École d’Aquitaine » celle de » sarcophages du sud-ouest de la Gaule » (ou » de la France « ), ainsi que d’adopter pour ces sarcophages décorés une datation de la fin du IVe siècle ou du Ve siècle.
Séance du 16 mars 1993
Présents : MM. Henri Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Labrousse, MM. Boudet, Bruand, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Roquebert.
Excusés : M. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Mme Cazes, MM. Gérard, Manière, Tollon.
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Le Président annonce le décès d’Aurel Bongiu, conservateur du patrimoine et membre de notre Société, survenu à Rouen où il s’était installé tout récemment, après plusieurs aimées passées au Service régional de l’Inventaire à Toulouse.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 19 janvier et 16 février derniers, qui sont adoptés après quelques modifications.
Le Secrétaire général présente la correspondance imprimée. Parmi les publications étrangères reçues, il signale plus particulièrement
– Savos Gogos, Das Theater von Aigeira. Ein Beitrag zum antiken Theaterbau, Österriscbes Archäologisehes Institut in Wien, 1992, 2 vol.
– Producciones artesanales fenicio-púnicas. VI jornadas de arqueolía fenico-púnica (Ibiza 1991), Museu arqueológic d’Eivissa, 1992.
Par ailleurs, on relève dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de l’Aveyron qu’un accord passé avec la municipalité de Rodez a permis de nommer un conservateur à temps plein au Musée Fenaille, dont on connaît la richesse des collections. L’Auta (mars 1993, n° 584 nouvelle série) regrette la disparition des vestiges romains de la place Esquirol à Toulouse et s’inquiète de l’état de l’hôtel de Malte, qui continue de se dégrader.
Le Président remercie Daniel Cazes. Il indique qu’il a reçu une réponse à la lettre qu’il avait adressée au Maire de Toulouse, et qui demandait que, dans le nouveau traitement de la place Esquirol, soit matérialisé par un tracé au sol l’emplacement du temple en partie retrouvé par les archéologues et détruit par le parking ; en substance, il nous est répondu que notre lettre est transmise aux Services compétents de la Ville et qu’en tout état de cause, l’affaire relève du contrôle de l’Architecte des Bâtiments de France.
Le Président donne ensuite la parole à Louis Peyrusse pour les rapports sur les candidatures de M. Christian Mange et de M. Pascal Bertrand, qui sont élus membres correspondants.
Puis le Président donne la parole à M. Bruand pour les rapports sur les concours :
» Monsieur Alain Smittarello a présenté en octobre 1991 un mémoire de maîtrise en Histoire de l’Art intitulé L’hôtel Dubourg. Sa place dans l’évolution de l’architecture privée toulousaine durant le règne de Louis XIV. L’histoire de cet hôtel, situé 6, place Saintes-Scarbes, a pu être reconstituée de façon précise grâce au dépouillement des archives publiques et surtout des archives privées en possession des actuels propriétaires. L’hôtel construit à partir de 1683 sur deux parcelles réunies en 1682 par Léonard Dubourg et sa femme Henriette fut remanié et surélevé d’un étage au début du XIXe siècle. Les noms des artistes et artisans figurent dans les actes. Le plus important est Jean Ayries, maître tailleur de pierre, qui est probablement l’auteur du projet ; Jean Ronsie et Étienne Barsalou, maîtres tailleurs de pierre à Castres, lui succédèrent et s’engagèrent en 1685 à construire le grand escalier de pierre pour 950 livres. Les documents ont été analysés avec soin et pertinence et mis en relation avec l’étude archéologique de l’hôtel, ce qui a permis de préciser les diverses campagnes de construction à la fin du XVIIe siècle mais aussi les travaux d’entretien et les modifications apportées aux siècles suivants. Cet hôtel, important par son volume mais très sobre dans sa construction et sa décoration, est tout à fait typique de l’architecture civile privée à Toulouse pendant le règne personnel de Louis XIV. L’étude approfondie dont il a fait l’objet apporte à la connaissance de celle-ci une contribution de premier plan. «
» Mademoiselle Marie-Luce Pujalte a présenté en octobre 1992 un mémoire de maîtrise en Histoire de l’Art intitulé L’hôtel de Nupces à Toulouse. Cet édifice, qui était un des plus beaux hôtels particuliers du XVIIIe siècle dans la ville, a été malheureusement abandonné et est tombé en décrépitude au XXe siècle ; il a failli disparaître pour faire place à un programme de construction rentable voulu par sa propriétaire. Bien qu’inscrit partiellement à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1950, il ne fut sauvé de la destruction que par une restauration complète entre 1972 et 1975. Mademoiselle Pujalte a pu, grâce à une étude appuyée sur l’examen des plans cadastraux et les documents d’archives, reconstituer l’histoire de la construction de cet hôtel de parlementaire, qui date de 1716, et celle de son évolution dans le temps. L’étude archéologique de l’édifice d’origine a été menée conjointement avec celle de sa restauration exemplaire. Mademoiselle Pujalte a pu à ce sujet exploiter la documentation possédée par l’Architecte des Bâtiments de France, Bernard Calley, et M. Faure, conducteur des travaux. Elle a pu notamment rencontrer à diverses reprises et parler longuement avec Bernard Calley avant son décès subit. Ce travail est excellent et constituera désormais une source de base concernant cet hôtel et ses vicissitudes. «
À propos de l’hôtel de Nupces, on ajoute qu’il a été l’objet d’un véritable » sabotage » par la propriétaire ; après sa mort, ses héritiers ont accepté de le vendre à une société immobilière qui s’est engagée à le restaurer sous le contrôle de l’Architecte des Bâtiments de France.
Une discussion s’engage sur les mérites respectifs de ces deux travaux. M. Louis Peyrusse rappelle que le débat de l’an dernier a longuement porté sur la nécessité de primer des travaux excellents, quitte à réserver les prix.
Il est décidé de voter pour l’attribution des prix. M. Alain Smittarello se voit attribuer le prix de Champreux, Mlle Marie-Luce Pujalte le prix Ourgaud.
M. Péaud-Lenoël présentera le rapport sur les concours à la séance publique du 27 mars prochain.
Le Président aborde les questions diverses avec les réponses attendues après les courriers qu’il a adressés au Ministère de la Justice, au Ministère de la Culture et au Préfet. Les deux ministères, interpelés à propos du projet d’extension du Palais de Justice de Toulouse qui menace le rempart médiéval, ont répondu… qu’ils avaient transmis aux Services concernés. À propos du n° 69 rue du Taur, où ont été construits, sur le portail de Bachelier, classé Monument historique, les nouveaux locaux de l’Agence des Bâtiments de France, nous n’avons toujours pas de réponse du Préfet. La Société écrira de nouveau au Préfet, si nécessaire.
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Il est rapporté que, lors de la séance publique des Toulousains de Toulouse, M. Dominique Baudis a désavoué cette construction et a exprimé son mécontentement au sujet de sa réalisation.
M. Latour indique par ailleurs que le Maire a demandé que soit inscrits dans les règlements d’urbanisme des choix de matériaux.
À propos de l’Hôtel d’Assézat, le Président rend compte de la dernière réunion entre le Bureau de l’Union des Académies et Sociétés savantes, l’adjoint au Maire, M. Andrès, et M. Voinchet.
Le Président rappelle que la convention qui lie la Ville et la Fondation Bemberg contient trois clauses suspensives résolutoires. Si deux d’entre elles sont remplies (reconnaissance d’utilité publique de la Fondation Bemberg ; acceptation du projet des travaux par les Monuments historiques), la troisième, qui exige l’acquisition des terrains nécessaires au relogement des Académies, ne l’est toujours pas. Or les travaux doivent, par contrat, débuter au plus tard le 1er mai 1993, sans quoi M. Bemberg menace de proposer sa collection à une autre ville.
Le Président présente ensuite les nouveaux plans, enfin cotés, et les commente. Il indique, en particulier, que la porte de communication entre notre future salle des séances et nos autres locaux n’est pas prévue. M. Sermet a écrit à l’architecte, M. O’Byrne, et M. Puel doit également intervenir. La question sera à nouveau discutée le 18 mars prochain. Des rencontres seront prévues entre les Académies et les architectes. Enfin, l’utilisation de la salle des séances publiques de l’Hôtel sera sans doute difficile pendant les travaux, contrairement aux engagements qui avaient été pris. M. Sermet a écrit au Maire à ce sujet.
Le Président indique ensuite que l’Académie des Sciences soutient un projet d’association des amis de l’Hôtel d’Assézat qui pourrait se constituer avec des mécènes, en liaison avec la Chambre de commerce. Matra, les Télécom… et un groupe immobilier : « Patrimoine » seraient partie prenante dans ce projet. Le Président a prévenu que notre Société n’entendait pas être liée et que l’acceptation du mécénat d’un groupe immobilier ne saurait se faire en contrepartie de la perte de son indépendance. Le général Delpoux indique que ce groupe est celui qui rénove le presbytère de la Dalbade. Louis Peyrusse pense que les Académies et Sociétés savantes devraient nécessairement avoir une minorité de blocage dans une telle association.
Une première rencontre avec un groupe de techno-mécénat de la Chambre de commerce a eu lieu. M. Ferron y a assisté. Le groupe a accepté de prendre à sa charge une étude de faisabilité pour les besoins informatiques, vidéo, téléphoniques, etc. des Académies. Le coût de cette étude est estimé à environ 100 000 F.
Séance publique du 27 mars 1993
Allocution du Président
» Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
L’an dernier à la même époque, je me réjouissais de n’avoir à déplorer aucune perte dans les rangs de notre Société. Hélas, il n’en va pas de même cette année, où trois de nos membres ont été arrachés à notre affection, dont deux dans des circonstances tragiques et dans la force de l’âge.
Bernard CALLEY
La nouvelle de sa mort a frappé d’étonnement ceux qui le connaissaient et l’avaient vu peu de temps avant, nouveau retraité, disposé à se lancer dans des activités nombreuses auxquelles sa lourde charge l’avait empêché jusque-là de se consacrer. Pour ma part, j’appris sa mort subite alors que je lisais une lettre qu’il m’avait adressée et dans laquelle il m’annonçait que, libéré de ses charges, il avait l’intention de fréquenter plus assidûment les séances de notre Société. Ma réponse immédiate fut de dire à mon interlocuteur que ses informations étaient erronées puisque j’avais là dans les mains une lettre qu’il venait de m’envoyer. Au bout de quelques instants, je dus convenir que la mort l’avait frappé brutalement – une chute dans un ravin – alors qu’il se trouvait au Maroc où il préparait un travail sur l’Islam.
Bernard Calley fait partie de ces gens du Nord qui, venus par goût, par force ou par hasard dans le Midi y sont restés, conquis par son climat, sa lumière où ses habitants. Quoique né à Courbevoie en 1925, il passa sa jeunesse à Verdun, où il commença ses études au lycée de cette ville. La guerre et l’exode ayant poussé la famille à Agen, le jeune Bernard acheva ses études au lycée de cette ville en obtenant les baccalauréats de philosophie et de mathématiques. Attiré par les sciences exactes, il entra en mathématiques supérieures, mais la voie vers les grandes Écoles qui lui était promise ne pouvait satisfaire son goût pour les arts, la beauté, la poésie, qu’il tenait d’un père architecte, musicien et peintre.
Il choisit donc l’architecture.
Entré à l’École supérieure des Beaux-Arts en 1946, il obtint son diplôme d’architecte en 1952 et décida alors de se diriger vers la carrière d’architecte des Bâtiments de France. Reçu premier au concours en 1956, il fut affecté à Perpignan où il rencontra Sylvain Stym-Popper et Marcel Durliat. Muté à Toulouse en 1963, il fut élu membre correspondant de la Société archéologique du Midi de la France deux ans plus tard.
C’est dans notre ville que Bernard Calley a donné toute la mesure de sa rigueur et de sa sensibilité. Rigueur vis-à-vis de ses collègues auxquels il s’oppose souvent au sein de la Commission des Sites lorsque leurs projets lui paraissent inadaptés au cadre toulousain. Sensibilité dans l’aménagement des fontaines de la ville qu’il eut pour souci d’insérer sans choquer dans le tissu urbain. Ainsi disait-il de la fontaine des Puits-Clos qu’en la construisant il avait voulu évoquer le caractère classique du quartier, exalter la beauté de la brique, faire preuve enfin d’un certain esprit contemporain qui répugne au pastiche tout en souhaitant depuis quelques années le retour d’une certaine mémoire du passé.
Bernard Calley joua aussi un rôle déterminant dans le choix des projets du pont Saint-Pierre. Membre d’une Commission restreinte issue de la Commission des Sites, son influence fut prépondérante dans le choix du projet retenu. Il s’est ainsi présenté comme un défenseur acharné de la
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tradition toulousaine au sens noble du terme. Et si dans certains quartiers la ville a conservé une grande part de son cachet c’est souvent à cet homme discret mais efficace que Toulouse le doit. En perdant Bernard Calley, nous avons perdu un humaniste et un ami, un chrétien qui depuis plusieurs années se tournait vers une forme de mysticisme, un homme enfin, qui aurait encore beaucoup donné si la mort ne l’avait fauché. À sa famille, j’adresse en mon nom propre et au nom de la Société archéologique du Midi de la France les condoléances les plus sincères.
Aurel BONGIU
Tout aussi inattendue que la disparition de Bernard Calley a été celle d’Aurel Bongiu.
Né le 19 novembre 1944 à Bucarest, en Roumanie, Aurel Bongiu obtient le baccalauréat en 1962, et il est alors orienté vers l’École supérieure de Navigation aérienne qu’il quitte en 1965 pour entrer à l’Institut d’Histoire de l’Art de Bucarest. Ses premières recherches sur la peinture murale des églises en bois de la vallée du Cosau (Maramures), lui permettent d’obtenir en 1972 la maîtrise d’Histoire de l’Art, diplôme qu’il prépare tout en assurant ses fonctions de Conservateur du Musée national d’art populaire roumain, au Département des icônes sur bois et sur verre. Sa principale publication est consacrée aux Mobilier et ferronnerie populaires roumains, qui paraît en 1971 à Bucarest.
La rencontre d’une étudiante française qu’il épouse en 1972 l’amène à Paris, où il soutient en 1973 un doctorat de 3e cycle consacré à La peinture murale des églises en bois du Maramures, dans lequel il étudie l’intense activité de plusieurs peintres des XVIIe et XVIIIe siècles.
Chef de travaux pratiques à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, chargé de recherches documentaires à l’École normale supérieure, puis chercheur vacataire au Service régional de l’Inventaire du Centre à Orléans, il passe avec succès en 1979 le concours de Conservateur de l’inventaire général. Ses nouvelles activités le conduisent à travailler essentiellement en Sologne, puis dans la ville de Bourges.
Il obtient en 1982 une mutation pour le Service régional de l’inventaire de Midi-Pyrénées. S’adaptant très vite à Toulouse et à sa région, il mène une étude approfondie de l’architecture religieuse dans le cadre du travail engagé par l’équipe toulousaine sur les deux cantons de Caylus et Saint-Antonin-Noble-Val, en Tarn-et-Garonne, et ajoute à la liste de ses publications des travaux qui montrent sa capacité d’adaptation ainsi que l’éventail de ses compétences.
C’est en 1989 qu’ayant fait une demande pour entrer à la Société archéologique il a été admis comme membre correspondant dans notre Compagnie, où il se montra un assistant assidu à nos séances.
Tout récemment, et pour se rapprocher de sa famille installée à Paris, Aurel Bongiu avait obtenu une mutation en Normandie dans le cadre de ses fonctions au Service de l’Inventaire. Cet éternel errant qu’était Aurel Bongiu, installé depuis quelques semaines à peine à Rouen, s’adapta mal à ce dernier déplacement et ses collègues toulousains, auxquels il téléphonait souvent de là-bas, sont là pour en témoigner. C’est peut-être la raison pour laquelle il attendit trop longtemps avant de consulter les médecins qui décelèrent une appendicite aiguë. Malgré l’intervention chirurgicale qu’il subit, l’appendicite se transforma en une péritonite qui l’emporta peu après l’opération.
Aurel Bongiu laisse le souvenir d’un homme trop modeste. Il surprenait toujours par les connaissances qu’il avait sur des sujets très divers, connaissances qui laissaient percer un esprit cultivé et ouvert, qui trahissaient une profonde culture qu’il ne laissait pas soupçonner au premier abord. Aurel Bongiu laisse deux jeunes enfants. À eux et à son épouse, la Société archéologique adresse ses profondes condoléances.
Marguerite de BÉVOTTE
Madame Marguerite de Bévotte, née Labey, nièce de Mgr Xavier Ducros, ancien recteur de l’Institut catholique de Toulouse, était née dans notre bonne ville au début de ce siècle. Bien qu’ayant fait ses études à Paris, à l’École du Louvre, elle n’oublia jamais ni Toulouse ni la région. C’est ce qu’attestent ses deux premiers articles parus en 1934 dans L’Auta : Une statue de l’ancien Couvent des Carmes de Toulouse, et Quelques fragments de sculpture provenant de l’ancien Couvent des Cordeliers conservés au Musée Saint-Raymond. Ces articles étaient en réalité les études préparatoires à son ouvrage publié en 1936, issu de sa thèse de l’École du Louvre : La sculpture à la fin de la période gothique dans la région de Toulouse, Albi et Rodez.
Dans cet ouvrage, Mme de Bévotte se penchait sur la sculpture du Maître de Rieux et ses origines, mais aussi sur la sculpture du XVe siècle dans notre région. Si les travaux menés depuis sur la sculpture du XIVe siècle ont renouvelé la question, la partie consacrée au XVe siècle n’a pas connu encore un travail d’ensemble remettant en cause les conclusions de Mme de Bévotte. C’est dire que cette partie de son ouvrage, écrite il y a 57 ans, demeure incontournable pour le chercheur qui ambitionnera de reprendre la question. Les contemporains ne s’y étaient pas trompés. L’Académie des Jeux floraux décerna à ce travail en 1937 le prix Fabien Artigue, et, la même année, l’Académie française le couronna à son tour.
Suivant son mari en Algérie, Mme de Bévotte abandonna pour quelques temps ses travaux sur la région, mais dès son retour en 1962, installée à Albi, elle publia dans la Revue du Tarn un article sur La mise au tombeau de Monestiès et, en 1965, un autre article sur Un groupe de statues de la fin de la période gothique à la Collégiale Saint-Salvi d’Albi, montrant qu’elle continuait à approfondir ses recherches dans le même sens. En 1972 encore elle publia, toujours dans la Revue du Tarn, un article sur La clôture du chœur et le jubé de la collégiale Saint-Salvi d’Albi.
C’est en 1973, après la perte de son mari que Mme de Bévotte vint s’installer à Toulouse auprès de ses enfants, M. et Mme de Boisseson. Elle demanda aussitôt à entrer dans notre Société et, le 22 janvier 1974, elle fut élue membre correspondant sur un rapport élogieux de notre président honoraire M. Gratien Leblanc, qui concluait avec humour : » Je vous prie, Messieurs, par l’intercession de Notre-Dame de Grâce et de tous les saints et saintes sculptés à la fin du Moyen-Âge dans le Midi de la France de bien vouloir admettre Mme Marguerite de Bévotte parmi nous « .
Elle fut une assistante assidue de nos séances jusqu’à ce que sa santé et la crainte qu’elle avait de rentrer à pied et dans la nuit chez elle après nos séances hivernales l’éloignent de nos réunions. Elle ne manquait jamais de s’excuser de ces absences et tout récemment encore je reçus de sa fille une lettre d’excuse m’expliquant que pour des raisons de santé elle avait dû quitter Toulouse pour se rapprocher d’elle et s’établir en Provence. Quelques jours plus tard, nous apprenions avec douleur son décès. Par la qualité de ses travaux, par son activité intellectuelle, par son dynamisme Mme de Bévotte était une figure de notre petit monde de l’histoire de l’art et de l’archéologie. Le XVe siècle lui reste redevable d’une production de qualité, base de futurs travaux. À la famille de Mme de Bévotte, la Société archéologique, par ma bouche, transmet ses sincères condoléances.
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Comme chaque année, la séance publique est l’occasion de faire un résumé de l’activité de notre Société. La publication de nos Mémoires, qui s’améliorent d’année en année au fur et à mesure que nous corrigeons les erreurs passées, vous montrent à la fois la qualité du contenu et du contenant (cette année et pour la première fois la couverture est sur papier glacé). Je ne saurais vous infliger le résumé des nombreuses interventions survenues au cours de nos séances. Certaines d’entre elles ont donné lieu à des articles qui constituent la partie la plus importante de l’ouvrage. Il faut dire que Toulouse y tient une place importante puisque quatre des six articles publiés sont consacrés à la ville. Ainsi l’article de l’abbé Baccrabère sur les anciennes fouilles de l’archéologue Léon Joulin à la caserne Niel, de celui de Maurice Prin sur les conséquences du tremblement de terre de 1427-28 sur le couvent des Jacobins, de celui de Bruno Tollon sur un des plus grands chefs-d’oeuvre toulousains, inconnu de nos concitoyens, l’escalier en vis des archives, hélas aujourd’hui disparu, de celui de Pascal Julien sur les stalles de la cathédrale Saint-Étienne. Deux autres articles traitent de sujets extérieurs à la ville, l’article de Mlle Rousset sur la borie de Savanac, travail que nous avions couronné, et enfin l’important article de M. Georges Costa sur le tombeau des parents du duc d’Épernon au couvent des Minimes de Cazaux.
Toutes ces communications ont fait l’objet de discussions. Vous en trouverez le résumé dans la partie du volume consacrée à la publication du Bulletin, qui devient de plus en plus important. Cela sous l’impulsion de Daniel Cazes pour les recensions d’ouvrages, de Maurice Scellès et Patrice Cabau pour les résumés des séances. Il fut un temps d’ailleurs où le Bulletin était la partie la plus riche des publications de la Société archéologique du Midi de la France. Notre ambition est de faire aujourd’hui des Mémoires et du Bulletin deux publications d’égale valeur. Je vous invite avec insistance à lire la partie Bulletin de cet ouvrage. Vous y découvrirez une foule de renseignements sur les découvertes archéologiques à Toulouse et dans la région, des notes accompagnées de photos, des résumés de discussions parfois passionnées sur les moyens de protéger le patrimoine toulousain et régional.
Vous y verrez aussi toutes les démarches que nous avons entreprises, les lettres que nous avons écrites aux différentes administrations pour la protection des sites et monuments, vous y verrez nos véhémentes protestations sur le sort à réserver au fragment du rempart romain et médiéval découvert rue Sainte-Anne et nos angoisses sur les dangers qui pèsent sur les restes du tracé du rempart antique et médiéval de la ville de Toulouse, en particulier dans les locaux du Palais de Justice. Vous y trouverez aussi notre indignation face à la réalisation du bâtiment de l’Agence des Bâtiments de France au 69 rue du Taur. C’est dans cette partie du volume que vous sentirez battre le cœur de la Société archéologique.
C’est aussi dans la partie Bulletin que figurent les résumés des communications qui n’ont pu prendre place dans les Mémoires. La communication du Général Delpoux sur le château de Caudeval et ses gypseries, celle de M. Tollon sur le vestibule de l’hôtel de Malte et sa signification, celle de M. Manière sur une croix du XVe siècle conservée à Cazères, celle de M. Gilles sur les bâtiments de la Faculté de Droit du XVIe au XIXe siècle, celle de M. Boudet sur les recherches menées sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen, celle de M. Ahlsell de Toulza sur la chapelle d’axe du choeur de N.-D. du Bourg de Rabastens et son retable d’albâtre, celle de M. Manière sur le site antique de Marquefave, celle de M. Lapart sur la découverte de têtes gallo-romaines en marbre trouvées dans le Gers, celle de M. Scellès sur les restaurations et projets de restaurations à la cathédrale et dans la ville de Cahors, celle de M. Gérard sur l’église de Grenade et son mobilier d’après les inventaires du XVIIe siècle à nos jours, celle de M. Péaud-Lenoël sur Romains et Barbares de Narbonne à Toulouse et Bordeaux entre 410 et 420, celle de M. Pradalier sur l’abbatiale de Souillac. Enfin, vous y trouverez le résumé de la communication faite par Daniel Cazes sur le Musée Saint-Raymond à l’occasion du Centenaire de ce musée, communication qui apporte des éléments nouveaux sur les superstructures de ce monument. Toutes ces communications qui n’ont pas donné lieu à un article sont longuement résumées, accompagnées de photographies et de débats qui en enrichissent le contenu.
Pour terminer enfin, je dirai quelques mots de la » saga » de l’installation des Académies dans les locaux à construire sur la rue Clémence-Isaure. À l’heure actuelle, les Académies, représentées par l’Union des Six Académies, dont le Président nous fait l’honneur d’être à cette table, sont parvenues à un accord honorable et équilibré avec la Ville. Les surfaces que nous souhaitions obtenir nous seront données, ainsi que les accès nécessaires. Il ne reste que le petit problème du percement de la porte destinée à nous permettre d’accéder à notre salle des séances au sommet du grand escalier qui ne soit pas réglé, mais dont nous avons bon espoir qu’il le sera bientôt. La réalisation du projet ne dépend donc plus des Académies qui ont donné leur accord. Si le projet prend désormais du retard, celles-ci ne pourront en être tenues pour responsables. Notre seule préoccupation maintenant est de ne pas être délogés de nos locaux tant que les futures salles destinées à nous recevoir ne seront pas réalisées.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous remercie de votre attention et je passe maintenant la parole à M. Péaud-Lenoël qui va, selon une tradition désormais séculaire, vous donner lecture du rapport sur les concours. «
Rapport général sur le concours, par M. Claude Péaud-Lenoël
Le prix de Champreux, doté de 3000 F, est remis à M. Alain Smittarello, et le prix Ourgaud, doté de 2000 F, à Mlle Marie-Luce Pujalte.
Conférence de M. Jean Coppolani :
Les ponts de Toulouse du Moyen Âge à 1900.
Séance du 6 avril 1993
Présents : M. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire général Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Boudartchouk, Boudet, Cabau, Catalo, le général Delpoux, Fabre, Julien, Latour, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Roquebert, Tollon.
Excusés : MM. Fouet, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Colin, Labrousse, M. Manière.
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Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée. Parmi les publications étrangères, nationales et locales reçues par la Société, Daniel Cazes a relevé en particulier:
– Oxoniensia (revue publiée par la Société d’architecture et d’histoire du comté d’Oxford), LVII, 1992 : Architecture des maisons médiévales du XIIe siècle à 1350, par C.R.J. Currie ;
– Museo de Zaragoza, Boletín, n° 9, 1990 : numéro spécial dressant le bilan d’activité du Musée de Saragosse pour l’année 1990 et contenant une très importante étude intitulée Los museos en Aragon, par Miguel Beltran Lloris ;
– Huelva arqueológica (revue publiée par la Diputación de la province de Huelva), XII, 1990 : études sur les fouilles urbaines à Huelva, sur les maisons romaines ornées de mosaïques à Niekla (province de Huesca) ;
– Dacia (revue d’archéologie et d’histoire ancienne publiée par l’Académie roumaine), XXXV, 1991 ;
– La Savoie avant l’histoire (mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d’histoire et l’archéologie), XCV ;
– Bulletin de Littérature ecclésiastique (publié par l’institut catholique de Toulouse), XCIV (1), janvier-mars 1993 : Henri de Lubac (1896-1991) la vie et l’œuvre d’un théologien, par Joseph Dore, p. 39-45 ; comptes-rendus bibliographiques, p. 59-72 : Simon Legasse, Saint Paul, essai de biographie, Paris, Cerf, 1991 ; Stephanos, Paris, Cerf, 1992 ; Ambroise de Milan, Hymnes, texte établi, annoté et traduit par Aimé Georges Martimort, Paris, Cerf, 1992 ; Maurice Prin et Jean Rocacher, Le Château Narbonnais, le Parlement et le Palais de Justice de Toulouse, Toulouse, Privat, 1991
– L’Auta, n° 585, avril 1993 : compte-rendu de l’Assemblée générale des Toulousains de Toulouse, qui ont attiré l’attention du public et du Maire de Toulouse sur la destruction récente des vestiges archéologiques de la place Esquirol ; a été reprise la suggestion faite par la Société archéologique d’un marquage au sol rappelant l’emplacement du temple antique.
Après avoir remercié Daniel Cazes de sa recension, Henri Pradalier donne la parole à Jean Catalo pour la communication du jour : Le forum antique de Rodez.
» Depuis le début de l’année 1990, plusieurs opérations archéologiques de sauvetage se sont succédé au cœur de Rodez en raison du réaménagement du centre ville. Totalisant une superficie explorée de 6000 m2 ces fouilles ont révélé des vestiges éclairant l’évolution de cette cité du Ier siècle av. J.-C. au XVIIIe siècle.
Pour la période gallo-romaine, la découverte la plus spectaculaire est celle du quart de la superficie du forum de la ville, inconnu jusqu’ici. Elle représente un événement majeur puisque cet ensemble monumental, qui concentre toutes les fonctions essentielles de la cité romaine (religieuse, économique et politique), est un des mieux connus de l’ancienne Gaule. Sa construction réalisée entre 60 et 80 ap. J.-C. se fait aux dépens d’un des quartiers de la première ville établie sous le règne d’Auguste. Il comprend de larges portiques latéraux ouverts sur une vaste place dallée. De petites boutiques bordent les portiques mais donnent sur des rues extérieures. Le côté sud de la place est fermé par une longue basilique civile probablement divisée en trois nefs. On y accède par les portiques et par une entrée principale centrale munie d’un porche. Un temple est situé au milieu de la place publique et fait face à la basilique. On peut estimer ses dimensions globales à environ 90 m sur 180 m.
Cet ensemble connaît quelques remaniements au début du IIe siècle ap. J.-C. et ne sera abandonné et partiellement détruit qu’aux VIe-VIIe siècles. Sa dégradation est progressive à partir de la fin du IIIe siècle. Les fonctions initiales disparaissent au profit de l’habitat qui apparaît dans les boutiques au IVe siècle puis gagne les zones publiques (basilique, portique, place) aux Ve et VIe siècles. Cette dégénérescence est la conséquence logique de l’implantation du christianisme durant cette période. Le forum est délaissé au profit de deux nouveaux pôles urbains autour de la cathédrale et de la basilique Saint-Amans qui composeront la future ville médiévale.
Parmi le mobilier archéologique qui illustre cette évolution, il faut souligner la découverte d’une inscription de sept lignes recto et verso. Le texte, identique des deux côtés de la plaque, est une dédicace au don des sièges du Sénat fait par un prêtre du culte impérial. Cette pièce exceptionnelle n’est pourtant qu’un exemple des nouvelles informations recueillies sur l’époque gallo-romaine de Rodez à travers le mobilier et son étude. Couplée aux données topographiques, c’est une nouvelle image de ce chef-lieu de Cité romaine qui nous est offert.
Les premières fouilles de grande ampleur réalisées à Rodez ont révélé plusieurs grandes phases dans l’urbanisation de cette ville. La monumentalisation par la création d’un forum est l’une d’entre elles. D’autres opérations à venir pourront certainement en préciser encore le plan et la chronologie. «
Henri Pradalier remercie Jean Catalo et ouvre la discussion en demandant ce qu’il adviendra des vestiges mis au jour. Jean Catalo indique d’abord que les fouilles du quartier Raynaldy-Jacobins s’intègrent dans un vaste programme de réaménagement du centre de Rodez, qui comprend notamment la création d’un parc de stationnement souterrain et la reconstruction de la Mairie ; les vestiges dégagés ont été voués à la destruction, faute d’une prise en compte suffisamment précoce du potentiel archéologique (prise en compte qui aurait pu permettre d’intégrer les projets d’urbanisme actuels dans la trame de l’urbanisation antique) ; tout au plus un simple marquage au sol rappellera-t-il, sur la future place, l’emplacement du forum définitivement disparu. Jean Catalo expose le problème qu’a constitué, face à un projet établi sans concertation préalable et déjà engagé, l’absence d’une force réelle de proposition. Daniel Cazes indique qu’en pareil cas la solution serait le classement d’office par l’État, mais que les substructions découvertes en dessous du sol ne paraissent plus en France devoir mériter le titre de Monument historique. Il rappelle ce qui s’est produit récemment en Espagne, dans des circonstances tout à fait comparables, pour le forum municipal de Mérida : classement d’office et mise en valeur du site archéologique.
Suite à une question de Quitterie Cazes concernant le matériau de l’inscription à double face, Jean Catalo indique qu’elle est en grès fin de provenance locale et qu’elle a dû être dès l’origine gravée sur ses deux côtés : il n’y a sur la bordure aucune trace de mortier ou d’attache quelconque ; il signale des traces de peinture au fond du creux des lettres. Daniel Cazes demande si l’emplacement initial de cette inscription est connu. Jean Catalo répond que sa localisation est difficile ; le fragment de plaque ayant été trouvé au-dessus du dallage du forum, entre les entrées du temple et de la basilique, il pourrait provenir de cette dernière. Richard Boudet partage le sentiment de Jean Catalo au sujet de la double gravure originelle et de la place primitive de l’inscription, dont il souligne le caractère religieux : la dédicace faite par un prêtre pour les sièges du Sénat ; il s’enquiert ensuite de l’existence de vestiges antérieurs au forum. Jean Catalo mentionne pour la période -100/-30 des
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épandages de mobilier : le site est fréquenté mais non structuré; la première organisation urbaine apparaît vers -20/+20, à l’époque augustéenne. Richard Boudet a constaté à une vingtaine de kilomètres de Rodez, sur un site où l’on trouve une concentration de puits à offrandes, que l’occupation reste diffuse et difficilement saisissable avant la fin du Ier siècle avant notre ère : il paraît vain de chercher en Rouergue une urbanisation avant Auguste.
Louis Peyrusse demande ce que les fouilles du forum ont apporté à la connaissance que l’on pouvait avoir du Rodez antique. Jean Catalo insiste sur la richesse des enseignements de cette campagne : les découvertes ont réactivé bien des données antérieures, fourni un contexte général à beaucoup d’informations très ponctuelles et permis de » recaler » les jalons chronologiques. On suit désormais l’évolution du forum de sa construction, entre 60 et 80, à sa destruction, aux Ve et VIe siècles ; il n’y a pas eu » ruine par les Barbares « , mais grande mutation urbaine : le centre monumental de la cité romaine est abandonné par suite de l’essor de pôles nouveaux, la cathédrale et la basilique Saint-Amans reconstruites au VIe siècle. Claude Péaud-Lenoël s’interroge sur la fonction des blocs de grand appareil disposés à la base du mur de façade à pilastres. Jean Catalo croit à un rôle esthétique, en raison du rythme observable (un espace sur deux entre les pilastres) ; il fait néanmoins remarquer la relative irrégularité des assises du petit appareil de moellons. Quitterie Cazes s’enquérant de la suite des travaux, Jean Catalo précise qu’ils se poursuivront par la destruction des bâtiments situés au nord du chantier (ancien couvent converti en caserne), ce qui permettra de vérifier les hypothèses concernant la longueur du forum, ainsi que d’étudier le rempart du Bas Empire.
Sont abordées enfin les questions diverses.
Concernant la Fondation Bemberg et son installation, le Président rappelle les clauses suspensives que comporte la convention signée entre la Ville de Toulouse, les Académies et Sociétés savantes, et la Fondation Bemberg, ainsi que la date-butoir du 1er mai 1993. Si la déclaration d’utilité publique de la Fondation est intervenue le 25 janvier et si le Service des Monuments historiques est censé avoir donné son agrément au projet de réaménagement de l’Hôtel d’Assézat, les terrains nécessaires au relogement des Académies et Sociétés n’ont en revanche toujours pas été acquis. Henri Pradalier redit que, conformément aux accords spécifiés par le texte de la convention, la Société archéologique ne quittera les locaux qu’elle occupe dans l’Hôtel qu’après la réalisation des bâtiments à construire sur l’emplacement des immeubles à acquérir. Claude Péaud-Lenoël signale qu’une télévision locale a diffusé des informations tendant à rejeter sur les Académies la responsabilité des retards pris par le projet. Henri Pradalier rappelle que, nullement hostiles à l’installation de la Fondation, les Académies entendent faire respecter leurs droits et les termes de la convention ; il met en évidence les maladresses commises dans cette affaire par la Mairie de Toulouse, dont les atermoiements et revirements ont abouti à créer une situation inextricable.
Le Président donne ensuite lecture d’un courrier par lequel M. René Gachet, Directeur régional des Affaires culturelles, répond tout ensemble à une lettre que la Société lui a adressée au sujet de la conservation du patrimoine historique et monumental de Toulouse ainsi qu’à deux autres lettres relatives à des questions du même ordre envoyées aux Ministères de la Culture et de la Justice. Un autre courrier relatif au n° 69 rue du Taur adressé au Préfet est resté à ce jour sans réponse.
Lettre du Président de la Société archéologique du Midi de la Fronce ou Ministre de la Culture et de l’Éducation nationale, 13 février 1993
» Monsieur le Ministre,
Depuis toujours, la Société archéologique du Midi de la France, soucieuse de la conservation et de la protection du patrimoine historique et monumental, observe avec attention les travaux menés ou à venir sur les différents monuments toulousains. Depuis quelques années, il apparaît que le patrimoine toulousain subit de graves atteintes, tant dans ses monuments classés que dans ceux qui devraient l’être et ne le sont pas encore.
C’est pourquoi nous nous permettons d’attirer votre attention sur l’enceinte antique et médiévale de Toulouse. Ces dernières années, les travaux accompagnés de fouilles archéologiques de qualité menés sur les terrains de l’ancien Hôpital Larrey avaient permis de retrouver plus de soixante mètres de rempart romain du Ier siècle conservé sur plus de 6 mètres de hauteur, ainsi que d’importants vestiges de deux tours. Ce fragment essentiel, bien que classé, a été fossilisé par la construction d’immeubles à quelques centimètres de son parement, le rendant à nouveau invisible, alors qu’une mise en valeur avait été demandée et promise.
De même, lors des travaux réalisés en 1990-1991 pour la mise en place de la station de métro Capitole à l’emplacement du square Charles-de-Gaulle, une tour et un fragment de la même enceinte romaine conservés sur près d’ 1,50 m d’élévation ont été rasés alors que leur emplacement était connu de tout temps, mentionné par les plans du XVIIIe siècle et confirmé par les travaux réalisés voici un siècle pour la création du square. Il est difficilement compréhensible que cette tour, quoique bien connue, ait été détruite et non intégrée au projet… contrairement au magnolia voisin !
Le 21 décembre 1992, un dossier sur la protection de l’enceinte médiévale devait être présenté devant la COREPHAE. Or seule la partie située boulevard Armand-Duportal a été finalement présentée. Les autres parties, qui sont menacées, par des projets immobiliers notamment, ont été retirées : ainsi de la portion de rempart récemment découverte dans la rue Sainte-Anne, où l’enceinte romaine et médiévale subsiste sur toute sa hauteur et sur une longueur remarquable, ainsi que des restes de rempart du Palais de Justice, où un projet d’extension semble déjà très avancé, sans tenir compte de l’existence du rempart médiéval.
La Société archéologique du Midi de la France ne peut accepter la reconstruction d’un immeuble rue Sainte-Anne contre le mur d’enceinte de la ville, conservé intact sur toute son élévation antique et médiévale et sur une longueur de 15 m, alors que la profondeur de la parcelle permet au promoteur d’aménager une cour-jardin le mettant en valeur sur sa totalité.
De même, il semble inconcevable que l’architecte de la Chancellerie ne puisse intégrer à son projet d’extension du Palais de Justice la portion de rempart médiéval bien connue et publiée dans le récent ouvrage de Messieurs Prin et Rocacher. Ces destructions ou fossilisations seraient irréversibles. Toulouse ne peut perdre ainsi chaque année des pans entiers de son histoire.
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C’est pourquoi nous nous en remettons à vous, Monsieur le Ministre, pour agir le plus rapidement possible afin de sauver ces éléments essentiels du patrimoine toulousain et national.
Veuillez agréer […] Henri Pradalier »
Lettre du Président de la Société archéologique du Midi de la France au Préfet de Région, Préfet de la Haute -Garonne, 13 février 1993
» Monsieur le Préfet,
Depuis quelques temps, plusieurs monuments toulousains, dont certains classés Monuments historiques, connaissent des travaux de restauration ou des aménagements nouveaux. La Société archéologique du Midi de la France, toujours soucieuse du patrimoine historique et monumental observe avec attention les travaux menés dans ces différents monuments. Or l’un d’entre eux vient de connaître des travaux dont les conséquences inquiètent gravement notre Société.
Ce bâtiment situé rue du Taur ouvrait sur celle-ci par un magnifique portail du XVIe siècle, attribué à l’architecte Nicolas Bachelier et placé au centre d’un avant-corps qui avait conservé le décrochement caractéristique entre le sommet du portail et les murs qui le flanquent. Les travaux menés récemment ont consisté dans un premier temps à nettoyer le portail et le mur qui le cantonnent, décapant ainsi brutalement la brique. Pour cacher les effets désastreux de ce nettoyage, exécuté semble-t-il selon la technique contestée du sablage, on a passé sur les briques un badigeon rougeâtre du plus désastreux effet dont rien n’autorise à penser qu’il était utilisé au XVIe siècle.
De surcroît, on a cru bon de surélever les murs de part et d’autre du portail et au-dessus de celui-ci, entraînant ainsi la disparition complète des dispositions d’origine. Enfin, il a été bâti derrière et contre cet avant-corps, destiné de tout temps à rester isolé pour fermer la cour sur la rue, un ensemble de constructions d’un goût contestable.
Ces modifications, qui sont un outrage à l’histoire et à l’archéologie, sont d’autant plus dramatiques qu’elles ont été faites dans le but d’accueillir la nouvelle Agence des Bâtiments de France !
Quelle crédibilité pourra-t-on accorder désormais à une administration qui ne s’applique pas à elle-même les principes et les contraintes qu’elle impose à la construction privée et se permet de graves atteintes au patrimoine historique et archéologique ?
Comment se fait-il qu’à Toulouse on ait autorisé des ajouts sur des bâtiments classés alors qu’au même moment, dans le quartier du Marais à Paris, on a procédé et on procède à la restauration des avant-corps des différents hôtels de ce quartier en détruisant les constructions adventices ajoutées au cours des siècles par des propriétaires ignorants ?
La Société archéologique s’émeut de cette situation et s’interroge avec inquiétude sur les mécanismes qui ont abouti à une telle aberration. Voici quelques-unes des questions qu’elle se pose :
Qui a donné l’autorisation de procéder à de tels travaux ?
La commission supérieure des Monuments historiques a-t-elle été consultée ?
Une étude préalable a-t-elle été faite ? Si oui, à qui a-t-elle été confiée ?
L’architecte des Bâtiments de France a-t-il été amené à donner son avis ?
Qui a la responsabilité du chantier ? Est-ce l’architecte en chef des Monuments historiques ou l’architecte des Bâtiments de France ?
Si tel est le cas, celui-ci a-t-il le droit de procéder à des travaux dans la circonscription relevant de son ressort ?
Vous redisant encore l’émotion qui est celle de la Société archéologique et dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer […] Henri Pradalier «
Lettre du Président de la Société archéologique du Midi de la Fronce au Directeur régional des Affaires culturelles, 13 février 1993
» Monsieur le Directeur,
Je vous prie de trouver ci-joint la copie de deux lettres qu’au nom de la Société archéologique du Midi de la France j’adresse, l’une à M. le Préfet de la Haute-Garonne, l’autre à MM. les ministres des Affaires culturelles et de la Justice. La première concerne les scandaleuses modifications infligées au portail de Nicolas Bachelier rue du Taur dans le cadre de l’installation des nouveaux locaux de la Direction de l’Architecture. La lettre adressée à M. le Préfet ne rend que médiocrement compte de l’émotion, pour ne pas dire de la colère, des membres de la Société archéologique du Midi de la France face à cet authentique acte de vandalisme.
La deuxième lettre concerne la protection du rempart antique et médiéval qui est depuis longtemps, vous le savez M. le Directeur, une de nos préoccupations essentielles et dont nous souhaitons qu’il soit classé sur la totalité de son tracé.
Enfin il est une troisième affaire douloureuse qui nous touche : celle de l’arasement des fondations du temple romain découvert sous la place Esquirol, temple qui fut un des hauts-lieux de l’histoire de Toulouse. Encore un pan de l’histoire monumentale de Toulouse qui disparaît. Jamais des relevés, pour aussi bons qu’ils soient, ne pourront remplacer la conservation d’une structure qui est soustraite aux recherches futures. La Société archéologique a demandé à la Ville de Toulouse que les contours de ce temple soient au moins signalés en surface par un dallage différent. Je pense que ce n’est point trop demander et qu’en cas de besoin la Direction des Affaires culturelles pourra appuyer cette demande.
Je vous prie d’agréer […] Henri Pradalier «
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Lettre du Directeur régional des Affaires culturelles au Président de la Société archéologique du Midi de la France, 8 mars 1993
» Monsieur le Président,
J’ai bien reçu votre courrier en date du 13 février 1993 ainsi que la copie de ceux adressés à Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale et de la Culture et à Monsieur le Préfet de la Haute-Garonne, tous courriers relatifs à la conservation du patrimoine toulousain.
Afin de dissiper tout malentendu à ce propos, je reprendrai point par point les problèmes que vous soulevez.
– Vous vous élevez contre les travaux de restauration du portail classé Monument Historique situé au 69 rue du Taur, et derrière lequel a été récemment construite la nouvelle agence des Bâtiments de France.
Ce dossier a été suivi avec toute l’attention nécessaire ; en particulier j’ai recueilli les avis techniques indispensables, et dont je m’entoure obligatoirement pour de tels projets, soit l’avis de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques et celui de l’Inspecteur Général des Monuments Historiques.
C’est dans le cadre de cette instruction interne au Ministère de la Culture, et sur la base des avis de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques et de l’inspecteur Général des Monuments Historiques que j’ai donné mon accord au permis de construire.
La création de l’Agence des Bâtiments de France n’a pas fait l’objet d’une aide financière du Ministère de la Culture ; en revanche, les travaux de nettoyage du portail classé Monument historique ont été maîtrisés et financés à 50 % par l’État dans le cadre des crédits de strict entretien des édifices classés. Le procédé de gommage utilisé par l’entreprise Thomann-Hanry, nettoyage aux poudres par microfriction, exclut toute intervention de nettoyage abrasif (type sablage) ; le procédé utilise de la microfine de verre. Le badigeon de chaux grasse teinté à deux couches a été réalisé par l’entreprise Sagné. L’Architecte des Bâtiments de France a été maître d’œuvre de l’opération.
2 – Vous appelez également mon attention et celle du Ministre de l’Éducation Nationale et de la Culture sur les multiples atteintes portées à l’enceinte antique et médiévale de Toulouse.
– Le rempart romain de Larrey
Certes des immeubles ont été construits très près du rempart qui a été conservé. Je note toutefois qu’un effort indiscutable de mise en valeur a été réalisé notamment pour un morceau de rempart qui est visible dans une cage d’escalier, et dans un patio privé où un pan de mur d’environ 2002 m apparaît.
L’État a subventionné la S.N.C. Larrey pour la mise en valeur du rempart romain inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, ainsi que la ville de Toulouse pour l’aménagement de la Tour romaine.
– L’enceinte romaine située au Square Charles de Gaulle
Vous indiquez la disparition à cet emplacement d’une tour et d’un fragment de l’enceinte. En fait, très peu d’élévation a été rasée. Le fragment de l’enceinte bien que légèrement déplacé sera visible du public.
Est en projet à l’heure actuelle avec la ville de Toulouse, l’évocation du rempart dans la future billetterie.
– La portion de rempart découverte rue Sainte-Anne
Ce dossier a été suivi par le Service de l’archéologie qui a mené les négociations avec l’aménageur. C’est ainsi que, suite à la fouille préalable, un compromis a été trouvé sur la mise en valeur de cette partie du rempart. En particulier, sera visible dans la cage d’escalier l’ensemble du rempart sur toute sa hauteur – y compris la partie » romaine » qui sera éclairée – et sur une longueur de quatre mètres. Le reste du rempart, soit douze mètres, recevra une paroi moulée.
– Les restes du rempart situé Allées Jules-Guesdes
La ville de Toulouse m’a transmis pour avis les demandes de permis de démolir de la cité judiciaire. J’ai souhaité que le rempart médiéval soit intégralement conservé. La mise en valeur de ce rempart ne pourra en tout état de cause être définie que lorsque l’évaluation archéologique, qui est en cours, sera achevée.
– Le temple romain d’Esquirol
Vous souhaitez la signalisation en surface par un dallage des contours du temple romain découvert sous la place Esquirol. J’agrée tout à fait votre demande qui fait à l’heure actuelle partie des négociations menées par le service de l’archéologie avec la ville de Toulouse.
En ce qui concerne le rempart médiéval, son examen par la COREPHAE réclame que soient menées auparavant des études précises par le service régional de l’archéologie. Sitôt ces études achevées, et vous n’ignorez pas la complexité des problèmes posés par ce monument, cet examen sera programmé afin de décider de la protection de ce rempart au titre de la loi sur les monuments historiques.
Je tiens à vous remercier de l’intérêt que vous manifestez pour la sauvegarde du patrimoine historique de notre région, et puis vous assurer que l’action que je mène dans ce domaine est dictée par le profond respect que je porte à tout édifice digne d’être protégé.
Je vous prie d’agréer […] René Gachet «
On s’accorde à juger cette réponse curieuse dans son principe et peu satisfaisante, voire insuffisante, pour son contenu.
Séance du 20 avril 1993
Présents MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire- adjoint; Mme Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Boudet, Cabau, Fabre, Gillis, Hermet, Julien, Latour, Manière, le Père Montagnes, Prin, Roquebert, l’abbé Rocacher.
Excusés : Mme Cazes, M. Gérard.
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Le Président annonce le décès de Georges Fouet, survenu alors qu’il semblait s’être bien remis de la maladie qui l’avait empêché d’assister aux dernières réunions de notre Société. Mme Labrousse et M. Cazes ont représenté la Société aux obsèques, qui ont eu lieu ce matin.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 16 mars, et à Patrice Cabau pour celui de la séance du 6 avril. Les deux procès-verbaux sont adoptés.
Puis le Président donne lecture de la réponse qu’il a reçue du Préfet à propos du n° 69 rue du Taur.
Lettre du Préfet de la Haute -Garonne au Président de la Société archéologique du Midi de la France, 6 avril 1993
» Monsieur le Président,
Vous avez bien voulu me demander de vous préciser les conditions dans lesquelles a été restauré le portail classé monument historique et édifiée l’agence des Bâtiments de France au 69 rue du Taur.
Au plan réglementaire, le dossier a été instruit par la direction régionale des Affaires culturelles et a été soumis, comme tous les autres dossiers de ce type, à l’accord de Mme le Conservateur régional des Monuments historiques, de l’Architecte en Chef des Monuments historiques et de l’inspecteur général des Monuments historiques.
C’est dans ce cadre réglementaire que l’Architecte des Bâtiments de France, maître d’œuvre du projet ainsi que l’autorise la législation, a fait procéder à la restauration du portail conformément aux directives des services précités.
Sur le côté purement technique de la restauration, la direction régionale des Affaires culturelles m’a précisé :
– que le nettoyage des briques s’était effectué par projection de microfine de verre et non par sablage ;
– que le badigeon de chaux grasse teinté (utilisé depuis l’époque romane) était destiné à cacher les joints de ciments gris exécutés lors d’une précédente restauration, tout en conservant l’intégrité et la transparence de la brique ;
– que le rehaussement des couronnements latéraux a été autorisé au motif qu’ils n’étaient pas d’origine mais provenait d’une restauration ultérieure (XIXe siècle).
Enfin, pour ce qui concerne la construction proprement dite de l’agence des Bâtiments de France, elle n’est intervenue qu’après obtention de toutes les autorisations requises et, sans porter un jugement qui ne peut être que subjectif sur son architecture contemporaine, il est à noter que le bâtiment respecte la vision d’ensemble du portail grâce à son retrait en partie haute.
Veuillez agréer […] Pour le Préfet, le Secrétaire général de la Préfecture de la Haute-Garonne, Jean-Claude Prager «
Cette réponse de pure forme nous navre tant elle est peu satisfaisante. M. Gillis indique qu’il avait adressé, au nom des Toulousains de Toulouse, un courrier analogue et qu’il a reçu de la Préfecture une réponse à peu près identique à celle-ci. On s’accorde pour demander des informations complémentaires au Directeur régional des Affaires culturelles et au Préfet, en adressant copie des courriers au Conservateur des Monuments historiques et à la Mairie. Il faut également obtenir les avis de l’Architecte en chef et de l’Inspecteur.
On rappelle que ces travaux ont été faits sans consultation de la Commission des Sites.
Le Secrétaire général présente la correspondance imprimée. Nous avons reçu deux envois de l’Institut d’Archéologie de l’Académie roumaine de Bucarest :
– Le paléolithique et le néolithique de la Roumanie en contexte européen, 1990 ;
– Arheologia moldovei, t. XV (1992), comprenant des études intéressant la Protohistoire, l’Antiquité, le haut Moyen Âge et le Moyen Âge, ainsi que le compte-rendu du congrès international d’études byzantines qui s’est tenu à Moscou en 1991.
Parmi les publications françaises, on signalera plus particulièrement l’article de Philippe Calmon : Documents nouveaux sur les travaux de Saint-Sauveur de Figeac au XVIIIe siècle, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. CXIV (1993), p. 63-69.
Mme Labrousse annonce qu’elle offrira à la Société le volume de l’Histoire du Quercy, pour lequel nous venons de recevoir un bulletin de souscription.
Le Président donne ensuite la parole à M. Manière pour la communication du jour consacrée aux Menhirs de Saint-Martory, Mancioux et Balesta :
» La présence de quatre menhirs dans le Bas-Comminges vient y rappeler l’époque méplithique.
À Saint-Martory, le menhir de Peyrohitto fut identifié à la fin du XIXe siècle par Édouard Lartet, puis en 1950 par l’abbé Breuil. Le mégalithe qui gisait dans le quartier de la gare à Saint-Martory a pu être donné par son propriétaire à la commune pour y être érigé sur la placette de l’église où il forme un monument voisinant avec d’autres vestiges archéologiques et historiques. Tous ces travaux ont été réalisés avec le concours de Louis Méroc, alors directeur de la Circonscription préhistorique de Midi-Pyrénées.
À Mancioux, nous avons retrouvé en 1962 au lieu-dit des Pilas deux menhirs, identifiés par Louis Méroc. Ils ont pu être restaurés puis ré-érigés avec soin sur la rive gauche de la Noue, en aval du pont dit romain. Le monument y est assis sur un banc rocheux où nous avions retrouvé la voie romaine avec des ornières laissées par des convois antiques, dont l’une plus évasée se rapporte aux différentes largeurs d’essieux. Une discussion a voulu y faire envisager le rôle de bornes pour les mégalithes et penser que la Noue a pu servir de frontière à cet endroit aux provinces puis aux Cités de Toulouse et de Saint-Bertrand.
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À Roquefort-sur-Garonne, dans le domaine de Balesta appartenant à la famille Malet, a été retrouvé un autre menhir dans un lieu particulièrement sauvage et boisé. Il gisait au milieu d’une clairière et au centre d’un enclos en pierres sèches rectangulaire, de 120 m de long, qui rappelle un temple de plein air où le menhir occupe, sur un tertre, le centre parfait. Sur les conseils de Louis Méroc et de Michel Labrousse, nous l’avons exploré et étudié, et ce temple a fait l’objet d’un article paru dans Pallas en 1971. Un mobilier archéologique allant de la poterie néolithique à celle du Moyen Âge a été retrouvé avec une représentation très explicite de la période gallo-romaine, dont deux monnaies de Dioclétien et de Constance-Chlore. Le temple de Belbèze, établi sur la hauteur, est voisin du menhir de Balesta, et l’arête rocheuse dite » de la Roche » paraît se prolonger en contrebas dans un des côtés du temple en pierres sèches qui entoure le menhir. «
Le Président remercie M. Manière d’avoir accepté de faire sa communication en dépit de la difficulté qu’il a à parler, et M. Latour d’avoir lu les textes de la présentation. Il remarque qu’il s’agissait de justifier des choix qui ont été faits il y a quelques années pour sauver ces mégalithes. M. Manière ajoute qu’à proximité du site de Balesta, M. Malet a fait des plantations de pommiers sur des terrains où sont apparus des gisements acheuléens, avec de nombreux » coups de poings » et éclats de taille.
Daniel Cazes demande si le fragment de sarcophage encastré dans l’église provient de la nécropole de Saint-Martory. M. Manière répond que non, mais qu’il a été trouvé à proximité de l’église.
Le Président indique qu’il a reçu une lettre de candidature de Mme Blanc-Rouquette, qui sera examinée par le Bureau.
CORDES (Tarn). Peinture murale découverte dans l’embrasure d’une fenêtre de l’ancien presbytère. Cliché R. Manuel.
M. Scellès indique ensuite que nous avons reçu de M. Robert Manuel, petit-fils de Charles Portal et ancien conservateur du Musée de Cordes, un courrier nous annonçant la découverte de peintures murales médiévales, du type de celles de la Romieu que Robert Mesuret avait appelées » faux-marbres « , dans l’ancien presbytère de Cordes ; on remarquera en outre le faux-oculus polylobé peint sur le tympan de la fenêtre géminée. On fait circuler les photographies envoyées par M. Manuel.
Puis M. Scellès présente à la Société une planche axonométrique des vestiges du palais Duèze à Cahors, en décrivant les travaux en cours et ceux prévus pour les prochaines années. Une fenêtre de la chambre de parement du palais a ainsi retrouvé son remplage. L’enlèvement de l’enduit sur la rue Edmond-Albe a fait réapparaître quelques vestiges supplémentaires, dont une porte couverte d’un arc brisé à l’étage. Les deux fenêtres géminées hautes de l’élévation ouest seront réouvertes dans un avenir que l’on espère proche et qui devrait permettre au palais, presque ignoré aujourd’hui par tous ceux qui visitent Cahors, de retrouver une place dans la ville. M. Scellès propose que notre Société encourage M. Guy Rouqual, le propriétaire de l’hôtel qui fait faire ces travaux, en lui décernant une médaille d’argent. La proposition est acceptée. On convient que cette médaille lui sera remise au cours d’une journée de visite de Cahors où M. Scellès présentera à la Société les maisons médiévales de la ville.
Séance du 18 mai 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint; Mme Labrousse, Ugaglia, MM. Bernet, Bertrand, Boudartchouk, Boudet, Cabau, Fabre, Gillis, Hermet, Julien, Lapart, Lassure, Latour, Prin, Tollon.
Excusés : Mmes Cazes, Colin, MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, le général Delpoux, Gérard.
Le Président ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 20 avril 1993, qui est adopté.
Puis le Secrétaire général présente les ouvrages reçus au titre des échanges.
Étranger :
– Hierasus, VII-VIII (1989), publication du Musée du département de Botosani (Roumanie);
– Conimbriga, vol. XXIX, publié par l’Université de Coimbra (Portugal) :
– Helena Fade, Nouveaux éléments sur le temple romain d’Almofada (p. 93-103). Le temple d’Almofada, dans la région de Guarda au Portugal, mesurait 16,30 m sur 8,15 m ; on ne sait dans quel contexte il fut bâti. Un fragment de statue en marbre (une main portant la base circulaire d’un objet indéterminé) a été trouvé au cours des fouilles. Il faut probablement y voir un temple du Haut-Empire, dédié à une divinité latine ;
– un article de J. Carlos et Marisol A. Ferreira consacré à l’aqueduc et au barrage romains du río de Clérigo, à Alcacer do Sal (Portugal) (p. 105-108) ;
– on notera également, dans le même volume, le chapiteau paléochrétien d’autel du Musée de Beja (p. 139-146). La revue est en outre accompagnée d’un nouveau supplément de fiches épigraphiques (fasc. 37, 38 et 39).
– Le recueil des conférences données au Museu arqueolégic de Barcelone en 1988-89.
– Anales de Prehistoria y Arqueología, nos 5-6 (1989-1990), publié par l’Université de Murcia : le volume comprend des articles de réflexion théorique sur l’archéologie, des articles consacrés à la préhistoire et l’art préhistorique, aux Grecs dans la péninsule ibérique, à l’orfèvrerie ibérique d’après l’étude des » dames » d’Elche et de Baza, à une tête de satyre de la villa romaine de La Huerta (Murcia), aux thermes de Carthago Nova…
– Gerión, n° 10 (1992), publié par l’Universita Complutense de Madrid.
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Puis Daniel Cazes présente deux ouvrages, l’un envoyé par le Centre de Flaran : Plantes et cultures nouvelles en Europe occidentale, au Moyen-Âge et à l’époque moderne. XIIe journées d’étude de l’abbaye de Flaran, 1990 (Auch, 1992) l’autre offert par M. Péaud-Lenoël : Benoît Chauvin, Pierres… pour l’abbaye de Villelongue, 2 vol., (Pupillin, 1992).
Le Président lit ensuite une lettre que Gérard Rivère, nouveau Président de la Société des Études du Comminges, nous a adressée à l’occasion du décès de Georges Fouet. Rappelant la place qu’occupait Georges Fouet dans nos deux Sociétés, il souhaite qu’elles poursuivent les relations qu’elles ont su établir entre elles.
Notre Société a également reçu une lettre de remerciement de la famille de Georges Fouet, à laquelle nous avions adressé nos condoléances : les enfants de notre confrère se rappellent à quel point leur père était fier d’appartenir à la Société archéologique du Midi de la France.
On procède ensuite au vote afin de pourvoir à la fonction de Bibliothécaire-Archiviste. M. Louis Latour est élu. Le Président le félicite de cette élection qui prolonge le travail de classement et de permanences qu’il a engagé depuis plus d’un an.
Puis M. Hermet présente son rapport sur la candidature de Mme Blanc-Rouquette, qui est élue membre correspondant de notre Société.
Le Président donne alors la parole à Mme Labrousse et M. Boudet pour la communication du jour : † Michel Labrousse, Le trésor de Dunes, publiée dans ce volume de nos Mémoires.
Le Président remercie Mme Labrousse et M. Boudet pour cette communication qui rappelle Michel Labrousse à notre souvenir. Puis il fait appel aux questions.
M. Péaud-Lenoël constate que les monnaies d’Emporion présentant Aréthuse au dauphin peuvent être rapprochées de monnaies de Syracuse et demande ce qu’il faut en penser. Par ailleurs, les émissions de Marseille ont-elles été imitées dans la région ? Enfin, si ces monnaies ne servent pas à l’économie d’échange, quel est leur usage ?
Richard Boudet reconnaît que, pour le droit, la parenté avec les monnaies de Syracuse est évidente, mais il indique qu’on ne sait comment l’interpréter. Les monnaies de Marseille et Emporion ont été imitées au départ en Limousin. Il est possible que l’origine de la monnaie dans le grand Sud-Ouest soit liée à l’exploitation de l’or, et il semble que l’on puisse établir un lien plus ou moins direct avec la Deuxième Guerre punique, sans être en mesure d’en préciser les modalités. La monnaie interviendrait en contrepartie, simple compensation de valeurs différentes, dans des échanges fondés principalement sur le vin et les céréales indigènes. L’hypothèse d’un commerce faisant intervenir la traite des esclaves semble devoir être écartée.
M. Lapart remarque que l’on a donc tendance à vieillir les chronologies et il se demande quelles monnaies utilisaient les Elusates du premier siècle avant J.-C.
M. Boudet répond qu’il s’agit d’une question difficile où beaucoup reste à faire. C’est sans doute là l’une des problématiques actuelles de l’archéologie. On peut toutefois noter qu’il y a des centres de monnayage à diffusion très restreinte, avec des monnaies frappées en même temps que les monnaies à la croix.
M. Boudartchouk fait remarquer que l’hypothèse de dépôts religieux est très incertaine pour la période pré-césarienne et voudrait savoir sur quelles bases elle peut se fonder.
M. Boudet souligne qu’il a été très prudent en énonçant cette hypothèse. On peut faire référence à des travaux en cours dans le nord de la France, et des études des monnaies trouvées dans des sanctuaires situés pour la plupart à la limite des Cités. Mais les informations manquent pour le Sud. On peut toutefois remarquer, pour la région étudiée, que les dépôts monétaires se situent en périphérie de la zone de circulation des monnaies.
Mme Labrousse remarque que l’hypothèse de dépôts, tout à fait séduisante, n’exclut pas l’existence de trésors. Daniel Cazes fait remarquer que le mot de trésor, compris comme le regroupement volontaire d’un ensemble de monnaies, n’implique aucune autre interprétation.
Abordant les questions diverses, le Président informe la Société qu’une présentation de systèmes de vidéothèque, par la Société Prisme, aura lieu à Blagnac le 14 juin. Il souhaite que des membres de notre Société puissent y assister.
À propos des travaux de l’Hôtel d’Assézat, le Président indique qu’une réunion a eu lieu ce matin, et qu’une autre est prévue pour demain. On retient principalement que la Ville n’a pas acheté exactement les terrains prévus.
Puis il donne lecture d’un article paru le 6 mai dans La Dépêche du Midi, qui met en cause la Société archéologique du Midi de la France. L’article est illustré en première page de l’édition toulousaine par une photographie en couleur de l’architecte des Bâtiments de France posant au beau milieu du rouge de » son » portail du n° 69 rue du Taur. Constamment attentive, l’assemblée se laisse néanmoins gagner par l’hilarité au fur et à mesure que progresse la lecture. Pour être drôle de ridicule, l’article n’en est pas moins consternant, pour ce qu’il laisse présager et de la qualité intellectuelle des débats à venir, et de la sauvegarde du patrimoine de la ville. En dirigeant la presse sur la couleur des vantaux, sur laquelle la Société ne s’est pas prononcée (cela lui importe peu, et les menuiseries n’étaient d’ailleurs pas peintes lorsque nous avons adressé nos dernières remarques et questions au Préfet et au Directeur régional des Affaires culturelles), on trompe volontairement le public et on élude les vraies questions, c’est-à-dire la pseudo-restauration du portail de Bachelier et la construction de locaux neufs (ceux du Service départemental de l’Architecture !) sur un portail classé Monument historique, pour laquelle on n’hésite pas à dénaturer l’œuvre de l’architecte du XVIe siècle. Notre Société répondra par voie de presse en temps opportun.
M.S.A.M.F. t. LIII, p.
AXONOMÉTRIE DES RUINES DU PALAIS DUÈZE, À CAHORS (Lot), vues depuis le Sud-Ouest (état en 1990).
Dessin aquarellé de Pavla Sadilkovà, d’après les relevés de Patrick Roques. Cliché Inventaire général / SPADEM.
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Séance du 1er juin 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Gazes, Secrétaire général, Ahlsell de Toulza, Trésorier; Mmes Blanc-Rouquette et Labrousse, MM. Barès, Blaquière, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Julien et Péaud-Lenoël.
Excusés : MM. Scellès, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Mmes Gazes et Ugaglia, MM. Bertrand, Catalo, Peyrusse et Tollon.
Le Président donne lecture d’une lettre adressée par Valérie Rousset, membre correspondant, qui signale la récente inscription de la » borie » de Savanac (Lot) à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, mesure sans doute susceptible de faciliter la restauration de cet ensemble de bâtiments du début du XIVe siècle.
Le Président cède ensuite la parole au Secrétaire général pour le compte-rendu de la correspondance imprimée.
Daniel Gazes rappelle que notre Société cherche à développer ses échanges de publications. À l’initiative de Richard Boudet, il a ainsi été possible d’obtenir l’envoi de numéros anciens d’une riche revue allemande:
– Archäologisches Korrespondenzblatt. Urgeschichte, Römerzeit, Frühmittelalter, Verlag des Römisch-Germanischen Zentralmuseums, Mayence, 1975, 1980, 1982, 1984, 1986, 1990, 1991, 1992 (5e-22e années ; 4 livraisons annuelles).
Deux articles rédigés en français et intéressant deux objets antiques très remarquables sont à signaler :
– Moreau (Jacques), Boudet (Richard), Schaaff (Ulrich), Un sanglier-enseigne gaulois à Soulac-sur-Mer (Gironde), 20e année, 1990, 4e livraison, p. 439-442;
– Feugère (Michel), Apollon et Daphné sur une boucle de ceinturon tardo-romaine en argent doré, 22e année, 1992, 2e livraison, p. 125- 136.
De l’étranger, la Société a également reçu les deux volumes d’Actes de la table ronde internationale organisée en 1989 sur le thème » Archéologie des activités pastorales dans l’Europe méridionale » : Revista di studi liguri, Istituto internazionale di studi liguri, Museo Bicknell, Bordighera, 1990 (nos l-4) et 1991 (nos l-4).
Parmi les revues françaises, le Secrétaire général signale : Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes-rendus des séances de l’année 1992, livraison de janvier-mars.
Ayant remercié Daniel Gazes de cette recension, Henri Pradalier cède la parole à José Barès pour la communication du jour, consacrée à La tour de Castelvieil de 1793 à 1993 :
» Cette tour est située à 3,5 km de Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne), sur un promontoire (alt. 772 m) en bordure de la route de Superbagnères, surplombant la vallée de la Pique ainsi que la route du Portillon de Burbe sur la rive droite. Il s’agit d’une construction édifiée par les comtes de Comminges ; d’une quinzaine de mètres de hauteur, elle a servi essentiellement de tour à signaux. Il en existe plusieurs autres dans le Larboust, le Luchon et la Layrisse. Cette tour présente la particularité d’avoir été fortifiée à trois reprises à l’époque moderne : sommairement au printemps 1793, après la déclaration de guerre de la Convention à l’Espagne ; difficilement, durant l’été 1813-1814, à l’instigation du maréchal Soult, qui voulait y installer une garnison de cent hommes ; rapidement par les Allemands en mai-juin 1944. Elle a toujours été un but de promenade pour les curistes de Luchon et, plus particulièrement, pour la société qui, à la fin du XIXe siècle, menait la vie » à grandes guides » : du Prince impérial à Bismarck, outre un grand nombre de poètes comme Lamartine et José Maria de Heredia ou d’auteurs tels Flaubert, Maupassant, Rostand et Mauriac. «
Henri Pradalier remercie José Barès. Il souligne l’apport de la documentation d’archives, qui permet de retracer l’histoire » administrative » de la tour au temps de la Révolution et de l’Empire, ainsi que l’intérêt de l’analyse des descriptions et gravures de l’époque romantique, qui ont donné une image très » dramatisée » et inexacte de ce monument. II s’enquiert ensuite des origines de la construction. José Barès indique que la tour a été élevée au XIIe siècle par l’un des comtes de Comminges (Bernard Ier, Bernard II ou Dodon, dit Bernard III), pour des raisons à la fois militaires et fiscales. Répondant à une autre question d’Henri Pradalier, il signale que la porte originelle de la tour, de 1,28 m de haut et de 0,90 m de large, se trouvait au niveau du premier étage, à 5,30 m de hauteur. Il précise ensuite les dimensions de l’édifice : longueur sur les faces est et ouest : 5,80 m hors œuvre, 2,80 m dans œuvre ; largeur sur les faces nord et sud : 7,62 m hors œuvre, 4,62 m dans œuvre ; hauteur: 14,68 m ; quatre niveaux d’inégale hauteur (rez-de-chaussée : 4,50 m, avec plafond planchéié sur retraits de maçonnerie; 1er étage : 3,27 m, avec même plafond ; 2e étage: 3 m, avec plafond planchéié sur corbeaux de pierre ; 4e étage : 3,34 m, avec voûte cintrée) ; des échelles de meunier intérieures desservaient jadis les divers niveaux.
Daniel Gazes demandant quels étaient les relais des signaux de la tour de Castelvieil, José Barès indique dans la direction de la vallée de la Garonne le château de Bagnères-de-Luchon, la tour de Moustajon, Marignac, Cierp et Fronsac ; vers la vallée d’Aure le col de Peyresourde et le château d’Albespie.
Sont ensuite abordées les questions diverses, dont l’installation de la fondation Bemberg dans l’Hôtel d’Assézat; le déménagement de l’aile gauche de l’hôtel est en effet commencé. Une réunion prévue pour le 3 juin devrait fournir de plus amples informations sur les projets et le déroulement des travaux.
M.S.A.M.F. t. LIII, p. 235
Séance du 15 juin 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellés, Secrétaire- adjoint Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Boudartchouk, Boudet, Cabau, Fabre, Gillis, Ginesty, Hermet, Julien, Lapart, Lassure, Manière, Nayrolles, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert,
Excusés : Mme Rousset, M. Séraphin.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal du 18 mai 1993, qui est adopté après suppression d’un court paragraphe.
Le Président indique qu’il a pu joindre M. Clottes, qui lui a dit regretter de ne pas pouvoir participer aux travaux de notre Société. Ses nouvelles charges le rendent très peu disponible, mais il accepte volontiers de devenir membre libre de notre Société.
À propos du n° 69 rue du Taur, M. Louis Peyrusse lit une note de M. Bruno Tollon, empêché, sur Le portail de l’Esquile.
» Les récents travaux effectués au 69 de la rue du Taur pour installer la nouvelle Agence des Bâtiments de France, Service départemental de l’Architecture, attirent l’attention sur le sort réservé aux édifices protégés au titre des Monuments historiques (le portail de l’Esquile est classé depuis le 21 mars 1910) lors de remaniements et de construction, et plus généralement sur la manière de traiter le bâti ancien dans le périmètre du Secteur sauvegardé de Toulouse. Ne subsiste aujourd’hui de façon évidente que la porte d’entrée monumentale du Collège municipal de l’Esquile. Elle s’insérait dans les grands travaux d’aménagement du XVIe siècle.
La réorganisation de l’enseignement des » Arts » préoccupait les Capitouls depuis 1550. En supprimant huit collèges moribonds, ils purent envisager de créer un nouveau collège de » plein exercice » destiné à l’enseignement des sept arts libéraux. Le roi donna l’autorisation par lettres patentes de juillet 1551 et les travaux furent menés à bien entre 1554 et 1566 sur l’emplacement de l’ancien collège de l’Esquile qui longeait la rue du même nom et ouvrait sur la rue des Lois. Les Capitouls y adjoignirent le terrain du collège de Saint-Exupéry qui s’ouvrait sur la rue du Taur. Les dimensions du collège furent augmentées encore par l’achat d’une maison qui appartenait aux héritiers du marchand Pierre de Saint-Étienne.
Les bâtiments neufs, pour lesquels plus de 1420 m de fondation furent creusés et plus de 200 000 briques utilisées, étaient destinés à procurer salles de cours et chambres aux étudiants et enseignants. En 1555, une porte monumentale fut commandée à Nicolas Bachelier. Ouvrant sur la rue du Taur, elle servit jusqu’au XVIIIe siècle d’entrée principale au collège. Entre temps, l’enseignement fut confié aux Doctrinaires (1654) qui menèrent plusieurs campagnes de construction : les bâtiments à portiques (datés de 1678) sont encore visibles dans la cour de la Direction des Services fiscaux (côté rue de l’Esquile). En 1702 eut lieu le déplacement de l’entrée principale, désormais aménagée du côté sud, dans la rue de l’Esquile, face à la rue des Pénitents-Gris. La grande chapelle entre cour et jardin restait accessible par le portail de 1555, rue du Taur.
Magasin à fourrage sous le Révolution, l’ensemble fut racheté par le clergé pour y installer le Petit Séminaire en 1805. En 1905, les locaux changèrent une dernière fois d’affectation. Cette propriété municipale abrite différents services et une salle de spectacle (tour à tour » Ciné Espoir » et » Théâtre du Taur « ) dont le vestibule conserve les dimensions de l’ancienne chapelle.
Le portail de 1555 reste un vivant témoignage de l’ensemble construit à la Renaissance.
Le 12 octobre 1555, les Capitouls ont confié l’exécution de l’entrée monumentale à Nicolas Bachelier : les paiements s’échelonnent entre cette date et novembre 1556. Le portail était alors terminé puisque les collégiats décidèrent de fermer l’ancien accès de la rue des Lois, trop proche de la Faculté de Droit. Le règlement définitif intervenu le 11 décembre 1557 porta le coût total à 429 livres. Ce montant peut être comparé à celui du portail demandé cinq ans auparavant à Géraud Mellot pour le Grand Consistoire du Capitole (347 livres).
Le portail de Bachelier s’ouvre sur une longue cour intérieure (plan Jouvin de Rochefort de 1679) et donne accès aux bâtiments du collège, que Joseph-Marie Saget a porté sur son plan de Toulouse, regroupés autour d’une seconde cour. L’entrée principale du collège s’ouvrait donc dans un simple mur de clôture porté à la hauteur des maisons avoisinantes.
Sa composition particulièrement éloquente associe deux conceptions de l’apparat. La porte en plein cintre est percée dans un léger avant-corps traité selon les critères de l’ordre rustique. Le bossage, un sur deux, en très fort relief, montre une texture vermiculée qui varie d’une assise à l’autre pour procurer cette impression de puissance brute. Les trois claveaux principaux, hors d’échelle, mordent sur l’architrave et le filet de la frise qu’ils interrompent de propos délibéré (et non par maladresse comme le croyait Henri Graillot). La clef fait une saillie sur l’intrados comme les deux assises correspondant à l’imposte de l’arc.
La première partie du portail, traitée comme un socle monumental, est surmontée d’un entablement très soigneusement dessiné pour recevoir, sur la frise, les huit blasons des capitouls en exercice. Chacun d’entre eux s’enlève sur un cartouche découpé. La puissante corniche porte une composition qui forme frontispice entre deux vases ornés d’anses à figures. Le premier ressaut de l’attique abrite trois grands cartouches entourés de bordures en cuirs découpés. Celle du centre était destinée aux armes de la Ville, les deux autres à celles du Collège et de la Province, selon Lahondès. Le couronnement en forme d’édicule à fronton comporte des pilastres cannelés d’ordre dorique et trois croissants sur des socles pour servir d’emblème à Henri II, dont la protection est attestée par la présence des armoiries fleurdelisées (le tout a été bûché), associées à la couronne royale et au grand collier de l’Ordre de Saint-Michel. Le ressaut du mur de clôture dépasse ce décor et se termine par une corniche de pierre. Un corps de moulure identique se prolonge de part et d’autre de la travée de portail et marque le couronnement du mur-écran. Ces deux éléments ont été surélevés lors des travaux récents qui ont vu l’installation du Service départemental de l’Architecture (le mur de brique a reçu un badigeon qui a coloré aussi d’ocre rouge les joints de mortier et détache le portail de pierre, nettoyé, sur un fond rouge brunâtre).
L’intérêt de ce portail est double. Contemporain des travaux de l’hôtel d’Assézat, il conserve le témoignage d’une entreprise municipale voulue sur un grand pied pour abriter un collège d’enseignement. À l’origine du projet, on retrouve une figure de l’humanisme toulousain, Jacques du Faur, vicaire général du cardinal de Châtillon, président à la Chambre des enquêtes au Parlement de Paris. Il est lié, à plusieurs
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Le COLLÈGE DE L’ESQUILE SUR LE PLAN DE TOULOUSE DIT » JOUVIN DE ROCHEFORT « , 1679. Sur ce détail du quartier Saint-Sernin figure la parcelle du collège de l’Esquile avec ses deux cours (ou jardins).
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LE COLLÈGE DE L’ESQUILE SUR LE PLAN DE J.-M. SAGET, 1750. La parcelle du collège s’est agrandie. Y figurent la nouvelle entrée, au Sud, et la chapelle entre cour et jardin.
reprises, à la carrière de Nicolas Bachelier. Ce dernier a exécuté pour le prélat et son frère Michel du Faur les travaux du château de Saint-Jory où, pour la première fois, était utilisé à Toulouse 1’ » ordre rustique » (1545). Le portail à bossage de Saint-Jory montrait une familiarité avec l’art de Serlio : les livres IV et III de l’Architecture de Sebastiano Serlio, parus à Venise en 1537 et 1540, abondaient en exemples de ce type. Si le portail de Saint-Jory évoque l’art de Jules Romain et des disciples de Raphaël, celui de l’Esquile invite plutôt à des rapprochements avec un autre ouvrage de Serlio dont la parution à Lyon était toute récente. La publication d’un Livre extraordinaire de l’architecture de Sebastiano Serlio auquel sont démontrées trente Portes Rustiques meslées de divers ordres. Et vingt autres d’œuvre délicate en diverses espèces (1551), a connu un véritable succès dans toute l’Europe. Cette série thématique lui avait été inspirée par une réalisation qu’il venait d’achever en 1546, pour l’hôtel du cardinal de Ferrare à Fontainebleau, et dont le portail rustique, immédiatement admiré, avait provoqué chez lui une sorte de » fureur architectique » dont les cinquante modèles à l’eau-forte gravés chez Jean de Tournes en 1551 sont – nous dit-il – le résultat. Ce recueil, indépendant des six volumes de son traité, profitait aussi du succès du bossage inspiré par Bramante et Raphaël, et dont le pavillon du roi au Louvre ou le château de Valléry-en-Brie offrent les plus éclatants exemples. Vers 1550, Philandrier avait aussi dessiné un portail rustique pour le château des Bourines, grand domaine agricole du cardinal d’Armagnac au nord de Rodez. Les livres du savant auteur du Vitruve de 1544, qui était avec Serlio à Venise (entre 1537 et 1539) puis à Rome dans le cercle des Sangallo, suffisent à expliquer les caractères de ce portail.
LE PORTAIL DU COLLÈGE DE L’ESQUILE avant les modifications de 1992. Cliché Bruno Tollon.
La création toulousaine s’inscrit donc dans une série, mais le modèle retenu par Bachelier montre une parenté étroite avec la gravure n° XVI du Livre extraordinaire de Serlio : même recours aux bossages en assises un sur deux, même opposition entre le socle rustique et le couronnement délicatement traité. Bachelier introduit des subtilités : par exemple, les assises séparant les pierres en bossages montrent une texture repiquée à la gradine pour les premières, puis progressivement lisses au fur et à mesure que l’on approche de l’entablement. Quant à l’attique, il reprend les croissants visibles sur le modèle de Serlio, mais le sculpteur a ajouté un décor de vases, de cartouches savamment
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LE PORTAIL DU COLLÈGE DE L’ESQUILE après les travaux de 1992 : vue de la construction nouvelle qui englobe l’ancienne clôture servant de parapet à une terrasse et à la surélévation ornée de verre fumé et montants métalliques. Les fenêtres en thermales du bâtiment en fond de cour correspondent à l’ancienne chapelle du Petit Séminaire (circa 1840). Cliché Bruno Tollon.
LE PORTAIL DU COLLÈGE DE L’ESQUILE après les travaux de 1992. Cliché Bruno Tollon.
découpés, et deux figures de profil qu’il convient de rapprocher de celles que l’on trouve – à une autre échelle, certes – sur les façades de l’hôtel du Vieux-Raisin. Et tout particulièrement des termes de profil qui encadrent la baie géminée qui s’ouvre sur la rue du Languedoc à droite du portail et qui fait partie de la campagne commandée par le greffier du Parlement Jean Burnet.
Le décor confirme donc ce que nous indiquent les archives : le portail rapidement exécuté entre octobre 1555 et novembre 1556 sert d’entrée unique à partir du 20 novembre de cette année et son décor, diversement apprécié au début de notre siècle, répond bien à un programme voulu dès le départ et conduit à son terme. La génération de 1550 appartient à ce courant stylistique, désormais bien exploré, du » maniérisme « , courant international auquel un certain nombre de créations toulousaines peuvent être rattachées. Le portail du Collège de l’Esquile illustre cette esthétique qui se plaît aux effets de contraste entre le rude et le délicat, le puissant et le raffiné. Tout est fait pour en imposer au visiteur comme à l’étudiant qui en franchissent les portes. On pourrait même voir dans le passage entre la pierre rendue à l’état brut et l’expression aboutie des ordres d’architecture, la volonté d’exprimer une dialectique, celle de la formation accomplie dans l’établissement, fait pour conduire de l’ignorance au savoir, de l’état de nature à l’état policé, le tout sous le regard vigilant de l’État royal. L’architecture propose donc à sa manière un véritable discours, tout à fait adapté à la culture humaniste et à un collège consacré à l’apprentissage des » Arts libéraux « . Les plus subtils pouvaient y voir en
PORTAIL DU COLLÈGE DE L’ESQUILE : détail de l’entablement montrant le passage des claveaux sur les moulures de l’architrave. Cliché Bruno Tollon.
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PORTAIL DU COLLÈGE DE L’ESQUILE : détail de la frise avec l’alternance des masques qui crachent des rubans et des cartouches portant les armes des Capitouls. Cliché Bruno Tollon.
outre des véritables citations de monuments célèbres comme le Colisée romain pour les bossages, le palais du Té à Mantoue pour les clefs » descendues « , et les couronnements triomphaux dressés lors des entrées royales.
Jusqu’à ces temps derniers, le portail intact ornait l’entrée de la cour selon une disposition déjà rencontrée à l’hôtel d’Ulmo (1535) : percée dans une clôture, elle annonce un édifice qui se trouve au-delà du parcours de la cour. Le modèle sera repris par les Jésuites pour le grand portail de leur collège, percé en 1603 dans leur enclos, du côté des Jacobins, et au milieu du XVIIe siècle pour le couvent des Carmélites, rue de Périgord.
On s’explique donc la surprise d’avoir vu appuyer un bâtiment là où seuls deux appentis de conciergerie étaient venus encombrer la cour de l’ancien collège. Cet exemple montre que la protection assurée par l’inscription au titre des Monuments historiques peut se révéler insuffisante si ne sont pas précisés les caractères qui font la valeur du monument – ici la succession rue, portail percé dans le mur de clôture, cour d’accès aux bâtiments d’enseignement et à la chapelle –, ni la nécessité qu’il y a à prendre en compte dans la protection le sol archéologique de la parcelle. Le débat mérite d’autant plus d’être ouvert qu’il concerne ici les locaux destinés à un Service dont l’une des responsabilités consiste justement à faire respecter la législation des Monuments historiques. Il ne s’agit pas d’un plaidoyer pour un pseudo statu-quo, mais on sait par ailleurs qu’une des préoccupations des responsables de Secteurs sauvegardés consiste à tenir compte des problèmes posés par une densification des quartiers historiques. Le tissu ancien de la ville avec la trame imposée par le parcellaire, la succession du bâti et des espaces libres – rues, places, cours intérieures – expriment des modes d’occupation de la ville. À ce titre, ils méritent une réflexion d’ensemble pour que ne soient ni » gommés » (comme le nettoyage des pierres ou de la brique le suggère dans le langage des intervenants), ni même réduits à l’état d’objets, ces témoignages du passé que seule une prise en compte globale peut nous permettre de comprendre et de respecter. «
La discussion s’engage alors sur le rôle de l’architecte des Bâtiments de France. On fait remarquer qu’il s’agit d’une situation aujourd’hui aberrante, provoquée par la dérive du rôle de ce fonctionnaire dont le pouvoir discrétionnaire, en principe fondé sur une compétence, confine à l’arbitraire. Il faut distinguer son intervention sur les Constructions anciennes et sur les travaux neufs. Sauf exception individuelle, l’architecte des Bâtiments de France, ni d’ailleurs l’architecte en chef des Monuments historiques, ne peut prétendre au minimum de compétence que l’on est aujourd’hui en droit d’exiger pour l’étude d’un édifice ancien. Il serait temps que l’on en prenne conscience et que l’on confie ces études à des archéologues et historiens de l’Art, l’architecte intervenant dans sa spécialité, qui est celle de la technique architecturale au service de la conservation et de la restauration des édifices ; cela suppose une déontologie qui est sans doute à redéfinir puisque la charte de Venise paraît bien oubliée. Quant aux travaux neufs, on ne voit pas à quel titre l’architecte des Bâtiments de France a compétence pour définir mieux que d’autres l’esthétique d’aujourd’hui. Sa décision repose sur sa seule subjectivité, éminemment variable, et n’est susceptible d’aucun appel. En outre, il est juge et partie puisqu’il peut réaliser lui-même des travaux neufs dans le département sur lequel il exerce son contrôle : ainsi dans le cas du n° 69 rue du Taur, l’architecte des Bâtiments de France perçoit des honoraires sur les travaux réalisés pour le compte de l’État, dans le secteur qu’il a en charge. Pour être légale, cette situation n’en est pas moins anormale et lourde d’ambiguïtés.
Le Président conclut la discussion en proposant d’envoyer au Directeur régional des Affaires culturelles, au Préfet, au Conservateur régional des Monuments historiques, à l’Architecte des Bâtiments de France et à La Dépêche du Midi les copies du texte de Bruno Tollon et de la note sur le rôle de l’Architecte des Bâtiments de France, de l’article de La Dépêche et des courriers.
Il informe ensuite la Société de la réponse qui lui a été donnée par le Maire de Toulouse à propos de notre demande de la réalisation dans le nouveau pavement de la place du Capitole d’un tracé évoquant la Porterie romaine détruite en 1971. On nous renvoie à l’Architecte des Bâtiments de France et à M. Voinchet qui sont chargés de cet aménagement et à qui il faut donc faire cette proposition. Copies des courriers leur seront envoyées.
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Le Président donne ensuite la parole à Maurice Scellès pour la communication du jour, consacrée à L’ancienne église Notre-Dame la Daurade, publiée dans ce volume des Mémoires.
Le Président remercie Maurice Scellès de sa communication, et rappelle que M. Gratien Leblanc avait trouvé deux tesselles de mosaïque à fond d’or lors de travaux pratiqués près de la Daurade.
Quitterie Cazes se demande si l’église ne pouvait être un édifice à un chevet à cinq pans plutôt qu’un décagone de plan centré. Maurice Scellès répond que l’hypothèse d’un décagone primitif n’est en effet pas absolument démontrée ; les arguments en sa faveur sont la rupture entre le chœur et la nef, qui a toujours été observée par les auteurs anciens, et, si l’on retient l’analyse iconographique d’Helen Woodruf, le fait que le programme de mosaïque que l’on connaît serait incomplet. Mais l’analyse à laquelle s’est livrée Ana Maria Jiménez Garnica impose de la réexaminer. Henri Pradalier fait remarquer les retours des murs bien visibles sur le plan de Dom Martin ; ceci est confirmé par le plan, plus fiable, des Archives nationales. Daniel Cazes rappelle cependant que le plan donné par Dom Martin doit être replacé dans le contexte de l’ouvrage, qui établit des comparaisons avec d’autres édifices à plan centré, et celui des recherches du XVIIIe siècle sur les temples réputés » gaulois « . Claude Péaud-Lenoël évoquant les cryptes semi-enterrées, Maurice Scellès indique qu’il s’agit d’un aspect très incertain de l’architecture de la Daurade : rien ne permet en tout cas de dire qu’elles appartenaient à l’édifice primitif, et on ne peut en faire un véritable étage, comme on l’a fait parfois ; leur aménagement peut être bien postérieur à la construction antique. À une question d’Henri Pradalier sur la structure double des murs, Maurice Scellès répond en soulignant que ce point, comme d’autres, pourrait peut-être être éclairé par une reprise de l’ensemble de la documentation des XVIIe et XVIIIe siècles. Il ajoute que le témoignage de Malliot doit également être reconsidéré, et Pascal Julien indique que ses propres recherches lui ont permis de vérifier bien souvent la véracité des assertions de cet auteur.
Henri Pradalier et Jean Rocacher soulignent la place occupée par la Vierge dans le programme iconographique des mosaïques. Pour Maurice Scellès, le principal intérêt de l’étude d’Ana Maria Jiménez Gamica est d’en proposer une lecture » arienne « , ce qui nous impose, que nous soyons convaincus ou non par sa démonstration, de ne plus considérer comme un fait acquis l’hypothèse d’un programme marial.
Pascal Julien s’interroge sur la datation des colonnes torses et à pampres. Pour Daniel Cazes, elles sont bien contemporaines et relèvent d’une mode architecturale que l’on retrouve sur la décoration des sarcophages de la seconde moitié du IVe siècle. Henri Pradalier rappelle que les mosaïques du mausolée de Centcelles, près de Tarragone, montrent des colonnes torses.
Jean Rocacher demande quels ont été les résultats des fouilles de 1962. Daniel Cazes rappelle la découverte d’une brique estampillée. Mais rien de significatif n’a été retrouvé, et Maurice Scellès rappelle que le sondage a été maintenu visible sous forme de » crypte archéologique « .
Jacques Lapart signale qu’un fragment de chapiteau provenant peut-être de la Daurade a été retrouvé – Maurice Scellès indique que les chapiteaux de la Daurade peuvent parfois être identifiés grâce à des traces de peintures verte et blanche – et que des colonnes et chapiteaux remployés dans l’église de Monflanquin sont tout à fait semblables.
Notes sur quelques chapiteaux de marbre aquitains très proches de la série de la Daurade à Toulouse, par Jacques Lapart.
» Les chapiteaux de marbre de l’Antiquité tardive et/ou du haut Moyen Âge du sud-ouest de la Gaule ont donné matière à de nombreux inventaires qui ont révélé la richesse de cette région : au moins quatre-vingts chapiteaux connus dans le département du Gers (1), une quarantaine dans celui de la Haute-Garonne (2), autant dans les Landes (3), une soixantaine dans les départements de Lot-et-Garonne et de Tarn-et-Garonne (4), une trentaine dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques (5) et il faudrait encore comptabiliser les nombreux exemplaires du Bordelais (6), de Poitiers (7), de Nantes (8), du centre de la France (9) et de la région parisienne (10), etc. Au total plus de deux cent cinquante chapiteaux ont été décrits et attribués aux carrières pyrénéennes ; cependant il conviendrait de faire des analyses pétrographiques pour essayer de déterminer de façon précise l’origine des marbres.
Il faut souligner que l’étude et la publication de ces très nombreux chapiteaux ont permis de tenter des classifications typologiques en retenant la forme de l’épannelage, en examinant le traitement de l’acanthe, la disposition des feuilles, etc. En dehors des exemplaires sans doute les plus anciens, qui sont proches du corinthien malgré une dissolution de la syntaxe canonique et que l’on retrouve surtout dans l’ouest de l’Aquitaine (12), on constate ailleurs, comme l’avait déjà souligné très justement Denise Fossard (13), une très grande diversité qui fait qu’il est presque toujours impossible de trouver plusieurs œuvres absolument identiques (14). On doit donc insister sur les chapiteaux composites de la Daurade à Toulouse, qui constituent une série bien particulière dont on connaît au moins vingt-et-un exemplaires (15). Il nous paraît donc utile de signaler ici l’existence, en Aquitaine, de nouvelles sculptures qui semblent, tant par le style que par les dimensions, se rapprocher très nettement de la série de la Daurade.
A. Chapiteau conservé (avec deux autres chapiteaux de marbre de types différents) au château de Lau dans la commune de Duhort-Bachen (département des Landes). On ignore le lieu de découverte et une tradition de la famille du propriétaire rapporte que ce chapiteau récupéré par l’érudit M. de Cardailhac à la fin du XIXe siècle viendrait de Bigorre.
Il a été publié récemment par Mme Okaïs, qui conclut que les » dimensions, le matériau et l’exécution de ce chapiteau sont identiques aux caractéristiques des
CHÂTEAU DE LAU, DUHORT-BACHEN (Landes). Chapiteau composite en marbre qui pourrait provenir de l’ancienne église de la Daurade à Toulouse. Cliché J. Lapart.
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chapiteaux composites de la Daurade à Toulouse et l’on peut supposer qu’un même atelier a dû exécuter ces œuvres » (16). Nous pensons que cet exemplaire doit provenir effectivement de la Daurade : M. de Cardailhac aurait pu l’obtenir par achat chez des antiquaires lors des dispersions du XIXe siècle ou du début du XXe siècle (17) ou en entrant en contact avec des familles de la bonne société régionale, descendants de J.-F. de Montégut, Barrau de Lorde, propriétaires des vestiges encore conservés de l’édifice toulousain.
B. Ensemble de deux chapiteaux, deux colonnes à cannelures torses et deux bases remployées dans la façade de la petite église de Calviac à Monflanquin (Lot-et-Garonne). On ignore le lieu exact de découverte et les circonstances de remploi (18).
Chapiteaux, colonnes et bases sont inclus dans le mur de façade, de part et d’autre du portail ; ils ne supportent aucune structure et sont simplement remployés dans un but décoratif. Profondément intégré dans le mur, l’ensemble est en partie masqué par le crépi. Hauteurs des différents éléments : côté gauche du portail : chapiteau 0,28 m ; colonne 1,51 m ; base 0,20 m ; côté droit du portail : chapiteau 0,27 m ; colonne 1,62 m ; base 0,22 m.
La colonne de gauche est actuellement un montage constitué de trois fragments dont on distingue les limites. La colonne de droite semble entière et paraît légèrement plus haute que les exemplaires conservés à Toulouse (19).
Dans ce deuxième cas, malgré le remploi qui empêche d’examiner parfaitement toutes les faces, on ne peut que souligner aussi la très forte ressemblance avec les éléments de la Daurade. Il faut cependant remarquer que le collier d’échine diffère de celui des chapiteaux toulousains, dont la tresse à deux brins, sous le rang d’oves et de fers de lance, est ici remplacée par ce qui semble être un rang de perles. Ce détail suffit peut- être pour penser que les deux supports de Monflanquin ne proviennent pas de l’ancienne église Notre-Dame la Daurade. «
Puis le Président donne les dernières informations concernant les travaux de l’Hôtel d’Assézat. Il résulte des réunions les plus récentes qu’il sera impossible d’éviter le déménagement de notre Société, et ce en dépit des engagements oraux pris par les représentants de la Ville. Nous n’avons pas pour l’instant de solution satisfaisante pour remplacer notre salle des séances et poursuivre notre travail. Certains membres pensent qu’il ne faut pas abandonner totalement l’Hôtel d’Assézat pendant les travaux et qu’il faut donc que nos séances y soient maintenues.
1. Mary LARRIEU, Chapiteaux en marbre antérieurs à l’époque romane dans le Gers, dans Cahiers archéologiques, XIV, 1964, p. 109-t 57 ; Mary LARRIEU-DULER, Nouvelles découvertes de chapiteaux en marbre antérieurs à l’époque romane dans le département du Gers, dans Monuments et Mémoires Piot, LVIII, 1973, p. 75-90 ; J. LAPART, Chapiteaux de marbre antérieurs à l’époque romane dans le Gers, nouvelles découvertes, dans Archéologie du Midi médiéval, 3, 1985, p. 3-12.
2. J. BOUBE, Chapiteaux de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge dans le Comminges et le Toulousain, dans Pallas, Revue d’Etudes antiques, hors série 1986, Mélanges offerts à M. Labrousse, Toulouse, 1986, p. 457-482 ; M. DURLIAT, C. DEROO, M. SCELLES, Recueil général des monuments sculptés en France pendant le haut Moyen Âge (IVe-Xe siècles), IV – Haute-Garonne, Paris, CTHS, 1987.
3. J. CABANOT, Chapiteaux de marbre antérieurs à l’époque romane dans le département des Landes, dans Cahiers archéologiques, XXII, 1972, p. 1-18 ; J. CABANOT, Chapiteaux de marbre inédits à Aire-sur-l’Adour, dans Bulletin monumental, 147-3, 1989, p. 239-243.
4. J. L.APART, Chapiteaux en marbre de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge dans la moyenne vallée de la Garonne (départements du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne), dans Bulletin archéologique du CTHS, nouv. sér., Antiquités nationales, fasc. 23-24, Paris, p. 85-136.
5. E. OKAÏS, Chapiteaux de marbre des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées antérieurs à l’époque romane, dans Aquitania, VIII, 1990, p. 135-160 ; E. OKAÏS, Trois chapiteaux de marbre antérieurs à l’époque romane, dans Bulletin de la Société de Borda, 116, 1991, p. 343-354.
6. En l’absence d’inventaire, voir les nombreux exemplaires mentionnés dans L. VALENSI, Sculpture médiévale de Bordeaux et du Bordelais, Bordeaux, Musée d’Aquitaine, 1976.
7. F. EYGUN, Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, dans Gallia, XXI, 1964, p. 137-167.
8. D. COSTA, Nantes, musée Th.-Dobrée, Art mérovingien, Paris, éd. des Musées nationaux, 1964.
9. May VIEILLARD-TROIEKOUROFE, Les monuments sculptés de l’époque mérovingienne en Auvergne, dans Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1980-l981, p. 221-231 et cf. p. 231 : lors de la discussion, M. Jean Hubert notait le nombre élevé de chapiteaux d’Aquitaine en Auvergne.
10. Nombreux chapiteaux considérés comme provenant d’Aquitaine mentionnés dans diverses publications récentes : D. FOSSARD, M. VIEILLARD TROIEKOUROFF, E. CHATEL, Recueil général des monuments sculptés en France pendant le haut Moyen Âge (IVe-Xe siècles), I – Paris et son département, Paris, 1978 ; P. PÉRIN et coll., Collections mérovingiennes du musée Carnavalet, catalogue d’art et d’histoire, n° 2, Paris, 1985 ; J.-P. CAILLET, L’Antiquité classique, le haut Moyen Âge et Byzance au musée de Cluny, catalogue, éd. des Musées nationaux, Paris, 1985, p. 64-75 ; la sculpture dans La Neustrie, les pays au nord de la Loire de Dagobert à Charles le Chauve (VIIe-IXe s.), édité par P. PÉRIN et L.-C. FEFFER, Créteil, 1985, p. 191-197.
11. J. CABANOT, Chapiteaux de marbre…, dans Bulletin monumental, 1989, p. 243. On attend impatiemment les résultats des enquêtes en cours ; pour l’instant cf. C. COSTEDOAT, Les marbres pyrénéens de l’Antiquité, éléments d’enquête pour de nouvelles recherches, dans Aquitania, 6, 1988, p. 197-204.
12. Chapiteaux corinthiens, premier et deuxième types, cf. J. CABANOT, Chapiteaux de marbre…, dans Cahiers archéologiques, XXII, 1972, p. 5 et suiv. ; E. OKAÏS, Chapiteaux de marbre…, dans Aquitania, VIII, 1990, p. 154 et suiv. Sur l’évolution du traitement du type corinthien, voir aussi J. CABANOT, Les débuts de la sculpture romane dans le Sud-Ouest de la France, Paris, Picard, 1987, p. 40-41.
13. D. FOSSARD, Les chapiteaux de marbre du VIIe siècle en Gaule, style et évolution, dans Cahiers archéologiques, 2, 1947, p. 69-85 ; voir p. 84.
14. Cette diversité des chapiteaux dans les édifices plus tardifs de l’époque mérovingienne est moins surprenante et correspond, comme l’a bien fait remarquer Jean Boube, » à la diversité d’origine des chapiteaux en remploi que les évêques et maîtres d’œuvre faisaient venir de chantiers en démolition de monuments antiques » (Chapiteaux de l’Antiquité tardive…, dans Pallas, hors série 1986, p. 414) ; voir aussi les pages fondamentales sur cette question de E. JAMES, The Merovingian Archaeology of South-West Gaul, BAR Supplementary series 25 (1), Oxford, 1977, p. 237-238.
15. M. DURLIAT, C. DEROO, M. SCELLES, Recueil des monuments sculptés…, IV- Haute-Garonne, p. 93, n° 118 et suiv. ; homogénéité des chapiteaux soulignée par E. JAMES, dans The Merovingian Archaeology of South-West Gaul…, p. 273.
16. E. OKAÏS, Trois chapiteaux de marbre antérieurs à l’époque romane, dans Bulletin de la Société de Borda, 116-III, 1991, p. 344.
17. D. FOSSARD, M. VIEILLARD-TROIEKOUROFF, E. CHATEL, Recueil des monuments sculptés…, I- Paris…, p. 179-180.
18. J. LAPART, Chapiteaux de marbre…, dans Bulletin archéologique du CTHS, nouv. série, Antiquités nationales, fasc. 23-24, Paris, 1991, p. 108-109.
19. M. DURLIAT, C. DEROO, M. SCELLES, Recueil des monuments sculptés…, IV- Haute-Garonne, p. 95-98 et p. 140-141.
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ÉGLISE DE CALVIAC À MONTFLANQUIN (Lot-et-Garonne). Portail encadré de deux colonnes torses remployées. Cliché J. Lapart.
ÉGLISE DE CALVIAC À MONTFLANQUIN (Lot-et-Garonne). Porche, détail du chapiteau composite de droite. Cliché J. Lapart.
ÉGLISE DE CALVIAC À MONTFLANQUIN (Lot-et-Garonne). Porche, détail du chapiteau composite de gauche. Cliché J. Lapart.
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À propos des travaux en cours, on rappelle que certains membres ont commencé à récupérer des pierres sculptées déposées, en particulier des têtes de lion de la corniche, afin de les mettre à l’abri ; voyant cela, les ouvriers en ont apporté d’autres, et un trumeau est venu s’y ajouter tout récemment.
Mais l’aménagement des futurs locaux nous donne d’autres sujets d’inquiétude. Nous n’avons toujours pas de certitude quant à la porte qui devait être percée entre la nouvelle salle des séances et le grand escalier. En outre, les Services de la Mairie ne prévoyaient ces derniers temps qu’un simple » toilettage » pour cette salle, alors qu’elle n’existe pas et qu’il était convenu qu’elle serait réalisée dans le même style que le reste de l’Hôtel, avec plafond à la française, parquet, etc., et possibilité de remontage de notre cheminée actuelle.
Le Président annonce qu’il a reçu un courrier de Mme Pousthomis demandant son admission au titre de membre correspondant de notre Société. Cette candidature sera examinée par le Bureau.
Puis il rend compte de sa visite à la Société Prisme, où il s’est rendu avec Richard Boudet, pour une présentation d’un système de consultation sur ordinateur d’une banque d’images, qui est actuellement mis en place à Rodez en liaison avec le Centre d’art roman de Conques.
Jacques Lapart informe la Société de la redécouverte récente, à Auch, d’une collection d’antiques résultant des fouilles effectuées entre 1880 et 1895 par un propriétaire auscitain.
Guy Ahlsell de Toulza rappelle qu’il avait signalé des projets d’aménagement à l’École des Beaux-Arts. Les travaux, qui vont commencer le mois prochain, concernent la tour des latrines de l’ancien monastère de la Daurade. Il s’agit d’une haute tour de 5 m sur 7 m environ de côté, percée de fenêtres hautes en plein cintre, où l’on aperçoit des conduits en terre cuite vernissée. Toute la tour va être transformée pour y aménager des salles de cours, nécessitant d’établir des sols de béton et d’ouvrir des portes. Mme Grubert a envoyé une lettre au Service de l’Architecture de la Ville, qui est restée sans réponse. Rien non plus de la part des Services archéologiques. Il faut absolument intervenir si l’on ne veut pas que cette structure rare disparaisse complètement sans la moindre étude.
Le Président prononce la clôture de l’année académique.
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LA » VIS DES ARCHIVES » DE TOULOUSE VERS 1872. Vue d’ensemble depuis l’Est. Cliché des Archives des Monuments historiques, reproduction de 1955.
LA » VIS DES ARCHIVES » DE TOULOUSE VERS 1872. Vue intérieure.
Cliché des Archives des Monuments historiques, reproduction de 1955.
En marge des procès-verbaux des séances de la Société, nous donnons une note de Bruno Tollon à propos de la » Vis des Archives » de Toulouse :
» Monsieur Pierre Monjoin, auteur d’une étude qui a fait date : L’oeuvre toulousaine de Viollet-le-Duc (Étude historique et critique), publiée dans les Mémoires de notre Société en 1957 (t. XXV, p. 1-178, XII p1.), a bien voulu nous faire part de ses remarques à propos de l’article consacré à L’escallier de Toulouze ou la vis des Archives revisitée, paru dans le dernier volume de nos Mémoires (t. LII, 1992, p. 97-106).
Il insiste sur le fait que l’intérêt de la vis n’avait pas échappé au restaurateur de Saint-Sernin au moment où il était chargé de restaurer le » donjon » du Capitole. Il avait fait établir ces relevés que nous connaissons par son collaborateur Anatole de Baudot (dessins datés du 1er juillet 1872) et avait lui-même proposé une restauration de l’escalier. Le projet, conservé aux Archives municipales de Toulouse, montre une coupe de l’escalier, muni d’une balustrade et coiffé d’une voûte en étoile sous la haute charpente de la toiture en pavillon. Cette couverture imposante trouvait sa justification dans celle que l’architecte prévoyait pour le donjon lui-même. M. Monjoin pense que Viollet-le-Duc » n’avait accepté de restaurer le donjon qu’en raison de l’intérêt de la vis dont il était en somme la justification « . Pour notre correspondant, c’est la mort de Viollet-le-Duc qui a signé l’arrêt de mort de la vis, » sinon il aurait eu suffisamment d’autorité pour sa conservation et il se serait battu sans nul doute comme pour d’autres éléments de l’ancien Capitole d’ailleurs « .
M. Monjoin nous a communiqué une série de clichés qu’il avait fait réaliser pour son étude. Les originaux avaient été pris à la demande d’Anatole de Baudot comme instruments de travail. L’un d’eux montre l’intérieur de l’escalier : l’original de cette photographie (Archives des Monuments historiques) ayant disparu, nous publions ici ce tirage de 1955 pour le verser au dossier de ce monument détruit (en y ajoutant la façade postérieure de la tour de la vis). La vue a sans doute été prise depuis le premier repos de l’escalier et montre l’angle nord-ouest de la tour. La qualité du cliché suggère des observations qui complètent celles que permettaient les dessins d’Anatole de Baudot. On y voit trois des volées de la première révolution et les voûtes de la seconde volée avec leur plan d’appareillage, et en particulier le traitement du retour d’angle. La mouluration soignée qui borde le jour central est encore intacte et l’absence de garde-corps accentue l’effet de progression continue. Cette vue permet aussi de préciser la nature du revêtement des marches. On devine que celles-ci ont un nez en bois et sont faites d’un carrelage sur remplissage – disposition assez banale aux XVIIIe et XIXe siècles. En revanche, les repos sont pavés de petits galets caractéristiques des corridors et des cours de Toulouse. Cette disposition avait frappé Anatole de Baudot et il l’a étendue sur ses dessins à l’ensemble du revêtement de l’escalier. La comparaison du document photographique et du dessin d’Anatole de Baudot, pour établir la coupe est-ouest et pour les deux vues intérieures, montre les petites infidélités du rigoureux architecte. «
Bulletin de l’année académique 1993-1994
Tome LIV (1994)
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Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1993-1994, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LIV, 1994) dont nous indiquons la pagination. Les corrections nécessaires ont été apportées et quelques illustrations en noir et blanc sont remplacées par des illustrations en couleur.
M.S.A.M.F., T. LIV, page 151
Séance du 2 novembre 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. Bernet, Bertrand, Blaquière, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon.
Excusés: M. Cazes, Secrétaire Général, Mmes Labrousse, Rousset, M. Manière.
Le Président déclare ouverte l’année académique 1993-1994, qu’il souhaite fructueuse tant sur le plan scientifique que sur celui de la vie académique. Nous savons cependant que l’année sera perturbée et qu’il nous faudra trouver une autre salle des séances. Il a accepté la proposition qui lui a été faite par l’Académie des Sciences de partager sa salle des séances, afin de ne pas abandonner tout à fait l’hôtel d’Assézat pendant la durée des travaux.
Il rappelle que nous avons eu la joie de voir, cet été, notre confrère Maurice Prin officiellement félicité par la Ville de Toulouse. À ce propos, Louis Peyrusse lui a suggéré de reprendre une coutume ancienne et d’offrir un banquet en l’honneur de Maurice Prin. La proposition est présentée à l’assemblée et le principe en est retenu. Il restera à en définir les modalités, étant entendu qu’on se limitera à deux discours, celui du Président et la réponse de Maurice Prin.
Puis le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 15 juin dernier. Il présente ensuite son rapport sur la candidature de Mme Nelly Pousthomis-Dalle qui est élue membre correspondant de notre Société.
Le Président rend compte de l’évolution depuis le mois de juin des négociations concernant l’hôtel d’Assézat. Les événements ont surtout vu une accélération à partir du mois de septembre. Le 21 septembre, une réunion entre les représentants de plusieurs Académies, dont la Société Archéologique du Midi de la France, a permis de se mettre d’accord sur la répartition et l’aménagement des espaces affectés aux bibliothèques. Pour nos locaux, les modifications demandées, et acceptées, ont porté sur la création de cloisons permettant de définir un local de réserve pour les archives, les photographies et les ouvrages les plus précieux, et la suppression de quelques étagères qui seront remplacées par un meuble à plans.
Une question grave reste toutefois pendante : celle de l’aménagement de notre salle des séances et de son accès. Le problème est né du fait que la Ville a signé les deux conventions avec deux jeux de plans différents. Ainsi les plans accompagnant la convention signée entre la Ville et la Fondation ne prévoient-ils pas de porte entre notre salle des séances et le grand escalier de l’hôtel. Une rencontre avec l’architecte M. Patrick O’Byrne était prévue depuis le mois de mai, afin de régler le problème, mais le temps a passé sans qu’elle ait lieu. Le Président a alors fait savoir à M. Andrès que la Société Archéologique du Midi de la France ne quitterait pas ses locaux tant qu’une solution ne serait pas trouvée et un accord signé. Une réunion enfin organisée en septembre a permis de démontrer à la Ville et à l’architecte de la Fondation que le principe de l’accès direct par le grand escalier à notre salle des séances avait été accepté par la convention signée entre la Ville et l’Union des Académies et que l’aménagement de la même salle avait été demandé par notre Société lorsque la Ville lui avait réclamé la liste de ses besoins. Pour ce qui est de l’accès par le grand escalier, nous savons qu’un projet de M. O’Byrne, prévoyant le percement d’une seconde porte à côté de la porte actuelle, a été refusé par l’Inspection générale des Monuments historiques. Une autre solution devrait être proposée le 17 novembre.
Les membres de notre Société ont pu se rendre compte de l’avancement des travaux. Nous sommes surtout concernés par le démontage actuellement en cours de la charpente du corps de bâtiment où se trouvent nos locaux. Malgré le « parapluie » provisoire installé pour faire ces travaux, il y a un risque évident d’inondation en cas d’intempéries, fréquentes ces temps-ci. Nous souhaiterions donc quitter les lieux au plus tôt, mais il est absolument nécessaire de faire savoir que nous resterons tant que l’assurance d’un accès par le grand escalier n’aura pas été obtenue.
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Au cours de l’été ont déjà été déménagés les archives, les photographies, les ouvrages les plus précieux… qui ont été accueillis par le Musée Saint-Raymond. Par ailleurs, la petite salle trapézoïdale du fond a été entièrement vidée en juin, comme nous nous y étions engagés, et une quarantaine de cartons ont ainsi été emportés aux Abattoirs. Il reste néanmoins ici la plus grande partie de la bibliothèque. Nous souhaitions que les ouvrages de notre bibliothèque restent consultables pendant la durée des travaux. La Mairie n’ayant aucune solution à nous proposer, c’est finalement avec l’Institut d’Études Méridionales, dont l’un des codirecteurs est notre confrère Bruno Tollon, qu’un accord a été trouvé. Les ouvrages seront donc installés dans les rayonnages supérieurs de l’Institut, au n° 56 rue du Taur. Louis Latour indique quels seront les revues et ouvrages qui seront déménagés à l’I.E.M. La liste est complétée sur la demande de certains membres. Les collections qui ne trouveront pas place à l’I.E.M. seront transportées aux Abattoirs où elles ne seront que difficilement accessibles.
Guy Ahlsell de Toulza indique que M. Sermet a été nommé au conseil d’Administration de la Fondation Bemberg.
Séance du 16 novembre 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Rousset, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Blaquière, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Gérard, Hermet, Péaud-Lenoël, Sicard, Vayssières.
Excusés: M. Cazes, Secrétaire Général, Mmes Labrousse, Watin-Grandchamp, MM. Manière, Peyrusse.
Le Président annonce l’arrivée de deux ouvrages récents concernant la région : le Congrès archéologique de France consacré au Quercy et l’ouvrage du Service régional de l’Inventaire qui porte sur les deux cantons de Caylus et Saint-Antonin-Noble-Val en Tarn-et-Garonne.
Puis il donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Le Président annonce que l’Académie des Sciences tiendra sa Séance publique annuelle au grand auditorium de l’Hôtel de Région le 5 décembre prochain. Outre une conférence du professeur Roger Bouigue, cette séance sera l’occasion de la remise de nombreux prix dont le Grand prix national de médecine et la Médaille d’or de Fermat. Un membre indique que l’un des prix est chaque année doté de 25 000 F. grâce à un fondateur qui a voulu rester anonyme.
Le Président donne alors la parole à l’abbé Baccrabère pour la communication du jour consacrée aux Puits et fosses funéraires de Saint-Roch des IIe et Ier siècles avant J.-C., qui sera publiée dans le tome LV (1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie l’abbé Baccrabère en soulignant la persévérance qu’ont nécessitée ces observations faites de manière fortuite et dans des conditions souvent aléatoires. Comme il l’interroge sur les éventuelles différences de formes que l’on pourrait constater entre « puits » et « fosses », l’abbé Baccrabère répond qu’il ne lui est pas possible de tirer des conclusions, rappelant que Gaston Astre lui avait conseillé de multiplier les observations qui permettraient à d’autres, plus tard, de proposer des synthèses.
Richard Boudet demande vers quelle époque ont été réalisées ces observations. L’abbé Baccrabère indique que les premières l’ont été vers 1963-1964 et les plus récentes il y a moins de dix ans ; depuis sept à huit ans, il n’a plus rien observé de significatif dans cette zone. Richard Boudet rend hommage à l’opiniâtreté de l’abbé Baccrabère, sans lequel nombre d’informations auraient été perdues, et souligne l’intérêt que devraient présenter des comparaisons faites avec les découvertes de Vieille-Toulouse. L’abbé Baccrabère précise que toute la documentation est classée et accessible à l’Institut Catholique.
Claude Péaud-Lenoël remarque qu’il serait peut-être intéressant de surveiller les travaux qui devraient se faire à l’angle de la rue des Casernes et de la rue du Férétra pour lesquels il y a un permis de construire, et où apparaît déjà un puits funéraire. L’abbé Baccrabère pense que ce terrain fera sans doute l’objet d’une fouille de sauvetage conduite par le Service régional de l’archéologie.
Louis Latour pense qu’il faut insister sur le caractère très homogène des puits, des fosses et du matériel découverts. Il souhaiterait voir les deux premiers culots d’amphores présentés, ce qui est volontiers accepté par l’abbé Baccrabère. On s’accorde en outre pour considérer que structures et matériel sont tous antérieurs à l’ère chrétienne.
Avant de clore la séance, le Président indique que M. Puel l’a assuré que la Mairie interviendrait pour que la Société Archéologique ait un accès permanent à ses locaux par le grand escalier de l’hôtel d’Assézat.
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Séance du 7 décembre 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Carbonell-Lamothe, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, MM. Bertrand, Boudartchouk, Boudet, Cabau, Fabre, Gérard, Ginesty, Julien, le Père Montagnes, Peyrusse, Tollon.
Excusé: M. Manière
Invité: M. Henri Mollet.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Puis le Président donne la parole au Secrétaire Général pour la présentation de la correspondance imprimée :
Caylus et Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne), n° 29 des Cahiers du Patrimoine, Paris : Imprimerie Nationale, 1993, 400 p.
Ce volume, publié par l’Inventaire Général, a été offert à notre Société par Bernard Loncan, conservateur du service régional de l’Inventaire à la Direction régionale des Affaires culturelles de Midi-Pyrénées.
Cette publication, dirigée par B. Loncan, est consacrée au patrimoine historique et artistique des cantons de Caylus et Saint-Antonin. L’ouvrage est abondamment illustré en noir et blanc et en couleur, de photographies, de plans et de dessins. On regrette seulement son prix, 450 F., peut-être un peu élevé pour un ouvrage édité par un service public et qui risque d’entraver un peu la nécessaire diffusion de ces connaissances si soigneusement rassemblées.
Si l’analyse du cadre géographique et celle des temps préhistoriques, protohistoriques et romains ne sont pas absentes (une vingtaine de pages), ce sont le Moyen Âge (220 p.) et les Temps Modernes (112 p.) qui sont surtout traités par les auteurs, pour la plupart des professionnels de l’Inventaire de Midi-Pyrénées (B. Loncan, A. Bongiu †, A. Noé-Dufour, M. Éclache, M. Scellès) et membres de notre Société.
De larges introductions historiques précèdent des études monographiques (par exemple l’abbaye de Beaulieu, le prieuré des cisterciennes de Costejean, les Templiers de Lacapelle-Livron, la « maison romane » de Saint-Antonin, le château de Cornusson) ou thématiques (par exemple la formation des agglomérations, les châteaux et maisons fortes, les maisons du XIIIe au XVIe siècle à Caylus et Saint-Antonin, l’architecture rurale, les vitraux du XIXe siècle).
Bibliographie, notes et index permettent une recherche rapide et font de cet ouvrage un instrument de travail et un guide du patrimoine de ces deux attachants cantons, indispensables à quiconque souhaite les visiter avec profit.
Congrès archéologique de France, 147e session, 1989 : Quercy, Paris : S.F.A., 1993, 544 p.
Il s’agit d’un important et très beau volume où l’on retrouvera les signatures de plusieurs membres de notre Société, à commencer par Henri Pradalier, notre président, à qui revint la tâche d’organiser ce congrès et la publication de ses communications, et qui a écrit un article sur l’église Sainte-Marie de Souillac, et, en collaboration avec Anne-Marie Pêcheur, une étude de Saint-Sauveur de Figeac. Notre secrétaire-adjoint, Maurice Scellès, a renouvelé celle du pont Valentré à Cahors. Georges Costa analyse le trésor de la cathédrale de cette même ville, étudiée par Mireille Bénéjeam-Lère, dont les peintures murales font l’objet d’un travail dû à Marie-Anne Sire. Bruno Tollon attire l’attention sur l’archidiaconé Saint-Jean et est aussi l’auteur de plusieurs notices consacrées à l’église et au château d’Assier, aux châteaux d’Aynac, de Cênevières et de Lacapelle-Marival. Le professeur Yves Bruand s’intéresse pour sa part à ceux de Castelnau-Bretenoux, de La Coste à Grézels. À l’abbé Jean Rocacher était bien sûr réservée la cité religieuse de Rocamadour. On remarquera aussi, sans pouvoir tout citer tant ce congrès fut dense, les travaux d’Anne-Laure Napoléone sur les maisons médiévales de Figeac et de Martel, celui de Nelly Pousthomis sur l’église de Duravel et celui de Christian Freigang sur la belle et originale collégiale Notre-Dame de l’Assomption du Vigan. Il faut remercier tous ces auteurs, Henri Pradalier et notre consœur la Société Française d’Archéologie de nous donner un tel ouvrage sur l’histoire de l’art médiéval et moderne en Quercy.
L’Auta, n° 588 (septembre 1993) :
– suite de l’étude de l’abbé Jean Rocacher sur Les Carmes à Toulouse, qui se poursuit et s’achève dans les deux numéros suivants, où l’on apprend beaucoup sur leur couvent au XIXe siècle, situé sur l’emplacement de l’actuelle rue Arzac au quartier Saint-Cyprien.
– décès de Madame Pierre de Gorsse, épouse de l’un de nos membres décédé il y a plusieurs années et grand défenseur du vieux Toulouse.
L’Auta, n° 589 (octobre 1993) :
– Jean Rocacher, Maurice Prin et les Jacobins.
L’Auta, n° 589 (octobre 1993) :
– Jean Coppolani, À Toulouse, des occasions manquées ? où l’auteur déplore l’absence de grands projets d’urbanisme et d’architecture à Toulouse au XXe siècle et fustige une certaine architecture faite de tristes pastiches.
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Le jardin des Antiques, Bulletin de l’Association des Amis du Musée Saint-Raymond, n° 14 (octobre 1993) :
– Compte rendu par Gabriel Lecomte d’une excursion archéologique à Martres-Tolosane et sur le site de la Gravette à L’Isle-Jourdain : un village médiéval, une église romane, une nécropole et une église paléochrétienne (Ve siècle) ; p. 6-9.
– Evelyne Ugaglia, La coupe de Macron au Musée Saint-Raymond ou l’histoire d’une restauration, p. 12- l5.
En raison du nombre important de publications reçues, la présentation des autres revues nationales et des revues étrangères sera poursuivie au cours des prochaines séances.
Le Président informe les membres de l’avancement des travaux de l’aile que nous occupons dans l’hôtel d’Assézat. Nos collections sont de plus en plus menacées. Il a été décidé de déménager dès demain une partie des ouvrages de la bibliothèque. Le Président ajoute que la prochaine séance se tiendra le 21 décembre dans la salle de l’Académie des Sciences.
Il donne ensuite la parole à Pascal Julien pour la communication du jour consacrée aux Retables du chœur et des chapelles de l’église Notre-Dame d’Alet diocèse de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LIV, 1994) de nos Mémoires.
Le Président remercie Pascal Julien pour cette monographie très complète, où l’étude du mobilier et du décor est accompagnée d’une étude iconographique. Il souligne tout l’intérêt que présente la gravure de dévotion à Notre-Dame d’Alet, alors que les documents de ce genre ont souvent disparu.
Mme Carbonnell-Lamothe félicite Pascal Julien et souligne l’enrichissement qu’apporte ce travail à la connaissance des décors mobiliers de la fin du XVIIe siècle, d’autant que certains sont bien datés. Elle demande si l’on connaît d’autres œuvres de Thibaud Maistrier, l’auteur de la Pietà, et si l’on a des précisions sur son atelier et, par exemple, des contrats d’apprentissage. Pascal Julien répond qu’on ne le connaissait que par les archives. Il fait partie de ces artistes qui viennent se fixer à Toulouse dans le seconde moitié du XVIIe siècle, et l’on sait qu’il a travaillé sur des dessins d’Ambroise Frédeau, mais on ne connaissait pas jusque-là d’œuvre de lui.
Mme Merlet-Bagnéris indique qu’Antoine Guépin est intervenu dans la chapelle du Fauga. Pascal Julien répond qu’il ne la connaît pas, et qu’il ira donc la voir, et il ajoute que le style de Guépin est très reconnaissable.
Le Président remarque que cette première identification d’une œuvre de Maistrier permettra sans doute de lui en attribuer d’autres. Pascal Julien le croit aussi, tout en précisant que le sculpteur a sans doute été assez peu actif. La Pietà est sa dernière œuvre. Antoine Guépin lui a succédé à Notre-Dame d’Alet, sans que l’on sache ce qui avait été achevé à la mort de Maistrier; la petite taille des sculptures du tabernacle rend délicate une analyse stylistique, ce qui explique que l’on ne puisse pas l’attribuer à l’un plutôt qu’à l’autre.
Bruno Tollon rappelle que les décors de l’église présentent aujourd’hui une polychromie du XIXe siècle, et qu’il faudra être très attentif, à l’occasion de travaux, à la polychromie d’origine. Louis Peyrusse voudrait savoir si l’on a des détails sur les travaux du XIXe siècle. Pascal Julien répond que les archives des travaux dus aux prêtres du Sacré-Cœur se trouvent sans doute à Toulouse, mais qu’il n’a pas encore réussi à les localiser.
Louis Peyrusse s’étonne que les gravures de dévotion ne représentent jamais la Pietà de l’autel, si particulière avec son pied dans le vide, mais semblent plutôt représenter la Pietà en terre cuite qui se trouve aujourd’hui à l’extérieur. Pour Pascal Julien, les graveurs, toulousains, prennent comme modèle le groupe placé depuis 1654 dans la cathédrale Saint-Étienne et non la sculpture réalisée pour Notre-Dame d’Alet. Louis Peyrusse et Guy Ahlsell de Toulza notent que cela pose un problème par rapport à la diffusion d’une dévotion liée à une représentation très précise de la Vierge portant le Christ mort. M. Bertrand remarque que l’église possède une copie de la Pietà de Carrache qui pourrait être contemporaine du retable. Pascal Julien assure que le groupe actuellement en place est bien celui qui a été sculpté pour le retable.
Bruno Tollon, rappelant que Guépin a pris ses modèles dans les cartons de son beau-père, Pierre Affre, s’étonne de la présence de faux-marbre dans les piédestaux, en tout cas s’il est sûr qu’ils faisaient déjà partie de la polychromie d’origine. Il relève encore qu’il est peu habituel que la Vierge soit représentée au-dessus du tabernacle. Pascal Julien répond que l’on en connaît quelques exemples au XVIIe siècle, dont un tabernacle placé dans le socle d’une statue de la Vierge, et qu’il faut sans doute y voir la volonté d’établir un parallèle entre la mère du Christ et le tabernacle.
Louis Peyrusse voudrait savoir si c’est bien la Pietà du retable qui a été couronnée en 1863 par l’archevêque de Toulouse. Pascal Julien le confirme en précisant que la couronne n’a pas été retrouvée.
Abordant les questions diverses, Le Président donne des nouvelles de la santé de M. Gratien Leblanc.
À propos de l’aménagement de nos futurs locaux, le Président signale que les représentants de l’Union des Académies et Sociétés savantes rencontreront une nouvelle fois l’adjoint au Maire, M. Andrès, et les architectes le 9 décembre. La dernière proposition de M. O’Byrne est difficilement acceptable : il projette une porte qui puisse être rabattue pour limiter un couloir d’accès à notre des salles des séances ; cette porte ne fermant pas tout l’espace sous le plafond, les vols ou dégradations causés par ce défaut de fermeture seraient imputables aux Académies. Le Président indique en outre que M. Sermet estime que le grand escalier doit être dévolu en priorité aux Académies et Sociétés savantes. Le refus de M. O’Byrne de réserver un fonctionnement indépendant aux sociétés et à la fondation tient seulement au traitement esthétique qu’il a prévu pour le deuxième étage de l’aile droite. Le Président pense qu’il serait mieux de modifier le projet en adaptant le parti esthétique de façon à pouvoir réaliser un sas de distribution plus hermétique entre les salles de la fondation, notre salle des séances et le grand escalier.
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Séance du 21 décembre 1993
Présents : MM. Pradalier, Président, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : M. Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Rousset, MM. Cabau, le général Delpoux, Gérard, Gillis, Manière.
La séance se tient dans la salle de l’Académie des Sciences. Le Président attire l’attention des membres présents sur le fait que le bibliothécaire de l’Académie tient une permanence jusqu’à seize heures ; les membres qui arriveront avant dix-sept heures devront veiller à ne pas laisser les locaux sans surveillance.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Puis le Président rend compte des dernières évolutions des négociations à propos de la porte d’accès de notre future salle des séances. Il avait, avant la réunion du 9 décembre, présenté le projet de porte abattante de M. O’Byrne à M. Sermet qui en a informé Me Viala et Mme Enjalbert. Tous ont relevé que ce projet supposait que la fondation annexait le palier du deuxième étage du grand escalier, ce qui est contraire à la convention. On a donc expliqué à M. Andrès que ce n’était pas la fondation qui accordait le passage aux Sociétés et Académies mais bien l’inverse. Il ne saurait être question de masquer la porte de la Société Archéologique.
M. Sermet a en outre fait remarquer que les plans annexés à la convention montrent un sas réservé pour l’accès à la porte de la salle des séances de la Société Archéologique.
Le Président donne lecture de la télécopie adressée par Me Viala à Me Goguel, conseiller juridique de la fondation, pour lui rappeler l’historique de l’affaire et lui exposer la position de l’Union. Nous attendons la réponse de Me Goguel. Si l’on parvenait rapidement à un accord définitif, le déménagement de la bibliothèque pourrait intervenir vers le 5 janvier prochain.
La parole est alors donnée au Père Montagnes pour une communication consacrée au Couvent des Prêcheurs de Fanjeaux, communication publiée dans ce volume (t. LIV, 1994) de nos Mémoires.
Le Président remercie le Père Montagnes en remarquant que son travail, reposant sur des sources médiévales et modernes, permet de corriger quelques éléments de chronologie concernant le couvent et la chapelle de Fanjeaux.
L’abbé Rocacher indique que la chapelle de la maison des Dominicains lui semble reconstruite assez récemment. Le Père Montagnes précise qu’à l’emplacement correspondant au n° 12 du plan distribué, il n’y a pas de chapelle mais seulement un mur où se voit un grand arc dont on prétend à Fanjeaux qu’il s’agit d’un arc de la nef. En l’absence de plans anciens, seules des fouilles archéologiques permettraient de connaître l’édifice disparu.
Bruno Tollon voudrait savoir si le maître d’œuvre indiqué pour la reconstruction de 1777 était un maçon ou un architecte et si l’on connaît son origine. Le Père Montagnes répond que l’on ne sait rien à son sujet car la source se limite à une simple mention dans une chronique ; mais on connaît le peintre d’un retable, Pierre Barral, originaire de Mèze.
Bruno Tollon demande si cette chronique manuscrite a été versée aux Archives départementales. Le Père Montagnes fait le récit de sa découverte du volume dans le bureau du directeur de l’hôpital de Castelnaudary, en ajoutant que ces archives conservées par l’hôpital sont aujourd’hui dans de mauvaises conditions de conservation.
Abordant les questions diverses, on décide de reporter au printemps la journée foraine à Cahors. On peut ainsi espérer un temps plus favorable pour la visite de la ville et Jean Catalo pourra à ce moment-là présenter à la Société le résultat des fouilles de la cour de l’archidiaconé. Le Président souhaiterait que l’on puisse visiter la salle capitulaire du couvent de la Daurade. Maurice Scellès indique qu’elle est inaccessible, mais qu’il conviendrait de toutes façons de faire une demande auprès de la direction de la maison de retraite.
Le Président rapporte que l’un de nos confrères l’a prévenu de l’inquiétude qui saisirait le Maire de Toulouse devant la manie de l’Architecte des Bâtiments de France de faire peindre en bleu toutes les menuiseries des fenêtres, en particulier sur la place du Capitole. La Société adressera une lettre à la Mairie pour se démarquer du choix de l’Architecte des Bâtiments de France.
Puis le Président évoque la démolition des voûtes médiévales du n° 30 rue Saint-Rome. Maurice Scellès indique que Patrice Cabau, qui a réuni un dossier sur l’affaire mais ne pouvait être parmi nous aujourd’hui, se propose de nous en entretenir dès la prochaine séance.
Bruno Tollon observe que les démolitions ont tendance à s’accélérer avant l’adoption de la réglementation du secteur sauvegardé.
Louis Peyrusse aborde la question de la publication des procès-verbaux des séances des années 1832 à 1869, qui avait été envisagée. Il souligne l’importance qu’aurait la publication des procès-verbaux anciens autant comme source pour les chercheurs
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que pour montrer le rôle qu’a eu la Société dans la constitution des collections des Musées toulousains, ce qui serait bien venu à un moment où celle-ci est mal considérée. Le Président souscrit au projet mais pense qu’il y a peut-être plus urgent, cette publication pouvant attendre un an ou deux de plus. Il faut donner la priorité à la réalisation du fichier de la bibliothèque.
Séance du 4 janvier 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. Bernet, Bertrand, Blaquière, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gilles, Gillis, Ginesty, Hermet, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon.
Excusés : MM. Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire Général, M. Gérard, Manière.
Invitées: Mmes Ginesty, Miguet.
Le Président annonce le décès de M. Gratien Leblanc, survenu la semaine dernière, entre les fêtes de Noël et du 1er janvier. Il a représenté la Société Archéologique du Midi de la France aux obsèques. Alors qu’il pouvait se réjouir lors de la dernière séance publique de n’avoir à déplorer aucun décès, le bilan de nos pertes est particulièrement lourd cette année.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 21 décembre dernier, qui est adopté après une correction apportée par le Père Montagnes.
À propos de la visite prévue à Cahors, Quitterie Cazes fait remarquer que les fouilles conduites par Jean Catalo dans la cour de l’archidiaconé viennent de commencer et devraient se poursuivre au mois de février. Il ne sera pas possible de visiter le chantier après cette date.
M. Gillis complète notre information quant aux réactions du Maire devant le bleu imposé par l’Architecte des Bâtiments de France. On a sans doute remarqué que l’horloge du Capitole nouvellement repeinte en bleu de Prusse a ainsi été enlevée, et ce, sans doute, grâce à l’action des Toulousains de Toulouse. Et le Maire a pu remercier les associations de l’action qu’elles menaient en faveur du patrimoine toulousain. On insiste sur le fait qu’il faut que les lettres de protestation soient nombreuses. L’Auta a lancé un appel à ses lecteurs. M. Gillis indique encore que la lettre qu’il a adressée au Maire au nom des Toulousains de Toulouse avait un contenu plus général et qu’elle n’a pas été publiée, ajoutant qu’il convient, avant de le faire, d’attendre la réponse. La discussion se poursuit sur le bien-fondé de l’intervention de l’Architecte des Bâtiments de France pour définir la couleur des menuiseries.
Le Président fait connaître la réponse de Me Goguel qui a demandé des précisions sur la répartition des locaux et les plans. M. Sermet devrait les lui envoyer jeudi prochain. Il semble en tout cas que nous nous acheminions vers l’accord que nous souhaitons. Il est de toute façon nécessaire de déménager dans les délais les plus courts pour ne pas faire courir plus de risques à notre bibliothèque.
Louis Peyrusse propose l’adoption d’une motion :
« Les membres de la Société Archéologique du Midi de la France
– tenus régulièrement et complètement informés des longues tractations entre la Mairie de Toulouse et les Académies établies en l’Hôtel d’Assézat par Théodore Ozenne pour l’installation dans ce même hôtel de la Fondation Bemberg,
– constatant l’extrême longueur de la procédure, le nombre très élevé de réunions ou de commissions où les membres du Bureau ont dû faire respecter les droits de la Société dans l’esprit et la lettre du testament de Théodore Ozenne,
– expriment leur entier soutien aux démarches entreprises par leurs représentants au sein de l’Union, Henri Pradalier et Guy Ahlsell de Toulza, et saisissent cette occasion pour dire toute leur gratitude à leurs mandataires qui ont fait preuve d’un rare et extrême dévouement. À l’expression de cette gratitude s’ajoutent des félicitations : si les projets actuellement connus sont réalisés, la Société se trouvera au début du XXIe siècle dans des conditions excellentes de travail qu’elle devra à leur parfaite ténacité. »
Des applaudissements marquent l’adoption de la motion qui sera intégrée au procès-verbal de la séance. Le Président remercie en son nom et au nom de Guy Ahlsell de Toulza les membres de la Société de ce témoignage de gratitude qui les encourage à poursuivre une action qui demande en effet beaucoup de ténacité.
La parole est alors donnée à MM. Maurice Prin et Bruno Tollon pour la communication du jour consacrée à une Archéologie monumentale du collège de Foix :
« La découverte d’un plan cadastral du quartier des Cordeliers où sont dessinées une vue du couvent et à côté une vue du collège de Foix (A.D.H.G., Fonds des Dominicains H 112 liasse) vient apporter une confirmation aux observations archéologiques que livre le monument.
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![]() | LE COLLÈGE DE FOIX, dessin à la plume et encre noire sur papier, détail d’un document postérieur à 1659 (A.D.H.G., Fonds des Dominicains, H. 112). |
Ce collège, fondé le 26 septembre 1457 par le cardinal de Foix, un des hommes d’église des plus importantes du siècle, est quasi intact. Au prix de quelques adjonctions et transformations après 1817 quand il est devenu le siège du couvent de la Compassion. Seule la grande chapelle entamée par l’élargissement de la rue de l’Ormeau (Pargaminières) a disparu (1850). Le monument destiné à 25 boursiers regroupait deux éléments : un ensemble bâtiments à un étage disposés autour d’une cour régulière de 19 m sur 29 m. Les pièces du rez-de-chaussée et les chambres à l’étage sont desservies par une double galerie jadis ouverte. Arcs en tiers-point au rez-de-chaussée et arcs segmentés à l’étage. Le tout en brique bien appareillée. Le plan de Toulouse par Saget, vers 1750, permet de localiser les escaliers en vis placés au sud-ouest et au nord-est. La porte de ce dernier est encore visible dans la galerie orientale. L’architecte du couvent a ajouté un second étage au nord et au sud et construit des escaliers modernes au XIXe siècle.
Le second élément du collège, que Catel appelle le « grand bâtiment » et qu’un document du XVIIIe siècle désigne comme le « dôme », retiendra davantage l’attention. Il s’élève sur quatre niveaux et sa silhouette est familière dans le paysage urbain du « quartier latin » de Toulouse. Aujourd’hui, une toiture à faible pente et à croupe coiffe l’édifice et englobe les tourelles d’angle qui prennent naissance à mi-hauteur et lui confèrent l’allure d’un logis seigneurial.
Sa façade nord, qui donne sur le jardin longé par la rue des Lois, permet des observations sur les étapes de sa construction, et en particulier, les transformations subies dans les parties hautes.
Sur cette façade, les trois ouvertures du rez-de-chaussée ont été obturées mais les arcs de décharge restent visibles. Au premier étage, six baies en tiers-point sont réunies deux à deux. Elles ont été agrandies vers le bas, du tiers de leur taille primitive, lors de l’aménagement de la chapelle (1817). Le second étage est éclairé par trois fenêtres de pierre à meneaux et traverses et des petits jours de brique. Une trace de reprise est visible à cette hauteur – qui correspond pour les tourelles à un niveau à partir duquel leurs maçonneries sont indépendantes. Le troisième étage éclairé par des « mirandes » formait le galetas : à cette étape de la construction, des tourelles, surélevées en même temps, offrent des maçonneries liées aux autres assises des murs de façade.
Ces indices conduisent à une lecture archéologique confortée par les documents du procès de 1464 quand le « grand incendie » de 1463 imposa des réparations (cf. Raymond Corraze, Jean Constantin maître-maçon toulousain, dans Revue historique de Toulouse, n° 23, 1936, p. 148-176). Les grandes fenêtres à meneau seraient le résultat de ces travaux de réfection, à un moment où le grand comble lui-même dut être repris.
En effet, l’élément le plus spectaculaire, toujours repris au fil des transformations, était un grand comble en forme de pavillon, dont les solins sont visibles sur le tiers inférieur des tourelles d’angle. Celles-ci avec leur toiture en poivrière, bien visibles sur le document du XVIIe siècle donnait à l’édifice l’allure d’un manoir urbain.
De telles dispositions étaient logiques pour un édifice sans doute construit, dès l’achat de parcelle de terrain à partir de 1450 et qui aboutissaient, en 1453, à la remise de sommes très importantes à l’architecte Jean Constantin (quittance de 4 000 livres ; cf. Corraze). Sa destination justifiait une allure imposante : 19 m x 9 m pour 20 m de hauteur sans compter le haut comble d’une douzaine de mètres au moins. Le cardinal y logeait à l’étage, dans la salle voûtée (deux croisées d’ogives, une des deux clés y
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LE COLLÈGE DE FOIX, façade nord du côté du jardin. Vue prise depuis la rue des Lois.
conserve ses armoiries), sa fameuse bibliothèque d’environ 800 volumes – ce qui en faisait, après celle des Collèges de Sorbonne et de Navarre à Paris, la troisième bibliothèque publique de France. Eclairée au nord seulement, bien à l’abri des risques d’incendie, elle formait un cadre spacieux pour le travail de lecture (statuts de sa fondation publiés par Saint-Charles, MASIBLT, 1885).
Avec le rez-de-chaussée servant de « tinel » et chauffé en hiver pour le confort des étudiants (sa cheminée disparue a laissé des traces de ses supports dans la cave voûtée – petit côté nord-ouest) et le second étage planchéié aux mêmes dimensions 19 m x 9 m, l’édifice ou « dôme » (une brochure de 1783 parle encore du « vaisseau de la bibliothèque ») et sa haute toiture « à la Guise de France » ou en « pavillon à la française » comme on dira au XVIe siècle, prenait dans le ciel toulousain des allures d’une véritable « livrée » cardinalice.
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Le Président remercie MM. Prin et Tollon de cette communication qui, à partir de la bibliothèque du collège de Foix, nous a fait parcourir l’Europe et ses collèges. L’analyse archéologique du collège de Toulouse suscitera sans doute des questions nombreuses, mais le Président voudrait savoir, auparavant, si l’on connaît la fonction des pièces de l’établissement en dehors de la bibliothèque.
Bruno Tollon, après avoir indiqué qu’il s’agissait là de la question la plus difficile, précise que l’on possède toutefois un texte assez clair qui donne d’assez nombreux renseignements sur les logements, la cuisine, les latrines, etc. On sait qu’il n’y avait pas dans ces collèges de salle de cours, mais seulement des logements. Par ailleurs, le rez-de-chaussée du bâtiment de la bibliothèque, le tinel, n’était peut-être pas affecté, ainsi que le deuxième étage, éclairé par des croisées, qui n’était en tout cas pas cloisonné.
Le Président remarque que ce sont là les dispositions de l783, mais que sait-on pour le XVe siècle ? Bruno Tollon pense que les cuisines et les fosses d’aisance n’ont pas dû être déplacées. Maurice Scellès remarque que le tinel, mentionné pour le collège Saint-Raymond à Toulouse ou le collège de Rodez à Cahors, pouvait peut-être avoir une fonction proche de celle de l’aula des demeures, permettant de prendre des repas en commun et de recevoir par exemple. MM. Tollon et Prin notent qu’au collège de Foix la cuisine se trouvait à côté du tinel qui était chauffé par une cheminée. M. Gilles indique que les étudiants, s’ils ne suivaient pas de cours dans les collèges, devaient toutefois assister à des conférences et des examens particuliers qui se faisaient dans le tinel. Il ajoute que la construction du collège de Foix, qui a été précédée par des achats de parcelles dont les détails topographiques sont précisément connus, a fait disparaître l’auditoire où était enseigné le droit civil.
Un membre demande ce que l’on sait de la dispersion de la bibliothèque et de son état lors de l’achat pour Colbert à la fin du XVIIe siècle. Bruno Tollon répond qu’il ne restait alors que trois cents volumes. Le Père Montagnes fait remarquer qu’avec la multiplication des livres imprimés, les manuscrits, sauf quand ils sont richement enluminés, perdent toute valeur et qu’on n’hésite pas à les vendre ou les brûler. Au collège de Foix, la partie noble de la bibliothèque était peut-être à ce moment-là la salle des livres imprimés. Bruno Tollon indique qu’il est en effet significatif qu’à la Sorbonne on installe la presse dans la grande librairie ; on constate toutefois un intérêt nouveau pour les manuscrits au XVIIe siècle. Mme Blanc-Rouquette partage ce sentiment en indiquant que seuls les plus beaux manuscrits restent prisés par les grands personnages. Le Père Montagnes note encore qu’à Saint-Maximin la bibliothèque ne comporte que quelques imprimés en 1508, mais qu’en revanche un siècle plus tard les manuscrits y sont rares. M. Gilles rappelle que la multiplication des livres imprimés fait que, très vite, on ne sait plus lire les manuscrits, et que souvent, dans une bibliothèque, ce sont les derniers volumes parus qui sont importants.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si l’on possède des inventaires de la bibliothèque du collège de Foix au XVe siècle, ajoutant que Catel fait fréquemment référence aux manuscrits du collège. Bruno Tollon répond que l’on ne connaît que l’inventaire des livres donnés en 1469 à Peñiscola, celui du fonds avignonnais du cardinal et l’inventaire dressé au moment de l’achat pour Colbert. Comme le fait remarquer M. Gilles, ce n’est que par des notes marginales ou des ex-libris que l’on pourrait essayer de reconstituer ce qu’était le fonds du collège.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait avoir des précisions sur la chronologie de la construction. Bruno Tollon rappelle qu’elle repose en partie sur les transcriptions de textes, incomplètes, dues à Corraze. Une discussion s’engage alors sur les différentes phases que font apparaître les reprises visibles sur le bâtiment. Maurice Scellès se demande s’il ne faut pas admettre un premier état avec un comble ouvert dont les baies auraient été transformées en croisées lors de la surélévation. Bruno Tollon et Maurice Prin ne le croient pas car leurs appuis sont du XVe siècle et sont parfaitement liés à la maçonnerie : le deuxième étage était donc prévu et la première toiture correspond donc à un état provisoire. Le Président demande s’il l’on peut vraiment prendre en compte le dessin schématique qui représente le bâtiment avec un comble à forte pente.
Maurice Scellès voudrait savoir si l’on connaît la raison de la retraite de maçonnerie que l’on observe entre les premier et second étages, retraite qu’il a également notée dans des bâtiments des XIIIe et XIVe siècles à Cahors sans pouvoir l’expliquer. Bruno Tollon n’a pas de réponse précise, sauf à invoquer peut-être une manière de bâtir.
Patrice Cabau donne des informations sur la disparition récente des voûtes médiévales d’une boutique des environs de 1500 au n° 30 rue Saint-Rome :
« La rénovation d’un local commercial situé dans le Secteur sauvegardé de Toulouse, au n° 30 de la rue Saint-Rome, vient de provoquer, au mois de novembre 1993, la disparition de vestiges architecturaux de la fin de l’époque gothique.
Les éléments détruits, ceux d’une salle voûtée sur croisées d’ogives, étaient au rez-de-chaussée d’un immeuble dont les façades occidentale sur rue et orientales sur cour intérieure ont été rebâties au début XVIIIe siècle [et non XIIIe, par erreur dans l’édition originale], et dont le sous-sol est en majeure partie occupé par une cave voûtée en berceau de la fin du XVe siècle ou du commencement du XVIe. La salle disparue avait été construite à cette dernière époque, son mur ouest reposant sur le puissant arc doubleau qui partage la cave en deux travées. Elle se trouvait en arrière d’une première salle, couverte d’un plafond à poutres et solives apparentes, qui s’ouvrait sur la rue par le grand arc en plein cintre de la façade occidentale. À une date relativement récente, lors d’un réaménagement du magasin, les deux salles avaient été réunies par le percement d’une large arcade correspondant au grand arc de façade.
La salle voûtée, de plan trapézoïdal, longue de près de 7,50 m et large d’un peu moins à un peu plus de 6 m, comprenait deux travées barlongues d’égale largeur, axées Nord-Sud, voûtées sur croisées d’ogives, avec arcs formerets et doubleau médian. Les arcs diagonaux de brique, à la courbe proche du plein cintre et au profil pentagonal, prenaient naissance sur des culots de pierre placés dans les angles de la salle ainsi que sur les faux chapiteaux sommant deux piles semi-cylindriques opposées, engagées dans les murs latéraux nord et sud, qui servaient aussi de support aux retombées du doubleau médian. Les deux clefs de voûte en pierre placées à l’intersection des nervures se trouvaient à 4,50 m environ au-dessus du sol ; elles ne portaient pas de décor.
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![]() | TOULOUSE, 30, RUE SAINT-ROME. Intérieur du magasin en 1993, avant travaux ; vue prise de l’Ouest. Cliché Cabinet Laborie. |
Cette salle voûtée, datable des environs de 1500, était comparable à celles existant encore dans les magasins des 22 rue Saint-Rome, 20 rue de la Bourse, 9 rue des Tourneurs et 19 rue Croix-Baragnon, qui furent construites dans le dernier tiers du XVe siècle ou dans le premier quart du XVIe. Elle devait, par ses dispositions, être très semblable à celle détruite entre 1900 et 1920 au 17 rue des Changes : « L’arrière-boutique est fort originale : c’est une salle aux murailles épaisses, coupée par un arc doubleau en deux compartiments barlongs, que couvrent des voûtes à liernes ; cet arc s’appuie sur deux gros fûts cylindriques engagés dans la maçonnerie. À la place du chapiteau, une décoration bizarre : deux enfants nus, allongés horizontalement, tête à tête, de face sur un pilier, de dos sur l’autre. Aux quatre coins de la salle, les nervures retombent sur des colonnes engagées, décorées de têtes d’anges comme chapiteau. Il est étonnant de trouver une aussi puissante voûte dans un espace aussi restreint. » (1).
Comme celle du 17 rue des Changes, la salle voûtée du 30 rue Saint-Rome correspondait à l’arrière-boutique (botigua) où étaient stockées les marchandises nécessaires à l’ouvroir (operatorium) donnant sur la rue (2), en l’occurrence la principale voie commerçante de la ville. La propriété des locaux commerciaux était souvent distincte de celle des hôtels avec lesquels ils faisaient corps (3) ; concernant ceux de la rue Saint-Rome, l’étude des registres cadastraux devrait permettre de préciser leur statut vis-à-vis des propriétaires de l’immeuble connus pour les XVe et XVIe siècles : les Solaci et les Roguier.
Les éléments architecturaux disparus en novembre 1993 n’ont été signalés dans aucun des ouvrages publiés sur le Vieux-Toulouse qui font mention du 30 rue Saint-Rome (4) ; ils ne figuraient pas dans l’arrêté du 2 novembre 1979 portant inscription de certaines parties de cet immeuble à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
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TOULOUSE, 30, RUE SAINT-ROME. En haut : plan du rez-de-chaussée avant travaux ; limite de cave en trait discontinu.
En bas : coupe du rez-de-chaussée et de la cave avant travaux. Relevés : Cabinet Laborie.
1. Joseph de MALAFOSSE, Les anciennes maisons de Toulouse, dans Études et notes d’archéologie et d’histoire, Toulouse, 1898, p. 182-183. Voir aussi Jules CHALANDE, Histoire des rues de Toulouse, t. II, Toulouse, 1927, n° 233, p. 55 ; Jules de LAHONDES, Les Monuments de Toulouse, Toulouse, 1920, p. 359 ; Alex COUTET, Toulouse. ville artistique, plaisante et curieuse, Toulouse, 1926, p. 179, 227 ; Robert MESURET, Évocation du Vieux Toulouse, Paris, 1960, p. 332. Patrice Cabau fait également circuler l’article que Christian Maillebiau a consacré à l’affaire dans Le Toulousain Infos du 15 au 31 décembre 1993, sous le titre Crime de lèse-patrimoine. | ![]() TOULOUSE, 30, RUE SAINT-ROME. |
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été répondu à un journaliste que le règlement de secteur sauvegardé de Toulouse avait été adopté. Bruno Tollon et Maurice Scellès en doutent ; ils relèvent en outre que si le règlement n’a pas encore été adopté, alors le propriétaire de l’immeuble n’avait pas à déposer une déclaration pour des travaux intérieurs ne concernant pas une partie protégée au titre des Monuments historiques.
Pour Guy Ahlsell de Toulza, la démarche est de toutes façons frauduleuse : non seulement le propriétaire n’a demandé aucune autorisation alors qu’il savait que le bâtiment était inscrit à l’Inventaire supplémentaire, mais il a même signé une décharge pour l’architecte, preuve qu’il se considérait en faute. Cette démolition est d’autant plus grave qu’elle porte sur des éléments rarement conservés à Toulouse et qu’elle est spectaculaire. Il faut que les services officiels interviennent.
À ce propos, on indique que les services de l’État semblent préférer l’attente à toute action.
Séance du 25 janvier 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. Bertrand, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Gillis, Hermet, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés: M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, MM. Gérard, Manière.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance précédente, qui est adopté après une correction demandée par Pascal Bertrand.
Puis le Président rend compte de l’Assemblée générale de l’Union des Six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure.
Après un rappel de l’évolution des rapports entre l’Union, la Ville et la Fondation depuis l’assemblée générale de l’année dernière, on s’est attardé sur deux points particuliers :
– tout d’abord, la question de l’accès au deuxième étage par le grand escalier et de la porte de la Société Archéologique. M. Sermet adressera dès demain une lettre au Maire et à Me Goguel en y joignant les plans qui prouvent que le sas entre le palier et la porte de la Société Archéologique était prévu. Nos arguments sont solides mais nous ne pouvons pas encore considérer que l’affaire est vraiment réglée ;
– on a en outre constaté que les travaux actuels menaçaient l’hôtel d’Assézat. Le bâtiment donne des signes de désordres importants. (Les membres peuvent effectivement constater dans la salle de l’Académie des Sciences où se tient la séance que les vantaux des portes sont décalés d’une dizaine de centimètres, que la cloison elle-même est décollée du plancher et que la corniche est fendue … ).
Il a été décidé de prendre contact immédiatement avec la Conservation régionale des Monuments Historiques et l’Inspecteur des Monuments Historiques. Le Conservateur régional des Monuments Historiques, Mme Tomasin, a été surpris, ce qui laisse penser que les architectes n’ont pas transmis l’information.
Le Président donne lecture de la lettre que M. Sermet a adressée au Maire pour attirer son attention sur l’état de l’hôtel. Il ajoute que les services municipaux ont d’ores et déjà interdit que la prochaine séance publique de l’Académie des Jeux Floraux se tienne dans ses salons de l’étage, et que nous risquons nous-mêmes d’être empêchés de tenir nos séances dans l’hôtel pour raison de sécurité. Nous pouvons en tout cas nous féliciter que le déménagement de notre bibliothèque soit achevé.
Louis Peyrusse pense qu’il faut alerter l’Inspection Générale des Monuments Historiques et la Direction du Patrimoine.
Le Général Delpoux indique qu’il a fait toute une série d’observations sur l’état du bâtiment et qu’il a écrit une lettre à ce propos à M. de la Tour d’Auvergne. Il ajoute que pour M. Bonrepos, les mouvements actuels du plancher ne sont pas dus aux travaux en cours, ce qu’il ne croit pas pour sa part.
Quitterie Cazes demande s’il ne faut pas pousser plus avant l’enquête. Le plus grave serait que l’édifice risque l’effondrement. Ne faut-il pas commander une expertise ?
Le Président rappelle que l’extrémité de l’aile gauche, sur la rue de l’Écharpe, a déjà connu des problèmes de stabilité. Mais cette partie est en fait un ajout (la reprise de la construction se voit très bien aujourd’hui à l’intérieur, après l’enlèvement des enduits) qui, selon M. Voinchet, a été fait sans fondation, et les mouvements qui ont lieu dans le reste de l’édifice sont d’une autre nature.
Louis Peyrusse souligne que c’est le traitement d’ensemble de l’édifice qui est en cause, et pas seulement les désordres qui seraient provoqués par les travaux. Il est anormal qu’un édifice classé Monument Historique soit traité de la sorte, sans plus de précaution, et que des éléments anciens soient démolis au lieu d’être restaurés. Le Président indique qu’il demandera à M. Sermet d’écrire à ce sujet à l’Inspection générale et à la Direction du Patrimoine. Louis Peyrusse pense qu’il faudrait également informer les associations de défense du patrimoine.
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Patrice Cabau informe la Société de l’effondrement d’une partie de la maison de la Charité, fondée en 1703. Les bâtiments du XVIIIe siècle se trouvent derrière la place Dupuy. L’effondrement d’une aile a sans aucun doute été provoqué par l’aménagement en cours de l’îlot situé entre la halle aux grains et le canal.
Le Président donne ensuite la parole à Patrice Cabau pour une communication consacrée à L’acquisition de l’emplacement de la Halle de la Pierre par les comtes de Toulouse en 1203.
Le Président remercie Patrice Cabau de cette longue communication très complète qui apporte nombre de renseignements sur des bourgeois toulousains des XIIe et XIIIe siècles, et dont le principal intérêt est de localiser avec précision les terrains acquis pour agrandir la place.
M. Gilles remarque que les actes cités sont de parfaits exemples du droit coutumier qui est appliqué à Toulouse en particulier et plus généralement dans le Midi. Les textes comportent en effet de nombreux éléments qui sont des hérésies par rapport au droit romain. Il rappelle que le système de sous-inféodation est général en France et que le droit coutumier est contraire à l’adage selon lequel « cens sur cens ne vaut ».
Daniel Cazes demande si l’étude a permis de préciser l’origine de l’appellation « de la pierre » ou du nom de la rue Peyras. Patrice Cabau indique que la rue Peyras est mentionnée au début du XIIIe siècle, et que l’on trouve l’expression « ad Payranos » en 1218 et « itur versus Payras » en 1310 ; il ne croit pas que l’origine étymologique en soit petra, mais ne voit pas quelle elle peut être.
M. Péaud-Lenoël demande si l’on connaît d’autres exemples de mesures-étalons en pierre. Plusieurs membres en donnent des exemples, mais on précise qu’elles sont souvent du XIXe siècle.
M. Latour donne des informations sur le déménagement de la bibliothèque qui, pour les ouvrages les plus nécessaires qui ont été transférés à l’Institut d’Études Méridionales, est désormais accessible tous les mardis. Au nom de la Société, le Président félicite Louis Latour du travail considérable qu’il a effectué pour que notre bibliothèque soit le plus rapidement possible consultable. Daniel Cazes ajoute que les ouvrages les plus précieux qui avaient été transportés au Musée Saint-Raymond peuvent être consultés à la Bibliothèque du Musée tous les jours de 9 h à 17 h.
Séance du 1er février 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Noé-Dufour, MM. Bernet, Boudet, Cabau, le général Delpoux, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés: Mmes Colin, Merlet-Bagnéris, MM. Gérard, Manière.
Le Secrétaire Général demande aux membres de la Société d’excuser l’absence, au cours des dernières séances, de comptes rendus des publications reçues. Notre déménagement a posé quelques difficultés d’organisation. Un compte-rendu général sera présenté lors d’une prochaine séance.
Le Président donne la parole au Trésorier pour le compte-rendu financier. Le bilan financier est approuvé à l’unanimité des membres présents et il est donné quitus au Trésorier.
Il est ensuite procédé aux élections statutaires. Le Président, le Secrétaire Général et le Bibliothécaire-archiviste sont réélus. Le Président remercie les membres de leur confiance et rappelle le travail considérable qui a été réalisé par Louis Latour à l’occasion du déménagement de la Bibliothèque.
Le Président donne lecture de la lettre que M. Sermet a adressée au Maire à propos de la porte de la future salle des séances de la Société. Le courrier a été envoyé hier et nous n’avons donc pas encore de réponse. Le Président croit savoir que l’architecte M. O’Byrne n’est plus trop opposé à cette porte. Les principales difficultés seraient d’ordre juridique. La question est discutée par Me Goguel et Me Viala.
À propos de l’état de l’hôtel d’Assézat, le Président indique qu’il a rencontré ce matin Mme Tomasin, Conservateur régional des Monuments Historiques. Celle-ci lui a fait savoir que, d’après les architectes, les désordres constatés ne seraient pas dus à un affaissement du plancher du 1er étage mais à une remontée de celui du 2e étage, consécutive au déménagement des vingt-deux tonnes de livres de notre Société. Par ailleurs, l’envoi des différents courriers que M. Sermet devait adresser à l’Inspection Générale, au Directeur du Patrimoine, au Directeur Régional des Affaires Culturelles etc. a été retardé de façon à pouvoir y joindre le rapport détaillé du général Delpoux. Celui-ci explique qu’en effet, à la demande de Me Viala, il a rédigé un rapport sur l’état de l’hôtel et les désordres que l’on y constate aujourd’hui. Ses observations sont en désaccord avec l’explication avancée par Mme Tomasin. Après en avoir présenté une analyse pour les membres, il conclut en indiquant qu’il a demandé que des témoins soient posés le plus rapidement possible afin de voir si le bâtiment est stabilisé.
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Guy Ahlsell de Toulza demande si l’on connaît la cause du démontage et du remontage des deux croisées de la façade sur la rue de l’Écharpe. Il ajoute par ailleurs que les traces de reprises visibles à l’intérieur montrent que la baie de la dernière travée ouest à été modifiée, une bâtarde dont on voit le petit arc segmentaire au-dessus de la fenêtre actuelle ayant été transformée à une époque indéterminée en croisée. À ce propos, on ne comprend pas que les tableaux de l’embrasure de cette fenêtre aient été en grande partie refaits ces dernières semaines avec des joints au ciment et l’on s’étonne que l’on ait réalisé un linteau en béton pour couvrir l’embrasure.
Louis Peyrusse pense que l’Union devrait prendre l’initiative d’une contre-expertise de l’état de l’hôtel. Plusieurs membres soutiennent cette idée. Le Président conclut en indiquant qu’il va proposer à M. Sermet de faire réaliser une expertise par le bureau d’études Veritas.
Bruno Tollon fait observer que l’explication, discutable, donnée par Mme Tomasin ne concerne que l’aile droite de l’hôtel d’Assézat. Les désordres de la cage d’escalier ont, eux, été provoqués par les percées réalisées au cours de l’été 1993 pour permettre le passage des engins de chantier à travers le premier sous-sol.
Il annonce qu’au titre de membre de la commission supérieure des Monuments Historiques, il a préparé un courrier pour le Directeur du Patrimoine, Mme de Saint-Pulgent, par lequel il ne traite pas des désordres actuels de l’édifice mais attire l’attention sur la conduite du chantier. Il faut en effet remarquer que l’étude préalable de l’architecte en chef montre que celui-ci ne s’est pas rendu compte que les cuisines du premier sous-sol comportaient nombre d’éléments de l’aménagement du XVIe siècle. Le dossier d’enquête préalable présente d’ailleurs de bonnes photographies en couleurs mais qui ne sont pas légendées. Bruno Tollon rappelle qu’au XIXe siècle les espaces de services ont été abandonnés et sont depuis restés en l’état. On a donc détruit des aménagements importants de l’hôtel d’Assézat, importants autant pour la compréhension des dispositions de l’hôtel que pour leur intérêt ethnologique, alors que ces éléments auraient dû être protégés par le classement de l’ensemble de l’édifice au titre des Monuments historiques : un four à pâtisserie a été démoli ainsi que des fours secondaires de la cuisine, un porte-jarre a été déplacé, une cheminée du XVIe siècle a été démontée et remontée dans une autre salle qui était justement une salle froide ; au niveau du rez-de-chaussée surélevé, les vestiges d’une cheminée d’origine ont été entièrement détruits… Il faut ajouter à ces démolitions la brutalité des travaux en cours : on n’hésite pas ouvrir des brèches dans les murs du premier sous-sol, à entailler les maçonneries, à placer un linteau de béton…
Le général Delpoux indique qu’il fera des photographies de l’hôtel d’Assézat et des travaux en cours samedi prochain.
Par ailleurs, la date de la séance publique est définitivement fixée au samedi 16 avril.
Louis Latour donne lecture d’une note de Gabriel Manière sur Une nouvelle découverte archéologique gallo-romaine à Lafitte-Vigordane :
« Le secteur que nous couvrions dans nos recherches archéologiques, sous la direction du regretté professeur Michel Labrousse, comportait Lafitte-Vigordane avec la voie romaine de Toulouse à Saint-Bertrand-de-Comminges et à Dax que nous avons étudiée et sur laquelle nous avions fait quelques découvertes de monnaies antiques avec Hugues de Coral, gendre de la famille de Rémusat.
Le contexte antique se retrouvait aussi sous le cimetière et alentour avec l’observation de témoins mobiliers épars.
La découverte, le 16 novembre dernier, de l’existence d’une salle pavée en mosaïque lors de la remise en culture d’une terre contiguë au cimetière vient confirmer l’importance et la valeur archéologique du lieu qui s’appela historiquement Notre-Dame de Quérillac avec une chapelle aujourd’hui disparue. Elle a succédé, dans son implantation, à un site antique assurant la pérennité d’occupation. Elle reste, en cela, dans la logique du processus chronologique qui recouvre les sites antiques, tel celui voisin du Bantaray à Cazères-Saint-Cizy qui en est un exemple type avec nécropole, implantation paléo-chrétienne et église-baptistère sur un grand fundus gallo-romain en bordure de la voie antique.
La parcelle de Lafitte-Vigordane fera l’objet de recherches régulières dans l’été 1994 sous la conduite d’une archéologue professionnelle du Service régional de l’archéologie, Mme Christine Dieulafait, dans la période estivale inter-cultures de deux mois environ.
Cette découverte se situe en bordure nord de la voie romaine : Item ab aquis Tabellicis Tolosam entre wess 457,8 (Aquis Siccis Cazères-Saint-Cizy) et wess 458,3 (Vernosole-Lavernose). »
Louis Latour présente ensuite une fenêtre géminée découverte à l’occasion de travaux réalisés à l’église Saint-Paul d’Auterive. Elle se trouve sur un bâtiment en partie conservé seulement qui n’est séparé de l’église que par un espace étroit. La datation de cette fenêtre pourrait être un repère pour dater la reconstruction de l’église. Les arcs de la baie, entièrement bâtie en brique, sont outrepassés et légèrement brisés. Le chapiteau présente une corbeille ornée d’animaux et un tailloir solidaire où court une tige ondulante. Arcs et piédroits ne sont pas chanfreinés. Les briques ont en moyenne une longueur de 38 cm pour une largeur de 24 cm et une épaisseur de 4,5 cm ; la baie devait avoir une largeur d’environ 1,20 m. Maurice Scellès remarque que ce chapiteau appartient à un groupe d’œuvres bien connu, constitué de nombreux chapiteaux d’édifices civils de la région toulousaine, que l’on date habituellement de la première moitié du XIIIe siècle. Autant que le chapiteau, la forme des arcs montre que cette architecture relève de l’aire d’influence de Toulouse. Il semble en effet qu’il soit possible de cerner, autour de certaines cités médiévales, des zones (s’agit-il véritablement d’« aires d’influence » ?) où prévalent des techniques de construction et des décors particuliers. La fenêtre d’Auterive apporte en tout cas un jalon supplémentaire pour la diffusion des manières de bâtir en usage à Toulouse.
M.S.A.M.F., T. LIV, page 165

LAFFITE-VIGORDANE (Haute-Garonne), découverte d’une mosaïque gallo-romaine. Cliché Gabriel Manière.
![]() AUTERIVE (Haute-Garonne). Vestiges d’une fenêtre géminée de la première moitié du XIIIe siècle. Cliché Louis Latour. | ![]() AUTERIVE (Haute-Garonne). Vestiges d’une fenêtre géminée, détail du chapiteau. Cliché Louis Latour. |
M.S.A.M.F., T. LIV, page 166
Séance du 15 février 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Rousset, MM. Bernet, Bertrand, Cabau, le général Delpoux, Ginesty, Julien, Peyrusse, Tollon.
Excusés: M. Cazes, Secrétaire Général, M. Manière.
Le Président annonce le décès de M. Gilles Caster, survenu la semaine dernière.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des deux dernières séances qui sont adoptés après quelques corrections de détail.
Le général Delpoux indique qu’il a remis à notre Président, dès la fin de la dernière séance, un exemplaire de son rapport sur l’état de l’hôtel d’Assézat.
Le Président fait savoir qu’il a suggéré à M. Sermet de commander une contre-expertise au bureau d’études Veritas, en insistant sur le fait qu’il y allait de notre intérêt. L’idée fait son chemin. M. Sermet a rencontré un expert en bâtiment à la retraite qui devrait lui donner un avis. Notre Président a retardé l’envoi des lettres au Directeur du Patrimoine et à l’Inspection Générale pour attendre le courrier préparé par Bruno Tollon.
Le Président donne alors la parole à Bruno Tollon pour une communication consacrée aux Trois cheminées de stuc du XVIIe siècle à Toulouse :
« Cette communication prend place dans une série d’études sur les œuvres de stuc et de plâtre sous l’Ancien Régime. Le dernier colloque du Centre de Castellologie interrégional de l’Abbaye de Flaran, consacré au Décor intérieur du château (4-6 octobre 1991) avait fourni l’occasion d’une communication sur les cheminées de stuc du Languedoc oriental au XVIIe siècle (avec Henri Ginesty). À la Société ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts ce thème était repris à propos d’œuvres conservées dans deux châteaux ariégeois ( « Les travaux du sculpteur Gaillard Bor dans le comté de Foix autour de 1660 » avec Henri Ginesty, publié dans le Bulletin de la Société Ariégeoise des Sciences, Lettres et Arts, Foix, 1994, p. 93-111). Il s’agit ici de trois cheminées.
La remise en état de l’immeuble dit « Hôtel de Desplats-Palaminy », 45 rue des Tourneurs, a permis la découverte d’une cheminée de stuc et de plâtre dont les éléments anciens ont été étudiés par M. Gabriel Burroni [et non » Daniel Buroni « , comme dans l’édition originale] stucateur agréé auprès du service des Monuments historiques. L’examen de cette cheminée située dans une salle dont les poutres et solives d’un plafond à la française sont intactes, prouve qu’elle réunit des éléments anciens conservés au moment de la réinstallation des appartements après les travaux de Sipière, le nouveau propriétaire de l’immeuble en 1848. Il a fait appel aux Virebent qui ont ingénieusement combiné des éléments composites. Restait intact le couronnement de stuc formé d’un fronton curviligne enrichi de deux cornes d’abondance. Il dominait un grand décor central entouré d’une moulure ovale dont subsiste la partie supérieure. Pour l’essentiel, le manteau a reçu son décor actuel au XIXe siècle. On y reconnaît le goût des montages chers aux Virebent avec des moulages provenant de bas-reliefs toulousains de la Renaissance : les putti qui encadrent un blason et surmontent un cartouche portant la date de 1538. Au-dessous, un bas-relief rectangulaire consacré à Mars couronné par la Victoire est emprunté, comme le motif précédent, aux décors de la galerie d’entrée de l’Hôtel du Vieux-Raisin, rue de Languedoc. Les Virebent ont laissé des témoignages analogues de leur art au château de Montgey, dans le Tarn, et au château de Sibra dans l’Ariège.
La belle bordure du couronnement et les fruits jaillissant des cornes d’abondance sont à rapprocher du décor savoureux et quelque peu rustique de l’hôtel de Maleprade (44, rue Gambetta). La cheminée de la salle du rez-de-chaussée appartient à une campagne de travaux payés au sculpteur Pierre Monge en 1626 (documents transmis par Henri Ginesty, 1988).
Les piédroits et le linteau sont enrichis de tables de marbre noir. Sur la corniche, les allégories de Minerve et de Pomone encadrent un grand cartouche (destiné à un tableau). Le fronton qui surmonte le cadre à crossette conserve la trace des armoiries de Jean de Maleprade. Le dessin général est à rapprocher des décors à la mode sous le règne de Louis XIII (cf. Album Deraud et Allan Bethman, Cabinet de dessins du Musée du Louvre, Album Lesoufaché, bibliothèque de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts).
Ces deux figures en pied, au canon un peu lourd, aux draperies majestueuses s’inspirent assez directement de celles sculptées par Artus Legoust au-dessus du portail droit de l’hôtel de pierre, rue de la Dalbade (allégories de Junon et de Minerve).
M.S.A.M.F., T. LIV, page 167
![]() | HÔTEL DESPLATS-PALAMINY, 45, rue des Tourneurs. La cheminée du XVIIe siècle pendant sa restauration. |
![]() | HÔTEL DE MALEPRADE, 44, rue Gambetta. La cheminée de 1624 : état en 1990. |

HÔTEL CARRION-CASTELPERS,
1, place Sainte-Scarbes. Cheminée XVIIe siècle au temps où Fraust habitait l’hôtel.
M.S.A.M.F., T. LIV, page l68
Dans le bel hôtel Carrion dit de Spinola, (construit par le marquis de Castelpers avant 1775), 1, place Sainte-Scarbes, récemment restauré, une cheminée de stuc a été mise au jour dans une pièce du rez-de-chaussée, derrières les panneaux d’un placard (Mme Nicole Subra, antiquaire). Seule subsiste la partie supérieure du manteau avec cartouches et table encadrant une solide mouluration centrale. L’hôtel appartenait alors à une famille parlementaire des Fraust.
Avec les décors retrouvés dans l’hôtel des Fraust et dans celui des Desplats, la liste des « cheminées monumentales du Vieux Toulouse » évoquée par Jules Chalande dans un article du Journal de Toulouse s’allonge. À cette liste on pourrait ajouter celles qui ont disparu mais dont le témoignage conservé dans les archives prouve qu’elles étaient nombreuses. Par exemple, Antoine de Lestang en fait installer deux de ce type dans son château de Saint-Jean-de-Kiriéléison (le 25 août 1613). Parmi les maisons que la ville se propose d’acheter, en 1685, pour dégager une place devant le Capitole, l’une d’elle possède dans la salle haute une « belle cheminée de plâtre, ornée de figures en relief ». Ce qui prouve que celle de l’hôtel de Maleprade n’est pas un cas isolé.
Au XVIIIe siècle encore, l’architecte Lebrun, dans les Us et Coutumes de la Ville de Toulouse (1753), recommande cette solution économique qu’autorise le plâtre : « on peut faire une cheminée passablement belle ; c’est-à-dire un cadre orné d’un mascaron ou rocaille, pilastres avec leurs chapiteaux, pour dix-huit ou vingt livres ».
Les trois exemples évoqués prouvent le succès des formules héritées des modèles bellifontains et que les recueils de gravures (tels ceux de Abraham Bosse, avec le Livre d’architecture des autels et des cheminées dessinés par Jean Barbet, Paris, 1633 ; de Collot, puis de Marot et de Lepautre) ont contribué à diffuser dans toute la France. Il convient d’y voir un témoignage du succès des modèles nationaux que l’estampe autant que les grandes créations des palais royaux ou les châteaux de mécènes comme Richelieu, contribuaient à rendre accessibles. »
Le Président remercie Bruno Tollon de cette communication qui devrait susciter des questions de la part des spécialistes du XVIIe siècle.
M. Coppolani signale une cheminée portant la signature « F. Lucas » en précisant qu’elle ne se trouve certainement pas à son emplacement d’origine puisque l’immeuble date du XIXe siècle. Il connaissait également une cheminée en marbre dont le manteau présentait deux cygnes affrontés : elle se trouvait dans un immeuble de la rue de la Pomme, mais elle a aujourd’hui disparu.
Le Président se souvient qu’un ouvrier italien mentionnait un chauffage du matériau à un certain moment pour la réalisation du faux-marbre. Que sait-on des techniques ?
Bruno Tollon répond que les techniques sont variées et dépendent en particulier de l’emplacement du décor. Il ne connaît pas de technique faisant appel au chauffage, mais plusieurs nécessitent des séchages importants.
Louis Peyrusse rappelle que, bien que les stucs de la cheminée de l’hôtel de Maleprade aient pu être rapprochés des reliefs de Legouste à l’hôtel de Pierre, les œuvres de gypserie sont toujours d’une qualité moindre que les sculptures sur pierre ou sur bois. Les ateliers qui les réalisaient sont-ils connus ?
Bruno Tollon, en se tournant vers ceux qui étudient en ce moment les sculpteurs du XVIIe siècle, répond qu’il pense qu’il y a peu de chance de trouver des documents nouveaux dans ce domaine. Il est d’accord pour considérer qu’en général les travaux en stuc sont de moins bonne qualité que les ouvrages en pierre ou bois. M. Ginesty fait remarquer qu’il faut toutefois tenir compte des couches de badigeon qui encrassent souvent les reliefs en stuc.
Bruno Tollon indique qu’il n’a pas présenté au cours de son exposé une cheminée du XVIIe siècle de l’hôtel de Bagis, qui a toujours passé pour un ouvrage en pierre alors que le décor de la hotte est en fait réalisé en stuc sur âme de pierre. Guy Ahlsell de Toulza dit qu’il attendait cette cheminée de l’hôtel de Bagis. (On présente les diapositives.) Il se souvient que Mme de Gorsse distinguait toujours les décors du manteau et de la hotte. Bruno Tollon fait remarquer que le manteau, dont le linteau est appareillé au trait de Jupiter, est caractéristique de Dominique Bachelier. Le décor du manteau est tout à fait différent. M. Bonami a pu y observer des motifs estampés et des traces de modelage à la main. Plusieurs couches de badigeons encrassent cependant le décor et uniformisent l’ensemble de la cheminée. À une question de Guy Ahlsell de Toulza, Bruno Tollon répond en précisant que le joint qui apparaît en haut et à gauche de la hotte n’est pas un joint d’appareil mais est dû à un mouvement de la structure de la cheminée.
Louis Latour voudrait savoir si ces ouvrages font éventuellement appel à des éléments préfabriqués par des plâtriers. Il évoque le décor de la chapelle des Pénitents noirs de Villefranche-de-Rouergue où les oves seraient préfabriqués. Les différentes techniques existent. Bruno Tollon cite par exemple l’utilisation du moule en creux avec reprise des détails au sortir du moule. Maurice Scellès indique que plusieurs décors du XVIIIe siècle, dans des maisons de Moissac, utilisent exactement les mêmes groupes de putti dans des compositions différentes. Des observations détaillées permettraient sans doute de dire s’ils ne font que reprendre un même modèle ou s’ils sont issus d’un même moule.
Le général Delpoux demande si l’on connaît la provenance du plâtre utilisé. Bruno Tollon répond que nous n’avons que des indications très tardives dues à Lebrun et à des contrats. En 1680, les meilleurs plâtres viendraient de Cordes et Saint-Félix-Lauragais. M. Ginesty y ajoute Belesta de Lauragais.
M.S.A.M.F., T. LIV, page 169
Séance du 15 mars 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Cabau, Fabre, Gérard, Gillis, Ginesty, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés: MM. Manière, le Père Montagnes.
Le Président confirme que la prochaine séance aura lieu la semaine prochaine. Puis il donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance qui est adopté après une correction demandée par Louis Peyrusse.
Le Secrétaire général présente les revues et ouvrages français reçus par la Société.
Comptes rendus des séances de l’année 1992 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris : 1992, fasc. 2 (avril-juin 1992) :
– Fishwick (Ducan), Un don de statues en argent à Narbo Martius, p. 381-401. Se fondant sur une nouvelle analyse d’une inscription gravée sur un fragment de colonnette en marbre rose trouvé en 1877 sur le site du temple de la place Bistan à Narbonne (malheureusement introuvable aujourd’hui au Musée archéologique de Narbonne), l’auteur conforte et complète l’idée soutenue par Michel Gayraud dans sa thèse sur Narbonne antique, selon laquelle le temple en question était bien le Capitole de la ville antique mentionné par Ausone et Sidoine Apollinaire. Cette thèse a été récemment discutée sur ce point par le professeur Pierre Gros et par M. Janon qui préfèrent voir en cet édifice un temple du culte impérial. Selon Fishwick, l’édicule auquel appartint le fragment de colonnette aurait abrité, dans l’enceinte du temple de la place Bistan, deux statues d’argent (représentant des empereurs ?) offertes par un sévir augustal à Iuppiter Optimus Maximus. C’est donc pour lui la preuve que la statue de ce dieu se trouvait dans la cella du temple qui ne peut donc être que le Capitole.
En conclusion de cette communication soigneusement construite et argumentée, l’auteur montre qu’il conviendrait désormais de distinguer très clairement à Narbonne :
1. le sanctuaire provincial du culte impérial, à l’extérieur de la ville, sur la route de Gruissan et près de l’amphithéâtre
2. le forum ancien de la Colonie de Narbonne, à la croisée du cardo maximus, dans le secteur des horrea, où s’élevait sans doute le temple municipal, attesté mais inconnu archéologiquement ;
3. sur la butte des Moulinassès, au nord de la place Bistan, un temple qualifié de « novi » dans une inscription datée de 149. Construit sous l’empereur Hadrien dans les années 120-130, dans le cadre d’un nouveau forum grandiose (au nord de l’ancien), il ne serait autre que le Capitole, premier ou deuxième du nom à Narbonne. Ce vaste programme architectural et religieux correspondrait à ce que l’auteur appelle « l’idéologie officielle de la théologie jovienne du pouvoir impérial » élaborée par Trajan puis largement promue dans tout l’Empire romain par Hadrien.
Même si des fouilles archéologiques s’imposent sur la butte des Moulinassès et si le dossier épigraphique reste peu important voire sujet à discussion, l’auteur développe ici de forts arguments pour l’identification du Capitole de Narbonne.
– p. 454-455, présentation par Jean Fontaine d’un ouvrage dont il a dirigé l’édition : Ambroise de Milan. Hymnes, texte établi, traduit et annoté, Paris : 1992, 804 p.
Comptes rendus des séances de l’année 1992 de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris : 1992, fasc. 3 juillet-octobre 1992) :
– Sauerländer (Willibald), Observations sur la topographie et la chronologie de la cathédrale du sacre (Reims), p. 463-479.
– Erlande-Brandenburg (Alain), Une tête de prophète provenant de l’abbatiale de Saint-Denis’ portail droit de la façade occidentale, p. 515-542.
– Chamoux (François), Un pigeonnier antique près d’Appolonnia en Cyrénaïque, p. 623-625. On ne peut qu’être frappé par la ressemblance que ce pigeonnier hellénistique offre avec ceux, plus récents, d’Arcadie ou du Midi de la France.
Bulletin Monumental, t. 151-II (1993) :
– Mesqui (Jean), avec la collaboration de Marcel Belot et Pierre Garrigou Grandchamp, Le palais des comtes de Champagne à Provins, p. 321-355.
– Francesca Español, Joan Avesta, sculpteur de Carcassonne. L’influence de l’atelier de Rieux sur la Catalogne, p. 321-355.
– Actualité : note par André Bonnery sur un monument sculpté découvert à Montolieu (Aude).
– Chronique : comptes-rendus par Marcel Durliat de l’article de Robert Favreau, Le thème iconographique du lion dans les inscriptions médiévales, dans Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, comptes rendus des séances de l’année 1991, p. 613-636, et de celui de Piotr Skubiszewski, Le trumeau et le linteau de Moissac : un cas du symbolisme médiéval, dans Cahiers archéologiques, 40, 1992, p. 51-90.
Bulletin Monumental, t. 151-III (1993) :
– Anne Baud et Gilles Rollier, Abbaye de Cluny : campagne archéologique 1991-1992, p. 453-468.
– Bibliographie : compte rendu par Marcel Durliat de Kathryn Horste, Cloister Design and Monastic Reform in Toulouse. The Romanesque Sculpture of la Daurade, Oxford: Clarendon Press, 1992, 416 p.
M.S.A.M.F., T. LIV, page 170
Bulletin Monumental, t. 151-IV (1993) :
– Chronique : compte rendu par Marcel Durliat du Cahier de Fanjeaux, n° 28, qui rassemble les communications du colloque de 1992 Le décor des églises en France méridionale (XIIIe-XIVe s.) ; compte rendu par Pierre Garrigou Grandchamp de l’article de Valérie Rousset, La borie de Savanac (dans M.S.A.M.F., t. LII, 1992, p. 61-86), dans lequel, outre les qualités du travail de l’auteur, est souligné « l’effort fait par la Société archéologique du Midi de la France pour présenter les acquis les plus récents de la recherche universitaire ».
– Bibliographie : compte rendu par Pierre Garrigou Grandchamp de l’ouvrage d’Yves Esquieu, Autour de nos cathédrales. Quartiers canoniaux du sillon rhodanien et du littoral méditerranéen, Paris : C.N.R.S. éditions, 1992, 355 p. ; compte rendu par Marcel Durliat de la deuxième édition, considérablement augmentée et enrichie, de Angela Franco Mata, Catálogo de la escultura gótica del Museo Arqueológico Nacional (de Madrid), Madrid : 1993, 286 p.
Daniel Cazes poursuit sa présentation des revues françaises, puis fait un compte rendu de l’ouvrage, offert par l’auteur à notre Société, de Roger Armengaud, Boulbonne : le Saint-Denis des comtes de Foix, Mazères : Association pour le développement du tourisme de Mazères, 1993, 331 p. Cet important travail rassemble toutes les données de l’histoire de cette grande abbaye du Midi toulousain.
Le Président remercie Daniel Cazes de cette présentation. Louis Latour précise, à propos de l’ouvrage de Roger Armengaud consacré à Boulbonne, que le manuscrit, qui était beaucoup plus important, n’a pu être entièrement publié pour des raisons éditoriales et que l’auteur pense le déposer aux Archives départementales de la Haute-Garonne, où il sera un apport important pour la recherche scientifique.
Le Président donne ensuite la parole à Bruno Tollon qui présente son rapport sur la candidature de M. Richard au titre de membre correspondant de notre Société. On procède au vote : M. Richard est élu membre correspondant.
La parole est alors donnée à Mme Quitterie Cazes pour une communication consacrée à La cathédrale romane de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LIV, 1994) de nos Mémoires.
Le Président remercie Quitterie Cazes de cette présentation qui pose non seulement la question de la cathédrale romane mais aussi celle de son implantation et qui met bien en évidence les nombreuses interrogations que suscite le monument.
L’abbé Rocacher demande si les éléments trouvés par Michel Vidal et Daniel Cazes en 1983 dans le déambulatoire sont datés avec certitude de l’époque romane. Quitterie Cazes rappelle que les substructions n’ont alors pas fait l’objet d’observations archéologiques précises et que seul un chapiteau de l’Antiquité tardive a été récupéré. Quant au sondage qu’elle a elle-même réalisé avec Jean Catalo en 1989, il a permis de retrouver une poignée de tessons du milieu du XIe siècle qui indiquent seulement que la maçonnerie était postérieure à cette date. L’abbé Rocacher voudrait savoir d’une part si les divers travaux de dallage réalisés au fil des années à hauteur du pilier d’Orléans ont permis des observations, et si les rapports relatant les éventuelles découvertes existent, d’autre part si le mur relevé à l’extérieur est visible dans les chapelles sud. Quitterie Cazes répond que le sol de la nef a été bouleversé par de nombreuses sépultures ; quant au mur sud, les chapelles étant aujourd’hui enduites, il faut attendre que des travaux permettent de vérifier si la maçonnerie romane se développe sur toute l’épaisseur du mur ou si le mur roman a été doublé à l’époque gothique.
Louis Peyrusse se demande pourquoi on a lancé trois travées vers l’ouest si la nef raymondine avait pour une large part une base romane. Pour Daniel Cazes, c’est la volonté d’avoir une façade tout à fait différente de la façade romane qui a imposé de prolonger l’édifice vers l’ouest.
Henri Pradalier remarque que si la longueur de la nef romane peut ne pas surprendre, sa largeur est plus étonnante et il est peut-être difficile d’admettre une nef à trois vaisseaux. Par ailleurs, l’emplacement du chœur des chanoines pose problème surtout en l’absence de transept. Faut-il complètement écarter l’hypothèse de deux édifices, et tout transept est-il impossible ? Quitterie Cazes montre qu’en raison de la présence du cloître, de la salle capitulaire et des autres bâtiments canoniaux, un bras de transept du côté sud est tout à fait impossible, et elle ajoute que le débat que nous avons, a dû se poser en termes équivalents pour l’évêque et les chanoines lors de la construction de la cathédrale romane. Elle fait par ailleurs remarquer qu’avec 20 m, la largeur de la nef serait égale à celle des trois vaisseaux centraux de Saint-Sernin.
À une question du Président, Quitterie Cazes répond que l’on n’a, pour l’instant, retrouvé aucune trace des supports qui prouveraient l’existence de trois vaisseaux.
Pascal Julien se demande si le caveau des chanoines, qui se développe sur une vingtaine de mètres carrés ne serait pas une zone de fouilles privilégiée. Quitterie Cazes craint que son aménagement ne se soit fait par entaille des maçonneries et réfection des parements, mais il pourrait être intéressant de s’en assurer. M. Ginesty fait la même observation à propos du tombeau de Riquet.
Comme l’on aborde les questions diverses, Bruno Tollon donne des informations sur l’évolution de la situation après qu’il a envoyé un courrier au Directeur régional des Affaires culturelles avec copie à l’Inspecteur général, à l’Inspecteur des Monuments Historiques et au Conservateur régional des Monuments Historiques à propos des travaux en cours à l’hôtel d’Assézat.
M.S.A.M.F., T. LIV, page 171
Marie-Anne Sire, Inspecteur des Monuments Historiques, lui a donné toute assurance sur la conservation des menuiseries anciennes, taques de cheminée etc. Elle a adressé un courrier en ce sens à l’Architecte en chef des Monuments Historiques et à l’Inspecteur général et une visite de chantier sera programmée.
Bruno Tollon ajoute que l’on a déjà démonté, avec la même hâte que pour sa construction, la cheminée pastiche qui avait été installée sans autorisation au premier sous-sol. En outre, le grand évier sera laissé en place, le porte-jarre sera replacé et l’on va refaire le grand potager. Les choses vont d’ailleurs très vite : nous nous étions inquiétés des percements réalisés dans les murs du premier sous-sol, et ils ont aujourd’hui encadrés de piédroits et d’arcs pastiches. Ces ouvertures sont évidemment hors d’échelle mais il sera bien difficile au visiteur de faire la différence entre l’authentique et le pastiche.
La discussion s’engage ensuite sur les causes du décollement des cloisons au premier étage. Le Président indique que nous avons déménagé vingt tonnes environ de livres. Certains membres pensent que l’on peut peut-être admettre l’explication donnée par l’Architecte en chef d’une remontée des poutres et des cloisons suspendues après enlèvement du poids. D’autres font remarquer que dans la salle des séances de l’Académie des Sciences, où nous sommes, la cloison montre à l’évidence un fléchissement vers le centre. Bruno Tollon pense que nous pourrions obtenir tout à fait officiellement le rapport de M. Voinchet. Il ajoute que la Société pourrait sans doute tout aussi officiellement suivre les visites de chantier. Le Président pense que Bruno Tollon devrait à cette occasion représenter notre Société et souhaite par ailleurs que nous puissions avoir des échos de la visite de l’Inspection générale.
Guy Ahlsell de Toulza demande de quand datent les boiseries de l’hôtel. Bruno Tollon répond que l’on a du mal à en situer l’exécution d’après les textes. Pour Louis Peyrusse, les décors de stucs et les lambris sont probablement en partie du XVIIIe siècle et en partie de l900. Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer qu’ils sont en tout cas antérieurs à l’installation de la Société dans l’hôtel.
Guy Ahlsell de Toulza rappelle par ailleurs qu’après les articles de l’abbé Rocacher et de M. Gillis sur la disparition des voûtes gothiques de la rue Saint-Rome, il faudrait que la Société adresse en commun avec les Toulousains de Toulouse une lettre au Maire.
Séance du 22 mars 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint; Mme Blanc-Rouquette, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Boudet, Cabau, Fabre, Gérard, Gillis, Julien, Péaud-Lenoël, Prin, Tollon, Vézian.
Excusés: Mme Foucaud, MM. Manière, Peyrusse.
Invité: M. Philippe Gruat.
Le Président donne lecture d’un courrier que nous a adressé la Société des Études de Comminges à propos de l’abbaye de Bonnefont. Devant des oppositions qui se manifestent contre le démontage de la façade de la salle capitulaire actuellement en place dans l’ancienne gendarmerie de Saint-Martory, elle souhaite que des membres de notre Société puissent lui adresser des courriers de soutien en faveur du transfert de cette façade sur son site d’origine.
Maurice Scellès intervient pour exprimer son extrême réserve sur le projet de remontage sur le site de Bonnefont. Il rappelle que les emplacements d’origine précis des différents éléments lapidaires ne sont pas connus. La reconstitution ne pourra donc être qu’un pastiche hypothéquant l’avenir puisque tous les éléments architecturaux d’origine seront replacés dans une maçonnerie.
Guy Ahlsell de Toulza pense qu’il faut être moins critique. Il souligne l’état actuellement très dégradé de la façade de la salle capitulaire dans l’ancienne gendarmerie et le fait que le courrier n’a pour but que de s’opposer à l’opposition qui se développe aujourd’hui au sein de la municipalité de Saint-Martory. La Société de Comminges, qui récupère depuis quinze ans tous les éléments dispersés provenant de l’abbaye, a acheté l’ancienne gendarmerie de Saint-Martory. Il rappelle que l’on n’a pas hésité à dépecer le pavillon de Maurens-Scopon et que le cloître des Jacobins n’a pu être reconstitué qu’en rassemblant des chapiteaux éparpillés.
Pour Daniel Cazes, le projet pose des problèmes assez complexes. On peut souhaiter le démontage et le transfert de la façade de la maison de Saint-Martory, ancienne maison Barreau de Lorde devenue ensuite gendarmerie, mais il faut se souvenir que le portail de l’église de Bonnefont et de nombreux éléments de celle de Touille proviennent de l’abbaye. On aimerait avoir des précisions sur ce que l’on envisage dans ces deux cas. Se pose aussi la question des éléments architecturaux dont les emplacements précis dans l’abbaye ne sont pas connus. Enfin, il faut avoir à l’esprit le cas de Rieux-Volvestre où des chapiteaux qui se trouvaient à la mairie et qui avaient été employés pour orner des espaces publics ont disparu.
Maurice Scellès pense que ce n’est pas le transfert de la façade de la salle capitulaire qui est contestable, mais son remontage alors que l’on pourrait opter pour une présentation réversible des éléments architecturaux sur le site mais dans un bâtiment conçu comme un musée. Il ajoute qu’il est discutable de consacrer des sommes importantes à des reconstitutions incertaines alors que des édifices tout à fait authentiques souffrent du manque de moyens.
M.S.A.M.F., T. LIV, page l72
Le Président informe ensuite la Société des derniers développements concernant l’hôtel d’Assézat.
Il rappelle qu’après la lettre que M. Sermet avait envoyée au Maire, avec copie à Me Goguel, le Maire de Toulouse avait répondu en proposant d’organiser une réunion pour aboutir à un accord dans le respect des intérêts de chacun et de la convention signée.
La réponse que Me Goguel a adressée à Me Viala est au contraire une fin de non recevoir, réfutant tous les arguments exposés tant sur le plan juridique qu’esthétique ou pratique. Le Président fait remarquer que son exposé fait supposer que Me Goguel n’a pas lu la convention signée entre la Ville et l’Union des Académies.
Me Viala a donc repris l’idée d’une réunion pour trouver un accord. Il a en outre préparé la défense de l’Union des Académies et un recours en référé devant le tribunal de Grande Instance si aucun compromis n’était trouvé. On peut imaginer de négocier les horaires d’utilisation du grand escalier, mais on ne peut admettre les solutions qui nous sont proposées pour la porte de la Société Archéologique. Le référé provoquerait un arrêt des travaux, ce qui, peut-on espérer, sera une menace suffisamment grave.
Guy Ahlsell de Toulza rend compte de la récente discussion qu’il a eue avec l’adjoint au Maire, M. Andrès, qui souhaite évidemment éviter des complications judiciaires.
Le Président rappelle que l’on croyait le problème résolu, la convention signée démontrant suffisamment que le sas était prévu et n’était pas dévolu à la fondation. Les services municipaux souhaitent d’ailleurs le sas que l’architecte M. O’Byrne refuse absolument. Guy Ahlsell de Toulza précise que le chantier prend déjà du retard ; il pense qu’il faut rencontrer Me Goguel pour lui faire la preuve de notre bonne foi. Il ajoute qu’il faut peut-être songer à une solution de compromis qui pourrait être la création d’une porte double, solution qui avait été proposée à un moment par M. O’Byrne mais avait été refusée par l’architecte en chef. La mise à nu des maçonneries montre en effet que la porte actuelle du deuxième étage est une réfection du XIXe siècle. Maurice Scellès pense que ce n’est pas une raison pour cautionner un pastiche que nous critiquons par ailleurs.
La discussion se poursuit sur la circulation dans l’escalier, l’éventuel aménagement d’une grille sur le palier, le faux argument esthétique avancé pour refuser le sas, etc. On ajoute que l’argument esthétique contre le sas est particulièrement mal venu quand on voit la façon dont on double les murs ou certaines parties des plafonds en modifiant les proportions des pièces.
La parole est donnée à Jean-Luc Boudartchouk pour sa communication consacrée aux Lieux de culte liés au culte de l’évêque Saturnin du IVe au VIe siècle. Bilan des sources, publiée dans ce volume (t. LIV, 1994) de nos Mémoires.
Le Président remercie Jean-Luc Boudartchouk de cette communication qui complète la présentation qu’il avait faite devant la Société des résultats des fouilles de la place Esquirol. Le problème de la translation va sans doute susciter des questions, d’autant qu’elle est confirmée par deux lettres d’empereurs.
Jean-Luc Boudartchouk rappelle que la législation romaine est très rigide en matière de sépultures, et qu’un déplacement même minime suffit pour qu’il soit nécessaire d’en demander l’autorisation.
M. Gérard, après avoir remercié Jean-Luc Boudartchouk de sa communication, veut apporter quelques précisions sur les sources. Dans l’état actuel de la recherche, il faut distinguer les deux sources les plus sérieuses qui sont la passio antiqua et la passion rimée, plus tardive, qui est due à un archevêque de Narbonne de la fin du Xe-début XIe siècle.
La passio antiqua se compose de trois parties : l’une rédigée vers 400-421, l’autre ajoutée dans la seconde moitié du Ve siècle, avec un noyau central sans doute dû à l’évêque Exupère comprenant un panégyrique et le récit de la translation. C’est la source la plus sûre.
La messe du 29 novembre, c’est-à-dire la passion rimée, est tirée de la passio antiqua.
À propos de la topographie de Toulouse aux XIe-XIIe siècles, M. Gérard indique que le cartulaire de Saint-Sernin permet de savoir que la porte antique, porta castri, existe toujours à ce moment-là, mais qu’elle est transformée, alors qu’une porte voisine, dite de Saint-Quentin, permet de sortir de la ville. On a mention au début du XIIe siècle de la rue qui mène de Saint-Quentin à Saint-Sernin. Il ajoute qu’en 1078 un hebdomadier de Saint-Sernin est chapelain de Saint-Sernin du Taur et que la paroisse du Taur n’est créée qu’au XIIIe siècle.
Le Président et Jean-Luc Boudartchouk remercient M. Gérard de ces savantes précisions.
Pascal Julien fait remarquer que le terme de « basilique » correspond au titre accordé à l’église au XIXe siècle, et qu’il ne peut être employé pour l’édifice du Moyen Age. On discute les différents sens du mot « basilique ». Patrice Cabau rappelle que le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques emploie encore le terme de « basilica » à propos de Saint-Sernin. M. Prin pense que le mot est encore pris dans son sens romain.
Patrice Cabau remarque que le texte de Nicolas Bertrand a été cité d’après la traduction, assez libre, de Guillaume de Lapérière et pense que le retour au texte est nécessaire. Par ailleurs, si l’on met en doute que la première sépulture de saint Sernin se soit trouvée sur l’emplacement de l’église du Taur, que faut-il penser de l’appellation ? Patrice Cabau ajoute qu’on en connaît plusieurs formes : Tauri, de Tauro, ad Tauram. Jean-Luc Boudartchouk pense que le souvenir de la course du taureau ne s’est jamais perdue, mais qu’il est impossible de décider. Il lui paraît surtout intéressant de présenter les différentes hypothèses.
Patrice Cabau fait encore remarquer que le texte le plus sûr, celui de la passio antiqua, fait effectivement état d’une fosse « très profonde ».
À propos des noms de lieux qui rappellent le martyre de saint Saturnin, Daniel Cazes se demande ce qu’il faut penser du lieu-dit « Matabiau ». M. Gérard indique que la porte Matabiau est mentionnée dès le début du XIIe siècle, mais il ajoute que le même toponyme se retrouve au XIIe siècle à L’Union où il correspond à un petit abattoir rural.
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Guy Ahlsell de Toulza relève que le texte de la passio place le taureau au sommet des marches du Capitole alors que l’autel se trouvait bien sûr en bas. Jean-Luc Boudartchouk suppose qu’il s’agit d’un effet rhétorique, peut-être suggéré par la hauteur réelle du podium encore visible quand le texte est rédigé. Un autel sur le podium est toutefois possible, même si l’autel monumental destiné aux sacrifices devait se trouver à cinq mètres environ devant le temple.
Daniel Cazes fait encore remarquer que l’église Saint-Sernin est disposée en biais par rapport à l’orientation du cardo, ce qui est surprenant, alors que nous sommes sûrs que l’édifice actuel a le même axe que celui du Ve siècle.
Séance du 5 avril 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Pradalier, MM. Bertrand, Boudet, Julien, Lapart, Péaud-Lenoël, Tollon.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire Général; M. Cabau.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 15 mars et 22 mars, qui sont adoptés, le premier après un complément demandé par Bruno Tollon.
À propos de la question de la porte de communication entre notre future salle des séances et l’escalier d’honneur de l’hôtel d’Assézat, le Président rend compte de la rencontre qu’il a eue avec Mme Tomasin, en compagnie de Guy Ahlsell de Toulza. Mme Tomasin ne s’est pas montrée opposée au projet présenté par notre Trésorier de la création d’une porte double.
Le lendemain, une nouvelle rencontre a eu lieu avec l’architecte de la fondation Bemberg, M. O’Byrne, l’architecte en chef des Monuments historiques, M. Voinchet, M. Séguy, vérificateur des Monuments historiques. La réunion a été orageuse et les propos échangés ont été vifs. Puis le calme est revenu et on est convenu de l’intérêt que pouvait présenter une porte double. À la fin de la réunion, M. Voinchet a dessiné un croquis de ce que pourrait être cette porte double.
Guy Ahlsell de Toulza donne les quelques éléments de l’analyse qu’il a pu faire de l’état de la porte actuelle. Les traces de reprises montrent qu’elle a été transformée au XVIIIe ou au XIXe siècle, mais les piédroits n’ont pas été déplacés. Il n’y a donc jamais eu une double porte à cet endroit. Mais la demande d’une porte double a été formulée en premier lieu par la fondation Bemberg et la Conservation régionale des Monuments historiques n’y est pas opposée. Guy Ahlsell de Toulza ajoute qu’il a pu, après une recherche rapide, trouver trois exemples de portes doubles dans des châteaux de la Renaissance : au château de Madrid, au château des Bories en Dordogne et au château de Roquevidal.
M. Sermet avait demandé un rapport à M, Viala et à Guy Ahlsell de Toulza. Celui-ci a été déposé sur son bureau le lundi 28 mars. Il a été remis le lendemain à Mme Tomasin et un exemplaire a été adressé à M. Andrès. On pense que la proposition ne devrait pas rencontrer de difficultés.
Mme Labrousse offre à la Société un exemplaire de l’Histoire du Quercy, éditée par Privat, dont Michel Labrousse avait eu la responsabilité du chapitre consacré à l’Antiquité. Le texte était achevé en 1987 et ne paraît qu’aujourd’hui. On fait remarquer que l’illustration est assez médiocre et que les documents occupent des places sans rapport avec leur intérêt. On rappelle que Privat a été racheté par Bordas en 1988 et on indique que les maquettes sont parfois réalisées par des stagiaires.
Le Président prend la parole pour le premier rapport sur les concours. Il donne lecture du rapport établi par M. Robert Sablayrolles, maître de conférences à l’Université de Toulouse-Le Mirail sur le mémoire de maîtrise de M. Sébastien Saunière :
« Monsieur Sébastien Saunière a préparé sous ma direction en 1991-1992 un mémoire de maîtrise sur La vallée de la Pique à l’époque gallo-romaine. Ce mémoire entrait dans le cadre d’un programme de prospection archéologique des vallées pyrénéennes, programme que l’Université de Toulouse-Le Mirail a mis en chantier depuis 1988. Le secteur de recherche attribué à Monsieur Sébastien Saunière était constitué par la vallée de la Pique depuis le village de Cierp-Gaud jusqu’aux sommets pyrénéens de la chaîne frontière.
Monsieur Sébastien Saunière a utilisé pour ce travail toutes les techniques de prospection classique : élaboration et étude d’une bibliographie, dépouillement systématique des archives et des cadastres, étude de cartes (en particulier géologiques), photo-interprétation des clichés verticaux de l’Institut Géographique National, examen de la toponymie, enquête orale, parcours de terrain. Ces recherches ont mené Monsieur Saunière des bibliothèques aux pentes des Pyrénées, des archives aux galeries de mines, des musées aux falaises des carrières. Le résultat de cette quête patiente, souvent difficile, est d’abord un catalogue qui fait le point des connaissances commune par commune. Cet inventaire constitue désormais pour toute recherche sur la région une base de données précieuse et à jour : y sont recensés les sites antiques dûment attestés (sanctuaires, habitats, nécropoles), les découvertes fortuites isolées, les réutilisations dans des édifices médiévaux ou modernes et, également, les sites de mines ou de carrières pouvant avoir fait l’objet d’une exploitation dans l’Antiquité.
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Cette base de données, dans laquelle Monsieur Saunière a montré de solides qualités d’analyse et de jugement pour la réévaluation de plusieurs découvertes, lui a fourni la matière d’une remarquable synthèse historique. L’auteur se montre là tout à la fois archéologue, philologue, épigraphiste et historien. Le plus intéressant témoignage de cette capacité à la synthèse pluridisciplinaire réside sans doute dans les pages consacrées aux thermes des Onesii : rouvrant un vieux débat, il apporte en la matière un éclairage renouvelé et la clarté comme la logique de sa démarche entraînent la conviction sur ce point qui fut l’objet de multiples controverses. Ce point particulier de son étude a fait l’objet d’un article qui paraîtra dans le prochain numéro des Annales du Midi. Les conclusions de son mémoire cernent les points forts de la romanisation, articulés autour des secteurs clés que constituent les thermes ou les zones d’exploitation du marbre. Dans la définition de ce processus, Monsieur Saunière livre des réflexions fructueuses et novatrices sur les problèmes du panthéon pyrénéen et des pratiques funéraires, deux sujets traditionnels des études sur les Pyrénées antiques.
Les qualités d’homme de terrain de Monsieur Sébastien Saunière, sa rigueur intellectuelle, la finesse de ses conclusions, ses talents d’historien tout autant que son domaine de recherche font de lui un candidat de choix pour le prix du Professeur Michel Labrousse de la Société Archéologique du Midi de la France. »
Le Président rappelle que le prix du Professeur Michel Labrousse n’est pas obligatoirement attribué chaque année. Il ajoute qu’on lui a fait remarquer que le mémoire de Sébastien Saunière n’était pas assez personnel : l’auteur mentionne ainsi des œuvres qui « seraient », dit-il, au Musée Saint-Raymond, ce qui laisse entendre qu’il n’a pas pris la peine de vérifier l’information.
Mme Labrousse pense que cette critique est justifiée, mais elle fait remarquer que ce travail est d’abord un travail de terrain et qu’un mémoire de maîtrise est nécessairement réalisé dans un temps limité. Elle précise par ailleurs que le prix est surtout fait pour encourager des étudiants de la région Midi-Pyrénées travaillant sur l’Antiquité.
Le Président conclut en déclarant que la Société Archéologique du Midi décerne donc le prix du Professeur Michel Labrousse à M. Sébastien Saunière.
La parole est donnée à Mme Michèle Pradalier-Schlumberger pour son rapport sur la thèse de Mlle Anne-Laure Napoléone :
« Mlle Anne-Laure Napoléone a soutenu une thèse de doctorat, en décembre 1993, dont le sujet était : Figeac au Moyen Âge : les maisons du XIIe au XIVe siècle. La thèse compte 400 pages et un album de 430 pages contenant près d’un millier de documents de toute nature. La thèse a été soutenue devant un jury comprenant MM. Yves Esquieu et Yves Bruand, Mmes Joëlle Burnouf et Michèle Pradalier-Schlumberger, et a reçu une mention Très honorable avec félicitations du jury.
Comme elle l’annonce dans son introduction, l’auteur a été amenée à étudier non seulement l’architecture domestique médiévale de Figeac, « mais aussi les ponts, le canal, les moulins, les hôpitaux, couvents, remparts et églises », d’où un véritable inventaire, qui se veut exhaustif, de la ville médiévale. La première partie de la thèse est consacrée à l’histoire de la ville des origines jusqu’au XIVe siècle, limite de son étude. C’est une bonne synthèse qui permet à Anne-Laure Napoléone de mettre en place une grille chronologique, en exposant les grandes périodes de construction des principales églises de la ville.
La seconde partie est consacrée à huit monographies des maisons les plus représentatives de l’architecture figeacoise, les unes restaurées depuis des années, comme la Maison de la Monnaie ou le Château Balène, les autres en cours de rénovation, comme la Maison dite des Templiers. Ces études concrétisent un énorme travail de terrain, puisque l’auteur a observé pendant des années les chantiers de restauration des maisons figeacoises, en suivant les travaux des architectes du secteur sauvegardé, créé en 1988. Elle a réuni une importante documentation, faite de cadastres, plans, photos, et surtout procédé elle-même à nombre de relevés et de croquis, qui sont le point de départ d’une méthode d’archéologie monumentale très solide et très convaincante. Pour chaque maison, elle analyse ou restitue les dispositions générales de la demeure, les systèmes de circulation, les galeries extérieures, la distribution des ouvertures, les décors sculptés et peints, la modénature. L’une des curiosités de la demeure figeacoise réside dans une abondante sculpture d’accompagnement, qui a toujours intrigué les architectes, et Anne-Laure Napoléone a pu faire de fructueuses comparaisons avec la sculpture des églises de Figeac, Saint-Sauveur et Notre-Dame du Puy, et, d’une manière générale, avec la sculpture médiévale quercynoise et rouergate.
L’auteur arrive tout naturellement, dans un chapitre de synthèse, à proposer une chronologie des maisons figeacoises, fondée sur l’analyse des formes et des décors, et sur les techniques de construction. En croisant les indices recueillis dans les monographies, elle définit quatre « générations » de maisons, dont les plus anciennes dateraient du XIIe siècle, et les plus récentes du XIVe siècle. Elle ose donc, selon ses propres termes, une datation haute pour certain édifices, ce qui la situe au cœur des débats actuels sur la demeure médiévale. La synthèse montre également les multiples particularités de l’architecture domestique de Figeac : l’importance des pans de bois, la présence de décors peints extérieurs, la richesse des encadrements de fenêtres, l’importance de la salle. Anne-Laure Napoléone restitue un panorama très complet de l’habitat médiéval à Figeac, allant du moindre détail de l’installation intérieure domestique jusqu’aux problèmes liés au tissu urbain et à l’urbanisme d’une grande cité commerçante.
L’importante thèse de Mlle Napoléone fait figure d’œuvre pionnière, dans un domaine que l’histoire de l’Art et l’archéologie découvrent depuis peu, et apparaît comme une recherche exemplaire sur une cité médiévale de la France méridionale. C’est à ce double titre qu’elle mérite d’être distinguée par la Société Archéologique du Midi de la France. »
La parole est ensuite à M. Bruno Tollon pour son rapport sur le mémoire de maîtrise de Mlle Elisabeth Chauvin :
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« Mlle Elisabeth Chauvin a présenté en juin 1993, à l’Université de Toulouse-Le Mirail, un mémoire de maîtrise consacré à L’évolution de la rue des Filatiers soutenu devant un jury composé de MM. Yves Bruand, professeur, et Bruno Tollon, maître de conférences.
L’étude remise par Mlle Chauvin forme trois volumes de 137, 128 et 47 pages, comprenant un texte de synthèse, le catalogue des 59 maisons qui composent la rue et un troisième volume de 81 figures réunies en 49 planches d’une présentation élégante et claire, avec croquis et graphiques soignés, à l’abondante documentation photographique, qui témoignent d’un travail consciencieux.
Mlle Chauvin a consacré ses recherches à un domaine encore très neuf parmi les enquêtes urbaines, qui consiste non pas à retenir un échantillonnage de grandes demeures et d’hôtels, mais au contraire en l’étude exhaustive de tous les éléments d’un quartier, analysant tous les édifices qui composent une rue, le but étant de mettre en évidence l’évolution du paysage urbain.
Cette entreprise suppose le maniement d’un ensemble de techniques d’enquête, avant de parvenir à l’établissement du corpus. Comme dans tous les domaines de la recherche, l’historien de l’Art doit commencer par créer les documents. Ceux-ci sont tirés des informations fournies par les différentes sources conservées aux Archives municipales, principalement les registres de cadastres, conservés en quasi totalité depuis l’époque de la Renaissance, et que complètent les registres de tailles. À côté de ces documents, les matrices de cadastres fournissent pour le XVIIe siècle (1680) et pour le XVIIIe siècle (à partir de 1750) la possibilité de fixer moulon par moulon, les limites de parcelles, et même le rapport entre cour et jardin et espace bâti.
La ventilation des données permet de retracer la succession des propriétaires, l’évolution des parcelles, la relative stabilité de la disposition sur la rue des Filatiers (une des portions de la grande rue qui traverse la ville du Sud au Nord), et les tentatives d’agrandissement en cœur d’îlot ou bien sur une rue adjacente, où la pression est moins forte.
Ce travail dans les archives est prolongé par l’étude sur le terrain, qui reprend les méthodes de l’archéologie monumentale notices descriptives, croquis, photographies servant à vérifier ou compléter tout ce que les archives ont pu déjà indiquer.
L’ensemble débouche, grâce à une étude comparée, sur l’appréciation des caractéristiques décoratives permettant de fixer le contexte stylistique.
On le voit, la tâche est considérable. Elle devrait s’envisager avec la logistique des méthodes et des ressources de l’Inventaire général du Patrimoine. Cette recherche pionnière est ici réalisée par un chercheur isolé. Il convient d’en apprécier les résultats.
Mlle Chauvin a été conduite à limiter l’exploitation de sa documentation aux aspects qu’elle a jugés les plus maîtrisables en l’espace d’une année de recherche. Elle s’est attachée à une réflexion sur le parcellaire aux principales étapes de son histoire : 1473, 1550 ou 1571, puis, pour les temps classiques, 1678 et 1780.
La ventilation des données permet de reconstituer l’éventail des propriétaires, la répartition professionnelle et sociale des superficies, d’où l’établissement de moyennes. Après ces analyses qui prouvent tout l’intérêt de la statistique et de la topographie historiques, l’auteur se consacre au domaine qui est au cœur des problèmes de l’histoire architecturale de la ville : l’examen des façades et la datation des immeubles. Le sérieux et la rigueur de la méthode, l’intérêt des résultats donnent au lecteur l’espoir que l’étude donnera lieu au complément indispensable qui doit permettre une réflexion d’ensemble. Celle-ci découle logiquement de l’observation et des comparaisons archéologiques : volumétrie des édifices, répartition des éléments en fonction de la rue ou de la cour, format et rôle de la cour intérieure, emplacement de l’escalier, de la façade principale, habitudes de construction, et tout ce qui permet de comprendre le fonctionnement et l’esthétique de la demeure urbaine.
Envisagée dans sa dimension globale, la maison toulousaine peut alors être replacée dans l’aire plus large de cette « France latine » que les publications récentes sur Montpellier, Nîmes, Figeac ou Cahors ont contribué à mettre en évidence.
Au total, dans les limites que l’auteur s’était fixées, le pari difficile a été tenu. Le travail de Mlle Chauvin constitue la première pierre – ou la première brique – d’un projet plus vaste, qui permettra de restituer un aspect jusque-là négligé du passé toulousain. »
On reproche à ce travail de se limiter trop strictement à une étude des façades. Il est dommage que les cours, les escaliers, les accès secondaires n’aient pas été pris en compte, ni même seulement évoqués. Le Président fait remarquer qu’on ne peut exiger d’un mémoire de maîtrise, qui se fait en un an, l’exhaustivité d’une thèse.
On rappelle que le travail de Mlle Chauvin a déjà été primé par les Toulousains de Toulouse.
Après discussion, le prix de la Société Archéologique du Midi de la France est attribué à Anne-Laure Napoléone. Mlle Chauvin recevra une médaille d’argent.
Le Président donne ensuite la parole à Jacques Lapart pour une communication consacrée à Une nouvelle collection d’antiques découverte à Auch.
Le Président remercie Jacques Lapart dont la tâche était particulièrement difficile car il n’était pas possible de présenter des diapositives. Il demande s’il y a des chapiteaux parmi les éléments conservés. Jacques Lapart indique qu’il y a des chapiteaux à quatre feuilles attribuables à l’Antiquité tardive, mais quelques éléments de couronnement appartiennent au IIe siècle.
Jacques Lapart indique par ailleurs qu’en faisant cette communication, il espérait qu’on serait en mesure de lui annoncer que le deuxième manuscrit de Collard était revenu dans les archives de la Société. Deux manuscrits ayant appartenu à la Société Archéologique du Midi de la France se sont en effet retrouvés mis en vente par un marchand toulousain, il y a un mois et demi. Le premier a été acheté par le Directeur des archives départementales du Gers.
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Jacques Lapart précise que ce sont trois carnets de Collard que possédait notre Société. Ce sont des archives très précieuses. Des mémoires de Collard se trouvent également à Saint-Germain-en-Laye et celui-ci avait aussi fait des envois à la Société Française d’Archéologie et au Comité des Travaux historiques.
Claude Péaud-Lenoël demande si l’on a des données sur l’implantation des monuments cités. Jacques Lapart répond que les excavations qui demeurent visibles dans le parc et les notes de Collard permettent d’avoir une idée d’ensemble convenable des édifices qui s’y trouvaient. La difficulté tient surtout aux réticences de la propriétaire actuelle. La famille vend des parcelles en terrain à bâtir et nous ne savons pas ce qu’elle compte faire des objets. Le conservateur régional de l’archéologie proposait de faire classer les objets.
Richard Boudet indique qu’il a repéré un fragment d’amphore italique parmi les photos et dessins mis en circulation pendant la communication. Jacques Lapart précise qu’il n’a pas de certitude sur la provenance des éléments mobiliers.
Séance publique du samedi 16 avril 1994
Elle se tient dans la grande salle de l’hôtel d’Assézat.
Allocution du Président
« Mes chers confrères, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Il est des années où la mort se montre redoutable. C’est avec cruauté qu’en cette année 1993 elle a frappé notre Société, emportant trois de ses membres, et non des moindres, qui l’honoraient de leur présence et contribuaient à son rayonnement.
Gratien LEBLANC
(1904-1993)
Le premier d’entre eux était notre Président Honoraire, M. Gratien Leblanc. C’est en effet le 21 décembre dernier qu’il nous a quittés, âgé de 89 ans. Grande figure toulousaine, connu de beaucoup d’entre nous, collègues, anciens élèves ou confrères d’Académies et de Sociétés Savantes, il s’est éteint, au seuil de l’hiver, dans sa maison de la rue Franc où il habitait depuis 1929.
Gratien Leblanc, qui allait devenir un des grands connaisseurs et des acharnés défenseurs de l’histoire et du patrimoine du Midi toulousain, était picard d’origine. En effet, quoique né en 1904 à Castres, du fait de l’affectation de son père dans cette ville, tous ses ancêtres paternels, jusqu’à son père, avaient vécu dans un périmètre restreint aux confins des départements de l’Oise et de la Somme et sa mère était de Saint-Quentin. Sa famille paternelle illustre bien l’évolution d’une famille de la petite et moyenne bourgeoisie, de ces familles qui firent la Révolution Française à la fin du XVIIIe et la révolution industrielle au XIXe siècle. On retrouve en effet un de ses ancêtres administrateur en l’An II du village de Libermont dans l’Oise, et tout au long du XIXe siècle des propriétaires terriens, officiers ministériels, négociants et industriels jusqu’à son père qui, après des études au Lycée d’Amiens puis à Janson de Sailly, fit une carrière d’ingénieur après avoir été élève de l’École Nationale des Ponts et Chaussées et ingénieur des Constructions Civiles. Cet ingénieur entra à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi et fut nommé Inspecteur et Ingénieur de la Voie à Toulouse. Il s’y fixa définitivement et son fils ne devait plus quitter cette ville et être adopté par celle-ci au point que bien peu auraient soupçonné à Gratien Leblanc des origines si lointaines.
Mais le jeune Gratien abandonna la voie de ses ancêtres, celle du commerce et de l’industrie pour devenir professeur. C’est à Toulouse que de 1909 à 1922 il suit le cursus traditionnel des élèves aptes à obtenir le baccalauréat. Étudiant à la Faculté des Lettres de 1922 à 1928, il est attiré par l’histoire, la géographie et l’histoire de l’art. Diplômé d’histoire de l’art, agrégé d’histoire et de géographie, c’est en 1928 qu’il est nommé au lycée de Carcassonne. L’année suivante il épouse une toulousaine, Marie-Louise Sérié dont le père est maire de Tréziers dans l’Aude. Les attaches de Gratien Leblanc avec Toulouse et l’Aude sont désormais scellées et il va se consacrer à l’étude de la région tout en continuant sa carrière de professeur.
En 1936 il est muté au Lycée de Toulouse. De 1939 à 1949 il enseigne comme professeur dans la classe préparatoire à l’institut agronomique. De 1942 à 1949 il est professeur de classe préparatoire aux Écoles nationales d’Agriculture. En 1941 il prépare ses élèves à Saint-Cyr. Il sera un temps, en 1959, chargé de conférences en histoire de l’art à la Faculté des Lettres après la mort de Raymond Rey et en même temps que son ami Victor Allègre, ce qui vient compléter l’enseignement qu’il donne à l’École Régionale d’Architecture et à l’École des Beaux-Arts de Toulouse depuis 1950. Enfin, en 1961, couronnement de sa carrière, il est nommé professeur de première supérieure et de lettres supérieures au Lycée Pierre de Fermat. C’est là que beaucoup ont pu apprécier ses qualités de professeur, sa rigueur d’enseignant et son souci de transmettre cette technique bien française de la dissertation en trois parties qu’il exigeait de ses élèves et appliquait lui-même à chacun de ses cours. Ce parcours dans le service publie fut couronné par l’attribution de la rosette d’Officier dans l’Ordre des Palmes Académiques et, en 1970, de la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Mais à côté de ce qui était son métier et le service de l’État, Gratien Leblanc développa une large activité dans le domaine associatif. Membre de nombreuses sociétés savantes régionales ou nationales il consacra la plus large place à son activité au sein des trois grandes associations toulousaines que sont Les Toulousains de Toulouse, dont il fut membre dès 1942, l’Académie des Sciences, dont il fut président de 1978 à 1980, et, bien sûr, notre Société, dont il fut membre correspondant en 1946, membre
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titulaire en 1949, Directeur de 1959 à 1988, Président de 1988 à 1990, et Président Honoraire depuis 1990, proclamé par acclamation au moment où ses ennuis de santé l’empêchèrent de présider aux séances.
Sa bibliographie est là pour témoigner de sa volonté de faire connaître l’histoire de l’art dans notre région. Ses recherches furent dirigées d’abord vers les abbayes cisterciennes du Midi de la France. Et il entreprit de s’intéresser en priorité à celles qui étaient les moins connues ou les plus ruinées, donc les plus difficiles à étudier, ou bien aux bâtiments secondaires de ces abbayes. C’est ainsi qu’il s’attacha à étudier l’Abbaye-Nouvelle près de Gourdon, les abbayes de Bonnefont, de Berdoues, de Goujon et les granges de Lassalle et de Fontcalvi. Il apporta dans ces travaux des éléments nouveaux et décisifs en particulier dans l’étude de la grange de Fontcalvi qui demeure un des modèles du genre.
Mais ses attaches audoises l’amenèrent à s’intéresser largement au patrimoine audois. La ville de Mirepoix fit de sa part l’objet de trois articles parus dans nos Mémoires, l’un en 1971 sur le labyrinthe de la cathédrale, l’autre sur la maison des consuls en 1973, le dernier sur l’histoire de la cathédrale en 1974. La revue Historiens et Géographes accueillit en 1972 une magistrale étude sur la cathédrale d’Alet qu’il reprit en 1973 à l’occasion du Congrès Archéologique de France tenu dans les Pays de l’Aude. Les vestiges de l’ancienne abbaye d’Alet, l’église Saint-André d’Alet et la bastide de Mirepoix firent l’objet de sa part dans ce même congrès de complètes et solides notices dont il était coutumier. Des études sur les châteaux de Ferrals, Couiza et Lagarde, parues ailleurs, vinrent compléter cette anthologie sur l’art dans le département de l’Aude.
Toulousain, il était normal qu’il s’intéressât au patrimoine de notre cité. Les résumés des visites qu’il faisait pour les Toulousains de Toulouse, les articles publiés dans L’Auta, sont là pour montrer son intérêt pour Toulouse. Mais ce sont deux travaux majeurs qui sont à remarquer tout particulièrement : son livre La vie à Toulouse il y a cinquante ans, édité en 1976 par les éditions Privat, dans lequel il fait revivre par la plume et l’illustration la Toulouse des années vingt ; son grand article de 118 pages consacré à l’enceinte du faubourg Saint-Cyprien, publié par notre Société en 1985, et qui aboutit à la protection des quatre tours de ce rempart.
Mais c’est son engagement dans la défense et la protection du patrimoine toulousain qui révèle le caractère de Gratien Leblanc. Dès 1926, à l’âge de 22 ans, il s’engage dans le combat pour la défense du Pont Neuf et l’Hôtel-Dieu, signe précurseur d’interventions ultérieures. Parmi celles-ci, citons tout particulièrement la défense des remparts du faubourg Saint-Cyprien et les sollicitations couronnées de succès pour la restauration des façades de l’Hôtel Dumay. A côté de ces réussites il faut bien compter les interventions qui n’aboutirent pas. C’est dans celles-ci que se révèle toute la pugnacité de Gratien Leblanc. Ainsi lors des travaux d’aménagement de l’ancien Hôpital Larrey qui aboutirent au déplorable résultat que nous pouvons constater tous les jours, il allait sur le chantier, à 83 ans, malgré les chefs de chantier, les ouvriers qui le rejetaient parfois brutalement. Il écrivit des lettres aux autorités qui souvent ne reçurent pas de réponses. Il obtint cependant, avec d’autres, que les bâtiments des religieuses de Notre-Dame du Sac soient conservés. En 1987, à l’occasion du creusement de la station de métro du Capitole, il attira l’attention des autorités sur les risques de destruction d’une tour et d’un fragment de l’enceinte romaine du square du Capitole. Enfin il s’engagea dans la défense de Saint-Sernin contre le projet de dérestauration et fit partie de ceux que la défiguration du monument affecta profondément.
Lui ayant succédé à la présidence de notre Société, j’allais le tenir au courant de ce qui se passait dans les séances de la Société Archéologique que sa surdité croissante l’empêchait de suivre. Cela me donnait le plaisir de discuter avec lui au 14 de la Rue Franc, et il racontait alors volontiers des souvenirs ou des anecdotes sur sa carrière ou sur tel ou tel, avec toujours un reflet de malice dans l’œil et un humour qui pouvait être particulièrement caustique. Alors perçait une autre facette du caractère de Gratien Leblanc : la lucidité sans complaisance sur les autres et lui-même. C’est cette image que nous gardons de lui et que rend parfaitement le portrait photographique que conserve de lui la Société Archéologique : un lutteur, un chercheur, au visage éclairé d’un regard perçant sur le monde mais n’excluant jamais la bonhomie. C’est cet homme que nous avons perdu, que Toulouse a perdu.
Au nom de la Société Archéologique et en mon nom propre j’adresse à son fils Monsieur Bernard Leblanc et à son épouse, à ses petits-enfants, dont il parlait souvent et avec une immense fierté, nos plus profondes condoléances.
Georges FOUET
(1922-1993)
Comme Gratien Leblanc, Georges Fouet fut une des grandes figures de la Société Archéologique. Il y fut admis dès l’âge de 25 ans en 1947 comme membre correspondant et fut élu membre titulaire en 1956. Dix ans plus tard il devint notre bibliothécaire-archiviste, poste qu’il occupa jusqu’à sa mort.
Georges Fouet était né en 1922 à Toulouse. Ce fils d’un fonctionnaire des impôts connut le cursus normal de l’école communale de Balma, où habitaient ses parents, jusqu’au Lycée Berthelot où il était toujours parmi les premiers de la classe comme me le confiait récemment un de ses anciens condisciples. Il poursuivit ses études à l’École Normale d’Instituteurs de Toulouse ce qui lui permit d’obtenir un poste d’instituteur qu’il n’occupa qu’après la guerre, ayant dû entre temps faire les Chantiers de Jeunesse et aller en Pologne dans le cadre du S.T.O.
Le hasard, ou le destin, voulut qu’à son retour, il soit nommé à Saint-Plancard en même temps que son épouse, institutrice également. Ce passionné d’antiquités se lança aussitôt dans des fouilles sur le site de la Chapelle Saint-Jean-des-Vignes dans le cimetière de Saint-Plancard. Il y découvrit des marbres gallo-romains mais aussi des fresques médiévales qu’avec l’abbé Laffargue il publia dans la Revue de Comminges en 1945. Découvertes et publications furent couronnées en 1946 par notre Société. Quelques mois plus tard Georges Fouet entrait dans notre compagnie.
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Ces brillants résultats le poussèrent à poursuivre dans la voie de l’archéologie. Il mena dès lors des fouilles qui lui permirent de découvrir peintures murales et marbres gallo-romains à Saint-Pé d’Ardet et à Garraux. Ces découvertes ayant attiré l’attention sur lui, c’est tout naturellement qu’en 1954 il fut admis comme attaché de recherches au C.N.R.S. Alors il se consacra exclusivement à sa passion pour les fouilles et c’est le site de la villa gallo-romaine de Montmaurin qui bénéficia de ses recherches, site auquel il consacra, entre la fouille et la publication, 15 ans de sa vie.
La parution de son ouvrage sur Montmaurin assoit dès lors sa réputation et en fait un personnage incontournable dans son Comminges natal. Pour toute découverte on fait appel à lui. C’est ainsi qu’il se consacre au site de la Hillère et aux fouilles puis au musée de la villa gallo-romaine de Valentine, qu’on sollicite son avis sur la nécropole d’Arnesp ou sur les découvertes de Saint-Martory.
Mais déjà cet infatigable chercheur s’intéresse à d’autres aspects de l’antiquité commingeoise et lui, le fouilleur des villas des plaines, se tourne vers l’étude des cultes gallo-romains des sommets dans la montagne commingeoise : Montlas, le Pic du Ger, Montsacon, le Col de la Croix de l’Oraison sont l’objet de ses recherches
Son activité de chercheur s’étendit tout naturellement à Toulouse et à ses environs. On le vit s’intéresser plus particulièrement au site de Vieille-Toulouse et au gué du Bazacle en compagnie de Georges Savès. Notre Société fut régulièrement informée des progrès de ses découvertes par des communications fréquentes en 1958, 1961, 1963, 1964, 1965, 1970, 1971. Elles furent en partie publiées dans nos Mémoires mais aussi dans d’autres revues comme par exemple Gallia. Citons entre autres les publications dans nos Mémoires sur La villa gallo-romaine de Gelleneuve, commune de Mouchan (Gers), en 1961, sur Un nouveau puits funéraire gaulois, rue Saint-Roch, à Toulouse, en 1964, sur Le plomb à Vieille-Toulouse durant le premier siècle avant notre ère, en 1968, en collaboration avec Georges Savès, enfin sur Les méreaux de la Garonne. Trouvailles archéologiques du gué du Ramier du Bazacle à Toulouse, en 1987, en collaboration avec Georges Savès et Jacques Labrot.
Les travaux de Georges Fouet l’amenèrent tout naturellement à participer aux activités de nombreuses Académies et Sociétés Savantes. C’est ainsi qu’il fut à la fois membre puis président de l’Académie Julien-Sacaze de Luchon, membre du conseil d’administration des Toulousains de Toulouse, et Amis du Vieux Toulouse, de la Société Méridionale de Spéléologie, de l’Académie des Sciences de Toulouse, et, bien sûr de notre Société. Quand il intervenait dans les débats, sa cigarette papier-maïs au coin des lèvres, auréolé d’un nuage de fumée bleuté, ses remarques pouvaient être vigoureuses, passionnées, véhémentes même et nous avons tous ici le souvenir de vives discussions s’éternisant entre antiquisants campés sur leurs positions.
On ne saurait oublier la place tenue par Georges Fouet dans la Société de Comminges, qu’il présida à partir de 1969, et du rôle tout particulier qu’il joua dans le développement de la Revue de Comminges. Je laisse ici pour en parler la parole à notre confrère Louis Anizan de la Société de Comminges : La mise au point de la revue l’absorbe entièrement. Sous sa direction, elle continue de paraître chaque trimestre. Il en améliore la présentation, sollicite des auteurs plus nombreux (près de 60 par an). Elle compte à présent 600 pages alors qu’au début elle n’en avait que 180. Commencée comme une publication régionale, pour un nombre réduit d’amateurs, elle devient un document apprécié des étudiants ou des chercheurs, même étrangers.
En effet c’est bien à Georges Fouet que la Revue de Comminges doit d’être devenue une revue de grande qualité unanimement appréciée. Ses successeurs s’attachent à poursuivre cette œuvre. Nous nous unissons à eux en ces jours de peine pour les consoler de la perte qu’a été pour eux la disparition de Georges Fouet et leur apporter nos fraternels encouragements dans la poursuite de la lourde tâche qu’il leur a laissé.
À la famille de Georges Fouet, enfin, à son frère, à ses trois enfants, à ses petits-enfants, la Société Archéologique, qui pleure la perte d’un érudit, adresse ses plus sincères condoléances et partage la peine qui est la leur.
Gilles CASTER
(1924-1993)
Avant de mourir, Gilles Caster a demandé à ce qu’aucun éloge officiel ne soit fait ni sur sa tombe, ni à l’Université où il enseigna, ni dans les Sociétés Savantes auxquelles il adhéra. Sa famille tenant à respecter ce souhait je me bornerai donc à rappeler par ces quelques mots la disparition d’un professeur qui fut cher à beaucoup d’entre nous et à vous demander en l’honneur de sa mémoire et de celle de nos autres disparus de bien vouloir observer une minute de silence.
L’année académique a été lourde, très lourde. En effet, à côté de l’activité habituelle, la Société Archéologique, avec ses consœurs de l’Union des Six Académies et Sociétés Savantes de l’hôtel d’Assézat et Clémence Isaure dont le Président nous honore de sa présence, a dû se battre pied à pied pour obtenir ce qui lui avait été promis dans le cadre du réaménagement de l’hôtel d’Assézat et de l’installation de la Fondation Bemberg. Le différend, qui semble devoir être résolu dans les prochains jours, porte sur l’accès à notre future salle des séances au deuxième étage de l’aile nord. Il s’agit pour nous de pouvoir accéder sans contrainte à celle-ci tout en ne gênant pas les visiteurs de la Fondation Bemberg à laquelle nous avons cédé les 4/5e de nos locaux. Une solution avait été proposée il y a longtemps, qui consistait à percer sur le palier du 2e étage une porte jumelle permettant de donner accès sans contrainte, l’une à la Fondation Bemberg, l’autre à la Société Archéologique. Cette dernière, dans le souci de ne pas dénaturer l’aspect du grand escalier d’un édifice du XVIe siècle classé Monument historique s’était opposée à cette solution. Mais le décapage récent des murs de l’aile nord a révélé que la porte qui y donnait accès était en réalité un remontage de la fin du XVIIe siècle. Dès lors, rien ne s’opposait plus à ce qu’elle soit remplacée par la porte jumelle qui résout
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tous les problèmes de circulation. Nous espérons pouvoir définitivement régler le problème dès lundi avec les représentants de la Ville et de la Fondation Bemberg. Toutefois je dis cela avec la plus grande prudence car, en relisant ce matin le rapport moral de l’an dernier en date du 27 mars 1993, j’avais cru pouvoir déclarer : « Il ne reste que le petit problème du percement de la porte destinée à nous permettre d’accéder à notre salle des séances au sommet du grand escalier qui ne soit pas réglé mais dont nous avons bon espoir qu’il le sera bientôt ». J’étais trop optimisme comme vous voyez. J’espère ne pas tomber dans le même travers aujourd’hui.
Une des grosses préoccupations de cette année académique a été le déménagement de notre Société. N’ayant plus notre salle des séances nous tenons nos réunions dans la salle des séances de l’Académie des Sciences qui a bien voulu nous la prêter pour nos mardis, ce dont nous tenons à la remercier vivement et publiquement. Mais le gros problème a été le déménagement de notre bibliothèque. Nous souhaitions que la partie la plus fréquemment consultée de celle-ci demeure accessible aux chercheurs. La solution qui consistait à entasser des cartons aux anciens abattoirs ne pouvait donc nous satisfaire. Heureusement l’Université, par le biais de l’URA 247 du C.N.R.S. et de l’Institut d’Études Méridionales a bien voulu accueillir la moitié de notre bibliothèque au 56 rue du Taur où elle est consultable le mardi sous la diligente compétence de M. Latour, notre nouveau bibliothécaire-archiviste qui a succédé le 18 mai dernier à Georges Fouet. Par ailleurs Daniel Cazes, conservateur du Musée Saint-Raymond, et en même temps secrétaire général de notre société – voyez comme le hasard fait bien les choses ! – a aimablement proposé pendant la durée des travaux de l’hôtel d’Assézat d’accueillir à l’abri des systèmes de protection de son musée, nos collections, nos archives et nos ouvrages les plus précieux, où ils sont consultables aux heures habituelles d’ouverture de la bibliothèque du musée. Enfin le reste, ouvrages et revues étrangères en russe, en allemand, en roumain, en tchèque ou en néerlandais est provisoirement rangé dans des cartons, placés sous alarme, aux anciens abattoirs prêtés par la ville aux Académies.
Je tiens à remercier publiquement les services municipaux de M. Gianazza et les membres de la Société Archéologique qui se sont dévoués pour mettre en carton, transporter, reclasser la vingtaine de tonnes de papier que constituait notre bibliothèque et ce au milieu du chantier en pleine activité de l’hôtel d’Assézat. Parmi nos membres, MM. Latour, Scellès, Julien, Peyrusse, Bertrand se sont plus particulièrement dévoués, sans être les seuls, à cette tâche ingrate. Le déménagement de ces ouvrages a eu, paraît-il, une conséquence inattendue pour l’hôtel d’Assézat. Il semblerait que l’enlèvement des livres au deuxième étage ait provoqué un allégement des planchers qui, libérés de cette charge, seraient remontés, entraînant avec eux dans un étonnant mouvement ascendant les cloisons du premier étage qui leur seraient suspendues. Ainsi s’expliquent, nous dit-on, l’apparition de fissures béantes d’une dizaine de centimètres que l’on peut voir entre le plancher du premier étage et la base des cloisons.
Le déménagement de la bibliothèque va être également pour nous l’occasion de procéder à un récolement général de celle-ci et à l’établissement d’un fichier informatisé. C’est M. Latour qui a la responsabilité de ce lourd travail avec l’aide d’étudiants que nous engageons dans le cadre des Contrats Emplois Solidarités. La Société participe ainsi, dans la mesure de ses moyens, à la lutte contre le chômage. Ce n’est pas la moindre de nos fiertés.
Dans les travaux d’aménagement de l’hôtel d’Assézat, la Société a appuyé l’action de plusieurs de ses membres pour que soient préservés au maximum, et surtout dans les sous-sols, les dispositions du XVIe. C’est ainsi que les salles de service du XVIe siècle, (cuisines, cheminées, resserres, salles froides, éviers, etc.) ont pu être partiellement conservées. Elles constituent une rareté, ces services désuets ayant été généralement détruits, au cours des siècles, dans la plupart des bâtiments de la Renaissance.
Je faisais allusion l’an dernier à notre prise de position sur les transformations regrettables infligées au bâtiment du 69 rue du Taur destiné à accueillir l’agence des Bâtiments de France. La réponse est venue sous la forme de deux lettres, l’une de M. le Préfet de la Haute-Garonne, l’autre de M. le Directeur Régional des Affaires Culturelles ne répondant qu’en partie à nos questions, et d’un article de journal dans lequel on parlait de tout, mais surtout pas de ce qui était en cause, à savoir la détérioration par un service chargé de veiller scrupuleusement à la protection des bâtiments, de l’ordonnance d’une façade de la Renaissance en même temps que du seul portail classé de Nicolas Bachelier. Je ne résiste pas au plaisir de vous lire comment a été accueillie lors de notre séance du 18 mai 1993 la lecture de cet article que je n’aurai pas la cruauté de relire devant vous. Vous pourrez suivre le développement de cette affaire en vous reportant aux pages 210, 226-229, 231 et en lisant l’érudite mise au point sur cette question de M. Bruno Tollon aux pages 235-239. Les services des Bâtiments de France auraient été bien inspirés, en l’occurrence, de faire un peu moins de « communication » et un peu plus d’histoire et d’archéologie avant de se lancer dans une opération aux résultats inadmissibles.
En ce moment, un autre scandale nous préoccupe. Dans la rue Saint-Rome un commerçant a cru pouvoir, pour aménager son magasin, procéder sciemment à la destruction de voûtes gothiques. Nous envisageons une action appropriée pour faire condamner de tels agissements qui portent atteinte au patrimoine toulousain dans le futur secteur sauvegardé de la ville.
Je terminerai enfin ce rapport moral par l’énumération des travaux de la Société. Vous trouverez tout dans le volume de nos Mémoires et Bulletin qui vient de sortir et qui est en vente dans cette salle. C’est là que vous pourrez lire deux articles sur la période antique : l’un, du regretté Michel Labrousse, édité et complété par son épouse et M. Richard Boudet Le trésor de monnaies gauloises à la croix de Dunes (Tarn-et-Garonne), l’autre du fidèle abbé Baccrabère, Les puits et fosses funéraires toulousains de Saint-Roch, des IIe et Ier siècles av. J.-C. Quatre articles portent sur la période médiévale. L’un de M. Maurice Scellès sur L’ancienne église Notre-Dame de la Daurade à Toulouse, un deuxième de MM. Boudartchouk, Arramond et Molet sur L’ancienne église Saint-Pierre-Saint-Géraud de la Pierre à Toulouse. Je me permets de souligner l’importance de cet article
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qui éclaire d’un jour nouveau le culte de saint Sernin à Toulouse et qui est un des résultats des fouilles entreprises lors du creusement du parking de la Place Esquirol. M. Séraphin nous a entretenu des Édifices médiévaux à angles arrondis dans le Fumélois et M. Pierre Gérard des Possessions de Saint-Sernin entre Tarn-et-Garonne : l’archidiaconé de Villelongue au XIIe siècle. Enfin pour la période moderne, M. Pascal Julien nous a livré le fruit de ses recherches sur Deux dessins de Jean Chalette pour les fastes et solennités capitulaires.
À cela s’ajoute le Bulletin, rédigé par MM. Scellès et Cabau, chaque année plus riche, plus complet, mieux illustré, dans lequel se développent les recensions d’ouvrages dues à M. Cazes. On y trouvera des notes et des résumés de communications de M. Boudet sur les fouilles de l’Ermitage à Agen, de M. Latour sur le castrum d’Auterive, de M. Catalo sur le forum antique de Rodez, de M. Manière sur les menhirs de Saint-Martory, Mancioux et Balesta, de M. Barès sur la tour de Castelvieil de 1793 à 1993, de M. Lapart sur quelques chapiteaux aquitains proches de ceux de La Daurade à Toulouse, de M. Ahlsell de Toulza et de Mme Watin-Grandchamp sur les découvertes de peintures à l’abbaye de Vielmur dans le Tarn.
Depuis, nos travaux se sont poursuivis et plusieurs communications que nous avons entendues feront l’objet de publications ou de résumés dans notre prochain volume. Elles concernent les retables du chœur et des chapelles de l’église N.-D. d’Alet au diocèse de Toulouse dont nous a parlé M. Pascal Julien, le couvent des Prêcheurs de Fanjeaux, étudié par le père Montagnes, l’archéologie monumentale du Collège de Foix analysée par MM. Prin et Tollon, l’acquisition de l’emplacement de la halle de la Pierre par les Comtes de Toulouse en 1203, révélée par M. Cabau, les cheminées de stuc à Toulouse au XVIIe siècle, étudiées par M. Tollon, la cathédrale romane de Toulouse dont Mme Cazes va nous reparler dans un instant, les lieux de culte liés au culte de l’évêque Saturnin du IVe au VIIe siècle sur lesquels M. Boudartchouk a fait le bilan des sources, enfin, d’une nouvelle collection d’antiques découverte à Auch, retrouvée par M. Lapart.
Tous ces travaux montrent que malgré le surcroît de charges et les dérangements qu’entraîne pour les membres de la Société Archéologique le chantier de l’hôtel d’Assézat, son activité ne faiblit pas et qu’elle a à cœur de produire une publication d’audience nationale. Du reste, les comptes rendus élogieux consacrés à nos articles dans les revues nationales sont là pour montrer que nous sommes sur la bonne voie et ils constituent réconfort et encouragement pour tous ceux qui participent à cette publication. «
Rapport sur les concours, présenté par M. Patrice Cabau. Le prix du Professeur Michel Labrousse, doté de 2500 F., est remis à M. Sébastien Saunière. Mlle Anne-Laure Napoléone ayant été dans l’impossibilité d’être présente, le prix de la Société Archéologique du Midi de la France, doté de 3000 F. et accompagné d’une médaille d’argent, lui sera adressé. Mlle Elisabeth Chauvin reçoit une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France.
Conférence de Mme Quitterie Cazes sur Le cloître roman disparu de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse.
Séance du 19 avril 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour ; MM. Bernet, Bertrand, Boudet, Cabau, Fabre, Ginesty, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher.
Excusé : M. Scellès, Secrétaire-adjoint.
Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la présentation de la correspondance imprimée.
Daniel Cazes résume et commente les articles qui lui ont paru les plus intéressants dans les publications périodiques que la Société a reçues de l’étranger (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne).
Henri Pradalier remercie Daniel Cazes de son précieux travail de recension. Puis il fait circuler des photographies montrant une croix de pierre médiévale, sculptée et inscrite, récemment trouvée au Bourg-Saint-Bernard, remployée dans un mur ; autour d’un disque central figurant l’Agnus Dei court une inscription latine devenue indéchiffrable.
Le Président cède ensuite la parole à Jean Coppolani pour la communication du jour : Toulouse : le projet de Ville : « l’ambition d’une ville forte, l’équilibre d’une ville douce » (1993), publiée dans ce volume (t. LIV, 1994) de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie Jean Coppolani de son exposé, qui fait le bilan de la période récente en matière d’urbanisme, d’architecture, de protection et de mise en valeur du patrimoine. Ce bilan est consternant à double titre : d’une part, multiplication des errements, accumulation des erreurs dans la période récente ; d’autre part, impuissance face à des pouvoirs écrasants, avec pour seul recours la possibilité de protester auprès des administrations.
On souligne l’influence des promoteurs immobiliers, dont le rôle politique vient d’être mis en évidence par la publication des comptes de campagne pour les élections législatives de 1993. On insiste par ailleurs sur la nécessité de constituer un contre-
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pouvoir face aux promoteurs : l’opinion publique, informée et mobilisée, peut exercer une influence déterminante. La population et les associations du quartier du Bazacle ont ainsi pu arrêter les projets menaçant l’ancienne Manufacture des Tabacs.
On peut cependant déplorer que les campagnes de presse soient difficiles dans une région soumise à un régime de quasi monopole, mais il reste toujours possible de faire appel à des journaux nationaux. Un grand hebdomadaire avait consacré il y a quelques années un dossier au triste sort du patrimoine toulousain. Il insiste pour que l’étude de Jean Coppolani soit publiée dans les Mémoires de la Société.
Daniel Cazes intervient à propos des vestiges antiques de Toulouse, notamment du rempart romain, victime de l’accélération des destructions. Il dénonce l’opinion commune, issue d’une sorte de tradition historiographique, selon laquelle il n’y aurait pas à Toulouse de vestiges de l’Antiquité. Les travaux récents démentent ce préjugé réducteur et néfaste. Il cite la thèse du Professeur Michel Labrousse, qui montrait en 1968 que Tolosa avait été une grande cité antique ; l’article d’André Soutou, qui révélait en 1971 que la tour des Hauts-Murats avait conservé au-dessus de ses assises de moellons des maçonneries romaines sur plusieurs mètres de hauteur ; les recherches de l’abbé Baccrabère, publiées en 1973, qui repéraient, sur plus de trois kilomètres de long, les nombreux fragments conservés de l’enceinte. L’étude de Raphaël de Filipo parue dans Gallia en 1993, ainsi que les vestiges naguère visibles sur le site de l’ancien Hôpital Larrey et au n° 10 de la rue Sainte-Anne, démontrent que des portions importantes du rempart antique sont conservées jusqu’au niveau supérieur de la courtine. Aujourd’hui, les enceintes de Toulouse, Nîmes et Vienne apparaissent comme véritablement exceptionnelles : les plus précoces de l’Occident romain. Daniel Cazes rappelle également que le monument romain découvert au siècle dernier à proximité du Pont-Neuf, et interprété alors par Jacques-Jean Esquié comme un « château d’eau », était en réalité un grand théâtre, le plus grand théâtre romain que l’on connaisse dans le territoire de la Gaule. Toulouse doit cesser de nier – et de détruire – son passé antique. Il est grand temps encore de mettre ce patrimoine en valeur.
Jean Rocacher, qui a participé pendant huit années aux travaux de la COREPHAE, témoigne du peu d’intérêt que les autorités responsables accordent à la protection des enceintes antique et médiévale de la ville : deux Directeurs régionaux des Affaires culturelles ont opposé une fin de non recevoir au projet de classement global, en raison sans doute des difficultés de constitution du dossier (repérage des emplacements parcelle par parcelle), mais aussi par méconnaissance de cet ensemble monumental.
Louis Peyrusse fait remarquer combien d’autres villes du Midi ont su faire valoir les vestiges et les mythes de l’Antiquité « Marseille, ville grecque », « Nîmes, la petite Rome des Gaules », « Narbonne, première fille de Rome en terre gauloise ».
Richard Boudet signale que la Protohistoire a été aussi sous-estimée et maltraitée à Toulouse que l’Antiquité : les sites du quartier Saint-Roch et de Vieille-Toulouse, aujourd’hui totalement ou partiellement urbanisés, étaient – et demeurent – absolument fondamentaux pour la connaissance de la période préromaine et des débuts de la romanisation dans le Sud-Ouest de la Gaule. Concernant Vieille-Toulouse, Daniel Cazes rappelle qu’on y découvrit à la fin du siècle dernier une inscription latine datée de 47 avant J.-C., qui resta longtemps la plus ancienne des Gaules ; elle provenait très vraisemblablement du fanum détruit dans les années 1970 à Baulaguet, sanctuaire dont la maquette tout récemment réalisée est visible au Musée Saint-Raymond.
Richard Boudet donne un exemple contemporain, proche mais mal connu, de destruction de monuments antiques, celui d’Agen : théâtre aux trois-quarts détruit, amphithéâtre sauvé de la destruction mais menacé d’être recouvert par un programme immobilier. Il insiste sur le rôle que les Mémoires de la Société peuvent jouer dans la diffusion de l’information.
Louis Peyrusse propose que la Société publie un dossier photographique sur les remparts de Toulouse. On souligne par ailleurs le problème que constitue de nos jours l’« inculture » des architectes en matière d’Histoire de l’Art.
La Compagnie s’accorde à reconnaître que formation et information sont des conditions essentielles pour la protection du patrimoine. La diffusion et l’impact de nos Mémoires demeurant restreinte, on s’interroge sur les moyens d’atteindre le grand public : rubrique d’information dans la presse toulousaine, séquence dans les programmes des télévisions locales.
Concernant le patrimoine toulousain, Annie Noé-Dufour rappelle qu’il y a une possibilité d’expression lors de l’enquête publique relative au Plan d’occupation des sols, dans lequel les édifices présentant un intérêt sont indiqués comme étant à conserver. Jean Coppolani pourrait s’occuper du P.O.S.
Daniel Cazes relève l’intérêt d’une réflexion de Jean Coppolani sur les carences de la signalisation des monuments de Toulouse. Les inscriptions apposées par le Syndicat d’Initiative en 1946 sont devenues très insuffisantes. Il conviendrait par exemple de signaler sur la place Esquirol l’existence du Capitole romain, d’évoquer l’importance architecturale et historique de cet édifice. S’appuyant sur l’exemple de la ville de Béziers, où l’on a mis en place des panneaux explicatifs très utiles et fort consultés, il pense qu’il faudrait, en concertation avec les Services municipaux de l’esthétique urbaine et de l’environnement, l’Office de Tourisme et d’autres intervenants, organiser une grande campagne de signalisation monumentale.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne de la hauteur considérable prévue pour les immeubles qui pourront être construits dans le Secteur sauvegardé : 21 mètres, alors que les ceux élevés à la fin du siècle dernier sur la rue d’Alsace-Lorraine atteignent déjà 17 mètres. Puis il commente le projet d’élévation concernant les façades de l’ancienne Manufacture des Tabacs sur les allées de Brienne, conçu par G. de Hoym de Marien. Le traitement que cet architecte (privé) médite de faire subir à un édifice inscrit à l’Inventaire des Monuments historiques (mais pour lequel la procédure de classement s’est trouvée interrompue tout d’un coup) est aussi ahurissant qu’atterrant : les trois-quarts des façades devraient consister en surfaces vitrées, ce qui impliquerait la destruction de nombreuses travées en maçonnerie de brique ; cette intervention – on ne saurait parler de « restauration » – aboutirait à une complète dénaturation de l’architecture du bâtiment. Un membre apporte un autre exemple des procédés
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scandaleusement arbitraires avec lesquels on traite de nos jours les Monuments historiques : l’aile occidentale du Musée des Augustins construite par Darcy, récemment classée et ravalée, vient de perdre un élément essentiel de son architecture avec la suppression pure et simple du garde-corps qui courait au niveau de l’étage sur ses façades ouest et sud. Qu’est-ce que le respect d’un Monument historique ?
Le Président fait ensuite le compte-rendu d’une réunion tenue la veille, 18 avril, à laquelle ont pris part des représentants de la Ville, de l’Union des Six Académies et Sociétés savantes de l’hôtel d’Assézat, et de la Fondation Bemberg. Cette réunion avait pour objet la question de l’accès à la salle des séances de la Société Archéologique par une porte ouvrant sur le palier du second étage et donnant dans la cage du grand escalier de l’Hôtel. On y a examiné le projet d’aménagement de portes jumelles à substituer à l’ouverture actuelle, qui résulte d’un remaniement effectué au XVIIIe siècle ; cette porte double permettrait d’accéder d’une part à la future salle des séances de la Société Archéologique, d’autre part aux locaux destinés à la Fondation Bemberg. Fait à souligner, ce projet a recueilli l’agrément unanime des participants. Reste à obtenir l’accord officiel des Monuments historiques. Henri Pradalier donne lecture d’une lettre contenant toutes explications utiles à la compréhension de cette affaire, et qui sera adressée par l’Union des Académies et Sociétés savantes à la Direction régionale des Affaires culturelles, à l’Inspection des Monuments historiques, ainsi qu’au Maire de Toulouse. Ce texte est discuté, puis adopté.
M. Richard Boudet donne une information sur la Quatrième année de recherche sur l’oppidum de L’Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne) :
« La campagne de 1993 sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen a touché deux secteurs principaux : le rempart avec une prospection électrique et la zone d’occupation (Z21) située au milieu du site dont la fouille a débuté en 1992 ainsi que le puits gaulois st.41.
Le rempart septentrional a été testé en 1990 et 1992 avec l’ouverture d’une coupe d’une soixante de mètres de longueur et sept mètres de hauteur. Le fossé taillé dans le rocher (14,50 m de largeur sur 4,50 m de hauteur) présentant des traces de reprise à l’époque moderne, a fait l’objet d’une prospection électrique réalisée par M. Martinaud (L.E.R.G.G.A., Univ. Bordeaux I) afin d’identifier son parcours. Cette recherche a permis de le visualiser sur près de 65 m de longueur et de montrer qu’il suit l’inflexion de la levée du rempart présente au niveau de la porte d’entrée (très certainement un système rentrant). Un nouveau sondage en 1994 devrait permettre de confirmer son origine protohistorique.

AGEN. L’ERMITAGE.
Apparition du dépôt contenant le casque et les vases dans le puits st. 41.
Cliché Richard Boudet.
En 1992, une surface d’environ 1500 m2 située sur le sommet de l’oppidum a fait l’objet d’une première année de fouilles programmées après une prospection électrique conduite par M. Martinaud. En 1993, une surface à peu près égale à celle de l’année précédente et l’accostant a été ouverte. Près des deux tiers des anomalies magnétiques repérées se sont avérées être des structures archéologiques.
Le puits mis en évidence près de l’hypothétique sanctuaire en 1992 a été en partie fouillé par St. Laurent. Son ouverture au sommet est d’environ 2 m x 2 m. Il traverse sur ce module la couche d’argile sous-jacente sur 3,80 m avant d’atteindre le plateau calcaire où il se réduit à 1 m x 1 m. La roche est traversée sur près de 3 m et laisse la place à des marnes verdâtres très indurées. La fouille 1993 a été arrêtée à 7,50 m de profondeur, le niveau de nappe phréatique ayant été rencontré à 7 m. Sur environ 4,70 m depuis le sommet, le sédiment est composé d’un humus argileux très plastique (contenant des nodules stériles de marnes verdâtres) de couleur sombre (gris foncé) livrant au milieu d’un abondant mobilier archéologique de très nombreuses inclusions céramiques et de charbons de bois de petite taille. À partir de 4,70 m
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et jusqu’à la base actuelle de la fouille, le sédiment, pauvre en mobilier archéologique, est exclusivement constitué de marnes verdâtres identiques à celles situées sous le banc calcaire. Il paraît assez clair que le puits à partir au moins de la profondeur actuelle de la fouille jusqu’aux environs de la surface du plateau calcaire a été comblé avec le remblai marneux issu du creusement.
La partie sommitale du puits a été obturée par une chape d’argile concave très indurée et brûlée sur laquelle avait été entretenu un foyer autour duquel (dessus et dessous) plusieurs monnaies d’argent et de bronze ont été retrouvées. Sous ce foyer et jusqu’au calcaire plusieurs dizaines d’amphores vinaires italiques (plus d’une cinquantaine) ont été précipitées (les cols sont souvent cassés en place et la pointe repose vers le haut) en compagnie d’un sédiment riche en cendres contenant de nombreux vestiges de faune, de vaisselle indigène ou importée (à paroi fine et à vernis noir en particulier), de métal (nombreux clous en fer, mais aussi une pointe de javeline et une serpette ou en bronze dont des anneaux et perles, un bracelet, des fibules de type Nauheim… ), en verre (perles), en os… Il convient de noter la présence d’une quinzaine d’amphores portant des inscriptions peintes en rouge sur le col (dont trois marques consulaires datable entre l20 et 104 avant notre ère) et de plusieurs opercules en mortier dotés de marques épigraphes ou anépigraphes (en particulier une tête de face à collier perlé, le nom C.MAEVI …. ).
Ph. Marinval (C.N.R.S., Toulouse) a isolé dans ce comblement de nombreuses paléo-semences, des noyaux de prunes (très convoitées aujourd’hui à Agen..), des coquilles d’œuf… Au moment où il se réduit le puits n’a plus livré dans un comblement marneux que quelques rares vestiges archéologiques épars parmi lesquels il faut mettre en évidence une anse complète de cruche de type Kelheim et trois clavettes de char (volontairement brisées ?) identiques à tige de fer et tête en bronze décorée dotée de deux anneaux.
Un dépôt d’objets a été rencontré à 7,50 m de profondeur. Il était recouvert de plusieurs planches en bois à plat et de chant (dont certaines moulurées d’après B. Szepertyski du Laboratoire d’Analyses et d’Expertises en Archéologie et (Œuvres d’Art de Bordeaux qui va se charger de leur étude et en particulier de leur datation par dendrochronologie). Ce dépôt est constitué de trois vases indigènes (deux décorés sur l’épaule) dont un reposant le fond vers le haut, d’un crochet en fer et d’un casque en bronze de type Mannheim intact la calotte inversée, reposant sur un quatrième vase préalablement brisé. Le comblement de ce dernier contenait des éléments de cordelettes pouvant relever du système de rembourrage interne.
La fouille de ce puits sera achevée en 1994. D’ores et déjà, il semble bien que son rôle comme celui fouillé en 1990/1991 (Z1) soit d’inspiration religieuse. Le comblement paraît ici nettement plus organisé que dans le premier cas (divers indices laissent penser à la présence d’un plancher sous le foyer). Son étude détaillée devrait apporter des éclaircissements nouveaux au problème délicat des puits « funéraires » du Toulousain. Sa datation est à rechercher dans le dernier quart du IIe siècle avant notre ère.

AGEN. L’ERMITAGE.
Comblement supérieur d’amphores dans le puits st. 41.
Cliché Richard Boudet.
La fouille de 1993 a permis la mise en évidence d’une partie d’un bâtiment antique très arasé au Moyen Âge. Sa fouille n’est pas achevée. On ne sait s’il s’agit du sanctuaire gallo-romain dont la présence est fortement pressentie dans le secteur. Il recoupe partiellement un chapelet de fosses gauloises contenant un riche mobilier céramique. Il est accosté d’une large fosse contenant un agencement de pierres sèches encore mal interprété mais surtout un abondant cortège de vestiges de vaisselle fine et de petit module en terre cuite (sigillée, plombifère de l’Allier, parois fines, « commune » … ) et en verre, ainsi qu’une cuillère à fard en
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bronze argenté, une fibule en bronze, des épingles en os, un probable as de Claude, des débris de statuettes en terre, de la faune… La datation de cette structure est à rechercher vers le milieu du Ier siècle après notre ère. La surface de fouille a également livré plusieurs fossés mal datés (dont un semi-circulaire) et de grandes fosses médiévales appartenant au XIIe siècle. Deux ont livré de très nombreuses paléo-semences carbonisées.
Grâce à l’important dépouillement d’archives réalisé par S. Faravel (Université de Toulouse-Le Mirail) l’occupation médiévale du plateau mais également l’ermitage troglodyte qui lui donne son nom s’entrevoit d’un jour nouveau. Il apparaît ainsi de plus en plus évident que la paroisse Sainte-Croix d’Agen s’est organisée sur la partie centrale de l’ancien oppidum autour d’une église accostée de son cimetière et de sa communauté villageoise à l’emplacement d’un établissement antique pourvu d’un probable sanctuaire reprenant lui-même une zone d’activité religieuse liée au fonctionnement de l’oppidum de la fin de l’Âge du Fer. »
Séance du 10 mai 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Merlet-Bagnéris, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Cabau, Fabre, Gérard, Julien, Manière, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général.
Invitée: Mlle Haraldsdottir.
Le Président donne la parole à Patrice Cabau pour la lecture du procès-verbal de la séance précédente, qui est adopté à l’unanimité.
Pascal Bertrand signale que les travaux de la manufacture des tabacs sont en cours et que la façade sur les allées a été éventrée. Le Président indique alors qu’il a adressé une lettre au Directeur régional des Affaires culturelles avec copies aux différentes institutions intéressées, lettre accompagnée d’une photocopie du projet publié afin de savoir si celui-ci était effectivement le projet retenu. Ce courrier est resté sans réponse et on comprend aujourd’hui que ce silence signifiait que les travaux allaient commencer.
À propos des travaux d’aménagement de l’hôtel d’Assézat, le Président annonce que notre proposition de portes jumelles a finalement été rejetée. Les représentants de la Fondation Bemberg avaient donné leur accord mais les Monuments historiques s’y sont opposés, arguant que cela provoquerait une fragilisation du mur sur lequel repose le grand escalier. Mme Tomasin a consulté l’Inspecteur général, M. Mouffle, qui a suivi l’avis de l’architecte en chef. Tous trois se sont prononcés en faveur du sas que le Conseil d’administration de la Fondation a catégoriquement refusé. Il y aura donc une simple cloison et une porte ouvrant directement sur la Fondation.
Maurice Scellès fait alors remarquer que les membres de la Société devront donc passer par les salles d’exposition, ce qui est en contradiction avec les règles de sécurité qui avaient été avancées. Le Président pense que l’on pourra trouver un accord avec le directeur de la Fondation qui vient d’être nommé. Il rapporte par ailleurs que le Conseil d’administration de la Fondation voulait que nous déplacions notre salle des séances, ce à quoi il a répondu que, la Société archéologique du Midi de la France ne se mêlant pas de l’accrochage de la collection Bemberg, il n’acceptait pas que la Fondation Bemberg s’ingère dans la répartition de nos locaux.
Il ajoute que nous devons admettre que nous avons été trompés et que le Conseil de l’Union a manqué de vigilance.
On s’étonne de la fermeté des Monuments historiques en ce qui concerne l’établissement d’une porte au deuxième étage alors que le reste du monument est traité avec désinvolture.
Le Président donne ensuite la parole à Pascal Julien en le remerciant d’avoir bien voulu assurer au pied levé la communication d’aujourd’hui, consacrée au marbre de Caunes dans la nef de Saint-Pierre de Rome.
Le Président remercie Pascal Julien de cette communication qui, corrigeant des assertions antérieures, montre que des pans entiers des marbres employés à Saint-Pierre de Rome proviennent de Caunes. Il rappelle que dans l’Empire byzantin, l’emploi du marbre et du porphyre était contrôlé par les empereurs et que les sarcophages en porphyre étaient réservés aux membres de la famille impériale. Par sa couleur, le marbre de Caunes permet ainsi à la Papauté d’évoquer la pourpre impériale.
M. Manière indique qu’il connaît un toit d’auge cinéraire en marbre rouge de Caunes. Pascal Julien fait observer qu’il existe plusieurs résurgences de ce type de marbre en dehors de l’Hérault et que l’on n’a actuellement aucune preuve de l’extraction du marbre de Caunes dans l’Antiquité. M. Péaud-Lenoël remarque cependant que Claude Bessac, dans le catalogue de la récente exposition de peintures romaines à Narbonne, suppose une utilisation strictement locale de ce marbre. Il ajoute qu’il a lui-même observé les carrières de Caunes et relevé de nombreux fronts d’attaque en arête de poisson qui témoignent d’une exploitation
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ancienne, peut-être médiévale. Le Président relève que l’abbaye montre un emploi plus important à l’époque pré-romane, avec en particulier les remplois visibles dans le clocher. Il fait remarquer que le marbre de Villefranche ressemble à celui de Caunes, et Pascal Julien ajoute que c’est également le cas de celui de Saint-Pons de Thomières.
Louis Peyrusse note ce passage étonnant que le marbre rouge effectue du baroque romain au classicisme versaillais. Il se demande par ailleurs si, comme dans l’Antiquité, rareté et éloignement n’ont pas été pour quelque chose dans l’engouement pour telle ou telle couleur de marbre. La teinte purpurine du marbre de Caunes n’a-t-elle pas été d’autant plus appréciée qu’il s’agissait d’un marbre étranger ? A-t-on d’ailleurs des données sur l’exploitation des carrières à cette époque ?
Pascal Julien répond qu’il n’a pour l’instant trouvé ni commande, ni contrat de transport, mais qu’ils doivent exister dans les registres des notaires de Narbonne qu’il faudrait consulter de façon systématique. On peut en tout cas constater que les quantités extraites ont été considérables. Louis Peyrusse fait remarquer qu’il s’agit surtout d’un emploi sous forme de plaques. Pascal Julien précise que les progrès techniques permettent à partir des années 1660-1665 d’extraire des colonnes de plus en plus nombreuses déjà, vers 1630, deux petites colonnes avaient été réalisées.
Le Président demande si tous les autres marbres de Saint-Pierre de Rome sont italiens. Pascal Julien répond que c’est en effet le cas, et il ajoute que le vert provient d’une colonne antique qui a été débitée.
Louis Latour voudrait savoir si le marbre de Caunes a été retenu pour ses qualités et en particulier parce qu’il se débite facilement en plaques minces. Qu’en est-il d’ailleurs du griotte qui n’a pas les mêmes qualités ? Pascal Julien indique que le griotte n’est que peu utilisé et seulement en morceaux de petite taille. Après une remarque de Louis Latour, Pascal Julien confirme qu’il est sûr que le canal du Midi a favorisé l’exportation du marbre de Caunes.
Mme Merlet-Bagnéris demande quels sont les débouchés actuels du marbre de Caunes. M. Péaud-Lenoël a pu constater la réalisation de plaques minces mais sans en connaître la destination. À une question de M. l’abbé Baccrabère, Pascal Julien répond qu’il n’a pas été fait d’analyses pétrographiques des marbres de Saint-Pierre de Rome. Bruno Tollon voudrait savoir si l’on a pu évaluer les coûts des marbres qui y ont été employés. Pascal Julien précise que les indications de prix existent dans les archives, mais qu’aucune étude n’a été faite ; peut-être présenterait-elle quelques difficultés du fait que l’on a souvent à faire à des livraisons mêlées.
Abordant les questions diverses, le Président fait état d’une proposition de M. Robert Sablayrolles de faire réaliser par une étudiante, qui a déjà engagé ce travail sur les fonds de la Bibliothèque universitaire et du Musée Saint-Raymond, un fichier informatisé des ouvrages consacrés à l’Antiquité de notre bibliothèque. Il est évident que notre Société ne peut être qu’intéressée.
Il annonce ensuite que la date du repas en l’honneur de Maurice Prin a été arrêtée au 14 juin. Quant à la journée foraine à Cahors, elle est fixée au samedi 25 juin ; Maurice Scellès est chargé de son organisation sur place.
À propos du rempart romain qui paraît à nouveau menacé, en particulier par les travaux du Palais de Justice et du côté de la tour des Hauts-Murats, le Président indique qu’il va demander un rendez-vous au Directeur régional des Affaires culturelles afin de lui faire prendre conscience du problème ; il souhaite que Daniel Cazes l’accompagne. M. l’abbé Rocacher précise que le projet du ministère de la Justice prévoit de raser la partie du rempart qui est actuellement visible depuis les allées Jules-Guesde.
Pascal Julien présente deux diapositives des stalles de la cathédrale Saint-Étienne pour rappeler qu’elles continuent de se dégrader depuis le rapport de 1988 et en dépit d’un projet de restauration. Elles tombent littéralement en poussière et il conviendrait d’intervenir de toute urgence.
Il ajoute qu’il a pu constater l’installation récente d’un lutrin qui a été réalisé en remployant deux colonnes provenant des stalles, colonnes qui ont été pour cela sciées d’un mètre. M. l’abbé Rocacher indique que ce lutrin a été fait par l’abbé Palacin avec l’accord de l’inspecteur des Monuments historiques. La rapide discussion qui suit porte sur l’opportunité de tels remplois et les conditions dans lesquelles ils peuvent se faire.
Séance du 7 juin 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Foucaud, Pradalier-Schlumberger, MM. Bernet, Bertrand, Boudet, Fabre, Gérard, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher, Roquebert.
Excusés: M. Cazes, Secrétaire Général ; MM. Peyrusse, Tollon.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 10 mai 1994, qui est adopté après quelques corrections.
L’abbé Rocacher demande si la réunion qui avait été projetée avec le Directeur régional des Affaires culturelles au sujet du rempart romain a pu avoir lieu. Le Président répond qu’il n’a pas encore été possible de trouver une date qui convienne au Directeur régional, à Daniel Cazes et à lui-même.
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L’abbé Rocacher indique par ailleurs qu’une cuve baptismale en plomb que l’on dit du IXe siècle se trouve actuellement sur le marché de l’art. En ajoutant qu’il devrait recevoir l’antiquaire demain, il regrette que Daniel Cazes n’ait pu venir à cette séance car il lui semble que les musées de Toulouse pourrait user de leur droit de préemption. À une question du Président, l’abbé Rocacher répond que l’origine de cette cuve n’est pas connue. Il indique encore que l’antiquaire est une personne qui vient de créer une association, l’A.M.O.S., spécialisée dans l’expo-vente d’objets d’art sacré ; elle a en particulier proposé de faire une telle expo-vente… dans le cloître de Saint-Bertrand de Comminges, ce qui a bien évidemment été refusé.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne de cette étrange spécialisation qui fait supposer des fournisseurs ou des rabatteurs et ne peut que jeter la suspicion sur l’origine des objets ; il pense qu’il faut prévenir le plus rapidement possible l’Inspecteur des Monuments historiques et sans doute alerter la brigade chargée des vols d’objets d’art.
À propos de l’ancienne manufacture des tabacs, le Président indique qu’il a reçu une réponse, dont il donne lecture, du Directeur régional des Affaires culturelles. On peut en conclure que les parties d’un édifice qui sont protégées au titre des Monuments historiques peuvent être modifiées par n’importe quel architecte et se demander à quoi servent les mesures de protection.
M. Gillis renchérit en rappelant qu’il a lui-même rédigé un article qu’il a intitulé « À quoi sert la protection Monument historique ? ».
Le Président souligne le fait qu’il s’agit là du résultat d’un marchandage, la société qui devait réaliser la ZAC ayant demandé à l’Etat des indemnités très importantes en compensation de l’abandon forcé du projet, consécutif à l’inscription de la manufacture à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.
On s’accorde sur le fait que ce n’est pas la qualité architecturale de la réalisation en cours que l’on met en cause, mais bien la dérive qu’elle suppose de la notion de « Monument historique ».
On relève encore que l’argument de la réversibilité invoqué par le Directeur régional des Affaires culturelles manque totalement de sérieux : cela revient à admettre que toute destruction est réversible puisqu’il est possible de reconstruire !
Le Président annonce que nous avons reçu une invitation à une journée consacrée au développement urbain qui se tiendra à Toulouse sous l’égide de M. Dominique Baudis, Maire de Toulouse. M. Coppolani y assistera.
Nous avons par ailleurs reçu de M. Boyer une candidature au titre de membre correspondant. Pascal Bertrand, qui précise que M. Boyer est un spécialiste de Mignard, est chargé du rapport sur cette candidature.
Le Président donne ensuite la parole à M. Gérard pour sa communication : Le cartulaire de Saint-Sernin : son importance pour l’étude de Toulouse et du Midi toulousain de la fin du XIe siècle à la fin du XIIe siècle.
Le Président remercie M. Gérard de cette communication qui est le fruit de décennies de recherches et qui nous montre à quel point notre confrère connaît le cartulaire de Saint-Sernin et combien il sait en donner une traduction vivante. Cette communication, qui sera publiée dans un prochain volume de nos Mémoires, correspond à l’essentiel de la présentation qui introduira la publication du cartulaire de Saint-Sernin, prévue pour 1996.
M. l’abbé Rocacher voudrait savoir s’il faut attribuer l’extraordinaire expansion du culte de saint Sernin que l’on constate dès le Ve siècle à une répartition des reliques ou à une politique préparant la constitution d’un temporel. M. Gérard fait remarquer que le cartulaire ne donne que peu d’indications sur les reliques. Ce que l’on peut supposer, c’est que la rédaction de la Gesta sancti Saturnini est une tentative pour justifier la prééminence d’Eauze sur la Navarre, alors que le texte de Narbonne vient ensuite appuyer les prétentions de Toulouse.
Le Père Montagnes, en rappelant que Saint-Sernin est une communauté canoniale, demande si le terme de « monasterium » est employé par les textes. M. Gérard précise que les actes de la seconde moitié du XIe siècle parlent seulement de « canonici », de « mensa » et de « tabula » ; ce n’est qu’à partir de 1075 qu’apparaît l’expression « canonici regulares ».
Quitterie Cazes relève que le silence des textes au cours de la seconde moitié du XIe siècle est très étonnant puisque les études archéologiques montrent que la reconstruction de l’église a commencé vers 1080, ce qui suppose que la récupération du temporel est déjà bien engagée. M. Gérard se demande si, en effet, la réforme du chapitre ayant eu lieu vers 1075, les chanoines ont pu récupérer autant d’argent en si peu d’années. Pour le Président, le fait d’engager les travaux prouve que les chanoines disposent de l’argent nécessaire et donc que la récupération du temporel est déjà en partie réalisée : il faudrait en conclure que le cartulaire présente des lacunes pour la période incriminée. M. Gérard pense que c’est un aspect de la recherche qu’il peut approfondir encore.
Le Président rappelle que le programme sculpté de la porte Miégeville illustre tout à fait ce que révèle l’analyse du cartulaire, avec en particulier la représentation de l’ascension manquée de Simon le Magicien, à un moment où la question de la simonie n’est pas encore complètement réglée.
Puis le Président rend compte de la dernière réunion du Bureau. Guy Ahlsell de Toulza indique que nous serons une vingtaine à participer au repas en l’honneur de Maurice Prin. Les participants seront avertis dans la semaine du restaurant finalement retenu.
Séance du 21 juin 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bertrand, Boudet, Ginesty, Lassure, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Tollon.
Excusés: M. Cazes, Secrétaire Général; Mme Cazes.
Le Président remercie M. Ginesty pour les trois tirés à part que celui-ci offre à la Société.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 7 juin dernier, qui est adopté à l’unanimité.
À propos des travaux en cours à l’ancienne Manufacture des Tabacs, le Président informe la Société des correspondances qu’il a adressées au Président du Conseil régional, au Directeur régional des Affaires culturelles et au Maire de Toulouse. Il donne lecture de la réponse qui lui a été faite, au nom de M. Dominique Baudis, par M. Puel, Maire-adjoint, qui précise que dans ce cas le permis de construire a été accordé le 9 juillet 1993 non par la Ville mais par l’État, représenté par le Préfet, après transmission au Directeur régional des Affaires culturelles et avis de l’Architecte des Bâtiments de France et du Conservateur régional de l’Archéologie (plus probablement le Conservateur régional des Monuments historiques).
Il serait souhaitable de transmettre ce dossier à l’association MOMUS. Il est précisé que celle-ci regroupe des personnalités comme Anne-Marie Lecoq, Jean-Marie Pérouse de Montclos, André Turcat, des journalistes… et d’autres qui, soumis au devoir de réserve, ont la possibilité de s’exprimer en ayant recours à un pseudonyme.
Puis le Président indique que la liste des articles du prochain volume des Mémoires est définitivement établie. Il rappelle que les textes qui n’ont pas encore été rendus doivent l’être au plus tôt.
On précise encore le programme de la journée foraine de Cahors. Sept personnes représenteront la Société.
On procède ensuite à l’élection de membres titulaires et correspondants.
Sur proposition du Bureau, MM. Boudet, Catalo, Hermet et Julien sont élus membres titulaires.
Pascal Bertrand présente ses deux rapports sur les candidatures au titre de membre correspondant de Mme Catherine Bourdieu et de M. Boyer. Les deux candidats sont élus membres correspondants de notre Société.
Le Président donne alors la parole à Michèle Pradalier-Schlumberger pour une communication consacrée à la Découverte de peintures murales dans l’église Sainte-Quitterie de Massels (Lot-et-Garonne) :
« L’église Sainte-Quitterie de Massels, canton de Penne d’Agenais, arrondissement de Villeneuve, possède un cycle important de peintures murales gothiques, en cours de dégagement. La paroisse de Sainte-Quitterie, avec son annexe Saint-Pierre, était une cure de l’archiprêté de Villeneuve. L’ancienne paroisse faisait partie de la juridiction de Penne, puis, à partir du XVe siècle, de la juridiction de Frespech. Cette commune, qui ne comporte pas de village, ni même de hameau important, possède ainsi deux églises, Sainte-Quitterie et Saint-Pierre. Au Moyen Âge, Saint-Pierre faisait partie d’un prieuré dépendant de l’abbaye de Moissac.
L’église Sainte-Quitterie est un édifice roman, comportant une nef unique, une travée de chœur et une abside semi-circulaire. Elle est couverte d’une voûte en berceau brisé, sans doute postérieure à la nef elle-même. Contre le mur sud de la nef romane a été bâtie, au XVe siècle, une chapelle de plan carré. Elle est couverte d’une voûte d’ogives quadripartite dont les nervures prismatiques retombent dans les angles sur des consoles moulurées et se croisent au niveau d’une clé de voûte armoriée, au motif effacé. Deux fenêtres à large ébrasement sont ouvertes sur les murs sud et ouest de la chapelle, l’une en plein cintre, l’autre, celle du sud, en partie refaite. Les fenêtres, décalées vers les angles de la chapelle, sont contemporaines de la construction, et le décor peint est organisé en fonction des ouvertures.
Des travaux de décapage des crépis, qui couvraient à l’origine les murs de l’église romane et ceux de la chapelle, ont révélé, à partir d’avril 1993, l’existence de peintures murales qui couvrent apparemment les quatre murs de la chapelle gothique. Un petit groupe de bénévoles, alertés par le maçon chargé des travaux, a entrepris de mettre au jour la partie accessible des peintures. Le décor est réparti sur trois registres : la partie basse des murs dotée de motifs ornementaux, des tentures vraisemblablement, un registre intermédiaire divisé en scènes juxtaposées dans des niches architecturées et la partie haute des murs, prise sous les formerets, encore cachée sous les enduits. Les différents registres sont soulignés par une mince frise décorative, faite de quadrilobes blancs sur fond rouge qui cernent les fenêtres et semblent souligner la retombée des ogives ainsi que les formerets.
Le thème iconographique de la chapelle, très homogène, illustre un cycle de la Passion. Sur le mur nord, occupé en partie par la grande arcade brisée qui sert de lien avec la nef romane, seule une scène a été dégagée. Sous une arcade surbaissée, a été représenté le Couronnement d’Epines. Deux bourreaux, vus de profil, enfoncent la couronne avec deux tiges de roseau entrecroisées, in modum crucis, sur le front du Christ. Le registre supérieur est encore caché sous les enduits, ainsi que la portion ouest du mur.
Sur le mur oriental, le registre médian est divisé en trois scènes. À gauche, on distingue un épisode insuffisamment dégagé, peut-être repeint, dont la partie visible est constituée par une arcature flamboyante reposant sur une fine colonnette, qui se
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![]() ÉGLISE SAINTE-QUITTERIE DE MASSELS (Lot-et-Garonne). | ![]() ÉGLISE SAINTE-QUITTERIE DE MASSELS (Lot-et-Garonne). |

ÉGLISE SAINTE-QUITTERIE DE MASSELS
(Lot-et-Garonne). Chapelle, mur ouest: Jérusalem Céleste.
Cliché Michèle Pradalier-Schlumberger.
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détache sur un fond noir à résille oblique, identique à celle du Couronnement. La scène centrale est celle du Portement de Croix, où le Christ apparaît, courbé sous une croix au bois nervuré. On distingue à droite, dans le dernier panneau, séparé par une colonne, une Crucifixion symbolique, en partie dégagée, avec la Vierge et saint Jean. Le peintre a représenté la même croix nervurée et le même sol piqueté de végétation que sur la scène précédente. Le registre supérieur est encore dissimulé sous les enduits.
Tout le mur sud est orné d’un fond rouge à résille blanche oblique, avec fleurons noirs. Le registre médian est divisé en trois scènes encadrées par un arc surbaissé qui retombe sur des colonnes à chapiteau lisse. La scène de gauche représente la Descente de Croix. Deux échelles sont placées contre la croix, un personnage sur chaque échelle soutient le Christ tandis que Nicodème arrache les clous avec une tenaille. On aperçoit un sol ocre avec bouquets de végétation, en partie dissimulé par une litre noire postérieure, qui occupe les murs sud et ouest.
Les ébrasements de la fenêtre sont occupés par un diacre martyr, tenant un livre et une palme, vêtu d’une dalmatique rouge, peut-être saint Laurent, et d’une sainte couronnée qui piétine un animal fantastique et qui pourrait être sainte Marguerite. Au-delà, la scène centrale est occupée par une Mise au Tombeau, parfaitement conservée. Les protagonistes sont au nombre de sept, Joseph d’Arimathie à la tête du Christ, tenant le linceul, Nicodème aux pieds, tous deux barbus, vêtus de chapeaux plats et de manteaux à cols brodés, avec fermail. La Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine, tenant un pot ainsi que les deux Saintes Femmes à l’arrière-plan, ont tous des auréoles gaufrées. Deux soldats, endormis, l’un sur une lance, l’autre sur une hallebarde, sont placés en avant du tombeau orné d’anneaux. La troisième scène, à droite, représente la Descente aux Limbes : le Christ, vêtu d’un manteau blanc bordé d’un galon d’or, tient le labarum et tire Adam d’une gueule monstrueuse.
Le registre supérieur est en cours de dégagement : le bas d’une robe rouge et d’un manteau d’un personnage vu de face, et occupant l’axe du panneau est visible actuellement, ainsi que les jambes de soldats vêtus et armés de la même manière que ceux de la mise au tombeau et de la montée au Golgotha. Le sol est piqueté de végétation.
Le mur ouest est entièrement occupé par un grand Jugement Dernier, peint sur fond rouge à résille, dont le registre supérieur et la partie droite, au-delà de la fenêtre, ne sont pas encore dégagés. À gauche, une Jérusalem Céleste, formée d’une courtine crénelée et de deux tours, contient des élus, visibles aux fenêtres et aux créneaux. Ils sont accompagnés par deux anges. Saint Pierre accueille les âmes devant la poterne de la tour de droite, à demi fermée par une herse, et à côté de lui saint Michel, brandissant une épée de la main droite occupe l’axe du Jugement. Un escalier lie le registre inférieur à la porte de la Jérusalem Céleste, une volée de marches en diverge vers la gauche, occupée par une petite âme nue. À gauche de l’escalier, des anges habillés de vêtements sacerdotaux guident des âmes en prière. Au centre de la scène, le registre inférieur comporte des buissons en flammes, et on peut penser à un Purgatoire. On peut s’attendre à trouver dans la partie droite de la scène les restes de l’Enfer, et au sommet du mur, sous le formeret, le Christ et peut-être les apôtres, séparés du Jugement par une frise quadrilobée, en partie visible, qui fait le tour de la fenêtre.
Les peintures de la chapelle, qui a servi de lieu de sépulture, sont signalées dans une visite pastorale de 1605, de Nicolas de Villars, et celle de 1668, de Claude Joly. L’ensemble du décor, que l’on peut dater de la fin du XVe siècle, par comparaison avec les peintures de l’église d’Allemans-du-Dropt (Lot-et-Garonne), est d’une étonnante qualité, et d’une grande unité stylistique et décorative. Le dégagement de cet important décor n’étant pas encore achevé, il est prématuré d’aller plus loin dans l’analyse stylistique et iconographique. Il faut cependant souhaiter que le dégagement des peintures se poursuive dans les meilleures conditions et qu’une protection efficace soit envisagée. »
Le Président remercie Michèle Pradalier-Schlumberger et souligne l’intérêt que présente cet ensemble de peintures dont une part importante reste encore cachée par un enduit moderne. Il remarque cependant que l’on ne peut s’empêcher, en voyant ces décors, de songer au fossé qui les sépare de ce qui se fait à la même époque en Italie.
Bruno Tollon demande si la peinture est réalisée sur enduit sec. Michèle Pradalier-Schlumberger indique que M. Pierre Bellin doit en faire une expertise.
Bruno Tollon se démarque du jugement de valeur porté par le Président. Il ajoute qu’il s’agit d’un travail réalisé a presto et que les visages rappellent les gravures sur bois. Guy Ahlsell de Toulza note que les fonds rappellent évidemment ceux des miniatures. Michèle Pradalier-Schlumberger confirme que les fonds utilisés et leur qualité constituent l’aspect le plus original de ces peintures. Jean-Michel Lassure fait remarquer que les quadrilobes sont déjà archaïques et il se demande s’ils ne sont pas réalisés au pochoir. Il ajoute que ces décors très stéréotypés, qui font appel aux mêmes représentations et que l’on retrouve dans toutes ces églises rurales, posent la question de l’origine des modèles ; on croit y reconnaître une influence flamande ou germanique. Michèle Pradalier-Schlumberger note qu’en effet les costumes paraissent plus flamands que méridionaux. Pour Pascal Bertrand, l’influence est plus nettement germanique que nordique.
Jean-Michel Lassure observe que l’on assiste à cette époque à un extraordinaire mouvement artistique qui atteint les villages les plus reculés du royaume et dont les manifestations conservent cependant une certaine qualité. Le Président, en rappelant que son propos initial était volontairement provocateur, constate que l’on a à faire à un art populaire incontestablement dynamique mais où les peintres véritablement créateurs sont absents, et que c’est ce qui distingue les réalisations de cette époque de la floraison créatrice de la peinture romane. Jean-Michel Lassure l’admet volontiers tout en insistant sur le fait que ceux qui ont réalisé ces peintures murales aux XVe et XVIe siècles étaient bien des peintres.
Guy Ahlsell de Toulza s’inquiète de la conservation des peintures de Massels et du paradoxe qui fait que le Service des Monuments historiques ne s’intéresse aux peintures murales que lorsqu’elles sont en grande partie dégagées, et qu’elles le sont donc presque toujours par des bénévoles. Michèle Pradalier-Schlumberger précise que Mme Marie-Anne Sire, Inspecteur des
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Monuments historiques pour Midi-Pyrénées, a été très intéressée par les fonds et a informé de la découverte son collègue de la région Aquitaine.
Guy Ahlsell de Toulza demande si l’on connaît celui qui a donné l’ordre de décaper les élévations intérieures de la nef romane. Michèle Pradalier-Schlumberger indique que c’est le curé et elle ajoute que, d’après des témoignages, des vestiges de peintures ont alors disparu. C’est grâce au maçon chargé des travaux que les peintures de la chapelle ont pu être mises au jour et sauvées.
En remarquant que les peintures murales sont très nombreuses en Midi-Pyrénées, Jean-Michel Lassure constate qu’il n’existe aucune publication illustrée un peu complète sur ce thème, l’ouvrage de Robert Mesuret étant aujourd’hui bien dépassé.
Richard Boudet signale une disparition dont il a eu connaissance : dans une église isolée de la commune de Mézères, en Lot-et-Garonne, un maçon a pu piquer toutes les élévations intérieures sur ordre du maire et sans aucun contrôle, faisant ainsi disparaître toute une bande de peinture ancienne où étaient représentés des personnages.
Maurice Scellès donne lecture d’une note d’Yves Cranga, documentaliste à la Conservation régionale des Monuments historiques, sur La tour des latrines du monastère de la Daurade :
« Le Monasticon Gallicanum (1) indique, relégué dans l’angle nord-ouest des bâtiments du prieuré de la Daurade, un emplacement marqué « Latrinae » mais la perspective quelque peu sommaire de cette néanmoins précieuse représentation du XVIIe ne permet pas de localiser cet élément avec précision dans le bâti actuel.

PRIEURÉ DE LA DAURADE.
Extrait de la planche 140 du Monasticon Gallicanum.
À la suite de la démolition de l’antique église de la Daurade en 1761, puis des bâtiments conventuels en 1811 et enfin les remaniements successifs nécessités par l’implantation de la Manufacture des Tabacs et de l’École des Beaux-Arts, rien ne permettait de penser que les latrines aient pu survivre à une urbanisation aussi radicale souhaitée par l’Intendant du Languedoc et à laquelle souscrit pleinement Philippe Hardy, Directeur des Travaux publics de la ville et architecte de la nouvelle église de la Daurade.
Le plan dressé en 1826 préalablement à l’installation de la Manufacture Royale des Tabacs, comporte pour cette partie des bâtiments, une semblable approximation ; ceci nous conforte dans l’opinion qu’à cette date, la tour n’était pas non plus prise en compte dans les aménagements projetés. Cependant, lorsque Franque, architecte du Roi, dressa dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, son projet de réaménagement des bâtiments du prieuré, il mentionne la présence d’une « fosse des lieux » à l’emplacement de la tour des latrines proche d’ailleurs d’une autre, plus réduite, placée en retrait, au nord-est. L’on constate que les deux fosses se trouvaient implantées de part et d’autre de la ruelle donnant accès à l’église depuis la rue Peyrolières.
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PRIEURÉ DE LA DAURADE.
Plan de la manufacture royale des Tabacs de Toulouse, 1826.
(A.D.H.G. – P.G. 630).
Dès 1981, les Services de l’Architecture de 1a ville furent sollicités par la direction de l’École des Beaux-Arts pour une étude visant à dégager de nouveaux espaces de travail. C’est donc postérieurement à cette date que des sondages effectués dans la partie des bâtiments appelée « Pavillon Labbé », révélèrent un emplacement ignoré jusqu’alors et enserré entre des salles de classe et les habitations voisines. Seule la partie haute était connue par l’aménagement moderne d’un débarras éclairé d’un simple puits de lumière.
Afin dès lors de permettre l’accès à la partie basse de ce volume, une percée maladroite fut opérée dans le parement sud donnant actuellement sur une remise. Après avoir dégagé près d’un mètre d’épaisseur d’un appareil fait de briques, l’on accédait alors à flanc d’un espace haut d’une douzaine de mètres et d’une section rectangulaire de 3,50 mètres sur 4,70. Depuis le printemps 1993, date de ce percement, la tour n’a fait l’objet d’aucune intervention et permet les observations suivantes.
Des baies, aujourd’hui murées, apparaissent par groupes de trois à la partie sommitale ouest et à mi-hauteur sud. Couvertes en plein cintre, elles sont, comme le reste de l’édifice, entièrement réalisées en briques dont la forme caractéristique nous inclinent a priori à les rattacher à l’époque médiévale.
À mi-hauteur et face à l’accès provisoire, un glacis horizontal tapissé de briques apparemment du même type, semble avoir eu pour fonction de diriger un déversement vers le centre de la tour. Un puissant arc de décharge en briques apparaît, noyé dans le flanc inférieur oriental ; un autre de même emprise, dans le flanc supérieur sud.

PRIEURÉ DE LA DAURADE. TOUR DES LATRINES.
Arcs diaphragmes qui portaient deux niveaux de latrines.
Cliché Y. Cranga.
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PRIEURÉ DE LA DAURADE. TOUR DES LATRINES.
Baies hautes murées. Cliché Y. Cranga.
Sans doute afin de permettre des accès à différentes hauteurs, l’intrados sud est muni de deux grands arcs diaphragmes placés en encorbellement et en décalage étroit l’un par rapport à l’autre, tandis que des conduits biais en terre cuite placés dans le flanc supérieur oriental révèlent un rajout sans doute postérieur à l’édification de la tour.
![]() PRIEURÉ DE LA DAURADE. Tour des Latrines. | Cette disposition connue par ailleurs (cf. infra) révèle la nécessité de rendre accessible le volume de la fosse à plusieurs niveaux d’utilisation. Ce point nous ramène au Monasticon Gallicanum qui indique fort clairement cette fois-ci, la présence d’un bâtiment peu profond adossé au bâti voisin et composé de galeries en bois superposées, correspondant aux différents étages du bâtiment central à usage de dortoir. Ces galeries semblent avoir permis de multiples accès sur trois faces de la tour, de même que sur le dessus. |
Un déversoir dans l’angle supérieur nord-est semble par ailleurs avoir eu pour rôle de diriger la récupération des eaux pluviales vers le centre de la tour. En contrebas de l’accès actuel, on atteignait le niveau supérieur des déjections durcies par une longue période d’abandon. Celles-ci firent l’objet d’une fouille archéologique durant l’été 1993, sous la conduite de C. Boccacino. Le sol naturel fut atteint sans que ne soient révélés d’indices antérieurs au XVIIe siècle. Apparut cependant, pratiquement au centre de l’aire ainsi dégagée, un puits circulaire dont la margelle en affleurement est faite de briques au profil légèrement incurvé afin d’épouser le profil arrondi du puits ; le conduit cylindrique mesure approximativement un mètre de diamètre et laisse apparaître la nappe souterraine à une profondeur voisine de 3 ou 4 mètres.
La dimension totale du dispositif, ainsi augmenté de plus d’un mètre de déjections résiduelles, atteint donc une quinzaine de mètres.
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Selon la typologie adoptée par Jean Mesqui (2), ce dispositif d’évacuation gravitaire appartient à la catégorie des latrines dites « à fosse » comme de rares exemples sont encore connus, notamment à Vincennes, dans la Tour-maîtresse. Celui-ci reçoit de plus une datation communément située dans le cours du XIVe siècle (3).
L’interrogation demeure de savoir si celle-ci disposait d’un accès pour la vidange, comme le laisserait penser la porte voûtée en plein cintre actuellement murée à niveau de sol et jouxtant immédiatement l’accès provisoire. La présence du puits indique cependant un souci de séparer les éléments liquides ainsi évacués vers les couches souterraines et le fleuve, de ceux solides, destinés à une dessiccation en fond de cuve (4). Cet aménagement devait permettre d’espacer les opérations de curage. L’évacuation des odeurs pouvait se faire en partie haute comme le suggère la présence des lucarnes supérieures, telles que représentées d’ailleurs sur la vue cavalière du XVIIe siècle (5).
Cette tour fera l’objet prochainement d’un examen par la Commission Régionale du Patrimoine Historique, Archéologique et Ethnologique (C.O.R.E.P.H.A.E.) en vue de sa protection au titre des monuments historiques. Dans l’intervalle, les aménagements de l’établissement scolaire font l’objet d’une concertation tripartite étroite entre la Ville de Toulouse, propriétaire, la direction de l’École afin que soient préservés l’accès et la lisibilité de ce rare dispositif révélé après trois siècles d’oubli.
1. M. PEIGNE-DELACOURT, Monasticon Gallicanum, Monastères de l’Ordre de Saint-Benoît, Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1871.
2. Jean MESQUI, Châteaux et enceintes de la France médiévale, de la défense à la résidence, 2 vol., Picard (coll. Grands manuels), 1991, 1993
3. Une datation précise ne sera obtenue que par la datation physique des briques constituant la tour.
4. Débarrassées de l’élément liquide, les matières fécales sèchent rapidement sans engendrer de fermentation.
5. J. MESQUI signale un devis de reconstruction de Beaufort-en-Vallée, daté de 1346, et qui stipule : « et aura es tuyaux fenestres pour issir et widier le mauvais air des dictes chambres « . »
Guy Ahlsell de Toulza précise que son intervention a finalement provoqué la suspension des travaux projetés, et que depuis un an tout est resté en l’état. Il ajoute que ces bâtiments peu nobles ne sont le plus souvent
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que peu étudiés et que le petit ouvrage récent de Jean Mesqui est une exception. Il commente les diapositives qui sont présentées aux membres de la Société.
Bruno Tollon indique que le couvent des Carmes possédait une tour des latrines qui se trouvait de l’autre côté de la grand-rue, rue de l’arc des Carmes.
Le Président demande quels sont les arguments qui peuvent permettre de dater la tour. Maurice Scellès pense qu’elle ne peut actuellement reposer que sur l’analyse des techniques de construction et les matériaux. Guy Ahlsell de Toulza insiste sur le fait qu’il faut resituer la tour des latrines dans l’ensemble du monastère et rappelle qu’elle se trouvait au chevet de l’église, derrière la salle capitulaire, au fond d’une courette. Jean-Michel Lassure pense qu’elle est postérieure au Moyen Âge. En rappelant que le Moyen Age connaît des latrines très importantes et très évoluées, Maurice Scellès n’exclut pas une datation du XIVe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza et Maurice Scellès soulignent l’intelligence avec laquelle la Mairie de Toulouse et les services municipaux, et en particulier M. Bonrepos, ont compris tout l’intérêt que présentait ce bâtiment mal connu.
Jean-Michel Lassure demande quels ont été les résultats des fouilles réalisées par Catherine Boccacino. Guy Ahlsell de Toulza indique que le matériel retrouvé est moderne, du XVIIe voire du XIXe siècle, et qu’il faut penser que la fosse de la tour a été fréquemment vidangée. Un « puits » a cependant été mis au jour. Jean-Michel Lassure pense qu’il s’agit d’un puits d’écoulement plutôt que d’un puisard.
Le Président prononce la clôture de l’année académique.
Journée foraine à Cahors, 25 juin 1994
En présence de membres de notre Société, de M. Robert Mangado, Architecte des Bâtiments de France, de M. Pierre Dalon représentant la Société des Etudes du Lot, de M. Joël Laporte, Directeur du C.A.U.E. du Lot, de M. Gilles, architecte, et de M. Michel Bizeul de l’entreprise Bizeul-Rodrigues qui ont réalisé les travaux… et de représentants de la presse, notre Président Henri Pradalier remet une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France à M. Guy Rouqual, propriétaire de l’hôtel-restaurant « L’Escargot », pour le féliciter de sa restauration d’une fenêtre à remplage correspondant à la chambre de parement du palais Duèze.
Après le déjeuner, Maurice Scellès présente aux membres de notre Société quelques-uns des édifices les plus représentatifs de l’architecture civile médiévale de Cahors.
Bulletin de l’année académique 1994-1995
Tome LV (1995)
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Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1994-1995, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LV, 1995) dont nous indiquons la pagination.
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Séance du 8 novembre 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand Boudartchouk, Cabau, le général Delpoux, Fabre, Gérard, Gillis, Gilles, Ginesty, Hermet, Julien, Manière, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Labrousse, Pradalier-Schlumberger.
La séance commence à 17 heures. Le Président prononce l’ouverture de l’année académique 1994-1995.
Le Président rend hommage au dévouement du Bibliothécaire-archiviste, qui non seulement assure une permanence chaque mardi après-midi à l’Institut d’Études méridionales, mais qui a de surcroît consacré ses vacances à la gestion de la Bibliothèque : classement des ouvrages et établissement du Thesaurus destiné à la saisie informatique du fichier. Henri Pradalier souligne l’utilité et l’ampleur du travail de Louis Latour, qu’il remercie au nom de la Compagnie.
Henri Pradalier donne ensuite lecture de divers courriers adressés à la Société :
– annonce de l’exposition consacrée par la Bibliothèque municipale et la Bibliothèque inter-universitaire à Toulouse à l’époque romantique ; cette exposition, inaugurée le 7 novembre, se tiendra jusqu’au 18 décembre ;
– invitation à la remise du Prix de la Fondation E.-H. Guitard à Quitterie Cazes, membre de notre Compagnie ; cette cérémonie aura lieu à l’Hôtel d’Assézat le 8 décembre ;
– lettre de la Commission archéologique de Narbonne, qui annonce qu’elle cesse d’appartenir à la Fédération historique des Sociétés savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne ; la Commission motive cette décision par le fait que, contre tous les usages et au mépris des statuts de la Fédération, elle a été tenue à l’écart de l’organisation du prochain Congrès, qui doit se dérouler à Narbonne ;
– lettre d’Anne-Laure Napoléone, qui remercie la Société d’avoir distingué ses travaux et présente sa candidature au titre de membre correspondant ;
– lettre de Mme Michèle Heng, maître de conférences d’Histoire de l’Art à l’Université de Toulouse-Le Mirail, qui postule au titre de membre correspondant.
Le Président rappelle, à propos de la première candidature, qu’il est d’usage que la Société accueille favorablement les postulations de ses lauréats. Pour la seconde, il rappelle qu’elle a fait l’objet d’une discussion au sein du Bureau, la candidate étant spécialiste d’art contemporain. Cela a amené le Bureau à réfléchir sur les limites chronologiques que la Société souhaitait respecter. Il a été rappelé que les fondateurs avaient établi qu’il ne saurait être question d’aborder la période postérieure à 1789. Il a été remarqué que cette date n’avait pas été respectée et que nombreuses avaient été les communications sur le XIXe siècle, et ce depuis longtemps. Nos fondateurs avait voulu neutraliser un laps de temps d’une quarantaine d’années.
Se référant à cette volonté, le Bureau a estimé que la Société Archéologique pouvait traiter des questions d’histoire, d’histoire de l’art et d’archéologie jusqu’en 1914. Dans quelques années il sera peut-être souhaitable de repousser cette limite chronologique à 1945, à condition de ne traiter que de sujets n’impliquant pas des personnes encore vivantes.
Concernant la candidate, il est fait remarquer que son champ d’étude s’étendant aussi à la période antérieure à 1914, rien ne s’oppose à sa candidature. La parole est alors donnée à Louis Peyrusse pour la lecture du rapport. Mme Michèle Heng est élue membre correspondant de notre Société.
Henri Pradalier donne ensuite lecture d’un texte que lui a remis Gabriel Bernet, gêné par une extinction de voix ; il s’agit d’une note relative aux aspects techniques des moulins pasteliers du Lauragais et de l’Albigeois au milieu du XVIIe siècle :
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« Le moulin pastelier avait-il deux niveaux ?
Depuis longtemps je suis intrigué par la présence d’un degré ou escalier, dans trois actes notariés concernant les moulins pasteliers, au XVIIe siècle.
1. Le 5 mars 1652, dans une ferme située à En Boulou sur le territoire du Bourg-Saint-Bernard, un charpentier vérifie l’état d’un moulin pastelier : il faut refaire « la louve qui est à la meule et le degré pour monter au moulin ».
La louve (alias loba) étant la barre qui relie le pilier central mobile au centre de la meule pastelière, toujours en bois dans la région concernée.
Tiré des minutes du notaire Jean Berenguier, A.D. 31, 3 E 13841-liasses.
2. Le 21 janvier 1657 à Lavaur, dans un bail à bâtir un moulin pastelier, par un maître charpentier de Puylaurens, il est écrit : le charpentier fera « la nauque à mouldre les pastels, la louve et un petit degré pour monter aud. moulin ».
La nauque ou nauquière est l’auge circulaire en bois dans laquelle la meule écrase les feuilles de pastel.
L’acte est écrit par le notaire Jean Mazas à Lavaur, A.D. 8 1, Arch. Not. fonds Lonjon n° 39.
3. Le 6 avril 1662, il s’agit de remettre en état le moulin pastelier de Nicolas Delguy à Pugnères (commune actuelle de Teulat). Il faudra « faire une échelle pour monter au moulin ».
Notaire Jean Berenguier, A.D. 31, 3 E 13837 f’ 104.
Des termes de ces trois actes, on peut déduire que le moulin pastelier avait un rez-de-chaussée et un étage.
4. En 1700, chez le marquis de Verdalle à Loubens-Lauragais, le local du moulin mesure treize mètres de long sur dix mètres et soixante-quinze centimètres de large. Là aussi, on monte « au-dessus des cledats dudit moulin par un degré de bois ».
Archives du château de Loubens.
Les cledats étant la pièce où les coques sèchent sur des claies. Il est encore dit dans ce rapport que l’auge circulaire est de bois… « et la meule qui est de bois aussy n’ayant besoin d’y mettre plusieurs taxons ». Sont appelés ici « taxons » les couteaux de frêne fixés sur la tranche de la meule. Tiré du registre particulier de François Delpuech, A.D. 31, E n° 603 : « 1er mars 1574, payé 12 l. 10 s. pour un fraisse (frêne) pour fere les couteaus de la meule pastelière, ou pour certains couteaus y mis ».
Pourquoi deux niveaux ?
Le pilier central tourne sur son axe, actionné par l’animal qui tourne au rez-de-chaussée comme dans une noria. Une barre relie le pilier au collier du cheval. Le pilier traverse le plancher de l’étage et passe au milieu d’une auge circulaire qui est fixe et repose sur un bâti en bois (signalé par Louis Latour à Auterive).
Une seconde barre, la louve, fixée au pilier, passe au centre de la meule animée d’un double mouvement : elle avance dans l’auge et tourne autour de l’axe de la barre, les couteaux de la meule pouvant ainsi hacher les feuilles.
À l’étage, le meunier a toute liberté pour alimenter l’auge en feuilles et, ensuite, pour retirer les morceaux de pâte qui serviront à faire les coques ou cox.
Au rez-de-chaussée, l’animal, en actionnant le pilier, fournit l’énergie qui met tout le moulin en mouvement.
Cette restitution hypothétique du moulin est attrayante et permet de régler nombre de problèmes. Mais les trois ou quatre actes auxquels je fais allusion sont-ils suffisants pour admettre la présence de deux niveaux dans tous les moulins pasteliers ? Il faudrait d’autres exemples pour pouvoir le confirmer.
J’ajoute que cette interprétation de la marche du moulin pastelier a été élaborée en collaboration avec M. Jacques Bouvier, ingénieur au Bourg-Saint-Bernard. »
La discussion s’engage sur les caractéristiques des meules à pastel. Michel Roquebert demande si l’on en connaît le poids. Gabriel Bernet répond par la négative : on ne dispose d’aucune information quant à leurs dimensions ; on sait seulement qu’il s’agit toujours dans le Lauragais de meules en bois, pourvues de couteaux, qui hachent donc davantage qu’elles n’écrasent, et qu’elles sont mues par un mécanisme actionné par un animal, généralement un cheval. Louis Latour s’interroge sur la possibilité d’existence de deux catégories de meules, les unes destinée à hacher, les autres à broyer. Guy Ahlsell de Toulza note parallèlement la dualité des opérations de hachage des feuilles de pastel fraîches et de concassage des coques sèches.
Le Président cède ensuite la parole à l’abbé Baccrabère pour la communication du jour, intitulée Les puits funéraires toulousains du quartier d’Empalot (IIe-Ier siècles avant J.-C.) et publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie l’abbé Baccrabère et insiste sur l’importance du travail graphique qu’il a réalisé pour situer les excavations disparues, les figurer, et dessiner le mobilier recueilli. Ayant souligné l’ingratitude de cette tâche, ainsi que la modestie de son auteur, il déclare que « Monsieur l’Abbé est une mémoire ». Georges Baccrabère répond qu’il a essayé avant tout d’accumuler les observations et de constituer des inventaires, de rassembler des matériaux que les générations futures de chercheurs pourront exploiter ; il s’est efforcé de suivre le conseil que lui donnait Gaston Astre : « Cherchez à décrire, le plus précisément possible. D’autres interpréteront… »
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Henri Pradalier fait appel aux questions de la Compagnie. Quitterie Cazes demande à l’abbé Baccrabère s’il lui serait possible, à présent, d’entreprendre une synthèse sur les puits dits funéraires, en vue notamment de résoudre le problème de leur destination, funéraire ou non funéraire. Georges Baccrabère dit qu’il a commencé à donner des indications à ce sujet à partir de l’étude des ossements. Toute synthèse lui paraît aujourd’hui prématurée : il convient de rester prudent, de ne pas se précipiter. Rappelant qu’il a publié l’étude d’une centaine de puits, il indique qu’il lui en reste autant à étudier et à publier. Henri Pradalier s’enquiert de l’endroit où se trouve le mobilier recueilli. L’abbé Baccrabère répond que tout ce matériel est entreposé dans les réserves du Musée archéologique de l’Institut catholique, et qu’il en a réalisé le classement, avec inventaires et catalogues. Daniel Cazes ajoute qu’une synthèse devra également prendre en compte les collections du Musée Saint-Raymond, qui correspondent au résultat de trois siècles de recherches ; il signale que ce dépôt vient de s’enrichir du fonds cédé par les héritiers de Georges Fouet. L’abbé Baccrabère fait observer que l’étude du fonds Joulin, déposé au Musée du Vieux-Toulouse, lui a demandé quinze ans de travail.
Daniel Cazes souligne l’originalité des puits de la région toulousaine, de la moyenne vallée de la Garonne, de l’Ariège et du Gers. Il déplore l’étendue des destructions : à Toulouse, les travaux ont fait disparaître des centaines de ces excavations ; les zones où elles sont concentrées seraient ailleurs classées comme sites archéologiques d’intérêt national. Georges Baccrabère note que les travaux menés dans le quartier d’Empalot ne lui ont permis de repérer qu’un nombre de puits – ou de vestiges de puits – relativement réduit, en comparaison des très nombreuses « cavités » que Léon Joulin a pu fouiller à proximité.
Louis Latour insiste sur la remarquable homogénéité du mobilier céramique, qui consiste surtout en poteries de tradition locale et en céramiques d’importation, italiques (amphores Dressel I et campanienne A) ou ibériques. Il signale qu’il a rencontré aussi la marque d’amphore HE liés dans les couches profondes des fouilles qu’il a conduites à Auterive ; elle y était associée à des fragments de vases ampuritains et à des monnaies de même origine. Puis il pose le problème des critères de datation. Concernant la céramique campanienne de type A, il observe de sensibles différences d’appréciation : il a trouvé dans les couches profondes d’Auterive, datées par des monnaies de la fin du Ier siècle avant notre ère, un type de décor que Nino Lamboglia lui a déclaré dater du IIe siècle avant J.-C. Georges Baccrabère constate l’existence de deux courants d’interprétation et d’une double chronologie : suivant certains, la céramique campanienne irait jusque vers 0 ; elle s’arrêterait avant – 40 selon d’autres, notamment pour les participants du Congrès de céramologie tenu a Montpellier dans les années 1980.
Louis Latour aborde ensuite la question de la destination funéraire des puits : leur nombre et leur densité peuvent évoquer des zones cimetériales ; même si ces cavités n’ont pas reçu les cendres des défunts, elles peuvent toujours avoir été liées à leur culte. Il suppose une mutation des pratiques cultuelles entre l’époque de Hallstatt, où l’on dépose dans un récipient la poignée de cendres résultant de la crémation, et la période finale de La Tène, pour laquelle on ne retrouve pas de
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![]() TOULOUSE, RELIEF DE FRANÇOIS LUCAS AUX PONTS-JUMEAUX : l’une des dégradations dues à un vandale. Cliché Pascal Bertrand. |
Saint-Pierre-des-Chartreux, rongé par l’humidité ; des détails du bas-relief de François Lucas aux Ponts-Jumeaux, martelés par un vandale. Ces dernières déprédations, qui remontent au 17 ou 18 septembre (journées des Monuments historiques !), se sont heureusement limitées à des parties déjà mutilées à l’époque de la Révolution, et qui ont été refaites au début de la Restauration. Daniel Cazes rappelle que l’œuvre de Lucas avait été endommagée récemment, à la fin de 1993 ou au début de 1994, du fait d’un accident d’automobile, et que les services municipaux étaient alors intervenus pour la remettre en état.
Quitterie Cazes signale que les travaux actuellement menés dans la cour du 69 rue du Taur ont permis de dégager les locaux occupés naguère par le « Ciné-Espoir » et prochainement par la Cinémathèque : il s’agit du bâtiment de l’ancien collège de l’Esquile dans lequel fut aménagée au XIXe siècle la chapelle du Petit Séminaire concordataire ; Jean Rocacher précise que cette affectation dura de 1808 à 1905. Quitterie Cazes invite les membres de la Société à aller voir cette construction, dont le rez-de-chaussée présente une arcature en plein cintre, apparemment du XVIIe siècle.
Henri Pradalier fait ensuite le point sur le stade d’avancement des travaux de l’Hôtel d’Assézat. S’agissant de l’accès de la future salle des séances de la Société par le grand escalier, le problème n’est toujours pas réglé. Le Président expose les dernières démarches qu’il a entreprises à ce sujet.
Guy Ahlsell de Toulza, Trésorier, annonce que la cotisation pour l’année 1994-1995 sera portée à 200 F à partir du 1er janvier 1995, montant que la Compagnie s’accorde à juger raisonnable.
Séance du 22 novembre 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Julien, Manière, l’abbé Rocacher.
Excusés: MM. Gérard, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 avril 1994, après avoir demandé à la Compagnie de l’excuser pour cet oubli. Le procès-verbal est adopté après une précision apportée par l’abbé Rocacher. Puis il donne lecture du procès-verbal de la séance du 21 juin 1994, dernière séance de l’année académique 1993-1994, qui est adopté. Le Président donne ensuite la parole à Patrice Cabau pour la lecture du procès-verbal de la séance du 8 novembre dernier, qui est adopté.
Le Président indique qu’une part importante des archives de Georges Fouet ont été déposées aux Archives départementales. Une autre partie est allée à la Société des Études de Comminges.
Un intervenant souhaite que la Société s’inquiète auprès des autorités compétentes du sort qui a été réservé à la collection de Georges Savès. Il se souvient avoir visité la maison du collectionneur, laquelle était entièrement remplie d’objets, dont beaucoup provenaient de fouilles publiques. Ce sont en particulier quelque 40 000 objets qui provenaient des fouilles des années 1970-1974 au gué du Bazacle. Non seulement le nombre de ces objets était considérable, mais ils étaient d’une grande importance pour l’histoire de Toulouse.
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Daniel Cazes indique que les fouilles de Georges Savès et Georges Fouet ont été particulièrement fructueuses parce que ce dernier avait observé que les trous de la roche avaient capté les objets lourds traînés par la rivière avant d’être fermés par des dépôts de calcite, qui constituaient des opercules qu’il fallait briser au marteau et au burin. Il avait appris à en reconnaître les formes et la collecte n’était donc pas réalisée au hasard. Louis Latour indique qu’il a vu Jean Paulin pratiquer la même technique à Auterive.
Daniel Cazes rappelle que les héritiers de Georges Fouet ont donné au Musée Saint-Raymond les objets que notre confrère avait recueilli chez lui. Ceux-ci représentent un volume important, mais cette collection est surtout intéressante pour la céramique, les objets provenant du Comminges et en particulier les autels votifs du Mont Sacon. Elle ne comporte aucun objet précieux ni aucun petit bronze susceptible de provenir du Bazacle. En fait, les plus beaux objets se trouvaient chez Georges Savès.
On précise que Georges Savès, qui était avant tout numismate, avait une collection très importante que convoitaient de grandes institutions françaises ou étrangères ; on a dit que sa collection avait été vendue, mais on n’en sait pas plus.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Mme Heng remercie la Société pour son élection comme membre correspondant ; le Président indique que Mme Heng s’est d’ores et déjà inscrite pour une communication le 28 février prochain.
Un courrier de la Fédération des Sociétés Académiques et Savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne, nous informe qu’à la suite du désir exprimé par M. Maurice Berthe de cesser ses fonctions, une assemblée générale doit être convoquée pour compléter le Bureau et fixer les lieu, date et thème du prochain congrès. M. Coppolani représentera notre Société à cette assemblée qui se tiendra le 25 novembre 1994.
Le Président donne ensuite la parole à M. Louis Latour pour sa communication Un problème de restauration : le maître-autel de l’église Saint-Paul d’Auterive :
| « Historique : le maître-autel et le retable Le maître-autel de l’église Saint-Paul d’Auterive a été construit de 1783 à 1785 par Grimes, maître marbrier de Caunes-Minervois, dont le fils a sculpté les têtes de chérubin décorant le tabernacle et les extrémités de l’autel, ainsi que le Saint-Esprit au milieu du tombeau. C’est le même marbrier qui a édifié l’essentiel du retable colonnade et panneaux de marbre, chapiteaux, corniche et entablement, grandes consoles du couronnement. Fin 1784, furent achetés les « adorateurs » sculptés dans du marbre de Carrare par des artistes italiens associés aux marbriers de Caunes. | ![]() AUTERIVE (HAUTE-GARONNE) ÉGLISE SAINT-PAUL, maître-autel, état actuel. Cliché L. Latour. |
Les exhaussements du XIXe siècle
En 1849, la Fabrique décida un premier exhaussement des adorateurs pour qu’ils ne soient pas masqués par les grands chandeliers nouvellement achetés. En 1863, pour répondre au vœu de Mgr Desprez de surmonter le tabernacle d’un trône ou baldaquin, la Fabrique commanda un ciborium en marbre blanc, de style Louis XIV, au marbrier toulousain Bergès aîné. La pose de ce ciborium nécessita un nouvel exhaussement des adorateurs. On aboutit ainsi à la situation actuelle où le maître-autel est surmonté de
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deux socles successifs supportant les anges et le ciborium. La construction est lourde et massive et masque entièrement le tableau « Le Christ en croix et la Madeleine ».
Le problème de la restauration actuelle
L’association « Les Amis de l’église Saint-Paul d’Auterive », créée en 1987, a suscité l’actuelle restauration du vieux sanctuaire. En 1993, le problème de la restauration du maître-autel a fait apparaître deux tendances :
– le maintien du statu quo
– le retour à la situation du XVIIIe siècle en supprimant les socles et le ciborium du XIXe siècle.
Le Bureau de l’Association a établi alors un dossier complet sur ce sujet, comprenant en particulier un argumentaire pour ou contre le statu quo, qui a été présenté à la Commission d’Art Sacré, aux Monuments Historiques et au Conseil d’Administration de l’Association.
La Commission d’Art Sacré, par la voix de l’abbé Rocacher, a rappelé que :
– « le ciborium n’est plus utilisé pour les expositions du Saint-Sacrement. Il n’a plus sa raison d’être au-dessus du tabernacle. Si l’on désire le réutiliser, on peut étudier son déplacement dans une chapelle latérale. »
– « Le surhaussement des anges adorateurs en fonction du Saint-Sacrement exposé perd alors complètement sa raison d’être. Le tableau placé au centre du retable retrouve sa lisibilité si on enlève tout ce qui le masque. »
Et en conclusion :
– « Je penche donc pour le retour à la simplicité et à la pureté des lignes du XVIIIe siècle » (lettre du 21 janvier 1994).
Au contraire, Mme Marie-Anne Sire, Inspecteur des Monuments Historiques, rappelle que le maître-autel a « été exhaussé en 1849 à l’initiative de la Fabrique, avant de recevoir en 1863 un ciborium en forme de baldaquin. Comme le prouvent les archives paroissiales […] les transformations ne sont pas fortuites, mais témoignent d’une volonté affirmée de la Fabrique. »
Mme Sire conclut alors : « Je serai donc favorable, après mûre réflexion, au maintien de l’état du XIXe siècle, la composition du 1863 méritant à mon avis d’être conservée » (lettre du 15 février 1994).
Le Conseil d’Administration de l’Association, après une information approfondie et une longue discussion, s’est rallié à la position des Monuments Historiques en faveur du statu quo (séance du 18 avril 1994) mais a demandé à Mme Sire de trouver un autre emplacement dans l’église pour le grand tableau du retable afin qu’il soit parfaitement visible après sa restauration.
Au cours d’une visite dans l’église Saint-Paul, le 25 octobre 1994, Mme Sire a vivement conseillé de conserver le tableau « Le Christ en croix et la Madeleine » dans le retable, au-dessus du maître-autel. Son enlèvement pour restauration nécessitant la dépose du ciborium et des adorateurs, Mme Sire propose que l’on profite de cette opération pour apprécier la solution « retour au XVIIIe siècle » et juger si la qualité du tableau justifie la suppression du ciborium.
On s’achemine ainsi vers une solution où l’argument esthétique jouera un rôle décisif, au détriment peut-être de l’argument conservatoire. »
Le Président remercie Louis Latour et souligne la précision des informations historiques qui ont été rassemblées à l’appui de la réflexion sur le choix difficile d’un parti de restauration.
L’abbé Rocacher, après avoir relevé que les associations sont souvent plus efficaces que l’administration dans des cas semblables, demande pourquoi on prévoit de restaurer la copie du tableau plutôt que de demander le retour de l’original. Pascal Julien précise que le tableau du retable d’Auterive est une copie ancienne, peut-être du XVIIIe siècle, d’un tableau qui se trouvait dans une chapelle de l’archevêché à Toulouse.
Louis Latour indique que le retable d’Arthur Legouste réalisé dans les toutes premières années du XVIIe siècle est probablement celui qu’il est question de réparer au XVIIIe siècle. Il comportait un tableau qui représentait également une crucifixion, mais qui n’était sans doute pas celui que nous connaissons. Pascal Julien demande si l’on a des mentions du tableau dans le retable et rappelle que l’on pouvait avoir un simple décor de fausses tentures. Daniel Cazes demande si l’on sait à quel moment le tableau d’origine a été enlevé. Louis Latour indique que l’on peut penser que l’église n’a subi que peu de modifications pendant la Révolution.
M. Gilles fait remarquer que ce que l’on sait du tableau ne peut justifier un retour à l’état du XVIIIe siècle. Après avoir demandé si un état intermédiaire avait été envisagé, le Président relève qu’un retour à l’état du XVIIIe siècle se ferait sans que l’on connaisse la forme originelle du couronnement du tabernacle et avec un tableau qui n’a pas nécessairement fait partie du retable. Maurice Scellès observe que le choix qui se dessine ne repose finalement que sur le goût actuel et le Président rappelle que l’argument esthétique ne saurait fonder un parti de restauration.
Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer qu’une crucifixion est un thème habituel dans la mise en scène d’un autel du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Il n’est pas impossible que l’on ait réutilisé vers 1750 le tableau du retable précédent, et, dans ce cas, on peut imaginer que celui-ci était très démodé ou abîmé à la fin du XVIIIe siècle. Une copie réalisée dans les années 1790-1791 ne serait pas vraiment surprenante. Il fait encore observer que la réalisation du baldaquin suppose que le tableau ne se trouvait pas
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derrière : il faudrait donc penser que le tableau de la crucifixion se trouvait dans la nef au XIXe siècle, comme on le voit sur une carte postale du début du XXe siècle.
Pour Pascal Julien, le tableau paraît mal intégré dans le retable. En outre, on attendrait un encadrement en marbre en accord avec l’ensemble du retable si le tableau avait été prévu dès l’origine. Patrice Cabau note également que le tableau est trop haut et pas assez large. Guy Ahlsell de Toulza et Pascal Julien pensent que le tableau peut tout aussi bien dater du XVIIe siècle que du XIXe siècle. Des observations plus précises seraient nécessaires et sa restauration permettrait sans doute de décider.
Le général Delpoux rappelle que si le tableau est du XVIIe siècle, il faut faire l’hypothèse d’une œuvre provenant de l’abbaye de Boulbonne où se trouvaient de nombreux Despax.
Pascal Julien résume le débat en remarquant que le maître-autel est parfaitement documenté alors que l’on ne sait rien du tableau, et qu’en conséquence il faut les considérer séparément.
Le Président demande à Louis Latour de bien vouloir informer notre Compagnie de la suite qui sera donnée à cette recherche et à la restauration du maître-autel.
Puis le Président demande des informations sur l’état d’avancement du prochain volume de nos Mémoires. Une discussion s’engage sur le volume souhaitable des articles, le prix de revient des Mémoires, la mise en page… Le Président annonce que la prochaine convocation sera accompagnée d’une note à l’intention des auteurs.
Séance du 6 décembre 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Noé-Dufour, MM. Barès, Bertrand, Fabre, Gillis, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Vézian.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire général, MM. Boudet, Manière.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 22 novembre, qui est adopté après quelques corrections.
En marge de ce procès-verbal, Louis Latour donne quelques renseignements complémentaires à propos de sa communication de la séance précédente. Le cahier des charges de 1812 précise que les travaux devront concerner la dorure et des compléments de sculpture ; le document mentionne en outre le cadre et les dimensions du tableau qui devra être lavé.
Le Président remercie Louis Peyrusse qui offre à la Société le catalogue de l’exposition dont il est l’un des co-commissaires Toulouse à l’époque romantique, Bibliothèque municipale-Bibliothèque interuniversitaire, Section Lettres, Le Mirail, Toulouse, 7 novembre- 18 décembre 1994, Toulouse: Bibliothèque municipale, 1994, 131 p.
Puis le Président donne lecture du rapport de Mme Michèle Pradalier-Schlumberger, empêchée, sur la candidature de Mlle Anne-Laure Napoléone au titre de membre correspondant de notre Société. Mlle Anne-Laure Napoléone est élue membre correspondant.
Le Président rend alors compte de la réunion provoquée pour établir le règlement intérieur de l’Hôtel d’Assézat.
Puis le Président donne la parole au Père Montagnes pour la communication du jour : Le sort des Jacobins de Toulouse négocié entre la Ville et les Dominicains (1869-1870), publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie le Père Montagnes pour cette étude solidement documentée sur cette tentative menée par les Dominicains pour récupérer leur monument. Il demande si l’affaire a été soumise au conseil municipal après qu’a été donné l’avis de la commission. Le Père Montagnes répond qu’il n’en est pas sûr, n’ayant pas eu le temps de dépouiller les registres des délibérations de 1870, mais une lettre du Père Cormier au Maire fait allusion au fait que le conseil municipal a bien voulu s’occuper de l’affaire, et il lui demande de bien vouloir l’informer des suites qui lui seraient données.
Louis Peyrusse note que le vote du conseil municipal n’était de toutes façons pas suffisant et que la vente ne pouvait se faire qu’avec l’approbation de l’État. Henri Pradalier ajoute que les circonstances politiques qui prévalurent jusqu’en 1877 ne s’opposaient pas au règlement favorable de l’affaire. Louis Peyrusse remarque que l’adhésion au projet de Jacques-Jean Esquié et de Gatien-Arnould, tous deux anti-cléricaux notoires, est un peu surprenante. Il se demande si l’échec n’est pas dû principalement à un problème financier, la Ville ayant alors emprunté la somme considérable de 5000 000 de francs-or pour racheter les Jacobins, construire les casernes et restaurer Saint-Sernin.
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Le Président demande si l’on connaît le prix payé par la Ville pour récupérer le couvent des Jacobins. M. Fabre croit que l’indemnité due par la Ville doit se traduire en fait par la construction des casernes. Louis Peyrusse pense qu’elle était cependant astreinte à une compensation financière.
L’abbé Rocacher indique qu’il lui semble que les Dominicains se sont aussi installés, en face du n° 14, au n° 17 de la rue Vélane où l’on a l’impression que subsistent encore aux étages les traces d’une chapelle. Le Père Montagnes ne sait pas de quand pourrait dater cette installation, mais assure qu’elle n’était en tout cas pas faite du temps du Père Cormier. L’abbé Rocacher précise que l’hôtel de Mansencal a été coupé en deux lors de la construction de la chapelle des Dominicains par l’architecte Bach, puis s’interroge sur les relations qui ont pu exister entre les deux communautés voisines du Saint-Nom-de-Jésus et des Dominicains. Un album de photographies des Dames de la Pension-Bertrand montre des clichés de la chapelle qui existait du temps du Père Lacordaire.
À propos du prix du couvent des Jacobins, Henri Pradalier indique que pour le palais épiscopal de Narbonne, la transaction s’est arrêtée sur la somme de 147 000 F alors que la Ville en proposait 100 000 et que le Ministère de la Guerre cri demandait plus. La somme de 300 000 F proposée par les Dominicains paraît donc convenable.
À une question de l’abbé Rocacher, le Père Montagnes répond que la faculté de théologie n’avait à ce moment-là aucune réalité. Le Concordat n’avait prévu que cinq facultés de théologie, et seule celle de la Sorbonne fonctionnait effectivement ; il serait ensuite créé une section des sciences religieuses à l’École pratique des Hautes Études. Louis Peyrusse ajoute que les universités de Toulouse et Strasbourg comportaient les cinq facultés, mais que cela restait théorique. M. Gilles indique encore que, jusqu’à la Révolution, ce furent des lecteurs religieux faisant partie de l’Université qui enseignèrent la théologie.
Séance du 20 décembre 1994
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général ; Mmes Blanc-Rouquette, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. Bertrand, Boudet, Fabre, Ginestyuiesty~ Julien. Péaud- Lenoël, Peyrusse, Tollon.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, MM. Gérard, Manière.
En l’absence du Secrétaire-adjoint, la lecture du procès-verbal de la dernière séance est reportée.
Le Président présente deux ouvrages : une biographie du général Barès, ancien membre correspondant de notre Société, offerte par son fils Me Barès, également membre correspondant de notre Société ; le Dictionnaire méthodique de l’Archéologie Grecque et Romaine, acheté pour la bibliothèque.
M. Ahlsell de Toulza signale deux événements à porter à la connaissance de la Société :
– au n° 42 de la rue des Filatiers, la découverte d’un plafond peint, décoré de fleurs, œuvre de la fin du XVIIIe siècle ; il est situé dans une boutique et n’est pas légalement protégé.
– à la suite de l’installation d’un garage privé, l’ancienne sacristie du Couvent des Cordeliers apparaît à l’abandon et accessible à des actes de vandalisme ; une demande de classement est en cours depuis deux ans et on ignore où en est la procédure.
Puis le Président donne la parole à MM. Bruno Tollon et Henri Ginesty pour leur communication sur Le château de Saint-Élix qui sera publiée dans le t. LVI (l996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Bruno Tollon et Henri Ginesty. Louis Peyrusse demande s’il faut considérer Saint-Élix comme un chantier mineur ou bien penser qu’il fait appel à des références aussi savantes que celles avancées par Bruno Tollon. Celui-ci fait remarquer que la structure de l’édifice montre la volonté de répéter les mêmes dispositions sur les trois nivaux avec des appartements assez grands. Le système du pavillon est cependant un trait rare. Saint-Élix est un « château d’orgueil » qui est toutefois parfaitement logeable. Henri Ginesty précise que le maréchal de Bellegarde, orléanais, l’a trouvé digne de lui et qu’Étienne de Potier s’est beaucoup occupé de la construction de son château, recherchant lui-même les matériaux et y apportant aussi soit goût personnel.
Louis Peyrusse voudrait savoir ce qu’il faut penser de la restauration. Bruno Tollon indique que Bernard Calley a fait réaliser une charpente un peu moins haute que la charpente d’origine, ayant dû adapter la restauration à la difficulté qu’il rencontrait pour trouver des bois qui conviennent.
Louis Latour note l’importance des ailes latérales, orangerie et écuries. Bruno Tollon précise que la grande statue de Ledesmé, qui a été vendue en vente publique, se trouvait dans l’orangerie. Il indique encore que lors de la vente de 1576, les meubles sont restés dans le château.
Louis Peyrusse fait remarquer qu’en 1546, le parti retenu à Saint-Élix est archaïsant et que s’il est dû à un milieu cultivé qui fait appel à des références lointaines, le commanditaire ne choisit pas cependant les œuvres qui sont alors les plus en vogue.
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Henri Ginesty rappelle qu’Étienne de Potier succède à Guillaume de Bernuy dans son hôtel de la rue de la Pomme, à Toulouse, qu’il possède également le château de La Terrasse à Carbonne, et qu’il achète, pendant la construction de Saint-Élix, son immeuble de la rue Nazareth pour 3 000 écus. Bruno Tollon souligne le fait que ce n’est que très exceptionnellement que l’on a à faire à de la véritable architecture, et qu’il y faut un concours de circonstances rarement réunies. Le plus souvent, on construit, sans architecture, de grosses bâtisses qui juxtaposent des compartiments.
Abordant les questions diverses, le Président rend compte de la dernière réunion concernant les travaux de l’Hôtel d’Assézat. Le principe de l’accès par le grand escalier au deuxième étage et à notre future salle des séances est semble-t-il admis, mais dans des limites strictes.
M. Gillis rappelle que pendant la durée des travaux de rénovation de sa salle des séances, l’Académie des Sciences tiendra séance dans la nouvelle salle de notre Société.
On fait remarquer que bien des difficultés de ce chantier tiennent à une répartition aberrante des tâches entre les architectes.
On s’inquiète du destin de la statue de Cujas, récemment enlevée de la place du Salin. Daniel Cazes indique que cette statue n’est en fait qu’un moulage réalisé d’après le moulage du bronze original de Valois, qui a été fondu pendant la deuxième guerre mondiale. Ce moulage, abîmé par un acte de vandalisme, est actuellement réparé dans l’atelier de restauration des Musées de la Ville de Toulouse.
Séance du 10 janvier 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mines Blanc-Rouquette, Cazes, Pradalier-Schlumberger, Rousset, MM. Bertrand, Blaquière, Cabau, Delpoux, Fabre, Hermet, Gillis, Ginesty, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher.
Excusés: MM. Manière, Tollon.
Invités : Mlles Hélène Bueno, Tatiana Hoyer, M. Lepert.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 6 décembre 1994, qui est adopté après une correction demandé par le Père Montagnes.
Puis le Président met en circulation un épais recueil d’inventaire des peintures murales de Cordes, réalisé par M. Robert Manuel et que celui-ci a adressé à notre Société. Le Président souligne les qualités de ce travail et indique qu’il mentionne également un vitrail médiéval.
À propos de l’aménagement de l’Hôtel d’Assézat, le Président précise que le règlement intérieur de l’Hôtel prévoit l’accès par le grand escalier à condition qu’un programme annuel de son utilisation soit établi.
M. Gillis demande ce qu’il adviendra de la salle des séances publiques du rez-de-chaussée. Le Président l’assure qu’elle demeure à l’usage exclusif des Académies et Sociétés savantes.
La parole est alors à Pascal Julien et Henri Pradalier pour la communication du jour, Le clocher de Saint-Sernin de Toulouse :
« Figure emblématique de la ville de Toulouse, le clocher octogonal de la basilique Saint-Sernin offre la particularité d’avoir été élevé en deux fois, les trois étages inférieurs qualifiés de « romans » ayant été surmontés de deux niveaux à la période « gothique ». Ces deux derniers étages, célèbres en raison de la présence des arcs en mitres qui surmontent les fenêtres perçant les faces de l’octogone, ont servi de modèle aux nombreux clochers de la région qui en ont imité les dispositions, du XIVe au XIXe siècle.
La partie romane, par sa forme, son décor, sa structure et son emplacement constitue à elle seule une importante nouveauté dans la construction religieuse du midi toulousain. La tour repose sur un espace vide cantonné de quatre piliers reliés entre eux par des arcs au- dessus desquels s’élance une coupole nervée. Le choix de l’emplacement du clocher à la croisée du transept est de surcroît assez rare dans le Midi de la France à la fin du XIe siècle et à Saint-Sernin, on a ajouté à l’ampleur de la tour, propre aux constructions planchéiées, la présence d’une coupole à la croisée du transept. Les caractères de celle-ci, divisée en huit compartiments reposant sur des nervures moulurées, laissent supposer qu’elle fut peut-être reprise avant 1219, date où le continuateur de Guillaume de Tudèle, dans la Chanson de la Croisade, la qualifie de maîtresse voûte qui supporte le beau clocher. Cependant plusieurs éléments dans la structure et l’appareil des trompes d’angle laissent supposer que dès les années 1100 une coupole avait été prévue sur la croisée.
Les trois étages romans sans doute terminés dans les années 1120 ont donné à l’ensemble du clocher, dès la base, son plan
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octogonal et son aspect général. L’étage inférieur est décoré d’arcatures aveugles en plein cintre qui reposent sur quatre colonnettes de pierre. Mais cette disposition est le fruit d’une modification apportée au XVe siècle, date où on mura les ouvertures inférieures de la tour qui éclairaient directement la croisée. Les deuxième et troisième étages reprennent le même agencement mais ici les baies géminées ont conservé leur aspect primitif, les colonnettes ne sont plus qu’au nombre de trois et les arcs sont soulignés d’une archivolte de pierre. Le long des arêtes de l’octogone montent des colonnes de pierre surmontées de chapiteaux. Chaque étage, en retrait par rapport au précédent, est séparé de celui-ci par une corniche de pierre. Les chapiteaux à feuilles lisses, dont beaucoup ont été restaurés au XIXe siècle, sont dans la suite des corbeilles les plus sobres placées dans les parties hautes de l’abside. Le souci d’accuser le caractère monumental de la construction et l’éloignement des sculptures par rapport à l’œil du spectateur justifient ce choix. Enfin la structure de la tour est soulignée par tous les éléments de pierre qui tranchent sur le fond rouge de la brique.
La question s’est posée de savoir si la surélévation gothique n’avait pas été inspirée aux chanoines par le clocher de l’église des Jacobins de Toulouse, construit dans les toutes dernières années du XIIIe siècle. Divers éléments convergent pour considérer que la primauté doit être attribuée à Saint-Sernin. Tout d’abord, dans sa conception d’ensemble la surélévation s’inspire des parties romanes de la tour : plan octogonal, étages en retrait, colonnettes sur les arêtes, baies géminées. Il n’y a là aucune invention. Le modèle existait sur place, on l’a repris. La seule nouveauté tient à la multiplication du nombre des colonnettes (sept par face au lieu de trois), à l’ajout d’un rang de dents d’engrenage sous chaque corniche de séparation et à l’introduction d’arcs en mitre séparés par un oculus à la place des arcs en plein cintre.
Le deuxième élément permettant d’accorder l’antériorité à Saint-Sernin tient à l’activité que déploient dans la basilique les abbés Bernard de Gensac (1242-1263) et Arnaud de Villemur (1263-1287) : ils remanient la crypte et les bâtiments canoniaux, élèvent le baldaquin gothique qui accueille les restes de saint Sernin et poursuivent l’achèvement de la construction de la nef. C’est à leur action qu’il faut attribuer la surélévation du clocher de la croisée du transept, sans doute dans le but d’imiter les grands clochers gothiques des cathédrales du nord de la France. Enfin le dernier élément plaidant en faveur de l’antériorité de Saint-Sernin tient à la large place faite à l’emploi de la pierre tant dans l’exécution des colonnettes que des chapiteaux et corniches. On constate en effet qu’au fur et à mesure que s’élèvent, à partir de la fin du XIIIe siècle, des clochers à l’imitation de celui de Saint-Sernin, la pierre devient de plus en plus rare au point que certains clochers sont intégralement en brique, « chapiteaux » compris. Cette particularité peut même être un élément de datation fiable. Or, si l’on compare cet aspect de la construction, on s’aperçoit qu’au clocher des Jacobins la pierre est plus rare qu’à celui de Saint-Sernin.
La galerie qui couronne la tour a été restaurée dans les années 1970 par Sylvain Stym-Popper qui lui a redonné un aspect antérieur à la restauration de Viollet-le-Duc. Quant à la flèche terminale, elle fut portée à 16 mètres de haut en 1449 et recrépie en 1454, puis fréquemment restaurée (1478, 1596, 1649, 1751) et en grande partie reconstruite en 1862 où sa hauteur fut portée à 18,26 m.
Le clocher de Saint-Sernin a connu un succès considérable dans le Midi toulousain. La liste des clochers construits sur son modèle est pléthorique. A Toulouse même, outre celui des Jacobins, qui est sans doute le deuxième de la série, les Augustins et Saint-Nicolas l’ont imité. Dans la région on peut y ajouter ceux de Rieux-Volvestre, Lombez, Beaumont-de-Lomagne, Pamiers, Saint-Lizier ou Saint-Ybars, ce dernier exceptionnellement en pierre. Son influence s’est même étendue à l’art de l’orfèvrerie : la châsse de la Crucifixion de l’abbaye de Grandselve, sans doute réalisée à Toulouse, s’est inspirée de l’aspect du clocher de Saint-Sernin et superpose arcs en plein cintre et en mitre. L’allusion à Grandselve fait regretter que le clocher de cette abbaye, situé comme celui de Saint-Sernin, à la croisée du transept, ne nous ait pas été conservé. »
En rappelant qu’il y a vingt-cinq ans, il a proposé de placer la surélévation du clocher de Saint-Sernin après la construction de celui des Jacobins, M. Coppolani remarque qu’il ne semble pas y avoir d’argument décisif en faveur d’une plus grande ancienneté. Henri Pradalier fait observer que la châsse, le sceau et les techniques de construction apportent des arguments en faveur d’une datation plus haute ; il ajoute que le clocher des Jacobins montre deux campagnes de construction, la première se situant vers 1250, ce que confirme Maurice Prin qui précise que les parties hautes ont dû être reconstruites.
À propos des châsses de Grandselve, Daniel Cazes rappelle que l’abbatiale avait un clocher qui était peut-être l’un des plus grands parmi les clochers de type toulousain. Or c’est justement dans cette abbaye que l’on voit apparaître toute une série de châsses, dont nous ne connaissons que quelques rescapées, figurant de telles constructions. La réalisation des châsses de Grandselve correspond à l’édification progressive des chapelles. Une datation de l’ensemble de ces châsses du milieu du XIIIe siècle est donc sujette à caution et elle a d’ailleurs été âprement discutée. Nous ne possédons aucun texte et les châsses elles-mêmes ne comportent aucune inscription susceptible de nous renseigner sur la date de leur réalisation. Pour sa part, Daniel Cazes inclinait pour une datation plus tardive, en liaison avec la consécration de l’abbatiale à la fin du XIIIe siècle. Henri Pradalier et Pascal Julien rappellent que l’on peut cependant s’appuyer sur la châsse de sainte Libérate dont l’autel est consacré en 1254. Daniel Cazes pense qu’il faut être très prudent et Henri Pradalier souligne qu’il ne s’agit que de proposer une chronologie relative.
Patrice Cabau fait observer que si l’examen de l’intérieur de la tour révèle deux campagnes de construction, l’analyse des chapiteaux et des moulures donne au contraire l’impression que le clocher a été conçu et réalisé d’un seul jet. Il voudrait en outre savoir ce qui conduit à dater la châsse de saint Sernin de 1283. Pascal Julien et Patrice Cabau rappellent tout d’abord que les années 1258-1265 correspondent à l’élévation des corps des évêques de Toulouse, puis Pascal Julien précise que l’élévation du corps de saint Saturnin a lieu en 1259, les reliques se trouvant dans un sarcophage de marbre. En 1283-1290, il s’agit en fait d’une fausse translation puisque l’on ne touche ni aux reliques, ni au sarcophage qui est simplement habillé d’une fausse-châsse.
Quitterie Cazes note que l’argumentation qui a été développée conduit à remettre en cause la datation du baldaquin. Henri
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Pradalier en convient en ajoutant que Marcel Durliat a été consulté à ce propos. Michèle Pradalier-Schlumberger fait remarquer que le baldaquin, avec une modénature beaucoup plus simple et une sculpture moins élaborée, se placerait ainsi avant Carcassonne.
Patrice Cabau relève que Bernard de Gensac, qui aurait donc fait venir des sculpteurs, n’eut qu’une dalle funéraire très simple. Pour Quitterie Cazes, les deux faits ne sont pas nécessairement contradictoires. Pour Henri Pradalier, la question la plus importante est celle du rapport entre le baldaquin de Saint-Sernin et le chœur de Saint-Étienne, et une datation plus haute du premier lui paraît mieux convenir.
Maurice Scellès relève que le texte semble traiter de la crypte. Henri Pradalier répond que le mot crypta est employé ici pour désigner un espace voûté.
Maurice Scellès se demande encore si le terme de « pastiches » est approprié pour qualifier les chapiteaux des étages supérieurs du clocher. Si l’on admet une datation de la première moitié du XIIIe siècle, ces sculptures se placent alors dans la continuité des œuvres romanes, avant que n’apparaissent les formes du gothique français et il n’est de ce fait pas nécessaire de faire appel à la notion de pastiche.
Quitterie Cazes insiste sur le fait qu’il faut malgré tout garder à l’esprit que la grande majorité des chapiteaux des fenêtres hautes de l’édifice oui été refaits au XIXe siècle. Sans doute les restaurateurs ont-ils alors reproduit les œuvres existantes, mais il serait intéressant de repérer tous les chapiteaux refaits dans le clocher.
Guy Ahlsell de Toulza demande pourquoi il n’a été fait aucune référence à Conques. Henri Pradalier indique que l’on ne connaît pas les dispositions d’origine de la croisée de l’abbatiale de Conques dont le clocher a été refait au XIVe siècle. Pour des raisons analogues, on n’a mentionné ni Saint-Jacques de Compostelle ni Saint-Martin de Tours.
Jean Nayrolles relève qu’en tous cas, le clocher de Saint-Sernin ne présentait pas de plancher mais une voûte dont Henri Pradalier juge le parti très audacieux. Pascal Julien précise que les fenêtres prises sous les voûtains devaient apporter une très belle lumière sous la croisée. Henri Pradalier rappelle que la clef annulaire est composée de huit blocs sans liens avec les nervures et Maurice Scellès évoque alors la clef comparable que présente le premier étage de la tour-porche de Moissac.
Henri Pradalier pense qu’il il été nécessaire, de toute façon, de crever la voûte romane pour permettre le passage des matériaux lors de la surélévation du clocher. Pour Maurice Prin, il faut aller plus loin en constatant que les moulures des nervures se retrouvent identiques dans les tribunes qui ont été achevées au XVIe siècle. Henri Pradalier relève cependant que des moulures de ce type existent dans les tribunes du transept où elles ne semblent pas avoir été refaites au XVIe siècle, et Pascal Julien indique qu’il n’a en effet pour l’instant trouvé aucune mention de travaux de cette nature.
Puis Maurice Scellès donne une information concernant la tour d’Arlet à Caussade. Un avis demandé par Mme Tomasin, Conservateur régional des Monuments historiques, lui avait donné l’occasion d’insister sur la nécessité d’une véritable étude archéologique préalable à tout projet de restauration, et d’un suivi archéologique au cours des travaux. Le Service des Monuments historiques a en effet demandé un projet d’étude à la Société Hadès, récemment créée par notre confrère Bernard Pousthomis. Ce serait la une étape importante vers des études préalables plus sérieuses, confiées à des archéologues et non à l’architecte chargé des travaux.
Séance du 24 janvier 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Cazes, MM. Bertrand. le général Delpoux, Gérard, Gillis, Hermet, Julien, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusé : M. Roquebert.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des deux dernières séances, qui sont adoptés après quelques corrections de détail.
En marge du procès-verbal de la séance du 10 janvier, M. Gillis demande s’il est prévu que les membres de l’Académie des Sciences puissent utiliser le grand escalier pour accéder à la future salle des séances de la Société Archéologique qui sera mise à leur disposition tandis que leurs propres locaux seront en rénovation. Le Président répond par la négative en précisant que I’utilisation du grand escalier n’est acceptée pour les membres de notre Société que parce que nos réunions se tiennent le mardi, jour de fermeture de la Fondation. M. Gillis pense proposer à ses confrères de l’Académie des Sciences de tenir séance dans la salle de conférence du rez-de-chaussée de l’hôtel afin d’éviter toutes difficultés.
Le Président indique qu’il s’est entretenu avec notre confrère M. Michel Roquebert de la manière dont il serait possible d’améliorer nos contacts avec la presse et en particulier La Dépêche du Midi. Une discussion s’engage alors sur les conditions et les objectifs de contacts plus réguliers avec la presse écrite.
Le Président donne la parole au Trésorier pour le bilan financier de l’année 1994.
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Guy Ahlsell de Toulza commente le bilan pour les membres présents et répond à leurs questions. Il est donné quitus au Trésorier et le Président le remercie au nom de la Société de sa bonne gestion.
On procède alors aux élections statutaires qui concernent cette année les fonctions de Directeur, de Trésorier et de Secrétaire-adjoint. MM. Coppolani, Ahlsell de Toulza et Scellès sont réélus Directeur, Trésorier et Secrétaire-adjoint.
Au nom des trois candidats, M. Coppolani remercie les membres de la Société de cette confiance renouvelée.
Passant aux questions diverses, le Président rend compte de la dernière réunion du Bureau.
Il annonce que la conférence de la séance publique sera faite par Maurice Scellès qui présentera le résultat de son étude des maisons médiévales de Cahors. À ce propos, celui-ci indique qu’il remettra prochainement un exemplaire de sa thèse pour la bibliothèque de la Société, ce dont le Président le remercie. La date de la séance publique est déplacée et définitivement fixée au 25 mars à 16 h.
Daniel Cazes a expliqué au Bureau les difficultés rencontrées pour le reclassement des archives de la Société, rappelant qu’elles se trouvaient dans un placard où chacun pouvait emprunter des documents qui, le plus souvent étaient ainsi séparés de leur contexte. Il s’agit donc, dans la mesure du possible, de reconstituer des liasses cohérentes.
À propos de l’emploi C.E.S., le Bureau a émis un avis favorable au renouvellement du contrat. Louis Latour souligne l’importance que cela revêt pour l’informatisation en cours du fichier de notre bibliothèque. Le Président indique qu’il est envisagé d’avoir recours à un emploi C.E.S. supplémentaire pour le déménagement et la réorganisation de la bibliothèque dans nos futurs locaux et qu’a été évoquée la possibilité d’employer une personne supplémentaire dans le cadre du service civil.
Il a par ailleurs été décidé de chercher à développer les abonnements privés aux Mémoires. Pour cela, un tarif privilégié sera accordé aux abonnés et un tarif spécial sera réservé aux étudiants de moins de 25 ans, et tout nouvel abonné pour le tome LV recevra un volume gratuit des années précédentes. Quitterie Cazes et Maurice Scellès vont élaborer le prospectus qui sera largement diffusé, en particulier par l’intermédiaire des sociétés savantes proches.
Il s’avère également nécessaire de réexaminer notre fichier d’invitations pour la séance publique annuelle, et il faudrait en fait parvenir à constituer notre propre fichier. Il est donc demandé aux membres de signaler au Bureau les noms et adresses des personnes de leur connaissance qui seraient susceptibles d’être intéressées. Quitterie Cazes propose de s’occuper de la gestion de ce fichier, ce qui est accepté.
Le Bureau a encore prévu d’établir à partir de l’année prochaine un budget prévisionnel annuel qui devrait permettre de mieux contrôler les dépenses et de mieux les prévoir. Une prochaine réunion du Bureau sera consacrée à ce thème ainsi qu’à une réflexion sur une nouvelle présentation de la bibliographie dans nos Mémoires.
Puis le Président rend compte de la réunion que l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat a consacrée à la discussion du règlement intérieur de l’hôtel. Il donne lecture de l’article qui règle l’utilisation de la porte de notre future salle des séances à partir du grand escalier, article qui renvoie en fait à deux lettres du Président de l’Union et du Président du Conseil d’administration de la Fondation, mises en annexe du règlement intérieur. Ce point reste donc soumis à l’étude de faisabilité que doit rendre l’architecte en chef Bernard Voinchet, et l’adoption du règlement intérieur serait caduque si la question ne se trouvait réglée dans les termes définis par les deux lettres. Il faut ajouter que la Ville sera liée par sa signature du règlement intérieur.
Louis Peyrusse fait remarquer que l’Union s’apprête donc à signer le règlement intérieur avant même que lui soit donnée une réponse définitive sur l’utilisation du grand escalier.
M. Péaud-Lenoël fait remarquer que dans cette affaire, ni nos porte-parole, ni notre Société n’ont démérité. La responsabilité de la situation actuelle semble incomber à l’Union qui a montré une constante faiblesse. Il ajoute qu’en dehors du préjudice moral, il reste à régler l’important problème de sécurité que pose l’accès à notre future salle des séances.
Bruno Tollon demande s’il est prévu de replacer dans la cour la plaque qui rappelait la donation d’Ozenne. Guy Ahlsell de Toulza répond qu’on lui a promis qu’elle serait remise en place. Le Président précise que le tableau donnant la liste des Académies et la composition de leurs Bureaux respectifs devrait également être replacé dans le passage. Guy Ahlsell de Toulza ajoute que deux plaques apposées sur le grand portail de la place d’Assézat doivent signaler l’Union des Académies et la Fondation.
Le Président conclut en affirmant qu’il veut malgré tout rester optimiste et espérer que la Ville et la Fondation tiendront leurs engagements.
Séance du 7 février 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Bertrand, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Gillis, Ginesty, Gérard, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Prin, Rocacher, Vézian.
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La lecture du procès-verbal de la séance 24 janvier est reportée à une séance ultérieure.
Le Président remercie M. Hermet qui a offert à la Société, pour sa bibliothèque, les vingt volumes de sa bibliographie toulousaine. L’ouvrage, qui est le résultat de vingt-deux années de travail, est aujourd’hui un instrument indispensable pour toute recherche sur l’histoire de Toulouse.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
Nous avons reçu tout récemment un courrier daté du 14 décembre, qui concerne le S.M.E.A.T. (Syndicat mixte d’études pour entreprendre et mettre en œuvre la révision du schéma directeur de l’agglomération toulousaine). Il avait en effet été décidé que les associations compétentes en matière d’aménagement, d’urbanisme et d’environnement seraient régulièrement tenues informées des travaux du S.M.E.A.T. M. Coppolani indique qu’il a pu constater au cours de la réunion à laquelle il a assisté que l’archéologie n’était pas prise en compte par le projet.
Le Président fait circuler le programme du 120, congrès des Sociétés savantes et un tiré à part, envoyé par notre confrère Georges Costa, de son article sur le séjour de François Mansart à Toulouse, publié dans le Bulletin monumental (t. 152, p. 459-470).
Nous avons également reçu une lettre de M. Bernard d’Ingrando, propriétaire du château de Maurens-Scopon. Celui-ci souhaite restaurer le pavillon néo-médiéval, aujourd’hui classé Monument historique, que le marquis de Castellane avait fait élever dans le parc et qui était orné de nombre de sculptures en remploi, dont des chapiteaux qui ont été récupérés pour la reconstruction des galeries du cloître des Jacobins. M. d’Ingrando voudrait savoir s’il existe un documentation précise qui permettrait de reconstituer à l’aide de moulages le pavillon néo-médiéval. Guy Ahlsell de Toulza précise que c’est au cours d’une discussion avec MM. Jean-Louis Laffont et Bernard d’Ingrando qu’il a conseillé à ce dernier d’écrire à la Société. Maurice Prin rappelle que Paul Mesplé avait consacré au pavillon de Maurens-Scopon un article publié dans la Revue du Louvre. Daniel Cazes indique que des photographies du pavillon ont été présentées au cours des expositions Toulouse et l’art médiéval de 1830 à 1870 et Les Jacobins, 1385-1985. Sixième centenaire de la dédicace de l’église des Jacobins. D’assez nombreuses photographies, qui permettent de connaître les emplacements précis des différentes sculptures, avaient été réalisées à la demande de Paul Mesplé. Les clichés se trouvaient au Musée des Augustins et sont aujourd’hui déposés aux Archives municipales. Ces précisions seront communiquées à Jean-Louis Laffont et à M. Bernard d’Ingrando.
La lettre de M. d’Ingrando évoque aussi le cent-cinquantième anniversaire de la mort du Marquis de Castellane qu’il voudrait pouvoir célébrer en montrant le pavillon restauré et pour lequel il sollicite notre Société. Le Président et les membres présents pensent que notre compagnie doit absolument s’associer à cet anniversaire de la mort de celui qui fut le premier président de la Société Archéologique du Midi de la France.
Puis le Président évoque la récente inauguration de la Fondation Bemberg. Parmi les nombreux articles de presse, dont les membres de la Société ont sans doute pris connaissance, il signale ceux qui sont paru dans Le Monde, Sud-Ouest et Le Midi libre. La présentation des faits qui est reprise par les différents articles laisse supposer que la Mairie et la Fondation ont eu soin de distribuer un dossier de presse. Maurice Scellès pense qu’il faut adresser un courrier au Monde. Le Président indique qu’il avait l’intention de demander à M. Sermet de préparer un courrier au nom de l’Union, et il donne lecture de la lettre que Me Viala a déjà adressée au journaliste du Monde. M. Péaud-Lenoël pense qu’il faut que de nombreuses lettres adressées au journaliste du Monde, M. Philippe D’Agen, viennent appuyer celles des représentants des Sociétés et Académies. Pascal Bertrand rappelle qu’il faut ajouter aux articles de la presse écrite les reportages diffusés à la télévision, avec des images prises pendant les travaux et le déménagement qui étaient sensées montrer le triste état de l’hôtel avant l’installation de la fondation Bemberg. Maurice Scellès relève que tous les comptes rendus de presse affirment que les Toulousains peuvent enfin, grâce à l’installation de la Fondation Bemberg, voir l’hôtel d’Assézat, ce qui est une contre-vérité car la cour de l’hôtel a toujours été accessible. M. Gillis renchérit en rappelant que pendant longtemps on a pu accéder à la terrasse de la tour d’escalier dont la surveillance incombait au concierge et que la Mairie ne s’est plus souciée ces dernières années de veiller à ce que le grand escalier demeure accessible aux visiteurs. Quitterie Cazes ajoute que l’hôtel d’Assézat a toujours fait partie du programme de visite de l’A.T.A.H.
La discussion se poursuit et l’on évoque la qualité des œuvres de la Fondation Bemberg et les attributions, qui semblent parfois bien généreuses, à Titien ou Clouet par exemple, sans que les cartels fassent d’ailleurs la moindre allusion aux incertitudes des attributions. On s’accorde par ailleurs à considérer que notre Société aurait besoin d’un véritable attaché de presse. Cela serait en particulier nécessaire pour préparer l’inauguration de nos nouveaux locaux.
La parole est ensuite à Patrice Cabau pour la communication du jour : La prétendue « Chronique de Saint-Sernin de Toulouse « , ou les errements d’un éditeur de texte, qui sera publiée dans le t. LVI (1996) de nos Mémoires :
« La prétendue » Chronique de Saint-Sernin de Toulouse » et autres sources annalistiques méridionales du XIIIe siècle.
L’Histoire des Comtes de Tolose que Guillaume de Catel (1560-1626) fit imprimer en 1623 contient en appendice une série de chroniques médiévales, pour la plupart rédigées en latin et demeurées jusque-là inédites. Parmi ces ouvrages figure un Chronicon autoris anonymi, extrait d’un vieux livre manuscrit que Catel possédait dans sa propre bibliothèque.
Ce Chronicon comporte quatre-vingt-sept articles. Une dédicace à Dieu et à la Vierge précède six rubriques relatant la succession des temps bibliques depuis Adam jusqu’au Christ ; suivent deux articles dont le premier fixe à « huit cent huit » le
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nombre des années séparant la naissance du Christ de la mort de « Charles » et dont le second mentionne saint Gilles comme contemporain de ce dernier. Viennent ensuite soixante-dix-huit rubriques « historiques » rapportant, selon un ordre chronologique qui n’est pas systématique, divers événements survenus entre la fin du XIe siècle et celle du XIIIe : consécration de Saint-Sernin de Toulouse par le pape Urbain II (1096), prise de Jérusalem par le comte de Toulouse Raymond (1099), mort de ce dernier (1105)… décès des rois Alphonse de Castille (1284), Charles de Sicile, Philippe de France et Pierre d’Aragon (1285), destruction des environs de Mirepoix par un « déluge terrible et inouï » (1289), fondation de l’abbaye de Cîteaux (1098), mort du roi de France Louis à Tunis (1270). Outre les données qui appartiennent à l’histoire générale, cette chronique a enregistré de nombreux faits intéressant l’histoire du Midi, en particulier celle de Toulouse.
Guillaume de Catel utilisa les indications du Chronicon non seulement dans l’Histoire des Comtes de Tolose, mais encore pour ses Mémoires de l’Histoire du Languedoc (1626-1633). L’édition qu’il en avait procurée fut utilisée par Germain de Lafaille (1616-1711) dans l’Abrégé de l’ancienne histoire de la ville de Tolose qui sert de prélude au premier volume de ses Annales (1687). Les bénédictins Claude Devic (1660-1734) et Joseph Vaissete (1685-1736) y eurent recours pour les tomes II, III et IV de leur Histoire générale de Languedoc (1733, 1737, 1742). Les auteurs du Recueil des Historiens des Gaules et de la France, François Clément (1714-1793), Joseph Brial (1743-1828) et leurs continuateurs, jugèrent utile de reproduire le texte d’une quarantaine de rubriques, qu’ils disposèrent dans les volumes XII et XIX (1781, 1833) sous les titres de Breve chronicon Tolosanum et Chronicon Tolosanum.
Les collaborateurs de la troisième édition de l’Histoire générale de Languedoc publièrent au tome V (1875), parmi les documents ajoutés aux preuves des bénédictins, une nouvelle version de la chronique, présentée par Émile Mabille (1828-1874) : « Cette Chronique a été publiée pour la première fois par Catel [ … ] d’après un manuscrit qui renfermait d’assez nombreuses interpolations. C’est ainsi qu’on y avait fondu, article par article, la Chronique de Berdoue [sic], publiée par dom Vaissete dans le tome III de l’Histoire générale de Languedoc. Après l’avoir débarrassé de la majeure partie de ces additions faites à une époque récente, il ne nous était plus permis de méconnaître dans le texte celui d’une chronique rédigée à différentes époques par des religieux de l’église de Saint-Sernin ». Cette façon de voir justifiait l’intitulé Chronicon Sancti Saturnini Tolosae, repris depuis par la généralité des auteurs.
La réédition Mabille fournit du Chronicon un texte passablement remanié et altéré, incomplet du quart environ de ses rubriques : outre seize articles supprimés au motif qu’ils proviendraient de la chronique de Berdoues, six autres ont été éliminés sans raison bien explicite. Tout aussi arbitrairement ont été ajoutés cinq articles, empruntés, par l’intermédiaire d’extraits copiés par Étienne Baluze (1630-1718), au nécrologe de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse ; les premières de ces additions n’ont rien à voir avec Saint-Sernin, et les dernières excèdent largement le cadre de la chronique publiée par Catel, qui se termine à la date de 1289.
Contrairement à l’opinion d’Émile Mabille, c’est le Chronicon qui est la source de la Chronique tirée d’un ancien manuscrit de l’Abbaye de Berdoüez, transcrite entre 1671 et 1684 par Claude Estiennot de La Serrée (1639-1699), publiée par dom Vaissete parmi les preuves du tome III de l’Histoire générale de Languedoc (1737), puis republiée par Mabille au tome VIII (1879). La chronique de Berdoues, que Louis-Clément de Brugèles ne cite dans ses Annales ecclésiastiques du Diocèse d’Auch (1746) que d’après l’édition Vaissete, avait été composée en deux temps au moins : une première main avait transcrit treize rubriques correspondant à quatorze articles du Chronicon, relatifs à des événements compris entre 1226 et 1285 ; une seconde main avait ajouté une rubrique empruntée à la même source, ainsi qu’un article original indiquant la date de la construction du monastère de Berdoues (1138) ; une autre main avait pu écrire la dernière rubrique, qui mentionne notamment l’assassinat du comte Jean V d’Armagnac à Lectoure (1473).
Le Chronicon présente d’autre part un net parallélisme avec une Chronique en Languedocien s’étendant sur la période 1099-1249, complétée par des additions en latin portant sur les années 1204-1275. Dom Vaissete en publia le texte d’après un Cartulaire de Raymond le Jeune, qu’il avait consulté en 1723 ou 1724 dans les archives du Domaine de Montpellier ; dom Brial et ses continuateurs reproduisirent les articles en langue d’oc d’après son édition (1833). Les nouveaux éditeurs de l’Histoire générale de Languedoc ne purent retrouver le manuscrit de Montpellier, sans doute une copie moderne, mais Auguste Molinier (1851-1904) découvrit le texte originel de la chronique et le fit imprimer dans les Additions et corrections du tome V (1875) avec cet avertissement : « L’original de cette chronique, dite de Raimond le Jeune, existe dans le cartulaire de ce prince, aux Archives nationales (JJ. XIX, f° lXxxIX). [ … ] Remarquons que, sauf quelques petits détails peu importants, ce n’est que la traduction de la chronique latine publiée un peu plus bas par M. Mabille sous le titre de : Chronicon Sancti Saturnini Tolosani [sic]. Notre copiste traducteur ne s’est permis que quelques interversions sans importance. »
Le manuscrit JJ 19, entré dans le Trésor des chartes du roi au XIVe siècle, est un registre en parchemin réunissant plusieurs compilations de titres relatifs aux possessions des comtes de Toulouse, qui furent confectionnées pour les chancelleries de Raymond VII († 1249) et d’Alphonse de Poitiers († 1271). La chronique romane et latine écrite sur l’un des derniers feuillets a été composée en quatre temps : trente-sept rubriques en occitan (1099-1249), suivies de neuf rubriques en latin ajoutées par trois mains successives (1204-1273, 1270-1271, 1285 ou 1275).
À l’inverse de ce que pensait Auguste Molinier, il apparaît par une étude comparative des articles de la chronique romano-latine et du Chronicon que ce dernier est une version latine de la première, augmentée de nouvelles rubriques. Cette adaptation fut réalisée entre 1249 au plus tôt et 1297 au plus tard.
Guillaume de Catel a fait à diverses reprises mention du Chronicon autoris anonymi, le désignant comme « vne petite Chronique concernant, pour la pluspart, ce qui s’est passé dans ce pays durant la vie des derniers Comtes de Tolose », « vue ancienne Chronique Latine, que i’ay chés moy escrite à la main », « mon ancienne Chronique manuscrite »… Et il a pris soin d’indiquer quelle en était la provenance : Ex veteri Codice manuscripto, « laquelle [Chronique] i’ay treuuée dans vu ancien liure
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de recognoissances faites ausdits Comtes ». Le Chronicon se trouvait ainsi dans un « cartulaire », plus exactement un registre de chancellerie, composé sans doute vers le troisième quart du XIIIe siècle. Il parait vraisemblable d’attribuer l’insertion de ces notes annalistiques à quelque notaire de l’administration comtale ou royale.
Le Chronicon offre par ailleurs de nombreuses analogies avec la chronique bien connue rédigée par maître Guillaume de Puylaurens : Cronica a magistro Guillelmo de Podio Laurenti compilata. Achevé avant la fin de l’année 1276, cet ouvrage embrasse la période allant de 1098 à 1273, mais il concerne essentiellement le XIIIe siècle. Des corrélations certaines existent entre, d’une part, les passages datés et les titres des chapitres de la Créneau, et, d’autre part, les rubriques du Chronicon et de sa source occitano-latine. Des compilations chronographiques telles que les Flores cronicorum ou les Comites Tholosani du dominicain Bernard Gui (1261/2-1331), l’Opus du bénédictin Aymeric de Peyrac, abbé de Moissac (1377-1406), comportent maint extrait littéral de l’ouvrage de maître Guillaume ; même en l’absence de référence explicite, le sens de l’influence serait une évidence d’ordre chronologique. En revanche, pour des textes de composition sensiblement contemporaine comme la Cronica, le Chronicon et sa source, il semble difficile de déterminer la direction dans laquelle ont joué les relations ; quelques indices textuels conduisent toutefois à supposer l’antériorité de la chronique occitane par rapport à la Cronica.
Maître Guillaume paraît en tant que recteur ou prieur de Puylaurens (1237-1238), juge de l’évêque de Toulouse dans les causes ecclésiastiques (1238), notaire épiscopal (1241), chapelain du comte Raymond VII (1245-1248), et collaborateur occasionnel de l’Inquisition (1253, 1254, 1274). La diversité de ces fonctions, certaine incompatibilité entre le ton adopté par le rédacteur de la Cronica et la qualité de chapelain du comte ont amené Yves Dossat à imaginer l’existence de deux contemporains homonymes ; Jean Duvernoy a rejeté cette hypothèse. L’un et l’autre paraissent avoir ignoré deux chartes datées du dimanche 15 juin 1236 qui mentionnent, aux côtés d’officiers du comte de Toulouse, magister Guillelmus de Podio Laurentio et magister Guillelmus eius filius.
À la suite de la disparition de Raymond VII (1249), un de ses familiers, ou un clerc de son administration, put concevoir l’idée d’écrire l’histoire des derniers membres de la lignée raymondine. Les notes annalistiques rédigées d’abord en occitan, puis traduites en latin, que l’on trouve consignées dans deux registres de la chancellerie comtale correspondraient à l’amorce d’un tel projet, que maître Guillaume de Puylaurens, le fils selon toute vraisemblance, porta à réalisation complète après la mort d’Alphonse de Poitiers et la prise de possession du comté de Toulouse par le roi Philippe III (1271) . »
Le Président remercie Patrice Cabau et cède la parole à MM. Gilles, Gérard ou Julien qui ne manqueront sans doute pas d’apporter leurs observations.
M. Gilles fait remarquer qu’autant qu’il s’en souvienne, Bernard Gui a commencé par prendre connaissance des chroniques qui étaient répandues à Toulouse au XIIIe siècle puis a sans cesse accru son savoir par de nouvelles lectures. En témoigne le manuscrit de Paris qui montre bien les ajouts que Bernard Gui a apportés à sa chronique. Patrice Cabau précise qu’il doit exister une dizaine d’éditions manuscrites sur parchemin de la chronique de Bernard Gui, et que celui-ci a tout d’abord puisé dans les écrits de Guillaume de Puylaurens, complétés ensuite par d’autres chroniques. Il ajoute qu’il faut se méfier des précisions apportées par Bernard Gui : ainsi retient-il, sans en savoir en fait plus que nous, le mois d’août pour la mort de Raymond VI parce qu’elle se situe entre le 5 juillet et le 21 septembre.
Pascal Julien rappelle que Cresti signale un registre appelé « histoire de Saint-Sernin » et demande s’il ne pourrait pas s’agir de cette fameuse « chronique de Saint-Sernin » ; ce registre qui se trouve aujourd’hui dans une collection privée contient en effet des actes du XIIIe siècle. Patrice Cabau répond qu’il a consulté l’inventaire Cresti mais qu’il n’a pas cru pouvoir considérer que le registre mentionné était médiéval.
Reprenant la discussion engagée au cours de la séance du 10 janvier dernier, Pascal Julien relève que la chronique fait état de l’élévation des reliques de saint Honorat en 1265, ce qui, pour lui, fait supposer que le baldaquin est déjà construit, puisque, comme nous le savons par les textes du XVIe siècle, celles-ci étaient placées au-dessous du corps de saint Saturnin, entre les piles du baldaquin. Patrice Cabau fait remarquer que le texte de Bernard Gui suit la chronologie des évêques de Toulouse et non celle des élévations de reliques réalisées au XIIIe siècle. La discussion se poursuit entre Henri Pradalier, Pascal Julien, Patrice Cabau et Quitterie Cazes.
Répondant à une question du Président, M. Gilles indique qu’il n’est pas sûr que les corrections apportées par Bernard Gui à sa chronique garantissent des renseignements plus fiables que ceux de la première version. Le Président voudrait savoir si la date de 1265 a fait l’objet d’une correction. Pascal Julien rappelle que cette date est donnée par la collection des privilèges des corps saints. Quitterie Cazes fait remarquer que l’on peut considérer qu’en 1265 le projet de baldaquin est défini et que les travaux ont dû débuter peu après. Pour Henri Pradalier, cela signifierait qu’un projet utilisant le gothique français aurait donc été établi dès cette date.
Patrice Cabau note que Bernard Gui ne parle pas d’une crypte basse. Pascal Julien rappelle que la crypte basse est dédiée aux apôtres. Il faut donc se demander à quel moment on prétend posséder à Saint-Sernin des corps d’apôtres. La première élévation d’un apôtre est de 1385. Patrice Cabau indique une liste de reliques de 1258 où apparaissent celles de saint Pierre, et le Président se souvient d’une mention de reliques de saint Jacques dans le cartulaire de Saint-Sernin, en 1119.
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Séance du 28 février 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Heng, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. Bertrand, Cabau, Fabre, Gillis, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire général, M. Gérard.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 24 janvier 1995, qui est adopté à l’unanimité. Le Président félicite le Secrétaire-adjoint pour la précision de ses comptes-rendus.
À propos des rapports avec la presse, Michel Roquebert rappelle qu’il a longtemps été chargé au sein de la rédaction de La Dépêche du Midi de la rubrique culturelle et qu’il publiait alors les comptes-rendus que lui communiquait Robert Mesuret. Depuis onze ans qu’il a quitté La Dépêche du Midi, il a pu remarquer que le journal ne se faisait que très peu souvent l’écho des activités de notre Société. Il pense qu’il faut faire un effort particulier pour que la presse se fasse à nouveau l’écho des nos travaux.
Par ailleurs, on souligne le fait que La Dépêche du Midi se fait volontiers l’écho des projets de la Mairie en négligeant le point de vue des associations de défense du patrimoine. Ainsi, l’annonce du projet de démolition de la Faculté de Pharmacie n’a-t-elle été accompagnée dans la presse d’aucune information autre que celles fournies par la Ville. Sur le même site des allées que l’on va donc défigurer, on est en train de prévoir la démolition de l’ancienne gendarmerie du début du XIXe siècle. À chaque fois, on constate qu’aucune place n’est faite à un éventuel contre-pouvoir. En indiquant que la gendarmerie a été reconstruite à la fin du XIXe, siècle, l’abbé Rocacher rappelle que dans ce cas il faut choisir entre la conservation du rempart et celle de la gendarmerie. Jean Nayrolles indique qu’un mémoire de maîtrise présenté à l’Université de Toulouse-Le Mirail a été consacré à l’architecte Thillet.
Le Président donne alors la parole à Mme Michèle Heng, récemment élue membre correspondant de notre Société et que nous avons le plaisir d’accueillir, pour une communication sur Le voyage de John Claude Nattes aux Pyrénées (avril-août 1822), communication publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie Michèle Heng de ce brillant exposé au cours duquel elle a su mettre en lumière l’importance de la formation de topographe de John Claude Nattes et le replacer parmi ses contemporains et leur production artistique. La précision de ses dessins en font des documents très intéressants pour les archéologues, mais ils montrent également le triste état où se trouvaient bien des monuments dans les années 1820, et, par contraste, la tâche accomplie à partir des années 1830 par le service des Monuments historiques qui a été à certaines périodes de son histoire un grand service.
À propos d’un dessin donné par la légende de Nattes comme une vue du couvent des Carmes de Bagnères-de-Bigorre, le Père Montagnes indique qu’il a plutôt cru reconnaître le clocher du couvent des Dominicains, ce qui devrait être aisément vérifiable.
Michel Roquebert fait remarquer que si Nattes est un dessinateur fidèle par bien des aspects, il n’en demeure pas moins qu’il a tendance à accuser les paysages. En témoigne la vue de Saint-Bertrand de Comminges où il dessine des pics qui n’existent pas, sacrifiant au goût de l’époque.
Louis Peyrusse demande si Nattes utilisait la chambre claire. Michèle Heng répond que c’était sans doute le cas et pour Louis Peyrusse c’est là un argument en faveur de la fidélité du témoignage. Il ajoute qu’il n’a pas l’impression qu’il y ait beaucoup d’écart entre les dessins de Nattes et les œuvres définitives, mais qu’il n’y a pas non plus grandes différences entre les dessins conservés au musée de Bourges et les planches publiées par Taylor et Nodier. Pour lui, Nattes se place dans la tradition du dessin pittoresque anglais.
Michel Roquebert se demande cependant si Nattes, contrairement à ses contemporains, n’a pas tendance à accentuer les ruines. Michèle Heng prend divers exemples comme celui d’une vue de Tarbes pour montrer qu’il ne semble pas que Nattes ait particulièrement cherché un pittoresque exagéré en représentant des maisons urbaines. Son dessin du château du Pau montre des bâtiments fort ruinés mais un travail de D.E.A. en cours prouve que l’édifice avait effectivement besoin d’importantes restaurations.
Pour Pascal Bertrand, les dessins de Nattes s’inscrivent dans le même processus qui est celui de la plupart de ces artistes. Nous avons avec ces carnets des dessins préparatoires. Michèle Heng pense que c’est une raison pour croire à la fidélité de la représentation.
Jean Nayrolles fait remarquer qu’il faut distinguer l’exagération pittoresque du goût marqué pour les ruines. Il rappelle que les Anglais ont développé le goût de l’archéologie bien avant les Français et qu’ils ont de ce fait un rapport au monument bien différent de celui qu’ils entretiennent avec le paysage. On peut apprécier la fidélité des dessins de Nattes en les comparant avec d’autres, contemporains. Ainsi le rapprochement de la vue de la collégiale de Saint-Gaudens avec un dessin contemporain dû à Alexandre Du Mège permettrait-il de se rendre compte que les représentations des monuments sont le plus souvent fidèles.
À propos de Saint-Gaudens, le Président note que l’église avait au début du XIXe siècle une toiture reposant sur un niveau de
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mirandes qui lui avaient été ajoutées. Michèle Pradalier-Schlumberger souligne tout l’intérêt de la vue des Cordeliers de Tarbes qui ont entièrement disparu.
Pascal Bertrand demande si Nattes a réalisé de nombreuses vues d’intérieur. En répondant par la négative, Michèle Heng y voit un trait dû à sa formation de topographe.
Annie Noé-Dufour voudrait savoir si Nattes a dessiné des fermes isolées, en particulier de la vallée de Campan où l’artiste pouvait trouver des sujets très pittoresques. Michèle Heng précise que les fermes ne sont jamais représentées pour elles-mêmes mais qu’elles accompagnent des vues plus générales comme à Saint-Bertrand de Comminges par exemple.
Abordant les questions diverses, le Président demande des informations sur l’état d’avancement du volume des Mémoires.
M. Coppolani a consulté le calendrier des prix. Seul le prix Ourgaud, doté de 2 000 F. est à décerner cette année. Le Président présente certains des mémoires retenus et demande aux membres de lui signaler des travaux, éventuellement non universitaires, qui seraient susceptibles d’être primés. Des rapporteurs sont désignés. La séance du 21 mars sera consacrée au concours.
Annie Noé-Dufour accepte de présenter le rapport général sur le concours lors de la séance publique.
Le Président indique qu’il a reçu une série d’invitations aux réunions du S.M.E.A.T. Celle du 27 mars traitera de l’habitat et du développement urbain. Le Président et le Directeur, M. Coppolani, essaieront d’y assister.
Le 24 mars aura lieu une réunion suscitée par l’Académie des Sciences pour mettre sur pied une association des amis de l’hôtel d’Assézat qu’il est proposé d’appeler F.E.R.M.A.T. Le projet des statuts prévoit deux collèges : le 1er collège serait composé de membres-nés qui seraient les présidents des Académies et Sociétés savantes de l’hôtel ; le 2e collège comprendrait des personnes physiques et des personnes morales appelées à jouer le rôle de mécènes. Pour M. Ferron, cette association aurait pour but de promouvoir l’hôtel et les Académies et Sociétés qui y résident. M. Gillis dit qu’il a offert les colonnes de L’Auta pour faire connaître l’association FERMAT.
Séance du 7 mars 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger ; MM. Bertrand, Fabre, Gérard, Julien, le Père Montagnes, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, Vézian.
Excusé : M. Cazes, Secrétaire général.
Le Président annonce l’arrivée du nouveau volume de nos Mémoires. On procède à la distribution aux membres présents.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 7 février. L’abbé Rocacher, en indiquant que Patrice Cabau a longuement discuté du baldaquin de Saint-Sernin après la séance, propose que l’on reporte l’adoption du procès-verbal qui nécessite sa présence. Après discussion, la proposition est acceptée.
Le Secrétaire-adjoint donne alors lecture du procès-verbal de la séance du 28 février, qui est adopté après quelques corrections.
À propos du bâtiment de la gendarmerie évoqué lors de la séance du 28 février, l’abbé Rocacher précise qu’il a remplacé une prison construite par Laffont en 1822-1824. Celle-ci a été abandonnée vers 1865 après la construction de la nouvelle prison de la grande rue Saint-Michel, et le bâtiment a alors été occupé par des gendarmes. Le bâtiment actuel de la gendarmerie est le fruit de la reconstruction opérée vers 1895 sur les plans de Thillet.
Le Président présente la correspondance manuscrite. Il donne lecture du courrier de Jean Mesqui, nouveau Président de la Société Française d’Archéologie, qui analyse les résultats de l’enquête réalisée en début d’année auprès des membres de la S.F.A. Jean Mesqui constate que la S.F.A. doit aujourd’hui prendre en compte les réalisations du XIXe siècle voire du XXe siècle, et qu’il faut qu’elle s’intéresse plus activement aux questions posées par la conservation et la restauration. La Société Française d’Archéologie reste néanmoins tout à fait fidèle aux objectifs définis par Arcisse de Caumont lors de sa fondation : étudier et faire connaître les monuments. Notre Président note avec plaisir que les positions et les préoccupations exprimées par Jean Mesqui sur ces différents points sont identiques à celles de notre Société.
Le Président donne ensuite la parole à Pascal Julien pour une communication consacrée à La chapelle de Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles dans le cloître de Saint-Sernin de Toulouse, communication publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie Pascal Julien pour cette présentation d’une question qui appelait en effet quelques mises au point. Il a noté qu’il était fait allusion à de la couleur qui devait être appliquée, lors de leur restauration, sur les chapiteaux des colonnes où
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était le bénitier. Pascal Julien lit le texte et il est d’accord avec Quitterie Cazes pour considérer qu’il s’agit d’un badigeon destiné à estomper la restauration.
Le Président remarque encore qu’il y a une très grande différence de style entre la sculpture de la Samaritaine et la Pietà. Après avoir précisé qu’il étudie depuis quatre ou cinq ans l’œuvre de Gervais Drouet, Pascal Julien confirme que la statue de la Samaritaine appartient stylistiquement au XVIe siècle, révélant la formation que le sculpteur a reçue au Mans, tandis que la Pietà se place après son séjour à Rome. Il ajoute que le contrat passé pour la commande de la Samaritaine précise que la sculpture sera très fine.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne que la chapelle n’ait pas été orientée, alors qu’a priori rien ne s’y opposait. Pascal Julien n’a pas d’explication pour cette disposition qui résulte à l’évidence d’un choix. Il ne croit pas que le puits ait pu être une contrainte suffisante, et il émet l’hypothèse que l’on ait pu vouloir intégrer à la chapelle un ancien caveau ainsi placé devant l’entrée. Henri Pradalier rappelle que la règle de l’orientation se perd un peu au cours du XVIIe siècle, mais il pense qu’il y a une raison particulière pour la chapelle Notre-Dame du cloître de Saint-Sernin.
Guy Ahlsell de Toulza se demande si la fabrique pouvait encore avoir des activités pendant la période de la Terreur. Pascal Julien précise qu’il s’agit en fait des marguilliers, qui sont supprimés avant 1795. Mais il faisait allusion à l’échange de toiles contre la sculpture de la Samaritaine, qui a lieu avec le Musée vers 1807. Il rappelle que l’on sait que le plafond de la chapelle a été arraché entre 1791 et 1795, et que la principale question est de savoir qui a alors récupéré les œuvres.
Maurice Prin croit que la statue de la Vierge à l’Enfant retrouvée près du cloître est passée dans la collection Brimo. Il se souvient qu’une photographie en a été publiée dans le Bulletin de la Société Archéologique du Midi de la France. Il s’agissait d’une statue alors très noire, dont le style était proche de celui du maître de la chapelle de Rieux. Pascal Julien rappelle que d’après Lahondès, elle a été retrouvée dans un jardin de la rue royale. Maurice Prin indique qu’une habitante du quartier, Mme Ducap, dont la maison a été détruite vers 1970, lui avait affirmé que c’était dans son jardin, c’est-à-dire dans l’ancien jardin du maçon Traverse, qu’elle avait été retrouvée. Le Président fait remarquer que de façon tout à fait inhabituelle, la Vierge porte l’Enfant sur le bras droit.
On aborde ensuite les questions diverses.
Le Président annonce que l’Assemblée générale de l’Union des Académies et Sociétés Savantes de l’Hôtel d’Assézat, à laquelle sont conviés tous les membres du Bureau, aura lieu le mercredi 15 mars à 10 h.
Guy Ahlsell de Toulza dit qu’il a visité nos nouveaux locaux, qui paraissent bien sûr plus petits que ce que l’on imaginait à partir des plans. Une niche placée dans l’escalier pourrait recevoir une sculpture et il demande que l’on y réfléchisse.
Quitterie Cazes donne des informations sur le bulletin d’abonnement aux Mémoires qui sera largement diffusé.
Maurice Scellès présente ensuite un chapiteau de l’église Saint-Urcisse de Cahors dont l’iconographie est particulière :
![]() CAHORS, EGLISE SAINT-URCISSE, chapiteau de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle. Cliché Jean-François Peiré, Inventaire Général/SPADEM. | « La Vierge qui tient l’Enfant sur ses genoux est entourée par deux anges qui portent des cierges. Sur les faces latérales, un homme barbu et une femme, celle-ci séparée du groupe de la Vierge et des anges par un arbre stylisé, apportent des objets qui pourraient être des offrandes (on y reconnaît pour l’homme une sorte de pyxide). Ce chapiteau qui peut être daté de la fin du XIIIe siècle est placé en pendant, à l’entrée de l’abside, d’un autre chapiteau, de la première moitié du XIIIe siècle, où est représentée une Vierge de Majesté. Après la communication que Michèle Pradalier-Schlumberger avait consacrée au thème de la Vierge de la Chandeleur (M.S.A.M.F., t. LI, 1991, p. 262-263), il fallait s’interroger sur l’éventuelle connotation funéraire de la représentation de l’église de Cahors. Une recherche très rapide dans la bibliographie de l’édifice n’apporte rien de décisif. On sait que l’église possédait une crypte (qui devrait être dégagée par les prochains travaux de restauration) qui était désignée par le nom de Notre-Dame-sous-terre et où l’on enterrait souvent (Joseph Daymard, Le vieux Cahors, Cahors : Girma, 1927, réédité : Ed. Horvath, 1978, p. 176). On a proposé d’y reconnaître, mais sans grande certitude, le lieu appelé las clotas par le testament de Jean de Penne rédigé en 1267 : « Je veux et prie mes aumôniers que, dans |
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l’église de Monseigneur Saint-Urcisse, à las clotas, à l’extrémité où est l’autel, ils fassent bonnes et belles peintures, comme il leur semblera convenable, et que dans cette peinture il y ait l’écu de mes armes, avec la représentation belle et majestueuse de Notre Dame avec les trois rois et deux petits écus ayant le dessin de mon sceau, ainsi qu’il se trouve sur l’autel de las clautas [ … ]. Je veux et prie mes susdits aumôniers de faire faire une chapelle et un autel sur le tombeau qui fut fait par G. Mauris dans le cimetière de l’hôpital de la Grand-rue [ … ]. La chapelle devra être recouverte et tapissée de bordures sur lesquelles seront les écus de mes armes et la majesté de Notre Dame sera sur l’autel [ … ]. J’établis de plus [ … ] un autre chapelain [ … 1 pour dire chaque jour une messe à l’autel de Notre-Dame de las clotas [ … ] afin de prier Dieu pour l’âme de mon père, de ma mère et la mienne, et celle de ceux à qui j’aurais fait quelque tort… ». Michèle Fournier, que nous avons consultée, ne pense pas que le chapiteau puisse évoquer la messe des morts célébrée pour favoriser la délivrance des âmes du purgatoire. Les incertitudes sont nombreuses, mais certaines seront peut-être levées lorsque le décapage des couches de peinture qui encrassent la sculpture, de belle qualité, permettra de mieux observer ce que tiennent les personnages des côtés. »
Michèle Pradalier-Schlumberger souligne l’intérêt de cette iconographie qu’elle pense être très certainement liée au thème de la Chandeleur. La fin du XIIIe siècle est le moment où apparaissent les représentations de la Vierge de la Chandeleur. Le Président se demande s’il ne faudrait pas penser à sainte Anne et saint Siméon pour les deux personnages des faces latérales.
Séance du 21 mars 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Mmes Foucaud, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, Gilles, Ginesty, Julien, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Cazes.
Le Président ouvre la séance à 17 heures, dans la salle de l’Académie des Sciences. Il prie la Compagnie d’excuser l’absence du Secrétaire général et du Secrétaire-adjoint : Daniel Cazes se trouve de l’autre côté des Pyrénées, où il travaille au montage de l’exposition Le Regard de Rome, consacrée au portrait romain, qui sera présentée successivement à Tarragone, Mérida et Toulouse ; Maurice Scellès, requis par des obligations professionnelles, est à Figeac. La lecture du procès-verbal de la séance du 7 mars est par conséquent renvoyée à la prochaine réunion. Henri Pradalier poursuit en donnant diverses informations. Il fait part d’une invitation à assister, le 24 mars, à la présentation du système « Internet », réseau informatique auquel il est question de raccorder l’Hôtel d’Assézat ; cette démonstration sera suivie de la tenue de l’Assemblée constitutive de l’association FERMAT, dont le projet est de regrouper les amis de l’Hôtel d’Assézat.
Puis le Président rend compte de l’Assemblée générale de l’Union des Six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, qui s’est tenue le 15 mars et dans laquelle ont été prises les décisions suivantes :
– rééditer une plaquette présentant l’Hôtel d’Assézat et retraçant l’histoire des Académies et Sociétés
– replacer sous le porche d’entrée de l’Hôtel une vitrine où seront annoncés les programmes de travaux des Académies et Sociétés ;
– répondre aux attaques lancées dans la presse contre les Académies et Sociétés, lors de l’ouverture au public de la Fondation Bemberg ; Me Viala doit faire les mises au point nécessaires dans une série d’articles que les journaux seront priés de publier dans le cadre du droit de réponse ;
– organiser une campagne de communication, avec « Journées porte ouverte », destinée à faire mieux connaître les activités des Académies et Sociétés, à l’occasion de l’inauguration de leurs nouveaux locaux, en 1995 ou 1996.
Le Président aborde ensuite la question de la future installation de la Société archéologique. Concernant l’accès à la salle des séances par une porte à pratiquer dans la cage du grand escalier, au niveau du deuxième étage, il indique que l’étude de faisabilité suit son cours et que l’on attend maintenant la décision de l’Inspection générale des Monuments historiques.
Pour terminer cette chronique, le Président donne lecture d’un petit article de La Dépêche du Midi, paru dans la rubrique « Coup de griffe », lequel égratigne la Fondation Bemberg à propos de la manière dont le public scolaire – « qui ne paie pas » – y est accueilli.
Suit un échange de vues sur la réaction que les Académies et Sociétés doivent avoir face aux critiques dont elles ont été la cible.
Claude Péaud-Lenoël ayant fait état d’un article assez défavorable paru dans la revue des Vieilles Maisons françaises, Guy Ahlsell de Toulza indique que les allégations qu’il contient ont été reprises de Capitole Infos, le magazine édité par la Mairie de Toulouse. Le Trésorier, par ailleurs chargé des visites des V.M.F. pour les départements de la Haute-Garonne et du Tarn déclare qu’il ne manquera pas de procéder devant les membres de cette association aux rectifications utiles. Henri Ginesty, délégué régional des V.M.F., se propose de faire publier une mise au point dans la revue.
On insiste à nouveau sur la nécessité de faire connaître au public les manquements de la Ville à ses obligations : légataire de l’Hôtel d’Assézat à charge pour elle d’y loger et entretenir les Académies et Sociétés, elle n’a jamais assuré cet entretien, et voilà
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qu’elle essaye de rejeter sur des boucs-émissaires la responsabilité de ses propres négligences ; de plus, c’est elle qui, par une incurie coupable, en laissant supprimer les visites assurées par les gardiens municipaux, a fermé l’Hôtel au public.
Pour Louis Peyrusse, il ne convient pas de répliquer aux attaques par des « piqûres d’épingle » mais il faut répondre sur le fond. Il croit que la Société archéologique pourrait publier des notes critiques scientifiquement fondées sur la collection Bemberg, ainsi que sur la « restauration » de l’Hôtel d’Assézat menée selon les vues de l’architecte Bernard Voinchet.
Sont abordées ensuite les questions diverses.
Louis Latour présente les volumes de la thèse de Maurice Scellès, consacrée à L’Architecture civile à Cahors (XIIe-XIVe siècles), et dont l’auteur offre un exemplaire pour notre bibliothèque.
Henri Pradalier rappelle que la séance publique annuelle de la Société aura lieu le samedi 25 mars ; mille deux cents invitations ont été envoyées, accompagnées de formulaires d’abonnement aux Mémoires.
On procède ensuite au rapport sur le concours de l’année académique 1994-1995.
Louis Peyrusse lit le compte-rendu que Michèle Heng a rédigé sur le mémoire de maîtrise de Mlle Véronique Carreras, qui a obtenu la mention Très bien avec les félicitations du jury :
« Le 29 septembre 1994, Mademoiselle Véronique Carreras a soutenu un mémoire de maîtrise en Histoire de l’art contemporain intitulée Recherches sur la chapelle du Château de Pau au XIXe siècle.
Le jury était constitué de M. Paul Mironneau, Conservateur du Musée National du Château de Pau, de M. Louis Peyrusse et Mme Michèle Heng, Maîtres de conférences à l’Université de Toulouse-Le Mirail.
Dans son exposé liminaire, Mlle Carreras a indiqué les motifs qui l’ont conduite à choisir ce sujet, à savoir que la chapelle n’avait jamais été étudiée ; elle a souligné ensuite les problèmes rencontrés.
La première monographie consacrée au Château de Pau en 1919 se montrant fort méprisante pour les réalisations du XIXe siècle, elle a dû effectuer un important travail de dépouillement aux Archives Nationales, comme le prouvent les sources citées.
L’historique de la chapelle s’avère particulièrement délicat. À la suite des bouleversements dus aux différentes affectations de l’édifice et à la période révolutionnaire, il est devenu impossible de retrouver l’emplacement de l’ancienne chapelle castrale. Comme le prouvent les plans et relevés reproduits dans l’album, les projets de restaurations envisagées de 1808 à 1830 n’ont pas manqué ; mais si les Bourbons ont reconstitué l’ancien domaine royal et créé la scénographie autour de l’écaille de tortue, berceau d’Henri IV, ils se sont contentés des réparations que nécessitait l’état du Château.
Les documents produits par Mlle Carreras montrent les différents partis envisagés par les architectes de Louis-Philippe au moment où le roi prend la décision d’entamer la restauration de l’édifice en 1837. En 1839, Lefranc, architecte de la Couronne, abandonnant le projet initial qui situait la chapelle dans la tour Montauser, privilégia l’avant-corps du donjon qui offrait l’avantage de faire communiquer les grands appartements avec le sanctuaire ; la construction dura de 1839 à 1843. Mlle Carreras insiste sur la symbolique et la place des éléments de remploi : la marque Febus me fé fut placée au-dessus de la tribune, la porte monumentale datant de la régence de Catherine de Bourbon en 1592 devint le chevet de la chapelle, constituant une véritable relique architecturale. Le décor intérieur dans son parti de sobriété est étudié avec soin : pour le mobilier comme pour les ornements liturgiques, les pièces d’archives montrent l’intérêt constant de Louis-Philippe pour le Château de Pau. Mlle Carreras parle d’un chantier de légitimité.
La chapelle sera entretenue et restaurée sous le second Empire : l’intervention de l’architecte Lafollye en 1865 se signale par deux fenêtres néo-renaissance et la réfection du décor intérieur.
En conclusion, ce travail montre les ambiguïtés de la reconstitution d’une chapelle castrale selon l’idéal du XIXe siècle ; il nuance fortement les critiques sévères portées par certains historiens qui ne voyaient dans le Château de Pau que la demeure de Gaston Febus ou celle d’Henri IV.
Mlle Carreras n’a pas craint un travail de dépouillement d’archives considérable et des vérifications qui l’ont conduite à remettre en cause des écrits antérieurs qui faisaient autorité. Son étude sur la chapelle du Château de Pau est définitive et il n’y a plus la moindre zone d’ombre. C’est dans un style clair et agréable, appuyé sur le vocabulaire précis de l’architecture, que Mlle Carreras a conduit rapidement cette importante recherche. S’agissant d’un sujet où l’essentiel des archives devait se trouver à Paris, elle craignait que Mlle Carreras ait des difficultés à en assurer le dépouillement. Cette maîtrise, outre les qualités dont il vient d’être fait mention, pose le problème toujours actuel des restaurations, des dérestaurations, des recréations. Les jugements péremptoires des historiens du premier tiers du XXe siècle sur le siècle précédent, des condamnations sans appel ont conduit un édifice aussi important que le Château de Pau à n’être que peu ou mal étudié pour sa partie du XIXe siècle. Il faudrait souhaiter que ce travail soit poursuivi pour la totalité de l’édifice avec une vision synthétique de l’ensemble du château. »
Le Président rend compte du mémoire de maîtrise présenté par Mlle Sophie Besa, Le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, Université de Toulouse-Le Mirail, 1994 :
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« Mlle Sophie Besa a soutenu en 1994 devant Mme Michèle Pradalier-Schlumberger et M. Henri Pradalier un mémoire de maîtrise sur le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, mémoire auquel a été attribué la mention Très bien. Ce travail de 216 pages est complété par un index, une bibliographie et une abondante illustration en couleur présentée dans un album séparé. Mlle Sophie Besa a divisé son étude en quatre parties : la première est consacrée à la présentation du missel, la deuxième à l’étude iconographique du décor, la troisième à son étude stylistique et la dernière à des comparaisons stylistiques avec des œuvres contemporaines.
Dans la première partie l’auteur fournit une abondante information sur le manuscrit, sa date, sa destination, son commanditaire. Le colophon indique en effet que le missel commencé en 1490 fut terminé en 1492, et qu’il avait été commandé par la corporation des peintres et merciers de Perpignan. Le scribe en fut Pierre Oliva, bénéficiaire de l’église Saint-Jean de Perpignan. Hélas, rien n’est dit des peintres, enlumineurs et miniaturistes ayant décoré de lettres historiées et de marges superbes treize feuillets du manuscrit.
Mlle Sophie Besa s’intéresse ensuite au contexte historique et artistique dans lequel est né ce chef-d’œuvre et apporte à cette occasion de nombreux renseignements à la fois sur l’organisation des corporations perpignanaises et le milieu local des scribes et enlumineurs à la fin du XVe siècle. Elle nous apprend ainsi à la lecture de plusieurs contrats contemporains de l’œuvre, les contraintes minutieuses qui pesaient sur ces artisans et les risques qu’ils encouraient en cas de non conformité avec les termes du contrat. Il leur était d’ailleurs souvent demandé d’imiter un autre manuscrit servant de modèle. C’est ainsi que le Missel étudié devait imiter celui de la Collégiale Saint-Jean de Perpignan. Le travail se poursuit par une longue explication de ce qu’est un missel, de son but et de ses divisions internes. Celui de la corporation des peintres et merciers de Perpignan s’ouvre par un calendrier, suivi du temporal, de l’ordinaire de la messe et du sanctoral.
L’étude iconographique menée ensuite par Mlle Besa fait apparaître l’importance accordée à saint Christophe dans ce missel, représenté deux fois, importance qui s’explique par le fait que ce saint était le patron de la confrérie demanderesse. Les onze autres lettres historiées représentent un prêtre disant la messe, la Nativité, la Résurrection, Dieu le Père en majesté, les saints Étienne, Matthieu et Jean-Baptiste, la Dormition de la Vierge, sainte Catherine, les Apôtres, l’office des défunts et la messe de la Trinité. Mlle Besa note que ces thèmes sont traités selon des critères iconographiques de la fin du XVe siècle. Ainsi Dieu le Père portant la tiare, ou la Trinité représentée sous la forme de Dieu le Père trônant, surmonté de la colombe du Saint Esprit et tenant un crucifix devant lui. Les marges ont également retenu l’attention de Mlle Besa. Elles sont peuplées d’une luxuriante végétation naturaliste, incluant dans ses rinceaux une faune naturaliste et des animaux et scènes fantastiques tels que ceux que l’on trouve dans la sculpture gothique contemporaine. À ce propos l’auteur a mené un gros travail d’identification des animaux fantastiques.
L’analyse stylistique a permis d’établir que trois peintres se sont partagés la décoration du manuscrit. Le premier, appelé « peintre A », connaît la perspective, opère par superposition des plans, utilise des dégradés de tons. Le peintre B se signale par une étude plus savante du modelé des visages pour lesquels il utilise des dégradés de couleur contrairement au peintre A qui rendait les ombres par des hachures plus ou moins foncées à la manière des graveurs. Mais Mlle Besa montre que le plus talentueux des trois peintres est le troisième, le peintre C, le plus fécond aussi puisqu’on lui doit sept des treize pages. Il joue sur les jeux de regards obliques ou droits, rend ses personnages expressifs par des gestes ou des mouvements de tête. Les vêtements sont habités de plis durs et cassés à la manière flamande que ce peintre connaît bien au point de reprendre des objets, des détails de mobilier typiques de la peinture flamande du XVe siècle.
Mais le détail de l’analyse a permis à Mlle Besa d’aller plus loin dans les comparaisons et de rapprocher l’art des trois peintres du missel 119 de Perpignan d’un livre d’heures néerlandais des années 1480, de plusieurs œuvres parisiennes de la même période, ainsi que du livre d’heures de Jacques de Rambures exécuté dans le nord de la France vers 1460. Il en ressort que les trois peintres du Missel de Perpignan ont une triple culture, catalane, française et flamande.
Au total, Mlle Besa a réalisé un gros travail de recherche dans des domaines variés puisqu’il lui a fallu aussi bien s’intéresser à l’histoire économique et sociale du Roussillon du XVe siècle qu’à la liturgie, à la codicologie, à l’iconographie et au style des miniatures exécutées. Il faut la louer pour les résultats obtenus. On fera cependant quelques réserves sur la forme. Si ces réserves ne remettent pas en question les qualités de chercheur de Mlle Besa, elles peuvent cependant fournir un argument au cas où un travail de niveau équivalent se trouverait en concurrence. Mais si le mémoire de maîtrise de Mlle Besa n’avait aucun concurrent, la Société Archéologique ne se déjugerait pas en le primant. »
Michèle Pradalier-Schlumberger analyse le mémoire de maîtrise présenté par M. Marc Salvan-Guillotin.
« Marc Salvan-Guillotin a soutenu en octobre 1994, à l’Université de Toulouse-Le Mirail, une maîtrise sur Le Trésor médiéval de Saint-Savin en Lavedan (Hautes-Pyrénées), sous la direction de Mmes Nelly Pousthomis et Michèle Pradalier-Schlumberger. La maîtrise, qui lui a valu la mention Très bien, est présentée sous la forme d’un mémoire de 132 pages, suivi d’annexes et d’une bibliographie, et d’un album de 305 illustrations, photographies, croquis et relevés.
L’auteur a fait un inventaire du trésor de l’abbaye de Saint-Savin de Lavedan, une abbaye affiliée depuis 1080 à Saint-Victor de Marseille. Le monastère, dédié à l’origine à saint Martin, a pris le vocable de Saint-Savin à partir de 1036, date probable de l’arrivée des reliques du saint. La vénération du tombeau et l’accumulation de richesses qui en résulta pour la communauté, laissent à penser qu’un pèlerinage local s’organisa autour de Saint-Savin. L’importance du Trésor est le reflet de cette dévotion. Marc Salvan-Guillotin a pris la définition de Trésor dans son appellation la plus large, en étudiant non seulement l’orfèvrerie, mais également tout le mobilier encore en place.
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L’inventaire des objets a ainsi révélé l’existence, pour la sculpture sur pierre, de deux tables d’autel du VIIIe et du IXe siècle, de deux cuves baptismales des XIIe et XIIIe siècles, d’un bénitier et du tombeau du saint (XIIIe siècle) ; pour la sculpture sur bois, de deux Vierges à l’Enfant du XIIe siècle, d’un dais reliquaire de la première moitié du XIVe siècle, d’un Christ en bois de la fin du XIVe siècle, d’une statue d’évêque et de vingt-huit stalles du XVe siècle ; pour l’orfèvrerie, de la châsse de saint Savin, de la fin du XVe siècle, de deux panneaux d’un retable du XVe siècle, comprenant dix-huit scènes de la vie de saint Savin et de divers objets liturgiques dont un peigne du XVe siècle.
Marc Salvan-Guillotin s’est attaché à l’étude de l’ensemble des objets du Trésor, pour lesquels il a fait des notices très documentées, tout en privilégiant les objets liés au culte de saint Savin : le tombeau roman à arcatures, la châsse en cuivre argenté et doré, et surtout le dais reliquaire qui est l’objet le plus original de l’église. Il s’agit d’une tour en bois doré de plus de 5 m de hauteur, de plan hexagonal, comportant une voûte d’ogives à six compartiments recouverts de peintures. Classé Monument Historique en 1904 comme étant un tabernacle eucharistique, et qualifié habituellement de « tour eucharistique », l’objet, véritable micro-architecture, est en fait, comme l’a démontré Marc Salvan-Guillotin, un dais reliquaire destiné à être placé au-dessus d’une châsse, ou au-dessus du tombeau du saint. L’auteur a mis en lumière, grâce à une série de croquis, la qualité des boiseries ajourées de remplages, et a surtout révélé les remarquables anges musiciens peints sur la voûte intérieure, dont le style s’apparente aux plus beaux ensembles de peinture murale gothique du milieu du XIVe siècle, par exemple les peintures de La Romieu ou celles de la chapelle Saint-Antonin, au couvent des Jacobins de Toulouse.
Des recherches très larges menant à des comparaisons pertinentes témoignent des curiosités et des qualités de chercheur de Marc Salvan-Guillotin, et font de ce mémoire un travail qui mérite d’être distingué par la Société Archéologique du Midi de la France. »
Sur une question d’Henri Gilles, il est précisé qu’une seule récompense est prévue pour le concours de cette année : le Prix Ourgaud, doté d’une somme de 2 000 F. Suite à une demande de Louis Peyrusse, le Trésorier déclare qu’il est possible de décerner en outre un Prix spécial de la Société archéologique, d’un montant de 1 500 F.
La discussion s’engage sur l’attribution de ces Prix. Louis Peyrusse souligne combien il est difficile de départager des travaux portant sur des sujets divers, d’une égale qualité de recherche et qui ne diffèrent guère que par des aspects formels. Les rapporteurs s’accordent pour juger exceptionnels la rigueur analytique et l’esprit de synthèse dont Mlle Carreras a fait preuve dans son étude, qui remet en cause l’historiographie traditionnelle du château de Pau. On convient que la mise en forme du mémoire de Mlle Besa, pour la soutenance duquel le jury a dû exiger une réécriture, appelle quelques réserves. Compte tenu de ces remarques, il est finalement proposé d’attribuer le Prix Ourgaud à Mlle Carreras, le Prix spécial, accompagné d’une médaille d’argent, à M. Salvan-Guillotin, et de remettre une médaille d’argent à Mlle Besa. Un vote unanime entérine cet ordre de distinction.
Le Président donne ensuite la parole à Jean Nayrolles pour la communication du jour, intitulée La redécouverte de l’art roman et l’architecture néo-romane dans le diocèse de Toulouse au XIXe siècle, publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie Jean Nayrolles pour son exposé, qu’il qualifie de « brillant », et fait appel aux observations et questions des membres de la Compagnie.
Louis Peyrusse fait remarquer que l’architecture néo-romane a correspondu en Haute-Garonne au mode de construction (ou de reconstruction) des églises qui était le moins onéreux. Dans le même sens, Odile Foucaud note l’absence de sculpture sur des édifices réalisés « à l’économie ». Louis Peyrusse et Jean Nayrolles s’interrogent sur le rôle tenu par Toulouse, au début du XIXe siècle, dans la découverte de l’art « roman » : on s’y préoccupe d’en sauver des vestiges, mais on ne participe pas à la définition du style ; alors qu’à Paris Alexandre Lenoir paraît très en retard sur la science archéologique contemporaine, Alexandre Du Mège utilise le terme « roman » dès 1829, dans son commentaire des Vues pittoresques de la cathédrale d’Albi.
Henri Pradalier intervient à propos de l’église Saint-Amans de Rodez, reconstruite en 1758 dans un style néo-roman (à l’intérieur). Ayant fait observer que son vaisseau central a reçu, non une voûte en berceau, mais une voûte d’arêtes, que son déambulatoire a été pourvu d’un voûtement « réinterprété », il indique que les chapiteaux « romans » de cet édifice posent des problèmes de sculpture aussi délicats que ceux de l’abbatiale Sainte-Marie de Souillac, qui fut remaniée par les Mauristes au XVIIe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza fournit un autre exemple de ce type de problème avec le décor sculpté de Saint-Michel de Gaillac, église reconstruite aux XIIIe-XIVe siècles dans le style gothique méridional et « romanisée » au XIXe sous la direction d’Alexandre Du Mège.
Séance publique du 25 mars 1995
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du Président
Mes chers confrères, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
L’année 1994 a vu l’Hôtel d’Assézat subir une transformation d’importance avec l’installation, au côté des Académies, de la Fondation Bemberg. Cette dernière, comme vous le savez, accueille dans une partie des locaux de l’Hôtel d’Assézat loué par la Ville, une collection qui demeure la propriété de son possesseur, M. Bemberg. Le plaisir que nous avons éprouvé à voir ce dépôt d’œuvres d’art embellir de nombreuses salles de l’Hôtel d’Assézat a été quelque peu terni par une campagne médiatique dont on ne sait ce qui, de la stupidité et de la calomnie, le dispute le plus à la mauvaise foi et à l’ignorance des faits. Cette campagne a pris pour cible les Académies, comme si on avait voulu utiliser comme repoussoir ces vénérables institutions afin de mieux mettre en valeur une Fondation qui, par ailleurs, n’en avait nullement besoin.
C’est donc avec surprise que nous avons découvert à la lecture de la presse tant régionale que nationale que les Académies étaient le refuge, je cite, de vieux croûtons, qui se livraient à des élucubrations de poètes du dimanche, qu’elles étaient peuplées de gens à l’esprit étroit qui avaient jusque-là interdit l’accès de l’Hôtel d’Assézat, et l’avaient, de surcroît, laissé se dégrader en un siècle d’occupation. Ces derniers propos étant illustrés sur certaines chaînes de télévision d’images pernicieuses prises pendant les travaux de réaménagement de l’hôtel sans que les spectateurs soient informés du procédé qui consistait à montrer l’état de l’hôtel en cours de transformation et non en période de fonctionnement. Cette campagne fut semble-t-il propagée par un dossier de presse malveillant si l’on en juge par la répétition des formules stéréotypées qui ont fleuri sous la plume de journalistes trop contents de n’avoir qu’à recopier des textes fournis à l’avance plutôt que de mener la plus élémentaire enquête que la déontologie du métier impose dans ces circonstances. Dans cette symphonie bien orchestrée on saura gré toutefois à la Dépêche du Midi d’avoir su raison garder et d’avoir refusé de hurler avec les loups. Qu’elle en soit ici remerciée.
Une telle mauvaise foi ne peut qu’attirer de notre part une nécessaire mais très sereine mise au point. Sur les vieux croûtons je n’insisterai pas. J’ai déjà dit depuis longtemps que cette appellation était ridicule et s’adressait à des gens qui, lorsqu’on les sortait du contexte académique, perdaient comme par enchantement leur étiquette de vieux croûtons pour apparaître comme de grands spécialistes ou d’importants personnages.
Plus graves, sont les accusations laissant entendre que les Académies auraient refusé l’installation de la Fondation Bemberg. Je l’ai déjà dit publiquement ; si les Académies en général et la Société Archéologique du Midi de la France en particulier n’avaient spontanément proposé la majorité de leurs locaux, la Fondation Bemberg ne serait pas aujourd’hui à Toulouse. Comment peut-on les accuser, dès lors, d’avoir tenté un sabotage de cette installation ? Ce qui est vrai, c’est que nous nous sommes battus pour obtenir des compensations à la hauteur du cadeau que nous faisions. Qui ne l’aurait fait ?
Il faut pourtant savoir qu’il aurait été possible aux Académies de dire : » En vertu du testament d’Ozenne, nous disons non à l’installation de la Fondation Bemberg dans les locaux de l’Hôtel d’Assézat « . Rien ni personne n’aurait pu aller contre cette décision. Or on peut constater que la Fondation Bemberg occupe aujourd’hui les deux tiers de l’Hôtel d’Assézat. Alors, de grâce, que l’on ne présente pas l’installation de celle-ci comme je ne sais quelle héroïque victoire sur des Académies sectaires retranchées dans un Hôtel d’Assézat inexpugnable ! Cela est faux et ridicule.
C’est ce même état d’esprit qui a poussé à exagérer les critiques contre les Académies. Les voilà tenues pour responsables de l’état dans lequel se trouvait l’Hôtel d’Assézat, qu’elles auraient laissé se dégrader ! Mais les Académies n’étaient pas propriétaires de l’Hôtel et elles devaient, en vertu du testament d’Ozenne, y être logées parfaitement et gratuitement par la Ville de Toulouse. Or, depuis 1903, date à laquelle les Académies ont été installées dans l’Hôtel d’Assézat, il a fallu attendre 90 ans pour voir enfin une municipalité faire ce que ses devancières auraient dû faire depuis bien longtemps. (Si mes renseignements sont bons, les derniers papiers peints posés dans les salles de la Société Archéologique du Midi de la France le furent dans les années 50 ! Depuis, rien.) Mais nous sommes heureux que des travaux aient enfin eu lieu dans un bâtiment qui en avait bien besoin, même si les Académies n’en profiteront que partiellement dans la partie historique de l’Hôtel d’Assézat.
Je voudrais pour en terminer avec cette affaire apporter quelques précisions sur l’information qui a consisté à prétendre que les Académies interdisaient l’accès de l’Hôtel d’Assézat aux Toulousains. Rien n’est plus faux. La preuve aujourd’hui même où plus de 1200 invitations ont été lancées aux Toulousains, comme chaque année, pour cette séance publique. Et je rappellerai que depuis des années, tous les quinze jours, la société de Géographie tient une séance publique ici même, que les Académies des Sciences et des Jeux Floraux organisent des cycles de conférences dans cette même salle, conférences ouvertes à tous les Toulousains.
Je rappellerai aussi que les Académies ne s’opposèrent jamais à la visite de l’Hôtel d’Assézat et qu’il fut longtemps possible de monter jusqu’au sommet de la tour située au-dessus du grand escalier, à condition d’être accompagné par le gardien. Par ailleurs on pouvait, et on peut encore aujourd’hui, accéder tous les après-midi aux salons de l’Académie des Jeux Floraux, les seuls, d’ailleurs, à présenter, avec les façades et le grand escalier, un certain intérêt artistique. Si parfois les visites furent interdites, ce ne fut pas du fait des Académies mais des compressions budgétaires imposées par les diverses administrations
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municipales qui supprimèrent les postes de concierge ou de gardien destinés à faire visiter l’Hôtel d’Assézat. Que reste-t-il donc des critiques adressées aux Académies ? Du vent ! Une campagne calomniatrice !
Ces désagréables épisodes n’ont pas empêché les membres de la Société Archéologique de poursuivre avec conscience leur travaux, apportant ainsi leur pierre à l’activité culturelle de la ville, activité qui trouve son expression dans la publication des Mémoires que vous pourrez vous procurer tout à l’heure si vous le souhaitez.
L’année 1994 nous a vu tenir quinze séances et organiser une journée foraine à Cahors. Au cours des séances, nous avons entendu vingt communications dont trois sont déjà publiées dans l’actuel volume des Mémoires, celle de M. Coppolani intitulée Toulouse : le projet de ville : l’ambition d’une ville forte, l’équilibre d’une ville douce, celle de M. Boudartchouk qui présente un état de la question sur l’emplacement de la première sépulture de l’évêque Saturnin de Toulouse et celle de Mme Cazes sur la cathédrale de Toulouse à l’époque romane.
Les autres communications, dont plusieurs sont largement résumées dans le Bulletin inséré à la fin du volume des Mémoires et dont les autres seront publiées dans le prochain volume, ont porté sur les sujets les plus divers. Huit d’entre elles ont concerné Toulouse. Pour l’antiquité, celle de l’abbé Baccrabère sur Les puits funéraires toulousains du quartier d’Empalot des IIe et Ier siècles av. J.-C., pour le Moyen Âge celles de M. Gérard sur Le cartulaire de Saint-Sernin et son importance pour l’étude de Toulouse et du midi toulousain aux XIe et XIIe siècles, les deux interventions de M. Cabau, l’une sur La destruction de voûtes gothiques dans un magasin au 30 Rue Saint-Rome, l’autre sur L’achat de l’emplacement de la Halle de la Pierre par les comtes de Toulouse en 1203, celle de M. Cranga sur Le sauvetage de la tour des Latrines du monastère de La Daurade. À ce propos, et puisqu’il nous arrive souvent de critiquer ce qui ne va pas, je souhaiterais dire toute la bonne volonté manifestée par la Ville de Toulouse pour la sauvegarde de ce rare vestige de la fin du Moyen Âge, alors que sa transformation en cage d’ascenseur aurait grandement facilité la circulation dans l’École des Beaux-Arts. Vous pourrez en voir de nombreuses photos dans le Bulletin.
Les XVe et XVIe siècles ont été représentés par une communication conjointe de MM. Prin et Tollon sur L’archéologie monumentale du Collège de Foix et par une communication de M. Tollon sur Trois cheminées en stuc du XVIe siècle à Toulouse. Enfin le Père Montagnes nous a entretenu d’un projet peu connu à Toulouse qui avait pour but La restitution aux Dominicains du couvent des Jacobins dans les années 1860, projet avorté en raison de la guerre de 1870.
La Haute-Garonne n’a pas été oubliée. M. Manière nous a fait part d’une Découverte archéologique gallo-romaine à Lafitte-Vigordane et M. Latour de La découverte d’une fenêtre romane géminée à Auterive ainsi que des Problèmes posés par la restauration du maître-autel de l’église Saint-Paul. MM. Tollon et Ginesty nous ont donné une belle étude sur Le château de Saint-Élix et M. Bernet des Réflexions nouvelles sur quelques aspects techniques des moulins pasteliers du Lauragais.
Enfin les régions voisines ou lointaines ont été évoquées à travers les communications de M. Lapart sur Une collection d’antiques découverte à Auch, de M. Boudet sur Les fouilles à l’oppidum de l’Ermitage à Agen qui donnent de superbes résultats, de Mme Pradalier sur la Découverte de peintures murales dans l’église Sainte-Quitterie de Massels dans le Lot-et-Garonne et de M. Julien sur L’utilisation du marbre de Caunes-Minervois dans la nef de Saint-Pierre de Rome.
Nous avons également organisé le 25 août 1995 une journée foraine à Cahors afin de remettre la médaille de la Société Archéologique à M. Guy Rouqual, propriétaire d’un hôtel-restaurant dans cette ville, en raison de la restauration qu’il a entreprise en partie à ses frais d’une fenêtre à remplage, correspondant à la chambre de parement de l’ancien palais de la famille Duèze.
Bien évidemment notre souhait est de faire connaître le plus largement possible nos travaux. Aussi avons-nous lancé une campagne d’abonnement qui permettra à tous ceux qui s’abonneront avant le 1er juillet de bénéficier pour les Mémoires de 1995 à paraître à la fin de l’année d’un tarif préférentiel et d’un numéro gratuit de leur choix des années antérieures. De même une campagne a été lancée auprès des étudiants pour un abonnement à prix coûtant de 130 F.
Notre revue est en train de redevenir une publication de niveau national. Nous souhaitons qu’elle devienne un jour une revue de niveau international. Ces progrès n’ont pu être réalisés et ne pourront se poursuivre que par l’effort persévérant et continu du groupe homogène et passionné que nous formons.
Rapport sur le concours, présenté par Mme Annie Noé-Dufour. Le prix Ourgaud est remis à Mlle Véronique Carreras, le prix spécial de la Société Archéologique à M. Marc Salvan-Guillotin, tandis que Mlle Sophie Besa reçoit une médaille d’argent.
Conférence de M. Maurice Scellès consacrée à Cahors : ville et demeures au Moyen Âge.
Séance du 4 avril 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Noé-Dufour; MM. Bernet, Bertrand, Cabau, Fabre, Ginesty, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Vézian.
Excusés: M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Cazes, M. Gérard.
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Le Président informe les membres présents qu’il doit s’absenter à 17 h 30, et que la séance sera ensuite présidée par notre Directeur, M. Coppolani.
Il remercie Daniel Cazes pour le catalogue de l’exposition Le regard de Rome, que le musée Saint-Raymond et les musées de Tarragone et Mérida consacrent au portrait romain et qui sera successivement présentée dans les trois villes. Il indique que des objets appartenant à la Société sont présentés dans l’exposition. Daniel Cazes ajoute que notre Société a eu pour cette raison les honneurs de la presse espagnole.
Le Président présente la correspondance manuscrite.
La Société historique et archéologique du Forez, La Diana, nous informe du colloque qu’elle organise en octobre prochain sur le thème Aspects de l’archéologie française, et propose un échange de publications.
Un courrier du Bureau de la Fédération des Sociétés Académiques et Savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne constate qu’aucune société ne s’est proposée pour prendre en charge l’organisation du congrès de 1995. En supposant que les difficultés rencontrées tiennent aux nouvelles conditions culturelles, le Bureau propose plusieurs solutions dont le développement de congrès thématiques et une autre répartition des charges entre la Fédération et les Sociétés organisatrices.
Le Président donne également lecture de la réponse du conservateur régional de l’archéologie à propos de la collection Savès. Notre Société est heureuse des informations qui lui sont données. Il est donc clair que les fouilles ont été faites avec l’accord de l’administration compétente. Le Président demande si des objets provenant de ces fouilles se trouvent dans la collection de Georges Fouet qui a été remise au musée Saint-Raymond. Daniel Cazes indique que n’y figurent que peu de choses, et aucun objet précieux, monnaie ou petit bronze.
Puis le Président rend compte de l’entrevue que Guy Ahlsell de Toulza et lui-même ont eue avec M. d’Ingrando à propos de la commémoration du 150e anniversaire de la mort du marquis de Castellane. On a bien sûr parlé de la restauration du pavillon, en indiquant que si la Société n’avait aucun moyen financier, elle serait en tout cas toute disposée à appuyer une démarche auprès de la Mairie de Toulouse pour obtenir des moulages des sculptures déposées. Une promesse de réaliser ces moulages aurait été faite avant la dépose. Henri Pradalier et Guy Ahlsell de Toulza ont par ailleurs expliqué à M. d’Ingrando que le classement du pavillon, intervenu à la fin février 1995, imposait le contrôle complet des travaux par la Conservation régionale des Monuments historiques.
La parole est ensuite à Maurice Scellès pour sa communication : Architecture civile de Cahors (XIIe-XIVe siècles), publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
L’intervenant complète sa présentation faite le 25 mars dernier en séance publique en abordant divers aspects de la structure urbaine, des techniques de construction ou des méthodes de travail.
Le Directeur remercie Maurice Scellès et cède la parole aux membres qui souhaiteraient poser des questions.
Louis Peyrusse s’interroge sur l’intérêt de préférer une approche comparative à une approche typologique. Pour Maurice Scellès, qui reconnaît que son choix tient aussi à une méfiance très personnelle envers toute classification, le recours à la construction d’un modèle à partir duquel sont mesurés des écarts permet de mettre mieux en valeur les déformations et leurs causes. Cette approche lui parait à la fois plus souple et plus fructueuse.
Annie Noé-Dufour fait remarquer qu’une typologie ne s’établit pas seulement à partir de l’analyse des façades et qu’elle a l’intérêt d’imposer la constitution de familles. Pour Maurice Scellès, une approche typologique est difficilement applicable à l’architecture civile médiévale urbaine parce qu’il s’agit d’une architecture fragmentaire que seule une étude archéologique très précise permet de reconstituer. Une typologie peut certes en résulter mais elle ne peut être une méthode d’étude de l’ensemble urbain.
Faisant référence à l’étude réalisée à Montpellier par Bernard Sournia et Jean-Louis Vayssettes, Louis Peyrusse demande si l’on a pour Cahors des textes susceptibles de compléter l’analyse archéologique. Maurice Scellès répond que les sources médiévales, d’ailleurs peu nombreuses, n’apportent que des renseignements très indirects sur les maisons, et que les archives modernes, à en juger d’après quelques sondages, ne contiennent rien de comparable à ce dont on dispose pour Montpellier. Il était donc exclu d’appliquer le même type d’étude régressive. On a donc mis l’accent sur l’étude archéologique des édifices, considérés comme les principaux voire les seuls documents disponibles.
Claude Péaud-Lenoël demande s’il y a eu une continuité totale entre la ville de saint Didier et la ville du Moyen Âge. Ce que l’on peut dire, c’est que les grandes lignes de la ville sont en place dès le VIIe siècle, mais on ne sait rien de l’occupation du sol à l’intérieur des murs. Seules des fouilles permettraient d’avoir une idée de la structure des maisons et de leur position sur la parcelle ou de préciser les phases de la constitution du réseau des voies.
Séance du 25 avril 1995
Présents : MM. Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire
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général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Bernet, Cabau, Gérard, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, Vézian.
Excusés: M. Pradalier, Président, Mme Pradalier-Schlumberger, MM. le général Delpoux, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Tollon.
Le Directeur ouvre la séance en demandant à l’assemblée d’excuser le Président, retenu ailleurs.
Il donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la présentation du procès-verbal de la séance du 4 avril, qui est adopté. Celui-ci donne ensuite lecture du procès-verbal de la séance du 7 février dont l’adoption avait été laissée en suspens à la demande de M. l’abbé Rocacher. Ce procès-verbal est définitivement adopté.
Puis Patrice Cabau présente le procès-verbal de la séance du 21 mars, qui est adopté.
Le Directeur rend compte de la correspondance manuscrite. À côté d’invitations à des manifestations diverses, nous avons reçu le compte rendu de la réunion du S.M.E.A.T. du 7 mars dernier, et de Mme Chantal Fraïsse une lettre de candidature au titre de membre correspondant de notre Société.
Maurice Scellès montre également les volumes reçus dans le cadre d’un nouvel échange de publications mis en place avec la Casa de Velázquez.
Le Directeur donne alors la parole à M. Pierre Gérard pour une Promenade toponymique dans la paroisse de Saint-Sernin de Toulouse, au XIIe siècle.
Le Directeur remercie vivement M. Gérard pour son exposé qui nous a fait faire le tour des origines de bien des quartiers de Toulouse et de sa périphérie, puis il fait appel aux questions.
Pascal Julien voudrait savoir si la place qui est située par les textes entre le cloître et l’hospice, et sur laquelle nous savons qu’au XIIIe siècle se pratiquaient des jeux de lance, se trouvait devant le massif occidental de l’église ou plus au nord vers le cloître ; il ajoute qu’au début du XVIIe siècle, un moulon existait juste devant le portail occidental. M. Gérard pense que la place se trouvait plutôt vers le cloître.
Pascal Julien demande si l’on a des renseignements sur l’hospice Saint-Jacques du Bourg, dont on peut penser qu’il a pris la suite de l’hospice qui se trouvait près de la porte Arnaud-Bernard. En rappelant que sa communication était limitée au XIIe siècle, M. Gérard indique que les premières mentions de cet hospice Saint-Jacques ne sont pas antérieures à 1210-1215, et que l’on peut en effet penser qu’il a succédé à l’hospice d’Arnaud-Bernard qui disparaît à la fin du XIIe siècle.
Pascal Julien voudrait encore savoir si le pont Saint-Hilaire doit être attribué à Raymond Gayrard. M. Gérard répond qu’il ne dispose d’aucune information à ce propos, alors que l’on est sûr que le pont de Castelginest est dû à Raymond Gayrard.
Daniel Cazes remarque qu’il n’est pas fait mention de Saint-Julien parmi les églises et chapelles du bourg. M. Gérard précise qu’en effet elle n’est pas mentionnée par le cartulaire mais qu’elle apparaît dans d’autres actes.
À propos de Saint-Pierre-des-Cuisines, Quitterie Cazes confirme la présence à cet endroit d’une église, sans doute funéraire, à la fin du Ve siècle. L’édifice a pu être reconnu grâce à la reprise d’un examen détaillé des maçonneries mises au jour. Elle ajoute que les fouilles viennent d’ailleurs de reprendre et qu’elles pourront être visitées à l’occasion d’une journée porte-ouverte le 30 juin prochain.
Daniel Cazes évoque les longues discussions qu’il a eues avec M. l’abbé Baccrabère pour savoir s’il fallait situer l’église Saint-Quentin à l’intérieur ou à l’extérieur du rempart romain. M. Gérard dit que le cartulaire ne lui a pas apporté de précision sur son emplacement. Mme Blanc-Rouquette se souvient qu’un tableau du XVIIIe siècle, dû à Moretti, la représente dans l’alignement des maisons qui bordaient la place du Capitole. Daniel Cazes rappelle que rue Romiguières, M. Raphaël de Filippo a trouvé des sépultures devant le rempart, ce qui pourrait être un argument en faveur d’une église située à l’extérieur. M. Gérard note qu’en tout cas, le vocable de Saint-Quentin correspond sans doute à l’époque mérovingienne, et Mme Blanc-Rouquette ajoute que l’église était également dédiée à saint Gilibert et saint Blaise.
Maurice Scellès souligne tout l’intérêt que présente la localisation précise d’un quartier de « maisons à tour » à proximité immédiate de la basilique. Il demande si l’on a des mentions de maisons en pierre dans le cartulaire, et par ailleurs si l’on a une idée des propriétaires des boutiques et des étages d’habitation pour la rue du Taur. M. Gérard répond qu’il n’a pas trouvé mention de maison en pierre. Quant aux maisons à « solier », il pensait qu’il fallait peut-être y voir un comble ouvert, le mot pouvant venir de solarium. Maurice Scellès se demande si le solier ne correspond pas à un étage. M. Gérard lui propose de lui communiquer toutes les mentions de maisons qu’il a rencontrées dans le cartulaire pour cette époque.
M. l’abbé Rocacher demande si le « cloître » avait un statut juridique particulier et si la zone funéraire était limitée à un seul espace à l’est de l’église. M. Gérard précise que les textes ne donnent aucune indication sur un éventuel mur de clôture mais qu’il ne fait pas de doute que le « cloître » jouissait d’un statut particulier. D’après les actes, le cimetière est en effet limité à ce seul espace au XIIe siècle.
Au titre des questions diverses, le Directeur demande si l’on a une idée de l’intérêt des résultats des fouilles des rues Sainte-Anne et Saint-Jacques. Quitterie Cazes indique que Jean Catalo qui dirige ce chantier aura sans doute l’occasion de nous en entretenir. Les travaux ont permis de compléter la fouille réalisée en 1989 et de retrouver un mur du il, siècle après J.-C., dont la longueur connue est aujourd’hui de 40 m. Il faut donc exclure l’hypothèse d’un mur d’une simple maison et l’on pense à un portique.
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Séance du 9 mai 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Bourdieu, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Ginesty, Gillis, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés: M. Coppolani, Directeur, Mme Cazes, M. le général Delpoux.
Invités : Mlles Haralsdottir, Martin, M. de Beauregard.
Le Président demande à la compagnie d’excuser ses absences précédentes et son absence prochaine à la séance du 23 mai. Il indique à ce propos que Daniel Cazes sera retardé et qu’il faudra donc débuter la séance avec les questions diverses.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 25 avril, qui est adopté après une précision apportée par Mme Blanc-Rouquette.
L’abbé Baccrabère ajoute qu’il a assisté à la démolition des fondations de l’église Saint-Quentin. Il vérifiera ses notes pour pouvoir en donner la situation avec certitude. Daniel Cazes se souvient également de cette découverte, et que les fondations très puissantes mises au jour à proximité des arcades et de la rue Gambetta ont disparu en un jour et demi. Mme Blanc-Rouquette précise que l’aquarelle représentant l’église a été publiée dans un catalogue récent du Musée Paul-Dupuy.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite, signalant plus particulièrement une plaquette que la Généralité de Catalogne a consacrée à la restauration des monuments. Il indique encore que M. Jean-Claude Richard, membre de notre Société, nous a fait parvenir le programme des rencontres de Saint-Guilhem-Le-Désert.
Par ailleurs, M. Raybaud, président de la Société immobilière Patrimoine l’a contacté pour savoir s’il y avait un risque archéologique sur un terrain proche du Bazacle, où sont envisagées de prochaines constructions. M. Raybaud pense que le terrain se situe en fait sur les remblais du canal. Annie Noé-Dufour, après avoir demandé des précisions sur l’emplacement, rappelle que l’on connaît des usines du XVIIIe siècle qui étaient implantées dans le quartier. Daniel Cazes croit que le projet concerne un terrain qui longe le canal de Brienne.
Le Président indique que M. Raybaud est également président de l’association F.E.R.M.A.T., association des amis de l’Hôtel d’Assézat, que sa société va sans doute financer. Ce contact a été l’occasion de lui certifier que la Société Archéologique du Midi de la France saurait rester indépendante en toutes circonstances. À une question de Bruno Tollon, le Président répond que l’association FERMAT ne comprend pas la fondation Bemberg et que son président est obligatoirement une personne extérieure aux Académies et Sociétés savantes. Il annonce également qu’il est question de réaliser un CD-rom sur l’Hôtel d’Assézat.
M. Péaud-Lenoël demande si l’on a des informations sur la portion de rempart romain apparue sur le site de l’ancien conservatoire de musique. Daniel Cazes dit qu’il est prévu, pour une fois, de le conserver, en le rendant visible dans le foyer du futur théâtre. Guy Ahlsell de Toulza ajoute qu’il a été soigneusement dégagé et nettoyé par les archéologues, et qu’il forme un fort bel ensemble. Le Président fait remarquer qu’il ne faudrait pas qu’un si beau nettoyage annonce la destruction du rempart ; à ce propos, il rapporte que comme il s’indignait de la destruction des vestiges du grand bâtiment du Ve siècle sur le site de l’hôpital Larrey, le président de la société qui a réalisé le programme immobilier, lui avait affirmé qu’il aurait été possible de les conserver…
La parole est alors à Pascal Bertrand pour la communication du jour sur Le commerce de la tapisserie à Toulouse à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie Pascal Bertrand pour cette communication qui va sans doute susciter bien des questions car il s’agit d’un sujet qui n’a été que peu étudié. Les tapissiers étaient-ils regroupés dans un quartier de Toulouse ? Pascal Bertrand ne le pense pas, ajoutant qu’il n’y avait qu’un très petit nombre de tapissiers à Toulouse. En fait, il y en a un peu partout en France, assez peu nombreux, qui se déplacent et dont bien souvent on ne connaît pas les résidences.
Le Président demande encore si les tapisseries qui sont prêtées lors des cérémonies sont des pièces que l’on conserve dans des dépôts ou que l’on dépend pour l’occasion. Pascal Bertrand rappelle que ce sont souvent des tapisseries qui appartiennent à des particuliers, et que pour les présenter on les nettoie avant de les exposer, on les fait sécher avant de les rendre à leurs propriétaires, toutes tâches qui sont parfois confiées à des tapissiers ; le prêt des tapisseries contribue à la renommée du propriétaire. S’agit-il de pièces de grande qualité ? Reconnaissant qu’il n’a pas évoqué la qualité des tapisseries, Pascal Bertrand répond que les très belles pièces viennent des Flandres et sont peu fréquentes. Felletin et Aubusson produisent des verdures ordinaires ; quant aux productions locales, ce sont des tapisseries techniquement bien faites mais dont le dessin est déplorable. À propos de la tenture de Saint-Étienne, Pascal Bertrand fait remarquer que la bordure en est assez belle mais que le dessin des scènes est pauvre, précisant qu’il est vrai qu’elle a été en grande partie retissée au XXe siècle.
Louis Peyrusse s’interroge sur les causes de la médiocrité des dessins. Pour Pascal Bertrand, cela s’explique par le prix très élevé d’un carton commandé à un grand peintre, le plus souvent plus élevé que celui de la fabrication. Le rapport entre le prix et les dimensions, lorsqu’ils sont indiqués par les actes, permet-il de connaître la qualité de la pièce, demande le Président. Dans une certaine mesure, car cela suppose que l’on sache si l’on a à faire à un original ou à une copie. Bruno Tollon voudrait savoir si
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l’on dispose de nombreuses indications de prix pour le XVIe siècle. Pascal Bertrand répond que ce n’est pas le cas, et que l’on n’a aucune indication sur les prix des cartons.
Guy Ahlsell de Toulza indique qu’à Fourquevaux, une série de tapisseries était conservée dans des coffres. Puis il précise qu’une série de tapisseries de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle, qui se trouve au château de Loubens, va être vendue prochainement. Pascal Bertrand ajoute que quelques tapisseries anciennes sont encore conservées dans la région : à Merville, par exemple, une série du XVIe siècle est dans la famille depuis très longtemps ; trois des neuf pièces ont beaucoup souffert, mais les autres ont encore de très beaux coloris et portent en outre des marques de tapissiers.
Passant aux questions diverses, le Président informe la Société que la journée à Martres-Tolosane, initialement prévue pour le 20 juin, est reportée à l’automne, afin de laisser au Bureau le temps de mieux organiser la visite.
Maurice Scellès soulève la question de la nouvelle croix du Languedoc de la place du Capitole. On rappelle que la Mairie a largement utilisé la qualité de membre de la Société Archéologique qu’avait Roger Camboulives pour justifier le parallèle stupide que l’on a établi entre les douze boules de la croix et les signes du zodiaque. Il est fait référence à un article que Roger Camboulives avait publié dans L’Auta, et M. Fabre précise à ce propos que les articles parus dans la revue des Toulousains de Toulouse n’engagent que leurs auteurs. La Société Archéologique du Midi de la France ne cautionne en tout cas nullement cette idée saugrenue, dont elle juge d’ailleurs la traduction plastique bien faible, mais cela est sans conteste hors de ses compétences.
Louis Peyrusse fait remarquer qu’après l’échec du projet de fontaines ornées de sculptures monumentales, dont l’exécution avait été confiée à Falguière et ses élèves, la place du Capitole atteint aujourd’hui le degré zéro de la sculpture. La place a toujours joué de malchance car, comme le rappelle Pascal Bertrand, la statue équestre de Louis XIV, dont on connaît la maquette de Marc Arcis, n’a jamais été réalisée. Daniel Cazes indique que les statues du projet de Falguière ont été dispersées ces dernières années dans différentes fontaines de Toulouse.
Évoquant la récente occupation de bâtiments de l’avenue Honoré-Serres, Guy Ahlsell de Toulza souhaite que l’on s’interroge sur l’avenir des édifices inscrits ou classés Monuments historiques. Quel sort est réservé au Palais des verrières de Victor Gesta récemment vendu à la SMESO ? Guy Ahlsell de Toulza cite aussi le cas de l’hôtel de Lagoutine, à Mazamet, inscrit Monument historique et qui subit des dégradations multiples, dont les menuiseries sont arrachées… On rappelle que souvent un temps assez long s’écoule entre la demande de classement et l’arrêté qui le rend effectif.
On évoque le cas du château Ozenne, face au lycée Raymond-Naves, qui fait l’objet d’une proposition de protection et pour lequel la Région, propriétaire, cherche à obtenir un arrêté d’insolidité.
Annie Noé-Dufour rappelle que l’État n’a l’obligation de faire des travaux de sauvegarde à la place des propriétaires déficients que si l’édifice est classé. Pour Louis Peyrusse, le problème reste en général entier lorsque les propriétaires ne sont pas disposés à assurer la conservation du monument. Guy Ahlsell de Toulza conclut en constatant qu’il faut faire quelque chose pour protéger les édifices protégés au titre des Monuments historiques.
Séance du 23 mai 1995
Présents MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Blanc-Rouquette, Labrousse, Cazes, Watin-Grandchamp, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Blaquière, Gillis, Hermet, Julien, Fabre, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher.
Excusés M. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général, le général Delpoux.
Invités: Mmes Michèle François, Marie-Françoise Ribadeau-Dumas, MM. Daniel Bonzom, Yves Cranga.
Le Trésorier, Guy Ahlsell de Toulza, qui assure la présidence de la séance, demande à la compagnie d’excuser le Président, le Directeur, le Secrétaire général et le Bibliothécaire-archiviste, exceptionnellement tous absents aujourd’hui pour des raisons diverses.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.
Guy Ahlsell de Toulza précise que l’hôtel de Lagoutine a été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, et que la demande de classement a été formulée mais n’a jamais été instruite. Il est indiqué qu’il y a eu à ce sujet une mission d’inspection dont les conclusions n’ont pas été rendues publiques ; il semble cependant que, dans cette affaire, l’État a fait tout ce qu’il pouvait faire, étant entendu qu’il ne faut pas oublier qu’il ne peut aller à l’encontre des droits de la propriété privée. Guy Ahlsell de Toulza rappelle que la loi Malraux a pourtant étendu les prérogatives que la loi de 1913 reconnaissait à l’État.
Guy Ahlsell de Toulza, rapportant les propos du Président, donne ensuite des informations sur l’achèvement des travaux d’aménagement de nos futurs locaux.
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La conversation téléphonique que le Président a eue avec M. Séguy lui a permis d’apprendre que le projet de porte de M. Voinchet n’a pas reçu l’agrément de M. Mouffle qui a suggéré une porte montant jusqu’au plafond, et M. Voinchet devra donc mettre au point un nouveau projet. Le Président a adressé un courrier à M. Andrès pour lui demander de faire accélérer la procédure.
La deuxième difficulté tient au mobilier, le Secrétaire Général de la Ville refusant une nouvelle rallonge des crédits pour l’Hôtel d’Assézat. Il faudra donc récupérer une partie de notre ancien mobilier, et les acquisitions de rayonnages pour la bibliothèque seront limitées aux besoins actuels, les compléments nécessaires devant être achetés au fur et à mesure les années suivantes. Il faut encore régler la question de l’installation électrique dans notre future salle des séances, installation qui n’a pas été réalisée parce que le local se trouve entre les deux chantiers que sont la restauration de l’Hôtel et la construction des locaux neufs. Notre Trésorier a eu l’occasion de rappeler que si notre salle des séances n’était pas prête, nous ne pourrions libérer la salle de l’Académie des Sciences dont les travaux seraient ainsi bloqués. Guy Ahlsell de Toulza donne alors lecture de la lettre que notre Président a adressée à ce propos au Maire de Toulouse. Il conclut à la nécessité de prévoir rapidement une réunion du Conseil d’administration de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat.
La parole est ensuite à Quitterie Cazes, Maurice Scellès et M. Daniel Bonzom qui présentent quelques observations sur l’église de Blagnac, observations faites à l’occasion des travaux de rénovation en cours. M. Daniel Bonzom a assuré un suivi archéologique du creusement des drains tout autour de l’édifice, et c’est à son invitation que Quitterie Cazes et Maurice Scellès se sont rendus sur place. La mise au jour des maçonneries intérieures a permis une première analyse des différents états d’un édifice jusque-là très mal connu :
« L’église Saint-Pierre de Blagnac se signale d’abord par son haut clocher « toulousain » en brique qui précède une large nef de deux travées. Celle-ci s’achève par une abside de même largeur, de plan semi-circulaire à l’intérieur et polygonal à l’extérieur. Plusieurs chapelles d’époques différentes viennent se greffer sur les flancs nord et sud.
Matériaux et techniques de construction permettent de distinguer d’emblée les états successifs de l’édifice. Leur chronologie relative peut être aujourd’hui plus facilement établie grâce à l’enlèvement des enduits intérieurs.
Les quatre étages polygonaux du clocher, dont les baies sont couvertes par des arcs en mitre, reposent sur un premier niveau de plan carré qui était largement ouvert par des arcades brisées. Au sud et à l’ouest, une porte et un portail « néo-gothiques » y
![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Plan : chronologie des différentes étapes de la construction. |
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| ont été implantés au XIXe siècle ou au début du XXe siècle (la clef du portail ouest conserve l’inscription FECIT ANNO, mais la date qui suivait a disparu) ; l’arcade nord a été condamnée par la construction, peut-être au début du XIXe siècle, d’un réduit contre le clocher et la façade l’église. Ce premier niveau forme donc un porche, qui communique avec la nef par une grande arcade brisée. Celle-ci a visiblement été établie dans une maçonnerie antérieure contre laquelle s’appuie le clocher. Le style des culots qui reçoivent les nervures chanfreinées de la voûte du porche conduit à ne pas en situer la construction avant la fin du XVe siècle. Nous verrons qu’elle correspond à une grande campagne de travaux au cours de laquelle l’église a été entièrement voûtée. Sur le mur de façade, de part et d’autre du clocher, subsistent des pans entiers d’une maçonnerie très caractéristique où alternent des lits de galets ou de pierres de remplois et des assises de briques. On y distingue encore les vestiges de deux petites fenêtres dont l’arc en plein cintre était constitué de briques rayonnantes bloquées au mortier. Cette maçonnerie aisément identifiable à l’extérieur comme à l’intérieur permet de reconnaître les dispositions du premier état de l’édifice. Elle est en partie conservée dans le mur nord. Elle a été largement entaillée dans ses parties basses lors de le construction de deux chapelles, mais on y observe cependant, partiellement masqué par le contrefort qui divise la nef, un grand arc en plein cintre en brique qui pouvait correspondre à une niche ou un enfeu. Dans les parties hautes subsistent les vestiges d’au moins trois fenêtres : une a conservé son arc en brique visible à l’extérieur, et les piédroits et arcs des embrasures montrent qu’il s’agissait de baies de belle dimension largement ébrasées vers l’intérieur. Quant au mur sud, il a été rebâti au XVIIe ou XVIIIe siècle, et l’angle sud-ouest a été refait à neuf entre 1944 et 1948. | ![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Clocher-tour vu depuis l’ouest. Cliché M. Scellès. ![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Elévation nord de la nef, partie orientale : la maçonnerie de pierres et de briques correspond à l’état primitif. Cliché M. Scellès. |
L’abside et les deux annexes qui l’encadrent appartiennent presque entièrement au premier état. L’annexe nord a toutefois était agrandie vers le nord, la partie ajoutée se distinguant nettement à son curieux appareil fait de fragments de briques assisés entre des arases très régulières de briques entières ; son élévation orientale a en outre été remaniée à plusieurs reprises : une fenêtre rectangulaire du XVe ou du XVIe siècle recoupe le grand arc en plein cintre, en brique et chanfreiné, d’une porte qui n’appartient pas à la construction d’origine. Il faut remarquer sur l’abside les défoncements rectangulaires dans lesquels ouvraient les fenêtres (dont ne subsistent que quelques traces), qui réservent une bande haute et des faux-pilastres sur les angles formés par les pans du polygone. Caractéristiques du premier état sont également les quatre fenêtres en grande partie conservée dans les élévations est et sud de l’annexe méridionale : comme les autres fenêtres, elles étaient couvertes par des arcs en plein cintre en brique et étaient largement ébrasées vers l’intérieur ; leur nombre (deux pour chacun des côtés) semble exclure que cette « annexe » ait été à l’origine une chapelle.
Dans son premier état, l’église présentait donc une nef d’environ 11,50 m de large sur 18 m de long, aux murs relativement minces ; elle étaient bien éclairée par des fenêtres hautes. Ni la nef, ni l’abside n’étaient voûtées. La large abside,
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![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Côté nord du chevet. Cliché M. Scellès. | ![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Faux-appareil peint conservé au-dessus des voûtes de la fin du XVe siècle. Cliché Thomas Alonso. ![]() BLAGNAC, ÉGLISE SAINT-PIERRE. Angle nord-ouest de la nef : culot aux armes des Voisins. Cliché Thomas Alonso. |
de plan circulaire à l’intérieur et polygonal à l’extérieur, était encadrée de deux annexes qui rappellent la prothésis et le diaconicon des églises paléochrétiennes. Le plan comme la technique de construction évoquent donc des formes très anciennes. Nous ne disposons cependant d’aucun critère de datation un peu sûr pour situer ce premier état, d’autant que le deuxième état de l’édifice n’est pas non plus précisément daté. Dans un premier temps, nous avions prudemment, et trop rapidement, proposé de dater ce premier état du XIIIe siècle. Sans exclure une datation relativement tardive, il faut sans doute élargir nos hypothèses aux siècles antérieurs.
Le deuxième état est caractérisé par la construction de deux grands arcs brisés en brique qui divisent désormais la nef en deux travées et la séparent de l’abside. Il s’agit de deux grands arcs diaphragmes destinés à porter la charpente : l’abside et la nef ne sont toujours pas voûtées comme le prouve le décor de faux-appareil conservé dans les combles au-dessus des voûtes actuelles. A ces modifications correspondent les contreforts extérieurs entièrement en brique, et sans doute aussi la sorte d’arc-boutant construit sur le mur ouest de l’annexe sud, probablement pour contrebuter l’arc triomphal. Celui-ci est en effet alors surmonté d’un clocher-mur dont la base subsiste entre la toiture de la nef et celle de l’abside.
La dernière grande campagne de travaux correspond au voûtement de tout l’édifice. Les voûtes à liernes et tiercerons, le profil chanfreiné des nervures et le décor des culots permettent de la situer à la fin du XVe siècle. Les trous ménagés dans la voûte prouvent que le clocher-mur a continué à être utilisé, peut-être même après l’érection du nouveau clocher, sur la façade, qui a parachevé le remodelage de l’église. Il faut sans doute attribuer ces travaux importants aux Voisins, seigneurs de Blagnac, dont
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l’écu figure en différents endroits. Peu de temps après, dans la première moitié du XVIe siècle à en juger d’après un culot à têtes d’angelots, une chapelle est ajoutée entre les deux contreforts nord.
Le mur sud de la nef paraît avoir été presque entièrement reconstruit au XVIIe ou au XVIIIe siècle, et deux chapelles de plans semi-circulaires ont été ajoutées au XIXe siècle. Il faut enfin indiquer que l’angle sud-ouest de la nef a été rebâti après avoir été endommagé par un avion allemand en 1944.
Bien des incertitudes seront sans doute levées par une analyse archéologique des maçonneries, qui reste à faire et que facilite aujourd’hui l’enlèvement des enduits intérieurs. L’étude des comblements des baies primitives (où apparaissent des couches d’enduit superposées avec en particulier des traces de peinture rouge sur la plus ancienne) apporterait des informations précieuses. Le délai de deux ans prévu avant la reprise des travaux devrait permettre une analyse complète de l’édifice, qui seule pourrait fonder le parti de restauration de la nef où il paraît a priori souhaitable de maintenir visibles les états successifs. »
Guy Ahlsell de Toulza indique que la nef de la cathédrale de Lavaur présente dans ses deux travées occidentales des maçonneries faisant alterner moellons et assises de briques. Il lui semble qu’il s’agit plutôt du résultat de l’opportunité de remployer les matériaux de l’édifice antérieur que d’un choix esthétique.
Claude Péaud-Lenoël signale également un bâtiment de l’abbaye de Bonnefont, situé sur un côté du cloître et actuellement ruiné, dont les murs sont bâtis avec des pierres disposées en arête de poisson alternant avec des assises de briques.
À propos des matériaux remployés dans l’église de Blagnac, M. Daniel Bonzom indique que, selon l’Architecte des Bâtiments de France, de nombreuses pierres sont rubéfiées. Pour Quitterie Cazes, leur aspect peut être dû à une altération naturelle de la pierre.
Quitterie Cazes informe ensuite la Société de la reprise des fouilles à Saint-Pierre-des-Cuisines et annonce qu’une journée porte-ouverte sera organisée sur le site le 30 juin. Puis elle montre une diapositive des importants vestiges de la courtine et d’une tour du rempart romain mis au jour rue Labéda sur l’emplacement de l’ancien conservatoire.
Maurice Scellès fait circuler une photographie d’un tableau actuellement conservé dans l’église Saint-Barthélemy de Cahors. Il s’agit d’une Présentation au temple tout à fait semblable, mais avec un dessin inversé, à celle peinte en 1715 par Louis de Boulogne le Jeune (1654-1733) pour le chœur de Notre-Dame de Paris (La peinture au Musée du Louvre. Catalogue illustré. Ecole française XVIIe et XVIIIe siècles, 1 : A-L, Paris : Éd. des musées nationaux, 1974, p. 41, 259). Maurice Scellès indique qu’il n’a pu observer directement le tableau de Cahors, dont l’état de conservation est médiocre et qui est actuellement entreposé dans une chapelle avec d’autres peintures de grand format. Une photographie du Service Départemental de l’Architecture permet cependant de se rendre compte de la qualité du dessin de l’œuvre. Il se demande s’il n’est pas légitime de ce fait de s’interroger sur l’éventuelle antériorité du tableau de Cahors.
Pour Pascal Bertrand, il y a là une erreur de méthode. Le dessin inversé implique qu’il ait existé une gravure du tableau original qui est sans aucun doute le tableau conservé au Louvre, exécuté pour un édifice majeur et dont on connaît et la date et l’auteur. Maurice Scellès dit qu’il accepte très volontiers les arguments de Pascal Bertrand.
Guy Ahlsell de Toulza donne ensuite la parole à Dominique Watin-Grandchamp et Yves Cranga pour une communication sur le château de Masnau-Massuguiès, dans le Tarn, communication publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Guy Ahlsell de Toulza remercie Dominique Watin-Grandchamp et Yves Cranga pour cette communication qui nous fait découvrir un château particulièrement intéressant et une personnalité peu commune. A propos du décor peint, il se demande s’il faut évoquer des tapisseries ou des toiles peintes.
Pour Pascal Bertrand, qui fait remarquer que tous les décors du XVIIe siècle comportent une bordure, ces décors font surtout penser à des toiles peintes, et l’on peut aussi évoquer les décors de faïence de Delft. Pascal Julien rappelle que l’on réalise des décors en bleu et blanc pour les retables du Tour des Corps saints à Saint-Sernin vers 1670.
À une question de Guy Ahlsell de Toulza, Dominique Watin-Grandchamp répond que l’édifice comporte en effet quelques éléments du XVIIIe siècle qui sont dus aux Carlot.
Maurice Scellès note que les modifications apportées aux fenêtres et lucarnes devraient permettre de préciser la datation de l’enduit. Dominique Watin-Grandchamp précise que l’enduit passe sur les modifications du XVIIIe siècle mais pas sur celles du XIXe siècle.
Guy Ahlsell de Toulza attire l’attention sur le plan de l’édifice. Il imaginerait volontiers une première aile précédée d’une cour, à laquelle on aurait ajouté la deuxième aile. Il faut en tout cas remarquer qu’il s’agit alors d’un plan archaïque, qui pourrait être celui d’un château du XIVe siècle, ce qui laisse supposer que les vestiges de cette époque puissent être plus importants que ce que l’on peut actuellement observer.
Abordant les questions diverses, Pascal Bertrand exprime son indignation devant la façon dont on traite l’hôtel Saint-Jean-de-Malte : les raisons de sécurité, après son occupation par l’association D.A.L., ne peuvent justifier l’horrible rideau métallique que l’on a placé au portail, même s’il s’agit d’une solution temporaire. Il est indiqué que c’est bien le Service des Monuments historiques qui a fait placer ce rideau de fer.
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![]() CAHORS (LOT), ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMY. Présentation au Temple, huile sur toile. Cliché S. D.A. du Lot. |
Guy Ahlsell de Toulza fait circuler l’article, paru dans La Dépêche du Midi, que Mme Ginette Toulet a consacré aux découvertes de Pascal Bertrand sur les tapisseries de la cathédrale Saint-Étienne.
Séance du 6 juin 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire général ; Mmes Blanc-Rouquette, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, MM. Bertrand, Boudet, Fabre, Gillis, Julien, Fabre, Péaud-Lenoël, Prin.
Excusés: M. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, MM. Cabau, le Père Montagnes, Peyrusse.
Le Président donne la parole à Mme Pousthomis-Dalle pour une communication consacrée au cloître roman de Catus (Lot), publiée dans ce volume (t. LV, 1995) de nos Mémoires.
Le Président remercie l’orateur de son exposé sur ces sculptures médiévales de Catus, exceptionnelles à plus d’un titre et qui enrichissent désormais l’ensemble déjà très abondant de la sculpture romane du Quercy. Il se montre étonné de la petite taille des chapiteaux présentés qui évoquent pour lui des œuvres plutôt destinées à des fenêtres qu’à une galerie de cloître. Quant à la date de ces sculptures, Maurice Prin pense à un XIIe siècle très avancé. Pour Henri Pradalier, on serait là après Moissac. Daniel Cazes
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suggère la comparaison, du point de vue du format, avec les chapiteaux de la galerie supérieure du cloître de Saint-Guilhem-le-Désert. Mme Pousthomis précise qu’il existe encore, sur place, d’autres chapiteaux, mais que les travaux étant finis, il y a peu de chance de pouvoir reprendre les fouilles. Il est en effet impossible, pour des raisons de propriété, de décaisser l’ensemble de l’aire à étudier. Henri Pradalier voudrait savoir si, après la pose du drain récemment réalisée à Catus, la salle capitulaire est moins humide.
Daniel Cazes demande si la relation entre les arcs reconstitués grâce à leurs claveaux retrouvés et les petits chapiteaux est sûre. Nelly Pousthomis la croit tout à fait bonne. Pour Michèle Pradalier-Schlumberger, cette réduction des proportions des chapiteaux serait plutôt caractéristique des cloîtres du début du XIIIe siècle.
Nelly Pousthomis apprend à la Société qu’un sculpteur a acheté plusieurs chapiteaux à un maçon de Catus. Ce sculpteur se propose de les mettre en dépôt dans le prieuré à la seule condition que ceux-ci y soient correctement conservés et présentés.
Guy Ahlsell de Toulza demande s’il existe d’autres fragments de ce cloître. Nelly Pousthomis répond par l’affirmative et précise que ces morceaux sont très nombreux. Guy Ahlsell de Toulza croit que la chute depuis une galerie supérieure aurait entraîné un éclatement plus important des chapiteaux et colonnes. Il voudrait aussi savoir si l’on connaît les raisons du déversement du cloître au XIVe siècle et s’il peut s’agir d’une destruction volontaire. Nelly Pousthomis a relevé des traces d’incendie dans un escalier situé à l’une des extrémités de la galerie nord. Cet escalier menait au dortoir. Henri Pradalier évoque la possibilité de passer sur la galerie du cloître pour se rendre au dortoir. M. Péaud-Lenoël aimerait connaître l’origine des pierres utilisées par les sculpteurs. Nelly Pousthomis indique un calcaire mi-doux de la région. Henri Pradalier conclut cet échange de vues en remerciant encore l’intervenante.
Le Secrétaire général présente alors deux albums de photographies des années 1880, donnés à la Société par Maurice Scellès, son Secrétaire-adjoint. Certaines sont précisément datées des années 1885 et 1886. Les photographies ont un intérêt pour la connaissance des fouilles du forum romain, et de plusieurs édifices et décors de Rome et de Pompéi, mais aussi du temple de Dudga et de l’amphithéâtre d’El Djem en Tunisie.
Le Président informe la compagnie des nombreuses questions qui se posent encore à l’Hôtel d’Assézat. Pascal Julien voudrait connaître la date de retour de la Société dans ses nouveaux locaux. Henri Pradalier précise que celui-ci ne saurait se faire avant la fin de l’année 1995, et pas avant que la Société ait reçu les meubles promis. Guy Ahlsell de Toulza évoque le problème, non encore résolu, de la longueur de rayonnage qui sera installée.
Séance du 20 juin 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire général ; Mme Blanc-Rouquette, MM. Boudet, Ginesty, Julien, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Prin, l’abbé Rocacher.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, MM. Blaquière, Hermet.
Invités : Mlle Haralsdottir, M. Smitarello.
En l’absence du Secrétaire Général et du Secrétaire-adjoint, le Président donne lecture des procès-verbaux des séances des 23 mai et 6 juin. Ceux-ci sont approuvés après de légères modifications.
La parole est alors à Pascal Julien pour sa communication Un sculpteur toulousain disciple du Bernin : Gervais Drouet, l’auteur du retable du chœur de la cathédrale Saint-Étienne :
« Le sculpteur Gervais Drouet (1610-1673) est resté totalement inconnu de l’histoire de l’art, perdu dans une vision légendaire de la sculpture toulousaine jamais remise en question.
Formé en Touraine, il travailla à Rome de 1648 à 1652, sur les prestigieux chantiers de la basilique Saint-Pierre ou de la cathédrale Saint-Jean-de-Latran, sous les ordres du Bernin puis aux côtés du frère de celui-ci. En 1654, il s’installa définitivement à Toulouse et y développa durant près de vingt ans un atelier prospère, actif dans plusieurs villes du Midi. Les nombreuses œuvres et documents retrouvés, ajoutés aux rares faits déjà connus, permettent d’esquisser le portrait de cet artiste qui évolua de la sage virtuosité de la sculpture mancelle aux mises en scènes exaltées du baroque romain. Connu pour les statues du jubé de la cathédrale d’Auch et le retable majeur de la cathédrale de Toulouse, on peut désormais lui attribuer plusieurs œuvres inédites, comme un Buste du pape élevé par deux anges dans la basilique Saint-Pierre, le bas-relief de Jonas surgissant de la baleine de la cathédrale de Rome (1648), la Vierge de Pitié de Saint-Étienne de Toulouse (1654), Le Christ et la Samaritaine au puits du musée des Augustins (1656), un Crucifix, un Saint Jean et un Saint Exupère de la basilique Saint-Sernin (1668), un Christ aux liens de la Maison des Œuvres de Cahors (1669), le bois du Buste de saint Cizi et deux Anges de la
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![]() | ALBUM DE PHOTOGRAPHIES DES ANNÉES 1880 : « Plusieurs membres de l’École de Rome. Le quatrième personnage à notre gauche est le célèbre Mommsen ». Bibliothèque de la S.A.M.F. |
![]() | ALBUM DE PHOTOGRAPHIES DES ANNÉES 1880 : « Rome. Fouilles du Forum. La Maison des Vestales ». Bibliothèque de la S.A.M.F. |
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cathédrale de Rieux (1671), ainsi que deux statues non datées : une Pietà de la cathédrale de Saint-Lizier et un Saint Christophe sur la façade de l’église Saint-Éxupère de Toulouse.
Sûr de son talent, Gervais Drouet poussa à l’extrême un réalisme fougueux, renforçant son art d’artifices techniques encore jamais usités. Fort de références italiennes, mais toujours soucieux d’interprétations originales, il créa des œuvres majeures et novatrices pour lesquelles il mérite une place des plus honorables dans l’histoire de la sculpture française. »
Le Président remercie Pascal Julien pour la qualité de sa communication qu’il a bien voulu refaire au pied levé devant nous après l’avoir présentée devant les membres de la Société de l’Histoire de l’Art français dans le Bulletin de laquelle elle sera publiée.
À propos du saint Christophe de la façade de l’église Saint-Éxupère, qui a remplacé un saint Joseph, il remarque que l’iconographie n’est pas conforme à la tradition puisque l’Enfant-Jésus placé ici aux pieds de saint Christophe devrait être sur son épaule. Il interroge Pascal Julien pour savoir si cet Enfant-Jésus ne serait pas celui qui accompagnait le saint Joseph disparu. Pascal Julien répond par la négative, d’une part parce que le groupe saint Joseph-Enfant-Jésus était en terre cuite et que Enfant-Jésus en place est en pierre, d’autre part parce que certains renseignements laissent supposer que ce groupe en terre cuite existe toujours.
Louis Peyrusse fait remarquer qu’il a existé des terres cuites à Toulouse avant l’arrivée de Gervais Drouet, ne serait-ce qu’au XVe siècle. Pascal Julien en convient mais précise que la production n’en était pas toulousaine et qu’avant l’arrivée de Gervais Drouet, il n’est jamais fait mention dans les actes et contrats toulousains de fabrication de terres cuites. Du reste, dans les contrats avec Drouet, les Toulousains, méfiants, demandent qu’en cas de rupture de la statue en terre cuite, dans les trois, cinq voire dix ans, l’artiste la remplace à ses frais par une statue en pierre. Pascal Julien ajoute que la technique est mancelle, ville dont Gervais Drouet est originaire.
Louis Peyrusse, revenant sur le polymatiérisme et l’emploi abondant du bronze sur les vêtements en marbre, remarque que ce n’est pas une invention de Gervais Drouet et que le procédé existait avant lui. Jean Nayrolles signale en effet cet emploi sur le tombeau d’Urbain VIII. Pascal Julien reconnaît en effet que cette technique n’est pas une invention de Gervais Drouet mais que c’est lui qui l’a utilisée le premier avec une telle abondance.
Revenant sur les questions de style, Louis Peyrusse fait remarquer qu’il est étonnant qu’après être allé à Rome travailler avec le Bernin, Gervais Drouet redevienne brutalement manceau à son arrivée à Toulouse. Pascal Julien fait remarquer que lorsque Drouet va à Rome, il a déjà trente-huit ans et qu’il possède des techniques et un style propres. Jean Nayrolles constate pour sa part que le style de Gervais Drouet n’est pas uniquement manceau ou berninien et qu’il a vu dans certaines œuvres projetées aujourd’hui la trace d’un éclectisme stylistique où se perçoivent des influences flamandes et même des réminiscences médiévales comme par exemple dans le buste de saint Cizy de Rieux-Volvestre. Ce qui lui parait étonnant, c’est que Drouet ne devienne berninien que vers la fin de sa carrière et en particulier dans la lapidation de saint Étienne du retable de la cathédrale de Toulouse. De plus il s’agit du style berninien tardif, comme si Gervais Drouet n’avait pas compris le style du Bernin lors de son séjour à Rome, ou plutôt comme s’il n’avait été touché que par la dernière manière du Bernin. Mais il faudrait alors imaginer un deuxième voyage de l’artiste à Rome. Pascal Julien confirme cette analyse en signalant d’autres voyages de Gervais Drouet à Rome, sans doute vers 1667-1668.
À propos du crucifix de Saint-Sernin, Jean Nayrolles s’émerveille de la traduction en sculpture par Gervais Drouet des formes peintes par Guido Reni, et constate que le peintre qui a restauré et repeint le crucifix de Drouet au XIXe siècle a parfaitement compris la volonté du sculpteur puisqu’il a placé sur le crucifix les couleurs habituellement utilisées par Reni dans des crucifixions peintes.
Louis Peyrusse donne ensuite lecture d’une note de Bruno Tollon sur la statue placée au sommet de la colonne de la place Dupuy, statue qui a été descendue pour trois jours en vue d’un nettoyage et d’une réparation rapides. Cette œuvre est d’une extrême rareté en Europe. En effet, statue de bronze de la Renaissance, elle a été réalisée dans un but emblématique pour représenter la Ville de Toulouse : c’est Dame Toulouse. Demandée par les capitouls, elle fut placée au-dessus de la tour des archives comme emblème du pouvoir municipal, face aux clochers des églises et la tour de l’Aigle du Parlement. On ne connaît que deux autres bronzes Renaissance de ce type en Europe : le Giraldillo placé en 1568 au sommet du clocher de la cathédrale de Séville et qui lui a donné son nom de Giralda, et celle dite de l’homme de bronze, en réalité une statue de Mars, qui couronne la tour de l’Hôtel de Ville d’Arles (en 1555).
L’examen de l’œuvre a permis de remarquer que les pieds ont été refaits très grossièrement en résine lors d’une restauration en 1952, qu’en 1832 on lui a placé les ailes actuelles et ajouté dans les mains des couronnes qui n’y étaient pas à l’origine pour la transformer en allégorie de la Gloire. Le contrat du modèle en bois passé en 1544 entre Jean Rancy et les capitouls, modèle dont on a la description, permet de connaître l’aspect initial de la statue : elle tenait dans la main droite une girouette et un écu portait les lettres C. P. Q. T. (Capituli populusque Tolosanus). On sait encore que la statue en bronze a été coulée par Pelot, fondeur de canon de la ville, en 1550.
L’assistance s’étonne qu’une statue de cette importance ait été replacée sans plus d’étude ou de restaurations au sommet de la colonne et émet le vœu qu’elle soit le plus rapidement possible redescendue à des fins de protection et d’étude, qu’elle soit placée en un lieu moins exposé et remplacée par un moulage. M. Ginesty considère qu’après restauration, elle devrait retrouver place à l’Hôtel de Ville, ce qui est sa destination première et naturelle. Il ajoute qu’une telle rareté devrait même être exaltée et qu’elle pourrait prendre place au sommet du grand escalier, un peu comme la Victoire de Samothrace au Louvre.
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M. Claude Péaud-Lenoël ajoute que la statue ayant été consolidée par une tige de fer qui la traverse de bas en haut, elle court un grave risque de corrosion étant donné que le mélange fer-bronze est particulièrement néfaste pour le bronze. Il est demandé au Président d’alerter le plus rapidement possible les autorités municipales sur l’importance de ce chef-d’œuvre rarissime et sur son indispensable protection. DAME THOLOSE, STATUE DE JEAN RANCY COULÉE PAR PELHOT EN 1550, actuellement au sommet de la colonne de la place Dupuy. Cliché Bruno Tollon. | ![]() |
La parole est ensuite à Richard Boudet pour une note d’information sur les fouilles menées sur le site de l’Ermitage à Agen :
« Cinquième année de recherche sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen (Lot-et-Garonne).
1994 a marqué la troisième et dernière année du programme triennal engagé sur l’oppidum de l’Ermitage à Agen. Deux aspects principaux ont été développés :
– un sondage sur le tracé du fossé du rempart septentrional repéré par la prospection électrique de M. Martinaud en 1993 ;
– la poursuite de la fouille en Z 21 engagée en 1992 et 1993 au centre du site.
À notre demande, M. Martinaud (LERGGA, Bordeaux 1) avait réalisé en 1993 une prospection électrique le long de la partie externe du rempart septentrional qui ferme l’oppidum, afin de tenter de suivre le tracé du fossé creusé dans le roc. Le sondage ouvert en 1994 près de la seule porte d’entrée du site a permis de confirmer sa présence matérialisée par une anomalie magnétique. Son profil est absolument identique à celui observé, plus au nord, en 1992. Ce sondage a mis en évidence la zone d’arrêt du fossé devant la porte, très probablement en bordure de la voirie la traversant. Cette entrée est limitée sur l’autre bord par la falaise.
De nouvelles extensions ont été ouvertes en 1994 sur la parcelle faisant depuis 1992 l’objet de nos principaux travaux (Z 21). Ainsi, dans la partie nord a été mise au jour une batterie de silos médiévaux attribuables, d’après Ph. Jacques, au XIIe siècle, associés à quelques fosses contenant un mobilier appartenant à la première moitié du Ier siècle avant notre ère. Plusieurs traces de structures rectilignes ont également été découvertes. Elles s’intègrent parfaitement parmi celles observées les autres années. Elles sont antérieures au XIIe siècle. Leur fonction, ni leur chronologie précise, n’a pas été encore clairement établie. Il pourrait s’agir de fonds de tranchées de démolition de murs. Les rares vestiges découverts appartiennent soit au Ier siècle avant notre ère, soit au VIIe siècle de notre ère. Quelques débris humains épars ont été observés.
L’extension occidentale a permis en particulier de compléter notre information concernant le grand fossé médiéval observé en 1992. Deux structures gauloises particulières ont été mises en évidence. La première est un petit fossé rectiligne, suivi sur une vingtaine de mètres de longueur. Il est parallèle au côté oriental du bâtiment fouillé en 1992, assimilé à un sanctuaire laténien. L’autre structure est un nouveau puits à offrandes de section carrée qui a simplement été sondé. La partie supérieure du colmatage est assurée par une grande quantité de débris d’amphores vinaires italiques de type Dressel 1 A mêlée à un sédiment très humide. Ce colmatage se présente plus comme celui observé dans le puits fouillé en 1990/1991 (Z 1) que dans le grand puits, dont la fouille a été achevée en 1994 (Z 21, st. 41), où les récipients ont été retrouvés plus ou moins complets. Ces trois puits semblent synchrones (fin du IIe siècle avant notre ère).
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![]() AGEN, L’ERMITAGE : FOUR DE POTIER de la fin de l’âge du fer, recouvert par un bâtiment antique dont la ruine a été réutilisée en habitat au VIIe siècle de notre ère. Cliché Richard Boudet. |
Le bâtiment antique défini en 1993 a été totalement dégagé. Il se présente sous la forme d’une pièce rectangulaire à la toiture supportée par une rangée de puissants supports médians dont trois bases alignées et carrées ont été reconnues. Son long côté occidental est accosté par ce qui paraît bien être une galerie de façade. Les fondations des murs ont été presque complètement démontées. Les très rares mobiliers antiques retrouvés datent l’édifice de la première moitié du Ier siècle de notre ère. Sa fonction n’a pas été clairement établie (petite villa suburbaine, dépendance d’un sanctuaire … ). Il a été démoli au cours du VIIe siècle de notre ère, époque à laquelle appartiennent les vestiges d’un établissement installé dans l’angle nord-ouest de la ruine antique. Il est matérialisé par des trous de poteaux, des bases de murs en terre, des foyers et un petit silo. Ce bâtiment antique a recouvert un chapelet de grandes fosses gauloises repérées en 1993 et dont la fouille s’est achevée en 1994. Le mobilier y est abondant et de bonne conservation. Il faut noter la présence d’un crâne de bébé et d’un col d’amphore Dressel 1 A portant une marque peinte (ainsi que plusieurs estampilles). Ces fosses semblent liées à l’extraction d’argile qui a pu servir à la fabrication de vaisselle. En effet, un four de potier isolé a été dégagé sous le bâtiment antique. Il se présente sous la forme d’une fosse oblongue orientée est/ouest (alandier à l’est). Les parois et le sol de la chambre de chauffe ont été recouverts par une couche d’argile rapportée soigneusement lissée. La sole, probablement constituée de luths dont plusieurs éléments ont été retrouvés, était supportée par deux piliers de refend massifs en terre cuite. Ce four a livré de nombreuses pièces de vaisselle indigène qui semblent plus provenir d’un dépotoir que constituer des ratés de cuisson (à noter une monnaie à légende ARIVOS/SANTONOS du centre de la France).
Une tranchée a été ouverte sur une bordure de la terrasse quadrangulaire supportant la zone de fouille. Il s’agit sans nul doute d’une construction de la fin de l’âge du fer.
Enfin, nous avons achevé en 1994 le dégagement du puits à offrandes gaulois (st. 41) accostant le probable sanctuaire repéré en 1992. Nous avions stationné en 1993 sur un premier dépôt (dépôt 1) localisé sous des planches de chêne au sommet de la couche de marne encaissante imperméable. Dans la partie basse du puits, sur environ 1,80 m de hauteur, avait été creusée une petite « salle » destinée à recevoir un cuvelage en bois, parfaitement conservé sur 1,20 m, et trois autres dépôts. Ce bâti est
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![]() AGEN, L’ERMITAGE : OBJETS DU DÉPÔT 4 DU PUITS À OFFRANDES st. 41 de la fin du IIe siècle avant notre ère. Cliché Richard Boudet. | constitué sur quatre côtés de dix-neuf planches visiblement en chêne de 3 à 5 centimètres d’épaisseur, de 1,05 m en moyenne de longueur, aux extrémités encochées et emboîtées les unes dans les autres. Les bois sont en cours de détermination et de datation par B. Sceperstyski (Laboratoire d’Analyses et d’Expertises en Archéologie et Œuvres d’Art de Bordeaux). Le dépôt 2 a été installé à l’extérieur et à l’angle ouest du cuvelage sur le sommet du comblement. Il se compose d’un casque de type Mannheim, de deux vases indigènes et de deux crochets en fer. Le troisième dépôt se trouvait |
dans la moitié occidentale du sommet du cuvelage. Il regroupe un vase indigène complet et le fond brisé d’un second, une cruche de type Kelheim et d’une petite passoire en bronze dotée d’un œillet laissant présager de son appartenance à un système articulé plus complexe. Le quatrième et dernier dépôt est le plus volumineux. Il reposait directement sur le fond du puits dans lequel une petite cuvette avait été creusée. Elle a reçu trois pièces mutilées (un feuillard et une tôle de bronze ainsi qu’une anse en fer) d’un seau, des débris d’amphores vinaires italiques et une portion d’hémi-mandibule d’ovin. L’ensemble était surmonté de sept vases indigènes complets, d’un gros galet de Garonne, de deux seaux à douelles de bois, feuillards de bronze et anse en fer ainsi que d’une situle en bronze et anse de fer mutilée. Un des éléments de suspension de ce vase avait été arraché. Il a été retrouvé plus haut. La base de l’anse où manque cette pièce a été pliée. Enfin, la partie inférieure de la situle a été martelée. Les attaches de l’anse du plus grand des deux seaux figurent deux têtes animales en bronze. Il semble s’agir de lions. Le remplissage de ce dépôt a livré de nombreux restes de noisettes consommées, des noyaux de prunes et/ou de cerises, des féveroles, des pépins de raisin… ainsi qu’une fibule complète de type Nauheim en bronze et une petite bague en fer à chaton décoré en pâte de verre (?) bleue. Les bois vont être restaurés par le laboratoire Arc Nucléart de Grenoble.
![]() AGEN, L’ERMITAGE : DÉTAIL D’UNE DES ATTACHES D’ANSE du grand seau découvert dans le dépôt 4 du puits à offrandes st. 4 1. Cliché Richard Boudet. | Les puits à offrande d’Agen associés à un très probable sanctuaire sont à mettre en relation directe avec les puits « funéraires » du Toulousain et surtout ceux de Vieille-Toulouse (Haute-Garonne) où des mobiliers plus que comparables (casques de type Mannheim, cruches de type Kelheim, un seau en bois à feuillards et une anse à tête animale en bronze, des situles…) ont été découverts et des sanctuaires fouillés il y a quelques décennies. Nos cinq années de recherche sur l’oppidum d’Agen, financées par la Sous-Direction de l’Archéologie et le Département de Lot-et-Garonne en collaboration avec la Ville d’Agen, vont faire l’objet d’un volume de synthèse en cours de préparation par une équipe interdisciplinaire. L’ensemble des mobiliers issus de la fouille a fait |
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l’objet d’une donation, par les propriétaires des parcelles où ont été faites les découvertes (MM. Amouroux, Desmeroux et Brousse), au Musée des Beaux-Arts d’Agen. »
Le Président remercie Richard Boudet pour la qualité de sa présentation et des photographies qui l’ont accompagnée. Il se dit étonné par l’importance des découvertes effectuées au cours de cette dernière année de fouille et demande à Richard Boudet pourquoi les objets sont volontairement mutilés. Il faut y voir une pratique religieuse dont on ne connaît pas la signification. Peut-être s’agit-il de donner le mobilier le plus précieux du défunt à des divinités chthoniennes. On les offre alors par enfouissement. De même, Richard Boudet souligne l’importance des récipients en bois d’if. Celui-ci a la réputation d’entraîner la mort par empoisonnement si on l’utilise comme récipient pour le vin. La présence de plusieurs seaux en bois d’if dans les sépultures doit donc avoir une signification particulière. Enfin Richard Boudet termine en mettant en relation ces découvertes avec celles effectuées dans la région de Toulouse et en particulier à Vieille-Toulouse.
Le Président prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 1995-1996
Tome LVI (1996)
Lire le compte-rendu
Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1995-1996, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LVI, 1996) dont nous indiquons la pagination. Les corrections nécessaires ont été apportées et quelques illustrations en noir et blanc sont remplacées par des illustrations en couleur.
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SÉANCE DU 7 NOVEMBRE 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Noé-Dufour, Labrousse, Watin-Grandchamp, MM. l’abbé Baccrabère, Catalo, le général Delpoux, Ginesty, Gillis, Hermet, Julien, Lassure, Mange, le Père Montagnes, Peyrusse, Tollon.
Excusé : M. Péaud-Lenoël.
Invitée : Mlle Yulia Kalchenko.
Le Président proclame l’ouverture de l’année académique en souhaitant que notre Société poursuive le très bon travail dont témoigne la publication désormais reconnue que sont nos Mémoires.
Puis il rappelle que nous avons eu la douleur de perdre notre confrère Richard Boudet dont chacun avait pu apprécier la compétence au cours des informations qu’il ne manquait pas de donner à notre Société sur ses travaux ou encore par les discussions qu’il savait susciter. Richard Boudet est mort brutalement après une pénible marche jusqu’à la grotte-sanctuaire de l’Ourtiguet sur le Larzac : il avait 38 ans.
Se tournant vers notre invitée, le Président souhaite la bienvenue à Mlle Yulia Kalchenko, employée de la ville de Kharkhov en Ukraine et actuellement à Toulouse pour deux mois de stage à la D.R.A.C. et au théâtre du Capitole, qui a souhaité assister à nos séances et que nous accueillons bien volontiers.
Le Président donne ensuite la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 20 juin 1995, qui est adopté.
À propos de la statue de « Dame Toulouse », Annie Noé-Dufour fait remarquer qu’elle figure sur la liste des objets protégés au titre des Monuments historiques. Bruno Tollon confirme qu’elle a été classée le 10 mars 1942, au titre objet ; Louis Peyrusse note que cette mesure de protection a sans doute été prise en urgence pour éviter qu’elle ne soit envoyée à la fonte en application de la loi sur la récupération des métaux non-ferreux. Le Président précise qu’il a adressé à ce sujet un courrier au Maire de Toulouse, en demandant que la statue soit mise à l’abri.
Puis le Président rend compte de la dernière réunion du Bureau. Notre Société va récupérer les statues-menhirs qui sont actuellement en dépôt au Musée Saint-Raymond. Celles-ci seront présentées dans nos nouveaux locaux.
Louis Latour et Mlle Haralsdottir vont entreprendre la saisie des procès-verbaux de premières séances de la Société en vue de leur publication.
Enfin, le Bureau doit se rendre à Martres-Tolosane pour prendre contact avec notre fermier et lui demander d’éviter les labours profonds sur les parcelles du site de la villa romaine de Chiragan, dont les terres pourraient être mises en prairie.
Le Président donne alors la parole à M. l’abbé Baccrabère pour une communication sur les Fours de potiers à Saint-Michel du Touch, au Ier siècle avant J.-C., publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie l’abbé Baccrabère pour cette nouvelle communication où il a su rester fidèle à ses principes, décrivant précisément les découvertes qu’il a pu faire tout en se gardant d’interprétations hâtives.
Louis Latour remarque que les tessons présentés appartiennent à la poterie commune de la région. Jean-Luc Boudartchouk
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demande, après avoir relevé que le mobilier retrouvé peut être daté au plus tard du tout début de notre ère, si l’on a une idée du moment où ces fours ont été abandonnés. L’abbé Baccrabère précise que la campanienne la plus récente peut aller jusqu’aux années 50 ou 40 avant J.-C. et l’arétine en effet aux alentours du début de notre ère, ce qui situerait le moment de leur abandon. Jean-Luc Boudartchouk a également noté un four avec des tegulae et des imbrices, ce que confirme l’abbé Baccrabère en rappelant que des tegulae sont connues sur le site de Vieille-Toulouse pour une époque ancienne. M. Manière note que ces fours sont tout à fait comparables à ceux qu’il a pu fouiller à Saint-Cizy, et il pourrait, si la Compagnie le souhaitait, en présenter des diapositives lors d’une prochaine séance ; dans l’un de ces fours a été retrouvé le passage qui permettait à un enfant d’en effectuer le chargement.
Répondant à une question de Louis Peyrusse, l’abbé Baccrabère précise que l’on avait effectivement à cet endroit un quartier de potiers. Quitterie Cazes demande si des dépotoirs ont été repérés. L’abbé Baccrabère pense que les tessons qu’il a retrouvés appartiennent aux productions de ces fours.
Jean-Luc Boudartchouk se dit intéressé par le four médiéval qui a été mentionné. L’abbé Baccrabère, après avoir indiqué que celui-ci fera l’objet d’une prochaine publication dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, précise qu’il était assez semblable au four à chaux qui vient d’être mis au jour par les fouilles du Musée Saint-Raymond ; ce four avait d’ailleurs servi à fabriquer de la chaux, et on y a retrouvé des fragments de sculpture avec en particulier un chapiteau.
Henri Ginesty demande ce que sont devenus ces fours. L’abbé Baccrabère répond qu’ils ont disparu au cours des travaux, mais que d’autres, dont il a pu repérer précisément les emplacements, subsistent sans doute sur ce terrain qui a toutefois été très bouleversé.
Le Président indique que nous avons reçu de la part des étudiantes du « D.E.S.S. patrimoine » et du responsable de cette formation, notre confrère Louis Peyrusse, le catalogue de l’exposition « Quercy romantique » qu’ils ont organisée à Cahors. Maurice Scellès ajoute que Valérie Rousset a offert à notre Société le catalogue de l’exposition « Divona : la fontaine des Chartreux » qui a été présentée au cours de l’été au Grenier du chapitre à Cahors.
On procède ensuite à l’élection de membres correspondants. Les rapporteurs ayant été entendus, M. Robert Manuel, M. Yves Cranga et Mme Chantal Fraïsse sont élus membres correspondants.
Le Président présente alors une note d’information sur une stèle discoïdale de Cordes, que nous a adressée M. Robert Manuel qui remplit ainsi pleinement son rôle de membre correspondant de notre Société.
Guy Ahlsell de Toulza présente différentes œuvres d’une collection particulière qui méritent d’être signalées et pour lesquelles il se propose de faire des recherches complémentaires après avoir recueilli l’avis des membres de notre Société.
Un buste d’homme en marbre, dans un parfait état de conservation, aurait été trouvé en 1914 à Timgad : Louis Peyrusse s’interroge sur le nombre d’ateliers fabriquant des faux qui pouvaient alors exister à Timgad ; Daniel Cazes dit qu’il faudrait pouvoir examiner l’œuvre qui est peut-être un peu trop bien conservée, et il remarque que si la coiffure correspondrait à une représentation de l’époque de Néron, les yeux pupillés sont en principe caractéristiques d’œuvres plus tardives.
Une petite fiole en plomb moulé, à décor figuré, proviendrait d’une collection de Cahors où elle aurait été trouvée au cours d’une fouille. On peut faire l’hypothèse d’un objet d’importation placé dans une sépulture.
Deux chapiteaux datables des environs de 1200, hauts de 23 cm environ, auraient été récupérés, il y a quelques années, dans un fossé voisin de la maison d’un architecte qui venait de déménager. On peut supposer qu’ils provenaient d’un chantier traité par cet architecte. Ils offrent l’intérêt supplémentaire d’être tout à fait semblables à deux chapiteaux d’origine inconnue du Musée des Augustins (nos 260-261 du catalogue de Paul Mesplé).
Un très beau tableau sur bois de 2 m sur 2 environ, représente La mort d’Adonis pleuré par Vénus. Il a été publié par Paul Mesplé comme une œuvre d’Antoine Verrius, alors que Turquin y verrait plutôt un œuvre de la seconde moitié du XVIe siècle attribuable à Franz Floris. Pour Bruno Tollon, il serait en effet étonnant qu’une peinture sur bois ait été réalisée par Antonio Verrio et Louis Peyrusse incline à y voir un travail anversois.
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza pour toutes ces informations.
SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bertrand, Cranga, le général Delpoux, Julien, Mange, Nayrolles, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Séraphin, Tollon.
Excusés : Mme Heng, M. Gérard.
Le Président ouvre la séance en annonçant trois nouvelles candidatures au titre de membre correspondant de notre Société.
Puis il donne lecture d’un courrier de M. Michel Vidal, conservateur régional de l’archéologie, qui informe la Société de sa
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volonté de proposer à la COREPHAE du 12 décembre prochain la protection au titre des Monuments historiques de l’ensemble du site de la villa gallo-romaine de Chiragan. Une telle mesure paraît nécessaire alors que se multiplient les opérations d’urbanisation en milieu rural. Le Président ajoute que notre Société ne peut qu’être favorable à une telle mesure, qui survient à point nommé puisque nous nous inquiétions depuis plusieurs mois du devenir des parcelles que la Société possède à Martres-Tolosane. Le courrier de M. Michel Vidal ne précise pas la nature de la protection envisagée, mais on s’accorde pour que la Société Archéologique demande le classement de l’ensemble des parcelles.
Puis on entend le rapport sur la candidature de Mme Bernadette Suau qui est élue membre correspondant.
La parole est ensuite à MM. Louis Peyrusse et Jean Nayrolles pour la communication du jour : Les terres cuites de Virebent : première approche.
Le Président remercie Louis Peyrusse de cette communication, et demande à Jean Nayrolles s’il souhaite y ajouter quelque chose. Celui-ci confirme son parfait accord avec les hypothèses présentées, en insistant sur le fait que les productions des Virebent sont très souvent des pièces uniques et non, comme on l’attendrait devant des chapiteaux par exemple, des productions en série.
Dominique Watin-Grandchamp croit pouvoir distinguer les productions exceptionnelles destinées à quelques grands chantiers et une production de catalogue ; elle souligne par ailleurs tout l’intérêt que pourraient avoir aujourd’hui certains de ces moulages si les originaux ont disparu.
Louis Peyrusse dit que l’on est certain des productions en série des Virebent, mais que ce qui a fait la renommée de la manufacture, ce sont au contraire des œuvres qu’il faut retirer aux arts industriels. De ce point de vue, les fabrications des Virebent sont très différentes des productions saint-sulpiciennes dont les catalogues montrent des produits peu différenciés proposés dans des matériaux divers. Bruno Tollon renchérit en faisant remarquer que les propriétaires des châteaux qui ont fait appel aux Virebent auraient sans doute mal compris que l’on use chez eux de pièces produites en un très grand nombre d’exemplaires.
Daniel Cazes se souvient qu’il a eu souvent l’occasion, alors qu’il était au Musée des Augustins, de s’interroger sur le mode de fabrication de certaines œuvres : on avait l’impression d’être tantôt devant le moulage exact d’un original, tantôt devant un moulage retouché avec une partie modifiée ou une lacune comblée, ou encore d’être en présence du moulage d’une œuvre réalisée à cette seule fin.
Claude Péaud-Lenoël rappelle qu’au moins depuis le début du XVIIIe siècle, les fabrications semi-industrielles d’objet en terre cuite nécessitent de réaliser une matrice à partir de laquelle sont tirés des moules en plâtre dont la durée d’utilisation est très brève et qui doivent donc être renouvelés. Il voudrait savoir si l’on connaît certaines matrices des Virebent. Il demande encore si l’on connaît d’éventuels modèles en bois, et par ailleurs ce que l’on sait des procédés d’émaillage utilisés par les Virebent. Louis Peyrusse répond qu’il est certain que toutes les matrices ont disparu, et qu’il ne nous reste que quelques moules récupérés par la fabrique Giscard dont les pièces ont été inventoriées récemment par Philippe Gisclard ; il ne croit pas que les modèles aient été en bois, et imagine plutôt des œuvres modelées en plâtre. Quant aux procédés d’émaillage, tout ce que l’on sait pour l’instant, c’est que Gaston Virebent avait reçu une très bonne formation dans ce domaine.
Louis Latour voudrait savoir dans quel cadre s’exerçait la collaboration entre le sculpteur Salamon, qui devait avoir son propre atelier, et la manufacture des Virebent. Louis Peyrusse précise que Salamon a en effet exposé seul, mais qu’il devait être lié par contrat pour certaines réalisations. Guy Ahlsell de Toulza indique qu’il possède les factures de la manufacture Virebent pour un grand groupe de l’Assomption exécuté dans le style du XVIIIe siècle pour Rabastens, et qu’il y est fait mention d’un travail de sculpture dû à Salamon. Daniel Cazes rappelle que le sculpteur Beurné a également travaillé pour les Virebent, ce que confirme Louis Peyrusse qui indique que l’on ne sait cependant presque rien de ce sculpteur.
Christian Mange revient sur la question des productions en série et s’interroge sur la qualité des formes produites par la fabrique Virebent, où il ne distingue pas de véritable originalité. Louis Peyrusse pense que notre confrère est bien sévère, et il rappelle qu’il y a eu des productions bien plus médiocres que celles des Virebent, alors que Jean Nayrolles insiste sur le fait que la fabrique toulousaine offre un catalogue exceptionnel.
La séance s’achève avec trois brèves communications. Pascal-François Bertrand saisit l’occasion d’une exposition pour compléter l’analyse d’un dessin d’Hilaire Pader :
« Dans la brillante synthèse d’Alain Mérot sur la peinture française au XVIIe siècle (Gallimard/Électa, 1994) figure dignement la production toulousaine et du Midi de la France, ainsi que ses principaux représentants, qu’il s’agisse de Jacques Boulbène, de Jean Chalette, de Nicolas Tournier, du frère Ambroise Frédeau, d’Hilaire Pader, de Jean-Pierre et Antoine Rivalz. La manière « classique » de Tournier (Monbéliard, 1590 – Toulouse, 1639 ?), qui doit à Caravage, outre l’utilisation d’un puissant contraste entre les zones d’ombre et de lumière, un naturalisme exacerbé et à Annibal Carrache une rigueur dans la composition unifiée, est de nouveau rappelée par Véronique Gérard Powell, auteur du chapitre sur le XVIIe siècle du manuel, réalisé sous la direction d’Alain Mérot, Histoire de l’art. 1000-2000, qui vient de paraître chez Hazan (1995), et dans lequel le président de notre Société a écrit la partie consacrée à l’art roman.
Un catalogue d’exposition de Dessins français du XVIIe siècle (Paris, musée du Louvre, 28 janvier – 26 avril 1993) avait également retenu notre attention et nous aimerions revenir sur une des feuilles présentées à cette manifestation. Un dessin du musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, intitulé Académie d’homme (cat. n° 106), est rendu par Jean-Claude Boyer
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HILAIRE PADER, ACADÉMIE D’HOMME OU LE RETOUR D’ÉGYPTE.
Pierre noire, sanguine, crayon brun sur papier beige.
Besançon, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie.
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au peintre et théoricien toulousain Hilaire Pader. L’historien s’arrête sur la puissante académie d’homme au premier plan, mais semble éviter d’aborder la petite scène d’un retour d’Égypte figurée à droite légèrement en retrait, bien qu’il rappelle que le peintre célèbre longuement dans sa Peinture parlante parue à Toulouse en 1653 un tableau de Poussin sur ce thème. Dans son dernier ouvrage sur le grand peintre du XVIIe siècle, Jacques Thuillier (Nicolas Poussin, Paris, Flammarion, 1994) cite le passage du livre de Pader, qu’il convient de donner à nouveau :
» I’ai veu chez un Prélat qui chérit son Pinceau
Une vierge & son Fils sur le bord d’un ruisseau,
Qui paroit à nos yeux arrouser son ouvrage :
Un batelier conduit sa nacelle au rivage,
Où la Mère pucelle, avec son chaste Espoux,
Contemplent en IESUS ce qu’il a de plus doux ;
Car bien que tout le soit, la douceur de sa face
Des traicts plus adoucis toute douceur esface :
Sa belle bouche semble estre preste à parler
Pour chérir une Croix qu’il apperçoit par l’air,
Que des enfants aislés de l’empirée apportent,
Et de leurs tendres bras en voltigeant supportent,
Nos yeux verroient ses yeux tourner de toutes parts
Si ce mystique obiect n’arrestoit ses regards ;
Il élève les mains & monstre par son geste
Que son cour reconnoist la machine céleste.
La face de la Vierge invite le Chrestien
D’adlmirer de son Corps le pudique maintien ;
Puisque ce rare ouvrier l’a mise avec aisance,
Sans que rien soit forcé, dedans la bien-séance ;
Le manteau qu’elle porte a droit de nous charmer ;
Non parce qu’il paroist coloré d’Outremer,
Mais d’autant que les plis sont faits avec adresse,
Et font voir tout à coup la force & la tendresse.
Certes, c’est un chef-d’ouvre, & ce chef-d’ouvre est tel
Qu’il mérite à bon droit qu’on l’ait mis sur l’Autel ;
Il n’est point de Tableau, qui d’abord ne luy cède,
Et les beautés de cent luy tout seul les possède «
Cette description a parfois été rapprochée d’un tableau de Poussin du Dulwick College de Londres (vers 1629-1630 ; Thuillier, cat. n° 77), mais elle correspond plus précisément à une autre version peinte par Poussin sur ce thème, conservée au Cleveland Museum of Art (vers 1633 ; Thuillier, cat. n° 89). Si la composition du dessin de Pader est très éloignée de celle du tableau de Cleveland, elle ne peut être réduite à une académie, aussi puissante fut-elle. On sait par ailleurs, ainsi que Jacques Thuillier l’a souligné, que les descriptions des tableaux de Poussin données par Pader dans ses traités sont généralement vagues et confuses, hormis peut-être pour celle du Retour d’Égypte. Ne peut-on pas voir dans le dessin de Besançon sinon une variation, du moins une évocation plus ou moins lointaine d’un original perdu de Poussin que Pader aurait pu admirer sur l’autel de l’oratoire d’un ecclésiastique (toulousain ?), amateur de peinture ? »
Gilles Séraphin expose quelques réflexions sur le donjon médiéval du château de Lavardens en Gascogne :
« Au cœur de l’ancien Fezensac, le bourg castral de Lavardens est très classiquement établi sur une serre dont l’extrémité rocheuse servait dès le Moyen Âge de socle à la résidence ou « salle » seigneuriale. Un mur de ville étoffé de cinq tours quadrangulaires enfermait l’ensemble de ce castelnau caractéristique, dans lequel avait pris place une imposante église paroissiale.
L’actuel château de Lavardens est attribué pour l’essentiel à la reconstruction réalisée pour le maréchal de Roquelaure par l’architecte Levesville à partir de 1608. Cette construction nouvelle succédait à un édifice plus ancien, attesté dès les années 1140 et dont on sait qu’une part importante des maçonneries et du rocher qui les supportait fut réutilisée. Manifestement, l’ancienne forteresse ne fut donc pas rasée dans les années 1575 comme le supposait H. Polge (Lavardens dans C.A. Gascogne, 1970, p. 225-227). L’irrégularité totale de l’édifice, aux antipodes d’un autre projet réalisé pour le même maréchal de Roquelaure au Rieutord, laisse au contraire entrevoir chez l’architecte de Lavardens un souci réel de coller au plus près aux structures du château médiéval. La valeur symbolique de l’ancienne citadelle des comtes d’Armagnac méritait bien, sans doute, quelques égards.
De fait, les différences de maçonneries et d’appareillage font nettement ressortir, au sein de l’édifice du XVIIe siècle, la présence d’un édifice médiéval complexe (J.-H. Ducos, Le château de Lavardens, Flaran, 1986, 40 p.), dont les volumes furent habilement réutilisés. Exemple : les contreforts du massif occidental, devenus les supports d’une galerie sur arcades reliant des tourelles aux encorbellements savants. Exemple encore : l’oratoire seigneurial qui paraît bien s’être installé dans les murs d’une chapelle castrale antérieure.
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![]() LAVARDENS, MASSIF OCCIDENTAL DU CHÂTEAU COMTAL. | ![]() LAVARDENS, BASE DU MASSIF OCCIDENTAL. Les parements en appareil moyen et les vestiges d’une porte en arc brisé |
Or c’est précisément dans les bases du massif occidental, encadré par des deux tourelles-pavillons, que fut identifié le noyau du château primitif. L’assise de cet ouvrage, de 17 à 18 m de côté, aux murs épais d’1,85 m, épaulés par sept contreforts, laisse entrevoir en effet une hauteur originelle et des proportions considérables. Sans la présence d’une porte en arc brisé ouvrant au rez-de-chaussée, la silhouette caractéristique des donjons romans à contreforts de l’Ouest de la France viendrait d’emblée à l’esprit. Si l’on se réfère à la typologie établie par A. Châtelain, les contreforts de Lavardens, épaulant les maçonneries en laissant dégagé l’angle de la construction, se rattacheraient au « type B » et évoqueraient ceux des donjons de Caen ou de Grez-sur-le-Loing (Donjons romans des pays de l’Ouest, Picard, 1973, p. 27 et s.).
En fait, c’est une tout autre filiation que suggère l’examen du plan de l’ouvrage. Par ses dimensions et son plan de masse comme par certains détails, tels que l’épaisseur des maçonneries, la saillie et la disposition des contreforts, la base du donjon de Lavardens renvoie en effet à des ouvrages nettement plus modernes.
La tour Saint-Laurent du palais des Papes offre ici le premier terme de comparaison. Les dimensions au sol, 17,20 m x 12,50 m, sont du même ordre comme la saillie et le nombre des contreforts. Mais, ici, l’édifice nous est parvenu dans toute son élévation, avec ses 44 m de hauteur. On croit savoir par ailleurs que cette tour, qui fait partie de la campagne de travaux commanditée par Innocent IV, fut élevée entre 1353 et 1358 sous la direction d’un maître d’œuvre originaire d’Ile de France, Jean de Louvres (de Luperiis) (S. Gagnière, Le palais des papes d’Avignon, C.N.M.H., 1977).
Le second terme de comparaison est fourni par un autre édifice prestigieux de la seconde moitié du XIVe siècle, le château royal de Vincennes. Ici, il ne s’agit pas du donjon, édifié pour l’essentiel par Charles V entre 1361 et 1369, mais des tours de la grande enceinte, réalisées après 1364 et vers 1370. On considère généralement que ces tours étaient destinées au logement des princes et des barons de l’entourage royal. On y retrouve encore le principe d’un ouvrage à contreforts saillants, disposés par deux ou trois, pour des tours dont l’élévation dépassait quarante mètres. Mais ici les ressemblances sont plus précises : comme à Lavardens, les contreforts de Vincennes dégagent l’angle de la construction et sont de section carrée (E. Viollet-Le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture, t. IX, p. 107 ; F. Énaud, Le château de Vincennes, C.N.M.H., 1964). On pourrait encore évoquer la tour de Saint-Sauveur-le-Vicomte, donjon d’allure romane, à contreforts dégageant les angles, édifié dans la seconde moitié du XIVe siècle. Elle-même serait une réplique provinciale des tours de l’enceinte de Vincennes (J. Mesqui, Châteaux et enceintes de la France médiévale, Picard, 1991, t. 1, p. 200).
Les vestiges du donjon médiéval de Lavardens sont aujourd’hui insuffisants pour en restituer les dispositions originelles. En revanche, le rapprochement avec les tours d’Avignon et de Vincennes permet d’esquisser des hypothèses. Le programme contenu dans ces tours est variable. Un passage occupait initialement le rez-de-chaussée de la tour Saint-Laurent et deux des tours de Vincennes tenaient, entre autres, le rôle de tours-portes. Mais dans les deux cas, comme sans doute à Lavardens, la fonction résidentielle de ces ouvrages s’impose. À Vincennes, les quatre tours d’angle, loin d’être
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Reste l’évaluation chronologique. Le seul indice direct, l’arcature en arc brisé de la porte du rez-de-chaussée ne permet pas de trancher. Cependant, si l’on considère que l’édification du donjon de Lavardens pourrait être contemporaine de celle de la tour Saint-Laurent d’Avignon, de l’enceinte de Vincennes ou encore du donjon de Bassoues, il convient alors de l’attribuer à Jean Ier, avant 1373, date de sa mort à Beaumont-de-Lomagne, ou à Jean II, avant 1385, date de sa mort en Avignon. On sait en effet que Lavardens qui était dans le douaire de Régine de Goth depuis 1302, ne fut récupéré par les Armagnac qu’avec Jean Ier à partir de 1327. Ce dernier, rallié à la cause de Charles V à partir des années 1360, occupa manifestement Lavardens dans les dernières années de sa vie. En 1359 (ou 1364 ?), il y rédigea un testament par lequel il instituait une collégiale et en 1372, il y conclut un traité d’alliance avec le sire d’Albret. Surtout, les archives du comte y avaient été transférées en 1373, indice qu’une tour féodale que l’on suppose fraîchement bâtie était susceptible désormais de les accueillir. »
Quitterie Cazes présente les principaux résultats des fouilles de la rue Mage à Toulouse :
« Vestiges d’habitats des Ier et IIe siècles, rue Mage à Toulouse, par J.-Ch. Arramond, S. Bach, Q. Cazes, N. Poux.
La fouille du terrain situé aux nos 24-26 de la rue Mage, inclus dans le périmètre de la ville antique, a permis la découverte de vestiges de deux habitats antiques successifs (1).
Le site présente une occupation humaine dès le Ier siècle de notre ère. Son évolution jusqu’à nos jours est principalement marquée par la présence d’ateliers de tanneurs vraisemblablement dès le XIIIe siècle jusqu’au XVIe siècle (2), puis, au XVIIe siècle,
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TOULOUSE, RUE MAGE, plan général des bâtiments actuels et des structures des Ier et IIe siècles.
![]() TOULOUSE, RUE MAGE. | par la construction d’un hôtel particulier précédant celle des bâtiments actuels. Seuls les témoins de la période antique feront ici l’objet d’une analyse. La plus ancienne occupation du site se traduit, dans le jardin, par la présence d’un bâtiment dont seules les fondations ont été conservées. Celles-ci étaient composées de galets disposés dans une tranchée, d’assez petites dimensions (5 à 10 cm de long), les plus importants étant réservés pour le parement. Trois à quatre assises de galets étaient ainsi observables. Le bâtiment lui-même, inégalement conservé, s’étendait sur une surface de 9 m sur 5,20 m (hors-œuvre). Il devait se poursuivre vers l’ouest, comme en témoigne un départ de mur dans cette direction sur le côté nord. |
Aucun niveau de sol contemporain de cette construction n’a été observé. Le seul élément qui puisse être mis en relation est un caniveau repéré 9 m plus à l’ouest : constitué de deux assises de briques reposant sur une rangée de tegulae et couvert de deux nouvelles assises de briques, il possède la même orientation que le bâtiment.
L’extrême rareté du matériel permet néanmoins de proposer une datation dans la première moitié du Ier siècle. Le problème de la fonction de ces structures reste posé. À l’époque antique, elles se trouvaient, comme aujourd’hui, en cœur d’îlot. En l’absence d’aménagements spécifiques, on pourra donc penser à un bâtiment secondaire à vocation plus ou moins artisanale ou agricole.
Un autre bâtiment lui succède, sans doute assez rapidement. Si aucun vestige de mur n’a été conservé, en deux endroits, des fragments d’opus signinum ont été découverts à 142 m d’altitude. Distants d’un peu plus de 9 m, ils sont de composition identique
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et font probablement partie du même ensemble, qui vient occulter au nord la fondation du bâtiment précédemment décrit. Il s’agit d’un pavement imperméable réalisé en béton de tuileau (mélange de chaux, de fragments de tuiles et d’amphores concassées méthodiquement) d’une épaisseur de 0,05 m reposant sur un radier de galets liés au mortier d’une puissance d’environ 0,10 m. Ce dernier est situé directement sur la marne. Le plus grand fragment de mosaïque conservé et déposé mesure 0,80 par 0,48 m. Il est ponctué de plaquettes triangulaires de marbre rose, de tesselles noires rectangulaires et de tesselles blanches carrées (3). La plupart de ces tesselles s’organisent en motifs floraux stylisés, quatre tesselles noires rayonnant vers une tesselle blanche. Certaines de ces dernières ont également été incrustées isolément. La petite taille des fragments de mosaïque parvenus jusqu’à nous ne permet pas de restituer l’organisation stylistique et spatiale d’éventuelles divisions internes. D’autres exemples de ce type de mosaïque sont connus (4), mais sur aucun de ces sites une dévolution ou une localisation spécifique des vestiges étudiés dans un quelconque bâtiment n’a pu être mise en évidence. Ils sont généralement datés des Ier et IIe siècles après le début de notre ère ; le contexte archéologique de la mosaïque du jardin de la rue Mage situe celle-ci dans la seconde moitié du Ier siècle. Le bâtiment dont ces fragments de mosaïque constituaient le sol avait, nous l’avons dit, entièrement disparu. Il est cependant probable qu’il s’agisse d’une des composantes situées au centre de la parcelle d’une construction à usage d’habitation.
Dans la cour, à 142 m d’altitude également, 4 fragments de mosaïque en opus tessellatum ont été découverts. Ces fragments de facture homogène ont été réalisés à l’aide de tesselles noires et blanches encastrées dans un nucleus de mortier rose selon deux plans, l’un oblique, l’autre orthogonal. Le tout reposait sur un béton de tuileau de deux centimètres environ puis sur un radier d’une dizaine de centimètres.
Le fragment situé au nord-ouest mesure 15 cm sur 25. Il est composé de tesselles blanches de petite taille disposées en biais. Au centre, un autre morceau de 25 cm par 10 est fait de tesselles noires rangées en biais. Le troisième vestige de même type à l’est mesure 20 cm par 30 : des tesselles noires et blanches y ont été incrustées selon les deux axes. La partie la plus occidentale a été réalisée avec des tesselles noires disposées à 45° par rapport à la bande noire (de 3 rangées de tesselles) et à la bande blanche toutes deux de direction nord-sud. Le fragment le plus grand (45 cm par 25) est situé au sud. Il allie du nord au sud des petites tesselles blanches suivant un plan oblique, une bande de 3 rangées de tesselles blanches, une bande de 5 rangées de tesselles noires, une bande de 4 rangées de tesselles blanches, une bande de 3 rangées de tesselles noires, le tout limité par des tesselles noires agencées en biais.
Les différences d’orientation et de taille des tesselles participent au décor ; elles constituent aussi des indices architecturaux. Ainsi connaît-on plusieurs exemples de mosaïques composées de tesselles noires et blanches dont les bandes parallèles dessinent un cadre (5). Ces cadres suivis parfois de tesselles rangées en biais définissent des aires géométriques limitées, voire des pièces. L’espace central de la mosaïque était vraisemblablement de dominante blanche, en tesselles de petite taille, et délimité par des cadres successifs de tesselles noires ou blanches. Les différents fragments de la cour peuvent aussi bien appartenir à deux pièces différentes (une à l’ouest, l’autre à l’est), ou à deux tapis juxtaposés. Dans l’hypothèse où les cadres ne constituent pas des limites de pièces, ils peuvent jouer le rôle de bandes de raccord. S’il existait un décor central, il ne peut être restitué par manque d’éléments. Quant à sa datation, par comparaison avec les exemples précités, elle doit s’intégrer entre le Ier et le IIe siècle ; les vestiges mobiliers et l’observation stratigraphique nous permettant de limiter cette fourchette chronologique à la seconde moitié du Ier siècle. Ainsi, pour la même période nous disposons d’indices sûrs, bien que lacunaires, pour envisager une occupation de la parcelle par deux éléments d’habitation faisant peut-être partie d’un même ensemble, l’un donnant sur une rue, l’autre au centre ou en fond de parcelle. Dans cette hypothèse, le traitement apporté à chacun des deux ensembles mosaïqués témoigne d’une plus grande qualité dans la confection de celui jouxtant la rue Mage ; cela peut indiquer une prédominance dans l’importance attribuée à la structure ouvrant l’accès à la parcelle, différenciation vraisemblablement en rapport avec une dévolution différenciée de ces deux bâtiments.
1. Cette fouille de sauvetage urgent entrait dans le cadre d’une intervention avant travaux ; elle a eu lieu en deux phases, en août et septembre 1994 et en février et mars 1995. La congrégation des Sœurs de la Charité-Présentation de la Sainte Vierge en était le maître d’ouvrage. La gestion de l’intervention archéologique a été confiée à l’A.F.A.N. et le suivi de l’opération assuré par le Service Régional de l’Archéologie de la D.R.A.C. de Midi-Pyrénées.
2. J.-Ch. Arramond, S. Bach, Q. Cazes : « Vestiges d’une tannerie des XVe-XVIe siècle à Toulouse » dans Archéologie du Midi Médiéval, à paraître en 1996.
3. Plaquettes dont les dimensions varient de 10 x 20 cm à 3 x 5 cm. Les tesselles noires mesurent 1 x 2 cm et les blanches 1 cm2.
4. Par exemple à Saint-Bertrand-de-Comminges (C. Balmelle, Recueil général des mosaïques de la Gaule, Province d’Aquitaine, Xe supplément à Gallia, t. IV, 1, Paris, C.N.R.S., 1980, p. 46-49), Saint-Paul-Trois-Chateaux (H. Lavagne, Recueil général des mosaïques de la Gaule, Province de Narbonnaise, Xe supplément à Gallia, t. III, 1, Paris, C.N.R.S., 1979, p. 95), Apt (H. Lavagne, ibidem, p. 150), Saint-Romain-en-Gal (J. Lancha, Recueil général des mosaïques de la Gaule, Province de Narbonnaise, Xe supplément à Gallia, t. III, 2, Paris, C.N.R.S., 1981, p. 253).
5. Par exemple à Carpentras (H. Lavagne, op. cit., p. 87), Saint-Paul-Trois-Chateaux (ibidem, p. 96-98), Vienne (J. Lancha, op. cit., p. 29)., Saint-Romain-en-Gal (ibidem, p. 225), Saint-Bertrand-de-Comminges (C. Balmelle, op. cit., p. 34-57), Périgueux (« Informations archéologiques », Gallia, t. 37, 2, Paris, C.N.R.S., 1979, p. 498-502), Fréjus (« Informations archéologiques », Gallia, vol. 1-2, Paris. C.N.R.S., 1990, p. 206-214), Attricourt (« Informations archéologiques », Gallia, t. 44, 2, Paris, C.N.R.S., 1986, p. 254-256), Limoges (J.-P. Loustaud, « Les Thermes de la place des Jacobins à Limoges » dans Aquitania, t. VI, Bordeaux, 1988, p. 81-124). »
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SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bertrand, le général Delpoux, Hermet, Julien, Mange, Nayrolles, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Invitée : Mme Latour.
Le Président accueille la Compagnie dans le réfectoire des Jacobins où est installée l’exposition Le regard de Rome : portraits romains de Tarragone, Mérida et Toulouse, à laquelle est consacrée la séance du jour.
Le Président rappelle que l’exposition a été présentée à Tarragone, au printemps, puis à Mérida, cet été, avant de l’être à Toulouse, et qu’elle a été demandée par Rome où elle sera accueillie dès février prochain. Sans plus attendre, il donne la parole à Daniel Cazes, membre de notre Société et conservateur du Musée Saint-Raymond, qui a été l’un des maîtres d’œuvre de cette exposition avec les conservateurs des Musées de Tarragone et Mérida.
Daniel Cazes évoque en premier lieu les origines du projet, trois ans plus tôt, alors qu’il s’agissait très modestement d’échanger des œuvres à l’occasion d’expositions temporaires, afin de faire bénéficier chaque musée des compléments que pouvaient lui apporter les deux autres collections de sculpture romaine. Mais il est vite apparu que les trois collections rendaient possible un projet commun plus ambitieux : une exposition consacrée au portrait romain.
Si les spécialistes disposaient d’une bibliographie nombreuse, l’exposition pouvait faire découvrir à un public plus large un aspect majeur de la sculpture romaine qui est le plus souvent un peu méprisée, et inviter nos contemporains de la fin du XXe siècle à un jeu de miroir en portant un regard nouveau sur ce qu’a été Le regard de Rome.
À cette fin, on a fait le choix d’une exposition didactique, servie par une mise en scène qui a le mérite de n’être jamais gratuite et qui peut jouer à évoquer la pompe impériale ou le faste des villes romaines sans pour cela se substituer aux œuvres.
Le propos est articulé en sept chapitres principaux matérialisés par les sections de l’exposition.
1. Le pouvoir des images. Le mythe brisé
Le visiteur est accueilli par un splendide portrait d’Auguste arborant la couronne civique qui lui a été attribuée par le Sénat en 27 av. J.-C. Avec six autres visages, il exprime dans le luxe et la pérennité du marbre une iconographie politique où le pouvoir des images sert la stabilité d’un système social. Reflets d’une culture homogène du bien-être, les portraits impériaux et ceux qui s’en inspirèrent ont contribué à la création d’un véritable mythe de l’Empereur.
Le mythe se brise avec les crises qui secouent l’Empire et le développement du christianisme s’accompagne de la destruction des images divines et des effigies impériales, illustrée ici par une reproduction d’un graffiti de la catacombe de la Porta Pinciana à Rome. Statues décapitées, visages mutilés… rappellent les conditions de leur disparition et de leur redécouverte.
2. L’Antiquité admirée et retrouvée
Modèle politique et juridique jamais vraiment oublié, objet de l’admiration des humanistes, académiciens et antiquaires, retrouvée par les historiens et les archéologues modernes, l’Antiquité romaine n’a cessé de fasciner. Ses portraits ont été l’un des vecteurs essentiels de ce goût. Ils furent soumis, de la Renaissance à nos jours, à des études toujours plus précises et leur conservation généra les splendides collections et galeries de nos musées.
3. Matériaux et techniques. Formes et intentions
Après avoir évoqué les origines du phénomène du portrait romain, encore très discutées, des œuvres variées illustrent les techniques utilisées et les codes de la représentation.
Tous les matériaux ont servi pour la réalisation et la diffusion des portraits : métal des monnaies, des statues et des œuvres d’art de petite dimension, pierre dure des intailles, terre cuite, calcaire et marbre divers parfois associés pour jouer de leur polychromie…
La plate-tombe de l’évêque de Tarragone Optimus, de la seconde moitié du IVe siècle ou du début du Ve, permet d’y ajouter la mosaïque en même temps qu’elle introduit aux mutations que le portrait connaîtra dans l’Empire devenu chrétien.
À côté des techniques, sont présentées les diverses formes que prit le portrait romain : l’aspect fonctionnel de l’œuvre, le costume, les attributs, les gestes sont autant d’indices du rang social et des intentions des individus représentés.
4. L’image de l’empereur et sa diffusion
Les portraits officiels de l’empereur dépendaient d’un prototype, créé généralement à Rome, le centre du pouvoir. À partir de celui-ci, les sculpteurs produisaient des répliques dont la codification iconographique était rigoureusement imposée mais dont
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L’EXPOSITION LE REGARD DE ROME, organisée par les musées de Mérida, Tarragone et Toulouse,
et présentée dans le réfectoire des Jacobins de Toulouse à l’automne 1995.
Cliché Musée Saint-Raymond, J. Rougé.
la facture pouvait varier. Plusieurs portraits de Marc Aurèle et de Lucius Verus conservés à Toulouse, Tarragone et Mérida témoignent de cette pratique liée à une large et rapide diffusion de l’image impériale dans les provinces.
Cinq portraits de Septime Sévère montrent trois types iconographiques distincts. Ils concordent avec des moments différents du règne et de la pensée politique ou religieuse de l’empereur.
5. Théâtre, forum et scénographie du pouvoir
Les théâtres romains, grands lieux de rassemblement des populations urbaines, étaient un cadre idéal pour les statues figurant les empereurs et leurs proches, comme le montrent les œuvres découvertes dans ceux de Tarragone et de Mérida. À Tarragone, un autel atteste même un culte adressé à la puissance divine de l’empereur.
Les forums municipaux de Béziers, avec un exceptionnel ensemble de portraits julio-claudiens, de Tarragone et de Mérida apparaissent naturellement comme les espaces publics les plus appropriés à la mise en valeur des portraits impériaux et au développement de programmes statuaires liés à l’exercice du pouvoir.
6. Mimétisme et individualité. Usages privés, regards publics
L’universalité du portrait romain explique la diversité des individus dont nous connaissons la physionomie. Tous n’étaient pas des empereurs ou des personnages publics aux effigies multiples. Beaucoup, désignés par les inscriptions accompagnant leur image, peuvent être situés dans la sphère « privée » de la société romaine et c’est probablement le cas de bien d’autres figurations, notamment funéraires. Mais le mimétisme ambiant, phénomène typiquement social, ne permet pas toujours de différencier sans ambiguïté l’effigie privée de l’officielle. Ainsi tel jeune homme dépend-il d’un portrait de Trajan et certaines têtes féminines font-elles hésiter entre une impératrice et une digne matrone l’imitant. Enfin, sous l’Empire se maintiennent des traditions iconographiques républicaines ou surgissent des réminiscences et des particularismes autochtones.
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7. La permanence des images
La production des portraits diminua au cours des IIIe et IVe siècles, mais les effigies impériales continuèrent à jouer leur rôle dans la transmission de l’idéologie officielle. Cette permanence est marquée, à la fin de l’exposition, par le rare groupe, récemment identifié par Jean-Charles Balty qui propose de le dater de l’année 293, des quatre têtes de l’empereur Maximien Hercule, de sa femme Eutropia, de son fils Maxence, futur empereur, et de son épouse Maximilla.
Le Président remercie Daniel Cazes de cette complète et passionnante présentation d’une exposition trop riche pour être épuisée en deux heures. Il relève que le titre retenu était prémonitoire puisque c’est finalement à Rome que s’achèvera le cycle. Remarquant l’exceptionnelle qualité des portraits provenant de la villa de Chiragan, il s’interroge sur le rôle qu’a joué notre Société dans leur découverte. Après avoir rappelé qu’il se propose de développer cet aspect au cours d’une communication prochaine, Daniel Cazes indique que la Société Archéologique du Midi de la France, fondée en 1831, a surtout agi comme intermédiaire lorsque les fouilles ont repris à partir de 1842, mais que l’essentiel des sculptures trouvées sur le site l’avait été par Du Mège dans les années 1826 à 1830.
En réponse à une question de Jean Nayrolles, Daniel Cazes précise que Du Mège avait en effet prévu la restauration des bustes antiques à laquelle contribuèrent peu ou prou tous les sculpteurs de Toulouse. Il ajoute que les portraits de Mérida n’ont pas été restaurés parce que découverts au moment où l’on s’interrogeait sur l’opportunité de telles restaurations.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait savoir si le groupe de Béziers ne comportait que des bustes ou si, au contraire, les portraits faisaient partie de sculptures en pied. Daniel Cazes répond qu’il s’agissait très certainement de statues, mais que les corps ont disparu, la « fouille » de Béziers n’ayant livré que des fragments de marbre divers dont des fragments de doigts.
Pascal Julien s’étonne de l’absence d’œuvres provenant de Toulouse et demande s’il n’y a jamais été retrouvé aucune statue impériale. Daniel Cazes rappelle que l’on possède un fragment de statue cuirassée, d’ailleurs d’une extraordinaire qualité, qui provient de Toulouse mais rien de plus hormis des dizaines de petits fragments qui témoignent d’une statuaire qui a bien sûr existé mais dont on ne sait rien.
À propos de la mosaïque funéraire d’Optimus, Daniel Cazes attire l’attention de la Compagnie sur un détail du vêtement : la manche est en effet ornée d’une double bande bleue, comme dans les représentations des évêques Ambroise et Maternus, sur une mosaïque murale de la fin du Ve siècle qui se trouve dans la chapelle San Vittore in Ciel d’oro de la basilique Saint-Ambroise de Milan. Il semble donc bien que cette double bande bleue caractérise le costume d’un évêque, et que la mosaïque d’Optimus, de la fin du IVe ou du début du Ve siècle, en soit la plus ancienne représentation connue.
SÉANCE DU 19 DÉCEMBRE 1995
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Bourdieu, Cazes, Labrousse, Napoléone, Noé-Dufour, Suau, Watin-Grandchamp, MM. Bernet, Bertrand, Cranga, Fabre, Ginesty, Hermet, Julien, Mange, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusé : M. Péaud-Lenoël.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des séances des 7 et 21 novembre derniers.
Le Président indique qu’il a écrit au Conservateur régional de l’archéologie, M. Michel Vidal, pour lui donner l’accord de notre Société au classement au titre des Monuments historiques de l’ensemble des parcelles qui lui appartiennent à Martres-Tolosane.
Le Président rend compte de deux réunions qui se sont tenues dans le cadre de l’Union des Académies et Sociétés Savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure, puis présente la correspondance reçue.
Le Maire de Toulouse nous a adressé un exemplaire du projet élaboré par le S.M.E.A.T., ce document devant permettre de recueillir observations et remarques. Le Président rappelle que notre Directeur, M. Coppolani, a représenté la Société à certaines séances du S.M.E.A.T.
Les rapporteurs entendus, M. Éric Morvillez et M. Jean-Marc Luce sont élus membres correspondants.
La parole est ensuite à Catherine Bourdieu pour une communication sur Les œuvres religieuses du sculpteur Pierre Affre (v. 1590-1669) dans la région toulousaine :
« Né à Béziers et arrivé à Toulouse avant 1617, le sculpteur Pierre Affre a fondé son atelier dans la capitale languedocienne dès le milieu des années 1620. À l’exemple de bien des artistes de son temps, sa carrière s’est orientée en partie, mais tout
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naturellement vers l’art religieux. Commandes prestigieuses, comme le décor de la chapelle de Garaison (1635-1666) et le grand retable de l’église Saint-Sernin (1645), ou bien ouvrages plus modestes, comme les bustes reliquaires du Fauga (1653) et de Rabastens (1655), Affre a réalisé ces œuvres pour des clients issus de plusieurs diocèses méridionaux : d’Arreau en Comminges à Bordeaux, Limoges, Brive ou Saint-Papoul. Malheureusement, en raison de leur nombre très réduit, ses œuvres conservées (six retables sur dix-sept, plus deux dessins) ne peuvent refléter qu’une image incomplète de son talent. Les jeunes sculpteurs formés dans son atelier ont prolongé avec difficulté son style aux formes sobres mais épanouies et majestueuses. Son fils François, le plus doué, a disparu prématurément et Simon, un autre de ses fils, ne possédait qu’un talent limité. Antoine Guépin, son gendre, montre un art très influencé par celui de Pierre Affre, sans atteindre bien souvent à la même maîtrise. »
Le Président remercie Catherine Bourdieu en regrettant que la mauvaise qualité des diapositives n’ait pas permis à l’auditoire de se faire une idée précise du style du sculpteur et de la qualité des œuvres.
Maurice Scellès s’étonne que l’on ait fait appel à un sculpteur qui lui paraît bien médiocre, pour des chantiers dont il se demande s’il s’agit de chantiers de second rang. N’y avait-il pas d’autres sculpteurs à Toulouse ? Catherine Bourdieu conteste le jugement porté et confirme qu’il s’agit au contraire de commandes de premier plan.
Pascal Julien atténue le jugement trop sévère de Maurice Scellès, en remarquant cependant que si Pierre Affre n’est pas un mauvais sculpteur, ce n’est pas non plus un grand artiste. Les choses changent en fait au milieu du siècle. En 1653, Pierre Affre donne le dessin d’un jubé pour Saint-Sernin, jubé dont l’exécution est reportée en raison de divers problèmes financiers. Mais en 1662, c’est le moment où l’on décide d’ériger un grand retable à la cathédrale Saint-Étienne, qui est commandé à Gervais Drouet. Celui-ci introduit à Toulouse le Baroque romain qui supplante le classicisme attardé qui prévalait jusque là.
Bruno Tollon reproche à cette analyse d’être trop imprégnée d’une vision linéaire de l’histoire. Pour Louis Peyrusse, les catégories du Baroque déforment notre perception de l’œuvre de Pierre Affre. Celui-ci appartient au premier art de la Contre-réforme et ses sculptures se caractérisent justement par une certaine forme de retenue et la recherche de l’intériorité.
SÉANCE DU 9 JANVIER 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Napoléone, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Bernet, Bertrand, Blaquière, Catalo, Cranga, le général Delpoux, Gilles, Gillis, Ginesty, Hermet, Julien, Lassure, Luce, Mange, Manuel, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : Mmes Bourdieu, Fraïsse, M. Gérard.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Nous avons en particulier reçu une lettre de M. Manuel, d’ailleurs présent aujourd’hui parmi nous, qui remercie notre Société de son élection comme membre correspondant, qui honore ainsi la Société des Amis du Vieux Cordes dont il a été longtemps le Président. Relevant la modestie dont fait preuve M. Manuel, Henri Pradalier lui affirme que son élection tient d’abord à ses mérites personnels.
Le Secrétaire Général de l’association FERMAT, M. Ferron, nous a fait parvenir une vingtaine d’exemplaires à distribuer du n° 1 de la Lettre des Amis de l’Hôtel d’Assezat, qui est aussi un appel à l’adhésion.
Le Président fait circuler deux clichés en couleur d’un coffret-reliquaire émaillé que lui a adressés Neil Stratford. Il s’agit d’une œuvre de Limoges, qui peut être datée des environs de 1200 et qui pourrait provenir selon Marie-Madeleine Gauthier d’une église auvergnate. Ce coffret nous intéresse plus particulièrement parce que la scène figurée représente le martyre de saint Sernin et parce qu’il a récemment été mis en vente à Londres par Sotheby’s. La Ville de Toulouse s’est décidée à se porter acquéreur, mais aurait prévu une somme insuffisante, d’ailleurs de peu inférieure au prix de vente. Toulouse vient donc de manquer une œuvre exceptionnelle, dont l’acquisition aurait pu se faire dans un contexte tout aussi exceptionnel puisque nous allons commémorer le 9e centenaire de la consécration de Saint-Sernin.
On ne peut que déplorer que la Ville n’ait pas acheté ce coffret, alors même que les crédits d’acquisition mis à la disposition des musées de Midi-Pyrénées par l’État ne sont jamais entièrement consommés. Le Directeur régional des Affaires culturelles a lui-même protesté solennellement au cours d’une récente réunion des conservateurs parce qu’il était obligé de retourner d’importants crédits qui n’avaient pas été utilisés. À la mi-septembre 1995, seuls trois conservateurs avaient présenté des dossiers d’achat d’œuvres, au demeurant relativement modestes. Il faut savoir que le financement par l’État peut aller jusqu’à 50 %, part à laquelle peuvent encore s’ajouter jusqu’à 20 % alloués par les départements ou la Région. Il y a de quoi s’interroger sur les politiques d’acquisition de la Ville de Toulouse et des autres collectivités territoriales de la région.
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COFFRET-RELIQUAIRE ÉMAILLÉ, | COFFRET-RELIQUAIRE ÉMAILLÉ, |
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Henry Ginesty fait remarquer que la part restant à la charge de la Ville dont dépend le musée peut être supérieure à ses possibilités quelle que soit l’importance des autres financements. Pascal Bertrand rappelle que le montage financier des dossiers est en fait assez complexe, et que les acquisitions sont soumises à l’approbation de ce que l’on appelle le « petit conseil ». Guy Ahlsell de Toulza affirme que la procédure peut être très accélérée si cela est nécessaire, et que tout peut être réglé en 24 heures.
Le Président donne alors la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des séances des 5 et 19 décembre derniers. Le Président ajoute que Catherine Bourdieu aurait vivement souhaité poursuivre la discussion sur Pierre Affre, mais qu’il lui était absolument impossible d’être parmi nous aujourd’hui.
On entend ensuite les rapports sur les candidatures de M. Marc Salvan-Guillotin et Mme Christine Aribaud, qui sont élus membres correspondants de notre Société.
La parole est à Jean Catalo pour la communication du jour : Les fouilles de l’Hôtel d’Assézat, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Jean Catalo d’avoir bien voulu répondre à sa demande en étant bref, et le félicite d’avoir cependant su nous faire une présentation claire de ces fouilles.
Le général Delpoux demande des précisions sur la profondeur des découvertes par rapport au sol actuel. Jean Catalo indique que les niveaux les plus anciens ont été trouvés à 5 m de profondeur, ces cinq mètres comprenant environ 3 m de remblais sans doute dus aux incendies. Le niveau des graviers de Garonne est à peu près le même que celui qui a été repéré de l’autre côté de la rue Peyrolières. À une question d’Henri Pradalier, il répond que la nappe phréatique doit se situer à environ 5 m du sol actuel, mais qu’il s’agit d’une simple estimation car la construction de la paroi moulée qui a précédé la fouille et le pompage constant en ont évidemment modifié le niveau.
Quitterie Cazes dit son admiration devant les résultats de cette fouille, et en particulier devant la découverte exceptionnelle que constituent les vestiges de la grande domus urbaine et du bassin qui l’agrémentait ; elle rappelle que c’est la première fois que sont mis au jour dans Toulouse les vestiges d’une maison romaine.
Louis Peyrusse demande si l’on connaît d’autres exemples, dans d’autres villes, de demeures urbaines de cette importance situées, comme à Toulouse, à proximité immédiate de grands édifices publics comme le théâtre ou le temple du Capitole. Jean Catalo souligne le fait que les fouilles en centre ville sont finalement assez peu nombreuses, et qu’il est rare qu’elles permettent de saisir des ensembles de ce type ; on a eu ici la chance de pouvoir déterminer les dimensions du bassin, ce qui nous donne une meilleure idée de l’importance de la demeure.
Le Président voudrait avoir des précisions sur les datations proposées. Jean Catalo indique que les principaux indices de datation sont donnés par les céramiques arétines et sigillées gauloises, produites à Montans et la Graufesenque. La première occupation peut être située entre – 10 av. J.-C. et 10 après J.-C. Quant à la domus, elle se place entre 0/30 après J.-C. et 40/80.
En réponse à une question du général Delpoux, Jean Catalo rappelle que la cour principale de l’Hôtel n’a pas été fouillée, et que le suivi des travaux de tranchées qui y ont été réalisés a seulement permis de confirmer la datation… de la construction de l’Hôtel d’Assézat. Par ailleurs, les deux niveaux de caves de l’Hôtel, dont la profondeur est supérieure à 5 m, ont certainement fait disparaître des niveaux d’occupation antérieure.
Maurice Scellès s’interroge sur le fait qu’un regroupement parcellaire ait été réalisé au XIVe siècle sans projet de reconstruction. Quel est l’intérêt d’une telle opération, et ne peut-on faire l’hypothèse d’un projet abandonné ? Jean Catalo ne le croit pas, pour la raison que l’on a plusieurs exemples de regroupements parcellaires dans ce même îlot, ce qui laisse entendre que l’on est en présence de pratiques liées à des spéculations foncières sans projet architectural.
Bruno Tollon souligne la richesse des informations que livre ce travail, ce qui met une fois de plus en évidence tout l’intérêt de travailler en équipe. Il relève que le fait que l’impôt ait été calculé en fonction de la largeur sur la rue doit être mis en relation avec les dispositions d’hôtels dites « en poêle à frire », c’est-à-dire se développant en fond de parcelle à partir d’un simple accès à la rue. Il est certain que seule la prise en compte de sa complexité peut permettre d’aborder l’étude de milieu urbain.
Guy Ahlsell de Toulza demande quelles sont les traces effectivement repérables de l’incendie de 1463. Jean Catalo précise que bien sûr seules les fondations des bâtiments ont pu être observées, et que l’on ne retrouve pas les traces de l’incendie lui-même. Ce sont en fait les remblais d’incendie, comportant des matériaux qui ont subi l’action du feu, qui ont été produits par les démolitions des bâtiments endommagés.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès annonce que deux nouveaux échanges de publications viennent d’être mis en place, l’un avec Udine en Italie, l’autre avec l’Institut archéologique de Londres.
Louis Peyrusse attire une nouvelle fois l’attention de la Compagnie sur les travaux de restauration réalisés à Saint-Sernin :
« Je souhaiterais attirer l’attention sur l’étonnante restauration de la Porte Miègeville à Saint-Sernin, sans vouloir relancer une polémique, puisque par deux fois la Commission Supérieure des Monuments Historiques, en 1979 et 1990, a décidé de dérestaurer l’œuvre de Viollet-le-Duc.
Avant l’intervention de Viollet-le-Duc, la porte Miègeville était couronnée d’un édicule très simple exécuté en 1752 : un attique mouluré creusé d’un tableau. En témoignent la lithographie d’après Fragonard fils publiée dans les Voyages Pittoresques du baron Taylor (1834) et les calotypes de la collection Le Pourhiet (v. 1855).
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Viollet-le-Duc l’avait remplacé par un fronton polygonal dont les rampants étaient soutenus par trois colonnes saillantes ; le tympan était décoré de deux oculi aveugles (un damier bicolore brique et marbre). Ce fronton était à l’origine amorti par des sculptures données par l’architecte : « ces bêtes d’amortissement » rappelant les chimères de Pierrefonds, avaient depuis longtemps disparu.
Ce tympan, sans le décor sculpté des amortissements, était conservé dans les dessins de dérestauration de M. Yves Boiret, projet accepté par la Commission Supérieure des Monuments Historiques en 1990. Pourquoi ce geste de conservation ? Difficile à dire. Sans doute par l’application homéopathique de la Charte de Venise précisant que les apports valables de toutes les époques à l’édification d’un monument doivent être respectés. Sans doute le dernier geste pour saluer Viollet-le-Duc : une trace incomplète pour le siècle de l’Histoire.
Il faut croire que ces élévations plusieurs fois publiées, présentées dans des expositions, arrêtées par la Commission Supérieure des Monuments Historiques, étaient susceptibles de révision selon l’humeur de l’architecte puisqu’il a décidé de gommer tout souvenir de Viollet-le-Duc pour restituer « l’état antérieur ».
On pourrait sourire si cette démarche ne contenait en soi d’inquiétantes perspectives. Car pour être logique avec lui-même, M. Boiret devrait rétablir les consoles d’amortissement installées en 1752 au sommet des contreforts ; il devrait démolir l’enfeu des comtes de Toulouse dont le décor moissagais refait au XIXe siècle ne peut que lui être insupportable, et rétablir la chapelle avec façade des XVIIe et XVIIIe siècles. Dans l’élan, pourquoi ne pas démolir le complément apporté à la façade occidentale par Hulot entre 1920 et 1929 ? On sourirait si, sur ce point comme sur d’autres, la logique parfaite dont se réclame M. Yves Boiret n’apparaissait comme fausse et incapable de parvenir à un retour à l’état antérieur attesté. On sourirait si la désinvolture avec laquelle on a agi sur Saint-Sernin ne faisait craindre le pire pour la restauration à venir de l’abside principale dont tout laisse croire qu’elle sera encore une fantaisie de l’Architecte en Chef. On sourirait si la présentation de la dernière « restauration » reconstruite n’était pas des plus étranges : alors que les murs supérieurs de Saint-Sernin sont reconstruits en parpaings dissimulés par des briques de parement unifiées par un traitement à l’acide qui leur donne un aspect rose bonbon, le nouveau couronnement de la porte Miègeville est traité avec un ciment gris qui jure dans la confiserie ambiante.
On espère qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle façon de signaler à l’attention les restitutions de M. Boiret, mais d’un état d’attente jusqu’à ce que soient nettoyées les sculptures de la porte Miègeville. Car c’est sans doute la raison pour laquelle les reliefs sculptés de saint Jacques et de saint Pierre sont maintenus sous une « protection » de chantier élémentaire ?
On s’interroge et on s’inquiète. Avec une verve féroce, en 1990, M. Boiret avait dénoncé dans les erreurs de la restauration réalisée sous la direction de Viollet-le-Duc à la fin du Second Empire des erreurs de vieillesse du grand architecte, trop sûr de lui et de son système. L’Histoire se répète-t-elle ? On constate avec tristesse que sur un chantier essentiel et qui devrait être exemplaire, les mauvaises habitudes des chantiers des Monuments Historiques continuent de fonctionner et que ce service est incapable de faire respecter ses propres décisions par des employés qui, en lui imposant le poids de leur lobby, se permettent de défigurer le patrimoine avec l’argent public. »
Louis Latour dit qu’il avait été également surpris par les travaux en cours, et que pour en savoir un peu plus il avait essayé de lire le panneau explicatif installé par le Service des Monuments historiques à proximité. Il s’était trouvé obligé de conclure qu’aucune décision n’avait encore été prise pour cette partie de l’édifice au moment de sa rédaction.
Pour le Président, il y a de quoi s’interroger en constatant que le projet approuvé par la Commission supérieure des Monuments historiques ne correspond finalement pas entièrement aux travaux exécutés.
On rappelle par ailleurs que les deux reliefs du portail Miègeville qui représentent saint Pierre et saint Jacques sont restés masqués par des contre-plaqués après la dépose des échafaudages au printemps 1995. Tous ceux qui depuis ont visité Toulouse et la basilique ont dû être ravis d’apprendre, par un petit panneau fiché hâtivement dans la pelouse, que la présence de ces plaques était nécessitée par des analyses en cours. On sait bien que ces contre-plaqués ont en fait été installés pour protéger les sculptures pendant les travaux… On attend maintenant avec impatience les passionnants résultats des études « scientifiques » annoncées.
La Compagnie est informée de la disparition récente de statuettes du portail de l’église de la Dalbade. Lorsque la photographie présentée a été prise, une seule niche était vide, mais ce sont maintenant huit statuettes qui ont disparues et qui ont peut-être été volées en profitant des échafaudages installés par les Monuments historiques sans aucune protection.
Pascal Bertrand ajoute qu’à l’Hôtel de Malte voisin, il sera bientôt nécessaire de doubler le filet installé sous la corniche en raison des chutes de pierres. Il constate également que des fenêtres sont ouvertes, des vitres cassées et se demande quel était alors l’intérêt de fermer l’entrée par un grand rideau de fer. Le général Delpoux ajoute qu’un témoin lui a affirmé que deux cheminées en marbre avaient été volées récemment à l’Hôtel de Malte.
Dominique Watin-Grandchamp présente une communication sur le pavillon « Louis XVI », rue Henri-Glady à Cugnaux :
« L’ancien domaine de Lacans dit « pavillon Louis XVI » sur la commune de Cugnaux est situé dans l’ancienne ceinture viticole de Toulouse, le long d’une route où les parlementaires de la seconde moitié du XVIIIe siècle achètent des propriétés et font bâtir. L’édifice qui nous intéresse est lié à son parc qui se développe encore à l’Ouest. Il représente un plan en U avec 2 ailes de dépendances en retour sur cour à l’Est.
L’aile nord abrite des pièces à fonction domestique, rejetées du pavillon central ainsi que des remises et écuries. L’aile sud est occupée par un chais.
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CUGNEAUX (HAUTE-GARONNE), DOMAINE DE LACANS, plan du rez-de-chaussée.
Relevé D. Bertrand-Marchenoir.
Dans le parc, le tracé conservé des allées de buis répond parfaitement aux percements de l’avant-corps du pavillon central qui abrite un prestigieux salon de compagnie. Sur cour, la façade est traitée sans apparat avec 5 travées simples, celle du centre étant marquée par deux pilastres ; la façade sur jardin a fait l’objet d’un soin particulier avec les 5 travées marquées par des pilastres à faux bossage de brique. Le salon de compagnie qui répond à cette élévation est de plan octogonal et 3 pans de l’octogone occupent les 3 travées centrales débordantes ornées de bas-reliefs de terre cuite. Une balustrade pleine marque un faux attique où les pilastres sont amortis par des pots de terre cuite.
Cette façade évoque des modèles célèbres inspirés de Jacques Ange Gabriel et en particulier le parti et les dispositions du pavillon de chasse du Butard entre Versailles et Marly. Dans le milieu toulousain, des comparaisons sont possibles avec Reynerie et c’est sans doute un bon exemple des contacts des artistes locaux avec le milieu parisien.
Le salon de compagnie, d’environ 6 x 6 m, est le cœur de l’ensemble et sa décoration, stucs et toiles peintes, est prestigieuse. C’est aux qualités de chercheur de M. Burroni que nous devons sa découverte. En effet, pour la restauration des stucs de l’hôtel Dubarry à Toulouse, il avait recherché un édifice cité dans la thèse de Mme Faucher-Magnan (un procès entre Dubarry et le peintre F.-C. Derome signalait que Julia, auteur des stucs de l’hôtel Dubarry, avait également travaillé dans ce pavillon de Cugnaux).
L’édifice « retrouvé » abritait bien des modèles de Julia mis en œuvre à l’hôtel Dubarry après 1777 et à Reynerie après 1781. Ici, les panneaux de Julia célèbrent les arts avec des sphinx qui annoncent l’Empire.
Outre ses chantiers toulousains, Julia travaille à l’opéra de Versailles avec Pajou de 1768 à 1770. Ils se côtoient également à l’Académie des Beaux-Arts de Toulouse où Pajou est reçu en 1777, après avoir exposé aux salons de 1767 et 1770. Ils travailleront tous deux dans la classe de Lucas et l’iconographie du décor de Cugnaux peut se lire comme un hommage à l’école toulousaine et à ses maîtres, du moins si on considère un Apollon en médaillon répété plusieurs fois, qui est la copie d’un marbre de la galerie des Offices de Florence faite par Lucas et exposée au salon de 1775 avec un grand succès.
Les panneaux de toiles peintes qui habillaient les murs du salon ont été retrouvés après bien des péripéties et restaurés à l’instigation de Mme Sire, inspecteur des Monuments Historiques. Ces panneaux sont des éléments de décoration intérieure rares dans nos contrées, dans la manière de Rançon ou de Mique pour le boudoir de Marie-Antoinette. Ils puisent leur inspiration dans la Renaissance italienne avec des petits panneaux en grisaille, des arabesques, des vases aux camées… Des rinceaux habités d’oiseaux mettent en valeur des scènes champêtres ou des marines.
Le problème de l’attribution précise de ce décor reste posé : il y a peu de peintres de marine dans le milieu local, mais deux peintres familiers de Dubarry et très influencés par les marines de Vernet ont pu le réaliser. Le premier est François Valentin Gazart, qui quitte Toulouse pour Versailles en 1786, mais en gardant des contacts avec l’Académie de Toulouse et en particulier avec le sculpteur Lucas. Le second est Pierre Joseph Wallaert dont la manière semble bien correspondre à ce décor : né à Lille en 1755, il a un atelier à Toulouse en 1786, il est membre de l’Académie et élu artiste associé en 1787. On lui attribue des paysages peints à la détrempe dans le salon du comte Dubarry au château de Lévignac. Il fréquente également Lucas.
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SÉANCE DU 23 JANVIER 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-
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adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Noé-Dufour, MM. Bertrand, le général Delpoux, Ginesty, Hermet, Julien, Mange, Manuel, Morvillez, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusée : Mme Labrousse.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance.
Plusieurs interventions complètent notre information sur le sort des statuettes du portail de la Dalbade.
L’abbé Rocacher a obtenu des précisions selon lesquelles sur six statuettes, quatre auraient été récupérées, et deux auraient disparues. Le Président donne alors lecture d’une lettre que lui a adressée à ce propos le général Delpoux dès le 10 janvier : secrétaire de l’Association de défense des Amis de la Dalbade, il a rendu visite en compagnie de la Présidente de l’Association au nouveau curé de la paroisse ; deux statuettes ont été déposées par M. Voinchet et sont actuellement dans la sacristie, une autre aurait été déposée par ses services et aurait été emportée pour étude, la quatrième a été volée avant que ne soit prise la décision de les déposer.
Pour Pascal Bertrand, il y avait bien six statuettes dont les quatre évangélistes. Bruno Tollon rappelle qu’il existe d’assez nombreuses photographies, des années 1970 ou plus anciennes, qui montrent ces statuettes, et qu’elles permettraient de faire la vérification. Le Président constate que nos informations divergent sur bien des points ; il propose que ceux qui connaissent le mieux ce dossier les complètent et les vérifient dans la mesure du possible.
Le Président annonce à la Compagnie que la visite du Bureau de la Société sur le site de Chiragan, à Martres-Tolosane, a dû être reportée au 24 février. On indique par ailleurs que la prochaine COREPHAE, au cours de laquelle doit être examinée la proposition de classement du site au titre des Monuments historiques, est fixée au 13 février.
Le Secrétaire-adjoint donne ensuite des informations sur les contacts qui ont été pris avec M. Francis Bueb, fondateur du centre André-Malraux à Sarajevo, suite à l’article paru dans Le Monde le 27 décembre dernier. Il a été convenu d’envoyer gratuitement au centre André-Malraux et à l’Université de Sarajevo les dix derniers volumes de nos Mémoires, et de leur adresser gracieusement les volumes des prochaines années. Il est en outre envisagé de compléter dans un second temps, par l’envoi de volumes plus anciens, la collection destinée à la bibliothèque de l’Université.
Le Président donne alors la parole au Trésorier pour la présentation du bilan financier. À l’unanimité, il est donné quitus au Trésorier pour sa bonne gestion.
On procède alors aux élections statutaires. Votent les douze membres titulaires présents. Henri Pradalier, Daniel Cazes et Louis Latour sont réélus respectivement Président, Secrétaire Général et Bibliothécaire-archiviste.
En son nom et au nom de Daniel Cazes et Louis Latour, le Président remercie la Compagnie pour cette confiance renouvelée.
Puis le Président rend compte d’un courrier que nous a adressé M. Caulet, à propos de la prochaine rencontre à Perpignan de l’association des Sociétés savantes méridionales. Il souhaite que nous lui fassions parvenir une notice sur notre Société, comprenant un historique, une présentation de ses activités, la liste de ses membres…
Le général Delpoux fait circuler dans l’assistance le premier numéro de Lettre de Châteaux, d’Europe centrale et d’Europe occidentale, publiée par le Fonds International pour la Conservation du Patrimoine Historique Européen (FIPE). Cette association a été créée il y a à peu près un an pour aider les anciens pays de l’Est à retrouver leur patrimoine ; la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie en font partie, et l’on espère que la Pologne la rejoindra bientôt.
À la demande du Président, il est fait une présentation de la revue MoMus, citée lors de la dernière séance.
« L’association Momus est née de la volonté d’un groupe de personnes, dont des historiens d’art et archéologues, professeurs, conservateurs ou critiques d’art, de faire pièce à la langue de bois du Ministère de la Culture. Elle se propose d’être « un groupe de réflexion et d’action pour le patrimoine » dont la première arme se place sous le signe du dieu Momus, dieu de la critique et de l’ironie. Un article du dernier numéro paru (n° 5, 1995) permet d’attirer l’attention sur le fonctionnement de l’administration des Monuments historiques. Nous en retenons un extrait, celui de l’affaire de la cathédrale de Beauvais, rendue publique par un article paru dans Le Figaro en 1993 puis par Jean-Pierre Halévy dans le journal Libération du 25 mai 1995. On apprenait ainsi que des désordres menaçaient gravement l’édifice, que des crédits d’urgence étaient débloqués, mais que les travaux n’étaient pas confiés à l’architecte en chef des Monuments historiques en charge de l’édifice depuis 1991, M. Jean-Louis Taupin. Pour mériter cette sanction, celui-ci avait commis l’erreur de proposer de ne pas se contenter d’un traitement provisoire, mais de traiter les problèmes au fond en utilisant les méthodes modernes d’analyse des structures et des forces et en faisant appel à des ingénieurs. « Mais surtout, il avait commis un crime impardonnable. Désespéré par l’immobilisme des pouvoirs publics, il avait alerté la presse et révélé, notamment, que l’état de l’édifice avait empiré depuis qu’une grande partie des tirants de fer médiévaux avaient été retirés, dans les années soixante, par l’architecte en chef alors en charge de la cathédrale, qui les croyait modernes et les jugeait inesthétiques… » La suite est bien décrite par J.-P. Halévy : M. Taupin a reçu un blâme et a été sévèrement rappelé au fameux « devoir de réserve ». Désormais un « secret-culture », analogue au secret-défense, semble couvrir tout ce qui concerne la cathédrale de Beauvais ».
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Le Président souligne qu’il est assez symptomatique que le blâme ait été donné pour manquement au devoir de réserve et non pour une faute commise dans la restauration de l’édifice. On fait observer que l’administration a tendance à élargir le champ d’application de l’obligation de réserve bien au-delà du nécessaire. Celle-ci déborde largement le cadre du fonctionnement des services pour s’appliquer à toute intervention publique, obligation étant faite à tous les personnels d’exprimer le seul point de vue officiel de l’administration. Il est quand même curieux qu’un conservateur ou un architecte ne puisse exprimer librement un avis technique ou scientifique dans les domaines où il est a priori le plus compétent.
L’abbé Rocacher prend la parole et commence à évoquer les problèmes que posent les travaux du palais de Justice. Après avoir été pendant huit ans membre de la COREPHAE, il n’a plus la possibilité de suivre le dossier et ses informations sont désormais indirectes. Il s’avère en tout cas que tout sera décidé en haut lieu par le Ministère de la Justice, lequel appliquera sa propre politique, en faisant appel à ses propres crédits et à ses propres architectes. L’abbé Rocacher avoue être un peu amer devant la tournure prise par certains dossiers, après les longs combats menés pour défendre le patrimoine. Il rappelle également toute la procédure suivie pour examiner le dossier de la Manufacture des tabacs : les membres de la COREPHAE ont été amenés sur place, un spécialiste de l’architecture industrielle de la Sous-direction de l’Inventaire est venu à Toulouse, on a délibéré de 9 heures à 15 heures… La COREPHAE a voté à la quasi-unanimité l’inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques et la proposition de classement… Tout cela pour que l’Architecte des Bâtiments de France accorde une dérogation à l’architecte chargé des travaux qui a ainsi pu démolir les trois quarts des façades…
L’Administration joue dans ces affaires un jeu curieux. Qu’il s’agisse des services chargés du patrimoine ou de la préfecture, on use le plus souvent de réponses dilatoires, et la démolition a lieu alors que l’on a été assuré que le dossier était en de bonnes mains. On rappelle que nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion de constater la mauvaise foi voire la malhonnêteté des réponses qui nous avaient été faites par la Direction régionale des Affaires Culturelles ou par la Conservation des Monuments historiques, réponses dont il a d’ailleurs été rendu compte dans le Bulletin (M.S.A.M.F., t. LIII, 1993, p. 226-228).
Bruno Tollon indique que les membres de COREPHAE, comme ceux de la Commission supérieure, ne sont jamais informés des suites données aux propositions de protection. Et il faut toujours garder à l’esprit que ces commissions n’ont qu’un avis consultatif, la décision étant en fait prise par le préfet ou le ministre.
On fait encore remarquer que le fonctionnement de la COREPHAE est tout à fait symptomatique de l’esprit de l’administration française : cette commission qui réunit des scientifiques et des personnalités concernées par le patrimoine a été organisée de façon à être entièrement contrôlée par l’administration, qu’il s’agisse du choix des membres ou de la définition de l’ordre du jour. Il faut croire que l’administration française est incapable d’imaginer une commission indépendante, dont les membres seraient désignés par d’autres institutions, libre de son ordre du jour et libre de questionner l’administration de la culture. Bruno Tollon rappelle à ce propos que la main-mise de l’administration était particulièrement évidente lors de l’examen de projet de restauration de Saint-Sernin, la section « Travaux » de la Commission supérieure des Monuments historiques étant alors majoritairement composée de représentants du ministère et d’architectes en chef des Monuments historiques ; seuls trois historiens d’art en faisaient partie.
L’abbé Rocacher évoque encore les fouilles de l’ancien hôpital Larrey et les promesses qui avaient été faites alors. Dans ce cas, la démolition des vestiges mis au jour a de plus été justifiée par l’administration parce que ceux-ci avaient été étudiés ! On fait remarquer que la façon dont sont traités les vestiges archéologiques conservés en sous-sol plonge ses racines dans une tradition française déjà ancienne, qui semble considérer que tout ce qui est antérieur à Clovis n’appartient pas à l’histoire de France. En consultant la liste des monuments protégés au titre des Monuments historiques en France, on s’aperçoit que les monuments antiques souffrent d’un désintérêt exagéré. On comprend mieux comment Toulouse a pu détruire sans trop d’états d’âme la plupart de ses monuments romains. Deux exemples parmi d’autres : le théâtre romain retrouvé en 1880 sous la rue de Metz qui était le plus grand théâtre antique connu en Gaule, et qui n’a d’ailleurs été identifié que dans les années 1960 par Michel Labrousse ; plus récemment, le podium du temple mis au jour place Esquirol, détruit alors que l’on avait là, avec celui de Narbonne, le plus grand temple romain découvert en France… Les monuments conservés au-dessous du sol n’existent pas pour bien des édiles mais aussi pour nombre de ceux qui ont en charge le patrimoine, et les monuments antiques conservés en élévation n’ont pas droit à plus d’égards.
L’abbé Rocacher rappelle que l’on a demandé à plusieurs reprises que soit engagée une procédure de protection du rempart romain de Toulouse, et que l’administration des Monuments historiques s’y est toujours refusée. Maurice Scellès fait toutefois remarquer que le dossier demanderait un travail très long en raison du très grand nombre des propriétés qui seraient concernées. On convient qu’il serait pourtant tout à fait possible de procéder par étapes, et que l’on se heurte en fait à un refus évident de mettre en œuvre la procédure. Il en va d’ailleurs de même pour le rempart médiéval du boulevard Duportal dont la protection est tout aussi nécessaire.
On évoque enfin les relevés et les moulages dont font l’objet les vestiges retrouvés au cours des fouilles, et dont l’utilité est incontestable, mais qui ont un effet pervers que l’on a pu constater sur le site de l’hôpital Larrey : on développe parallèlement l’idée que l’étude remplace l’objet dont la conservation ne s’imposerait donc plus.
Le Président demande si l’on a des informations sur le Secteur sauvegardé de Toulouse. Il est répondu que le règlement de secteur sauvegardé n’a finalement pas été adopté par le conseil municipal. Le Président s’adresse alors à M. Hermet en invitant les Toulousains de Toulouse à publier l’information dans L’Auta. Puis il propose que le débat qui vient d’avoir lieu soit le point de départ d’un travail en commun sur la conservation et les destructions du patrimoine de Toulouse. Ce travail pourrait prendre la forme d’un article qui serait envoyé à MoMus. Plusieurs membres acceptent de se charger des différents dossiers.
À propos du projet pour l’agglomération toulousaine produit par le SMEAT, le Président rappelle que la Mairie sollicite des remarques et des suggestions.
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Il semble qu’il y ait matière à s’interroger, et sans doute à s’inquiéter. Il est en tout cas évident que la place occupée par le patrimoine est très réduite. Lorsqu’il est pris en compte, c’est de la manière la plus vague. On fait par ailleurs remarquer que le document use d’une façon générale d’un style et d’un jargon assez peu clairs.
À la demande du Président, un membre accepte de suivre le dossier et d’informer notre Société de son évolution.
Guy Ahlsell de Toulza annonce à la Compagnie qu’il a appris le décès du comte Geoffroy de Goulaine, survenu il y a quatre ou cinq mois. Le comte Geoffroy de Goulaine, devenu membre correspondant de notre Société en 1967, était membre libre depuis 1989.
SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Labrousse, Pradalier-Schlumberger, MM. Bernet, Bertrand, Cabau, Cranga, le général Delpoux, Ginesty, Hermet, Mange, Manuel, le Père Montagnes, Tollon.
Excusés : Mme Cazes, MM. Julien, Manière, Peyrusse.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance.
Guy Ahlsell de Toulza s’inquiète de l’impact qu’aura ce procès-verbal s’il n’en est donné qu’une version édulcorée lors de la publication du Bulletin. La revue MoMus en donnera peut-être un écho, mais il serait souhaitable que les Toulousains de Toulouse et la Société Archéologique unissent leurs efforts pour donner à ce constat de saccage du patrimoine une traduction plus spectaculaire. On pourrait envisager une exposition dressant le bilan des restaurations et des destructions.
M. Hermet, après avoir rappelé que L’Auta a environ 1500 abonnés, dit que les Toulousains de Toulouse pourraient sans doute en donner un compte rendu mais que L’Auta n’a pas les moyens de publier un article très détaillé.
Le Président fait remarquer que le Bulletin, où seuls sont effacés les noms des intervenants, ne donne pas pour cela une version affaiblie des procès-verbaux des séances. Quant à l’éventuelle organisation d’une exposition, elle a contre elle d’imposer de mobiliser du temps et de l’argent dans une mesure qui dépasse nos moyens. De plus, est-il vraiment nécessaire de monter une exposition tous les vingt ans pour se plaindre du saccage du patrimoine ? On peut s’interroger sur l’utilité réelle de telles manifestations, et se demander si le seul moyen efficace dont nous disposons ne serait pas plutôt l’action en justice.
Le Président suggère de s’inspirer de ce qui a été fait en Ariège où a été créée une fédération des associations de défense du patrimoine. Notre Société pourrait s’associer par exemple aux Vieilles Maisons Françaises et aux Toulousains de Toulouse au sein d’une fédération qui aurait pour but principal de conduire les procès nécessités par la sauvegarde du patrimoine. Henry Ginesty confirme que c’est en effet dans ce but qu’a été fondée la fédération ariégeoise.
Un membre dit qu’il est pour sa part favorable à une publication spécifique établissant un bilan, avec un texte liminaire définissant avec précision ce que nous entendons par patrimoine, découverte archéologique ou restauration… Une publication faite en direction du grand public aurait sans doute plus d’impact à terme qu’une exposition.
M. Hermet indique que les Toulousains de Toulouse possèdent un dossier qu’avait réalisé Paul Mesplé sur trente ans de vandalisme à Toulouse.
Puis le Président souhaite la bienvenue à Chantal Fraïsse, nouveau membre correspondant, dont la présence parmi nous ne pourra que renforcer les liens entre la Société Archéologique du Midi de la France et Moissac où Chantal Fraïsse assume la responsabilité des archives et du musée de la ville ainsi que celle du centre d’art roman Marcel-Durliat.
Le Président annonce que notre confrère M. Manuel et la Société des Amis du Vieux Cordes offrent à notre Société un exemplaire photocopié du travail que l’abbé Marius Bessou avait consacré au site de Vindrac (Tarn). Dans sa lettre de présentation du document, M. Manuel précise que cette étude, qui porte en particulier sur la nécropole mérovingienne, a été rédigée par l’abbé Bessou peu avant sa mort survenue le 26 avril 1993 ; tous les documents de la fouille ont été déposés au Service régional de l’archéologie, tandis que les objets sont présentés au Musée Charles-Portal de Cordes. Le docteur Crubézy a été chargé de la publication du manuscrit, qui sera complété par une étude de paléobiologie en raison de l’exceptionnel état de conservation des squelettes retrouvés dans les sépultures du haut Moyen Âge. Il faut signaler une découverte assez rare faite dans l’une des sépultures où une petite feuille de plomb gravée d’une écriture ou d’une imitation d’écriture a été retrouvée près du crâne.
Le Président informe la Compagnie que le Bureau se rendra à Martres-Tolosane le 24 février. Puis il rend compte de la dernière réunion avec les représentants de la Ville de Toulouse pour régler les problèmes que posent encore l’aménagement de l’Hôtel d’Assézat. Le financement nécessaire à l’achèvement de notre future salle des séances est débloqué et les travaux devraient commencer incessamment.
On procède ensuite à l’élection de membres correspondants. Mme Christine Delaplace et M. Gabriel Burroni sont élus membres correspondants de notre Société.
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La parole est alors à Louis Latour pour une communication sur L’appui de communion de l’église Saint-Paul d’Auterive, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Louis Latour pour cette présentation qui ne se limite pas à la table de communion d’Auterive mais prend au contraire en compte les principales grilles de communion de la région. Il voudrait savoir si ces ouvrages en fer forgé requièrent un travail important, et en particulier si Louis Latour a obtenu à ce sujet des informations des restaurateurs qui sont intervenus sur la grille d’Auterive. Louis Latour précise que les restaurateurs ont surtout procédé à un nettoyage. Pour lui, les parties délicates de ces grilles sont les motifs en tôle estampée, légers et élégants et de ce fait fragiles, qui d’ailleurs deviennent plus épais au cours du XVIIIe siècle pour être bientôt fondus sous le règne de Louis XVI. On connaît des baux à besogne qui font état de modèles en bois destinés à l’estampage, ce qui pourrait être un argument supplémentaire en faveur de l’intervention de sculpteurs dans la fabrication de ces grilles.
Pascal Bertrand demande s’il faut considérer que les forgerons sont de simples exécutants. Louis Latour indique que l’on ne sait pas exactement la part qu’il faut attribuer à chacun des métiers, mais que les dessins d’Ortet, conservés au Musée Paul-Dupuy, laisse penser que dans ce cas le serrurier est aussi le concepteur. Pascal Bertrand est plus réservé et, pour lui, le fait qu’Ortet ait réalisé les dessins n’implique pas qu’il soit le concepteur du décor.
Bruno Tollon souligne tout l’intérêt que présente le parallèle établi entre la structure des grilles et le décor d’architecture. Il rappelle qu’à Saint-Étienne de Toulouse, les grilles sont dues à un architecte. On retrouve dans ces décors de fer forgé et de métal repoussé tous les thèmes italiens exécutés en marbre dans l’architecture. Aussi pense-t-il qu’il faut préférer au terme d’« épingle » celui de « glyphe » qui correspond mieux à l’origine du motif.
Le Président attire l’attention sur l’iconographie retenue pour la table de communion d’Auterive. On y trouve par exemple un tabernacle et un ciboire qui relèvent de l’iconographie eucharistique, mais que vient faire dans cet ensemble l’aspersoir ?
En faisant remarquer que la « table de communion » est un des derniers avatars de la clôture de chœur, Pascal Bertrand demande quelles sont les appellations effectivement utilisées dans les textes. Louis Latour répond que les documents parlent d’un « appui de communion » et à plusieurs reprises de « balustrade ». En conclusion, il voudrait ouvrir quelques-unes des pistes de recherche qui pourraient être suivies. C’est tout d’abord l’enquête dans les archives qui permettrait peut-être de savoir si Périé, le serrurier de Villenouvelle qui exécuta la grille d’Auterive, a accédé à la maîtrise. D’autres recherches pourraient s’orienter vers François Mortreil cadet qui a beaucoup œuvré à Auterive et à qui l’on doit en particulier les sculptures du buffet d’orgue, ou encore du côté d’un autre Auterivain, Gilède de Pressac, membre de l’Académie royale.
Au titre des questions diverses, le Secrétaire-adjoint annonce qu’un nouvel échange de publications a été mis en place avec la Xunta de Galicia.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Cabau, Cranga, le général Delpoux, Gilles, Hermet, Julien, Mange, Manuel, Morvillez, Nayrolles, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Salvan-Guillotin, Tollon.
Excusées : Mmes Delaplace, Labrousse, Pradalier-Schlumberger.
Invités : M. le comte et Mme la comtesse de Pibrac.
Le Président ouvre la séance en souhaitant la bienvenue à M. et Mme de Pibrac, et rappelle que l’Hôtel d’Assézat a accueilli certains de leurs aïeux membres de l’Académie des Jeux Floraux.
Il annonce la conférence que Jean Bottero fera le 5 mars sur la Mésopotamie : l’écriture, la raison et les dieux, dans le cadre d’un cycle organisé par l’Académie des Jeux Floraux et dont le Président fait circuler le programme.
Puis il indique que nous avons reçu une lettre de candidature au titre de membre correspondant de Mlle Marie-Luce Pujalte, que notre Société a primée en 1993 pour son travail sur l’hôtel de Nupces. Cette candidature sera examinée par le Bureau puis présentée en séance.
À l’invitation du Président, Jean Coppolani, Directeur, présente les réflexions que lui inspire, au plan archéologique, le Projet d’Agglomération élaboré par le Syndicat Mixte d’Études de l’Agglomération Toulousaine (S.M.E.A.T.) :
« Si les déclarations d’intention font mention du patrimoine monumental de la ville, celui-ci est perçu beaucoup plus comme un élément de sa fonction culturelle et un atout de promotion touristique qu’il n’est considéré pour lui-même. L’expérience des dernières années concernant l’édifice découvert à l’hôpital Larrey, les vestiges du grand temple sous la place Esquirol, le traitement des divers fragments du rempart antique dans le jardin du Capitole, dans l’hôpital Larrey et ailleurs amènent à conclure que les pouvoirs publics – y compris le service des Monuments historiques – ne portent pratiquement aucun intérêt à ce qui existe encore de Toulouse antique. Fera-t-on mieux au futur théâtre Labéda ? Quant aux œuvres des siècles suivants, elles sont en général mieux conservées, mais il faut ici encore se méfier des initiatives de ceux qui ont pour mission de les protéger… comme à la Manufacture des Tabacs. Le patrimoine du XIXe siècle et celui de la première moitié du XXe siècle ne sont pas encore considérés par tous comme aussi intéressants que ceux des siècles antérieurs : or, certains grands projets de « Portes de Ville » ou de « Noyaux
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villageois » touchent éventuellement des constructions précieuses de ces époques. Il convient donc de rester très vigilants et d’utiliser tous les moyens de pression, presse y compris, pour les défendre. »
Le Président remercie notre Directeur en le félicitant de la maîtrise avec laquelle il a su traduire ce long document et son jargon. Il souligne combien il apparaît que l’archéologie et la conservation du patrimoine sont peu pris en compte, tandis que l’on concède quelques miettes aux mouvements écologistes.
Guy Ahlsell de Toulza offre à la Société un exemplaire du catalogue de l’exposition que l’École des Beaux-Arts a consacrée en 1981 à Urbain Vitry.
Le Président donne alors la parole à Bruno Tollon pour sa communication intitulée Ovide dans le « cabinet de quatrains » : un décor peint identifié dans le château de Pibrac (Haute-Garonne) :
« Le cabinet est l’indispensable complément du logis de l’homme cultivé. Il figure parmi les Blasons domestiques de Gilles Corrozet. Celui de Pibrac est connu sous le nom de « Cabinet des Quatrains » et on associe son décor au poète Guy du Faur (1529-1584), mais jusqu’ici l’iconographie des peintures n’avait pas retenu l’attention. Elles couvrent les voûtes et les lunettes au-dessus des corniches d’un lambris sculpté en tous points remarquable. Raoul du Faur de Pibrac les a longuement décrits dans l’étude illustrée publiée en 1900. Les voûtains fournissent un cadre commode pour le développement des « grotesques » inspirés par Du Cerceau et les gravures anversoises. Ils encadrent une scène centrale dédiée au maître des dieux sous la forme d’un foudre accompagné de deux aigles. Le thème annonce et justifie les scènes des parois.
Là se développent les scènes principales. Elles s’inspirent des Métamorphoses d’Ovide et sont toutes empruntées au livre premier : Jupiter courroucé annonce aux dieux assemblés qu’il va punir les hommes du Déluge (à l’ouest, face à l’entrée) ; Apollon à côté du monstre Python qu’il vient de tuer (identifiés par l’inscription LA MOUR DU SCERPENZ ET APOLLO) et plus loin Daphné se transforme déjà en laurier (au nord) ; Junon réclame la génisse Io à Jupiter (est, au-dessus de la porte) ; Argus décapité : Junon place ses yeux sur la queue du paon et Mercure brandit la tête du géant (sud, de part et d’autre de la fenêtre).
Ces épisodes ne sont pas tirés de l’édition savante mais de la fameuse Métamorphose d’Ovide figurée publiée à Lyon en 1557 chez Jean de Tournes, avec des illustrations de Bernard Salomon. Les vignettes, gravées sur bois, accompagnent sur chaque page des textes brefs et rimés sur le modèle conçu pour les Emblèmes d’Alciat : un accord étroit associe le texte et l’image (cf. Jean-Marc Chatelain, Livres d’emblèmes et devises, une anthologie (1531-1735), Paris, 1993, et Françoise Boudon, Les métamorphoses d’Ovide et l’expression emblématique, Latomus, XXXV-1, 1976, p. 76-90). Les mises en scène claires et élégantes ont directement inspiré le peintre de Pibrac qui a dû compléter les paysages. Seule l’assemblée des dieux, qui reprend cependant la disposition d’ensemble de la scène, s’en écarte pour le dessin des personnages et de Jupiter. D’autres gravures ont pu servir, dont celle de Caraglio d’après Jules Romain. Les peintures ne s’écartent pas du style bellifontain des gravures de Bernard Salomon. Pour juger convenablement de leur qualité, il conviendrait de restaurer les injures du temps : lacunes, frottements, repeints grossiers qui en altèrent le caractère.
En l’absence d’information historique, on attribue la commande à Guy du Faur. Le poète, diplomate et homme de cour, durant ses études à Paris séjourna chez son oncle Jacques du Faur de Saint-Jory, président au Parlement de Paris et membre du conseil privé. Il a eu sous les yeux le décor que ce dernier avait commandé à Nicolo dell Albate (pastorales et scènes mythologiques) pour son hôtel au pied du quartier latin. Il est logique de retrouver la même inspiration dans sa retraite rustique de Pibrac. On sait qu’au cœur de la réflexion intellectuelle se place l’idée que la mythologie recèle des vérités cachées. Pour les découvrir, il convient de passer d’une lecture littérale à l’interprétation allégorique, politique et morale, et même religieuse. Cette démarche peut trouver son application ici : Jupiter, ses foudres et ses caprices amoureux peuvent fournir un thème de réflexion sur l’autorité du souverain, les dangers de la cour et les leçons de prudence que doit tirer le sage. On comprend l’intérêt de ce programme, plus complet que celui de Cénevières (Lot) ou de Camon (Ariège). Il prend place aux côtés de ceux de Lude (Sarthe) ou Ancy-le-Franc (Yonne). L’inspirateur de cette iconographie a puisé dans cette « Bible des poètes » qu’est la mythologie pour nous « conduire agréablement dans la connaissance de la vertu » (du Ryer, préface à la traduction des Métamorphoses, Paris, 1660). Il s’agit bien d’une peinture de méditation au sens de Marc Fumaroli (L’École du silence, Paris, 1995, où il reprend « Une peinture de méditation » publié dans Il se rendit en Italie. Études offertes à André Chastel, 1987, p. 337-358). »
Le Président remercie Bruno Tollon pour cette communication qui nous a fait découvrir ce décor en le replaçant dans son contexte architectural mais aussi dans celui de la production artistique du XVIe siècle. Se tournant vers nos invités, il leur offre la parole.
M. de Pibrac dit l’émotion qu’il a ressentie en entendant la remarquable évocation que M. Bruno Tollon a donnée de l’histoire de sa famille et de la valeur des hommes, et il l’en remercie.
Après avoir souligné tout l’intérêt de la découverte des sources iconographiques, Louis Peyrusse relève que la question de l’attribution du décor à un peintre a été évitée, peut-être parce que l’on sait peu de chose de la peinture de cette période dans la
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CHÂTEAU DE PIBRAC (HAUTE-GARONNE), CABINET DES QUATRAINS, Apollon et le serpent python, lunette nord. Cliché Bruno Tollon.

« LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE FIGURÉES », Livre I, Lyon, Jean de Tournes, 1557, gravure de Bernard Salomon : Apollon et le serpent python.
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CHÂTEAU DE PIBRAC (HAUTE-GARONNE), CABINET DES QUATRAINS, Junon, Jupiter et Io, lunette ouest. Cliché Bruno Tollon.

« LES MÉTAMORPHOSES D’OVIDE FIGURÉES », Livre I, Lyon, Jean de Tournes, 1557, gravure de Bernard Salomon : Junon, Jupiter et Io.
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région. Bruno Tollon pense en effet qu’il serait aventureux d’avancer un nom compte tenu de ce que nous connaissons de l’histoire de la peinture et du décor au XVIe siècle. Il est certain qu’une demeure de cette qualité n’est considérée comme achevée que lorsqu’elle a reçu son décor intérieur, mais les décors muraux ont très souvent été négligés par ceux qui ont étudié ces édifices. En outre, la difficulté de les attribuer à des artistes est accrue par le fait que bien souvent les datations ne sont pas plus précises qu’à la dizaine d’années près.
Pascal Bertrand dit combien il a apprécié l’exposé de Bruno Tollon, et se demande s’il ne faut pas aller plus loin dans l’analyse du programme iconographique en s’intéressant à la personnalité du commanditaire, un poète, et au sens qu’a pu avoir le choix de ces trois fables. Les écrits de Marc Fumaroli seraient peut-être éclairants sur ce point. Bruno Tollon précise qu’il avait pensé évoquer cet aspect, mais qu’il y a renoncé pour ne pas être trop long. Il lui manque encore des informations pour la quatrième lunette, mais sans doute peut-on penser que ces fables ont été choisies pour illustrer les métamorphoses de l’Amour.
Henri Pradalier voudrait savoir si cette représentation des Métamorphoses d’Ovide dans un cabinet est exceptionnelle. Bruno Tollon indique qu’à en juger d’après les textes, il s’agissait de thèmes très fréquemment utilisés pour décorer les pièces.
Pascal Julien dit que, pour avoir vu ces décors, il a été étonné de la différence de qualité entre les boiseries et les peintures. Le décor des lunettes ne soutient pas la comparaison avec les grotesques des lambris qui témoignent d’un travail de très haute qualité. La relative médiocrité des peintures correspondrait à une période où Toulouse semble connaître une assez grande pauvreté artistique. Pour Bruno Tollon, il faut tenir compte de l’état de conservation des décors des lunettes, où des repeints sont d’ailleurs possibles, qui nécessiteraient des enquêtes précises. Il ajoute cependant que le même décalage existe au château de Beauregard, mais qu’il nous manque bien souvent de pouvoir saisir le contexte chronologique de ces œuvres.
Répondant à une question du Président, Bruno Tollon et Pascal Julien sont d’accord pour considérer que le sculpteur pourrait être toulousain. Patrice Cabau voudrait savoir si le lambris est en noyer et s’il est envisageable qu’il soit antérieur au décor peint. Bruno Tollon confirme qu’il s’agit de noyer, et précise que la commande suppose une exécution contemporaine de l’ensemble du décor.
Pascal Bertrand croit aussi que les deux décors ont été réalisés au même moment. Il rappelle par ailleurs que le XVIe siècle a une prédilection pour les programmes iconographiques très subtils, qui nous échappent bien souvent en grande partie aujourd’hui. Les allusions au monarque y sont fréquentes, et, ici, le thème d’Apollon et le serpent pourrait évoquer la lutte entre le Bien et le Mal. Mais comment interpréter la présence de la fable de Io ?
Louis Peyrusse pense qu’il faut probablement tirer les hypothèses en direction d’une allégorie du pouvoir, sans doute très subtile et si savante qu’elle risque de nous échapper longtemps. Par ailleurs, il trouve nos confrères bien féroces dans leur jugement sur la qualité des peintures, et la comparaison avec les peintures d’Auvergne, qui ont fait l’objet d’une thèse récente, amènerait à nuancer les propos.
Le Président remercie Bruno Tollon et tous les intervenants.
On donne ensuite une information sur les projets de travaux pour l’installation de la future D.R.A.C. dans l’Hôtel Saint-Jean. M. Gilles signale qu’il a pu se rendre compte ce matin-même que les travaux allaient commencer incessamment. Un bref exposé permet de présenter les différents scénarios possibles, en particulier pour les bâtiments construits dans les années 1950. En cas de démolition, il ne semble pas qu’il soit prévu de réaliser une fouille exhaustive de l’emplacement avant reconstruction. Peut-on admettre dans ce cas que l’implantation de micro-pieux permette effectivement la conservation des couches archéologiques pour les générations futures ? Il est répondu que les forages nécessaires n’ont pas un diamètre de 10 à 12 cm comme on le croit souvent, mais qu’ils atteignent 30 à 40 cm de diamètre, et qu’avec des implantations tous les deux mètres, la technique des micro-pieux signifie en fait la destruction du site archéologique. On fait remarquer que l’on comprendrait mal que la Direction régionale des Affaires culturelles, responsable de l’archéologie, ne profite pas de l’occasion pour réaliser une opération pilote et massacre au contraire un site de première importance au cœur de la ville antique et médiévale. Il faudrait également savoir s’il est prévu une étude monumentale de l’édifice qui, à côté de l’Hôtel du XVIIe siècle, conserve de précieux vestiges médiévaux.
SÉANCE DU 12 MARS 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Delaplace, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Boudartchouk, Burroni, Bruand, Cabau, Cranga, Gilles, Julien, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Salvan-Guillotin, Tollon, Vézian.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire Général, Mmes Labrousse, Pradalier-Schlumberger, le général Delpoux.
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Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 23 janvier et 20 février derniers.
Le Directeur rend compte de la correspondance manuscrite, avec en particulier le programme du Congrès archéologique de France qui sera consacré du 9 au 15 septembre 1996 au Comminges et Toulousain. Par ailleurs, la Fédération des Sociétés savantes du Centre de la France organise son prochain congrès au mois de mai à Limoges, sur le thème Écrits et imprimés.
Le Président donne la parole au Père Montagnes pour la première communication de la séance consacrée à Une image de la confrérie du Rosaire de Toulouse au Musée Paul-Dupuy, et publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie le Père Montagnes pour son lumineux exposé.
Répondant à une question de Claude Péaud-Lenoël, le Père Montagnes indique que la série de médaillons du cercle intermédiaire représente les Mystères du Rosaire, mystères joyeux, douloureux et glorieux précise le Président qui demande si tous les personnages du cercle intérieur sont des dominicains. En effet, Pie V et Antoine de Florence comme tous les autres sont des dominicains. Le Père Montagnes ajoute que la disposition en cercles concentriques avait déjà été utilisée par le graveur anversois Théodore Galle.
Louis Peyrusse remarque que cette planche gravée serait l’une des premières illustrations de la mythographie méridionale du catharisme, dont le développement est habituellement situé au XIXe siècle. C’est ce que pense aussi le Père Montagnes pour lequel un autre argument peut être tiré de la croix dite « de saint Dominique » qui se trouvait dans la forêt de Bouconne : elle a été rétablie en 1840, mais son existence est attestée par un document du XVIIIe siècle, ce qui montre que la vie du saint est déjà inscrite dans la topographie locale. Pascal Julien rappelle que Notre-Dame d’Alet, située à la limite de la forêt de Bouconne, revendiquait, comme d’autres sites d’ailleurs, d’être le lieu de la révélation de saint Dominique. Pour le Père Montagnes, ces différentes traditions témoignent bien d’une légende toulousaine de saint Dominique déjà ancienne, particulièrement intéressante pour l’histoire des mentalités.
La parole est alors à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication sur Le rempart du Bazacle au XVIe siècle, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie notre confrère de ce compte-rendu très précis d’un travail qui est à la fois le résultat d’une fouille et d’une importante recherche dans les archives.
M. Bruand observe que la fouille a permis de mettre au jour la courtine mais pas le bastion lui-même, ce que confirme Jean-Luc Boudartchouk en indiquant cependant que la découverte de la courtine a permis de mieux situer les plans anciens et le bastion par rapport à la topographie actuelle du site.
M. Bruand demande encore si l’on ne peut pas faire l’hypothèse que le changement d’appareil corresponde à une ouverture du bastion qui aurait été ensuite murée. Pour Jean-Luc Boudartchouk, cette hypothèse ne peut être retenue car le bastion se trouvait 20 ou 30 m plus à l’ouest. Au Président qui demande s’il ne peut s’agir d’une réparation, Jean-Luc Boudartchouk répond que la fouille prouve que les travaux sont contemporains et que les différences observées dans la construction de ces fondations s’expliquent par la présence des différentes équipes avec lesquelles sont passés les baux à besogne.
Jean Nayrolles s’étonne de l’archaïsme de ces fortifications compte tenu de l’intervention de maîtres-maçons italiens. Jean-Luc Boudartchouk précise que si des Italiens sont à l’origine du schéma d’ensemble, les travaux ont été conduits par des maçons toulousains. Mais il faut surtout ne pas se laisser abuser par l’aspect des maçonneries mises au jour, qui appartiennent aux fondations, alors que les élévations ont disparu. Jean Nayrolles remarque cependant qu’on n’a pas eu recours, par exemple, aux bastions à angle droit. Jean-Luc Boudartchouk répond qu’il s’agit d’une forme qui n’apparaît que plus tard et que l’on est ici en présence des tout premiers bastions. M. Bruand rappelle que l’essentiel de la fortification se trouvait en fait en avant et était constitué d’ouvrages de terre qui ont disparu, et qu’on ne peut donc juger de la modernité du système en se fondant sur le mur d’enceinte. Jean-Luc Boudartchouk ajoute que la courtine était en effet précédée de deux ravelins.
Pascal Julien voudrait savoir si le matériel archéologique retrouvé était abondant. En indiquant qu’il pourrait contenir dans une boîte à chaussure, Jean-Luc Boudartchouk explique que l’ensemble du site a fait l’objet d’un remblayage par apport de terres stériles soigneusement damées avant que ne soit entreprise la construction de la courtine.
Claude Péaud-Lenoël observe qu’avec un bastion dépassant seulement de deux mètres la contre-escarpe, on avait un défilement très bien conçu par rapport aux fortifications du Moyen Âge, et antérieur au système réalisé à Brouage. Jean-Luc Boudartchouk dit que c’est en effet ce qui apparaît au moins d’après le schéma théorique de la fortification, puisque ces éléments n’ont pas été trouvés en fouille.
Bruno Tollon attire l’attention sur les oreillons, en rappelant l’article que M. Bruand a consacré à l’ingénieur militaire Antoine Deville qui, avant Vauban, est un jalon essentiel de l’histoire de l’architecture militaire. Il est donné une définition de l’oreillon. À propos du « boulevard », Jean-Luc Boudartchouk précise que les textes du XVIIe siècle emploient le terme de « glacis ».
Patrice Cabau souligne l’ampleur des travaux réalisés, ne serait-ce que par le cubage considérable de terres qui a été enlevé pour atteindre les graves ou qui a été apporté pour le remblaiement. Des travaux aussi importants ont été nécessités par l’aménagement des fortifications derrière la cathédrale Saint-Étienne. Cela laisse penser que la menace pour la sécurité de la ville était ressentie de manière suffisamment forte pour justifier la mobilisation de moyens aussi considérables.
M. Gilles demande si les comptes ont été étudiés et si c’est la Ville qui a financé les travaux. Jean-Luc Boudartchouk indique que l’analyse des comptes est en effet prévue, mais qu’elle n’a pas pu être entreprise jusqu’à présent parce que les documents étaient inaccessibles en raison du déménagement des Archives municipales.
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Répondant à Louis Latour, Jean-Luc Boudartchouk précise qu’un seul module de brique de 28,5 cm x 38,5 cm x 4,5 cm a été utilisé pour la construction.
La Compagnie entend ensuite les rapports pour les concours.
M. Bruand présente son rapport sur le travail de Mlle Stéphanie Trouvé :
La première partie de l’ouvrage est consacrée à un rappel de l’histoire des Chartreux, de leurs rapports avec les problèmes artistiques et à la chronologie de la construction et de la décoration de l’église de Toulouse. La seconde étudie de façon détaillée le décor du XVIIe siècle. Le tabernacle fit l’objet de deux contrats, l’un passé en 1611 avec Jacques La Carrière, peintre, sculpteur et doreur, l’autre en 1650 avec Pierre Launet, maître doreur de la ville, mais l’intervention d’Arthur Legoust et de ses fils paraît probable dans la réalisation de certaines sculptures. Les deux tableaux du transept, L’Adoration des bergers et L’Adoration des mages, sont de qualité très inégale. Le premier est de grande valeur. L’attribution à Nicolas Tournier plutôt qu’à Guy François (les deux noms avancés précédemment) semble s’imposer à la suite de l’étude approfondie qui a été menée. Le second n’est qu’une œuvre mineure pour laquelle aucun nom ne peut être proposé avec des arguments plausibles.
La troisième partie concerne la rénovation architecturale et décorative menée à partir de 1780 sous la direction de François Cammas, auteur du projet d’ensemble et de quatre tableaux en grisaille. La décoration en stuc est l’œuvre de Jean-Baptiste Julia, sculpteur toulousain ayant travaillé à Paris avant de revenir à Toulouse pour décorer l’hôtel de Jean Dubarry et le château de Reynerie pour son frère Guillaume ; il reçut plus de 20 000 livres pour son intervention à Saint-Pierre-des-Chartreux, somme élevée qui montre bien l’ampleur des travaux effectués. Le maître-autel, dessiné par François Cammas, fut réalisé par François Lucas. Il s’agit donc d’un ensemble de premier plan qui a fortement marqué l’art toulousain à la veille de la Révolution. Celui-ci n’est malheureusement plus visible qu’en partie car un plancher provisoire posé au niveau de la corniche pour protéger le public des chutes de débris d’un décor en mauvais état masque totalement les éléments ornant le tambour et le dôme qui nécessiterait une restauration urgente. Mlle Trouvé a pu obtenir l’autorisation de visiter ce pseudo-étage supérieur pour l’étudier et réunir une documentation photographique essentielle.
Le mémoire de Mlle Stéphanie Trouvé constitue donc un apport considérable à la connaissance d’un édifice marquant du patrimoine toulousain. Les qualités dont elle a fait preuve au cours de sa recherche et dans la présentation des résultats de celle-ci justifient pleinement sa candidature à une récompense scientifique décernée par la Société Archéologique du Midi de la France. »
Jean Nayrolles rend compte de l’étude de Mlle Claude Arnaud :
« Mlle Claude Arnaud a soutenu en octobre 1995 à l’Université de Toulouse-Le Mirail un mémoire de maîtrise intitulé Richard Burgsthal à l’abbaye de Fontfroide (peintures et vitraux). La naissance d’un maître-verrier, mémoire volumineux de 197 pages, accompagné d’un album richement illustré de 102 figures, pour l’essentiel des photographies de l’auteur.
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![]() ABBAYE DE FONTFROISE (AUDE), | Cette étude, dirigée par M. Louis Peyrusse, mérite d’attirer l’attention de la Société Archéologique du Midi de la France pour les qualités dont elle témoigne : construction rigoureuse du développement, rédaction irréprochable (ou presque), ampleur de la recherche, et surtout finesse de la réflexion et de l’analyse face à un sujet beaucoup plus complexe qu’il ne pourrait sembler. Le mémoire de maîtrise de Mlle Arnaud sort de l’oubli une des principales figures de l’art du vitrail du XXe siècle. En effet, aucune étude n’avait été consacrée jusqu’alors à Richard Burgsthal, lacune d’autant plus étonnante que l’œuvre de ce dernier paraît particulièrement vaste, à en croire l’essai d’inventaire (non exhaustif) des monuments pour lesquels Burgsthal a créé des vitraux modernes ou restauré des vitraux anciens. Cet inventaire dressé par Mlle Arnaud ne compte pas moins de soixante-neuf monuments, pour la plupart dans le Midi de la France, parmi lesquels des monuments prestigieux : les cathédrales de Carcassonne, Narbonne, Albi, Saint-Bertrand-de-Comminges, etc. |
Parmi tous ces chantiers, Mlle Arnaud propose l’analyse du premier d’entre eux, peut-être le plus riche et le plus passionnant : celui de l’abbaye de Fontfroide.
Cependant, sa maîtrise ne se limite pas à l’étude strictement monographique des œuvres de Fontfroide. La première partie, consacrée à la biographie de cet artiste singulier, met en évidence une formation intellectuelle et une culture artistique des plus inattendues.
René Billa (qui prendra le pseudonyme de Richard Burgsthal) est né à Nice en 1884. Très rapidement, il s’oriente vers des études musicales et rencontre Rita Strolh – sa future épouse -, pianiste et compositeur, qui l’introduit dans l’univers de Wagner. Burgsthal s’imprègne de la culture symboliste de la fin du XIXe siècle. Il se passionne pour les mythes les plus rares, les légendes teintées d’ésotérisme, l’alchimie, Baudelaire et la poésie symboliste, la philosophie de Nietzsche, et voue un culte inconditionnel à Wagner qu’il ne reniera jamais jusqu’à sa mort en 1944.
Burgsthal entame une carrière de peintre vers 1905, mais l’événement décisif, qui orientera sa vie et son œuvre vers l’art du vitrail, a lieu en 1910 : il s’agit de la rencontre avec Gustave Fayet, son premier mécène, passionné d’hermétisme.
Fayet s’est porté acquéreur de l’abbaye de Fontfroide en 1908 et en a fait un des hauts lieux du mouvement hermétique, en particulier grâce à la présence d’Odilon Redon qui décore la bibliothèque entre 1909 et 1912.
D’abord musicien puis peintre et aquarelliste, Burgsthal devient pour Fontfroide maître-verrier. Au printemps 1912, il crée grâce au financement de Fayet sa propre fabrique de verre spécialement pour les verrières de Fontfroide, près de Bièvres dans la vallée de Chevreuse. La singularité de ce lieu mérite d’être évoquée car elle révèle l’univers mental de Burgsthal : parallèlement à l’atelier de verrières, Burgsthal et son épouse aménagèrent un théâtre lyrique dont ils entendaient faire un « petit Bayreuth » !
L’œuvre de Burgsthal à Fontfroide se constitue par étapes successives entre 1910 et 1925 :
1. Composition à partir de fragments anciens (XVIe siècle), sans doute originaires de la cathédrale de Narbonne. Remontés avec des verres modernes, Burgsthal en fait des fenêtres pour l’escalier d’honneur, le dortoir des moines (transformé en salle de musique), le cellier au rez-de-chaussée, et surtout le dortoir des convers.
2. Toiles peintes de la salle à manger (1912-1914). Cinq triptyques et un tondo sur des thèmes iconographiques hermétiques, illustrant certains mythes indiens à partir d’une nouvelle de Villiers de l’Isle-Adam intitulée Akedysséril, l’Armide de Gluck, l’histoire de Sémiramis, l’opéra de Rameau Hippolyte et Aricie et Tristan et Isolde de Wagner.
3. Fresques et vitraux-papier de la salle de musique, sans doute le chef-d’œuvre de Burgsthal à Fontfroide (1911-1912). Deux grandes lunettes peintes à fresque sur les murs aveugles sur le thème du Vaisseau Fantôme et de la Musique Sacrée ; quatre grandes baies ornées de vitraux-papier (aquarelle sur papier de Chine enchâssés entre deux plaques de verre) sur le thème de la Tétralogie de Wagner. On note en particulier l’aspect saisissant de la grande baie du mur ouest et l’abstraction colorée parfois très proche de l’œuvre développée au même moment par Kandinsky à Murnau.
4. Vitraux de l’église, chantier considérable qui dure de 1914 à 1925. Burgsthal passe par plusieurs phases de son évolution stylistique et de son inspiration pour finalement se conformer à des schémas généraux plus archéologiques, sans se départir toutefois d’une modernité évidente dans le dessin qui le rapproche parfois des Nabis et de Maurice Denis. Ce chantier annonce ses œuvres exécutées pour le compte des Monuments historiques. Les thèmes sont plus conventionnels mais avec un goût marqué pour les aspects eschatologiques.
Burgsthal se situe ici dans la lignée des maîtres-verriers du XIXe siècle (les Thiboud, Thévenot, etc.) qui recherchèrent les « secrets » de fabrication du vitrail médiéval. À partir de la lecture des traités du Moyen Âge (le moine Théophile…), Burgsthal mit au point son propre four et ses propres techniques de fabrication, de coloration, de cuisson.
Sans forcément se conformer au génie du lieu (Fontfroide est une abbaye cistercienne !), il dota une quantité d’édifices médiévaux de verrières qui renouent avec un art de la pleine couleur que l’on n’avait plus revu depuis le XIIIe siècle.
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Les analyses stylistiques et iconographiques menées par Mlle Arnaud sont fondées sur des comparaisons judicieuses et sur une exploitation méthodique des sources – en particulier les documents retrouvés dans les archives du Musée des Beaux-Arts de Nice mais aussi dans plusieurs fonds d’archives privés.
Cette maîtrise, qui a valu à Mlle Arnaud une mention Très bien attribuée sans hésitation, ne sera peut-être que la première étape vers une thèse sur Burgsthal, sujet d’une véritable ampleur et d’un intérêt incontestable, tant pour l’histoire de l’art du XXe siècle, que pour l’histoire de la vie des monuments médiévaux. C’est à ce dernier aspect que la Société Archéologique du Midi de la France devrait être sensible. »
Le Président donne lecture du rapport de Michèle Pradalier-Schlumberger sur le mémoire de Mlle Cécile Burnier :
« Cécile Burnier a soutenu en juin 1995 une maîtrise portant sur Le manuscrit n° 1 de la Bibliothèque municipale d’Auch : la Bible dite « de Gimont », sous la direction de Michèle Pradalier-Schlumberger, qui lui a valu une mention Très bien. La maîtrise comporte un volume de texte de 140 pages, enrichi d’un glossaire et d’un catalogue des lettrines, et d’un album de photos ou croquis de 249 figures.
La Bible d’Auch est une Bible monumentale, sans aucune marque de provenance, un manuscrit qui devait comporter deux volumes à l’origine, comme l’a démontré Cécile Burnier, et qui apparaît dans les inventaires de la Bibliothèque d’Auch à partir de 1856. Elle ne contient que l’Ancien Testament, et le texte présente cinquante cinq initiales ornées, qui constituent l’essentiel du décor, avec des tableaux présentant les listes des prophètes et des rois de Juda sous des portiques architecturés, à la manière des tables de concordance.
Cécile Burnier a fait une étude codicologique très poussée, puis a entrepris l’analyse typologique et iconographique du décor. Seules deux initiales, dont celle de la Genèse, sont historiées, les autres sont zoomorphes, ou ornées d’entrelacs, de motifs végétaux et d’hybrides. Il s’agit d’un décor relativement austère, dans l’esprit de l’art cistercien, mais Cécile Burnier a eu le mérite de procéder à une analyse stylistique minutieuse et originale par ses méthodes, appuyée sur de nombreux croquis, qui lui a permis de démanteler le système ornemental utilisé, de démontrer le caractère unique de chaque lettrine, et en même temps la cohésion esthétique de l’ensemble qui relève d’un seul enlumineur, un peintre de grande qualité.
Une excellente partie portant sur les techniques utilisées par l’enlumineur de la Bible l’ont amenée à faire une série d’observations sur la manière propre au peintre de la Bible d’Auch : le dessin préalable à l’encre, l’emploi de l’or, l’utilisation des fonds. Elle en vient tout naturellement à s’interroger sur la date du manuscrit, que l’on attribuait jusqu’ici au XIIIe siècle et qu’elle remonte au XIIe siècle, à juste titre, après comparaisons avec les bibles de Limoges.
Un des aspects les plus novateurs de la maîtrise de Cécile Burnier réside enfin dans la mise en lumière d’un groupe de manuscrits qu’elle attribue au même enlumineur, un exemplaire de La Cité de Dieu de saint Augustin, destiné à l’abbaye cistercienne de Berdoues (Ms 164 de la Bibliothèque municipale de Toulouse) et le Lectionnaire cistercien de Las Huelgas. Ces manuscrits confortent l’hypothèse d’un enlumineur, et peut-être d’un atelier, travaillant à la fin du XIIe siècle pour les communautés cisterciennes du sud-ouest de la France et du nord de l’Espagne. Ces comparaisons renforcent également l’idée traditionnelle que la Bible d’Auch provient de l’abbaye cistercienne de Gimont, et qu’elle est entrée à la Bibliothèque municipale d’Auch au moment des saisies révolutionnaires.
Le mémoire de Cécile Burnier est un travail d’étudiant exceptionnel par la maîtrise des méthodes de l’histoire de l’art et par d’incontestables qualités de chercheur. Le texte est enfin remarquablement écrit, ce qui devient de plus en plus rare, et ce mémoire mérite largement de figurer au palmarès de la Société Archéologique du Midi de la France. »
Puis le Président donne lecture du rapport de M. Robert Sablayrolles sur le travail de M. Laurent Troisplis, retenu pour le prix du Professeur Michel Labrousse :
« M. Laurent Troisplis a soutenu sous ma direction, en 1995, un mémoire de maîtrise intitulé Le Haut-Salat et le Castillonnais oriental de l’Âge du Fer à l’Antiquité tardive. Ce travail était le fruit de deux années de recherche de terrain, tant dans les bibliothèques, musées et archives que sur les pentes abruptes et vallées encaissées des Pyrénées ariégeoises.
M. Laurent Troisplis a, durant ce temps, fait preuve, en premier lieu, de remarquables qualités d’homme de terrain. Il s’est familiarisé avec toutes les techniques de la prospection, démontrant, en la matière, à la fois sa volonté d’apprendre et ses facultés d’adaptation. Plusieurs découvertes inédites, dans le domaine des carrières et des mines en particulier, sont venues récompenser la ténacité de M. Troisplis.
M. Troisplis a également confirmé, au cours de son travail, les qualités d’historien et d’archéologue que nous avions eu l’occasion d’estimer pendant ses années d’études antérieures, et plus particulièrement sur les chantiers archéologiques de l’université. Il a notamment effectué un sondage d’évaluation sur l’important site de l’église de Vic d’Oust, témoignant en la circonstance de son excellente maîtrise de la technique de fouille, mais aussi et surtout de ses remarquables aptitudes à la synthèse et au raisonnement archéologique.
De ces qualités primordiales pour un historien (solidité du raisonnement, puissance de la synthèse), témoignent également les pages d’analyse qu’il a écrites sur les vallées d’Oust, de Seix et du Castillonnais, indispensable complément au travail d’inventaire dans le cadre d’un mémoire de maîtrise qui est une initiation à la recherche et non pas un simple travail de compilation et de catalogue. Prudence dans les conclusions, juste évaluation des limites du travail accompli, mise en valeur des résultats principaux,
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connaissance des grands problèmes historiques et de leurs implications régionales, tous les ingrédients d’un brillant travail archéologique et historique sont réunis dans la maîtrise de M. Troisplis, qui constitue une base de données indispensable à qui s’intéressera désormais à l’histoire antique des vallées couseranaises.
M. Laurent Troisplis prépare à l’heure actuelle les concours d’enseignement, et je ne doute pas de son succès dans ces exercices si différents de la recherche, tant est grande sa maîtrise de l’analyse comme de l’expression. Je souhaite qu’il puisse ensuite continuer dans le domaine de la recherche, en poursuivant en DEA et en thèse une carrière universitaire si bien commencée et en postulant, le cas échéant, aux Écoles Françaises à l’étranger, comme Rome ou Madrid. »
La discussion qui suit les rapports porte en particulier sur les limites chronologiques que s’impose notre Société et l’opportunité de primer des travaux qui s’en écartent. En conclusion, le Président propose d’attribuer les prix de Champreux et de Clausade, dotés tous deux de 2500 F. et accompagnés d’une médaille d’argent, à Mlle Trouvé et Mlle Burnier, et le prix spécial de la Société Archéologique du Midi de la France, doté de 1000 F. et accompagné d’une médaille d’argent, à Mlle Arnaud. La proposition est acceptée.
SÉANCE DU 26 MARS 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Suau, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Bruand, Burroni, Cabau, Cranga, le général Delpoux, Gilles, Ginesty, Julien, Mange, Manuel, Morvillez, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier ; M. Tollon.
Invitée : Mlle Haralsdottir.
La parole est au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal du 12 mars dernier.
Le Président rappelle que la séance publique de la Société aura lieu samedi prochain. À cette occasion seront mis en vente à prix réduit des volumes anciens de nos Mémoires, quelques planches anciennes et quelques exemplaires de la thèse de M. André Turcat.
Puis le Président annonce que Mlle Haralsdottir, que notre Société employait dans le cadre d’un C.E.S. depuis deux ans, va nous quitter le 31 mars. Au nom de notre Compagnie, le Président remercie Mlle Haralsdottir pour le travail qu’elle a effectué et toute l’aide qu’elle a apportée au cours de ces deux années à notre Bibliothécaire Louis Latour.
À propos du réaménagement de nos locaux, le Président indique que les travaux de peinture et d’électricité sont en cours dans notre salle des séances. Nous sommes prêts pour le déménagement de la partie de notre bibliothèque qui se trouve à l’I.E.M. Il est sûr que la mise en place sur les rayonnages prendra beaucoup plus de temps, et Louis Latour estime à une année le temps nécessaire au reclassement complet des collections.
On entend ensuite le rapport sur la candidature de Mlle Marie-Luce Pujalte, qui est élue membre correspondant de notre Société.
La parole est alors à Daniel Cazes pour la communication du jour, consacrée à La collection des portraits romains du Musée Saint-Raymond : son histoire et son intérêt, qui sera publiée dans le t. LVII (1997) de nos Mémoires.[n’a pas été publiée]
Le Président remercie Daniel Cazes pour cette communication qui nous a permis d’apprécier encore un peu plus les superbes portraits dont les plus beaux figurent dans l’exposition Le regard de Rome que nous avons pu voir il y a quelque temps. Il se dit surpris par les difficultés que soulève aussi bien l’identification des portraits que la reconstitution de l’histoire des collections. Il demande à Daniel Cazes si sa recherche lui a permis de glaner quelque information sur la tête de marbre qui nous été volée, dans nos locaux, il y a quelques années.
Daniel Cazes répond qu’il n’a malheureusement rien trouvé à propos de cette petite tête de Jupiter de 15 cm de haut, dont on sait seulement qu’elle a été découverte à Salies-du-Salat sur l’emplacement d’un temple devenu une chapelle. Henri Pradalier rappelle que Georges Fouet pensait en avoir une photographie qu’il n’avait cependant pas pu retrouver dans ses archives. Répondant à une question du Président, Daniel Cazes confirme que l’histoire des collections médiévales du Musée des Augustins et parfois l’identification des œuvres sont tout aussi difficiles à établir.
Mme Labrousse s’enquiert de ce que l’on pense aujourd’hui de l’identification du portrait que François Salviat avait considéré comme un portrait de César (Dossier de l’archéologie n° 41, février-mars 1980, p. 12-15). Daniel Cazes dit qu’il a été au début prêt d’admettre l’identification proposée, mais qu’elle lui a paru beaucoup moins convaincante après qu’il a eu vu le portrait conservé à la glyptothèque de Copenhague.
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Jean Nayrolles voudrait savoir à quel moment on a cessé de dérestaurer les œuvres. Il fait remarquer que les dérestaurations ont été aussi catastrophiques que les restaurations abusives, et en prend pour preuve l’un des portraits d’Auguste. Le spectateur n’est pas gêné devant le portrait de Caracalla qui n’a pas été dérestauré alors que l’aspect lépreux de certaines sculptures en gêne considérablement la perception.
Mme Labrousse indique que Robert Mesuret avait dérestauré intelligemment, lorsque, par exemple, les nez en plâtre étaient totalement inventés.
Daniel Cazes précise qu’une dérestauration très importante a été réalisée dans les années 1948-1950, et que des dérestaurations avaient auparavant été effectuées dans les années 1930. La dérestauration des œuvres pose en effet des problèmes. Il est intéressant de constater qu’à Rome, chaque musée a sa propre doctrine, même si l’on observe une tendance générale à adopter des solutions médianes : ainsi le Musée du Capitole, que Daniel Cazes a revu récemment, complète des lacunes par trop gênantes pour l’œil, tandis que les Musées des Thermes continuent à dérestaurer. Jean Nayrolles suppose que les Allemands sont les plus puristes et Daniel Cazes confirme que les œuvres du musée de Munich ont été entièrement dérestaurées. Il rappelle par ailleurs que Louis de Bavière avait fait appel à des sculpteurs de grand talent pour les restaurations. Il insiste sur le fait que dans le cas des portraits, les restaurations peuvent être très préjudiciables et fausser le jugement porté sur l’œuvre : il suffit pour s’en rendre compte de mesurer à quel point la forme du nez peut modifier la physionomie d’un visage. C’est la raison pour laquelle le Musée du Capitole à Rome procède à des restaurations sur des draperies ou des jambes mais pas sur des visages. Au Musée Saint-Raymond, on a limité l’intervention au rebouchage des trous les plus voyants.
Pour Mme Labrousse la restauration ou la dérestauration doit être vue au cas par cas. Il est impossible de remplacer un nez disparu mais un fragment de pommette peut être reconstitué sans difficulté. Daniel Cazes rappelle par ailleurs que François Braemer a eu l’occasion, lors du colloque organisé par l’ICOMOS à Toulouse en avril 1980, d’expliquer le sens dans lequel étaient réalisées les dérestaurations.
Après avoir relevé que l’on a beaucoup critiqué la présentation de Léon Joulin, Louis Peyrusse dit que loin d’être sotte, elle lui a paru au contraire remarquable pour la manière dont elle prenait en compte l’éclairage, toutes les têtes étant tournées vers la lumière. Daniel Cazes précise que ce n’est pas tant la présentation qui lui paraît avoir été critiquable, même si l’on pouvait regretter celle de Du Mège moins froide, que la classification de Léon Joulin.
Pour Mme Labrousse, il ne faut pas oublier que l’espace disponible est une condition essentielle de toute présentation, et que les conservateurs sont le plus souvent placés devant le dilemme de laisser en réserve de nombreuses œuvres ou au contraire d’en présenter un grand nombre dans des salles trop petites. Les contraintes qui étaient celles de la fin du XIXe siècle sont en fin de compte aussi celles de la fin du XXe siècle. Les Musées de Toulouse sont tous trop petits, alors que l’on construit en Europe des musées gigantesques pour des collections qui n’ont pas toujours l’importance des collections toulousaines. Jean Nayrolles demande si les quatre niveaux en cours d’aménagement dans le Musée Saint-Raymond auront pour effet de doubler la surface d’exposition. Daniel Cazes précise que le Musée disposera de 1400 m2 alors qu’il en faudrait 3000 : de très nombreuses pièces devront donc rester en réserve. Mme Labrousse rappelle qu’au moment de son départ, la Direction des Musées de France avait accepté le principe du cuvelage de la cour.
Le Président pense que la Société Archéologique du Midi de la France pourrait mener campagne pour que nos édiles prennent conscience des insuffisances des musées.
Maurice Scellès offre à la Société son guide de Moissac qui vient de paraître : Visiter l’abbaye de Moissac, Bordeaux : Ed. Sud-Ouest, 1996, 32 p., et un exemplaire du D.E.S. de P. Matsakis, L’art des sarcophages paléochrétiens de Toulouse (Ve-VIIe siècles), Faculté des Lettres de Toulouse, s.d. [1953 ou 1956], 1 vol. dactylographié de 207 p., 1 vol. d’illustrations, acheté chez un bouquiniste du marché Saint-Sernin. Le Président remercie les membres qui font des dons à la Société. Il faut souhaiter que ces dons soient plus nombreux et qu’en particulier les membres pensent à offrir à la Société leurs publications. Le Président ajoute que notre Société est également habilitée à recevoir des legs.
SÉANCE PUBLIQUE DU 30 MARS 1996
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Le Président ouvre la séance et donne la parole à M. Paul Féron, secrétaire de F.E.R.M.A.T., qui, après avoir demandé à l’assemblée d’excuser l’absence de son Président M. Jacques Raibaut, empêché d’être à Toulouse aujourd’hui, présente la nouvelle Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat, sous-titrée F.E.R.M.A.T., Formation pour l’Étude et la Réalisation de la Médiathèque d’Assézat à Toulouse. Ce sous-titre est un programme puisqu’il s’agit non seulement de faire connaître l’Hôtel et son histoire, mais aussi de mettre à disposition d’un public plus large les bibliothèques et les fonds documentaires exceptionnels des Académies et Sociétés savantes en ayant recours aux moyens modernes de communication, à travers les ressources de l’informatique et du réseau Internet. Créée en octobre dernier, F.E.R.M.A.T. s’est dotée d’un conseil d’administration composé de deux collèges comprenant neuf membres issus des Académies et Sociétés savantes et neuf membres issus de la vie économique et sociale. Elle
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publie trois fois par an une lettre d’information sur ses activités et celles de l’Hôtel. M. Féron achève sa présentation en espérant qu’entreprises et personnes physiques seront nombreuses à s’associer au projet de F.E.R.M.A.T.
Allocution du Président
Monsieur le Maire, Mes chers confrères, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Selon la tradition il incombe au président de faire à l’occasion de la séance publique annuelle l’éloge des confrères disparus. Cette année, la Société Archéologique du Midi de la France a été doublement frappée en perdant le Comte Geoffroy de Goulaine et Richard Boudet.
Le comte Geoffroy de Goulaine fait partie de ces personnes venues du nord et qui, conquises par notre région, s’y sont illustrées par une activité féconde et efficace. Vendéen d’origine, né à l’aube du siècle dans le superbe château familial de Haut-de-Goulaine, il était arrivé à Toulouse en 1963. Propriétaire d’un vignoble de qualité dans la Loire Atlantique, il se fixa malgré tout à Toulouse jusqu’à ce que sa santé l’oblige, il y a une dizaine d’années, à se rapprocher de ses enfants et à retourner dans sa région d’origine.
Cultivé, brillant, affable et distingué, plein d’entregent, Geoffroy de Goulaine eut à cœur, une fois installé à Toulouse, de prendre la défense des monuments de la région et fut le créateur, dans la Haute-Garonne, de la délégation départementale des Vieilles Maisons Françaises. À son arrivée, il parvint à réunir un modeste cénacle de 8 personnes. Un an plus tard, ils étaient 150. C’est dire l’efficacité avec laquelle cet homme dynamique sut rassembler autour de sa personne une groupe important de propriétaires décidés à sauvegarder le patrimoine privé. Poursuivant dans cette voie et afin de rendre plus efficace l’action des Vieilles Maisons Françaises, il regroupa les différentes délégations départementales dans une fédération de la région Midi-Pyrénées. Mais son trait de génie, afin d’encourager les propriétaires à entretenir leurs demeures, souvent malgré la lourdeur des travaux à entreprendre, fut la création de la Tour d’Or. Il s’agit d’une tour en bois doré reprenant les formes du clocher de l’église Saint-Salvi à Albi, qui, chaque année, est attribuée au propriétaire ayant le mieux réparé ou embelli sa maison ou son château. Et chaque année, elle change de demeure à l’image des coupes des compétitions sportives. La recevoir, c’est, dans la région Midi-Pyrénées, recevoir la médaille du Mérite des Vieilles Maisons Françaises.
Très vite l’action de Geoffroy de Goulaine l’amena à s’engager avec le courage qui était le sien dans les difficiles combats de défense et de protection des œuvres menacées. Il ne sortit pas toujours vainqueur de ces joutes mais parvint cependant à protéger ou à attirer l’attention sur quelques-unes d’entre elles. Je citerai le succès qu’il remporta, avec l’aide de la population locale, pour empêcher la vente aux États-Unis de la sculpture placée au-dessus du portail de l’ancien palais épiscopal d’Alan, la célèbre vache d’Alan, ou la défense efficace du château de La Cépière, un temps menacé de destruction. Il fut aussi le défenseur acharné du château des Verrières avenue Honoré Serres, qui abrite des vitraux de Gesta et des peintures de Benezet. Il eut moins de succès, en revanche, dans sa défense de la maison modèle d’Urbain Vitry, à l’extrémité des Allées Jean-Jaurès, maison remplacée par les immeubles sans âme que l’on sait.
La convergence de ses préoccupations et de celles de la Société Archéologique pour la protection du patrimoine l’amenèrent tout naturellement à entrer dans notre compagnie en 1967 comme membre correspondant, jusqu’en 1989, où il fut nommé membre libre. Il y faisait des interventions judicieuses et précises que complétaient les comptes-rendus qu’il rédigeait dans la revue des Vieilles Maisons Françaises.
Mais ceux qui ont connu le Comte de Goulaine retiennent essentiellement de lui sa sûreté de jugement dans l’analyse des monuments. Comme l’on dit couramment, c’était un œil. La possession de ce don rare, offert à un très petit nombre, explique que cet honnête homme consacra sa vie à la protection de la mémoire que nous transmettent les pierres.
La perte de Richard Boudet est une des plus cruelles qui soit car la mort a frappé un homme de 37 ans, père de deux enfants, auquel était promis un brillant avenir de protohistorien. Il a d’ailleurs été victime de son métier, qui était aussi sa passion, puisque c’est le 26 août 1995, après deux jours de fouilles à Sainte-Eulalie-de-Cernon, dans l’Aveyron, et à la suite d’une pénible marche entreprise pour se rendre à la grotte-sanctuaire de l’Ourtiguet sur le Larzac, qu’il fut terrassé par une crise cardiaque.
La trop courte carrière de Richard Boudet fut celle d’un chercheur de grande qualité, voué aux périodes gauloises et protohistoriques de l’isthme gaulois. Né à Tananarive en 1958, il avait obtenu son baccalauréat en 1976 avant de faire des études d’archéologie dans le cadre d’une licence de Lettres et Art à l’Université de Bordeaux III, où il obtint sa licence en 1979. En 1980,
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il soutint avec bonheur une maîtrise dirigée par le professeur Marcadé sur La céramique à l’âge du fer dans la basse vallée de la Dordogne, de Saint-Ciers sur Gironde à Castillon la Bataille. Puis ce fut, dans le délai rapide de quatre ans, la rédaction et la soutenance, à l’Université de Paris IV-Sorbonne, d’une thèse de IIIe cycle sur L’âge du fer récent dans la partie méridionale de l’estuaire girondin du Ve siècle au Ier siècle avant notre ère. Lorsqu’on sait les difficultés matérielles auxquelles se heurte la publication des thèses, on comprendra que la publication, dès 1987, de la thèse de Richard Boudet, constitue une garantie reconnue de qualité.
Dès 1988, il entrait au CNRS comme chargé de recherches dans le groupe parisien du Centre d’Études Celtiques. En 1995, le centre d’Anthropologie du CNRS, installé au 56 rue du Taur et placé sous la direction du professeur Guilaine, l’accueillait en son sein. Depuis 1990 il avait en effet développé un programme de travail touchant le peuplement préromain du sud-ouest de la Gaule qui l’amena, en 1991, sur le chantier de fouilles de l’Ermitage à Agen. Il travaillait également, en collaboration avec le Cabinet des Médailles, à la mise à jour de l’Atlas des monnaies gauloises. Ses publications furent nombreuses et sa bibliographie contient un nombre impressionnant d’entrées pour un chercheur de son âge. Je ne les citerai pas ici, la liste en serait trop longue. Du reste, son épouse est en train de préparer un ouvrage dont la fructueuse consultation permettra de prendre connaissance de ses textes inédits, de ses derniers travaux et de sa bibliographie complète.
Entré comme membre correspondant en 1989 dans notre Société, nous l’avions élu, dès 1994, membre titulaire. Dans le volume des Mémoires de 1993, il contribua, en collaboration avec Mme Labrousse, à la publication d’un texte préparé par notre ancien Président Michel Labrousse, consacré au célèbre trésor de Dunes.
Il avait toujours eu soin de tenir la Société Archéologique au courant des importantes découvertes qu’il faisait sur le site de l’Ermitage à Agen. Chaque année il faisait au moins une brève communication résumant ses trouvailles. D’une grande rigueur scientifique et d’une clarté lumineuse, elles mettaient à portée des non spécialistes des notions généralement complexes. Tous ceux qui furent présents le 20 juin 1995, à la dernière séance de l’année académique, c’est-à-dire deux mois à peine avant sa mort, se souviendront de la courte mais brillante intervention au cours de laquelle il nous présenta le résultat de sa dernière campagne de fouilles. Celle-ci lui avait permis de découvrir de superbes objets, œuvres admirables en bronze et en bois d’if qui furent en quelque sorte les dernières fleurs offertes par l’archéologie à ce chercheur, qui méritait que son nom restât attaché à des œuvres essentielles pour la connaissance du sud-ouest pré-romain.
À son épouse Béatrice, à ses deux fils Guillaume et Alexandre, âgés de 9 et 5 ans, la Société Archéologique, par ma bouche, présente ses condoléances les plus attristées.
Depuis que nous nous réunissons, tous les ans, à l’occasion de la séance publique de la Société Archéologique, je vous ai tenu au courant du feuilleton de notre transfert dans l’extension de l’Hôtel d’Assézat, transfert consécutif à l’installation de la Fondation Bemberg dans la majeure partie de l’hôtel historique. Aujourd’hui, vous pouvez constater que l’extension Assézat, édifiée par la ville, est quasiment terminée. J’espère que cette année sera l’avant-dernier épisode du feuilleton. En effet, les derniers travaux sont en cours dans notre future salle des séances où l’on installe l’électricité et finit les peintures. Quand ces aménagements auront été terminés, nous pourrons utiliser cette belle salle rénovée à condition bien sûr d’y avoir accès à partir du grand escalier et à travers un sas mobile dont l’établissement, que nous espérons très prochain, n’a que trop tardé. Nous fixerons ensuite aux murs de cette salle les rares œuvres d’art que la Société Archéologique a conservées, puisque vous savez qu’elle s’est, au cours des ans et progressivement, dépouillée de ses richesses pour les offrir aux musées toulousains.
Un mobilier neuf et adapté, fourni par la Ville de Toulouse, a été installé dans les salles de secrétariat et de lecture ; dans le bâtiment dit des archives, des rayonnages métalliques, destinés à recevoir notre bibliothèque, ont remplacé les vieilles étagères en bois que nous utilisions autrefois dans les anciens locaux ; nous sommes ainsi devenus détenteurs d’un ensemble qui nous permettra de travailler dans des conditions meilleures que celles que nous connaissions jadis.
Déjà une partie importante de notre bibliothèque a été réinstallée dans les nouveaux locaux et notre bibliothécaire-archiviste, M. Latour, aidé de Mlle Haraldsdottir, est en train de procéder au rangement, au classement et au récolement des quelque 600 mètres linéaires de livres que nous possédons. En même temps, notre secrétaire-adjoint opère le tri des volumes en stock de nos Bulletins et Mémoires ainsi que des planches isolées qu’avait en surplus la Société Archéologique, ensemble que nous avons décidé de vendre à bas prix afin de faire place aux revues sans cesse plus nombreuses reçues à la suite de la réactivation du service des échanges. Celle-ci, menée par M. Scellès, nous permet en effet de recevoir plus de 125 revues par an dont 47 étrangères. À la vitesse où augmentent ces échanges, nous craignons d’ailleurs que d’ici une petite dizaine d’années les rayonnages ne soient insuffisants pour accueillir tous nos livres.
Mais posséder une belle bibliothèque n’est pas une fin en soi. Aussi, notre ambition est de la mettre de plus en plus largement au service des Toulousains. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité avoir dans les nouveaux locaux une salle de lecture claire et assez spacieuse pour accueillir une vingtaine de chercheurs. Déjà notre bibliothécaire-archiviste, venant régulièrement d’Auterive tous les mardis, se tient à la disposition des personnes, souvent des étudiants, qui souhaitent consulter certains de ces ouvrages. Mais, devant le succès rencontré, il apparaît que cette solution est insuffisante et une idée est en train de faire son chemin : recruter un bibliothécaire à temps plein, en collaboration avec nos confrères des six académies, qui aurait la charge des bibliothèques de toutes les Académies. Il y faudrait bien sûr l’aide conséquente de mécènes ou de la Ville de Toulouse peut-être, qui profiterait ainsi de la retombée culturelle qui entoure la renommée des bibliothèques contenant des ouvrages rares. Ceci d’autant plus que nous projetons de procéder à la saisie informatique de ces bibliothèques afin d’en faciliter la consultation et qu’elles pourraient être placées en réseau avec les bibliothèques de la Ville. D’ailleurs nos confrères de l’Académie des Sciences sont
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depuis quelque temps passés à la réalisation. Il n’est pas exclu qu’un jour, assez proche, les bibliothèques de l’Hôtel d’Assézat n’apparaissent également sur Internet de même que le contenu des volumes de nos Mémoires.
Les remarques que je viens de faire valent aussi pour nos archives dont certains documents sont essentiels pour la connaissance des fouilles de Saint-Bertrand-de-Comminges ou celles de la villa de Chiragan, à Martres, dont les superbes marbres ont été les fleurons de l’exposition Le regard de Rome que vous tous, qui êtes des amateurs et des connaisseurs du patrimoine toulousain, avez visitée. Cette exposition connaît d’ailleurs, en ce moment, à Rome même, où il n’était pas prévu à l’origine qu’elle soit présentée, un succès hors du commun. La Société Archéologique est fière d’avoir contribué, tout au long du XIXe siècle par l’action de ses fondateurs et de certains de ses membres, à la découverte et à la protection d’une collection qui fait la gloire de Toulouse. Notre secrétaire-général, M. Daniel Cazes, qui, en tant que Conservateur du Musée Saint-Raymond, est un des commissaires de cette exposition, avec ses confrères des musées de Mérida et Tarragone, a d’ailleurs utilisé certains de nos documents pour la préparation de cette exposition où plusieurs d’entre eux sont présentés. Les recherches qu’il a menées à cette occasion ont été profitables pour la Société Archéologique puisqu’elles lui ont permis de procéder à l’inventaire et au reclassement de ces archives que nous espérons pouvoir ouvrir à la consultation dans un proche avenir. Ce travail s’accompagne de la saisie informatique des procès-verbaux des séances des premières années de la Société Archéologique qui n’ont jamais été publiés et contiennent une foule de renseignements sur l’acquisition pour la ville de Toulouse et par la Société Archéologique d’œuvres qui sont aujourd’hui dans les musées toulousains.
Ces préoccupations, ces travaux, ces remises à jour se font sans entamer en rien le travail ordinaire, si je puis dire, de la Société Archéologique : la tenue de séances et la publication, soit sous forme de résumés dans le Bulletin, soit sous forme d’articles dans les Mémoires, des communications scientifiques qui y sont entendues. Cette année, en respectant une discipline de fer, nous avons pu, pour la première fois depuis des décennies, sortir dans l’année même le volume des Mémoires, qui est paru dès le mois de décembre. Nous espérons qu’il connaîtra le même retentissement scientifique que le volume qui l’a précédé, dont plusieurs revues nationales ont fait, dans leurs colonnes, des comptes-rendus élogieux.
Avant de vous donner la liste des travaux et communications de cette année, je ne saurais passer sous silence les deux événements que fête Toulouse cette année : le départ de la première croisade, dont le chef politique fut jusqu’en Palestine, le Comte de Toulouse, Raymond IV de Saint-Gilles, et, surtout, le neuvième centenaire de la consécration de la basilique Saint-Sernin, événement plus médiatisé que le premier. À cette occasion va paraître, dans quatre jours, un ouvrage d’études spécial consacré à notre basilique. J’insiste sur sa parution, parce que plus de la moitié des auteurs sont des membres assidus et actifs de la Société Archéologique qui est fière d’avoir ainsi contribué à une publication, dont on espère qu’elle fera date pour une meilleure connaissance de Saint-Sernin. Nous espérons aussi que dès cette année 1996 pourra paraître la publication attendue avec impatience et intérêt par tous les érudits, du Cartulaire de Saint-Sernin auquel notre confrère M. Pierre Gérard travaille depuis de longues années. Enfin, sur l’insistance de la Société Archéologique, la Société Française d’Archéologie a décidé de faire cette année son congrès annuel consacré à Toulouse, au Comminges et au Couserans. Le congrès, qui se tiendra dans la deuxième semaine du mois de septembre, donnera lieu à l’importante publication d’un volume qui s’intitulera vraisemblablement, Toulousain, Comminges et Couserans.
J’en viens, pour finir, à la liste des communications que nous avons entendues cette année. Vous ne serez pas surpris, je pense, si Saint-Sernin de Toulouse y occupe une place importante. Il était normal que la Société Archéologique s’intéressât tout particulièrement à ce monument pour son 9e centenaire. C’est ainsi que votre serviteur et M. Julien ont ouvert l’année par une étude du Clocher de Saint-Sernin et de sa surélévation, que M. Cabau s’est penché sur La prétendue Chronique de Saint-Sernin de Toulouse, que M. Gérard a fait une Étude toponymique de la paroisse Saint-Sernin au XIIe siècle et que M. Julien a consacré une communication à La chapelle Notre-Dame de Bonnes Nouvelles dans l’ancien cloître de Saint-Sernin.
Grâce à notre secrétaire-général, une de nos séances a été consacrée à une visite exclusive et privilégiée de l’exposition Le regard de Rome. L’abbé Baccrabère continue à publier avec opiniâtreté les résultats d’une vie de fouilles et de contact avec le sous-sol toulousain. Cette année il nous a fait découvrir les Fours de potiers du Ier siècle av. J.-C. à Saint-Michel du Touch. Sur la période médiévale nous avons entendu trois communications. La première, de M. Scellès, est un complément à la conférence faite l’an dernier au cours de la séance publique, sur l’architecture civile à Cahors au XIVe siècle ; la deuxième, de Mme Pousthomis, donne le résultat des fouilles qu’elle a menées avec son mari à Catus et qui ont permis de retrouver les chapiteaux d’une des galeries du cloître de ce prieuré. La troisième, de Mme Cazes et de M. Bonzom a porté sur L’église de Blagnac. La période moderne a été illustrée par quatre communications. L’une de M. Bertrand sur La tapisserie à Toulouse au XVIe siècle : mécènes, marchands et fabricants, l’autre de Mlle Bourdieu sur Les œuvres religieuses du sculpteur Pierre Affre dans la région toulousaine, la troisième de M. Pascal Julien sur Le sculpteur toulousain Gervais Drouet disciple du Bernin et auteur du retable de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. La dernière enfin, de Mme Wattin-Grandchamp et M. Cranga sur Le château de Masneau-Massuguies dans le Tarn.
L’ouverture de notre société lui permet de s’intéresser désormais à des tranches chronologiques nouvelles et plus proches de nous, et le XIXe siècle a ainsi bénéficié de trois communications. M. Jean Nayrolles nous a donné le résumé d’une partie de sa thèse à travers une communication sur L’architecture néo-romane dans la Haute-Garonne, Mme Michèle Heng nous a fait découvrir un ensemble inédit de dessins de monuments pyrénéens exécutés lors de son Voyage aux Pyrénées en 1822 par le dessinateur anglais John Claude Nattes, et M. Peyrusse nous a entretenu des Terres cuites religieuses des Virebent.
Voilà l’essentiel des activités scientifiques qui furent les nôtres cette année. Mais il ne s’agit que d’un résumé. Souvent il nous arrive d’aborder les questions d’actualité. À tire d’exemple je citerai seulement celle qui a retenu notre attention au mois de juin dernier car elle concerne une œuvre rarissime et pourtant toulousaine, méconnue et pourtant offerte à tous les regards. Il s’agit de
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la statue sommant la colonne de la Place Dupuy. Au mois de juin dernier, elle a été descendue de sa colonne pour nettoyage, puis rapidement remise en place en raison d’une inauguration prévue sur la place. Mais l’observation rapide de cette œuvre a permis à l’un de nos confrères, M. Tollon, de se rendre compte de son importance. On a souvent dit qu’elle représentait la Gloire ou une Victoire. Il n’en est rien.
Statue en bronze de la Renaissance, elle a été réalisée dans un but emblématique pour représenter la ville de Toulouse : c’est une allégorie vite appelée par nos prédécesseurs du XVIe siècle, Dame Toulouse. Demandée par les capitouls, elle fut placée au-dessus de la tour des archives comme symbole de la puissance et de l’antiquité de la ville, face aux clochers des églises et à la tour de l’Aigle du Parlement, comme affirmation du pouvoir communal. On ne connaît que deux autres bronzes Renaissance de ce type en Europe : le Giraldillo placé en 1568 au sommet du clocher de la cathédrale de Séville et qui lui a donné son nom de Giralda, et celle dite de l’homme de fer, en réalité une statue de Mars, installée vers 1576 sur la tour de l’Hôtel de Ville d’Arles.
L’examen de l’œuvre a permis de remarquer que les pieds de la statue toulousaine ont été refaits très grossièrement en résine lors d’une restauration en 1952, qu’en 1832 on y a ajouté des ailes en fonte et placé dans les mains des couronnes qui n’y étaient pas à l’origine pour la transformer en allégorie de la Gloire. En même temps, elle fut consolidée à l’intérieur par l’établissement d’une tige de fer qui lui fait courir un grave risque de corrosion car le mélange fer-bronze est particulièrement néfaste pour le bronze. Le contrat du modèle en bois, dont on possède la description et qui permet ainsi de connaître l’aspect initial de la statue, fut passé par les capitouls, en 1544, avec Jean Rancy qui mériterait d’être aussi connu que son contemporain le grand sculpteur de la Renaissance toulousaine, Nicolas Bachelier, qui travailla à ses débuts sur les cartons et modèles de Rancy. La Ville de Toulouse et l’Inspection des Monuments historiques alertées par nos soins ont immédiatement saisi l’importance de cette œuvre qui va être redescendue pour étude et restauration. Il serait bon qu’un chef-d’œuvre de cette rareté soit remplacé par une réplique, comme on l’a fait à Paris pour les chevaux de Marly, et qu’il soit placé en un lieu prestigieux et public, où il aura nécessairement sa place.
Nos séances, vous le voyez, sont sources de discussions, de découvertes et d’études. Elles accueillent un nombre sans cesse croissant de confrères, et de confrères jeunes, au fur et à mesure que se multiplient les demandes d’adhésion. Mais tout succès à son revers et ce n’est pas sans inquiétude que nous voyons approcher le temps où nous serons contraints, devant l’abondance et la qualité des communications, à des choix douloureux pour la publication.
Rapport sur le concours, présenté par Mme Françoise Merlet-Bagnéris. Mlle Stéphanie Trouvé reçoit le prix de Champreux, Mlle Cécile Burnier le prix de Clausade et Mlle Arnaud le prix spécial de la Société Archéologique du Midi de la France. Le prix du professeur Michel Labrousse récompense M. Laurent Troisplis.
Conférence de M. André Turcat, docteur ès Lettres : Les sculpteurs français en Espagne au XVIe siècle.
SÉANCE DU 2 AVRIL 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Delaplace, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, Pujalte, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Cranga, le général Delpoux, Gillis, Ginesty, Hermet, Lassure, Mange, le Père Montagnes, Morvillez, Peyrusse, Séraphin, Tollon.
Invitée : Mlle Marie-Pierre Chaumet.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Notre confrère M. Bernet nous annonce son intention de se retirer en raison de son état de santé. Il tient à exprimer sa reconnaissance à notre Société et à ses membres pour les découvertes et les connaissances que lui ont apportées nos séances, mais ajoute qu’arrive le moment où il faut savoir s’effacer. Membre titulaire depuis 1983, M. Bernet sera désormais membre libre.
Le Président présente trois ouvrages qui viennent enrichir notre bibliothèque. Notre confrère Gabriel Manière offre à la Société son ouvrage De la vie de la Garonne au XIXe siècle en amont de Toulouse, Société des Études du Comminges, 1995, 192 p. ; le Professeur Auvergnat nous a remis un exemplaire d’une étude de Bernard Prévot, Décor et symboles des gaufriers du Perche du XVe au XXe siècle, Saint-Martin-de-la-Lieue : Ed. du cabinet d’expertises Nadine Legeleux, 1995, 277 p.
Le Président rend compte de la réunion du Conseil d’administration de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure. M. Sermet devient Président d’honneur de l’Union, M. Remplon étant désormais Président. Celui-ci estime que certaines questions doivent être renégociées avec la Mairie et qu’il faut, de plus, que soit garantie l’intangibilité des accords passés. M. Remplon a rédigé une nouvelle convention et un nouveau règlement intérieur qui devront être discutés, et
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il est entendu que l’Union maintient son recours gracieux. M. Remplon, Mme Enjalbert et notre Président Henri Pradalier, qui mèneront la négociation, doivent rencontrer le Secrétaire Général de la Mairie, M. Trautman, dont ils attendent un rendez-vous.
La parole est alors à Gilles Séraphin pour la communication du jour : Le château de Fumel à la Renaissance, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Gilles Séraphin pour son étude qui conduit à replacer au XVIe siècle ces châteaux du nord Agenais et du Périgord. Remarquant que la démonstration s’appuie essentiellement sur les formes extérieures et les décors, il voudrait savoir si l’analyse des agencements et des plans est aussi significative. Gilles Séraphin indique que si les décors offrent d’étroites parentés, les plans présentent des dispositions très différentes, sauf peut-être pour la deuxième série des édifices étudiés qui correspondent à des châteaux plus modestes. La variété des plans serait une raison supplémentaire pour soupçonner l’intervention d’un architecte.
Bruno Tollon dit que Gilles Séraphin nous a donné une belle démonstration de ce que peuvent apporter des études d’archéologie monumentale, nous rappelant que l’approche archéologique n’est pas réservée à la préhistoire, à l’Antiquité ou au Moyen Âge. L’analyse combine heureusement des chronologies relatives établies pour chaque édifice à des éléments de chronologie absolue. Il faut en effet rappeler qu’il s’agit d’une période fort mal connue, et que bien des datations du XVIIe siècle doivent sans doute être remises en cause : on se souvient que le château de Wideville, longtemps attribué aux années 1630, a finalement été daté de 1580 par Catherine Grodecki, en 1975. Gilles Séraphin en donne une illustration très intéressante, et la démonstration est parfaite quant à la très grande cohérence des décors.
Louis Peyrusse remarque qu’au château de Fumel, les filles ayant été rétablies dans leurs droits par Blaise de Montluc, les travaux auraient pu reprendre, et il demande si les données historiques ne contiennent aucune indication permettant d’affiner la datation. Gilles Séraphin répond que la documentation est en fait très peu abondante. On sait qu’à Fumel, après l’émeute réprimée par Montluc, le château échoit au fils du baron de Fumel qui est un homme de guerre et que l’on imagine mal résidant sur place. D’ailleurs, Montluc condamne les habitants à élever à leurs frais le tombeau du baron assassiné qui est curieusement orné de bossages rustiques. Les archives du château de Lanquais ont probablement été détruites au cours des guerres de Religion, comme à Fumel. Des recherches complémentaires pourraient cependant être menées dans les chartriers des La Tour d’Auvergne, ducs de Bouillon.
À propos du château de Lanquais, Gilles Séraphin ajoute qu’André Chastel, au vu de prix-faits qu’il n’avait d’ailleurs probablement pas pu analyser, l’avait daté des années 1595-1600. Il s’avère en fait que ces documents concernent des travaux de restauration. On a en outre la preuve que des travaux prévus par des prix-faits n’ont été exécutés que beaucoup plus tard. Contre l’avis de Chastel, Babelon estimait déjà qu’il fallait dater Lanquais des environs de 1550.
Pour Louis Peyrusse, ces datations des environs de 1560 sont évidemment très séduisantes. Il n’en demeure pas moins qu’il ne lui paraît pas que ce vocabulaire soit aussi spécifiquement daté qu’il ne puisse être déplacé sans scandale sur une vingtaine d’années. La démonstration, même très brillante, n’emporte pas nécessairement la conviction. Gilles Séraphin précise que le texte de l’article sera moins affirmatif que ne l’est sa communication orale d’aujourd’hui, faisant mieux apparaître les nombreuses incertitudes et questions qui subsistent. Il n’empêche que l’on peut encore remarquer qu’en Périgord, l’architecture des châteaux manifeste à partir de 1570 un retour aux formes du Moyen Âge qui n’est pas du tout perceptible ici. Les mâchicoulis, les créneaux, les ponts-levis, etc. sont encore de mise en 1630, ce retour en arrière stylistique étant dû à des commanditaires qui ne sont plus des gens de cour mais des gens de guerre.
Au titre des questions diverses, le Secrétaire-adjoint communique à la Compagnie une note d’information que nous a adressée Valérie Rousset, membre de notre Société et chargée des études d’archéologie monumentale au S.D.A. du Lot, sur la restauration de deux fenêtres géminées du palais Duèze à Cahors :
« À la suite de la restauration d’un fenêtre à remplage, sur l’élévation sud, de ce qui était la « chambre de parement » du palais Duèze, la Société Archéologique du Midi de la France avait tenu à féliciter et encourager le propriétaire, M. Guy Rouqual, en lui remettant une médaille d’argent (M.S.A.M.F., t. LIII, 1993, p. 230, t. LIV, 1994, p. 195).
Ce sont aujourd’hui deux baies géminées de l’élévation ouest qui ont été reconstituées. Elles étaient jusqu’alors obturées et masquées par un enduit extérieur. La fenêtre de droite conservait suffisamment d’éléments (piédroits et arcs, base ornée d’un tore en amande, colonnette, chapiteau à corbeille nue évasée, vestiges des impostes accompagnées de pièces métalliques situant des porte-bannes) pour en permettre la restauration et la reconstitution de la baie voisine en partie détruite.
Ces travaux, qui ont été accompagnés du décrépissage de la façade sur son tiers supérieur et du remaillage du parement très altéré, rendent toute sa dimension au corps de bâtiment occidental du palais et permettent de retrouver une perception d’ensemble de l’édifice. »
Le Secrétaire-adjoint ajoute qu’au moment où les travaux étaient en cours, une colonnette de la tour s’est descellée et est tombée dans la rue. Grâce à la propriétaire, Mme Daudé, et au S.D.A. du Lot, l’entreprise Bizeul-Rodrigues qui était sur place a pu intervenir immédiatement.
Le Président demande au Secrétaire-adjoint de remercier Valérie Rousset de cette information, et de transmettre une nouvelle fois à M. Guy Rouqual nos félicitations pour cette restauration qui est une étape décisive pour que le palais Duèze retrouve la
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![]() | CAHORS (LOT), PALAIS DUÈZE, ensemble vu depuis l’ouest avec la tour et à droite la façade dont les deux fenêtres hautes viennent d’être restaurées. |
place qui devrait être la sienne parmi les grands monuments médiévaux de Cahors, à côté de la cathédrale et du pont Valentré.
Guy Ahlsell de Toulza donne quelques informations sur les travaux projetés à École des Beaux-arts de Toulouse, sur les bâtiments de l’ancien monastère de la Daurade. La tour des latrines qui a été récemment protégée au titre des Monuments historiques (M.S.A.M.F., t. LIV, 1994, p. 190-195) sera épargnée par les travaux de réaménagement. L’architecte en chef des Monuments historiques Bernard Voinchet, mis en demeure depuis trois ans de proposer une nouvelle solution, ayant décrété que les façades de ce que l’on appelle le pavillon « Labbé » n’avaient pas d’intérêt, on envisage de le doubler par une construction moderne. Guy Ahlsell de Toulza précise qu’elles apparaissent sur la planche du Monasticon gallicanum telles qu’elles sont aujourd’hui et qu’il serait nécessaire de vérifier si ces élévations sont ou non anciennes.
SÉANCE DU 23 AVRIL 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. l’abbé Baccrabère, Burroni, Cabau, Cranga, Hermet, Mange, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Mmes Labrousse, Pradalier-Schlumberger.
Le Président donne lecture d’une lettre du Secrétaire général de l’Union des Six Académies de l’Hôtel d’Assézat, contenant un extrait de délibération du Conseil d’Administration de la dite Union, réuni le 29 mars dernier : des modifications sont intervenues au Bureau, MM. Sermet et Auvergnat ayant été élus Présidents d’honneur, M. Remplon remplace M. Sermet comme Président.
Le Président signale l’achèvement des travaux d’installation des luminaires dans la future salle des séances de la Société Archéologique. Il n’y manque que le mobilier et les œuvres d’art que nous souhaitons y exposer.
La parole est à Christian Mange pour sa communication sur les peintures murales de la chapelle Saint-Exupère de Blagnac, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Christian Mange pour sa communication et fait appel aux questions. Le Père Montagnes s’interroge sur la date des inscriptions. Christian Mange lui confirme qu’elles ont été sérieusement retouchées en 1870 ainsi que les peintures elles-mêmes. Elles ont été retouchées une deuxième fois par Benezet lui-même en 1886. Le Président ne se dit pas choqué par la différence entre les peintures réalisées par Benezet et celles du XVIe siècle conservées. Christian Mange souligne que Benezet a fait acte de créateur en réalisant le programme de Blagnac. Il compare avec les travaux de restauration d’Engalières qui, à Notre-Dame-du-Bourg à Rabastens, a imité servilement les modèles médiévaux au point qu’on ne peut aujourd’hui encore distinguer les originaux des réfections. C’est le cas des deux chapelles placées de part et d’autre de la chapelle d’axe, faites ex nihilo entre 1855 et 1865 et dont on a cru jusqu’à une date récente qu’elles étaient du XVIe siècle [et non du XIVe]. Christian Mange explique la différence d’attitude entre les deux peintres par le fait que Benezet est passé chez Flandrin à Paris, ce qui n’est pas le cas d’Engalières.
Christine Delaplace demande si Benezet s’est expliqué sur le choix des compositions savantes extraites du Contre Vigilance. Elle trouve ces choix judicieux pour illustrer la vie d’un évêque qui fut un très grand évêque de Toulouse. Christian Mange répond que Benezet n’a donné aucune explication et estime que ses choix ont été guidés par les lacunes iconographiques du décor qu’il avait à compléter.
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SÉANCE DU 7 MAI 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Delaplace, Napoléone, MM. Bertrand, Burroni, Cabau, Cranga, Gilles, Gillis, Ginesty, Julien, Mange, Manuel, le Père Montagnes, Morvillez, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Tollon.
Excusé : Le général Delpoux.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des 26 mars et 2 avril derniers. La présentation du procès-verbal de la dernière séance est reportée.
À propos des travaux prévus à l’École des Beaux-Arts, Guy Ahlsell de Toulza croit savoir que le projet a été définitivement adopté. Il rappelle que les fondations de la construction qui devrait doubler le bâtiment « Labbé » seraient établies sur l’emplacement de la salle capitulaire et de la sacristie qui bordaient à l’est le cloître de la Daurade, très exactement situés par des plans anciens bien connus. Selon d’autres informations toutefois, il paraît sûr que le projet n’est pas définitivement arrêté. Guy Ahlsell de Toulza en conclut qu’il y a tromperie d’un côté ou de l’autre.
Le Président rapporte qu’à l’occasion de récentes discussions, il a pu se rendre compte que les entrepreneurs souhaitaient surtout être avertis des risques archéologiques de manière à être en mesure de les intégrer à leurs projets.
Un membre fait mine de s’étonner qu’une fois de plus un site aussi sensible que celui de la Daurade doive faire l’objet d’une intervention archéologique dans l’urgence de travaux d’aménagement. L’aberration de la politique archéologique actuelle est encore plus évidente quand il s’agit comme ici d’une propriété publique et d’un terrain, la cour de l’École des Beaux-Arts, libre de toute construction, qui devrait faire l’objet depuis longtemps d’un programme de fouilles raisonné.
Le Président engage les membres de notre Société à s’affilier personnellement à FERMAT, comme le souhaitent les responsables de l’association, et précise que la cotisation fixée à 100 F reste très raisonnable.
Puis on procède à quelques modifications du programme des prochaines séances, Pascal Julien étant obligé, pour cause de soutenance de thèse, de déplacer la date de sa communication initialement prévue pour le 18 juin. Le Président fait également circuler la liste des communications de la prochaine année académique, en précisant que seules trois séances restent disponibles.
La parole est alors à Madame Blanc-Rouquette pour une communication consacrée à L’église Saint-Quentin, siège de la chambre syndicale des imprimeurs et libraires toulousains, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Madame Blanc-Rouquette pour cette communication très complète sur l’histoire de l’église Saint-Quentin, dont l’emplacement avait été l’occasion, ici même, d’une controverse l’année dernière. L’incertitude est désormais levée par le plan établi par Quitterie Cazes et présenté par Madame Blanc-Rouquette, plan qui montre clairement que l’église se trouvait établie contre la tour de la porterie romaine, à l’intérieur des murs.
Quitterie Cazes explique qu’il lui a suffi de superposer trois plans, dont un publié par Jules Chalande dans le Bulletin de notre Société, pour situer l’emplacement de l’église à deux mètres près.
M. Gilles précise que l’une des diapositives projetées présentait le premier moulon du capitoulat de la Daurade, et que l’église Saint-Quentin, appartenant à celui du Taur, ne pouvait y figurer.
Daniel Cazes demande à quel moment apparaît le culte de saint Jean de la Porte latine. Madame Blanc-Rouquette répond que c’est en 1510 que l’assemblée décide d’en faire son patron. Daniel Cazes remarque qu’il serait peut-être intéressant de rapprocher le vocable et la situation de l’église près de la porte romaine à Toulouse, et la situation comparable qui est celle de l’église Saint-Jean de la Porte latine à Rome. D’ailleurs le vocable est-il ancien et faut-il le rattacher à la tradition selon laquelle l’église serait l’une des plus anciennes de Toulouse ? Mme Blanc-Rouquette précise que ce sont les auteurs de l’Histoire général de Languedoc qui font remonter son origine, et celle de plusieurs autres chapelles particulières, aux années 320-350.
Patrice Cabau indique que le Saint-Quentin mentionné par le testament d’Hugues au Xe siècle doit être identifié comme étant Saint-Quentin-Latour (Ariège) et non l’église de Toulouse qui apparaît pour la première fois dans les textes vers 1120-1130, dans le cartulaire de Saint-Sernin. La deuxième mention est de 1176, dans les cartulaires de la ville. Les documents font également état d’un lieu-dit Saint-Quentin qu’il faut situer au nord de la ville. Mme Blanc-Rouquette confirme qu’elle a rencontré un Saint-Quentin aux Minimes, sans avoir toutefois le temps de vérifier plus avant.
Henri Pradalier demande à quel moment apparaît le vocable de Saint-Quentin, et s’il est possible que ce soit à l’époque carolingienne. Patrice Cabau admet cette éventualité. Puis il souligne une nouvelle fois l’intérêt que présente le plan établi par Quitterie Cazes, qui montre que l’église était installée sur la porte romaine qui subsiste jusqu’à la fin du XIIe siècle. On peut donc se demander si l’église ne fait pas partie de la porte. Quitterie Cazes ajoute que l’on serait peut-être amenés à distinguer deux états, avec une première église accolée à la porte du « château » et un agrandissement vers l’est après la démolition de la construction romaine.
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![]() | AUTERIVE (HAUTE-GARONNE), ÉGLISE SAINT-PAUL, MAÎTRE-AUTEL. 1 et 2 : parties appartenant à l’autel du XVIIIe siècle. 3 et 4 : parties ajoutées au XIXe siècle. Cliché Louis Latour. |
Louis Latour donne quelques informations sur ce qu’il advenu du projet de restauration de l’autel d’Auterive, présenté l’an dernier au cours de l’une de nos séances (M.S.A.M.F., t. LV, 1995, p. 211-213) :
« Un problème de restauration : le maître-autel de l’église Saint-Paul d’Auterive.
Dans notre communication du 22 novembre 1994, nous évoquions les problèmes posés par la restauration du maître-autel et du retable de l’église Saint-Paul d’Auterive. Nous pensions alors, d’après les archives paroissiales, que les anges adorateurs avaient été exhaussés à deux reprises : en 1849 grâce à leurs socles actuels, puis en 1863 par l’adjonction des pièces 1 et 2 de part et d’autre du tabernacle.
Les travaux ont montré que ces deux pièces sont solidaires du tabernacle et remontent donc au XVIIIe siècle. Elles constituent « la grande pièce qui [investirait] tout le derrière du tabernacle et qui [formerait] deux ailes de chaque côté » selon le vœu du marbrier Grimes (A. paroissiales, lettre de Grimes, marbrier de Caunes-Minervois, à M. Mis, marguillier, 2 déc. 1783). « Le soubassement formant deux ailes au tabernacle actuel » dont parle le marbrier Bergès dans le devis du ciborium (1863) correspond aux pièces 3 et 4 situées en fait de part et d’autre du tabernacle mais au-dessus de celui-ci (A. paroissiales, devis de Bergès, marbrier de Toulouse, 19 avril 1863).
Cette interprétation ayant été acceptée par tous les acteurs de la restauration, il a été décidé d’un commun accord de conserver le maître-autel dans son état actuel y compris les socles de 1849 et le ciborium de 1863.
La dépose pour restauration du tableau Le Christ en croix et la Madeleine a fait apparaître une peinture murale datée du 30 mai 1911, de bonne qualité et compatible avec le ciborium, représentant des tentures qui s’entrouvrent en découvrant un fond orné de briquettes dorées.
Mme Sire, Inspecteur des Monuments Historiques, a donné alors son accord pour que le tableau soit déplacé dans une chapelle voisine où il est maintenant bien mis en valeur. Il a été restauré par le Centre de Restauration du Patrimoine Artistique de Gaillac, et son cadre redoré à la feuille par Fabio Da Tos. Il est la copie, attribuée à Despax, d’un tableau d’Antoine Rivalz qui ornait la chapelle de l’Archevêché de Toulouse, qui fit l’objet d’une tentative d’échange pendant la Révolution entre le Muséum de Toulouse et le Muséum Central de Paris, et qui dort actuellement dans les réserves du Musée du Louvre. M. Penent, conservateur du Musée Paul-Dupuy, qui a examiné le tableau d’Auterive, trouve l’attribution à Despax très vraisemblable. D’après lui, la copie n’a pu être faite que dans l’atelier du maître et daterait de ce fait du début du XVIIIe siècle, très probablement entre 1720 et 1730. »
Gabriel Burroni présente trois plans de projets pour la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, datés de 1913 et signés Louzier. Il indique qu’il les a achetés il y a moins d’un mois à un brocanteur de L’Isle-Jourdain, et qu’il s’est attaché à en rechercher la provenance. Un lot de plus de deux cents plans a été retrouvé dans le grenier d’une maison de Castelginest vouée à la démolition, puis vendu, à l’exception de quatre plans, à une institution parisienne, peut-être les Archives du Patrimoine ou le Musée des Monuments français. On peut se demander si la maison de Castelginest n’était pas celle d’un architecte travaillant dans la région pour le compte de Saint-Anne Louzier.
Le Président dit qu’il s’agit de planches pour le projet d’achèvement du bras sud du transept. Guy Ahlsell de Toulza demande des précisions sur la technique de dessin du plan réalisé sur tissu. Gabriel Burroni pense qu’il s’agit d’un tracé direct et non d’un transfert. Répondant à une question de Guy Ahlsell de Toulza, il indique que le vendeur avait tout d’abord conservé quatre plans pour son plaisir avant d’en mettre deux en vente chez un brocanteur.
On attire l’attention de la Société sur un projet de construction d’une usine d’incinération de déchets toxiques à Martres-Tolosane. Selon les informations communiquées par M. Jean Boube, le bâtiment, de 28 m de côté et 55 m de haut, serait élevé à 1 500 m du village, à 500 m de l’emplacement de la villa romaine de Chiragan et à 100 m de la fontaine Saint-Vidian, défigurant totalement le site. Jean Boube rappelle que Martres est un site classé, et nous savons par ailleurs que les terrains de la villa seront prochainement classés au titre des Monuments historiques. Daniel Cazes précise que le terrain faisait partie de la réserve foncière des ciments Lafarge dont l’installation a déjà provoqué en 1956 la destruction des vestiges de la villa romaine du Bordier fouillée par Léon Joulin à la fin du XIXe siècle. Les Martrais sont consternés et le Maire s’oppose au projet. Il serait souhaitable que notre Société manifeste également son désaccord.
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TOULOUSE, CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, élévation extérieure du bras de transept nord, projet par Louzier, septembre 1913.
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TOULOUSE, CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, détail du portail neuf : dais du meneau central. Projet par Louzier, 24 janvier 1917.
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TOULOUSE, CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, départ de l’escalier du clocher, projet par Louzier, 5 décembre 1915.
Le Président pense que notre Société devrait adhérer au comité de défense qui s’est mis en place. Guy Ahlsell de Toulza ajoute qu’il faut adresser à ce sujet un courrier au préfet, avec copie au Directeur régional des Affaires culturelles.
Le Président rend compte d’une série d’articles parus les 24 et 29 avril derniers dans Le Figaro, articles très critiques à l’égard des architectes en chef des Monuments historiques, avec des titres tels que « Polémique sur les architectes des Monuments historiques » et « Les architectes des Monuments historiques sont-ils honnêtes ? ». On y épingle en particulier les surcoûts parfois faramineux dont font l’objet les travaux, illustrés entre autres de quelques exemples régionaux. Le propriétaire d’un petit pavillon Louis XVI à Cugnaux explique ainsi que pour « deux boiseries de fenêtres XVIIIe siècle à petits carreaux », il s’est « vu refuser un devis de 3 680 F établi par un petit artisan du coin », et dans l’obligation de « choisir entre les deux entreprises agréées par l’architecte en chef », l’une demandant « 16 630 F et l’autre… 34 100 F pour le même travail ». Le même propriétaire a eu la surprise « de recevoir de l’architecte en chef, M. Voinchet, une facture de 85 000 F pour la seule étude préalable à payer avant la moindre intervention », le même architecte précisant qu’il fallait compter cinq ans pour les travaux à effectuer d’urgence. Le système serait toutefois un peu remis en cause puisque Madame Tomasin, conservateur des Monuments historiques, peut affirmer que « dans la conjoncture actuelle, plus que des entreprises agréées, ce que nous [le service des Monuments historiques] recherchons aujourd’hui, ce sont des entreprises adaptées ». Les explications fournies par le Directeur du Patrimoine, Madame Maryvonne de Saint-Pulgent, ne sont pas inintéressantes : on a même la surprise de la voir déclarer qui’« il est vrai que la corruption existe, mais comme partout aujourd’hui » !
Louis Peyrusse rappelle que devant une enquête journalistique de ce genre, une certaine dose de scepticisme est requise.
On fait encore observer que le Directeur du patrimoine est dans l’obligation de défendre publiquement ses services, ce qui n’exclurait pas qu’il puisse éventuellement être plus ou moins à l’origine, ou tout au moins sans profond désaccord avec les articles du Figaro.
Guy Ahlsell de Toulza apporte un supplément à l’enquête du journal, en indiquant que pour les travaux d’urgence nécessités par l’effondrement des toitures de Notre-Dame-du-Bourg à Rabastens, une entreprise locale proposait un devis de 72 000 F quand l’architecte en chef M. Calvel annonçait un coût de 500 000 F pour la seule étude préalable.
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Il est indiqué qu’au sein même des services des Monuments historiques, nombreux sont ceux qui admettent que le système des études préalables n’a été mis en place que pour apporter aux architectes en chef un supplément de revenu. Ces « études » préalables sont en tout cas bien souvent d’une affligeante médiocrité : historique en forme de resucée des informations les plus connues, bibliographie largement dépassée, méconnaissance des problématiques liées à l’analyse du monument et ignorance totale de celles de la recherche en général, et (un comble !) des relevés le plus souvent recopiés ou bâclés… Elles sont en outre fréquemment sous-traitées, ce qui n’est pas le pire.
Le Président signale l’article élogieux que le dernier numéro d’Artpress a consacré à MoMus dans sa rubrique La revue du mois : après avoir rappelé que l’association s’est placée sous le signe du dieu de l’ironie, le compte-rendu souligne la verve des auteurs de MoMus, dont l’un des principaux objectifs est de combattre la langue de bois des différentes instances de l’administration de la culture.
Le Secrétaire-adjoint annonce que notre Société a reçu une proposition d’échange de publications de la Société des Antiquaires de Londres, ou plutôt de reprise de nos échanges qui avaient été réguliers entre 1834 et 1901.
SÉANCE DU 21 MAI 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Delaplace, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Pujalte, MM. l’abbé Baccrabère, Bertrand, Boudartchouk, Burroni, Cabau, Gillis, Julien, Mange, Manuel, le Père Montagnes, Morvillez, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse.
Excusés : MM. Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, MM. le général Delpoux, Manuel, Tollon.
Invitée : Mlle Sylvie Bach.
Le Président ouvre la séance en présentant deux ouvrages dont Christine Delaplace est co-auteur et qu’elle offre à notre Société : Jean-Charles Picard et alii, Topographie chrétienne de la Gaule des origines au milieu du VIIIe siècle, VIII. Province ecclésiastique de Sens (Lugdunensis Senonia), Paris : De Boccard, 1992, 157 p. ; Christine Delaplace, Jérôme France, Histoire des Gaules (VIe siècle av. J.-C./VIe siècle ap. J.-C.), Paris : A. Colin, 1995, 189 p.
C’est également Anne-Laure Napoléone qui donne pour la bibliothèque de notre Société des tirés-à-part de deux de ses articles : L’ancienne mairie de Figeac, et Maison dite « de La Monnaie » à Figeac, dans Bulletin de la Société des Études du Lot, t. CXVI (1995), p. 21-42, et p. 189-220.
Le Président les remercie au nom de notre Société en soulignant à quel point ces dons sont importants pour l’enrichissement de notre bibliothèque.
Les procès-verbaux des séances du 23 avril et du 7 mai sont adoptés.
À propos du projet d’usine de Martres-Tolosane, M. Gillis remarque qu’il a été dit que le site était classé, ce qui impliquerait qu’un projet de cette nature soit présenté à la commission départementale des sites à laquelle il appartient, commission consultative mais dont les avis sont parfois suivis. Le Président précise que l’emplacement lui-même n’appartient pas à un site classé, mais qu’il se situe à proximité de deux sites classés qui sont le champ de bataille de Saint-Vidian et le village.
Le Président signale la parution toute récente du n° 6-7 (avril 1995) de MoMus, que nous avons évoqué au cours de nos dernières séances. Faute de temps, il ne lui pas encore été possible d’en faire la lecture complète, mais il lui paraît néanmoins nécessaire d’attirer l’attention de la Compagnie sur un éditorial particulièrement bien senti, intitulé MoMus « apolitique » ? dont nous retenons en particulier ce passage :
«… Mais la philosophie de Momus nous paraît bien relever du domaine politique, au sens le plus haut du terme. Elle se constitue surtout à partir de deux réactions instinctives, deux sentiments essentiels, sans lesquels, nous semble-t-il, on ne peut être « momusien » (comme on dit dans les dîners en ville).
C’est d’abord un réflexe de citoyens qui refusent de continuer à faire semblant de gober les propos en langue de bois et qui récusent le dogme de l’infaillibilité des politiciens et de la haute administration. C’est un réflexe de dignité.
C’est tout autant un refus de la marchandisation intégrale, devenue aujourd’hui l’ennemie numéro un du patrimoine. Ce refus est celui d’individus qui récusent l’économisme ambiant et cherchent à préserver le domaine de la gratuité – ce qui ne signifie pas qu’ils ignorent angéliquement que l’art a un prix de revient et un prix de vente. C’est aussi le refus de citoyens-contribuables qui acceptent de plus en plus mal de voir l’État dépenser largement, et souvent absurdement, dans toutes sortes de domaines et prétexter ensuite le manque de moyens pour mettre sous le boisseau toute politique sérieuse de sauvegarde du patrimoine et pour en privatiser peu à peu la médiation, la gestion, et bientôt, si nous n’en prenons garde, la conservation même. C’est enfin le refus de scientifiques, d’historiens, d’archéologues, d’assister passivement à la destruction ou, ce qui revient au même, à la dénaturation
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du passé et de ses témoins, auxquelles conduit forcément la transformation du patrimoine en produit commercial. À ce propos, on prendra connaissance avec intérêt des grandioses projets d’« animation » des Thermes de Cluny que des marchands de fausse culture tentent actuellement de vendre au Ministère de la Culture […]. C’est pourquoi […] nous ne requérons pas « le dessaisissement des prérogatives publiques en matière de patrimoine ». Ce que nous demandons, c’est une réforme de la façon dont elles sont employées par l’État. Un État qui a trop tendance à oublier que sa tâche doit être exclusivement de servir le bien public… ».
Pour expliciter l’allusion de MoMus au projet d’« animation » des Thermes de Cluny, le Président poursuit sa lecture avec quelques extraits des stupidités proposées par la société Epsilon, ce qui provoque des rires à répétition dans notre Compagnie. Il faut au moins convenir que la bêtise prétentieuse de l’expression est parfaitement adaptée à la nullité des idées.
En raison de changements intervenus dans le programme des séances, deux communications sont à l’ordre du jour. C’est en premier lieu Pascal-François Bertrand qui présente Une suite des Actes des apôtres de Raphaël oubliée dans la cathédrale de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Pascal-François Bertrand d’avoir été aussi bref que prévu tout en nous présentant une communication aussi complète que celle de l’an dernier.
Pascal Julien demande si l’on connaît le coût d’une telle tenture. Pascal-François Bertrand indique que les estimations apportées par les documents sont très variables et qu’il ne faut pas toujours se fier aux inventaires, la valeur d’une pièce étant sur-évaluée avant une vente mais sous-évaluée lors d’un inventaire après-décès. Il rappelle que le prix est calculé à l’aune-carrée et que l’on obtient ainsi des estimations assez précises lorsque le contrat a été conservé. Les prix pratiqués à Toulouse sont comparables à ceux d’Aubusson, mais sont beaucoup plus élevés en Flandres.
Pascal Julien se demande s’il ne faut pas rapprocher la date de la tenture, les années 1620-1625, et celle de l’incendie de 1610 qui impose un renouvellement du mobilier de la cathédrale. Cela supposerait cependant des moyens financiers alors que le chapitre est exsangue à la suite des travaux de reconstruction. Pour Pascal-François Bertrand, on ne peut non plus exclure que la tenture ait été offerte à la cathédrale par un archevêque du XVIIe ou du XVIIIe siècle.
Relevant que la tenture a connu une vingtaine de copies, Louis Peyrusse demande s’il faut penser qu’elles ont toutes été exécutées d’après les cartons d’origine. Pascal-François Bertrand indique que l’on sait que les cartons sont usés en 1515 et que l’on réalise de nouveaux cartons à partir des tentures existantes afin de tisser de nouvelles tapisseries, comme c’est le cas pour la série de Toulouse par exemple.
Christian Mange voudrait savoir pourquoi ces pièces ne sont pas signées. Pascal-François Bertrand explique que les marques de lissier se trouvent en général dans les marges qui sont évidemment les plus sujettes à dégradation. Il rappelle alors à la Compagnie que deux très belles tapisseries représentant le martyre de saint Saturnin, qui font partie des collections du château d’Angers, seront exposées cette semaine dans la basilique Saint-Sernin puis au Musée des Augustins pendant tout l’été.
La seconde communication du jour est due à Quitterie Cazes qui présente les résultats des dernières fouilles de Saint-Pierre-des-Cuisines, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Quitterie Cazes de nous avoir ainsi tenu au courant des dernières découvertes occasionnées par les fouilles archéologiques et les travaux de restauration de Saint-Pierre-des-Cuisines, découvertes riches en réinterprétations et en questions nouvelles sur une période très longue qui va du IVe au XVIe siècle. Il demande ce que l’on sait de cette première église de la fin du IVe siècle. Quitterie Cazes dit que l’on n’en connaît presque rien, mais que sa situation à proximité de l’enceinte de la ville antique, près d’un chemin allant d’une porte au Bazacle, correspond à une situation habituelle.
Pascal-François Bertrand voudrait avoir des précisions sur la reconstruction actuelle de l’abside, qui, a-t-il compris, s’appuierait sur un état connu du XVIIIe siècle. Quitterie Cazes indique que l’abside est incomplètement connue à travers les vestiges qui en subsistent et quelques photographies anciennes qui montrent qu’elle était semblable à celle de Saint-Sernin. Sa restitution ne pose pas de problème majeur. L’architecte en chef des Monuments historiques, M. Bernard Voinchet, a adopté un parti prudent en ne reconstruisant ni la voûte ni le clocher dont la souche a cependant été soulignée. Il est néanmoins curieux qu’il ait retenu pour la fenêtre d’axe de l’abside une longue et étroite baie en meurtrière. Il ne semble pas que le projet de reconstruction ait été soumis à la Commission supérieure des Monument historiques.
Jean Nayrolles s’interroge sur le pourquoi de cette reconstruction et suppose qu’elle a été motivée par la réutilisation de l’édifice. Quitterie Cazes confirme que la reconstruction de l’abside répond aux nécessités de la scène de l’auditorium. Elle invite en outre les membres de la Société à venir visiter le chantier maintenant que l’enlèvement des poteaux et du plancher du XIXe siècle permet d’avoir une vue d’ensemble de la nef. Rendez-vous est pris pour le lendemain 22 mai à 9 heures.
Le Secrétaire-adjoint fait circuler l’étude préalable de la tour d’Arlet à Caussade, réalisée par la Société Hadès de notre confrère Bernard Pousthomis à la demande du Service des Monuments historiques. Il précise qu’il s’agit là de la première partie d’une étude qui devrait se prolonger au cours des travaux de restauration. Il faut souligner la qualité de cette étude d’archéologie monumentale, mais aussi l’intelligence avec laquelle le conservateur des Monuments historiques, Mme Aline Tomasin, et l’architecte en chef, M. Régis Martin, ont accepté de la confier à des archéologues.
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Michèle Pradalier-Schlumberger indique que c’est effectivement la pratique de M. Régis Martin, avait lequel elle a eu des contacts en particulier pour certains édifices de l’Aude dont les études préalables ont été confiées à des étudiants. Elle ajoute qu’à la demande de Mme Tomasin, des vacations ont été accordées en 1986 à un étudiant pour l’étude du château de Lagarde.
Le Secrétaire-adjoint remarque qu’un pas de plus est donc franchi puisque dans le cas de la tour d’Arlet, le volume du financement est une reconnaissance de niveau professionnel des intervenants. Il faut souhaiter que se généralisent des études préalables dignes de ce nom, confiées à des historiens de l’art et des archéologues et non à l’architecte chargé des travaux.
Le Président indique qu’à Paris, le G.R.A.A.L. réalise ce genre d’études et va jusqu’à faire le relevé du plan du l’édifice. On attire l’attention sur le problème que pose la sous-traitance pratiquée par le Ministère de la Culture qui fait par exemple appel au G.R.A.A.L., entreprise privée, pour reprendre les dossiers des édifices classés, ce qui relève de ses propres missions. Après avoir indiqué qu’il avait lui-même travaillé pour le G.R.A.A.L., Pascal-François Bertrand précise que le Ministère de la Culture est son client le plus important, mais pas son seul client. Le G.R.A.A.L. réalise également des documents de promotion, avec par exemple un CD-rom pour le Louvre. Par ailleurs, il offre la possibilité de quelques ressources supplémentaires pour les étudiants parisiens, ce qui n’est pas négligeable.
Toujours au titre des questions diverses, le Président donne lecture d’une lettre du général Delpoux qui a pu vérifier que le portail de la Dalbade présentait bien les emplacements de six statues, alors que quatre seulement sont répertoriées, une ayant été prise par Bernard Voinchet pour étude, deux se trouvant dans la sacristie et une dernière étant déclarée manquante. Pascal Julien rappelle qu’il détient des photographies de quatre statues et qu’un cliché montre l’emplacement d’une cinquième disparue.
VISITE DU CHANTIER DE SAINT-PIERRE-DES-CUISINES, 22 MAI 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Delaplace, Pradalier-Schlumberger, MM. Bertrand, Burroni, Cabau, Julien, Mange, Manuel, Peyrusse.
Quitterie Cazes accueille notre Compagnie dans la nef de l’église. Une brève présentation permet de rappeler les aspects principaux de l’édifice et des aménagements en cours pour sa transformation en auditorium. On s’attarde sur quelques points particuliers de la lecture archéologique de l’église. Puis le groupe se dirige vers le chevet où les travaux sont en cours.
On s’accorde pour considérer que le chantier de Saint-Pierre-des-Cuisines revêt aujourd’hui un caractère exemplaire à Toulouse. Les fautes de la restauration (jointoyage et badigeon trop accentués sur l’élévation nord, jour en meurtrière injustifiable sur l’abside reconstruite) demeurent minimes en regard de l’importance des campagnes de fouilles réalisées, de l’étude menée sur l’édifice, de la conservation des vestiges archéologiques grâce à l’aménagement d’une crypte qui restera accessible aux chercheurs (premier exemple d’une véritable crypte archéologique à Toulouse !), du respect des élévations de l’église pour lesquelles il semble que l’on saura s’en tenir à des interventions minimales. La Ville de Toulouse et l’architecte en chef des Monuments historiques, M. Bernard Voinchet, méritent donc d’être félicités pour l’ensemble du chantier.
Notre Compagnie achève sa visite avec les vestiges mis au jour au nord-est du chevet. C’est bien sûr l’impressionnante maçonnerie du Ve siècle qui retient principalement l’attention. Les enjeux scientifiques en cause sont tels qu’il faut absolument souhaiter que la fouille puisse être poursuivie. Il faut encore que ces vestiges ne connaissent pas le sort des vestiges de la même époque qui avaient été mis au jour sur le site de l’ancien hôpital Larrey, et qui ont été stupidement détruits alors que l’on avait de bonnes raisons de penser que l’on était en présence d’un bâtiment du palais des rois wisigoths de Toulouse.
SÉANCE DU 4 JUIN 1996
Présents : MM. Pradalier, Président ; Coppolani, Directeur ; Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Burroni, Cabau, Fabre, Gilles, Ginesty, Julien, le Père Montagnes, Morvillez, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Salvan-Guillotin, Tollon, Vézian.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; le général Delpoux et M. Manuel.
Le Président ouvre la séance en se félicitant de l’abondance des communications annoncées pour l’année académique 1996-1997. La multiplicité de ces travaux laisse prévoir des réunions supplémentaires, à moins qu’il ne soit possible de faire entrer plusieurs interventions dans le cadre d’une même séance.
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La parole est ensuite à Pascal Julien pour la communication du jour, intitulée Imagerie et propagande imprimée à Saint-Sernin de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie Pascal Julien pour sa présentation et lui demande s’il a développé dans la thèse qu’il s’apprête à soutenir cet aspect de l’histoire de Saint-Sernin aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Pascal Julien répond par l’affirmative.
Jean Rocacher demande à Pascal Julien s’il connaît l’origine de la planche représentant la partie supérieure du baldaquin gothique de Saint-Sernin qui figure dans la première édition de l’Histoire générale de Languedoc (tome II, 1733, face à la page 292). Pascal Julien précise que le dessin original de cette gravure est conservé à Toulouse, au Musée Paul-Dupuy ; il s’agit d’une œuvre d’Antoine Rivals (attribuée à tort au chevalier Rivals) exécutée en 1732, peu avant la destruction partielle du mausolée gothique et l’érection du baldaquin baroque, vers 1735.
Jean Rocacher signale par ailleurs que de nombreuses images de pèlerinage ont été découvertes dans des reliures ; il cite par exemple des gravures liées au culte de saint Lizier. Pascal Julien et Henri Ginesty confirment la fréquence du remploi d’images pieuses dans la confection des reliures et ils soulignent que c’est cette pratique qui a permis la conservation, sur des tirages jadis considérables de ces gravures, des rares exemplaires aujourd’hui connus.
Le Père Montagnes appelle l’attention sur la plaque de cuivre, matrice d’une gravure de la Confrérie des Corps-Saints de Saint-Sernin, qui fait partie des collections de notre Société ; il note qu’elle porte le nom de Michel Beaujan, dont l’activité lui paraît assez antérieure à la date de 1764 gravée sur la plaque. Pascal Julien dit que cette plaque est une regravure, exécutée en 1764, de la matrice originale réalisée en 1702.
Henri Gilles demande si les baux passés avec les imprimeurs figurent dans les archives des notaires. Pascal Julien indique que l’on trouve transcription des contrats pour les livres dans les registres notariés ainsi que dans les archives de confréries, mais que l’impression des gravures faisait simplement l’objet d’accords verbaux reconduits annuellement.
Louis Peyrusse veut savoir si Pascal Julien a comparé la situation de la gravure à Toulouse avec celle de Paris, que des études récentes viennent d’éclairer, et s’il y a eu des relations entre les deux villes. Pascal Julien répond par l’affirmative et déclare que la comparaison s’établit nettement en faveur de la capitale. Il ajoute que l’on était conscient à Toulouse du retard en matière de gravure : vers le milieu du XVIIe siècle, les confrères des Corps-Saints délibèrent de s’adresser à Paris pour trouver de bons graveurs. Bruno Tollon abonde dans le même sens et se dit frappé par la médiocrité de la gravure toulousaine aux XVIe-XVIIIe siècles, situation qui contraste avec celle de Bordeaux à la même époque.
Le Président remercie une fois encore Pascal Julien. Puis il aborde les questions diverses en donnant de nouvelles informations sur le projet de construction d’une usine des Ciments Lafarge à Martres-Tolosane : d’après les renseignements que lui a fournis le maire de cette commune, le projet ne paraît pas encore tout à fait arrêté ; en tout cas, aucune demande de permis de construire n’a pour le moment été déposée.
SÉANCE DU 18 JUIN 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Merlet-Bagnéris, Suau, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Cranga, Ginesty, l’abbé Rocacher, Salvan-Guillotin, Tollon, Vézian.
Excusés : Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, MM. le général Delpoux, Julien, Manière, Manuel, le Père Montagnes.
Le Président excuse les nombreux membres de notre Compagnie qui assistent en ce moment même à la soutenance de thèse de notre confrère Pascal Julien, à l’Université de Toulouse-Le Mirail.
L’abbé Baccrabère attire l’attention sur le site de la rue Labéda, où après avoir annoncé que les restes du rempart romain seraient conservés et mis en valeur, on a en fait amputé la courtine et la tour. La pratique est constante à Toulouse, où l’on déploie d’ailleurs des trésors d’ingéniosité pour maintenir un magnolia, pour prendre l’exemple de la station de métro du jardin du Capitole, alors que l’on n’hésite pas à détruire la tour romaine voisine.
La discussion est interrompue pour entendre les procès-verbaux des séances des 21 mai et 4 juin derniers, et le procès-verbal de la visite effectuée le 22 mai sur le chantier de Saint-Pierre-des-Cuisines.
L’abbé Rocacher fait observer que nos contemporains pratiquent le même vandalisme qu’ils reprochent aux Toulousains du XIXe siècle. Il est ajouté que c’est aujourd’hui plus grave, puisque le discours présenté prétend que l’on restaure quand en fait on détruit. L’abbé Rocacher rappelle les différents épisodes qui ont précédé la démolition des vestiges de ce qui était probablement un bâtiment du palais wisigothique de Toulouse, alors que le professeur Claude Domergue avait demandé leur conservation devant la COREPHAE.
La discussion fait une nouvelle fois apparaître que fait défaut le groupe de pression qui serait susceptible d’imposer la préservation des vestiges archéologiques. Le Président demande à l’abbé Baccrabère de bien vouloir rédiger à l’intention du Président de l’association FERMAT une note sur les découvertes et les destructions du site de la rue Labéda.
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TOULOUSE, VESTIGES DU REMPART ROMAIN mis au jour rue Labéda.
Juin 1996 : des brèches ont été pratiquées à l’extrémité de la courtine et dans la tour.
TOULOUSE, VESTIGES DU REMPART ROMAIN mis au jour rue Labéda.
Juillet 1996 : toute la partie ouest (en haut) de la courtine a été détruite.
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Le Secrétaire-adjoint offre à la Société un exemplaire de l’ouvrage de Michel Rouche, Clovis, Paris : Fayard, 1996, 611 p.
La parole est donnée à Marc Salvan-Guillotin pour une communication sur Les peintures murales d’Antist (Hautes-Pyrénées), publiée dans ce volume (t. LVI, 1996) de nos Mémoires.
Le Président remercie Marc Salvan-Guillotin d’avoir su susciter l’intérêt en présentant avec passion un ensemble de peintures murales dont le style est bien médiocre mais l’iconographie certainement savante. Il se dit cependant peu convaincu par le lien qui est établi entre les choix iconographiques et l’arrivée des Huguenots. Marc Salvan-Guillotin souligne le fait que les thèmes retenus forment un ensemble unique dans les Hautes-Pyrénées.
Françoise Merlet-Bagnéris rappelle qu’Antist relevait du diocèse d’Auch, et elle indique qu’il existe à la cathédrale un relief représentant la Trinité, probablement sculpté par un atelier venu de la Loire. Il lui semble par ailleurs que l’identification du blason serait essentielle, et qu’il faut éventuellement penser à un chanoine de Tarbes dont l’intervention pourrait expliquer la complexité iconographique du programme.
Pour Daniel Cazes, les repères chronologiques les plus sûrs sont sans doute apportés par les détails comme par exemple la graphie de l’inscription ou la forme du pommeau de l’épée de sainte Catherine, qui pourrait peut-être se placer vers 1600. Patrice Cabau pense que la forme du blason est en faveur d’une date très tardive. Il demande si l’on a une idée de ce qui était représenté sous le blason. Marc Salvan-Guillotin précise que toute la partie basse a été détruite par l’humidité et le support du retable.
Selon Guy Ahlsell de Toulza, l’identification du blason est le plus sûr moyen de dater les peintures et il faut s’obliger à y parvenir. Il note que la forme en cuir découpé est tardive et qu’elle est d’ailleurs peu usitée en France. D’après les photographies présentées, il lui a semblé que le fond de l’écu conservait des traces de rouge, alors que les casques sont en effet à l’évidence traités en grisaille. Une observation plus précise permettrait peut-être de reconnaître les couleurs, très importantes lorsque la déclinaison des émaux dans une famille où l’on garde l’écu s’apparente à une brisure.
Maurice Scellès se demande s’il faut parler d’artiste et même d’atelier devant un décor dont le style est à ce point médiocre. N’est-on pas en présence d’une peinture « de rien » ou « pour rien », comme on parle d’une « maison de rien », réalisée sans l’intervention d’un métier et pour laquelle l’analyse du style selon les méthodes de l’histoire de l’Art est inopérante ?
Mme Suau demande si l’on connaît des visites pastorales du XVIIIe siècle qui permettraient de mieux connaître le décor et éventuellement d’apporter des justifications à l’iconographie qui ne présente pas une très grande cohérence. Est-il bien sûr, d’ailleurs, que la sainte Catherine et la Trinité soient de la même époque ? Elle note enfin que c’est sans aucun doute faute d’argent que l’on a pas réalisé un retable sculpté, et que l’on a eu recours à un peintre pour faire un « retable » peu cher.
Le Secrétaire-adjoint donne une information communiquée à la Société par Anne-Laure Napoléone, empêchée d’assister à notre séance d’aujourd’hui, sur la maison du n° 12 rue Baronie actuellement en cours de travaux :
« Des travaux d’aménagement d’un commerce sont en cours au n° 12 de la rue Baronie sur une parcelle à laquelle on peut également accéder à partir de la rue Alsace-Lorraine. Le rez-de-chaussée de cet immeuble conserve les traces de constructions d’époques différentes trahissant les réaménagements et les fonctions diverses qu’a connus ce niveau. Les vestiges
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![]() | TOULOUSE, N° 12 RUE BARONIE, extrait du plan cadastral de 1829. En grisé les vestiges du XVe siècle. |
![]() TOULOUSE, N° 12 RUE BARONIE, culot sculpté du couloir. | retombe sur des culots de pierre au nombre de dix. Les reprises de façade en ont fait disparaître trois. Sur les sept autres conservés, cinq portent un décor sculpté et deux, côté cour, sont simplement moulurés. Au croisement des nervures de brique, dont les angles ont été rabattus en chanfreins, les clés de voûte en pierre ont été laissées lisses. Les seuls décors se concentrent donc sur cinq culots. Malgré l’épaisse couche d’enduit qui les recouvre, comme d’ailleurs le reste des structures médiévales, on peut distinguer un lion derrière un écusson, une sirène, un ange tenant un écusson, un écusson entre deux grandes feuilles bien découpées (l’écusson est très fréquent dans les décors peints et sculptés de l’architecture civile : voir par exemple la maison gothique de la rue Croix-Baragnon à Toulouse) et enfin un dernier culot mutilé décoré d’un personnage dont il ne reste qu’un bras replié. |
Ce couloir a été en partie bouché à son extrémité tandis que de nombreuses portes ont été percées dans ses murs. Toutes paraissent très récentes, même celle en arc brisé (très aigu comme le sont le plus souvent ceux refaits à la mode gothique) qui ouvre au sud sur une salle également voûtée. Cette pièce aveugle de plan trapézoïdal est divisée en deux travées d’environ 6,50 m sur 3,60 m chacune. Les voûtes présentent les mêmes caractéristiques que celles du couloir : les moulures des nervures sont identiques, de même que les petits disques de pierre à l’emplacement des clés de voûte. Seuls les culots n’ont pas été conservés. Cette salle et le couloir qui en permet l’accès sont donc sans aucun doute des constructions contemporaines.
Il existe encore dans le vieux centre de Toulouse des rez-de-
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jouxtant le couloir, qui s’ouvre sur la rue par de grands arcs. Couloirs d’accès, cours, salles de rez-de-chaussée, nous touchons là aux principales structures autour desquelles s’articulent les grands hôtels de la fin du Moyen Âge. Ceux-ci ont laissé de très nombreux vestiges dans le centre ancien de Toulouse, qui mériteraient au moins un recensement exhaustif sinon une étude à l’image de celle qui a été faite à Montpellier. »
Bruno Tollon indique qu’il a pu visiter l’immeuble, qui présentait une grande pièce à l’étage où se voyaient les traces d’une cheminée disparue. La datation proposée par Jules Chalande tient aux fenêtres à traverse qui peuvent être en effet datées de la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle. Daniel Cazes et Bruno Tollon confirment que la clef du portail est probablement une clef médiévale retaillée.
Guy Ahlsell de Toulza signale que l’immeuble de la rue Alsace-Lorraine dont relèvent les bâtiments de la rue Baronie a été entièrement vidé et que l’on aperçoit actuellement de l’extérieur les poutres métalliques des futurs niveaux.
Le Président demande aux auteurs ayant participé au dernier volume de nos Mémoires de bien vouloir adresser à M. Guy Desbonnet les photographies de leurs articles afin d’assurer une meilleure qualité d’illustration à la version qui sera mise sur Internet à l’automne prochain.
Le Président indique enfin que le programme des séances pour l’année prochaine est déjà complet, puis il prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 1996-1997
Tome LVII (1997)
Lire le compte-rendu
Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1996-1997, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LVII, 1997) dont nous indiquons la pagination. Certaines illustrations en noir et blanc ont cependant été remplacées par des illustrations en couleur.
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SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Labrousse, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Catalo, le général Delpoux, Gérard, Hermet, Julien, Péaud-Lenoël, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Bertrand, Burroni, Manuel, Gillis, Pousthomis, membres correspondants.
Excusés : Mme Watin-Grandchamp, MM. Cranga, le Père Montagnes, Peyrusse, Richard, Tollon.
La séance se tient dans la salle nouvellement aménagée où se réunira désormais notre Compagnie. Le Président proclame l’ouverture de l’année académique 1996-1997 en se félicitant de cette réinstallation enfin effective après de longues années de négociations parfois très âpres. L’accès à notre salle des séances se fera comme aujourd’hui depuis le grand escalier de l’Hôtel d’Assézat, sous la surveillance du personnel de la Fondation Bemberg en attendant que soit réalisé le sas promis, dont les travaux devraient commencer dès que les crédits seront disponibles.
Le Président rappelle que si les espaces réservés à la bibliothèque, à la salle de lecture et au secrétariat se trouvent dans le bâtiment neuf, notre salle des séances a été réaménagée dans la partie historique de l’Hôtel. Dans celle-ci a été présentée une sélection d’œuvres de nos collections, nettoyées, restaurées et mises en place par l’Atelier de restauration de la Ville de Toulouse, dirigé par Jean-Louis Laffont. Le Président cède la parole à Daniel Cazes, notre Secrétaire Général, qui s’est chargé de cette installation, afin qu’il présente à la Compagnie les œuvres exposées.
Daniel Cazes rappelle que la plus grande partie des collections constituées par la Société Archéologique du Midi de la France a fait l’objet de dons successifs à la Ville de Toulouse et se trouve aujourd’hui dispersée entre les différents musées. Après la dernière cession de 1893, notre Société a cependant continué à recevoir des dons et à effectuer quelques achats.
Le Président remercie Daniel Cazes, et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 18 juin dernier.
Puis il signale des dons dus à des membres de notre Société : de Gilles Séraphin, Le Périgord roman. 1. La perception de l’espace, numéro hors série de Reflets du Périgord, printemps 1996, 125 p., pour lequel notre confrère a donné un article sur les tours féodales du Périgord roman ; de Pierre Gérard, un tiré-à-part « L’Ariège dans le cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse », paru dans Saint-Sernin de Toulouse, IXe centenaire, Toulouse : 1996, p. 129-144 ; de Robert Manuel, des « Notes succinctes sur l’abbé Séré de Rivières, curé de Cordes (1838-1857) », parues dans le Bulletin de la Société des Amis du Vieux Cordes (5 p.) ; de Daniel Cazes : Jean-Charles Balty, Daniel Cazes, Portraits impériaux de Béziers. Le groupe statuaire du forum, Toulouse : Musée Saint-Raymond, 1995, 134 p.
Par ailleurs, grâce à Pascal Julien, nous avons pu accroître notre bibliothèque d’une collection de La semaine catholique. L’abbé Rocacher et M. Gillis indiquent que la revue paraît toujours sous le titre de Foi et lumière de Toulouse.
Le Président signale encore que nous venons de recevoir le dernier numéro de MoMus, qui paraît aussi stimulant que l’ont été les précédents.
Il donne alors la parole à l’abbé Georges Baccrabère pour sa communication : Céramique du XIVe siècle dans l’ancien quartier des Récollets à Toulouse, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires. Au cours de son exposé, l’abbé Baccrabère fait circuler des poteries et une faucille que les membres peuvent ainsi examiner à loisir.
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Le Président remercie l’abbé Baccrabère pour sa communication qui devrait susciter de nombreuses questions de la part des membres présents.
Jean Catalo, après avoir remercié l’abbé Baccrabère de nous avoir présenté cette collection assez extraordinaire, demande si d’autres éléments ont été retrouvés dans le puits, et s’il y avait parmi eux des ossements. L’abbé Baccrabère confirme que des verres, des tissus y ont été mis au jour, ainsi que des ossements d’animaux dont il aurait volontiers demandé l’étude à P. Crouzel s’il avait été possible de la publier. Les contraintes de l’édition des Mémoires l’ont conduit à limiter sa présentation d’aujourd’hui principalement aux céramiques. Il ajoute que tout le matériel découvert est conservé au musée de l’Institut catholique.
Répondant à une nouvelle question de Jean Catalo, l’abbé Baccrabère précise que la proportion de vases glaçurés était de 10 à 15 % ; lui paraît également remarquable le nombre de vases à liquides alors que les vases destinés au feu sont peu nombreux. Si la Société y consent, il se propose de publier par ensembles chronologiques les poteries découvertes en particulier à l’occasion de la destruction du quartier Saint-Georges.
Pascal Julien demande si le puits était construit. L’abbé Baccrabère indique qu’il était seulement creusé dans la marne, mais que des marches aménagées tous les 30 cm environ dans la paroi permettaient d’y descendre. Pascal Julien voudrait encore savoir de quel bois est la cruche. L’abbé Baccrabère dit qu’il ne peut répondre, n’ayant pas voulu prendre le risque d’un prélèvement. Pascal Julien indique que toute la vaisselle en bois qu’il a vue à Toulouse était en orme, essence qui pourrait être aussi celle de la cruche. La vérification pourrait d’ailleurs se faire sans qu’il soit besoin de faire un prélèvement.
Claude Péaud-Lenoël voudrait savoir sur quelles bases ces poteries ont été datées. L’abbé Baccrabère précise que les datations reposent sur des comparaisons avec des pièces analogues publiées. Claude Péaud-Lenoël déclare avoir été frappé par la qualité de ces pièces qui lui inspirent deux réflexions. La première concerne le vase à tête cassée qui ressemble beaucoup aux « demoiselles » dites d’Avignon, très connues en Languedoc à partir du XVIe siècle. Il lui semble par ailleurs que ces céramiques se répartissent en deux groupes bien distincts : des poteries noires et un groupe de poteries blanches auquel appartiennent par exemple la forme en balustre ou le vase anthropomorphe, le second groupe ne succédant pas forcément au premier. C’est aussi l’avis de l’abbé Baccrabère qui pense que les poteries blanches sont peut-être des céramiques importées, de la côte méditerranéenne ou de la vallée du Rhône. Daniel Cazes se demande s’il ne serait pas intéressant de tenter des comparaisons avec les productions hispano-mauresques et en particulier les très importantes séries mises au jour lors de fouilles récentes à Lérida. L’abbé Baccrabère, dont c’était la première idée, demande si ces céramiques ont été publiées. Daniel Cazes pense que leur publication est en cours.
Bernard Pousthomis attire une nouvelle fois l’attention sur la cruche anthropomorphe dont l’importance est accrue par l’extrême rareté de ce type de céramique dans la région. Il pense qu’elle mériterait à elle seule une publication. L’abbé Baccrabère accepte très volontiers de lui en laisser l’étude.
Le Président remercie tous les intervenants et donne la parole au Trésorier qui expose les arguments ayant conduit à inscrire à l’ordre du jour le relèvement de la cotisation des membres de la Société. La discussion porte ensuite sur l’augmentation du coût des Mémoires. Le Président annonce que le Bureau a néanmoins réservé une bonne nouvelle pour les membres de la Société qui pourront désormais bénéficier de tarifs spéciaux très peu élevés sur les volumes anciens des Mémoires.
On entend ensuite le rapport présenté par Daniel Cazes sur la candidature de M. Daguerre de Hureaux, directeur du Musée des Augustins, qui est élu membre correspondant.
SÉANCE DU 19 NOVEMBRE 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. Blaquière, Gilles, Julien, Peyrusse, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Bertrand, Bruand, Burroni, Cranga, Manuel, le Père Montagnes, Pousthomis, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Labrousse, MM. le général Delpoux, Manière, Séraphin.
En l’absence du Président retardé, le Directeur ouvre la séance et donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 5 novembre dernier qui est adopté à l’unanimité.
Le Secrétaire Général présente une partie des publications reçues depuis le mois de septembre dernier. Ces comptes rendus bibliographiques, interrompus pendant les deux dernières années en raison des travaux de réaménagement de l’Hôtel d’Assézat, seront à nouveau réguliers.
Le Directeur remercie Daniel Cazes, puis il ajoute qu’il a pu se rendre compte en passant par la Garonnette que l’on était en train de recrépir le pont de Tounis.
La parole est alors à Marie-Luce Pujalte pour une communication consacrée à Un hôtel toulousain du XVIIIe siècle : l’Hôtel de Nupces, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
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Le Directeur remercie Marie-Luce Pujalte pour un exposé qui a le mérite particulier de présenter pour la première fois devant notre Compagnie le dossier de restauration d’un édifice du XVIIIe siècle. Si la restauration conduite par Bernard Calley ne peut être considérée comme un modèle, il faut cependant rappeler qu’elle a été pionnière pour ce qui est du traitement des élévations extérieures réenduites en vue de retrouver l’aspect d’origine.
M. Bruand souligne le double intérêt que présente cette étude. C’est tout d’abord l’historique de l’édifice, fondé sur des documents et une utilisation intelligente des plans, qui apporte des précisions chronologiques sur les différents états de l’hôtel. C’est bien sûr en second lieu l’analyse de la restauration des années 1970. En ce qui concerne les plans cadastraux, M. Bruand note que le bâtiment est indiqué en pointillés sur le plan de Grandvoinet et que les hachures ajoutées sur la reproduction présentée en masquent les détails : or on constate que la façade arrière est animée de ressauts aujourd’hui disparus, ce qui laisse supposer une reconstruction de cette partie, survenue en même temps que l’on ajoutait d’autres constructions, sans doute au XIXe siècle. En revanche, la façade sur cour paraît peu modifiée. Si la comparaison entre les plans de Rochefort et de Grandvoinet assure que l’hôtel n’est pas antérieur à 1716, les ferronneries plus tardives témoigneraient de travaux de réfection qui ont peut-être vu la modification du grand escalier, lui-même reconstitué de façon volontairement « fantaisiste » au XXe siècle parce qu’aucune trace ni aucun document ne permettait d’en connaître les dispositions d’origine. En dépit de ses avatars, dont les récents surhaussements en retrait de toiture, l’hôtel de Nupces est un monument toulousain d’un indéniable intérêt.
Après avoir demandé ce que l’on sait de la famille de Nupces, Pascal Julien dit qu’il ne croit pas que la vente à rente et le rachat de l’hôtel soient dus à des difficultés financières, et qu’il faut se méfier de ce genre d’acte pouvant être des tours de passe-passe. M. Bruand pense qu’il s’agit bien sûr d’une forme de prêt, et M. Gilles précise que cette pratique avait l’avantage de dispenser du paiement des intérêts.
Pascal Julien se dit sidéré par la « restauration » qui a entièrement vidé les bâtiments en ne conservant que les façades. Louis Peyrusse renchérit en considérant que la destruction de l’édifice aurait été préférable au pastiche malhonnête que nous avons aujourd’hui. Maurice Scellès pense qu’il faut replacer cette rénovation dans le contexte de son époque, qui est celle des premières années d’application de la loi Malraux où le façadisme apparaissait comme un progrès après les destructions radicales de la période précédente.
Marie-Luce Pujalte rappelle que la propriétaire a tenté une démolition partielle, orientant sur le portail un ordre de démolition donné par la Mairie pour des parties devenues dangereuses.
Louis Peyrusse s’inquiète de savoir s’il a été possible de se faire une idée de la distribution et des aménagements intérieurs. Marie-Luce Pujalte indique que les dispositions connues par les photographies appartenaient au XIXe siècle, mais qu’elle est parvenue à reconstituer les grandes lignes de celles du XVIIIe en rapprochant les plans et les procès-verbaux de visite. Elle ajoute que l’hôtel était entièrement occupé par la famille de Nupces et ses domestiques et qu’il ne comprenait pas de partie louée, ce que confirme M. Coppolani qui précise que la famille comptait en 1790 neuf ou dix enfants et une quinzaine de domestiques.
Répondant à une question de Louis Peyrusse, Marie-Luce Pujalte indique que les vases Médicis de la façade sur cour ont sans doute été ajoutés au XIXe siècle.
Maurice Scellès fait remarquer que l’acquisition de la parcelle ne peut être suffisante pour dater la construction et demande quels sont les arguments stylistiques qui viennent confirmer une datation des années 1720. En se référant aux méthodes utilisées pour l’architecture civile médiévale, où le décor est souvent le principal argument de datation, il s’étonne que toutes les ferronneries étant datées des années 1760, l’hypothèse d’une construction tardive et peut-être archaïque ne soit pas envisagée. Louis Peyrusse affirme que les années 1720 correspondent à l’hypothèse la plus intéressante : le style de l’architecture pourrait éventuellement être celui d’une construction de la fin du siècle, hypothèse qui ne peut être retenue dans le cas de l’hôtel de Nupces, mais est tout à fait impossible dans les années 1750.
Bernard Pousthomis considère que la restauration de l’hôtel est infiniment critiquable aujourd’hui, mais qu’il faut sans doute tempérer les critiques en considérant que l’édifice était promis à une disparition complète. Il rappelle qu’entré dans l’entreprise au début des travaux, il a eu l’occasion de visiter l’édifice avant rénovation. Il se souvient en particulier qu’il subsistait quelques marches et la saignée laissée par le limon sur les murs, d’ailleurs visible sur une photographie, qui aurait tout à fait permis de reconstituer l’escalier dans sa forme originelle. Les stucs qui restaient en place et les parquets ont été démolis pour permettre la rénovation.
Bernard Pousthomis se souvient encore que les vestiges d’une mosaïque antique avaient été mis au jour par des travaux de reprise de fondation. Daniel Cazes indique que Michel Labrousse a signalé la découverte dans Gallia et l’abbé Baccrabère précise qu’aucune autre observation n’a été faite à cette occasion.
Tous les membres ne partagent pas l’optimisme exprimé par certains alors que l’on continue aujourd’hui à vider entièrement des bâtiments pour n’en conserver que les façades, y compris dans le cas d’édifices protégés au titre des Monuments historiques comme la Manufacture des Tabacs à Toulouse. On donne également l’exemple de l’ancien collège et actuel musée Saint-Raymond où le premier projet de rénovation de l’architecte en chef et de l’administration des Monuments historiques, approuvé par la Commission supérieure, prévoyait de ne conserver que les quatre murs ; ce n’est qu’in extremis qu’il a été finalement décidé de conduire la rénovation en maintenant les niveaux d’origine.
Au titre des questions diverses, M. Blaquière demande des informations sur les éventuels projets pour l’hôtel Saint-Jean. Il est rappelé que des travaux sont prévus pour y installer la D.R.A.C. et que le sujet ayant été évoqué en séance l’année dernière, il avait paru opportun d’adresser au Directeur régional des Affaires culturelles une demande d’information sur le sort qui serait fait
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à l’étude archéologique du sous-sol et des élévations de l’édifice. Ce courrier n’a finalement pas été fait. On fait remarquer qu’il serait important que notre Société manifeste à cette occasion toute l’attention qu’elle porte aux dossiers en cours.
Le Président informe la Compagnie de nouvelles attributions parmi les membres de la Société : Christine Delaplace a pris en charge le rangement et le récolement des revues étrangères et assurera désormais le suivi des échanges ; Jean Nayrolles prendra la responsabilité des abonnements à partir de la fin de l’année tandis que le Secrétaire-adjoint remplace Claude Péaud-Lenoël pour la gestion des ventes des Mémoires.
SÉANCE DU MARDI 3 DÉCEMBRE 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire Général, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, le général Delpoux, Julien, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Burroni, Ginesty, Manuel, le Père Montagnes, membres correspondants.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Aribaud, MM. Gérard, Peyrusse.
Le Président rend compte de la correspondance adressée à la Société et relève parmi les nombreuses invitations reçues l’annonce d’une exposition organisée par le Musée des Augustins et le Musée Paul-Dupuy sur la sculpture à Toulouse au XVIIe siècle. Cette exposition, à la préparation de laquelle plusieurs membres de notre Compagnie ont participé, se tiendra au Musée des Augustins à partir du 13 décembre. Le Président souhaitant que nous puissions en faire une visite particulière, rendez-vous est pris pour le mardi 14 janvier à 17 heures.
Le Président relève ensuite dans le bulletin de la Société française d’Archéologie, SFActualités, le compte rendu du Congrès archéologique tenu à Toulouse au mois de septembre 1996 ; on y souligne le bon accueil réservé aux congressistes.
Puis le Président signale la réception d’un travail présenté au prochain concours annuel de notre Société, dont les lauréats doivent être récompensés lors de la séance publique du 5 avril 1997. Il s’agit d’un mémoire de maîtrise soutenu au mois de juin 1996 à l’Université de Toulouse-Le Mirail par Mlle Cécile Gloriès et intitulé Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val, au Moyen Âge et à l’époque moderne (2 volumes).
Enfin, le Président annonce le décès de Jean Vanel, de Rabastens, membre correspondant depuis 1947, l’un des plus anciens de notre Compagnie.
Il cède ensuite la parole au Secrétaire Général pour le compte rendu des revues étrangères et françaises reçues par notre Société. Puis il présente une série d’ouvrages offerts à la Société. Dominique Baudis, Maire de Toulouse, nous a fait hommage de son roman Raimond « le Cathare » ; trois de nos confrères ont contribué à l’enrichissement de notre bibliothèque : Christine Delaplace avec l’Histoire des Gaules (VIe siècle avant J.-C. – VIe siècle après J.-C.) dont elle est le coauteur ; Louis Latour a offert huit volumes de publications diverses.
Le Président remercie Daniel Cazes pour sa recension, ainsi que les donateurs, et cède la parole au Père Montagnes pour la communication du jour, consacrée à L’œuvre du graveur toulousain Michel Beaujean pour la Confrérie du Rosaire, au XVIIe siècle, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LVII, 1997).
Le Président remercie le Père Montagnes pour sa communication, qui constitue une intéressante contribution à l’étude des graveurs toulousains de la seconde moitié du XVIIe siècle, puis il fait appel aux questions et remarques de l’assemblée.
L’abbé Rocacher demande au Père Montagnes si ses recherches lui ont fait découvrir de nouveaux renseignements sur Frère Balthasar-Thomas Moncornet, peintre dominicain du couvent de Toulouse, qui décora dans la seconde moitié du XVIIe siècle le cloître des Jacobins et la chapelle de la maison de l’Inquisition. Le Père Montagnes répond par la négative, mais il signale à ce propos que le premier portrait gravé du réformateur dominicain Sébastien Michaëlis donna lieu à diverses réinterprétations, dont l’une fut réalisée par le Frère Moncornet.
Daniel Cazes fait remarquer le caractère pictural de la composition de certaines des gravures présentées et s’interroge sur le point de savoir si elles constituent une iconographie originale ou bien si elles ont été inspirées par des peintures. Pour le Père Montagnes, il s’agit là d’un problème réel, difficile à résoudre du fait de l’extrême rareté des représentations du Rosaire subsistant dans la région toulousaine : on ne connaît en effet aucune toile peinte, seulement une sculpture se trouvant sur l’autel du Rosaire dans l’église de Fronton. À l’inverse, la gravure illustrant le mystère du feu pourrait avoir servi de modèle pour des peintures. Il ressort en fin de compte que Michel Beaujean a créé des œuvres relativement originales, notamment avec la série des quinze figures de sainteté de l’Ordre dominicain.
Pascal Julien intervient pour signaler que la gravure figurant la prédication de saint Dominique dans la nef de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse contient la seule représentation connue de la grosse cloche « Cardaillac » refondue en 1531, qui fut détruite à la Révolution. Il indique ensuite que la planche gravée pour la Confrérie des Corps-Saints de Saint-Sernin de Toulouse, dont notre Société possède la matrice regravée en 1762, fut à l’origine dessinée par Jean II Michel, en 1701, et gravée par Michel Beaujean, en 1702. Puis il évoque la possibilité que d’autres œuvres de Michel Beaujean se trouvent dans le fameux Fonds
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Pifteau ; on déplore que les gravures et brochures de ce fonds ne soient pas encore inventoriées et demeurent toujours inaccessibles.
Marie-Thérèse Blanc-Rouquette rappelle que Robert Mesuret avait présenté plusieurs œuvres de Michel Beaujean lors de l’exposition Les estampes toulousaines, les graveurs en taille-douce de 1600 à 1800, tenue en 1951. Elle ajoute qu’un portrait de Pierre Goudelin passait pour une des meilleures œuvres de cet artiste, et que celui-ci a refait des gravures de Jean-Étienne Lasne, son parent par alliance.
Cet échange de vues terminé, on passe à la suite de l’ordre du jour avec l’élection d’un membre correspondant.
Le Président donne la parole à Michèle Pradalier-Schlumberger pour la lecture du rapport sur la candidature de Conchita-Christine Jimenez, qui est élue membre correspondant.
Les questions diverses sont abordées avec la lecture d’une note concernant la découverte récente à Toulouse des vestiges d’une importante construction médiévale. Au n° 69 de la rue du Taur, les élévations qui ferment au sud la cour orientale de l’ancien collège de l’Esquile laissent apparaître un mur-pignon et un autre mur perpendiculaire, percé d’ouvertures, lesquels peuvent appartenir à un bâtiment datable du XIIe ou du XIIIe siècle ; à l’extrémité est de cette face de la cour se voyaient déjà des maçonneries peut-être plus anciennes, associant briques et pierres, qui avaient attiré l’attention de Daniel et Quitterie Cazes. Anne-Laure Napoléone, qui a examiné les éléments révélés en dernier lieu, souligne la qualité de leur construction, réalisée avec des briques entières. Henri Pradalier fait circuler un croquis de ces élévations, que lui a fait parvenir l’architecte Olivier Testard, à qui l’on doit l’identification et l’analyse des vestiges. Le programme de rénovation lié à l’implantation de la cinémathèque dans le bâtiment de l’ancienne chapelle du Grand Séminaire prévoyant d’enduire de crépi la paroi méridionale de la cour, il a été demandé aux Services administratifs compétents de faire surseoir à l’exécution de ce projet. Gabriel Burroni, qui a repéré une tour médiévale située immédiatement au Sud de l’ancienne chapelle et qui surveille les travaux exécutés dans ce secteur, annonce que l’élément oriental, le plus ancien, vient d’être recouvert d’un épais crépi.
Les membres de la Société s’accordent une nouvelle fois à condamner l’incurie des Services institutionnels, que l’on hésitera de plus en plus à qualifier de « compétents » ou de « responsables » ; on stigmatise en l’occurrence le désintérêt affiché par l’Agence des Bâtiments de France, laquelle s’est naguère installée sur place, à quelques mètres à peine des vestiges maintenant occultés, et qui se trouvait tout particulièrement concernée par leur mise en valeur.
D’une façon plus générale, plusieurs membres s’émeuvent que les Services et les architectes qui ont eu à intervenir dans le cadre de ces travaux n’aient pas accordé une plus grande attention aux traces archéologiques ou aux éléments en remploi. On cite encore l’exemple de l’opération qui vient d’être entreprise dans une maison située à l’angle de la place Saint-Sernin (n° 7), des rues Gatien-Arnout et des Cuves Saint-Sernin, dont les murs contiennent une très grande quantité d’éléments provenant de
![]() TOULOUSE, PLACE SAINT-SERNIN, N° 7. Photographie prise vers 1980 : on distingue les arases formées de dalles en remploi provenant du cloître de Saint-Sernin. |
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l’ancien cloître du monastère, démoli au début du XIXe siècle (dalles de pavement en pierre calcaire, fragments de marbre gris, parmi lesquels un tronçon de colonnette). Dans cette maison doivent être aménagés un restaurant et un « appartement de fonction » ; la cave a été surcreusée, un étage supplémentaire est en cours de construction, et les murs ne tarderont pas à recevoir un crépi qui fera disparaître les derniers vestiges du cloître visibles sur son propre site. Aucune des autorités alertées ne paraît être intervenue. On peut s’étonner qu’une telle opération ait pu être possible dans l’environnement immédiat de la basilique et être choqué que des administrations qui savent par ailleurs soumettre à une tutelle tracassière le choix du traitement des façades ou de la couleur des portes, fenêtres et volets, n’aient pas jugé utile de réagir.
SÉANCE DU 17 DÉCEMBRE 1996
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Gérard, Julien, Péaud-Lenoël, Vézian, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Heng, Napoléone, Pujalte, MM. Bertrand, Bruand, Burroni, Cranga, Luce, Manuel, le Père Montagnes, Nayrolles, Pousthomis, membres correspondants.
Excusés : MM. Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire Général, Mlle Pujalte, MM. Daguerre de Hureaux, Peyrusse, Tollon.
Patrice Cabau donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 décembre, qui est adopté.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite et présente plusieurs publications offertes par Mme Blanc-Rouquette et M. Pascal Julien.
Le Président donne ensuite la parole à Michèle Heng pour la communication du jour, L’hôtel dit de la Reine Jeanne d’Albret à Nay ou les problèmes posés à une commune de quatre mille habitants par l’acquisition, la restauration, l’aménagement et l’utilisation d’un monument historique, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie Michèle Heng pour cette communication qui lui a parfois donné l’impression de revivre certains épisodes du réaménagement de l’Hôtel d’Assézat. Il est évident en tout cas que la restauration de cet hôtel de Nay pose un certain nombre de questions. Mais avant d’aller plus avant, le Président voudrait savoir ce que Michèle Heng entend quand elle dit « nous ». Celle-ci répond qu’ayant réalisé le reportage photographique qui a été à l’origine de « l’affaire », elle s’est retrouvée à son corps défendant, désignée « commissaire culturel de la Mairie », sans cependant disposer d’un quelconque pouvoir. Elle a assisté de ce fait à toutes les réunions de chantier. En outre, elle était en contact personnel avec un collectionneur de la région qui était disposé à prêter des œuvres si le projet d’un centre d’art voyait le jour.
Maurice Scellès pense que les maçonneries de moellons relèvent d’une technique de construction très utilisée à cette époque et qu’il ne faut pas nécessairement y voir une marque de médiocrité.
Pour Pascal Julien, la datation proposée paraît très précoce : à première vue, on pourrait même songer au début du XVIIe siècle. Michèle Heng rappelle qu’elle n’est pas spécialiste de l’architecture de cette époque et regrette que Bruno Tollon ne soit pas présent pour nous apporter son concours. Elle rappelle cependant que les archives font état de deux parcelles en 1550 et que Pedro Sacazes, à qui l’on attribue la construction de l’hôtel, est mort en 1556. Pascal Julien pense qu’il faut regarder du côté de Toulouse où les ordres superposés ne sont pas employés avant 1550. Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que l’on en a en fait un exemple à Toulouse dès les années 1527-1530 avec l’hôtel de Lamamye, l’actuel n° 31 rue de la Dalbade ; il note par ailleurs que le chiffre placé dans les armes ressemble beaucoup à une marque de marchand, et regrette que la recherche n’ait pas été plus poussée sur ce point. Michèle Heng précise que ce n’est pas faute d’y avoir pensé, mais que les recherches auraient dû être poursuivies à Saragosse, ce que les limites d’un mémoire de maîtrise ne réclamaient pas de l’étudiante à qui l’on doit l’étude de l’hôtel.
Le Président remarque que quel que soit le choix retenu pour la réutilisation de l’édifice, celui-ci deviendra un point de rencontre culturel et sera de ce fait visible par tous. Mais le projet de restauration respecte-t-il l’édifice ? Michèle Heng indique que le projet de bibliothèque, abandonné après qu’ont été réalisés les travaux de gros œuvre, a conduit a dénaturer entièrement les sols d’origine qui ont été remplacés par des dalles de béton capables de résister aux charges des livres.
Répondant à une interrogation de Michèle Heng, le Secrétaire-adjoint dit que la question de savoir s’il faut reconstituer ou non le pavement de la cour dépend surtout des disponibilités financières. Si la conservation impose des interventions et les moyens nécessaires, on peut estimer que la reconstitution de parties manquantes n’a aucun caractère d’urgence même si elle est souhaitable.
Guy Ahlsell de Toulza constate que les remous provoqués par l’achat et la restauration de l’hôtel par la commune révèlent une étonnante absence de conscience culturelle dans la ville. Aucun érudit local, aucune association n’a pu servir d’interlocuteur et permettre à la population d’avoir d’autre source d’information que la rumeur. Le Syndicat d’initiative ne pouvait-il éviter la dérive politique du débat ? Michèle Heng fait l’état des lieux et déplore que le Syndicat d’initiative soit totalement dépendant de la municipalité.
Guy Ahlsell de Toulza admet que les 14 millions de francs que représente l’opération est un engagement financier considérable pour une commune de 3 000 habitants et pense qu’il faudrait sans doute dans bien des cas pouvoir brider l’architecte
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en chef des Monuments historiques. Une seule personne ne suffit pas et ce sont cinq ou six personnes qui seraient nécessaires pour avoir le contrepoids intellectuel local. Pour Louis Latour, il faut que l’action éducative soit menée très en amont.
Claude Péaud-Lenoël demande des précisions sur l’état des autres maisons de la place après l’incendie qui a précédé la construction de l’hôtel. Michèle Heng indique que la reconstruction s’est faite sur un plan d’ensemble. Actuellement, les deux maisons voisines datent du XVIIe siècle pour l’une et du XIXe pour l’autre. Les cornières sont conservées et quelques maisons intéressantes du XVIIe siècle subsistent dans les rues perpendiculaires.
SÉANCE DU 7 JANVIER 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Pradalier-Schlumberger, Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, MM. Blaquière, Gérard, Julien, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Sicard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Jimenez, Pujalte, Ugaglia, MM. Bertrand, Cranga, Daguerre de Hureaux, Manuel, Nayrolles, le Père Montagnes, Pousthomis, membres correspondants.
Excusé : Le général Delpoux.
Invités : Mme Latour, Mlle Trouvé, le Père Clair O.P.
La séance se tient au Musée des Augustins. Le Président présente à la Compagnie ses meilleurs vœux pour la nouvelle année, puis il donne la parole à M. Alain Daguerre de Hureaux, Conservateur du Musée des Augustins et depuis peu membre de notre Société.
Avant de céder la place à Pascal Julien à qui il reviendra de présenter l’exposition, Alain Daguerre de Hureaux tient à exprimer le plaisir qu’il éprouve à accueillir la Société Archéologique du Midi de la France au Musée des Augustins, en se rappelant d’ailleurs que les musées de Toulouse doivent une grande partie de leurs collections à la Société Archéologique.
On sait combien de difficultés rencontre la réalisation d’une exposition, et plus encore celle d’une exposition de sculpture. D’autres problèmes s’y ajoutent quand il faut déplacer des œuvres en bois, nombreuses dans cette exposition, en constatant au moment de leur transfert leur extrême fragilité due à leur mauvais état. Il faut en effet savoir que les dorures ou les peintures cachent souvent sous de trompeuses apparences des bois entièrement vermoulus. L’exposition a donc fourni l’occasion d’un diagnostic et toutes les œuvres qui le méritaient ont été non seulement nettoyées mais également consolidées, certaines entièrement restaurées. Celles qui ne l’ont pas été faute de temps recevront un traitement complémentaire avant d’être rendues à leurs édifices. C’est dire que cette exposition, plus encore qu’une autre peut-être, n’aurait pas été possible sans le concours permanent de l’atelier de restauration de la Ville de Toulouse qui seul pouvait assurer le transport, la restauration et la présentation de ces sculptures.
Alain Daguerre de Hureaux tient également à souligner tout l’intérêt que représente pour le Musée lui-même une exposition de cette nature. Si L’or de Bogota a été visitée en trois mois par 45 000 personnes qui ont ainsi retrouvé ou découvert le Musée des Augustins, une exposition de sculpture régionale a l’avantage d’être en liaison directe avec les collections du musée dont la connaissance se trouve ainsi enrichie. Il rend hommage au travail accompli par Jean Penent et par Pascal Julien, Stéphanie Trouvé, Fabienne Sarthe, Catherine Bourdieu et Jean-Pierre Suzzoni, dont les recherches ont alimenté la matière scientifique de l’exposition, et qui ont de plus apporté leur concours quotidien. Alain Daguerre de Hureaux exprime le souhait que se poursuive cette nécessaire collaboration entre le Musée et l’Université. Il ajoute que cette collaboration est d’autant plus nécessaire que l’époque n’est pas au renforcement des conservations des Musées : c’est en faisant appel à des concours extérieurs, et en particulier aux chercheurs de l’Université, que l’on pourra accomplir le travail considérable qu’il reste à faire sur les collections. Cette exposition doit être la première d’une série qui permettrait de mieux connaître les œuvres du Musée des Augustins, l’un des seuls grands musées français à avoir une véritable collection de sculpture. Mme Catherine Gaich a ainsi commencé à travailler sur les sculptures du XIXe siècle, et en particulier les œuvres de Falguière. Alain Daguerre de Hureaux termine en déclarant que ce serait avec plaisir qu’il recevrait des propositions pour la sculpture du XVIIIe siècle.
Pascal Julien prend alors la parole pour présenter L’âge d’or de la sculpture : artistes toulousains du XVIIe siècle à la Compagnie, en rappelant que ce sont trois étudiants de M. Yves Bruand qui sont, pour une large part, à l’origine de cette exposition qui est ainsi un hommage à leur professeur.
Le Président remercie Alain Daguerre de Hureaux et Pascal Julien et tous ceux qui ont permis la réalisation de cette exposition. Plusieurs discussions s’engagent autour de différentes œuvres. Le Président interroge Pascal Julien à propos de l’écart de qualité d’exécution que l’on constate entre des sculptures pourtant attribuées au même artiste. Pascal Julien indique que dans le cas des statues de Mestrier, l’attribution se fonde sur les contrats, mais qu’il faut bien garder à l’esprit que si le contrat est passé avec un sculpteur, il est tout à fait possible que ce soit en fait un autre artiste travaillant dans son atelier qui réalise effectivement l’œuvre ; l’analyse stylistique s’en trouve bien sûr singulièrement compliquée.
Répondant à une question de M. Sicard sur les techniques de l’argent repoussé, Pascal Julien précise que les motifs principaux
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sont sculptés sur l’âme de bois et recouverts d’une mince feuille d’argent, éventuellement retravaillée, mais que s’y ajoutent le travail propre de l’orfèvre et des motifs secondaires en repoussé.
Le Président donne le programme des prochaines séances.
SÉANCE DU 21 JANVIER 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Labrousse, Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, le général Delpoux, Gérard, Hermet, Julien, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Delaplace, Jimenez, Napoléone, Pujalte, Ugaglia, MM. Bertrand, Burroni, Cranga, Daguerre de Hureaux, Ginesty, Manuel, Nayrolles, le Père Montagnes, membres correspondants.
Le Président présente les derniers ouvrages donnés à la Société par ses membres :
– de l’abbé Rocacher : Maurice Prin et Jean Rocacher, Les Jacobins et les maisons dominicaines de Toulouse, Albi-Toulouse : 1996, non paginé ; Églises et chapelles de la Haute-Garonne : le canton de Fronton, Toulouse : Ass. des Amis des Archives, s.d. [1996], 10 p.
– d’Henri Pradalier : Jean-François Lemainguier, La France médiévale : institutions et société, Paris : A. Colin, 1981, 416 p. (Coll. U) ; John Steer, Anthony White, Atlas de l’art occidental, Paris : Citadelles et Mazenod, 1995, 335 p.
Le Président invite les membres à multiplier les dons à la Bibliothèque, en rappelant que nos nouveaux locaux nous permettent à présent de recevoir des livres, et que notre salle de lecture est de plus en plus fréquentée. Nos collections présentent cependant des trous importants, en particulier pour les ouvrages parus depuis 1945, qu’il serait souhaitable de combler dans la mesure du possible.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 19 novembre 1996 et 7 janvier 1997, qui sont adoptés.
Le Président fait circuler une série de photocopies de dessins du Cabinet des estampes, que Mme Jestaz a adressée à la Société pour identification. Ces dessins sont réputés représenter des édifices toulousains, mais le Président a reconnu dans l’un d’eux une vue de l’église de Grenade, ce qui indique que le cadre géographique est sans doute plus large.
La parole est ensuite au Trésorier pour le rapport financier.
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza pour la présentation des comptes, aussi claire qu’à l’accoutumée et très bien expliquée.
Le Président évoque les éventuelles subventions que nous pourrions rechercher, mais rappelle que nous avons intérêt à sauvegarder notre indépendance. Il ajoute toutefois que M. Remplon lui a annoncé que la Ville de Toulouse pourrait augmenter de façon significative sa subvention aux Académies et Sociétés savantes.
La Compagnie donne quitus au Trésorier pour sa bonne gestion.
Le Président reprend la parole pour le compte rendu de la réunion que M. Remplon et lui-même ont eue avec Mme Salvan, responsable des Affaires culturelles à la Région. Par ailleurs, à la suite des contacts pris à l’occasion du salon F.A.U.S.T., le lycée des Arènes à Toulouse et celui de Muret pourraient effectuer des mises en forme informatique permettant de rendre des informations disponibles sur Internet. Le Secrétaire-adjoint demande ce qu’il en est aujourd’hui du site mis à notre disposition par Médiacastres. Le Président s’en informera auprès de M. Desbonnet.
Puis le Président rappelle que la séance publique aura lieu le 5 avril, avec une conférence de notre confrère Pascal Julien. La séance publique est aussi le jour de la remise des prix du concours. Le Président souhaite que la plus large publicité soit faite pour ce concours, afin que les candidats soient plus nombreux qu’à l’accoutumée. Il constate qu’en effet les prix décernés au cours de ces dernières années peuvent donner l’impression de prix réservés à des étudiants de l’Université de Toulouse-Le Mirail.
Par ailleurs, le Bureau a décidé de créer une commission qui sera chargée de suivre le dossier de Martres-Tolosane en reprenant contact avec le Maire qui nous a sollicités. La commission est composée de Daniel Cazes, Guy Ahlsell de Toulza, Jean Coppolani et Maurice Scellès.
Comme prévu à l’ordre du jour, il est procédé aux élections statutaires : MM. Coppolani, Ahlsell de Toulza et Scellès sont réélus respectivement Directeur, Trésorier et Secrétaire-adjoint.
M. Coppolani, en son nom et au nom de ses confrères réélus, remercie la Compagnie de cette confiance renouvelée.
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Le Président propose de procéder à l’élection de membres titulaires. Il indique que deux sièges sont vacants et qu’il a proposé au Bureau, qui les a acceptés, les noms de Jean Nayrolles et du Père Montagnes. On procède au vote : le Père Montagnes et Jean Nayrolles sont élus membres titulaires.
La parole est alors à Quitterie Cazes pour une communication consacrée aux fouilles du Musée Saint-Raymond, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Après avoir présenté les résultats des fouilles, Quitterie Cazes laisse la parole à Daniel Cazes qui, accompagnant son propos de photographies qu’il fait circuler parmi la Compagnie, résume les principaux apports de la fouille pour la connaissance des sarcophages dits « du Sud-Ouest de la Gaule ». Puis Patrice Cabau expose les quelques données que fournissent les documents historiques sur l’hôpital et le collège.
Le Président remercie les intervenants et donne la parole à M. Pierre Gérard qui souhaite apporter quelques informations que l’on peut tirer du cartulaire de Saint-Sernin. Il rappelle tout d’abord que celui-ci a été recopié entre 1167 et 1169 et complété à partir de 1183 : le fonds de l’hôpital Saint-Raymond appartient à la première partie du cartulaire. Les deux actes qui concernent la fondation de l’hôpital, les n° 546 et 547, s’inscrivent dans la période de renouveau religieux que l’on connaît à partir de 1075. Pour M. Gérard, compte tenu des personnages qui interviennent dans les deux actes, il faut dater le n° 546 des années 1075 à 1078, et le n° 547 des années 1078-1080.
Pour ce qui est du cumul des mandats, M. Pierre Gérard souligne qu’il faut, pour les comprendre, remonter aux origines mêmes, lorsque l’évêque était en fait entouré de deux chapitres, celui de Saint-Étienne d’une part, celui de Saint-Sernin d’autre part, chacun ayant à sa tête un prévôt. Le relâchement religieux du XIe siècle a favorisé des cumuls considérables, et l’on voit avec un personnage comme R. Ebbon une transmission des charges de père en fils. En 1073, l’évêque Isarn réforme son chapitre, tandis que celui de Saint-Sernin procède à sa propre réforme. À l’heure de sa mort, R. Guillaume de Marquefave se repent et restitue les biens usurpés, et l’on constate que toutes les restitutions interviennent d’ailleurs à peu près à la même époque : la démonstration en est faite dans la publication du cartulaire.
Pierre Gérard ajoute qu’en ce qui concerne Raymond Gayrard, il a trouvé un document datable vers 1110 dans lequel celui-ci réalise une acquisition pour l’œuvre de Saint-Sernin, ce qui prouve qu’il est encore vivant au moins jusqu’à cette date.
Le Président demande si l’on sait précisément quel était le vocable de la chapelle Saint-Jean : Saint-Jean-l’Évangéliste ou Saint-Jean-Baptiste. M. Pierre Gérard et Patrice Cabau répondent que rien ne permet de le savoir.
Pascal Julien ramène l’attention sur le four à chaux en demandant s’il faut conclure qu’il se situerait après la construction de la basilique Saint-Sernin. Quitterie Cazes précise que le four est strictement daté par deux monnaies de 364-378 et 378-408 qui donnent le terminus post quem, un terminus ante quem étant fourni par une fiole datable des années 450-550.
Le Président s’étonne que le four ait été abandonné sans avoir été vidé de son chargement. Quitterie Cazes indique que la fouille n’a pas permis de déterminer les conditions de l’abandon. Louis Peyrusse demande ce que l’on sait en général sur les fours à chaux. Quitterie Cazes répond que des batteries de fours ont été étudiées en Allemagne, que d’autres exemples de fours à chaux sont connus en Italie : il apparaît qu’ils sont souvent placés dans un bâtiment qui sert de réserve, mais jamais il n’a été possible de mettre en relation l’approvisionnement, le four et le bâtiment à construire.
Au titre des questions diverses, M. Hermet annonce que l’Assemblée générale des Toulousains de Toulouse, à laquelle les membres de la Société Archéologique du Midi de la France sont naturellement invités, aura lieu le samedi 15 février à 16 heures dans la salle Tolosa. La conférence sera faite par Henri Pradalier et les Toulousains de Toulouse remettront leur prix annuel à notre confrère Pascal Julien.
À la demande du Président, le Secrétaire-adjoint tente une présentation de l’affaire des fouilles de Rodez dont la presse a largement rendu compte ces derniers jours. Le Président donne lecture de la lettre du premier ministre autorisant la reprise du chantier de construction et de celle du préfet expliquant au Service régional de l’archéologie que la décision prise pour Rodez ne doit pas faire croire que la législation en matière de destruction de vestiges archéologiques n’est plus applicable. Un membre précise que les fouilles n’ont pas été réalisées et que des vestiges archéologiques ont été détruits. Afin de mieux pouvoir juger du dossier, il est convenu de chercher un complément d’information.
SÉANCE DU 4 FÉVRIER 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Pradalier-Schlumberger, Labrousse, MM. Blaquière, Cabau, Nayrolles, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Jimenez, Pujalte, Ugaglia, MM. Burroni, Cranga, Luce, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur, M. Gérard.
Invités : Mme Cranga, M. Guilbaut.
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Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 17 décembre.
Puis le Secrétaire Général poursuit sa présentation des ouvrages reçus. Le Président remercie le Secrétaire Général et rappelle que le déménagement de la Société a provoqué un retard si considérable que de très nombreux ouvrages ne pourront être présentés en séance. Il attire l’attention sur le travail très important que demande cette recension et souhaite que d’autres membres, en particulier des modernistes, apportent leur concours en réalisant une partie des comptes rendus, comme cela avait déjà été envisagé.
Puis le Président présente les publications données à la Société par deux de ses membres qu’il remercie :
– de Christine Aribaud, trois tirés-à-part : « Un devant d’autel du musée Paul-Dupuy », dans Cahiers de Fanjeaux, vol. 28, 1993, p. 175-190 ; « À propos de la chasublerie à Toulouse du XVIe au XIXe siècles », dans Annales du Midi, n° 1 (1994), p. 41-56 ; « La création d’une manufacture de soie à Toulouse en 1543 : espoirs et déboires », dans Bulletin du Centre International d’Études des Textiles Anciens, n° 73 (1996), p. 79-83 ;
– de Daniel Cazes, plusieurs ouvrages, tirés à part et plaquettes.
La correspondance manuscrite comporte divers catalogues et invitations que le Président fait circuler. Nous avons également reçu de Dominique Baudis une lettre de remerciements aux condoléances que le Président lui avait adressées au nom de la Société pour le décès de son père Pierre Baudis.
Le Président donne ensuite la parole à M. Jean-Emmanuel Guilbaut, Ingénieur d’études au Service Régional de l’Archéologie, qui a bien voulu répondre à notre invitation en venant nous présenter ce soir le dossier qui est devenu ces derniers jours l’« affaire » du Parmentier de Rodez :
Jean-Emmanuel Guilbaut rappelle tout d’abord que Rodez, comme Toulouse ou Auch par exemple, a fait l’objet ces dernières années d’un zonage archéologique établi par le Service Régional de l’Archéologie (S.R.A.) dans le cadre du décret de 1986 qui permet d’intervenir sur les permis de construire et de démolir.
Les débuts de ce qui n’est pas encore une « affaire » remontent à 1992, lorsque la demande de permis de démolir reçoit un avis favorable mais assorti d’une restriction pour tout terrassement, qui devra faire l’objet d’une autorisation préalable. Le plan du quartier sur lequel ont été reportées toutes les découvertes archéologiques connues montre clairement dans quel contexte se situe la parcelle concernée : le terrain se trouve à 100 m de l’église Saint-Amans, au cœur d’une zone où les découvertes ont été nombreuses, et en bordure immédiate du rempart médiéval figuré par une gravure de 1495 et sur le plan du XVIIIe siècle qui a servi de fond à l’Atlas historique des villes de France.
Le second permis de démolir, déposé après qu’une parcelle supplémentaire avait été acquise par le promoteur, a reçu le 29 décembre 1994 un avis du S.R.A. excluant tout terrassement. Des sondages d’évaluation, autorisés et financés par le promoteur dans le cadre de la phase de diagnostic, ont confirmé l’intérêt scientifique du site en mettant au jour des niveaux de la Tène III, un bassin romain et le rempart médiéval conservé sur 3 m d’élévation et 30 m de long. C’est sur cette base qu’a été engagée la négociation, selon une procédure habituelle.
Un premier devis de 900 000 F. pour la fouille et l’étude a été proposé, bientôt ramené à 750 000 F. à la demande de la Direction du Patrimoine. Le promoteur maintient son refus tandis que les pressions politiques se font de plus en plus lourdes. Au mois d’août 1995, la Mairie de Rodez délivre l’autorisation de démolir, passant outre l’avis du S.R.A. On concède cependant aux archéologues deux mois et demi pendant lesquels le terrain restera disponible.
Vers le 25 octobre 1995, le chantier démarre, aussitôt arrêté par les agents du S.R.A. : le Ministre de la Culture signe une instance de classement immédiat au titre des Monuments historiques qui suspend les travaux pour un an. Deux inspections sont alors diligentées et la négociation reprend, l’État proposant en particulier de financer par une subvention, de façon tout à fait exceptionnelle, 50 % du coût de la fouille. On n’aboutit à rien et l’aménageur considère que la question sera réglée à la fin du délai légal de l’instance de classement. Le Ministre de la Culture a toutefois rappelé que le non classement du site n’autoriserait pas la destruction des vestiges archéologiques.
Le Vice-Président du Conseil régional fait alors une intervention directe auprès du Premier ministre qui, par sa lettre du 12
![]() RODEZ (AVEYRON), « AFFAIRE » DU PARMENTIER. Vestiges d’un bassin romain mis au jour par les sondages d’évaluation réalisés en 1995. | novembre 1996, autorise la reprise de l’opération immobilière en indiquant que les promoteurs n’auront pas à craindre « d’être poursuivis pour démolition de vestiges archéologiques en vertu de l’article 322-1 [sic] du code pénal », le Ministre de la Culture ayant décidé le 25 octobre « de ne pas prononcer le classement définitif des vestiges trouvés sur le terrain » et renonçant « à toute opération de protection de ces éléments archéologiques ». On a ainsi confondu la loi de 1913 sur les Monuments historiques et l’article 322-2 du code pénal relatif à la destruction d’éléments archéologiques. Lorsque le personnel du S.R.A. a eu connaissance de ce courrier, les travaux avaient déjà repris, salués de façon triomphante |
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![]() RODEZ, « AFFAIRE » DU PARMENTIER. VUE DU SITE EN JANVIER 1997 : l’excavation pratiquée à la hâte a fait disparaître 2,50 m de couches archéologiques. |
par la presse locale. Une fois sur place, les agents ont essuyé un refus de la police de les accompagner et ont dû procéder au procès-verbal en installant une échelle contre la palissade du chantier, pour constater qu’un énorme trou avait déjà été pratiqué à la hâte, faisant disparaître 2,50 m de couches archéologiques, avec d’ailleurs quelques risques pour les bâtiments voisins. La presse a alors largement fait écho aux chiffres donnés par l’aménageur qui prétendait que le coût des sept mois de fouilles demandés par les archéologues était exorbitant et représentait 20 % du coût global du chantier, quand il n’en représente en fait que 4,5 %.
La mobilisation immédiate des archéologues a permis de réunir en une journée 180 personnes qui sont venues manifester à Rodez, sur les 336 agents que comptent les S.R.A. et les 1500 archéologues de l’Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales (A.F.A.N.). En même temps était déclenchée une grève nationale, avec une occupation des locaux des S.R.A. et des Directions régionales des Affaires culturelles qui a duré neuf jours. Lors d’une rencontre avec les agents du S.R.A., le Secrétaire général de la Préfecture de l’Aveyron a renvoyé vers la police la responsabilité de l’arrêt des travaux. Finalement, à l’issue du Conseil des ministres du 23 janvier 1997, le Ministre de la Culture et le Premier ministre ont déclaré que la loi s’appliquait à tous de la même manière, et la police a fait évacuer le chantier.
La négociation a donc repris, sur la base d’un coût de 600 000 F. pour la fouille, subventionnée à 50 % par le Ministère de la Culture, avec cette fois-ci la question supplémentaire de savoir qui allait fouiller le site. Le choix s’est porté sur l’Association archéologique locale, qui tout en déclarant que la destruction des vestiges archéologiques était scandaleuse, ne s’était pas associée aux manifestations et au mouvement de grève en considérant qu’il s’agissait d’un mouvement politisé. Si elle est dirigée par un archéologue incontestablement compétent, cette association, subventionnée par le Conseil Général, emploie pour effectuer les travaux des C.E.S. et des bénévoles, ce qui posait dans ce cas précis des problèmes délicats en raison de la technicité du chantier. Après une nouvelle campagne de protestation, c’est finalement l’A.F.A.N. qui a été retenue. En guise de conclusion, il est possible de se demander si les choses eussent été différentes si l’année 1996 n’avait justement été l’« année André Malraux » ?
Le Président remercie Jean-Emmanuel Guilbaut de cet exposé très clair.
Guy Ahlsell de Toulza demande quel est le temps accordé à la fouille. Jean-Emmanuel Guilbaut précise que le délai inclut un mois de fouille et un mois d’étude, mais que dix jours au moins seront nécessaires pour nettoyer le terrain.
Évelyne Ugaglia remarque que la grève des archéologues a été déclenchée par l’affaire de Rodez, mais que la question posée reste bien sûr celle de l’archéologie en général. Jean-Emmanuel Guilbaut confirme que si les textes en vigueur interdisent la destruction des vestiges archéologiques, rien n’est prévu pour financer les fouilles. On applique en fait le principe selon lequel « le casseur paye » ; il ajoute que la France a signé la Convention de Malte sur la protection du patrimoine archéologique, mais que les décrets d’application ne sont toujours pas parus. Le Ministère de la Culture vient de promettre que serait élaboré un livre blanc de l’archéologie, mais n’a pas annoncé de calendrier.
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Le Président demande ce qu’il adviendra des vestiges qui seront mis au jour sur le chantier du Parmentier à Rodez. Jean-Emmanuel Guilbaut confirme qu’ils seront détruits après la fouille.
On souligne le fait qu’au-delà de l’affaire de Rodez, on est en droit de s’interroger sur les critères qui conduisent au classement au titre des Monuments historiques. Dans ce cas précis, le classement provisoire montre une souplesse assez inquiétante. D’une façon plus générale, la protection des découvertes archéologiques varie d’une ville à l’autre : ici on conserve, là on détruit. Or il faut insister sur le fait qu’il ne suffit pas de fouiller, et qu’il s’agit en conservant ce qui a été mis au jour de réserver la possibilité pour les générations à venir de reprendre l’étude. Jean-Emmanuel Guilbaut reconnaît que la conservation dépend essentiellement de la volonté des pouvoirs locaux dont on pourrait souhaiter qu’ils aient un peu plus le souci du patrimoine alors que prévalent le plus souvent des préoccupations politiciennes. Un membre s’étonne encore de l’écart que l’on constate en France entre la perception que l’on a du monument en élévation et celle des vestiges archéologiques : on protège sans difficulté au titre des Monuments historiques telle petite chapelle tout à fait secondaire du XVIIe siècle mais on hésite pour le podium d’un temple romain retrouvé en fouille, qui est finalement détruit.
On relève par ailleurs combien l’application de la loi de 1941 provoque d’aberration, impliquant un marchandage entre le service de l’archéologie et le maître d’ouvrage, marchandage qui tient peu compte de l’intérêt scientifique du site, et qui devient franchement ridicule quand le maître d’ouvrage est un autre service de l’État : la pratique est la même, le marchandage est le même. Le comble est atteint quand le bâtiment appartient à l’État qui donne ainsi un bel exemple de la cohérence de sa politique patrimoniale : dans le cas d’une cathédrale, appartenant donc à l’État, les fouilles sont arrachées par les archéologues au Service des Monuments historiques qui défend ses crédits, et suivent comme elle le peuvent la programmation des travaux. Pourtant rien ne devrait empêcher dans des cas de cette nature des fouilles programmées, sur des sites dont l’intérêt archéologique n’est certes pas à démontrer. À propos de la conservation des vestiges, Maurice Scellès rappelle que l’abbé Baccrabère a pu obtenir d’une société H.L.M. l’aménagement d’une crypte archéologique, que l’on peut toujours visiter dans le quartier d’Ancely à Toulouse, dès la fin des années 1960. Mme Labrousse précise que cet aménagement n’a pu être obtenu qu’avec une pression très forte de la Circonscription des Antiquités historiques, et que le problème était d’ailleurs très différent.
Un membre constate que se développent en Europe des politiques du patrimoine très différentes et que la France n’est certes pas à la pointe quand la Suisse et l’Espagne s’efforcent de constituer de grandes réserves archéologiques. Jean-Emmanuel Guilbaut rappelle que de telles réserves ont été créées à Millau et à Saint-Bertrand-de-Comminges, et que l’on achète chaque année des terrains à Éauze. Il est certain néanmoins que cela suppose l’adhésion des collectivités locales, ou plus exactement des élus locaux.
Le Président remercie tous les intervenants et donne la parole à Yves Cranga pour une communication présentée en duo avec Mme Françoise Cranga : Représentations et symbolique de l’escargot dans le Midi de la France, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie les deux conférenciers pour cette communication qui nous a beaucoup appris et nous a montré que l’escargot était fréquemment représenté dans l’art du Midi. Puis le Président demande si l’escargot apparaît dans les Bestiaires médiévaux. Yves Cranga répond par la négative, et ajoute que la nature de l’escargot le met indifféremment du côté du diable ou du côté de Dieu, ce qui n’a bien sûr pas empêché qu’on le représente. L’absence de textes rend son interprétation plus difficile pour le Moyen Âge.
Michèle Pradalier-Schlumberger, constatant un hiatus entre l’escargot figuré sur le sarcophage de Marseille et les exemples suivants qui sont beaucoup plus tardifs, demande s’il n’est pas présent dans l’art irlandais. Mme Françoise Cranga indique que cette présentation devait être limitée au Midi où aucun exemple n’est connu pour la période carolingienne. Yves Cranga ajoute que l’enquête, commencée en Bourgogne, étendue maintenant au Midi de la France, devra sans doute être encore élargie.
Répondant à Daniel Cazes, Yves Cranga précise qu’Isidore de Séville ne traite que de la limace, dans laquelle il voit un vers né dans la boue et donc de nature mauvaise, mais qu’il ne mentionne pas véritablement l’escargot.
Passant aux questions diverses, le Président donne la parole à Anne-Laure Napoléone qui informe la Compagnie d’une « restauration » malencontreuse de la façade de la maison romane de la place Champollion à Figeac :
« Cette petite demeure est un des vestiges les plus intéressants de la ville. Ses façades relativement peu modifiées ont permis d’en proposer une restitution parfois assez détaillée notamment pour les parties bâties en pierre. En effet, cet édifice fait partie de l’ensemble important des maisons figeacoises construites en matériaux mixtes, c’est-à-dire que l’on a utilisé la pierre pour édifier les parties basses jusqu’au premier étage, tandis que les deux derniers niveaux s’élevaient en pans-de-bois, en encorbellement sur la place Champollion et sur la rue Boutaric. Au premier étage, s’ouvrent deux baies ternées dont l’abondant décor sculpté est en grande partie conservé. Celui-ci a permis de dater la demeure du XIIe siècle ; c’est la plus ancienne maison datable de Figeac. Témoin particulièrement bien conservé de la construction de son époque, cet édifice a été proposé au classement ; la procédure est en instance. Cet été, le pas-de-porte des commerces a été vendu et, à cette occasion, le rez-de-chaussée a été débarrassé de ses devantures en bois de façon à mettre en valeur les deux grands arcs sur la place qui étaient jusque-là masqués. Malheureusement, les travaux qui devaient se limiter, selon le descriptif conservé à la D.R.A.C., à la restitution des ogives et à la consolidation du
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![]() FIGEAC (LOT), PLACE CHAMPOLLION, MAISON ROMANE, façade sur la place avant travaux. | ![]() FIGEAC (LOT), PLACE CHAMPOLLION, MAISON ROMANE. Angle des façades de la place Champollion et de la rue Boutaric après reprise des joints. |
trumeau, on touché également les maçonneries des parties basses de la façade donnant sur la place. Les joints ont été ici refendus, dans le but de les élargir. Cette opération a occasionné la cassure des arêtes des blocs de pierre.
Depuis quelques années, les études sur l’architecture médiévale de Figeac se multipliant, les caractéristiques de la construction romane de cette ville sont désormais bien connues (A. Melissinos et G. Séraphin, rapports du secteur sauvegardé de 1988 et de 1990, H. Pradalier et A.-M. Pêcheur, Saint-Sauveur de Figeac dans C.A.F. tenu en 1989 et A.-L. Napoléone, Figeac au Moyen Âge, thèse, Université de Toulouse-Le Mirail, 1993). Elle se reconnaît par l’emploi d’un grès à grain très fin et homogène, par la taille particulièrement soignée qui permet un assemblage des blocs très ajusté, réduisant les joints à une simple ligne. Le traitement d’un matériau d’excellente qualité par des tailleurs de pierre apparemment très soigneux rend cette construction particulièrement esthétique. Cette technique de mise en œuvre, présente un peu partout dans la ville, se repère facilement. Elle existe notamment sur les parties romanes de l’église abbatiale de Saint-Sauveur mais également sur toutes les demeures les plus anciennes dont, bien entendu, celle de la place Champollion. La défiguration dont celle-ci vient de faire l’objet montre que les travaux n’ont pas bénéficié de la surveillance qu’exige un édifice classé ou en instance de l’être.
D’autres travaux sont prévus prochainement sur cette maison en vue de la restauration des parties hautes. Il est à souhaiter que les organismes responsables de notre patrimoine y soient désormais plus attentifs. »
Yves Cranga précise que la maison est actuellement en attente de classement.
Il est décidé d’adresser un courrier à l’Architecte des Bâtiments de France du Lot ainsi qu’au Maire de Figeac.
Maurice Scellès donne lecture d’une note, accompagnée de photographies, que nous adresse notre confrère Gilles Séraphin à propos de la découverte d’une charpente peinte médiévale à Riom (Puy-de-Dôme) :
« L’élaboration conjointe d’un fichier analytique par le Service Régional de l’Inventaire d’Auvergne et par la Sous-direction des espaces protégés, dans le cadre du secteur sauvegardé de Riom, a conduit récemment à la découverte d’une remarquable charpente médiévale. L’immeuble concerné, situé au n° 9 rue de la Caisse d’Épargne, offre extérieurement l’aspect d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle ne laissant rien soupçonner de son ossature médiévale. La charpente du corps de bâtiment principal est constituée de fermes triangulées, portées sur des corbeaux moulurés, à arbalétriers croisés et sans poinçon. Cette absence la distingue d’une charpente par ailleurs analogue, conservée dans une maison médiévale de Montferrand (1). La charpente de Riom offre de plus l’intérêt de porter un décor peint qui subsiste tant sur les pannes que sur les lambrequins d’entrevous. Ces derniers, sur fonds bleus et rouges alternés, présentent des motifs géométriques et zoomorphes assez proches de ceux qui ont été décrits dans une maison de Montpellier, attribuée à la première moitié du XIVe siècle (2). La présence de ce décor conduit à supposer que la charpente assurait le plafonnement apparent d’une grande salle, hypothèse confirmée par la découverte dans l’immeuble voisin des vestiges de l’une des fenêtres, qui assurait l’éclairement de cette salle par le pignon. Les caractères stylistiques de la fenêtre bipartite, à colonnette et arcatures trilobées, la rapprochent très directement d’une façade gothique partiellement conservée au n° 12 de la rue Saint-Amable, mais aussi des parties les plus anciennes de la cathédrale de Clermond-Ferrand, commencée vers 1248 par le premier Jean Deschamps. Un rapprochement que confirment les premières analyses par la dendrochronologie qui attribueraient, encore sous réserve, les bois de la charpente au milieu du XIIIe siècle.
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![]() RIOM (PUY-DE-DÔME), RUE DE LA CAISSE D‘ÉPARGNE, DEMEURE MÉDIÉVALE. Vue de la charpente. Cliché Gilles Séraphin. | ![]() RIOM (PUY-DE-DÔME), RUE DE LA CAISSE D‘ÉPARGNE, DEMEURE MÉDIÉVALE. Fenêtre du pignon sud de la salle charpentée, visible au n° 15 rue Goumot. Cliché Gilles Séraphin. |
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La conservation de cet ouvrage qui mériterait une protection au titre des Monuments historiques, semble désormais assurée (3). Encore pourrait-on souhaiter que soient réunis les moyens nécessaires à en assurer désormais la restauration.
Bénédicte Renaud, Gilles Séraphin
1. Maison dite de l’Éléphant à Montferrand (Puy-de-Dôme). Cf. relevé de J. Creusot dans P. Garrigou Grandchamp, Demeures médiévales, cœur de la cité, éd. Rempart, 1992, p. 123.
2. Plafond à caissons d’une maison, 7 place du Marché-aux-Fleurs. Cf. B. Sournia, J.-L. Vayssettes, Montpellier, la demeure médiévale, Paris : Imprimerie Nationale, 1991, p. 166-174.
3. Une autre charpente médiévale, caractérisée par ses poinçons moulurés analogues à ceux de la maison de l’Éléphant à Montferrand, a été récemment déposée et détruite lors de travaux de réhabilitation. Il n’en subsiste que les poinçons moulurés en colonnettes, actuellement entreposés dans une remise. »
SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, le général Delpoux, Hermet, le Père Montagnes, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Jiménez, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Watin-Grandchamp, MM. Bertrand, Burroni, Cranga, membres correspondants.
Après lecture et adoption du procès-verbal de la séance du 21 janvier, le Président ouvre la séance en donnant quelques informations diverses sur la vie de la Société.
Soucieuse d’informatiser le fichier de la bibliothèque, notre Société s’est vue promettre par l’entreprise M.T.D. qui a en charge le métro de Toulouse, un logiciel mis au point par son informaticien, M. Jolly. Nous l’accepterons avec empressement. M.T.D. se déclare également prêt à nous offrir deux ordinateurs Macintosh que l’on pourrait installer dans la salle de lecture, à la disposition des chercheurs, ainsi que des ordinateurs P.C.
Le Président regrette que la publicité faite sur les concours organisés chaque année par la Société Archéologique du Midi de la France afin de primer les travaux les plus méritants soit demeurée lettre morte.
Au sujet des restaurations en cours sur certains monuments de la région, deux courriers ont été envoyés dernièrement au nom de la Société : l’un à Mme Tomasin sur de récents travaux effectués sur une maison médiévale de Figeac, l’autre à Mme Sire afin d’obtenir des éclaircissements sur le parti choisi dans la restauration à mener à la Porte Miégeville de la basilique Saint-Sernin. En réponse à ces interrogations, Mme Sire indique que pour l’instant, il ne s’agit que d’une phase d’« observation » des éléments sculptés qui exigent à terme une intervention. Le Président suggère l’idée d’inviter prochainement Mme Sire à exposer devant notre Société les différents projets du service des Monuments historiques dans la région.
Lors d’une visite dirigée par M. Féron à l’Hôtel d’Assézat, notre Président a rencontré M. Hugon, journaliste à La Dépêche, rédacteur de la chronique « Échos d’écrits », qui a rendu compte dans un de ses articles des travaux de la Société Archéologique du Midi de la France et de son dernier volume de mémoires, insistant plus particulièrement sur l’étude de Mme Blanc-Rouquette, L’église Saint-Quentin, siège de la corporation des imprimeurs et libraires toulousains. Mais la diffusion de nos activités passe aussi, aujourd’hui, par « internet ». Or, la vitrine informatique que nous offre le serveur Média-Castres est encore vide à ce jour : il faut se dépêcher de l’occuper.
Après avoir fixé le calendrier des prochaines séances, le Président donne la parole à Nelly Pousthomis pour sa communication sur Les restaurations de la cathédrale de Tarbes aux XIXe et XXe siècles.
Le Président remercie Nelly Pousthomis pour son exposé qui suscite de nombreuses questions et remarques.
M. l’abbé Rocacher indique que les frères Pedoya, auteurs des décors peints de la cathédrale de Tarbes au XIXe siècle, ont déployé une grande activité de décorateurs d’églises dans le diocèse de Toulouse. Nelly Pousthomis regrette la rareté des documents sur leur intervention et évoque la disparition de leurs œuvres dans plusieurs églises, non seulement à la cathédrale de Tarbes, mais aussi à Garaison et Saint-Lizier.
M. Coppolani précise que les Pedoya étaient trois frères et que l’on peut voir leurs œuvres dans l’église de Seysses ainsi que dans celle de Lherm, dans le canton de Muret. Maurice Scellès évoque leur activité dans le Tarn-et-Garonne, dont rend compte le dictionnaire des églises de ce département par le chanoine Gayne. Selon Dominique Watin-Grandchamp, il existe des monogrammes qui permettent d’identifier leurs œuvres. D’ailleurs, leurs descendants se sont manifestés, ce que confirme Mme Blanc-Rouquette avec qui ils sont entrés en relation : il s’agit bien d’une famille d’origine italienne, qui a habité dans le canton de Saint-Girons en Ariège et qui a donné des peintres décorateurs d’églises sur au moins deux générations. Ils ont travaillé
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dans un nombre impressionnant d’édifices, reproduisant un peu partout le même catalogue d’ornements italianisants (rinceaux, grotesques…). D’après Daniel Cazes, ce répertoire peu original était très proche de celui d’un autre peintre ornemaniste : le Toulousain Ceroni, également d’origine italienne.
Louis Peyrusse demande quelles pouvaient être les sources de financement à l’époque de Bordes, autour de la seconde campagne de décors peints à l’intérieur de la cathédrale Sainte-Marie. En l’absence de financement public, ce furent manifestement les pèlerinages de Lourdes qui enrichirent le diocèse de Tarbes.
Henri Pradalier regrette que l’intervention ait consisté à recréer un nouveau décor obtenu en déformant les œuvres précédentes. Nelly Pousthomis souligne que pour ce faire, les arguments avancés étaient, comme toujours en pareil cas, d’ordre technique. À cet égard, Maurice Scellès constate avec amusement que l’évolution de la doctrine des architectes-restaurateurs est sensible à travers le vocabulaire utilisé, qui s’adapte aux dernières modes intellectuelles. Aussi, le bilan critique ne peut-il être que sévère.
Guy Ahlsell de Toulza évoque la sculpture de la cathédrale de Tarbes. Quatre chapiteaux romans à entrelacs, dont deux sont conservés au Musée des Augustins, sont réputés d’origine tarbaise. Peut-il s’agir de chapiteaux déposés au XIXe siècle, peut-être ceux de la fenêtre d’axe de l’abside ? Nelly Pousthomis reconnaît que Sainte-Marie de Tarbes offre fort peu de sculpture médiévale, l’essentiel se situant dans la rose, d’un modèle très proche de celle de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. Il est vrai que l’architecte Caddau, auteur des restaurations du chevet au début du XXe siècle, a pu déposer des chapiteaux. Cependant, les éléments sculptés que l’on peut observer sur place sont tous d’origine cistercienne, tout comme d’ailleurs le type architectural de l’ancienne salle capitulaire. Il n’y a apparemment rien de semblable dans tout cela aux quatre chapiteaux évoqués. Peut-être la thèse de Catherine Vincent, touchant à la cathédrale de Tarbes, apportera-t-elle quelques lumières sur cette question.
Pascal Bertrand attire l’attention sur le baldaquin de la cathédrale de Tarbes, chef-d’œuvre de Marc Arcis qui n’aurait sans doute pas trouvé place dans l’édifice agrandi selon le projet d’Hippolyte-Louis Durand. L’abandon de ce projet a donc peut-être sauvé ce remarquable élément de mobilier liturgique.
Enfin Louis Peyrusse s’étonne du projet de Jean-Jacques Latour qui, en 1843, proposa une curieuse façade romano-Renaissance très italianisante. Bien peu de réalisations contemporaines pourraient en effet lui être comparées.
Au titre des questions diverses, Henri Pradalier rend compte d’un courrier reçu récemment, annonçant que l’amicale des sociétés savantes du Midi de la France et du Nord de l’Espagne, l’U.C.E.P. (Union des Centres d’Études transpyrénéens) se réunira le 31 mai prochain à Toulouse afin d’établir ses statuts. Affaire à suivre…
Enfin, Pascal Bertrand tient à exprimer son indignation, ayant appris dans la journée que les publications de Maurice Prin ont été retirées de la vente à l’entrée du cloître des Jacobins. Parmi les membres présent, chacun s’accorde à juger cette décision inadmissible. La Ville de Toulouse n’a-t-elle pas décerné sa médaille d’or à Maurice Prin ? Que doit-on faire pour réparer cette injustice ?
SÉANCE DU 11 MARS 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Pradalier-Schlumberger, Labrousse, MM. l’abbé Baccrabère, Gérard, Julien, Lapart, Nayrolles, Peyrusse, Tollon, Vézian, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Burroni, Cranga, Manuel, Morvillez, membres correspondants.
Excusé : M. Cabau
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 4 février, qui est adopté. Le Président donne ensuite la parole à Jean Nayrolles pour la lecture du procès-verbal de la séance du 18 février, qui est adopté.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
En réponse au courrier que lui a adressé le Président, le Maire de Figeac souhaite que puissent être effacés les défauts de restauration de la maison Peyrière, dont il regrette en outre que le dossier de classement au titre des Monuments historiques soit toujours en instance.
Le Maire de Toulouse accuse réception du tome LVI de nos Mémoires et nous remercie de lui avoir fait connaître la satisfaction des étudiants qui fréquentent notre bibliothèque.
La Xunta de Galicia nous informe de la tenue à Saint-Jacques-de-Compostelle du Salon International du Patrimoine Culturel qui aura lieu du 17 au 21 septembre 1997. Le Directeur général du Patrimoine Culturel invite notre Société à y participer.
L’Université d’Alcalá (Espagne) nous informe d’un prochain séminaire consacré « au projet de conservation et d’intervention » mis en place dans le cadre de son master « Restauration et réhabilitation du patrimoine ».
M. Jean Guyon accepte bien volontiers de faire partie du comité scientifique de nos Mémoires dont il apprécie la qualité. Il souligne en outre tout l’intérêt de contributions qui s’efforcent de couvrir tout l’arc chronologique de l’archéologie, entendue sous tous ses aspects, voie dans laquelle il faut sûrement poursuivre.
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Enfin, nous avons reçu une lettre de candidature au titre de membre correspondant de Mme Caterina Magni, spécialiste d’archéologie amérindienne.
Le Directeur rend compte à son tour de la correspondance imprimée, puis le Secrétaire Général présente les ouvrages offerts par des membres de la Société et poursuit la présentation des ouvrages reçus au titre des échanges.
La parole est alors à M. Éric Morvillez pour la communication du jour consacrée à L’architecture de la salle à absides de Saint-Rustice (Haute-Garonne), publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie Éric Morvillez pour cette communication si solidement documentée et très abondamment illustrée. Il constate que la mosaïque de Saint-Rustice fait figure de vestige d’un Empire romain qui subsiste en Afrique du Nord comme à Antioche et dont la koinè perdure au Ve siècle même en Gaule. Les rapprochements qui ont été proposés avec les tissus et les tentures lui paraissent tout à fait probants.
Éric Morvillez souligne que les parallèles observables entre les mosaïques et les tissus montrent bien que les cartons circulent. Les thèmes, comme par exemple celui des Néréïdes, sont d’ailleurs très largement utilisés aussi bien dans le décor architectural que pour les tissus ou les objets.
Christine Aribaud rappelle que la fouille récente de Denderah (Égypte) a permis de retrouver des milliers de tissus romains dont cinq cents feront prochainement l’objet d’une première publication par Dominique Cardon du C.N.R.S., publication qui remet un peu en cause l’idée selon laquelle prédominaient les tapisseries à grandes scènes et les tissages à motifs géométriques : il s’avère que les thèmes décoratifs étaient très variés. La raideur du tissu suggère que c’est une tapisserie qui a été représentée sur la mosaïque de Saint-Rustice.
Répondant à Claude Péaud-Lenoël, Éric Morvillez précise que c’est parce qu’il a exclu de son propos toutes les représentations antérieures au IIIe siècle qu’il n’a pas fait état du dieu marin de Saint-Romain-en-Gall, mais il existe en effet de très nombreux exemples de ce thème pour la Gaule des IIe et IIIe siècles.
Daniel Cazes dit à quel point il a été intéressé par la précision des comparaisons proposées, mais il se demande si l’on dispose de suffisamment d’éléments architecturaux pour considérer qu’il s’agit d’une villa. L’évolution ultérieure du site pourrait être éclairante. La recherche historique reste à faire, mais il est sûr en tout cas que le site est habité et connu au VIIe siècle, et peut-être célèbre, lorsqu’on y enterre l’évêque Rustice. À la fin du XIe siècle, l’église est prieuré de Moissac. Daniel Cazes se rappelle qu’il avait été intrigué, en étudiant l’édifice, par la présence sous l’abside d’une crypte où l’on vénérait une source et à laquelle on accédait par un escalier extérieur. Bien que la » villa » soit située en contrebas par rapport à l’église, il y a peut-être une relation à établir entre les deux sites. Il ajoute que les circonstances de l’enlèvement de la mosaïque en 1863 sont assez confuses : il est probable que personne ne maîtrisait alors dans la région les techniques de dépose et les catalogues font état de très nombreux morceaux et de quantité de tesselles que l’on n’a sans doute pas su conserver.
Éric Morvillez note qu’en dépit des lacunes, l’ensemble conservé est remarquable. Il avoue avoir été étonné par la passion manifestée par la Société Archéologique du Midi de la France pour obtenir que la fouille soit couverte par un toit, alors que les vestiges ont été ensuite réenterrés. Quant au rapport éventuel avec la source, Éric Morvillez dit y avoir pensé, mais avoir préféré ne pas l’évoquer parce que le lien lui paraissait trop ténu. Par ailleurs, le décor qui reste païen ne paraît pas pouvoir être daté de façon trop tardive, ce qu’admet Daniel Cazes qui accepte tout à fait une datation de la fin du IVe ou du début du Ve siècle.
Une telle datation, qui n’irait pas au-delà du milieu du Ve siècle, convient à Christine Delaplace qui fait par ailleurs remarquer que l’on a trop accentué la coupure que représenterait la période. En effet, l’environnement culturel ne se transforme pas immédiatement et il n’y a pas de volonté d’un changement autoritaire des mentalités. Dans les différents panégyriques qu’il compose pour les Empereurs, Sidoine Apollinaire ne fait aucune référence au christianisme mais puise sans cesse aux sources des mythes. Christine Delaplace ajoute qu’un tel décor de pavement incluant des inscriptions en grec lui paraît pouvoir refléter le goût de l’élite de l’époque.
Éric Morvillez acquiesce tout en rappelant que la mosaïque de Saint-Rustice reste un cas isolé dans l’ensemble aquitain. En outre, cette grande composition mythologique convient sans doute mieux à une construction privée qu’à un édifice public. Christine Delaplace se demande toutefois si des thermes aussi importants ont pu appartenir à une demeure privée et s’il ne faut pas envisager l’hypothèse d’un établissement lié à une source curative. Éric Morvillez pense qu’en effet l’hypothèse d’une source curative plus tard christianisée ne doit pas être écartée : mais seules des fouilles permettraient de replacer la salle à absides dans son contexte architectural.
Louis Peyrusse admet que de nouvelles fouilles seraient hautement souhaitables, mais qu’elles risquent d’être très compliquées : il faut savoir que les recherches du milieu du XIXe siècle n’ont pas été conduites par la Société Archéologique du Midi de la France mais par le prédateur boulimique qu’était Jules Soulages. Les procès-verbaux manuscrits de notre Société en donnent la chronique.
Jean Nayrolles indique qu’au moment de la reconstruction de l’église, Esquié avait adressé une note aux Bâtiments civils. Daniel Cazes confirme le renseignement en précisant toutefois que le bref rapport qui accompagne le plan de l’église ne contient pratiquement aucune indication sur l’occupation antique.
L’abbé Baccrabère se souvient qu’à l’occasion du survol du site en hélicoptère, il y a une vingtaine d’années, il avait constaté, si ses souvenirs sont exacts, qu’un embranchement de route se dirigeait vers le site de la villa. La prospection sur place, qui n’avait pas été systématique, avait révélé de nombreuses tesselles de mosaïque et des fragments d’enduit. Éric Morvillez rapporte que le
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Maire lui a également dit avoir des morceaux de mosaïque ; si les décors de pavement ont probablement été largement détruits, il faut insister sur l’intérêt d’une fouille qui permettrait de retrouver le plan de l’édifice et d’en préciser les dispositions.
Jacques Lapart évoque la villa de Séviac à Montréal-du-Gers, puis revenant à Saint-Rustice, remarque que le propriétaire dispose sans doute de moyens importants. C’est ce que pense aussi Éric Morvillez qui note encore que le commanditaire montre son attachement à la culture antique.
SÉANCE DU 18 MARS 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général ; Mmes Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Blaquière, Cabau, Hermet, Nayrolles, Peyrusse, Prin, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Pousthomis-Dalle, Pujalte, MM. Bertrand, Burroni, Cranga, Ginesty, Manuel, membres correspondants.
Excusés : M. Scellès, Secrétaire-adjoint, Mme Aribaud, M. Gérard.
Invitée : Mme Ginesty.
Le Président ouvre la séance en donnant la parole à M. Coppolani qui présente les différentes correspondances imprimées reçues par la Société.
Viennent ensuite les rapports sur les concours en vue de la remise du prix Ourgaud, qui sera attribué cette année lors de la séance publique.
Mme Pousthomis lit un rapport sur le mémoire de maîtrise de Cécile Gloriès, Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val au Moyen Âge et à l’époque moderne, soutenu en juin 1996 à l’Université de Toulouse-Le Mirail, sous la direction de Mme Sylvie Faravel :
« Le mémoire comprend deux volumes : un volume de texte de 131 pages et un volume d’annexes comprenant la documentation graphique, les tableaux, les fiches informatiques et la bibliographie. L’ensemble est bien présenté et de consultation aisée. Le style est simple, correct et agréable à lire.
Le volume de texte est structuré en trois parties : une présentation des lieux et de la question (présentation à la fois de la ville et de l’îlot dans la ville, sous l’angle topographique et historique, assortie d’une historiographie de la question ; un exposé de la problématique et une présentation raisonnée des sources et des méthodes) ; la deuxième partie est un recueil de cinq monographies correspondant à chacun des lots individualisés ; enfin une synthèse sur le parcellaire, ses limites et sa structuration, le fief urbain (seigneuries, assise foncière, redevances, franc alleu), les propriétaires (nombre et qualité, mutations) et les biens (natures et fonctions). Le volume s’achève par une conclusion, suivie d’un lexique de quelques termes techniques ou juridiques.
L’îlot de l’Ancien Hôtel de ville de Saint-Antonin est certainement le plus connu, ne serait-ce que par le monument roman qui en occupe une partie. La ville, la « maison romane », la « maison Muratet » et la « Caserne des Anglais » ont fait l’objet de nombreuses publications, anciennes ou plus récentes et de travaux universitaires. Les publications les plus récentes émanent notamment du Service Régional de l’inventaire, s’inscrivant dans le cadre de l’inventaire des cantons de Caylus et de Saint-Antonin. Il pouvait donc paraître quelque peu téméraire de choisir comme objet de recherche une ville et plus particulièrement un îlot déjà très étudiés. De plus, la problématique n’est pas neuve, encore qu’elle aborde ici toutes les facettes d’une étude urbaine : origine et développement du tissu urbain, répartition et évolution des espaces bâtis et non bâtis, des espaces publics et privés, structuration et évolution du parcellaire, propriété foncière, nature et fonctions du bâti, organisation intérieure des bâtiments, accès et communications, traitement des façades.
Le résultat est remarquable et même exemplaire. Loin de se contenter d’une compilation dressant un état de la question, l’auteur renouvelle l’approche et la connaissance de ce morceau de tissu urbain. En effet, la recherche ne concerne qu’une vingtaine de maisons, douze parcelles actuelles, soit moins de l500 m2 représentant 2 % de la superficie de la ville. Elle en a entrepris l’analyse minutieuse, s’efforçant de croiser toutes les données, textuelles, iconographiques, monumentales, archéologiques y compris la dendrochronologie. Pour une bonne part, ces données sont inédites puisque Cécile Gloriès a dépouillé les compoix, livres de reconnaissances, livres de mutations, registres notariés. Les informations recueillies sur l’îlot ont été saisies sur base de données, permettant le tri d’une centaine de fiches, des recoupements et l’élaboration de tableaux synthétiques. Les actes juridiques et administratifs (coutume, acte de partage de la vicomté, recensement des biens de la communauté) ont également été exploités. Les plans cadastraux (notamment celui de 1782) ont servi de base à une reconstitution du parcellaire et à son évolution, complétés par des relevés au sol dont certains sont de l’auteur. Elle a également réalisé elle-même, à partir des diverses informations recueillies, une cartographie informatisée qui comprend des plans évolutifs par lots ou portions de lots pour aboutir à celui de l’îlot dans son ensemble. Les questions de datations ont été abordées en termes de chronologie relative, suivant les méthodes de l’archéologie du bâti, puis de chronologie absolue, obtenue en conjuguant les méthodes traditionnelles (datation des formes) et le recours plus novateur à l’archéodatation du bois, la dendrochronologie. Cécile Gloriès a même souhaité s’initier à cette méthode sous la conduite de Béatrice Szepertyski, responsable du Laboratoire d’Analyses et d’Expertises en archéologie et œuvres d’art, à Bordeaux. C’est dire la somme de travail et d’investissement personnel dont a fait preuve l’auteur.
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La démarche et les résultats ne pourront être ici que très résumés.
L’îlot a été divisé en cinq groupes de maisons ou lots, d’inégale importance, en fonction de critères fiscaux (limites des transactions foncières et nature des fiefs) et topographiques (ruelle, venelle). Chaque lot est ensuite abordé séparément, de façon chronologique et monographique. Puis ces cinq évolutions sont mises en parallèle et synthétisées en trois thèmes majeurs.
Le parcellaire
La parcelle est redéfinie sur la base de ses limites physiques, murs, voies de communication, fossés, qui peuvent être renforcées par des notions juridiques. Certaines limites sont apparues « fortes » en tant qu’immuables. D’autres, limites « faibles », sont des subdivisions souvent temporaires, mais qui ont parfois une réalité archéologique plus grande. La comparaison des parcelles les mieux définissables se fonde sur plusieurs paramètres : la superficie, la forme, la largeur des façades principales et la longueur à l’intérieur de l’îlot. Les superficies (de 110 à 190 m2) et les formes sont variables, cette irrégularité allant dans le sens d’un constat plus général sur les îlots anciens en position centrale dans la ville. Deux groupes de largeurs de façade s’individualisent : entre 5 et 8 m et entre 11 et 13 m. Or les trois plus larges ont conservé des éléments architecturaux anciens. Les façades les plus larges ne correspondent pas forcément aux parcelles les plus grandes mais appartiennent aux éléments structurants du parcellaire.
Le fief urbain
Les trois paramètres – les seigneurs, l’assise foncière et les redevances – paraissent fixés au moins dès la fin du XIVe siècle et n’évoluent plus ensuite. L’îlot reflète la mosaïque de microfiefs qui caractérise la ville, avec quatre fiefs, détenus par le roi qui succède aux vicomtes en 1226, le Chapitre abbatial et des familles laïques, auxquels s’ajoutent deux parcelles franches. Les limites de la propriété et des fiefs semblent se superposer aux limites « fortes » prédéfinies sur des critères physiques (murs, rues, fossés). La fixité de ces limites « fortes » des lots suggère leur ancienneté et pourrait avoir enregistré la répartition initiale de la possession du sol.
La propriété foncière
Son évolution suit le rythme de l’économie et de la démographie. Le nombre des propriétaires est plus élevé aux périodes de croissance et se réduit en période de crise. On note un taux assez élevé de femmes propriétaires (20 % comme à Figeac en 1400, contre 13 % en Arles en 1437).
Le statut socioprofessionnel n’est guère saisissable qu’à partir de 1500. Il semble en partie conditionné par l’existence d’un centre politique (hôtel de ville) et d’un centre économique (place du marché, poids public et mesures). L’éventail paraît se diversifier au XVIIe siècle et peut se répartir en deux catégories, celle des artisans et celle des notables (notaire, avocat, médecin, marchand). Le grand nombre de marchands propriétaires dans l’îlot s’explique sans doute par la fonction commerciale du quartier. On note une relative continuité professionnelle de père en fils.
Les biens
Composé en grande majorité de maisons, l’îlot contient aussi quelques bâtiments annexes. Les niveaux d’une même maison se répartissent entre plusieurs fonctions et peut-être entre plusieurs propriétaires. Les bâtiments sont polyvalents, mais la fonction résidentielle est largement majoritaire. Cependant, les sources ne permettent pas de saisir l’importance de l’adéquation entre propriété et résidence, puisqu’elles n’enregistrent pas les cas de location possible. La fonction commerçante est attestée par les arcades en façade et la documentation écrite, dès le XIIe pour l’hôtel de ville, au XIIIe siècle pour la maison Muratet, au XVe ou XVIe siècle au moins pour les autres. La documentation écrite n’a révélé aucune mention d’entrepôt. Deux bâtiments sont à vocation agricole unique, mais tardivement, une étable (XVIIe siècle) et une écurie (XVIIIe siècle). Le poids public est attesté pour la première fois en 1572, mais la proximité immédiate de la maison commune suggère une existence antérieure. Son extension progressive aboutit à la construction d’un édifice particulier. Les mesures sont abritées par une halle à la fin du XVIIe siècle.
Les espaces libres paraissent avoir été plus nombreux qu’actuellement. Ce sont des patus, sans caractère distributif, ou des cours intérieures qui, à côté des ruelles et des venelles, permettent l’accès aux maisons, surtout dans le cas des plus grandes. La présence d’un escalier extérieur résulte souvent d’une division horizontale ou verticale de la propriété.
On pourra objecter les dimensions réduites du secteur d’étude qui, il est vrai, posent le problème de sa représentativité par rapport à l’ensemble de la ville. On répondra qu’une telle investigation, aussi fouillée que diversifiée, n’est guère possible qu’à une échelle micro-urbaine, surtout dans le cadre d’une maîtrise. On rejoint ici les débats entre tenants d’une enquête à l’échelle d’un canton voire d’une région et ceux de la monographie communale quasi exhaustive. Faux débats car les deux approches paraissent, à terme, complémentaires. La micro-enquête optimise la connaissance de l’objet et permet de corriger ou de relativiser les conclusions des grandes synthèses. En outre, la confrontation des sources met en évidence des faits indécelables au travers d’une source unique. De plus, la démarche s’inscrit dans la continuité en prenant en compte le long terme (Moyen Âge et époque moderne). Elle aboutit à la formulation d’hypothèses qui pourraient être vérifiées par l’extension de la méthode à un quartier ou mieux à une ville. Outre la diversité des éclairages apportés, on retiendra plus particulièrement les potentialités de définition d’une organisation parcellaire stable, laquelle pourrait permettre de remonter jusqu’à la mise en place des fiefs et au découpage initial du sol.
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Je terminerai en soulignant l’originalité de la démarche qui renouvelle la recherche en archéologie urbaine et ouvre de nouvelles perspectives. La somme et la qualité du travail, l’investissement fourni dans des secteurs au départ peu maîtrisés par l’auteur (archéologie monumentale et dendrochronologie notamment), ses qualités de sérieux et de prudence me paraissent justifier amplement que ce mémoire soit primé par la Société Archéologique du Midi de la France. »
M. Pascal Bertrand présente le travail d’Hélène Martin, La tenture de la vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, un mémoire de maîtrise soutenu en octobre 1996 à l’Université de Toulouse-Le Mirail sous la direction de Mme Pradalier-Schlumberger et de Pascal Bertrand :
« Mlle Hélène Martin a soutenu en octobre 1996 à l’Université de Toulouse II-Le Mirail un mémoire de maîtrise sur La tenture de la Vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, sous la direction de Mme le Professeur Michèle Pradalier-Schlumberger et de moi-même, qui lui a valu la mention Très bien (2 vol., 160 p. de texte et 97 fig.). Il s’agit d’une étude rigoureuse, conduite avec méthode sur un cycle du XVIe siècle, conservé dans son intégralité in situ, que composent cinq tapisseries mesurant environ 1,90 m de hauteur sur une longueur totale de 24,50 m, chaque pièce comprenant trois scènes explicitées par des quatrains octosyllabiques et séparées par des colonnes. Aucun travail de synthèse n’avait été effectué sur cet ensemble, qui n’a d’ailleurs été que rarement mentionné dans la littérature.
La première partie de l’ouvrage est consacrée à un rappel de la commande, du moins à la personnalité de Jean IV Desprez († en 1539), évêque de Montauban et doyen de la collégiale de Montpezat. Ce prélat, « d’une grande droiture, intransigeant, difficile et autoritaire », fit très certainement tisser la tenture, puisque celle-ci porte ses armoiries. La seconde partie a pour objet l’analyse iconographique du cycle qui relate quinze épisodes de la vie de saint Martin. L’auteur du programme s’est inspiré de la Vita sancti Martini de Sulpice Sévère et d’au moins cinq variantes de ce récit, dont la célèbre Légende dorée de Voragine, un ouvrage anonyme contant la Vie et miracles de Monseigneur de saint Martin, de nouvel translaté de latin en françois publié à Tours en 1496, puis à Paris en 1500 et 1516, et le Mystère de saint Martin d’Andrieu de la Vigne joué en 1496. Relevant scrupuleusement les vers, et notant ainsi les erreurs insérées dans les inscriptions au cours des restaurations successives, décrivant avec précision chaque scène, Mlle Martin analyse avec une extrême finesse l’ensemble du cycle qui met l’accent sur la charité, mais aussi sur le combat contre l’idolâtrie et la lutte contre le Mal.
Dans la troisième partie, sont discutés des problèmes de style. Dissociant bien les questions afférentes à l’élaboration des cartons de celles relevant de l’exécution même de la tenture, Mlle Martin rapproche le cycle de Montpezat d’un groupe de tapisseries (Arts libéraux de Cluny, des Arts décoratifs de Paris, du Museum of Fine Arts Boston et du musée de Göteborg ; Départ de l’enfant prodigue de Cluny ; scènes de la Passion du Christ du Metropolitan Museum, etc.) dans lequel se retrouvent des types de compositions très proches, des éléments d’architecture et décoratifs semblables (colonnes, carrelage, guirlandes, coquilles, fleurs), des procédés de fabrication similaires, tel que le remploi de figures, qui laissent à penser que ces œuvres sont issues d’ateliers secondaires dans lesquels étaient remis sur le métier d’anciens cartons. Au terme de minutieuses investigations, confrontant le dessin des personnages de la tenture avec des exemples pris dans la peinture flamande, dans des productions tournaisiennes, Mlle Martin débouche sur une proposition d’attribution prudente et justifiée pour quelques figures de la tenture.
Le mémoire de Mlle Martin constitue une remarquable étude monographique d’un cycle tissé, caractéristique de la production ordinaire du début du XVe siècle. À l’enrichissement des connaissances sur la tenture qu’apporte cette étude, il nous faut ajouter des qualités de rigueur de la recherche, de clarté de l’exposé des résultats et de soin de l’écriture dont elle fait preuve. »
Ces études s’avèrent toutes deux de grande qualité, quoique très différentes par leur sujet et dans leur conception : un exercice méthodologique d’un côté, une monographie de l’autre. Il est donc décidé d’attribuer le prix Ourgaud à Mlle Cécile Gloriès et le prix de la Société Archéologique à Mlle Hélène Martin, les deux prix, dotés de 2000 F. chacun, étant accompagnés d’une médaille d’argent.
Henri Pradalier cède alors la parole à MM. Prin et Tollon pour leur communication, Un projet de façade inédit pour le Capitole de Toulouse au XVIIe siècle, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie MM. Prin et Tollon pour leur exposé qui retrace une grande partie de l’histoire des façades du Capitole.
Daniel Cazes revient sur la question du programme iconographique des statues qui couronnent la façade projetée par Jean-Pierre Rivalz. À titre d’hypothèse, il propose d’aller un peu plus loin dans sa lecture. Il y a là, de toute évidence, un programme à la fois allégorique et mythologique. Mais ne peut-on y reconnaître aussi des personnages historiques ? En effet, une des statues du pavillon de gauche représente un empereur ou un général romain en tenue militaire, tandis que sur le pavillon de droite se trouve un Romain vêtu d’une toge. En rapport au programme de la Salle des Illustres et en procédant par élimination, Daniel Cazes propose d’identifier respectivement Marcus Antonius Primius, le plus célèbre des Toulousains de l’Empire romain qui vécut durant le dernier tiers du Ier siècle (général qui aurait pu prendre le pouvoir à la mort de Néron mais qui préféra le laisser à Vespasien), et, dans le personnage de droite, le poète Stace. Les Toulousains voulaient en effet se persuader que l’auteur de la Thébaïde était d’origine toulousaine, entretenant en fait une confusion avec un obscur rhéteur du même nom. Ainsi, le programme de la façade affirmerait-il dès l’extérieur la volonté de résumer et d’annoncer les grandes lignes de la galerie intérieure.
Louis Peyrusse se déclare séduit par cette hypothèse mais y voit un inconvénient : la présence de Cléopatre parmi les figures
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féminines. Pour Daniel Cazes, cette statue qui rappelle de fort loin la Cléopatre du Belvédère ne représente sans doute pas la dernière reine d’Égypte. Frappé par le principe de symétrie absolue qui semble présider à l’ensemble du programme, il soutient qu’aux côtés des arts (Apollon et les Muses), la politique peut avoir sa place.
Au-delà de ces questions d’identification, Louis Peyrusse souligne combien tous ces projets s’inscrivent dans la longue durée, depuis le XVIe siècle jusqu’à la IIIe République qui adopte la solution définitive d’un palais régulier.
Au titre des questions diverses, le Président annonce les candidatures d’Emmanuel Garland et de Cécilia d’Ercole.
Une lettre de notre confrère M. Gérard nous fait part de son inquiétude au sujet de l’hôtel édifié par Jean-Arnaud Raymond dans la seconde moitié du XVIIIe siècle pour les Archives du diocèse et la Chambre souveraine du Clergé. Selon M. Hermet, le panneau indiquant la destruction ne concerne que le bâtiment intérieur. On craint cependant que l’édifice ne soit pas protégé.
Bruno Tollon insiste sur le jalon important que représente l’œuvre de l’architecte Raymond dans les années 1760-1770. Il fut en particulier l’auteur de l’église de L’Isle-Jourdain, édifice néoclassique étudié par Michel Gallet dans un numéro de la revue Monuments historiques consacré au palladianisme en France. Michel Gallet avait reconnu en Raymond un des acteurs principaux de l’architecture de son époque.
SÉANCE PUBLIQUE DU 5 AVRIL 1997
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du président
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Mes chers confrères,
JEAN VANEL (1915-1996)
Au cours de l’année 1996-1997 notre compagnie a eu le regret de perdre Jean Vanel. Né dans le Lot en 1915, à Labastide-Murat, il avait passé son enfance dans le Quercy qu’il a chanté à travers plusieurs œuvres poétiques. En 1937 il vint se fixer à Rabastens. En 1940 il était nommé instituteur à l’école La Fite dont il allait assurer la direction de 1954 jusqu’à sa retraite en 1978.
À Rabastens, le jeune poète se transforma vite en historien et, en janvier 1944, créa une association, les Veillées Rabastinoises, dont le but était de développer la vie intellectuelle de la petite cité en organisant des cycles de conférences de qualité. Dès 1947, l’un de mes prédécesseurs, Joseph Calmette, ayant repéré en lui un historien actif, l’admettait comme membre correspondant au sein de notre Société. L’année suivante, Jean Vanel, fondait L’Écho de Rabastens, destiné à publier les conférences et les recherches des érudits locaux sur le passé de Rabastens. Jean Vanel sera pendant 37 ans tout à la fois le rédacteur, l’inspirateur et le trésorier de cette revue jusqu’à ce qu’il passe le relais à notre confrère Guy Ahlsell de Toulza.
Sa patrie d’adoption n’accapara pas toute sa vie de chercheur. Originaire de Labastide-Murat, patrie du célèbre maréchal d’Empire Joachim Murat, il eut à cœur de consacrer de nombreuses études à son compatriote et fonda dans la maison natale de celui-ci un musée dont il fut le Conservateur jusqu’en 1978.
À cette date, la municipalité de Rabastens, soucieuse de ne pas laisser inemployés les talents de Jean Vanel, que l’Éducation Nationale avait honoré dès 1958 du titre de Chevalier des Palmes Académiques, décida de lui confier la réorganisation des Archives Municipales, tâche dont il s’acquitta en ajoutant son érudition au soin habituel qu’il apportait à tout ce qu’il réalisait.
À Rabastens, Jean Vanel, laisse une association vivante, une revue, de nombreux écrits et d’immenses regrets.
Rapport moral
L’année 1996, après un début difficile, a vu les relations entre la Ville de Toulouse et les Académies s’améliorer rapidement au point qu’au mois de juin un accord satisfaisant pour toutes les parties était enfin trouvé. Le 18 octobre, M. le Maire pouvait donc inaugurer les nouveaux locaux des Académies en présence de M. le Préfet, des représentants de la Région et du Département, en présence aussi de très nombreux académiciens rassemblés autour du nouveau président de l’Union des Académies, M. Lucien Remplon.
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Immédiatement après cette inauguration, les compagnies logées dans l’Hôtel d’Assézat ont entamé une nouvelle année académique. Elle a débuté par la présentation de l’Hôtel d’Assézat et des Académies au salon F.A.U.S.T., grâce à l’action de l’association FERMAT et avec l’aide du Rectorat qui nous avait ouvert son stand. Sous l’impulsion du Président Raibaut, les relations avec l’association FERMAT, association des Amis de l’Hôtel d’Assézat, sont en train de se resserrer. Celle-ci a mis au point le logo de l’Hôtel d’Assézat et s’active avec l’aide de plusieurs de ses membres, en tête desquels on pourra citer MM. Féron et Desbonnet, pour placer sur Internet des renseignements concernant les Académies ainsi que certains des textes qu’elles publient. Des contacts ont été pris avec des établissements scolaires afin de procéder à la saisie informatique des textes publiés par les Académies.
L’installation dans les nouveaux locaux a eu pour effet de déclencher une réorganisation générale des bibliothèques et du fonctionnement de certaines Académies dont la Société Archéologique. Des bâtiments neufs, plus spacieux, mieux éclairés, ont permis à cette dernière de développer l’accès à sa riche bibliothèque, en cours de reclassement sous l’action du bibliothécaire-archiviste Louis Latour entouré de plusieurs membres de la Société comme Christine Delaplace, Maurice Scellès, Pascal Julien, Jean Nayrolles, mais aussi de personnes extérieures à la société qui, par sympathie, consacrent bénévolement de nombreuses heures à déplacer des meubles, bricoler, porter des rayonnages, ranger des livres. On sent une sorte d’allègre fermentation autour de notre société qui se traduit aussi par le sérieux des débats, non empreints, toutefois, d’une certaine bonne humeur. On a vu réapparaître également une vieille et bonne habitude, celle des dons d’ouvrages à la bibliothèque. Et il n’est pas de séance où un membre ne vienne apporter en cadeau tel ou tel livre dont il n’a plus l’usage ou qu’il possède en double.
L’installation dans les nouveaux locaux a été pour notre Société l’occasion de se procurer un matériel nouveau, en particulier dans le domaine informatique. Ce sont les membres de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat qui, sur ce plan, nous aident de la manière la plus efficace. Le Cercle d’Oc grâce à l’intervention de M. Estibal nous a fourni un ordinateur Macintosh, la société Métro Toulouse Développement et son Directeur Général M. Vandevoorde nous ont offert non seulement deux ordinateurs Macintosh mais aussi un logiciel destiné à procéder à la saisie informatique de la bibliothèque, logiciel que M. Jolly, informaticien de MTD, est en train de mettre au point. Sur les quatre ordinateurs qui sont en notre possession, trois seront mis très prochainement à la disposition des étudiants qui viennent travailler dans nos locaux. Du reste la fréquentation de la bibliothèque est en constante augmentation et certains jours, il y a tout juste assez de place pour accueillir tous les lecteurs. Ce qui va nous pousser à demander de nouveaux ordinateurs à tous nos mécènes, la Société Patrimoine, Matra, le Crédit Foncier de France, la Semvat, les Hôpitaux de Toulouse, France Télécom, la société Latécoère, MTD. Notre ambition serait d’en posséder une dizaine laissés à la disposition des consultants de la bibliothèque.
Par ailleurs la ville de Toulouse ne se contentant pas de fournir les locaux et les meubles s’est engagée à participer au paiement et à l’embauche, dans le cadre d’un emploi à caractère social, d’un bibliothécaire, dont le recrutement est imminent, destiné à travailler aux bibliothèques des six Académies de l’Hôtel d’Assézat. Enfin elle a également augmenté, sous l’impulsion de MM. Puel et Andrès, le montant des subventions allouées aux Académies.
L’aménagement des nouveaux locaux, les petits réglages consécutifs à toute nouvelle installation ne nous ont pas empêché de poursuivre la tâche qui est la nôtre : l’encouragement à la recherche, la publication de communications scientifiques et la tenue de nos séances. C’est ainsi que nous avons publié dans les délais le tome 56 de nos Mémoires (338 p.) et que nous avons atteint maintenant la vitesse de croisière pour cette revue qui s’installe dans le paysage scientifique français et dont la publication a été saluée cette année par la presse régionale. Elle ne compte pas moins de 14 articles auxquels s’ajoutent les 50 pages du Bulletin. En la consultant vous constaterez que cette année l’accent a été mis sur Toulouse et sa région proche à l’exception de deux articles, l’un de M. Salvan-Guillotin consacré aux Peintures murales d’Antist dans les Hautes Pyrénées, l’autre de M. Gilles Séraphin sur Le château de Fumel et la Renaissance dans le Haut-Agenais et le Périgord méridional.
La plus grande partie des articles touchent la période moderne. On compte cependant la publication de M. Jean Catalo sur les fouilles entreprises au n° 4 de la Rue Clémence Isaure, c’est-à-dire sur l’emplacement même des nouveaux locaux des Académies et Sociétés Savantes et qui ont révélé les modifications du tracé urbain dans le quartier de l’Hôtel d’Assézat de l’Antiquité au Moyen Âge. On compte également l’article de M. Patrice Cabau sur Deux chroniques composées à Toulouse dans la seconde moitié du XIIIe siècle et celui de MM. Mange et Julien sur La restauration au XIXe siècle de la chapelle Saint-Exupère de Blagnac.
Mais pour le reste, ce sont les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles qui ont occupé nos séances avec les communications de MM. Ginesty et Tollon sur de Nouveaux documents sur le château de Saint-Élix, de Jean-Luc Boudartchouk sur Une section de la courtine du rempart du Bazacle au XVIe siècle, de Mme Blanc-Rouquette sur L’église Saint-Quentin, siège de la chambre syndicale des imprimeurs et libraires toulousains, église qui était située sur l’emplacement de la porte romaine exhumée lors du creusement du parking du Capitole. De même c’est la période moderne qui est concernée par les communications du Père Montagnes sur Un diplôme de la Confrérie du Rosaire au Musée Paul-Dupuy, de M. Pascal Julien sur Imagerie et propagande imprimée à Saint-Sernin de Toulouse, par les études de M. Pascal Bertrand sur Une suite de tapisseries des Actes des Apôtres par Raphaël à la cathédrale de Toulouse et de M. Latour sur L’appui de communion de l’église Saint-Paul d’Auterive.
La livraison suivante comprendra les communications que nous avons entendues depuis le mois d’avril 1996 c’est-à-dire celles du Père Montagnes, de l’abbé Baccrabère, de Mmes Michèle Heng et Quitterie Cazes, de Mlle Marie-Luce Pujalte, de MM. Daniel Cazes, Pascal Julien, Pascal Bertrand et Christian Mange. Notre secrétaire-adjoint s’est attelé à la tâche et déjà les premiers textes du prochain volume ont été saisis. Nous espérons pouvoir paraître dans les derniers jours de l’année ou les tous premiers de l’année 1998.
Le tableau que l’on peut dresser de l’activité de la Société Archéologique, très positif, est l’œuvre d’un groupe de bénévoles unis qui songent avant tout, pour paraphraser la célèbre formule du président Kennedy, à ce qu’ils peuvent faire pour la Société
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Archéologique et non à ce que la Société Archéologique peut faire pour eux. Leur action au cours des dix années où j’ai assumé les charges de Directeur et de Président n’a été rendue possible que par le travail effectué par mes prédécesseurs et en particulier par Michel Labrousse qui a, en quelque sorte, préparé à la fin de ses trente ans de présidence, le terrain sur lequel nous bâtissons aujourd’hui.
Si l’on jette un regard en arrière, cette équipe peut être fière du travail accompli : notre revue s’est améliorée dans sa présentation et dans son contenu, le nombre des membres de la Société Archéologique s’est accru de façon significative (et mardi encore nous admettrons quatre nouveaux membres), le soutien apporté par l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat est d’un puissant secours, la modernisation du matériel est en cours, la distribution des prix s’est de nouveau accompagnée de la remise de chèques, la bibliothèque et les archives sont en pleine réorganisation, l’installation dans des locaux neufs favorise l’ouverture sur le monde extérieur, le rapprochement avec les consœurs de l’Hôtel d’Assézat au sein de l’Union des Six Académies est une source permanente d’enrichissement, la politique d’échanges de revues, vigoureusement réactivée, participe à l’augmentation d’une bibliothèque déjà fort riche.
Mais nous avons encore un travail matériel important à réaliser tant pour l’informatisation de la bibliothèque que pour l’amélioration de la revue. Maintenant que les problèmes de réinstallation et d’aménagement sont en passe d’être réglés, nous devons dépasser ces questions matérielles pour nous attacher à un ambitieux projet : redonner à la Société Archéologique la place que, sur le plan scientifique et proprement archéologique, elle se doit d’avoir dans une région comme la nôtre, riche en restes préhistoriques, antiques et médiévaux. Il y a là un travail de longue haleine que nous allons entamer et qui aura de quoi occuper mes successeurs.
Je vous remercie de votre attention.
Rapport sur le concours présenté par Mme Christine Delaplace : Mlle Cécile Gloriès reçoit le prix Ourgaud, Mlle Hélène Martin le prix de la Société Archéologique du Midi de la France.
Conférence de M. Pascal Julien, membre de la Société : La sculpture méconnue de l’église Saint-Sernin, de Jean Dubois à Marc Arcis (XVIe-XVIIe siècles).
SÉANCE DU 8 AVRIL 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. Cabau, Lassure, le Père Montagnes, Nayrolles, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Delaplace, Napoléone, Pujalte, MM. Bertrand, Luce, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-archiviste, MM. le général Delpoux, Manuel.
Invité : M. Gérard Villeval
Le Secrétaire-adjoint lit le procès-verbal de la séance du 11 mars, puis Jean Nayrolles celui de la séance du 18 mars. Les deux procès-verbaux sont adoptés.
Le Président souhaite faire remarquer à propos du dernier procès-verbal qu’il faut bien constater que le fonctionnement du concours laisse à désirer. Il souhaiterait qu’à l’avenir un membre de la Société se charge plus spécialement de son organisation dès le mois d’octobre. Le concours n’est d’ailleurs pas réservé aux étudiants : la condition première est que le travail présenté doit être inédit, les membres de la Société ne pouvant évidemment participer au concours.
Le Président offre à la Société deux volumes des Cahiers de Fanjeaux, dont le volume XXV consacré aux tables et index généraux, et un important lot de photocopies des archives du duc de Lévis-Mirepoix. Ces photocopies, réalisées par une personne qui avait eu accès à ces archives pour préparer un travail sur Larroque d’Olmes, ont été récupérées alors qu’elles allaient être jetées. Le Président précise que toutes les pièces sont numérotées, et rappelle que les archives du duc de Lévis-Mirepoix sont désormais consultables aux Archives départementales de l’Ariège à Foix.
Conformément à l’ordre du jour, la Compagnie entend ensuite les rapports sur les candidatures au titre de membre correspondant. Michèle Pradalier-Schlumberger étant empêchée, trois candidatures sont examinées, la quatrième étant renvoyée à une prochaine séance.
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Christine Delaplace présente son rapport sur la candidature de Mlle Caterina Magni et lit le rapport rédigé par Jacques Lapart sur la candidature de Mlle Céline Piot. Jean-Marc Luce est le rapporteur de la candidature de Mlle Cécilia D’Ercole. On procède au vote. Les trois postulantes sont élues membres correspondants.
La parole est alors à Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval pour une communication sur Les fouilles médiévales (XIIe-XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers) :
« Dans la vallée de l’Auroue, à 400 m seulement au Sud-Ouest du village de L’Isle-Bouzon (1), castelnau installé vers 1250 (sa charte de coutumes est de 1267) sur la bordure du plateau calcaire qui domine la rivière à l’Est, le site médiéval de Corné fait l’objet de fouilles archéologiques depuis 1987. Elles relèvent du programme national H. 18 (Villages et territoires médiévaux et post-médiévaux) et s’inscrivent parmi les activités de l’Unité Mixte de Recherches du C.N.R.S. 5 608-UTAH (directeur Jean-Marie Pailler) ainsi que dans une recherche collective sur le monde villageois réalisée par l’U.M.R. 5 591-FRAMESPA (directeur Maurice Berthe). Entreprises à la suite de la mise en culture de prés en bordure de la rivière, elles ont pour l’essentiel été effectuées entre 1989 et 1992 dans le cadre d’une autorisation de fouille de sauvetage programmée (2). Leur problématique, établie à partir des données apportées par une série de sondages en 1988, incluait notamment la vérification de l’existence – que suggérait la proximité mais surtout l’absence de correspondance entre le nom du castelnau voisin de L’Isle-Bouzon et sa localisation géographique – d’une filiation entre les deux centres de peuplement.
En apportant la preuve que le site est constitué de deux parties distinctes – une zone castrale et une zone d’habitat formant un hameau subordonné – elles ont tout d’abord confirmé une indication apportée par la topographie et dont le plan cadastral de 1833 rend parfaitement compte.
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L’ISLE-BOUZON (GERS), CORNÉ.
Le site médiéval de Corné et l’agglomération actuelle de L’Isle-Bouzon
(extrait du tableau d’assemblage du plan cadastral révisé pour 1985).
Dans la zone castrale, installée à l’intérieur d’un ancien méandre de l’Auroue aujourd’hui indiqué par une simple dépression, les recherches ont mis au jour les puissantes fondations (l. : 2,50 m) d’un tour-salle de plan presque carré (dimensions extérieures 9,50 m x 9,40 m). Conservées sur une hauteur de 2 m environ, elles sont formées de deux parements de moellons calcaires laissés bruts et enserrant un blocage de pierres de même nature liées par un mortier de médiocre qualité.
La manière dont cette zone castrale a été implantée sur un terrain humide et manquant de fermeté, témoigne d’une véritable
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maîtrise technique : en même temps qu’était isolé l’intérieur du méandre en barrant celui-ci à son origine, on entreprit la construction de la tour-salle dont les fondations, installées directement sur le sol, sans creusement de tranchées, furent remblayées avec la terre provenant du creusement du nouveau bief. Il en résulta une surélévation du terrain dont le résultat fut la création d’une butte artificielle haute d’environ 2 m mettant l’édifice à l’abri des inondations. On prit aussi la précaution de donner à ces fondations une forte épaisseur – sans doute bien supérieure à celle des murs en élévation – de façon à répartir le poids de l’édifice sur une surface importante.
Un fossé (l. : 21,50 m au sommet et 4,50 m environ à la base, profondeur maximale 2,60 m) que rien ne signalait à la surface du sol et qui résulte d’un remodelage d’une partie de l’ancien lit de l’Auroue, débutait à 3 m à peine à l’Ouest de la tour-salle. Une coupe transversale a montré qu’il possède un profil trapézoïdal dissymétrique, la pente de son bord oriental étant moins accentuée que son opposée. Homogènes et se prolongeant d’un bord à l’autre, les deux couches supérieures de son remplissage résultent d’un comblement intentionnel. La formation de la partie inférieure de la couche 3 qui comporte du matériel archéologique et des restes végétaux correspond à la période d’occupation du site. Enfin, les blocs et les branchages pris dans la vase qui appartient à l’ancien lit de l’Auroue avec lequel se confond la partie inférieure du fossé proviennent d’un aménagement réalisé lors de la mise en place de la zone castrale pour circuler plus facilement.
Une cinquantaine de mètres à l’Ouest de la zone castrale, les fouilles ont en partie dégagé un habitat constitué de bâtiments à poteaux porteurs qui se sont révélés en grande partie construits en bois, ce qui paraît surprenant dans cette région où la pierre abonde mais s’observe également sur d’autres sites contemporains de Corné explorés ces dernières années dans le Gers et en Lot-et-Garonne (3).
Indication que ces bâtiments desservis par des passages empierrés étaient des habitations, de simples foyers en argile dont le dessus, presque toujours fortement bombé, présente parfois des incisions se recoupant, constituent leur seule installation intérieure encore observable. Aucune trace de sol aménagé n’a été observée. L’évacuation incomplète des cendres provenant des foyers et des restes de toute nature provenant des activités des habitants, la boue apportée par la circulation de ces derniers ont provoqué un exhaussement progressif du niveau d’occupation et expliquent les superpositions de foyers fréquemment observées.
![]() L’ISLE-BOUZON (GERS), CORNÉ. Habitat. Plan de masse (août 1995). |
Le seul bâtiment entièrement fouillé (B) a la forme d’un trapèze allongé. D’une surface d’environ 52 m2, il a une longueur de 10 m au sud et de 9 m au Nord. De 5,20 m à l’extrémité orientale, sa largeur passe à 5,90 m à l’extrémité opposée. Il est matérialisé au sol par seize trous de poteau dont l’un, creusé au détriment d’un foyer, est la conséquence d’une réparation. Les cinq trous de poteau de chacun des grands côtés se font face et délimitent quatre travées. En se fondant sur l’emplacement des zones foyères, on peut avancer que l’intérieur était partagé en trois cellules, celle située à l’Ouest incluant deux travées.
En raison de l’épaisseur des sédiments à évacuer, seule la partie orientale de l’habitation A, dont la largeur s’est révélée de 7 m, a pu être dégagée. Si un trou de poteau repéré au fond d’une tranchée de reconnaissance en fait effectivement partie, elle mesurait presque 10 m et avait une surface voisine de 70 m2. Neuf trous de poteau ont été localisés : sur le petit côté, trois trous de poteau intermédiaires sont encadrés par les poteaux corniers, trois autres appartiennent au grand côté sud, un seul à son opposé. À son extrémité est, elle comporte une zone foyère formée de trois aires dont deux se superposent tandis que la troisième, en position supérieure, est en léger décalage. Une quatrième aire est placée un peu à l’écart. La stratigraphie indique un remaniement généralisé du bâtiment avec installation d’une nouvelle zone foyère plus à l’Ouest mais il ne semble pas avoir concerné la structure du bâtiment car aucun trou de poteau attribuable à ces travaux n’a jusqu’ici été localisé.
La fouille de l’habitation C est également incomplète. À l’Ouest un fossé creusé dans le substratum argileux la protégeait de
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L’ISLE-BOUZON (GERS), CORNÉ. Objets découverts en 1995 :
1. Fer de lance ; 2-4. Fers de trait ; 5. Rouelle en plomb ; 6. Boucle de harnais ; 7. Fragment d’éperon.
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| L’ISLE-BOUZON (GERS), CORNÉ. Applique décorative représentant un masque léonin (alliage cuivreux doré). |
l’humidité en recueillant les eaux de ruissellement et en les évacuant latéralement. Il dessine un léger arc de cercle mais se recourbe brusquement vers l’Est à ses deux extrémités, son profil est dissymétrique (sa largeur atteint 2,25 m à l’ouverture, elle est de 1 m au fond pour une profondeur de 0,45 m). Une seule pièce a pu être dégagée. Elle mesure 8,70 m de long et 5,40 m de large, (soit une surface de 47 m2) et 16 trous de poteau creusés de façon à se faire face deux à deux la délimitent. Les trous intermédiaires sont au nombre de quatre sur les grand côtés, de deux sur les autres. Élevée sans liant avec des matériaux divers (pierres calcaires, blocs équarris, morceaux de tuiles à rebords antiques et même, de meules à moudre) qui se superposent parfois sur deux rangs, une murette fait le tour de cette pièce, ne laissant en dehors que la travée sud. Elle est dans le même alignement que les trous de poteau sur trois côtés mais nettement en avant de ceux de la rangée ouest, ce qui empêche, semble-t-il, de l’identifier comme un solin. Sa fonction était peut-être de protéger de l’incendie les parois de l’habitation car on observe que la couche d’argile répandue pour réaliser l’aire de combustion la plus ancienne de la zone foyère pratiquement au centre de la salle se prolonge jusqu’à elle. Dans l’angle nord-ouest, une seconde zone foyère comporte également deux aires de combustion superposées.
Près de l’angle nord-est de la pièce, du côté ouest, deux trous de poteau font supposer l’existence d’un appentis. Dans sa partie sud, une zone foyère est formée d’une aire de combustion à laquelle deux autres, placées côte à côte, sont venues se superposer. À proximité de l’angle nord-est de la pièce, deux autres aires de combustion superposées touchent à la bordure du fossé et, comme paraît l’indiquer un trou de poteau situé juste au pied de sa berge externe, il est possible que l’appentis ait été prolongé après comblement de ce dernier.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire le bâtiment D dont seul l’angle nord-est a été mis au jour.
Abondant et diversifié, le mobilier recueilli est soit domestique soit lié à des activités agricoles ou artisanales mais le nombre élevé d’accessoires d’équitation (mors, étrier, boucles, phanères, branlants et pendentif de harnais) et d’armes est surprenant. Alors que les structures découvertes sont à cet égard peu parlantes, un outillage fort diversifié et abondant mais aussi des déchets de fabrication ont permis d’identifier les diverses activités pratiquées à Corné. Comme on pouvait s’y attendre, l’agriculture venait au premier plan et les identifications effectuées par M.-P. Ruas, Chargée de recherches au C.N.R.S. (U.M.R. 5 608), ont confirmé, qu’à l’exemple des autres sites médiévaux de la région, il s’agissait d’une polyculture à dominante céréalière (orge, blé tendre, avoine) à laquelle était associée une légumineuse, la féverole. Les vestiges fauniques montrent l’importance de l’élevage (porc, bœuf, ovicapridés, cheval, âne, poule, coq, chien et chat).
La transformation des fibres textiles – lin et, sans doute, laine – occupait une large place dans cet artisanat domestique. Elle est attestée par de nombreuses dents en fer de peignes servant pour le cardage. Deux ties de fuseau également en fer et, surtout, une multitude de fusaïoles découpées dans un tesson ou modelées (715 exemplaires) indiquent la large place que tenait le filage tandis qu’une série de pitons d’un modèle particulier – similaires aux » tenter-hooks » des sites médiévaux anglais, ils témoignent de l’existence de tendeurs pour le séchage des étoffes qui, au sortir du métier, subissaient un lavage – sont la preuve que le tissage se pratiquait sur place. Enfin, tout un ensemble d’objets se rapporte à la confection et à la couture (ciseaux, dés à coudre, épingles, aiguilles, passe-lacets).
Si le travail de l’os (fabrication de passe-lacets notamment), de la corne ou des bois de cervidés paraît avoir été relativement délaissé, il en va autrement de celui des peaux qu’attestent nombre de racloirs ou » paroirs » utilisés pour dégraisser leur revers avant tannage. Des alènes et divers perçoirs indiquent la réalisation d’objets en cuir. Mis en évidence à propos de la construction, le rôle joué par le bois trouve une confirmation dans la découverte d’une série d’outils (eissettes, tarières et haches) utilisés pour les travaux de charpenterie et de menuiserie. L’absence de scies est par contre totale. D’assez nombreux culots de fer indiquent l’existence d’une forge permettant la fabrication de matériel agricole ou d’objets usuels ainsi que leur réparation. Une valve de moule utilisé pour la production de croix pectorales en plomb ou en étain est révélatrice d’une activité produisant pour la vente.
Un artisanat, signalé également sur d’autres sites médiévaux de la région (Luzan, L’Isle-Jourdain), est celui du remploi, pour la réalisation d’objets utilisés quotidiennement, de matériaux en terre cuite (débris de tuiles à rebords et de céramiques, petits objets en métal) récupérés sur des sites antiques voisins. Il ont notamment servi à la fabrication de fusaïoles, de pions de jeu ainsi que d’opercules parfois appelés palets-disques.
À ces activités mettant en jeu des compétences techniques plus ou moins grandes et à l’origine d’échanges commerciaux dont des monnaies – il s’agit exclusivement de deniers et d’oboles de Morlaas – et des méreaux en nombre élevé (35) apportent le témoignage, s’ajoutait l’accueil des pèlerins. C’est ce que semble indiquer la découverte d’une extrémité ferrée d’un bâton et, à l’intérieur d’une habitation pour quelques-unes, de coquilles Saint-Jacques percées pour être fixées sur un vêtement. Corné se trouvait peut-être à proximité d’une bretelle de la « via podensis » qui passait à Flamarens, une dizaine de kilomètres plus au Nord.
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Il est difficile d’évaluer la place que tiennent les divertissements mais leur diversité a pu être constatée. Les jeux de table avaient une part importante (pions de jeu) mais les échecs pourtant attestés sur maints sites médiévaux (en Gascogne même, un pion de jeu d’échecs figure parmi le mobilier livré par la motte 1 de Panassac) semblent avoir été ignorés. Une guimbarde et, dernier vestige d’une viole, un cordier en os indiquent que la musique avait également sa place.
Divertissement mais aussi entraînement à la guerre, la chasse était largement pratiquée à en juger par le nombre élevé d’armes (fers de javelines, pointes de flèches et fers de trait de divers modèles) utilisables pour cette activité dont le produit permettait de diversifier l’alimentation carnée. Parmi les animaux chassés figuraient surtout le sanglier, le cerf et le chevreuil. Bien que l’on soit à proximité d’un cours d’eau, la pêche n’a par contre laissé que peu de témoignages (un hameçon et quelques plombs, semble-t-il) mais il faut tenir compte du fait que l’essentiel de l’équipement (filets, nasses, paniers) était en matériaux périssables.
Les tâches domestiques absorbaient sans doute une grande partie du temps des habitants qui, pour la préparation des aliments, devaient transformer eux-mêmes les produits agricoles en matières utilisables. Des meules en poudingue – toutes ont curieusement été retrouvées brisées – indiquent la mouture de diverses céréales ou graines consommées sous forme de bouillie. Les témoignages de deux activités particulières ont été recueillis. La première était la torréfaction de graines de céréales qui, abandonnées parce que carbonisées, ont été retrouvées dans l’habitat en bordure de plusieurs foyers. La raison de cette opération reste imprécise : peut-être visait-elle à assurer leur conservation ou, lorsqu’il s’agissait d’espèces vêtues, à les débarrasser, après battage, de leurs enveloppes ? La seconde, attestée par la trouvaille de nombreuses coquilles carbonisées et, aussi, d’une cinquantaine de petites lames en fer pouvant provenir de cernoirs, paraît être l’ouverture de noix pour l’extraction des cerneaux dont le broyage fournira l’huile destinée à l’alimentation et l’éclairage.
Une telle abondance de documents archéologiques donne l’impression que l’on a affaire à une communauté particulièrement laborieuse s’efforçant de tirer de la nature tout ce qu’elle peut produire. Dans une gamme de travaux variés lui permettant de subvenir à l’essentiel de ses besoins, elle fait preuve d’aptitudes techniques diverses et d’un savoir-faire incontestables. Définir son statut est malaisé. S’il est évident que sa tâche essentielle était d’exploiter les terres d’un domaine, de pourvoir à l’entretien de ceux qui le détiennent et de les servir, elle semble avoir bénéficié d’une marge de liberté rendant possibles certaines activités pourvoyeuses d’un supplément de ressources personnelles.
La chronologie du site – entre 1150 et 1250 approximativement – a été obtenue par l’étude comparative du matériel, notamment avec celui d’autres gisements médiévaux fouillés récemment – L’Isle-Jourdain (Gers) et Landorthe (Haute-Garonne) – et confirmée par deux analyses au C 14. Cette fourchette chronologique permet d’envisager que le Boson de L’Isle mentionné en 1176 par une charte de donation du cartulaire de l’abbaye de Gimont fut, sinon à l’origine de la création du site de Corné, du moins un de ses détenteurs (4). C’est en tout cas ce que semble indiquer la présence, parmi les cautions de l’acte (fidejussores) de l’évêque de Lectoure, Garsia Sanche, et surtout de Bernard de Saint-Créac, village limitrophe de L’Isle-Bouzon.
La stratigraphie de l’habitat d’où toute trace de destruction brutale et, notamment, d’incendie est exclue comme les conditions de gisement du mobilier font exclure l’éventualité d’une désertion forcée liée à un événement tel qu’un fait de guerre. Il apparaît dès lors que l’abandon de Corné et le départ de ses habitants n’ont pu être qu’intentionnels. La fondation du castelnau de L’Isle-Bouzon que ses co-seigneurs – Jean et Pierre de L’Isle, Ayssieu III et Géraud de Galard, Fort de Laimont et Guiraude de Sempesserre – dotèrent d’une charte de coutumes en 1267 vient en fait s’inscrire dans un ample phénomène de regroupement de l’habitat dont les origines se situent dans le Latium du Xe siècle et qui, après avoir concerné aux XIe et XIIe siècles la Provence et le Languedoc, va largement affecter la Gascogne dans le courant du XIIIe siècle.
Les fouilles de Corné donnent un aperçu de l’un des multiples habitats dont diverses sources documentaires indiquent la dissémination dans la campagne gersoise (5) avant les transformations liées au phénomène de la mise en place des castelnaux (6). Mises en lumière par les recherches, les modalités selon lesquelles se sont opérés l’abandon du site et le déplacement de sa population vers le castelnau nouvellement fondé à proximité mais sur un emplacement radicalement différent en ce qui concerne la topographie apparaissent représentatives d’un phénomène général. On les retrouve, par exemple, à propos de l’agglomération voisine de Castelnau d’Arbieu fondée vers la même époque (sa première charte de coutumes, accordée par Arbieu de Labatut, est de 1263) (7) et dont une partie au moins de la population provient de Quinsac, site tout proche dont les matériaux furent quelque temps après récupérés pour la construction de l’enceinte du castelnau (8).
Un nouveau programme de recherches sera mis œuvre à partir de l’été 1997. L’extension des fouilles à l’ensemble du site rendra possible une étude détaillée des diverses structures qu’il recèle et de son organisation spatiale. Une collaboration accrue de spécialistes du paléo-environnement permettra également d’affiner les données disponibles sur le milieu dans lequel évoluaient les habitants et, grâce à une évaluation plus précise des prélèvements opérés, de mieux évaluer la pression subie par ce dernier.
Jean-Michel LASSURE (U.M.R. 5 608-U.T.A.H. C.N.R.S)
Gérard VILLEVAL.
1. Dans le Nord du département du Gers, L’Isle-Bouzon se trouve à mi-distance de Lectoure et de Saint-Clar.
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2. En 1993 et 1995, des sondages ont permis de compléter les acquis des campagnes antérieures.
3. Vingt ans d’archéologie en Moyenne-Garonne. Occupation du sol du VIIIe siècle avant J.-C. au XIVe siècle après J.-C., p. 14 (Agen), p. 27-28 (Lunac).
4. Abbé Clergeac, Cartulaire de l’abbaye de Gimont, Archives historiques de la Gascogne, 2e série, fasc. 9, Paris-Auch, 1905, p. 47.
5. Cf. P. Bonnassie, « La croissance agricole du Haut Moyen Âge dans la Gaule du Midi et le Nord-Est de la Péninsule ibérique : chronologie, modalités, limites », dans Flaran 10. La croissance agricole du Haut Moyen Âge. Chronologie, modalités, géographie, 1990, p. 13-15.
6. Dans le rapport d’activité de l’U.R.A. 247 pour 1995, M. Berthe insiste sur le fait que Corné est représentatif d’« un type d’établissement humain antérieur à la création des bourgs castraux qui constituent une des étapes les plus importantes du peuplement en Gascogne ».
7. B. Cursente, Les castelnaux de la Gascogne médiévale, 1980, p. 126.
8. B. Cursente, Du casal à l’ostau. Habitat, société, pouvoir dans la Gascogne médiévale, Dossier de demande d’une habilitation des Recherches, 1995, p. 241, note 84. »
Le Président remercie Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval pour cette communication très complète et très abondamment illustrée, qui a déjà en grande partie répondu aux questions qu’il pouvait se poser. Il voudrait cependant avoir des précisions sur la chronologie du site.
Jean-Michel Lassure répond que l’occupation du site correspond aux années 1150-1250, l’abandon paraissant survenir au milieu du XIIIe siècle au profit du castelnau voisin. L’absence de toute trace de violence montre qu’il s’agit d’un abandon volontaire. Le phénomène prend place dans la problématique plus large qui est celle des tours-salles de Lomagne, avec cependant aucune évolution de site comparable jusqu’à présent. Il faut remarquer que le Toulousain, pour lequel les datations sûres font d’ailleurs défaut, connaît une situation très différente. La datation proposée pour le site de Corné à L’Isle-Bouzon est confortée par deux analyses de carbone 14 qui ont donné des dates concordantes vers 1150, et par l’étude des boucles mieux connues aujourd’hui grâce au travail de Michel Barrère.
Le Président remarque qu’il s’agit d’un site qui servira de référence, et demande quel rapport peut être établi avec la tour de La Rouquette à Plieux. Jean-Michel Lassure précise que la tour de La Rouquette, comparable par ses dimensions mais non par sa date, permet d’évoquer l’élévation de celle de L’Isle-Bouzon dont seules les fondations subsistent aujourd’hui.
Répondant à Christine Aribaud, Jean-Michel Lassure indique que la fouille n’a pas livré de tissus, la nature du sol n’en permettant pas la conservation.
Revenant sur l’hypothèse d’un déplacement de Corné vers le site actuel de L’Isle-Bouzon, Louis Peyrusse demande comment il faut expliquer le déplacement de 400 m d’un site dont le mobilier et l’architecture ne paraissent pas vraiment médiocres. Jean-Michel Lassure précise que le matériel n’a rien d’extraordinaire, et que le mobilier retrouvé sur les sites de ce type est partout aussi riche et diversifié : il témoigne du niveau de vie général atteint à cette époque. Le déplacement de la résidence castrale et de son habitat subordonné correspondrait au passage d’un habitat ouvert à un habitat fermé, plusieurs petits seigneurs se groupant dans un castelnau.
Maurice Scellès voudrait savoir si la tour était isolée. Jean-Michel Lassure indique que des bâtiments de construction légère la jouxtaient peut-être.
Henri Pradalier remarque qu’en dehors des quelques objets, en bronze doré par exemple, qui témoignent d’une certaine richesse, le reste du matériel appartient à des productions très médiocres, ce que confirme Jean-Michel Lassure.
Jean-Michel Lassure ajoute que l’impression qui domine est celle d’un habitat très négligé, ce qui n’a rien de surprenant si l’on garde à l’esprit que des fouilles de castra princiers ont révélé des quantités très importantes d’immondices. Maurice Scellès note la vision contrastée qu’offrent les études urbaines et rurales.
Jean-Michel Lassure précise que l’activité de l’habitat subordonné n’était probablement pas seulement agricole ou artisanale. Il y avait peut-être aussi une activité d’accueil, peut-être liée à un chemin secondaire de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce dont pourrait témoigner une coquille retrouvée en dehors de toute sépulture, ce qui est assez rare.
En réponse à une question du Président, Jean-Michel Lassure dit que l’on ne dispose pas encore des résultats des analyses des bouses de vache, qui pourraient apporter d’intéressantes informations sur les pollens ou les parasites intestinaux du bétail.
Jean-Marc Luce demande s’il faut considérer que la banquette en pierre et les trous de poteau sont exactement contemporains. Pour Jean-Michel Lassure, la banquette n’est sans doute pas un aménagement postérieur, bien que les trous de poteau n’apparaissent qu’au niveau du sol géologique.
Relevant que les deux tonnes de céramique recueillies représentent une quantité considérable, Jean-Marc Luce demande s’il a été possible d’évaluer le nombre de vases par maison. Gérard Villeval et Jean-Michel Lassure disent que devant l’impossibilité de traiter tous les aspects, le choix a été de mettre l’accent sur l’étude des formes et des pâtes.
Maurice Scellès voudrait savoir pourquoi les trous de poteaux n’apparaissent qu’au niveau du sol géologique. Gérard Villeval répond que c’est la nature du terrain, avec des couches de terres noires sur noires, qui n’a pas permis de les repérer plus tôt.
Patrice Cabau demande si la destruction de la tour-salle est intervenue au moment de la translation. Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval pensent qu’elle est en effet à peu près contemporaine du déplacement vers le castelnau fondé par le seigneur de L’Isle-Bouzon et sept autres co-seigneurs et où sont regroupés soixante-dix chefs de famille. Jean-Michel Lassure rappelle que ces tours-salles sont très nombreuses, et qu’il en subsiste encore une autre sur le territoire même de L’Isle-Bouzon, au lieu dit La Tour. Il entretient d’ailleurs une collaboration suivie avec Serge Brunet qui a entrepris l’étude de ces tours-salles. Maurice Scellès évoque les bories des environs de Cahors et mentionne celle de La Biau, près de Gourdon, qui présente de nombreuses analogies avec le site de Corné, bien que la tour conservée soit plus récente.
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Jean-Michel Lassure conclut en soulignant tout l’intérêt du site de Corné qui révèle une possible phase intermédiaire entre la motte castrale et le castelnau.
SÉANCE DU 29 AVRIL 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, d’Ercole, Napoléone, Pujalte, MM. Boyer, Burroni, Ginesty, Manuel, membres correspondants.
Excusé : M. Cazes, Secrétaire Général.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 8 avril dernier, qui est adopté.
Le Président souhaite la bienvenue à Cecilia d’Ercole, en la félicitant de n’avoir pas tardé à rejoindre notre Compagnie après son élection comme membre correspondant la semaine dernière.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. C’est en premier lieu M. Patrick Périn qui accepte volontiers de faire partie du comité scientifique de nos Mémoires. Le C.T.H.S. nous remercie d’avoir répondu à son questionnaire sur le patrimoine des Sociétés Savantes et nous adresse deux invitations pour le colloque qui se tiendra sur ce thème du 24 au 27 octobre prochains. Enfin, le général Delpoux nous fait part des observations qu’il a pu faire lors de la restauration du pont du Tounis et déplore le « massacre » qu’a alors subi le plus vieux pont de Toulouse. Pour Jean Coppolani, aucun autre parti de restauration n’était toutefois possible, en raison de la très mauvaise qualité de la maçonnerie constituée pour l’essentiel de débris de brique.
Après avoir indiqué la parution du dernier numéro de la Lettre des Amis de l’Hôtel d’Assezat, le Président signale plus particulièrement à l’attention de la Compagnie deux articles parus dans la presse : l’un paru dans La Dépêche du Midi du 13 avril, à l’occasion de la séance publique, sous la forme d’un entretien avec notre Président ; l’autre, paru dans Le Monde du 26 avril, rend compte de la polémique soulevée par les interventions de l’Architecte en chef des Monuments historiques sur le château de Falaise, attaquées devant les tribunaux par plusieurs associations dont MoMus. Le Président relève que certains des arguments avancés contre la réalisation de Falaise sont les mêmes que ceux que l’on opposait à la dérestauration de Saint-Sernin.
La parole est alors à M. Jean-Claude Boyer pour une communication consacrée à Un cycle de tableaux de Charles-Joseph Natoire (Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777) découvert en Languedoc, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie Jean-Claude Boyer d’une communication qui a réservé à notre Compagnie la révélation d’un ensemble inédit attribuable à Natoire, qui ne manquera pas de susciter des questions parmi les modernistes.
Louis Peyrusse remarque que l’état des toiles rend évidemment leur étude assez difficile et empêche d’apprécier leur qualité réelle, mais il voudrait savoir s’il est impossible d’imaginer que Natoire ait fourni les dessins, l’exécution des œuvres étant confiée à des pensionnaires de l’Académie de France à Rome. Pour Jean-Claude Boyer, une telle hypothèse n’aurait rien d’absurde. La difficulté tient déjà en effet à l’état déplorable des toiles, abîmées et très sales, ce qui ne permet pas d’en avoir une appréciation décisive. Il est vrai aussi que Natoire ne fait jamais allusion à ces tableaux dans la correspondance de l’Académie.
Louis Peyrusse demande si la somme de 3 000 livres pour cinq grandes toiles n’est pas un prix bien peu élevé pour un peintre de la renommée de Natoire. Jean-Claude Boyer précise que cette somme n’est mentionnée que par Estadieu qui ne cite aucune source à l’appui de son affirmation ; 3 000 livres ne seraient d’ailleurs pas nécessairement un prix très bas, mais il faut encore imaginer que le peintre est à même de modérer son prix.
À Bruno Tollon qui voudrait savoir si les toiles se trouvent dans leurs lambris d’origine, Jean-Claude Boyer répond qu’il n’en n’est pas sûr.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne de rencontrer des toiles d’un artiste aussi renommé dans une église de dernier plan, et il comprend les réticences de Louis Peyrusse. On est tenté de soupçonner des tableaux réalisés d’après des gravures devant des œuvres sans beaucoup de détails, où dominent de grands aplats avec des couleurs d’une simplicité qui font penser aux productions en série des années 1830. Jean-Claude Boyer lui donne raison en ajoutant que l’un des tableaux reprend d’ailleurs une autre œuvre de Natoire. Il insiste à nouveau sur le fait qu’il ne prétend pas avoir résolu le problème de la commande. Il n’y a cependant pas d’impossibilité et c’est peut-être par l’intermédiaire de Mgr de Burral qu’a pu se faire la commande. Quant au schématisme du dessin des toiles, hormis sans doute celle du maître-autel, il traduit peut-être un effort de Natoire pour s’adapter à une nouvelle période, en effet tout à fait à l’opposé du style des œuvres de l’hôtel de Soubise. Elles révéleraient un tout autre esprit à la fin de la vie du peintre alors que l’on a tendance à penser que Natoire se consacrait alors exclusivement au paysage. Cela dit, il ne serait pas absurde de faire l’hypothèse que Natoire ait fourni les dessins, les toiles étant exécutées par d’autres.
Le Président présente les ouvrages offerts à la Société, avec en premier lieu le dernier recueil de l’Académie des Jeux
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floraux ; Gilles Séraphin donne un tiré à part d’un article de Pierre Garrigou Grandchamp, « L’architecture domestique dans les agglomérations périgourdines aux XIIe et XIIIe siècles », dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. CXXII (1995), p. 683-728 ; Chantal Fraïsse offre au nom du Centre Marcel-Durliat de Moissac l’ouvrage de Pierre Sirgant, Moissac bible ouverte, Montauban : 1996, 391 p., et la réédition des trois premiers volumes des Études historiques sur Moissac de Lagrèze-Fossat.
Le Secrétaire-adjoint lit une note que notre confrère Gilles Séraphin adresse à la Société, à propos de Bigaroque et la croisade contre les Albigeois :
« Il est d’usage de faire débuter la croisade contre les Albigeois par la prise du castrum de Puylaroque en Quercy. Tandis que se mettait en marche l’armée principale de la croisade, forte de vingt mille chevaliers et convergeant vers Béziers, une seconde troupe commandée par le comte d’Auvergne et l’archevêque de Bordeaux se réunissait de son côté. Elle comprenait notamment des Agenais et des Quercinois et parmi eux le vicomte de Turenne, les évêques de Bazas, de Limoges, d’Agen, de Cahors ainsi que les seigneurs de Cardaillac, de Castelnau (1) et de Gourdon. Cette « avant-croisade » ou « croisade quercinoise », dont M. Roquebert nous rappelle qu’elle précéda chronologiquement la grande chevauchée du sac de Béziers, aurait emporté successivement Puylaroque en Quercy, puis Gontaud et Tonneins en Agenais, avant d’établir ses quartiers devant Casseneuil où Segui de Balencs lui opposa une résistance inattendue. Le siège en échec, les croisés lâchèrent prise et « l’ost de Casseneuil », comme le nomme Guillaume de Tudèle, se dirigea alors vers Villemur-sur-Tarn avant de marcher sans doute vers Béziers ou Carcassonne. Entre temps, l’évêque du Puy, après avoir rançonné Caussade et Saint-Antonin-Noble-Val, avait apporté son renfort à l’armée.
![]() LE TRAJET DE « L’OST DE CASSENEUIL ». Carte Gilles Séraphin. |
Les premiers faits d’armes de la croisade auraient donc eu lieu, non pas à Béziers, mais à Puylaroque. Toutefois un détail surprend dans ce récit. On saisit mal en effet la logique d’un parcours menant une armée pressée par la quarantaine de Puylaroque à Béziers en tournant le dos à l’objectif et en effectuant d’emblée un détour de près de trois cents kilomètres dans le meilleur des cas. Pour ceux qui partaient de Bordeaux, le périple qui les aurait amenés en Quercy avant de revenir sur leur pas jusqu’à Tonneins et de repartir vers Villemur paraît totalement absurde. Par ailleurs, une troupe en provenance de Puylaroque aurait dû atteindre Casseneuil avant Tonneins et Gontaud. À moins que l’auteur de la Chanson de la Croisade n’ait inversé par erreur l’ordre des localités assiégées par les croisés, on est conduit à supposer qu’un autre Puylaroque pourrait être en cause. Or, si l’on se réfère au texte original, on constate que le vers 312 de Guillaume de Tudèle mentionne en réalité la prise d’un lieu nommé « Peguarocha » et non Poi la Rocha ou Poi de la Rocha comme on l’attendrait.
Cette relecture étant faite, la mention de Gontaud parmi les places assiégées offre dès lors une nouvelle piste. On constate en effet que ce castrum avait été possédé, peu de temps avant les événements, par Henri de Gontaud qui venait de décéder, lequel
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était seigneur également de Biron et d’un castrum nommé Bigaroque en Périgord. De même, il n’est pas indifférent de noter que Tonneins et Casseneuil, les deux autres places assiégées par les croisés, étaient en possession d’un même lignage, les Rovignan. Est-ce un hasard par ailleurs si on retrouve ensemble Hugues de Rovignan seigneur de Casseneuil et Gaston de Gontaud, fils d’Henri, en 1238, dans le cercle des témoins d’un hommage de Gaillard de Beynac, dont le lignage avait précisément été spolié de la coseigneurie de Bigaroque peu avant la croisade.
Au demeurant, les quelques hérétiques brûlés à Casseneuil par les croisés suffisent à peine à expliquer les motivations des croisés dans cette chevauchée en Agenais. Ici, l’identité de l’évêque d’Agen apporte sans doute un élément de réponse. Il s’agissait en effet d’Arnaud de Rovignan qui n’était autre que le frère du seigneur de Casseneuil, Hugues de Rovignan, et vraisemblablement du seigneur de Tonneins, Raimond-Bernard de Rovignan.
L’évêque d’Agen, on est tenté de le soupçonner, serait donc venu faire valoir par la force des intérêts propres, aussi bien à Casseneuil qu’à Tonneins. Quant au castrum de Bigaroque, il venait d’être acquis, en même temps que Biron, par un ancien sénéchal de Jean Sans Terre, Martin Algaïs, passé depuis au service du comte de Toulouse. Martin Algaïs succédait ici à Henri de Gontaud dont il avait épousé la fille Aina. On sait que la croisade reparaîtra en 1212 en Périgord pour s’emparer de Biron en même temps que de Casseneuil, une fois encore, puis en 1214 pour assiéger Beynac. Martin Algaïs sera d’ailleurs exécuté à l’issue de la prise de son château par Simon de Montfort.
Pour ce qui concerne Bigaroque, on constate seulement que ce castrum qui appartint conjointement aux Beynac et aux Gontaud à la fin du XIIe siècle (2), ne figurait plus parmi les possessions de ces familles après la croisade mais qu’il figurait en revanche au nombre des nouvelles possessions périgourdines de l’archevêque de Bordeaux, avec Belvès, Berbiguières et Couze. Ce transfert n’offre-t-il pas a posteriori un motif plausible à l’archevêque de Bordeaux pour avoir conduit les croisés à Bigaroque plutôt qu’à Puylaroque ?
1. R. de Castelnou ou plus probablement B. de Castelnou, mentionné par G. de Tudèle, a été abusivement identifié avec Ratier, seigneur de Castelnau-Montratier. Il s’agissait plus vraisemblablement de Bernard de Castelnau, seigneur de Castelnau-Bretenoux.
2. Le castrum de Bigaroque est mentionné pour la première fois en 1143 et il semble qu’il appartienne à cette époque à Adémar de Beynac et à Guillaume de Biron, fondateurs de l’abbaye de Cadouin. En 1195, Richard Cœur de Lion avait cédé Beynac et Bigaroque à son capitaine Mercadier, à la suite du décès sans héritier d’Adémar de Beynac et au détriment des collatéraux. Par la suite, les parts tenues par les Biron passèrent par mariage à Gaston de Gontaud. Le nom est écrit Begaroca en 1147 et 1195 et Bigarocha en 1207.
Bibliographie : La chanson de la croisade albigeoise, édition bilingue occitan-français, Paris : Berg, 1984 ; Roquebert (M.), L’épopée cathare, t. I, Privat : 1970, p. 240 ; Vigié (A.), « Possessions des Archevêques de Bordeaux en Périgord » dans Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, t. XV-XVII (1910), p. 357-401. Maubourguet (J.), Sarlat et le Périgord méridional, t. I, p. 207-209. »
Michel Roquebert juge la démonstration parfaitement convaincante, tout comme Patrice Cabau qui ajoute que Gilles Séraphin corrige une absurdité longtemps répétée sans autre vérification, alors qu’en effet, du point de vue de la toponymie, il ne pouvait s’agir de Puylaroque.
Le Secrétaire-adjoint rend compte d’une visite qu’il a effectuée le samedi 19 avril dernier à Martres-Tolosane, sur le site de la villa romaine de Chiragan. Sur le terrain labouré ont été récoltées de nombreuses tesselles de pâte de verre, toutes bleues à l’exception d’une tesselle rouge et d’une autre jaune-vert, que l’on fait circuler parmi la Compagnie. Daniel Cazes a indiqué que ces tesselles bleues avaient été mentionnées par les archéologues du XIXe siècle, mais qu’aucune n’avait été recueillie.
Mais la visite a aussi permis de constater qu’une fouille clandestine avait été pratiquée tout récemment sur le terrain appartenant à notre Société. Il faudra prendre l’avis du Maire de Martres-Tolosane et convenir des mesures à prendre, le Président rappelant que des négociations sont en cours pour enclore le site, ce qui devra donc être accéléré.
La Compagnie entend ensuite le rapport de Michèle Pradalier-Schlumberger sur la candidature de M. Emmanuel Garland qui est élu membre correspondant.
SÉANCE DU 6 MAI 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Blaquière, Cabau, Gérard, Gilles, Julien, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; M. Costa, membre libre ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, M. Bertrand, membres correspondants.
Excusé : M. Coppolani, Directeur.
Le Président ouvre la séance en rappelant que celle-ci sera un peu particulière, puisqu’elle verra se succéder deux communications.
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La parole est donc à M. Georges Costa pour une communication consacrée à Pierre Levesville et la reconstruction de la cathédrale de Nîmes, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie Georges Costa pour cette communication en effet très condensée et qui suscitera sans doute bien des questions sur les interventions des différents architectes et sur Levesville et ses rapports avec Toulouse. Le Président remarque qu’il semble que tous ceux qui interviennent sur le chantier soient recrutés dans un espace géographique assez restreint, excepté Levesville. Georges Costa dit que cela est tout à fait exact : Baudan propose toujours des maçons dont il s’assure plus ou moins le contrôle. En revanche, les chanoines essayent de faire appel à des personnes extérieures comme J. Tuillier, maître architecte de Reims qui travaille à Grenoble, ou les Laurent d’Aix-en-Provence. Georges Costa ajoute que Baudan, qui appartient à la bourgeoisie cévenole et auquel succède son fils dans la charge de maître des œuvres royaux de la sénéchaussée de Nîmes, a fait l’objet d’une thèse à l’Université de Lyon.
Le Président voudrait avoir des précisions sur les malfaçons des contreforts. Pour Georges Costa, c’est sans doute la mauvaise qualité de la pierre qui est en cause, Baudan déclarant d’ailleurs qu’il les a faits plus grands que prévu, mais il est évident que Baudan n’est pas habitué à ce genre de travaux.
Répondant au Président, Georges Costa précise que les apports de Levesville sont connus par deux pièces, le procès-verbal final et un projet, qui était accompagné de dessins qui ont malheureusement disparu, qui contient de nombreuses précisions sur les matériaux et des détails constructifs.
Louis Latour rappelle que Levesville est aussi intervenu sur le pont d’Auterive. À ce propos, il voudrait savoir si l’on connaît pour les édifices religieux, comme pour le pont d’Auterive, des successions d’enchères aboutissant à un rabais final de 30 %, ce qui pourrait expliquer certaines malfaçons. Georges Costa dit combien il a été intéressé par l’article consacré au pont d’Auterive, puis indique que l’on a l’impression que le chantier de la cathédrale de Nîmes fait l’objet d’une sorte d’entente, l’affaire étant traitée sur le plan local.
Pascal Julien demande si l’on connaît le partage du coût de la reconstruction entre les différentes parties. Georges Costa répond par la négative, et ajoute que 100 000 livres devaient être à la charge des chanoines selon une estimation des travaux, mais que le contrat sera finalement passé pour 39 000 livres en 1618.
Bruno Tollon remarque que l’étude du chantier de la cathédrale de Nîmes montre combien on a de difficultés, au pays de la stéréotomie, à trouver des architectes capables de réaliser des voûtes. Cela doit sans doute conduire à réviser les hypothèses de Jean-Marie Pérouse de Montclos élaborées à partir d’appellations comme celle d’arrière-voussure de Montpellier. Il apparaît que bien souvent on ne trouve pas sur place les architectes ou les entrepreneurs capables de réaliser ces ouvrages. Georges Costa ajoute que les découvertes faites sur la grande vis de Toulouse sont de ce point de vue considérables, et il demande si l’on a d’autres renseignements sur ce Benoît Augier qui œuvre à Toulouse et à Mirepoix. Bruno Tollon dit que l’on ne sait rien de plus, si ce n’est qu’il est appointé par l’évêque de Mirepoix.
Le Président attire l’attention sur le fait que la reconstruction de la cathédrale de Nîmes est encore prévue dans le style gothique, comme pour de nombreux autres édifices religieux d’ailleurs. Pour Bruno Tollon, cela montre que les architectes pouvaient avoir des choix esthétiques radicalement différents, qui nous paraissent aujourd’hui contradictoires. Georges Costa rappelle que les commanditaires ont évidemment un rôle déterminant dans le choix du style. Jean Nayrolles ajoute que la survivance gothique a été très importante en Provence.
Le Président présente les derniers dons d’ouvrages faits à la Société par ses membres :
– de lui-même, l’étude de Maylis Baylé sur La Trinité de Caen ;
– de Pierre Gérard, l’ouvrage de Ferdinand Lot sur les villes de la Gaule.
Puis le Président demande aux membres qui seraient disponibles le lundi 26 mai de 21 heures à 23 heures pour accueillir les visiteurs dans les locaux de notre Société, de se faire connaître.
La parole est alors à Christine Aribaud pour la communication du jour : Quand une prestigieuse légende masque une mystérieuse origine : la chasuble en cuir de Saint-Bertrand-de-Comminges, publiée dans ce volume (t. LVII, 1997) de nos Mémoires.
Le Président remercie Christine Aribaud pour cette communication qui lui a en particulier permis de découvrir les techniques de travail du cuir. Plusieurs questions lui viennent à l’esprit, la première sur la nature des cuirs utilisés pour les chasubles allemandes. Christine Aribaud précise que les études font défaut sur ce point.
Le Président note alors que l’on ne connaît qu’une seule chasuble en cuir dans le Midi de la France, alors que les devants d’autels en cuir y sont relativement nombreux. Christine Aribaud dit qu’elle ne peut actuellement proposer aucune explication, tout en faisant remarquer que les devants d’autels sont épais et rigides et relèvent d’un traitement très différent des peaux.
Le Président demande s’il faut retenir l’idée que ces chasubles seraient des chasubles de voyage, donc plus facilement transportables. Christine Aribaud dit qu’il s’agit d’une affirmation habituelle mais non vérifiée, et qu’il serait nécessaire de mener la recherche dans les archives en Allemagne, pour laquelle on aimerait d’ailleurs savoir si les chasubles en cuir sont des productions économiques ou non.
Bruno Tollon note que l’on a recours à des techniques très complexes pour imiter le tissu et Louis Peyrusse demande si les
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objets recouverts de cuir, coffres et reliures par exemple, relèvent de la même catégorie. Christine Aribaud répond que les techniques sont plus ou moins semblables en particulier dans les imitations de tissus. Louis Peyrusse se déclare abasourdi par la juxtaposition de l’aspect très populaire des motifs et des imitations de matières au contraire très précieuses. Christine Aribaud pense que c’est là que se trouve l’une des clefs de cette recherche, ces chasubles ayant peut-être été retenues pour des raisons économiques par des monastères. Pascal Bertrand n’est pas convaincu par cet argument, et rappelle qu’une chapelle du Vatican est entièrement tapissée de cuir donnant l’impression d’un damas.
Répondant au Président, Christine Aribaud indique que l’ensemble du trésor de Saint-Bertrand-de-Comminges est en assez mauvais état. Pour ce qui est de la chasuble en cuir, un devis a été demandé et envoyé en 1984, mais il est resté sans suite : l’intervention prévue concernait la conservation seule, excluant toute idée de restauration.
Au titre des questions diverses, Pascal Julien attire l’attention sur les graves menaces que représente la circulation automobile pour l’hôtel du Vieux-Raisin, déjà très dégradé. Illustrant son propos d’une diapositive très éloquente, il montre comment il serait sans doute possible de réduire un peu les nuisances dues aux gaz d’échappement en déplaçant le feu tricolore qui se trouve aujourd’hui juste devant le portail de l’hôtel. M. Blaquière confirme l’analyse de Pascal Julien.
La mesure proposée paraît souhaitable mais certainement pas suffisante. Après avoir rappelé que le carrefour d’Esquirol est le point de plus forte pollution de la ville, il est indiqué que les collections du Musée des Augustins ont considérablement souffert de cette proximité, et que c’est à leur déplacement vers 1950 que les sculptures du Musée Saint-Raymond doivent d’être dans un très bon état de conservation. La dégradation est plus difficile à mesurer sur l’hôtel du Vieux-Raisin qui n’a pas été restauré depuis le début du siècle, mais sera malheureusement très vite perceptible à l’Hôtel d’Assézat.
Le Président demande de préparer une lettre qui sera envoyée à la Mairie, en proposant le déplacement du feu de trente ou cinquante mètres.
SÉANCE DU 20 MAI 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Gillis, Julien, Lassure, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; M. Costa, membre libre ; Mmes Blanc-Rouquette, Napoléone, MM. Garland, Manuel, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Cazes, d’Ercole, M. Peyrusse.
Invité : M. Moretto.
Le Président souhaite la bienvenue à Emmanuel Garland, tout récemment élu membre correspondant et qui nous fait l’amitié de se joindre à nous, ainsi qu’à M. Moretto, invité ce soir en raison de sa passion pour le château narbonnais sur lequel il s’essaye en particulier à des reconstitutions informatisées.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 29 avril et 6 mai derniers, qui sont adoptés.
Le Président signale le don par Michel Roquebert de nombreux ouvrages et plaquettes concernant le Comminges, Saint-Antonin-Noble-Val et autres, ainsi que plusieurs numéros de La Revue du Tarn qui viennent heureusement combler partiellement une lacune de notre collection. Michel Roquebert offre également à la Société le n° 25 (décembre 1995) de la revue Heresis, dans laquelle il a publié une Petite digression sur le » marteau des hérétiques « (p. 85-107). Le Président remercie Michel Roquebert au nom de la Société.
Puis le Président annonce à la Compagnie que le Bureau a décidé de nommer une Bibliothécaire-adjointe aux côtés de Louis Latour, en la personne de Christine Delaplace qui a déjà en charge les échanges et qui participe activement avec Maurice Scellès au rangement de la bibliothèque depuis plusieurs mois.
Il indique par ailleurs que la « maison carrée » de Nay, qui a fait l’objet ici d’une communication de Michèle Heng, vient de recevoir le prix de la restauration, également décerné à tous ceux qui ont participé à sa sauvegarde.
Puis le Président détaille le programme de la soirée « porte ouverte » de lundi prochain 26 mai, organisée par l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat. Il insiste sur le fait que le public a rarement l’occasion de visiter les locaux des Académies et Sociétés savantes, et fait appel aux membres qui seront disponibles ce soir-là pour en assurer la surveillance et la présentation. À titre de rappel, Daniel Cazes refait une présentation rapide des œuvres exposées dans la salle des séances.
A la demande du Président, le Directeur présente ses observations sur la Contribution des Verts de la Haute-Garonne à la concertation sur le Schéma directeur de l’agglomération toulousaine. M. Coppolani conclut que ce texte ne manifeste aucune préoccupation concernant la préservation du patrimoine ancien, ni la conservation des sites envisagée du point de vue esthétique.
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La parole est alors à Patrice Cabau pour une communication consacrée à L’ancien château narbonnais de Toulouse et ses origines.
Le Président remercie Patrice Cabau et propose, en raison de l’heure avancée, de reporter la discussion à la prochaine séance.
SÉANCE DU 2 JUIN 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Gérard, Gillis, Julien, le Père Montagnes, Nayrolles, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, Rousset, MM. Burroni, Ginesty, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier.
Invité : M. Moretto.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 20 mai dernier, qui est adopté.
Le Président rend compte de la soirée « porte ouverte » organisée à l’Hôtel d’Assézat le 26 mai dernier. Il remarque que tout s’est déroulé dans une très bonne ambiance et que de très nombreuses personnes ont visité les locaux de notre Société. Il semble bien que l’expérience sera renouvelée l’année prochaine, Michel Plasson souhaitant organiser d’autres concerts dans l’Hôtel d’Assézat.
Enfin, le Président et l’assemblée s’émeuvent de la forme de censure qu’exerce le nouveau conservateur de l’ensemble conventuel des Jacobins à l’encontre du livre de nos confrères Jean Rocacher et Maurice Prin, en interdisant sa vente au comptoir. Le Président annonce qu’il adressera un courrier à ce sujet au Maire de Toulouse.
La parole est à M. Pierre Gérard pour la communication du jour : Sur les pas des chanoines de Saint-Sernin : San Saturnino de Artajona en Navarre. Genèse d’un prieuré (1086-1183).
Le Président remercie Pierre Gérard qui nous a apporté de nombreux renseignements sur ce prieuré navarrais à partir du cartulaire de Saint-Sernin. Les préoccupations des historiens de l’art les portent volontiers vers les édifices eux-mêmes, et le Président demande si les actes contiennent des précisions sur les bâtiments du prieuré. Pierre Gérard précise que c’est le cas pour un seul acte qui mentionne une tour construite par Saint-Sernin et dont on a joui pendant trente ans. D’autres églises apparaissent cependant dans le cartulaire, comme par exemple San Esteban, dans le territoire de Puente la Reina, dont le clocher est dit vers 1104 fait de pierre et de torchis.
Patrice Cabau fait remarquer que l’évêque de Pampelune Pierre d’Anduque, après avoir été oblat à Conques a certes pu se trouver à Saint-Pons, mais n’a pu en être abbé, Frotaire étant abbé de Saint-Pons jusqu’en 1099. Pierre Gérard indiquant qu’il a eu la possibilité de travailler sur les actes originaux des moines de Ronceveaux, alors que Mgr Douais n’avait disposé que de copies, Patrice Cabau voudrait en outre savoir si la graphie de ces actes ressemble à la graphie toulousaine. Pierre Gérard précise qu’il s’agit au contraire d’une cursive très proche de l’onciale.
Daniel Cazes profite de cette très intéressante communication pour rappeler que l’iconographie de saint Saturnin est très abondante dans toute cette région, et il évoque l’exemple de Saint-Saturnin de Pampelune. Le plus important cycle peint consacré à la vie de saint Saturnin que l’on connaisse en provient : il s’agit d’admirables peintures murales gothiques qui se trouvent aujourd’hui au Musée de Navarre à Pampelune. Artajona et Pampelune sont une nouvelle occasion de revenir sur le problème de la conservation des sculptures en milieu urbain : à Artajona, en pleine campagne, le tympan du portail est parfaitement conservé alors que le bas-relief placé au-dessus du porche d’entrée de Saint-Saturnin à Pampelune, donnant sur rue, est très dégradé. Daniel Cazes rappelle par ailleurs que la restauration très complète qu’a connue la cathédrale de Pampelune ces dernières années, et qui a été précédée d’une étude archéologique minutieuse, a permis de mettre au jour la cathédrale romane et une série de chapiteaux qui présentent de stupéfiantes similitudes avec la sculpture toulousaine.
Le Président demande que les membres qui souhaitent présenter une communication au cours de la prochaine année académique s’inscrivent sur la liste qu’il met en circulation. Il demande en outre à la Compagnie d’excuser son absence lors de dernière séance de l’année, qui sera donc présidée par notre Directeur.
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La fin de la séance est consacrée à la discussion sur les origines du château narbonnais qui n’a pu avoir lieu faute de temps à la suite de la communication de Patrice Cabau. Le Président donne tout d’abord la parole à l’abbé Rocacher qui présente des diapositives de la plupart des documents graphiques que Maurice Prin et lui-même ont utilisés pour leur étude de l’édifice.
Patrice Cabau remercie l’abbé Rocacher de nous avoir présenté cette documentation qu’il souhaite utiliser à son tour pour illustrer ses propos.
Répondant à une question de Patrice Cabau, l’abbé Baccrabère reconnaît qu’il savait que le fait de placer deux tours à l’extérieur du rempart romain n’était pas très scientifique (« Observations sur une tour du rempart antique de Toulouse et du tracé de l’enceinte », dans Mémoires de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, vol. 135, 15e série, t. IV, 1973, p. 218-219). Quand il a eu mieux dominé le sujet, il a pensé que le château était en fait plutôt sur le rempart romain.
Patrice Cabau évoque l’attaque de la porte en 849, puis la description du XVIe siècle qui lui fait penser à une double porte, du type de la porte d’Auguste à Nîmes. Daniel Cazes dit qu’il a lu Noguier sans jamais parvenir, sur ce point, à bien le comprendre. On peut garder à l’esprit que les portes romaines ont un arc d’entrée, une voûte et un arc de sortie, ce qui serait une lecture plus économe et plus logique du texte. Daniel Cazes rappelle par ailleurs qu’il a proposé l’hypothèse d’une porte et d’un arc de triomphe placé à quelque distance sur la voie romaine. Aucune de ces constructions n’étant conservée, la prudence est de mise et on ne peut exclure l’hypothèse d’une porte-arc de triomphe bien que cette forme paraisse rare et peu probable. Daniel Cazes souligne qu’en tout cas, ce que montre la planche publiée par Noguier ne peut être que le passage latéral d’un arc à trois baies : cela lui paraît clair même si l’hypothèse n’a pas été contrôlée archéologiquement.
La discussion porte ensuite sur les représentations données par les sceaux et leur éventuelle valeur documentaire.
Dans la planche de Nicolas Bertrand et la vue du pont de Tounis, Patrice Cabau voit surtout une cohue monumentale où il ne perçoit pas de structure cohérente : tout au plus reconnaît-on la tour de l’aigle qui est d’ailleurs mal placée. Pour Maurice Prin, si la miniature de Mathieu Cochin juxtapose le château et les moulins du château, qui sont vus depuis le pont Vieux, c’est que celle-ci va à l’essentiel.
Patrice Cabau précise que l’arc de la planche de Noguier se trouvait dans la salle des procureurs où il devait être visible avant la démolition des années 1549-1555. Daniel Cazes le situait à proximité de la tour de l’horloge, laquelle s’y appuyait peut-être. Pour Patrice Cabau cela n’est pas possible, car la tour aurait alors été détruite en même temps ; il ajoute que les pierres récupérées lors de la démolition ont été réutilisées pour la reconstruction des voûtes de la cathédrale Saint-Étienne.
Daniel Cazes saisit l’occasion pour signaler à la Compagnie qu’une découverte toute récente vient de confirmer le remploi de pierres provenant du château narbonnais lors de la reconstruction de la cathédrale dirigée par Pierre Levesville, dont le chantier a été bien étudié par notre confrère Georges Costa. Les travaux actuels ont permis d’observer que du côté sud, un bloc du tas de charge d’un contrefort construit entre 1610 et 1612 avait été retaillé dans une corniche romaine dont subsiste la ligne d’ornement. Il faut cependant remarquer qu’il s’agit là d’un bloc de pierre alors que les éléments de corniche retrouvés en 1839 sur l’emplacement du château narbonnais sont en marbre : on ne peut donc être sûr que tous proviennent d’une même et unique construction romaine.
L’abbé Rocacher, Patrice Cabau et Daniel Cazes analysent alors les différentes découvertes faites sur la place du parlement. L’abbé Rocacher conclut en disant que Maurice Prin et lui-même ne prétendent certes pas avoir les solutions définitives aux nombreux problèmes que pose le château narbonnais.
SÉANCE DU 16 JUIN 1997
Présents : MM. Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mme Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Manière, Nayrolles, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Jimenez, Napoléone, Pujalte, MM. Bertrand, Burroni, Ginesty, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint.
La présidence de la séance est assurée par le Directeur, Jean Coppolani.
L’ordre du jour donne la parole à Pascal Julien pour une communication consacrée à l’Ample description de la ville de Toulouse par Léon Godefroy (1638).
Le Directeur remercie Pascal Julien pour sa présentation et souligne tout l’intérêt que présente ce document, en particulier pour l’architecture toulousaine du XVIIe siècle.
L’abbé Rocacher demande si le texte mentionne l’emplacement de la Vierge du Montement de l’église Notre-Dame de la Daurade. La réponse est négative.
Pascal-François Bertrand intervient pour faire remarquer que le texte de Léon Godefroy n’est pas tout à fait inédit et qu’il en a pour sa part fourni une copie à la bibliothèque universitaire de Toulouse à partir de la copie qui existe à la bibliothèque de Bordeaux, il y a de cela un mois à peine. Pascal Julien répond que le texte est en effet connu depuis longtemps, et qu’il l’a lui-même largement utilisé. Mais si la description de Bordeaux a été publiée, celle de Toulouse reste peu accessible. Quitterie Cazes pense qu’il est en effet important que ce texte ne reste pas connu des seuls érudits et qu’il soit donc publié dans son intégralité.
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Puisque Pascal Julien a rappelé les descriptions que l’on connaît pour le XVIe siècle, celle de A. Golnitz ou celle des frères Potter, Jean Nayrolles demande si le texte de Léon Godefroy adopte la même présentation. Pascal Julien indique que l’auteur a le même souci de classification, mais qu’il donne d’abord une description topographique qui précède une présentation organisée par grands thèmes.
Le Directeur donne ensuite la parole à M. Gabriel Manière pour sa communication : Fours de potiers et de tuiliers gallo-romains et médiévaux de la région de Cazères : les structures.
Le Directeur remercie M. Gabriel Manière pour sa communication et fait appel aux questions.
Quitterie Cazes souligne la qualité du travail réalisé par M. Manière, en dépit des faibles moyens dont disposait l’archéologie dans les années 1960, et elle s’étonne de la précocité de l’application des techniques scientifiques modernes en particulier pour les datations. M. Gabriel Manière explique comment les ingénieurs avec lesquels il a pu travailler ont apporté leur concours.
Pascal-François Bertrand signale à l’attention de la Compagnie l’exposition consacrée à François de Troyes par le Musée Paul-Dupuy.
Le Directeur prononce la clôture de l’année académique.
Planches hors texte
Bulletin de l’année académique 1997-1998
Tome LVIII (1998)
Lire le compte-rendu
Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1997-1998, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LVIII, 1998) dont nous indiquons la pagination. Certaines illustrations en noir et blanc ont cependant été remplacées par des illustrations en couleur.
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SÉANCE DU 4 NOVEMBRE 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Blanc-Rouquette, Labrousse, Pradalier, Delaplace, D’Ercole, Ugaglia, Napoléone, Pujalte ; MM. l’abbé Bacrabère, l’abbé Rocacher, le père Montagne, le général Delpoux, Burroni, Cabau, Catalo, Gilles, Hermet, Manière, Manuel, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Roquebert, Salvan-Guillotin.
Excusés : Mmes Aribaud, Cazes, M. Tollon.
Le Président ouvre la séance en formant des vœux pour cette nouvelle année académique ; à toutes et à tous, il souhaite réussite dans la poursuite des recherches qui font vivre notre Société.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des deux dernières séances du mois de juin. Les deux procès-verbaux sont adoptés.
Le Président donne ensuite quelques informations diverses. Une discussion s’engage à propos de quelques événements survenus pendant l’été. Est ainsi évoqué le remontage absurde et si peu spectaculaire d’un petit morceau de rempart antique, Square du Capitole. On s’inquiète également de ce qu’il adviendra de l’Hôtel Saint-Jean-de-Jérusalem, qui abritera prochainement les services de la D.R.A.C. : quel sera le sort réservé aux découvertes archéologiques éventuelles qui pourraient y être faites ? Seront-elles laissées sur le site ? Mènera-t-on l’étude monumentale d’ensemble et de détail que l’on est en droit d’attendre sur pareil édifice ?
Puis le Président donne la parole à M. l’abbé Baccrabère pour la communication du jour : La céramique du XVe siècle dans l’ancien quartier Saint-Georges à Toulouse, publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
L’orateur s’étant exprimé, le Président le remercie et appelle les questions suscitées par cet exposé.
Au sujet du puits ayant fait l’objet de la fouille présentée, M. Catalo demande si son remplissage était homogène ou bien si des couches différentes permettent d’établir une chronologie relative. M. l’abbé Baccrabère répond qu’il était impossible, pour des raisons de sécurité, de tenir compte des couches successives à l’intérieur du puits, profond de 14 mètres. Malgré l’absence de stratigraphie, il a pu faire des rapprochements avec le matériel livré par un autre puits, rue Achille Viadieu, daté avec certitude du XIVe siècle. M. l’abbé Baccrabère reconnaît volontiers le manque de données scientifiques dû à l’absence de véritable stratigraphie et aux conditions d’urgence dans lesquelles la fouille a été menée. Il se demande si, le quartier Saint-Georges ayant été un dépotoir dans l’Antiquité, le fond du puits ne pourrait pas même être daté de cette époque.
M. Louis Peyrusse est étonné par les objets métalliques dont les formes évoquent aussi bien le XVe siècle que le XIXe siècle. M. l’abbé Baccrabère croit pouvoir affirmer que les rejets dans le puits s’échelonnent du XIVe jusqu’au XVIe ou au début du XVIIe siècle. M. Jean Catalo confirme la datation (XIVe–XVe siècles) des objets présentés, en rapport avec les éléments retrouvés ailleurs à Toulouse. D’après lui, on peut même remonter jusqu’à la fin du XIIIe siècle pour certains d’entre eux.
La parole est donnée à M. Maurice Scellès qui annonce que les épreuves du prochain volume des Mémoires devraient partir chez l’imprimeur avant la fin de la semaine : une innovation cette année, la présence de quatre pages en couleur. Le volume comptera moins de pages que celui de l’année dernière à cause de la défection de certains auteurs. Le Secrétaire-adjoint insiste sur le fait que les membres ayant annoncé une publication doivent tenir leur engagement.
Le site Internet de la Société Archéologique du Midi de la France est ouvert depuis quelques jours : il présentera entre autres les tables de nos Mémoires et les comptes rendus des séances. Il revient aux membres de faire vivre ce site. Ils peuvent par
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exemple y présenter leurs publications (l’information et la publicité font parfois bon ménage) ou rédiger des publications « en ligne » (spécifiques au réseau Internet), articles, traductions, etc. Le site est partagé avec l’Académie des Sciences. On espère qu’à terme, toutes les sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat y prendront place.
SÉANCE DU 18 NOVEMBRE 1997
Présents : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Aribaud, Delaplace, D’Ercole, Heng, Napoléone, Pujalte ; MM. l’abbé Baccrabère, le général Delpoux, Bertrand, Burroni, Cranga, Gilles, Ginesty, Manuel, Nayrolles, Peyrusse, Pousthomis, l’abbé Rocacher, Salvan-Guillotin ;
Excusés : Mme Cazes ; MM. Pradalier, Président, Cazes, Secrétaire Général, le père Montagne, Tollon ;
Invitée : Mlle Pavla Sadílkova.
En l’absence de M. Pradalier, retenu par une conférence donnée à l’Académie des Jeux floraux, M. Ahlsell de Toulza ouvre la séance et dirige les débats.
Après lecture du compte rendu de la séance du 4 novembre par M. Nayrolles, une discussion s’engage sur la modération à apporter aux procès-verbaux publiés dans le bulletin de nos Mémoires. Au terme de ce débat, et après deux modifications, le procès-verbal est adopté.
Mme Delaplace annonce qu’elle fera le point dans une prochaine séance sur les échanges de publication menés avec d’autres sociétés savantes, en France ou à l’étranger. Parmi les conventions récentes, elle signale celle que la Société Archéologique du Midi de la France vient de passer avec le Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges. Une liste complète des échanges en cours sera publiée dans le prochain volume des Mémoires. Un appel est lancé aux membres de la Société afin de suggérer d’autres contacts susceptibles d’enrichir les collections de périodiques de notre bibliothèque.
M. Ahlsell de Toulza se félicite de la convention d’échange passée avec le Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges et rappelle que la Société lui a cédé, avec ses collections, le fond documentaire qu’elle possédait sur place, à l’exception des archives qui, désormais conservées à Toulouse, ont été photocopiées pour le Musée. Mme Delaplace pense que toutes les pièces n’ont sans doute pu être dupliquées et demande que les archives concernant ce site archéologique de première importance soient accessibles aux chercheurs ayant fouillé récemment les monuments de la cité antique. M. Scellès répond que pour l’instant, si le fond documentaire n’est pas communicable, cela tient à des raisons matérielles, son rangement restant à faire au sein de la réserve ; il s’agit cependant d’une situation très provisoire.
Après avoir annoncé la présentation du livre Hôtels et demeures de Toulouse et du Midi toulousain, cosigné par MM. Ahlsell de Toulza, Tollon et Peyrusse, à l’occasion du Salon du Livre qui se tiendra le samedi 29 novembre 1997 au Moulin du Bazacle, M. le Trésorier donne la parole à Mme Heng pour sa communication, La tenture de l’Histoire de David au Château d’Urtubie (Pyrénées-Atlantiques), publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
M. Ahlsell de Toulza remercie Mme Heng et se réjouit de voir le pays basque, grâce à cet exposé, entrer dans le champ d’études de notre Société. Il lance le débat en se questionnant sur le format des tapisseries présentées : certaines n’ont-elles pas été recoupées ? Pour Mme Heng, cette impression relève de l’utilisation que l’on fait des cartons au moment du tissage. En effet, ils sont découpés en lés de sorte qu’on peut parfaitement ne tisser qu’une partie du carton. Au milieu du XVIe siècle, les grandes tentures comparables à celles du château d’Ecouen, qui remontent au début du siècle, ne sont plus à la mode. Les dimensions diminuent considérablement et l’on préfère désormais des formats qui peuvent s’adapter plus facilement aux intérieurs. M. Nayrolles croit percevoir une sorte de continuité plastique entre les différentes pièces de la série de tapisseries du château d’Urtubie : la hauteur des horizons, le jeu des regards des personnages, les architectures semblent renforcer l’unité de l’ensemble en établissant des effets de correspondances. Selon Mme Heng, ces effets résultent en grande partie du caractère stéréotypé du travail des liciers qui utilisaient souvent un carton donné pour plusieurs tentures.
M. Bertrand insiste sur la valeur accordée aux tapisseries qui en faisait des objets de présents particulièrement appréciés. Aussi souscrit-il volontiers à la thèse de Mme Heng expliquant la présence de ce très bel ensemble de tentures au château d’Urtubie par l’intense activité diplomatique que connut la région au moment de la signature du traité des Pyrénées et du mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne.
M. Scellès demande si des documents photographiques témoignent des deux tapisseries vendues dans les années 1930 et qui appartenaient au cycle. Mme Heng n’a rien retrouvé à leur sujet, mais croit pouvoir affirmer que ces deux tentures représentaient David et Goliath d’une part, David et Bethsabée d’autre part, deux épisodes essentiels dans le cycle qui, à l’origine, comptait bien neuf tentures, alors que le château d’Urtubie n’en possède plus que sept.
M. Ahlsell de Toulza donne la parole à M. Pousthomis pour un rapide exposé relatif aux travaux menés à la tour d’Arlet, bâtiment civil du XIIIe siècle conservé à Caussade
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« De l’utilité de l’archéologie dans la restauration d’un édifice :
l’exemple de la « Tour d’Arles » à Caussade (Tarn-et-Garonne)
L’archéologue et le Service des Monuments Historiques ont trop longtemps vécu en s’ignorant. « Le bitume était une frontière (…). Traditionnellement, ce qui était conservé au-dessus du sol relevait de l’histoire de l’art, de l’architecture (…) et ce qui était au-dessous de l’archéologie » (1). Le résultat a quelquefois conduit à des erreurs d’interprétation ou à des restaurations effaçant à jamais les traces archéologiques de l’évolution du bâti.
Mais lorsque le Service des Monuments Historiques et l’archéologue travaillent ensemble, alors le résultat peut être des plus remarquables, tant pour la connaissance de l’édifice que pour la qualité de la restauration. C’est le cas d’un bâtiment de Caussade : la « tour d’Arles » (ou Arlet).
Il faut savoir gré à Mme Tomasin, alors Conservateur Régional des Monuments Historiques de Midi-Pyrénées, d’avoir su réaliser cette alliance en confiant au bureau d’études archéologiques HADÈS l’étude préalable de ce bâtiment puis le suivi des travaux de restauration. Il faut également souligner l’adhésion totale à cette démarche de M. Régis Martin, Architecte en Chef des Monuments Historiques en charge de la restauration. L’étude archéologique préalable (2) avait soulevé quelques incertitudes (dispositions de la partie sommitale de l’édifice médiéval, position de la cheminée, décors peints, espacement de la poutraison des planchers, etc.) que le suivi du chantier de restauration (commencé en 1997) a permis de lever.
La tour d’Arles est implantée face au porche ouest de l’église de Caussade. Elle appartient à une extension de la ville au milieu du XIIIe siècle, formant une couronne autour du bourg initial. Deux autres édifices médiévaux remarquables appartiennent à cette phase d’extension : « La Taverne » et la « Maison de l’Arbot ».
Avant sa restauration, le bâtiment se présentait sous l’aspect d’un édifice à deux étages habitables sur cave et entresol. Son état ne pouvait attirer que l’attention des seuls initiés. Ses façades, très perturbées par des percements du XVIe siècle et surtout des XVIIIe–XIXe siècles, ainsi qu’une redivision des niveaux de planchers, ne pouvaient laisser supposer que l’édifice conservait en fait l’essentiel de ses dispositions médiévales et une grande partie de ses décors.
Deux prélèvements de bois, l’un au rez-de-chaussée, l’autre sur les vestiges de la charpente originelle ont permis de situer l’édification dans le troisième quart du XIIIe siècle (3).
De plan rectangulaire (4), la construction est réalisée en briques et n’emploie la pierre que pour quelques bandeaux, deux petits encadrements de fenêtres et les appuis de baies.
Seules les façades en angle bordant deux rues (place de l’église à l’est, et impasse au sud) étaient destinées à être vues et elles seules disposent de belles baies géminées. Celle donnant sur la place présente une composition régulière et symétrique, contrairement à la façade côté impasse. Les vestiges de motifs non figuratifs, conservés sur deux tympans de fenêtres et sur un bandeau attestent de décors peints sur ces façades, probablement limités aux baies et bandeaux. De plus, l’enduit au mortier qui souligne les arcs des portes et fenêtres semble imiter la pierre.
Le mur arrière, à l’ouest, est quasiment aveugle (une seule baie en meurtrière) car il « confrontait le fossé de la ville » (5). Quant au mur mitoyen nord, les portes percées sur deux niveaux indiquent d’anciennes communications avec un bâtiment nord, aujourd’hui remplacé par une maison du XVIIIe ou du début XIXe siècle.
Le volume intérieur est initialement divisé en trois niveaux, mis en communication par un escalier droit en bois plaqué contre la paroi ouest. Ces niveaux sont constitués de planchers portant sur d’épaisses solives reposant elles-mêmes sur des poutres sablières encastrées dans les murs nord et sud. La cheminée, que l’on retrouve à partir du premier niveau habitable, prenait appui contre le mur sud. Contrairement à plusieurs édifices contemporains, elle n’est pas marquée par une saillie en façade.
Le rez-de-chaussée est divisé en deux parties. Le plus grand espace, ouvrant du côté de la place par une porte en tiers point, est occupé par un local de grande hauteur, faiblement éclairé, qui devait être un entrepôt ou une vaste remise. En fond, et semble-t-il séparé du volume précédent par une cloison, se trouve l’escalier d’accès au logis, desservi par une porte ouverte sur l’impasse.
Le premier étage est éclairé par quatre grandes baies géminées à coussièges (une seule était conservée intacte, hormis sa colonne et son chapiteau) et une porte, côté impasse, qui pourrait ouvrir sur un balcon. Les murs portent les vestiges d’un faux-appareil aux joints rouges, également conservé sur les montants des fenêtres.
Au deuxième étage, on retrouve quatre baies géminées à coussièges, ici complétées par trois petites fenêtres en lancettes sur les faces nord, est et ouest. La limite supérieure de l’enduit des murs dessine un haut plafond caréné qui habillait la sous-face de la charpente. Les décors peints s’organisent sur deux registres. La partie inférieure est composée de rectangles à fonds rouges, noir ou blanc dans lesquels sont peints des motifs non figuratifs (cercles, grappes, damiers). Ces décors se poursuivent sur les ébrasements et les piédroits des fenêtres. Une frise de chevrons en rouge et noir, limitée par deux lignes rouges, est partiellement conservée le long des murs ouest et sud. On peut supposer qu’elle courait sur la périphérie. Elle souligne la base du plafond caréné sur les parois nord et sud et marque une séparation avec un décor supérieur conservé seulement sur le mur ouest. Ce dernier est une vaste composition, contemporaine de la construction ou du tout début du XIVe siècle, représentant une scène de tournoi.
La partie sommitale de l’édifice médiéval est presque entièrement conservée et les traces archéologiques permettent une recomposition de la toiture à deux pans, masquée par un mur-écran. La couverture, certainement en tuiles canal, portait sur une
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charpente du type à chevrons-portant-fermes. L’appui de cette charpente, sur les murs nord et sud, était assuré par un système d’échelle horizontale formé de deux poutres parallèles, l’une noyée au cœur de la maçonnerie, l’autre saillante sur la face intérieure du mur, toutes deux reliées par des blochets.
| Ici point de chénaux pour l’évacuation des eaux pluviales mais des exutoires espacés de 80 à 85 cm le long des murs nord et sud. Sortes d’entonnoirs rectangulaires, leur pente assurait un écoulement efficace au travers des murs. La couverture de tuiles devait y pénétrer assez profondément et la modénature en pointe des maçonneries séparant chaque exutoire évitait tout barrage à l’écoulement des eaux. Mais ceci n’exclut pas la possibilité de compléments d’étanchéité assurés par des feuilles de plomb, voire des dallettes de pierre. Les débouchés extérieurs, de section carrée, s’effectuaient juste au-dessus d’un épais bandeau de briques formant goutte d’eau. |
La conservation exceptionnelle du bâti et des décors qui l’accompagnent font de la tour d’Arles un des édifices de la seconde moitié du XIIIe siècle les plus complets entre Toulousain et Quercy. La quantité et la qualité des informations qui sont ici réunies dans un même édifice nécessiteraient l’étude de plusieurs maisons de Cahors ou de Figeac pour obtenir le même résultat.
À l’instar de la plupart des riches nobles de la région (Saint-Antonin, Puylaroque, Caussade, etc.), son bâtisseur, probablement Gausbert de Lalo, a souhaité affirmer sa puissance financière et son statut social par la construction d’un édifice civil de qualité. L’importance du bâti, aujourd’hui amputé du bâtiment contigu nord (peut-être une « aula » ?) traduit une volonté ostentatoire. L’aménagement intérieur avec ses éléments de confort (coussièges des baies, nombreux placards, niches à lampes) et ses décors montrent un souci certain de raffinement dans cette demeure.
La première tranche des travaux de restauration s’achève. Elle concernait la restitution de l’état médiéval des façades principales et des planchers. Gageons que la poursuite du chantier, avec l’ouverture des placards, des portes bouchées et la restauration des décors peints apportera encore de précieuses informations.
Bernard POUSTHOMIS
1. C. ARLAUD et J. BURNOUF, « L’archéologie du bâti médiéval urbain », dans Nouvelles de l’Archéologie, n° 53-54 (automne-hiver 1993), p. 5.
2. Bernard POUSTHOMIS, avec la collaboration de Nelly POUSTHOMIS-DALLE, La tour d’Arles. Caussade (Tarn-et-Garonne), Rapport d’étude préalable à la restauration, Conservation Régionale des Monuments Historiques de Midi-Pyrénées, 1995, 2 volumes.
3. Datations par dendrochronologie effectuées par le laboratoire L.A.E. de Bordeaux.
4. 8 x 11 m.
5. Inventaire des biens de Gausbert de Lalo à sa mort en 1295, Archives Départementales du Tarn-et-Garonne, 2E 666. »
M. Scellès souligne l’intérêt exceptionnel de ce chantier. D’abord pour la richesse de l’édifice qu’il met en évidence – c’est, par exemple, l’une des premières charpentes du XIIIe siècle restituables dans le Sud-Ouest, quoique disparue. Ensuite et surtout pour la collaboration exemplaire des divers services et corps de métier qui y travaillent : le Service des Monuments historiques, l’architecte en chef des Monuments historiques et l’entreprise de travaux coordonnent leurs efforts avec M. Pousthomis qui mène l’étude d’archéologie monumentale. Ce dernier confirme que dans de telles conditions, les ouvriers eux-mêmes développent un regard d’archéologue qui aide à l’avancement des travaux. Une publication d’ensemble sera faite au terme de l’étude, mais bien des questions demeurent encore sans réponse. Le chantier devrait durer plusieurs mois. La restauration des peintures murales parachèvera l’ensemble des travaux.
M. Scellès rappelle que Caussade possède deux autres édifices de la même époque : la maison de l’Arbot et l’ancienne Taverne rue de la République. Il faudrait pouvoir mener de front l’étude des trois bâtiments : nos connaissances sur la maison médiévale auraient sans doute beaucoup à y gagner.
SÉANCE DU 2 DÉCEMBRE 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. Cabau, Gilles, le Père Montagne, Nayrolles, Peyrusse, membres
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titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pousthomis, Pujalte, MM. Pousthomis, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : le général Delpoux, l’abbé Rocacher, MM. Gérard, Tollon;
Le Président ouvre la séance en remerciant Christine Delaplace pour le don qu’elle vient de faire à la Société d’un important ouvrage sur Carthage dans les premiers temps du christianisme. Il donne ensuite la parole à Jean Nayrolles pour la lecture du compte rendu de la séance du 18 novembre 1997. Après deux modifications, le procès-verbal est adopté.
La candidature de Mlle Stutz fera l’objet d’un rapport de Christine Delaplace et sera soumise au vote dans la première séance de janvier. Le Directeur rend compte du courrier récemment reçu par la Société : invitations, publicités, etc.
Le Président donne ensuite la parole à Anne-Laure Napoléone pour la communication du jour : La ville de Figeac et son habitat (XIIe, XIIIe et XIVe siècles), publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
Henri Pradalier remercie l’oratrice et lui pose une première question : pourquoi utiliser l’expression « maisons romanes » alors que la chronologie de l’architecture civile diffère manifestement de celle que fournit l’architecture religieuse ? Anne-Laure Napoléone convient du caractère conventionnel du terme et reconnaît l’utiliser par commodité. Henri Pradalier apporte quelques précisions sur l’église Saint-Sauveur de Figeac qu’il avait étudiée en collaboration avec Anne-Marie Pécheur : ils pensaient alors que les chapiteaux du collatéral sud remontaient à la deuxième moitié du XIIe siècle; mais cette datation doit être retenue comme simple hypothèse. En effet, les sculptures ont pu être regrattées ou bien les chapiteaux eux-mêmes peuvent avoir été refaits dans le courant du XVIIe siècle. Cela n’a rien d’invraisemblable si l’on pense à l’ensemble des chapiteaux de Saint-Amans de Rodez, refait, semble-t-il, au milieu du XVIIIe siècle. Pour Anne-Laure Napoléone, la fin du XIIe siècle demeure une date recevable et tout à fait cohérente par rapport à l’histoire et à l’archéologie de l’édifice. S’il s’agit de copies du XVIIe siècle, elles reflètent fidèlement les formes originelles puisque sous les motifs sculptés du collatéral sud se retrouvent sur les chapiteaux des maisons les plus anciennes de Figeac. En outre, un chapiteau récemment découvert lors de travaux effectués place des Écritures est identique à un exemplaire du collatéral sud de Saint-Sauveur. Il est vrai cependant que ces chapiteaux ne semblent pas en accord avec les bases des colonnes qui les portent. Par conséquent, un remontage n’est pas à exclure.
Louis Peyrusse se demande jusqu’à quel point les datations d’édifices civils peuvent être confortées par l’architecture religieuse dès lors que subsistent de tels doutes. Pour Anne-Laure Napoléone, ces rapprochements s’imposent malgré tout, d’autant plus que Figeac offre un ensemble cohérent de formes, qui se retrouvent à Cajarc mais ne sont pas celles des maisons ni des églises de Cahors.
Louis Peyrusse s’étonne des réticences à appeler « cour » l’espace vide à l’arrière des maisons. Anne-Laure Napoléone pense que ce terme doit être réservé à des espaces structurés autour desquels s’articulent plusieurs ailes et, éventuellement, un escalier extérieur. Nelly Pousthomis propose le terme « patus » pour désigner ces espaces vacants qui ne relèvent pas directement de l’architecture des maisons. Anne-Laure Napoléone, répondant à une question d’Henri Pradalier, situe l’apparition de l’escalier extérieur parmi l’ensemble figeacois dans la maison des Écritures, à la fin du XIIIe siècle. Mais l’exemple le plus ancien et le plus célèbre dans la région réside, selon Maurice Scellès, dans la maison romane de Saint-Antonin datée vers 1150.
À Bernard Pousthomis, désireux de savoir si une étude dendrochronologique a été menée sur les maisons de Figeac, Anne-Laure Napoléone fait une réponse négative qui déçoit mais suscite aussi bien des espoirs. Maurice Scellès attend beaucoup du développement de cette pratique de laboratoire. Des datations fournies par l’architecture civile, où beaucoup de pièces de bois demeurent prises dans les murs, viendront confirmer ou infirmer la chronologie de monuments religieux grâce à l’analyse comparée des formes, en particulier dans le domaine de l’ornement. Bernard Pousthomis précise la date de la tour d’Arlet à Caussade donnée par cette technique : entre 1260 et 1270 environ.
À Guy Ahlsell de Toulza demandant à quelle époque apparut le châssis vitré non dormant, Maurice Scellès affirme que le Quercy ne connut pas ce système avant le XVIe siècle, même s’il existe en Flandre depuis le XVe siècle. A partir du moment où la fenêtre à croisée apparaît, l’évolution des formes ralentit.
En réponse à une question de Bernard Pousthomis sur l’utilisation de la brique à Figeac, Anne-Laure Napoléone déclare qu’elle n’est employée pendant longtemps que pour les contrecœurs de cheminées.
Maurice Scellès apporte une explication concernant les dimensions très réduites des pignons des maisons « romanes » à Figeac : elles sont liées au fort développement que connaît la ville à cette époque. Un tel morcellement du parcellaire se retrouve d’ailleurs à Cluny, dont l’architecture civile a été étudiée par Pierre Garrigou Grandchamp. En revanche, ces petites parcelles n’existent pas à Cahors, ni à Saint-Antonin.
Au sujet du lien à établir, selon Daniel Cazes, entre la maison antique et la maison médiévale, Maurice Scellès pense qu’il faut être prudent. La continuité entre la ville romaine et la ville médiévale laisse encore sans réponse de nombreuses questions.
Guy Ahlsell de Toulza attire l’attention sur la restauration en cours de la maison dite « romane » de la rue Croix-Baragnon : l’arc du rez-de-chaussée a été remonté à un niveau sensiblement plus haut que celui d’origine, sans raison apparente. Anne-Laure Napoléone essaiera d’en savoir plus sur ce curieux remontage.
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SÉANCE DU 16 DÉCEMBRE 1997
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Gérard, le Père Montagnes, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Delaplace, Napoléone, Pujalte, Ugaglia ; MM. Gillis, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Pradalier-Schlumberger, Aribaud, d’Ercole, MM. Cazes, Secrétaire Général, le général Delpoux, Nayrolles.
Invités : MM. Lucien Remplon et Olivier Testard.
Le Président ouvre la séance à 17 heures. Ayant fait remarquer que l’assistance se trouve fortement réduite, Henri Pradalier en indique la raison : la tenue d’une conférence que le recteur Joutard prononce au même moment dans l’Hôtel d’Assézat. Le Directeur intervient ensuite pour le compte rendu de la correspondance imprimée.
Puis le Président donne la parole Pierre Gérard pour la communication du jour : Les renseignements archéologiques fournis par le cartulaire de Saint-Sernin.
Le Président remercie l’orateur. Après avoir souligné l’intérêt que présente pour l’archéologie l’étude du vocabulaire employé dans les textes médiévaux, Henri Pradalier ouvre la discussion en demandant si les tours de la cathédrale Santa Maria de Pampelune, dont le roi de Navarre s’empara en 1157 (Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, édition Douais, n° 632), avaient une fonction militaire. Pierre Gérard répond que l’on manque de précisions à ce sujet ; il note que la cathédrale était proche des fortifications de la ville et que ses tours pouvaient éventuellement compléter le système de défense. Maurice Scellès rappelle que les tours ont en général un rôle tout à la fois pratique et symbolique, et Guy Ahlsell de Toulza fait observer que celles des églises servent de clochers et font ainsi partie du dispositif d’alarme.
L’échange de vues porte ensuite sur la signification de quelques termes employés dans les textes médiévaux. Il s’agit notamment du mot solerium, que Pierre Gérard a rencontré dans un acte du cartulaire de Saint-Sernin daté de 1155 (n° 106) et qui lui semble désigner une terrasse. Pour Maurice Scellès, le terme de « solier » doit correspondre à l’idée d’étage, pour Louis Latour, à celle de comble ouvert, et pour Michel Roquebert à celle de grenier. Ce dernier mentionne une enquête menée en 1306 au sujet des prisons de Carcassonne où il est question d’un transfert de détenus sous un solerium. Patrice Cabau cite un document de 1445 relatif aux réparations à faire à la maison du viguier de Toulouse, dans lequel solier désigne un plafond, puis il s’interroge sur le sens du mot vitreale, utilisé dans le même acte du cartulaire (n° 106) et qu’il lui paraît difficile, pour des raisons de contexte, de traduire ici par « vitrail ».
Le Président présente le nouveau volume des Mémoires de la Société (tome LVII, 1997), publié dès avant la fin de l’année, et signale que cette performance a été en partie obtenue grâce à la discipline des auteurs. Il est rappelé à ce propos que le mois de juin représente pour la remise des manuscrits une limite extrême. Maurice Scellès demande aux intervenants de vouloir bien fournir à l’issue de leur communication un texte du type de ceux destinés à la presse afin de le diffuser sur le site Internet de la Société.
Henri Pradalier donne ensuite la parole à Anne-Laure Napoléone et à Olivier Testard, qui présentent à la Société des informations concernant les travaux de « restauration » entrepris l’été dernier à la maison gothique, n° 15 rue Croix-Baragnon.
Cet édifice exceptionnel, témoin unique à Toulouse de l’architecture civile du début du XIVe siècle, présente sur la rue, au premier étage, une suite de cinq baies géminées par lesquelles la grande salle prenait jour. Cette portion de la façade avait été classée parmi les Monuments historiques le 7 décembre 1923, alors que la maison venait d’être surélevée d’un étage. Un arrêté ministériel du 3 mars 1997 vient de placer sous protection l’ensemble de l’immeuble.
Une entreprise procède actuellement à la restitution des deux grands arcs segmentaires des boutiques du rez-de-chaussée, qui avaient été partiellement détruits au XVIIe siècle pour l’aménagement d’un entresol. Or le niveau des nouveaux arcs est supérieur d’environ quatre-vingts centimètres à celui des arcs primitifs, comme on peut le constater à partir des sommiers et des retombées des voussures d’origine encore en place.
Afin d’expliquer cette bizarrerie, Olivier Testard expose les origines et le déroulement du chantier : la maison fut laissée quelque temps à l’abandon, puis occupée par des squatters et alors mise en péril par un début d’incendie ; enfin, elle fut acquise par une société de promotion immobilière avec le projet d’y aménager une série d’appartements. Olivier Testard a réalisé pour l’Architecte en Chef des Monuments historiques, Bernard Voinchet, l’étude préalable à cette rénovation. Il s’agissait pour lui de concilier les contraintes d’adaptation aux normes du confort moderne et les impératifs de conservation des éléments archéologiques déjà connus ou découverts lors des opérations préliminaires : menuiseries des fenêtres de la façade sur cour, du XVIIe siècle ; dans la grande salle, plancher d’origine, du début du XIVe siècle, constitué de planches énormes posées directement sur la poutraison, et éléments de décor peint à motifs géométriques, datable de la même époque, mis au jour en 1991. Le statu quo avait été recommandé, autant que faire se pourrait. Pour les vestiges de peintures murales, une dépose et la conservation dans un musée avaient été envisagées, mais cette solution s’est heurtée à des problèmes techniques ; finalement, les vestiges seront laissés en place et dissimulés derrière les contre-cloisons des nouveaux appartements.
L’Administration avait initialement promis des subventions, mais il semble que cette aide n’ait pu être accordée qu’en partie, et le parti de restauration préconisé par les architectes, devenu trop onéreux, n’a pas été retenu par le promoteur. Celui-ci, soucieux de rentabiliser ses investissements, a tenu à exploiter toutes les surfaces existantes, donc à aménager aussi l’entresol, d’où le surhaussement des arcs segmentaires de la façade sur rue.
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![]() | TOULOUSE, RUE CROIX-BARAGNON, MAISON MÉDIÉVALE : les arcs segmentaires des boutiques ont été reconstitués au-dessus de leur niveau d’origine. |
Christine Delaplace se demande comment il est possible qu’un édifice d’un tel intérêt archéologique ait pu être l’objet d’une opération immobilière. Il est rappelé que l’acquisition de cette maison a été proposée à la Ville de Toulouse, mais en vain, car, en matière de patrimoine immobilier, la politique de la municipalité actuelle n’est pas à l’achat, mais à la vente.
Maurice Scellès juge ce chantier exceptionnel, tant par l’importance de l’édifice concerné que par la gravité des problèmes qu’il fait surgir. Il souligne comme essentiel le fait que l’étude archéologique du bâtiment ait pu être réalisée. L’évolution de cette affaire lui paraît poser de façon cruciale la question de savoir quels sont les moyens dont l’Administration dispose pour dédommager les propriétaires ou entrepreneurs privés qui ont à subir un préjudice du fait des contraintes qu’elle leur impose au nom de l’intérêt général. Maurice Scellès fait ensuite observer que les menuiseries anciennes disparaissent progressivement, ces éléments étant généralement ignorés et sacrifiés lors des travaux de rénovation. Olivier Testard note que leur maintien in situ pose un problème d’adaptation aux exigences de confort et qu’il n’existe par ailleurs aucun dépôt pour les recueillir. On signale à ce propos la perte récente de menuiseries du presbytère de la Daurade, d’un type comparable à celles conservées au château de La Réole. Guy Ahlsell de Toulza rappelle le cas des éléments de fenêtres de l’Hôtel d’Assézat qui faillirent disparaître lors de la dernière restauration.
SÉANCE DU 6 JANVIER 1998
Présents : MM. Pradalier, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Labrousse, MM. Cabau, Hermet, le Père Montagne, Nayrolles, Peyrusse, Prin, Vézian, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Rousset, MM. Burroni, Manuel, Pousthomis, membres correspondants.
Excusés : Mmes Aribaud, Pradalier-Schlumberger, MM. le général Delpoux, Tollon.
Le Président ouvre la séance en présentant ses vœux aux membres de la Société. Après lecture du procès-verbal de la séance du 2 décembre 1997 par Jean Nayrolles, le Directeur rend compte du courrier reçu par la Société : annonces, publicités, etc.
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Henri Pradalier informe les membres présents de la soutenance d’habilitation de notre confrère Bruno Tollon, prévue pour le 12 Janvier à l’Université du Mirail, puis donne lecture d’une lettre de Monsieur d’Orgeix s’inquiétant du projet de réaménagement du Muséum d’histoire naturelle de Toulouse annoncé dans un article de La Dépêche du Midi paru le 28 novembre dernier. Une discussion s’engage sur le thème des réaménagements muséologiques récents et les diverses tendances aujourd’hui en vigueur. Daniel Cazes reconnaît ignorer les détails du projet incriminé mais espère un renouvellement respectueux des salles du Muséum et de la présentation des collections considérant le caractère historique de leur constitution au XIXe siècle. Il cite en exemple la nouvelle présentation des œuvres de la villa Borghèse reprenant pour l’essentiel la présentation ancienne qui, en soi, possédait une évidente valeur historique.
Louis Peyrusse réagit à ces propos en affirmant qu’un musée à vocation pédagogique, dépendant du Ministère de l’Éducation nationale, doit aussi être en prise directe avec la sensibilité contemporaine. L’intervention de l’architecte Paul Chémétov au Muséum de la ville de Paris lui paraît illustrer de manière assez remarquable cette préoccupation.
Pour Henri Pradalier, le seul aspect de la question sur lequel pourrait se prononcer la Société Archéologique du Midi de la France concerne le monument : les locaux méritent-ils une protection ? dans quelle étendue ? Manifestement, nous ne disposons d’aucun élément de réponse. Aussi faut-il renvoyer Monsieur d’Orgeix aux précisions que doit pouvoir lui fournir le Conservateur du Muséum.
La parole est alors donnée à Christine Delaplace, auteur du rapport sur la candidature de Mlle Stutz. Cette dernière est élue membre correspondant.
Au titre des questions diverses, Henri Pradalier annonce que les travaux susceptibles de recevoir un prix cette année doivent être signalés avant le 3 février.
Maurice Scellès donne quelques informations sur le site Internet. Anne-Laure Napoléone et lui-même ont décidé de créer un groupe de travail sur la maison médiévale qui viendra bientôt enrichir le site. D’autres groupes peuvent se former sous l’égide, bien entendu, de la Société qui devra leur donner son aval.
Christine Delaplace dresse ensuite le bilan des échanges établis avec les sociétés savantes dont la liste est publiée dans le dernier volume des Mémoires. Hommage est rendu à Maurice Scellès qui, au cours de ces dernières années, a accompli un travail considérable dans ce domaine. Mais beaucoup reste à faire, car les acquis ne doivent pas masquer d’importantes lacunes. Dans la perspective de l’informatisation des bibliothèques de Toulouse, notre fonds sera de plus en plus consulté par les étudiants et les chercheurs, cela nous oblige à veiller à l’enrichissement et à la cohérence de nos collections. Ainsi, les membres sont-ils invités à faire connaître leurs suggestions d’échanges à mettre en place dans l’avenir. Le bilan fait apparaître une situation très contrastée selon les pays. Si nos contacts sont nombreux en Espagne et au Portugal, satisfaisants au Maroc et en Tunisie, ils sont en revanche quasiment inexistants avec les pays anglo-saxons et très insuffisants avec des pays pourtant très proches tels que l’Allemagne et l’Italie. Daniel Cazes fait remarquer qu’en Italie, de nombreuses sociétés savantes ont renoncé à poursuivre des échanges en raisons du mauvais fonctionnement des Postes, tandis que dans les pays de langue anglaise, priorité est donnée aux achats plutôt qu’aux échanges. Christine Delaplace achève son tour d’horizon par les échanges entretenus avec les sociétés savantes en France : un état des lieux qui tient plus au hasard qu’à une réelle politique de prise de contacts; de grandes capitales régionales (Clermont-Ferrand, Nantes, etc.) ne figurent pas sur la liste de nos correspondants. Il faudra dans l’avenir essayer de combler ces lacunes.
Le Président remercie Christine Delaplace pour ces précisions et souligne que le travail accompli en dehors des séances est de plus en plus déterminant dans la vie de notre Compagnie.
Henri Pradalier rend compte de l’entretien qu’il a eu avec le Directeur Régional des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées. La rencontre s’est déroulée dans de très bonnes conditions. Les différents points de divergence ont été évoqués avec franchise. En particulier, le souhait a été formulé au nom de la Société archéologique de se voir attribuer au sein de la COREPHAE une représentation qui lui a toujours été refusée jusqu’à présent. La décision a été prise de recevoir le Directeur Régional des Affaires Culturelles afin qu’il puisse exposer la politique de l’État devant les membres de la Société.
Le Président donne ensuite la parole à Valérie Rousset pour la communication du jour : La maison Payrol à Bruniquel (Tarn-et-Garonne).
Henri Pradalier remercie l’oratrice et sollicite les questions et remarques des membres présents. Bernard Pousthomis s’étonne de l’absence d’ordonnance extérieure dans la disposition des ouvertures. Selon lui, il semble que l’organisation interne ait primé sur le souci de représentation au-dehors. Valérie Rousset confirme cette impression : les espaces très morcelés de la maison pouvaient difficilement se traduire par une hiérarchisation à l’extérieur. L’édifice s’est constitué par agglomérations successives à partir d’une parcelle très réduite, ce qui rend d’ailleurs l’agencement des espaces complexe. Selon Guy Ahlsell de Toulza, l’implantation sur un terrain en fort dénivelé interdisait le déploiement d’une façade spectaculaire; en outre, la proximité du château de Bruniquel dont subsiste une tour du XIIe siècle trahit la très grande ancienneté du parcellaire. Cette grosse demeure agglomérée, sans cour, comme une maison-bloc, ne relève pas des typologies habituelles.
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Louis Peyrusse demande quel est l’usage actuel de la maison Payrol. Il s’agit d’une demeure privée, mais dont le propriétaire, Monsieur Dupré, a fait une sorte de petit musée pour sa collection particulière qui comporte plusieurs pièces très intéressantes. C’était à l’origine une maison de marchands.
Au sujet du curieux passage souterrain, Louis Peyrusse s’étonne de la présence d’une trappe débouchant sur la cuisine. Valérie Rousset réaffirme qu’il s’agit bien selon elle d’un collecteur des eaux usées, mais peut-être était-il doté de canalisations aujourd’hui disparues. Pour Maurice Scellès, la galerie elle-même devait servir de puisard. On aurait adapté un élément fonctionnel à la topographie et à l’implantation de la maison.
Patrice Cabau s’interroge sur les conduits aménagés dans les murs : ne pouvaient-ils pas servir à la communication orale d’un étage à l’autre ? Valérie Rousset ne le pense pas.
Le Président souligne le soin particulier avec lequel la restauration de la maison Payrol a été menée par le propriétaire, et le souci qui a été le sien de l’accompagner d’une étude complète. Un tel souci de l’archéologie chez un particulier est en effet exemplaire et mérite d’être donné comme exemple.
SÉANCE DU 20 JANVIER 1998
Présents : MM. Pradalier, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Labrousse, MM. le Père Montagne, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Peyrusse, Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, Stutz, Ugaglia, MM. Cranga, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur, Mme Pradalier; M. Cabau.
Le Président ouvre la séance en donnant lecture d’une nouvelle lettre de Monsieur d’Orgeix accusant réception de la réponse qui lui a été faite au sujet de ses inquiétudes concernant le projet de rénovation du Muséum de Toulouse. M. d’Orgeix souhaite que la Société Archéologique du Midi de la France se lance dans une campagne de protection.
Henri Pradalier signale également la réception de la lettre de candidature de Françoise Tollon au titre de membre correspondant. Jean Nayrolles se chargera de faire le rapport.
La parole est ensuite donnée à Guy Ahlsell de Toulza pour la communication du rapport financier de l’année 1997.
Après avoir donné quitus au Trésorier pour son bilan, Henri Pradalier passe au second point de l’ordre du jour : le renouvellement, comme nos statuts l’exigent, de trois membres du Bureau – le Président, le Secrétaire Général et le Bibliothécaire-archiviste. Comme cela avait été annoncé lors d’une précédente séance, Henri Pradalier ne se représente pas et Louis Peyrusse se porte candidat au poste de président. Louis Peyrusse est élu Président de la Société, et Daniel Cazes et Louis Latour sont réélus à leurs postes.
Notre nouveau Président exprime tout d’abord sa gratitude envers les membres de la Société pour leur témoignage de confiance et toute son affectueuse amitié à Henri Pradalier dont les huit années de présidence ont profondément changé la Société. Louis Peyrusse croit devoir rappeler son domaine de recherche – la période contemporaine – apparemment éloigné des compétences exigées à la tête d’une société archéologique. Du moins, l’universitaire qu’il est, mettra toute sa liberté de parole au service de notre institution.
Ses premières pensées vont à ses prédécesseurs, en particulier au Professeur Labrousse dont la présidence a coïncidé avec la période la plus difficile qu’aient eu à traverser les sociétés savantes depuis leur création. Cette évocation des personnalités qui marquèrent l’histoire de la Société amène Louis Peyrusse à souhaiter que le travail de mémoire ne s’exerce pas seulement dans les discours nécrologiques des séances publiques et que l’on renoue avec la tradition du XIXe siècle des notices sur les membres disparus, absolument nécessaires pour que les savants continuent à exister après leur mort.
Tout en se défendant de vouloir ouvrir une ère nouvelle, Louis Peyrusse trace ensuite les grandes lignes de l’action qu’il entend mener au service de notre Compagnie, en insistant sur quelques axes particuliers. La première direction pourrait être d’ordre juridique : une réforme des statuts – qui ne sont plus appliqués et difficilement applicables aujourd’hui – semble de plus en plus nécessaire, à condition, bien sûr, de ne pas risquer de perdre la déclaration d’utilité publique. Adapter la Société aux conditions actuelles, c’est aussi redéfinir les rapports qu’elle cultive avec le public : en plus de la séance publique annuelle, de caractère académique, on pourrait encourager les travaux collectifs, inviter plus souvent des personnalités extérieures, envisager des séances foraines, lancer des cycles de conférences, toutes choses qui permettraient de mieux nous faire connaître. Dans cette même perspective, Louis Peyrusse souhaite un examen approfondi des rapports que la Société entretient avec les différents acteurs du monde du patrimoine. Naturellement, il ne s’agit pas de renier ce qui fait la spécificité de notre institution – qui n’est pas une association de sauvegarde – mais dans ce domaine aussi, il faut prendre en compte les réalités actuelles. Les travaux publiés par la Société pourraient accompagner cette évolution : des volumes thématiques, tels que les Mémoires consacrés naguère à la cathédrale Saint-Étienne, rencontrent d’autres publics que nos lecteurs habituels et fédèrent la recherche au lieu de la cloisonner. Louis Peyrusse appelle de ses vœux une étude de l’Hôtel d’Assézat dont le principal auteur devrait être Bruno Tollon. Il propose
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aussi l’idée d’une iconographie historique des monuments de Toulouse et de sa région, pour laquelle le site Internet pourrait s’avérer d’une grande utilité.
D’autres moyens de rayonnement restent à trouver et Louis Peyrusse se déclare ouvert à toutes les suggestions. Dans cette conjoncture favorable, la Société Archéologique du Midi de la France doit jouer pleinement son rôle de pont entre la société civile et la recherche « pointue ». Le président conclut son intervention en exprimant toute sa confiance dans l’avenir de notre Compagnie.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès présente l’impression sur papier du site Internet tel qu’il existe aujourd’hui et tel qu’elle en conservera le souvenir.
SÉANCE DU 3 FÉVRIER 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, MM. Blaquière, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Hermet, Nayrolles, Pradalier, l’abbé Rocacher, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, Stutz, Ugaglia, MM. Burroni, Catalo, Gillis, Ginesty, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Après avoir fait part de la candidature de Mlle Cécile Gloriès, primée l’an dernier par la Société, au titre de membre correspondant, Louis Peyrusse donne la parole à Patrice Cabau pour la lecture du procès-verbal de la séance du 16 décembre 1997, et à Jean Nayrolles pour le procès-verbal du 20 janvier 1998. Les deux textes sont adoptés.
Après lecture par Jean Nayrolles du rapport sur la candidature de Françoise Tollon, qui est élue membre correspondant, le Président donne la parole à Jean Catalo pour la communication du jour sur Les fouilles du « donjon » du Capitole, publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
Louis Peyrusse remercie l’orateur et le félicite pour la clarté de son exposé.
La première question porte sur l’étendue de la fouille. Il paraît en effet difficile de comprendre pourquoi elle a été limitée aux deux tiers du site, l’aire située sous l’escalier ne faisant l’objet que d’une simple surveillance archéologique. Le choix qui a été fait semble, une fois encore, relever de la demi-mesure. Un tel parti est d’autant plus surprenant qu’en l’occurrence la Ville était l’aménageur, et donc le financeur de l’intervention archéologique. Or la Municipalité ne semble pas en cause, et étendre l’investigation à la totalité du site n’aurait pas entraîné un surcoût très considérable. C’est que, comme on l’a trop souvent constaté, l’archéologie de sous-sol est traitée en France comme un luxe, une pratique superflue.
On souligne cependant que les fragments d’enduit peint trouvés à cet endroit ont été recueillis avant le début des travaux d’aménagement. Peut-être en est-il resté sur place, mais du moins est-on sûr que les morceaux récoltés n’ont pas souffert des déblaiements à la pelle mécanique.
À une question de Daniel Cazes concernant la technique de ces peintures, Jean Catalo répond qu’il s’agit de détrempe et que les surfaces étaient recouvertes d’un lait de chaux.
Pour Louis Peyrusse et Michèle Pradalier-Schlumberger, si ces fragments datent effectivement du XVe siècle, ils relèvent semble-t-il d’un style assez archaïque, à moins qu’ils ne remontent au siècle précédent. Mais des éléments de décor arrachés à des murs et mêlés à de nouveaux enduits ne présentent pas forcément une grande homogénéité stylistique.
Au sujet de leur emplacement d’origine dans l’ensemble monumental du Capitole, Bruno Tollon considère toute hypothèse comme hasardeuse, même à l’aide des textes – tardifs – mentionnant la présence de grands programmes peints. En revanche, le nombre considérable des fragments recueillis indique sans aucun doute l’ampleur des remaniements, que ce soit dans la chapelle ou dans le Consistoire.
Jean Catalo abonde dans ce sens et confirme qu’après l’incendie de 1444, de très gros travaux ont eu lieu et que l’activité maximale se situe entre 1480 environ et 1502.
Bruno Tollon s’interrogeant sur la forme des chanfreins retrouvés au seuil de la porte du XVe siècle, Jean Catalo précise qu’ils n’étaient ni moulés ni taillés, mais obtenus par la disposition particulière de briques ordinaires.
Au titre des questions diverses, on demande si les membres de la Société peuvent espérer une visite de l’Hôtel Saint-Jean afin de prendre connaissance des découvertes récentes qui y ont été faites. Le Président craint que la législation sur les chantiers ne soit trop stricte pour permettre la visite d’un groupe assez nombreux. Il est indiqué que le projet est en effet prématuré. La presse a pourtant publié des photographies fournies par l’Administration. La télévision même ne s’est-elle pas rendue sur place ? Un membre s’étonne de la manière dont la D.R.A.C. a conduit cette affaire. On rappelle dans quelles conditions ont été faites ces découvertes, expliquant qu’en l’espèce, la D.R.A.C. a géré au mieux la situation. Pour Louis Peyrusse comme pour Henri Pradalier, il convient tout de même de ne pas perdre de vue l’essentiel, c’est-à-dire le travail archéologique qui, jusqu’à présent, semble mené avec sérieux – situation assez rare dans l’histoire récente des fouilles à Toulouse pour être soulignée, et que notre
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Compagnie a peut-être contribué à créer. Les agitations médiatiques passeront au rythme qu’impose la société du spectacle, rythme qui n’est pas celui de la Société Archéologique du Midi de la France.
SÉANCE DU 17 FÉVRIER 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Blaquière, le général Delpoux, Gilles, Péaud-Lenoël, Pradalier, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Delaplace, Napoléone, Pujalte, Tollon, M. Burroni, membres correspondants.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Mme Aribaud, MM. Nayrolles, Tollon.
Le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 3 février dernier, rédigé par Jean Nayrolles empêché d’être parmi nous ce soir. À la demande du Secrétaire-adjoint, le procès-verbal sera complété et son adoption est de ce fait reportée à une séance ultérieure.
Le Président souhaite la bienvenue à Mme Françoise Tollon, nouvellement élue membre correspondant, et annonce que la Société vient de recevoir la candidature de M. Olivier Testard, architecte. Maurice Scellès accepte d’en être le rapporteur.
Puis le Président donne lecture d’un courrier demandant des renseignements sur l’emplacement des chapelles qui se trouvaient sur le site de l’Arsenal. M. Coppolani se chargera de la réponse.
Louis Peyrusse signale à l’attention de la Compagnie la prochaine conférence que notre confrère Bruno Tollon consacrera aux demeures méridionales, puis le Directeur rend compte de la correspondance imprimée.
En raison de l’absence du rapporteur, l’examen de la candidature de Mlle Cécile Gloriès est renvoyé à une prochaine séance.
Le Président présente alors à la Compagnie Mlle Céline Piot, élue membre correspondant de notre Société l’année dernière mais habituellement retenue à Compiègne. Il la remercie du tiré à part qu’elle offre à la Société : Alain Beyneix, Céline Piot, « Mobiliers grecs et de tradition grecque dans la vallée de la Garonne et ses abords pendant les Âges du Fer (du VIe au Ier siècle av. J.-C.) », paru dans Aquitania, XII (1995), p. 33-73, et lui cède la parole pour une communication sur Deux vases grecs à figures rouges originaires de Lemnos conservés au Musée Henri IV de Nérac (Lot-et-Garonne) :
« À PROPOS DE DEUX VASES GRECS À FIGURES ROUGES ORIGINAIRES DE LEMNOS
CONSERVÉS AU MUSEE HENRI IV DE NÉRAC (LOT-ET-GARONNE)
À l’occasion de nos travaux sur l’Antiquité et l’époque mérovingienne, nous avons été amenée à nous intéresser aux collections archéologiques du musée Henri IV de Nérac afin d’étudier certains documents relatifs à ces périodes spécifiques. C’est ainsi qu’au milieu des séries régionales, il nous a été possible d’identifier deux vases grecs qui proviennent, d’après l’étiquette proposée par le musée, d’un tombeau de l’île de Lemnos. Surprise par leur présence, nous avons cherché la raison pour laquelle le musée de Nérac conservait ces vases, ce qui nous a poussée, ensuite, à mener des recherches sur la fabrication de céramique à Lemnos.
Avant qu’Yves Marcadal, alors professeur d’histoire-géographie au lycée de Nérac, ne les amenât au musée Henri IV, ces deux éléments avaient été donnés au musée des Beaux-Arts d’Agen, certainement en 1947. Ces deux pièces sont de deux types différents, skyphos pour la première, pelike pour la seconde. Si le décor du skyphos est assez courant, celui du pelike est, en revanche, très intéressant, et a motivé cette contribution (1).
LE VASE N° 1 :
Description et iconographie :
Il s’agit d’une coupe à boire de type skyphos à figures rouges. Ce vase mesure 10 cm de hauteur ; le diamètre au pied est de 4,5 cm, celui à l’ouverture de 9,3 cm. Cette forme de skyphos, rencontrée dans le secteur de Lattes, correspond au type AT-FR-Sk2c et date de 530-400 av. J.-C. (2). C’est un vase profond à deux anses horizontales sous la lèvre, au profil élancé et continu, au bord parallèle et au pied annulaire bas divergent.
Le décor, très courant dans le monde grec, est composé d’une tête de femme qui porte des boucles d’oreilles, un diadème et un collier, tous de couleur blanche, ainsi qu’une coiffure relevée en chignon tenu par un crécyphale blanc. D’autres éléments décoratifs enrichissent la figure : végétaux, palmettes et petites volutes.
LE VASE N° 2 :
Description :
Il s’agit d’un pelike de type AT-FR-Pe3 (3) qui mesure 19,5 cm de hauteur. Le diamètre inférieur est de 9 cm, le diamètre supérieur de 12 cm. Ce pelike possède des anses assez petites, un col haut et une ouverture réduite. Sa fonction est de porter, de conditionner. La production de ce type de vases s’échelonne entre 480 et 350 av. J.-C. D’après sa forme, ce vase semble dater de la période 400-350 av. J.-C. et peut-être même appartenir à la phase que l’on appelle « style de Kertch » qui montre un regain de qualité dans la fabrication de la céramique attique à figures rouges après le léger déclin des années 390-370 av. J.-C.
Le décor est très original et permet de conforter la datation. La scène est limitée en zone supérieure, c’est-à-dire au col, par un décor de postes. Les figures rouges principales peintes montrent deux athlètes nus qui portent leur tunique, enroulée autour du
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bras droit. On sent une unité de geste dans la scène : le premier personnage, entouré de volutes d’où s’échappent des palmettes stylisées, semble appeler l’autre athlète qui tourne la tête pour le regarder. Ce second personnage, lui aussi entouré de volutes, porte à son côté gauche un thyrse surmonté d’une pomme de pin ici stylisée. À côté du premier athlète, se trouve un linge, terminé par deux petites lanières, accroché au mur par un clou.
L’iconographie :
Bien qu’il y ait une unité de geste dans la scène, l’iconographie est incohérente. Le premier athlète semble sortir d’une scène de palestre ou de gymnase. Le second, en revanche, paraît être d’inspiration dionysiaque, le thyrse appartenant à l’imagerie de Dionysos.
Le style :
Le style est assez maladroit. En effet, l’anatomie n’est pas respectée : le nombril est beaucoup trop haut, tout comme l’abdomen, les muscles des cuisses et ceux des mollets. L’attache des membres est stylisée par un simple trait. Les contorsions du corps sont, quant à elles, relativement irréelles.
En revanche, le peintre a porté son effort sur les étoffes qui donnent du volume et du mouvement à la scène.
INTERPRÉTATIONS :
La présence de vaisselle athénienne dans l’île de Lemnos, située au nord-est de la mer Egée, n’est pas surprenante en soi lorsqu’on connaît la très large diffusion de cette céramique dans le bassin méditerranéen (4). L’exportation est massive aux Ve–IVe siècles entre les contrées de la mer Noire et l’extrême-Occident méditerranéen. Mais le cas de Lemnos peut paraître un temps soit peu particulier, compte tenu des liens étroits qui se sont tissés entre cette île et la thalassocratie du Pirée.
Sans entrer dans un long développement sur les relations entre Athènes et Lemnos, ce qui n’est pas le propre de cette contribution, quelques rapides rappels apparaissent cependant souhaitables. Dès le début du Ve siècle, à l’époque de la Confédération de Délos, Athènes se lance dans une politique économique dont le fer de lance demeure sa suprématie navale en Egée. Lors de l’installation des clérouques à Skyros en 476-475, Athènes tient déjà Lemnos, une de ses bases sur la route des détroits, en vue du contrôle de l’axe de circulation des blés de la mer Noire (5). Par ailleurs, une preuve de la mainmise efficace d’Athènes sur Lemnos – s’il était nécessaire de la démontrer – est apportée par un épisode de la résolution de la guerre contre Samos datant de 441-440 : c’est vers l’île de Lemnos que les otages samiens ont été envoyés « en résidence » par les Athéniens (6). Enfin, plus tard, en 386, lors de la conclusion de la Paix du Roi, Imbros, Lemnos et Skyros – trois clérouquies athéniennes – sont revenues à la grande cité attique. Cette clause, excellente illustration des rapports étroits entre les deux cités, a alors été qualifiée de satisfaction d’amour-propre (7).
![]() MUSÉE DE NÉRAC, vase n° 1 : | CONCLUSION : La présence de vases attiques à Lemnos, à première vue originale, est donc mieux comprise à la lecture de l’histoire commune d’Athènes et de Lemnos, d’autant que les Ve et IVe siècles correspondent avec la chronologie des deux vases conservés à Nérac. La fourchette de datation est vaste : elle va de 530 à 350 av. J.-C., mais la date de production se situe très certainement aux alentours de 400. Le style des deux pièces grecques, presque identique, semble même indiquer qu’elles proviennent d’un seul atelier : ainsi, l’importance du blanc, la présence de volutes et de palmettes. Il faut voir maintenant si le style est celui d’un atelier de Lemnos ou d’un centre de fabrication attique, la présence du vase dans l’île égéenne se comprenant au regard de la diffusion de cette céramique. En effet, la seule mention qui « atteste » l’origine de l’île de Lemnos est l’étiquette du musée. De qui émane-t-elle ? Est-elle fiable ?
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Cependant, et cela a été l’intérêt de cet article, le décor du pelike est antagoniste en lui-même : les deux personnages donnent l’impression d’appartenir à la même scène, d’être liés entre eux, mais les symboles qui se rattachent à eux sont contradictoires. Ce type d’iconographie est très peu courant dans le monde grec : s’agit-il réellement de productions grecques
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![]() | ![]() |
![]() | MUSÉE DE NÉRAC, vase n° 2 : pelike. |
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ou a-t-on affaire à des faux ? D’autre part, nous n’avons pas réussi à comprendre pourquoi ces vases étaient arrivés en Lot-et-Garonne, mais, dans l’hypothèse où ces pièces ont bien été fabriquées en Grèce, l’iconographie des productions attiques s’est enrichie de deux nouveaux exemplaires.
Céline PIOT
1. Il nous est agréable de remercier M. Des Courtils, maître de conférences en histoire de l’art antique à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, pour son aide dans l’étude stylistique ainsi que Richard Boyer pour ses recherches bibliographiques.
2. M. Py (dir.), DICOCER : Dictionnaire des Céramiques antiques (VIIe s. av. n. è. – VIIe s. de n. è.) en Méditerranée nord-occidentale (Provence, Languedoc, Ampurdan) (Lattara, 6), Lattes, 1993, p. 115.
3. Ibid., p. 114.
4. Pour l’Extrême-Occident, voir :
– Péninsule ibérique : P. Rouillard, Les Grecs et la Péninsule ibérique du VIIIe au IVe siècle av. J.-C. (Publ. Centre Pierre-Paris, 21), Université de Bordeaux III, 1991.
– Sud-Ouest de la Gaule : A. Beyneix, C. Piot, « Mobiliers grecs ou de tradition grecque dans la vallée de la Garonne et ses abords pendant les âges du Fer (du VIe au Ier siècle av. J.-C.) », dans Aquitania, 13, 1995, p. 33-73.
5. L. Grenet, L‘approvisionnement d’Athènes en blé aux Ve et IVe siècles, Paris, 1909.
6. E. Will, Le monde grec et l’Orient, t. 1 : Le Ve siècle, Paris, 1991, p. 283.
7. E. Will, C. Mossé, P. Goukowsky, Le monde grec et l’Orient, t. 2 : Le IVe siècle, Paris, 1990, p. 30. »
Le Président remercie Céline Piot pour cette communication dont le sujet nous change quelque peu des thèmes habituellement traités dans cette enceinte, et demande quel est aujourd’hui le statut juridique des deux vases. Céline Piot précise qu’il s’agit d’un dépôt au Musée de Nérac réalisé par le Musée d’Agen auquel les deux objets appartiennent toujours. Le Président remarque encore que ces deux vases appartiendraient donc à la production d’un même atelier du monde attique, et demande s’il existe dans le corpus des pièces comparables. Maurice Scellès voudrait savoir si les formes des vases et l’étude stylistique des décors confirment l’origine donnée par l’étiquette, selon laquelle les deux pièces proviendraient d’un tombeau de Lemnos. Céline Piot répond que l’étude permet seulement de les attribuer au groupe des vases attiques à figures rouges, sans plus de précision.
Maurice Scellès demande si les deux vases ne peuvent être des faux et Henri Pradalier voudrait savoir si une telle maladresse de dessin se rencontre à Athènes même. Céline Piot dit ne pas savoir si le corpus comporte des pièces de qualité aussi moyenne, mais précise que l’authenticité de ces deux vases n’a pas été suspectée par les spécialistes qui les ont vus.
L’ordre du jour appelle alors les questions diverses.
Accompagnant son propos de quelques vues du site de la villa romaine de Chiragan à Martres-Tolosane, le Secrétaire-adjoint fait un bref rappel de la situation des vestiges, des événements récents et de l’état des négociations en cours. Il indique que grâce aux contacts pris par M. Jean-Emmanuel Guilbaut, une expérience d’étude géophysique sera réalisée sur le site jeudi prochain. Daniel Cazes et lui-même représenteront la Société. Les premiers résultats pourront en être communiqués à la Société dès la prochaine séance. Le Président se félicite de cette collaboration nouvelle avec le Service Régional de l’Archéologie.
Claude Péaud-Lenoël et l’abbé Baccrabère font état des visites qu’ils ont faites sur le site au cours des années passées et confirment la présence de tesselles et de nombreux fragments de marbre.
Puis le Président rend compte des dernières réunions de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure, et des Amis de l’Hôtel d’Assézat.
L’Union prévoit l’édition d’un ouvrage qui s’intitulera Autour d’Assézat.
Les travaux de restaurations des décors des salles du rez-de-chaussée et des salons du premier étage de l’Hôtel d’Assézat, réalisés sous la responsabilité de l’architecte en chef Bernard Voinchet, seront engagés prochainement.
La Conférence nationale des Académies, qui réunit autour de l’Institut de France les 28 académies provinciales antérieures à la Révolution, se tiendra à Toulouse les 14, 15 et 16 octobre 1999. Les journées toulousaines se dérouleront autour du thème Du pastel à l’espace.
La réunion du Bureau de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat était présidée par M. Raybaud.
Comme l’an dernier, une fête autour d’un concert sera donnée à l’Hôtel d’Assézat le 25 mars à 20 h 30.
L’association constate encore que trop de conférences ont lieu le mardi, et qu’il faudrait sans doute mieux organiser le calendrier. Les discussions ont ensuite porté sur différents projets que pourrait développer l’Association.
SÉANCE DU 3 MARS 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Labrousse, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Blaquière, Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Prin, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, d’Ercole, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Tollon, M. Burroni, membres correspondants.
Excusés : Mme Cazes, MM. Gillis, Tollon.
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Invités : Mlles Gretchen Lono, Iromi Haruna, M. Guilbaut, M. et Mme Mouillac.
Le Président remercie les membres présents d’être aussi nombreux, et dit le plaisir que nous avons à accueillir ce soir Mlles Gretchen Lono et Iromi Haruna, toutes deux étudiantes en histoire médiévale. Des impératifs horaires imposant de bousculer l’ordre de la séance, le Président donne immédiatement la parole à Henri Pradalier pour la communication du jour, consacrée à La chapelle de la Madeleine au Palais-Vieux des archevêques de Narbonne : architecture et décor :
« Le Palais-Vieux des archevêques de Narbonne compte deux bâtiments disposés en équerre fermant à l’est et au sud une cour dont la partie nord est close par des restes de bâtiments canoniaux, et la face ouest par la chapelle de l’Annonciade et l’ancien clocher de la cathédrale carolingienne. La chapelle archiépiscopale dédiée à Marie-Madeleine est installée au troisième niveau d’un corps de logis rectangulaire situé à l’angle sud-est du palais, au point de jonction des deux ailes. Fortement remaniée au XIIIe siècle, au moment même où s’amorçait le chantier de la cathédrale, elle présente des dispositions architecturales qui méritent donc attention et a conservé de surcroît une partie non négligeable de son décor peint.
L’histoire
L’histoire de cette chapelle épiscopale est fort mal connue. La première mention d’une église sous le vocable de Marie-Madeleine remonte à un document de 1160 qui ne permet ni de la situer de façon satisfaisante, ni de connaître son statut. Elle ne semble pas alors faire partie du palais épiscopal. La première mention du vocable de Sainte-Marie-Madeleine pour la chapelle archiépiscopale n’est avéré qu’à partir de 1273 sur une inscription placée au-dessus de la porte nord de celle-ci. Cette inscription rappelle que la chapelle a remplacé un humble édifice antérieur, que sa construction est due à l’archevêque Pierre de Montbrun et qu’elle a été réalisée en trois ans, entre 1273 et 1276. Quoique commémorative, l’inscription fournit les renseignements chronologiques qui correspondent aux caractères architecturaux de la chapelle. En 1306 et en 1352 des actes y sont signés entre les consuls, le vicomte et l’archevêque.
L’architecture
Présentation
La tour, au troisième niveau de laquelle se trouve la chapelle, a subi de nombreuses transformations. À l’extérieur apparaissent des reprises nombreuses et importantes et des chevauchements qui trahissent des interventions à différentes dates, du XIe siècle au XIXe siècle.
À l’intérieur, les niveaux actuels ne correspondent en rien à ceux d’origine tant ont été nombreux les bouleversements. Le sol de la chapelle est supporté par trois arcs diaphragmes du XVIIIe siècle, son plafond actuel a remplacé soit au XVIIIe siècle soit au XIXe siècle trois travées d’ogives qui montaient plus haut.
Le plan et l’élévation
En plan, la chapelle est un rectangle de 15 m x 9 m. On y accède par deux portes percées l’une au nord, l’autre à l’ouest, donnant sur les deux ailes en équerre du palais. Dans le mur nord, donnant sur le vide, est percée une grande ouverture. Au sud se voient deux renfoncements : l’un pentagonal, l’autre rectangulaire, voûtés d’ogives tous les deux. Le renfoncement pentagonal correspond à la cage d’escalier qui mettait en communication la chapelle et les salles inférieures. Le renfoncement rectangulaire est un petit oratoire décoré de peintures. Le mur sud est percé de trois fenêtres. La moitié orientale du mur nord et le mur ouest sont sensiblement moins larges que les autres murs de la chapelle.
Des trois fenêtres percées dans le mur sud, celle qui est placée dans l’oratoire, est simple, petite, en tiers-point. Les deux autres, très hautes, présentent à l’intérieur deux ressauts larges et sans décor. La taille des meneaux de ces deux fenêtres est restée inachevée. À l’extérieur, la fenêtre orientale montre les restes d’un meneau dans sa partie basse. La partie haute a été murée. La fenêtre occidentale a été refaite soit au XVIIIe siècle, soit au XIXe siècle, sauf le meneau central qui est du XIIIe siècle. Entre les deux apparaît une troisième fenêtre entièrement murée parfaitement insoupçonnable à l’intérieur, dont le meneau et le remplage datent du dernier quart du XIIIe siècle.
Dans le mur oriental s’ouvre une grande fenêtre triple restaurée en 1953 par Henri Nodet. Sur le mur nord se voit nettement le tracé d’un grand arc en plein cintre en appareil moyen appuyé à un mur en petits moellons et dans lequel a été percée la porte sans caractère donnant accès à l’aile est du Palais-Vieux. Le mur nord est renforcé par trois arcades aveugles supplémentaires en tiers point. Entre ces arcades, les traces d’arrachement de pilastres qui disparaissent au-dessus du plafond actuel permettent d’imaginer la hauteur de la voûte d’ogives qu’ils supportaient. Sous l’arcade occidentale s’ouvre la grande baie qui prend à l’extérieur l’aspect d’un portail en plein cintre flanqué de deux fois deux colonnes surmontées de chapiteaux sculptés. Il peut être
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daté de la deuxième moitié du XIIe siècle. Enfin, à l’ouest, dans un mur en petits moellons s’ouvre la porte donnant sur la partie occidentale de l’aile sud. Au-dessus d’elle se voit encore l’arc formeret qui supportait la voûte.
Comment interpréter ces données architecturales ?
Des murs en petit appareil de moellons visible à l’angle nord-est de la tour et sur la moitié est de la paroi nord de la chapelle constituent les restes d’un bâtiment datant du XIe siècle au plus tard. Ce bâtiment a été consolidé par l’établissement de l’arc en plein cintre intérieur de la face nord dans le dernier quart du XIIe siècle lorsqu’on a décidé d’y pratiquer la grande ouverture donnant aujourd’hui sur le vide.
Sur le flanc sud, dans un premier parti, on a envisagé d’imiter les dispositions de la Sainte-Chapelle de Paris, en construisant sur cette face des fenêtres très hautes et rapprochées. Mais ce parti, sans doute en raison de problèmes de stabilité (nulle part des contreforts n’avaient été prévus), fut vite abandonné. On en revint à un parti et à des techniques auxquelles on était plus habitué dans la région en établissant un renforcement intérieur sur les longs côtés de la chapelle par la construction d’arcs à double ressaut moins élevés. C’est sur eux que l’on fit alors reposer trois travées voûtées d’ogives quadripartites sur plan barlong. C’est dans cet espace remanié et encombré de témoins du passé que les peintres ont été amenés à exercer leur talent.
Le décor
Celui-ci se compose de deux ensembles différents.
Le premier est un décor de faux-appareil qui recouvre tous les murs de la chapelle, à la manière de ce que l’on peut voir dans les édifices méridionaux des XIIIe et XIVe siècles (Jacobins à Toulouse, Chapelle de l’abbé Auger à Lagrasse). Il a pour fonction de gommer les irrégularités de l’appareil et des formes architecturales en passant uniformément sur toutes les surfaces intérieures de la chapelle, aussi bien les arcs de renforts que les murs goutterots, atténuant ainsi les lignes et volumes indésirables découlant de leur présence.
Le deuxième est celui qui décore les murs et la voûte du petit oratoire de plan rectangulaire (1,80 m x 1,15 m), qui s’ouvre sur la chapelle par une baie en tiers-point sommée d’un gable à crochets. Les parties inférieures des murs, qui étaient peintes de fausses tentures, ont disparu et les scènes qui subsistent sur le registre médian sont partiellement effacées. Les parties hautes et la voûte sont mieux conservées. Sur le mur sud se voit une Annonciation, sur le mur est une Crucifixion avec la Vierge, saint Jean, les restes d’un personnage désignant le Christ (vraisemblablement le centurion) et une partie de la tête d’une femme nimbée, sans doute Marie-Madeleine. Sur le mur ouest sont placées l’Église et la Synagogue. Le symbole que porte l’Église est un édifice gothique qui semble une maquette de la Sainte-Chapelle de Paris. Ces trois scènes sont surmontées, dans les compartiments en tiers-point ménagés entre les retombées de la voûte, par quatre anges thuriféraires qui manifestent leur joie et célèbrent l’événement. À la voûte sont peintes des étoiles sur un fond bleu.
La date des peintures de l’oratoire
Le style linéaire de ces peintures, qui ne connaît rien encore de l’italianisme qui apparaîtra ultérieurement dans les terres languedociennes, permet de proposer la fin du XIIIe siècle comme date. Celle-ci est confirmée par le motif latéral de la clef de voûte de l’oratoire où figurent, peintes et sculptées, les armes de Pierre de Montbrun, archevêque de 1272 à 1286. Divers documents qui parlent des années 1276 et 1279 pour l’achèvement de la chapelle, permettent donc de confirmer une datation autour de 1280 tant pour le faux-appareil que pour les peintures de l’oratoire.
Conclusion
La chapelle de la Madeleine du palais archiépiscopal de Narbonne présente donc un triple intérêt. Elle apparaît d’abord comme un véritable laboratoire : son architecture révèle un semi-échec et souligne les difficultés d’adaptation des techniques de construction septentrionales dans le Midi, peu avant l’ouverture du chantier de la cathédrale voisine. Elle est ensuite une des plus anciennes chapelles palatines conservées dans la région après la chapelle Notre-Dame du palais épiscopal d’Albi, et avant les chapelles du palais des rois de Majorque à Perpignan et la chapelle Saint-Michel au Palais de la Berbie à Albi. Enfin, les peintures de son petit oratoire, sont les plus anciennes peintures gothiques connues en Languedoc à ce jour. »
Le Président remercie Henri Pradalier d’avoir su conserver la qualité de son exposé tout en le maintenant dans le temps imparti.
L’abbé Rocacher a cru discerner un arbre à côté de la représentation de la Sainte-Chapelle que porte la figuration de l’Église, détail qui viendrait encore renforcer le thème de la victoire de l’Église sur la Synagogue. Henri Pradalier précise que bien que le décor soit effacé, il ne fait pas de doute que seule une maquette d’église a été représentée, avec sa haute flèche et qu’on ne peut voir ici une représentation de l’opposition entre l’Arbor Bona et l’Arbor Mala comme le suggère l’abbé Rocacher.
Celui-ci voudrait encore savoir si la porte romane sur la cour est en place et, si tel est le cas, quelle était sa fonction. Après avoir indiqué qu’il a volontairement écarté dans sa communication la question des circulations, Henri Pradalier confirme que la
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porte se trouve à son emplacement d’origine, et fait l’hypothèse qu’elle correspondait à un escalier extérieur en bois ou en pierre. L’étude des circulations demanderait des vérifications pour dater précisément les portes conservées. Le plan de l’édifice et les circulations entre les corps de bâtiment pourraient permettre d’envisager l’existence d’une chapelle à deux niveaux mais il convient de rester prudent dans ce domaine en raison des bouleversements subis par les parties inférieures du bâtiment. Répondant à une nouvelle question de l’abbé Rocacher, Henri Pradalier précise qu’un lavabo et une armoire liturgique subsistent dans le mur oriental de la chapelle. L’autel était donc disposé sur ce mur droit. Jean Nayrolles souhaiterait des explications supplémentaires sur la fenêtre centrale, murée dès l’origine semble-t-il. Henri Pradalier dit ne pas connaître de fausse-fenêtre pour cette époque, et estime que sa fermeture a été motivée par la crainte d’une trop grande fragilité de l’élévation par ailleurs dépourvue de contreforts. Les meneaux des trois fenêtres qui, à l’intérieur, ne sont que partiellement taillés, témoignent de ce changement de parti. | NARBONNE, PALAIS-VIEUX DES ARCHEVÊQUES, |
En réponse à l’abbé Rocacher, Henri Pradalier montre que la chapelle était bien voûtée d’ogives, les traces laissées sur les murs ne pouvant correspondre à des arcs diaphragmes. Il ajoute que les plans dressés par Viollet-le-Duc signalent trois voûtes d’ogives. Quant à la salle supérieure aujourd’hui occupée par le musée, et dans laquelle pourraient être faites les vérifications nécessaires, son état actuel empêche toute observation des maçonneries : seul l’ancien conservateur, M. Viguier, pourrait peut-être donner des renseignements sur les traces éventuellement apparues à l’occasion de sa rénovation.
Louis Peyrusse trouve séduisante l’hypothèse d’un modèle pris sur un édifice du gothique rayonnant d’Île-de-France dont la transposition se heurterait au manque de savoir-faire local, mais il s’étonne que l’on ait introduit à cet emplacement, sur l’extérieur de l’édifice, de grandes baies qui constituaient des points faibles dans l’architecture de la forteresse. Rappelant que les parties hautes du bâtiment avec leur crénelage sont dues à Viollet-le-Duc, Henri Pradalier précise que le Palais-Vieux n’était pas une forteresse et que c’est avec l’installation de la chapelle que le bâtiment où elle se trouve a pris l’allure d’une tour rectangulaire sans en avoir les caractères militaires.
Christine Delaplace demande si des hypothèses ont été formulées à propos de la composition du groupe épiscopal paléochrétien et si l’un des édifices a éventuellement pu correspondre au baptistère. Henri Pradalier indique que les fouilles anciennes ont donné lieu à des interprétations peu convaincantes qui cherchaient surtout à retrouver dans les vestiges mis au jour des édifices romains comme Saint-Clément, voire une mosquée, et conclut que les recherches archéologiques comme l’analyse des textes devraient être entièrement reprises. Mais il convient avec Christine Delaplace que la mention, dans un texte de 1160, des trois églises de Saint-Quintin, Sainte-Madeleine et Sainte-Marie, très proches les unes des autres et localisées sur l’emplacement de certaines parties du palais ne peut qu’évoquer un groupe épiscopal.
Maurice Scellès se demande s’il faut considérer comme postérieure à la peinture la voûte qui couvre l’arrivée de l’escalier en vis. Françoise Tollon remarque qu’en effet, la couche picturale vient au ras des culots, mais qu’il faudrait une observation sur place pour décider de ce qui peut éventuellement être dû à la restauration des années 1950. Elle remarque que certaines altérations caractéristiques des peintures vinyliques laissent en effet supposer des retouches importantes. Henri Pradalier s’interrogeant sur une éventuelle dérestauration, Françoise Tollon précise qu’une intervention serait nécessaire s’il s’avérait que la peinture s’est altérée depuis la restauration de 1953. Elle ajoute que la datation des architectures à partir des décors peints demande à être utilisée avec beaucoup de prudence, et que bien souvent ceux-ci ne sont réalisés que bien après l’achèvement de l’édifice. Un examen détaillé du support permet parfois d’apporter d’intéressantes précisions, en faisant par exemple apparaître des rebouchages de l’enduit au moment de l’application de la peinture. Henri Pradalier note que dans le cas de la chapelle du Palais-Vieux de
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Narbonne, le fait que les armes de Pierre de Montbrun soient à la fois sculptées et peintes ne permet pas de douter que les peintures sont contemporaines de l’architecture.
NARBONNE, PALAIS-VIEUX DES ARCHEVÊQUES. Chapelle de la Madeleine, oratoire,
mur sud : l’Annonciation, détail. Cliché Henri Pradalier.
Faisant remarquer que les petits moellons réguliers de certaines parties des élévations rappellent les appareils romains, l’abbé Baccrabère demande quelles sont les éventuelles traces de constructions antérieures à l’époque romane. Henri Pradalier rappelle que les maçonneries en petits moellons que l’on voit sur les faces occidentale et orientale de l’aile est du Palais-Vieux peuvent être préromanes puisqu’on a utilisé des moellons de ce type pendant le Haut Moyen-Âge et jusqu’au XIe siècle. La présence d’une ouverture de forme outrepassée sur le mur ouest de cette aile, semblable à celles que l’on peut voir à Saint-Michel de Cuxa, Sournia, Boada, etc. dans le dernier quart du Xe siècle, incite Henri Pradalier à dater les parties basses de cette aile de la même date. Mais on a pu, en effet, remployer des moellons antiques.
Après avoir remercié tous les intervenants, le Président donne la parole à MM. Jean-Emmanuel Guilbaut, du Service Régional de l’Archéologie, et Louis Mouillac, de l’entreprise Alidade Ingénierie, qui présentent à la Compagnie les résultats du test d’étude géophysique réalisé jeudi dernier sur le site de la villa romaine de Chiragan à Martres-Tolosane.
Jean-Emmanuel Guilbaut rappelle qu’il s’agissait de faire un premier état des lieux afin d’apprécier l’intérêt que pourrait présenter une étude géophysique complète du site. L’expérience a porté sur la parcelle où l’ensemble thermal de l’édifice romain a été mis au jour au XIXe siècle, parcelle sur laquelle apparaissent encore aujourd’hui le plus grand nombre de fragments de tuiles et autres matériaux de construction.
M. Louis Mouillac expose les principes et les différentes méthodes de la géophysique, puis il commente le graphique obtenu sur une bande diagonale de terrain longue d’une cinquantaine de mètres. Les résultats de l’expérience sont suffisamment probants pour confirmer que le terrain conserve de fortes potentialités archéologiques. L’abbé Baccrabère demande si les données de la géophysique ne devraient pas être confrontées à une prospection aérienne. Jean-Emmanuel Guilbaut indique que l’étude géophysique du terrain, couplée à quelques sondages d’évaluation bien choisis, pourrait permettre d’avoir des résultats beaucoup
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plus précis que ce que l’on pourrait attendre dans le cas d’une prospection aérienne.
Daniel Cazes confirme tout l’intérêt des résultats obtenus et d’une enquête systématique qui permettrait de recaler sur le terrain les plans des archéologues du XIXe siècle. Il rappelle en outre que le site de Chiragan a connu des campagnes de fouilles faisant appel à des méthodes très différentes, qui ont été selon les époques destructrices ou non. Le test de géophysique semble vérifier que les fouilles de Chambert et Vitry ont été en effet très respectueuses des vestiges en place, ce qui est en soi déjà très positif.
Le Président remercie M. Jean-Emmanuel Guilbaut et M. Louis Mouillac.
Le Secrétaire-adjoint lit la phrase ajoutée au procès-verbal de la séance du 3 février 1998, qui est acceptée par la Compagnie, puis il donne lecture du procès-verbal de la séance du 24 février, qui est adopté.
Au titre des questions diverses, un membre montre quelques diapositives des travaux en cours au Musée Saint-Raymond. Une vue des fenêtres récemment restaurées sur la façade nord, sur la place Saint-Sernin, montre de bien bizarres culots tout neufs, à têtes joufflues, dont on aimerait connaître le modèle et qui sont particulièrement surprenants si l’on songe que l’on se trouve dans le cadre de la restauration d’un monument historique. Daniel Cazes indique qu’en effet ces culots ne correspondent ni à un motif connu pour le XVIe siècle, ni à ceux qui avaient été mis en place lors de la restauration de Viollet-le-Duc, mais que l’architecte en chef, M. Voinchet, et l’entreprise ont expliqué qu’il s’agissait de volumes capables laissés en attente de la restauration définitive de la façade : il s’agit donc d’une sculpture provisoire, les culots devant être alors retaillés avec leur décor définitif.
TOULOUSE, MUSEE SAINT-RAYMOND, les » volumes capables » ornés de têtes sans style placés sur les fenêtres récemment restaurées de l’élévation sur la place. | TOULOUSE, MUSEE SAINT-RAYMOND, la nouvelle porte de l’élévation est en cours de réalisation. |
Une autre photographie montre la nouvelle porte percée sur l’élévation est, pour répondre à la réglementation en matière de sécurité dans les édifices recevant du public. Daniel Cazes rappelle tout d’abord que le bâtiment de 1523 ne comprenait pas d’escalier intérieur, l’accès à l’étage se faisant par un escalier hors-œuvre. Le réaménagement du musée imposait une seconde porte de sortie que l’on a choisi de percer à l’emplacement d’une porte murée qui avait été aménagée au XIXe siècle, probablement par les militaires, dans le mur est donnant sur la chapelle aujourd’hui détruite. Cette porte avait pris la place de la grande cheminée du tinel, dont les vestiges ont été retrouvés sur l’élévation intérieure, tandis que son linteau était identifié parmi les collections du Musée des Augustins (cf. Daniel Cazes, « Travaux et découvertes au Musée Saint-Raymond », dans Le Jardin des Antiques, Bulletin des Amis du Musée Saint-Raymond, n° 22, juin 1997, p. 7-9). Maurice Scellès juge que la forme retenue pour la nouvelle porte réalise un bon compromis entre discrétion et lisibilité de l’intervention contemporaine. Le tracé et le matériau ne tranchent pas sur l’élévation et l’architecte a su éviter le pastiche trompeur. A propos du Musée Saint-Raymond est cependant posée la question du traitement des Monuments historiques destinés à accueillir du public, avec des contraintes qui aboutissent souvent à la négation de l’édifice. Jean Nayrolles et Henri Pradalier
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évoquent ainsi la tour de Constance à Aigues-Mortes, défigurée par un ascenseur. Le respect des édifices considérés comme des « Monuments historiques » ne devrait-il pas impliquer des règles dérogatoires à la législation courante ?
Concernant la porte réalisée au Musée Saint-Raymond, le Président avoue avoir été inquiet pour finalement admettre au vu de la réalisation que l’intervention n’était pas si grave.
SÉANCE DU 17 MARS 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Delpoux, Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Pradalier, l’abbé Rocacher, Roquebert, Vézian, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, d’Ercole, Napoléone, Stutz, Tollon, MM. Bertrand, Burroni, Cranga, Ginesty, Pousthomis, membres correspondants.
Excusée : Mme Delaplace.
Après avoir annoncé que le programme de la séance serait très chargé, le Président donne la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture du procès-verbal de la séance du 3 mars dernier, qui est adopté.
Le Président signale alors à la Compagnie la grande exposition organisée au Grand Palais sous le titre : L’art au temps des rois maudits. Philippe le Bel et ses fils.
Puis on entend les rapports sur les candidatures au titre de membre correspondant de Mlle Cécile Gloriès et de M. Olivier Testard, respectivement présentés par Nelly Pousthomis-Dalle et Maurice Scellès. On procède au vote : les deux postulants sont élus membres correspondants.
Avant de donner la parole aux différents rapporteurs pour les concours, le Président rappelle que peuvent être décernés cette année le prix de Champreux doté de 3000 F. et le prix Ourgaud doté de 2000 F.
Henri Pradalier présente son rapport sur le travail de Mme Valérie Yvonnet-Nouviale, La sculpture monumentale romane de Saint-Sernin de Toulouse et sa zone d’influence au nord des Pyrénées, thèse sous la direction de Mme Michèle Pradalier-Schlumberger, Université de Toulouse-Le Mirail, novembre 1997, 1 vol. texte 306 p., 2 vol. de planches :
« La thèse nouveau régime de Mme Yvonnet-Nouviale, intitulée La sculpture monumentale romane de Saint-Sernin de Toulouse et sa zone d’influence au nord des Pyrénées, est l’aboutissement d’un travail entrepris il y a dix ans par une maîtrise sur La typologie des chapiteaux à feuillages des parties orientales de Saint-Sernin de Toulouse. Le texte de 306 pages est accompagné de deux tomes abondamment illustrés, le premier réservé à la totalité des chapiteaux de Saint-Sernin de Toulouse, le second aux sculptures des autres monuments étudiés. Les membres du jury de soutenance ont unanimement souligné la qualité de la présentation ainsi que l’aisance du style malgré l’aridité qu’aurait pu engendrer la description répétée des chapiteaux feuillagés.
La thèse se divise en trois parties : la première traite de la sculpture de Saint-Sernin, la deuxième des édifices influencés par la sculpture de Saint-Sernin et la troisième des modalités de diffusion de l’influence de Saint-Sernin. Dans la première partie, nécessaire et utile résumé des travaux antérieurs (maîtrise et D.E.A.), j’ai apprécié tout particulièrement l’établissement par l’auteur d’une typologie précise et convaincante de la flore sculptée des chapiteaux qui constitue un travail de fond qui sera désormais incontournable, tous les chapiteaux ayant été photographiés, analysés et classés. La démonstration emporte l’adhésion en prouvant que le caractère fondamental de la sculpture de Saint-Sernin, à travers tous les artistes qui y ont travaillé, a consisté à faire coller, au plus près, le décor du chapiteau, quel qu’il soit, à la structure corinthienne de la corbeille. L’auteur y décèle à juste titre la marque propre au chantier de Saint-Sernin ce qui lui permet ensuite de retrouver sans erreur la trace de ces sculpteurs dans d’autres monuments.
C’est l’objet de la deuxième partie, qui révèle les capacités de la candidate à reconnaître les artistes, à les individualiser, à les classer, à analyser les influences qu’ils ont subies. Cette partie très convaincante et difficilement discutable, révèle les qualités d’analyse de l’auteur qui est incontestablement un « œil ». L’auteur a de surcroît élargi son étude jusqu’à l’influence iconographique de Saint-Sernin, qui se révèle tout aussi importante que l’influence stylistique. Il apparaît en effet que la basilique toulousaine est à la base de deux grands courants iconographiques : celui issu de la Porte de Comtes, qui insiste sur les châtiments infernaux, celui issu de l’atelier de Bernard Gilduin qui met l’accent sur le Salut. Caractères stylistiques et iconographiques sont admirablement exploités pour suivre l’influence de Saint-Sernin dans une aire géographique assez vaste, de l’Albigeois et de la vallée de l’Ariège à l’est et au sud, jusqu’au bassin de l’Adour à l’ouest.
La troisième partie est la plus porteuse de renouvellements potentiels, car elle s’attache aux modalités de diffusion de l’influence de Saint-Sernin, c’est-à-dire aux influences croisées. S’appuyant sur ses acquis, l’auteur y aborde avec bonheur et avec son œil infaillible le problème des rapports stylistiques entre Saint-Sever de l’Adour et Saint-Sernin, et entre Moissac et Saint-Sernin. Valérie Yvonnet-Nouviale montre comment, pour Moissac, Saint-Sernin a exercé une influence iconographique importante et une influence stylistique forte mais partielle ; comment, à Saint-Sever, l’influence saint-serninienne, parfois contrariée, parfois
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transmise par le biais d’une influence indirecte, s’est, de surcroît, heurtée à l’existence d’ateliers locaux. C’était une entreprise délicate qui a été brillamment réussie. Mais cette troisième partie va plus loin que la simple comparaison stylistique. Soulignant le caractère subjectif de la détection de points communs, se montrant très prudente sur la recherche des « mains » d’artistes, et s’interrogeant sur l’existence d’influences réciproques, Mme Yvonnet aborde la question de la notion d’influence en matière de sculpture romane qui semble relever davantage de la dynamique que de l’imitation. Il y a donc au sens propre une thèse.
Les critiques sont minces. On peut regretter que l’auteur n’ait pas donné les plans de localisation des chapiteaux de Saint-Sernin, plans dressés autrefois par lui-même, et que, par un excès de prudence, l’énorme travail de débroussaillage qu’est le classement typologique des chapiteaux, n’ait pas débouché sur les conclusions chronologiques qui s’imposaient. »
La parole est alors à Nelly Pousthomis-Dalle pour son rapport sur le mémoire de Mlle Valérie Baboulène, Saint-Hilaire d’Agen : ancienne église de l’ensemble conventuel des Cordeliers, mémoire de D.E.A. sous la direction de Mme Nelly Pousthomis-Dalle et de Mme Michèle Pradalier-Schlumberger, Université de Toulouse-Le Mirail, septembre 1997, 127 p.
« Le mémoire comprend un volume de 127 pages de texte et des illustrations. L’ensemble est bien présenté, on regrettera seulement le petit nombre d’illustrations par rapport à la masse de documents et de relevés collectés ou dressés par l’auteur. Le style – comme le contenu – est dense, la langue riche.
L’étude porte sur le couvent des Cordeliers d’Agen dont seule subsiste l’église. Le mémoire débute par une partie historique qui éclaire notamment les origines du couvent, son implantation vers 1240 extra muros, puis son transfert, après quelques pérégrinations dans la ville, entre 1336-1338 et 1345, dans la paroisse Saint-Hilaire, intra muros. Les bâtiments conventuels, totalement démolis en 1840, ne sont connus que par des plans dressés en 1791 pour transformer le couvent en caserne. Ils font l’objet d’une analyse très fine et tout à fait remarquable, prenant en compte l’épaisseur des murs, les décrochements en plan et en niveau, les irrégularités, les types de baies (distribution, format, direction de l’ébrasement – compris comme un indicateur du fonctionnement des pièces et donc de leur caractère « public » ou « privé » -). Des informations sur l’élévation de ces bâtiments disparus sont même recherchées à partir de quelques textes et d’une représentation de la ville en 1648. Toutes ces observations aboutissent à une datation des différents bâtiments et de leurs niveaux ; leur organisation est ensuite confrontée à celle d’autres couvents de mendiants.
L’étude de l’église constitue le corps essentiel du mémoire. Peu spectaculaire, très peu étudiée, elle est composée d’une nef unique, de chapelles latérales et d’un chevet pentagonal. Construite entre 1345 et 1363, elle est conçue avec une charpente apparente, à chevrons formant fermes, masquée par des voûtes d’ogives au XVIe siècle. Une partie de l’église, la moitié occidentale, accuse des caractères de modernité qui résultent d’une campagne de travaux au XVIIe siècle et des importantes réfections réalisées entre 1847 et 1867, qui durent affecter une partie de la charpente, probablement remontée. En effet, malgré l’imbroglio des maçonneries, l’auteur parvient, au terme d’une analyse stratigraphique minutieuse, objective et intelligente, à dégager deux grands ensembles dans la construction. La description très technique de la charpente témoigne d’une parfaite maîtrise du vocabulaire spécifique comme du fonctionnement structurel des pièces. La nature des bois, l’observation des assemblages, des marques et contremarques permettent de définir le sens du montage des fermes, de localiser les remaniements, et aboutissent à distinguer deux parties liées à la reprise déjà décelée dans les murs gouttereaux.
Ainsi, l’étude est menée étape par étape, dans une démarche objective et progressive, dans un va-et-vient permanent entre textes, documents graphiques, observations archéologiques et éléments comparatifs. Malgré l’extrême précision et la technicité de la démonstration, souvent ardue mais incontournable, le lecteur est maintenu en haleine jusqu’aux vingt dernières pages qui, dans une brillante synthèse, le récompensent de sa persévérance.
Dans cette étude, Valérie Baboulène se montre capable d’un vrai travail d’historien par le recours aux archives, d’archéologue par ses grandes qualités d’observation et de compréhension des faits archéologiques et prouve ses facultés d’adaptation par l’assimilation rapide et convaincante du vocabulaire et des techniques de la charpenterie. Elle confirme, dans ce travail exemplaire, ses capacités aussi bien d’analyse que de synthèse. Cette étude pourrait en outre utilement guider la restauration de la charpente, dont le mouvement menace l’unité structurelle de l’édifice. »
Puis Pascal-François Bertrand donne lecture de son rapport sur le mémoire de M. Rémi Urtado, Les Smets, peintres à Auch au XVIIIe siècle, mémoire de maîtrise sous la direction de Pascal-François Bertrand, Université de Toulouse-Le Mirail, 1997, t. I texte, 2 + 76 p. t. II planches, non pag.
« Cette étude monographique menée avec méthode nous permet de mieux connaître la carrière et l’œuvre respectifs de Jacob Smets et de son fils Jean-Baptiste, qui seraient tombés dans l’oubli le plus total s’il n’y avait pas eu quelques érudits gascons, principalement Calcat à la fin du siècle dernier et Polge au début des années 1960, pour signaler ici ou là quelques-unes de leurs productions. Il est vrai que leur art est loin du sublime et qu’il frise plus souvent le passable, voire même le médiocre. Mais ces deux peintres sont pratiquement les seuls à avoir travaillé à Auch où « ni la nature ni l’histoire, ainsi que l’a écrit Marcel Durliat, n’ont procuré au peuple gascon les moyens que requièrent la naissance et le développement d’un art original… ».
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Jacob Smets (1680-1764) était originaire de Malines, dans le Brabant, où il se forma chez le peintre Jacques Smeyers (1657-1732). La Beaume de Suze, qui l’avait connu lorsqu’il était évêque de Saint-Omer, le fit venir à Auch, une fois élu sur le trône archiépiscopal de la capitale gasconne. Dès 1706, il était le peintre attitré de la ville, peignant chaque année le portrait des maires et des consuls ; malheureusement, il ne reste rien de cette activité, toutes les effigies municipales ayant été détruites à la Révolution. En 1708, il épousa la fille d’un notaire auscitain qui lui donna huit enfants, dont Jean-Baptiste, né en 1712, qu’il forma au métier de peintre. Jacob peignit également quelques tableaux religieux pour les églises du diocèse (ce qui constitue l’essentiel de son œuvre subsistant) et il produisit encore quelques natures mortes. Sa production est archaïsante ; elle doit beaucoup au XVIIe siècle flamand, à Rubens, dont il fit des copies.
Cessant son activité vers 1750, il céda sa place à son fils, Jean-Baptiste (1712-1783), atteint de surdi-mutité, qui était surnommé le Muet ; c’était du moins ainsi qu’il signait ses tableaux, ajoutant parfois la mention « sourd-muet ». Il ne quitta jamais la ville et resta célibataire. Il produisit abondamment. Comme son père, il brossa principalement des tableaux religieux pour les églises de la région, s’inspirant de gravures des siècles précédents (Titien, Pierre de Cortone, Nicolas Bertin).
L’étude de M. Rémi Urtado, qui donne un catalogue raisonné des peintures du père et de son fils (22 et 46 numéros), est également enrichissante pour la connaissance du « goût ordinaire » ou « commun » à Auch au XVIIIe siècle, où l’on ne connaît qu’un seul exemple de raffinement, en la personne de l’amateur éclairé de littérature, de peinture et de sculpture, de théâtre surtout, qu’était Anne-Marie d’Aignan, marquis d’Orbessan, président à mortier au parlement de Toulouse qui abandonna sa charge en 1749 pour s’installer et vivre au cœur de la Gascogne, entouré de ses collections de peinture et de sculpture rapportées d’Italie, de Paris et de Toulouse. Ce travail doit être publié par la Société historique, archéologique, littéraire et scientifique du Gers. »
Le Président propose de se prononcer dans un premier temps sur l’attribution du prix de Champreux à Mme Yvonnet-Nouviale, proposition qui est acceptée par la Compagnie.
Après discussion, il est décidé d’attribuer le prix Ourgaud, doté de 2000 F. et accompagné d’une médaille d’argent, à Mlle Baboulène et de décerner le prix spécial de la Société archéologique, accompagné d’une médaille d’argent, à M. Urtado.
La parole est alors à Patrice Cabau pour la communication sur Les données historiques relatives à la reconstruction de Saint-Sernin de Toulouse (fin XIe -déb. XIIe siècle), publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
Le Président remercie Patrice Cabau en remarquant que sa critique systématique des textes aboutit à un doute particulièrement dévastateur. Quitterie Cazes renchérit en constatant qu’il ne reste plus rien des repères qui fondaient la chronologie des travaux de Saint-Sernin.
À la suite d’une observation de Mme Blanc-Rouquette, Patrice Cabau confirme que Raymond, évêque de Barbastro en Espagne de 1104 à sa mort en 1126, a souvent été confondu avec Raymond Gérard.
Henri Pradalier se déclare très heureux de cette communication qui, en faisant sauter les principaux verrous de la chronologie du grand chantier toulousain, rend désormais possible d’établir une chronologie haute, ce qui permettra de résoudre le difficile hiatus de vingt années qu’il y avait avec Conques. C’est donc aussi la période d’activité de Gilduin qui doit être réexaminée. Henri Pradalier dit qu’il avait été amené à penser que la table d’autel avait probablement été sculptée bien avant sa consécration, et que Gilduin était intervenu dès le début du chantier de Saint-Sernin. Il se souvient d’en avoir discuté avec Daniel Cazes qui était d’accord pour constater que certaines formes attribuées soit au maître de la Porte des Comtes, soit à Bernard Gilduin, étaient suffisamment proches du point de vue stylistique pour qu’on puisse imaginer des influences réciproques.
Le Président demande si cette déconstruction de toute la tradition documentaire facilite l’analyse des campagnes de travaux. Henri Pradalier répond qu’elle a surtout le mérite de permettre un réexamen de la chronologie du chantier. A l’analyse des matériaux et des techniques de construction de tradition carolingienne, il faudra ajouter une nouvelle étude des techniques de la taille de la pierre au XIe siècle.
Patrice Cabau précise que Raymond Gérard n’a pas été prévôt de Saint-Sernin et qu’il n’a pas fondé l’hôpital qui a ensuite porté son nom. Il ajoute qu’il est le seul chanoine à apparaître, dans un document datable des années 1088-1105, avec le titre de capisco. Patrice Cabau rappelle à ce propos que les autres personnages dits « capiscol » appartiennent en fait à une famille dont c’est le nom, comme l’a bien montré M. Gilles à propos de Saint-Etienne.
Henri Pradalier et Nelly Pousthomis-Dalle évoquent les chantiers de Lézat, Moissac et Conques avec lesquels des rapprochements peuvent être établis. Patrice Cabau rappellent que deux chartes du cartulaire de Lézat, datables entre 1035 et 1068, mentionnent à la fois un projet de remaniement de l’abbatiale Saint-Pierre et la construction d’une église dédiée à saint Antoine.
Quitterie Cazes, Patrice Cabau et Henri Pradalier sont d’accord pour considérer qu’il est possible de dissocier la réforme du chapitre et le début des travaux. M. Gilles rappelle en outre que tous les textes canoniques de la réforme » grégorienne » ont été pris par les prédécesseurs de Grégoire VII.
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SÉANCE PUBLIQUE DU 28 MARS 1998
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du Président
Mesdames, Messieurs, mes chers confrères,
En vous accueillant pour cette séance publique, la Société Archéologique du Midi de la France dans la cent soixante septième année de son âge parle par la voix d’un nouveau président, Henri Pradalier, mon prédécesseur, ayant choisi de s’écarter momentanément de nos travaux pour faire aboutir un projet de recherche qui lui tient à cœur. Contre toute attente, je ne ferai pas son éloge car il viendra à temps compté reprendre sa place parmi nous ; je lui adresserai en revanche mon très amical salut pour le remercier de son extrême dévouement à la cause de notre Société lors du nouveau partage de l’Hôtel d’Assézat et de la forte impulsion donnée à nos activités sous sa présidence, ce dont témoigne de façon évidente la mutation de nos Mémoires.
Une séance publique, au rituel immuable et compassé, semble vouée à l’autocélébration… Et comment ne pas dire devant vous que nous avons bien travaillé ? Seize longues séances de travail dans l’année académique avec des communications suivies de discussions parfois passionnées et de forums d’informations : en rendent compte le Bulletin et les Mémoires. Le tome 47 (1997), auquel Maurice Scellès a donné tous ses soins, offre treize articles et de copieux procès-verbaux : 260 pages auxquelles s’ajoutent – c’est une première permise par le mécénat du C.N.E.S. – quatre pages de planches en couleur. Vous me pardonnerez peut-être de ne pas me livrer à l’exercice si subtilement académique de la résumption des travaux : ceux-ci sont publiés et disponibles, accessibles même sur Internet.
Liturgie, litanie, léthargie… Comment échapper à ce piège ? Nous souffrons encore aujourd’hui d’un discrédit qui assimile caricaturalement notre compagnie – et tant d’autres ! – au repaire de doux maniaques se livrant à des activités certes non répréhensibles mais à faible portée pour l’histoire, l’archéologie et l’histoire de l’art. Le miroir déformant de la littérature nous a laissés dans l’opinion commune tordus, noués, stigmatisés du fol entêtement de Bouvard et Pécuchet archéologues et par les autres silhouettes suggestives qui traversent la littérature du XIXe siècle, de Balzac à Anatole France en passant par le Jérôme Paturot de Louis Reybaud, Labiche et l’implacable Duranty d’Au pays des arts. A lire les nouvelles – peu connues mais révélatrices – la statue de M. de Montceaux et Bric à Brac, les académies avec leurs discours intempérants et leurs collections apparaissent bien comme « la puérilité de vieillards séniles » pour reprendre le mot terrible de Victor Hugo.
Faut-il dire combien nous nous en sentons éloignés ? Lorsque nos prédécesseurs fondèrent la Société en 1831, ils le firent sur un programme dont l’ampleur surprend – même à l’époque où sous l’impulsion de Guizot se mettent en place à Paris les institutions de mémoire – : ils entreprennent en même temps des études, des fouilles, des achats pour le Musée et la Société ; ils offrent aux autorités locales un office d’étude et de conseil – rôle qui leur est très vite refusé sur les injonctions du pouvoir central. Si l’on veut bien transposer aujourd’hui, c’est l’équivalent d’un centre régional de recherche scientifique, d’un service d’archéologie, de commissions d’achat et de commissions de réflexion et d’aménagement… Et le programme fut tenu ! Seize gros volumes de Mémoires jusqu’à la guerre de 1914, un Bulletin édité à partir de 1865, l’ouverture à d’autres champs de la connaissance comme l’archéologie préhistorique (avec Émile Cartailhac), une émulation entre chercheurs entretenue par des concours toujours ouverts et des succès insolents dans l’enrichissement du patrimoine public des musées : produits des fouilles menées à Martres-Tolosane et à Saint-Bertrand-de-Comminges, nombreux achats dont la série des portraits impériaux de Béziers et ce jusqu’en 1893, année où la Société archéologique cède ce qui subsistait de ses collections à la Ville de Toulouse.
Nous sommes plus pauvres aujourd’hui. Nous avons perdu, faute de moyens pour les entretenir, champs de fouilles et musée de Saint-Bertrand ; mais nous suivons avec attention le mince patrimoine archéologique que nous conservons à Martres-Tolosane pour le sauvegarder et que, le jour venu, les études puissent reprendre dans les conditions optimales. Sans doute, nous ne pouvons continuer le mécénat magnifique du XIXe siècle sur le même pied. Rappelons que nous continuons à donner. Deux exemples : l’exceptionnelle collection de boucles mérovingiennes de Barrière-Flavy, entrée au Musée Saint-Raymond après la mort de l’archéologue en 1920 par l’intermédiaire de la Société. Nous nous sommes dessaisis en 1966 et 1967 de nos dessins, estampes et photographies anciennes pour constituer le fonds iconographique régional du Cabinet des estampes du Musée Paul-Dupuy. Si aucun de nos membres n’est aujourd’hui propriétaire, rentier, amateur, collectionneur d’antiques, chacun travaille de façon plus scientifique à l’inventaire du patrimoine : documentation, analyse, publication qui aboutissent souvent à des protections. Et comme notre liberté est entière, nous exerçons une vigilance critique vis-à-vis de la sauvegarde du patrimoine et de sa présentation au public.
On nous dira que c’est là un travail bien inutile tant les services officiels sont efficaces. Certes ils le sont. Mais les tentations sont si nombreuses d’échapper à la loi ! Est-il normal de devoir rappeler aujourd’hui, en mars 1998, qu’on ne saurait construire sur l’emplacement d’un cloître cistercien d’Ariège, que la démolition de voûtes d’ogives – protégées – d’un magasin du centre de Toulouse n’a pas connu de suite, que la présentation d’un mur antique de l’enceinte toulousaine ne respecte ni les engagements pris antérieurement, ni la simple logique ? Nous le faisons. Cela déplaît au nom d’un unanimisme patrimonial exigé. Il nous faut
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continuer à déplaire. La Société archéologique, tout comme l’école de la République, se doit de rappeler les principes, les obligations face aux faux-semblants de l’opinion, la tentation de l’accommodement avec le siècle ou les normes des marchés. Nous nous devons de rester le parti de l’idéal.
Reconnue d’utilité publique, la Société reste fidèle à sa vocation d’association au service du public. Notre bibliothèque est ouverte aux chercheurs et fonctionne bien : ses collections de périodiques s’accroissent grâce à la vigilance de Christine Delaplace ; son informatisation avance : 1500 notices ont été saisies grâce au travail de Louis Latour et de Véronique Roques. Le classement des vieilles plaques photographiques va commencer pour être dans un délai raisonnable disponible sur Internet. Il servira à un chantier dont l’utilité est éclatante pour les chercheurs comme pour les amoureux du passé : une iconographie historique des monuments méridionaux à laquelle nous apporterons notre contribution. A côté de moyens traditionnels, nous étudions de nouveaux moyens de travail et de diffusion. Dans nos projets figurent des conférences qui permettraient de faire connaître les résultats de recherches régionales de jeunes chercheurs. Avec l’aide de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat, nous espérons faire paraître un volume – une somme scientifique – sur l’hôtel et son histoire jusqu’en 1895. Nous étudions la possibilité d’éditer un volume sur le patrimoine de la Haute-Garonne. Dans ce domaine, la Société se réjouit des publications prochaines des études de Quitterie Cazes sur la cathédrale romane de Toulouse grâce au Centre d’études médiévales du Languedoc (la souscription est encore ouverte au prix d’un roman historique !) et de celle de Michèle Pradalier-Schlumberger, que nous allons écouter tout à l’heure, sur la sculpture gothique en Languedoc aux XIIIe et XIVe siècle, un beau volume que les Presses Universitaires du Mirail nous promettent à l’automne.
Ce sont là de vieux systèmes de communication à côté de la mutation essentielle que nous fait vivre Maurice Scellès : la Société partage avec l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-lettres un site sur Internet : www.pyrenet.fr/savants. Nous sommes sans doute la première société savante à mettre à disposition des internautes nos ressources : tables, articles, rubrique d’actualité (où les procès-verbaux de nos séances sont basculés chaque quinzaine). Nous participons à la toile des sites archéologiques (avec des liens sur l’américain Archnet, le français Arisitum…) et nous allons prochainement ouvrir un groupe de travail sur la maison médiévale, fin avril. Il ne s’agira pas d’un forum de discussion mais d’un travail collectif mettant à disposition des bases documentaires : bibliographie complète, glossaires occitan et latin, conseils pour les plans et les représentations graphiques, articles français et étrangers en traduction avec un fonds iconographique inédit. Vous avez reconnu dans ce projet de recherche digne du C.N.R.S. le « génie » de Maurice Scellès. Le programme de ces groupes de recherches est ouvert : j’espère pouvoir l’étendre aux arts industriels du XIXe siècle, les terres cuites des Virebent avec l’aide du Musée Paul-Dupuy qui conserve un catalogue essentiel.
Nous voici donc bien loin du marquis de Castellane, des premiers et tapageurs Congrès méridionaux. Vous aurez compris que la Société sans renier son passé, sans renoncer à la sociabilité qui fait se côtoyer des gens très divers, s’apprête à entrer dans le XXIe siècle avec l’élan qui fut celui de ses fondateurs, une manière de redire autrement la devise qu’ils avaient choisie : Gloriae majorum !
Avant de passer la parole à Jean Nayrolles, chargé de résumer les rapports sur les concours, je dois excuser l’absence de MM. Louis Latour, Bibliothécaire-archiviste, Maurice Scellès, Secrétaire-adjoint, de Mme Jacqueline Labrousse et de M. Bruno Tollon, et parmi les invités, celle de M. Charles Schaettel, conseiller pour les musées à la Direction régionale des Affaires culturelles.
Je vous remercie.
Rapport sur le concours présenté par M. Jean Nayrolles : le prix de Champreux est remis à Mme Valérie Yvonnet-Nouviale. Mlle Valérie Baboulène et M. Rémi Urtado, tous deux empêchés, recevront respectivement le prix Ourgaud et le prix spécial de la Société Archéologique du Midi de la France.
Conférence de Mme Michèle Pradalier-Schlumberger, membre de la Société : Le maître de Rieux et la sculpture en Languedoc au XIVe siècle.
SÉANCE DU 31 MARS 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, le général Delpoux, Gilles, Hermet, Julien, le Père Montagnes, Pradalier, Prin, l’abbé Rocacher, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Napoléone, Pujalte, M. Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Secrétaire Général, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Burroni, Gillis, Tollon.
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Le Secrétaire-adjoint ayant annoncé qu’il n’avait pas achevé la rédaction du procès-verbal de la séance du 17 mars, le Directeur rend compte de la correspondance imprimée : est en particulier signalée la Table ronde franco-anglaise sur l’architecture civile des XIIe-XIIIe siècles qui se tiendra à Rouen les 16 et 17 octobre prochains. Le Président espère que notre Société y sera représentée.
Le Président informe la Compagnie d’une demande adressée à notre Société par Mme Simone Caudron, chercheur au Corpus des émaux méridionaux, qui est à la recherche d’un article d’Edward Barry : Souvenirs d’un collectionneur de province, qui reste introuvable.
Nous avons encore reçu de notre confrère Michel Roquebert, avant même sa mise en place en librairie, un exemplaire dédicacé du cinquième et dernier volume de L’épopée cathare : Les Cathares. De la charte de Montségur aux derniers bûchers (1244-1329), Librairie académique Perrin, 1998, 578 p.
Le Président salue l’entreprise qui se termine, après avoir occupé son auteur pendant plus de trente ans, depuis les premiers feuillets parus dans La Dépêche du Midi, auxquels avait succédé le premier volume publié en 1970. Rien, si ce n’est la curiosité dans son sens le plus noble, ne prédisposait le journaliste brillant à devenir le chroniqueur de cette étonnante aventure et, malgré lui, un acteur essentiel du légendaire méridional. Michel Roquebert a su échapper aux pièges dans lesquels d’autres s’étaient enfermés en se forgeant une compétence, en consultant les historiens… C’est là une belle aventure du vouloir. Le Président remercie Michel Roquebert pour ce beau volume.
Puis le Président fait un bref compte rendu de la séance publique, en constatant tout d’abord que l’assemblée n’était pas très nombreuse. Il propose de modifier la date et l’heure de la séance publique annuelle, en la plaçant en soirée un jour de semaine et en l’avançant progressivement vers le début de l’année académique : elle se tiendrait donc en janvier dès 1999, puis en novembre. Le Président pense que l’on ne peut faire l’économie de ce genre de questions dont il sera débattu au cours d’une prochaine séance dont l’ordre du jour comportera d’une façon plus générale une discussion sur les modifications à apporter au règlement intérieur, dont la mouture actuelle date de 1891.
Le Président se félicite de la présence de Pascal Julien, qui est aujourd’hui parmi nous alors que sa récente nomination à Aix-en-Provence le tient désormais éloigné de Toulouse et de nos séances, et il lui donne la parole pour la communication du jour.
Après avoir expliqué qu’il a été obligé de renoncer à la communication initialement prévue et annoncée par la convocation, sur les travaux aux Jacobins de Toulouse au XVIIe siècle, Pascal Julien entretient la Compagnie de Grandselve au XVIIe siècle.
Le Président remercie Pascal Julien pour sa communication et, avant de céder la parole pour les questions, souhaite la bienvenue à Olivier Testard, nouvellement élu membre correspondant et qui rejoint notre Compagnie pour la première fois.
Christine Aribaud voudrait avoir des précisions sur l’éventuelle polychromie de ces ensembles sculptés, et en particulier sur les faux-marbres. Pascal Julien indique que certains fragments semblent porter un apprêt pour des faux-marbres mais que les autres ne montrent aucune trace de polychromie.
À la suite d’une observation du général Delpoux, une brève discussion s’engage sur les définitions respectives des stucs et des gypseries, les intervenants regrettant l’absence de Gabriel Burroni dont l’avis serait évidemment important. La restauration prévue du retable de Larrazet devrait en tout cas permettre une étude technique montrant si le décor a été réalisé à la cuillère ou rapporté.
Se fondant sur l’article de Bruno Tollon et Henri Ginesty, le Président note que plus que le talent du sculpteur, ce sont ses sources qui paraissent intéressantes, et il demande s’il est possible de les connaître pour Grandselve. Pascal Julien, après avoir précisé que ce serait là un autre sujet que celui qu’il se proposait de traiter aujourd’hui, indique que la seule source immédiatement identifiable, parce que très proche, pourrait être pour le thème de l’Assomption le retable de Grenade. La recherche des gravures qui ont pu servir de sources au sculpteur reste à faire, et elle serait sans doute surtout intéressante pour Larrazet.
En réponse à une question du Président sur Beaumont de Lomagne, Pascal Julien dit que le retable reste mal connu.
Maurice Scellès se dit peu convaincu par les rapprochements stylistiques proposés et s’étonne de ce qui pourrait apparaître comme une différence d’approche des œuvres entre médiévistes et modernistes. Pascal Julien souligne quelques traits caractéristiques de la sculpture de Bor, en insistant sur le fait que certains rapprochements sont surtout d’éventuelles pistes de recherche, et rappelle que l’on a affaire à une famille de sculpteurs.
À propos des chandeliers de plâtre, Pascal Julien précise que le texte indique seulement que le fondeur devra prendre son modèle à Grandselve, sans signifier pour cela qu’ils aient directement servi à la fabrication des moules.
Répondant à une question de l’abbé Baccrabère, Pascal Julien rappelle que l’abbaye de Grandselve échappait aux visites pastorales, qui pourraient sans doute être consultées pour Larrazet bien que d’une façon générale, elles n’apportent guère de précisions sur le mobilier des églises.
SÉANCE DU 21 AVRIL 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, membres du bureau, MM. Prin, Roquebert, Tollon, Pradalier, Mme Cazes, M. Nayrolles, membres titulaires, Mmes et Mlles Blanc-Rouquette, Pujalte, Jimenez, Stutz et F. Tollon, M. O. Testard, membres correspondants.
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Excusés : MM. Cazes et Scellès, le père Montagne, Mmes Pradalier-Schlumberger et Delaplace.
La séance est ouverte à dix-sept heures. Le Président informe l’assemblée du décès de Mme Manière. Il a adressé une lettre de condoléances à M. Manière au nom de la Société. Il donne ensuite lecture de la réponse adressée par M. Baudis à l’intervention de la Société Archéologique du Midi de la France en faveur de la mise en vente au guichet des Jacobins du livre de MM. Prin et Rocacher. Il apparaît qu’après que le maire a écrit à deux reprises à l’éditeur afin de mettre au point les quelques corrections qui s’imposaient, celui-ci n’a pas donné suite. L’affaire est close. M. Pradalier demande aux membres qui sollicitent l’intervention officielle de la Société Archéologique de ne le faire qu’à bon escient et à partir de dossiers solides.
Le Président donne ensuite lecture du double d’une lettre que Mme Cohen (cohen31@club-internet.fr) a adressée au Service Régional de l’Archéologie et à la gendarmerie à propos de la fouille clandestine du site de Pestilhac, commune de Montcabrier (Lot) :
« Saint-Jean le 30 mars 1998
Monsieur le Directeur régional des Affaires Culturelles,
J’ai le regret de vous faire part de fouilles clandestines et de destruction de monument sur un site archéologique de la commune de Montcabrier (canton de Puy-l’Evêque, Lot), le castrum de Pestilhac.
Il est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques par arrêté du 16 février 1926.
Le castrum de Pestilhac a fait l’objet de plusieurs publications consacrées à ses chapelles castrales jumelées ainsi qu’à l’histoire de ses seigneurs par Messieurs L. d’ALAUZIER, J. LARTIGAUT, G. SÉRAPHIN.
Ce castrum implanté sur un éperon rocheux est composé de deux églises accolées en son point culminant, de trois tours à angles arrondis, et de diverses structures murales apparentes.
C’est un site très important par son originalité. En effet, les constructions à angles arrondis sont toutes associées à des castra anciens, elles sont concentrées dans une zone très localisée de la vallée du Lot.
Dimanche 29 mars 1998, me promenant sur le site de Pestilhac, j’ai pu constater divers dégâts sur le lieu.
Des moellons ont été arrachés sur la première église, des chapiteaux romans ont disparu, des dégâts ont été faits sur la totalité de l’édifice.
De la fouille clandestine a aussi été effectuée, un trou se trouve à côté de l’entrée de l’édifice. J’ai aussi constaté que dans l’abside de la grande chapelle la terre a été fraîchement remuée.
Ce site est pillé depuis longtemps, il a subi diverses dégradations, ce qui est fortement regrettable.
Je sais qu’une plainte a déjà été déposée par le S.R.A de Midi-Pyrénées auprès de la Gendarmerie de Puy-l’Evêque concernant des fouilles clandestines antérieures, mais je tiens tout particulièrement à attirer votre attention sur le fait que non seulement il s’agit de fouilles clandestines mais en plus du pillage du monument.
En espérant que les mesures nécessaires à la protection et à la sauvegarde de ce site pourront être prises très rapidement, veuillez agréer, M. le Directeur régional des Affaires Culturelles, l’expression de mes respectueuses salutations.
Anne-Lise COHEN.
Copie de cette lettre sera envoyée au S.R.A. Midi-Pyrénées, à la Gendarmerie de Puy-l’Evêque, au service des Monuments Historiques, à la Société Archéologique du Midi de la France, à l’Agence des Bâtiments de France à Cahors pour information. »
En l’absence du Secrétaire-adjoint, le Président donne lecture des procès-verbaux des séances des 17 et 31 mars 1998. Ils sont approuvés après quelques légères modifications. Le Directeur donne lecture de la correspondance imprimée.
La parole est ensuite à M. Jean Nayrolles pour sa communication sur l’église Saint-Paul de Nîmes, publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
Le Président remercie M. Nayrolles pour sa communication et se dit étonné d’entendre que l’église de Nîmes n’est pas de style néoroman. J. Nayrolles pense avoir été mal compris. Il rappelle que c’est du projet de Questel qu’il parlait lorsqu’il a dit que l’église Saint-Paul n’était pas néoromane. La réalisation, par contre, l’est devenue, sans doute par la connaissance des monuments romans du Midi dont Questel est un des restaurateurs, notamment à Saint-Paul-Trois-Châteaux et à Saint-Gilles du Gard.
- Roquebert s’étonne du manque d’imagination de Questel quand on compare son œuvre aux églises contemporaines comme par exemple Saint-Lambert de Vaugirard. L’assistance en convient mais M. Peyrusse rappelle que l’église Saint-Paul est encore un prototype. M. Nayrolles précise que l’architecture religieuse française a pris à partir de 1840 une pente archéologique qui lui est très dommageable. On ne retrouve pas cette tendance dans les pays voisins. Il rappelle que c’est sous l’influence de ce que l’on a appelé « l’école diocésaine », influencée par Viollet-le-Duc, que cette orientation a été prise. En réalité, Questel a été obligé de modifier son projet en fonction des directives qui lui ont été adressées par le Conseil des Bâtiments Civils, qui, curieusement, était, à l’époque, le gardien du temple du néoclassicisme et a, par ses recommandations, accentué le caractère néoroman de l’église Saint-Paul.
M.S.A.M.F., T. LVIII, page 283
Le Président demande si la construction ne s’est pas faite dans un contexte politique bien particulier du fait que la ville de Nîmes était dirigée par un maire protestant. Jean Nayrolles estime que les discussions autour de la construction de l’église ont été moins polémiques que celles qui avaient cours habituellement à Nîmes entre catholiques et protestants.
- Tollon s’interroge sur le rayonnement qu’a pu avoir sur la construction des églises de la région, l’église Saint-Paul. Jean Nayrolles estime qu’il est difficile de trouver un rapport entre les édifices locaux et cette église en raison du changement d’échelle. Saint-Paul est une grande église ; ce n’est pas le cas des églises des petites communes rurales. Cependant, d’une manière générale, on constate que la plupart des églises de la région ont été construites en style néoroman et le style de l’église Saint-Paul de Nîmes n’y est sans doute pas étranger.
Le Président remercie tous les intervenants et aborde le second point de l’ordre du jour : la modification des statuts et du règlement intérieur. Il avoue avoir mis le doigt dans un engrenage dévorant, tant la situation paraît compliquée. Après avoir donné lecture de l’article 21 des statuts originels qui dit : « Il ne pourra être fait aucun changement à ces statuts », il constate qu’ils ont été pourtant modifiés en 1891. Il y a donc un précédent, qui ouvre une brèche, et nous permet d’envisager plus sereinement une nouvelle modification. Celle de 1891 a porté sur le sort des avoirs de la société en cas de dissolution, anticipant en cela sur la loi de 1901. Elle a créé aussi la section des membres libres.
Puis une longue discussion s’engage sur les modifications éventuelles à apporter au règlement intérieur. Comme elle se poursuit malgré l’heure tardive, le Président constate qu’il sera impossible de discuter tous les articles du Règlement Intérieur. Il demande aux membres présents de se pencher sur les photocopies qu’il a distribuées afin qu’ils réfléchissent aux modifications à apporter, et estime qu’une réunion de bureau devra procéder à un premier dégrossissage de la question avant de la soumettre à nouveau aux membres de la Société lors d’une séance qui pourrait être exclusivement réservée à ce problème.
On aborde alors les questions diverses. On fait circuler des photocopies du projet de construction du bâtiment de la Direction de la Réglementation et des Libertés Publiques en face du Rectorat. Le projet, qui s’apparente à une station service des années 60, choque la plupart des membres mais il est décidé que ce n’est pas le rôle de la Société Archéologique de porter un jugement esthétique sur une construction moderne. Des craintes s’expriment sur les modifications que subira le quartier à l’avenir si on laisse s’élever cette construction.
Le Président a reçu de M. Mirguet un dossier très documenté à propos d’un projet de construction de chalets, élaboré par la mairie de Rimont, sur l’emplacement du cloître de l’abbaye de Combelongue. Tous les avis favorables ont été donnés, y compris par la commission des sites. Cette situation plonge les membres de la société dans la consternation, d’autant que le Conservateur Régional des Monuments Historiques, qui était intervenu de façon très nette contre le projet, n’a pas été écouté. Il est décidé d’envoyer une lettre de protestation au député de la circonscription, au président du conseil général et au préfet de l’Ariège, avec copie à M. Mirguet, le propriétaire, et à M. Allemant, le Conservateur Régional des Monuments Historiques. Si le permis de construire est accordé, le propriétaire aura alors la possibilité d’attaquer la décision devant le tribunal administratif.
Le Président fait le compte rendu des réunions des deux conseils d’administration de l’Union des Académies et des Amis de l’Hôtel d’Assézat auxquels il a assisté. Tout le monde a été ravi des résultats du concert du 12 avril dernier et se prépare à organiser la fête du 25 mai. À la surprise générale, on a constaté, à l’occasion du concert du 12 avril, que l’acoustique de la salle des conférences du rez-de-chaussée était remarquable. Pour la fête du 25 mai, il faudra que plusieurs membres de la Société Archéologique soient présents pour surveiller et présenter les locaux. Maurice Scellès fera une démonstration sur le site Internet de la Société. La préparation du congrès de la Conférence Nationale des Académies de France se poursuit.
Le calendrier des travaux de réfection de la salle des séances publiques, des salles de l’Hôtel d’Assézat appartenant à l’Académie des Jeux Floraux et à l’Académie des Sciences, apparaît comme relativement tendu. Il semble qu’il ne sera pas possible d’installer un barco au plafond de la grande salle pour des projections sophistiquées. Les travaux devraient avoir lieu de décembre 1998 à juin 1999.
Le Président souligne l’importance de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat.
Jean Nayrolles s’interroge sur le parvis disgracieux qui a été construit à Saint-Pierre-des-Cuisines. Quitterie Cazes répond qu’on a retourné une porte monumentale qui débouchait sur les toilettes du café voisin pour la tourner vers la rue. S’il est vrai que l’opération n’est pas une réussite, ce n’est pas pire qu’avant.
- Pradalier demande si quelqu’un possède des informations sur l’ouverture dessarcophages de l’Hôtel Saint-Jean qui a eu lieu hier. La réponse est négative. Il apparaît donc que parmi les « 200 savants et spécialistes » qui, selon La Dépêche du Midi, ont été triés sur le volet, les organisateurs n’en ont pas trouvé un seul à la Société Archéologique, ce qui est pour le moins curieux. On remarque également qu’aucun des spécialistes d’art médiéval de l’Université n’a été invité. Un membre précise qu’il n’y a rien à regretter et ajoute qu’il aurait refusé d’aller à cette mascarade médiatique et ridicule qui consiste à annoncer à son de trompe l’ouverture d’un tombeau devant un prétendu comité restreint soigneusement sélectionné après avoir fait un battage médiatique falsifié pendant deux mois. En réalité, certains membres font remarquer que toute cette affaire a été montée en épingle pour des raisons étrangères à la recherche historique. Un stupide « suspense » médiatique a été soigneusement entretenu sur la présence ou non de Raymond VI dans un des tombeaux en question.
M.S.A.M.F., T. LVIII, page 284
Revenant au contenu des sarcophages, M. Pradalier a entendu dire par l’un des « deux cents savants » choisi pour assister à l’opération, qu’on avait trouvé trois corps dans le sarcophage au gisant, une boucle, des traces de tissus et de branchages. Dans l’autre sarcophage, il y a des restes de squelette. Les squelettes seraient en bon état de conservation.
Tout le monde espère que le rideau étant tombé sur la comédie de l’ouverture des sarcophages, les spécialistes, les vrais, vont pouvoir enfin travailler sur les éléments découverts dans les sarcophages. On semble assuré que de ce côté-là les choses se feront avec tout le sérieux nécessaire, dans le calme fructueux des laboratoires.
SÉANCE DU 5 MAI 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mme Cazes, MM. Cabau, le Père Montagnes, Nayrolles, Péaud-Lenoël, Pradalier, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Fraïsse, Jiménez, Pujalte, Stutz, MM. Burroni, Cranga, Gillis, Mange, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Labrousse, Napoléone, MM. le général Delpoux, Manière, Tollon.
Henri Pradalier donne lecture du procès-verbal de la séance du 21 avril dernier, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite : nous avons reçu une lettre de remerciement de notre confrère M. Manière auquel notre Président avait adressé les condoléances de la Société ; Mme Yvonnet-Nouviale présente sa candidature au titre de membre correspondant. Henri Pradalier accepte d’en être le rapporteur.
Par l’intermédiaire du Secrétaire-adjoint, Gilles Séraphin offre à la Société le Bilan scientifique 1996 du Service régional de l’archéologie, Direction régionale des Affaires culturelles d’Aquitaine, et Extrait de l’histoire généalogique de la maison de Faudoas, Auch : 1773, 11 p.
Le Directeur rend compte de la correspondance imprimée. Il signale plus particulièrement le bulletin de souscription pour l’ouvrage de notre confrère Jean-Michel Lassure, La civilisation matérielle de la Gascogne aux XIIe et XIIIe siècles. Le mobilier archéologique de Corné à l’Isle-Bouzon (Gers).
Le Président donne alors la parole à Christine Delaplace pour une communication sur Saint Exupère et la tradition hagiographique toulousaine, publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
Le Président remercie Christine Delaplace pour cette communication qui nous a fait voyager à travers une longue période historique, du Ve au XIXe siècle. Le Président voudrait savoir quel crédit elle accorde elle-même à la légende. Christine Delaplace pense que certains éléments sont probablement crédibles, la difficulté étant d’en prouver la réalité, alors que d’autres sont visiblement inspirés par les enjeux, les conflits du temps.
Daniel Cazes note qu’il faudrait ajouter aux éléments hagiographiques la châsse de saint Exupère, qui se trouve au Musée Paul-Dupuy et qui date du milieu du XIIIe siècle, ce qui laisse supposer que l’on n’a pas redécouvert Exupère avec Bernard Gui. Christine Delaplace précise que Pascal Julien lui a également signalé un lectionnaire des dominicains qui date de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle.
Répondant à Maurice Scellès, Christine Delaplace dit que Bernard Gui a sans doute utilisé pour la vita un noyau de textes antiques.
Quitterie Cazes rappelle que deux reliefs représentaient saint Exupère et son diacre sur les piliers du cloître de Saint-Etienne, où l’on lui avait accordé la même importance qu’à saint Sernin. Christine Delaplace pense cependant que saint Exupère reste dans l’ombre du grand évêque martyr toulousain et qu’il ne semble pas avoir acquis une autonomie propre.
Patrice Cabau estime que c’est dès le XIIIe siècle que commence à se combler le vide concernant Exupère. Ses restes, qui se trouvaient dans un vieux coffre avec ceux de nombreux saints, sont placés dans une nouvelle châsse et dans un reliquaire le 14 juin 1258, date de la fête de la translation de saint Exupère. La translation aurait eu lieu, peut-on penser, entre 1100 et 1258.
Mme Blanc-Rouquette fait remarquer qu’il faudrait poursuivre l’enquête du côté de l’Espagne qui pourrait nous révéler des nouveautés puisque c’est en Espagne qu’on a écrit, deux ans après sa mort la vita de Raymond de Barbastro, évêque de Roda de Isábena. Christine Delaplace souscrit à cette suggestion.
Christian Mange est d’accord avec Christine Delaplace pour reconnaître que c’est certainement sur l’office liturgique qu’on s’est appuyé pour le rétablissement des scènes manquantes à Blagnac. Il ajoute que Bénézet ne s’est pas tellement préoccupé de la question iconographique. Son souci était de savoir quel style on adopterait : un style historique, en harmonie avec les vestiges peints du XVIe siècle, ou le style du XIXe siècle ?
Le Président, après avoir remercié les intervenants, rappelle que la fête organisée par l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat autour de petits concerts donnés dans l’hôtel aura lieu le soir du 25 mai. Ce sera également l’occasion d’une présentation du site Internet dans les locaux qui seront ouverts aux invités.
M.S.A.M.F., T. LVIII, page 285
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès, rentrant d’un voyage en Italie, souhaite faire quelques remarques sur l’intelligence avec laquelle des villes comme Brescia, Vérone ou Cividale del Friuli mettent en valeur leurs découvertes archéologiques. Ce sont en particulier les cryptes archéologiques aménagées au cœur des villes, sous les édifices ou au centre d’une place qui ont retenu son attention. Les vestiges présentés ne sont pas nécessairement spectaculaires, loin de là, mais quelques explications bien choisies leur donnent tout leur sens. L’intérêt pédagogique est évident d’abord pour les habitants qui n’ignorent certes pas ce qu’est l’archéologie et sont en mesure de voir l’histoire de leur ville depuis l’Âge du fer. Mais de plus, ces villes dont le patrimoine est déjà très riche sont en train de l’accroître considérablement par l’archéologie.
Il va de soi que cela suppose une conception du patrimoine bien différente de celle qui prévaut en France, et une politique urbaine tout autre : les fouilles ne sont pas réalisées sous la contrainte d’un parking qui, inévitablement, entraînerait la destruction des vestiges mis au jour. Cette politique archéologique s’inscrit dans une politique urbaine qui vise à réduire le nombre des voitures, et elle prépare de ce fait d’autant mieux l’avenir de ces villes.
Daniel Cazes dit que le débat est en effet toujours d’actualité. Il rappelle, entre autres, l’intervention de Claude Domergue pour demander la conservation du grand bâtiment du Ve siècle mis au jour sur le site de Larrey et finalement détruit. Le Président signale l’article intelligent d’Alain Schnapp, La mémoire qui flanche : l’impossible normalisation de l’archéologie en France, paru dans Le débat n° 99 (mars-avril 1998), dont il ressort que la France n’a jamais eu de politique archéologique.
SÉANCE DU 19 MAI 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; MM. Cabau, Pradalier, Tollon, membres titulaires ; Mmes Gloriès, Jiménez, Napoléone, Pujalte, Rousset, Tollon, MM. Burroni, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire Général, Mme Cazes, M. le Père Montagnes.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 mai dernier. Le Directeur présente la correspondance imprimée.
Puis le Président signale à l’attention de la Compagnie le nouvel ordinateur, offert par Maurice Scellès, qui vient d’être installé dans notre salle de lecture. Il y voit un maillon essentiel de la vie future de notre Société, la modernité technique rejoignant ici avec l’Internet une véritable refondation par rapport à la société de Gutenberg. Le Président exprime au nom de la Compagnie ses plus vives félicitations pour cet acte volontariste. Il ajoute que ce geste nous engage tous et qu’il est nécessaire que notre Société se donne sans tarder les moyens de sa politique. Les besoins sont nombreux et concernent aussi bien les matériels et les logiciels destinés à la saisie informatique du fichier de la bibliothèque ou au site Internet que le mobilier qui nous fait encore défaut. Afin d’éviter un rattrapage trop lent, le Président propose d’accompagner la recherche de subventions qui devra être entreprise d’un appel à souscription volontaire parmi les membres de la Société. La contribution resterait à la discrétion de chacun. Le Président indique qu’il préparera une lettre circulaire qui sera jointe à une prochaine convocation.
Le Président présente ensuite les ouvrages donnés à la Société par ses membres :
– De Pascal-François Bertrand, « La tenture de l’Histoire de saint Étienne de la cathédrale de Toulouse et la peinture dans la capitale du Languedoc vers 1530-1540 », dans Gazette des Beaux-Arts, avril 1998, p. 139-160.
– Henri Pradalier offre l’ouvrage d’Alain Erlande-Brandenburg. Quand les cathédrales étaient peintes.- Paris : Gallimard, 1997 (coll. Gallimard. Découvertes), et Chantal Fraïsse, Aymeric de Peyrac, abbé de Moissac de 1377 à 1406. Chronique des abbés de Moissac éditée, traduite et annotée par Régis de la Haye.- Maastricht-Moissac : R. de la Haye, 1994, reprographié ; 368 p.
Puis il donne la parole à Anne-Laure Napoléone et Valérie Rousset pour une communication consacrée à La maison de la rue des Lazaristes à Figeac (XIVe siècle), publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998), de nos Mémoires.
Le Président remercie les oratrices pour cette présentation à deux voix d’une maison médiévale dont les structures n’ont pas été gravement altérées par les remaniements successifs. Il remarque toutefois avec Henri Pradalier que la récente réfection des joints en façade ne paraît pas très heureuse, puis demande si les constructions du XIVe siècle ont fréquemment conservé des structures plus anciennes. Anne-Laure Napoléone précise que si les vestiges des édifices des XIIe-XIIIe siècles ne sont pas rares, la maçonnerie identifiée rue des Lazaristes paraît exceptionnelle. L’occupation du sol ne change-t-elle pas ? Anne-Laure Napoléone répond que la ville intra muros connaît une forte densification du bâti, avec des regroupements parcellaires qui permettent la construction de grandes demeures principalement le long des axes principaux.
Remarquant que dans son état du XIVe siècle, la maison de la rue des Lazaristes présente une distribution complexe, le Président voudrait avoir des précisions sur la fonction des pièces. Anne-Laure Napoléone et Valérie Rousset énumèrent les différentes pièces qui peuvent être identifiées : boutiques, pièces de stockage, chambres, cuisine, aula… En revanche reste incertaine la fonction exacte de la grande salle du rez-de-chaussée du corps de bâtiment arrière, qui était équipée d’une cheminée mais était très peu éclairée.
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Henri Pradalier souhaiterait avoir des précisions sur la maçonnerie considérée comme la plus ancienne mais dont la mise en œuvre lui paraît difficilement caractérisable. Anne-Laure Napoléone rappelle que s’il n’est pas possible de dater cette maçonnerie avec précision, la chronologie relative des murs est cependant suffisamment bien établie pour pouvoir la situer avant l’état du XIIe-XIIIe siècle. Pour Maurice Scellès, elle évoque en effet les maçonneries du haut Moyen Age, mais il ajoute que le relevé lui paraît pouvoir mettre en évidence deux phases de construction. Anne-Laure Napoléone et Valérie Rousset soulignent toutefois que le mortier à base de terre semble bien identique sur l’ensemble de la maçonnerie. Françoise Tollon note qu’il est souvent nécessaire de dégarnir les joints afin de pouvoir observer le liant dans la profondeur du mur.
Répondant à Henri Pradalier, Anne-Laure Napoléone indique qu’aucune trace de décor peint n’a été retrouvée au cours de l’étude de la maison.
Bruno Tollon note que la maison possédait une boutique mais pas de couloir latéral.
Pour Maurice Scellès, il pourrait être intéressant de noter que des croisées identiques apparaissent sur les trois façades. Ceci pourrait correspondre à une date assez avancée dans le XIVe siècle, comme d’ailleurs la forme de la cheminée ou l’emploi d’un plafond à la française.
Regrettant que l’étude ne permette pas de datations plus précises, Henri Pradalier fait en même temps remarquer que la confiance que l’on accorde à la dendrochronologie paraît souvent excessive et que l’on aurait probablement des résultats surprenants en confiant l’analyse des bois à deux laboratoires différents. A propos des poutres du plafond à la française, Valérie Rousset confirme à Patrice Cabau que les moulures sont rapportées.
Le Président s’interroge sur le devenir de l’édifice. Valérie Rousset dit qu’il s’agit d’une maison privée qui cependant sera peut-être ouverte au public.
Au titre des questions diverses, le Président donne quelques informations complémentaires sur la soirée du 25 mai.
SÉANCE DU 9 JUIN 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; MM. Bruand, Cabau, le général Delpoux, Hermet, Lassure, le Père Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Jiménez, Napoléone, Pujalte, MM. Burroni, Cranga, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusée : Mme Delaplace.
Invités : M. Jean Courtade, MM. Francis Béthune et Jean-Marc Lacuentra.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 mai dernier, qui est adopté à l’unanimité.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
Un courrier du Centre National d’Études Spatiales nous informe que la subvention promise a été directement payée au centre qui réalise les reliures, et nous engage à déposer une nouvelle demande pour 1998. La Société exprime ses très vifs remerciements pour l’aide que le C.N.E.S. apporte ainsi à la restauration de sa bibliothèque.
À propos de la menace pesant sur le site de l’abbaye de Combelongue, le préfet de l’Ariège nous répond en nous indiquant que le projet de construction de chalets a reçu un avis favorable mais sur un autre emplacement.
Notre confrère M. Robert Manuel nous annonce qu’un hommage sera rendu à Charles Portal, jadis honoré d’une médaille de vermeil de notre Société, à Cordes entre le 11 octobre et le 3 décembre 1998.
Enfin, la Fondation du patrimoine nous informe de la désignation de M. Pierre Fabre comme délégué régional, et de M. Georges Cathala comme délégué départemental pour la Haute-Garonne. Elle demande de lui signaler les édifices non protégés au titre des Monuments historiques qui pourraient mériter son intervention.
Le Président demande aux membres de bien vouloir inscrire sur la feuille qu’il fait circuler leurs projets de communication pour la prochaine année académique.
Il présente alors à la Compagnie M. Jean Courtade, maire de Martres-Tolosane, qui a bien voulu répondre à notre invitation et nous honorer de sa présence. Le Président rappelle les liens anciens qui existent entre la Société Archéologique du Midi de la France et la commune de Martres-Tolosane, et les actions en cours pour protéger et mettre en valeur le site de Chiragan. M. Jean Courtade se dit très honoré de pouvoir assister à l’une de nos séances et assure la Société de son concours pour la réalisation de ses différents projets.
Puis on entend le rapport présenté par Henri Pradalier sur la candidature de Mme Yvonnet-Nouviale. La postulante est élue membre correspondant de notre Société.
La parole est alors à Guy Ahlsell de Toulza pour une communication consacrée à L’Hôtel de Puivert, publiée dans ce volume (t. LVIII, 1998) de nos Mémoires.
M.S.A.M.F., T. LVIII, page 287
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza pour cette visite très détaillée de l’hôtel de Puivert qui nous a fait entrer jusqu’au fond des placards où subsistaient de précieux vestiges des décors d’origine. Il se demande cependant si l’on dispose de suffisamment de détails sur les travaux réalisés pendant les huit années au cours desquelles l’hôtel fut occupé par le maréchal Niel. Le traitement des façades, qui faisait alterner des éléments architectoniques peints en blanc et des panneaux en brique jointoyée, ne peut-il ainsi appartenir à un état du XIXe siècle, reprenant d’ailleurs éventuellement l’état du XVIIIe siècle ? Guy Ahlsell de Toulza ne croit pas que la bichromie des façades puisse dater du XIXe siècle, où l’on aurait probablement tout blanchi. La différence de réalisation des joints entre les parties laissées en brique et celles qui étaient peintes est un argument en faveur de l’état d’origine, car il est peu vraisemblable que l’on ait entièrement rejointoyé les façades au XIXe siècle. Pour Guy Ahlsell de Toulza, la Ville n’a probablement pas engagé des frais importants alors que l’hôtel ne devait être que provisoirement affecté à la résidence du maréchal.
Le Président rappelle que le maréchal de France était un personnage très important de l’Empire et que la Ville n’avait pas d’autre choix que de le recevoir dignement et de supporter les frais que pouvaient entraîner les travaux. Certains détails du traitement de la cour d’honneur lui paraissent bien relever de réfections du XIXe siècle. Henri Pradalier note que le « palais Niel » est alors en construction et souligne que les délibérations du conseil municipal doivent garder la trace des travaux engagés à l’hôtel de Puivert, s’il y en eut.
Alors que l’on s’interroge sur l’architecte auquel pourrait être attribué l’hôtel de Puivert, M. Yves Bruand intervient pour indiquer que c’est en effet l’un des plus grands architectes toulousains qui en est le maître d’œuvre, et que grâce aux recherches menées par Marie-Luce Pujalte, il faut désormais l’ajouter au catalogue de l’œuvre de Guillaume Cammas. La preuve n’est certes pas absolue mais permet une forte présomption. Cela n’a rien d’étonnant alors que Guillaume Cammas est petit à petit redécouvert en particulier grâce à toute une série de travaux menés à l’Université de Toulouse-Le Mirail. M. Yves Bruand pense qu’il est maintenant nécessaire de publier le document trouvé par Marie-Luce Pujalte. Le Président se félicite de cette avancée de la connaissance. Marie-Luce Pujalte précise que c’est à la suite de longues recherches dans les fonds notariaux qu’elle a trouvé un acte de constitution de rente entre Guillaume Cammas et le marquis de Puivert en 1756, qui permet de supposer que le grand architecte toulousain était partie prenante dans la construction de l’hôtel. La date correspond au décor rocaille en partie conservé à l’intérieur et l’architecture raffinée de l’hôtel autorise des comparaisons avec, par exemple, le Capitole. Marie-Luce Pujalte ajoute qu’elle pense que le traitement blanc et brique des façades appartient en effet à l’état du XVIIIe siècle.
Yves Cranga signale que les oculi peuvent être comparés à d’autres, tout à fait identiques dans le rythme et le traitement extérieur, que présente une petite « toulousaine » située rue Marc-Arcis, dans le quartier des Minimes. Gabriel Burroni note le même type de cheminées Louis XV à l’abbaye de Belleperche.
SÉANCE DU 23 JUIN 1998
Présents : MM. Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Mmes Pradalier-Schlumberger, Cazes, MM. Baccrabère, Cabau, Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Jiménez, Napoléone, Pujalte, MM.Testard, Morvillez, membres correspondants.
Excusés : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint, Rocacher, Cranga, Manuel, Delpoux.
La séance est ouverte par M. Coppolani, Directeur, qui donne lecture du courrier. Il passe la parole à M. Cabau qui signale que les archives départementales de la Haute-Garonne ont acquis dans une vente aux enchères à Agen un manuscrit de comptes du XVIIIe siècle concernant la réalisation du baldaquin de Saint-Sernin de Toulouse qui s’intitulerait « Estat de la recette et dépense que Mr Dejean chanoine de St Sernin a fait pour l’obtention de la coupe des bois de Castelginest, Ronceaux et St Capraise, pour la construction d’un baldaquin à six colomnes de marbre sur la chasse de St Sernin et pour perfectionner l’autel et le sanctuaire du choeur ». Le registre, grand in 4° à couverture d’époque en basane, est chiffré de 1 à 152 (les feuillets 90 à 152 sont blancs) ; les comptes sont datés du 22 janvier 1734 au 21 janvier 1749.
La parole est ensuite à M. Morvillez pour sa communication sur de Nouvelles recherches sur la villa de Montmaurin.
- Coppolani remercie M. Morvillez pour sa communication et considère qu’il sera délicat de se lancer dans des reconstitutions étant donné les reconstructions de murs qui ont été entreprises sur les lieux.
Le premier sujet de discussion concerne la forme des chapiteaux rétablis par Georges Fouet. Pour Éric Morvillez ce pourrait être soit des bases soit des chapiteaux médiévaux. Les médiévistes présents disent ne pas connaître de chapiteaux de ce type. La meilleure solution serait de retrouver le fragment « d’entablement » que l’on peut voir sur certaines photographies laissées par G. Fouet et se poser la question de savoir si c’était vraiment un entablement ou un élément de mur-bahut.
Henri Pradalier souligne les disparités de forme importantes entre les deux types de chapiteaux : ceux à trois étages et certains, de type corinthien, proches d’un chapiteau acheté il y a quelques années par le Musée des Augustins. Ces derniers ne posent aucun problème pour leur datation. Ils peuvent dater du Ve siècle.
M.S.A.M.F., T. LVIII, page 288
Revenant sur les fouilles, Éric Morvillez ne sait ce que l’on trouverait si on les reprenait. Il a constaté à la lecture des archives de G. Fouet que ses notes étaient très précises, très exhaustives au début , entre 1948 et 1952, mais qu’ensuite elles l’étaient moins, devenaient plus brèves et que G. Fouet semblait avoir fait des choix dans ses trouvailles au point de proposer un plan simplifié de Montmaurin qui ne rend pas compte des différentes couches archéologiques retrouvées. De plus, la surélévation des restes retrouvés, – souvent de simples fondations – en petits murs visibles pour le visiteur ont sans doute perturbé le site. Cependant quelques sondages seraient peut-être précieux.
Louis Latour, qui a visité le site au moment où commençaient les fouilles en 1948, souligne l’énorme travail effectué par G. Fouet. À l’époque, le site était un énorme champ de broussailles.
Jean Nayrolles remarque que nous parlons de G. Fouet, qui nous a pourtant quitté il y a cinq ans seulement, comme s’il s’agissait d’un fouilleur du XIXe siècle. Il regrette l’évolution suivie par l’archéologie depuis les années 1970. Elle est devenue cumulative et n’aboutit à aucune conclusion. On amasse des milliers de tessons pour n’en rien faire. Il considère que le rôle des archéologues est, parfois, de prendre parti, de faire des choix. G. Fouet a eu le courage de les faire, on ne peut pas lui en tenir rigueur. Il y a même là une forme d’héroïsme.
É. Morvillez revient sur le travail gigantesque fait par G. Fouet et reste surpris de la rapidité avec laquelle il a travaillé et de la qualité des résultats obtenus. Il rappelle que la villa de Montmaurin est un des classiques des livres d’histoire dans lesquels on a appris la forme des villas romaines de la Gaule. Cela est dû au labeur de G. Fouet. Cependant G. Fouet était de son temps et la chronologie qu’il a proposée doit être abaissée. En 1948, on considérait comme décadent ce qui datait des IVe et Ve siècles, on était marqué par le modèle pompéien et, plus ou moins consciemment, on cherchait en fouille des œuvres contemporaines du Haut-Empire. C’est pourquoi G. Fouet n’a pas proposé une date plus basse pour Montmaurin alors qu’il apparaît que les vestiges les plus anciens du site remontent au milieu du IVe siècle et que l’on peut descendre jusque dans le Ve siècle pour les plus récents.
Il poursuit en signalant que l’ampleur des trouvailles de G. Fouet peut être matériellement perceptible par toutes les œuvres rassemblées dans le musée de la villa. Il considère d’ailleurs que ce musée doit rester sur place, car il est indissociable du site.
Quitterie Cazes estime que l’archéologie d’aujourd’hui est la suite logique de celle de Georges Fouet. C’est parce que les archéologues comme lui se sont heurtés à des problèmes parfois insolubles que les archéologues actuels se sont attachés à les résoudre. Jean Nayrolles maintient que les dernières années marquent une rupture sans exemple dans la tradition de l’archéologie. É. Morvillez rappelle cependant que la publication de Montmaurin par Georges Fouet peut être considérée comme un modèle du genre pour l’époque.
Guy Ahlsell de Toulza termine en rappelant que Georges Fouet était toujours resté discret à la Société Archéologique sur Montmaurin. Alors qu’il parlait souvent et volontiers de Valentine, il ne parlait jamais de Montmaurin. Mais, ici, cette attitude est à replacer dans le contexte des rapports que Georges Fouet entretenait avec ses prédécesseurs, comme l’abbé Couret, et avec ses contemporains.
Louis Latour, revenant aux archives de Georges Fouet demande si les cahiers d’écolier sur lesquels il a pris ses notes sont classés chronologiquement ou par thèmes. É. Morvillez répond qu’ils sont classés par thèmes avec un inventaire qui permet de les consulter très aisément.
Michèle Pradalier-Schlumberger demande quelle était la fonction des triconques. Éric Morvillez répond que Georges Fouet avait pensé à des piscines. Ce sont en fait des salles à manger tréflées qui abritaient des tables en sigma. Quitterie Cazes souligne l’originalité de l’architecture de Montmaurin par rapport à l’architecture du Haut-Empire. Cette originalité est confirmée par les découvertes d’architecture récentes de l’antiquité tardive. C’est une architecture qui est loin de l’architecture du Haut-Empire et Mme Cazes rappelle que les découvertes récentes de Larrey ont montré qu’on ne pouvait établir aucun parallèle avec l’architecture classique. Il y a rupture par rapport aux schémas vitruviens.
Passant aux questions diverses, M. Ahlsell de Toulza s’étonne des travaux en cours aux Cordeliers de Toulouse où l’on reprend au pic les fenêtres de la sacristie mais aussi celles des parties hautes de l’abside. Il demande que l’on se renseigne pour savoir qui contrôle ces travaux qui paraissent pour le moins intempestifs. Il a également constaté qu’au mépris de toutes les règles, on est en train d’ajouter un quatrième étage à la maison « romane » de la rue Croix-Baragnon, étage qui n’a jamais existé. Anne-Laure Napoléone ajoute que les travaux en cours ont fait tomber une partie de l’enduit peint.
Le Directeur prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 1998-1999
Tome LIX (1999)
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Cette édition électronique respecte la mise en page de l’édition imprimée (Bulletin de l’année académique 1998-1999, dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LIX, 1999) dont nous indiquons la pagination. Certaines illustrations en noir et blanc ont cependant été remplacées par des illustrations en couleur. En outre, quelques illustrations supplémentaires qui figuraient dans la pré-publication électronique ont été maintenues : elles sont toujours clairement signalées.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 249
SÉANCE DU 20 OCTOBRE 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Hermet, le Père Montagnes, Péaud-Lenoël, Pradalier, l’abbé Rocacher, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Delaplace, Fraïsse, Jimenez, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Yvonnet-Nouviale, MM. Burroni, Ginesty, Laffont, Manuel, Séraphin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur, Mmes Labrousse, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Cranga, Manière.
Invitée : Mme Beaudrix.
Le Président ouvre l’année académique en souhaitant qu’elle soit fructueuse et riche de nouveaux chantiers. Il rappelle cependant que notre Compagnie a été endeuillée par le décès, survenu au cœur de l’été, de Paul Ourliac, et, à l’automne, par celui de Gabriel Bernet.
Le Président retrace à grands traits la carrière de Paul Ourliac dont l’Académie de Législation, l’Académie des Jeux Floraux et l’Institut de France feront l’éloge mieux que nous ne pourrions le faire. Puis il évoque la personnalité de Gabriel Bernet, qui assistait avec assiduité à nos séances, et que nous sommes nombreux à avoir côtoyé. Notre Société peut s’honorer de rassembler des membres aussi différents qui en font toute la richesse.
Le Président commente la lettre d’appel à la générosité de chacun qui a été jointe à la dernière convocation, exprimant son souhait d’être entendu par les membres de notre Compagnie. Les mutations que nous connaissons aujourd’hui demandent des équipements qui doivent être réalisés à nos frais sous peine de limiter notre indépendance. L’histoire de notre Société montre qu’une trésorerie saine est la meilleure garantie de son indépendance et de son autorité morale.
M. Marcel Durliat a été le premier à répondre à l’invitation, en déclarant apprécier la rénovation menée par notre Société. Le Président dit qu’il proposera que soit publiée la liste des souscripteurs, et il demande aux membres présents de s’inscrire pour un don ou une promesse de don sur la feuille qu’il met en circulation.
Poursuivant le compte rendu de la réunion de Bureau, le Président souligne que le nouveau calendrier des séances est transitoire : si la première séance a été avancée de quinze jours cette année, la prochaine rentrée académique se fera dès la première semaine d’octobre. Par ailleurs, la séance publique se tiendra au mois de février.
Les nouveaux statuts seront débattus et votés en janvier. Il ne s’agit pas de remettre en cause le caractère académique de notre Société, mais d’en faire évoluer le modus vivendi afin de répondre mieux aux bonnes volontés qui en font la vitalité.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Notre confrère Robert Manuel offre l’Hommage à Charles Portal (1862-1936), archiviste du Tarn, historien et protecteur de Cordes, édité à l’occasion de l’exposition présentée à Cordes du 11 septembre au 3 décembre 1998.
Mlle Priscilla Malagutti nous adresse pour le prochain concours son mémoire de maîtrise, Buzet-sur-Tarn, étude monumentale, présenté en septembre à l’Université de Toulouse-Le Mirail.
Le Président donne alors la parole au Secrétaire-adjoint pour la lecture des procès-verbaux des séances des 9 et 23 juin derniers, qui sont adoptés.
En l’absence du Directeur, le Secrétaire-adjoint fait circuler parmi la Compagnie la correspondance imprimée : invitations, annonces de colloques, catalogues d’éditeurs…
Le Président souhaite la bienvenue à Mme Yvonnet-Nouviale, nouvellement élue membre correspondant et qui s’est jointe à nous pour cette première séance de rentrée, et à Mme Beaudrix, auteur d’un mémoire de maîtrise sur l’église Saint-Martin de Moissac et à ce titre invitée à assister à la communication du jour.
La parole est à Chantal Fraïsse pour sa communication sur Les bâtiments conventuels de l’ancienne abbaye de Moissac, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 250
Le Président remercie Chantal Fraïsse de cette redécouverte des bâtiments conventuels de l’ancienne abbaye de Moissac que l’on a, en effet, trop souvent pris l’habitude de réduire à l’église abbatiale et à son cloître. L’évolution de l’ensemble du site et les changements successifs de fonction des bâtiments multiplient les difficultés d’identification et ne facilitent pas la restitution des différents états de l’abbaye. Dans la topographie de l’ensemble, que représente le fort dénivelé existant entre le cloître et la partie nord ? Chantal Fraïsse pense que la construction de la voie ferrée a contribué à l’accentuer.
À propos de la chapelle Saint-Julien, Patrice Cabau suggère de corriger, dans les transcriptions de la chronique d’Aymeric de Peyrac, cuncta, qui n’a pas de sens, par condita ou constructa. La consultation du fragment le plus ancien de la chronique pourrait être utile.
Maurice Scellès souligne tout l’intérêt de l’enquête réalisée : Chantal Fraïsse a dressé un état de des connaissances dont le préalable était nécessaire à toute étude archéologique des bâtiments conventuels de Moissac. Les fouilles des années 1980, autour du clocher-porche, auraient pu ne pas être aussi strictement limitées aux travaux d’aménagement et faire l’objet d’une programmation plus ambitieuse si les questions avaient été alors mieux posées.
Le Président demande si le dessin des bâtiments nord que donne Beaumesnil paraît plausible. Chantal Fraïsse rappelle que l’étude critique de Beaumesnil est toujours délicate, ses dessins ou ses descriptions pouvant être d’une rigoureuse exactitude ou être au contraire de pures élucubrations. Répondant à Henri Pradalier, elle confirme que la chronique d’Aymeric de Peyrac parle de travaux très importants effectués sous l’abbatiat de Bertrand de Montaigut.
Évoquant les descriptions des mortiers, Gilles Séraphin voudrait savoir si les mêmes grains de granit noir se retrouvent dans les joints des arcs à trois tores de la chapelle Saint-Ferréol qui, pour Henri Pradalier, pourraient en effet appartenir au XIIIe siècle. Chantal Fraïsse dit qu’il n’a pas encore été possible de les analyser. Maurice Scellès fait remarquer qu’il est cependant surprenant de trouver au XIIIe siècle un appareil intégrant de très nombreux remplois, comme c’est le cas pour les gros contreforts de la galerie est du cloître, contemporains du voûtement de la chapelle Saint-Ferréol.
Anne-Laure Napoléone confirme que toute une série de chapiteaux, réputés provenir du palais abbatial de Moissac, doit être datée du XIIIe siècle. Chantal Fraïsse précise toutefois que ces œuvres font partie des nombreux éléments récoltés à la fin du XIXe siècle par la Société des Amis du Vieux Moissac ou le général Belbèze, un peu partout dans la ville et sans que les provenances exactes soient aujourd’hui connues.
Nelly Pousthomis-Dalle demande s’il est possible de cerner l’étendue initiale de l’enclos abbatial. L’existence de la « rue de l’abbaye » est curieuse, et les galeries mentionnées ont probablement été ajoutées au gré des besoins. Pour Chantal Fraïsse, il est actuellement impossible de déterminer plus précisément l’enclos abbatial.
SÉANCE DU 3 NOVEMBRE 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Tollon, membres titulaires ; Mmes Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Stutz, Yvonnet-Nouviale, M. Testard, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Delaplace, Labrousse, MM. le général Delpoux, Manière, l’abbé Rocacher, de Saint-Blanquat.
Invité : M. Yvonnet.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. L’abbé Jean Rocacher, qui joint à sa lettre un don à notre Société, nous fait part d’une très bonne nouvelle en nous annonçant qu’il vient de recevoir le titre de prélat de Sa Sainteté. Bien que notre confrère se juge indigne d’un tel honneur, le Président se félicite d’un titre qui honore justement l’homme, l’enseignant et le prêtre.
Notre doyen d’élection, M. Odon de Saint-Blanquat regrette que son grand âge et son éloignement ne lui permettent plus de participer à nos séances. En envoyant un don pour contribuer à l’acquisition des outils dont notre Société a besoin, il adresse à la Compagnie ses meilleurs vœux pour cette nouvelle année de travail.
Au nom du Maire de Toulouse, Christine Aribaud nous fait part d’une invitation pour l’inauguration, le 12 novembre à 17 h, de l’exposition Soieries en Sacristie : fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe. Le Président rappelle que notre consœur nous présentera l’exposition lors de la séance du 1er décembre, qui se tiendra au Musée Paul-Dupuy.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 20 novembre dernier, adopté après quelques modifications.
Patrice Cabau indique qu’à l’issue de la séance, il a consulté la chronique d’Aymeric de Peyrac, arrivant à la conclusion que « cuncta » était probablement une appellation de la chapelle Saint-Julien. Il a eu l’occasion de s’en entretenir avec Chantal Fraïsse.
Le Directeur présente la correspondance imprimée : il attire plus particulièrement l’attention sur le Congrès international d’Histoire des Pyrénées qui se tiendra à Gérone les 11-13 novembre prochains, et sur l’Assemblée générale de l’Union des centres d’études transpyrénéens.
Henri Pradalier présente son rapport sur la candidature au titre de membre correspondant de Mme Marie-Laure Wessel. Le Président propose alors d’élire MM. Odon de Saint-Blanquat et Marcel Durliat membres d’honneur de notre Société. Mme Marie-Laure Wessel est élue membre correspondant, et MM. Odon de Saint-Blanquat et Marcel Durliat sont élus membres d’honneur.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 251
La parole est à Valérie Yvonnet-Nouviale pour sa communication, À propos de quelques chapiteaux romans de Saint-Caprais d’Agen : influences croisées de Toulouse et de Moissac, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le Président remercie Valérie Yvonnet-Nouviale pour cet exposé qui nous a présenté une lecture formelle d’une incroyable minutie, mais dont les conclusions prudentes laissent un peu perplexe. On peut considérer que Saint-Caprais d’Agen prend assez logiquement place dans le rayonnement de l’atelier de Gilduin de Toulouse vers l’Aquitaine et l’outremont. Valérie Yvonnet-Nouviale souligne que l’épannelage des chapiteaux du cloître du Moissac est en pyramide renversée et que la structure à deux ou trois couronnes de « saillies » provient en revanche de Saint-Sernin, mais les dates d’activité des deux ateliers sont suffisamment proches pour justifier la prudence.
En se défendant de tout iconoclasme, Daniel Cazes s’inquiète de l’authenticité des chapiteaux de Saint-Caprais, certes empâtés par de multiples couches de peinture, mais dont l’aspect suscite quelques doutes, alors même que l’on sait que l’église a fait l’objet de deux grandes campagnes de restauration au XIXe siècle. À Saint-Michel de Gaillac, Guy Ahlsell de Toulza et lui-même ont dû renoncer à décider de l’authenticité de certains chapiteaux. Valérie Yvonnet-Nouviale rappelle que l’on a longtemps suspecté à tort les sculptures de Lescar, et Nelly Pousthomis-Dalle et M. Scellès renchérissent en évoquant Nogaro et l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin. Michèle Pradalier-Schlumberger souligne cependant qu’à Saint-Michel de Gaillac, le doute est accru par des thèmes iconographiques inhabituels. Valérie Yvonnet-Nouviale reconnaît cependant que les archives n’apportent pas de précisions sur les parties refaites à Saint-Caprais. Le doute qui subsiste justifie encore la prudence qu’il faut mettre dans l’analyse stylistique de ces œuvres.
Henri Pradalier remarque que le thème de l’Assomption serait impossible au début du XIIe siècle (mais il pourrait aussi s’agir d’une représentation de sainte Foy), mais surtout qu’on ne peut s’empêcher de penser, devant ce chapiteau comme devant celui du Christ bénissant sainte Foy et saint Caprais, à des œuvres du XIXe siècle, mêlant dans un bel éclectisme des traits du style du maître de la porte des Comtes, du linteau de Miégeville et des éléments empruntés à l’art de Gilabertus, comme le nimbe rayonnant. L’aspect de la mandorle fait également problème. Louis Peyrusse note que le premier chapiteau se trouve à l’entrée de la chapelle sud, qui a été très remaniée au XIXe siècle.
En réponse à une question du Président, Valérie Yvonnet-Nouviale fait remarquer que dans ce réseau d’influence que révèlent les œuvres, l’intérêt des chapiteaux de Saint-Caprais d’Agen est de modifier l’approche que l’on peut avoir des rapports entre les chantiers de Moissac et de Saint-Sernin de Toulouse. Maurice Scellès doute qu’il soit pertinent de poser la question de l’antériorité de l’un ou de l’autre. Pour Valérie Yvonnet-Nouviale, les emprunts à Moissac que révèlent les tailloirs de Saint-Caprais passent par celui des tribunes de Saint-Sernin, avec en particulier un dessin des anges assez proche, et le chapiteau historié le plus moissagais montre néanmoins un style qui évoque surtout les œuvres de l’église toulousaine.
Henri Pradalier rappelle qu’on pourrait rapprocher la période d’activité de Gilduin à Saint-Sernin de celle du maître de la porte des Comtes. La table d’autel consacrée en 1096 pourrait avoir été réalisée plusieurs années auparavant comme le prouvent d’autres exemples. Nelly Pousthomis-Dalle indique que des travaux récents ont d’ailleurs permis la découverte à Conques d’une inscription de dédicace datée de 1100.
Maurice Scellès s’étonne ne pas avoir entendu parler une seule fois de « feuille d’acanthe » à propos de ces chapiteaux dérivés du corinthien, et note que l’évolution du motif est bien connue, en particulier sur des œuvres de la fin de l’Antiquité où les folioles extérieurs se détachent pour se recombiner en une petite feuille indépendante entre les feuilles principales. Regrettant, par exemple, le recours au terme de « saillie » qui lui paraît impropre, il se demande si l’analyse ne pêche pas par excès de formalisme. Valérie Yvonnet-Nouviale explique qu’il est bien difficile de conserver le vocabulaire du chapiteau classique lorsque ne subsiste plus que l’ébauche de la feuille, sur laquelle se développe un décor végétal indépendant.
Henri Pradalier évoque les travaux en cours et demande si des fouilles sont prévues. Valérie Yvonnet-Nouviale indique qu’il est prévu de couler une dalle mais ne croit pas que des fouilles aient été programmées.
Au titre des questions diverses, on évoque la présentation des vestiges du rempart romain dans le nouveau Théâtre de la cité, que l’on vient d’inaugurer à grand bruit. Les membres qui ne l’ont encore fait sont invités à visiter le hall, aisément accessible, où se trouvent les vestiges.
Une section de courtine qui s’achève sur le cercle d’une tour apparaît dans la fosse de la buvette, à la manière d’une banquette de bar dont le plateau serait revêtu d’un joli carrelage de brique. Au-dessus du ressaut de fondation en galets laissé apparent, les parties manquantes ont été soigneusement refaites afin d’avoir un mur bien net, bien propre ; une brèche permet cependant d’entrer dans la « tour » dont le sol est carrelé. Ainsi « mis en valeur », ce moignon d’enceinte, amputé pendant l’été 1996 d’une trentaine de mètres de courtine (M.S.A.M.F., t. LVI, p. 327-328), avec sa « tour » coincée sous les gradins du théâtre, n’a plus de sens, et n’évoque en rien le grand monument dont on prétend avoir sauvegardé un vestige.
Or, l’emplacement de la tour et le tracé de la courtine étaient parfaitement connus : ils sont d’ailleurs représentés sur le plan publié à l’occasion de l’exposition du Musée Saint-Raymond, Palladia Tolosa, en 1988, à partir du plan numérique des services de l’urbanisme de la Ville de Toulouse. On confirme en outre que le cahier des charges de l’architecte demandait la conservation et la mise en valeur de l’enceinte romaine.
Plusieurs questions se posent donc. Pourquoi a-t-on autorisé la destruction de trente mètres de la courtine ? Qui a donné l’autorisation de démolir ? La protection au titre des Monuments historiques a-t-elle seulement été envisagée ? Qui a choisi le parti de « mise en valeur » ? Quel a été le contrôle sur la « restauration » et la « mise en valeur » des vestiges, et par qui a-t-il été effectué ? Comment peut-on à la fois réaliser la crypte archéologique de Saint-Pierre-des-Cuisines et faire exactement son
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 252
contraire dans une autre opération de prestige, en dénaturant ainsi l’un des témoins les plus importants des origines romaines de la ville ?
SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. le général Delpoux, Gilles, Hermet, Pradalier, Mgr Rocacher, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Napoléone, Pujalte, MM. Burroni, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mme Cazes, le Père Montagnes.
Le Président fait part des remerciements adressés par notre confrère Mgr Jean Rocacher, à la suite des félicitations que nous lui avions exprimées pour sa nomination au titre de Prélat de Sa Sainteté. Puis il demande à la Compagnie de bien vouloir excuser l’absence du Père Montagnes, retenu à Rome par un colloque.
Marcel Durliat nous écrit pour nous dire combien il a été touché d’être compté parmi les membres d’honneur de notre Société, à laquelle il est très attaché et dont il suit toujours les travaux avec attention.
Enfin, par courrier électronique, M. Jean-Claude Wagner nous demande des informations sur le statut juridique des vallées d’Andorre : Henri Pradalier a déjà apporté une réponse en signalant la thèse de Bertrand Bélinguier.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 novembre dernier, qui est adopté.
Puis le Directeur présente la correspondance imprimée, avec en particulier la dernière livraison de S.F.A. Actualités.
La parole est alors à l’abbé Baccrabère pour une communication sur La céramique toulousaine des XVIe et XVIIe siècles dans l’ancien quartier des Pénitents blancs, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Planches non publiées dans le Bulletin.
Le Président remercie l’abbé Baccrabère de cette communication au cours de laquelle toutes les céramiques étudiées ont circulé parmi l’assemblée qui a ainsi pu les examiner à loisir, nous rappelant d’ailleurs ce que furent souvent les séances des débuts de la Société archéologique. Puis le Président demande si les rapprochements qui peuvent être faits entre les monogrammes, des céramiques découvertes à ceux des pierres tombales ou d’autres pièces semblables, sont suffisants pour préciser la chronologie. L’abbé Baccrabère répond qu’ils confirment plutôt une datation de la seconde moitié du XVIe siècle qu’indiquent les comparaisons que permettent les céramiques de Cox. Mais la chronologie proposée s’appuie également sur nombre d’observations personnelles et sur toute une bibliographie. À propos des formes atypiques ou rares comme le porte-repas et le pot-pourri, le Président demande s’il faut considérer qu’il s’agit d’objets de référence. L’abbé Baccrabère indique qu’il ne connaît pas de pièces véritablement comparables, peut-être, d’ailleurs, parce que nombre de fouilles récentes n’ont pas été publiées. Remarquant que le « pot-pourri » ne s’ouvre pas, et qu’il serait donc difficile d’en retirer les pétales, le Président suggère qu’il puisse s’agir d’une forme grossière d’aspersoir. Pour Guy Ahlsell de Toulza, il faut également songer à un pique-fleur, comme on en voit par exemple dans certaines représentations italiennes de l’Annonciation.
Mgr Jean Rocacher voudrait avoir des précisions sur l’environnement de la découverte et sur l’ancienneté de la fosse qui contenait les céramiques. L’abbé Baccrabère indique que la fosse, sans doute une fosse d’aisance, était tapissée de brique ; elle était remplie de poteries dont un tiers au plus a été recueilli. La fosse se trouvait un peu à l’ouest de la place des Pénitents-blancs, sur l’emplacement actuel de la promenade des Capitouls. Daniel Cazes, Mgr Rocacher, M. Manuel donnent des précisions sur le quartier avant sa démolition. Daniel Cazes note qu’il serait intéressant de savoir si ces céramiques provenaient de la série de maisons qui se trouvaient le long de la place ou au contraire d’un hôtel aristocratique qui pourrait être l’Hôtel d’Hautpoul ou de la cour de l’Hôtel de Lupe. L’abbé Baccrabère indique que le plan de situation est à l’échelle et qu’il serait donc possible de situer exactement l’emplacement de la fosse sur le plan du quartier avant démolition.
Guy Ahlsell de Toulza dit son accord avec les datations proposées et remarque que les terres claires employées se rapprochent de celles de Cox. Il faudrait pouvoir préciser les lieux de fabrication qu’il s’agisse de Toulouse même ou de ses environs, ou de productions plus lointaines. Deux groupes d’études constitués autour de notre confrère Jean-Michel Lassure se consacrent à ces poteries et il est probable que l’on en sache un peu plus dans quelques années. Ramenant l’attention sur les pièces marquées du monogramme IHS, il demande s’il faut considérer qu’elles pouvaient avoir une fonction liturgique ou d’offrande. Mgr Jean Rocacher rappelle que le symbole est devenu si populaire que son utilisation comme motif décoratif a été très générale.
Guy Ahlsell de Toulza et l’abbé Baccrabère relèvent à quel point cette céramique n’intéressait pas les services archéologiques dans les années 1970 : la richesse des pièces présentées ne donne probablement qu’une petite idée de ce qui a été perdu.
M. Gilles se demande s’il ne serait pas intéressant de vérifier s’il existe des concordances entre les contenances des récipients et les mesures de capacité. Le général Delpoux remarque que la fleur de lys un peu écrasée rappelle des formes du milieu du XVIIe siècle, alors que la fleur est plus élancée avant cette date.
Le Président rappelle que la prochaine séance se tiendra au Musée Paul-Dupuy, où Christine Aribaud nous présentera l’exposition Soieries en sacristie. Il rappelle également que le cycle de conférences des mardis de l’Hôtel d’Assézat commencera mardi prochain à 17 h 30, et se déroulera salle du Sénéchal pendant toute la durée des travaux en cours à l’Hôtel d’Assézat.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 253
Au titre des questions diverses, le Secrétaire-adjoint donne quelques informations sur le site Internet et ses développements en cours. Quatre années du Bulletin sont disponibles et font l’objet d’un index thématique, Anne-Laure Napoléone a commencé le classement et la numérisation du fonds de photographies anciennes de la Société, les articles des derniers volumes des Mémoires, pour lesquels on dispose déjà d’une version numérique, seront progressivement publiés sur le site… Enfin, l’Académie des Sciences, avec laquelle nous sommes associés dans ce projet, vient d’ouvrir son propre site.
SÉANCE DU 1er DÉCEMBRE 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Labrousse, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, le Père Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Delaplace, Gloriès, Jimenez, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Suau, MM. Burroni, Cranga, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusée : Mme Cazes.
Invitée : Mlle Caroline Guibaud.
La séance se tient au Musée Paul-Dupuy. Elle est consacrée à la présentation de l’exposition Soieries en sacristie. Fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe siècles.
Après un mot de bienvenue, M. Jean Penent, conservateur du musée Paul-Dupuy, rappelle les liens étroits entre la paramentique, le musée Paul-Dupuy et la Société Archéologique, qui fut en possession de l’un des joyaux textiles du musée, le devant d’autel brodé de 1320.
Le Président remercie vivement le conservateur du privilège de visiter l’exposition un mardi et félicite M. Penent de savoir accueillir des chercheurs qui voient leur travail universitaire concrétisé par des expositions. Il donne la parole à Christine Aribaud, commissaire scientifique de l’exposition, à laquelle on doit le catalogue publié à cette occasion (Christine Aribaud, Soieries en sacristie. Fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe siècles.- Toulouse-Paris : Musée Paul Dupuy-Somogy, 1998, 200 p., 250 ill. coul.) :
« Cette exposition a pour but de monter les plus beaux vêtements liturgiques des XVIIe et XVIIIe siècles de la région toulousaine. Elle résulte d’une longue recherche qui aboutit à une thèse de Doctorat d’Histoire de l’Art. L’exposition évoque la plupart des problèmes posés par ce mobilier liturgique, méconnu et en péril actuellement.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 254
Les paroisses rurales n’ont pas toujours les moyens de s’offrir des pièces aussi prestigieuses, et bon nombre de stratagèmes sont déployés pour alléger les dépenses.
Ainsi peut-on constater l’utilisation qui est faite d’étoffes bon marché, de soie et de lin mêlés, comme la brocatelle (chape de la cathédrale d’Auch), ou la soie et le coton mêlé comme la damassade de Nîmes. On constate également que l’on peut faire de la récupération, du réemploi, témoin le devant d’autel de Montpézat-de-Quercy, taillé dans une robe de femme de velours de soie brodé de la fin du XVIe siècle. C’est aussi le cas de la plupart des robes de statues de la Vierge, composées de très nombreuses chutes d’étoffes précieuses, comme en témoigne l’exceptionnelle collection du musée Paul-Dupuy. On peut également trouver des ornements liturgiques brodés sur les deux faces, qui sont alors réversibles. Il suffisait de trois chasubles dont deux bicolores pour pouvoir user des cinq couleurs liturgiques. Parfois, on pouvait démonter de vieux ornements, les donner à teindre, et les remonter avec des galons neufs.Malgré ces restrictions financières, il n’en demeure pas moins vrai que les paroisses de la région se sont dotées, dès le XVIIe siècle, de productions textiles parfois prestigieuses. Comme aux XVIIe et XVIIIe siècles, on ne peut se procurer d’étoffes à sujets religieux, et l’on a recours aux soieries de mode. On retrouve le damas « à la palme » créé à Gênes vers 1689, sur une chasuble de Montaigut-sur-Save, un autre dont le motif fut créé par Daniel Marot. À la même date, ces deux damas couvraient les murs du palais royal de Madrid et de celui d’Hampton Court en Angleterre…
Pendant longtemps, les soieries italiennes furent empreintes de thèmes moyen-orientaux. Vers 1690, en rupture avec ces vieux motifs, sont produites les étoffes dites « bizarres » employées pour au moins cinq des ornements présentés. À partir du début du XVIIIe siècle, Lyon devient un centre international de production et les soieries de mode : fleurs, dentelles, chinoiseries, fourrures, rayures… couvrent les célébrants. La chasublerie est à la pointe des modes, comme branche spéciale des arts appliqués.
Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle, sous l’effet conjugué d’une perte de débouchés pour les soyeux lyonnais et d’une Église qui se veut plus triomphante, pour que Lyon et Tours commencent à produire des tissus d’église. Des mises en carte datées entre 1770 et 1800 sont présentées. Cette production devient une véritable industrie au XIXe siècle. »
Christine Aribaud conclut en dénonçant les périls qui menacent ces ornements : destruction par négligence ou volonté délibérée, tout en soulignant que bon nombre de services s’en occupent, comme la Conservation des A.0.A., l’Inventaire, le service des Monuments Historiques, les commissions d’art sacré… Mais ne faudrait-il pas imaginer des dépôts, destinés aux ornements qui ne sont pas en sécurité dans leurs paroisses ?
De nombreuses questions ont été posées au cours de la visite. Guy Ahlsell de Toulza demande si les chasubles portent toujours à l’origine un décor de galons. Christine Aribaud répond par l’affirmative en indiquant qu’ils rappellent les orfrois et permettent également de masquer les coutures. Elle confirme à Henri Pradalier que les galons de nombreux ornements ont été remplacés au XIXe siècle. Jean Nayrolles ayant demandé si le motif de la croix dorsale était imposé, Christine Aribaud précise qu’il s’agit d’une tradition française qui ne se retrouve ni en Italie ni en Espagne. Répondant à Maurice Scellès, elle indique que le tissage à la forme, pratiqué dès le milieu du XVIIIe siècle, permet la production de pièces prêtes à être assemblées et dont les motifs sont prévus en fonction des découpes.
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Le Président remercie Christine Aribaud pour sa présentation très vivante d’une exposition qui évoque brillamment le luxe des siècles passés.
Il rappelle à la Compagnie que la séance publique de l’Académie des Sciences se tiendra le 6 décembre prochain à 16 h à la salle du Sénéchal. Le Président annonce enfin la parution du livre de Michèle Pradalier-Schlumberger, Toulouse et le Languedoc : La sculpture gothique XIIIe-XIVe siècles, qui sera présenté mardi 2 décembre à 18 h à la librairie Ombres Blanches.
SÉANCE DU 15 DÉCEMBRE 1998
Présents : MM. Peyrusse, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cazes, Secrétaire Général, Scellès, Secrétaire-adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, Cabau, Hermet, Pradalier, membres titulaires ; Mmes Jimenez, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Suau, Tollon, MM. Cranga, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur, Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, le Père Montagnes, Mgr Rocacher, M. Tollon.
Invités : M. Exertier, Premier président de la Cour d’appel, Mme d’Esparbès-Serny, M. Ignacio, Substituts du procureur général, M. Remplon, Procureur général honoraire.
Le Président dit tout le plaisir que nous avons à accueillir M. le Premier président de la Cour d’appel, ainsi que Mme et M. les Substituts du procureur général. Puis il souhaite la bienvenue à Marie-Laure Fronton-Wessel, nouvellement élue membre correspondant et qui prend séance en nous entretenant ce soir des découvertes faites au palais de Justice de Toulouse.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Par une lettre aussi élégante qu’émouvante, notre confrère M. Odon de Saint-Blanquat remercie la Compagnie de l’avoir promu au rang de membre d’honneur. Jean Lartigaut joint à sa cotisation un don destiné aux acquisitions des équipements dont a besoin notre Société. Enfin, M. Henri Molet nous adresse sa candidature au titre de membre correspondant : Quitterie Cazes est chargée du rapport.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture des procès-verbaux des séances des 17 novembre et 1er décembre derniers, qui sont adoptés.
Le Président rappelle que les journées d’études « Les textiles et le sacré : usage et ravaudages », organisée par l’Association Française pour l’Étude du Textile, se tiendront au Musée Paul-Dupuy les 21-23 janvier prochains.
La parole est alors à Marie-Laure Fronton-Wessel pour une communication sur la Découverte d’un plafond peint médiéval dans la grand’chambre de la Cour d’appel de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Planches non publiées dans le Bulletin.
AIS D’ENTREVOUS DU PLAFOND DE LA GRAND’CHAMBRE
DE LA COUR D’APPEL DE TOULOUSE.
Le Président remercie l’oratrice et se félicite de la découverte de ce plafond, qui s’inscrit dans le renouveau des études consacrées au Parlement au cours de ces dernières années. Il remarque que le décor de cet édifice de premier plan ne se démarque pas vraiment de celui des riches demeures bourgeoises. Marie-Laure Fronton-Wessel en convient tout en rappelant que nous n’en connaissons pour l’instant que les quelques fragments qui sont réapparus dans les sondages. Elle ajoute que ce qui est exceptionnel, c’est tout d’abord la surface considérable du plafond ; c’est ensuite sa structure à caissons et fausses solives. Olivier Testard ajoute que certaines des poutres sont en fait les entraits des fermes. La charpente serait donc à chevrons formant fermes, espacés d’à peu près un mètre. Marie-Laure Fronton-Wessel précise à Guy Ahlsell de Toulza que l’ensemble est en sapin.
Henri Pradalier relève que c’est donc sur la structure même du plafond plus que sur son décor que l’on a fait porter l’effort. Il note cependant qu’un décor héraldique existe avec les fleurs de lys, et il s’accorde avec Maurice Scellès pour considérer que les représentations d’animaux ou de monstres, au dessin très vif, sont loin d’être médiocres et témoignent d’un sens certain du naturel. Il faut en outre tenir compte de la hauteur où se trouvaient ces ais d’entrevous.
Maurice Scellès s’étant inquiété d’éventuels décors peints sur les murs, Marie-Laure Fronton-Wessel et le Premier Président, M. Exertier, confirment que les sondages n’ont fait apparaître aucune trace de décors pouvant appartenir aux états les plus anciens. On s’accorde cependant pour considérer que les sondages, par définition ponctuels, n’excluent pas que quelque vestige soit conservé ici ou là. Daniel Cazes rappelle que Pierre de Gorsse avait lui-même vu, à l’occasion de travaux, les K de Karolus aujourd’hui remplacés par les R de République. Il semble qu’aucune photographie n’en soit toutefois connue. Maurice Scellès insiste sur le fait que le plafond fait partie d’un bâtiment qui doit être traité comme un tout.
Louis Peyrusse attire l’attention sur le parti de restauration et demande ce qu’il adviendra des décors du XIXe siècle. Marie-Laure Fronton-Wessel répond que l’un des projets est de remettre au jour la plus grande partie du plafond médiéval, en conservant toutefois les corniches du XIXe siècle derrière lesquelles seraient effectués quelques sondages complémentaires.
M. Exertier indique que les premiers sondages laissaient prévoir que le plafond était entièrement peint et que la deuxième campagne, réalisée en septembre dernier, a montré qu’il était possible de le restituer dans son entier.
Il y a bien sûr une question d’argent. Dans un premier temps, la rénovation de la grand’salle avait été délibérément laissée de côté pour des raisons budgétaires. Il fallait en outre que ce travail de recherche soit achevé, et il est alors apparu qu’il n’était pas possible de ne pas prendre en compte dans la rénovation du palais de justice ce qui en constituait historiquement le point de départ. La restauration de la grand’chambre et de son mobilier est aujourd’hui évaluée entre 3,5 et 5 millions de francs, ce qui ne représenterait pas une part extraordinaire sur les 350 millions de francs prévus pour l’ensemble des travaux.
Répondant à Henri Pradalier, M. Exertier précise que la grand’chambre n’est pas classée au titre des Monuments historiques et que les travaux sont dirigés par l’administration centrale du ministère de la Justice.
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Maurice Scellès pense qu’un ensemble pareil justifie un traitement qui permettre de lui rendre toutes ses dimensions. Il s’étonne qu’on tergiverse aujourd’hui devant un monument aussi exceptionnel, en voulant absolument intégrer des modifications secondaires au détriment de l’important. L’argument de précaution qui a conduit à préconiser le maintien des états successifs en évitant les reconstitutions abusives se retourne aujourd’hui contre les édifices. L’exemple récent du théâtre de la Cité, où l’on a voulu conserver des bouts de tout sans prendre la mesure de l’essentiel (dans ce cas le rempart romain), montre les limites d’une telle démarche. On rêverait de retrouver la grand’chambre et son plafond dans leur étendue initiale.
M. Exertier fait remarquer que cette belle plaidoirie ne prend en compte ni les questions de mobilier, ni les témoins successifs de l’histoire du lieu. M. Remplon se souvient, pour l’avoir fréquentée, d’une salle triste au décor lourd et serait favorable à une restauration qui permettrait à la grand’chambre de retrouver quelque allure.
Henri Pradalier témoigne que le Service des Monuments historiques a pu se rendre compte à Saint-Lizier des difficultés qu’engendre le maintien sans choix des états successifs : on obtient souvent un patchwork où rien ne ressort.
Le Président pensait que le ministère de la Justice menait une réflexion sur le décor des salles d’audience. Il lui paraît en tout cas tout à fait possible de restaurer le plafond médiéval en optant pour un traitement contemporain des murs. Pour M. Exertier, le parti devra être pris en regard de l’ensemble de la restructuration du palais de Justice, et en particulier en tenant compte de la succession des points de vue qui, depuis la nouvelle entrée sur les allées Jules-Guesde, aboutit aux arcs de la grand’chambre, dont la mise en valeur devra donc être prise en considération. Il ajoute que les travaux ont été confiés à M. Prunet, architecte en chef des Monuments historiques.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne que l’on ne dispose d’aucune iconographie permettant de connaître les états anciens, comme à Montpellier par exemple. M. Remplon confirme que les recherches de Maurice Prin et Jean Rocacher sont restées vaines de ce point de vue. Le seul document connu est un dessin d’audience de Soulié.
Guy Ahlsell de Toulza évoque les tissus bleus fleurdelisés reconstitués à Reims, qui pourraient donner des idées pour la grand’chambre de Toulouse. Marie-Laure Fronton-Wessel rappelle que les descriptions de Garipuy font état de tapisseries sur les murs.
Guy Ahlsell de Toulza demande si quelque chose a été fait pour les deux plafonds du XVIIe siècle. M. Exertier indique que le salon d’Hercule et le salon doré se dégradent considérablement, en particulier sous l’effet du chauffage central, mais que leur restauration n’est pas d’actualité.
Guy Ahlsell de Toulza voudrait encore savoir si les colonnes prévues sur les allées Jules-Guesde seront néo-classiques ou contemporaines. M. Exertier dit qu’il s’agit en fait de piliers en béton, de forme tout à fait contemporaine, et qui ne rappellent en rien ce qui a été fait à Lyon ou Bordeaux.
Le Président clôt cette longue discussion en souhaitant une issue heureuse pour la restauration de la grand’chambre et de son plafond.
SÉANCE DU 5 JANVIER 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, Hermet, le Père Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Fronton-Wessel, Jimenez, Napoléone, Pujalte, MM. Gillis, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Secrétaire Général, Mmes Blanc-Rouquette, Cazes, M. Manière.
Le Président présente à la Compagnie ses meilleurs vœux pour la nouvelle année, en souhaitant qu’elle soit aussi fructueuse que l’année écoulée, dont le nouveau volume des Mémoires, tout juste livré, apporte témoignage. Le Président se félicite de la qualité du volume, et se dit séduit également par son éclectisme qui nous mène de saint Exupère aux plans d’urbanisme de Toulouse au XXe siècle. Deux regrets cependant : la qualité des illustrations n’est pas à la hauteur de celle de la mise en page et de l’imprimerie, et le Président demande aux membres de faire un effort pour fournir des photographies et des documents de meilleure qualité. On aimerait encore que le Bulletin soit plus riche de découvertes et d’informations diverses. Le Président ne doute pas que nous parvenions à améliorer encore notre publication.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Nous avons reçu les vœux de notre confère le général Delpoux, retenu à Paris, ceux de M. Pierre Izard, Président du Conseil Général de la Haute-Garonne, et ceux de M. Julien Andrès, Maire-adjoint de Toulouse.
Le Directeur présente la correspondance imprimée, avec en particulier le programme des conférences du Musée Saint-Raymond.
L’ordre du jour appelle ensuite l’élection de membres titulaires. Sur proposition du Bureau, Christine Delaplace, Anne-Laure Napoléone et Nelly Pousthomis-Dalle sont élues membres titulaires.
La parole est alors à Louis Latour pour une communication consacrée à des Recherches campanaires : La cloche ancienne d’Auterive et la cloche disparue de Beaumont-sur-Lèze, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le Président remercie Louis Latour pour cette communication qui témoigne des progrès constants des études campanaires. Le XIXe siècle a été leur âge d’or, mais les préoccupations de la nouvelle histoire leur apportent un autre intérêt comme à toutes
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les études de détail. Le Président voudrait savoir s’il faut conclure que les deux cloches ont été fondues par le même atelier. C’est sans doute le cas des deux cloches d’Auterive et de Beaumont-sur-Lèze, mais Louis Latour précise que le même poinçon a pu être utilisé par plusieurs ateliers. Mgr Jean Rocacher évoque d’éventuelles matrices en pierre dure qui pouvaient circuler et dont on pouvait tirer plusieurs épreuves.
Henri Pradalier se demande quelle valeur religieuse accorder à ces scènes disposées sans ordre, comme au petit bonheur la chance ; le fondeur n’avait probablement qu’une médiocre connaissance de l’histoire sainte et utilisait un répertoire courant dont les images se retrouvaient partout. Pour Bruno Tollon et Mgr Jean Rocacher, les scènes représentées n’ont guère d’importance en elles-mêmes alors qu’il s’agit surtout de sacraliser le bronze. Henri Pradalier note cependant tout l’intérêt qu’elles peuvent présenter pour connaître la persistance de certains modèles iconographiques.
Louis Latour, Guy Ahlsell de Toulza et Henri Pradalier évoquent les vertus prophylactiques et apotropaïques des cloches, auxquelles on avait recours pour éloigner l’orage, la grêle, voire pour lutter contre les miasmes. Louis Latour rappelle que des articles des débuts de notre Société montrent encore de grands débats sur la réalité de l’efficacité des cloches.
Répondant à Guy Ahlsell de Toulza, Louis Latour précise que chaque scène est représentée deux ou trois fois sur la cloche d’Auterive.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès signale un velours de soie aux lions affrontés, conservé par le département des arts islamiques du Musée du Louvre (AOR 1941-104) et dont la notice est consultable sur Internet, tout à fait identique à celui qui est actuellement présenté dans l’exposition Soiries en sacristie du Musée Paul-Dupuy. Ce tissu s’ajoute à la liste que connaissait déjà Christine Aribaud, qui précise que l’on en connaît avec des velours de différentes couleurs.
Sont ensuite présentées quelques diapositives d’immeubles construits depuis une vingtaine d’années dans le centre ancien de Toulouse, correspondant au périmètre du secteur sauvegardé. Les deux premières permettent de se rendre compte du traitement qui a été réservé à une petite façade en brique, ornée de terres cuites moulées dans le style des années 1830, à l’angle de la rue d’Embarthe et de la place Saint-Julien : balustres des garde-corps de fenêtres enlevés tandis que les tableaux sont couverts de PVC blanc, fenêtres du rez-de-chaussée transformées en une succession de portes étroites. Une vue d’ensemble permet de juger de l’intégration de la façade « conservée » dans le nouvel immeuble… Est-ce pour la dénaturer qu’il a été décidé de maintenir cette façade ?
La promenade se poursuit avec d’autres photographies : gymnase du Lycée Saint-Sernin et élévations néo-classiques de l’« hôtel Renneville », rue Jules-Chalande, construits par l’ancien architecte des Bâtiments de France Bernard Calley à la fin des années 1970 ; façade post-moderne rue des Couteliers, à deux pas de l’église de la Dalbade, dans les années 1980 ; immeubles bas imitant les constructions banales du XIXe siècle, place des Tiercerettes ; traitement en glace sans tain de la liaison entre deux maisons de la rue du Taur, au début des années 1990 ; enfin, les façades de deux immeubles construits au cours de l’été 1998, l’un rue des Salenques, l’autre rue de la Chaîne.
Planche non publiée dans le Bulletin.
TOULOUSE, RUE DU TAUR, début des années 1990.
En dehors de toute considération esthétique, il apparaît que le « style » des édifices reconstruits dans le centre ancien varie considérablement d’un immeuble à l’autre, sans qu’apparaisse aucune justification. Seul semble régner l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France, et son goût personnel, dont on ne voit pas bien pourquoi il devrait prévaloir. Il faut encore préciser que l’architecte des Bâtiments de France n’est pas tenu de motiver ses avis.
Un membre rappelle que l’un des architectes des Bâtiments de France de Toulouse s’est lui-même félicité dans la presse « des pouvoirs régaliens » qu’il exerçait. L’expression est à la mode mais elle est dans ce cas abusive : plus simplement, la loi organise un pouvoir discrétionnaire qui confine à l’arbitraire.
Pour certains, les choix esthétiques des constructions neuves devraient relever du Maire, responsable devant les électeurs, et non d’un fonctionnaire livré à lui-même et contre lequel ne peut être exercé aucun recours. Il semble d’ailleurs que la question soit actuellement prise en compte, puisque, selon des rumeurs, il pourrait être fait appel des décisions des architectes des Bâtiments de France devant les commissions qui devraient prochainement remplacer les actuelles COREPHAE (Commission régionale du patrimoine historique, archéologique et ethnologique).
Un membre ajoute une anecdote qui illustre un peu plus, et avec quel ridicule, l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France : en raison de la co-visibilité avec le rempart du faubourg, il vient de donner un avis favorable à la pose de barreaux sur les fenêtres d’un rez-de-chaussée, boulevard Lascrosses, à la condition de la suppression du motif de losange prévu par le dessin initial… Un tel sérieux confond : en face de Compans-Caffarelli et du Palais des Congrès, à cinquante mètres de la Cité administrative, à cent mètres de l’École de Commerce… Monsieur l’architecte des Bâtiments de France n’aime pas les losanges ? Il serait peut-être plus important qu’il agisse auprès de sa propre administration pour que soit restauré le rempart de la place Duportal. La Ville de Toulouse a récemment aménagé un jardin là où il n’y avait qu’un terrain vague, mais la muraille qui relève de la Cité administrative est dans un état lamentable.
Une dernière diapositive vient clore la séance : elle montre le portail de la Dalbade, dont la restauration est tout juste achevée. Il est constaté que les statuettes, dont notre Compagnie s’est déjà inquiétée, n’ont pas encore été replacées dans leurs niches, probablement pour des raisons de programmation du chantier.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 258
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 259
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![]() TOULOUSE, PLACE DES TIERCERETTES, immeubles construits au début des années 1990. | ![]() TOULOUSE, RUE DES SALENQUES, immeuble construit en 1998. | ![]() TOULOUSE, RUE DE LA CHAÎNE, immeuble construit en 1998. |
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 261
SÉANCE DU 19 JANVIER 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cazes, Secrétaire Général, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire-adjoint ; Mmes Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Cabau, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Jimenez, MM. Gillis, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Fronton-Wessel, Pujalte, MM. Manière, Tollon.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 janvier dernier, qui est adopté. Louis Latour transmet à la Compagnie les meilleurs vœux de notre confrère Gabriel Manière.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Nous avons en particulier reçu pour le concours le mémoire de maîtrise que Mme Dany Couget-Rullier a consacré à l’église Notre-Dame de l’Assomption de Grenade-sur-Garonne.
Par ailleurs, Mme Blanc-Rouquette et le général Delpoux représenteront la Société à la messe qui sera célébrée en souvenir de Paul Ourliac.
La parole est au Trésorier pour le bilan financier de l’année écoulée. Le Président apporte quelques précisions sur les dépenses et recettes et dresse la liste des investissements à réaliser. À l’unanimité, la Compagnie donne quitus au Trésorier et elle le félicite pour sa bonne gestion.
Le Président présente le bilan de l’activité de la Société au cours de l’année 1998. Puis il est procédé aux élections statutaires. Le Président dit n’accepter le retrait de M. Jean Coppolani qu’à la condition que celui-ci nous fasse l’honneur d’agréer le titre de Directeur honoraire. Après avoir remercié Jean Coppolani de tout le travail qu’il a accompli pendant toutes ces années au service de notre Société, le Président soumet la proposition au vote des membres titulaires : à l’unanimité, M. Jean Coppolani est élu Directeur honoraire. M. Coppolani remercie la Compagnie de l’hommage qu’elle lui fait.
Ce sont donc les postes de Directeur, de Secrétaire Général, de Secrétaire-adjoint et de Trésorier qui doivent être renouvelés cette année. Sur proposition du Bureau, MM. Daniel Cazes, Maurice Scellès, Patrice Cabau et Guy Ahlsell de Toulza sont respectivement élus ou réélus Directeur, Secrétaire Général, Secrétaire-adjoint et Trésorier. Le Président félicite ses confrères pour ces différents votes, dont l’unanimité fait plaisir autant qu’elle oblige.
Après un exposé détaillé du Président, une discussion est engagée sur les statuts respectifs des sociétés académiques et des associations reconnues d’utilité publique créées dans le cadre de la loi de 1901. On s’accorde pour considérer qu’il pourrait être procédé à la modification de certains articles des statuts sans remettre en cause le caractère académique de notre Société.
Le Président donne des informations concernant le dossier de Martres-Tolosane ; puis il rend compte de la dernière réunion du Bureau de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence-Isaure, qui a été largement consacrée à la Conférence de l’Institut de France et des Académies de province qui se tiendra à la mi-octobre prochain à Toulouse.
SÉANCE DU 2 FÉVRIER 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire Général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Gilles, Pradalier, Prin, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Jimenez, Nouviale, MM. Boudartchouk, Gillis, Laffont, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-archiviste, Mme Cazes, M. Burroni.
Le Président demande à la Compagnie d’excuser l’absence de Louis Latour, et celle de Gabriel Burroni, actuellement en train de restaurer, à Carcassonne, les cheminées de la fin du XVIe siècle de la maison dite de Montmorency, dont il aura prochainement l’occasion de nous entretenir.
La parole est à M. Patrice Cabau pour sa communication sur Les sépultures des évêques de Toulouse, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le président remercie M. Cabau pour sa communication qui amène plus de problèmes que de certitudes. Il fait appel aux questions. M. Gilles ne pense pas que la première liste épiscopale de Toulouse soit d’Arnaud Arpadel mais que celui-ci a recopié une liste trouvée dans quelques archives. Quant à Bernard Gui, qui enrichissait ses textes au fur et à mesure qu’il avançait en âge, sa première version des listes épiscopales recopie celle d’Arnaud Arpadel. M. Cabau, tout en reconnaissant des similitudes entre les deux, ne pense pas qu’il s’agisse d’une copie pure et simple.
M. Coppolani demande si saint Honorat, saint Papoul et saint Honest, qui figurent sur les listes épiscopales traditionnelles ont réellement été évêques de Toulouse. M. Cabau répond qu’il est sûr, pour saint Papoul, que ce n’est pas le cas. Pour les autres, il n’a de preuves ni dans un sens ni dans l’autre. M. Gilles rappelle que ces personnages apparaissent dans les listes épiscopales à partir de la vie de saint Sernin fabriquée dans la Marche d’Espagne aux Xe et XIe siècles.
M. Roquebert demande ce que l’on sait de certain sur saint Germier, qui est le nom attesté dès le XIIIe siècle d’une agglomération du Lauragais. M. Cabau avoue ne savoir que peu de choses sur ce personnage qui apparaît comme saint, au plus tôt
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au IXe siècle. Il aurait vécu sous le règne d’un Clovis, mais on ne sait lequel. M. Cabau pencherait plutôt pour Clovis III (691-695) car on mentionne dans le même texte l’évêque de Paris, personnage pourtant obscur, contemporain de Clovis III. Pour Jean-Luc Boudartchouk le Clovis mentionné dans la vie de saint Germier ne peut être que celui qui est célèbre pendant tout le Moyen Âge, c’est-à-dire Clovis Ier. M. Cabau se demande ce que l’on sait de Clovis Ier à Toulouse au Moyen Âge. Christine Delaplace rappelle qu’il en est fait une mention explicite dans Noguier en 1556 qui écrit, p. 80 : « quelques-uns ont dit qu’il fut élu par le peuple tolosan roi pour raison de la singulière affection qu’on lui apportait à Toulouse ». Il est donc l’objet d’une véritable redécouverte dans la ville, au moins au XVIe siècle, au point qu’on laisse croire que ce sont les toulousains qui en ont fait le roi des Francs.
M. Roquebert demande ensuite à quoi correspond la date de 1176 qui figure après le nom d’un évêque du nom de Gocelin ou Gaucelm placé dans la liste des évêques fictifs de Toulouse dressée par le communiquant. M. Cabau répond qu’il s’agit en fait d’un évêque de Lodève mentionné seulement par la première lettre de son nom, G, et dont on a inventé le reste du nom après l’avoir inséré par erreur dans les listes épiscopales de Toulouse.
Daniel Cazes rappelle le problème de la dévotion sur le premier tombeau de saint Sernin traditionnellement placé sur l’emplacement de l’église du Taur. M. Cabau dit que l’on ne sait rien de sûr sur cette question. M. Prin demande à quelle date apparaît le vocable. Patrice Cabau signale que l’église du Taur est mentionnée en 1080 et que, dans la Chanson de la croisade, il est fait allusion à Saint-Sernin le Petit. Jean-Luc Boudartchouk reste persuadé que le corps de saint Sernin n’a jamais été enseveli au Taur. Rien dans les textes ni dans l’archéologie ne vient au secours de cette tradition. Patrice Cabau pense qu’on peut avoir oublié qu’il y ait eu une translation si celle-ci a eu lieu au Ve siècle. Pour Jean-Luc Boudartchouk, le dossier de la sépulture au Taur est vide. Il ne voit pas pourquoi, si on n’avait pas gardé le souvenir de la translation, on n’aurait pas au moins gardé le souvenir du premier lieu de culte. Du reste, l’hypothèse de la sépulture sur l’emplacement de Saint-Sernin reste la plus simple et elle est confortée par l’archéologie.
Henri Pradalier demande si l’on a trouvé des traces de sépultures au Taur comme on en a trouvé à Saint-Sernin. Sur la réponse négative de Daniel Cazes et de Jean-Luc Boudartchouk, la discussion dévie sur la date de la basilique d’Hilaire. Daniel Cazes se demande si celle-ci ne pourrait pas avoir été édifiée à l’époque constantinienne, ce qui correspondrait davantage à ce qui se fait au même moment et ailleurs dans l’Empire. Patrice Cabau rappelle que les textes laissent entendre qu’Hilaire devient évêque de Toulouse bien après saint Sernin. Revenant sur le Taur, il rappelle qu’il existe tout de même une église Saint-Sernin du Taur. Jean-Luc Boudartchouk considère qu’elle porte ce vocable parce qu’elle est une dépendance de Saint-Sernin … mais n’est citée comme paroissiale qu’au XIIIe siècle, rappelle M. Cabau.
Christine Delaplace considère qu’il est difficile de penser qu’on ait construit en Gaule des basiliques dès le IVe siècle constantinien. Seules des fouilles pourraient nous éclairer. Elle se range à l’avis de Jean-Luc Boudartchouk pour ce qui est de la sépulture au Taur. En effet ni l’histoire ni l’archéologie ne sont venues conforter cette tradition locale et l’idée d’une invention et d’un léger déplacement du corps de saint Sernin sur place, c’est-à-dire à Saint-Sernin même, paraît la plus plausible.
Maurice Scellès et Henri Pradalier considèrent qu’on ne peut établir une comparaison valable entre la plaque tombale d’Isarn de Marseille et la plaque du cloître de Moissac représentant Durand de Bredon. Celle-ci doit par contre d’être comparée à celles des apôtres placées aux angles du même cloître.
SÉANCE DU 23 FÉVRIER 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire Général, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Delaplace, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Baccrabère, le général Delpoux, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Mgr Rocacher, M. Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, D’Ercole, Fronton-Wessel, Jimenez, Nouviale, MM. Bertrand, Burroni, Cranga, Luce, Garland, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mme Cazes, M. Manière.
Le Président rend compte de la correspondance. Nous avons en particulier reçu la candidature au titre de membre correspondant de Mme Hélène Debax, maître de conférences d’histoire à l’Université de Toulouse-Le Mirail.
Le Secrétaire Général porte à la connaissance de la Compagnie une demande d’information qu’une étudiante américaine nous a adressée par courrier électronique : réalisant un travail sur la topographie de Toulouse au XIIe siècle, Mlle Pamela Marquez recherche des précisions sur le cours du Sauzat, qui aurait été canalisé autour des murailles de la ville. Henri Molet a pu indiquer qu’il s’agissait probablement du Sauzat mentionné du côté de la rue Romiguière, et l’abbé Baccrabère a fait état d’un article de Gaston Astre consacré à la géologie de Toulouse, paru dans les Mémoires de l’Académie des Sciences (vol. 125, 1963). Patrice Cabau pense qu’il pourra donner quelques informations lors de la prochaine séance.
Le Secrétaire Général rappelle que les courriers électroniques que nous recevons, et où figurent aussi bien des questionnaires de lycéens que des demandes plus spécialisées, sont archivés dans le classeur de courrier consultable dans la salle de lecture.
Le Président indique que le Maire de Toulouse nous a également transmis une lettre de M. Taillebois demandant des informations sur d’éventuelles traces d’occupation néolithique à Toulouse. M. Coppolani rappelle que les sites chasséens d’Ancely et de Villeneuve-Tolosane sont bien connus.
Le Secrétaire Général donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 janvier, et Henri Pradalier de celui de la séance du 2 février. Les deux procès-verbaux sont adoptés.
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Il est alors procédé aux élections d’un membre libre et de deux membres correspondants. M. Germain Sicard est élu membre libre. Les rapports entendus, MM. Henri Molet et Étienne Hamon sont élus membres correspondants.
La parole est alors à Cecilia D’Ercole pour une communication consacrée aux Expressions figuratives dans l’Italie archaïque : l’exemple des stèles dauniennes (VIIe–VIe s. av. n. è.) :
« Au cours des années soixante, de nombreuses stèles sculptées en calcaire (1) furent mises au jour dans la plaine de Siponto, dans les Pouilles septentrionales (l’ancienne Daunie) (2). Ces monuments reproduisent sous une forme très schématisée des figures humaines au corps rectangulaire, à la tête arrondie ou pointue, iconique ou aniconique (3). Le riche décor incisé et peint à l’origine s’étale sur les corps des personnages et reproduit leurs riches tenues vestimentaires, ainsi que des scènes figurées plus ou moins complexes. La représentation détaillée des ornements et des armures (fibules, colliers, kardiophylakes, boucliers) a évidemment la fonction d’exalter le rang social et la richesse des personnages. On reconnaît ainsi des colliers en ambre, des fibules » à navicella « , des pectoraux rectangulaires à rebord convexes, des épées. Toutes ces représentations ont des analogies précises avec les objets qu’on retrouve dans les mobiliers de la région daunienne ainsi que dans d’autres territoires italiques, au VIIe siècle av. n.è.
Le répertoire figuratif de ces monuments singuliers se démarque par sa variété et par son exubérance. Des scènes animées et composées de plusieurs personnages envahissent ainsi toute la surface disponible et composent des séquences narratives complexes et difficiles à décrypter. Cette abondance d’éléments figuratifs confirme d’ailleurs la chronologie proposée plus haut, car c’est justement dans l’art orientalisant du VIIe siècle qu’on retrouve cette même tendance dans la production artistique de plusieurs régions méditerranéennes. Dans le cas des stèles, l’impression de grande vivacité qui se dégage de cette surcharge ornementale devait être à l’origine certainement accrue par le décor peint.
Parmi les sujets traités, une large place est accordée aux scènes de chasse (souvent au cerf) à pied et à cheval. Également nombreuses sont les scènes de combats, individuels ou en groupes, à pied, à cheval et même sur des chars, souvent associées aux scènes de chasse. Un autre thème souvent représenté est la rencontre de deux cortèges opposés, dont l’un est mené par un personnage avec la lyre ; parfois des personnages masculins sont opposés à des femmes qui portent des vases ou corbeilles sur la tête. Il s’agit là de la représentation d’un rituel complexe et solennel, qui pourrait faire allusion à l’échange de dons à l’occasion d’une circonstance importante, par exemple un mariage, ou bien à une pratique de culte, comme les processions qu’on voit parfois gravées sur des lamelles votives en bronze de la Vénétie (4). D’autres stèles semblent décrire les occupations habituelles de cette communauté italique, par exemple la navigation ou la pêche. Des thèmes fantastiques ou monstrueux sont également évoqués par les sculpteurs dauniens, qui ont réalisé, il faut le souligner, l’un des plus riches et intéressants ensembles de sculptures de la Méditerranée archaïque.
L’intérêt artistique et symbolique des stèles dauniennes n’a pas échappé aux archéologues qui ont proposé plusieurs méthodes de classement et d’interprétation de ces monuments complexes. Silvio Ferri a été le premier à publier les stèles et à essayer d’interpréter leurs images, dans une série de notes et d’articles publiés à partir de 1962 (5). L’admirable érudition de ce savant constitue cependant, paradoxalement, la limite principale de son analyse, car Silvio Ferri a constamment interposé son bagage de connaissances à la lecture directe des images, ce qui a produit dans la plupart des cas la déformation, voire l’incompréhension de l’imagerie daunienne. C’est peut-être par réaction à l’exubérance interprétative de S. Ferri que dans les études successives l’analyse sémantique a été remplacée par la description morphologique et le classement typologique des stèles, fondés sur des critères qui se veulent le plus possible objectifs. Nous pensons au catalogue publié par M.L. Nava en 1980 (6), qui a décrit et classé le millier d’exemplaires jusque là connus, ainsi qu’à une récente analyse (7) qui étudie globalement,
en tant que système, le décor ornemental aussi bien que figuré. Ces deux classements, même fondés sur des critères d’analyses fort différents, ont contribué à montrer la logique précise et rigoureuse de construction des monuments et de leur décor. Ils ont toutefois laissé en arrière-plan une question fondamentale pour la compréhension non seulement des stèles mais aussi de la société qui les a produites, à savoir l’exégèse des scènes figurées, qui sera certainement la tâche des études à venir sur le sujet. Nous voudrions brièvement nous pencher sur quelques scènes figurées qui nous ont paru tout particulièrement adaptées à montrer d’une part la capacité d’auto-représentation de cette société indigène de l’Italie archaïque, d’autre part l’ampleur des contacts culturels que l’art des stèles permet d’apercevoir.
Il s’agit d’une série de scènes relativement courantes : dans la
STÈLE DAUNIENNE AVEC PROCESSION RITUELLE. Dessin M.C. D’Ercole d’après Nava.
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![]() STÈLE DAUNIENNE AVEC SCÈNE DE TISSAGE. | ![]() DÉTAIL DE STÈLE DAUNIENNE : gants. D’après Nava. |
![]() TINTINABULUM DE LA TOMBA DEGLI ORI, Bologne. D’après Morigi Govi. | |
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plus complète d’entre elles (8), un personnage vêtu d’une tunique, probablement une femme, est assis en face d’un objet vertical, entouré sur les deux côtés par deux bandes décorées de méandres qui tombent jusqu’au sol. Sur la droite de la scène, une femme debout semble aider le personnage assis ; d’autres femmes s’approchent ; elles portent sur la tête des vases, dont la forme rentre indiscutablement dans le répertoire typique de la céramique archaïque locale. La même scène se répète symétriquement sur le côté opposé de la stèle ainsi que sur sa partie antérieure, avec des variations dans le nombre des personnages. Sur au moins trois autres stèles (9), des scènes analogues se déroulent autour de l’élément vertical qui constitue évidemment la clé pour la compréhension de l’ensemble. S. Ferri a donné à cet objet des significations différentes. Ainsi l’a-t-il interprété comme un filet pour oiseaux (10) dans l’exemplaire que nous venons de décrire, un lit funèbre dans une autre stèle (11). La nature de l’objet reste d’ailleurs controversée, puisqu’il a pu devenir, dans une publication récente, la colonne du naiskos dans lequel serait assise une divinité recevant l’offrande du personnage débout (12). À notre avis, l’explication est autre : dans tous les cas ci-dessus évoqués, il s’agit d’un métier à tisser de type vertical (13) et les bandes qui retombent de part et d’autre pourraient symboliser le produit de cette activité, à savoir le tissu décoré. En effet, le même motif à méandre orne très fréquemment les vêtements et aussi les gants sculptés sur plusieurs stèles (14). Un dernier détail nous assure du souci de précision perceptible dans cette scène : la femme assise porte une tunique à manches courtes décorées d’une croix, ainsi que des gants sillonnés par des rayures parallèles. Or, c’est exactement le même type de tenue vestimentaire qui caractérise le personnage » titulaire » de la stèle.
VASE DE SOPRON-ÖDENBURG. D’après Frey.
Ce sujet figuré est loin d’être isolé dans l’imagerie archaïque de l’Italie. Des analogies surprenantes se retrouvent, par exemple, dans les scènes de tissage gravées sur le tintinnabulum de la » Tomba degli Ori » de Bologne, daté du VIIe siècle av. J.-C. Là aussi, on voit une femme assise en train de travailler à son métier, face à un autre personnage féminin (vraisemblablement de rang inférieur) qui s’approche avec une corbeille, contenant probablement la matière destinée à la filature (15). Autre exemple, le cycle narratif gravé sur un document extraordinaire : le trône en bois sculpté de la tombe 89 de Verucchio en Romagne, récemment analysé de façon admirable par Mario Torelli (16). Le savant italien arrive à bien montrer comment le tissage se situe au sommet du cycle des activités et des rituels de passage propres à la femme aristocratique, précédée par d’autres activités de moindre importance, confiées à des servantes, telle la tonte des animaux et la filature de la laine. La maîtresse de l’oikos aidée par une ancilla a droit elle seule à tisser, assise sur un trône qui à Verucchio est doublement représenté, par les images et par le support même des images, modelé justement en forme de trône. Il nous reste à ajouter à cette série de documents un autre objet figuré qui nous amène vers les cultures halstattiennes des Alpes orientales. Il s’agit d’un vase de la fin du VIIe siècle av. n.è., provenant du tumulus 27 de Sopron-Ödenburg : une femme est représentée devant un métier à tisser vertical, aidée par une autre femme (17). L’importance de l’activité représentée est soulignée par la présence d’un personnage probablement de sexe masculin avec la lyre et deux autres femmes avec les bras ouverts, peut-être en train de danser. Si nous revenons brièvement à notre stèle, les comparaisons avec les documents ci-dessus évoqués éclaircissent l’ensemble de la représentation : les femmes assises en train de tisser sont les protagonistes de la scène et appartiennent probablement au même groupe familial ; les autres sont les servantes qui aident dans l’activité de tissage ou apportent la matière destinée à la filature. Ajoutons un autre détail : la femme de gauche semble tenir sur ses genoux un personnage de taille plus réduite, qui paraît répéter ses mêmes gestes. On pourrait se demander s’il s’agirait pas d’un enfant de sexe féminin, imitant l’attitude de sa mère. Cette scène rassemblerait ainsi des allusions multiples aux aspects essentiels de la fonction féminine dans cette société archaïque : l’activité de production (le tissage) et de reproduction (la procréation et la formation des enfants).
En conclusion, l’exemple choisi montre assez clairement comment les stèles mettent en scène le mode de vie aristocratique : à côte de l’univers masculin de la chasse et de la guerre, le groupe familial où les femmes trouvent leur place et la possibilité d’être célébrées, dans leur double fonction de mères et de protagonistes des certaines activités économiques (le tissage). Il ne s’agit pas, bien entendu, d’une description réaliste, mais plutôt de la transposition d’un univers réel dans la fixité atemporelle donnée à la fois par l’image et par son support. Il s’agit donc d’actions qui se transforment en rituels : là où par rituel on entend une cérémonie où trois éléments essentiels sont associés : le premier est le caractère stéréotypé, indépendant d’une situation ou d’une émotion actuelle ; le deuxième est la répétition et l’exagération visant à produire une sorte d’effet théâtral ; le troisième est la fonction de la communication (18). C’est seulement dans un deuxième temps, à partir du VIe siècle, avec des temps et des modalités propres
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à chaque culture de la péninsule italique, que les mêmes situations seront représentées sous une forme empruntée au mythe grec, sans toutefois oublier complètement les conventions et les significations propres à l’art archaïque (19). »
Maria Cecilia D’Ercole
1. On compte actuellement plus d’un milliers de pièces : toutefois, ce chiffre est certainement supérieur au nombre originaire d’exemplaires, car il s’agit dans la plupart des cas de fragments très réduits, dont plusieurs devaient à l’origine appartenir à la même stèle. La majorité de ces monuments proviennent du lieu-dit » Cupola-Beccarini » et sont actuellement conservés dans le Château de Manfredonia ; d’autres exemplaires ont été retrouvés dans d’autres sites de la même région (à Salpi, à Arpi, à San Paolo Civitate).
2. Étant donné le caractère occasionnel de ces découvertes, la disposition et la fonction originaires des stèles restent controversées ; s’il est certain qu’il s’agit de monuments dressés en position verticale et partiellement enfoncés dans la terre, leur relation originaire avec des monuments funéraires ou des enclos sacrés peut être uniquement supposée. On sait toutefois que certaines stèles étaient proches de sépultures : voir M. L. NAVA, Stele Daunie, Florence 1980 (abrégé dorénavant NAVA 1980), n. 593, pl. CLXXVIII. D’autres stèles ont été réutilisées au VIe siècle, comme dalles de couverture des tombes (NAVA 1980, p. 9-10).
3. La hauteur moyenne des exemplaires sans la tête peut atteindre 94 cm. (par exemple, la stèle dans M.L. NAVA, Stele Daunie. Sculture antropomorfe della Puglia protostorica, Milan 1988 – abrégé dorénavant NAVA 1988 –, p. 51, fig. 56-57). Mais les variations dans la hauteur des monuments peuvent être importantes : la stèle publiée par NAVA 1980, I, p. 72, n. 17 ; tav. XXXVIII-XXXIX, n. 139 ne dépasse guère les 50 centimètres env.
4. Sur lesquels voir par exemple L. CAPUIS, I Veneti. Società e cultura di un popolo dell’Italia preromana, Milan 1993, pl. 79 : lamelles votives de Vicenza, Ve–IIIe siècles av. n.è.
5. Récemment rassemblés et republiés par NAVA 1988, p. 17 sq.
6. Abrégé ici NAVA 1980.
7. A. PONTRANDOLFO, E. MUGIONE, F. SALOMONE, » Alcuni esempi figurativi dell’Italia antica. Le stele daunie « , dans Iconografia iberica, iconografia italica. Propuestas de interpretacion y lectura, sous la dir. de R. Olmos Romera, J.A. Santos Velasco, Roma 1993, Madrid 1997, p. 297-315.
8. Il s’agit de la stèle avec des ornements reproduite par NAVA 1980, n. 585, pl. CLXVIII ; NAVA 1988, p. 128, pl. 159-160.
9. La même scène revient certainement au moins dans trois autres exemplaires : a) NAVA 1980, n. 722, pl. CCXXI et NAVA 1988, p. 66, pl. 79 ; b) NAVA 1988, p.124, pl. 155 ; c) NAVA 1988, p. 184, pl. 198. Il s’agit dans les trois cas de stèles avec des ornements.
10. Le texte de S. Ferri a été réédité dans NAVA 1988, p. 129-130. Son interprétation découle probablement de la présence d’un oiseau sur le côté droit de la scène ; mais je crois que le sujet animalier, par ailleurs extrêmement courant sur les stèles, ne suffit pas à donner le sens global de la représentation.
11. S. FERRI, dans NAVA 1988, p. 66, pl. 79, stèle n. 0540, 0929.
12. L’Arte dei Popoli Italici, Naples 1994, p. 368-369, pl. 244.
13. Cette interprétation a été déjà proposée par M. L. Nava mais uniquement pour l’un de ces exemplaires : NAVA 1980, I, p.34, p.159, n.748 ; II, pl. CCXLVI-CCXLVII.
14. Voir par exemple les stèles reproduites dans NAVA 1988, p. 58, n. 69; p. 72, n. 92-94, p. 73, n. 96, ainsi que la typologie des gants à la p. 207. Il faut remarquer qu’un motif décoratif analogue apparaît sur la céramique géométrique de la Daunie méridionale, datée d’entre le troisième quart du VIIe et le troisième quart du siècle suivant ; pour ce décor voir D. YNTEMA, The Matt-Painted Pottery of Southern Italy. A General Survey of the Matt-Painted Pottery Styles of Southern Italy during the Final Bronze Age and the Iron Age, Galatina 1990, p. 240, fig. 220, n. 23 ; sur cette classe céramique en général voir p. 234 sq.
15. C. MORIGI GOVI, » Il tintinnabulo della » tomba degli Ori » dell’Arsenale di Bologna « , dans Archeologia Classica XXIII, 1971, p. 211-235 ; A. RALLO, Fonti, dans Le donne in Etruria, sous la dir. d’A. Rallo, Rome 1989, p. 17, pl. III-IV.
16. M. TORELLI Il rango, il rito e l’immagine. Alle origini della rappresentazione storica romana, Milan 1997; sur le trône de Verucchio voir les p. 52 sq.
17. O.-H. FREY, » Bemerkungen zu figürlichen Darstellungen des Osthallstattkreises « , dans Festschrift R. Pittioni, Wien 1976, p. 578-587, qui souligne à juste titre le rapport avec le tintinnabulum de Bologne.
18. Selon la définition proposée par W. BURKERT, Mito e rituale in Grecia. Struttura e storia, Milan 1992, p. 63.
19. Voir les conclusions très denses de M. TORELLI, p. 174 sq. qui analyse les phases de ce passage et les survivance des thèmes et des formules de l’expression figurative archaïque jusqu’à l’Empire romain. Voir aussi, sur le passage du rituel au mythe en Étrurie et dans le Latium archaïques : M. MENICHETTI, Archeologia del potere. Re, immagini e miti a Roma e in Etruria in età arcaica, Milan 1994.
Le Président remercie Cecilia d’Ercole d’avoir su nous faire découvrir d’une manière aussi synthétique ces stèles énigmatiques, dont la beauté est évidente à nos yeux formés à l’art contemporain.
Henri Pradalier demande ce que l’on sait de ce peuple et plus généralement de la civilisation daunienne, et s’il existe des textes. Cecilia D’Ercole indique que nous ne connaissons aucun texte autochtone, mais que la généalogie du peuple daunien est donnée par quelques sources grecques. C’est en particulier à travers la légende de Diomède qu’un poète grec du VIIe siècle, Mimnerme, évoque les alliances et les trahisons du roi daunien Daunos. Son aire géographique correspond grosso modo à la partie septentrionale des Pouilles. L’archéologie de cette région est assez nouvelle : les découvertes réalisées au cours de ces dernières décennies ont révélé des productions de céramique décorée qui ont été exportées dans toute l’Adriatique, ce qui est exceptionnel pour une céramique non grecque. Les peuples voisins des Dauniens sont également connus à travers les sources grecques : les textes et l’archéologie permettent de plus en plus d’imaginer des sociétés très hiérarchisées autour d’un pouvoir « royal ».
Répondant à Maurice Scellès, Cecilia D’Ercole précise que l’on connaît d’autres stèles en Ligurie, en Toscane, en Istrie, etc. mais que les autres exemples anthropomorphes adriatiques sont plus récents. Les exemplaires les plus anciens sont tous à décor géométrique et les stèles dauniennes constituent de ce fait un groupe cohérent et bien délimité.
Daniel Cazes évoque les céramiques à décor géométrique où prennent place des figures filiformes assez semblables à celles
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des stèles dauniennes. Après avoir indiqué que la question est complexe, Cecilia D’Ercole note que contrairement à ce que l’on trouve sur les vases grecs, les scènes des stèles dauniennes ne sont jamais des représentations explicites de la mort. Tout au plus pourrait-on penser que certaines scènes de chasse et de combat puissent éventuellement correspondre à des jeux funèbres. Par ailleurs, les céramiques dauniennes présentent surtout des décors géométriques où l’insertion de figures est très rare, et il paraît donc peu probable que les scènes figurées des stèles dérivent de modèles grecs. Les témoins archéologiques de contact avec le monde grec sont en outre inexistants.
Pour Jean-Marc Luce les scènes de banquet laissent pourtant supposer une influence grecque et les femmes portant des vases seraient assimilables aux hydrophores. Il rappelle que le vin fait l’objet d’une loi à Rome à l’époque archaïque, et pense que les scènes des stèles pourraient représenter des couples homme/vin, femme/eau. Cecilia D’Ercole note que les vases portés par les femmes semblent pouvoir contenir autre chose que de l’eau puisqu’un animal est figuré sur l’un d’eux : il faudrait plutôt imaginer des séries d’offrandes. Quant aux scènes de banquet, pour lesquelles on a proposé des parallèles avec le banquet homérique, elles peuvent également témoigner de relations avec l’Étrurie où les femmes participaient au banquet. En Italie du sud comme en Étrurie, des cratères ont été retrouvés dans des tombes de femmes.
Le Président constate que l’on a abandonné la surinterprétation homérique au profit d’une étude essentiellement archéologique, mais faut-il pour autant récuser tout rapport avec les légendes grecques ? Cecilia D’Ercole répond qu’il ne s’agit pas d’écarter la tradition grecque, mais qu’il était nécessaire au cours de cette phase de la recherche d’analyser d’abord les images, et de voir dans quelle mesure les images pouvaient ramener aux traditions textuelles.
Guy Ahlsell de Toulza remarque que l’on parle beaucoup des Grecs mais pas du tout des Celtes, que l’ambre ou encore les représentations de chars semblent pourtant devoir évoquer. Le fond légendaire lui-même ne peut-il faire référence à des sagas germaniques ou italiques ? Après avoir dit que l’exploration devait en fait prendre en compte l’ensemble des mythes indo-européens, Cecilia D’Ercole ajoute que des décors géométriques très proches de ceux que l’on trouve sur les stèles dauniennes sont connus en Allemagne.
Christine Delaplace demande s’il ne faut pas encore penser à d’éventuelles influences phéniciennes et rappelle que l’on connaît en Tunisie d’assez nombreuses stèles figurées.
Le Président met fin à la discussion en concluant plaisamment que la Méditerranée a toujours été le carrefour de toutes les civilisations.
Au titre des questions diverses, le Président rend compte des dernières réunions des Bureaux de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat.
Maurice Scellès fait état de deux documents du XVIe siècle, très endommagés, retrouvés dans une maison de Cahors où ils avaient été utilisés pour boucher un trou dans une poutre. En dépit d’importantes lacunes, ce qui peut être restitué des textes fournit la date de 1541 et indique qu’il s’agit de deux pièces d’une procédure concernant la possession des revenus du prieuré de Catus, connue par ailleurs (cf. Ludovic de Vallon, Le prieuré de Catus. Essai historique et archéologique, dans Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, t. XXVI, 1904-1905, p. 524-529). Selon Jean Lartigaut, qui a été consulté, leur intérêt n’est que secondaire et leur publication a donc pour seul but d’en conserver la trace. Leur lecture peut en outre être complétée.
Planche non publiée dans le Bulletin.
Premier document (1 feuille recto, 1 page) : [lacune] [illisible] le unziesm[e] [lacune] [illisible] / [lacune] [illisible] [lacune] [illisible] / [lacune] [illisible] [lacune] gr(âc)e de dieu / [lacune] [illisible] [n]ot(ai)re Royal / [lacune] [illisible] [lacune] / [lacune]ble fr(è)re Fra[n]çois Fayd[i] [Re]lig[ie]u[x] del[ordre de] / s[ain]ct benoist et prieur de s[ainct Jehan de] / ca[tu]s l[e]quel de [illisible] / [5 lignes lacunaires et illisibles] / en lad(ite) c[illisible] [lacune] / p(ro)[illisible] en icelle [illisible] toutz [lacune] / et ung [illisible] [lacune] / en lad(ite) c[illisible] [lacune] [illisible] dudi(t) [lacune] / en toutes [illisible] [lacune] [illisible] / faict en demandeu[r] [lacune] en deffandeu[r] / et illec bailler demandes deffets R[illisible] / [illisible] Req[ue]stes produ[lacune] / [1 ligne lacunaire et illisible] / en [illisible] demander [lacune] / et sentences deffinit[ives] [lacune] / si besoing est [lacune] / [5 lignes lacunaires et illisibles] / not[ai]r(e) Royal soubz [signé] [lacune].
Planches non publiées dans le Bulletin.
Deuxième document (1 feuille double recto-verso, 4 pages) : [Première page] [Sachent pré]sents [illisible] [lacune] [illisible] / [lacune] du moys d[e] [lacune] mil cinq / [cent qu]arante et ung [lacune] de catus / [lacune] [illisible] au dev[ant de la] gran[d] porte de / [l’église du] monesta[ire] de la(dite] ville [illisible] de / [lacune] matin et par devant moy / maistre bernard sergent R[oyal] de la ville / de Cahours [illisible] comiss[…] [lacune] / [lacune] [illisible] m[a]istre / b[era]ldi [lic]en(cié) es d[r]oits [illisible] [lacune] [illisible] / [dudit de] Vassal Reli[gieux de l’ordre de sainct] be[noist] / [3 lignes lacunaires et illisibles] / et de [lacune] [illisible] [lacune] / dudi(t) de Vassal [illisible] [lacune] / [illisible] ensemble et [illisible] [lacune] / [illisible] lesquelle(s) p(ar) moy [illisible] [lacune] / [illisible] ledi(t) beraldi [lacune] / qui dessus en vertu dicelles à la Requ[este] / dudi(t) impétrant [lacune] avoit f[…] [lacune] / par devant moy serge[nt] s[us]dit aulx [lacune] / qui dessus maistre fran(çois) Raffin proth[onotaire] / du s[ain]ct siecge ap[o]sto[l]ique e[t] f[rèr]e Fr[ançois] / Faydi Religieux du[d]i(t) ordre [illisible] [lacune] / [3 lignes lacunaires et illisibles] / si estoit heure d[e] [lacune] / [1 ligne lacunaire et illisible] / [lacune] monast[aire] [lacune] / [3 lignes lacunaires et illisibles] / [Deuxième page] [lacune] de Catus Ill[ec] [lacune] / [2 lignes lacunaires et illisibles] / [lacune] deulx ont [lacune] / [le]s quatr[e] saincts ev[vangiles] [lacune] / ma[in]s droites touches [lacune] / [lacune] moy s(er)gent susdi(t) [illisible] [lacune] / [illisible] heure de tierce [illisible] [lacune] / [2 lignes lacunaires et illisibles] / [lacune] la gran[d] porte d[e] [l’]égli(s)e [lacune] / [lacune] […]di V[…] [lacune] / [lacune] a dema[ndé] / [lacune] estre [illisible] [lacune] / [lacune] deffault [lacune] [l]esdi
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(ts) Raffin et Faydi / et en leur [de]ffault [le]di(t) de Vassal [e]stre / [m]aintenu [et] gardé en la possession et saysine / dudi(t) prieuré de sainct Jehan de catus et fruits / [illisible] esmolumens dicelluy tout et / [illisible] Et alors p(ar) / moy s[ergent] susdi(t) a été [illisible] deffault / [illisible] Raffin et Faydi adjornés et p(ar) / moy [a]ppelés à aulte voix [illisible] / [illisible] dans une heure seront reten(us) / [1 ligne illisible] / [lacune] de madi(te) comission de quoy / [lacune] dessus [illisible] / [2 lignes lacunaires et illisibles] / [lacune] neuf heures dudi(t) jour / [lacune] ladi(te) heure p(ar) devant moy s[erg]ent / [lacune] susdi(t) [lacune] [deva]nt ladi(te) grand / [porte de la]di(te) égli(s)e [lacune] […]paru ledi(t) beraldi / [lacune] que des[us] [q]ui a demandé [illisible] / [lacune] estre faicte [illisible] / [Troisième page] [lacune d’une quinzaine de lignes] / [illisible] [lesdits] Raffin e[t Faydi] [lacune] / [2 lignes lacunaires et illisibles] / maintenu [illisible] en s[a] posses[sion] / et saysine proffiz [lacune] et esmolu[mens] / et libertés dudi(t) prieuré de Sainct Je[han] / de catus ledi(t) de V[assal] Et en [illisible] [lacune] / [1 ligne lacunaire et illisible] / [illisible] [lacune] à ladi(te) / [lacune] faicte inhibition et deffan[ce] / au[x]di(ts) [R]affin et Faydi et à tout autre / qui [illisible] [lacune] / [3 lignes lacunaires et illisibles] / ledi(t) de Vassal [lacune] / des fruits libertés [lacune] / [1 ligne lacunaire et illisible] / Revenu[s et e]smolumens / [1 ligne lacunaire et illisible] / [Quatrième page] [lacune d’une quinzaine de lignes] / [14 lignes lacunaires et illisibles].
SÉANCE DU 2 MARS 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire Général, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Napoléone, Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Bruand, le général Delpoux, Gilles, Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, d’Ercole, Jimenez, Pujalte, MM. Manuel, Gillis, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Burroni, Hermet, Pradalier.
Invité : M. Pierre Garrigou Grandchamp.
Le Président ouvre la séance en rappelant que les Toulousains de Toulouse tiendront leur assemblée générale dans l’auditorium de l’ancienne église Saint-Pierre-des-Cuisines le 20 mars prochain.
Puis le Président présente à la Compagnie M. Pierre Garrigou Grandchamp, dont nombre d’entre nous connaissent les travaux sur la demeure médiévale, et dit tout le plaisir que nous avons à l’accueillir parmi nous ce soir.
Le Secrétaire Général donne lecture du procès-verbal de la séance du 23 février dernier, qui est adopté.
Deux ouvrages sont offerts à la Société, l’un par Mme Akermann : L’image du pèlerin au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, sous la direction de Pierre André Sigal, Ass. des Amis de Rocamadour, 1994, 408 p. ; l’autre par M. Yves Bruand : Marie-Laure Capella, Urbain Vitry (1802-1863), un architecte toulousain de l’époque romantique, thèse sous la direction d’Yves Bruand, Université de Toulouse-Le Mirail, 1998. Au nom de la Société, le Président remercie les donateurs.
La parole est alors à Marie-Luce Pujalte pour une communication intitulée Du nouveau sur les architectes toulousains du XVIIIe siècle, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le Président remercie Marie-Luce Pujalte de nous avoir fait revisiter toute une série de carrières d’architectes et de nous avoir ouvert les portes de l’hôtel de Paulo. Il constate que dans cette province où l’innovation paraît bien pauvre, il est difficile de mesurer ce qu’a apporté l’existence d’une académie royale. L’impression dominante est celle d’une architecture médiocre ou tout au moins ordinaire.
Marie-Luce Pujalte confirme cette impression générale en excluant toutefois les hôtels les plus accomplis qui empruntent à des modèles savants pour la distribution ou le décor. En dépit de ses contacts avec Paris, le milieu parlementaire toulousain semble très conformiste. Le Président se demande s’il faut mettre en cause le conformisme social ou bien les conditions économiques, et voudrait savoir si l’on dispose pour Toulouse de devis de construction que l’on pourrait comparer avec ceux de Bordeaux. Marie-Luce Pujalte indiquant qu’ils sont toujours plus bas que ceux que l’on connaît dans d’autres villes, il faudrait considérer que les conditions économiques ont été déterminantes. Le Président demande encore si l’augmentation de la richesse dans la deuxième moitié du siècle se traduit par une amélioration de la qualité de l’architecture. Marie-Luce Pujalte constate que ce n’est pas le cas alors que les constructions sont plus nombreuses.
À propos de la qualification d’« architecte », M. Gilles note que la tradition toulousaine fait de préférence usage de l’appellation de « maître maçon » : c’est un simple maçon qui est maître d’œuvre du Bâtiment des Études. Celui-ci a reçu un modèle qu’il est chargé d’exécuter et il est probable que dans bien des cas, les maîtres maçons aient reçu des instructions des propriétaires. Pour les bâtiments publics, ce sont les maîtres des œuvres de la Sénéchaussée ou de la Ville qui interviennent.
Le général Delpoux fait remarquer que nombre de bâtiments construits au XVIIIe siècle ont dû disparaître lors du percement de la rue Alsace-Lorraine et de la rue de Metz, ce que confirme Marie-Luce Pujalte. Annie Noé-Dufour indique que les archives qui se trouvent encore au service de l’urbanisme de la Ville de Toulouse comprennent de nombreux plans au sol qui permettraient sans doute de connaître les principales dispositions de certains hôtels du XVIIIe siècle aujourd’hui disparus.
Répondant à une question du Président, Marie-Luce Pujalte mentionne les décors de terre cuite de l’hôtel de Montbel, en indiquant que ces décors sont cependant peu nombreux. Annie Noé-Dufour rappelle qu’il en existe en dehors de la ville, comme par exemple au château de Bellevue.
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Guy Ahlsell de Toulza s’étonne du contraste que présentent des hôtels comme ceux de Paulo et de Castelpers, en affichant sur la rue des portails énormes suivis de très médiocres façades sur cour. La disproportion paraît incompréhensible, en particulier si l’on pense aux hôtels de la génération précédente, que ce soit l’hôtel de Puivert ou l’hôtel d’Espie. Marie-Luce Pujalte rappelle que le marquis de Castelpers est l’une des toutes premières fortunes de Toulouse – qu’il faudrait pouvoir comparer à celles du Bordelais ou de Montpellier, notent le Président et Guy Ahlsell de Toulza –, mais qu’il a peut-être présumé de ses moyens en engageant en 1777 la construction d’un second hôtel, après celui de la place Sainte-Scarbes construit vers 1770. Aucune explication ne peut en revanche être proposée pour l’hôtel de Paulo.
M. Yves Bruand souligne les qualités dont fait preuve Guillaume Cammas, tant pour le plan du Capitole que pour ceux de l’hôtel de Lafage et de l’hôtel de Puivert, en adaptant les dispositions aux contraintes de bâtiments préexistants ou de parcelles très irrégulières qui présentaient d’importantes difficultés. Il ajoute qu’il avait pu soupçonner l’intervention d’Étienne Mauri à l’hôtel Dubarry, et que Marie-Luce Pujalte, grâce à un important dépouillement des archives, a découvert deux documents qui le mentionnent, permettant d’avancer un peu dans la connaissance de cet architecte.
Annie Noé-Dufour indique que les archives du Génie, à Vincennes, conservent de nombreux plans correspondant à la période où l’hôtel de Puivert fut occupé par le maréchal Niel, et les travaux qui y furent alors réalisés. Guy Ahlsell de Toulza en prend bonne note, en disant cependant que la restitution des dispositions intérieures du XVIIIe siècle ne soulève guère de difficultés. Il fait encore remarquer que l’adaptation d’un plan régulier à un parcellaire irrégulier fait partie des exercices habituels des architectes de l’époque classique : lorsque nous évoquons le déplacement des axes des façades sur cour et sur jardin, de nombreux exemples de célèbres hôtels du XVIIe siècle nous viennent tout naturellement à l’esprit.
Au titre des questions diverses, M. Robert Manuel fait circuler une photographie d’une planchette peinte d’un lion ailé, récemment retrouvée dans le plafond de la cave de sa maison de Cordes, où elle est en remploi. Ce décor pourrait correspondre à la date de 1553 donnée par un cartouche et peut-être à la peinture murale représentant le Sacrifice d’Abraham qui est conservée au rez-de-chaussée. Le Président émet l’hypothèse qu’il puisse s’agir d’un décor antérieur et propose de consulter à ce sujet Marie-Laure Fronton-Wessel.

CORDES (TARN), MAISON PORTAL, planche peinte d’un liion, en remploi dans le plafond de la première cave et pouvant provenir de la pièce au premier étage où se trouve la peinture murale représentant le Sacrifice d’Abraham.
Le Président annonce à la Compagnie que la Commission de Martres-Tolosane se réunira immédiatement après la fin de la séance afin de préparer l’étude de géophysique souhaitée par le Service régional de l’archéologie sur l’ensemble du site de Chiragan et de définir les projets de notre Société pour les années à venir.
SÉANCE DU 16 MARS 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire Général, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Delaplace, Napoléone,
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Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, le général Delpoux, Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Pujalte, Rousset, Tollon, MM. Burroni, Ginesty, Hamon, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mgr Rocacher, M. Cranga.
Invité : Mme Catherine Tollon, M. Bertrand Ducoureau.
Le Président souhaite la bienvenue à notre nouveau confrère Étienne Hamon, qui prend séance ce soir, et à Mme Catherine Tollon que nous accueillons bien volontiers. Nous serons rejoints par M. Bertrand Ducoureau, conservateur du patrimoine à la Conservation régionale des Monuments historiques de Midi-Pyrénées, qui a également été invité à assister à la communication de la séance.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
M. Dominique Baudis nous remercie pour l’envoi du dernier volume de nos Mémoires, dont il a pris connaissance avec beaucoup d’intérêt.
Un autre courrier nous accorde de pouvoir exceptionnellement bénéficier de l’auditorium de Saint-Pierre-des-Cuisines pour notre séance publique qui se tiendra donc le 3 mai. Le Président indique que cette date était malheureusement la seule disponible et regrette que notre séance publique se tienne ainsi le même jour que la fête des Jeux Floraux. Cette situation malheureuse, qui est due au fait que la grande salle de l’Hôtel d’Assézat est en cours de rénovation, ne se répétera pas.
M. Vincent Geneviève nous adresse sa candidature au titre de membre correspondant. Le rapport est confié à Daniel Cazes.
Enfin, notre consœur Christine Aribaud offre à la Société le catalogue de l’exposition du Musée Paul-Dupuy, Soieries en sacristie. Fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe siècles (Toulouse-Paris : Musée Paul Dupuy-Somogy, 1998, 200 p., 250 ill. coul.) et deux tirés-à-part : Christine Aribaud, Velvères, tamis, éverteflingues… Le traité de commerce de 1787 et les étoffes anglaises, dans Bulletin du Centre International d’Étude des Textiles Anciens (C.I.E.T.A.), 1998, p. 132-145, et Une part d’histoire de l’abbaye de Saint-Chaffre à la lecture des tissus sacrés du XVIIIe siècle, dans Les bénédictins de Saint-Chaffre du Monastier. Histoire et archéologie d’une congrégation. Actes du colloque des 7, 8 et 9 novembre 1997, p. 365-380.
Le rapport de Michèle Pradalier-Schlumberger entendu, Mme Hélène Débax est élue membre correspondant de notre Société.
La parole est alors à Valérie Rousset et Françoise Tollon pour une communication sur la découverte d’un décor médiéval à la cathédrale de Cahors :
« La chapelle Notre-Dame de la cathédrale de Cahors : étude du décor des niches latérales
L’analyse des peintures des niches de la chapelle Notre-Dame, réalisée à la demande de M. Bertrand Ducourau, Conservateur du patrimoine à la Conservation régionale des Monuments Historiques (D.R.A.C. Midi-Pyrénées) dans la perspective d’établir un futur programme de restauration, a associé une étude stylistique et historique (1) et une étude technique (2) destinée à mettre au jour l’intérieur de quatre grandes niches gothiques obturées à la fin du XVIIe siècle.
Implantée sur l’ancienne absidiole romane sud du chœur de la cathédrale, la chapelle est l’œuvre de l’évêque Antoine d’Alamand qui la consacra en 1484. Elle est alors placée sous le double vocable de la Bienheureuse Marie et de la sainte Coiffe, linge de lin qui aurait recouvert la tête du Christ dans son tombeau, rapporté de la croisade par l’évêque Géraud de Cardaillac entre 1109 et 1113. Jugée peu digne de recevoir ce saint Suaire dès le XVIIe siècle, la chapelle ne suscita que peu d’intérêt au XIXe siècle lorsque l’architecte Tourette procéda à la dépose d’une partie de son ornementation sculptée qui constitue aujourd’hui, cependant, l’un de ses atouts majeurs.
La chapelle est élevée selon un plan rectangulaire réparti en deux travées coiffées de voûtes d’ogives reçues par des culots sculptés parmi lesquels sont représentées les figures du tétramorphe. Les voûtains sont ornés d’un ciel azuré parsemé de soleils et d’étoiles peintes. Quatre grandes niches peu profondes (de 42 à 68 cm) sont aménagées sur les murs est et ouest. Couvertes d’arcs surbaissés, elles sont encadrées de larges biseaux sculptés de motifs gothiques. Une inscription latine en lettres gothiques taillées dans la pierre Nove nove iterum que nove nove que, dont la signification demeure énigmatique, porte l’accent sur la niche nord-est. Un grand renfoncement dans lequel était vraisemblablement placé l’autel initial, occupe l’entière largeur du mur sud ; il est masqué par un retable du XVIIe siècle. La chapelle rassemble un vocabulaire ornemental sculpté et peint du gothique flamboyant : roses épanouies, fleurs de lys, soleils placés sur des cercles de faible relief et ciselés de chevrons, billes, monogramme du Christ et bâtons écotés qui soulignent un panneau en bas et haut-relief consacré au Couronnement de la Vierge.
Cet ensemble ornemental remarquable par la profusion des motifs a été complété entre 1679 et 1681 par un retable doré à la feuille, réalisé sur un dessin de Gervais Drouet et offert par le chanoine Dadine de Hauteserre. C’est sans doute à l’occasion ou à la suite de cette installation que l’on a procédé à l’obturation des quatre grandes niches afin de présenter un nouveau cycle peint consacré à la vie de Marie : l’Annonciation, la Visitation, l’Adoration des Bergers et la Présentation au temple. Ces œuvres, bien que de qualité très moyenne (des maladresses dans les perspectives et de fortes disproportions sont communes aux quatre scènes) concourent à la célébration du culte marial développé depuis l’époque gothique. Celui-ci s’achève par la représentation de l’Assomption de la Vierge peinte sur le retable de bois doré.
Les fines parois sur lesquelles sont peints les quatre panneaux de la fin du XVIIe siècle ont été partiellement sondées en 1980 (trous de 15-20 cm sur 10-15 cm) afin de déterminer le contenu de l’intérieur des niches, mais nous n’avons pas trouvé de trace
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écrite des résultats de ces sondages. Les dernières recherches ont permis de pousser plus avant leur connaissance en révélant les vestiges d’une scène du XVe siècle et la stratigraphie picturale de l’ensemble. L’intérieur des niches a été observé directement par les trous des sondages précédents puis à l’aide d’une micro-caméra, tandis que les cadres sculptés et les peintures du XVIIe siècle ont été observés en lumière frontale et rasante.
Le décor de la fin du XVe siècle
Peinture murale
CAHORS, CATHÉDRALE SAINT-ÉTIENNE, CHAPELLE NOTRE-DAME, vestiges du décor peint du XVe siècle aperçu dans la niche.
Avant l’obturation des niches, le mur du fond de celles-ci a été recouvert d’un badigeon de chaux blanc dont la présence a parfois limité l’observation des vestiges peints.
Seule la niche nord-est a conservé un fragment lisible à ce jour, visible par le trou pratiqué en haut à droite du mur du XVIIe siècle : on peut y voir trois personnages dont deux se tiennent la main sur un fond de paysage avec des moutons. Pour le reste de cette niche, l’observation avec la micro-caméra a été décevante puisque le badigeon blanc qui recouvrait la peinture est encore en place. Des lacunes de ce badigeon laissent apparaître quelques traces de couleur, mais rien de suffisant pour connaître l’étendue actuelle de cette peinture ainsi que son état de conservation. Il faut noter qu’il était impossible techniquement, dans le cadre de cette étude, de procéder à un dégagement du badigeon à cause des difficultés d’accès à la peinture du XVe siècle.Les niches sud-est, sud-ouest et nord-ouest présentent seulement, dans les larges zones où le badigeon est tombé, quelques fragments illisibles en terme « d’image », mais qui révéleront des éléments précieux pour décrire quelque peu la composition du programme décoratif des niches.
Le décor est vraisemblablement réalisé avec une peinture à base d’huile (une analyse scientifique nous en donnerait la certitude) posée sur la pierre, sans mortier intermédiaire. Seule une couche d’ocre orangé (3) sépare la peinture proprement dite de l’appareil ; c’est elle qui apparaît sur le mur est de la chapelle.
La peinture à l’huile (4) est une technique que l’on rencontre plutôt rarement au XVe siècle dans cette région et on peut même dire en France en général ; c’est à ce moment-là plutôt la peinture sur badigeon qui prévaut, non seulement parce qu’elle coûte moins cher mais aussi parce que les peintres locaux maîtrisent alors imparfaitement la technique à l’huile. C’est pourtant une pratique déjà largement diffusée dont on trouve des exemples dans le nord dès le XIIIe et surtout au XIVe siècle.Dans chacune des niches, en haut ou en bas, le fond ocre orangé (et la peinture proprement dite lorsqu’il en reste) s’interrompt, avec des coulures de peinture sur la plage non peinte. Il y a tout lieu de penser que la peinture détourait des sculptures en haut ou bas relief. Un autre élément concourt à cette hypothèse : de grosses pattes métalliques fichées sur le mur du fond de certaines niches peuvent avoir été le mode d’accrochage des éléments sculptés.
Les voûtes des niches représentaient le ciel au-dessus des scènes. Elles ont donc été entièrement recouvertes, sur le fond ocre orangé, d’une peinture bleue. On a pu observer, dans les niches nord-est et sud-est des étoiles d’un bleu plus soutenu. Il s’agit en fait d’un « négatif » du décor original : après que le fond bleu du ciel a été posé, des étoiles en relief (5), certainement à base de cire (6), ont été appliquées puis dorées à la feuille d’or sur mixtion. Un morceau d’étoile en relief est encore présent sur la voûte de la niche nord-est. On peut observer deux sortes d’étoiles, dont l’une, en forme semi-circulaire, se retrouve sur le décor sculpté au-dessus de la niche sud-est, ce qui confirme l’appartenance de la décoration des niches à l’ensemble ornemental de la chapelle.L’étude de la niche sud-ouest a révélé quelques fragments forts intéressants : on a pu retrouver d’un côté le reste d’une feuille d’or, de l’autre, des fragments de motifs en reliefs évoquant des brocarts appliqués, dorés à la feuille d’or.
Les niches nord-ouest, sud-ouest et sud-est ne présentent plus de décor lisible de la fin du XVe siècle.
Seule la niche nord-est reste énigmatique puisque qu’un fragment de décor lisible est apparent. On peut cependant émettre un pronostic réservé sur son étendue : nous savons d’une part que toute la surface du mur du fond de la niche n’était pas recouvert de peinture et d’autre part, l’état de conservation du fragment visible aujourd’hui est médiocre : la couche picturale est extrêmement fine et fragile, assez largement lacunaire.
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Cadres sculptés
Les cadres sculptés entourant les niches ont également reçu dorure et polychromie au XVe siècle : les cadres sud-est et sud-ouest présentent un fond rouge, les éléments sculptés, fleurs de lis ou roses sont dorés ; le cadre nord-ouest comporte également un fond rouge avec les éléments sculptés, fleurs de lys et soleils dorés, mais le cercle entourant les soleils est bleu.
Le cadre nord-est est plus recherché : si les lettres et les soleils sont dorés, avec le cercle entourant les soleils peint en bleu, le fond est vert avec des rinceaux vert foncé et des fleurs blanches.Le décor du XVIIe siècle
Peinture murale
Le décor du XVIIe siècle a été réalisé sur un mortier appliqué sur une fine cloison en brique. La peinture à l’huile est posée sur une couche « d’imprimitura » qui est ici une peinture à l’huile rouge. Comme pour la peinture du XVe siècle, le peintre a rendu le support plus imperméable par une couche préparatoire ; il faut noter toutefois qu’à partir du XVIIe siècle, la technique de la peinture à l’huile se perfectionnant, cette couche de fond joue également un rôle esthétique.
Techniquement, l’artiste a toujours utilisé une peinture assez empâtée, jouant sur les reliefs des empâtements pour animer un motif ou jouant du fond rouge grâce aux rainures laissées par le pinceau.
Les quatre peintures murales sont très sombres, difficilement lisibles. Outre la crasse, on peut noter la présence de deux couches de vernis dont au moins une n’est pas originale. Or, en vieillissant, un vernis s’altère, il s’oxyde et prend une teinte brunâtre parfois très soutenue. Le résultat d’une telle altération est ici flagrant : les blancs sont devenus marrons.
Nous avons réalisé des fenêtres de dévernissage sur chacune de ces peintures. L’état de conservation des peintures du XVIIe varie très fortement d’une niche à l’autre.La scène de La Visitation est la plus gravement altérée. Partageant le mur de L’Annonciation, elle en présente les mêmes altérations, chanci du vernis, écaillage et soulèvements de la couche picturale, multiplication de lacunes de couche picturale, cristallisation de sels, mais avec une ampleur et des conséquences bien plus importantes. Tout comme L’Annonciation, ce panneau a déjà été très largement restauré.
L’humidité est la cause principale de cette altération. La peinture a dû en effet souffrir d’infiltrations antérieures à la dernière restauration du cloître. Celui-ci est actuellement couvert et donc normalement hors d’eau et d’après des sondages, il n’y aurait pas de remontées capillaires. La peinture s’est pourtant largement dégradée depuis sa dernière restauration : l’assèchement du mur ouest de la chapelle, suite à sa mise hors d’eau, a pu favoriser de telles altérations.
Une peinture à l’huile, plus que toute autre technique de peinture murale, supporte très mal la présence d’eau dans les maçonneries. En effet, l’huile étant hydrophobe, elle empêche totalement l’évaporation de l’eau par la face peinte, ce qui provoque, outre le chancis du vernis, les réseaux d’écaillages, de soulèvement puis de chute de la peinture.
Viennent se greffer, comme pour L’Annonciation, les problèmes de cristallisation de sels solubles qui proviennent non pas du support direct de la peinture mais des pierres de taille qui l’entourent. Ces sels migrent à l’état soluble dans le mur et cristallisent aux abords de la surface, provoquant, là aussi, écaillage, soulèvement et chute de la couche picturale.
Nous l’avons évoqué, cette peinture a été largement restaurée ; c’était déjà scène la plus altérée à l’époque de l’intervention
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car elle présente de nombreuses retouches picturales. On ne sait par contre dans quelle mesure les écaillages et soulèvements ont été alors refixés. Quoiqu’il en soit, son état actuel montre que le processus d’altération a progressé et qu’elle est à nouveau la plus altérée des quatre peintures.
Cadres sculptés
L’intervention du XVIIe a laissé apparents les cadres sculptés du XVe siècle. Ceux-ci ont à nouveau été polychromés et ont reçu un fond rouge vif tandis que les éléments sculptés ont été recouverts de feuille d’or à la mixtion. Seule nuance : les cercles entourant les soleils (niche nord-est et niche nord-ouest) ont été peints d’un rouge plus soutenu. Bien qu’il s’agisse d’une réutilisation, il faut noter la richesse de cette nouvelle polychromie qui emploie la feuille d’or.
Par la suite, les fleurs de lys sculptées des cadres ont été bûchées. Plus tard encore, les quatre cadres ont reçu une couche de badigeon de chaux blanc puis une couche jaune, certainement une peinture à la colle, ces deux dernières strates ayant été dégagées lors d’une restauration de la chapelle.Conclusion
La vocation funéraire de l’absidiole romane sud, attestée au XIIIe siècle – c’est ici que l’on a placé les sépultures de trois évêques dont le sarcophage de Guillaume IV de Cardaillac enchâssé lors de la reconstruction gothique dans le mur est –, s’est éteinte à la fin du XVe siècle pour laisser place à un programme peint et sculpté en bas et haut-relief, voire en ronde-bosse, voué au culte marial. C’est dans quatre niches latérales que prirent placent, en effet, des décors peints à l’huile qui ne sont évoqués aujourd’hui que par les vestiges d’une scène dans laquelle trois personnages sont représentés sur un fond bucolique. À la fin du XVIIe siècle, un nouveau programme iconographique, d’inégale qualité, a permis de prolonger la dévotion rendue à la Vierge.
Le décor des niches de la fin XVe siècle et de toute la chapelle, fut extrêmement riche. Il faut de plus noter son caractère extraordinaire pour la région (peinture à l’huile, utilisation massive de la feuille d’or, présence de motifs en relief). Nous sommes donc devant un programme décoratif complet qui alliait peinture murale et sculpture polychrome dans des scènes historiées.
Par sa technique (7), sa richesse et son style (le fragment de peinture de la niche nord-est rappelle la peinture sur panneau du nord), le décor de la chapelle profonde de la cathédrale évoque « la peinture de luxe », que l’on trouve notamment en Flandres pour les ensembles les plus riches dès le XIIIe siècle mais surtout au XIVe siècle, et qui mettait en œuvre peinture, éléments en reliefs, verroterie, or, argent, pierres semi-précieuses.Malheureusement, ce décor n’existe plus qu’à l’état de fragments. Pour les niches nord-ouest, sud-ouest, sud-est, on peut aller jusqu’à dire qu’il n’en reste rien. Pour la niche nord-est, nous savons que la peinture ne couvrait pas toute la surface des murs du fond et que le fragment actuellement visible présente une peinture fragile et lacunaire. On ne peut donc rien prédire de l’état de conservation de la peinture qui pourrait encore se trouver sous le badigeon de chaux, sachant de plus qu’un dégagement est impossible à l’heure actuelle, tout au moins dans des conditions acceptables.
Il est peu raisonnable d’envisager la dépose de la peinture XVIIe de la niche nord-est pour découvrir la peinture du XVe siècle : c’est une opération délicate et extrêmement traumatisante pour une peinture murale, très onéreuse, et l’incertitude sur l’étendue et l’intérêt de ce que l’on trouvera sur le mur du fond de la niche est trop grande.
Les fenêtres de dévernissage réalisées sur les quatre panneaux du XVIIe siècle montrent que l’esthétique de ces peintures est largement altérée par la présence des vernis et que donc, une restauration leur rendrait tout de même, au-delà d’une meilleure lisibilité, un aspect plus gratifiant. De plus, certaines d’entre elles, et particulièrement la scène de la Visitation sont menacées aujourd’hui et une intervention de conservation s’avère nécessaire. L’ensemble des peintures du XVIIe siècle mériterait à ce titre une intervention de conservation-restauration. »Valérie Rousset & Françoise Tollon
1. Rousset (Valérie), La chapelle Notre-Dame de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors, l’étude des peintures des niches. CRMH de Midi-Pyrénées, Novembre 1997.
2. Tollon (Françoise), Étude des niches de la chapelle sud du déambulatoire de la Cathédrale de Cahors. CRMH de Midi-Pyrénées, décembre 1997.
3. Dès l’apparition des techniques picturales utilisant l’huile, il a fallu mettre en œuvre une préparation particulière du support (appelée « imprimitura »), quelle que soit sa nature, pierre, enduit, préparation, qui limite ses capacités d’absorption. Au XIVe siècle, Cennino Cennini mentionne à cet effet un mélange comportant de l’œuf, du lait de figue voire de l’huile. Selon Paul Philippot, on note l’utilisation en Flandres, dès le XIIIe siècle, de céruse (« Les techniques de peinture murale au nord des Alpes aux XIVe et XVe siècles… », dans Pénétrer l’art, Restaurer l’œuvre, Une vision humaniste, 1990, p. 217-234). On a cependant des exemples (Notre-Dame de Dijon) de préparations plus simples, constituées seulement d’une fine couche de chaux puis d’une couche d’ocre jaune (liant indéterminé).
4. Lorsque l’on parle de peinture à l’huile à l’époque médiévale, il ne faut pas imaginer celle que nous connaissons aujourd’hui. Il s’agit alors en fait de techniques mixtes englobant de l’huile mais aussi de l’œuf et/ou de la colle.
5. Il faut noter que l’on trouve également à l’église Saint-Barthélemy de Cahors, sur la scène de la Crucifixion dans l’enfeu du mur est de la
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première chapelle est, des étoiles en relief, procédé fréquent à la fin du Moyen Âge. En dépit des apparences, les techniques employées à Saint-Barthélemy et à la cathédrale ne sont pas comparables : alors que celles de la chapelle profonde sont fines et très lisses, celles de Saint-Barthélemy sont plus frustres ; elles ont été posées avec un pinceau ou une spatule et comportent encore les remous de leur fabrication ; il s’agit clairement d’une technique moins aboutie qu’à la cathédrale.
6. Ainsi que nous l’avons dit, l’utilisation de motifs en reliefs sur les peintures murales est fréquent à la période médiévale, notamment pour les décors les plus riches. On trouve de multiples recettes pour la réalisation de tels éléments. Les ornements les plus volumineux comme les nimbes peuvent être réalisés en mortier (chaux et sable), ou bien à l’aide d’une préparation à base de vernis et de farine, ou alors d’un mélange de cire et de poix, ce dernier étant modelé directement sur le mur, lorsque le mélange est chaud ; on peut également mouler les motifs, soit avec une préparation classique (gesso et colle), soit avec un mélange à base de cire ; il s’agit dans ce cas d’une technique rappelant celle du brocart appliqué utilisée en sculpture, notamment dans le nord. Il est difficile de préciser la technique qui a été mise en œuvre dans la chapelle profonde ; sa finesse n’écarte pas l’hypothèse du brocart appliqué. Tous ces reliefs étaient dorés à la feuille d’or sur mixtion.
7. Cennino Cennini (Le livre de l’art, Paris, 1991) souligne à propos de la technique de la peinture à l’huile (chapitre 89) : « … comme les allemands le font beaucoup… ».
Le Président remercie les deux oratrices de cette présentation qui est aussi un bel exercice de frustration puisque derrière les peintures très ordinaires du XVIIe siècle, on pouvait espérer quelques éléments un peu plus spectaculaires : il faut se contenter de fragments intéressants. En demandant qu’elle était la profondeur des niches au XVe siècle, le Président voudrait savoir si des hauts reliefs pouvaient y trouver place. Valérie Rousset indique que la profondeur totale était de 70 cm, et la profondeur diminuée de celle du cadre de 30 cm, ce qui permettait en effet de disposer des reliefs.
Le Président ayant évoqué les techniques du nord à propos des sculptures se détachant sur un fond peint ou encore l’emploi de brocard d’or, Françoise Tollon acquiesce et ajoute qu’elles lui font également penser à des peintures sur panneaux. Il s’agit en tout cas de techniques peu employées dans le Sud, bien que l’on en connaisse un autre exemple à Cahors, dans un enfeu de l’église Saint-Barthélemy, comme le rappelle Maurice Scellès. Le Président demande s’il en existe d’autres exemples dans le Sud-Ouest et s’il faut penser à des modèles flamands. Valérie Rousset répond que M. Bertrand Ducoureau leur a signalé que des chapelles de la cathédrale de Rodez présentaient cette même technique de motifs en cire appliqués sur la peinture.
Étienne Hamon note que le motif du bâton écoté n’est pas propre au Quercy et qu’on le trouve à la fin du XVe siècle en Île-de-France, où l’on connaît aussi des retables peints et sculptés datables des environs de 1500. Maurice Scellès rappelle que la définition d’une « école quercynoise » de sculpture de la fin du XVe siècle est née au début du siècle avec un article paru dans le Bulletin de la Société des Études du Lot, et paraît fort discutable. Le bâton écoté, la rosace et le soleil flamboyant sont des motifs très largement répandus en dehors du Quercy.
Étienne Hamon fait remarquer que la date de 1484 inscrite dans la chapelle paraît suspecte, et demande si elle est confirmée par la documentation. La date de la consécration de la chapelle est en effet connue par un passage d’un livre consulaire. Le blason au-dessus duquel se trouve la date étant retourné, Valérie Rousset, Françoise Tollon et Étienne Hamon s’accordent pour considérer que la date a été gravée après coup sur une pierre replacée dans la maçonnerie.
Le Président voudrait avoir des précisions sur le parti qui sera retenu pour la conservation de ces différents ensembles peints. Françoise Tollon dit qu’il est techniquement possible de déposer les peintures du XVIIe siècle, mais que le coût en serait élevé pour un résultat très incertain, car rien n’assure que les décors du XVe siècle soient conservés au-delà de ces vestiges. En revanche, il convient sans doute de limiter les migrations de sels.
Le général Delpoux se félicite de l’attention portée à ces peintures. Évoquant l’église de Caudeval, qui a été entièrement décapée jusqu’à la pierre sur ordre du maire, il souligne qu’un important travail de sensibilisation doit encore être fait pour éviter des pertes irréparables.
Nelly Pousthomis-Dalle demande s’il est sûr que la peinture des fonds ait été appliqué après la mise en place de sculptures. Pour Françoise Tollon, c’est ce que laissent penser les traces visibles, mais on peut aussi imaginer que l’on ait tracé les silhouettes des sculptures avant de peindre, les reliefs n’étant définitivement placés que dans un second temps. Quitterie Cazes n’exclut pas que les sculptures aient été peintes en même temps que les fonds, et Françoise Tollon relève qu’en effet les fragments de sculpture actuellement présentés dans le cloître gardent les traces d’une préparation sembable à celle des fonds.
Le général Delpoux s’étant inquiété du traitement qui appliqué aux peintures du XVIIe siècle, Françoise Tollon indique qu’il faut prévoir un enlèvement des vernis, et qu’elle n’appliquerait un film protecteur que si l’état de la couche picturale le rendait nécessaire. Le produit actuellement le plus stable est obtenu par une solution de résine acrylique.
Répondant à Bruno Tollon, Valérie Rousset précise que la chapelle de la fin du XVe siècle n’a pas de vocation funéraire, et que les tombes qui s’y trouvent sont en fait celles qui existaient auparavant dans la chapelle romane détruite pour faire place à l’actuelle chapelle Notre-Dame.
Le Directeur informe la Compagnie des travaux actuellement menés par la Commission des fouilles archéologiques de Chiragan à Martres-Tolosane.
Il rappelle que la Commission renoue avec l’une des plus anciennes traditions de notre Société, qui a eu un rôle déterminant dans l’étude du site de Chiragan jusqu’à la fin du XIXe siècle. La nouvelle Commission, mise en place lors de la réunion du Bureau du 23 février dernier, voit le jour cent ans exactement après la dernière campagne de fouilles menée par Léon Joulin au cours des années 1897-1899.
La Commission des fouilles archéologiques de Chiragan à Martres-Tolosane réunit régulièrement les membres du Bureau, comme l’imposent les statuts de notre Société, et deux membres, Quitterie Cazes et Jean Catalo, désignés en raison de leurs compétence d’archéologues de terrain. Elle est chargée du suivi de l’ensemble des opérations qui pourront être décidées en
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liaison avec le site archéologique de Chiragan, tant sur le plan de leur organisation que sur le plan scientifique ; elle nomme un porte-parole qui a la responsabilité de s’adresser aux différentes institutions concernées par les fouilles de Chiragan : la Mairie de Martres-Tolosane et le Musée archéologique de la commune, le Président de l’Association archéologique de Martres, le Conservateur régional de l’archéologie, la Mairie de Toulouse et le Musée Saint-Raymond, le Département de la Haute-Garonne, la Région, etc. Elle informe régulièrement la Société de ses activités.
La Commission dresse un bilan des connaissances, dont la publication interviendra en 2002 ou 2003 sous la forme d’un volume hors série de nos Mémoires.
L’ordre du jour appelle les rapports sur les concours. Le Président indique que peuvent être attribués cette année le prix du Professeur Michel-Labrousse et le prix de Clausade, doté de 3000 F.
Christine Delaplace conclut favorablement son rapport sur le mémoire de Mlle Florence Millet, Inventaire des nécropoles et sépultures isolées de l’Antiquité tardive (IIIe–VIIe siècles) dans le département du Tarn : étude de la christianisation d’une région du sud-ouest de la Gaule :
« Mademoiselle Florence Millet a rédigé sous ma direction un mémoire de Maîtrise en Histoire Ancienne dont la soutenance eut lieu le jeudi 10 septembre 1998 devant un jury composé de Madame Sylvie Faravel, Maître de Conférences en Histoire et Archéologie médiévales à l’Université de Toulouse-II le Mirail, et de moi-même. Le manuscrit de ce mémoire me fut soumis dès les premiers jours de juillet 1998, mais il fut convenu avec l’impétrante que la soutenance se tiendrait début septembre 1998.
Le sujet de recherche de Mademoiselle Florence Millet touche de très près, outre la recherche archéologique, le domaine du Patrimoine et de sa conservation puisqu’il s’agissait de mettre en œuvre, selon le titre même du mémoire, un Inventaire des nécropoles et sépultures isolées de l’Antiquité tardive (IIIe–VIIe siècles) dans le département du Tarn : étude de la christianisation d’une région du sud-ouest de la Gaule. L’ouvrage est composé de deux volumes : un volume de textes (tome I) de 359 pages et un volumes de photos, planches, cartes et graphiques (tome II) de 128 pages.Le premier volume s’ordonne naturellement autour de l’Inventaire. Ce dernier représente le chœur du travail de recherche de Mademoiselle Millet. Composé de 266 pages, il est organisé en fiches par site très clairement rédigées qui mettent en valeur les qualités de raisonnement, d’organisation et de synthèse de la candidate. La conception méthodologique de ces fiches présente un modèle qui pourrait être repris par nombre d’étudiants élaborant ce type de travail d’inventaire. Le premier volume rassemble une documentation bibliographique trop longtemps éparpillée et des informations provenant de sources orales et de prospections personnelles sur les sites qui en font une remarquable source de renouvellement des données inventoriées. Une présentation générale du département du Tarn dans l’Antiquité, sans doute un peu trop succincte – mais c’est un exercice qui se révèle difficile pour tout chercheur débutant –, précède ce travail. Un essai de synthèse conclut quant à lui le volume. Il met en relief les zones de plus ou moins grande densité de trouvailles archéologiques de l’Antiquité tardive, ce qui permet de présenter quelques prudentes conclusions sur la christianisation de la région. La candidate répond ainsi en quelque sorte à une hypothèse de recherche formulée un jour ici même par Daniel Cazes qui m’incita à proposer à un étudiant ce travail d’inventaire pour le Tarn.
Le second volume met en évidence le souci de la candidate de faire en sorte que les documents archéologiques découverts ou redécouverts par ses soins puissent désormais faire l’objet d’une conservation au moins scientifique par le biais de ses nombreuses photographies et croquis effectués lors de ses déplacements sur les sites. Il s’agit en effet souvent de fragments de sarcophages ou de sarcophages entiers réutilisés dans des contextes qui n’augurent pas de leur pérennité dans les décennies à venir. Chacun se trouve ainsi immortalisé par des dessins d’une très grande précision et des photos obtenues parfois après la résolution de grandes difficultés techniques.
Une bibliographie thématique très exhaustive et bien ordonnée accompagne ce travail minutieux et bien rédigé. La candidate maîtrise parfaitement cette bibliographie, ce qui l’autorise à présenter une réflexion historiographique sur la production des érudits et des historiens locaux des XIXe et XXe siècles particulièrement utile dans ce genre d’inventaire archéologique.La ténacité, la curiosité intellectuelle et le sens du contact humain dont a fait preuve sans défaillance Mademoiselle Florence Millet durant cette recherche sont également des qualités que j’ai plaisir à signaler à la Compagnie. »
Le prix du Professeur Michel Labrousse est donc attribué à Mlle Florence Millet.
On entend ensuite les rapports pour le prix de Clausade.
Christine Delaplace présente le travail de Mme Patricia Beaudrix-Guillet, L’Église Saint-Martin de Moissac : Étude historique et archéologique :
« Madame Patricia Beaudrix-Guillet a préparé sous la direction de Madame Nelly Pousthomis, Maître de Conférences en Histoire de l’Art et Archéologie médiévales à l’Université de Toulouse II-Le Mirail, et de moi-même qui en assurais surtout la direction historique et administrative, un mémoire de Maîtrise en Histoire de l’Art et Archéologie dont la soutenance a eu lieu le jeudi 10 septembre 1998 devant un jury composé de Madame Nelly Pousthomis et de moi-même. Le sujet de recherche de Madame Patricia Beaudrix-Guillet touche de très près les préoccupations de la Société Archéologique en matière d’archéologie du Patrimoine, de sa conservation et de sa présentation au public, puisqu’il s’agissait d’établir la première monographie de synthèse sur l’église Saint-Martin de Moissac.
Ce mémoire, intitulé L’Église Saint-Martin de Moissac : Étude historique et archéologique, est composé de deux volumes :
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le tome I (83 p.) comprend le texte de la synthèse scientifique ; le tome II reproduit 204 figures, planches photographiques en couleur et en noir et blanc, plans et relevés pierre à pierre réalisés par l’auteur.
Ce travail universitaire met en valeur les qualités de raisonnement, d’organisation et de synthèse de Madame Patricia Beaudrix-Guillet. Elle a su exploiter avec profit les résultats de ses fouilles, effectuées en septembre 1997, en démontrant le caractère erroné de certains plans anciens qui permettaient des conclusions hâtives concernant la soi-disant enceinte antique ou médiévale qui aurait servi, en remploi, à l’édification du mur ouest de l’église. Ses relevés pierre à pierre exploitent une remarquable connaissance du monument que j’ai pu constatée à chacune de mes visites. Elle applique ici les méthodes les plus dynamiques de la recherche archéologique médiévale en Architecture monumentale. Ses analyses comparatives, pour modestes qu’elles soient dans le cadre limité du temps de rédaction d’une maîtrise, permettent là encore d’avancer quelques hypothèses nouvelles quant à l’interprétation et à la datation de ce monument. Une bibliographie thématique très exhaustive et bien ordonnée accompagne ce travail très clair et agréable à lire.
Ce mémoire met en évidence, par le biais de nombreuses photographies et croquis, le souci de la candidate de faire en sorte que ce monument puisse désormais faire l’objet d’une attention scientifique nouvelle que commande la fragilité de sa conservation. Elle n’a eu de cesse de tenir au courant de ses travaux tant la municipalité de Moissac que les Monuments Historiques. En étant présente sur le site lors des Journées Nationales du Patrimoine, elle a fait bénéficier le public de la réouverture d’une église que d’aucuns considèrent parfois comme la plus ancienne de France. Ce souci pédagogique honore, je crois, la candidate autant que son travail universitaire. »
Henri Pradalier donne lecture de son rapport sur le mémoire de Mlle Priscilla Malagutti, Buzet-sur-Tarn. Étude monumentale :
« Le travail présenté par Mlle Priscilla Malagutti est un mémoire de maîtrise soutenu en 1998 devant Mme Pradalier-Schlumberger et M. H. Pradalier. Il est intitulé Buzet-sur-Tarn : Étude monumentale, et se compose d’un volume comptant 168 pages, un glossaire, des pièces justificatives et 28 planches, dont plusieurs inédites, et d’un volume de photographies.
Il s’agissait au départ d’effectuer un recensement de tous les monuments médiévaux de la ville de Buzet, puis de les analyser, avant de les insérer dans les grands courants de la production artistique contemporaine. Les premières investigations ayant révélé que les restes médiévaux de Buzet-sur-Tarn étaient quasi inexistants, Mlle Malagutti a alors décidé d’appliquer la même méthode aux monuments de la ville qui le méritaient, à savoir l’église Saint-Martin et les maisons de bois. C’est avec bonheur qu’elle a réussi cette mutation.Son travail se divise en trois parties. La première concerne l’histoire de Buzet, des origines à nos jours. Dans cette partie, après avoir rappelé l’histoire de Buzet, sans qu’il y ait d’apports nouveaux – ce qui n’était d’ailleurs pas le but du travail –, Mlle Malagutti s’est penchée sur un aspect plus intéressant : celui des monuments disparus du Buzet médiéval, passage dans lequel elle élimine définitivement certaines légendes concernant d’éventuels souterrains, se penche sur le tracé des remparts et s’interroge sur l’emplacement des portes de la ville en fonction des axes de circulation et du développement urbanistique de celle-ci.
La deuxième partie du travail est la plus importante en quantité mais aussi en qualité. Elle concerne l’étude de l’église Saint-Martin de Buzet. Elle commence par l’historique de l’église à travers les textes, en s’appuyant beaucoup sur les documents postérieurs au XVIe siècle, pour des raisons évidentes de conservation. Mais à travers l’étude de ces documents, Mlle Malagutti montre son habileté à utiliser les documents écrits à des fins d’archéologie monumentale.L’étude architecturale de l’église, qui suit la partie historique, vient montrer d’abord que la façade, la tour puissante qui la scande et le clocher qui la surmonte doivent être datés au plus tôt du début du XVe siècle pour les parties les plus anciennes et à l’extrême fin du XVIe siècle, voire au début du XVIIe siècle pour les parties hautes. On ne saurait trop souligner l’importance de cette chronologie qui montre la survivance, fort tard dans la période moderne, de procédés et de formes dont les premiers exemples peuvent remonter, dans certains cas, à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle.
Le reste de l’édifice reprend les formes de l’église à vaisseau unique usitée dès le début du XIIIe siècle et illustrée par des monuments aussi célèbres que la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, ou les églises du premier gothique tolosano-albigeois (Rabastens et Lavaur). Mlle Malagutti apporte ainsi un élément important à l’histoire des formes architecturales dans l’aire tolosano-albigeoise en montrant comment aux XVe et XVIe siècles on a conservé, à Buzet, le parti initial d’une église vraisemblablement construite au XIIIe siècle et reconstruite à la suite des destructions dues à la Guerre de Cent Ans puis aux guerres de religion.La troisième tempête essuyée par l’église de Buzet a été celle de la Révolution française. L’après Révolution a été l’occasion de la restauration de l’édifice et surtout de l’établissement d’un décor peint très important dont Mlle Malagutti, dans la partie la plus neuve de son travail, a retrouvé le nom du peintre, Damon, habitant de Lavaur, et les dates de réalisation : 1863-1870.
Elle se livre dans cette partie à une analyse fouillée et passionnante de ce décor peint qu’elle replace dans le contexte général de la peinture religieuse du XIXe siècle mais aussi de la peinture religieuse régionale, en s’appuyant sur les travaux de notre confrère Christian Mange. Il apparaît que les sources de Damon ont été les Ceroni et Sainte-Cécile d’Albi, et, plus indirectement, Viollet-le-Duc qui a contribué à faire connaître les peintures de ce dernier édifice. Elle retrouve également dans son art l’influence des nazaréens et considère que l’art de Damon est révélateur du goût pour la redécouverte du Moyen Âge.La dernière partie de la maîtrise de Mlle Malagutti touche la construction privée. Il faut reconnaître que la pauvreté architecturale des monuments concernés ne peut favoriser les grandes envolées. Mais on saura gré à l’auteur d’avoir su débrouiller la chronologie des quelques maisons de la bourgade qui méritaient de l’être et dont les plus anciennes ne datent que du XVIIe siècle.
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Cette partie aurait gagnée à être placée avant l’étude de l’église, ce qui aurait permis à ce travail de s’achever sur un point fort. Mais c’est là une critique mineure. Bien évidemment comme tout premier travail universitaire, la maîtrise de Mlle Malagutti n’est pas exempte de fautes ou d’erreurs. Mais ce sont là péchés véniels que l’on ne pardonnerait pas dans un travail plus élaboré comme celui d’une thèse par exemple.
La candidate a montré au cours de son travail d’excellentes capacités d’adaptation puisqu’elle a réussi, avec bonheur, à traiter d’une période pour laquelle elle n’était pas particulièrement préparée. »
Maurice Scellès lit son rapport sur le travail présenté par Mme Dany Couget-Rullier, Grenade-sur-Garonne : monographie de l’église Notre-Dame de l’Assomption, mémoire de maîtrise d’histoire de l’art sous la direction de M. Henri Pradalier, Université de Toulouse-Le Mirail, 1998, t. 1. texte : 185 p. + 25 figures, t. 2 illustrations : LXVIII planches.
« L’auteur aborde l’étude de l’église paroissiale en la situant dans le contexte de la bastide de Grenade, fondée en 1290 dans le cadre d’un paréage conclu entre l’abbé de Grandselve, Pierre III Alfaric, et le roi de France représenté par son sénéchal Eustache de Beaumarchais. Une grange de l’abbaye cistercienne était située sur le territoire de Vieilleaygue qui prendra le nom de « Granata ». La première section permet d’évoquer l’histoire ancienne du site, les conditions de la création de la ville nouvelle et les principaux événements survenus au Moyen Âge et à l’époque moderne. L’analyse du plan de la bastide situe l’église dans l’agglomération et précise la manière dont elle s’insère dans le tracé parcellaire.
Ce premier chapitre s’achève avec l’historique de l’église paroissiale tel qu’il apparaît à travers les sources conservées, depuis la fin du XIIIe siècle jusqu’à son classement au titre des Monuments historiques en 1951. L’édifice est particulièrement bien documenté :
– les travaux auraient été entrepris le 15 octobre 1290 selon un missel de Grandselve ;
– selon une source non vérifiable, la construction de l’église aurait coûté 120 931 florins d’or et le clocher construit en 1293 aurait coûté 15 000 florins ;
– en 1296, une transaction entre les consuls et l’abbé de Grandselve concernant la fabrique et les réparations à faire à l’église paroissiale prévoit 50 livres de provision annuelle et convient qu’une éventuelle reconstruction à neuf incomberait entièrement à l’abbaye ;
– en 1309, le pape accorde un an et cent jours d’indulgence à ceux qui visiteront l’église Sainte-Marie de Grenade ;
– en 1334, le roi autorise à empiéter sur la rue pour bâtir des chapelles ;
– par une sentence arbitrale de 1376, le maçon granadain Pierre de Sorèze, désigné comme maître d’œuvre des murs de l’église, est reconnu coupable de malfaçons et d’inachèvement ;
– en 1395, Raimond de Dolhio offre quatre francs or pour faire faire une peinture et suffisamment de briques pour paver le sol de l’église ; en 1402 n. st., il ajoute dix livres tournois pour que la scène prévue soit peinte dans la chapelle Saint-Gratien qu’il fait édifier ;
– en 1396, les marguilliers de la Grande Confrérie de Notre-Dame décident de la construction de la grande sacristie ;
– en 1400, le prêtre Géraut de Bosco participe financièrement au décor du chœur ;
– en 1403 n. st., Raimond de Dolhio ajoute 200 francs or aux quinze francs déjà légués pour le clocher, au cas où l’abbé s’opposerait à la construction de la chapelle Saint-Gratien ;
– la chapelle du Purgatoire est fondée en 1454 par l’abbé Giles de Morban.
Quelques documents font connaître les embellissements et restaurations postérieurs au XVe siècle.Le deuxième chapitre est consacré à l’étude architecturale et archéologique de l’église. Mme Dany Couget-Rullier y fait preuve d’un très bon sens de l’observation. En s’appuyant sur les plans existants mais surtout sur ses propres relevés, elle parvient à dresser un état précis des maçonneries et des reprises et à en proposer une chronologie relative convaincante.
L’auteur s’intéresse ensuite au décor, avant de conclure avec la datation des différents états de l’édifice. L’étude du décor sculpté du portail occidental est rendue difficile par les interventions du XIXe siècle : il semble pourtant qu’il aurait été possible de mieux mettre en évidence ce qui appartient au style du début du XIVe siècle. Les sculptures des chapelles, parmi lesquelles figurent des décors héraldiques, font l’objet d’une description systématique, précieuse pour préciser la chronologie, même si la lecture est gênée par le plan de l’exposé qui sépare trop formellement culots, chapiteaux et clefs de voûte au lieu de privilégier des ensembles. Plutôt que « virgo », on proposera de lire, dans la chapelle n° 2, l’inscription de l’écu comme le nom du donateur, un certain « hugo de p[…] ».
L’étude des briques vient compléter l’analyse archéologique en mettant en évidence des formats différents qui caractérisent un peu plus les campagnes de construction. L’auteur peut alors confronter la chronologie relative établie à partir de l’observation de l’édifice aux dates fournies par la documentation écrite.Elle distingue ainsi un premier état dont ne subsisterait que quelques maçonneries dans la partie occidentale, ainsi que la base du clocher hors-œuvre, état qui pourrait appartenir à un édifice antérieur à la fondation de la bastide ou bien au tout premier édifice construit dans les années 1290.
Vers 1296, serait construite une nef à trois vaisseaux à laquelle appartiendraient les parties les plus anciennes du mur du chevet.
L’édifice en partie ruiné vers 1300, serait reconstruit avec un agencement différent des travées au cours des trois premières décennies du XIVe siècle. Le portail occidental, qui sera ensuite en grande partie rebâti, est alors en place.
Des chapelles sont ajoutées au sud puis au nord, en empiétant sur la rue, vers 1334.
Les années 1370 marque le début d’une ample campagne de reconstruction qui ne s’achève qu’au début du XVe siècle,
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donnant à l’édifice son allure actuelle : le chevet est surhaussé et le voûtement de la nef est refait sur de nouveaux supports ; le clocher est achevé.
La chapelle du Purgatoire est élevée en 1454.
La partie occidentale de l’église est reprise et le portail est déplacé et rebâti après 1454, peut-être au début du XVIe siècle.
L’ensemble de la chronologie proposée éclaire de manière très pertinente l’histoire de l’édifice, même s’il est possible de discuter tel ou tel point de la démonstration. En écartant les quelques vestiges d’une éventuelle construction antérieure, dont la signification est sujette à caution, la première église, restée inachevée, pourrait ainsi être datée plus globalement des années 1290 à 1330 ; dans cette optique, le décor du portail occidental mériterait une étude plus précise.En conclusion, le mémoire de Mme Dany Couget-Rullier témoigne d’une incontestable capacité à utiliser les sources et la bibliographie et de grandes qualités d’observation et d’analyse aboutissant à une bonne étude d’archéologie monumentale. Si l’on peut sans doute regretter quelques faiblesses dans la rédaction et le plan d’ensemble du mémoire, les résultats obtenus sont à la hauteur du très important travail réalisé par l’auteur. »
Une discussion s’engage sur les mérites respectifs de ces différents travaux, sans parvenir à une décision. On convient qu’il serait nécessaire que les membres puissent effectivement fonder leur jugement sur des comparaisons mieux établies, les rapporteurs ayant lu chacun au moins deux des trois mémoires présentés.
Sur proposition du Président, la Compagnie vote à l’unanimité le renvoi de la question devant une commission ad hoc, qui devra proposer une décision lors de la prochaine séance. Le Président ainsi que MM. Étienne Hamon et Olivier Testard se joindront aux rapporteurs pour constituer la commission.
Au titre des questions diverses sont présentées quelques observations sur l’abside de l’ancienne église des Cordeliers à Toulouse, dont les vestiges font actuellement l’objet de travaux. La comparaison entre la photographie avant travaux et celle de l’état actuel est éloquente : ce qui subsistait encore de l’abside a été entièrement dénaturé. Après qu’il a été précisé que les travaux sont conduits par l’architecte en chef des Monuments historiques, M. Bernard Voinchet, et qu’ils sont financés à 50 % par l’État, il n’est plus besoin d’épiloguer…
SÉANCE DU 6 AVRIL 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire Général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Delaplace, Napoléone, MM. Blaquière, le général Delpoux, Pradalier, Mgr Rocacher, M. Roquebert, membres titulaires ; Mmes Fronton-Wessel, Piot, Pujalte, Watin-Grandchamp, MM. Burroni, Cranga, Ginesty, Hamon, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Henri Molet.
Invités : M. le professeur Jean-Paul Fortuné, Mme Mariarosaria Gargiulo.
Le Secrétaire Général donne lecture des procès-verbaux des séances des 2 et 16 mars derniers, qui sont adoptés.
Mgr Rocacher regrette que n’aient pas été évoquées les transformations qui affectent également la sacristie des Cordeliers, pourtant classée au titre des Monuments historiques. Le bâtiment légué autrefois à l’Évêché par une dame pieuse a été revendu à un particulier.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
Mme Hélène Débax remercie la Société de l’avoir élue parmi ses membres correspondants, et nous demande d’excuser ses prochaines absences en nous faisant part de la joie d’une naissance toute récente. La Société lui présente tous ses compliments et ses meilleurs vœux.
M. Jean Guyon nous dit tout le plaisir qu’il a eu à la réception du dernier volume de nos Mémoires, et nous demande d’excuser le retard de sa réponse, dû à l’achèvement du volume de la topographie de la Gaule consacré à Aix-en-Provence. En soulignant le caractère exemplaire de cette publication qui est un modèle du genre, Quitterie Cazes engage vivement la Société à l’acquérir pour sa bibliothèque.
Enfin nous avons reçu de M. Dominique Baudis, Maire de Toulouse, une invitation pour une visite du musée Saint-Raymond rénové, le 6 mai prochain à 16 heures 30.
La parole est alors à Céline Piot, pour la première communication de la séance, consacrée à La villa gallo-romaine de Lamolie à Astaffort (Lot-et-Garonne) : étude d’un domaine rural antique et de son environnement dans la basse vallée du Gers, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le Président remercie Céline Piot en la félicitant d’avoir su balayer aussi rapidement l’ensemble des questions que pouvait susciter la villa de Lamolie et son environnement. Il remarque cependant que cette villa romaine paraît n’avoir pour aujourd’hui qu’une existence virtuelle et demande ce qu’il en est d’éventuels sondages archéologiques.
Céline Piot indique que la politique actuelle du Service régional de l’archéologie, pour les villae romaines, est de concentrer les efforts sur des sites de référence et qu’aucune fouille n’est de ce fait envisagée à Lamolie.
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![]() TOULOUSE, ANCIENNE ÉGLISE DES CORDELIERS, | ![]() TOULOUSE, ANCIENNE ÉGLISE DES CORDELIERS, |
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Répondant à Quitterie Cazes, Céline Piot dit qu’une restitution de la villa pourrait en effet être tentée à partir à partir des photographies aériennes et d’une étude des cadastres.
Le Président s’étant inquiété des labours profonds qui peuvent endommager les couches archéologiques, Céline Piot précise qu’il n’est pas actuellement pensable de pouvoir les limiter. Elle ajoute que le ramassage des objets sur le site n’a pas été systématique.
Quitterie Cazes note que le vin est en effet souvent considéré comme une source de richesse des villae, et elle évoque à ce sujet le programme de recherche mis en place par Catherine Balmelle.
La parole est ensuite à Gabriel Burroni pour des Propos sur la gypserie à travers quelques exemples ; parenté et différences avec le stuc.
Le Président remercie Gabriel Burroni et Jean Coppolani demande si un recensement des gypseries de Toulouse a été engagé. Gabriel Burroni répond par la négative et regrette le peu d’intérêt que l’on manifeste le plus souvent pour la gypserie, croyant à tort qu’il s’agit de décors moulés alors que ce sont toujours en fait des décors uniques.
Jean Coppolani évoque deux immeubles, déjà signalés par Jules Chalande, au 8 rue de la Pleau et au 33 de la rue des Paradoux, où les décors présentent des thèmes maçonniques. Gabriel Burroni a également noté le signe des trois points à l’hôtel Dubarry.
À propos de la cheminée de Saint-Antonin, le Président voudrait avoir des précisions sur les indices qui ont permis la reconstitution des piédroits. Gabriel Burroni explique que le haut du piédroit était conservé sous la hotte, donnant précisément le profil du corps de moulures ; en revanche, aucune indication n’existait pour les bases et il a donc fallu s’aider des dessins réalisés par Viollet-le-Duc sur deux autres cheminées semblables de Saint-Antonin.
Répondant à une question d’Henri Pradalier, Gabriel Burroni indique que les compositions des pâtes sont variées, différents ingrédients pouvant être mélangés au plâtre, mais que c’est le désir d’imiter la pierre qui caractérise le stuc et le distingue de la gypserie.
Henri Pradalier voudrait encore avoir des précisions sur les panneaux réalisés par Lacombe dans la chapelle du château de Pechbonnieux. Dominique Watin-Grandchamp dit qu’il semblerait que le décor ait été inspiré par une iconographie janséniste, en relation avec les choix religieux du commanditaire. Le Président note que le motif de la chute d’ornements est ici composé d’objets religieux parmi lesquels figurent des calices et des ostensoirs.
Guy Ahlsell de Toulza ayant exprimé son scepticisme quant à en éventuelle influence janséniste sur le décor de la chapelle, le Président rappelle que des travaux récents ont insisté sur le fait que le jansénisme était l’une des clefs de la compréhension du XVIIIe siècle.
L’ordre du jour appelle à nouveau l’examen des rapports pour le concours. Le Président résume les différents avis et conclut qu’il est possible de réserver le prix, de le partager ou de l’attribuer. À l’issue de la discussion il est décidé de réserver le prix de Clausade, et de décerner à titre d’encouragement une médaille de bronze à chacune des trois candidates.
CAUSSADE, LA TOUR D’ARLES EN 1999, après la restauration des élévations extérieures. | Au titre des questions diverses, Maurice Scellès présente quelques observations suite à une récente visite à la Tour d’Arles à Caussade, dont la restauration des élévations extérieures vient de s’achever. Le caractère exemplaire du chantier qu’annonçait l’étude préalable prolongée par un suivi archéologique des travaux, dont notre confrère Bernard Pousthomis a rendu compte ici même, (Bulletin de l’année académique, dans M.S.A.M.F., t. LVIII, 1998, p. 259-260) est confirmé : l’architecte des Monuments historiques, M. Régis Martin, et l’entreprise Bizeul-Rodrigues ont scrupuleusement respecté les parties anciennes, y compris les vestiges d’enduit qui n’ont été que complétés, tout en optant pour une reconstitution de l’état du XIIIe siècle. La valeur documentaire de l’édifice a ainsi été préservée tout en redonnant au bâtiment médiéval une valeur monumentale. Le Président juge que la restauration de la tour d’Arles s’inscrit dans la lignée du meilleur Viollet-le-Duc. Maurice Scellès ajoute que le projet d’un escalier de secours, qui aurait conduit à percer l’élévation ouest à chaque niveau, a heureusement été abandonné. |
Un membre fait remarquer que la qualité de la restauration de
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la Tour d’Arles tranche avec les travaux en cours sur les vestiges des Cordeliers de Toulouse, qui ont entièrement dénaturé ce qui subsistait de l’abside de l’ancienne église (des photographies en ont été présentées lors de la séance du 16 mars dernier). La Compagnie s’étonne que deux monuments aussi proches et tous deux protégés au titre des Monuments historiques puissent recevoir des traitements aussi différents de la part de la même administration. La disparition de toute doctrine de restauration se traduit dans les faits par l’abandon des édifices entre les mains des architectes de Monuments historiques livrés à eux-mêmes, pour le meilleur et pour le pire. La section Travaux de la Commission supérieure des Monuments historiques, où ne figurent plus que de très rares historiens d’art, ne peut plus être considérée comme une instance de réflexion et de contrôle.
La Compagnie décide de décerner des félicitations à la Ville de Caussade pour la restauration de la tour d’Arles et de lui remettre solennellement une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France.
SÉANCE DU 27 AVRIL 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire Général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, MM. le général Delpoux, Hermet, Lassure, le Père Montagnes, Pradalier, Roquebert, membres titulaires ; Mmes Fronton-Wessel, Pujalte, Stutz, MM. Ginesty, Manuel, Séraphin, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Cazes, M. Burroni.
Rappelant le calendrier des prochaines semaines, le Président souligne le privilège extraordinaire que nous accorde la Mairie de Toulouse en nous offrant l’auditorium de Saint-Pierre-des-Cuisines pour la soirée du 3 mai. Notre confrère Michel Roquebert inaugurera avec sa conférence la nouvelle formule de la séance publique, dégagée de son rituel académique un peu étouffant. Le Président dit combien il est attaché à ce que ce soit là l’un des signes adressés à l’extérieur du renouvellement de notre Société, alors que notre site Internet permet aujourd’hui, bien mieux que la séance publique, de faire régulièrement connaître nos activités.
Il rappelle encore que le Musée Saint-Raymond rénové sera présenté aux membres de la Société archéologique le 6 mars prochain à 16 h 30 et que l’inauguration officielle aura lieu le lendemain à 17 h 30.
Le Président signale plusieurs dons d’ouvrages pour la bibliothèque : de la part de Gilles Séraphin, son article L’enceinte de Cordes, paru dans 121e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nice, 1996, Archéologie – Enceintes urbaines, p. 53-72, l’ouvrage de Jean Mesqui, Châteaux forts, et les précieux volumes d’Édouard Salin, Civilisation mérovingienne ; de la part de Michèle Pradalier-Schlumberger, un exemplaire de sa thèse publiée sous le titre Toulouse et le Languedoc : La sculpture gothique XIIIe –XIVe siècles, Toulouse : Presses Universitaires du Mirail , 360 p.
Nous avons par ailleurs reçu un exemplaire dédicacé du dernier ouvrage de M. Dominique Baudis, Raymond d’Orient, Paris : Grasset, 1999, 271 p.
La parole est alors à Gilles Séraphin pour une communication consacrée aux châteaux gascons :
« Tours-salles et châteaux gascons : les prototypes
Un article récent consacré aux maisons fortes médiévales de Gascogne tentait de dégager, à partir d’un premier échantillonnage, la spécificité architecturale des salles et châteaux gascons mis en évidence au début du siècle par Philippe Lauzun (1). En faisant ressortir, parmi d’autres caractères propres, l’originalité d’un parti architectural associant tour et logis dans un édifice unique, cette étude se référait a contrario à un modèle fondamentalement opposé, répandu en Languedoc et dans l’Aquitaine orientale, dans lequel le logis et la tour-beffroi, distantes, constituent deux édifices distincts. Le Périgord méridional et le Quercy en conservent de nombreux exemples.
Un modèle d’habitat seigneurial que l’on pourrait qualifier de « logis à tour adossée », dont le domaine d’extension reste localisé à la Gascogne gersoise (2), semble donc s’opposer à la formule du logis à tour détachée, plus habituel dans les provinces méridionales. Cependant, si les différenciations architecturales opposant l’habitat seigneurial du bassin méridional de la Garonne à celui du bassin septentrional apparaissent avec une relative netteté, la question de l’origine respective des deux modèles reste entière de même que celle de la signification de leur différenciation.
La publication des découvertes effectuées au château de Mayenne a révélé depuis lors l’exemple inattendu d’un logis (ou d’une aula) à tour adossée, attribuable à la charnière des IXe et Xe siècles. L’analyse archéologique des vestiges fait état ici de l’abandon au début du XIIe siècle de ce parti primitif au profit d’un donjon quadrangulaire classique, refondant les deux volumes associés, mais distincts, en un volume unique analogue à celui des grandes aulae surélevées de l’Ouest de la France, de type Domfront ou Sainte-Suzanne.
Pour autant, l’éventuelle filiation qui pourrait relier ce prototype des pays de Loire à nos maisons fortes de Gascogne, est loin d’aller de soi. D’autant moins que, dans sa presque totalité, le corpus connu des châteaux gascons ne remonte qu’à une période relativement tardive, postérieure au second tiers du XIIIe siècle.
Dans cette région, où la généralisation de la construction en pierre pourrait être intervenue un peu plus tardivement qu’ailleurs, et où les sources restent très discrètes, le repérage des plus anciens spécimens d’habitat seigneurial, relève donc de
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A. ESCLIGNAC, plan au niveau du rez-de-chaussée. B. MONTAUT-LES-CRÉNEAUX, plan partiel au niveau du rez-de-chaussée. C. MONTAUT-LES-CRÉNEAUX, plan du troisième niveau de la tour. D. DURBAN, plan au niveau du rez-de-chaussée.
Hachures simples : maçonneries postérieures au XIIIe siècle ;
hachures croisées : maçonneries antérieures au milieu du XIIIe siècle.
Relevés G. Séraphin, 1974 (Esclignac), 1997 (Montaut) et 1999 ((Durban).
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patientes investigations archéologiques comme l’a démontré entre autres le travail engagé par J.-M. Lassure à L’Isle-Bouzon. Parfois enfouis dans les terrassements des mottes ou des « îles », parfois dans la stratigraphie souvent complexe d’architectures d’apparence plus récente, les vestiges des plus anciens châteaux gascons n’ont semble-t-il rien de flagrant.
Paraissant infirmer l’ancienneté du modèle du logis à tour adossée, certaines tours isolées qui passent pour être antérieures aux châteaux gascons de la fin du XIIIe siècle évoquent la silhouette parfois étriquée des tours-beffrois. Les anciens « donjons » d’Arcamont et de Biran sont les plus connus. On peut leur ajouter la tour primitive de Roquefort, celle de Castelnau-Barbarens ou encore la tour de Seissan à laquelle s’est accolée une mairie moderne. L’examen de leurs parements montrent en fait que chacune de ces tours fut initialement soudée à d’autres constructions qui ont aujourd’hui disparu. Leurs proportions étroites les désigneraient donc plutôt, et sous réserve de nécessaires investigations archéologiques, comme d’anciennes tours adossées dont l’isolement actuel résulterait de la disparition des constructions attenantes. L’archaïsme des percements, de courtes et rustiques fentes de jour ou de tir, parfois cintrées, suggère toutefois pour ces tours une date précoce dans le XIIIe siècle (sans doute la première moitié ou le milieu), évaluation dont la confirmation offrirait l’intérêt de reculer de quelques décennies au moins l’époque d’apparition supposée de nos châteaux gascons. Les exemples de ces tours tardivement détachées sont sans doute assez nombreux. Récemment révélée par une campagne de mise en valeur quelque peu radicale, la tour du Turas à Dunes, quoi que sensiblement plus récente, en fait partie. Plus problématique en revanche paraît la tour de Boucagnères, dressée à proximité d’une église paroissiale et nettement détachée aujourd’hui du logis rural auquel elle sert de colombier. Là encore l’examen archéologique serait nécessaire pour y voir plus clair.
L’uniformité de l’appareil moyen qui habille la presque totalité des maisons fortes gasconnes du dernier tiers du XIIIe siècle jusqu’à la fin du XVe incite a contrario à soupçonner d’antériorité les édifices dont les maçonneries ne sont pas conformes à ce standard. Ainsi, les ruines de l’ancien château des comtes d’Astarac à Durban (5), outre les vestiges d’un épais logis du XIIIe ou du XIVe siècle, conservent la souche d’une tour à contreforts, ainsi que les restes d’un second ouvrage quadrangulaire à angle arrondi que leurs maçonneries rubéfiées de moellons bruts ou grossièrement layés à plat, parfois disposées en épis et dépourvues de véritables chaînes d’angles, désignent a priori comme nettement plus anciennes. Envahies par la végétation, il y a peu de temps encore, ces ruines dont la mise en valeur a été récemment entreprise devront attendre d’être consolidées pour être examinées. La tour à contreforts, de 8,20 m de côté aux murs épais de 1,75 m semble y avoir été prolongée par des murs qu’il est bien difficile aujourd’hui d’attribuer avec certitude à un logis primitif plutôt qu’à une simple courtine. La saillie importante des contreforts qui rappellent les dispositions de l’ancien donjon de Tarbes (6), laisse supposer que des arcs formant mâchicoulis en constituaient peut-être les couronnements. Mieux conservés, les châteaux d’Esclignac et de Montaut conservent également des vestiges attribuables à une période antérieure au milieu du XIIIe siècle parmi lesquels il semble que l’on puisse pister d’anciens exemples de logis à tours adossées.
Le château d’Esclignac, reconstruit en 1485 par le lapicide Agier de Brosse pour Bertrand de Preissac, conserve dans son logis les traces évidentes de « l’ostal vieil » à partir duquel il était convenu d’opérer la reconstruction du XVIe siècle (7). Le repérage de ses maçonneries caractéristiques de moyen appareil permettent d’isoler, dans l’édifice actuel, cet ostal vieil qui devait se composer pour l’essentiel d’une forte tour-salle, de 13 m de côté. Celle-ci occupait un angle d’une assez vaste enceinte (un demi-hectare environ), établie sur une plate-forme rocheuse autrefois isolée sur deux de ses côtés par des fossés et dominant sur les deux autres un assez modeste vallon.
L’examen attentif des maçonneries montre cependant que cette tour-salle, que l’on peut attribuer à la fin du XIIIe siècle, avait elle-même été relancée sur les soubassements plus ou moins dérasés d’un édifice antérieur, caractérisé celui-ci par la maille un peu plus largement dimensionnée de ses parements, d’ailleurs calcinés en plusieurs endroits. Des sondages opérés lors des restaurations dont bénéficia le château dans les années 1970, permirent alors de préciser les contours de l’édifice primitif : celui-ci se composait d’un ample corps de bâtiment rectangulaire (13,90 x 24,50 m), dont seules les fondations subsistent, et auquel se soudaient, sur l’un des petits côtés, les bases de la tour de 11,40 x 12 m, qui servit de souche à la tour-salle ultérieure. Entre la tour et le volume de ce qui pourrait passer pour une salle s’intercalait peut-être un refend, dont les assises de fondations semblent subsister.
Une porte en plein cintre établissait au rez-de-chaussée une communication entre la tour et le corps de bâtiment attenant, les murs dépassant ici 1,80 m d’épaisseur. Sur ses trois faces libres, la tour primitive était épaulée par des contreforts plats dont les vestiges ont été conservés au sein de nouveaux contreforts d’angle plus massifs, remontés tardivement, au XVe siècle et ultérieurement encore. Il semble qu’elle était accessible de plain-pied par un portail large de près de 2 m que la tour d’escalier de 1485 est venue condamner partiellement. L’ensemble de ces caractères, assez différents des standards que l’on croit pouvoir attribuer localement aux constructions de la seconde moitié du XIIIe siècle, suggère une époque relativement haute, qu’on serait tenté de situer autour de la seconde moitié du XIIe siècle ou de la première moitié du suivant. À distance du logis, dans ce qui correspond depuis le XVIe siècle à une basse-cour, mais qui semble avoir appartenu dès l’origine à l’emprise d’un castrum populatum, l’ancienne église paroissiale d’Esclignac, pour l’essentiel du XVe ou du XVIe siècle, conserve également, accolés à son chevet, les vestiges d’une ancienne tour voûtée en berceau, de 6,20 m de côté hors-œuvre. Les murs de celle-ci, soigneusement parementés, épais de plus d’1,40 m et également rubéfiés, sont semblables à ceux des soubassements du logis.
En 1295, le castrum seu villa d’Esclignac appartenait en co-seigneurie à Gaston, vicomte de Fézensaguet, et à un certain Vital de Montgaillard, fils probable d’Odon de Preissac dont le lignage était déjà possessionné autour de Monfort dès les années 1275.
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En 1325, des discussions étaient intervenues entre les consuls d’Esclignac et ceux de Montfort à propos de l’entretien des fossés et fortifications de ce castrum dont le détenteur, comme ceux de la plupart des autres castra populata du Fézensaguet, n’exerçait que la basse et la moyenne justice (8). Vraisemblablement, ce château qui n’apparaît pas dans les documents avant 1295 avait été constitué depuis peu, et il convient sans doute de lui attribuer la tour-salle autrement dit l’ostal vieil, qui précéda sur le site le logis de 1485 et sa tour d’escalier.
Antérieurement à la fin du XIIIe siècle, la première mention connue du toponyme est celle d’un chapelain d’Esclignac, Vital de Lasserre, lequel accompagnait comme témoin, en 1158 une donation de Bernard d’Asque et de Garsie de Gouts à la grange gimontoise de Solomiac. Cette donation concernait des biens situés aux environs de la grange et était garantie par des membres des familles de Saubolée, d’Ordan et d’Esparbès. On mentionne également, parmi les convers de la grange gimontoise d’Aiguebelle, un certain Guillaume d’Esclignac (Willelmus d’Esclinag), entre 1167 et 1188 (9). À défaut d’en savoir plus, on est conduit à supposer, au vu de ces trois mentions, qu’une première implantation – s’agissait-il déjà d’un castellum ou d’un castrum ? (10) – aurait pu voir le jour dans le second tiers du XIIe siècle, et connaître une destinée plus ou moins éphémère, soit qu’une destruction soit intervenue entre temps, ce que les maçonneries calcinées de l’édifice incitent à admettre, soit que le projet en soit resté inachevé.
L’ampleur de cet édifice dissuade a priori de l’attribuer aux Preissac alias Montgaillard, lesquels ne tenaient parmi la noblesse du Fézensaguet qu’une place de second rang au XIIIe siècle. Plus plausible, l’hypothèse d’une attribution aux vicomtes de Mauvezin ou de Fézensaguet repose entre autres sur le fait que la bastide de Monfort qu’ils fondèrent en 1275 semble bien avoir l’avoir été aux dépends du territoire d’Esclignac. Ici, cependant, il faut reconnaître que la carence des sources concernant les vicomtes de Fézensaguet nous prive d’arguments plus probants. De fait, l’identité de Guillaume-Raimond, vicomte de Mauvezin et de son frère Pierre-Raimond (11), mentionnés en 1169 par le cartulaire de Gimont, nous échappe totalement de même que les
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circonstances qui permirent à Bernard (1188) puis Géraud d’Armagnac, et son fils (ou son frère ?) Roger, de leurs succéder dans les dernières décennies du XIIe siècle.
Le château de Montaut s’inscrit dans le tracé d’un castelnau (12), au contact immédiat d’une église prieurale clunisienne dépendant autrefois de Saint-Orens d’Auch. Ici, le castelnau pourrait donc avoir succédé à une sauveté castrale qu’il aurait étendue à l’ouest. L’apparition d’un lignage éponyme en même temps que la réunion de Montaut à Cluny remonte à 1068, date à laquelle l’église fut cédée par l’archevêque d’Auch Guillaume de Montaut, auquel s’associèrent cinq de ses frères. Par la suite, les seigneurs du castrum de Montaut, explicitement mentionné à partir de 1159, figureront au premier rang des barons du comté de Fézensac (1286) (13).
MONTAUT-LES-CRÉNEAIX, FACE NORD DE LA TOUR. Les maçonneries du XIIIe siècle surmontent les vestiges de la tour primitive caractérisés par leurs parements de petits moellons bruts. Attenant à l’église, dans une promiscuité qui rappelle celle que l’on observe à Esclignac, le château actuel se compose de deux ailes en équerre, encadrant une cour et soudées sur une forte tour quadrangulaire. Contrairement à l’église et aux parties médiévales des deux corps de logis marquées par l’emploi de maçonneries de moyen appareil, la tour quadrangulaire, du moins pour ce qui concerne ses bases, se caractérise par ses maçonneries de petits moellons bruts assisés, peu habituelles en Gascogne, et comparables à celles que l’on observe à l’église du Chicoy (commune de Bivès) et au chevet de l’église de Peyrusse-Grande. Prieuré clunisien, cette dernière est attribuée à la charnière des XIe et XIIe siècles et pourrait être l’œuvre du prieur Roger de Montaut (14).
Deux campagnes de construction, nettement distinctes, apparaissent à l’examen des parements de la face nord de la tour, seule observable aujourd’hui. Conservée sur une hauteur de 8 à 9 m, la tour primitive, de plan approximativement carré (9,30 m de côté), disposait de murs particulièrement épais (environ 3 m) ne réservant à l’intérieur qu’un espace utile restreint. Sur sa face nord, l’élévation était épaulée par au moins un contrefort plat médian, sans doute complété par des contreforts d’angle dont les traces semblent subsister dans les consolidations plus modernes qui leur ont succédé.
Au-dessus de cette souche primitive, sans doute arasée par une destruction partielle, la tour fit l’objet d’une reconstruction que les maçonneries d’appareil moyen permettent de localiser avec précision, portant son élévation à 18 m. Sous une voûte sommitale en berceau faiblement brisé, la tour compta désormais quatre niveaux planchéiés. Deux retraites successives ayant permis sur la face ouest de réduire de moitié l’épaisseur initiale des maçonneries (1,45 m), celle-ci fut au contraire mise à profit sur les trois autres faces pour mettre en place un escalier intramural aboutissant à la plate-forme sommitale à partir d’un premier étage d’accès, établi à 7 m de hauteur au-dessus du rez-de-chaussée aveugle. Les portes chanfreinées dotées de congés à baguettes droites conduisent à situer au plus tôt l’ensemble de ces aménagements dans le dernier tiers du XIIIe siècle. Si l’on se fie aux différences d’appareillage, il semble ici que seule la surélévation de la tour ait été liée au logis adossé qui établit au sud la jonction entre le château et l’église. Cette observation conduit à supposer dans ce cas, que la tour, distante de l’église d’une quinzaine de mètres, fut d’abord indépendante avant d’être complétée au XIIIe siècle par des logis édifiés en pierre.Un cas de figure analogue pourrait s’être produit à Avezan où une tour carrée de 7,25 m de côté, aux murs épais à la base de plus d’1,60 m, semble avoir précédé le château gascon dans lequel elle s’intègre aujourd’hui. Par l’archaïsme de sa porte d’entrée au linteau soulagé par une décharge, elle semble antérieure en tout cas à l’inféodation du castrum de Avezano que le vicomte de
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Lomagne consentit aux Manas en 1285 (15). De même, les fondations mises au jour dans l’ancienne île de Corné, à L’Isle-Bouzon, semblent bien avoir appartenu à une tour isolée de 9,55 x 9,40 m, attribuable vraisemblablement au XIIe siècle. L’ampleur de ces proportions évoquerait ici le gabarit d’une tour-salle si l’épaisseur des murs, avoisinant 2,50 m, ne renvoyait plutôt à une tour-beffroi analogue à celle de Montaut dont les dimensions sont assez voisines.
Ces exemples induisent que le modèle de la tour-beffroi a pu précéder en Gascogne l’implantation des châteaux gascons et des tours-salles habitables. Du moins peut-on penser qu’antérieurement au XIIIe siècle une cohabitation des deux modèles a pu exister. On pourrait d’ailleurs recenser quelques cas d’anciennes tours-salles à vocation initiale d’habitation, que l’adjonction tardive d’un nouveau logis a pu reconvertir en tours-beffrois. C’est le cas notamment à Larrouquette (commune de Plieux), où un logis fut édifié dès le XIVe siècle à moins de deux mètres de la tour primitive, ou encore à Estrépouy (commune de Gazaupouy) où le logis ne date que du XVIIe siècle. Esclignac, en revanche, plus nettement que Durban (en attendant les précisions que d’éventuels sondages pourraient apporter), fait figure de château gascon archétypique en situant sans doute dès le XIIe siècle au moins l’implantation en Gascogne du modèle du logis à tour adossée.
Gilles Séraphin
1 – Séraphin (G.), « Les châteaux gascons, un modèle de maisons fortes », dans Bulletin Monumental, t. CLVII (1999-1), p. 11-42.
2 – L’aire de répartition des châteaux gascons comprend l’actuel département du Gers (Armagnac, Fézensac, Astarac et Pardiac), et quelques cantons sud du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne (Condomois, Lomagne et Gimois).
3 – Early (R.), « Une étude unique en Europe, le château de Mayenne », dans Archéologia n° 358 (juillet-août 1999), p. 42-54 .
4 – La tour de Biran porte les traces de toitures adossées. Toutefois, les arrachements des constructions attenantes, localisés en parties basses, pourrait ne correspondre qu’à un simple mur d’enceinte. La tour serait à rapprocher dans ce cas des tours d’enceinte qui flanquent aujourd’hui encore le castrum de Larresingle ou les grands châteaux sur cour tels que Saint-Nicolas-de-la-Grave et le Mas d’Auvignon. La tour de l’ancien château de Lamothe d’Anglès (commune de Montesquiou) était elle-même attachée à un logis dont subsiste la trace des toitures.
5 – Cairou (R.), Architecture militaire des XIIIe et XIVe siècles dans les châteaux et les bastides du Gers, t. I, p. 16.
6 – Gardelles (J.), Les châteaux du Moyen-Âge dans la France du Sud-Ouest, p. 226.
7 – Ducos (J.-H.), « Visages de l’architecture seigneuriale », dans Bulletin de la Société archéologique du Gers, t. LXII (1961).
8 – Gastelier de la Tour, Généalogie de la maison de Preissac, Paris, 1770, p. 61-62. Monlezun (Abbé), Histoire de la Gascogne, t. VI, p. 31-46.
9. Vitalis de cha Serra capellanus d’Esclignag. Voir : Clergeac, Cartulaire de l’abbaye de Gimont, IV (grange de Solomiac), Auch, 1905, n° 47, p. 262-263. Voir également dans le même cartulaire les chartes VI (Aiguebelle) 14, 21, 73 et III (le Fourc), 1, p. 203.
10. La présence dans le périmètre de la cour du château, au pied même des logis, d’un ensemble relativement important de tombes anthropomorphes (autour du 12e siècle selon l’avis de Mary Larrieu-Duler qui les observa en 1971), taillées dans le rocher puis partiellement détruites par l’implantations plus tardives de silos, conduit à s’interroger sur la nature de l’occupation du site antérieurement au 13e siècle. Succédant à une ancienne villa (nombreux tessons de sigillée et de tegulae sur les lieux), un ensemble ecclésial, comprenant une église et un cimetière, aurait pu précéder l’implantation d’une maison forte, voire d’un castrum populatum (à supposer que l’édifice dont les vestiges subsistent soient bien ceux d’une maison forte). La découverte de deux deniers dans le fossé nord du site, l’un de Guillaume X (1127-1137), l’autre d’Édouard Ier (1272-1307) ne donnent ici que de très vagues indications chronologiques.
11. Un Pierre-Raimond, frère du comte de Toulouse est signalé en 1204 parmi les signataires de la paix conclue entre la ville de Toulouse et le vicomte de Lomagne. (Monlezun, op. cit., t. II, p. 245).
12. Cursente (B.), Castelnaux de la Gascogne médiévale, p. 144, et 178.
13. Durliat (M.), « L’église de Montaut-les-Créneaux », dans Congrès archéologique de France, CXXVIIIe session, (Gascogne 1970), p. 244-251. Monlezun, op. cit., t. II, p. 49-50 et t. VI, p. 1.
14. Durliat (M.), « L’église de Peyrusse-Grande », dans Congrès archéologique de France, CXXVIIIe session, (Gascogne 1970), p. 43-54. Des maçonneries du même type s’observent à l’ancien donjon de Bioule ainsi qu’à l’église Saint-Pierre de Moissac.
15. Gardelles (J.), op. cit., p. 89. »
Le Président remercie Gilles Séraphin pour cette défense et illustration de « l’exception gasconne » qui semble ainsi faire écho à la littérature du XIXe siècle qui a peu apprécié cet habitat qui lui paraissait extraordinairement intrigant.
Henri Ginesty demande quel pouvait être le système de défense alors que les rez-de-chaussée étaient ouverts par des portes. Gilles Séraphin dit qu’il faut supposer des enceintes et cite Escalup où ont pu être observées les traces d’un fossé ; aucune trace tangible de muraille n’a cependant été relevée, ce qui conduit à imaginer que les enceintes aient pu être parfois constituées de simples palissades et de levées de terre. Gilles Séraphin ajoute que les systèmes de défense sont le plus souvent rudimentaires : on sait d’ailleurs que nombre d’archères étaient inutilisables, même dans l’architecture royale, mais il faut néanmoins tenir compte de leur rôle dans la surveillance des abords de l’édifice.
Au général Delpoux, Gilles Séraphin répond qu’un exemple tardif, du XVIe siècle, indique que le seigneur du lieu avait placé ses prisonniers dans le « grenier » du premier étage. Louis Latour ajoute un exemple à Auterive où les prisonniers avaient été enfermés à l’étage d’une maison, et non dans la cave qui existait pourtant, et Nelly Pousthomis-Dalle évoque le Livre des merveilles de Rocamadour qui montre que ce sont souvent les étages des tours qui servent de prison.
Henri Pradalier voudrait savoir quelle est la fonction du troisième niveau quand la tour-salle en comporte quatre. Gilles Séraphin pense que ce niveau supplémentaire accueillait des chambres et permettait ainsi de dédoubler le dernier niveau alors
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entièrement réservé à la « salle ». Il confirme que la salle destinée à recevoir se trouvait au dernier étage, comme l’indique la présence de nombreuses fenêtres ; les circulations intérieures étaient en effet le plus souvent assurées par des échelles de meunier, isolées par des cloisons comme à Larouquette (commune de Plieux). Dans les plus grands édifices, l’escalier extérieur peut cependant monter jusqu’au dernier niveau (Sainte-Mère, Mansancôme).
Le général Delpoux ayant évoqué la crainte des incendies, Gilles Séraphin fait cependant remarquer que tous ces édifices ne comportent pas de voûtes, sauf quelques exceptions dans les tours.
Henri Pradalier et Henri Ginesty demandent comment était assuré l’approvisionnement en eau. Jean-Michel Lassure indique qu’un puits creusé dans le calcaire a récemment été retrouvé à Dunes, à côté des ruines d’un petit château. Gilles Séraphin rapporte que les recherches effectuées par le propriétaire du château d’Esclignac n’ont révélé aucun puits mais ont en revanche permis de repérer plusieurs fontaines réparties à une cinquantaine de mètres autour de l’édifice.
Jean-Michel Lassure présente une communication sur Les fouilles de l’Isle-Bouzon : bilan des campagnes 1997 et 1998, suivie d’une information sur le site du « Turas » à Dunes (Tarn-et-Garonne) :
« Les fouilles de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers) en 1998
Le site médiéval de Corné, à 400 m du village de L’Isle-Bouzon, castelnau fondé vers 1250, fait l’objet de recherches depuis 1987 : sondage d’évaluation (1988), fouille programmée (1989-1992), sondages complémentaires (1993 et 1995) et fouille programmée (à partir de 1997) (1). Elles ont montré que le site, dont la période d’occupation se place entre 1150 et 1250, comporte deux entités distinctes : une zone castrale et un habitat.
La campagne de fouilles de 1998 avait pour objectif de poursuivre, à l’Ouest de la zone castrale, le dégagement des habitations C et D et de déterminer l’étendue de l’habitat. Il était également prévu d’étendre les recherches à l’Est de l’habitation C pour tenter de mettre en évidence l’articulation des deux parties du site.Bâtiment C
Seul l’angle sud-est de l’habitation C restait à dégager à la fin de la campagne de fouilles de 1997. La mise en évidence, en 1998, d’une troisième zone foyère et tout un ensemble d’observations nous amènent a proposer de reconstituer comme suit les transformations successives subies par cette construction :
Phase I : bâtiment de plan rectangulaire
À l’origine se trouve un bâtiment rectangulaire (dimensions 8,70 x 5,40 m, soit 47 m2) orienté approximativement Nord-Sud. Sur un terrain en pente, il est protégé de l’humidité par un fossé (largeur max. 2,25 m ; profondeur 0,45 m ) qui, parallèle à sa face occidentale, se recourbe vers l’Est aux extrémités de façon à évacuer les eaux de ruissellement. Sa charpente est soutenue par seize poteaux de bois, 6 pour les grands côtés, 4 pour les autres. À trois reprises, son foyer central a fait l’objet de réfections selon un mode identique : avant la réalisation d’une nouvelle sole en argile, celle de la structure de combustion existante a été écrêtée pour mettre en place un radier de petites pierres calcaires soigneusement disposées en nappe arrondie. Son second foyer, dans l’angle sud-ouest, n’a par contre été refait qu’une seule fois et n’a jamais comporté de radier.
Phase II : construction d’un appentis à l’Est et à l’Ouest du bâtiment initial
Au cours de cette phase, l’adjonction d’un appentis sur chacun de ses grands côtés transforme la construction initiale en bâtiment à trois travées. L’absence d’alignement, sauf aux extrémités, des supports des constructions nouvelles avec ceux du bâtiment antérieur indique qu’il s’agit bien d’une extension.
Appentis ouest
Mesurant 8,70 x 1,80 m (superficie 15,60 m2), il communique avec le bâtiment primitif et comporte une zone foyère constituée de deux structures de combustion juxtaposées se superposant à une troisième.
Appentis est
Cette annexe (6,60 x 2,20 m, superficie 14,50 m2) borde en partie seulement la construction primitive, son extrémité sud étant en retrait d’un peu plus d’une travée. Elle communique avec le noyau initial de la construction et avec l’extérieur. Bien que nous n’ayons aucune preuve archéologique, il semble vraisemblable que cet appentis avait initialement la même largeur que la face orientale du bâtiment construit lors de la phase I. L’absence de zone foyère et la nature des vestiges mobiliers (outils de maréchal-ferrant – brochoir, renette – et crochet à foin) découverts à proximité immédiate semblent indiquer que cet appentis servait à abriter des animaux, chevaux et/ou vaches.
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L’ISLE-BOUZON, SITE DE CORNÉ. Plan de l’habitation C.
ZF = zone foyère. Le tracé de la rigole signalée dans le texte n’a pas été indiqué sur ce document.
Dessin J.-M. Lassure d’après les relevés réalisés par les participants au chantier de fouilles de 1995 à 1998.
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Phase III : extension sud
Le bâtiment à trois travées est agrandi en accolant, au Sud, une nouvelle construction qui augmente la surface habitable d’environ deux tiers.
La découverte, à 4,90 m au Sud du bâtiment initial et de l’appentis ouest, de quatre dés (il s’agit de moellons de calcaire taillés) placés en face des trous de poteaux de la paroi méridionale a d’abord fait penser que cette extension, pour laquelle deux zones foyères indiquent une fonction d’habitation, s’arrêtait un peu avant l’appentis oriental. Une troisième zone foyère, mise en évidence en 1998 à hauteur de ce dernier, apporte la preuve que la nouvelle construction, partagée en trois cellules dotées chacune d’une zone foyère, se prolonge à l’origine sur toute la face méridionale du bâtiment de la phase II.
Cette extension (9,40 x 4,90 m, superficie 46 m2) qui porte la superficie totale de l’habitation à 123 m2 s’effectue au détriment du fossé ouest qu’elle chevauche mais il est impossible de préciser si ce dernier est comblé à ce moment-là ou s’il l’est déjà. Un remaniement de l’extrémité orientale du bâtiment construit lors de la phase I l’a précédé : au Sud, plusieurs de ses poteaux – ceux corniers notamment – sont remplacés par d’autres de diamètre supérieur capables de soutenir la charpente de la construction nouvelle. Il est accompagné d’une restructuration interne : une murette en pierre sèche (hauteur maximale conservée 0,50 m), servant de solin tout en protégeant sans doute les parois de l’incendie, partage le bâtiment de la phase I en deux pièces de surface inégale, celle du sud, étroite (1,50 m), devenant un couloir à partir duquel on peut accéder à la partie ancienne de l’édifice et à la partie nouvellement construite. Toujours pour l’aménagement de ce couloir, l’appentis oriental est diminué d’une longueur correspondant à la largeur de ce dernier tandis qu’une murette en pierre sèche servant de solin à une paroi est élevée dans le prolongement de celle partageant désormais la construction initiale.
C’est aussi, semble-t-il, au cours de la phase III qu’est bâti un auvent au Nord de l’appentis ouest. Il est signalé par deux trous de poteau qui ne sont pas exactement alignés sur ceux de l’appentis et par une zone foyère constituée par la superposition de deux aires de combustion. Cet auvent est établi alors que le fossé ouest est déjà comblé.Phase IV : destruction de la partie orientale de l’extension sud et mise en place d’un cheminement (n° 3)
Une zone foyère constitue le seul indice en faveur de la présence, au cours de la phase III, d’une cellule au Sud de l’appentis oriental. En effet, un sondage dans le soubassement du cheminement qui longe la bordure méridionale de l’habitation C n’a pas amené la découverte de dés en pierre ou de cavités indiquant l’existence de poteaux soutenant une toiture. Il a cependant montré que la réalisation de ce cheminement qui aboutit à une zone libre en bordure de l’habitation D a eu lieu tardivement, après diminution d’un tiers environ de la surface de l’extension méridionale réduite dès lors à deux cellules. Un incendie pourrait être à l’origine de cette diminution de la surface de l’habitation : la présence de charbon de bois et un épandage de blocs de torchis noircis par le feu ayant pour but de niveler le sol à l’emplacement de la cellule semblent l’indiquer.
Quant au cheminement (no 2) qui aboutit au milieu du petit côté nord du bâtiment – une porte existe donc à cet endroit – et chevauche l’extrémité orientale, comblée, du fossé, on peut seulement avancer que sa mise en place a lieu après comblement de ce dernier et donc au plus tôt lors de la phase III. Il faut noter que les deux cheminements ont une structure identique : ils sont l’un et l’autre constitués par une couche de gravier de rivière jaunâtre répandue de façon assez lâche sur un soubassement de blocs calcaires non taillés disposés de façon plus ou moins serrée.
Les travaux de construction réalisés au cours de ces phases successives n’ont pas été accompagnés d’aménagements particuliers des sols d’occupation qui sont restés de même nature qu’auparavant, c’est-à-dire simplement constitués de dépôts anthropiques. Pour cette raison, les remaniements dont nous venons de faire état se lisent difficilement sur le plan horizontal ; ils ne sont perceptibles qu’en ce qui concerne les élévations. Il est de plus impossible de distinguer les niveaux d’occupation intérieurs aux structures bâties de ceux extérieurs.Zone libre de constructions à l’Est de l’habitation C
Une zone libre de constructions se développe à l’Est de l’habitation C. Sa largeur (2 m) a pu être établie au cours de cette campagne de fouilles mais ses limites au Nord et au Sud restent à déterminer. Des débris d’argile cuite provenant de l’écrêtement de foyers y constituent de larges plaques compactes et elle est jonchée de détritus d’origine domestique parmi lesquels se trouvaient notamment deux pièces de jeu d’échecs. Deux trous de poteau de petit diamètre disposés presque perpendiculairement au mur de l’appentis semblent indiquer des activités liées à l’élevage (soins ou ferrage).
Rigole
Cette zone est traversée par une rigole de profil concave et peu profonde (entre 10 et 20 cm) qui a été suivie sur toute la longueur de l’appentis est. D’abord parallèle à cette dernière, elle décrit ensuite un arc de cercle en direction de l’Est. Sa largeur varie entre 20 et 30 cm.. Sa profondeur augmente progressivement vers le Nord et sa fonction semble avoir été de recueillir et d’évacuer les eaux de pluie provenant de la toiture de l’habitation. Son comblement s’est effectué progressivement ; il est constitué de terre grise cendreuse à peine plus sombre que celle constituant le niveau de d’occupation de la zone traversée. À son extrémité, la rigole est encadrée par deux nappes de blocs de calcaire dont l’un est équarri.
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L’ISLE-BOUZON, SITE DE CORNÉ. Pièces de jeu d’échecs. Cliché H. Améglio.
Bien que cela n’ait pu être vérifié puisque l’on se trouve en limite de fouille, cette rigole se déversait sans doute dans la profonde structure excavée qui, des sondages l’ont montré, longeait l’habitat à l’Est. Son tracé a pu être reconnu sur une trentaine de mètres de longueur mais la présence de cultures a empêché l’identification de la totalité de son profil. Seule la berge occidentale a pu être observée, jusqu’à une profondeur de 2,70 m, qui paraît correspondre à la partie inférieure de l’excavation. Celle-ci a connu un comblement progressif et lent car son remplissage, constitué de terre grise cendreuse renfermant quelques tessons de poteries, est en grande partie homogène. Seule varie sa consistance qui, à la partie inférieure, se rapproche de celle de la vase. On note cependant l’existence le long de la paroi observable d’une zone de contact constituée de terre argileuse noircie et, dans la partie la plus profonde, d’une couche chargée de gravier. Dans un des sondages, plusieurs branches et un tronc d’arbuste ont été prélevés au bas du remplissage.
Aucune trace de palissade ou d’enclos n’a été mise en évidence entre l’habitat et le fossé. Placé à faible distance de l’habitation C, ce dernier constituait pourtant un danger pour les habitants et les animaux du fait de sa profondeur et de la forte pente de sa berge. Il ne fait cependant aucun doute que le fossé est contemporain de cette habitation car on n’observe aucune discontinuité dans la stratigraphie. Une plaque constituée de débris de foyer se prolonge jusque dans sa pente.Habitation D
À l’angle sud-ouest de la fouille, l’habitation D dont la présence était jusqu’ici connue par quatre trous de poteau a été en partie dégagée. Deux rangées de trous de poteau creusés dans le substrat géologique ont été localisés, permettant de reconnaître ses limites au Nord et à l’Est. Il est rapidement apparu que cette construction dont plusieurs foyers ont été retrouvés avait, elle aussi, été remaniée à plusieurs reprises.
Une observation importante a été effectuée lors du dégagement de cette habitation. Alors qu’il fallait jusqu’ici parvenir au sol géologique pour repérer les cavités d’implantation des trous de poteaux et établir le plan des constructions, celles-ci sont apparues en cours de fouille du fait de la présence parmi les couches d’occupation d’une strate argileuse résultant, semble-t-il, de la démolition de murs en pisé.
Un autre élément nouveau a été le dégagement sur une longueur de près de 10 m des vestiges – il s’agit pratiquement de traces – d’un mur en torchis arasé à la suite d’un incendie. D’une largeur variant entre 0,25 et 1 m selon les endroits, il a une orientation Nord-Est – Sud-Ouest qui ne correspond pas à celle des deux alignements de trous de poteaux signalés plus haut. Rendue délicate par une stratigraphie assez complexe, la fouille de cette habitation reste à compléter.
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Intervention sur le site du « Turas » à Dunes (Tarn-et-Garonne)
Pour la création d’une zone de loisirs, la commune de Dunes (canton d’Auvillar, Tarn-et-Garonne) (2) a acquis en 1998 une vaste parcelle en partie boisée située à 2,5 km au Sud-Ouest du village et occupant l’extrémité d’un promontoire qui domine d’une quarantaine de mètres la vallée de l’Auroue. Elle a entrepris l’année suivante la consolidation des ruines de la « tour » qui, attribuée aux Templiers (3), est établie sur la bordure nord de cette parcelle et a donné son nom à l’endroit : « Le Turas ».
Au cours des travaux, la curiosité a conduit à rechercher le puits à eau situé à proximité de cet édifice et dans lequel, selon la tradition locale, les Templiers auraient, vers 1310, préféré se précipiter avec leur « trésor » plutôt que de se rendre aux Anglais qui les attaquaient. Ce puits a été effectivement retrouvé : creusé dans le calcaire qui constitue le promontoire, il mesure 2,50 m de diamètre et sa profondeur est de 10 m. Son remplissage constitué de terre cendreuse et de galets s’est révélé dépourvu de tout vestige archéologique, à l’exception d’une moitié de fer à cheval.DUNES, SITE DU TURAS. Vestiges du château. Cliché C. Darles.
La recherche du puits et la mise en place d’un « puisatier » pour son curage ont nécessité le décaissement du terrain sur une surface d’une centaine de m2. En révélant l’existence de murs liés à la tour, les travaux ont permis d’établir que celle-ci était en fait le dernier vestige conservé en élévation d’un château de type gascon (4), mais ils ont aussi eu pour conséquence une destruction partielle de ce dernier et de son environnement archéologique.
Réalisée alors que les travaux de terrassement étaient pratiquement terminés, notre intervention s’est limitée à la prospection des déblais étalés à la surface d’un champ voisin (5). En dépit de conditions météorologiques difficiles, un relevé de la stratigraphie visible sur les parois de l’excavation a pu être réalisé par des étudiants de l’École d’Architecture de Toulouse sous la direction de leur professeur, M. Christian Darles assisté de Stéphane Palé, architecte. Il a été suivi par celui des structures mises au jour et de la partie encore en élévation du bâtiment.
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DUNES, SITE DU TURAS. Vestiges du château.
Relevés et dessins réalisés par Camille Houdart, Caroline Lafon, Olivier Blanc, Romuald Dobrzinski, Sébastien Pillard et Stéphane Pujol, étudiants à l’École d’Architecture de Toulouse, sous la direction de Christian Darles, architecte et professeur à l’E.A.T., et avec l’aide de Stéphane Palé, architecte.
Après un nettoyage réalisé, en ce qui concerne les objets métalliques, par M. Léo Barbé, le mobilier livré par le site du » Turas » est en cours d’étude. Il est particulièrement abondant et varié et nous ne pourrons qu’en donner un rapide aperçu.
Des gonds, des charnières-goupilles, des pentures, des crampons de menuisier parfois de grande taille (L. 8 cm) et des clous en fer de dimensions diverses constituent l’essentiel des éléments d’huisserie retrouvés. Rarement attestés sur les gisements médiévaux de la région, les moyens d’éclairage sont représentés par deux chandeliers en fer munis d’une tige (ou broche) permettant leur fixation dans la maçonnerie ou la menuiserie. C’est peut-être dans le socle trapézoïdal en alliage cuivreux doré et émaillé d’un chandelier qu’ont été découpées deux plaquettes trapézoïdales sur lesquels un écu de type français se détache en relief à l’intérieur d’une étoile à huit branches. Il est partagé en quartiers, une flagelle (?) figurant aux 1 et 4, une croix pattée à
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DUNES, SITE DU TURAS. Plaquette avec blason.
Cliché M.-T. Tinet-Lassure.
branches égales aux 2 et 3. À la base, trois feuilles de chêne sont disposées en triangle de part et d’autre du motif ; une simple feuille de lierre encadre sa partie supérieure.
De coffres plutôt que de portes proviennent deux fragments de serrures avec moraillon à auberon. Le palâtre de l’une d’elles est bien conservé : il est à bords concaves et une partie du mécanisme (pêne coulissant dans deux picolets et ressort le maintenant en position) subsiste au revers. À ces éléments s’ajoutent deux pênes à barbes et un ressort retrouvés isolément. Parmi les clés – elles sont à canon creux ou bénardes –, deux exemplaires paraissant tardifs (XIVe siècle) se distinguent par la complexité des découpures de leur panneton.
Plusieurs appliques en alliage cuivreux doré faisaient partie de l’ornementation de coffrets. De forme ovale, trois d’entre elles s’ornent d’un cabochon en cristal de roche. Elles sont fortement endommagés. L’une d’elles, dont la bordure des trous de fixation a été en partie arrachée, se prolonge par un appendice circulaire sur lequel quatre fleurs de lis en relief sont disposées en croix. Par leur technique de fabrication comme par leur forme générale, ces appliques s’apparentent aux branlants de harnais à cabochon de cristal de roche dont plusieurs exemplaires ont été recensés en Midi-Pyrénées au cours des dernières années : à L’Isle-Bouzon et à Samatan (Gers), dans la région de Montauban (exemplaire conservé au Musée Ingres) et à Bazillac (Hautes-Pyrénées). Les deux autres appliques sont respectivement en forme de torsade à deux brins et de bande étroite avec élargissement en carré.
La céramique est surtout constituée par des pots à lèvre éversée et panse globulaire utilisés pour la conservation ou la cuisson des aliments. Ils sont en pâte grise ou brun rouge avec parfois, sur l’épaulement, un décor incisé : trait en spirale ou ligne ondée en général simple parfois associée à des bossettes. Les poteries utilisées pour le transport et la conservation de l’eau – cruches à bec tubulaire (dournes) ou ponté (pégaus) – sont, pour la plupart, en pâte de couleur brun orangé. Elles ont reçu un traitement de surface consistant en un polissage général souvent organisé en fonction de cordons en relief. Un décor géométrique peint en blanc vient parfois se superposer à ce polissage. Fabriquées selon la même technique, quelques jarres sont à bord rentrant avec encoches permettant leur obturation par des couvercles à ergots de blocage (plusieurs ont d’ailleurs été retrouvés). La céramique glaçurée consiste surtout en récipients – des marmites, semble-t-il – à lèvre de profil rectangulaire. Un tesson de poterie en pâte blanche avec glaçure plombifère verte mouchetée provient d’un atelier saintongeais.
Tout un ensemble d’objets est lié aux activités agricoles. À l’élevage se rattachent quelques fragments de trompe d’appel en terre cuite de section polygonale, des morceaux de chaînes – l’une d’elles provient peut-être d’un licol – , une sonnaille rectangulaire en fer de grande taille, deux dès de sous-ventrière dont l’un avec rouleau facilitant le passage de la courroie lors du harnachement. D’un branlant de harnais, seule la partie mobile, en forme de croix, est conservée.
Parmi les fers d’équidé, il faut noter la quasi absence de ceux à âne (un seul exemplaire) si nombreux sur le site de Corné à L’Isle-Bouzon. Destinés à des chevaux, les autres fers se répartissent en deux catégories : les plus anciens, à étampures rectangulaires, sont étroits avec une rive externe ondulée ; les plus récents, à étampures carrées, possèdent des rives rectilignes.
L’outillage servant aux travaux des champs est représenté par des fragments de lames de faucilles, une serpette, un fer de piochon avec lame rectangulaire massive et un coutre de charrue, s’il faut identifier ainsi un objet massif ( L. 36,4 cm ; l. max. 6,2 cm) formé d’une lame droite prolongée par une douille ouverte (notre incertitude vient de ce que son emmanchement est différent de celui de tous les coutres médiévaux connus qui sont munis d’une soie).Quelques objets apportent des indications sur les activités artisanales. Au travail du textile se rapportent un fragment de lame de ciseau et plusieurs fusaïoles réalisées à partir d’un tesson de poterie. L’utilisation précise de deux burins de formes différentes et d’un marteau à deux dents de petite taille reste à établir.
Les accessoires vestimentaires métalliques sont particulièrement bien représentés. Il s’agit de boucles de ceinture à fenêtre simple ou double réalisées en alliage cuivreux doré et émaillé, d’appliques décoratives rectangulaires (banquelets) dont l’une, avec dentelures découpées sur les longueurs, a sa contrepartie à Montségur, d’un mordant de ceinture, d’un ferret de lacet formé d’une feuille de cuivre enroulée en cône et, enfin, de grelots obtenus en repliant, de façon à ce qu’elles se rejoignent, quatre languettes identiques découpées dans une plaquette réalisée par moulage en même temps que la bélière.
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DUNES, SITE DU TURAS. Boucles et chapes de boucles.
Desssin M. Barrère.
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Aux activités militaires et peut-être aussi à la chasse sont à rattacher une série de carreaux d’arbalète. Souvent tordus, ils sont presque tous à longue pointe de section carrée, modèle que l’on retrouve sur la plupart des sites régionaux. Deux exemplaires possèdent une tête tétraédrique. Contrairement aux premiers, les carreaux de ce modèle sont absents à Corné dont l’abandon se place vers 1250 ; ils sont par contre attestés sur de nombreux sites occupés au XIVe siècle comme le Castlar de Durfort (Tarn) ou Rougiers et La Môle (Var). Nettement plus massifs et lourds, trois autres carreaux, de modèles différents, étaient sans doute prévus pour être tirés par une arbalète à tour. Deux boulets de catapulte en pierre calcaire (diam. 73 cm, poids 14,6 kg) ont été également trouvés.
Deux matrices de sceaux semblent indiquer que le site avait une fonction administrative. La première montre d’une fleur de lis entourée de l’inscription RAMON GROS ; la seconde, gravée avec un soin particulier, un blason non identifié et une inscription restant à déchiffrer. Les trouvailles de telles matrices sont peu fréquentes car, servant à authentifier des actes, elles étaient détruites à la mort de leur propriétaire ou jetées dans un endroit difficile d’accès, un cours d’eau le plus souvent. À des activités religieuses se rapportent une enseigne de pèlerinage (XIVe siècle) du sanctuaire lotois de Notre-Dame de Rocamadour et un couvercle d’encensoir (deux fragments jointifs). Surmonté d’un bouton ovoïde percé de trous et sommé d’un anneau, celui-ci est hémisphérique. Son décor végétal inclut des animaux dont deux, en position adossée, sont conservés : un griffon aux ailes repliées et un lion dont les pattes antérieures sont levées.
Les six monnaies recueillies s’échelonnent entre le deuxième quart du XIIe siècle et le milieu du XIVe siècle. Il s’agit d’un denier de Morlaas (1er type, fin XIe – début XIVe siècle), d’un denier de Bordeaux, Guillaume X (1127-1137), d’une obole de Cahors (1249-1265), de deux double parisis de Philippe IV le Bel – ils appartiennent respectivement à la 1ère (1295-1303) et à la 2e émission (1303-1305) – et d’une monnaie anglaise, un gros d’Édouard I (1272-1307) ou III (1317-1355) (identification Francis Dieulafait).
En venant compléter les données fournies par les sites, occupés antérieurement, de la Gravette à L’Isle-Jourdain et de Corné à L’Isle-Bouzon, le mobilier provenant du Turras va, sans aucun doute, permettre une connaissance plus approfondie et sur une plus longue durée de la civilisation matérielle médiévale de la Gascogne. La qualité exceptionnelle de certaines pièces, recueillies en dehors de tout contexte archéologique, font regretter que les recherches n’aient, sur ce site dont la période d’occupation couvre les XIIIe et XIVe siècles, pu être réalisées dans des conditions scientifiques.
Jean-Michel LASSURE (U.M.R. 5608-U.T.A.H. C.N.R.S.)
Gérard VILLEVAL1. Sur ce site, cf. Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval, « Les fouilles médiévales (XIIe–XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers) », dans M.S.A.M.F., LVII (1997), p. 220-224 ; Jean-Michel Lassure avec la collaboration de Léo Barbé et Gérard Villeval, La civilisation matérielle de la Gascogne aux XIIe et XIIIe siècles. Le mobilier du site archéologique de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers), Université de Toulouse-Le Mirail, Framespa et Utah, 1998, 590 p.
2. La commune de Dunes est située sur la rive gauche de la Garonne, à l’extrémité ouest du département du Tarn-et-Garonne, sur les confins du Lot-et-Garonne et du Gers. Sa superficie est de 2319 hectares. Un dépôt de 490 monnaies gauloises à la croix, trouvé en 1978 à la ferme de Tartifume a été publié par Michel Labrousse, Jacqueline Labrousse et Richard Boudet (« Le trésor de monnaies gauloises à la croix de Dunes (Tarn-et-Garonne) », dans M.S.A.M.F., LIII (1993), p. 11-70 ; « Quelques remarques sur le dépôt de monnaies gauloises de Dunes (Tarn-et-Garonne) », ibid., p. 71-74).
3. L’existence de cette construction est mentionnée par Richard Boudet (Prospections aériennes en moyenne vallée de Garonne : de Lamagistère à Montech (Tarn-et-Garonne), Année 1992, Toulouse, Service Régional de l’Archéologie de Midi-Pyrénées). Selon Simon Jean (Templiers des Pays d’Oc et du Roussillon, Toulouse, Loubatières, 1998, p. 393-394), aucun texte ne permet d’affirmer la présence des Templiers à Dunes.
4. Un article concernant ces édifices vient d’être publié par Gilles Séraphin (« Salles et châteaux gascons. Un modèle de maisons fortes », dans Bulletin Monumental, 157-1, 1999, p. 11-42).
5. Fouille nécessitée par l’urgence absolue (SU no 003/99) et réalisée sous la direction de J.-M. Lassure à qui les travaux de terrassement avaient été signalés par M. Michel Ferrier. »
Le Président remercie Jean-Michel Lassure pour ces informations qui viennent compléter la publication récente que notre confrère a consacré aux fouilles de l’Isle-Bouzon, et remarque que les nouvelles découvertes ne semblent pas en remettre en cause fondamentalement les conclusions. Jean-Michel Lassure acquiesce en indiquant que pour l’essentiel le matériel mis au jour reste le même, sauf quelques pièces exceptionnelles comme une monnaie d’Auch ou les deux pièces d’échec en os.
À propos du site de Dunes rapidement présenté par Jean-Michel Lassure, le Président s’étonne des conditions de la « fouille ». Après avoir indiqué qu’il ne fallait pas y voir la manifestation d’une quelconque mauvaise volonté, Jean-Michel Lassure précise que le dégagement du site par un engin de terrassement a été effectué en juillet 1998, et que ce n’est qu’en novembre qu’il a pu intervenir avec quelques étudiants en architecture, procédant à quelques relevés des coupes stratigraphiques et au ramassage du matériel dans les terres enlevées et transportées un peu plus loin.
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Répondant au général Delpoux, Jean-Michel Lassure précise que c’est une douzaine de coquilles Saint-Jacques qui ont été retrouvées sur le site de Cornet à l’Isle-Bouzon.
Maurice Scellès demande si les bâtiments C et D ont montré la même accumulation de détritus qui avait été observée à l’intérieur des autres bâtiments. Jean-Michel Lassure dit que c’est en effet le cas, l’accumulation provoquant une montée du niveau des sols qui est également démontrée par les surhaussements successifs des soles des foyers. Après avoir évoqué les cuisines de l’abbaye de Tournus où les fouilles ont permis d’observer d’importantes couches de détritus domestiques, Maurice Scellès signale en revanche le bâtiment d’habitation d’un manse du Xe siècle, récemment fouillé par Sébastien Poignant dans le Lot, qui semble au contraire témoigner d’un nettoyage régulier. Pour Nelly Pousthomis-Dalle, c’est probablement la nature du sol qui importe, d’autant que les sites établis sur un substrat rocheux conservent souvent moins bien les sols d’occupation ; elle ajoute que Yan Laborie a mis en évidence sur un site de Dordogne une accumulation de lamelles de sédiments apportées du dehors. Jean-Michel Lassure indique que des jonchées d’herbe et de paille pouvaient être répandues dans les pièces pour les assainir.
Au titre des questions diverses, Anne-Laure Napoléone donne des informations sur le travail d’inventaire du fonds photographique de la Société, qu’elle a entrepris depuis quelques mois. Ce fonds est composé de plaques de verre, de tirages papiers de différents formats et de films négatifs. La plus grande partie est conservée à la S.A.M.F., une autre a été déposée au Musée Paul Dupuy.
« Le but de ce travail d’inventaire est tout d’abord de redécouvrir ce fonds dont plus personne ne sait ce qu’il contient. Il s’agit ensuite de tout mettre en œuvre pour le conserver dans les meilleures conditions. Le travail s’effectue pour l’instant sur les plaques de verre qui sont nettoyées puis numérotées et rangées dans des enveloppes de papier neutre. Il s’agit encore d’en permettre la consultation, et les images numérisées sont ainsi versées avec leurs fiches sur le site internet de la Société. Toutes ces photographies constituent le fonds ancien, mais un fonds moderne est désormais ouvert pour recevoir les dons qui pourraient venir l’enrichir.
Maurice Scellès présente les photographies de deux tableaux sauvés tout récemment de la disparition. M. Bertrand Ducoureau, conservateur du patrimoine chargé des objets mobiliers à la Conservation régionale des monuments historiques, vient en effet de faire restaurer cinq toiles qui se trouvaient abandonnées dans une dépendance de la cathédrale de Cahors, dont deux se sont révélées d’une iconographie peu courante.
La chance a voulu qu’un article de Bertrand de Viviès, consacré à une sainte mercédaire, Sainte Natalie la méconnue (Bulletin de la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres du Tarn, n° XLVIII, 1994, p. 311-319) reproduise une gravure illustrant les principaux saints de l’ordre de la Merci. L’une des vignettes représente sainte Marie des Secours, invoquée pour calmer les tempêtes, que le costume, habit blanc et voile noir, et la scène permettent de reconnaître dans le tableau de Cahors. La seconde toile figure une autre sainte mercédaire en prière, sans doute sainte Natalie à laquelle le Christ désigne la croix comme « la voie la plus sûre de la victoire » (B. de Viviès, op. cit., p. 318) : un examen direct permettrait sans doute d’identifier sur le vêtement de la sainte les armoiries de l’ordre de la Merci, juste sous l’angelot du fermail du manteau. Le couvent de la Merci de Cahors,
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![]() CAHORS : SAINTE MARIE DES SECOURS, | ![]() CAHORS : SAINTE NATALIE, |
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dont l’église subsiste en grande partie, se trouvait au faubourg Saint-Georges, un peu avant le pont vieux remplacé aujourd’hui par le pont Louis-Philippe.
SÉANCE DU 4 MAI 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire Général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Prin, Mgr Rocacher, M. Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, MM. Bertrand, Ginesty, Manuel, Molet, membres correspondants.
Excusés : M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Cazes, MM. Burroni, le général Delpoux.
Invité : M. Gaussens.
Le Président ouvre la séance et rend compte de la correspondance manuscrite. À côté de plusieurs courriers d’excuse pour la séance publique, c’est M. Patrick Périn qui nous remercie pour l’envoi du dernier volume de nos Mémoires, dont il souligne la qualité tant pour le contenu des articles que pour l’édition ; il nous adresse à son tour le volume des journées de l’Association Française d’Archéologie Mérovingienne : Des royaumes barbares au regnum francorum. L’occident à l’époque de Childéric et de Clovis (vers 450 – vers 530). Actes des XVIIIe Journées Internationale d’Archéologie Mérovingienne, Saint-Germain-en-Laye, Musée des Antiquités Nationales. 23-24 avril 1997, A.F.A.M., 279 p. (Antiquités Nationales, t. 29, 1997).
Le Président évoque la séance publique qui a eu lieu la veille au soir et félicite à nouveau notre confrère Michel Roquebert qui nous a tenu sous le charme avec un récit très vivant emprunté aux meilleures sources de la croisade. L’auditorium de Saint-Pierre en a été le cadre idéal.
Le Président souhaite la bienvenue à Henri Molet, qui prend séance ce soir, et félicite Michèle Pradalier-Schlumberger qui a reçu un prix sur la fondation Fayolle, décerné par l’Académie des Jeux Floraux, pour sa thèse publiée sous le titre Toulouse et le Languedoc : La sculpture gothique XIIIe–XIVe siècles.
Puis le Président signale plusieurs dons qui viennent enrichir notre bibliothèque :
– Michel Roquebert offre des tirés à part et plusieurs numéros de la Revue de Comminges, dont les doubles seront donnés à une autre bibliothèque publique ;
– nous recevons de la part du Musée Saint-Raymond, son nouveau catalogue paru à l’occasion de son inauguration : Le Musée Saint-Raymond, musée des antiques de Toulouse, par Daniel Cazes, avec la collaboration de Évelyne Ugaglia, Lydia Mouysset, Quitterie Cazes, Vincent Geneviève et Jean-Charles Arramond, Toulouse-Paris : Musée Saint-Raymond – Somogy Éditions d’Art, 1999, 191 p. ;
– de la part de Maurice Scellès, un tiré à part d’Hervé Leblond, Conception statistique de la mesure et architecture romane. Les mensurations originelles de l’église Sainte-Marie de Moirax, dans Cahiers de métrologie, t. 16 (1998), p. 51-81.
– de la part de M. Jean Faragou, par l’intermédiaire de Louis Latour, les quatre premiers volumes de la revue Histoire et tradition carbonnaise.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 6 et 27 avril derniers, qui sont adoptés.
Daniel Cazes présente alors son rapport sur la candidature de M. Vincent Geneviève, qui est élu membre correspondant de notre Société.
La parole est alors à Bruno Tollon pour une communication intitulée Autour de Dame Tholose, publiée dans ce volume (t. LIX, 1999) de nos Mémoires.
Le Président remercie Bruno Tollon pour cet exposé qui montre combien l’enquête s’est enrichie des sources iconographiques et intellectuelles tandis que l’analyse stylistique permet de préciser les rapports que l’œuvre de Jean Rancy entretient avec la gravure bellifontaine.
En réponse à une question de Michèle Pradalier-Schlumberger, Bruno Tollon indique que les sondages réalisés lorsque la statue se trouvait à l’atelier de restauration ont été très limités et que Jean-Louis Laffont n’a pu observer que quelques traces de dorure.
M. Gilles fait remarquer que Jean de Boyssoné ne donne certes pas le meilleur exemple de l’exaltation de Toulouse, ce dont témoigne toute sa correspondance : il est vrai qu’il avait eu de nombreux démêlés avec cette ville et en avait subi l’humiliation suprême. Le milieu intellectuel toulousain est généralement en assez grande opposition avec les capitouls qui se recrutent dans un tout autre milieu. Bruno Tollon en convient et note que l’on peut se demander quelle était l’influence de ce milieu humaniste, dont on sait qu’il n’était pas unitaire. Il dit qu’il a cherché à retrouver les allusions aux auteurs latins qui avaient célébré Tolosa, alors que les témoignages confirmaient que Toulouse étaient considérée, au même titre que Lyon, comme une ville littéraire. M. Gilles apporte de l’eau au moulin en indiquant que la société judiciaire de Toulouse est très italianisée dans les années 1550 alors qu’une partie du personnel fait ses études de droit à Padoue ou à Sienne ; leurs œuvres contiennent de nombreuses citations des auteurs classiques, et non plus des recueils de Justinien.
Répondant à Pascal-François Bertrand, Bruno Tollon précise que les couronnes ont été substituées au XIXe siècle à l’écu et au guidon qui servait de girouette, transformant la Tholose de Jean Rancy en renommée.
M. Hermet rappelle que lors de la précédente communication (Bulletin de l’année académique 1994-1995, dans M.S.A.M.F.,
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 299
t. LV, 1995, p. 242-243), Henri Ginesty avait émis le vœu que Dame Tholose soit dignement présentée dans le grand escalier de l’hôtel de Ville qui conduit à la salle des Illustres. Les Toulousains de Toulouse ont repris ce souhait dans L’Auta, et M. Hermet ajoute qu’il semble que la Mairie n’y serait pas hostile. Henri Pradalier demande qu’elle soit descendue sans tarder de la colonne Dupuy, où elle pourrait être remplacée par un moulage, afin d’être mise à l’abri, protégée et étudiée. Bruno Tollon indique que les entretiens qu’il a pu avoir avec les conservateurs et les restaurateurs permettraient en outre d’envisager une exposition autour de cette œuvre remarquable.
Au titre des questions diverses, M. André Hermet présente à la Compagnie un dessin de la fontaine monumentale de la place Bourbon à Toulouse en 1815 :
« Le 2 septembre 1815, la fille aînée de Louis XVI, duchesse d’Angoulême, arriva à Toulouse. Elle fit son entrée dans la ville par la porte Villeneuve, située à l’époque à l’emplacement actuel de la place Wilson, face à la rue Lafayette nommée alors rue du Petit-Versailles. Pour l’occasion, la porte fut élargie par la démolition de la loge du portier et du bureau de l’octroi. Une estrade fut dressée de part et d’autre d’un arc de triomphe formant entrée de la rue. Toutes les rues suivies par le cortège jusqu’au palais de la préfecture furent décorées. La place Bourbon, aujourd’hui place des Carmes, fut enrichie d’une fontaine monumentale, édifiée par la municipalité pour fêter cet événement.
TOULOUSE, FONTAINE MONUMENTALE DRESSÉE PLACE BOURBON le 2 septembre 1815.
Gravure, collection particulière.Alphonse Bremond, libraire toulousain et érudit, livra ces informations dans un petit ouvrage relatant les faits principaux survenus à Toulouse pendant la première moitié du XIXe siècle. Il relate la visite de la duchesse, ses déplacements et réceptions dans la ville, nous apprend que la rue du Petit-Versailles fut baptisée rue d’Angoulême, indique la construction de la fontaine monumentale de la place Bourbon mais n’en donne aucune description.
Une description en fut donnée par le Journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne du mercredi 20 septembre 1815. Cette fontaine fut élevée suivant une tradition ayant marqué au siècle précédant la célébration d’événements mémorables. Ainsi dans le catalogue de l’exposition « Images et fastes des capitouls de Toulouse », le conservateur du Musée Paul-Dupuy a présenté plusieurs de ces décorations, telles celles des feux d’artifice célébrant la convalescence de Louis XV, en 1744, du renouvellement du vœu des capitouls en 1762 ou encore du retour du Parlement en 1775, véritables monuments aussi imposants qu’artistiques.
M.S.A.M.F., t. LIX, p. 300
En revanche la fontaine monumentale élevée sur la place Bourbon en 1815, citée par plusieurs historiens de Toulouse, n’a pas fait, à notre connaissance, l’objet d’une présentation imagée.
Au hasard de nos recherches, nous avons trouvé parmi divers papiers, un dessin à la plume aquerellé sur papier, représentant cette fontaine monumentale. Le format de ce document est réduit. Dans la marge inférieure figure la mention manuscrite suivante encore lisible : « Exécuté sur la place Bourbon à Toulouse le 2 septembre 1815 pour l’arrivé [sic] S.A. Rle Duchesse d’Angoulème ».
Cette fontaine, élevée provisoirement, était située au centre du terrain antérieurement occupé par le couvent, l’église et le cloître des religieux des grands carmes ainsi que par la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel. Tout cet ensemble fut démoli après la visite de Napoléon à Toulouse en 1808. En 1815, l’endroit était vaste et dégagé, planté de quelques jeunes arbres ; on pouvait donc y dresser une fontaine de vastes dimensions.
Avant de donner une description de ce monument, indiquons que l’idée de sa construction revint aux membres d’une compagnie de la garde nationale, celle commandée par un nommé Courtois. Pour réaliser ce projet, une souscription fut ouverte et les membres de cette compagnie se rendirent dans les maisons les plus distinguées de la ville pour recueillir les fonds nécessaires à l’entreprise. Il fut décidé que la fontaine serait spécialement dédiée à Henri-le-Grand. Le plan en fut dressé « par un artiste habile » et il fut arrêté par les membres de la Société des Beaux-Arts. En voici une description d’après le Journal de Toulouse, du 20 septembre 1815.Cette fontaine monumentale supporte donc la statue d’Henri IV, placée dans un petit temple. Le soubassement est circulaire et sert de bassin. Le bassin est divisé en quatre parties séparées par des piédestaux sur lesquels sont couchés des lions. L’alimentation en eau provient d’une douzaine de mascarons disposés à la base des panneaux sur lesquels sont gravées des inscriptions. Les panneaux sont séparés les uns des autres par douze termes ornés de têtes de naïades. Le soubassement se termine par une galerie circulaire comprise entre les têtes des naïades et un deuxième socle également circulaire plus petit que celui sur lequel il repose. Ce deuxième socle est divisé en quatre parties par des pilastres entre lesquels des bas-reliefs « en marbre blanc » représentent les quatre saisons de l’année.
La statue d’Henri IV, en marbre blanc, est entourée de douze colonnes d’ordre corinthien « en marbre gris veiné ». Elle est posée sur un socle élevé sur lequel est gravé ce vers : « Il fut de ses sujets le vainqueur et le père ».
Toujours d’après le Journal de Toulouse, la frise de ce petit temple, toujours en marbre blanc, est sculptée de génies tenant guirlandes et couronnes avec les chiffres d’Henri IV et les armes de la ville de Toulouse. Les bases des colonnes n’ont point de plinthes (c’est le contraire sur le dessin). Enfin, la coupole recouvrant le temple est en ardoise et elle est surmontée d’une renommée.
On ne peut citer toutes les inscriptions tracées sur le monument ; elles sont en vers. Ces inscriptions, aux textes de circonstance, faisaient partie des traditions. Lors des festivités honorant un personnage ou marquant un événement, elles couvraient les portiques, colonnades et arcs élevés le long des rues et sur les places.
Le Journal de Toulouse, admiratif, n’hésitait pas à affirmer que « l’architecte, le peintre et le sculpteur qui ont concouru à la construction et à la décoration de cette fontaine, ont tous également droit aux suffrages des hommes de goût ».
Sur le dessin que nous possédons, le site compte une rangée de jeunes arbres, à droite et à gauche de la fontaine, à travers lesquels on peut apercevoir des entrées de maisons bordant la place. La fontaine paraît vraiment monumentale si l’on en juge par la taille des trois personnages figurés, deux militaires en faction et un cavalier. Cette disproportion a été certainement voulue par le dessinateur pour rendre la fontaine plus imposante.C’est donc une œuvre remarquable, mais une œuvre qui soulève une question d’importance. A-t-on vraiment réalisé un monument dont le décor sculpté abondant et la statue d’Henri IV aurait été entièrement en marbre ? Et cela en quelques jours seulement !
On peut rappeler qu’une délégation de notables toulousains se rendit à Bordeaux au mois d’août pour solliciter auprès de la duchesse sa venue à Toulouse, venue qui ne fut accréditée que le 28 août et fixée au 2 septembre. Aussitôt, le corps municipal réuni nomma une commission pour traiter des cérémonies et des préparatifs de la réception. Fut alors fixé l’itinéraire du cortège ainsi que le programme des festivités. Dans une lettre datée du 27 août, le duc d’Angoulême confirmait la venue de la duchesse et annonçait qu’il venait d’obtenir du général espagnol Castagnos qu’il évacue avec ses troupes le territoire français et se retire en Espagne. Cette annonce ne pouvait qu’amplifier la ferveur populaire pour les jours suivants et stimuler l’autorité municipale.
Les données sur la fontaine monumentale de la place Bourbon avait paru, rappelons-le, le mercredi 20 septembre dans le Journal de Toulouse. Cette même feuille d’information, dans son édition du 4 septembre relatant l’entrée de la duchesse à Toulouse et le trajet suivi par le cortège, citant la fontaine de la place Bourbon, précisait : « Ce monument est le modèle d’une fontaine en représentation de celle qui doit être construite sur cette place ».
C’était donc, à notre avis, une maquette, où le bois peint en faux-marbre faisait illusion, surtout à celle qui passait en calèche, encadrée de cavaliers, entre deux rangées de Toulousains manifestant leur enthousiasme. »
Le Président remercie M. Hermet et note que cette statue d’Henri IV compterait parmi les premiers exemples d’une iconographie que la Restauration a multipliée. Une enquête du côté des légitimistes de la Société des arts permettrait peut-être d’en mieux comprendre les motivations.
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SÉANCE DU 18 MAI 1999
Présents : MM. Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Cabau, Secrétaire adjoint ; Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Mgr Rocacher, le Père Montagnes, MM. Nayrolles, Prin, Pradalier, Roquebert et Vézian, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Napoléone, Pousthomis-Dalle, Pujalte, Stutz ; MM. Boudartchouk, Geneviève, Hamon et Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Peyrusse, Président, Scellès, Secrétaire général ; le général Delpoux.
La séance s’ouvre à 17 heures sous la présidence du Directeur. Daniel Cazes commence par annoncer que l’Académie des Jeux Floraux vient de distinguer l’un de nos confrères, Maurice Prin, en le nommant maître ès Jeux. Après avoir félicité M. Prin au nom de notre Compagnie, il rappelle l’action exemplaire que celui-ci mène depuis des années en faveur du Patrimoine. Puis il accueille M. Vincent Geneviève, que notre Société a élu au titre de membre correspondant lors de sa précédente séance. La parole est ensuite au Secrétaire adjoint pour la lecture du procès-verbal de cette séance, tenue le 4 mai, lequel est adopté.
Ayant rendu compte de la correspondance imprimée, le Directeur cède la parole à Olivier Testard pour la communication du jour, intitulée : La vieille nef de la cathédrale de Toulouse et ses origines.
Daniel Cazes remercie notre confrère et souligne l’intérêt d’une étude qui présente le point de vue de l’architecte face à un édifice très complexe, difficile à comprendre et à expliquer. Les dessins figurant en élévation les cathédrales romane et gothique apparaissent comme particulièrement démonstratifs. Le Directeur fait ensuite appel aux observations et aux questions de la Compagnie.
Jean Nayrolles se déclare frappé par les similitudes que la façade occidentale de la cathédrale offre avec le massif occidental de Saint-Sernin ; il semble qu’il y ait eu comme un « dialogue » des deux chantiers. Olivier Testard confirme que les échanges sont certains, ainsi que l’ont montré les travaux de Quitterie Cazes (M.S.A.M.F., t. LIV, 1994, etc.) ; il ajoute cependant que si la mise en parallèle des façades des deux édifices est pertinente jusqu’à l’arcature du premier étage, la partie supérieure de celle de Saint-Sernin n’est pas comparable avec celle de Saint-Étienne du point de vue de la maîtrise de la construction : alors que le grand arc de décharge de la cathédrale est parfaitement conçu et réalisé, celui de l’ancienne abbatiale paraît très maladroit, très fruste ; il est de plus bien postérieur, ayant été bâti au XIVe siècle, voire au XVIIe selon Jean Deilhes (mémoire de maîtrise, Toulouse-Le Mirail, 1989).
Daniel Cazes intervient à propos de la restitution proposée pour la cathédrale romane, qui lui paraît manquer d’élévation : il aurait imaginé une nef principale plus haute. Olivier Testard dit qu’il a opté pour une restitution moins basse que celle qui était proposée jusqu’à présent, mais que la représentation en perspective cavalière tend à « écraser » quelque peu l’édifice. Quitterie Cazes indique pour les bas-côtés une élévation de l’ordre de 15 ou 20 mètres. Olivier Testard ajoute que le contrefort roman chemisé dans le contrefort gothique, sur le flanc nord de la nef, a une hauteur de 10 mètres, à quoi il faut ajouter l’épaisseur du remblai qui en dissimule la base.
Henri Pradalier aborde ensuite la question du voûtement des collatéraux de l’édifice roman et pose le problème de l’existence ou de l’absence de tribunes. Quitterie Cazes dit qu’il est difficile de se prononcer : ayant fait observer que le niveau de départ des fenêtres des murs goutterots se situe à une hauteur de 6 ou 7 mètres, elle note que le nombre des chapiteaux romans remployés au début du XIIIe siècle pourrait être un indice de la présence de tribunes. Olivier Testard souligne par ailleurs la différence de parti existant entre, d’une part, les deux travées romanes les plus proches du massif occidental et, d’autre part, les travées situées plus à l’Est. Il dit s’être inspiré de la volumétrie de Saint-Sernin pour sa restitution du Saint-Étienne roman, et il n’accorde à cette représentation qu’une valeur évocatoire. En revanche, il a pu proposer pour la façade et pour la nef de la cathédrale gothique des restitutions beaucoup plus assurées, car fondées sur la réalité même du monument.
Henri Pradalier pose la question du passage du vaisseau unique en berceau brisé à une nef formée d’une succession de croisées d’ogives. Pour Olivier Testard, l’analyse des arcs de décharge latéraux de la nef de la cathédrale de Toulouse montre que ses voûtes sont différentes de celles de l’ancienne abbatiale Saint-Pierre de Moissac, de l’ancienne cathédrale Saint-Pierre de Maguelonne, ou de l’ancienne abbatiale Sainte-Marie de Flaran. À Saint-Étienne, le recours aux arcs formerets est lié à la hauteur des fenêtres ; la série de croisées d’ogives a la même fonction qu’une voûte en berceau brisé, en ce qu’elle porte la toiture, et c’est le choix de baies de grande hauteur qui a déterminé l’évolution vers la croisée d’ogives. Ce système constructif, qui n’était encore que localisé à Maguelonne, se trouve systématisé à Toulouse.
Henri Pradalier veut ensuite savoir si les voûtes de Saint-Étienne sont conçues comme des voûtes d’arêtes, ou s’il s’agit de véritables croisées d’ogives, autrement dit s’il faut les considérer ou non comme archaïques. Quitterie Cazes rappelle l’utilisation des croisées d’ogives dans l’architecture cistercienne dès le XIIe siècle ; il y aurait à Saint-Étienne une amplification de ce procédé de voûtement. Elle insiste sur le fait que la nef de la cathédrale toulousaine correspond à un parti architectural déterminé par l’évêque Foulque (1205-1231), ancien moine et abbé cistercien. Henri Pradalier abonde en ce sens. Il note que la maîtrise de la nef unique sur une grande largeur avait déjà été obtenue par le moyen d’une file de coupoles, comme à la cathédrale Saint-Étienne de Cahors. Puis il se demande si la voûte de la travée la plus orientale de la nef toulousaine est bien la plus ancienne des trois, comme l’a indiqué Daniel Drocourt (Cahiers de Fanjeaux, n° 9, 1974). Pour Olivier Testard, la croisée en question est effectivement antérieure aux deux autres, mais elle n’est pour autant archaïque : si cette voûte présente une protection provisoire de briques posées à plat, couverture dont les deux autres sont dépourvues, les matériaux employés dans les trois travées sont les
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mêmes. Henri Pradalier lui ayant demandé si, pour l’ensemble des travées, le mode de construction des voûtes est identique, Olivier Testard répond par l’affirmative ; il précise que les voûtains sont très probablement posés sur les ogives. Louis Latour s’enquiert de savoir s’il existe une différence d’épaisseur entre les voûtes en berceau et celles sur croisées d’ogives. Olivier Testard lui indique que les voûtains de Saint-Étienne ont une épaisseur supérieure à 36 centimètres.
Michèle Pradalier-Schlumberger s’intéresse ensuite au problème de la cohérence entre la sculpture et la structure. Olivier Testard explique la difficulté qu’il y a d’établir une relation chronologique directe entre une maçonnerie de brique et les éléments sculptés qu’elle comporte : une sculpture peut être exécutée de façon prévisionnelle, puis être mise en réserve en attendant sa mise en place, laquelle peut intervenir dans un délai variable ; il peut ainsi être hasardeux de dater une structure par la sculpture.
Michèle Pradalier-Schlumberger se demande s’il est possible de faire remonter la date de la grande rose de la façade occidentale aux toutes premières décennies du XIIIe siècle. Daniel Cazes, qui a étudié cette rose et l’a comparée à celles des abbatiales de Grandselve, de Santes Creus et de la vieille cathédrale de Lérida (Revue de Comminges, t. XCIII, 1980), indique qu’une datation des années 1210 ou 1220 lui paraît tout à fait envisageable. Henri Pradalier note que, là encore, on se trouve dans l’ambiance cistercienne ; il estime d’ailleurs que, en matière d’innovation architecturale, la Catalogne a pu précéder le Languedoc. Daniel Cazes fait cependant observer qu’il nous manque, pour pouvoir en juger, un édifice majeur : l’ancienne abbatiale cistercienne Sainte-Marie de Grandselve, détruite peu après la Révolution.
Patrice Cabau intervient pour dire qu’une datation « haute » de la nef de Saint-Étienne s’accorde parfaitement avec le contexte historique des environs de 1215, époque à laquelle l’évêque de Toulouse peut enfin disposer des moyens de restaurer la mater ecclesia de son diocèse ; il annonce pour l’année prochaine une communication sur la date du lancement de la reconstruction de la cathédrale Saint-Étienne par l’évêque Foulque.
SÉANCE DU 1er JUIN 1999
Présents : MM. Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Latour, Bibliothécaire-archiviste ; Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire adjoint ; MM. l’abbé Baccrabère, le général Delpoux, Pradalier, Mgr Rocacher, M. Roquebert, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, D’Ercole, Fronton-Wessel, Pujalte, MM. Burroni, Luce, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Mmes Cazes, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, M. Boudartchouk.
Le Directeur ouvre la séance en demandant à la Compagnie d’excuser l’absence de notre Président.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 18 mai, qui est adopté.
Après avoir réexaminé la question, Henri Pradalier souhaite apporter un complément à la discussion sur la nef de la cathédrale Saint-Étienne, en regrettant que notre confrère Olivier Testard n’ait pu se libérer pour ce début de séance. Contrairement à Olivier Testard qui semble privilégier des origines locales, Henri Pradalier pense que l’influence des édifices cisterciens a été déterminante et il cite la nef de Santes Creus, en Catalogne, entièrement voûtée sur croisées d’ogives à arcs diagonaux à profils carrés dès 1178. Après que Daniel Cazes a rappelé que la rose de Lérida a été conçue et taillée dans les années 1210, Henri Pradalier note que si l’on admet un début des travaux immédiatement après l’arrivée de Foulque sur le siège épiscopal de Toulouse, il est difficile placer la construction de la façade dès 1210. Par ailleurs, il ne croit pas à des chapiteaux de fenêtres qui auraient été sculptés à l’avance et seraient restés sans emploi pendant plusieurs années. Si le fait est à peu près assuré aujourd’hui pour des tympans, la même hypothèse lui paraît peu crédible pour de la petite sculpture d’accompagnement.
Le Secrétaire général rend compte de la correspondance électronique et signale en particulier à l’attention de la Compagnie le courrier de madame Jacqueline d’Ulmo à la recherche de renseignements sur sa famille. Michel Roquebert dit avoir quelques fiches sur cette famille, qu’il fera parvenir au Secrétaire général. On signale encore l’Histoire des vieilles familles toulousaines, de Jean Navelle, en onze volumes, qui sera consulté avec profit et l’on fait remarquer que notre Société devrait acquérir les petits fascicules qui paraissent actuellement. Le Directeur souligne combien il est souhaitable que notre Société réponde autant que faire se peut aux demandes de renseignements qui lui sont adressées.
La parole est alors à Jean-Marc Luce pour une communication sur Le pied de miroir (?) péplophore, en bronze, du musée de Rodez.
Le Directeur remercie Jean-Marc Luce de nous avoir présenté cet objet qui nous rappelle opportunément les très belles collections du Musée Fenaille, actuellement en rénovation et dont on attend la réouverture.
Répondant à Gabriel Burroni, Jean-Marc Luce confirme que l’animal présenté en offrande est un lièvre.
Henri Pradalier ayant fait remarquer que Jean-Marc Luce proposait un bouleversement complet de la classification des groupes de pieds de miroir péplophores, celui-ci note que les rapports entre les bronzes et les terres cuites n’ont pas été assez étudiés, en particulier parce que de nombreuses découvertes ont été faites depuis les années 1930. Il lui paraît en outre qu’il devient difficile de distinguer des styles régionaux à partir de la fin du Ve siècle.
Confirmant que le lièvre n’a certainement pas été ajouté, Cecilia D’Ercole indique qu’il s’agit d’une offrande que l’on rencontre fréquemment, le plus souvent dans un contexte érotique. Comme elle s’étonne que Langlotz adopte une classification en rapport avec le site de Cléonai qui n’a pourtant livré aucune pièce comparable, Jean-Marc Luce précise que cet auteur adopte
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une solution médiane et n’emploie le terme que placé entre guillemets. Répondant à une autre question de Cecilia D’Ercole, Jean-Marc Luce indique que les miroirs de grande Grèce, le plus souvent portés par des figures de garçon, sont trop différents pour permettre des rapprochements avec le groupe étudié.
Le Directeur s’interrogeant sur les modes de production, Jean-Marc Luce précise qu’il s’agit d’objets réalisés à la cire perdue, dont on connaît aujourd’hui, toutes périodes et types confondus, environ deux centaines d’exemplaires ; aucun atelier correspondant à cet type de production n’a été retrouvé. Il ajoute que le pied de miroir de Rodez n’est pas doré bien que les photographies présentées en donnent l’illusion.
L’abbé Baccrabère rappelle que la coiffure est souvent un indice chronologique, et Jean-Marc Luce dit que celle de la figurine est en effet caractéristique de la période, et qu’on la retrouve d’ailleurs plusieurs des groupes stylistiques. Il remarque en outre que si les terres cuites présentent parfois des coiffures particulières correspondant à des types régionaux, l’observation n’est certes pas aussi évidente avec les bronzes.
Louis Latour demande s’il n’est pas possible que le disque du miroir ait été porté par un croissant intermédiaire tandis que l’abbé Baccrabère et Maurice Scellès voudraient être sûrs qu’aucune trace complémentaire ne subsiste et que l’objet n’a pas été retaillé. Jean-Marc Luce exclut cette dernière hypothèse et après avoir confirmé que l’objet ne présentait aucune trace d’attache ou d’arrachement, il insiste sur le fait que l’objet conservé au musée de Rodez ne permet de ce point de vue aucun parallèle, ce qui rend incertaine son identification comme pied de miroir. Il est loisible d’imaginer que l’artiste, habitué à faire des miroirs, ait en fait voulu faire un autre objet.
Mme Blanc-Rouquette rappelle que le XIXe siècle a remis à la mode ce genre de miroir, et qu’il est alors devenu assez fréquent.
Le Directeur demande si ce type d’objet a été repris à l’époque romaine. Jean-Marc Luce répond qu’il n’en connaît pas d’exemple postérieur aux années 450-440 av. notre ère, le miroir sur pied étant ensuite remplacé par le miroir à boîte.
Le Directeur prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 1999-2000
Tome LX (2000)
Lire le compte-rendu
Le Bulletin reproduit les comptes rendus des séances qui, tout au long de l’année, sont régulièrement mis en ligne sur le site Internet de la Société archéologique où il demeure consultable. Les quelques passages non reproduits par l’édition papier sont signalés par leur adresse précise sur le site Internet :
(www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/t_60/bul20001.htm)
Les parties non reproduites dans l’édition papier apparaissent en vert dans cette édition électronique.
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SÉANCE DU 5 OCTOBRE 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, Napoléone, MM. Hermet, Nayrolles, Prin, Tollon, le Père Montagnes, membres titulaires, Mmes Aribaud, Fraïsse, Fronton-Wessel, Jimenez, Pujalte, MM. Gillis, Hamon, Lapart, Mange, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusé : Mgr Rocacher.
Le Président déclare ouverte l’année académique 1999-2000, en faisant remarquer que cette séance précoce correspond aux modifications annoncées du fonctionnement de notre Société et que les rentrées académiques auront lieu à l’avenir le premier mardi du mois d’octobre.
Le Président indique que l’Hôtel d’Assézat a reçu ce jour même la visite de journalistes de TLT et qu’il espère avoir su présenter la Société archéologique sous ses aspects les plus dynamiques. Puis il donne des informations sur les affaires en cours, en particulier sur la réorganisation de la salle de lecture qui devrait permettre d’accueillir des lecteurs plus nombreux, alors que la bibliothèque municipale vient de fermer pour rénovation. Parmi les bonnes nouvelles, il faut indiquer que le prochain volume de nos Mémoires est en bonne voie : « Dame Tholose » fera la couverture, afin d’attirer un peu plus l’attention sur cette œuvre exceptionnelle.
Après la restauration des salons du premier étage et de la salle des séances publiques, l’hôtel d’Assézat vient de connaître deux inaugurations successives, l’une par le Maire, l’autre à l’occasion d’une séance publique exceptionnelle de l’Académie des Sciences. Ces deux manifestations ont été accompagnées de deux publications : le petit catalogue de l’exposition présentée en hommage à Théodore Ozenne collectionneur, et un livre, Autour d’Assézat, publié sous l’égide de l’Association des Amis de l’Hôtel d’Assézat. Le Président rappelle qu’un volume plus important est toujours à l’étude, qui serait consacré à l’histoire de l’hôtel depuis ses origines jusqu’à l’installation des académies.
Puis le Président évoque le volume thématique qui a constitué le premier fascicule du Bulletin monumental en 1999. Cela lui paraît être une voie à suivre, et il a pour cela demandé à Michèle Pradalier-Schlumberger de bien vouloir organiser une journée d’étude dédiée à la maison médiévale, qui serait placée sous le double patronage de l’Université de Toulouse-Le Mirail et de notre Société. Quant à la séance publique, elle se tiendra un soir de semaine vers le mois de février, mais la date n’en pas encore fixée.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 1er juin 1999.
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Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Notre confrère Claude Péaud-Lenoël nous prie de l’excuser de ne plus être en mesure d’assister à nos séances autant qu’il le voudrait, il nous assure de son attachement à notre Société et accompagne sa lettre d’un don. Au nom de la Compagnie, le Président remerciera très vivement notre confrère. Il propose en outre d’élire Claude Péaud-Lenoël membre libre de notre Société au cours d’une prochaine séance.
M. Christophe Évrard, animateur du patrimoine à Villefranche-de-Rouergue, nous a adressé trois communications écrites sur le clocher de la collégiale de Sauveterre et sur deux maisons médiévales. Le Secrétaire général en fera le compte rendu lors de la prochaine séance.
M. François Bordes, directeur des archives municipales de Toulouse, nous adresse sa candidature au titre de membre correspondant : Daniel Cazes est chargé du rapport qui sera présenté lors la séance du 9 novembre prochain.
Le Président signale enfin la parution très prochaine du livre Cahors, ville et architecture civile au Moyen Âge, dû à notre confrère Maurice Scellès.
Le Directeur présente la correspondance imprimée : catalogues, prospectus d’ouvrages, invitations et colloques…
Le Président communique le calendrier et le programme des séances de l’année. Il profite de l’occasion pour féliciter notre consœur Marie-Luce Pujalte, qui, la veille, a brillamment soutenu sa thèse à l’Université de Toulouse-Le Mirail.
La parole est alors à Jean Nayrolles et Christian Mange pour une communication consacrée à l’église du Jésus à Toulouse, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie les orateurs d’avoir accepté de revisiter pour nous leurs travaux de jeunesse. S’adressant à Jean Nayrolles, il remarque que si la référence à l’église parisienne Saint-Ignace est évidente, celle-ci se présente néanmoins comme une grande église blanche sans décor. Ne faut-il donc pas considérer que l’ornementation très abondante de l’église du Jésus puisse être un écho de l’architecture méridionale ? Pour Jean Nayrolles, les préoccupations sont tout autres et l’église Saint-Ignace aurait sans doute été peinte si les moyens l’avaient permis comme à Toulouse. Saint-Germain-des-Prés en donne d’ailleurs un bel exemple. Mais on peut encore imaginer que si la proximité de la prison n’avait imposé un toit bas, Bach aurait sans doute opté pour de hauts combles en ardoise comme à Blagnac. Maurice Prin acquiesce et rappelle que c’est à Auguste Bach, le frère de l’architecte, que l’on doit cet aspect très coloré de l’église du Jésus. Jean Nayrolles souligne le fait que toutes les autres églises construites par Bach sont restées blanches.
Saisissant l’occasion, le Président exprime, au nom de notre Compagnie, de vifs remerciements à Maurice Prin qui représente la mémoire vivante de ces édifices religieux qui n’intéressaient personne jusqu’à une époque récente et dont nombre ont aujourd’hui disparu.
Le Président demande comment il faut caractériser les vitraux de l’église du Jésus. Christian Mange rappelle que l’historicisme de Flandrin cherche à allier archaïsme et modernité, et que c’est la voie tracée par Flandrin que Bénezet reprend dans ses peintures. On emprunte au Moyen Âge la sérénité des attitudes, l’intériorité des personnages tout en conservant les acquis de la Renaissance avec en particulier une grande attention portée à la correction du dessin. Mais comment faire autrement, d’ailleurs, pour un artiste formé par l’École des Beaux-arts ? Il s’agit en fait de concilier l’inconciliable. Comme l’on évoque le concile de Trente, le Président dit que Bruno Foucart a bien montré que toute l’iconographie de la Contre-réforme avait été repensée au XIXe siècle. Christian Mange précise que, vers 1860, les Jésuites ont décidé de produire des images industrielles afin de développer un art populaire de qualité.
Daniel Cazes demande s’il existe une documentation graphique importante sur la construction de l’église du Jésus, qui pourrait apporter des informations sur la partie du rempart romain qui a été détruite à cette occasion. Jean Nayrolles répond que les archives des Pères Jésuites sont assez intéressantes, très complètes sur certains points, plus fragmentaires sur d’autres, mais qu’elles ne conservent pas de documents graphiques. Ceci est d’ailleurs la règle pour les commandes privées. Jean Nayrolles fait remarquer que Bach a parfois été un architecte vandale, détruisant dans un autre cas deux ou trois travées de l’hôtel de Mansencal. Daniel Cazes dit qu’il faut mettre à l’actif des Jésuites la mise en valeur de la courtine romaine, il y a de cela une quinzaine d’années. Maurice Prin se demande si le rempart était encore debout au moment de construction de l’église du Jésus, et s’il n’avait pas déjà été détruit pour établir le jardin de M. de Puymaurin. Jean Nayrolles indique que la destruction n’est pas mentionnée par les documents, mais Daniel Cazes fait remarquer que la tour des Hauts-Murats a été tranchée sur toute sa hauteur pour faire passer la sacristie.
Le Directeur ajoute qu’il s’est laissé dire que les Jésuites quitteraient la rue des Fleurs. Jean Nayrolles confirme l’information en indiquant que la réutilisation de l’ensemble des bâtiments ne sera probablement pas aisée.
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Répondant à Patrice Cabau, qui voudrait savoir si les armoiries portées par les vitraux sont celles de donateurs identifiés, Maurice Prin cite les noms de trois ou quatre familles.
Au titre des questions diverses, Chantal Fraïsse fait une brève communication sur Un traité des vertus et des vices illustré à Moissac du XIe siècle, auquel elle a consacré un article qui vient de paraître dans les Cahiers de civilisation médiévale (42e année, juillet-septembre 1999, p. 221-242) :
Ce texte est émaillé de dix grandes images mettant en scène les allégories des vices et des vertus. Après une image introductive sur le Péché originel, une pleine page présente la grande famille des vices gesticulant autour du trône de leur souverain : » Orgueil » ; défilent ensuite les vices d’Envie, de Vaine gloire, de Colère, de Tristesse et de Désespoir, d’Avarice, de Gourmandise et de Luxure. L’analyse de ces dessins à l’encre installés entre des plages de texte révèle l’intime connaissance que leur auteur avait de la compilation et montre que le dessinateur n’était autre que le compilateur lui-même. Le travail de création a ainsi porté à la fois sur le texte et sur le décor. Ce décor ne se contente pas d’être illustratif car il existe parfois une intéressante interaction entre le traité et les images. Ces dernières peuvent compléter le message écrit et devenir alors un » commentaire de texte » ; ce sont elles par exemple qui rapprochent de façon répétée l’orgueil et la jalousie. Le » code » utilisé pour les représentations doit beaucoup à la tradition iconographique des Psychomachies illustrées et le style un peu lourd des dessins peut tout à fait correspondre à la date proposée par Jean Dufour à partir de critères paléographiques et codicologiques : le début du XIe siècle. Cet ensemble texte–image apparaît donc comme une création moissagaise d’une ou deux décennies postérieure à l’an mille qui nous permet d’entrevoir un pan de l’activité intellectuelle et artistique d’une époque de l’abbaye que la chronique locale décrit comme désastreuse. Par ailleurs le rapprochement entre le scriptorium de Moissac et celui de Saint-Martial de Limoges échappe au seul domaine du rapprochement stylistique de leurs enluminures ; il se trouve confirmé par la présence dans les deux ateliers ( et eux seuls dans l’état actuel de nos connaissances) d’un même texte très particulier (puisque mélange de deux autres). »
Louis Latour annonce que des sondages archéologiques seront réalisés au mois de novembre sur le site de Saint-Martin de Luffiac, à Auterive, site qui a déjà livré des monnaies du IVe siècle et un très beau sarcophage à décor de vigne qui se trouve aujourd’hui au Musée Saint-Raymond. Les sondages ont été confiés à notre consœur Françoise Stutz et les membres de notre Société qui pourraient apporter leur aide à cette occasion seraient les bienvenus.
Le Secrétaire général donne des informations sur le projet de mise en réseau de l’Académie des sciences et de la Société archéologique et du transfert des catalogues de leurs bibliothèques sur Internet. La grille commune est en cours de discussion. L’opération comprend l’achat du serveur et des postes périphériques, le câblage et la mise en réseau, la récupération des fiches existantes, la création des bases de données et de leurs interfaces de saisie et d’interrogation sur place et sur Internet. Elle ne sera possible que si nous obtenons l’aide d’institutions publiques et de mécènes.
SÉANCE DU 19 OCTOBRE 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Mme Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Roquebert, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Pujalte, MM. Cranga, Garland, Gillis, Ginesty, Manuel, Testard, membres correspondants.
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Excusés : M. Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Stutz, M. Gérard.
Invitée : Mlle Séverine Jarlan.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 octobre dernier, qui est adopté.
Le Président annonce que chaque membre recevra prochainement un exemplaire de l’ouvrage Autour d’Assézat, offert par la Caisse des dépôts et consignations.
Puis il exprime son regret de ne pas avoir été averti à temps qu’une plaque commémorative en l’honneur de Gratien Leblanc devait être inaugurée à Saint-Cyprien. Il rappelle que notre ancien Président avait publié dans nos Mémoires son étude du rempart de Saint-Cyprien.
Le Président indique que le 126e congrès des Sociétés savantes se tiendra à Toulouse au printemps 2001, avec pour thème « Terres et hommes du sud ». Il ajoute que notre Compagnie se doit d’y figurer de façon significative.
Quant à « Dame Tholose », le dossier est en bonne voie. La Conservation régionale des Monuments historiques a fait établir un devis de dépose et M. Alain Daguerre de Hureaux, Directeur du Musée des Augustins, serait prêt à la recevoir et à faire réaliser toutes les analyses nécessaires à l’étude de l’œuvre.
Le Secrétaire général rend compte des communications écrites qui nous ont été adressées par M. Christophe Évrard, animateur du patrimoine à Villefranche-de-Rouergue :
« Le clocher de la collégiale Saint-Christophe à Sauveterre-de-Rouergue (Aveyron)
La paroisse de Sauveterre-de-Rouergue n’est mentionnée dans les textes qu’en 1330, soit une cinquantaine d’années après la fondation de la bastide par Philippe III le Hardi. À cette époque, le lieu de culte est un oratoire aménagé en dehors du village, au milieu des jardins et des champs qui constituent le parcellaire agricole.
L’église actuelle n’est construite qu’au début des années 1380, à l’intérieur d’une enceinte fortifiée (mentionnée dès 1342-1343) destinée à protéger la population des pillages occasionnés par certains routiers. Placée sous le vocable de Saint-Christophe, elle deviendra collégiale en 1514.L’examen du plan de l’édifice montre que nef et clocher, particulièrement désaxés, appartiennent à deux campagnes distinctes. L’analyse archéologique de ce clocher atypique nous amène à effectuer plusieurs constatations et à y voir une probable utilisation militaire.
Tout d’abord, la maçonnerie de la nef a été maladroitement calée contre celle du clocher, élément préexistant. De plan carré, celui-ci était primitivement flanqué d’une courtine médiocre et frêle, dont il subsiste quelques arrachements (XVe ou XVIe siècle). Son chemin de ronde, étroit, desservait le premier étage du clocher par une porte.
À l’ouest (côté champs), le clocher était originellement ouvert à sa base par un arc brisé particulièrement haut et large (clavage régulier de grès) qui matérialise une voûte en berceau . En l’état dans le rez-de-chaussée, celle-ci est composée de gros moellons de schiste irrégulièrement équarris, liés au mortier, qui forment une maçonnerie médiocre mais cohérente.
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La voûte, dans laquelle est aménagé un trou d’homme, repose sur deux impostes dont le profil est en quart de rond.
Au nord du rez-de-chaussée, au niveau du sol initial (aujourd’hui surélevé d’environ 1 m) existe une porte en arc brisé, dont la facture est très soignée : clavage régulier et large, joints fins, chanfrein régulier. Primitivement fermée de l’extérieur par une barre et un vantail (la logette et les gonds subsistent), la porte donnait accès à un étroit couloir appareillé. Cette disposition semble indiquer que le clocher était originellement accessible par une lice aménagée à l’intérieur des remparts de la bastide.
SAUVETERRE-DE-ROUERGUE, tour-clocher de la collégiale, élévation nord : porte desservant l’ancien chemin de ronde.
À l’ouest du clocher, ouvrant sur la nef, se trouve une seconde porte qu’un retable occulte depuis la fin du XVIIe siècle. Les piédroits chanfreinés supportent un tympan aveugle que surmonte un large voussoir privé de tout ornement. La mise en œuvre assez maladroite de cet élément d’entrée et l’analyse de la maçonnerie semblent indiquer que le portail est (sensiblement) postérieur à la construction du clocher.
Quant aux étages (ler et 2e), autrefois planchéiés et sans doute distribués par un système d’escaliers rampants en bois (des feuillures d’encastrement et des trous d’ancrage subsistent), ils sont éclairés par trois baies étroites (jours à faible ébrasement) autrefois équipées de coussièges. La partie sommitale, dont la mise en œuvre est assez médiocre (moellons de schiste à peine équarris) semble résulter d’une surélévation tardive de l’édifice (XVIe ou XVIIe siècle).Au vu des éléments observés pendant l’analyse architecturale de l’édifice (maçonnerie, dispositifs de circulation interne et externe, équipements), nous pensons que le clocher de la collégiale était initialement une tour de ville à fonction défensive.
Élevée au milieu du XIVe siècle dans le contexte d’une assez forte instabilité sociale et politique (prémices de la guerre de Cent Ans), la tour faisait initialement partie du premier système de fortification de la bastide. Elle en était sans doute, en raison de ses dimensions, l’articulation principale. La distribution du bâtiment et les équipements conservés (jours, coussièges, trou d’homme, poterne) indiquent essentiellement une fonction de surveillance. En effet, aucun organe de tir (archère, archère-canonnière) ou dispositif de défense passive (assommoir, herse, chambre haute, pont-levis) n’est présent dans l’ouvrage.
Les menaces de pillage définitivement écartées et en attendant que l’église actuelle puisse être construite ou achevée (vers 1380) à l’intérieur des premiers remparts, la porte aurait été partiellement transformée en clocher-tour. La porte d’accès extérieur – qui fragilise le contrôle défensif du site – est alors murée tandis qu’une chapelle provisoire (ou oratoire) – dont subsiste le portail – est aménagée au rez-de-chaussée. Les étages conservent leur fonction primitive. Cette mutation permet d’associer la surveillance défensive du village et l’exercice du culte.
Enfin, dans une troisième étape qui succède aux troubles des guerres de religion (fin XVIe ou XVIIe siècle), la tour est surélevée d’environ 5 m afin d’accueillir le système campanaire et une nouvelle toiture. L’on condamne la petite porte latérale qui desservait l’intérieur des remparts, l’on ouvre une première baie cintrée dans le mur sud, et une seconde, rectangulaire, dans le mur est du rez-de-chaussée afin d’éclairer correctement la pièce qui est définitivement intégrée à l’église.
Christophe ÉVRARD
Animateur du Patrimoine
(P.A.H. des Bastides du Rouergue)
Castellologue »
VILLENEUVE-D’AVEYRON, maison, parcelle 197, étoiles peintes sur le plafond. | VILLENEUVE-D’AVEYRON, maison, parcelle 197, rinceaux fleuris peints sur une poutre. |
VILLENEUVE-D’AVEYRON, maison, parcelle 185, cheminée au premier étage. | VILLENEUVE-D’AVEYRON, maison, parcelle 185, décor peint dans les combles actuels. |
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Ce sont ensuite deux maisons médiévales de Villeneuve-d’Aveyron qu’il signale à notre attention. Le détail des équipements conservés montre tout ce que l’on peut attendre de l’étude de ces maisons par Mlle Séverine Goutal, dans le cadre de son mémoire de maîtrise. Les deux maisons conservent en particulier des cheminées complètes. La première, qui a été achetée par la Ville pour y installer un musée d’art et traditions populaires, conserve en outre un plafond peint d’étoiles et de rinceaux qui en accentue le caractère exceptionnel ; dans la seconde, c’est un large pan de mur recouvert d’un enduit peint à faux-appareil qui s’ajoute ainsi au répertoire déjà connu.
Le Président demande au Secrétaire général de remercier M. Christophe Évrard au nom de notre Compagnie et propose de l’engager à présenter sa candidature au titre de membre correspondant de notre Société.
La parole est à l’abbé Baccrabère pour la communication du jour : Céramiques toulousaines du XVIIe siècle dans la rue Saint-Jérôme (quartier Saint-Georges), publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires. Pendant son exposé, l’abbé Baccrabère fait circuler céramiques et autres objets découverts, que les membres de la Compagnie peuvent ainsi examiner à loisir.
Le Président remercie l’abbé Baccrabère pour cette communication qui, comme chaque automne, transforme la séance en une séance un peu extraordinaire. Le butin est une fois encore considérable et il faut sans doute se féliciter que, faute de pouvoir se consacrer à l’étude de l’occupation romaine du site, notre confrère ait été amené à se reporter sur le Moyen Âge et l’époque moderne.
Le Président ayant rappelé les références franc-comtoises, l’abbé Baccrabère précise que la fourchette chronologique proposée s’appuie sur tout un ensemble de données, issues de fouilles ou de catalogues publiés. Guy Ahlsell de Toulza note que les pâtes claires permettent d’évoquer les céramiques de Cox, mais demande si, pour les pâtes foncées, moins bien connues, on peut penser à des productions de Giroussens ou de Toulouse. L’abbé Baccrabère dit qu’il ne peut pas encore se prononcer, mais qu’il se propose de tenter une synthèse lorsqu’il aura achevé la publication de l’ensemble du matériel qu’il a pu récolter.
Jean Coppolani remarque que si les pièces décorées appartiennent entièrement au passé, en revanche les poteries grises à vernis jaune se vendaient encore à Toulouse dans les années 1930. L’abbé Baccrabère confirme que certaines formes perdurent jusqu’à l’époque contemporaine et en particulier les cruches à vernis jaune.
Guy Ahlsell de Toulza s’étonne que les réchauds ne montrent aucune trace de noircissement par les braises. Il se demande si le réceptacle pouvait être éventuellement protégé par des cendres froides.
Répondant à Maurice Scellès, l’abbé Baccrabère indique que les pièces présentées ce soir témoignent d’un niveau social comparable à celui que laissait supposer la céramique du XVIe siècle trouvée dans le même quartier, à laquelle il a consacré sa communication de l’an dernier. Le Président note également l’exceptionnelle qualité de la verrerie. L’abbé Baccrabère précise que le milieu du XVe siècle semble correspondre à Toulouse à une période de stagnation, avec d’ailleurs très peu de trouvailles pour cette époque, mais qu’à partir de la fin du siècle et du début du XVIe siècle on constate au contraire un fort développement des importations, peut-être de Provence, d’Italie voire même d’Afrique du Nord.
Le Président voulant savoir si la fosse peut être située sur le plan cadastral, l’abbé Baccrabère indique qu’il est possible de la localiser dans le parcellaire « napoléonien ». La précision est cependant insuffisante par rapport aux bâtiments et on ne peut malheureusement l’attribuer à un édifice particulier. L’abbé Baccrabère rappelle dans quelles conditions ont été faites ces différentes découvertes du quartier Saint-Georges, alors que les bulldozers avaient fait disparaître toute trace au sol de la voirie et de la structure des îlots.
Louis Latour présente ensuite des poteries communes du milieu du XVIIe siècle trouvées dans des silos de l’ancien hôpital d’Auterive :
« L’Hôpital de la ville d’Auterive (Haute-Garonne), appelé aussi Hôtel-Dieu Saint-Jacques, est attesté dès le Moyen Âge. Il était alors administré par la confrérie Notre-Dame des Proudhoms et, comme la plupart des maisons de ce nom, servait à la fois d’hôpital pour les malades, d’hospice pour les vieillards et de refuge provisoire pour les pèlerins et les pauvres passants.
D’importants travaux de restauration de l’immeuble, à l’automne 1978, remirent au jour l’ancien sol de l’Hôpital, à environ 50 cm de profondeur. Dans le vieux dallage de brique s’ouvraient les entrées de deux silos médiévaux qui furent fouillés en 1978-79.
L’étude de leur contenu a montré qu’ils avaient été comblés en une seule fois lors de leur abandon à la suite de travaux importants au cours de l’Ancien Régime.
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Le Président remercie Louis Latour de cette communication qui vient à point nommé confirmer les datations proposées par l’abbé Baccrabère pour la céramique toulousaine, complétant encore notre tableau de la vie quotidienne dans la première moitié du XVIIe siècle. La fonction des silos ayant été évoquée, Louis Latour précise qu’ils avaient un usage domestique quotidien, servant en particulier à conserver le grain. On lui a d’ailleurs rapporté que des silos étaient encore en usage à la fin du XIXe siècle à Grisolles ; pour protéger le grain de l’humidité, les parois étaient couvertes de paille de seigle maintenue par des cercles d’osier.
Au titre des questions diverses, Maurice Scellès signale que la maison à façade à pan-de-bois qui se trouve au débouché de la rue de Rémusat sur la place du Capitole est en travaux, et que la toiture et une partie des planchers ont été enlevées. Il s’inquiète d’une éventuelle étude avant travaux, prenant en particulier en compte les aménagements intérieurs qui disparaissent le plus souvent au cours des rénovations. Annie Noé-Dufour dit qu’elle n’a pas connaissance d’une étude réalisée sur cette maison.
SÉANCE DU 9 NOVEMBRE 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Noé-Dufour, Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Fau, Pradalier, M. Tollon, Mgr Rocacher, le Père Montagnes, membres titulaires, Mmes Fraïsse, Jimenez, Pujalte, MM. Boudartchouk, Garland, Hamon, Manuel, Testard, membres correspondants.
M.S.A.M.F., t. LX, p. 219
Excusés : M. Coppolani, Directeur honoraire, Mme Napoléone.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 octobre, qui est adopté.
Annie Noé-Dufour informe la Compagnie qu’elle a pu visiter la maison de la rue de Rémusat et qu’elle en a fait faire des photographies. Les quelques observations réalisées à cette occasion montrent que le bâtiment appartient à un regroupement de maisons opéré lors de la régularisation de la place du Capitole. Quelques éléments, dont les moulures du plafond, permettraient de dater la maison sur la rue du XVIIe siècle.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite.
M. le Sénateur-Maire de Caussade, M. Colin, propose à notre Société que la cérémonie de remise d’une médaille d’argent à la Ville se déroule le 4 décembre à 11 heures et il joint à son courrier une liste des personnalités qui pourraient être invitées. Tous les membres de notre Compagnie sont bien sûr conviés.
Notre confrère Jean-Claude Richard nous annonce que la Fédération archéologique de l’Hérault, fondée en 1971, fêtera son trentenaire à Sète les 29 et 30 avril 2000.
Il fait ensuite circuler parmi les membres les invitations reçues et présente les ouvrages offerts à la Société. Par l’entremise de notre Secrétaire général, la Bibliothèque municipale de Cahors offre le catalogue rédigé par M. Patrick Ferté, maître de conférences à l’Université de Toulouse-Le Mirail, pour l’exposition La vie à Cahors du XVIe au XVIIIe siècle à travers les fonds municipaux. 18 septembre-20 octobre 1999 (102 p.), et deux numéros du Bulletin de l’Association archéologique de Martres-Tolosane sont donnés par le maire de la ville. Le Directeur fait également don à la Société de plusieurs ouvrages.
Ayant entendu le rapport de Daniel Cazes sur la candidature de M. François Bordes, la Compagnie procède au vote. M. François Bordes est élu membre correspondant de notre Société.
Le Président soumet alors au vote l’élection au titre de membre libre de notre confrère Claude Péaud-Lenoël. La proposition est adoptée.
La parole est alors à Emmanuel Garland pour une communication sur L’art des orfèvres romans à Conques d’après les filigranes du trésor, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
CONQUES (AVEYRON), TRÉSOR,
le « A de Charlemagne », détail. Cliché E. Garland.
Le Président remercie Emmanuel Garland de cette relecture de la plus grande partie du trésor de Conques, à travers une analyse de la technique merveilleusement illustrée par des macrophotographies. On pouvait imaginer qu’une approche de ce genre mettrait en lumière nombre de questions et le Président se tourne alors vers l’historien de Conques, notre confrère Jean-Claude Fau, qui nous fait l’amitié d’être parmi nous ce soir. Jean-Claude Fau dit qu’il a beaucoup appris au cours de cette communication et que l’analyse des filigranes constitue une avancée sérieuse dans l’étude du trésor de Conques, bien qu’elle ne puisse déboucher sur de véritables conclusions. Quant aux deux reliquaires dits « pentagonal » et « hexagonal », Jean-Claude Fau ne croit pas qu’ils aient été réalisés du temps de l’abbatiat de Bégon ; leur facture les place en dehors de l’art de l’orfèvre, à un moment où tout atelier d’orfèvrerie a disparu à Conques. Emmanuel Garland confirme ce dernier point tout en remarquant qu’une inscription indique le début du XIIe siècle. La conception en serait en tout cas toute différente à partir du XIIIe siècle. Jean-Claude Fau admet que la décadence commence peut-être à Conques immédiatement après le premier tiers du XIIe et que l’on pourrait alors songer à des œuvres du milieu ou de la seconde moitié du XIIe siècle. Emmanuel Garland fait cependant remarquer que la plus grande partie des filigranes est antérieure et que l’habitude de leur remploi disparaît à ce moment-là. Il reconnaît qu’il est de toute façon très difficile de trancher en l’état actuel de nos connaissances.
Le Président constate que les problèmes sont en effet complexes et qu’Emmanuel Garland ne propose prudemment que des conclusions très mesurées. Il lui demande s’il faut penser que l’atelier produisait des bandes de filigranes en série qui étaient ensuite adaptées aux objets à décorer. Emmanuel Garland précise que cela dépend des époques. Pour la statue de sainte Foy, le choix des pierres est le plus important et le décor d’orfroi en dépend étroitement. En revanche, sous l’abbatiat de Bégon, le lot de pierres antiques dont dispose encore l’abbaye est beaucoup plus pauvre et elles ne représentent plus alors que l’une des composantes du décor ; la technique de l’orfèvre est également plus sommaire.
Le Président évoque la restauration effectuée sous la direction de Jean Taralon dans les années 1960 et demande si les nouvelles techniques d’étude permettraient aujourd’hui d’en savoir plus. Emmanuel Garland répond par l’affirmative en rappelant dans quelles conditions, et sous la pression de quels tabous, ont été menées l’analyse et la restauration de Taralon. Une nouvelle étude scientifique lèverait probablement de nombreux doutes. Il rappelle que si les pierres antiques ont en général été étudiées, il subsiste des problèmes d’identification de la nature exacte de certaines d’entre elles.
Michèle Pradalier-Schlumberger voudrait savoir s’il est possible de préciser les filiations qui semblent se
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dessiner avec l’orfèvrerie carolingienne. Emmanuel Garland répond qu’un certain nombre d’éléments conduisent à rapprocher le reliquaire dit de Pépin d’œuvres réalisées dans les ateliers impériaux du début du Xe siècle, au point qu’il faut considérer qu’il en est issu, mais qu’il est actuellement difficile d’être plus précis.
Au titre des questions diverses, le Secrétaire général dresse un état du site Internet de la Société. Il rappelle tout d’abord que le site, ouvert en octobre 1997, a maintenant deux années d’existence et qu’il est associé à celui de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres sous une bannière rassemblant l’ensemble des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat. Le site de la Société archéologique compte aujourd’hui 250 documents, ce qui doit à peu près correspondre à 2000 pages imprimées et plus de 500 images. Le compteur placé sur la page d’accueil vient de franchir les 3000 consultations et l’augmentation constatée au cours de la dernière année correspond à celle que révèle l’outil statistique du serveur, lequel analyse avec une grande précision les volumes de données transférées. Il paraît clair que le site Internet accroît sensiblement l’audience de notre Société et qu’il répond, en dépit de ses imperfections, à son objectif qui est de rendre accessibles au plus grand nombre une documentation et des travaux d’histoire, d’archéologie et d’histoire de l’art de la plus grande qualité possible.
SÉANCE DU 23 NOVEMBRE 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, M. Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Napoléone, Noé-Dufour, M. Tollon, membres titulaires, Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Pujalte, MM. Bordes, Burroni, Ginesty, Laffont, Mange, membres correspondants.
Excusés : MM. Garland, le Père Montagnes.
Le Président souhaite la bienvenue à notre nouveau confrère François Bordes, qui prend séance ce soir.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 9 novembre, qui est adopté.
Le Président complète son compte rendu de la dernière réunion du Bureau de l’Union des Académies et Sociétés savantes, puis il indique que notre consœur Christine Aribaud nous communique une invitation pour l’exposition Teintures précieuses de la Méditerranée. Pourpre. Kermès. Pastel. Musée des Beaux-Arts de Carcassonne. Centre de Documentació i Museu Textil, Terrassa 1999-2000, qui est accompagnée d’un catalogue (Carcassonne : Impr. Sival, 1999, 181 p.).
Il rappelle que notre prochaine séance se tiendra au Musée Saint-Raymond.
La parole est alors à Marie-Luce Pujalte pour sa communication François Cammas et son Cours d’architecture militaire à l’usage des élèves du Lycée de Toulouse (1792, inédit), qui sera publiée dans le volume t. LXI (2001) de nos Mémoires.
Le Président remercie Marie-Luce Pujalte d’avoir accepté de nous présenter, sans attendre d’avoir achevé sa recherche, cette première exploration d’une découverte extrêmement excitante. Elle révèle l’activité d’ingénieur de François Cammas et vient ainsi compléter le portrait du peintre, architecte, dessinateur que l’on connaissait. Ce cours peut être considéré comme un document de base pour évaluer le savoir technique et architectural à la fin du XVIIIe siècle à Toulouse. Sans doute sera-t-il possible d’aller plus loin dans l’identification des sources ? Marie-Luce Pujalte dit qu’elle a encore des difficultés à les repérer et qu’en outre, la bibliothèque municipale étant fermée, elle n’a pas eu le temps de consulter directement le cours de Blondel édité en 1771, qui paraît bien être le fondement principal de celui de François Cammas. Louis Peyrusse et Bruno Tollon indiquent qu’un exemplaire est peut-être conservé à la bibliothèque des Beaux-Arts.
Le Président demande quels rapports peuvent être établis avec les autres ingénieurs étudiés par Antoine Picon. Marie-Luce Pujalte répond qu’il faut poursuivre les investigations sur ce point.
Daniel Cazes précise que l’« aqueduc » mentionné par Cammas est en fait l’égout romain et qu’il est probable qu’il s’inspire là des études présentées par Saget devant l’Académie des Sciences, faisant en particulier écho au danger que représenterait son exploration. Cet intérêt pour les aqueducs et égouts romains appartient à l’esprit du temps et de nombreuses villes d’origine romaine ont fait l’objet de semblables études, les réseaux étant même parfois remis en service.
Le Président et Bruno Tollon évoquent la littérature de voyage, disant que l’on aimerait connaître les guides auquel Cammas a sans aucun doute eu recours pour son voyage en Hollande. Le Président note aussi qu’il sera intéressant de replacer l’enseignement de François Cammas dans le contexte de la suppression des Académies et de
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la création de l’école centrale. Il s’interroge par ailleurs sur les circonstances de son incarcération en 1798. Henri Ginesty dit que les archives de Castres apporteraient peut-être des précisions.
Jean-Luc Laffont rappelle qu’Anne Blanchard et ses élèves ont consacré plusieurs travaux aux ingénieurs militaires et que le Musée de l’Armée conserve des documents sur l’enseignement de l’architecture militaire. Pour lui, le voyage de Cammas en Hollande a peut-être été motivé par le fait que les États du Languedoc entreprennent alors des assèchements d’étangs dans le Bas-Languedoc. Le Président note que d’assez nombreux Hollandais viennent pour cela sur place et l’on s’accorde pour considérer que la mission confiée à Cammas paraît exceptionnelle.
S’étonnant que François Cammas n’apparaisse qu’en 1786, Jean-Luc Laffont note qu’une enquête dans les archives de la commission des travaux publics serait peut-être nécessaire. Marie-Luce Pujalte confirme que Cammas n’est, par exemple, jamais mentionné à propos de la construction des quais de Toulouse.
Répondant à Maurice Scellès, Marie-Luce Pujalte dit que le cours de François Cammas ne comporte malheureusement que de rares mentions sur les monuments de Toulouse. Puis, le Président lui ayant demandé si elle pensait intégrer des morceaux choisis à sa publication, elle dit que ce serait tout à fait envisageable. Le Président la remercie à nouveau, en soulignant la richesse foisonnante de cette recherche en cours.
Au titre des questions diverses, le Directeur donne des informations sur l’engagement de l’étude géophysique du site de la villa de Chiragan à Martres-Tolosane. Jean-Emmanuel Guilbaut lui a indiqué que l’opération devait débuter le 13 novembre et durer plusieurs semaines. Un changement est intervenu dans la composition de l’équipe : l’étude sera réalisée par l’entreprise Hadès, dirigée par notre confrère Bernard Pousthomis, avec la collaboration de Michel Martinaud et celle d’un ingénieur du Service régional de l’archéologie de Languedoc-Roussillon. Le Maire et notre fermier ont été avertis, et notre Société sera tenue informée.
Puis Daniel Cazes évoque les trois expositions qu’il a récemment visitées à Paris et qui l’ont enthousiasmé. Il propose que notre Société fasse l’acquisition des catalogues pour sa bibliothèque. C’est tout d’abord la magnifique exposition que le Musée du Louvre consacre à Vivant Denon (Dominique-Vivant Denon. L’œil de Napoléon. Catalogue de l’exposition du Musée du Louvre, 20 octobre 1999 – 17 janvier 2000, Éditions de la Réunion des Musées nationaux, Paris : 1999).
L’exposition Hadrien, trésors d’une villa impériale, conçue pour être présentée sur le site de la villa elle-même l’année prochaine, est actuellement accueillie par la Mairie du 5e arrondissement. L’exposition permet en particulier de voir des pièces habituellement en réserve et d’autres qui ont fait partie des collections de Catherine de Russie (catalogue par les Éditions Electa, Milan : 1999). Bruno Tollon ajoute qu’une maquette permet de se faire une bonne idée de l’ensemble de la villa et qu’il a été en particulier intéressé par les circulations souterraines remarquablement mises en évidence. Daniel Cazes indique qu’il s’agit là de l’un des points forts des recherches actuelles des archéologues italiens.
La troisième exposition, L’Europe en temps d’Ulysse : dieux et héros de l’Âge du bronze, se tient dans les Galeries nationales du Grand Palais (28 septembre 1999 – 10 janvier 2000). Elle a auparavant été présentée à Copenhague (décembre 1998 – avril 1999), à Bonn (mai – août 1999) et sera l’année prochaine à Athènes (février – mai 2000) (pour l’édition française, catalogue par les Éditions de la Réunion des Musées nationaux, Paris : 1999). La mythologie est vue non plus à travers la référence à un monde oriental supposé supérieur, mais sous la forme d’un vaste panorama qui cherche à mettre en relation tout ce que l’on connaît aujourd’hui de l’Europe de l’Âge du bronze.
Un membre attire l’attention sur le sort futur de la prison Saint-Michel et de la caserne Niel qui seront prochainement désaffectées. On croit savoir que les deux édifices sont menacés de démolition et il paraît souhaitable de recueillir l’avis de notre Société. Pour la prison, le Président indique qu’il faudrait pouvoir interroger à ce sujet Odile Foucaud et rappelle que les conditions de détention y sont indignes de la République. Hors la façade de brique et la cour, tout est dans un état lamentable. Il rappelle l’extrême qualité du plan dû à Esquié, lequel avait cependant eu pour mission de construire à moindre coût. Daniel Cazes souligne que les deux édifices se trouvent en outre sur des zones archéologiques qui devront être prises en compte quel que soit leur sort. S’ensuit alors une discussion que l’on conclut en convenant qu’il est nécessaire de pouvoir examiner plus amplement les dossiers.
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SÉANCE FORAINE DU 4 DÉCEMBRE 1999
Remise d’une médaille d’argent de la Société Archéologique du Midi de la France à la Ville de Caussade pour la restauration de la Tour d’Arles.
Le Président, le Trésorier, le Secrétaire général, MM. Burroni, Tollon et Pajot se retrouvent devant la Tour d’Arles où ils sont accueillis par le Sénateur-Maire de Caussade, M. Collin, accompagné de personnalités de la ville, en présence de M. Rodriguez, de l’entreprise Rodriguez-Bizeul qui a réalisé une large part des travaux de restauration, de notre confrère Bernard Pousthomis, gérant de l’entreprise Hadès à laquelle a été confiée l’étude archéologique, et de la presse.
Après des souhaits de bienvenue, M. Collin invite le groupe à une visite du monument sous la conduite de Bernard Pousthomis. La qualité de la restauration qu’annonçaient les façades extérieures est vérifiée à l’intérieur où chacun peut constater et le soin apporté aux reconstitutions de l’état d’origine et le respect scrupuleux des parties anciennes. Des discussions émaillent la visite, attirant l’attention sur un point ou un autre de l’analyse archéologique ou de la restauration.
Le groupe se dirige ensuite vers l’Hôtel de Ville où a été préparé un vin d’honneur.
M. Collin rappelle que la Tour d’Arles a longtemps attendu cette restauration, mais que cette longue maturation a finalement été une chance pour l’édifice. Il se plaît à souligner tout ce qu’a apporté à sa compréhension l’analyse archéologique si minutieuse de Bernard Pousthomis et la parfaite entente qui s’est établie entre l’archéologue, l’architecte en chef des Monuments historiques et les entreprises. Il convient de rendre hommage à tous. Le résultat est à la hauteur des espérances et M. Collin y voit la confirmation d’un choix qu’il n’était certes pas très facile de faire accepter il y a quelques années : il ne peut aujourd’hui que se féliciter d’avoir décidé d’engager cette restauration sans la lier à aucune réutilisation de l’édifice. C’est dans le même esprit qu’il a pris la décision de renoncer à l’escalier de secours dont la construction sur l’arrière du bâtiment avait été projetée. À l’issue de cette première phase des travaux, d’autres solutions apparaissent, avec en particulier la possible acquisition de l’immeuble voisin. M. Collin termine son allocution en annonçant que la seconde tranche de travaux, qui comprendra la restauration des peintures murales intérieures, sera engagée prochainement.
Après avoir évoqué la compétence très largement régionale qui est celle de la Société Archéologique du Midi de la France depuis sa fondation, le Président dit quel plaisir a été le sien – et celui de toutes les personnes présentes aujourd’hui – en découvrant un édifice qu’il connaissait pourtant déjà, mais auquel sa restauration a rendu sa beauté première en révélant un monument remarquable. Il est sûr que la Tour d’Arles, pour laquelle on dispose en outre d’une datation précise, figurera désormais parmi les monuments les plus significatifs de l’architecture civile du Moyen Âge non seulement du Sud-Ouest mais également de la France et de l’Europe. Il salue le courage d’une restauration pleinement assumée, qui renoue avec le meilleur de la tradition de Viollet-le-Duc tout en s’appuyant sur une étude scientifique des plus exigeantes. Exemplaire à tous ces titres, la restauration de la Tour d’Arles justifie pleinement la médaille d’argent par laquelle la Société Archéologique du Midi de la France a tenu à récompenser la Ville de Caussade.
Au nom de la Ville de Caussade, M. Collin remercie la Société Archéologique du Midi de la France d’une distinction qui l’honore. Il y ajoute le plaisir de conférer à notre Président le titre de citoyen d’honneur de Caussade, en lui remettant la médaille de la Ville.
SÉANCE DU 7 DÉCEMBRE 1999
Visite du musée Saint-Raymond rénové
Présents : Louis Peyrusse, Président ; Daniel Cazes, Directeur ; Maurice Scellès, Secrétaire Général ; Patrice Cabau, Secrétaire-adjoint ; Louis Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Annie Noé-Dufour, Anne-Laure Napoléone, Nelly Pousthomis-Dalle, MM. l’abbé Georges Baccrabère, Michel Roquebert, Bruno Tollon, Jean Vézian, le Père Montagnes, membres titulaires ; Mmes Christine Aribaud, Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, Marie-Laure Fronton-Wessel, Marie-Luce Pujalte, Dominique Watin-Grandchamp, MM. François Bordes, Yves Cranga, Henri Ginesty, Étienne Hamon, Bernard Pousthomis, membres correspondants.
Excusée : Mme Quitterie Cazes.
La Compagnie se retrouve à 17 heures au musée Saint-Raymond. Daniel Cazes, Conservateur en chef du musée et Directeur de notre Société, conduit la visite du musée rénové et de la nouvelle présentation de ses collections.
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Louis Peyrusse remercie Daniel Cazes d’accueillir la Société archéologique au musée Saint-Raymond. Ayant rappelé que notre Compagnie n’est pas tout à fait étrangère en ces lieux, le Président loue un réaménagement qui se signale par sa rigueur, son équilibre et sa beauté : depuis sa réouverture, le musée offre une nouvelle fête pour l’œil et pour l’intelligence. Daniel Cazes se récrie : « Merci. C’est trop ! ». Il confirme que la Société archéologique est la bienvenue dans le musée, où elle est comme chez elle, au milieu de collections que, depuis 1831, elle a contribué à constituer ; ses contributions majeures seront signalées au cours de la visite. Daniel Cazes commence son exposé en montrant toute la difficulté qu’il y a à parler des collections du musée Saint-Raymond : un millier d’œuvres seulement sont présentées au public, alors que le musée possède plusieurs dizaines de milliers de pièces. Il rappelle que le musée a longtemps souffert d’un jugement défavorable de « pauvreté », la réorganisation menée de 1946 à 1949 par Robert Mesuret n’ayant présenté qu’une partie infime de ses richesses. Depuis les années 1950, celles-ci se sont considérablement accrues, grâce aux fouilles menées à Toulouse et dans la région. M. Cazes souligne que le lien organique établi par Michel Labrousse et Jacqueline Labrousse entre deux institutions, la circonscription des Antiquités historiques et le musée, a permis d’augmenter les collections d’un nombre d’objets supérieur à celui des pièces entrées au XIXe siècle.
La visite proprement dite suit la démarche recommandée au public, à savoir en partant du deuxième étage, consacré à Toulouse romaine et à la province de Narbonnaise.
Daniel Cazes commence par évoquer la question de l’origine du nom de Tolosa : celtique ou ibérique ? Selon un recensement fait par Pierre Moret, on ne trouve en France qu’un seul exemple de ce toponyme, alors que de nombreuses occurrences se rencontrent dans la péninsule Ibérique. Ce constat porte à croire que le peuple fondateur de Tolosa appartenait à une aire linguistique ibérique. C’est sur un substrat ibérique ou « pyrénéen » que se sont établis les Volques Tectosages, peuple celte arrivé au IIIe siècle avant notre ère. M. Cazes présente ensuite les torques d’or trouvés à Fenouillet en 1841 et sauvés par Guillaume Gaspard Belhomme, membre de la Société archéologique : celui-ci réussit à acquérir cinq des six bijoux découverts alors que les ouvriers avaient commencé à en faire le partage et à les dépecer. Étant donné que ces pièces ont été retrouvées à proximité d’une urne et d’ossements, il doit s’agir d’un dépôt funéraire. Influencées par l’orfèvrerie hellénistique mais appartenant à la civilisation celtique et datables de l’extrême fin du IIIe siècle avant notre ère, ces parures sont attribuables aux Volques Tectosages. Les autres bijoux en or retrouvés à Lasgraïsses en 1885 permettent également d’évoquer la légendaire richesse des Volques Tectosages, dont l’or provenait de l’orpaillage pratiqué dans les rivières de la région telles que l’Ariège, l’Arize ou le Tarn. La présentation d’amphores vinaires des IIe et IIIe siècles avant notre ère, témoins d’un commerce actif entre Méditerranée et Atlantique, donne occasion d’esquisser les relations que le pays des Volques entretenait avec des horizons plus ou moins lointains et d’autres civilisations.
Daniel Cazes décrit ensuite la pénétration de Rome, effectuée par des poussées vers l’intérieur à partir de la Via Domitia. En – 106 arrive le consul Cépion, et Tolosa est intégrée à la province romaine de Transalpine. À partir de – 27, par suite d’une réforme d’Auguste, elle fait partie de la province de Narbonnaise. M. Cazes présente le fragment d’inscription découvert à Vieille-Toulouse en 1879 par Théodore de Sevin, membre de la Société archéologique. Datée de – 47, cette inscription est restée le plus ancien texte épigraphique daté connu pour les Gaules, jusqu’à la découverte, en 1949, près de Narbonne, du milliaire de Treilles, de – 118. Sur la partie subsistante, la moitié droite, se lit un texte relatif à l’édification d’un sanctuaire par un collège religieux. Les noms des dédicants, disposés à l’origine sur trois colonnes, sont grecs et latins. Ce monument est à rapprocher des vestiges découverts par Michel Vidal non loin de là, à Baulaguet, en 1971 : les substructions d’un fanum de type celtique, dont le plan comporte une cella entourée d’une galerie à colonnade et dont le mode de construction est tout romain, avec l’utilisation de la brique cuite, notamment pour les colonnes montées avec des briques en quart de rond ou la toiture composée de tegulae et d’imbrices.
Daniel Cazes présente le matériel provenant des puits à offrandes, « funéraires » ou « cultuels », fouillés par Michel Vidal à Vieille-Toulouse, sur le site actuellement occupé par un terrain de golf. Ces puits, dont certains atteignent une grande profondeur (jusqu’à 17 mètres), contiennent un dépôt d’objets relatifs soit à la vie guerrière (casque, pointe de lance…), soit au vin (œnochoé, situle, seau de bois cerclé de bandes de bronze travaillées, simpulum…). Au-dessus du dépôt d’offrandes, les couches de comblement étaient remplies de débris d’amphores vinaires. M. Cazes montre sur des fragments d’amphores des inscriptions peintes en langue ibère datables du IIe siècle avant notre ère : un nom suivi d’un nombre, ce qui pourrait correspondre à une mention commerciale. Il conclut sa présentation de Vieille-Toulouse en disant qu’il s’agit d’un site de toute première importance, qui serait dans des pays voisins de la France déclaré site archéologique d’intérêt national.
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La Compagnie s’assemble ensuite devant le plan de Tolosa, dont Daniel Cazes montre l’organisation urbaine. La ville antique, édifiée sur la rive droite de la Garonne, couvre 90 hectares ; un rempart monumental appuyé vers l’Ouest sur le fleuve la ceint au Nord, à l’Est et au Sud. M. Cazes évoque la « Porterie », grande porte nord mise au jour en 1971 lors du creusement du parc de stationnement souterrain de la place du Capitole et conservée encore sur quatre mètres d’élévation, dont la destruction a été un désastre. Il faut espérer que les fouilles projetées sur l’emplacement du Palais de Justice permettront de retrouver les éléments de la grande porte sud, intégrée au Moyen Âge dans le Château-Narbonnais. M. Cazes met ensuite en évidence la trame urbaine, signalant les monuments de la cité : l’aqueduc et les thermes étudiés par notre confrère l’abbé Baccrabère, le théâtre, le plus grand connu pour la France (avec un diamètre supérieur à 100 mètres), qui pouvait contenir une dizaine de milliers de spectateurs. C’est l’occasion d’aborder la question de la population de Toulouse antique, estimée par Michel Labrousse à 25 000 ou 30 000 habitants, chiffre prudent qui paraît aujourd’hui tout à fait raisonnable. À propos de l’évolution ultérieure de la structure urbaine, M. Cazes rappelle que Toulouse a connu au Moyen Âge une dilatation, alors qu’Arles ou Nîmes subissaient une contraction.
La visite de Tolosa se fait ensuite par secteurs, devant des fragments architecturaux, des sculptures, des maquettes ou des vitrines d’exposition.
Secteur centre. – La Compagnie fait cercle autour d’une maquette représentant le grand temple du forum retrouvé sous la place Esquirol lors des fouilles pour le métro et le parc de stationnement souterrain, menées notamment par notre confrère Jean-Luc Boudartchouk, Jean-Charles Arramond et Raphaël de Filippo. Le forum de Toulouse romaine était immense : représentant en superficie environ deux fois et demie la surface de la place du Capitole, il s’étendait entre la grande voie Nord-Sud, le cardo maximus (rue des Changes), et un axe cardinal secondaire (rue des Tourneurs). Ses constructions étaient vraiment monumentales : le temple majeur de la ville, très vraisemblablement le Capitolium, apparaît comme le plus grand temple connu en France (façade large de 27 mètres) après celui de Narbonne (façade de 32 mètres). À la fin de l’Antiquité, le forum et ses monuments ont servi de carrière de pierre. Les matériaux retrouvés par la fouille indiquent deux grandes phases de construction : l’emploi de la pierre calcaire de Belbèze caractérise les bâtiments de l’époque augustéenne, l’utilisation du marbre ceux d’une l’époque impériale plus avancée. Pour ces derniers, un fragment de chapiteau énorme, des éléments de placage de colonne au cœur maçonné d’un diamètre d’environ un mètre cinquante suggèrent un ordre colossal. La reconstruction des monuments du forum témoigne d’un enrichissement considérable de Tolosa dans la période correspondant à la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, au IIe siècle et au premier tiers du IIIe.
Secteur est. – Un fragment de corniche en marbre blanc donne lieu à l’évocation du temple dont les ruines furent retrouvées par Alexandre Du Mège sur l’emplacement de l’ancienne église Saint-Jacques, remplacée au début du XIXe siècle par la chapelle Sainte-Anne. Un grand autel de culte fut découvert en 1862 à l’entrée de la rue Sainte-Anne, dans la maison de Marcel Dieulafoy, membre de la Société archéologique, qui en fit don au musée ; le décor, des guirlandes de fruits et de feuillages soutenues par des mascarons, évoque le dieu Bacchus. Des abords de la cathédrale Saint-Étienne proviennent également un grand chapiteau corinthien trouvé dans le sol de la Préfecture, ainsi que des fragments de statues officielles, sinon impériales. On a l’impression que le pouvoir politique s’est affirmé dans cette zone au IIe siècle.
Daniel Cazes présente ensuite un élément de bas-relief en marbre figurant le combat des Grecs et des Amazones qui fut découvert au XVIIe siècle dans le lit de la Garonne, entre le Pont-Neuf et la chaussée du Bazacle. Il s’agit d’une copie romaine d’une œuvre grecque, dont le thème est sans doute à mettre en relation avec la propagande politique de l’empereur Auguste.
Secteur nord. – Daniel Cazes présente la maquette des vestiges retrouvés dans les fouilles de l’ancien hôpital Larrey. Il insiste sur la qualité de cette maquette, très fidèlement réalisée Denis Delpalillo d’après les indications données par le fouilleur du site, Raphaël de Filippo. Les substructions mises au jour au sud du rempart romain et détruites immédiatement après la fouille étaient celles d’un grand palais dont la façade regardait vers la Garonne et dont l’organisation est typique de l’architecture de pouvoir de l’époque de l’Empire. À une grande tour carrée encadrée à gauche et à droite par un portique, suivie d’un hémicycle, d’un portique et d’une grande cour, s’ajoute un autre bâtiment retrouvé depuis sous le nouvel auditorium du Conservatoire. Cet ensemble palatial doit être mis en relation avec les vestiges d’un grand monument retrouvé hors les murs, au nord de l’église Saint-Pierre-des-Cuisines, qui présente les mêmes techniques de construction, tout à fait originales. Comme l’a proposé Claude Domergue, il faut sans doute voir dans le palais celui que les rois wisigoths de Toulouse se firent construire au Ve siècle. C’est ce
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palais que Sidoine Apollinaire a évoqué dans ses lettres, mentionnant notamment les écuries et le trésor du roi Théodoric II (lequel comprenait non seulement des richesses, mais encore la bibliothèque et les archives royales). Quant au monument extra muros, il pourrait s’agir d’un mausolée érigé pour les rois wisigoths.
Daniel Cazes en vient naturellement, en présentant les colonnettes de marbre provenant de l’ancienne église de la Daurade, au problème de la fonction de cet édifice : chapelle palatine des rois wisigoths, ou plutôt cathédrale arienne… ?
Plusieurs vitrines présentant divers objets, comme les céramiques sigillées produites dans les ateliers de potiers de La Graufesenque et de Montans, amènent à évoquer les activités économiques ainsi que la vie quotidienne.
Daniel Cazes conduit ensuite la Compagnie devant quelques-unes des découvertes majeures faites dans la province de Narbonnaise, notamment les dix portraits romains en marbre découverts en 1844 sur un emplacement proche du forum de Béziers, acquis en 1845, à l’initiative de la Société Archéologique du Midi de la France, par Guillaume Gaspard Belhomme et publiés par lui : un rare buste d’Octave-Auguste, fondateur de Béziers, réalisé en – 36 / – 35, un portrait de Tibère, et le plus beau portrait connu de Germanicus.
La visite du musée se poursuit avec la découverte du premier étage, entièrement consacré à la villa de Chiragan à Martres-Tolosane.
Ce site tout à fait exceptionnel fut connu et exploité aux XVIIe et XVIIIe siècles. On en avait extrait un torse de Vénus devenu célèbre, ainsi qu’une grande statue d’empereur assis, deux œuvres aujourd’hui disparues. Des fouilles furent organisées au XIXe siècle : dirigées de 1826 à 1830 par Alexandre Du Mège, elles furent continuées de 1840 à 1843 par une Commission de la Société archéologique du Midi formée de Costes, Guillaume Gaspard Belhomme, Edmond Chambert et Urbain Vitry, puis poursuivies par Albert Lebègue en 1890-1891 et Léon Joulin en 1897-1899. Ces campagnes ont permis de reconnaître les vestiges d’une villa gigantesque établie au bord de la Garonne, sur trois terrasses du fleuve, comprenant quatre-vingts bâtiments disséminés dans un enclos rectangulaire d’une superficie de seize hectares. Le centre de ce complexe était un immense palais composé de quelque cent cinquante salles, chambres, pièces… distribuées autour de cours, atria… M. Cazes présente le plan de ce dédale, appelant l’attention sur un portique de quarante-cinq mètres de longueur qui aboutit à une salle basilicale, ainsi que sur l’énorme ensemble thermal et sportif. Toutes ces constructions résultent de cinq siècles d’occupation, de l’époque d’Auguste à la fin de l’Antiquité. Les fouilles successives ont procuré une masse d’éléments sculptés, qui n’ont pas été retrouvés sur leurs emplacements d’origine, mais accumulés dans des remblais et mélangés à d’autres matériaux.
Daniel Cazes commente le splendide décor architectural marmoréen mis en place lors de la troisième étape de construction du palais de Chiragan, entre la fin du IIe siècle et celle du IIIe. Il s’agit tout d’abord de pilastres très généreusement sculptés de rinceaux, ensuite de grands médaillons ornés de bustes, enfin de reliefs figurant les douze Travaux d’Hercule. Les neuf panneaux conservés sont présentés selon l’ordre canonique fixé à l’époque hellénistique, au IIIe siècle avant notre ère. M. Cazes explique comment il a pu procéder à des reconstitutions, à partir de fragments épars qui n’avaient jamais été mis en relation : Hercule aux Enfers, tenant une des têtes de Cerbère (identifié et reconstitué à partir d’une scène figurée sur un sarcophage du musée des Offices à Florence) ; Hercule au Jardin des Hespérides, portant les pommes d’or. Il souligne la personnalité vraiment originale du sculpteur, jusqu’ici peu étudiée, et dont la manière se caractérise entre autres par un traitement « lourd » des poches lacrymales.
Il y avait dans le palais de Chiragan des répliques romaines d’œuvres grecques ou hellénistiques célèbres, exécutées dans un marbre statuaire de provenance sans doute orientale (Asie mineure) :
– une copie de la fameuse Athéna du sculpteur Myron : la réplique de Chiragan est la plus proche de l’original, qui était en bronze, par comparaison avec les copies qui se trouvent à Francfort et à Madrid, au musée du Prado ;
– une copie de l’Athéna du sculpteur Crésilas : la réplique de Chiragan est la meilleure de toutes celles que l’on connaît ;
– une copie d’une statue dérivant de l’Aphrodite de Cnide due au sculpteur Praxitèle (IVe siècle avant notre ère) : par rapport aux répliques fondamentales, très froides, que sont les têtes Borghèse et Colonna, les répliques adaptées que sont les têtes Kaufmann (découverte en Asie mineure) et de Chiragan présentent une physionomie adoucie.
Daniel Cazes guide ensuite la Compagnie dans la galerie des portraits romains découverts à Martres-Tolosane : la série, qui compte quelque deux cents pièces, représente le plus grand ensemble découvert en France.
L’abondance et la qualité de toutes ces sculptures conduisent à s’interroger sur l’identité du propriétaire de la villa de Chiragan. À l’évidence, il s’agissait d’un personnage exceptionnel : on a pu penser à quelque grand sénateur, à un gouverneur de la province. Peut-être aussi la villa de Chiragan fut-elle, à quelque moment du IIIe ou du IVe siècle, une des résidences impériales.
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Vu l’heure tardive, la visite du sous-sol du musée, consacré à Toulouse paléochrétienne, est reportée à une date ultérieure. La Compagnie se sépare peu après 19 heures.
SÉANCE DU 14 DÉCEMBRE 1999
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Roquebert, Tollon, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Jimenez, Pujalte, MM. Bordes, Burroni, Hamon, Manuel, Séraphin, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. le général Delpoux, Garland.
Le Président ouvre la séance et donne la parole au Président de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres, M. Paul Féron, qui nous annonce la parution du livre Théodore Ozenne, mécène toulousain, un fort volume de 360 pages accompagnées d’illustrations. M. Paul Féron demande à la Compagnie d’apporter son concours en aidant à la vente de l’ouvrage. Il indique que les revenus en seront attribués au projet de mise en réseau des fichiers informatiques de nos bibliothèques, projet qui réalisera à un siècle d’intervalle le vœu de Deloume d’un grand fonds documentaire unique des académies et sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, sous une forme virtuelle et en respectant donc l’indépendance de chacune de nos institutions.
Le Président remercie M. Paul Féron et le félicite d’avoir mené à bien cette longue entreprise, qui permettra peut-être de maintenir la tradition du mécénat de Théodore Ozenne.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 23 novembre, qui est adopté.
Le Président remercie Michel Roquebert qui fait don à la Société de son dernier ouvrage : Histoire des Cathares. Hérésie, Croisade, Inquisition du XIe au XIVe siècle (s.l. : Perrin, 1999, 538 p.). C’est également Jean-Luc Laffont qui offre pour notre bibliothèque de nombreux tirés à part, tant de ses propres articles que de ceux d’autres chercheurs, qui constituent un ensemble riche sur l’histoire du notariat.
Le Président rend compte de la réunion du Bureau de la Fédération des Sociétés savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne. Les membres présents ont constitué un Conseil d’administration et un Bureau qui prendront en charge la préparation du congrès régional qui se tiendra à Auch au printemps 2000, et celle du congrès national qui se tiendra à Toulouse à Pâques 2001.
Puis le Président rend compte de la cérémonie très amicale au cours de laquelle a été remise à la Ville de Caussade la médaille d’argent que notre Société lui a décernée pour la restauration de la Tour d’Arles. La visite de l’édifice a amplement confirmé l’exceptionnelle qualité du parti de restauration et de sa réalisation. En remerciement, le Sénateur-Maire de la ville, M. Collin, a conféré au Président de notre Société le titre de citoyen d’honneur de Caussade, et lui a remis une médaille de la Ville, reproduction fidèle d’un poids du XVIe siècle qui trouvera place dans les vitrines de nos collections.
Le Président évoque encore l’enchantement qu’a été notre dernière séance qui se tenait au Musée Saint-Raymond. La présentation de Daniel Cazes a été un bonheur comme il en existe peu, riche d’idées extraordinairement excitantes, l’exposé oral autorisant ce que ne permet jamais l’expression écrite. Daniel Cazes a bien voulu accepter d’assurer la conférence de notre prochaine séance publique, en retenant pour thème la sculpture de la villa de Chiragan.
Notre confrère l’abbé Baccrabère nous propose en outre une séance exceptionnelle de visite du rempart antique de l’Institut catholique, que nous acceptons très volontiers. Il reste à en fixer la date.
C’est enfin une lettre tout à fait passionnante de M. Bertrand Ducourau, conservateur du patrimoine chargé des objets mobiliers à la Conservation régionale des Monuments historiques, qui nous propose de placer sur le site Internet de notre Société un certain nombre de rapports de restauration. Les premiers dossiers pourraient concerner les peintures murales du XIe siècle découvertes à Nogaro, un groupe sculpté de Rodez et l’église de Vals. Notre site Internet qui pouvait éventuellement être considéré comme un simple jouet, ou un gage donné à la modernité, s’affirme comme un facteur de mutation. Le Président rappelle le projet, en cours de réalisation, de mise en ligne de l’ensemble du catalogue de Virebent qui est conservé au Musée Paul-Dupuy. Il apparaît que nous avons sans aucun doute entre les mains l’un des moyens du rayonnement futur de notre Société.
La parole est à Gilles Séraphin pour une communication sur des maisons médiévales de Montcabrier.
Le Président remercie l’orateur et souligne la surprise que représente cette disposition de l’escalier. Elle serait
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sans doute justifiée dans une agglomération aux constructions très denses, mais ce n’est certes pas le cas de Montcabrier. Gilles Séraphin note que le caractère distendu du bâti peut être interprété comme la marque de l’échec de la bastide. Encore est-il permis d’en douter si l’on tient compte de la construction de l’enceinte, mais il faut rappeler que la bastide naît en 1287 du paréage entre le seigneur de Pestilhac et le roi de France dont les rapports ont été très conflictuels. Montcabrier est réputée avoir été rasée par ses fondateurs autant que par les villes voisines, ce qui pourrait laisser supposer d’importantes destructions.
Le Président fait remarquer que la disposition est néanmoins atypique. Pour Gilles Séraphin, elle pourrait s’expliquer par la volonté de rendre les différents niveaux indépendants. La location à des forains pourrait être une hypothèse. Gilles Séraphin rappelle que l’accès indépendant à l’étage est l’une des caractéristiques de la maison vigneronne.
Maurice Scellès se dit très intéressé par le partage de l’escalier entre deux maisons voisines, partage qui lui paraît indiquer que la mitoyenneté est un caractère fréquent des constructions de cette époque, y compris lorsqu’aucune contrainte d’espace ne l’impose. Gilles Séraphin note que la mitoyenneté s’exerce sur l’entremis mais pas sur le mur. L’évolution des bâtiments montre en outre que l’utilisation commune de l’escalier a été difficile.
Maurice Scellès rappelle que des parcellaires semblables à Cahors et à Figeac n’ont pas entraîné les mêmes formes et Anne-Laure Napoléone précise que les portes retournées se rencontrent dans d’autres quartiers que celui de l’Ortabadial. Le Président remarque que la formule n’est d’ailleurs pas une réussite architecturale. Gilles Séraphin convient que la porte retournée devient une figure de style, comme l’est sans doute la technique de l’angle arrondi au castrum de Pestilhac, alors que l’on avait sur place des tailleurs de pierre capables de réaliser des chaînes d’angle.
Répondant à Christine Jimenez, Gilles Séraphin indique qu’en général, dans les villes neuves d’Aquitaine, les parcelles dont la largeur était inférieure à 9 m ont été conservées, tandis que celles dont la largeur était supérieure ont été divisées.
Au titre des questions diverses, Gilles Séraphin et Maurice Scellès entretiennent la Compagnie de la chronologie de la rénovation gothique de la cathédrale de Cahors, à l’occasion d’un article à paraître prochainement :
« La chronologie actuellement admise fait débuter les travaux de rénovation de la cathédrale Saint-Étienne de Cahors vers 1285, avec la reconstruction des parties hautes de l’abside, le chantier se poursuivant vers l’ouest avec en particulier l’érection du massif occidental entre 1309 et 1316 ; dans les années 1320 auraient été exécutées les peintures murales intérieures dont le vaste ensemble aurait parachevé la rénovation gothique.
Or un texte de 1288 laisse entendre qu’un portail occidental est déjà en place à cette date : comme il ne peut s’agir d’un troisième portail du XIIe siècle, il convient de réexaminer la chronologie de l’ensemble des travaux.
Le catalogue de tous les textes disponibles confronté à l’analyse architecturale de l’édifice et à celle du décor sculpté de l’abside, des chapelles et du massif occidental permet de proposer une chronologie sensiblement différente : les travaux aurait débuter dès les années 1250-1270, sous l’épiscopat de Barthélemy de Roux, par la reprise de l’abside dont la voûte n’aurait cependant pas été construite. C’est à Raymond de Cornil (1280-1293) qu’il reviendrait d’avoir voûté l’abside et engagé l’érection du massif occidental, dont seuls les derniers niveaux n’étaient peut-être pas encore bâtis en 1288. »
Le Président remercie les deux avocats et leur demande – provocation oblige – s’il est tout à fait convenable de proposer par commodité une relecture d’un catalogue de textes.
Maurice Scellès fait un rappel historiographique et souligne que la chronologie qui prévalait jusqu’à présent avait l’inconvénient non négligeable de ne pas prendre en compte l’ensemble des textes. Gilles Séraphin ajoute que des travaux récents, et en particulier ceux de Claude Andrault-Schmitt, rendaient nécessaire un réexamen de la datation des parties gothiques de la cathédrale de Cahors. Il rappelle que Jacques Gardelles avait été gêné par le retard attribué au Sud-Ouest, retard sans doute admissible pour des petites églises rurales mais qui ne s’explique guère dans le cas de grands édifices.
Étienne Hamon dit que la tendance actuelle est en effet de vieillir les datations de quinze à vingt ans. Alain Erlande-Brandenbourg est d’ailleurs d’avis que la plupart des Vierges à l’Enfant présentées lors de l’exposition Philippe Le Bel doivent être attribuées à la génération précédente. Étienne Hamon remarque encore que les textes précis font défaut pour le XIIIe siècle, alors que les sources sont beaucoup plus abondantes à partir du début du XIVe
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siècle. À propos du portail ouest dont la datation fait en effet question, il lui apparaît que le tympan n’est probablement pas antérieur à l’extrême fin du XIVe siècle.
C’est ensuite Patrice Cabau qui a la parole pour une note sur la liste des souscriptions au Concile d’Arles de 314 :
« Mamertin, évêque de Toulouse en 314
En 314, l’empereur Constantin fit assembler à Arles, en vue de régler le conflit opposant les deux évêques de Carthage Caecilianus et Donatus, un concile ‘‘général’’ (1). Ce synode, qui siégeait le 1er août, condamna le schisme donatiste et édicta des règles disciplinaires destinées à organiser la vie de l’Église après la fin des persécutions. Les actes donnent la liste des noms des représentants de quarante-quatre communautés chrétiennes d’Occident, parmi lesquels les délégués venus de quinze cités ou localités qui relevaient alors des deux diocèses civils de Viennoise (alias des Sept ou des Cinq Provinces) et des Gaules. Voici la liste de ces derniers telle qu’elle a été publiée par Charles Munier (1963), puis par Jean Gaudemet (1977), d’après un manuscrit datable du sixième siècle qui appartint au monastère de Corbie :
Incipit nomina episcoporum cum clericis suis uel quanti uel ex quibus prouinciis ad Arelatense synhodo conuenerint sub Marino episcopo, temporibus Constantini, ad derimanda scismata uel prauas hominum intentiones, Volosiano et Anniano consulibus. […] Oresius episcopus, Nazareus lector de ciuitate (M)asseliensi prouincia Vienninse [Marseille]. Marinus episcopus, Salamas presbyter, Nicasius, Afer, Vrsinus et Petrus diaconi de ciuitate Arelatensium prouincia Viennensi [Arles]. Verus episcopus, Beflas exurcista de ciuitate V(ienn)ensi prouincia suprascripta [Vienne]. Dafenus episcopus, Victor exurcista de ciuitate Vasensi prouincia Vienninsi [Vaison]. Faustinus presbyter de ciuitate Arausicorum prouincia qua supra [Orange]. Innocentius diaconus, Agapitus exorcista portu Incheinsis [Nice]. Romanus presbyter, Victor exorcista de ciuitate Aptensium [Apt]. Item de Galleis. Inbetausius episcopus, Primigenius diaconus de ciuitate Remorum [Reims]. Ausanius episcopus, Nicetius diaconus de ciuitate Rotomagensium [Rouen]. Riticius episcopus, Amandus presbyter, Felomasius diaconus de ciuitate Augustudunensium [Autun]. Vosius episcopus, Petulinus exurcista de ciuitate Lugdunensium [Lyon]. Maternus episcopus, Macrinus diaconus de ciuitate Agripenensium [Cologne]. Genialis diaconus de ciuitate Gabalum prouincia Aquitanica [Gévaudan]. Orientalis episcopus, Flauius diaconus de ciuitate Burdegalensi [Bordeaux]. Agrucius episcopus, Felix exurcista de ciuitate Triuerorum [Trèves]. Mamertinus episcopus, Leontius diaconus de ciuitate Elosasium. […] (2).
La cité d’où venaient l’évêque Mamertinus et le diacre Leontius a été identifiée d’abord comme étant Toulouse, notamment par Claude Robert (1626), Guillaume de Catel [+ 1626] (1633), Claude Devic et Joseph Vaissete (1730) (3), puis Jacques Sirmond (1629), les frères Sainte-Marthe (1656), Denis de Sainte-Marthe (1716), Louis-Clément de Brugèles (1746), les continuateurs de la troisième Gallia Christiana (1785), Adrien Salvan (1856), Émile Mabille (1872, 1874), Pius Bonifacius Gams (1873), Gabriel Cayre (1873), Louis Duchesne (1894, 1900, 1907, 1910), Charles Higounet (1960), Charles Munier (1963), Jean Gaudemet (1977), Jacques Lapart (1985), Paul-Albert Février (1986), entre autres (4), ont considéré qu’il s’agissait d’Éauze (5).
Ce changement tient, ainsi que l’ont expliqué Denis de Sainte-Marthe (1716) et les continuateurs de la troisième Gallia Christiana (1785) (6), à une révision du texte des « souscriptions » du concile d’Arles d’après l’édition de Jacques Sirmond (1629), lequel se fondait sur le manuscrit de Corbie et sur une conjecture géographique : étant donné qu’Éauze appartenait à l’Aquitaine et Toulouse à la Narbonnaise, il n’y avait aucune raison de placer Toulouse parmi les cités des Gaules, que l’on distinguait ordinairement de la province de Narbonnaise et qui en étaient ici nettement séparées (7). Émile Mabille (1874), dans une note additionnelle à la troisième édition de l’Histoire générale de Languedoc, est allé dans le même sens : ‘‘Voici les souscriptions des évêques des Gaules qui ont assisté à ce concile par eux-mêmes ou par des mandataires : Oresius episcopus […] Mamertinus episcopus de civitate Elosatium. Une chose frappe, dans cette nomenclature : c’est l’absence des évêques de la Narbonnaise. Quoique la Viennoise fût déjà séparée de la Narbonnaise depuis l’an 278 environ, c’est dans cet acte qu’elle est citée pour la première fois. — La leçon acceptée par les auteurs de l’Histoire de Languedoc & qui met : Mamertinus episcopus de civitate Tolosatium, au lieu de : de civitate Elosatium, n’a pas prévalu. Mamertin était évêque d’Eause, & non de Toulouse, comme le disent ici nos auteurs [Claude Devic et Joseph Vaissete].’’ (8).
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MANUSCRIT 364 DE LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE DE TOULOUSE (vers 600). Partie supérieure du folio 24 v° portant les noms de certains des participants au concile d’Arles de 314 ; aux lignes 2-3 se lit : Ex ciuita(te) Telosacium / Mamertinus ep(iscopu)s Leontius diac(onu)s.
Or la leçon du manuscrit de Corbie, Mamertinus episcopus, Leontius diaconus, de ciuitate Elosasium, (9) se trouve démentie par celles d’au moins six autres manuscrits, qui remontent aux neuvième, huitième, septième, voire sixième siècles : Ex ciuitate Tolosa, Mamertinus episcopus, Leontius diaconus (10), Ex ciuitate Dolosatium, Mamertinus episcopus, Leontius diaconus (11), Ex ciuitate [To]losacium, Marmertinus episcopus, Leontius diaconus (12), Ex ciuita(te) Telosacium, Mamertinus episcopus, Leontius diaconus (13), Ex ciuitate Tolosacium, Mamartinus episcopus, Leoncius diaconus (14), Ex ciuitate Tolosa, Mamertinus episcopus, Leontius diaconus (15).
Quant à l’ »absence des évêques de la Narbonnaise », elle ne signifie pas que cette province n’était pas du tout représentée : la cité d’Apt, qui relevait de la province de Narbonnaise seconde, avait envoyé deux mandataires (16). Il convient sans doute d’envisager ici l’organisation des provinces de l’Empire romain telle qu’elle résultait de la réforme administrative lancée par Dioclétien dans les années 290, c’est-à-dire après regroupement des provinces en douze diocèses, puis morcellement des anciens territoires provinciaux en unités plus petites (17), donc telle que la décrit la Liste de Vérone dressée entre 308 et 325, probablement vers 311-313 (18). Cependant, l’analyse des différentes versions de la liste des participants au synode arlésien de 314 montre d’une part que le terme de prouincia y est indistinctement employé au sens de province ou de diocèse, d’autre part que l’ordre de présentation adopté n’a rien d’absolument rigoureux, en particulier pour la mention des délégués venus des cités appartenant à l’Italie (19). On a observé que plusieurs Églises furent représentées, non par un évêque, mais seulement par des clercs, ce qu’expliquerait une « organisation encore imparfaite de jeunes communautés » ou une « christianisation peu avancée en dehors de quelques centres » (20) ; il faut noter toutefois que trois représentants envoyés d’Espagne et un d’Italie sont qualifiés tantôt de presbyter, tantôt d’episcopus, et que la cité de Lincoln en Bretagne paraît avoir député deux episcopi (21). En tout cas, l’impression d’ensemble qui se dégage de la liste d’Arles est bien que les cadres du christianisme n’étaient pas encore très nettement fixés. Pour les régions correspondant aux diocèses civils de Viennoise et des Gaules, la situation peut être résumée par le tableau ci-dessous.
On voit que la participation des Églises de Viennoise et des Gaules au synode de 314 ne fut pas systématique et que l’énumération de leurs envoyés ne se conforme pas à la logique d’une organisation strictement établie. Dans ces conditions, l’identification du siège épiscopal de Mamertinus ne saurait guère être fondée sur une argumentation d’ordre géographique.
Au demeurant, l’examen de la transmission manuscrite des listes des participants au concile d’Arles permet d’infirmer la tradition, constituée à partir du dix-septième siècle, qui faisait de Mamertinus un évêque de l’ancienne métropole d’Éauze (22). Cette tradition se combinait au catalogue moderne des évêques de cette cité (23), dressé comme suit par Denis de Sainte-Marthe (1716) et Émile Mabille (1872) : I. S. PATERNUS, II. S. LUPERCULUS, III. MAMERTINUS, IV. SERVANDUS, V. TAURINUS, VI. CLARUS, VII. LEONTIUS, VIII. S. ASPASIUS, IX. LABAN, X.
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DESIDERIUS, XI. SENOCHUS, XII. PATERNUS (24). De ces douze personnages, Louis Duchesne (1900) n’a retenu que les sept évêques attestés par des documents sûrs et, s’aidant de sources tout aussi fiables, il put en ajouter trois autres : 1. Mamertinus (314), 2. Clarus (506), 3. Leontius (511), 4. Aspasius (533, 541, 549, 551), 5. Laban (573, 585), 6. Desiderius (585/6), 7. Leodomundus (614), 8. Palladius (626/7), 9. Sidocus (626/7), 10. Scupilio (673/5) (25). Les derniers auteurs qui se soient occupés de la série épiscopale d’Éauze, Charles Higounet (1960) et notre confrère Jacques Lapart (1985), ont considéré Mamertinus comme le « premier évêque connu », le « premier prélat de la province » (26), mais ils n’ont évidemment pas procédé à une étude critique des « souscriptions » du concile d’Arles.
Qualité et nombre des représentants
Communautés chrétiennes
Indications des listes synodales sur les villes
Statut des villes à la suite de la réforme de Dioclétien, d’après la Notitia Galliarum
Évê-
que
Prê-
tre
Dia-
cres
Lec-
teur
Exor
ciste
Rang
Province ou
diocèse
Rang
Province
Diocèse
Cité
Métropole
1
1
Marseille
cité
Viennoise
Viennoise
Viennoise
1
1
4
Arles
cité
Viennoise
x
Viennoise
Viennoise
1
1
Vienne
cité
Viennoise
x
Viennoise
Viennoise
1
1
Vaison
cité
Viennoise
x
Viennoise
Viennoise
1
Orange
cité
Viennoise
x
Viennoise
Viennoise
1
1
Nice
port
Alpes maritimes
Viennoise
1
1
Apt
cité
x
Narbonnaise II
Viennoise
1
1
Reims
cité
Gaule(s)
x
Belgique II
Gaules
1
1
Rouen
cité
x
Lyonnaise II
Gaules
1
1
1
Autun
cité
x
Lyonnaise I
Gaules
1
1
Lyon
cité
x
Lyonnaise I
Gaules
1
1
Cologne
cité
x
Germanie II
Gaules
1
Gévaudan
cité
Aquitaine
x
Aquitaine I
Viennoise
1
1
Bordeaux
cité
x
Aquitaine II
Viennoise
1
1
Trèves
cité
x
Belgique I
Gaules
1
1
Éauze
cité
x
x
Novempopulanie
Viennoise
Toulouse
x
Narbonnaise I
Viennoise
En somme, on peut voir à nouveau en Mamertinus l’évêque qui dirigeait en 314 la communauté chrétienne de Toulouse. Son épiscopat fut vraisemblablement antérieur à celui d’Hilarius, qui inaugura au quatrième siècle le culte du martyr Saturninus, premier évêque de la cité, mis à mort en 250. Mamertin apparaîtra dans cette hypothèse comme le premier successeur connu de saint Saturnin (27).NOTES : 1. Sur le concile d’Arles de 314, dont les actes ont été imprimés dès le seizième siècle (MERLIN 1524, 1530 [f. LXXXVIII v° – LXXXIX v° : titres et canons, sans les souscriptions], 1535 – CRABBE 1538 [p. 170 et suiv.], 1551 – SURIUS 1567 [p. 368 et suiv.]), voir notamment : BARONIO 1590, an 314, § 35-71 – HEFELE ; LECLERCQ 1907, p. 275-296. — 2. MUNIER 1963, p. 14-15 = GAUDEMET 1977, p. 56, 58, 60. — 3. « Tolosani Præsules. […] Martinus, Concilio Arelatensi. » G.C.1 1626, p. 153, 155 – « MARTIN estoit Euesque de Tolose en l’an trois cens quatorze, car il fut en ladite année au Concile premier tenu dans la ville d’Arles soubs Syluestre premier estant Constantin Empereur l’an du Consulat de Volusian & Anian qui est en ladite année trois cens quatorze, ainsi qu’est dict par le susdit Concile, dans lequel sont remarqués les Euesques qui y estoient presens, entre lesquels estoit Agricius Episcopus Biterrensis, & Felix Exorcista ex Prouincia Narbonensi, & apres, ex eadem Prouincia & Ciuitate Tolosæ Martinus Episcopus, Leontius Diaconus. » CATEL 1633, p. 826 ; cf. p. 955 – H.G.L.1 1730, p. 141 (d’après COUSTANT 1721, c. 344) = H.G.L.2 1840, p. 207 = H.G.L.3 1874, p. 353 — 4. L’opinion d’Alexandre Du Mège, qui dédouble Mamertinus en Martin et Mamertin (DU MÈGE 1844 (VII), p. 29), demeure plutôt équivoque (DU MÈGE 1844 (III), p. 40). — 5. SIRMOND 1629, p. 8, 594 – G.C.2 1656, p. 96, 673 – G.C.3 1716, c. 968 = G.C.4 1870, c. 968 – G.C.3 1785, c. 4 = G.C.4 1874, c. 4 – BRUGÈLES 1746, p. 37 – SALVAN 1856, p. 154 – MABILLE 1872 = H.G.L.3 1872, p. 366 – CAYRE 1873, p. 20 – GAMS 1873, p. 496 – MABILLE 1874 = H.G.L.3 1874, p. 353 (n. 1) – DUCHESNE 1894 = DUCHESNE 1907, p. 24 ; cf. p. 31, 33, 46, 47 – DUCHESNE 1900, p. 95 – HIGOUNET 1960, c. 1266-1267, 1268 – MUNIER 1963, p. 14-22, 235 (c. 2) = GAUDEMET 1977, p. 60, 61 – LAPART 1985, p. 363, 365 – FÉVRIER 1986, p. 23, 32. — 6. In quibusdam codicibus manu exaratis pro Elusatium vel Elosatium, legitur Tolosatium, proculdubio ex amanuensium imperitia ; qui nimirum ignorantes fuisse olim civitatem Elusatium, in qua sedisset magnæ auctoritatis episcopus, Tolosatium scribendum esse autumarunt pro Elosatium. G.C.3 1716, c. 968 = G.C.4 1870, c. 968 – De Mamertino jam diximus, t. I, col. 968, observavimusque concilio Arelatensi adfuisse an. 3I4. Mamertinum episcopum non e civitate Tolosa, ut in ms. Colbertino [3368, a Petro Coustant publicato anno 1721, col. 343-344] correxerunt amanuenses imperiti, sed e civitate Elosatium quam ignorabant, ut legit in ms. Corbiensi [Jacobus] Sirmundus, & approbavit [Severinus] Binius [in secunda editione conciliorum publicata anno 1618, vel in tertia, anno 1636]. G.C.3 1785, c. 4 = G.C.4 1874, c. 4. —
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7. NOMINA EPISCOPORVM. ] Secuti sumus in hoc indice codicem Corbeiensem, in quo Episcoporum nomina ciuitatum nominibus præponuntur, cùm in aliis contrâ, vt in Remensi [nunc Parisiensi, Bibl. Nat. Cod. Lat. 3846], sicut in Suriana editione [publicata anno 1567] postponantur […]. DE CIVIT. ELOSATIVM. ] Quidam Tolosa, vel Tolosatium, eorum fortasse iudicio, quibus minùs nota erat ciuitas Elosatium. SIRMOND 1629, p. 593, 594 – MAMERTINVS Episcopus cum Leontio Diacono ciuitatis Elosatium, interfuêre Concilio Arelatensi I. an. 3I4. quibusdam autem Tolosatium dicitur, eorum fortasse iudicio, quibus minùs nota erat ciuitas Elosatium. G.C.2 1656, p. 673 – NOTÆ IAC. SIRMONDI S. I. […] De civitate Elosatium. ] Quidam Tolosa, vel Tolosatium, eorum fortasse judicio, quibus minus nota erat civitas Elosatium. LABBÉ, COSSART 1671, c. [1]432 (n. 12) – IACOBI SIRMONDI S. I. NOTÆ POSTVMÆ IN CONCILIVM ARELATENSE I. anno Christi CCCXIX. [lire : CCCXIV] habitum. […] MAMERTINVS DE C. ELOSATIVM. ] In Mamertini nomine consentiunt manuscripti, non item in nomine civitatis. Quidam enim non Elosatium, sed Tolosatium legunt. Nos Corbeiensem in primis codicem secuti sumus, hac inter cætera conjectura nixi, quod cum Elusa civitas sit Aquitaniæ, Tolosa provinciæ Narbonensis, nihil causæ erat cur Tolosam in hunc locum rejiceret inter civitates Galliarum, quæ distingui solebant a provincia Narbonensi, reque ipsa hoc loco distincte sejunctæ sunt. LABBÉ, COSSART 1671, c. 1565, 1572. — 8. MABILLE 1874 = H.G.L.3 1874, p. 353 (n. 1). La liste des souscriptions citée par Émile Mabille correspond à une édition dérivant du manuscrit de Corbie indiqué à la note suivante. — 9. Paris, B.N.F., fonds latin, ms. 12097 (ms. du sixième siècle pour sa première partie [après 524], confectionné à Lyon ou à Arles, ayant appartenu au monastère de Corbie), f. 91 = Mamertinus Episcopus, Leontius Diaconus, de ciuitate Elosatium. SIRMOND 1629, p. 9 = Mamertinus episcopus, Leontius diaconus, de civitate Elosatium. LABBÉ, COSSART 1671, c. 1430 = Mamertinus episcopus, Leontius diaconus, de civitate Elosatium. LABBÉ, COSSART ; HARDOUIN 1715, c. 267 = Mamertinus episcopus, Leontius diaconus de ciuitate Elosasium. MUNIER 1963, p. 15 = Mamertinus episcopus, Leontius diaconus de ciuitate Elosasium. GAUDEMET 1977, p. 60. — 10. Paris, B.N.F., fonds latin, ms. 3846 (ms. du neuvième siècle, ayant appartenu au monastère Saint-Amand, au diocèse de Tournai), f. 138 v° = MUNIER 1963, p. 22 – In Colbertino autem exemplari not. 3368. […] Ex civitate Tolosa Mamertinus episcopus, Leontius diac. COUSTANT 1721, c. 343, 344. — 11. Munich, Staatsbibliothek, fonds latin, ms. 5508 (ms. de la fin du huitième siècle, confectionné à Salzbourg), f. 16 v° = MUNIER 1963, p. 22. — 12. Albi, B.M., ms. 147 (ancien 2) (Liber canonum copié au neuvième siècle à Albi sur le ms. cité à la note suivante ; sur ce ms., voir essentiellement : Catalogue… 1849, p. 481-482 – GALABERT 1933, p. 353-371), f. 45 r°. Le manuscrit porte : « exciuitatelosaciu. marmertiN9 eps. Leontius diacoN9 » (f. 45 r°, lignes 2-3). — 13. Toulouse, B.M., ms. 364 (ancien I, 63 ou B. 63) (Liber canonum écrit aux environs de 600 par le prêtre Perpetuus sur l’ordre de l’évêque d’Albi Dido ; sur ce ms., voir essentiellement : MOLINIER 1883, n° 364, p. 203-213 – GALABERT 1933, p. 353-371 – OURLIAC 1978, p. 223-238 – cf. SAMARAN, MARICHAL 1968, planche I), f. 24 v°. Le manuscrit porte : ‘‘ExciuiTaTelosacium / mameRTINus eps leoNTIusdiacs’’ (f. 24 v°, lignes 2-3) ; l’abbé Munier transcrit : ‘‘Ex ciuitate (To)losacium Mamertinus episcopus Leontius diaconus.’’ (MUNIER 1963, p. 20, l. 40-41), mais il donne à l’Index nominum : ‘‘Elosacium, Losacium, Tolosacium, Dolosatium ciuitas, Elosa metropolis, Eauze […]’’ (MUNIER 1963, p. 235, c. 2). — 14. Paris, B.N.F., fonds latin, ms. 1452 (ms. du dixième siècle, copie de Berlin, Staatsbibliothek, ms. Phillippicus 1745 : ms. du septième siècle, confectionné en Bourgogne, incomplet du début), f. 153 = MUNIER 1963, p. 18. — 15. Cologne, Bibliothèque capitulaire, ms. 212, f. 30 v° (ms. de la fin du sixième siècle ou du début du septième, confectionné en Gaule rhodanienne) = MUNIER 1963, p. 16. — 16. Apt, dont les délégués sont mentionnés par la seule liste du manuscrit de Corbie (MUNIER 1963, p. 14), figure vers 400 parmi les sept cités de Narbonnaise seconde : XVI. In provincia Narbonensis secunda ciuitates num. VII : Metropolis ciuitas Aquensium. Ciuitas Aptensium. […] (Notitia prouinciarum et ciuitatum Galliae = SIRMOND 1629, p. [4] [après la préface] = SEECK 1876, p. 273 = MOMMSEN 1892 = C.C.S.L. 1965, p. 404 – Cf. LONGNON 1878, p. 189 – DUCHESNE 1907, p. 79 – MIROT 1929, p. 31). — 17. MOMMSEN 1862 = PICOT 1866, p. 369-395 et planche hors-texte XXI – BESNIER 1937, p. 305-309 et fig. 4, p. 307 – CHRISTOL 1997, p. 209-210 et carte, p. 232-233. 18. MAFFEI 1742, p. 84 = MOMMSEN 1862 = PICOT 1866, p. 370-372 = SEECK 1876, p. 247-253 – BESNIER 1937, p. 306 (n. 168) – CHRISTOL 1997, p. 209 — 19. Les délégués de Syracuse, Capoue, Lago di Salpi, Aquilée, Rome et Milan figurent en tête de liste, ceux de Porto, Centumcellae et Ostie à la fin, et ceux Cagliari dans le corps de la liste, parmi les représentants des cités d’Afrique (MUNIER 1963, p. 14-22). Notons que la cité d’Aquilée, située par toutes les versions de la liste dans la province de Dalmatie, se trouvait en réalité dans celle de Vénétie-Istrie. — 20. FÉVRIER 1986, p. 32 ; cf. p. 23. — 21. Sabinus de Bétique, Natalis d’Osuna, Probatius de Tarragone, Leontius d’Ostie ; Adelfius et Sacerdos de Lincoln (MUNIER 1963, p. 14-22). Le diacre Deuterius de Césarée est cité une fois comme évêque, sans doute par erreur (MUNIER 1963, p. 19). — 22. Le rang de métropole de la province de Novempopulanie fut disputé entre les cités d’Éauze et d’Auch au sixième siècle (OURLIAC 1978, p. 229, n. 23 – Cf. Notitia prouinciarum et ciuitatum Galliae = SEECK 1876, p. 271 = MOMMSEN 1892 = C.C.S.L. 1965, p. 401 : cf. p. 384 – Cf. FÉVRIER 1986, p. 30). L’évêché métropolitain d’Éauze disparut entre 673 et 879, date à laquelle le pape Jean VIII qualifiait d’archevêque le chef de l’Église d’Auch (DUCHESNE 1900, p. 18, 95, 97 – HIGOUNET 1960, c. 1266). — 23. Præterea Mamertinus reperitur in cataloguo episcoporum Elusanorum, qui omittitur in Tolosanis. G.C.3 1785, c. 4 = G.C.4 1874, c. 4. — 24. G.C.3 1716, c. 967-970 = G.C.4 1870, c. 967-970 – H.G.L.3 1872, p. 365-366. 25. DUCHESNE 1900, p. 95 ; cf. p. 91-94. Aucun de ces évêques ne figure dans les séries épiscopales contenues dans le cartulaire noir du Chapitre métropolitain d’Auch : liste de peu postérieure à 1200, « assez mauvaise », et document provenant du prieuré Saint-Orens d’Auch, daté de 1108, « plein d’erreurs énormes » (Auch, A.D. Gers, G 16, f. 4 r° – 5 v°, 12 r° – 14 v° = LACAVE LA PLAGNE BARRIS 1899, n° I, p. 1-3 ; n° [CLXI], p. 195-199 – DUCHESNE 1900, p. 92-93). — 26. HIGOUNET 1960, c. 1266-1267 – LAPART 1985, p. 363, 365. — 27. CABAU 1999, p. 132 ; cf. p. 128.
BIBLIOGRAPHIE : www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/t_60/bul20001#bul01
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Series Latina, CLXXV, Turnhout, 1965 — COUSTANT (Pierre), Epistolæ Romanorum pontificum, et quæ ad eos scriptæ sunt […], Paris, I, 1721 — CRABBE (Pierre), Concilia omnia […], Cologne, I, 1538, 2e édition 1551 — CHRISTOL (Michel), L’Empire romain du IIIe siècle. […], Paris, 1997 — DUCHESNE (Louis), Fastes épiscopaux de l’ancienne Gaule, I, Provinces du Sud-Est, Paris, 1894 ; 2e édition 1907 ; II, L’Aquitaine et les Lyonnaises, Paris, 1900 ; 2e édition 1910 — DU MÈGE (Alexandre), Additions et Notes, dans H.G.L.2 1844 (VII) — DU MÈGE (Alexandre), Histoire des Institutions religieuses, politiques, judiciaires et littéraires de la ville de Toulouse, Toulouse, III, 1844 — FÉVRIER (Paul-Albert), Approches de la Gaule méridionale, etc., dans Premiers temps chrétiens en Gaule méridionale. Antiquité tardive et haut Moyen Âge. IIIème – VIIIème siècles, catalogue d’exposition, Lyon, 1986 — GALABERT (François), Notice sur deux manuscrits des bibliothèques de Toulouse et d’Albi (VIIe et IXe siècles), dans Annales du Midi, XLV, Toulouse, 1933, p. 353-371 ; cf. appendice, p. 371-372, et planches hors-texte IV et V — GAMS (Pius Bonifacius), Series Episcoporum Ecclesiæ catholicæ, quotquot innotuerunt a beato Petro apostolo, Ratisbonne, 1873 — GAUDEMET (Jean), Conciles gaulois du IVe siècle, collection Sources chrétiennes, n° 241, Paris, 1977 — G.C.1 = ROBERT (Claude), Gallia Christiana, in qua regni Franciæ ditionumque vicinarum Diœceses et in iis Præsules describuntur, Paris, 1626 — G.C.2 = SAINTE-MARTHE (Scévole, Louis de ; Pierre, Abel, Nicolas de), Gallia Christiana, qua series omnium Archiepiscoporum, Episcoporum et Abbatum Franciæ, vicinarumque ditionum, ab Origine Ecclesiarum, ad nostra tempora per quatuor tomos deducitur. […], Paris, I, 1656 — G.C.3 = SAINTE-MARTHE (Denis de) et continuateurs, Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa […], Paris, I, 1716 ; XIII, 1785 — G.C.4 = SAINTE-MARTHE (Denis de) et continuateurs, Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa […], 2e édition, Paris, I, 1870 ; XIII, 1874 — HEFELE (Karl Joseph von) ; LECLERCQ (Henri), Histoire des conciles d’après les documents originaux, Paris, I-1, 1907 — H.G.L.1 = DEVIC (Claude), VAISSETE (Joseph), Histoire générale de Languedoc […], Paris, I, 1730 — H.G.L.2 = DEVIC (Claude), VAISSETE (Joseph), Histoire générale de Languedoc […], 2e édition, Toulouse, I, 1840 ; VII, 1844 — H.G.L.3 = DEVIC (Claude), VAISSETE (Joseph), Histoire générale de Languedoc […], 3e édition, Toulouse, I-2, 1874 ; IV-1, 1872 — HIGOUNET (Charles), Éauze, dans Dictionnaire d’Histoire et de Géographie ecclésiastiques, Paris, XIV, 1960, c. 1266-1268 — LABBÉ (Philippe), COSSART (Gabriel), Sacrosancta Concilia ad Regiam editionem exacta […], Paris, I, 1671 — LABBÉ (Philippe), COSSART (Gabriel) ; HARDOUIN (Jean), Conciliorum collectio Regia maxima […], Paris, I, 1715 — LACAVE LA PLAGNE BARRIS (C.), Cartulaires du chapitre de l’église métropolitaine Sainte-Marie d’Auch, dans Archives historiques de la Gascogne, 2e série, fascicule III, Cartulaire noir, Paris et Auch, 1899 — LAPART (Jacques), Les cités d’Auch et d’Eauze de la conquête romaine à l’indépendance vasconne (56 avant J.-C. — VIIe siècle après J.-C.). 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Le Président remercie Patrice Cabau de cette relecture.
SÉANCE DU 4 JANVIER 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour,
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Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mmes Napoléone, Pousthomis-Dalle, MM. Gérard, Hermet, Lapart, Roquebert, Vézian, le Père Montagnes, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Pujalte, Stutz, Suau, MM. Bordes, Boudartchouk, Geneviève, Manuel, Molet, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Mme Cazes, MM. Manière, Tollon, membres titulaires, Mme Jimenez, M. Ginesty, membres correspondants.
Le Président ouvre la séance à 17 heures et présente à la Compagnie tous ses vœux amicaux et chaleureux. Louis Peyrusse s’abstient de tout discours relatif au bilan et aux projets de la Société, attendu que ces perspectives seront développées lors de la séance du 18 janvier. Il déclare simplement qu’il souhaite que l’année 2000 ait quelque chose de la magie qui s’attache aux chiffres ronds.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture de la relation de la sortie foraine à Caussade, du 4 décembre 1999, puis du procès-verbal de la séance du 14 décembre. L’ensemble de ces comptes rendus est adopté.
Le Président annonce ensuite la récente élection du bâtonnier Viala à la Présidence de l’Union des six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, puis il fait état de la correspondance manuscrite. Celle-ci comprend notamment une lettre de M. Dominique Baudis, maire de Toulouse, qui nous adresse la copie d’un courrier qu’il a envoyé, en date du 29 novembre 1999, à M. Dominique Letellier, Architecte des Bâtiments de France. Il s’y déclare « particulièrement choqué », ainsi que « la majorité des Toulousains et des visiteurs », de la « nouvelle couleur jaune moutarde de la porte de la cathédrale Saint-Étienne ». M. Baudis regrette que la Mairie n’ait pas été consultée et « souhaite que l’État, propriétaire, revienne à des couleurs mieux adaptées à l’environnement urbain et moins agressives ». Il s’agit ensuite de deux dossiers envoyés par le général Pierre Garrigou Grandchamp et Christophe Évrard, animateur du Patrimoine, qui sollicitent la qualité de membre correspondant de notre Société. Maurice Scellès, Secrétaire général, est chargé du rapport sur ces deux candidatures. Ce sont enfin un compte rendu de l’assemblée générale, tenue le 1er décembre 1999, de la Fédération des Sociétés académiques et savantes Languedoc-Pyrénées-Gacogne, qui devient la « Fédération des Sociétés académiques et savantes Midi-Pyrénées », et une circulaire de la maison Privat, qui lance un concours ouvert aux jeunes auteurs d’Histoire, doté de prix et offrant une intéressante possibilité d’édition. Louis Peyrusse présente ensuite diverses publications :
– la brochure Autour d’Assézat, disponible pour chacun des membres de la Compagnie ;
– l’ouvrage de Paul Féron, Théodore Ozenne, mécène toulousain, Presses de l’Université des Sciences sociales de Toulouse, Toulouse, 1999, en dépôt à la Société ;
– la version publiée de la thèse de Maurice Scellès, Cahors, ville et architecture civile au Moyen Âge (XIIe–XIVe siècles), collection Cahiers du Patrimoine, C.N.M.H.S. – Éditions du Patrimoine, Paris, 1999.
Le Président donne la parole à Françoise Stutz pour la communication du jour, intitulée : Les faciès mérovingiens dans la Gaule du Sud, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Louis Peyrusse remercie l’intervenante et, ayant souligné l’aspect très technique de sa communication, lui demande de préciser la définition de la notion de faciès. Françoise Stutz dit qu’il faut entendre par faciès « toutes les manifestations culturelles que l’on peut regrouper dans un ensemble cohérent de faits et de dates ». Le Président fait appel aux questions de l’assemblée. Patrice Cabau s’enquiert du sens qu’il faut donner à l’expression d’« inhumation habillée ». Françoise Stutz répond qu’il s’agit d’une sépulture comprenant un grand nombre d’éléments de parure pour les femmes, et de panoplie pour les hommes. Robert Manuel intervient à propos des « agrafes de suaire », et Françoise Stutz confirme qu’elles sont assez caractéristiques de l’époque carolingienne. Guy Ahlsell de Toulza ayant abordé la question des grenats qui paraissent manquer dans le décor d’une grande fibule circulaire en or cloisonnée, Françoise Stutz dit que les grenats utilisés pour les encloisonnements étaient des pierres d’importation très lointaine, et que l’approvisionnement s’est trouvé interrompu lorsqu’a été coupée la route de l’Inde. Michel Roquebert envisage l’utilisation éventuelle de grenats de provenance plus immédiate, par exemple de grenats pyrénéens, dont il dit connaître un gisement dans la partie orientale de la chaîne, et Louis Latour cite le gisement de la vallée d’Aure, dans les Hautes-Pyrénées. Françoise Stutz explique que les pierres locales sont d’une qualité très inférieure à celle des grenats d’importation lointaine exclusivement employés par les joailliers. Évoquant la figure de Barrière-Flavy, Louis Latour demande à Françoise Stutz de préciser le rôle qu’il a joué pour l’archéologie mérovingienne. Mme Stutz déclare que Casimir-Bonaventure Barrière-Flavy (Toulouse, 1863 – Toulouse, 1927) a été le père de l’archéologie mérovingienne dans le Midi de la France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ses publications, notamment ses ouvrages de synthèse publiés en 1892 et 1901, ainsi que ses dossiers documentaires, conservés à la Bibliothèque de l’Arsenal à Toulouse, témoignent d’une grande rigueur scientifique. Si ses datations doivent généralement être revues – nombre d’objets qu’il a attribués au Ve siècle appartiennent en réalité au VIIe –, c’est qu’il a été induit en erreur par
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les indications que lui fournissait le baron de Baye ; en témoigne la correspondance échangée entre le chercheur du Nord et celui du Midi. Jacques Lapart souligne l’importance des moyens de publication dont Barrière-Flavy a pu disposer, puis il dit tout l’intérêt du schéma de synthèse élaboré par Françoise Stutz à partir d’un matériel méridional en somme relativement peu abondant. S’agissant des plaques-boucles en fer damasquinées, leur rareté lui paraît pouvoir s’expliquer par le fait qu’on les découvre à l’état de bloc de rouille et qu’on ne sait les traiter que depuis peu. Louis Latour abonde en ce sens, citant l’exemple de la belle plaque-boucle de Grépiac, qui nous a été présentée restaurée et qu’il a connue comme un amas de rouille informe. Jean-Luc Boudartchouk intervient à propos de l’aspect originel des plaques-boucles damasquinées : il lui apparaît qu’elles devaient présenter une polychromie résultant des couleurs diverses du fond de fer et des fils d’argent ou de laiton qui y étaient incrustés.
Puis la discussion s’engage sur le substrat local antérieur au faciès mérovingien, et Jacques Lapart résume ainsi l’état des connaissances sur ce sujet : « Que savons-nous des nécropoles du IVe siècle en Aquitaine ? »
Le Président donne ensuite la parole à Patrice Cabau pour une communication brève :
« Alphonse et Pierre, fils de Foulque de Marseille, évêque de Toulouse de 1205 à 1231
« Folquet de Marseille était fils d’un marchand qui était de Gênes et avait nom sire Alphonse. Et, quand le père mourut, il laissa Folquet très riche d’avoir. Et celui-ci rechercha le mérite et la valeur, et il se mit à servir les barons éminents et les hommes éminents, et à frayer avec eux, et à donner, et à servir, et à aller et à venir. Il fut fort bien accueilli et honoré par le roi Richard, et par le comte Raymond de Toulouse, et par Barral, son seigneur de Marseille. Il « trouvait » très bien et était très avenant de sa personne. Et il courtisait la femme de son seigneur sire Barral, et il la priait d’amour et lui consacrait ses chansons, mais, par ses prières et ses chansons, il ne put jamais obtenir en grâce qu’elle lui fît quelque bien en droit d’Amour : c’est pourquoi, toujours, il se plaint de l’Amour dans ses chansons. Et il advint que la dame mourut, et sire Barral, son mari et le seigneur de Folquet, auquel il faisait tant d’honneur, et le bon roi Richard, le bon comte Raymond de Toulouse, le roi Alphonse d’Aragon. Aussi, pour la tristesse qu’il eut au sujet de sa dame et des princes que je vous ai nommés, Folquet abandonna le monde. Et il entra dans l’Ordre de Cîteaux, avec sa femme et les deux fils qu’il avait. Et il fut fait abbé d’une riche abbaye qui se trouve en Provence, qui a nom Le Thoronet. Et puis il fut fait évêque de Toulouse, et c’est là qu’il mourut. »
Voilà en quels termes un auteur anonyme, qui écrivait en langue provençale dans la seconde moitié du treizième siècle, a rédigé la Vida du troubadour Foulque de Marseille (1). Ce bref récit concorde avec ce que l’on peut connaître de l’existence mouvementée de ce personnage fameux, non seulement au travers de son œuvre littéraire, mais surtout par le biais de sources documentaires nombreuses et diverses. Foulque est en effet mentionné d’abord comme notable de Marseille le 1er février 1179*, sous le nom de Foulque Alphonse (Fulco Anfos) (2), puis comme abbé de Sainte-Marie du Thoronet en 1204, enfin comme évêque de Toulouse à partir du mois de novembre 1205 ; il mourut le jeudi 25 décembre 1231 et fut inhumé dans l’église de l’abbaye cistercienne Sainte-Marie de Grandselve, au diocèse de Toulouse (3). Stanislaw Stronski a montré que l’auteur de la Vida possédait pour la « vie réelle de Folquet » des « informations excellentes, sommaires mais exactes : d’abord sur son origine et sur sa condition […] ensuite sur sa carrière religieuse » (4) et Jean Boutière a souligné que sa notice est d’une « exactitude qui suppose une sérieuse information, ou même le recours aux documents » (5).
Cette « biographie » de Foulque se trouve corroborée — dans la mesure où elle n’en est pas inspirée (6) — par celle que maître Jean de Garlande a esquissée dans le cinquième des huit livres de son poème sur les Triomphes de l’Église, ouvrage composé entre 1231 et 1252 : « Les pervertis, et le docteur et le feu et l’épée les extirpent. L’évêque Foulque les fauche dans la ville sainte. Il avait naguère été jongleur, et puis citoyen de Marseille, connu par son épouse, ses enfants, sa maison. Entrant au monastère du Thoronet, sous l’habit blanc, il s’efforce d’être à l’intérieur de lui-même plus blanc encore. De moine, il fut fait abbé, et puis évêque de Toulouse, et il endura pour ses ouailles beaucoup de maux : outrages, menaces, voyages, exil, soupirs, douleurs, rapines, mépris et grandes embûches. Les deux fils de Foulque ont été faits abbés, et le voile de la religion consacre leur mère. » (7).
On a voulu identifier l’un des fils de Foulque d’après l’une des clauses de l’accord de paix que le comte de Toulouse Raymond « VII » fit serment d’observer le 12 avril 1229 : « Verfeil, ses dépendances, et le village des Bordes avec ses dépendances, nous les cédons à l’évêque de Toulouse et à son fils, Olivier de Lyliers21, comme les leur avaient cédés le roi Louis de bonne mémoire, père de notre
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seigneur le roi, et le comte de Montfort, à condition que l’évêque de Toulouse nous doive pour Verfeil ce qu’il devait au roi Louis de bonne mémoire, père de notre seigneur le roi. » (8).
Seulement, le texte latin de cet article a été traduit incomplètement et mal compris. Voici comment il convient de l’interpréter : « Verfeil, avec ses dépendances, et le domaine de Lasbordes, avec ses dépendances, nous les cédons, conformément à la donation du roi Louis [VIII], de bonne mémoire, père du même seigneur roi [Louis IX], et du comte [Simon] de Montfort, à l’évêque de Toulouse [Foulque] et au fils d’(Eudes) de Lillers, à condition toutefois que l’évêque de Toulouse fasse envers nous pour Verfeil ce qu’il devait faire envers le comte de Montfort et que le fils du même (Eudes) fasse envers nous ce qu’il devait faire envers le roi Louis, de bonne mémoire, père du seigneur roi. » (9). À l’évidence, on ne saurait considérer comme fils de l’évêque de Toulouse celui d’Eudes de Lillers, noble probablement originaire de l’Artois (10) venu dans le Midi à l’époque de la croisade contre les Albigeois.
Par bonheur, l’identité véritable des deux fils de Foulque nous est révélée par une charte transcrite dans le cartulaire, compilé après 1258, de l’abbaye cistercienne Sainte-Marie de Berdoues, au diocèse d’Auch : parmi les quatre témoins de cet acte, daté de 1210, paraissent « Frère Alphonse et Frère Pierre, son frère, moines de Grandselve, qui sont dits fils de Folquet de Marseille, évêque de Toulouse » (11). On aura noté que le fils aîné de Foulque porte le nom de son grand-père et on y verra une nouvelle preuve de la fiabilité des informations de la « biographie » provençale.
S’il paraît impossible de savoir de quel monastère Pierre devint abbé — les prélats de ce nom ont été nombreux dans les abbayes languedociennes de l’Ordre de Cîteaux au treizième siècle (12) —, il semble que l’on puisse identifier Alphonse comme l’abbé Alfonsus qui gouverna de 1231 à 1239 l’abbaye Sainte-Marie de Feuillants, sise alors au diocèse de Toulouse (13).NOTES : 1. Folquet de Marsseilla si fo fillz d’un mercadier que fo de Genoa et ac nom ser Anfos. E quan lo paire muric, si.l laisset molt ric d’auer. Et el entendet en pretz et en ualor, e mes se a seruir als ualenz barons et als ualenz homes, et a brigar ab lor, et a dar et a seruir et a uenir et a anar. E fort fo grazitz et onratz per lo rei Richart e per lo comte Raimon de Tolosa e per en Baral, lo sieu seingnor de Marseilla. Molt trobaua ben e molt fo auinenz om de la persona. Et entendia se en la mullier del sieu seingnor en Baral, e pregaua la e fasia sas chansos d’ella, mas anc per precs ni per cansos no.i poc trobar merce, qu’ella li fezes nuill ben en dreit d’Amor : per que totz temps se plaing d’Amor en soas cansos. Et auenc si que la domna muric, et en Barals, lo maritz d’ella e.l seingner de lui, que tant li fasia d’onor, e.l bons reis Richartz, e.l bons coms Raimos de Tolosa, e.l reis Anfos d’Arragon. Don el, per tristeza de la soa domna e dels princes que uos ai ditz, abandonet lo mon. E si se rendet a l’orde de Cistel ab sa muiller et ab dos fillz qu’el auia. E si fo faichs abas d’una rica abadia qu’es en Proensa, que a nom Lo Torondet. E pois el fo faichs euesques de Tolosa, e lai el muric. D’après BOUTIÈRE, SCHUTZ, CLUZEL 1973, n° LXXI-A, p. 470-471 (texte), 472-473 (traduction) = STRONSKI 1910, p. 3-4 (texte) ; cf. p. 140-143 (critique) — 2. ALBANÉS, CHEVALIER, 1899, n° 1104, c. 693-696 – STRONSKI 1910, p. 3*, 140* (sous la date erronée du 23 janvier 1178) – CABAU 1986, p. 169 (date exacte) – CABAU 1999, p. 154 (date erronée). — 3. STRONSKI 1910, p. 140*-145* – CABAU 1986, p. 151-179 – CABAU 1999, p. 154-156. — 4. STRONSKI 1910, p. 142 ; cf. p. 112*-113*. — 5. BOUTIÈRE, SCHUTZ, CLUZEL 1973, p. X ; cf. p. XII-XIV. — 6. STRONSKI 1910, p. 112*-113*, 142. — 7. Prauos extirpat et doctor et ignis et ensis. / Falcat eos Fulco presul in urbe sacra. / Hic dudum fuerat ioculator, ciuis et inde / Marsilie, clarus coniuge, prole, domo. / Intrans cenobium Turoneti, ueste sub alba, / Certat ut interius albior esse queat. / Factus de monacho fuit abbas, presul et inde / Tholose, passus pro grege multa mala, / Probra, minas, iter, exilium, suspiria, luctus, / Raptus, contemptus, insidiasque graues. / Abbates facti Fulconis sunt duo nati, / Consecrat et matrem relligionis apex. WRIGHT 1856, p. 92-93 = STRONSKI 1910, p. 107*-108*. – On a donné de ce passage une traduction inacceptable sur plusieurs points : « Mais les dépravés, ce sont le docteur et le feu et l’épée qui les exterminent ; et c’est Foulque, le saint prélat, qui les fauche dans la ville. Lui qui naguère fut jongleur en la cité de Marseille et qui, au su de tous, eut femme, fils et maison, entra au monastère du Thoronet en quête, sous la robe blanche, d’une blancheur intérieure plus éclatante encore. De moine il devint abbé, puis évêque de Toulouse et là de par la foule il souffrit mille maux : insultes, menaces, déplacements, exils, sanglots, deuils, enlèvements, mépris et des sièges cruels. Lui, ce fer de lance de la religion, consacra deux abbés indigènes et une mère abbesse. » BONNASSIE, PRADALIÉ 1979, p. 53-54. — 8. « 21. Foulque de Marseille, évêque de Toulouse, avait été marié avant de se faire moine à l’abbaye cistercienne du Thoronet, puis d’obtenir le siège épiscopal de Toulouse. » BONNASSIE, PRADALIÉ 1979, p. 30. — 9. […] Viridefolium cum pertinentiis suis et uillam de Lesbordes cum pertinentiis suis dimittimus, secundum donum bone memorie Ludouici regis, patris eiusdem domini regis, et comitis Montisfortis, episcopo Tholosano et filio O. de Lyliers, ita tamen quod episcopus Tholosanus pro Viridifolio faciat nobis quod debebat facere comiti Montisfortis et filius eiusdem O. faciat nobis quod debebat facere bone memorie Ludouico regi, patri domini regis. […] (Paris, A.N.F., J 305, Toulouse, III, n° 60, lignes 29-30 [original scellé] = TEULET 1866, n° 1992, p. 147-152 [150] = H.G.L.3 1879, n° 271 – CLXXXIV, II, c. 883-892 [888]). Ces dispositions sont rappelées dans une lettre adressée par le roi à l’évêque de Cahors en mai 1230 : […] Cum igitur predicte donationes facte a comitibus Montisfortis in terra eiusdem comitis Tolosani per formam pacis predictam fuerint reuocate, exceptis dumtaxat illis donationibus que facte fuerunt marescallo [Guidoni de Leuis] et O. de Lilers et episcopo Tolosano […]. (Paris, A.N.F., J 306, Toulouse, III, n° 65 [original jadis scellé] = TEULET 1866, n° 2054, p. 177). La donation du castrum de Verfeil par Simon de Montfort à l’évêque de Toulouse Foulque est du 4 juin 1214 (Paris, A.N.F., JJ 19, f. 182 v° ou 187 v° [transcription des environs de 1241] = H.G.L.3 1879, n° 176, c. 653 ; cf. c. 2397 – MOLINIER 1874, n° 80, p. 78 – Toulouse, A.D. Haute-Garonne, 1 G 315, f. 123 v° [copie] ; 1 G 843 [copie] – Cf. GUILLAUME DE PUYLAURENS, Chronica, chapitre XXVIII = DUVERNOY 1976, p. 102). — 10. Lillers, arrondissement de Béthune, Pas-de-Calais. Une domina de Lilers est mentionnée dans une charte d’avril 1209 (Paris, A.N.F., J 399, Promesses, n° 8 [original scellé] = TEULET 1863, n° 870, p. 330). —
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11. […] Hujus rei sunt testes Frater Bernardus de Petrucia, monachus Berdonarum, et Frater Ildefonsus et Frater Petrus, frater eius, monachi Grandis Silue, qui dicti sunt filii Folquet de Massilia, episcopi Tolose, et Ramundus de Bordes, cognatus predicti Fratris Sancii [de Pipio], qui hoc audorgavit per se et per omnes successores suos presentes et futuros Fratribus Berdonarum. Factum est hoc anno ab incarnatione Domini MCCX, regnante Philippo rege Francorum, Bernardo Auxitano archiepiscopo, Centullo Astaracensi comite. CAZAURAN 1905, n° 435, p. 288-289. — 12. Cf. H.G.L.3 1876, p. 602, 608, 609, 613, 618, 619, 621, 624, 627, 630, 632, 635, 636, 642. — 13. G.C.3 1785, c. 218 = G.C.4 1874, c. 218 – H.G.L.3 1876, p. 637.
BIBLIOGRAPHIE : www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/memoires/t_60/bul20001#bul02
ALBANÉS (Joseph-Mathias-Hyacinthe), CHEVALIER (Ulysse), Gallia Christiana novissima, Marseille, Valence, 1899 — BONNASSIE (Pierre), PRADALIÉ (Gérard), La capitulation de Raymond VII et la fondation de l’Université de Toulouse – 1229-1979 – Un anniversaire en question, Toulouse, 1979 — BOUTIÈRE (Jean), SCHUTZ (A.-H.), CLUZEL (Irénée-Marcel), Biographies des troubadours. Textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, 2e édition, Paris, 1973 — CABAU (Patrice), Foulque, marchand et troubadour de Marseille, moine et abbé du Thoronet, évêque de Toulouse (v. 1155/1160 – 25.12.1231), dans Cahiers de Fanjeaux, 21, Les Cisterciens de Languedoc (XIIIe-XIVe s.), Toulouse, 1986, p. 151-179 — CABAU (Patrice), Les évêques de Toulouse (IIIe-XIVe siècles) et les lieux de leur sépulture – Première partie : les évêques de Toulouse, dans M.S.A.M.F., LIX, Toulouse, 1999, p. 123-162 — CAZAURAN (abbé), Cartulaire de Berdoues, La Haye, 1905 — G.C.3 = Gallia Christiana, in provincias ecclesiasticas distributa […], Paris, XIII, 1785 = G.C.4, 2e édition, Paris, 1874 — DUVERNOY (Jean), Guillaume de Puylaurens, Chronique – Chronica magistri Guillelmi de Podio Laurentii, Paris, 1976 — H.G.L.3 = Histoire générale de Languedoc […], 3e édition, Toulouse, IV-2, 1876 ; VIII, 1879 — MOLINIER (Auguste), Catalogue des actes de Simon et d’Amauri de Montfort, extrait de la Bibliothèque de l’École des chartes, XXXIV, Paris, 1874 — STRONSKI (Stanislaw), Le troubadour Folquet de Marseille. Édition critique […], Cracovie, 1910 ; 2e édition, Genève, 1968 — TEULET (Alexandre), Layettes du Trésor des chartes, Paris, I, 1863 ; II, 1866 — WRIGHT (Thomas), Johannis de Garlandia De Triumphis Ecclesiae libri octo, a latin poem of the thirteenth century, Londres, 1856. »
SÉANCE DU 18 JANVIER 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, MM. Gérard, Gilles, Hermet, Nayrolles, Roquebert, Tollon, Mgr Rocacher, le Père Montagnes, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Fronton-Wessel, Jimenez, Pujalte, MM. Bordes, Burroni, Ginesty, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mme Pradalier-Schlumberger, MM. Hamon, Pradalier.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 4 janvier dernier, qui est adopté.
Le Président présente le livre, très joliment mis en page, que ses anciens confrères et élèves viennent d’éditer à la mémoire de Paul Ourliac. À côté d’une mise en perspective des travaux de Paul Ourliac, l’ouvrage comprend une bibliographie qui met à jour celle qui avait été établie en 1979.
Chantal Fraïsse offre à la Société un tiré à part de son article Un traité des vertus et des vices illustré à Moissac du XIe siècle (Cahiers de civilisation médiévale, 42e année, juillet-septembre 1999, p. 221-242), et Pierre Garrigou Grandchamp trois volumes anciens de The antiquaries Journal, qui viennent heureusement compléter notre collection. Au nom de notre Compagnie, le Président remercie les donateurs.
Parmi la correspondance, on note en particulier des bulletins de souscription pour l’ouvrage de notre consœur Chantal Fraïsse : Moissac et la Révolution (inventaire analytique des archives communales), pour le très attendu Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse de notre confrère Pierre Gérard (édité par les Amis des archives de la Haute-Garonne), et pour Cabaret. Histoire et archéologie d’un castrum (C.V.P.M., Maison des Mémoires).
Le Président présente le rapport moral pour l’année 1999 :
« Recaler sur l’année civile 1999 les morceaux de deux années académiques a quelque chose d’arbitraire. Essayons pourtant.
La Société a été heureuse en 1999 de ne pas connaître de deuil. (Il nous reste toutefois à saluer la mémoire de quelques-uns de nos membres éminents comme Michel Labrousse ou Georges Fouet que je souhaiterais voir honorer d’une longue notice sur la vie et les travaux). Nous avons recruté quatre jeunes confrères : Mme Hélène Debax, MM. Henri Molet, Étienne Hamon et Vincent Geneviève. En revanche nous avons dû après un ultime courrier de rappel rayer de nos effectifs quelques membres ayant cessé depuis quelque temps tout rapport épistolaire et économique avec la Société. Ces démissions » subreptices » sont à déplorer : elles témoignent de l’absence d’attraction de notre Société auprès de confrères – on l’espère, requis par d’autres chantiers… Je souhaiterais que l’an 2000 voie notre recrutement s’élargir en particulier du côté des jeunes chercheurs. Et cette politique de recrutement doit s’accompagner d’une utilisation plus large des possibilités offertes par les statuts : nous n’avons pas assez de membres d’honneur – certains pourraient être des relais d’influence efficaces de nos travaux… De l’excellence de ceux-ci témoignera le volume de Mémoires pour l’année 1998-1999 qui arrivera le 1er février et dont le retard n’est imputable qu’aux retards de quelques auteurs et non à l’indiligence du secrétaire général qui a donné tous ses soins à ce volume comme à l’accoutumée.
Autre sujet de satisfaction : la séance publique a été d’une qualité exceptionnelle grâce à l’évocation des » oubliés » de l’histoire de Toulouse au temps du catharisme ressuscités par Michel Roquebert dans le cadre extraordinaire de Saint-Pierre-des-Cuisines. Lors de cette soirée du 3 mai – placée à une date que nous n’avons pu faire bouger – quatre prix de la Société archéologique furent remis à Florence Millet, Patricia Guillet-Baudrix, Priscilla Malagutti et Dany Couget-Rullier. Le
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4 décembre dernier, nous avons remis à M. le Sénateur-Maire de Caussade la médaille d’argent de la Société pour saluer 1’exceptionnelle réussite de la restauration de la Tour d’Arles.
Les travaux de l’année 1999 ont été nombreux et variés. Ils vont de la haute antiquité des stèles dauniennes (Cecilia d’Ercole) au XIXe siècle de l’église du Jésus à Toulouse. Toutes les périodes ont eu droit à une étude significative. Je suis en particulier assez satisfait que les communications brèves, qui apportent des informations ponctuelles de découvertes ou des remarques sur des restaurations ou des aménagements, aient trouvé un rythme satisfaisant. Le volume LIX des Mémoires – douze articles, un copieux Bulletin – témoignera de cette diversité, même si toutes les communications ne sont pas éditées.
Le trésorier fera remarquer que, heureusement, celles-ci ne grèvent pas le budget de ces Mémoires qui atteignent les 320 pages. Pour un équilibre nécessaire de nos comptes, il faut nous fixer un certain nombre de règles : la Société prend pour éditer le volume annuel sur les revenus de ses capitaux. La part départementale est limitée à l’impression de 100 pages. Il devient impératif de ne pas dépasser 300 pages – sauf à mettre en péril non pas nos comptes, mais notre capacité à financer autre chose que les Mémoires. Une piste à explorer serait de faire passer en édition électronique sur notre site Internet les articles qui compromettent la longueur du volume ou sont rendus en retard…
Il reste d’autres problèmes en suspens : peut-être est-ce dû au manque d’efficacité du président débutant… Je les rappelle en vrac : nos affaires de Martres-Tolosane, l’équipement des salles de travail, la toilette de nos statuts, la bibliothèque dont Louis Latour est le serviteur très dévoué…
Mais on ne peut oublier que la Société est aussi ouverte sur l’extérieur. À Pâques 2001 (9-13 avril) se tiendra à Toulouse, sans doute à l’Université de Toulouse-Le Mirail, le Congrès national des Sociétés savantes. La Société recevra le 17 février des membres du C.T.H.S. et des Sociétés savantes du Midi pour une séance préparatoire de travail. Au début de l’été 2001 est programmée la journée d’études sur la maison médiévale que prépare Maurice Scellès en accord avec Michèle Pradalier. Le site Internet de la Société va accueillir les rapports des recherches commandées par la Conservation régionale des Monuments historiques grâce à la proposition de M. Bertrand Ducourau auquel nous exprimons notre gratitude. Il est aussi projeté de mettre en ligne le catalogue des produits de la manufacture Virebent dont les images ont été saisies. D’autres projets sont en cours, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.
Il me reste – et c’est la partie la plus agréable de ce bref survol – à dire ma fierté d’œuvrer à la tête d’une équipe et d’une société qui méritent bien des éloges : aux membres du bureau : Daniel Cazes qui suit le dossier » Martres « , Maurice Scellès notre » cheville-ouvrière « , Guy Ahlsell de Toulza qui veille à l’équilibre de nos comptes, Louis Latour au dévouement absolu, et à ceux dont le travail est » invisible » : Patrice Cabau, Anne-Laure Napoléone, Christine Delaplace, Jean Nayrolles… à tous un très grand merci. Une société vit de ces dévouements au bien commun ; la qualité du travail hebdomadaire fait notre force et il est très agréable d’en souligner l’exceptionnelle valeur. Aussi brève que soit la ponctuation finale, c’est un énergique merci qui s’impose.
Louis PEYRUSSE »
Le Trésorier présente ensuite le rapport financier. À l’unanimité le rapport moral est approuvé et il est donné quitus au trésorier pour sa bonne gestion.
L’ordre du jour appelle les élections statutaires. Louis Peyrusse, Maurice Scellès et Louis Latour sont respectivement réélus Président, Secrétaire général et Bibliothécaire-archiviste. En leur nom à tous trois, le Président remercie la Compagnie de cette confiance renouvelée qui, rappelle-t-il, honore autant qu’elle oblige.
La parole est à Bruno Tollon qui propose à la Compagnie deux notes brèves :
« Le grand degré du collège de Périgord à Toulouse (1367)
Dans un essai qui a fait date, Jean-Marie Pérouse de Montclos (1) s’attachait à suivre l’apparition et le développement de l’escalier ouvert porté par des voûtes, en France et en Espagne. Le hasard d’une enquête permet d’apporter un nouvel élément aux exemples réunis jusqu’ici. On le trouve au collège de Périgord installé dans la plus vieille demeure patricienne de Toulouse. On sait que le cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord avait prévu cette fondation par décision testamentaire avec un legs considérable de 20 000 livres tournois sous le vocable de Saint-Front de Périgueux ; il devait recevoir vingt étudiants
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TOULOUSE, COLLÈGE DE PÉRIGORD, plan de 1753, A.D. Hérault, C 544-1. Cliché A.D. de l’Hérault.
assistés de quatre chapelains et servis par sept domestiques (1360). Entre 1362 et 1371, les légataires firent l’acquisition de six hôtels situés à l’angle des actuelles rue du Taur et rue du Périgord et édifièrent le nouveau collège en réutilisant bon nombre de murs anciens et la vénérable tour des Maurand pour servir, au rez-de-chaussée, de sacristie à la nouvelle chapelle et de salle d’archives à l’étage. Entre 1363 et 1370 furent édifiées la chapelle le long de la rue du Taur et les trois ailes sur une cour entourée d’un cloître à deux niveaux (une seule aile au revers de la rue du Taur est encore conservée). Maurice Meusnier (2) a étudié l’histoire de cette entreprise grâce aux registres de comptes partiellement conservés. Ainsi l’auteur a-t-il retrouvé le détail de la construction du grand escalier dont les fondations commencent le 14 octobre 1367 ; les échafaudages de ses voûtes furent enlevés le 9 juin 1368 et ceux de ses murs le 26 novembre 1369. L’escalier a disparu au XIXe siècle quand le collège, cédé à l’archevêché, a été reconstruit pour l’installation du Grand séminaire (1823).
Par chance, des plans du collège médiéval, dressés au XVIIIe siècle, permettent la localisation du grand degré (3). L’escalier était édifié dans l’aile nord du collège et communiquait avec le cloître par deux grandes arcades reposant sur des supports cruciformes. La légende du dessin à la plume indique bien la présence de ce » grand escalier voûté « . Les volées droites en retour d’équerre s’appuient sur les murs d’un grand vestibule. En prévoyant des voûtes, on a donné un caractère plus monumental à ce type d’escalier ouvert qui ne conduisait qu’au premier étage : avec vingt-trois marches, la première volée, appuyée sur le mur nord, aboutissait à un repos intermédiaire d’où la seconde volée plus courte (douze marches) prenait son départ. Celle-ci débouchait dans la galerie de l’aile orientale du bâtiment. On reconnaît ici une formule spectaculaire comparable à celle de l’escalier suspendu édifié avant 1347 pour le logis de la reine dans le palais des rois de Majorque à Perpignan. Ce prototype, lui aussi bien daté (4), est conservé. Il prend place dans un vestibule qui communique avec la cour par deux hautes arcades en plein cintre et dessert l’appartement de l’étage. Le parti de voûtement y est très élémentaire avec deux berceaux rampants en retour d’équerre sur lesquels sont posées les marches. La retombée des berceaux est appuyée sur les murs ; au retour, le berceau de la deuxième volée prend naissance sur le flanc de la première volée. Avec ou sans échiffre pour supporter le départ de la voûte, l’escalier du
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collège toulousain montre un parti très proche et constitue, à l’heure actuelle, le plus ancien exemple en France de la formule observée à Perpignan. En 1982, Jean-Marie Pérouse de Montclos ne voyait au prototype de la capitale du royaume de Majorque qu’une descendance espagnole. Depuis son enquête, les travaux consacrés à l’architecture civile médiévale ont fait avancer la connaissance de la distribution. On trouve dans les cours des grands hôtels médiévaux des escaliers ouverts établis sur voûte rampante à une ou deux volées (5).
Intégrée à une aile du bâtiment, la solution observée à Perpignan et à Toulouse est porteuse d’avenir. Dans le premier cas, l’escalier est placé sous un portique largement ouvert sur la cour de la reine ; dans le second, il est édifié dans un vestibule séparé de la cour par les travées du cloître. En attendant la découverte d’autres escaliers suspendus, la solution monumentale retenue pour le collège toulousain s’inscrit dans le cadre languedocien au sens large où la tradition stéréotomique a toujours été significative. Plus d’un demi-siècle avant la fameuse » vis de Toulouse « , désormais bien datée de 1531 et dont l’auteur est identifié (6), les responsables de la fondation de l’évêque de Périgueux misaient sur un escalier spectaculaire pour conférer au nouveau collège un caractère palatial.Bruno TOLLON »
1. Jean-Marie Pérouse de Montclos, L’architecture à la française, Paris, 1982, p. 167.
2. Maurice Meusnier, « Fondation et construction d’un collège universitaire au XIVe siècle : le collège de Périgord à Toulouse », dans Annales du Midi, 1951, p. 211-221.
3. A.D. Hérault, C 544, devis de réparation, 1753.
4. Marcel Durliat le date avant 1347 (L’art dans le royaume de Majorque, Toulouse, 1962, p. 205).
5. Bernard Sournia, Jean-Louis Vayssettes, Montpellier : la demeure médiévale, Paris,1991, p. 72-80 ; Anne-Laure Napoléone, Figeac au Moyen Âge : les maisons du XIIe au XIVe siècle, Figeac, 1998, 2 vol. ; Maurice Scellès, Cahors : ville et architecture civile au Moyen Âge, Paris, 1999, p. 111-127.
6. Bruno Tollon, « « L’escallier de Toulouze » ou la vis des archives revisitée », dans M.S.A.M.F., t. LII, 1992, p. 97-106.
À propos de l’escalier du collège de Périgord, le Président ayant manifesté sa surprise devant les comparaisons proposées avec l’escalera en rincón de claustro que l’on connaît en Espagne, Bruno Tollon précise que les escaliers à trois volées se développent surtout à partir du début du XVIe siècle.
Maurice Scellès remarque que l’on s’attendrait plutôt pour cette époque à un escalier sous galerie immédiatement accessible : la formule de l’escalier isolé dans une cage serait exceptionnelle. Bruno Tollon note que les escaliers étaient parfois situés au revers du corps sur rue, et ne se trouvaient donc pas toujours placés dans l’axe de l’entrée.
Bruno Tollon présente ensuite un décor peint du château de Rudelle (Muret) :
« Le château de Rudelle et le décor peint du galetas
Ces dernières années, les découvertes de décors peints dans les édifices civils se sont multipliées. Cependant beaucoup de monuments attendent encore des enquêtes complètes. Ainsi en est-il du château de Rudelle, près de Muret, inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1979 pour » ses façades et toitures, six cheminées et des vestiges de peintures murales au troisième étage » qui vont nous intéresser ici.
Le château est représentatif des traditions techniques propres à la région toulousaine : maçonneries de briques nues et pierre de taille pour les baies et l’escalier. Bâti à proximité d’une rivière, il réunit toutes les dépendances nécessaires à un grand domaine : moulins, tuilerie, bâtiments agricoles, écuries et remises, mais ces derniers ne dessinent pas la cour du château. Celui-ci reste isolé et offre un plan massé avec trois étages au-dessus du rez-de-chaussée réservé à la cuisine et à l’office. L’allure du château lui est procurée par quatre tourelles d’angle et, au-dessus de la vis d’escalier, un pavillon plus élevé abritant la pièce haute avec sa vis d’accès. Peu transformé au XIXe siècle, on trouve ici des témoignages significatifs de l’art d’habiter sous l’Ancien Régime. Seul le premier étage a été repartagé et les plafonds plâtrés. En revanche, le second étage a conservé ses poutres et ses cheminées ornées, et aussi les poteaux des cloisons qui isolaient la chambre de la garde-robe, du côté oriental ; enfin, chaque pièce possède un dégagement – ou cabinet – dans la tourelle d’angle. Au total, le château offrait, à chaque étage, deux appartements séparés par la salle. Au troisième étage, d’une hauteur bien moindre, la charpente, modifiée au XIXe siècle, reste apparente ; aucune division ne vient cloisonner cet espace
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LE CHÂTEAU DE RUDELLE (HAUTE-GARONNE) au XIXe siècle,
d’après un dessin de la collection d’Ingres conservé au musée de Montauban.CHÂTEAU DE RUDELLE (HAUTE-GARONNE), plan au niveau des combles.
Relevé Jean-Louis Claverie, architecte.
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À Rudelle, les vestiges d’un important décor peint se situent au troisième étage, occupant toute la paroi du côté nord, depuis le montant de la cheminée installée sur le petit côté à l’ouest jusqu’à la porte de la tourelle orientale ; en revanche, aucune trace de badigeon ou de décor n’a été repérée sur la moitié sud de l’étage. Tout semble confirmer que la peinture n’a été prévue que pour la seule moitié nord du galetas.
Les peintures ont subi de multiples dégradations lors des réfections apportées à la charpente : trois piliers ont doublé les trumeaux 3, 4 et 5, les enduits ont été pour la plupart arrachés à la partie supérieure du mur et seules les bordures des baies ou des portes ouvrant sur les deux tourelles conservent badigeons et éléments ornementaux.
Une scène occupe le grand trumeau côté ouest au-dessus de ce qui semble avoir été un faux lambris bas. On distingue un personnage féminin adossé à un arbre, un cheval et un chien dans un paysage. Des fragments de bordure montrent des trophées et un satyre.
Les trumeaux étroits étaient réservés à de grandes figures. On distingue sur le trumeau 6 un personnage en cuirasse tenant une lance au bout de laquelle se love un serpent. Au dernier trumeau
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(n° 8), on reconnaît Cérès avec une gerbe de blé sur le bras. Une frise d’ornements composée de trophées musicaux l’encadre. Le dessin élégant de la draperie, l’allure dansante et les proportions élancées de la figure évoquent le maniérisme de la seconde École de Fontainebleau. Les bordures rappellent les panneaux de » grotesques » mis à la mode par la gravure (2). Ce style est illustré à Toulouse par Jacques Boulvène et ses figures sophistiquées dont la manière est identifiable dans les peintures des Annales de la Ville. Un fragment retrouvé, qui montre des rois mages en costume oriental, brandissant des vases d’offrandes, évoque pleinement cet art de cour étudié par Jean-Claude Boyer à propos de l’Allégorie de la Prévoyance, de l’Honneur et de la Vigilance (3).
Les vestiges de décor peint de Rudelle posent le problème des circonstances de la réalisation du programme. Avec les poutres peintes et les cheminées ornées des autres étages, l’ensemble atteste la place tenue par la peinture murale dans les décors intérieurs du XVIIe siècle. Toutefois, l’emplacement du programme le plus élaboré, mêlant figures de pastorales et divinités de la » Fable « , qu’on attendrait dans une galerie, ne laisse pas de surprendre. L’hypothèse la plus vraisemblable reste celle d’un décor rapidement brossé pour une fête, sans doute un mariage.
Le caractère des frises inspirées par les thèmes des grotesques et le style maniériste des figures évoquent bien le premier tiers du siècle. Dans le reste du château, les poutres peintes, les frises hautes (rinceaux, médaillons à paysage…) comme les manteaux des cheminées relèvent au contraire d’un autre contexte stylistique et appartiennent à la seconde moitié du XVIIe siècle.
CHÂTEAU DE RUDELLE (HAUTE-GARONNE), deuxième étage, élévation intérieure est.
CHÂTEAU DE RUDELLE (HAUTE-GARONNE), plafond du deuxième étage.
L’intérêt de ce décor est de poser le problème de l’utilisation apparemment noble de ces parties hautes, ces niveaux de » mirandes » trop souvent considérés comme des espaces secondaires dévolus à des fonctions de stockage, séchage et rangement. Il restera à s’interroger, après nettoyage et restauration, sur les caractéristiques de l’iconographie et les rapports qui pourraient être établis avec d’autres manifestations de la vie culturelle toulousaine.
Bruno TOLLON »
1. Cf. VUILLEZ (Éric), L’hôtel de Caulet avant 1630, mémoire de maîtrise, Université de Toulouse-Le Mirail, 1992.
2. GRUBER (Alain), L’art décoratif en Europe, t. 2, Renaissance et Maniérisme, 1993.
3. BOYER (Jean-Claude), «Boulbène, Ripa, Richeome», dans Revue de l’art, 1992, p. 42-50.
Le Président le remercie de nous avoir révélé ce décor inattendu, conservé dans un comble qui n’avait pas à l’évidence une fonction de grenier. Bruno Tollon précise que les mirandes au revers desquelles se trouve le décor sont tournées vers le nord, et il ajoute que la salle devait être plafonnée.
Bruno Tollon ayant évoqué des décors réalisés pour des circonstances très précises, Maurice Scellès demande si cette hypothèse ne doit pas être envisagée pour celui du château de Rudelle.
Répondant à Guy Ahlsell de Toulza, Bruno Tollon indique que la pièce aveugle qui existe à chaque étage servait peut-être de resserre, et que l’on en connaît d’autres exemples ailleurs.
SÉANCE DU 1er FÉVRIER 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Napoléone, MM. Gilles, Roquebert, membres titulaires, Mme Pujalte, MM. Bordes, Cranga, Manuel, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur honoraire, MM. Burroni, Tollon.
À la demande du Secrétaire général, la lecture du procès-verbal de la séance du 18 janvier est reportée.
Le Président communique à la Compagnie qu’il a été entendu avec notre consœur Évelyne Ugaglia qu’une visite de l’exposition Les arts du métal, qui vient tout juste d’ouvrir au Musée Saint-Raymond, serait organisée hors calendrier avant le mois de juin.
Marie-Luce Pujalte offre à la Société un exemplaire de sa thèse : L’architecture civile privée du XVIIIe siècle à Toulouse, sous la direction de M. le Professeur Yves Bruand, Université de Toulouse-Le Mirail, 1999, 2 vol. de texte 540 p., 3 vol. de planches 252 p.
L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres correspondants. Après audition des rapports présentés par le Secrétaire général, on procède au vote : le général Pierre Garrigou Grandchamp et M. Christophe Évrard, animateur du patrimoine des bastides du Rouergue, sont élus membres correspondants de notre Société.
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La parole est alors à Louis Latour pour une communication consacrée à Jacques-Jean Esquié et la construction de l’église de la Madeleine à Auterive (Haute-Garonne) :
« L’ancienne église
À la fin du XIIe siècle, la construction du grand pont d’Auterive sur l’Ariège permit l’extension de la ville sur la rive gauche : quelques maisons se regroupèrent autour d’une petite église, constituant ainsi le faubourg du Bout-du-Pont.
Modeste édifice, à l’origine, elle se révéla très vite insuffisante pour accueillir une population sans cesse croissante de brassiers, de marins et de pêcheurs. Elle fut agrandie en 1764 par l’adjonction de trois grandes chapelles à l’ouest de la nef.
L’église de la Madeleine prit alors le visage définitif qu’elle devait garder jusqu’au milieu du XIXe siècle. La nef qui surplombait à l’est le lit de l’Ariège, était longée du côté du faubourg par la sacristie et les trois chapelles dédiées à la Vierge, à saint Éloi et à sainte Catherine. Au nord de l’édifice s’ouvrait l’entrée principale au-dessous du clocher-mur traditionnel de forme triangulaire percé de cinq ouvertures pour recevoir les cloches. Le portail était précédé d’un porche dans lequel s’ouvrait l’escalier d’accès à la tribune. Sous celle-ci, une porte permettait d’entrer dans les fonts baptismaux installés dans une petite salle contiguë au porche, du côté de la rivière.La population du faubourg ayant fortement augmenté au début du XIXe siècle (1 500 habitants, 500 communiants environ, en 1834) et la paroisse voisine de Saint-Martin-de-Luffiac ayant été rattachée à celle de la Madeleine, l’église du Bout-du-Pont se révéla à nouveau très insuffisante. Un projet d’agrandissement proposé par la fabrique en 1841, sur des plans de Virebent aîné, architecte de la ville de Toulouse, dut être ajourné par manque de ressources.
En 1853, l’abbé Ginesté, curé de la Madeleine, exposa au conseil municipal « qu’il [avait] acheté une portion considérable d’un terrain qui lui [semblait] convenable pour l’emplacement d’une nouvelle église, qu’il [mettait] ce terrain à la disposition de la commune avec les ressources dont il [pouvait] disposer et qu’il [évaluait], avec les prestations volontaires, à une somme approximative de 15 000 F. »
La municipalité, craignant d’être entraînée dans des dépenses excessives, choisit la solution plus économique de l’agrandissement de l’ancienne église et chargea Jacques-Jean Esquié, architecte du département et des édifices diocésains, de présenter un projet dans ce sens.L’architecte proposa l’ajout de trois travées à l’extrémité nord de l’église. Les deux premières couvraient la largeur de la nef et celle du collatéral, la première à l’emplacement de l’ancien porche, la seconde en avant de celle-ci. Elles étaient précédées d’une troisième travée plus réduite, de la largeur de la nef seulement, supportant la nouvelle tribune, au-dessus du portail d’entrée.
La façade gardait son caractère traditionnel avec un portail cintré et un clocher-mur triangulaire percé de trois baies. L’ensemble des travaux était évalué à 5 520 F.AUTERIVE (HAUTE-GARONNE), ÉGLISE DE LA MADELEINE.
L’agrandissement de l’ancienne église. Projet de J.-J. Esquié.Le projet d’agrandissement fut voté par le Conseil municipal le 14 mai 1854, approuvé par le préfet et consacré par le décret impérial du 19 août 1854. Le 4 février 1855 la municipalité décidait l’adjudication immédiate des travaux.
Le curé et la fabrique s’opposèrent énergiquement au projet Esquié : l’agrandissement consistait en fait en un allongement excessif de la nef qui aurait mesuré plus de 30 m de long – un véritable couloir –
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et n’aurait pas réglé les problèmes d’insalubrité et d’insécurité liés à la proximité de l’Ariège. L’abbé Ginesté opta définitivement pour l’édification d’une nouvelle église, prit comme architecte un conducteur des Ponts-et-chaussées, Piette, posa solennellement la première pierre, le 24 juillet 1854, puis commença activement la construction projetée.
Le conflit, d’une rare violence, dura plus d’un an. Des expertises tempérèrent quelque peu l’ardeur des deux parties et, le 22 mars 1856, le préfet se laissa fléchir par la détermination du curé et de la fabrique. Il refusa le projet d’agrandissement de la vieille église et invita la municipalité à collaborer avec la fabrique pour la construction de la nouvelle église.La nouvelle église de la Madeleine
Le préfet confia à Esquié le soin d’expertiser les travaux déjà réalisés par Piette et d’évaluer les compléments nécessaires pour l’achèvement de la nouvelle église. L’architecte estima que cette dépense pourrait être réduite à 21 500 F mais que « le projet en cours d’exécution [était] très médiocre, ne [présentait] soit à l’intérieur soit à l’extérieur, aucun caractère religieux, et [n’avait] pas été approuvé » et proposait « d’inviter M. le curé ou M. le Maire à faire dresser un nouveau projet par un des architectes (…) recommandés aux communes ».
Malgré l’appui du curé Ginesté en sa faveur, le préfet écarta définitivement Piette de la construction de la nouvelle église et confia à J.-J. Esquié le soin de dresser les plans et devis définitifs.
L’architecte diocésain présenta le projet définitif le 1er mars 1859. Dans son descriptif, il constatait d’abord l’état du chantier : « il comprend actuellement les murs latéraux de la nef, les bas-côtés avec leur toiture et la façade principale. » Et il ajoutait : « chargé par M. le curé et la fabrique de cette paroisse de modifier le projet en cours d’exécution, et de donner à cette église, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, un caractère et des formes architecturales plus en rapport avec sa destination, j’ai dû conserver autant que possible les constructions érigées jusqu’à ce jour, afin de réduire au strict nécessaire le chiffre de la dépense restant à effectuer pour approprier cet édifice de manière à pouvoir y célébrer convenablement les cérémonies religieuses. »
« Ce résultat sera obtenu par la construction du sanctuaire [le chœur] et de la sacristie, l’exhaussement des murs de la nef et de la façade principale à partir des accoudoirs des fenêtres supérieures, l’établissement de la toiture de la nef ainsi que des voûtes et des carrelages de tout l’édifice, enfin par le placement provisoire des portes, fenêtres, autels, confessionnaux, etc., etc. provenant de l’église actuelle (…) » et par la rectification de « la partie inférieure de la façade principale » selon les dessins annexés.AUTERIVE (HAUTE-GARONNE), ÉGLISE DE LA MADELEINE.
La façade de la nouvelle église. Projet de J.-J. Esquié.Le devis estimatif s’élevait à 20 200 F, compte tenu des prestations volontaires que devaient assurer de nombreux paroissiens, des rabais importants consentis par les fournisseurs et de l’ajournement de la construction du clocher et de la décoration intérieure.
Les projets d’Esquié, approuvés par le conseil municipal d’Auterive et par le conseil de fabrique,
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furent entérinés par le décret impérial du 15 décembre 1860. Le projet fut enfin approuvé par le préfet qui accorda une subvention de l’État de 3 000 F, le 19 avril 1861.
Malgré un nouveau conflit entre la fabrique et la municipalité au sujet du financement des portes et fenêtres, la construction fut menée à bien par l’entreprise Th. Pourquié sous la direction de Jacques-Jean Esquié et l’église inaugurée en 1863.
Le clocher dont la réalisation avait été ajournée du fait des ressources insuffisantes de la commune et de la fabrique, fut construit en 1871 par Pourquié, pour la somme de 6 732 F avec une aide importante de l’État de 4 000 F pour l’achèvement de l’église.Dans la nouvelle église : quelles sont les parts respectives de Piette et d’Esquié ?
Les plans de la nouvelle église de la Madeleine conçus par Piette en 1855, ne furent communiqués à l’administration préfectorale que très tardivement en mai 1858 mais, égarés, ne furent transmis par le préfet à J.-J. Esquié que le 29 septembre de la même année.
Ces plans ayant été définitivement perdus, à notre connaissance, nous devons nous appuyer sur leur critique faite par l’architecte diocésain pour essayer de distinguer les parts respectives des deux architectes dans l’église actuelle de la Madeleine.Le plan
Le plan fourni par Esquié faisant apparaître l’extension du projet par l’adjonction du chœur semi-circulaire et de la grande sacristie contiguë, on pourrait croire que l’idée en revient à l’architecte diocésain. Or l’étude des documents est claire : dans un premier rapport du 24 janvier 1856, Esquié critique la voûte de l’hémicycle du sanctuaire conçue par Piette et regrette que la grande sacristie [prenne] jour sur une propriété voisine. Le sanctuaire semi-circulaire et la grande sacristie figuraient donc bien sur les plans de Piette mais ne purent être construits par lui car ils nécessitaient l’expropriation de propriétaires voisins : chose impossible pour la construction d’une chapelle privée entreprise par la fabrique sans autorisation officielle, sur un terrain lui appartenant.
Le plan complet de l’église est donc bien l’œuvre de Piette, y compris l’abside en hémicycle et la sacristie contiguë. Il montre une large nef flanquée de deux bas-côtés ouverts à leurs extrémités proches du sanctuaire et destinés sans doute à recevoir des chapelles successives. Le plan d’Esquié, au contraire, ferme ces extrémités, transforme les collatéraux en nefs secondaires destinées à recevoir chacune un autel unique proche du maître-autel, et complète ainsi le plan basilical.AUTERIVE (HAUTE-GARONNE), ÉGLISE DE LA MADELEINE.
Plan montrant les constructions réalisées par Piette
et les modifications prévues par J.-J. Esquié en 1859.Les constructions
J.-J. Esquié dans son rapport du 1er mars 1859 précisait que la construction déjà
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réalisée par Piette comprenait les bas-côtés avec leur toiture, les murs latéraux de la nef et la façade principale jusqu’aux appuis des fenêtres. Il s’engageait pour sa part à construire le sanctuaire – c’est à dire le chœur – et la sacristie, à achever l’élévation des murs de la nef et de la façade principale « à partir des accoudoirs des fenêtres supérieures », à couvrir la nef et à voûter et carreler tout l’édifice, ainsi qu’à « rectifier la partie inférieure de la façade principale » déjà construite.
Nous pensons donc qu’il convient d’attribuer à Piette, conducteur des Ponts-et-chaussées à Villefranche, les ouvrages suivants :
- les fondations de l’ensemble de l’édifice, selon un plan rectangulaire s’arrêtant à la naissance du chœur,
- la maçonnerie et la couverture des deux bas-côtés y compris les murs et les arcs séparant les chapelles de la nef,
- les murs latéraux de la nef jusqu’à la base des fenêtres supérieures,
- la partie inférieure de la façade principale qui sera ensuite rectifiée par son successeur.
Jacques Jean Esquié ayant achevé l’édifice en conservant « autant que possible les constructions érigées jusqu’à ce jour », nous lui devons donc :
- l’achèvement des murs de la nef,
- la construction du sanctuaire semi-circulaire et de la sacristie adjacente,
- le voûtement de la nef et des chapelles en voûtes d’arêtes et celui du chœur en cul-de-four,
- le dallage de tout l’édifice,
- la couverture de la nef, la charpente reposant sur quatre murs pignons bâtis sur les reins des arcs doubleaux,
- l’achèvement de la façade principale : rectification de la partie inférieure construite par Piette, construction de la partie supérieure,
- et, plus tard, la construction du clocher.
Le caractère religieux de l’édifice
Dans sa critique du projet Piette, l’architecte diocésain se plaignait surtout que le plan soit « dépourvu (…) de tout caractère architectural convenable alors qu’il s’agirait d’appliquer à l’entière construction d’un monument religieux les saines idées mises en honneur par la rénovation artistique dont l’administration doit surveiller et assurer les progrès (…) » (Rapport du 24 janvier 1856).
Esquié s’engagea alors à « donner à cette église, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, un caractère et des formes architecturales plus en rapport avec sa destination » (Projet du 1er mars 1859).
Et il ajouta, nous l’avons vu, « ce résultat sera obtenu par la construction du sanctuaire et de la sacristie, l’exhaussement des murs de la nef et de la façade principale à partir des accoudoirs des fenêtres supérieures, l’établissement de la toiture de la nef ainsi que des voûtes et des carrelages de tout l’édifice ».
Il est évident que le caractère religieux de l’édifice ne peut découler du seul achèvement de la construction : le maçon construit, l’architecte imprime son style. C’est le style de J.-J. Esquié que nous voulons retrouver dans l’église de la Madeleine…À l’extérieur
La petite phrase suivante, à la fin du projet Esquié, était passée jusqu’ici inaperçue : « on rectifiera la partie inférieure de la façade principale [déjà construite par Piette] conformément aux indications des dessins ci-annexés. »
Si les volumes et les proportions de la façade principale sont bien l’œuvre de Piette, nous pensons que nous devons à Esquié tout l’aménagement architectural qui lui est propre :
- le fronton classique et les puissants pilastres qui le supportent, apparentés à ceux de Saint-Martin-du-Touch et de Villemur,
- les baies accolées que l’on retrouve dans les mêmes églises,
- les rangées de petites arcatures qui décorent de même les églises de Longages, de Bélesta-Lauragais, de Villemur et de Saint-Martin-du-Touch,
- et le portail en plein cintre à la mouluration large et profonde semblable à ceux des autres églises remaniées ou construites par J.-J. Esquié.
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La « rectification » de la façade imprime bien à l’église de la Madeleine la marque personnelle de l’architecte toulousain.
À l’intérieur
Le néo-roman qui inspire déjà la façade, s’exprime pleinement dans l’aménagement de la nef et des chapelles.
Ici encore nous retrouvons des modèles chers à J.-J. Esquié :
- l’usage exclusif du plein cintre pour les baies et pour les arcs séparant la nef des collatéraux,
- les larges moulurations de ces arcs,
- la corniche puissante qui les surplombe,
- et surtout la voûte en cul-de-four de l’abside, entièrement aveugle, destinée à recevoir un vaste décor peint.
Si le plan de l’église est bien l’œuvre de Piette, l’aménagement religieux de l’édifice reflète tout à fait l’inspiration et la technique d’Esquié. À la construction entreprise par un conducteur de travaux, l’architecte a ajouté une âme. En ce sens, l’église de la Madeleine est bien réellement l’œuvre de Jacques-Jean Esquié…
En guise de conclusion : questions et hypothèses
Un projet inédit
La découverte d’un projet inédit, d’origine inconnue, conduit à de nouvelles interrogations au sujet des projets initiaux du curé Ginesté. Il s’agit de deux plans dressés par Louis Bordes, architecte à Paris, et intitulés « Projet d’une église pour la paroisse de la Madeleine à Auterive ».
Ces plans sont datés du 1er juin 1853. La date n’est pas quelconque : le 10 février 1853, le curé Ginesté avait proposé son terrain pour l’emplacement de la nouvelle église et, le 27 avril suivant, une commission municipale avait rendu un rapport favorable demandant qu’un plan et un devis soient dressés pour le 8 mai. Il est donc probable que le plan de L. Bordes a été dressé alors à la demande de la fabrique et il est possible que ce plan ait inspiré le projet du conducteur Piette.
Le premier plan présente la façade principale avec son portail cintré encadré de deux portes secondaires et surmonté de trois fenêtres accolées séparées par des colonnettes. De part et d’autre, on aperçoit le profil des bas-côtés éclairés chacun par une fenêtre en plein cintre. Au-dessus, un clocher à section carrée avec une fenêtre à abat-son surmontée d’une flèche couverte d’ardoise. La décoration est très simple, plutôt pauvre.
La coupe du chœur montre sa voûte surbaissée, la ferme supportant la toiture et la structure des bas-côtés. Cette vue montre également le décor projeté : au-dessus d’un autel très simple, les médaillons des apôtres Pierre, Jean et Paul ; au-dessus encore, entre deux baies en plein cintre, un grand tableau représente le couronnement de la Vierge. Les couleurs ternes, la décoration limitée traduisent ici aussi une simplicité qui confine à la pauvreté.
Ces plans, dans lesquels nous croyons déceler une certaine indigence, traduisaient-ils vraiment les goûts et les désirs du curé et de la fabrique ? La découverte assez récente – vers 1990 – du Registre des délibérations du Conseil de fabrique de la paroisse de la Magdelaine d’Auterive (1836-1899) apporte ici encore de nouveaux éléments de recherche.« Le style grec a aussi son mérite… »
Dans sa séance du 9 février 1856, le Conseil de fabrique réfute longuement les critiques portées par Esquié contre le projet Piette dans son rapport de janvier 1856. Nous lisons ainsi, sous la plume du curé Ginesté : « Le style de l’église n’est pas différent de celui qu’on a adopté, à des époques très récentes, pour une foule de monuments religieux, soit dans le département, soit dans le reste de la France – voir notamment les églises de Castanet et de Lanta. M. l’architecte sait bien mieux que nous que les paroisses de campagne, dépourvues de ressources, ne peuvent pas prétendre à des ornementations gothiques ou à la magnificence du style roman. Le style grec a aussi son mérite, et en
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AUTERIVE (HAUTE-GARONNE), ÉGLISE DE LA MADELEINE.
Le projet de Louis Bordes : la façade principale.
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permettant plus d’économie, il permet aussi de réaliser des projets qui n’offensent ni le progrès des arts, ni les idées saines d’architecture, et tel est le projet dressé par M. Piette. »
Sans doute ne faut-il pas attendre de l’abbé Ginesté une connaissance approfondie des styles architecturaux. Il oppose surtout ici la simplicité de ce qu’il nomme le style grec à la magnificence du néo-gothique et du néo-roman pour des raisons pécuniaires : c’est la modicité des ressources locales qui le contraint à la simplicité. Mais les deux exemples qu’il donne – les églises de Castanet et de Lanta – témoignent de ses préférences artistiques. Leurs belles façades classiques à frontons triangulaires inspirées du style grec, œuvres respectives des architectes D. Villeneuve et U. Vitry, représentaient pour lui le modèle idéal : modèle architectural, certes, mais aussi modèle économique car leur simplicité apparente était le gage d’un coût raisonnable.FAÇADES COMPARÉES.
1. Église de Castanet (Haute-Garonne) : D. Villeneuve, architecte, 1837-1859.
2. Église de Lanta (Haute-Garonne) : U. Vitry, architecte, 1847-1849.
3. Église de la Madeleine à Auterive : projet de L. Bordes, architecte, 1853.
4. Église de la Madeleine à Auterive : J.-J. Esquié, architecte, 1859-1863.Lorsque, à partir de 1858, après l’éviction de Piette, l’abbé Ginesté devint l’un des interlocuteurs du nouvel architecte, ses goûts personnels durent rejoindre facilement ceux de J.-J. Esquié. La comparaison des façades représentées par les schémas montre à l’évidence la pauvreté du projet de L. Bordes et, en revanche, la parenté de style entre les façades d’Auterive, de Castanet et de Lanta. Le mérite du style grec avait été reconnu…
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Nous souhaitons que la découverte de nouveaux documents, en particulier le plan de la façade projetée par Piette, puisse apporter une réponse définitive à nos questions. Mais pour nous une réponse est déjà certaine : l’église de la Madeleine est bien, au sens le plus noble du mot, l’œuvre de Jacques-Jean Esquié.
___________
Sources :
Archives paroissiales d’Auterive : Registre 192.
Archives départementales de la H.-G. : 2.O.46.
Archives personnelles de l’auteur : Plans de Louis Bordes (1853).
Louis LATOUR »
Le Président remercie Louis Latour en remarquant qu’il minimise son apport au dossier, alors que toutes ces précisions permettent de mieux comprendre les aléas du chantier et les choix définitifs. Il souligne combien il était en effet aisé de démontrer les faiblesses du projet de Piette, l’abside ne pouvant être construite qu’en ayant recours à une mesure d’expropriation pour utilité publique qui ne pouvait être mise en œuvre par le clergé. Le Président insiste également sur le fait que finalement moins d’un tiers des murs est attribuable à Piette et qu’Esquié a dû ajouter des contreforts pour pouvoir les surélever. Louis Latour note que Piette avait prévu des contreforts sur l’abside qu’il n’a pas eu la possibilité de construire.
Le Président rappelle qu’Esquié s’en tient souvent à des dispositions standard, avec un clocher en façade et un plan basilical à chapelles latérales. L’originalité de l’église de la Madeleine est qu’elle associe un clocher de style roman bourguignon, et non local, à un édifice de style néo-roman. Il serait intéressant de faire le calcul du prix de revient par habitant. Louis Latour s’exécute immédiatement de bonne grâce en indiquant qu’il est parvenu à un prix de revient par habitant de la commune de 24 F., et de 71 F. par paroissien, soit un coût bien inférieur au maximum de 100 F. par habitant selon les normes officielles citées par Odile Foucaud. Grâce au clergé, Auterive a donc hérité d’une grande église pour un coût assez faible.
M. Gilles s’enquiert de ce qu’il est advenu de l’ancienne église. Louis Latour indique qu’elle a été vendue à un minotier qui voulait édifier un moulin sur le bord de la rivière, les pierres du portail et des fenêtres devant être récupérées pour la nouvelle église. Le projet n’a pas été réalisé et l’église a été rachetée par la commune qui a établi un jardin public sur son emplacement.
Michel Roquebert présente des notes :
« Sur l’ancienneté de la famille de Ulmo à Toulouse
Jean de Ulmo – dont nous pouvons faire en occitan Jean Deloume et en français Jean Delorme (1) – est bien connu à Toulouse pour avoir fait édifier entre 1520 et 1530 l’hôtel situé à l’actuel n° 15 de la rue Ninau, et pour avoir eu une surprenante carrière. Avocat général au Parlement en 1526, président à mortier en 1529, il fut impliqué dans une grave affaire de corruption, qui entraîna en 1537 sa dégradation publique, son exposition au pilori place Saint-Georges et sa flétrissure au fer rouge sur le front. Après quoi, condamné à la prison à vie, il fut transféré au fort de Saint-Malo. Affecté, vu son niveau de culture, aux écritures, il trouva le moyen de falsifier les comptes du gouverneur, et cette fois fut pendu. C’était en 1549.
Que peut-on savoir sur l’ancienneté du patronyme de Ulmo à Toulouse ?
Le Cartulaire du Bourg nous montre plusieurs consuls portant pour patronyme de Ulmo de 1205 à 1226 ; ce sont Raymond [1204, 1205, 1208, 1215, puis, 1221 – mais est-ce le même (2) ?] Arnaud [1220 (3)] et Guillaume [1226 (4)]. Les actes ne permettent cependant pas de déceler leurs liens de parenté. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’un Raymond de Ulmo, qui pourrait être le consul de 1204 et 1205, avait en 1201 un frère nommé Pierre, et en 1205 – si c’est le même Raymond, un frère nommé Bernard (6). Trente ans plus tard, exactement en mars 1236, on voit apparaître de nouveau deux frères nommés Raymond et Bernard de Ulmo (7).
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De son côté, le petit mémoire de Fr. Guillaume Pelhisson sur la construction du couvent des Prêcheurs, que Bernard Gui a recopié dans son De Fundatione, nous fait connaître un Pierre de Ulmo, dont on ne saurait dire si c’est celui de 1201, mais dont on sait qu’en 1229 il vend pour 600 sous toulzas au prieur des Prêcheurs un jardin avec maison et pigeonnier, situé dans le bourg et appuyé au mur de la Cité (ortum cum columbario ex partie burgi et quamdam domum contiguam columbario). « Ce jardin s’étend du Sauzat du Bourg, qui est devant le puits de la rue qui conduit à l’Orme sec (ad ulmam siccam) jusqu’au mur de la Cité, et de la maison d’Arnaud Nouvel jusqu’au jardin d’Arnaud Souquière, c’est-à-dire de même que coule le Sauzat, par où s’écoulent les eaux pluviales communales » (8). Cette « rue qui conduit à l’Orme sec » apparaît dans un acte du 15 février 1219 du cartulaire de Lézat, comme carraria que ducit ad Ulmos (9). Pelhisson parle dans sa Chronique, à la date de 1234, du vicus qui vocatur l’Olmet sec (10), qui devint en 1851 la rue Romiguières. Quant au Sauzat du Bourg, c’était un ruisseau bordé de saules qui servait de drain et qui coulait vers la Garonne, entre le mur de la Cité et le tracé de l’actuelle rue Pargaminières (11).
En 1231, le même Pierre de Ulmo vend 300 sous, toujours aux Prêcheurs, un autre jardin situé ex parte burgi, sur lequel seront notamment édifiés l’hospitium, la plupart des logements du couvent, les cuisines, la cuisine de l’infirmerie et le réfectoire des malades. Une partie du jardin acquis restera cependant à usage de jardin, « de l’hôpital jusqu’au mur de la rue du côté de l’Olmet » (12).
En 1246, ce sont les héritiers de Pierre de Ulmo qui vendent au prieur des Prêcheurs, Raymond de Foix, une maison, avec four et jardin, qui s’étend jusqu’à la tour de Guillaume de Ferrières et au mur de la Cité, et où va être construite la nouvelle infirmerie. Le tout est vendu 600 sous, mais les vendeurs abandonnèrent 150 sous à titre d’aumône pour le repos de l’âme de Pierre de Ulmo (13).*
Quatre personnages nommés de Ulmo figurent dans le diplôme délivré en 1279 par le roi Philippe le Hardi, et ordonnant la restitution aux légitimes héritiers des biens confisqués par le passé aux fauteurs d’hérésie condamnés à la prison. Un Arnaud de Ulmo est au rang des pétitionnaires qui ont demandé la restitution des patrimoines confisqués (14). Sans doute est-il lui-même l’héritier, ou l’un des héritiers, des trois de Ulmo, Pons, Guillaume-Pierre et Raymond, dont les biens saisis pour hérésie seront restitués (15), encore qu’on ne sache rien de leurs condamnations : pour beaucoup de personnages touchés par le diplôme de 1279, on possède les sentences qui les ont condamnés à la prison perpétuelle et à la saisie de leurs biens – elles datent pour la plupart de 1246-1248 et ont été prononcées par les inquisiteurs Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre. Ce n’est pas le cas pour nos trois de Ulmo, condamnés, par conséquent, à des dates indéterminées.
Sur le premier des trois, Pons, John Hine Mundy, qui a édité le diplôme royal de 1279, n’a rien trouvé, et je ne l’ai moi-même pas rencontré dans les documents inquisitoriaux. Guillaume-Pierre, en revanche, est mentionné dans un acte de juin 1226 : avec sa femme Arnaude et son fils Pierre-Jean, il vend six maisons sises près du rempart du Bourg Saint-Sernin (16); mais cela ne nous apprend rien sur ses liens avec l’hérésie. Finalement, le dernier des trois, Raymond de Ulmo est le seul à apparaître dans les sources inquisitoriales, sous le nom de Ramundus del Olm, lorsque, vers 1225, à Lanta, il écoute la prédication d’un éminent personnage de l’Église cathare, le diacre Bernard de Lamothe (17). Il est très vraisemblable, au vu des dates, qu’il s’agit du consul Raymond de Ulmo attesté par deux fois en 1221. On sait que tout au long de la première moitié du XIIIe siècle, un bon nombre de familles consulaires ont été impliquées, ouvertement ou clandestinement, dans l’hérésie.
Raymond ne fut d’ailleurs pas le seul de Ulmo à avoir eu des relations avec l’Église interdite. À une date indécise, mais en tout cas avant 1241, un Arnaud Olme assista à Saint-Sernin, près de Bélesta-Lauragais, à un conseil que l’évêque cathare Bertrand Marty – descendu pour l’occasion de Montségur – tient en compagnie du diacre Bernard de Mayreville et de plusieurs parfaits, avec divers hobereaux du Lauragais, certainement pour étudier avec eux la situation de l’Église clandestine (18). Cet Arnaud Olme pourrait bien être le consul de Toulouse attesté en 1220 et 1221, mais ce n’est qu’une conjecture. Il n’apparaît cependant, ni dans les sentences de 1246-1248, ni dans le diplôme royal de 1279. Il est vrai qu’il mourut avant 1245 ; il aurait pu être condamné à titre posthume, mais on n’en trouve pas trace.*
Voilà donc ce qu’on peut savoir des de Ulmo de Toulouse, entre 1201 et l’amnistie de 1279. Il reste à tenter de rechercher l’origine de cette famille.
Une piste pourrait être fournie par le Cartulaire des Templiers de Douzens, entre Carcassonne et Lézignan.
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En 1168, en 1170, un Pierre de Ulmo travaille une terre à Valséguier, aujourd’hui sur la commune de Fajac-en-Val , canton de Lagrasse (19). Il tient cette terre des Templiers de Douzens (20).
En 1173, c’est un Guillaume de Ulmo qui fait une donation aux mêmes Templiers de Douzens (21).
En 1182, un Pierre de Ulmo est témoin d’une vente faite aux mêmes Templiers (22).Nous avons donc, dans les actes concernant les Templiers de Douzens, un Pierre de Ulmo en 1168, 1170, et 1182, et un Raymond de Ulmo en 1181. Or, on l’a vu tout au début, on trouve à Toulouse, en 1201, deux frères nommés Pierre et Raymond de Ulmo. Il y a mieux : en septembre 1181, un Raymond de Ulmo et sa femme Vitalia achètent un bien foncier à Toulouse, dans le Bourg, en l’occurrence un demi-arpent de vigne situé à Prat-Long, et ils le font « du consentement de Pons, abbé de Saint-Sernin, dominus dicti honoris » (23). Il n’est pas impossible, que l’on tienne là le terminus a quo de l’installation à Toulouse, au Bourg Saint-Sernin, d’une famille de Ulmo venue du Carcassès, mais ce n’est évidemment qu’une hypothèse.
Il faudrait dire, d’ailleurs, une partie de la famille, car des de Ulmo subsistèrent à Carcassonne : Un Guillaume-Arnaud de Ulmo est, en septembre 1284, au nombre des consuls de la ville qui complotent la destruction des livres de l’Inquisition (24).*
Pour les premières décennies du XIVe siècle, on peut mentionner :
– Maître Arnaldus de Ulmo, jurisconsulte de Pamiers, au nombre des fondés de pouvoir des nobles du comté de Foix chargés, le 19 août 1316, de désigner un tuteur pour les enfants du comte décédé, Gaston Ier (25).
– Le même Arnaldus de Ulmo, jurisperitus Appamiarum, est convoqué en août 1318 par l’évêque de Pamiers Jacques Fournier, avec une trentaine de personnalités laïques et religieuses, pour décider de la sentence concluant la procédure engagée pour hérésie contre Aude, femme de Guillaume Fauré, de Merviel (26).Frère Pons de Ulmo, du couvent des Mineurs de Pamiers, assiste le 7 août 1318 à la promulgation de la sentence qui fait miséricorde à Aude Fauré, la relève de son excommunication, et lui impose divers pèlerinages à titre de pénitence (27).
Enfin, le 4 septembre 1332 le damoiseau Guillaume de Ulmo de Lesignano, sénéchal du Quercy, se porte caution pour le chevalier Bertrand Plantier, libéré de prison sous condition par ordre du roi (28). Voilà qui nous ramène à ce qui fut – peut-être ! – le berceau des de Ulmo, puisque Lézignan n’est qu’à une lieue et demie de Douzens…Michel ROQUEBERT »
1. Latin ulmus, orme ; d’où, en français, Lormais, Dorme, Dhorme, Delorme, Delormeau, Delumeau, d’Ormesson, etc. Formes occitanes : olm, om, orm [pron. oulm, oum, ourm] etc. d’où , dans le Midi, Loulme, Loulmet, Deloume ; savoyard Delormoz (Réf. : Dauzat, Alibert).
2. 14 juin 1204 : Ramundus de Ulmo témoin, en tant que consul de Toulouse, du traité de paix entre la commune de Toulouse et Vézian, vicomte de Lomagne, seigneur Auvillar. (Toulouse, Cartulaire du Bourg, dans Limouzin-Lamothe, La commune de Toulouse, p. 363).– 10 mars 1205 : Ramundus de Ulmo témoin, en tant que consul de Toulouse, d’un établissement consulaire réglant les rapports des aubergistes de Toulouse avec les pèlerins , les accusations posthumes d’hérésie, la pente des rues et l’écoulement des eaux, la police des jeux, la police des funérailles, les spectacles des baladins (Ibid. p. 361).– 21 mars 1205 : Ramundus de Ulmo témoin, en tant que consul de Toulouse, d’un jugement consulaire déclarant propriété communale la place, les maisons et les chapelles de Montaygon (Ibid. p. 365).– Mai 1205 : Ramundus de Ulmo est au nombre des consuls de Toulouse qui demandent une enquête sur les bureaux et les tarifs des péages dans le Toulousain (Ibid. p. 366, 369). – 17 mars 1208 : Ramundus de Ulmo témoin, en tant que consul de Toulouse, de l’établissement consulaire interdisant aux répondants d’acquérir les biens de ceux dont ils répondent ; attribuant à la Commune la justice des violences exercées contre les Toulousains ; défendant de vendre ou d’engager des tombeaux de familles ; réglementant la conservation des objets saisis en gage ; fixant la répartition des défenseurs dans les procès (Ibid. p. 429, 430). – 8 octobre 1208 : Ramundus de Ulmo témoin, en tant que consul de Toulouse, de l’établissement consulaire séparant les intérêts et des actes du comte les dommages soufferts par la Commune (Ibid. p. 431). – Octobre 1215 : Ramundus de Ulmo consul du Bourg (John Hine Mundy, The repression of catharisme at Toulouse : The royal diploma of 1279 [Toronto, Pontifical Institute, 1985] p. 84, d’après Archives Municipales, Layettes : Odon de Saint-Blanquat, Inventaire des Archives de la ville de Toulouse antérieures à 1790, t. II, 45).
3. 8 novembre 1220 : Arnaldus de Ulmo consul de Toulouse, lors de l’ordonnance du comte Raymond VI indemnisant sur les revenus de ses domaines les dépenses faites par les consuls pendant la guerre contre les croisés. (Cartulaire du Bourg, p. 443).
4. 15 mars 1226 : Willelmus de Ulmo au nombre des consuls de Toulouse qui promulguent un établissement défendant à tout habitant de Toulouse de prêter assistance en justice et secours d’aucune sorte aux malfaiteurs étrangers coupables
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de méfaits envers d’autres Toulousains (Cartulaire du Bourg, p. 445).– 11 avril 1226 : Willelmus de Ulmo au nombre des consuls de Toulouse qui fondent une lampe perpétuelle à Saint-Sernin devant l’autel et les reliques de saint Exupère (Ibid. , p. 444).
5. Décembre 1201 : Petrus et Ramundus de Ulmo, fratres (A.D. Haute-Garonne, E2 : copie de 1211, d’après Mundy, op. cit. p. 83).
6. Février 1205 : Ramundus et Bernardus de Ulmo, fratres (A.D. Haute-Garonne, Malte 2, 168 iv, copie de 1236, d’après Mundy, op. cit. p. 84).
7. Mars 1236 : Ramundus et Bernardus de Ulmo, fratres (Ibid. Malte 2, 168 v).
8. Bernard Gui, De Fundatione, éd. Amargier, MOFPH, vol. 24 (Rome, 1961) p. 33.
9. Cartulaire de l’abbaye de Lézat, édité par P. Ourliac (1984) n° 1504.
10. Guillaume Pelhisson, Chronique, édition J. Duvernoy (CNRS 1994) p. 60.
11. Cf. M.-H. Vicaire, « Le financement des Jacobins de Toulouse », dans La naissance et l’essor du gothique méridional, Cahiers de Fanjeaux n° 9 (Toulouse, Privat 1974) p. 216.
12. De Fundatione, p. 33.
13. De Fundatione, p. 41.
14. Arnaldus de Ulmo (Mundy, op. cit. p. 125).
15. Poncius de Ulmo, Willelmus Petri de Ulmo, Ramundus de Ulmo (Mundy, op. cit. p. 83, 94, 99).
16. Willelmus Petri de Ulmo, Arnalda, Petrus Johannis (A.D. Haute-Garonne, E 501, d’après Mundy, op. cit. p. 94).
17. « J’ai vu Bernard de Lamothe et son socius hérétique à Lanta chez Alaman de Rouaix, et j’ai vu avec eux Guillaume Jaule, Bernard Sabatier, qui fut par la suite hérétique, Guillaume del Tort, Pons Saquet, Jourdain de Lanta, son frère Guiraud Hunaud, Raymond Azéma, Ramundus del Olm, Pons de Lafage, etc. […] Moi-même et tous les autres, nous avons écouté la prédication des hérétiques et les avons adorés trois fois. Il y a vingt ans ou environ. » (Interrogatoire de Pierre Barot, de Saint-Anatoly, par Bernard de Caux, le 26 février 1245. B.M. Toulouse, Ms 609 f° 210 v°).
18. « Cathala [écuyer de Pons Magrefort, de Pechluna] qui habite à Pomas, m’a dit que Bertrand Marty [évêque cathare du Toulousain], Bernard de Mayreville [diacre cathare] et leurs compagnons hérétiques, tinrent conseil (fecerunt concilium) à Saint-Sernin près de Bélesta [Lauragais] sur la terre du comte de Foix. Assistèrent à ce conseil Pons Magrefort, de Pechluna, Bertrand de Peyrefite, Arnaldus Olme defunctus […] Il y a deux ans environ que Cathala m’a raconté cela […] » (Interrogatoire de Guillaume Salamon, de Mayreville, par Bernard de Caux, 1245. B.M. Toulouse, Ms 609, f° 214 r°). [Le 18 mai 1226, Raymond VII avait donné en fief au comte de Foix Roger-Bernard II Saint-Félix et ses appartenances, à savoir quinze châteaux et villages du Lauragais – Histoire Générale de Languedoc, t. VIII, col. 832 – Il les reprit à Roger-Bernard du vivant de ce dernier – Histoire Générale de Languedoc, t. VI, p. 747].
19. 17 décembre 1168 et 19 novembre 1170. Cartulaire des Templiers de Douzens, édité par P. Gérard et É. Magnou, (Paris, Bibliothèque nationale, 1965) Cartulaire B, n° 33 et 71.
20. Acte du 18 avril 1175, ibid. n° 66.
21. 9 février 1173, ibid. n° 78.
22. 6 novembre 1182, ibid. n° 30.
23. Douais, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Sernin (Paris, 1887), Appendice n° 67.
24. Enquêtes de Jean Galand, Paris, B. N. ms du Fonds Doat, vol. XXVI, f° 267 v° et 271 v°.
25. Histoire Générale de Languedoc, t. X, Preuves, col. 563.
26. Registre d’Inquisition de Jacques Fournier, f° 138 v° (éd. J. Duvernoy, t. II p. 102).
27. Ibid. f° 138 v° (éd. t. II p. 104).
28. Histoire Générale de Languedoc, t. X, Preuves, col. 720.
Le Président remercie Michel Roquebert pour cette mise au point qui en rassemblant des mentions éparses laisse entrevoir une histoire familiale dont le plus extraordinaire est qu’elle est fort probable. Pour Patrice Cabau, l’hypothèse qui a été esquissée est tout à fait cohérente, et l’on imagine volontiers, même en l’absence de toute certitude, l’arrivée à Toulouse d’une famille modeste à la fin du XIIe siècle, bientôt portée sur le devant de la scène par le parti populaire au début du siècle suivant.
Répondant au Président, Michel Roquebert indique que le patronyme est très peu courant et que ses notes reprennent tout ce qu’il a pu rassembler, alors que celles qu’il possède sur les Rouaix représenteraient quelque deux cents pages.
Patrice Cabau, François Bordes et Michel Roquebert discutent de l’origine du nom du lieu dit « L’Orme sec », où se sont justement installés les de Ulmo. M. Gilles précise que ce quartier est encore très peu bâti au XIIIe siècle.
SÉANCE DU 15 FÉVRIER 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Napoléone, Pousthomis-Dalle, MM. l’abbé Baccrabère, Gilles, Hermet, Pradalier, M. Roquebert, le Père Montagnes, Mgr Rocacher, membres titulaires, Mmes Pujalte, Stutz, Tollon, MM. Bordes, Geneviève, Hamon, Manuel, Testard, Vayssières, membres correspondants.
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Excusés : MM. Burroni, Garland, Tollon.
Invités : M. Mathieu Ferrier, M. Bertrand Ducourau.
Le Président rappelle les modifications qui ont été apportées au programme des futures séances et annonce que la date de la visite de l’exposition Les arts du métal, au Musée Saint-Raymond, a été fixée au 23 mai.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 18 janvier et 1er février derniers, qui sont adoptés.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. Plusieurs mémoires sont présentés au concours. M. Philippe Bouzon nous adresse son travail sur les feuilles votives dans l’Empire romain (Université de Toulouse-Le Mirail) : le rapport sera demandé à M. Robert Sablayrolles ; les autres rapporteurs seront Bruno Tollon pour la thèse de Mme Fabienne Sartre sur Marc Arcis (Université de Toulouse-Le Mirail), Henri Molet, Jean-Luc Boudartchouk et Jean Catalo pour la thèse de Mme Pamela Marquez sur l’urbanisme à Toulouse au début du XIIIe siècle (Université du Colorado), Mme Anne-Laure Napoléone pour les mémoires de maîtrise de Mlle Catherine Guiraud sur la maisons médiévales d’Albi et de Mlle Aurélie Fabre sur les maisons médiévales de Rodez (Université de Toulouse-Le Mirail).
La fondation Guitard nous annonce la remise de son prix annuel à Henri Ameglio.
Le Président remercie Daniel Cazes qui offre pour notre bibliothèque plusieurs tirés à part et catalogues d’exposition en remplacement des exemplaires disparus.
Le Président souhaite la bienvenue à M. Bertrand Ducourau, en soulignant que c’est avec son concours que le site Internet de notre Société s’est tout récemment enrichi du dossier de restauration des peintures de l’église de Vals, et il donne la parole à Françoise Tollon. Après avoir indiqué tout ce qu’elles doivent à la collaboration de M. Bertrand Ducourau, celle-ci présente deux communications, la première portant sur la restauration de la carte du ciel de Saint-Sernin de Toulouse :
« Dans la galerie située au-dessus du collatéral extérieur nord de la basilique Saint-Sernin se trouvent des peintures murales qui ont été l’objet de deux interventions successives de conservation et de relevés, travaux réalisés sous la maîtrise d’œuvre de la conservation régionale des Monuments Historiques de Midi-Pyrénées.
L’analyse iconographique de ces peintures, réalisée par M. Ducourau et parue dans Monumental, n° 22 , est résumée avant le bref exposé des travaux effectués entre octobre 98 et février 2000.Les peintures dont il est ici question sont les seules présentes dans la galerie (notons tout de même que la voûte d’accès à cette galerie comporte également des dessins à l’ocre rouge) et représentent deux cartes du ciel. Elles sont toutes deux situées sur le mur droit (sud) compris entre deux piliers, tandis que la voûte en demi-berceau, sur la même largeur, représente une voûte d’arêtes ornées d’étoiles. La partie inférieure du mur et les piliers sont peints de fausses pierres. L’ensemble est réalisé à l’ocre rouge sur un badigeon de chaux.
La première carte, dont la moitié supérieure est détruite, représente » deux cercles concentriques, avec des annotations et des signes : nuages pluvieux, traits représentant peut-être le vent, un point cardinal au nord. On retrouve ces signes dans l’illustration du thème du microcosme et du macrocosme, qui met en relation schématique la nature et le destin de l’homme avec la structure de l’univers » (B. Ducourau, Monumental n° 22).
La seconde carte, à droite de celle-ci, représente l’univers dans la conception qui prévaut jusqu’au De Revolutionibus de Copernic publié en 1543. La terre est divisée en trois continents : Europa, Africa et Asia ; elle est au centre d’un univers composé de douze cercles concentriques. Les six premiers cercles portent un astre, nommé en latin, du centre vers l’extérieur : la lune, Mercure, Vénus, le soleil, Mars, Jupiter. Le septième cercle devait être celui de Saturne, certainement situé en partie haute, aujourd’hui lacunaire, au droit du soleil. Le cercle suivant représente la » barrière des étoiles fixes « , qui clôt l’univers stellaire avec ses astres situés environ tous les 10°. Le cercle qui suit est le Premier mobile, qui donne à l’univers son mouvement rotatif. Les trois derniers cercles peuvent correspondre aux sphères célestes où siègent les neuf catégories d’anges.
Cette représentation-type a prévalu du IVe siècle av. J.-C. au XVIIe siècle. Elle offre, malgré une simplification des données plus complexes observables dans le ciel, une vision didactique de l’univers et contient » la plus grande part d’information qu’eût jamais le non astronome, dans les connaissances générales, sur la structure de l’univers géocentrique » (Kuhn).
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Par voie de conséquence, du point de vue astronomique, cette carte du ciel n’est pas réaliste et on peut noter par ailleurs que la répartition des continents sur la terre n’obéit pas à l’Eurocentrisme ( le nord est en bas à gauche). Il est par ailleurs » normal » de voir côte à côte une carte à portée symbolique et une autre plus scientifique car jusqu’au XVIIe siècle, où l’astronomie a commencé à gagner sa spécificité, la science du ciel est à la fois symbolique et physique, les deux approches étant souvent superposées. Ici, à Saint-Sernin, la volonté de juxtaposer ces deux conceptions, ménageant à chacune d’entre elles une meilleure lisibilité, témoigne de leur destination pédagogique plus qu’artistique.
Pour ce qui est de la datation, le seul indice sûr est celui des inscriptions que l’on peut rattacher au XIIIe siècle. On peut se rappeler qu’en 1229 est fondée l’université de Toulouse où, à la différence de Paris, l’enseignement de la physique d’Aristote est autorisé.L’ensemble de ces peintures a donc été l’objet d’interventions de conservation, mais aussi de relevés et d’observations techniques.
Nous avons vu que l’ensemble a été réalisé avec une peinture ocre rouge sur un badigeon de chaux blanc. Pourtant, tant au niveau de la stratigraphie que de celui de la conservation, les choses sont différentes entre le mur droit et la voûte.
Sur le mur droit (cartes) on trouve, du point de vue de la stratigraphie : le mur de briques enduit d’un mortier très fin, incisé le long des joints entre les briques (y compris pour l’arc de la baie donnant sur la nef) ; un premier badigeon de chaux avec des motifs ocre rouge (cercles concentriques, fausses pierres sur l’arc de la baie, traces ocres illisibles visibles dans des lacunes) ; un badigeon de chaux blanc qui supporte les cartes visibles aujourd’hui. Ces deux cartes ne sont donc pas les premières peintures qui ont été réalisées sur le mur droit de la galerie. On pourrait imaginer que les premières peintures, également à l’ocre rouge, consistaient en un dessin préparatoire dans la mesure où l’on retrouve des cercles concentriques. Pourtant, si l’on observe de près toutes ces traces, on peut voir que celles-ci ne correspondent pas toujours à l’emplacement ou aux caractéristiques des motifs de la seconde peinture. Nous pensons plutôt qu’il s’agissait d’une peinture sur le même thème, qui a été refaite, voire corrigée à un moment donné.
Ainsi que l’a noté M. Ducourau, ces peintures sont plus didactiques qu’artistiques : l’observation du dessin et la maladresse technique du peintre (présence de très nombreuses coulures dont certaines ont été effacées avec des reprises de badigeon) nous confirment dans cette voie.
Pour ce qui est de l’état de conservation, on peut dire qu’il est assez précaire : la moitié de la représentation de la terre a disparu ainsi que la partie haute de l’univers. La raison de cette altération est simple : des infiltrations d’eau par la toiture. Concernant la peinture encore en place, on peut noter que les badigeons de chaux ont très largement perdu de leur cohésion et qu’ils se décollent du mur en de nombreux endroits : ils ont été refixés avec une résine acrylique en solution dans de l’éthanol. Le mortier fin qui recouvre la brique ne présente que de rares décollements qui ont été consolidés avec un coulis d’injection.
La voûte est différente au niveau stratigraphique. Nous avons ici : la maçonnerie en briques recouverte, parfois sur de larges plages, du mortier très grossier de coffrage, un badigeon de chaux qui recouvre soit la brique soit le mortier (avec par conséquent une surface très irrégulière), les motifs d’étoiles et la fausse voûte d’arêtes en ocre rouge. Contrairement donc au mur droit, il n’y a ici qu’une seule couche de peinture.
Les altérations de la voûte sont bien plus grandes que celles du mur droit, ce qui est tout à fait logique, la voûte étant plus exposée aux infiltrations d’eau par la toiture. Comme dans presque toute altération due à la circulation d’eau, les sels ont joué un rôle moteur de l’altération. Les analyses réalisées par Maria Rosaria Guarguillo, dans le cadre d’un D.E.S.U. sur l’altération des briques de l’Antiquité à nos jours au Laboratoire de Minéralogie de l’Université Paul Sabatier, ont révélé que les sels responsables de l’altération des briques et du mortier de la voûte sont des sulfates de calcium, sous différentes formes cristallines. Les conséquences de la cristallisation de ces sels sont les suivantes : altération des briques en feuillets, décollement du mortier, décohésion du badigeon de chaux.
La consolidation du décor de la voûte a été réalisée avec des solins, avec l’injection de coulis et la mise en place de cales sous pression pour permettre un bon » collage » du support. Considérant son état d’altération, on peut estimer pourtant qu’il sera très difficile à long terme de sauver le décor de la voûte, d’où l’importance de la documentation rassemblée à l’occasion de ce chantier.
Normalement, elle est aujourd’hui hors d’eau suite à la dernière restauration, mais on sait qu’il faut
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des années pour qu’une maçonnerie s’assèche et arrive à l’équilibre avec le climat de la galerie. Pendant ce laps de temps, partie de l’eau contenue dans la maçonnerie s’évapore lentement par la face peinte, entraînant avec elle la cristallisation des sels solubles qui provoquent les dégâts que nous venons de voir.
Par ailleurs, la présence de sels en telle quantité, à l’intérieur des briques ou des mortiers, empêche une bonne adhésion entre ces supports et le coulis de consolidation. Il est enfin très difficile de consolider correctement une brique altérée en feuillets : on n’est jamais sûr que le produit passe entre chaque feuillet.
On trouvera plus de précisions sur ces peintures et sur les problèmes de leur conservation sur le site Internet de la société archéologique (http://www.pyrenet.fr/savants/samf/geo/31/toulouse/stsernin/ftollo98.htm). Il faut ajouter que nous avons réalisé, lors de cette intervention, des relevés sur film transparent des deux cartes. Ces relevés ont permis à M. Marc Smith, professeur à l’École des Chartes, de déchiffrer les inscriptions illisibles in situ.Françoise TOLLON »
La seconde sur celle du faux-retable de Notre-Dame d’Alet :
Ce tableau est peut-être cette Piétà maladroite qui figure en motif central du retable en trompe-l’œil. Pascal Julien insiste bien sur la provenance locale des artisans chargés de la reconstruction de la chapelle. Les observations techniques (peinture réalisée directement sur le mortier) tant que stylistiques donnent à penser que le peintre qui a réalisé cette Piétà est lui un artisan sinon local, du moins inexpérimenté. Le modèle de Carrache est repris mais nous devons noter des maladresses qui ne se retrouvent nulle part ailleurs sur le retable peint : traitement bâclé des couleurs, aspect inachevé du dessin et des polychromies, approximations dans les détails ( ainsi l’ange à droite du Christ qui compte six doigts à sa main gauche). Pour la livraison de la Piétà de Thibaut Mestrier, qui intervient en 1682, une niche est creusée au centre du chevet, détruisant en partie la scène centrale. En 1684
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Mestrier reçoit la commande d’un grand retable devant couvrir le chœur de l’église. À la suite de son décès, Antoine Guépin poursuit les travaux à partir de 1685.
Les parties latérales du retable peint ont été réalisées dans un second temps, cette fois par un atelier expérimenté : dessin et technique sont plus aboutis. Il s’agit toutefois d’un décor réalisé très rapidement (avec certes une maîtrise du dessin et des couleurs) et à l’économie : dans le bas du retable, on trouve le décor directement peint sur la brique, sans que l’on ait pris le soin de mettre du mortier.
Notons également les repentirs qui n’ont pas été occultés et demeurent apparents. Au niveau des deux niches latérales, deux états sont en effet visibles. La niche sud contient un personnage drapé en grisaille, celle au nord est vide. Chacune a été remplacée par une nouvelle niche, vide cette fois, dessinée davantage vers le centre du retable. Elles sont cantonnées vers le centre par une colonne torsadée, et vers les murs latéraux d’une chute de fruits jouxtant une nouvelle colonne torsadée. Aucune modification importante dans l’entablement, d’abord figuré plat, qui est ensuite dessiné en saillie à chaque extrémité du chevet, correction bien visible au sud. Ces repentirs n’ont rien à voir avec la maladresse du panneau central : il s’agit de rectification de composition et non d’approximation dans l’exécution. Sur les murs latéraux le décor continue mais la restauration du retable n’ayant donné lieu qu’à des déposes limitées, aucun travail de relevé n’en permet l’interprétation. Bien que subsistant à l’état de peinture murale, on peut aisément imaginer que le retable n’était alors qu’un écran : les niches vides pouvaient servir de fond à des statues exposées sur des consoles.Ces peintures auraient donc été réalisées à partir de 1674 et recouvertes par le retable à peine dix ans plus tard. Cela nous instruit bien sur les richesses qu’a pu mobiliser le réaménagement de la chapelle de Notre-Dame d’Alet. De façon plus générale nous sommes aussi instruits sur le fait qu’un décor pouvait être moins renouvelé pour des questions de mode que pour des raisons plus contingentes de richesse et de prestige. Si rien, de façon archéologique, n’exclut que les peintures soient antérieures à la reconstruction de la chapelle, l’iconographie et le style confortent toutefois une datation de la seconde moitié du XVIIe siècle. Nous avons ici en effet tout le répertoire décoratif et architectural des retables de cette période. L’utilisation de la couleur ocre jaune pour les motifs décoratifs ornementaux ou figuratifs tels que les chutes de fruits, pampres ornés autour des colonnes, fleurons, rappelle d’ailleurs très explicitement l’usage de l’or dans l’art des retables en bois dorés et polychromés.
L’intérêt de ces peintures n’est pas seulement esthétique. Elles témoignent aussi et surtout de l’aménagement décoratif des chevets qui n’accueillaient pas seulement des cycles narratifs mais aussi des structures en trompe-l’œil. Mentionnons en ce sens la découverte en 1999 d’une tenture en trompe-l’œil à l’église d’Avezac (65), décor datable cette fois de la fin de la période médiévale et caché au XVIIe siècle par le retable majeur, ainsi que celle du retable peint (fragments déposés) de l’église de Bazus (XVIIe siècle). L’art des retables feints ne s’est d’ailleurs pas arrêté à la grande diffusion, aux XVIIe et XVIIIe siècles des retables en bois ou de gypserie. Citons par exemple celui, monumental et néogothique de l’église de Plaisance du Touch (XIXe siècle) ou celui, plus modeste, de l’église de la Masse aux Junies (XIXe siècle).
À mentionner, aussi, à Notre-Dame d’Alet, la découverte sur les corniches du retable de restes ténus du plafond peint du XVIIe siècle (bois peints de motifs ornementaux).Françoise TOLLON »
Le Président remercie Françoise Tollon pour ces deux présentations qui nous ont fait voyager dans le temps et il la félicite de nous avoir offert, en collaboration avec M. Bertrand Ducourau, des études très complètes de ces peintures. À propos de la carte du ciel de Saint-Sernin, il remarque que son utilisation dépend sans doute des circulations dans la basilique. Françoise Tollon précise que l’on y accède aujourd’hui par le seul escalier en vis du bras de transept nord. Bertrand Ducourau souligne qu’il s’agit d’un très rare exemple de représentation didactique de l’univers au XIIIe siècle.
Le Père Montagnes s’interroge sur l’éclairage dont pouvait bénéficier cet espace ; Mgr Rocacher se dit très sceptique sur le fait qu’il ait pu servir de salle d’étude. Pour Henri Pradalier, qui évoque les dispositions de l’abbaye de Flaran, la carte du ciel doit être replacée dans un ensemble lié au cloître, dans lequel on pourrait imaginer une bibliothèque et des espaces de travail. Il ajoute qu’il s’est souvent interrogé sur la date des voûtes de cette partie de l’église. Françoise Tollon précise que la voûte porte un badigeon de moins que le mur, mais qu’il lui semble que le décor conservé correspond aux couches les plus anciennes ; les briques sont en outre
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identiques. Henri Pradalier ayant rappelé que cette partie de l’édifice avait été abaissée au XVIIe ou au XVIIIe siècle, en tout cas avant l’intervention de Viollet-le-Duc, Daniel Cazes remarque que c’est peut-être à cet endroit que se trouvait une salle gothique qui a été démolie avant le XIXe siècle. Henri Pradalier note qu’un autre accès existait peut-être à partir du massif occidental.
À propos du faux-retable de Notre-Dame d’Alet, le Président observe qu’il s’agit d’un bel exemple de retable d’attente, dont l’intérêt est accru par la juxtaposition d’une architecture feinte savante et d’un tableau d’une facture presque expressionniste.
La parole est alors à Jean-Luc Boudartchouk et Mathieu Ferrier pour une communication sur Quelques ensembles d’époque mérovingienne inédits en Midi-Pyrénées, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie les orateurs en demandant où se trouvent aujourd’hui les objets qui nous ont été présentés. Jean-Luc Boudartchouk rappelle qu’il s’agissait le plus souvent de trouvailles fortuites, parfois déjà anciennes : soit les objets ne sont plus connus que par des relevés, soit ils ont été prêtés pour restauration et étude par le propriétaire auquel ils ont été ensuite rendus. Répondant à une autre question du Président, Jean-Luc Boudartchouk précise que la belle boucle dorée à grenats hémisphériques peut certes être rapprochée de celle qui est conservée au musée de Barcelone mais que l’on n’en connaît pas de double ; il s’agit d’une pièce de première qualité qui doit se situer autour de 500.
Daniel Cazes s’étant inquiété du sort de la série de plaques-boucles provenant de Lacroix-Falgarde, Jean-Luc Boudartchouk confirme que les objets ont été restitués il y a déjà longtemps à leur propriétaire. Après avoir regretté qu’ils ne soient pas entrés dans une collection publique, Daniel Cazes souligne l’intérêt et la beauté de la plaque à deux animaux affrontés. Françoise Stutz note que si l’on trouve assez fréquemment un hippogriffe associé à un canthare, les compositions à deux hippogriffes sont très rares (elle en cite un exemple à Castelferrus). Daniel Cazes se demandant s’il ne peut s’agir de cerfs, Jean-Luc Boudartchouk précise que l’on parle d’ « hippogriffe » par convention.
Françoise Stutz dit le plaisir qu’elle a eu à voir des objets un peu « nouveaux », dont certains devraient aider à une nécessaire redéfinition du « style aquitain ». Ainsi la plaque d’aumônière n’est-elle pas septentrionale et témoigne-t-elle de la copie d’un motif par une atelier aquitain. Il semble qu’au VIIe siècle la production locale ait été beaucoup plus riche qu’on ne le pensait. Après une discussion avec Jean-Luc Boudartchouk sur les productions de la fin du VIIe siècle, Françoise Stutz souligne l’intérêt des deux boucles à base réservée, dont le creux pouvait être rempli de cuivre ou d’or : très rares dans le sud de la Gaule, elles doivent être datées de la seconde moitié du VIe siècle.
Au titre des questions diverses, le Président indique que le magasin Exopotamie semble avoir été condamné à reconstruire la voûte d’ogives du n° 30 rue Saint-Rome, détruite en 1993 (M.S.A.M.F., t. LIV, p. 159-162). Le Secrétaire général dit qu’il a constaté que la reconstruction était en cours, et qu’il serait intéressant, pour apprécier la gestion du centre ancien de Toulouse, de savoir s’il s’agit ou non de l’application d’une décision de justice.
Le Président annonce que l’exposition Un jour les moines arrivèrent à Catus, réalisée par le D.E.S.S. de Cahors, est actuellement présentée dans l’ancien collège de Montauban : on y voit en particulier les très beaux chapiteaux du cloître, mis au jour par les fouilles de Bernard et Nelly Pousthomis.
SÉANCE DU 7 MARS 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Merlet-Bagnéris, Pousthomis-Dalle, MM. Hermet, Roquebert, Tollon, le Père Montagnes, membres titulaires, Mmes Fronton-Wessel, Pujalte, Suau, MM. Bordes, Burroni, Cranga, Évrard, Geneviève, Ginesty, Hamon, Luce, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, M. Pradalier.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 15 février, qui est adopté.
Le Président annonce à la Compagnie que le dernier volume des Mémoires, tant attendu, a été enfin livré. Il se félicite de la qualité de la publication, et dit mesurer la quantité de travail et de patience qu’elle a exigée. Les coquilles sont cependant inévitables et le Président en signale trois dans la liste des membres.
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M. Christian Rico nous adresse pour notre bibliothèque deux tirés-à-part : Jean-Gérard Georges et Christian Rico, Barrages ruraux d’époque romaine en moyenne vallée du Guadiana, dans Collection de la Casa de Velázquez, vol. 65, p. 157-195 ; Manuel Bendala Galán, Christian Rico, Lourdes Rolclán Gómez, El ladrillo y sus derivados en la época romana, dans Monografías de arquitectura romana, 4 (1999), p. 25-44. Le Président le remercie au nom de notre Compagnie.
La correspondance imprimée comprend diverses invitations et le bulletin du Centre d’Étude des Bastides (C.E.B.) Info bastide qui signale le site Internet de la Société Archéologique du Midi de la France.
Louis Latour présente un échantillon de roche contenant de nombreux grenats, qui provient du massif de l’Arbizon, dont les grains ne sauraient cependant concurrencer ceux qui ornaient les bijoux du haut Moyen Âge.
Guy Ahlsell de Toulza présente une photographie d’un dessin découvert dans la série B des Archives départementales de la Haute-Garonne, qui serait la plus ancienne représentation de l’abbaye de Grandselve.
La parole est alors à Marc Salvan-Guillotin pour la communication du jour consacrée au thème de l’arbre de Jessé dans les Pyrénées centrales à la fin du Moyen Âge, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie Marc Salvan-Guillotin de nous avoir fait voyager dans les vallées pyrénéennes du Moyen Âge et de la Renaissance, à travers ce thème particulier et en dépit des problèmes de lecture que posent souvent les peintures murales. Les décors sont sans doute très répétitifs, mais faut-il penser que ces vallées sont des conservatoires pour des thèmes passés de mode ? Marc Salvan-Guillotin répond que les vallées ne sont certes pas fermées et qu’elles sont des lieux de passage, mais plus entre les deux versants qu’avec le piémont. Le Président ayant demandé si l’on connaissait des représentations de l’Arbre de Jessé en Espagne, Marc Salvan-Guillotin cite Pampelune, où le thème prend place dans un cycle du XIVe siècle, et il ajoute qu’il en existe ailleurs des exemples de l’époque romane. Faut-il considérer que le thème de l’Arbre de Jessé devient une survivance dont le sens est de plus en plus mal compris ? Marc Salvan-Guillotin le croit, et il remarque qu’on le complète et l’éclaire alors avec des sujets annexes. Le Président note que le décor de Vielle-Louron est en tout cas une merveille.
À propos de la scène d’Auguste et de la sibylle, Jean-Marc Luce rappelle qu’à côté de la veine populaire représentée par la légende médiévale rapportée par la légende dorée, il existe une tradition savante et littéraire qui a réinterprété la quatrième bucolique de Virgile. Marc Salvan-Guillotin note que la tradition savante n’a sans doute que peu d’influence dans les scènes étudiées, et que, le plus souvent, les sibylles ne sont pas individualisées au Moyen Âge. Le Père Montagnes dit que le Concile de Trente a pris des mesures pour que l’iconographie soit épurée de tout ce qui était extra-scripturaire et dès lors considéré comme inconvenant ; les sibylles n’ont cependant pas disparu brutalement. Bruno Tollon rappelle qu’André Turcat a bien étudié le thème des sibylles en Espagne, en particulier dans un article paru dans les Mélanges offerts à Marcel Durliat. Mlle Bergès n’a-t-elle pas aussi traité de ce thème ? Marc Salvan-Guillotin répond par l’affirmative en précisant qu’elle n’a cependant pas étudié les peintures sur bois ni pris en compte le thème de l’Ara Coeli.
Nelly Pousthomis-Dalle note que le thème de la Vierge allaitant peut être une façon d’affirmer un peu plus le dogme de l’Incarnation, et qu’un parallèle peut encore être établi entre les rois et prophètes musiciens de l’Arbre de Jessé et les Vieillards de l’Apocalypse toujours représentés avec des instruments de musique.
Louis Latour se souvient qu’Émile Mâle a bien montré qu’hormis David, aucun des personnages de l’Arbre de Jessé n’était identifié, le rôle de ces personnages secondaires étant surtout de meubler le champ, alors que l’essentiel était la fleur de l’Arbre, c’est-à-dire la Vierge elle-même.
Françoise Merlet-Bagnéris demande si le décor de ces différentes églises comprend aussi un Jugement dernier. Marc Salvan-Guillotin dit que c’est effectivement le cas, exception faite de Saint-Bertrand de Comminges. Françoise Merlet-Bagnéris voudrait encore savoir quels facteurs pourraient expliquer le succès de ces thèmes. Pour Louis Latour, les vallées pyrénéennes sont avant tout des conservatoires de la peinture murale, parce qu’elles ont été épargnées par les guerres de Religion et sans doute aussi parce qu’elles ont connu une croissance de la population au XVIe siècle. Marc Salvan-Guillotin abonde dans ce sens.
Louis Latour l’interrogeant à propos de l’inscription en occitan de Bourisp, Marc Salvan-Guillotin précise que la lecture en été rectifiée dans une publication récente du service régional de l’Inventaire.
Au titre des questions diverses, Vincent Geneviève propose quelques observations à la suite de la communication de Jean-Luc Boudartchouk et Matthieu Ferrier.
Maurice Scellès présente des photographies d’un plafond peint, datable du XVIIe siècle, qui lui a été récemment signalé au n° 42 rue Saint-Barthélemy à Cahors. Le décor se trouve dans une pièce qui sert actuellement de garage et c’est sans doute ce qui lui a valu d’être conservé. Comme il s’interroge sur la fonction d’origine de cette pièce en
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rez-de-chaussée sur la rue, Guy Ahlsell de Toulza indique que l’on trouve des décors peints dans des boutiques et il cite l’exemple du n° 44 de la rue des Filatiers à Toulouse. | CAHORS (LOT), PLAFOND PEINT DU XVIIe SIÈCLE, n° 42 rue Saint-Barthélemy. |
Daniel Cazes recommande à la Compagnie la visite de l’exposition consacrée à la restauration de la cité médiévale qui est actuellement présentée à Carcassonne.
SÉANCE DU 21 MARS 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Cazes, Napoléone, Noé-Dufour, MM. l’abbé Baccrabère, Bruand, Gérard, Gilles, Hermet, Nayrolles, Pradalier, Tollon, le Père Montagnes, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Fronton-Wessel, Pujalte, Stutz, MM. Bordes, Boudartchouk, Burroni, Luce, Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Garland.
La présentation du procès-verbal de la dernière séance est reportée.
Puis le Président rend compte de la correspondance manuscrite. C’est en premier lieu une lettre de M. Pierre Gérard, auquel il laisse la parole. Notre confrère nous dit le plaisir et l’émotion qu’il ressent en remettant à la Société Archéologique du Midi de la France un exemplaire dédicacé de l’édition du cartulaire de Saint-Sernin qui vient enfin de paraître. Il accomplit ainsi aujourd’hui une œuvre pie, en remerciement du soutien que lui ont apporté ses
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confrères de la Société Archéologique, alors que s’achève un labeur qui a occupé dix années de son existence et de celle de son épouse. Pierre Gérard rappelle que ce cartulaire constitue un puits de renseignements pour la connaissance de la topographie de Toulouse aux XIIe et XIIIe siècles, mais aussi pour un territoire immense qui comprend le Lauragais, le Comminges, la Guyenne, le Quercy… On se souvient encore que ce sont quelque cent cinquante documents qui concernent Artajona en Espagne. Un index par thème apporte une aide précieuse à la recherche.
Le Président remercie infiniment notre confrère et souligne la qualité de l’édition réalisée par les Amis des Archives de la Haute-Garonne. Il ajoute qu’il s’agit là d’un instrument fondamental et que c’est désormais le « Gérard » que l’on consultera.
La correspondance comprend également une lettre de candidature au titre de membre correspondant que nous adresse Mme Nicole Andrieu-Hautreux, conservateur délégué aux Antiquités et objets d’art de la Haute-Garonne. Le Directeur est chargé du rapport.
Notre consœur Chantal Fraïsse nous fait parvenir le programme du colloque qui se tiendra à Moissac les 28-30 juin prochains pour le neuvième centenaire de l’achèvement du cloître.
Ce sont encore différentes invitations qui nous sont parvenues, dont celle qui nous annonce la prochaine conférence que notre confrère Jean Catalo fera au palais de Justice, tandis qu’une exposition sera présentée dans la salle des pas perdus.
La parole est à Quitterie Cazes pour une communication sur le collège de Moissac, à Toulouse, qui sera publiée dans le volume LXI (2001) de nos Mémoires.
Le Président remercie Quitterie Cazes de cette exploration des archives et du sous-sol qui sont les seuls témoins du collège disparu. Il remarque, d’une part que le vandalisme militaire a au moins eu pour compensation les très nombreux dessins réalisés à l’occasion de chaque transformation des bâtiments, et d’autre part que le site a une longue tradition étudiante. Il voudrait savoir si l’on a d’autres exemples de constructions du Ve siècle qui seraient ainsi conservées en élévation. Quitterie Cazes rappelle que le fait que les bâtiments du Ve siècle aient pu structurer le collège du XIIIe siècle et se maintenir jusqu’à la fin du XIXe siècle n’est qu’une hypothèse, avant d’ajouter que le fait serait exceptionnel pour un édifice civil.
Répondant à Henri Pradalier, elle indique que le collège comptait douze étudiants et un prieur. Bruno Tollon attire l’attention sur le dessin de l’escalier en vis, en se demandant si le noyau ne pouvait être creux et la rampe hélicoïdale. Pour Quitterie Cazes, l’escalier a été bâti en même temps que les bâtiments adjacents, et pour assurer une liaison avec le grand bâtiment du tinel.
Maurice Scellès s’étonne d’une formule qui isole le tinel dans un bâtiment à un seul niveau, et qui rappellerait les tours accompagnées d’une salle contenue dans un bâtiment distinct que l’on trouvait au XIIe siècle par exemple autour de Saint-Sernin. Quitterie Cazes explique que dans le cas du collège de Moissac, la disposition des bâtiments est sans doute imposée par les constructions préexistantes. Daniel Cazes rappelle que l’importance de ces salles est perceptible dans l’actuel Musée Saint-Raymond et qu’il faut garder à l’esprit qu’elles accueillaient des foules nombreuses à l’occasion de certaines fêtes. Henri Gilles demande si le premier étage n’a pas été occupé par un dortoir : Quitterie Cazes croit, à en juger d’après les percements, que l’étage n’a été établi que plus tard, et elle imagine plutôt pour le XIIIe siècle une grande salle sous charpente portée par des arcs diaphragmes. Maurice Scellès évoque les demeures montpelliéraines où l’on connaît des arcs diaphragmes dans des bâtiments divisés en deux niveaux.
Quitterie Cazes ajoute que la date très tardive de la destruction du collège lui donne l’espoir d’en trouver un jour des photographies. Le Président conclut que cette séduisante résurrection devrait enchanter le professeur Léon Pressouyre.
L’ordre du jour appelle l’examen des rapports pour le concours. Le Président indique que le prix de l’année est le prix Ourgaud, mais qu’il nous est possible de décerner un prix de la Société Archéologique et d’utiliser le prix de Clausade 1999, que nous avions réservé l’an dernier.
Bruno Tollon présente son rapport sur la thèse de Mlle Fabienne Sartre, Marc Arcis, un Toulousain sculpteur du roi (1652-1739) :
« Le 13 décembre 1999, Mademoiselle Fabienne Sartre a présenté à l’Université de Toulouse-Le Mirail sa thèse de doctorat en Histoire de l’Art sur Marc Arcis, un Toulousain sculpteur du roi (1652-1739), devant un jury composé de MM. Christian Michel, professeur d’Histoire de l’Art à l’Université de Paris X-Nanterre, rapporteur, Yves Bruand, professeur émérite à l’Université de Toulouse-Le Mirail, directeur de recherche de la candidate, Christian Taillard, professeur d’Histoire de l’Art à l’Université de Bordeaux III- Michel de Montaigne, président, et de moi-même, Bruno Tollon, professeur d’Histoire
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de l’Art à l’Université de Toulouse-Le Mirail. Cette thèse a valu à Mlle Sartre la mention Très honorable avec les félicitations du jury.
Avec cette soutenance, Mlle Sartre terminait brillamment un cycle de recherches consacré à un domaine trop souvent laissé de côté par l’historiographie, l’art de la sculpture. En 1990, elle avait soutenu son mémoire de maîtrise sur le sculpteur Arthur Legoust, une des figures un peu mythiques de l’art toulousain, qu’elle avait su, grâce à un excellent catalogue faisant la part des œuvres propres à l’artiste et celles revenant à son fils, à la fois débarrasser de sa légende et remettre à sa vraie place au cours d’une période de grand rayonnement pour les ateliers toulousains. Ce mémoire lui avait valu la mention Très bien. Elle avait ensuite orienté ses recherches vers Marc Arcis qui est avec Nicolas Bachelier et Arthur Legoust un des grands noms de la sculpture en Languedoc.
Marc Arcis est reconnu depuis le XVIIIe siècle comme un sculpteur de premier plan dont la carrière, d’une longueur exceptionnelle, apporte grâce à l’étude de Mlle Sartre, un éclairage très complet et à bien des égards très neuf sur les conditions de l’activité artistique dans un grand centre provincial et ses rapports avec la capitale.
Issu d’une famille d’artisans du Lauragais, et après un apprentissage auprès d’Ambroise Frédeau et de Gervais Drouet, Marc Arcis, âgé de vingt-deux ans, obtient des commandes publiques grâce à l’appui de Jean-Pierre Rivalz dont la position officielle et l’amitié lui seront d’un appui constant. La commande des bustes des Hommes illustres pour la galerie que ce dernier décorait en est un exemple. Arcis ne prend pas le chemin de Rome comme les artistes de la génération précédente : l’attraction de la capitale du royaume s’exerce désormais. Son installation à Paris est soutenue par les Capitouls qui voient d’un œil favorable pour les projets de la Ville son intégration à l’équipe des sculpteurs qui travaillent à Versailles sous la direction de Girardon. Lié à Coysevox et à Carl van Loo, comme eux il voit sa candidature retenue à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Il aurait pu s’engager dans une carrière parisienne avec quelques commandes privées importantes, mais l’occasion de diriger la confection d’une statue du souverain à Pau le ramène finalement en Languedoc. Après quelques années destinées à mener à bien l’exécution de la statue de Louis XIV à Pau, son retour définitif à Toulouse marque le début d’une seconde étape de sa carrière, de loin la plus longue avec plus de quarante ans d’un règne artistique partagé avec Antoine Rivalz sous l’œil bienveillant de Gaspard de Fieubet, le tout puissant premier président, et de Dupuy des Grez, l’auteur du Traité sur la peinture. Travaux pour la ville, avec dès 1685 les modèles pour une statue équestre de Louis XIV jamais exécutée, des figures de pierre pour des parcs de châteaux dont celui de Laréole, et surtout la participation à la mise au goût du jour de grands sanctuaires : cathédrale de Tarbes, église abbatiale de Saint-Sernin avec un baldaquin somptueux, décor de la chapelle de la confrérie du Carmel pour Gabriel Vendage et des ornements pour celle des Pénitents Blancs et Noirs, l’autel de la cathédrale de Toulouse et les grandes statues de la façade de la cathédrale de Montauban. Il est l’artisan du rayonnement de ce » grand goût » du règne de Louis XIV qu’illustrent admirablement les bas-reliefs de l’opéra de Toulouse (actuel cinéma Utopia), ou les médaillons des Vertus des Pénitents Blancs. Son style rigoureux et élégant se transmet à Pierre Lucas, Louis Parant ou Pierre-François Hardy autant qu’à son fils et à son neveu qui prolongent ainsi le noble art. Pour l’inculquer aux apprentis, Arcis avait d’ailleurs œuvré aux côtés d’Antoine Rivalz pour l’ouverture d’une école de dessin, l’Académie des Arts, véritable préface à l’Académie royale obtenue à Toulouse en 1750.
Avec Arcis, tout une page particulièrement brillante de l’art toulousain a pu revivre grâce à l’étude de Mlle Sartre. Son ouvrage volumineux (753 pages de texte dont un catalogue raisonné de 345 pages avec 75 numéros d’inventaire) est accompagné d’un très riche album d’illustrations. Ouvrage parfaitement documenté puisque Mlle Sartre a relu toutes les sources connues et s’est livrée à une exploration systématique des archives pour appuyer de nombreuses découvertes et éclairer bien des points obscurs. Les recherches approfondies dans les archives et les bibliothèques ont permis à Mlle Sartre de mettre au jour des textes originaux dont un choix pertinent a été transcrit, formant une soixantaine de pièces justificatives. On soulignera l’ampleur des dépouillements effectués où aucune série administrative susceptible de fournir des documents de première main n’a été négligée, même lorsque la consultation exhaustive exigeait des recherches longues et difficiles comme les registres notariaux.
L’étude de Mlle Sartre envisage tour à tour la biographie du sculpteur en insistant sur l’intérêt de son séjour à Paris, les raisons de son choix du retour dans le sud-ouest, avant de passer en revue, selon une démarche thématique, l’ensemble de son œuvre. Enfin, la troisième partie s’attache à dresser un large panorama de la sculpture régionale aux XVIIe et XVIIIe siècles dans lequel Arcis prend place.
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Mlle Sartre insiste avec raison sur l’importance qu’a eu pour l’artiste son passage dans les ateliers royaux de Versailles, son admission à l’Académie royale de peinture et sculpture et ses contacts parisiens. Son titre de sculpteur du roi a facilité sa carrière méridionale autant que ses attaches locales. L’obtention de nombreuses commandes officielles lui a permis de s’imposer et d’étendre son champ d’action à la clientèle noble et ecclésiastique. Il participe pratiquement à tous les grands chantiers de rénovation du décor intérieur des édifices religieux de Tarbes à Montauban avec naturellement un rôle privilégié à Toulouse, cœur du catholicisme triomphant de l’époque. Les analyses des œuvres (on pense en particulier au grand chantier à épisode du baldaquin de Saint-Sernin) à l’affaire de la statue équestre de Louis XIV, sont finement menées, s’appuyant sur une documentation bien exploitée et débouchant sur des perspectives d’ensemble démontrant une indéniable hauteur de vue. Au total, cette thèse, qui constitue un apport de premier plan, mérita les éloges du jury devant lequel Mlle Sartre soutint ses travaux. Il y a quelques mois, elle a d’ailleurs été remarquée à Paris par le jury du prix Nicole, qu’elle partage avec un chercheur parisien. La thèse de Mlle Sartre mérite donc tout naturellement d’être primée par la Société Archéologique du Midi de la France. »
Jean-Luc Boudartchouk donne lecture du rapport, pour sa plus grande partie rédigé par contre confrère Henri Molet, sur la thèse de Mme Pamela Marquez, Recentering the City : Urban Planning in Medieval Toulouse in the early Thirteenth Century :
« L’auteur, américaine, est étudiante de l’université du Colorado, à Denver. Elle a choisi dans le cadre de son doctorat de traiter une institution et un moment particulièrement important de l’histoire de Toulouse : l’essor et l’apogée du pouvoir municipal au XIIe siècle. Dans ce cadre, elle a cherché si, dans les actions menées et les résultats obtenus par les consuls dans les divers domaines, il était possible de trouver une cohérence politique qui dépasse l’événementiel et la soumission à ses impératifs. Autrement dit, l’administration municipale a-t-elle travaillé sur des projets à long terme, a-t-elle eu une vision de la ville ? Et si oui, celle-ci avait-elle commencé à s’inscrire dans le tissu urbain avant l’interruption majeure de la croisade albigeoise ?
L’organisation de la thèse répond aux critères classiques de ce type de travail : après une partie introductive historiographique, elle expose les sources utilisées et sa méthode. Le corps de son ouvrage se compose de cinq chapitres organisés autour des domaines suivants :– le » territoire » au sens anglo-saxon du terme : physique, économique, religieux, culturel et politique ;
– le pouvoir communal, son émergence et son évolution vers le consulat ; l’origine sociale de ses membres ;
– les pouvoirs comtal, communal et religieux et leurs interactions ;
– l’activité législative communale dans les domaines public et privé, les travaux et la mise en œuvre des projets :ponts, voirie, places, marchés, maison de ville…
– l’espace urbain à la fin de cette période : les relations entre la cité et le bourg, la continuité du projet urbain et le déplacement du centre de gravité de la ville.La bibliographie est importante, près de 200 titres, et regroupe, outre des références anciennes, pratiquement tout ce qui a été publié sur la Toulouse médiévale entre 1980 et 1996. Elle comprend les découvertes archéologiques récentes concernant les églises Saint-Pierre-des-Cuisines et Saint-Pierre-Saint-Géraud et leur environnement (27 citations dans le texte) et les travaux récents, entre autres, de Mmes Cazes, Mousnier et Napoléone, de MM. Cabau, Catalo, Ourliac, Prin, Rocacher et Scellès. On regrettera seulement l’absence des travaux universitaires non publiés, absence compréhensible par ailleurs. Les références extérieures concernent essentiellement le midi méditerranéen (Italie : 18 titres, Languedoc occidental : 12 titres, Catalogne : 5 titres ; Provence : 3 titres).
L’intérêt de cette bibliographie est aussi de citer un nombre non négligeable de travaux d’origine anglo-saxonne, utilisés dans le texte, peu connus des chercheurs toulousains (31 titres, notamment les publications de Collins, Freeman, Lewis et Reyerson sur la France méridionale et le Languedoc en particulier, portant sur les législations urbaines pendant la période Xe–XIIIe siècles).
Le premier chapitre présente Toulouse dans les différents aspects de son environnement géographique, historique, social et économique au moment de la naissance de l’organisation
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communale. Bien que chacun de ces aspects soit présenté successivement, le fond de cette étude montre leur influence réciproque et des liens sont constamment établis entre les différentes approches. Il s’agit là d’une tentative d’histoire globale, à un moment donné, que Mme Marquez a tenté et qui a le mérite de réunir dans un même ouvrage des domaines qui sont généralement traités séparément. Elle contraint toutefois Mme Marquez à un survol assez rapide de cet « état des lieux ». Si elle utilise les dernières données archéologiques qui établissent quelques ponts entre l’Antiquité et le début du Moyen Âge, à travers la persistance et l’environnement de sites religieux maintenant mieux connus, comme Saint-Pierre-des-Cuisines, la place de la Pierre et l’église Saint-Géraud et la naissance du Bourg autour de Saint-Sernin, elle utilise peu ou néglige deux faits importants qui marquent le début (1075-1115) de la période qu’elle traite : la crise de la réforme grégorienne à Toulouse et les deux intermèdes « aquitains ». Ces deux crises qui ont vu successivement les pouvoirs, religieux puis seigneuriaux, en conflit de légitimité, demander le soutien des habitants, ont permis aux Toulousains, appelés au rôle d’arbitre, d’engager le processus qui conduira une génération plus tard à la reconnaissance d’un pouvoir citadin par le comte.
Dans le deuxième chapitre, où elle traite de l’émergence et du développement du pouvoir communal, elle décrit les différentes étapes qui conduiront du conseil commun, encore contrôlé par le pouvoir comtal, à une » république » signant des traités, obtenant la justice criminelle et le droit d’élire ses représentants sans intervention seigneuriale. Mme Marquez utilise largement le » livre des coutumes de Toulouse » et les travaux antérieurs de Limouzin-Lamothe, Gilles et Ourliac. Des comparaisons intéressantes sont faites avec les évolutions parallèles connues pour des villes italiennes (Lucques, Gênes, Palerme) ou plus proches (Montpellier, Narbonne). Dans ce chapitre, elle aborde un aspect rarement étudié, le rôle des pouvoirs lignagers à travers quelques grandes familles consulaires comme les Villeneuve, Castelnau, Roaix, Turre, Caraborda… Elle montre que la politique générale de la ville est souvent celle de quelques individus, chefs de lignage » bourgeois « , qui cherchent avant tout leur propre avantage. Le pouvoir toulousain est d’abord le pouvoir d’une oligarchie restreinte, dont les intérêts sont le plus souvent en accord avec ceux du comte. Elle note que les seules exceptions, avec l’apparition au conseil de représentants de la classe moyenne, correspondent à des situations de crise militaire, politique ou sociale aiguë. La classe moyenne sera définitivement écartée de l’exercice du pouvoir avec le traité de Paris (1229).
Le troisième chapitre analyse les rapports entre les différents pouvoirs. Mme Marquez s’efforce d’abord de définir les lieux et les points où s’exerce chacun des trois pouvoirs, comtal, ecclésiastique et des » notables » – dont elle définit le sens – dans la topographie de la ville. L’émergence du pouvoir consulaire s’est faite aux dépens des deux autres qui, jusque-là, se partageaient Toulouse. Les points qui lui semblent importants dans la genèse de ce partage sont :
– le fait que les comtes, à l’exception des deux derniers, n’étaient qu’occasionnellement présents à Toulouse. Leurs possessions propres y étaient réduites, limitées à la » Salvetat « , et leur intérêt reposait d’abord sur des droits fiscaux, dont ils cherchaient à se faire payer le revenu en argent. Les comtes avaient donc tout intérêt à se ménager la fidélité des habitants de la ville en déléguant leur autorité à une administration locale.
– les notables ne forment pas au départ un corps, ils sont installés de manière dispersée dans la ville et le bourg, et leurs activités sont de même assez disparates. Ils ne se retrouvent qu’en quelques occasions : sur l’exercice de monétaire, dans la participation aux moulins ou dans l’affermage de la fiscalité comtale. Il s’agit même souvent de destins individuels, du moins dans la première partie du XIIe siècle, comme ceux de Pons de Capdenier, de Vital Carbonnel, de Raymond Gautier. Leur puissance disparaît avec leur mort. La situation change après 1150, quand des familles de notables forment des lignages, s’allient entre elles et s’associent dans des projets financiers communs. La communauté d’intérêt les transforme alors en groupe de pression. Ils deviennent naturellement les interlocuteurs privilégiés du comte qui attend d’eux d’abord de l’argent.Dans son chapitre 4, Mme Marquez fait le tour des installations et projets où les consuls et, à travers eux, la classe entière des » notables « , a exercé son action à partir du moment, vers 1180, où ils ont obtenu le plein contrôle du gouvernement de la cité. Elle met surtout en évidence que cette action a été très forte dans tout ce qui relevait du domaine financier et commercial : moulins, libre navigation sur
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l’Ariège et la Garonne, suppression des péages, création de ponts, de marchés, statuts de métiers et fixations des mesures. Organiser et réglementer pour protéger l’intérêt commercial des Toulousains, tel est le sens principal des ordonnances prises. Si les consuls ont aussi d’autres sujets d’interventions, notamment dans l’exercice de la justice et bien sûr, dans la perception des impôts, il existe un secteur où, même s’ils agissent dans leur propre intérêt, leur action laisse apparaître un renouveau du sens du » bien public « . Elle cite les exemples de la mise à disposition à la communauté de la rive du ramier du Bazacle, de la réglementation sur la salubrité des rues et sur la distribution et l’écoulement des eaux, de la défense du sol des rues et places. Pour Mme Marquez, cette direction vers une reprise en compte de la res publica n’est sans doute pas sans lien avec le renouveau et la rediffusion du code de Justinien (le Digeste) chez les professionnels du droit.
Avec le chapitre 5, Mme Marquez aborde la mise en place et par écrit d’un droit coutumier toulousain. Celui-ci intervient dans un deuxième temps, quand les consuls, déjà forts d’une histoire ancienne, sentent la nécessité d’établir un code de jurisprudence. Mme Marquez détaille les principaux thèmes contenus dans le « livre des coutumes » : cérémonies officielles des consulats avec les règles d’élections et d’exercices, droit familial, sécurité des personnes, règles d’urbanisme… Elle montre que vers 1230 les consuls reprennent à leur compte les projets laissés par leurs prédécesseurs des années 1200-1210 : installation d’une maison commune à cheval sur la cité et le bourg, création d’une grande halle publique à la place de la Pierre, reprise et achèvement du pont du Bazacle. Il y a donc, pour elle, une continuité dans l’action, que tous les troubles, combats, succès et revers, n’ont fait que suspendre. Ce suivi sera renforcé et achevé par la fusion administrative et financière des deux parties de Toulouse en 1268. Sans doute aurait-elle pu ajouter que la maison commune, symbole du pouvoir citadin, a été placé, signe sans équivoque, aussi loin que possible des autres lieux de pouvoir (Château-narbonnais, Saint-Étienne, Saint-Sernin, La Daurade).
La conclusion est présentée sous forme de bilan, où Mme Marquez souligne le caractère particulier de l’évolution urbaine à Toulouse qui se démarque nettement de la situation » type » des républiques urbaines (italiennes). Plus généralement, Mme Marquez fait ressortir l’intérêt que présenterait, vu la richesse des fonds des archives urbaines, l’analyse des différences des choix, d’une cité à l’autre : « L’étude de ces processus, montre qu’à Toulouse, les responsables ont eu des objectifs définis, des ambitions propres influencées par les contraintes locales » (p. 216). Elle réintroduit le cas de Toulouse dans le contexte plus général de la période, qui voit pour la première fois depuis l’époque antique, la renaissance des institutions municipales et des projets d’aménagement urbain. Elle conclut enfin par une remarque personnelle : d’après elle, (et à l’opposé des cités d’Italie) c’est le cadre local de la cité qui est l’élément fondamental, presque exclusif, autour duquel se sont organisées et la politique, et l’activité du pouvoir communal toulousain.Il s’agit donc d’un travail dont la forme est pleinement satisfaisante, qu’il s’agisse du plan ou du propos général de l’auteur. La problématique est claire et intéressante. Cette vision » extérieure » de points d’histoire toulousaine apporte en outre quelques éléments nouveaux ou peu exploités ; surtout Mme Marquez se place dans une perspective d’étude comparative qui permet d’envisager différemment les implications de certains faits connus depuis longtemps. Concernant l’Antiquité et le début du Moyen Âge, elle utilise et maîtrise la bibliographie récente, dont elle retient l’essentiel pour son propos, en faisant d’ailleurs quelques remarques très judicieuses. Enfin la réflexion qu’elle esquisse sur le » poids » politique des différentes églises durant le premier Moyen Âge, mais aussi ses considérations sur la gestion du » domaine public » comme l’eau – la Garonne – sont riches et peuvent annoncer de nouvelles pistes de recherches. C’est un bon travail, clair, juste et synthétique, qui mériterait une traduction française. »
Le Président propose d’attribuer le prix Ourgaud, doté d’une somme de 2000 FF. et accompagné d’une médaille d’argent, à Mlle Fabienne Sartre, et le prix de la Société Archéologique du Midi de la France, doté de 1000 FF. et accompagné d’une médaille de bronze, à Mme Pamela Marquez. On procède au vote : la proposition est adoptée.
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Le Président donne lecture du rapport de M. le professeur Robert Sablayrolles sur le mémoire de M. Philippe Buzon, Palmae argentae, les feuilles votives dans l’Empire romain :
« Monsieur Philippe Buzon a préparé sous ma direction et brillamment soutenu en 1999 un mémoire de D.E.A. sur les Palmae argentae, les feuilles votives dans l’Empire romain, mémoire pour lequel il a obtenu la mention Très Bien. Ce mémoire était la suite naturelle d’un travail de maîtrise sur les Mars pyrénéens, au cours duquel il avait été amené à s’intéresser au trésor d’Hagenbach. Cette série d’objets votifs en argent, d’origine indubitablement pyrénéenne, fut retrouvée dans le lit du Rhin, où avait sombré un chariot de pillards, probablement au IIIe siècle de notre ère.
Le mémoire de D.E.A. de Monsieur Buzon propose donc une synthèse sur les feuilles votives dans l’Empire romain, s’interrogeant sur le sens du terme antique, palma argenta, sur l’origine éventuelle de l’objet, sur sa symbolique et sur les divinités honorées de ce type d’offrande. Ce riche travail de synthèse, qui a nécessité en amont un énorme labeur d’investigation bibliographique, sert de toile de fond à une analyse serrée du trésor d’Hagenbach.
La chronologie des objets (et donc le terminus post quem de la date du pillage) est fixée de façon convaincante dans la première moitié du IIIe siècle de notre ère. L’étude épigraphique, qui témoigne des remarquables compétences de Monsieur Buzon en la matière, cerne la personnalité du deus Mars Augustus, dont il est à plusieurs reprises question dans les dédicaces, démontre le sens de son association à Jupiter et définit, par une analyse onomastique exhaustive et pertinente, la qualité juridique, l’origine géographique et la dominante culturelle des dédicants : des Aquitains encore en voie de latinisation au IIIe siècle de notre ère, chez qui se mêlaient étroitement adhésion aux valeurs du culte impérial et enracinement dans des traditions pré-indo-européennes.
Le remarquable mémoire de Monsieur Buzon est un véritable travail de chercheur, dans un domaine ardu et sur des documents encore peu connus malgré une première publication en Allemagne. Monsieur Buzon fait preuve dans cet ouvrage d’une parfaite maîtrise des compétences indispensables à qui s’intéresse à l’archéologie et à l’histoire antiques : latiniste, épigraphiste, archéologue, historien de l’art. Monsieur Buzon possède en outre, peut-être en raison de ses origines convènes, une excellente connaissance de la bibliographie et du milieu pyrénéens, qu’il sait replacer dans le cadre plus large de l’histoire des mentalités religieuses de l’empire romain. Bref, Monsieur Buzon est un véritable historien, habile dans le maniement des sources, sachant relier l’analyse pointue des données régionales aux grandes lignes de l’histoire religieuse de l’Antiquité. Ces qualités de chercheur, ce sens de l’histoire et cet attachement à ce que les Romains appelaient la petite patrie, un attachement qui n’empêche ni les visions larges ni la culture du Mousikos Anèr d’Irénée Marrou, font de Monsieur Buzon un candidat tout désigné pour un prix qui récompenserait un chercheur régional de talent, ouvert aux grands débats de l’histoire ancienne. »
Anne-Laure Napoléone donne lecture de son rapport sur le mémoire de Mlle Catherine Guiraud, Architecture civile du XIIe au XIVe siècle à Albi :
« Catherine Guiraud a rédigé sous la direction de Mme M. Pradalier-Schlumberger, professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail, un mémoire de Maîtrise en Histoire de l’Art et Archéologie du Moyen Âge intitulé Architecture civile du XIIe au XIVe siècle à Albi, soutenu en juin 1999. Son sujet de recherche s’inscrit dans l’ensemble désormais important des études urbaines effectuées autour d’analyses de bâtiments civils médiévaux. Ce travail est composé de deux volumes : un volume de texte de 138 pages augmenté d’une annexe de 26 planches et d’un volume d’illustrations de 234 planches parmi lesquelles figurent cartes, photographies, gravures et dessins anciens ainsi que des relevés archéologiques effectués par l’auteur.
Ce travail débute par une large présentation historique retraçant tout d’abord les étapes du peuplement du site depuis les périodes les plus anciennes, puis la formation de la ville, son développement et ses mutations au Moyen Âge mais également aux siècles suivants. Après avoir défini le cadre urbain dans le temps et dans l’espace, Catherine Guiraud présente dans sa deuxième partie onze monographies d’édifices correspondant aux principaux vestiges visibles aujourd’hui à Albi. Les quatre premières sont réservées aux maisons dites » romanes « , c’est-à-dire datables du XIIe ou du début
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du XIIIe siècle. Pour ces constructions anciennes parmi lesquelles deux ont été détruites, Catherine Guiraud constitue des dossiers précis et détaillés, débrouillant quelques erreurs répétées par certains auteurs ; elle effectue en outre la première analyse archéologique de ces édifices de pierre pourtant déjà connus depuis fort longtemps, du moins pour les trois premiers. La dernière étude porte sur les vestiges d’une fenêtre récemment découverte qui constitue sans doute le plus ancien témoignage de l’architecture civile de brique à Albi. Les sept autres monographies concernent des vestiges datables des XIIIe et XIVe siècles, façades portant les traces d’ouvertures aux rez-de-chaussée et aux étages pour lesquelles Catherine Guiraud effectue à chaque fois une étude détaillée accompagnée de nombreux relevés et de photographies. À l’occasion de travaux de rénovation, elle constitue un dossier complet sur la maison de la rue du Castelviel, édifice en pans de bois très remanié dont elle réussit à situer la construction avant 1400. Dans la conclusion générale, elle propose une synthèse sur la construction albigeoise au Moyen Âge, reliant en particulier les techniques d’édification en brique à celles du Gaillacois et du Toulousain.
Le mérite de Catherine Guiraud est d’avoir fait de ce sujet difficile une très bonne maîtrise : sujet difficile car les vestiges peu nombreux pouvaient s’avérer insuffisants pour ce travail universitaire ; le dossier solide sur les maisons romanes est de première importance pour la connaissance des demeures de cette époque. Il fallait également mener une enquête particulière sur les édifices disparus et traiter à la fois les constructions en pierre, en brique et surtout en pans de bois pour lesquels les études font cruellement défaut. Catherine Guiraud a montré dans ce travail ses capacités dans le domaine de la recherche de terrain. Sa grande sociabilité lui a permis de pénétrer sans difficulté dans tous les édifices qu’elle a étudiés, menant son étude systématique avec beaucoup de sérieux. Les monographies, correctement rédigées, qui s’organisent selon un même plan, montrent ses qualités de raisonnement. Le volume de planches est lui aussi révélateur. Pour tous les dossiers, les relevés ont été effectués systématiquement avec un souci du détail mettant en évidence ses compétences ; ceux-ci sont accompagnés de nombreuses photographies et, dans la plupart des cas, de dessins qui illustrent ses hypothèses de restitution. On peut regretter que l’analyse finale n’ait pas été d’avantage développée sur la base de l’extraordinaire matière mise au jour par les monographies. Cette maîtrise nous révèle en tout cas un patrimoine albigeois méconnu et une archéologue de grande qualité dont on attend les recherches futures. Ces recherches portent précisément sur la brique dans la vallée du Tarn. »
Puis elle présente son rapport sur le mémoire de Mlle Aurélie Fabre, Les maisons médiévales de Rodez du XIIe au XIVe siècle :
« Aurélie Fabre a effectué sa maîtrise en Histoire de l’Art et Archéologie du Moyen Âge sous la direction de Mme M. Pradalier-Schlumberger, professeur à l’Université de Toulouse-le Mirail sur le thème des maisons médiévales de Rodez. Son travail a été soutenu en septembre 1999. Il comprend un volume de texte de 96 pages augmenté de 32 pages d’annexe et un volume de 374 planches (photographies, plans, relevés, et documents anciens).
Aurélie Fabre développe son sujet en trois parties inégales : elle donne tout d’abord une présentation historique complète de la ville permettant de suivre ses mutations depuis sa naissance au Haut Empire jusqu’à la fin du Moyen Âge. La seconde partie, la plus importante, est constituée par d’importants dossiers contenant l’analyse archéologique de cinq édifices et elle achève enfin son travail par une étude de synthèse sur la construction civile médiévale à Rodez. Bien que très proche dans sa conception générale et dans son approche de la recherche effectuée sur la ville d’Albi, ce travail se distingue du précédent puisqu’il a dû s’adapter à un cadre urbain complètement différent. En effet, si à Albi l’architecture civile montre l’utilisation de divers matériaux (calcaire, brique et pan de bois), c’est le grès qui règne et qui seul est conservé à Rodez. À l’inverse du précédent travail, Aurélie Fabre dut tenir compte de l’abondance de traces et de vestiges de demeures médiévales qu’elle a cartographiés et systématiquement photographiés et décrits, de façon à donner une idée précise du patrimoine conservé et visible en cette fin de XXe siècle à Rodez. À partir de cet inventaire, cinq édifices ont été choisis pour leur état de conservation parmi lesquels se trouve le Musée Fenaille alors en cours de rénovation. Cet édifice a fait l’objet d’une étude détaillée concernant également les remaniements
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du XVIe siècle qui font sa réputation. L’étude archéologique est enrichie d’une documentation historique à laquelle s’ajoute une abondante illustration. L’étude d’Aurélie Fabre permet d’augmenter le petit corpus de maisons » romanes » conservées dans la région de deux nouveaux bâtiments. Retenons également ce grand édifice de la première moitié du XIVe siècle composé de plusieurs corps de bâtiment et d’une tour remarquablement conservée, appelé » Maison des Anglais « . Tout comme les demeures albigeoises du XIIe siècle, il connaît depuis longtemps une certaine réputation sans jamais avoir fait l’objet d’un véritable travail archéologique. L’étude qui lui est consacrée est un dossier solide abondamment documenté et bien que l’analyse archéologique n’ait pu être complète, elle rend à cet hôtel le prestige qui fut le sien.
Le mérite d’Aurélie Fabre est d’avoir su faire un excellent travail de recherche malgré les difficultés rencontrées pour visiter les édifices qu’elle avait choisi d’étudier. Il faut souligner l’abondante documentation réunie à l’occasion de ses investigations. Aurélie Fabre a bénéficié de la présence d’un fonds important qu’elle a su parfaitement exploiter. Ses qualités d’archéologue ne sont pas en reste : la rigueur de ses monographies et la qualité de ses relevés montrent sa maîtrise de l’étude monumentale. Il faut également rendre hommage à ses talents d’analyse : toutes ses hypothèses s’appuient sur les données des textes, de l’archéologie de sous-sol et de l’archéologie monumentale, lui permettant de construire de solides synthèses, le tout rédigé dans un style agréable. On peut regretter la surabondance de la documentation iconographique qui aurait pu, pour s’harmoniser avec la rigueur du texte, faire l’objet d’une sélection plus importante. Ce travail est de toute première importance pour la connaissance de la ville de Rodez et nous avons là une deuxième archéologue de talent qui a également l’intention de poursuivre dans cette voie. Elle travaille actuellement sur l’architecture urbaine de villages dans le Ruthénois. »
Le Président propose de reprendre le prix de Clausade réservé en 1999, et de le partager en trois, en attribuant à chacun des lauréats un chèque de 1000 FF. et une médaille de bronze. La proposition est acceptée.
SÉANCE PUBLIQUE DU 29 MARS 2000
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du Président.
Rapport sur le concours présenté par Étienne Hamon : Mlle Fabienne Sartre reçoit le prix Ourgaud ; le prix de la Société Archéologique du Midi de la France est attribué à Mme Pamela Marquez, dont l’éloignement excuse l’absence ; le prix de Clausade est remis conjointement à M. Philippe Buzon, Mlle Catherine Guiraud et Mlle Aurélie Fabre.
Conférence de Daniel Cazes, membre de la Société : Les sculptures de Chiragan : l’art et l’énigme.
SÉANCE DU 4 AVRIL 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Napoléone, Noé-Dufour, MM. Hermet, Nayrolles, Pradalier, membres titulaires, Mmes Fronton-Wessel, Pujalte, Rousset, Stutz, MM. Bordes, Boudartchouk, Burroni, Molet, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Tollon.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 7 et 21 mars derniers, qui sont adoptés. Le Président évoque la séance publique et la conférence au cours de laquelle Daniel Cazes nous a encore une fois émerveillés avec les sculptures de Martres-Tolosane.
Le Président, le Directeur et Quitterie Cazes se sont d’ailleurs retrouvés samedi dernier à Martres-Tolosane, pour une présentation publique des premiers résultats de l’étude géophysique du site de Chiragan, en compagnie du Maire
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de Martres, de M. Jean-Emmanuel Guilbaut du service régional de l’archéologie, de M. Bernard Pousthomis et de Mme Catherine Boccacino de la société Hadès, et de M. Martinaud, géophysicien. Cette présentation a été l’occasion d’expliquer les opérations en cours et les projets qui pourraient être développés dans les années à venir.
Par ailleurs, notre confrère Jean Catalo présentait hier soir, au cours d’une conférence, les résultats de la première tranche des fouilles archéologiques au Palais de Justice de Toulouse.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. En accusant réception du dernier volume des Mémoires, M. Puel nous écrit qu’il compte à nouveau attirer l’attention du Secrétaire général de la Ville de Toulouse sur le sort de « Dame Tholose ».
M. Paul Claracq poursuit ses recherches sur les meules et demande des informations. Daniel Cazes indique que le Musée Saint-Raymond conserve une collection de meules en basalte et il ajoute que le sujet a particulièrement intéressé M. Robert Corbières avec lequel notre correspondant pourrait sans doute entrer en relation.
La parole est à Patrice Cabau pour des Notices du Marquis de Castellane sur une épitaphe paléochrétienne et une inscription médiévale trouvées à Toulouse en 1842 :
« Le hasard du commerce des livres anciens a fait parvenir en ma possession (1) un exemplaire du corpus épigraphique publié par le marquis Joseph Léonard de Castellane d’Esparron (1761-1845), l’un des fondateurs de la Société archéologique du Midi de la France et son premier président (1831-1845). Il s’agit d’un ouvrage recouvert de papier bleu-vert comprenant, ainsi que l’annonce le titre doré sur une vignette dorsale de cuir brun (2), d’une part les Inscriptions du Ve au XVIe siècle, recueillies principalement dans le Midi de la France (1838) (3), d’autre part le Supplément aux inscriptions du Ve au XVIe siècle, recueillies principalement dans le Midi de la France (1841/1842) (4). Le volume a été constitué en deux temps : le recueil initial a reçu une première reliure, les tranches étant traitées à l’imitation du papier à la cuve ; une seconde reliure a été réalisée pour y associer le recueil additionnel, sans que les tranches soient uniformisées. À l’intérieur, cet exemplaire comporte les particularités suivantes : pour certaines planches, quelques figures ont été enluminées de lavis d’encres de diverses couleurs (5) ; au bas d’une page a été collé un billet contenant la notice manuscrite d’une épitaphe paléochrétienne (6) ; sont en outre inclus deux feuillets volants manuscrits dont l’un porte la notice d’une inscription médiévale, l’autre le brouillon de la belle préface du Supplément (7). Selon toute vraisemblance, et comme l’assure une note ancienne inscrite en tête de l’ouvrage (8), ce volume est l’exemplaire personnel de l’auteur du corpus, que celui-ci a donc continué d’enrichir entre 1841 et 1845 (9).
Les deux nouveaux monuments épigraphiques recueillis par le marquis de Castellane sont présentés et étudiés selon les modalités du projet exposé dans le propos liminaire de son corpus : reproduction figurée (fac-simile lithographique) ; datation, transcription, notes explicatives et remarques diverses (paléographiques, linguistiques, historiques…), références bibliographiques, indications sur la provenance et le lieu de conservation (10).Ces deux inscriptions sont aujourd’hui toujours conservées dans les collections publiques de Toulouse, la première au Musée Saint-Raymond, la seconde au Musée des Augustins. Dans la mesure où leur étude peut être précisée sur pièces, le principal intérêt des notices du marquis de Castellane est de nous renseigner d’une part sur la date de leur dépôt au Musée de Toulouse, d’autre part sur leur provenance à ce moment-là.
Épitaphe de Sedata, chrétienne au nom latin, décédée à l’âge d’environ cinquante ans (15)
HIC REQVI / ESCIT SEDATA / QVI VIXET / ANNVS / PLVS MINV / S L
Le support est une plaque de marbre blanc grisé de forme presque carrée (largeur : 0,33 m ; hauteur : 0, 35 m ; épaisseur : 0,05 m.), aujourd’hui brisée en deux morceaux et dont l’angle inférieur droit a disparu. L’inscription occupe la partie supérieure du champ. Un cadre comportant six lignes a été préalablement tracé. Le texte est disposé sur cinq lignes, dont la dernière ne comporte que deux signes. Les lettres, assez peu profondément gravées, sont relativement régulières ; certaines présentent des formes remarquables (A, L, M, Q). Formulaire et caractéristiques paléographiques induisent à proposer une datation comprise entre le troisième siècle et le septième. Cette épitaphe paléochrétienne fut découverte à Toulouse dans les années 1783-1785, avec d’autres inscriptions funéraires ou fragments d’inscriptions, dans l’ »ancien cimetière » qui environnait la chapelle Saint-Roch-du-Férétra, située au sud de la ville (16). Jean-François de Montégut (1726-1794), ancien conseiller au Parlement
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de Toulouse (1751-1771), l’un des grands « antiquaires » toulousains du dix-huitième siècle, la présenta le 16 février 1786 à ses collègues de l’Académie royale des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, et il en publia en 1788 un texte partiellement amendé (17). Contrairement à d’autres inscriptions trouvées au quartier du Férétra, celle-ci n’est pas répertoriée dans les catalogues du Musée de Toulouse imprimés entre 1795 et 1835, mais il se pourrait qu’elle soit mentionnée dans l’inventaire manuscrit achevé par Alexandre Du Mège (1780-1862), conservateur des Antiquités (1832-1862), au mois de novembre 1844 (18). En tout cas, elle se trouve inventoriée dans le catalogue préfacé en octobre 1864 par son successeur (1862-1892) Ernest Roschach (1837-1909) et édité l’année suivante (19). Une photographie publiée en juin 1936 la montre enchâssée dans un cadre de bois et accrochée au mur de la deuxième travée de la « Salle Gallo-Romaine« , au rez-de-chaussée du bâtiment en façade sur la rue d’Alsace-Lorraine (20). Transférée au Musée Saint-Raymond, ainsi que d’autres monuments antiques, au début des années 1980, elle est exposée depuis 1999 dans la salle du sous-sol consacrée aux antiquités paléochrétiennes.
Inscription rappelant l’établissement, par maître Bernard Étienne, notaire de Toulouse, et par ses frères Guillaume Pierre et Raymond, d’une sépulture pour eux, leur famille et leur descendance, en 1307 (ou 1308*) (21)
: ISTA[M] : SEPVLTVRA[M] : FECERV[N]T / : FIERI : MAG[ISTE]R : B[ER]NARD(VS) : STEPHA / NI : NOTARI(VS) : THOL[OSE] : (ET) : G[VILLELM](VS) : PET[R](I) : (ET) : / RAMV[N]D(VS) : EI(VS) : FRATRES : PRO : SEIP / SIS : (ET) : EORV[M] : ORDINIO : (ET) : SVCCE / [S]SORIB(VS) : A[N]NO : D[OMI]NI : M° : CCC° : VII° :
Le support est une plaque de marbre gris de forme rectangulaire (largeur : 0,35 m ; hauteur : 0,27 m ; épaisseur : 0,06 / 0,08 m.). L’inscription occupe la totalité du champ. Un cadre comportant douze lignes a été préalablement tracé. Le texte est disposé sur six lignes pleines. Une petite main tournée vers la droite le précède, marque fréquente dans les registres notariaux, mais pas dans les inscriptions lapidaires. Les lettres, soigneusement gravées, sont de petites dimensions et bien régulières (hauteur comprise entre 15 et 20 mm). Trois points superposés séparent les mots (deux points seulement entre la main et le premier mot). Les abréviations sont assez nombreuses : traits horizontaux, 7 et pontet suscrits, 9 pour –us, ° pour les quantièmes, note tironienne, ressemblant à un 7, pour et. Des restes de mortier rendent la lecture parfois difficile. Pour le millésime « :M°:CCC°:VII°: », Joseph de Castellane a lu « :M°:CCC°:IIII° », Ferdinand de Guilhermy « 1303 », Ernest Roschach « :m:ccc:iiii. » et Henri Rachou « MCCCIIII ». Cette inscription n’est pas mentionnée dans l’inventaire manuscrit achevé par Alexandre Du Mège en novembre 1844. Elle se voyait avant 1865 dans la galerie méridionale du grand cloître du Musée, dépourvue de numéro d’ordre (22). Elle se trouve répertoriée sous le n° 745 dans le catalogue préfacé par Ernest Roschach en octobre 1864 et imprimé en 1865 (23). Au début de l’année 1883, elle fut scellée, avec plus de cent autres monuments inscrits, dans la paroi de la galerie septentrionale du même cloître, formée par le mur sud de l’ancienne église des Augustins (24). Déposée dans la première quinzaine de février 1977, elle est présentée depuis le début des années 1980 dans la galerie d’épigraphie médiévale aménagée à l’ouest de la galerie occidentale du grand cloître (25).
Les notices du marquis de Castellane nous apprennent que la première inscription fut « tirée des débris de la cave de feu Mr de Montaigut, place des Carmes, [à] Toulouse, [en] 1842″ et que la seconde provenait d’ »une cave de la maison de M. de Montaigu à Toulouse ». La maison en question, située à peu près à l’angle actuellement formé par la place des Carmes et la rue de Languedoc, a été démolie en 1907 pour élargir l’ancienne rue du Vieux-Raisin (devenue rue de Languedoc). Propriété des Montégut depuis les années 1640, elle appartenait encore au début du dix-neuvième siècle à des membres de cette famille (26). L’immeuble donnait vers l’Est sur la rue du Vieux-Raisin et faisait face à l’Hôtel du même nom, vers le Nord sur la rue du Crucifix, qui jadis longeait au Sud le couvent des Grands-Carmes rasé en 1809-1810 (27). La portion de bâtiment en façade du côté nord fut reconstruite vers le début des années 1840, au témoignage de Du Mège (28), et c’est évidemment au cours des travaux préalables à cette réédification qu’apparurent les monuments tumulaires que le marquis de Castellane a ajoutés à son recueil. Ainsi ces inscriptions ont-elles très vraisemblablement fait partie de la riche collection d’antiquités constituée par Jean-François de Montégut (29). Après la mort de celui-ci (20 avril 1794) (30), on demanda la mise sous scellés de son cabinet (16 juin) (31), puis inventaire fut dressé pour les pièces en métal telles que les médailles, monnaies, poids, statues… (10 juillet et
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Épitaphe paléochrétienne
Inscription médiévale
« [fac-simile (11)] VII- siecle
hic requiescit Sedata
qui vixet annus plus
minus L
qui pour quæ. ?
vixet pour vixit
annus pour annos – ou annis
portée au musée de toulouse —
tirée des débris de la
cave de feu mr de montaigut
place des carmes toulouse 1842 (12)
A, pl. II, I A ligne 6 –
M 3 – M Ligne 3
plus minus – pl. V – page 14 –
2 – plus minus qui – plus minus – quæ » (13)« MCCCIIII
[fac-simile (14)]
istam Sepulturam fecerunt fieri magister bernardus Stephanus notarius
tholosanus ………… petrus ….. ramundus ejus fratres pro seipsis et eorum
ordinio ………….. anno domini m. ccc IIII —
Les points après tholosanus remplacent des lettres effacées – peut-être regius
Les points après pet– remplacent des lettres effacées et signifient peut-être rus et
Les points après ordinio et les lettres T. sec. signifient peut-être in secula seculorum
Cette epitaphe vient d’une cave de la maison de m. de montaigu. a toulouse
et est deposée au musée de toulouse »
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jours suivants) (32). Plus tard, à une date comprise entre 1820 et 1835, l’abbé de Montégut (+ 1857), vendit les collections de son grand-père, qui furent emportées à Paris (33). S’agissant des éléments lapidaires tels que des marbres sépulcraux, il est probable qu’ils avaient été depuis longtemps relégués et oubliés dans la cave où on les découvrit en 1842.
En tout cas, les indications de provenance contenues dans les notices du marquis de Castellane font surgir deux séries de questions. En premier lieu, puisque Montégut était entré en possession de l’épitaphe de Sedata, comment se fait-il que l’on n’ait retrouvé aucune autre des sept inscriptions funéraires nouvelles qu’il avait présentées avec celle-ci à l’Académie des Sciences en 1786 et qu’il a publiées en 1788 (34) ? Castellane a procuré en 1836 un fac-simile de l’épitaphe de Rogodolfus, mais seulement d’après une « copie figurée par Lucas, sculpteur », à savoir François Lucas (1736-1813), dit Lucas aîné (35) ; s’il n’a pas donné de reproduction lithographique pour celle d’Eugenius, ni pour celle de Mart[i]olus, il a précisé pourtant qu’elles étaient, comme la précédente, « d’une écriture très-négligée » (36)… Ici se pose le problème du devenir des découvertes successives faites au quartier du Férétra à la fin du dix-huitième siècle. En second lieu, que valent les renseignements fournis par Roschach dans le catalogue du Musée édité en 1865, selon lesquels l’inscription relative à la sépulture de la famille de Bernard Étienne proviendrait de l’ancien couvent des Cordeliers de Toulouse et aurait été « donnée par le génie militaire » ? Les mêmes informations sont données dans ce catalogue pour un fragment de bas-relief (37), aujourd’hui perdu, et la « Direction du Génie militaire à Toulouse » se trouve mentionnée dans la liste des donateurs figurant en fin d’ouvrage (38). À la Révolution, le couvent des Cordeliers fut déclaré bien national et l’on vendit par lot ses dépendances, bâtiments et jardins, entre juillet 1796 et janvier 1804 (39). En l’an II, la grande église fut un moment affectée au Museum nouvellement créé (décembre 1793 – février 1794) (40) ; en l’an VII (1798-1799), elle fut occupée par le Génie et convertie en magasins à fourrages (41), usage auquel elle servit jusqu’à l’incendie fatal du 23 mars 1871. Trois inscriptions médiévales réputées provenir des Cordeliers ont été enregistrées dans les notices du Musée, la première en 1813 (42), depuis disparue, deux autres en 1818/1819, qui y sont encore (43). Pourquoi celle de Bernard Étienne, déposée en 1842, n’a-t-elle pas été inventoriée par Du Mège dans le manuscrit de 1844, et comment se fait-il que la mention d’origine alléguée par Roschach diffère de celle indiquée par Castellane ? La réponse est peut-être dans un autre catalogue rédigé par Du Mège en 1858, demeuré inédit, et de nos jours introuvable (44)… Voilà qui pose un autre problème : celui de l’histoire, très imparfaitement connue, des objets conservés dans les collections publiques de notre ville (45).NOTES : 1. Acquisition faite à Toulouse en 1999. — 2. « DE CASTELLANE / — / INSCRIPTIONS / DU VE AU XVIE / SIÈCLE / – / SUPPLÉMENT ». — 3. Inscriptions du Ve au XVIe siècle, recueillies principalement dans le Midi de la France, Imprimerie de Lavergne, successeur de Vieusseux, Toulouse, 1838, 1-229 p., 1 f. blanc, 48 planches lithographiées hors-texte = tirage à part des Inscriptions du Ve au Xe siècle […], dans M.S.A.M.F., II (1834-1835), ibidem, 1836, p. 175-231 ; Inscriptions du XIe au XIIe siècle […], Inscriptions du XIIIe siècle […], Inscriptions du XIVe, XVe et XVIe siècles […], dans M.S.A.M.F., III (1836-1837), ibidem, 1837, p. 53-107, 193-236, 237-305. — 4. Supplément aux inscriptions du Ve au XVIe siècle, recueillies principalement dans le Midi de la France, s.l.n.a. [1841-1842], 1-76 p., 13 planches lithographiées hors-texte = tirage à part du Supplément aux inscriptions du Ve au XVIe siècle […], dans M.S.A.M.F., IV (1840-1841), ut supra, 1841, p. 255-322. — 5. Première partie, XVe siècle : planche I, n° 3 ; planche II, nos 1-4 ; planche III, n° 3. — 6. Première partie, p. 29. — 7. « Je réclame encore l’indulgence pour ce supplément au recueil d’inscriptions déjà publié dans ces mémoires. […] Le constater, c’est aussi constater sa reconnaissance. » Supplément […], p. 1 = 255. — 8. « Exemplaire du Marquis de Castellane. Nous avons de sa main la preface de la 2me partie. [Suit un paraphe illisible.] » Note ancienne au crayon sur le recto du second feuillet de garde. — 9. Joseph de Castellane, très affaibli à partir de 1841, mourut le vendredi 17 octobre 1845, à Toulouse, dans son Hôtel de la rue Croix-Baragnon, n° 10 ; ses obsèques eurent lieu le lendemain. — 10. CASTELLANE, 1838, p. 4 = 1836, p. 176. — 11. Les références relatives à la forme des lettres renvoient à la pl. II, VIe siècle, nos 1 et 3 (cf. p. 19, 20 = 191, 192). Celles qui concernent la formule plus minus correspondent à deux inscriptions citées à la p. 14 = 186, mais l’indication « pl. V » ne mène à rien. — 12. Hauteur : 5,5 cm ; largeur : 6,2 cm. — 13. Les trois lignes qui précèdent sont encadrées de deux traits horizontaux et d’un trait vertical à gauche. — 14. Hauteur : 10,2 cm ; largeur : 14,2 cm. L’inscription a été d’abord dessinée au crayon, puis le dessin a été repassé à la plume. — 15. Toulouse, Musée Saint-Raymond, inventaire : Ra 16 d. Bibliographie : MONTÉGUT 1788, n° 2, p. 295 – SALVAN 1856, p. 61 – ROSCHACH 1865, n° 16 d, p. 10 – LE BLANT 1865, n° 603 ; planches, n° 486 – HIRSCHFELD 1888, n° 5408, p. 629 – SACAZE 1892, n° 42, p. 96 – BARRY, LEBÈGUE… 1892, n° 1502, p. 428 – BATIFFOL 1902, p. 136 – RACHOU 1912, n° 16 d, p. 12-13 – DIEHL 1925/1931, n° 3126 A – RACHOU 1936, n° 16 d, p. 508 – LECLERCQ 1952, n° 12, c. 2472 – LABROUSSE 1968, p. 467 (n. 76). — 16. « A l’extrêmité du faubourg Saint-Michel, du côté de la Garonne, il se trouve une étendue considérable de terrein divisé par la rue dite de l’Observance, qui conduit au Couvent des Récollets. […] Dans cet espace est une contenance d’environ vingt arpens en quarré, qui a servi anciennement de Cimetière ; au centre est une Chapelle dédiée à Saint Roch […]. Cette Chapelle étoit appellée anciennement, de Notre-Dame de Férétra. Férétra étoit le nom du terrein au milieu duquel elle est située. » (MONTÉGUT 1782, p. 76-77). « Je lui ai déjà fait part [à l’Académie] de plusieurs monumens intéressans qui ont été découverts dans cet espace voisin des Récollets, qui portoit le nom de Feretra, & que j’ai prouvé avoir servi de cimetiere, notamment sous le regne des premiers Empereurs. On y a trouvé depuis quelques fragmens d’Inscriptions Romaines […]. » (MONTÉGUT 1784, p. 14’). — 17. « Je terminerai ce Mémoire, en mettant sous les yeux de l’Académie
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quelques inscriptions, découvertes au même lieu [l’ancien cimetiere près la Chapelle St. Roch] […]. 2. HIC REQVI / ESCIT SEDATA / QVI VIXIT AN / NVS PLVS MINV / S. L. » MONTÉGUT 1788, p. 295 ; cf. p. 294. — 18. Les désignations d’Alexandre Du Mège restent désespérément vagues : « Fragment d’une autre inscription sépulcrale découverte à Toulouse. » ; « J’ai placé sous le même n°. les fragmens d’inscriptions / chretiennes et de pierres tumulaires des premiers monumens chrétiens trouvés / trouvés [sic] à Toulouse. […]. » DU MÈGE 1844, Description…, p. 779 (addition dans la marge gauche) ; [802]. — 19. « 16. Marbres inscrits, découverts à l’extrémité du fau- / bourg Saint-Michel (quartier de Saint-Roch). […] d. Stèle éclatée par l’angle droit inférieur. H. 0m 35. L. 0m 35. / HIC REQVI / ESCIT SEDATA / QVI VIXET AN / NVS PLVS MINV / S L » Hic requiescit Sedata quæ vixit annos plus minus quinquaginta. — Ici repose Sedata qui a vécu cinquante ans, plus ou moins. » La grammaire n’est pas mieux traitée que dans le texte qui précède : qui pour quæ ; vixet pour vixit ; annus pour annos. » Trouvée dans le cimetière Saint-Roch, d’après M. de Montégut. (Mém. de l’Ac. des Sc. ; t. III, p. 295.) » ROSCHACH 1865, p. 9, 10 = RACHOU 1912, p. 11, 12-13 = RACHOU 1936, p. 506, 508. — 20. RACHOU 1936, p. 503 (au milieu de la photo, entre l’inscription de Vieille-Toulouse datant de – 47 et un moulage de cette même inscription, qui masque la partie inférieure de l’épitaphe de Sedata). — 21. Toulouse, Musée des Augustins, inventaire : Ra 558 ; galerie d’épigraphie médiévale : n° 47. Bibliographie : ROSCHACH 1865, n° 745, p. 267-268 – GUILHERMY 1826/1873, f. 299 r° – RACHOU 1912, n° 558, p. 238 – RACHOU 1938, [n° 558], p. 562. Cette inscription ne figure pas dans le Corpus des inscriptions de la France médiévale publié par le CNRS (C.I.F.M. 1982), qui s’arrête à la fin du treizième siècle (1300). — 22. Toulouse, Musée d’Antiquités, Grand cloître, Galerie méridionale, 7e division : « (n° 745) n° [blanc]. Pierre carrée ; un trait d’encadrement ; lignes entre / deux traits ; une petite main montre le texte : (des Cordeliers) / ista : sepultura : fecert : fieri : mag’r : bnard9 : Stepha 1303/ ni : notari9 : thol : /. /. /. » GUILHERMY 1826/1873, f. 299 r° (d’après la transcription que Daniel Cazes a eu l’amitié de me procurer). Le baron de Guilhermy a visité le Musée à diverses reprises, notamment entre 1835 et 1865, Description de Du Mège en mains, puis en 1865, cette fois-ci avec le Catalogue de Roschach, et encore en 1867 (cf. ibidem, f. 265 r°, 300 r°). — 23. « COUVENT DES CORDELIERS. […] 745. BERNARD ÉTIENNE 1304. / Inscription gravée sur marbre. / Ista : sepultura : fecerunt : fieri : magr : Bnard. : Stephani notarius : / Thol. : et G : Pet : et : Ramund. : ejs : fratres : pro : se : ipsis : et : / eoru : ordinio : et successoribus : ano : Dni : m : ccc : iiii. / » Maître Bernard Etienne, notaire de Toulouse, et ses frères Guillau- / me Pierre et Raimond ont fait faire la présente sépulture pour eux- / mêmes, pour leur famille et leurs successeurs, l’an du Seigneur 1304. » / Donnée par le génie militaire. » ROSCHACH 1865, p. 264, 267-268. – « COUVENT [DES] CORDELIERS […] 558. BERNARD ÉTIENNE (I304). / Inscription gravée sur marbre ; pierre. — Haut. 0m27 ; / larg. 0m35. / ISTA SEPVLTVRA FECERVNT FIERI MAGR BNARD STEPHANI NOTARIVS THOL / ET G PET ET RAMVND EIS FRATRES PRO SE IPSIS ET EORV ORDINIO ET / SVCCESSORIBVS ANO DNI MCCCIIII / » Maître Bernard Étienne, notaire de Toulouse, et ses frères / Guillaume Pierre et Raimond ont fait faire la présente sépulture / pour eux-mêmes, pour leur famille et leurs successeurs, l’an du / Seigneur I304. » / Donnée par le génie militaire. / (Cat. I865, n° 745.) » RACHOU 1912, p. 231, 238 = RACHOU 1938, p. 557, 562. — 24. « M. le baron Desazars [de Montgailhard] dit qu’il a examiné récemment les travaux de restauration du Musée, et annonce que M. Roschach a commencé à disposer sur les parois du cloître les inscriptions de la riche collection épigraphique toulousaine. » B.S.A.M.F., Toulouse, 1ère série, séances du 28 novembre 1882 au 20 mars 1883, p. 14 (6 mars 1883). — 25. « TOULOUSE / COUVENT DES CORDELIERS […] / 47 Inscription rappelant l’établissement par maître / BERNARDVS STEPHANI, notaire de Toulouse, / et par ses frères GVS PET[ ] et RAMVNDVS, / d’une sépulture pour eux / et leur famille, en 1307 ou 1308. / Ra 558 » (notice de Daniel Cazes et Patrice Cabau). — 26. « RUE DU VIEUX-RAISIN. (Aujourd’hui rue de Languedoc.) […] Toutes les maisons, entre la rue des Régans et la place des Carmes, ont été reconstruites dans les premières années de ce siècle. Sur les emplacements des immeubles actuels, on trouvait : […] Au n° 25 (ancien 37), ancien Hôtel de Vèsa, démoli en 1907, dont l’élégante porte Renaissance, surmontée d’un fronton avec les croissants de Diane, a été réédifié dans la cour de l’ancienne caserne de la Mission. […] vers 1640 Henri de Montagut (ou Montégut), docteur et avocat, capitoul en 1637-38, chef du Consistoire en 1651-52 et 1652-53 […] ; vers 1788 Jean-François de Montégut, membre de l’Académie des sciences et conseiller au Parlement (1751-1771), et son fils, Raymond-André-Philibert de Montégut, conseiller en 1786. […] Après la Révolution, l’hôtel fut restitué à la famille. » CHALANDE 1919, n° 114, p. 231, 234, 235. — 27. « Le couvent des Carmes était environné sur trois de ses faces, par la Rue de l’Arc des Carmes, par celle du Crucifix, que l’on nommait aussi la Rue du Provençal, la troisième était celle de Notre-Dame de Mont-Carmel. » ; » La chapelle du Crucifix […] tenait au couvent des Grands-Carmes, et a donné son nom à la rue qui s’étendait, au levant, vers la rue d’Aussargues, et à l’opposite, du côté de celle de Pharaon. » DU MÈGE 1844, Institutions… (I), p. 551 ; 152. — 28. « C’est dans la maison placée à l’angle de la rue du Crucifix, et de celle dite du Vieux-Raisin, qu’existait la maison de M. de Montégut, conseiller au parlement et victime de la révolution, ainsi que son fils. Le côté de cette maison, qui fait face à la place dite d’Orléans, a été rebâtie [sic] depuis peu de temps. Celle [lire : Celui] qui se trouve dans la rue du Vieux-Raisin, ou de Bertrand [lire : Bernard] Parayré conserve encore sa petite porte, décorée de croissants […]. » DU MÈGE 1846, p. 552 – Cf. DU MÈGE 1844, Institutions… (I), p. 134. Le retour de la nouvelle façade nord sur la rue du Vieux-Raisin fut porté à l’alignement projeté pour cette voie. Cf. DIEUZAIDE, PRIN… 1978, p. 14 (plan de Toulouse par Joseph Vitry oncle, 1848 : angle de la « Place des Carmes » et de la « Rue du Vieux Raisin ») ; cliché n° 34 (photographie antérieure à 1907 : vue de l’angle prise du Nord ; cf. p. 170). — 29. Sur ces collections, voir : BAOUR 1788 – LAMOUZÈLE 1902, p. 65-66 – DESAZARS DE MONTGAILHARD 1903, p. 248-249 – SENTOU 1984, p. 376 — 30. Jean-François de Montégut fut guillotiné à Paris le 20 avril 1794, selon Alexandre Du Mège, Edmond Lamouzèle et Jean Sentou (DU MÈGE 1823, p. 79 – Cf. DU MÈGE 1827, p. 200 – Cf. DU MÈGE 1844, Institutions… (III), p. 394 – Cf. DU MÈGE 1858 (I-1), p. LXXX – LAMOUZÈLE 1903, p. 65 – SENTOU 1984, p. 376) ; selon Jules Chalande, il serait mort au début de 1794, avant son jugement (CHALANDE 1919, p. 235). — 31. MESURET 1960, p. 101-102. — 32. LAMOUZÈLE 1903, p. 65-66. — 33. DU MÈGE 1835, p. 150 – DU MÈGE 1858 (I-2), p. 157. — 34. Épitaphes de Rodulfus ou Rogodolfus (MONTÉGUT 1788, n° 3, p. 295 – HIRSCHFELD 1888, n° 5407, p. 629), de Mart[i]olus (MONTÉGUT 1788, n° 5, p. 295 – HIRSCHFELD 1888, n° 5404, p. 629), de [S]abina (MONTÉGUT 1788, n° 9, p. 296 – HIRSCHFELD 1888, n° 5391, p. 628), d’un primigenius (MONTÉGUT 1788, n° 4, p. 295 – HIRSCHFELD 1888, n° 297*, p. 29*), épitaphe précédée d’un chrisme (MONTÉGUT 1788, n° 6, p. 295 – HIRSCHFELD 1888, n° 5406, p. 629), fragment comportant neuf lignes (MONTÉGUT 1788, n° 8, p. 296 – HIRSCHFELD 1888, n° 5409, p. 630). L’épitaphe d’Eugenius, découverte quelques années avant et publiée de façon fragmentaire (MONTÉGUT 1784, p. 34’-35’), l’a été à nouveau, de manière complète (MONTÉGUT 1784, p. [VII] – MONTÉGUT 1788, n° 7, p. 296 – HIRSCHFELD 1888, n° 5401, p. 629). — 35. CASTELLANE 1836, p. 181 = 1838, p. 9, n° 6 ; Ve s., pl. II, n° 6. — 36. CASTELLANE 1836, p. 185 = 1838, p. 13. Jean-François de Montégut dit bien que l’épitaphe d’Eugenius « doit avoir été faite dans les derniers temps de l’Empire, à en juger par la forme des caractères » (MONTÉGUT 1784, p. 35’), mais il ne donne aucune indication de cet ordre pour celle de Mart[i]olus. — 37. « 747. Fragment de bas-relief en pierre peinte : translation des restes d’un saint. Donné par le génie militaire. » ROSCHACH 1865, p. 268. Cette pièce ne paraît plus dans les catalogues de 1912 et 1938. — 38. ROSCHACH
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1865, p. 487. — 39. MARTIN 1916, p. 360, 371, 375, 382, 383, 384. — 40. MESURET 1968, p. 52, 53 — 41. DU MÈGE 1846, p. 614 – MARTIN 1916, p. 585. — 42. « 183 bis Inscription placée autrefois au-dessus de la chapelle du saint Sépulcre dans l’église des Cordeliers. » DU MÈGE 1813, p. 58. — 43. Inscriptions de la fin du treizième siècle ou début du quatorzième commémorant la fondation de chapelles dédiées, l’une à saint Jacques, l’autre à saint Barthélémy. Toulouse, Musée des Augustins, inventaire : Ra 556-557 ; galerie d’épigraphie médiévale : nos 45-46. Bibliographie sélective : DU MÈGE 1818/1819, nos 257, 264, p. 95 – DU MEGE 1828, nos 359, 365, p. 114 – DU MÈGE 1835, nos 602-603, p. 230 – CASTELLANE 1837, p. 211, 212 ; XIIIe siècle, planches VIII (n° 5) et IX (n° 2) = CASTELLANE 1841/1842, p. 135, 136 ; idem – DU MÈGE 1846, p. 613 – ROSCHACH 1865, nos 741-742, p. 266 – GUILHERMY 1826/1873, f. 292 v°, 298 v°, 324 r° – RACHOU 1912, nos 556-557, p. 237 – RACHOU 1938, p. 562 – CARBONELL-LAMOTHE 1966, p. 96 – C.I.F.M., 1982, nos 110-111, p. 148-149 ; planche LVIII, fig. 115-116. — 44. « Musée archéologique de Toulouse, notice par M. Alexandre du Mège […]. 1858. – 382 pages in-4°, 1890 numéros. (Manuscrit inédit, déposé aux archives de l’hôtel-de-ville.) » ROSCHACH 1865, p. VII, n° 11 – RACHOU 1912, p. XVIII, n° 11 ; cf. p. IX – RACHOU 1938, p. 558. — 45. Voici en quels termes Ernest Roschach, deux ou trois ans après sa nomination comme conservateur des antiquités du Musée de Toulouse, déplorait et expliquait cette méconnaissance : « Malheureusement, [l]es dépôts successifs […] ont été enregistrés avec la plus inexcusable négligence, et, faute d’indications précises et de descriptions techniques, l’identité des monuments présente quelquefois de véritables problèmes. » ; « Cette tâche [la rédaction d’un catalogue précis] nous eût été rendue moins pénible si de regrettables négligences, des contradictions nombreuses, et surtout une extrême pénurie de documents, ne nous avaient suscité à chaque pas des obstacles inattendus. » ROSCHACH 1865, p. II ; IV.
BIBLIOGRAPHIE : www.societes-savantes-toulouse.fr/samf/memoires/t_60/bul20003#bul03
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2e édition, an IV [1795/1796] ; 3e édition, an V [1796/1797] ; 4e édition, an VIII [1799/1800] — [LUCAS (J.-P.)], Notice des tableaux, statues, bustes, dessins, etc., composant le Musée de Toulouse, Toulouse, an XIII – 1805 — LUCAS (J.-P.), Catalogue critique et historique des tableaux, et autres monumens des Arts du Musée de Toulouse, [Toulouse], « 5e édition », 1806 — MESURET (Robert), Évocation du Vieux Toulouse, Paris, 1960 — MESURET (R.), Les cabinets de Académies et les Musées municipaux d’Art et d’Histoire de 1564 à 1914, catalogue d’exposition, Toulouse, 1968 — MARTIN (Henri), Département de la Haute-Garonne – Documents relatifs à la vente des biens nationaux – District de Toulouse, Toulouse, 1916 — MONTÉGUT (Jean-François de), Recherches sur les Antiquités de Toulouse [Lues le 10 Avril 1777.], dans Histoire et Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse, Toulouse, 1ère série, I, 1782, p. 65’-110’ et planches hors-texte IV-XII — MONTÉGUT (J.-F. de), Conjectures sur quelques fragmens d’Inscriptions Romaines dévouvertes à Toulouse vers la fin de l’année 1782 [Lu le 23 Janvier 1783.], dans Histoire et Mémoires de l’Académie […], Toulouse, 1ère série, II, 1784, p. 14’-35’ — MONTÉGUT (J.-F. de), Antiquités découvertes à Toulouse pendant le cours des années 1783, 1784 & 1785 [Lu les 23 Avril 1784 & 16 Février 1786.], dans Histoire et Mémoires de l’Académie […], Toulouse, 1ère série, III, 1788, p. 265-296 et planches hors-texte XI-XIV — RACHOU (Henri), Catalogue des Collections de Sculpture et d’Épigraphie du Musée de Toulouse, Toulouse, 1912 — RACHOU (H.), Musée des Augustins – Collections de Sculpture et d’Épigraphie, dans Ville de Toulouse – Bulletin Municipal, Toulouse, 1936 (n° 6, juin) ; 1938 (n° 8, août) — ROSCHACH (Ernest), Musée de Toulouse – Catalogue des antiquités et des objets d’art, Toulouse, 1865 — SACAZE (Julien), Inscriptions antiques des Pyrénées, Toulouse, 1892 — SALVAN (Adrien), Histoire générale de l’Église de Toulouse […], Toulouse, I, 1856 — SENTOU (Jean), Montégut (Jean-François de), dans Les Toulousains dans l’Histoire, Toulouse, 1984, p. 376. »
Le Président remercie Patrice Cabau pour cette relecture critique qui nous rappelle une nouvelle fois à ce doute terrifiant qu’il faut toujours avoir devant les catalogues des XVIIIe et XIXe siècles. Il dit comprendre le plaisir du bibliophile se retrouvant en présence de l’exemplaire ayant appartenu au marquis de Castellane, dont il rappelle l’activité de dessinateur, antérieure à son intérêt pour les antiquités, mais il avoue avoir eu quelques difficultés à suivre le cheminement des deux inscriptions. Patrice Cabau confirme que la provenance de l’inscription de Sedata n’est pas remise en cause, mais qu’en revanche l’inscription médiévale de B. Stephanus ne provient pas des Cordeliers.
Henri Molet signale qu’un B. Stephanus est mentionné en 1293, dans un rôle de dettes anciennes, pour avoir prêté de l’argent à la commune ; il habite le capitoulat de Saint-Rome.
Daniel Cazes dit qu’il a eu à plusieurs reprises l’occasion d’insister sur la rupture qui a eu lieu entre les dernières années de Du Mège et la reprise de la conservation du Musée par Roschach. Dans les années 1850-1860, le Musée de Toulouse est à l’état d’abandon ; on y constate des vols, des dégradations, du vandalisme et la Société Archéologique s’en plaint plusieurs fois. Les catalogues sont édités jusqu’en 1835, puis la Ville en refuse sans cesse la réédition. On se rappelle le conflit qui opposa Du Mège et le concierge du Musée, lequel peignait de son propre chef des cartels sur les œuvres. À partir de 1862, Roschach essaie de retrouver les provenances des objets, et il faut bien dire qu’il fait ce qu’il peut. Son catalogue contient de très nombreuses erreurs qui se retrouvent bien sûr en chaîne dans les publications postérieures.
La parole est alors à Valérie Rousset pour une communication sur Deux maisons médiévales de Saint-Laurent-les-Tours, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie Valérie Rousset d’avoir bien voulu accepter de faire bref, puis il s’enquiert du sort réservé à ces deux maisons exceptionnelles mais en ruines. Valérie Rousset indique que la maison « gothique » fait l’objet d’un projet de restauration qui respecte l’édifice. Le bâtiment « roman » et en revanche trop mal conservé et de plus incomplet puisque manque toute la partie arrière, dont les vestiges, pris sous les remblais, exigeraient une fouille archéologique. A propos de la maison « romane », qui lui paraît la plus intéressante, le Président demande si les trous d’encastrement qui apparaissent au niveau de l’étage ne sont pas des trous de boulin. Après avoir indiqué qu’ils sont d’une dimension supérieure aux trous de boulin, Valérie Rousset fait remarquer qu’ils se trouvent au même niveau que le plancher. Une discussion intervient alors entre Valérie Rousset, Olivier Testard et Maurice Scellès sur la meilleure façon de restituer le plancher et sa poutraison.
Répondant à Anne-Laure Napoléone, Valérie Rousset précise qu’aucune trace de la distribution d’origine ne subsiste dans la maison « romane », peut-être parce que l’escalier se trouvait dans la partie arrière détruite. Anne-Laure Napoléone ajoute que la fenêtre de Figeac invoquée pour dater la maison de Saint-Laurent est cependant un peu plus tardive.
Annie Noé-Dufour attire l’attention sur les portes de la maison « gothique » et note que leur contemporanéité serait plutôt en faveur du début du XVIe siècle, ce dont convient Valérie Rousset.
Répondant au Président, Valérie Rousset précise que la famille indiquée par l’héraldique apparaît dans les années 1460. François Bordes ayant demandé si l’on disposait de sources historiques, elle signale les études d’Edmond Albe et de Jean Lartigaut, mais elle ajoute qu’aucun lien ne peut être établi entre les textes et les bâtiments.
Jean Nayrolles et Henri Pradalier s’étonnent de l’emploi qui est fait des catégories du « roman » et du « gothique ».
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Jean Nayrolles rappelle que la question du vocabulaire est importante et que le recours à cette terminologie a déjà conduit à des impasses. Pour Henri Pradalier, il est clair que les termes de « roman » et « gothique » doivent être proscrits dans le cas d’édifices de ce type et il en appelle à une datation par siècle. Le Président note que, dans cette architecture, seules les formes des baies peuvent éventuellement être qualifiées stylistiquement. Maurice Scellès admet qu’il s’agit d’un emploi abusif des notions de style, tout en faisant remarquer le caractère pratique de ces appellations alors que la recherche n’est pas assez avancée pour que soient proposées des datations plus précises. Olivier Testard dit avoir recours à des notions de style alors même qu’elles sont en décalage avec les datations connues. Daniel Cazes rappelle que cette terminologie est une tradition spécifiquement française et que les périodisations utilisées en Italie (par siècle) ou en Espagne (par exemple « l’art de la Reconquête ») sont mieux fondées.
Henri Molet et Maurice Scellès demandent des précisions sur les « archères » de la première maison. Valérie Rousset montre qu’il s’agit plus probablement de fentes d’éclairage.
SÉANCE DU 11 AVRIL 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Nayrolles, Pradalier, Roquebert, le Père Montagnes, Mgr Rocacher, membres titulaires, Mmes Fronton-Wessel, Pujalte, Tollon, MM. Bordes, Burroni, Hamon, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Coppolani, Directeur honoraire, M. Garland.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 4 avril dernier, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. En nous remerciant de l’envoi du dernier volume de nos Mémoires, le maire de Toulouse, M. Dominique Baudis, nous écrit qu’il a en particulier prêté une grande attention à l’article consacré à « Dame Tholose », pour laquelle il avait déjà demandé en 1998 une expertise et des propositions pour la protéger. Il saisit cette occasion pour la rappeler à l’attention de l’administration municipale et ne manquera pas de nous tenir informés.
Le Bibliothécaire-archiviste présente le bulletin de souscription pour le volume que les éditions Flohic consacrent au département de la Haute-Garonne. La présentation par canton et par commune du patrimoine des origines jusqu’aux années 1960 constitue un ensemble documentaire intéressant, en dépit de lacunes regrettables. Répondant à Quitterie Cazes, Louis Latour indique que les notices elles-mêmes ne sont pas signées mais que les auteurs sont mentionnés par canton. Certains membres expriment des réserves sur le contenu et les méthodes employées, illustrant leurs propos de quelques témoignages. Il faut croire que la fièvre patrimoniale qui s’est emparée de notre société favorise les grandes « moulineries » de margoulins qui savent en profiter et produisent malgré tout une documentation parfois utile.
Le Directeur présente son rapport sur la candidature de Mme Nicole Andrieu-Hautreux. On procède au vote : Mme Nicole Andrieu-Hautreux est élue membre correspondant de notre Société.
Henri Pradalier informe la Compagnie qu’il a été sollicité par la Ville de Toulouse pour donner son avis sur des textes succincts destinés à des panneaux signalétiques présentant les monuments et lieux de la ville. Il demande aux membres présents de bien vouloir examiner la liste qu’il fait circuler et de lui faire part de leurs éventuelles observations. François Bordes, qui a été chargé du dossier et qui est donc l’auteur de ces premiers textes, précise que les panneaux seront placés sur les monuments eux-mêmes ou sur le trottoir.
La parole est à Françoise Tollon pour une première communication sur Les fresques de Saint-Sulpice-sur-Lèze : état des lieux :
« Les peintures murales datables du XVe siècle de la seconde chapelle sud de l’église de Saint-Sulpice (Haute-Garonne) se trouvant dans un état de conservation critique, elles ont fait l’objet d’une intervention d’urgence. Les travaux ont été réalisés au cours de l’été 1999 sous la maîtrise d’œuvre de la conservation régionale des Monuments Historiques de Midi-Pyrénées. Ils ont permis, outre la consolidation des peintures, de faire un état des lieux en prévision de leur conservation à plus long terme et enfin de redécouvrir une œuvre dont la lisibilité était fortement altérée.
La scène de l’Enfer a été placée, selon la tradition, sur le mur ouest de la chapelle, tandis que celle du Paradis est peinte sur le mur est. Le mur sud devait à l’origine être peint mais il est aujourd’hui
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entièrement recouvert de béton. Les seules peintures encore en place sur ce mur sont celles de l’ébrasement de la fenêtre, qui représentent la résurrection des morts. Il faut également noter que des peintures sont encore en place sur la voûte et l’arc de la chapelle mais elles n’ont pas encore été mises au jour. Les scènes de l’Enfer et du Paradis qui ont fait l’objet de cette intervention de conservation ne sont pas complètes puisque la partie basse des murs est et ouest, suite à la disparition des peintures, a été entièrement réenduite.
Pour la représentation de l’arrivée des âmes dans la Jérusalem Céleste, la ville nouvelle est représentée à droite par un mur fortifié qui comporte deux fenêtres par lesquelles on voit les visages des âmes qui sont déjà entrées. Devant une grande porte se tient saint Pierre, la clef dans la main gauche. Juste au-dessus de la construction, un personnage est entouré d’un nuage ondulé ; il semble bénir de la main droite. Il pourrait s’agir de la représentation du Christ, mais la couche picturale est très abrasée dans cette zone, notamment au niveau de sa tête. Entre le nuage et la Jérusalem céleste émergent des bustes d’âmes avec les mains en prière.
Sur le côté gauche, une multitude d’âmes se presse, debout ou à genoux, les mains en prière ; pratiquement toutes ont le visage tourné vers la Ville Céleste. Des anges viennent les chercher en les prenant par la main. L’ensemble des âmes est représenté sur un fond noir (identique à celui de la gueule du Léviathan) et leurs corps nus sont encore léchés de flammes rouges : il s’agit donc apparemment des âmes qui viennent du purgatoire.
La partie supérieure, très abrasée, évoque le ciel qui passe du blanc au bleu.
Sur le mur ouest la gueule du Léviathan se trouve à droite de la scène, pleine d’écailles ocres, et qui s’ouvre sur un fond noir baigné de flammes rouge vif. Des diables, dont les coudes ou les genoux sont autant de bouches qui happent les damnés, torturent ou emmènent ceux-ci vers l’Enfer. Les seules tortures sont celles de gueules d’animaux imaginaires qui mangent les seins des damnés, dont quelques uns sont enchaînés. Un diable, à gauche, en porte de nombreux dans son panier tandis que d’autres sont dans une charrette tirée par un animal monstrueux. En haut de la gueule du Léviathan se trouve le diable qui se veut certainement le plus effrayant de tous.La majeure partie des observations sur la technique mise en œuvre évoque une peinture à fresque, avec, en premier lieu, le fait que la peinture soit directement posée sur le mortier, sans badigeon intermédiaire. Deux autres éléments concourent à l’hypothèse d’une technique à fresque :
– sur les deux scènes on voit nettement des pontates (qui avec les giornates sont caractéristiques d’une peinture réalisée a fresco). S’il s’agissait d’une détrempe le mur aurait été enduit en une seule journée, compte tenu de sa faible surface.
– dans la partie basse de l’Enfer, côté sud, une zone a été complètement baignée d’eau, et ce durant un temps relativement long : on peut voir la limite supérieure de cette partie « lessivée ». La couche picturale est altérée mais on voit toujours très bien le dessin préparatoire, les traits noirs du dessin définitif et certaines couleurs. Une peinture à la détrempe n’aurait pas résisté à un tel traitement.
Si les observations visuelles évoquent très fortement une technique à fresque (avec des reprises « à sec » bien sûr et des procédés « mixtes », par exemple pour les corps qui ont reçu un lait de chaux avant la pose des ombres et lumières ou des traits de visage… ), seule une recherche de liant par analyse pourrait le certifier. Une telle analyse, au demeurant très délicate, est malheureusement compromise par la présence de fixatifs qui ont été passés sur les peintures lors des restaurations précédentes.
Les couleurs utilisées sont des plus « classiques » : ocre rouge, ocre jaune, noir, pures ou mélangées à de la chaux pour les gris et les roses. Une exception, un rouge très vif (vermillon ?), notamment utilisé pour les flammes, qui a terni mais que l’on a pu observer en dégageant les restes de badigeon de chaux. Ce rouge est également visible sur les bouches des monstres. Les dessins préparatoires ont été réalisés à l’ocre rouge.
La fresque, technique noble de la peinture murale, a été pratiquée en France jusqu’à la période romane. S’impose ensuite la peinture à la détrempe sur un badigeon de chaux lui-même posé sur un mortier plus ou moins sec mais qui peut être antérieur à la peinture. Si les peintures de Saint-Sulpice sont bien, comme nous le pensons, à fresque, elles peuvent apparaître comme un anachronisme. Peut-être cette technique a-t-elle perduré dans certains ateliers car il arrive que l’on en rencontre dans les périodes tardives, comme celles de l’église d’Estarvielle dans les Pyrénées orientales, datables du milieu du XVIe siècle. Il nous faut pourtant remarquer qu’ici, la réalisation des peintures est, dans son ensemble, fruste et maladroite. Le mortier, très grossier, a été posé de manière malhabile. Le dessin lui-
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même est simple et gauche, malgré la volonté de mise en volume des personnages. On note également quelques repentirs, recouverts de lait de chaux. Ces observations nous incitent à penser que le peintre qui a réalisé cet ensemble n’était pas un « professionnel », un peu comme si quelqu’un avait pris des livres de recettes et des images et avait tenté de les adapter avec ses méconnaissances techniques.
Les peintures de l’Enfer et du Paradis ont subi de nombreuses interventions. Les observations que nous avons pu faire sur l’histoire de ces peintures sont lacunaires dans la mesure où leur dégagement a fait disparaître certains indices. Nous avons cependant pu établir la chronologie qui suit.
Dans un premier temps des lacunes du mortier original et des joints entre les briques ont été réenduits avec un mortier brun. Ensuite, un badigeon de chaux blanc a été passé sur l’ensemble des peintures. Ce badigeon recouvrait le mortier sur la limite inférieure actuelle des peintures, ce qui signifie que les parties basses étaient déjà, en partie tout au moins, tombées. Ultérieurement, la partie inférieure des murs a été enduite d’un mortier brun, très dur, certainement hydraulique. Enfin, l’ensemble a été recouvert d’une couche de plâtre peint en ocre jaune.
Les peintures ont été redécouvertes en 1954. Dans les années suivantes elles ont été restaurées par M. Nicolas Greschny. Nous n’avons pas de document sur cette intervention, mais les observations visuelles indiquent qu’elles ont alors été dégagées et dépoussiérées. Les petites lacunes ont été enduites et remises en couleur avec une peinture synthétique, certainement vinylique. Lors de cette intervention, les fissures les plus larges, les plus grosses lacunes ainsi qu’une bande de 50 cm de haut environ sous la limite inférieure des peintures, ont été enduites avec mortier à base de ciment. Les plus grosses lacunes et les fissures ainsi enduites ont été l’objet de restitutions. Par contre, N. Greschny a été très respectueux, pour l’époque, de la peinture originale car sur l’ensemble des deux scènes on ne note que de très rares repeints sur la peinture originale. Le peintre a simplement réalisé quelques repiquages. Deux zones ont subi une retouche picturale plus lourde : la partie haute de l’Enfer avec le diable central dont le visage et le bras droit ont été partiellement repeints. Mais il faut ajouter que N. Greschny a principalement posé sa retouche sur des badigeons calcités (qu’il n’a pas dégagés) et que ses repeints ont suivi des restes d’original. Une autre zone a été assez largement reprise, sur la scène du Paradis, au niveau du visage du personnage qui représente certainement le Christ. Des zones calcitées en partie haute n’ont pas été dégagées.
En 1981, M. Pierre Bellin a réalisé une intervention de remise en état et de fixation des peintures. À sa demande, le L.R.M.H. a analysé des prélèvements : les efflorescences salines présentes sur les peintures étaient composées à 77 % de sulfate de calcium. Des tests réalisés avec de l’acétone montrent que le voile blanc recouvrant la surface est en partie dû à la présence d’un fixatif qui a été posé sur la surface des peintures et qui, en présence d’une forte circulation d’eau, s’est altéré. Nous ne pouvons dire cependant si cette fixation correspond à l’intervention de M. Greschny ou à celle de M. Bellin.
Enfin certaines parties du support, comme les écailles de la gueule de l’enfer, sont jonchées de coups de marteau. Nous ne savons pas si ces dégâts correspondent à une tentative de bûchage du mortier lorsque l’on a posé la couche de plâtre ou s’il s’agit des traces du dégagement de la première restauration.Le support des deux scènes est en très mauvais état de conservation. L’origine de cette altération est l’humidité. Tout d’abord il y a eu de grosses infiltrations d’eau qui ont altéré les parties hautes. Par ailleurs des remontées capillaires importantes ont dans un premier temps fait chuter les parties basses des mortiers (sur 2,70 m. pour le mur est et 3,10 m. pour le mur ouest) ; les murs de briques, comme nous l’avons dit, ont été réenduits à deux reprises, avec un mortier hydraulique pour le premier et un autre à base de ciment dans les années cinquante. La présence de tels matériaux a nui au mortier original encore en place : l’eau ne pouvant plus s’évacuer dans les parties basses remontait jusqu’à la fresque où elle trouvait un passage pour s’évaporer. Les conséquences de cette circulation d’eau sont les suivantes :
– décollement total du mortier original sur une hauteur de 50 à 80 cm tout le long de la limite inférieure, et poches de décollement dans les parties supérieures ;
– affaiblissement et décohésion du mortier ;
– nombreuses lacunes de mortier dont la plupart ont été bouchées et restaurées par M. N. Greschny ;
– l’ensemble de la couche picturale est recouvert d’un voile blanc plus ou moins prononcé, tandis que des efflorescences salines se trouvent en partie inférieure des peintures.
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SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE, PEINTURES MURALES.
Mur est : le Paradis.SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE, PEINTURES MURALES.
Mur ouest : l’Enfer.
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Les prélèvements réalisés avec des bandelettes des laboratoires Merck ont montré que sur l’ensemble de la surface le voile blanc est principalement composé de nitrates tandis que les efflorescences salines des parties inférieures de la peinture sont principalement composées de sulfates. Il s’agit très certainement de sulfates de calcium au vu de l’histoire de la chapelle. La présence de sulfates n’est confirmée qu’en partie basse, à l’exception d’une zone sur le mur est (Paradis), située en partie haute, côté sud, où le mur a subi plus qu’ailleurs les conséquences des infiltrations. On peut d’ailleurs observer les altérations typiques dues au sulfates, sous forme de petits cratères. La couche picturale est fortement altérée mais au regard de ce qu’elle a subi, elle a finalement bien résisté, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il s’agit bel et bien d’une fresque.
Le dégagement du badigeon de chaux qui recouvrait les peintures n’ayant pas été très soigné, la couche picturale était jonchée de restes de ce badigeon blanc, ce qui nuisait fortement à la lisibilité de l’œuvre.
Dans les parties hautes, conséquence des infiltrations, ce badigeon s’est calcité. Ces zones n’ont pratiquement pas été dégagées par M. Greschny. La fragilisation et la décohésion du mortier ont entraîné de multiples lacunes de la couche picturale qui présente une forte pulvérulence sur l’ensemble de sa surface. Les couleurs pures (noirs, ocres jaunes et rouges) étant les plus pulvérulentes, les couleurs mélangées avec de la chaux (les roses et les gris) étant un peu mieux conservées, bien que fragilisées. Quelque temps après le dégagement des mortiers en partie basse des murs des moisissures sont apparues sur les briques et sur la partie inférieure des peintures.L’intervention qui a été réalisée au cours de l’été 1999 a consisté plutôt en une opération d’urgence. En effet une intervention de fond pour une sauvegarde à long terme des peintures n’était pas envisageable dans les conditions où celles-ci se trouvent actuellement.
La première urgence était de faire tomber tous les mortiers hydrauliques des parties basses (ce qui a été fait par la Mairie de Saint-Sulpice) et de consolider les parties inférieures des mortiers originaux encore en place qui, comme nous l’avons vu, étaient décollés sur toute la longueur, sur une hauteur de 50 à 80 cm. Ces consolidations ont été effectuées avec des injections de coulis Torraca (chaux hydraulique, chamotte, Primal AC33), avec pose de cales sous pression pour maintenir les mortiers en place. Des solins ont au préalable été posés tout le long de la limite inférieure des peintures. Certaines zones, qui sonnaient creux mais ne correspondaient pas à de forts décollement de mortier, n’ont pu être consolidées.
Les zones où la décohésion du mortier conduisait, au-delà de la pulvérulence, à la perte de la surface, ont été consolidées avec du Primal AC33 à 20 % dans de l’eau. Les trous d’injection qui ont dû être ménagés dans le mortier original et les lacunes les plus profondes ont été mastiqués avec un mortier de chaux grasse et de sable.
Par ailleurs, il était nécessaire de traiter la couche picturale, fragilisée par les conditions hygrométriques auxquelles elle est soumise. Dans les conditions actuelles où se trouvent les peintures, le choix de la méthode était restreint : le refixage de la couche picturale a été fait avec du Paraloïd B72. Pour ce faire, l’épiderme de la peinture devait être nettoyé. Les efflorescences salines et le voile blanc ont été éliminés avec des moyens mécaniques, scalpel et pinceaux doux ; les restes de badigeon qui jonchaient la peinture ont été dégagés au scalpel, les zones calcitées n’ayant pu être traitées dans le cadre de ce chantier ; la couche picturale et de la maçonnerie apparente en partie basse ont été traitées au nitrate d’échonazole à 3 % (éthanol et alcool benzilique) ; l’ensemble de la couche picturale a été refixé avec une couche de Paraloïd B72 à 3,5 % dans du xylène.Comme nous l’avons dit, l’intervention dont il est question ici est une mesure d’urgence pour assurer la sauvegarde des peintures. La conservation à plus long terme de ces fresques impose d’envisager une intervention plus lourde.
La principale source d’altération de ces peintures est l’humidité. Le problème des infiltrations semble avoir été résolu puisque la toiture des chapelles sud a été revue. Le problème des remontées capillaires reste donc à régler, avant qu’un traitement de conservation efficace puisse être entrepris. Si l’on parvient à stopper ou ralentir les remontées d’eau par le sol de la chapelle, il faudra ensuite attendre quelque temps (cela se compte en années) afin que toute l’humidité contenue dans les murs de la chapelle s’évacue et que ceux-ci arrivent à un relatif équilibre avec le climat de l’église. Il faut noter que durant ce laps de temps, le mouvement d’humidité correspondra à un assèchement progressif des maçonneries, ce qui se traduira par la réapparition du voile de nitrates et des amas de sulfates.
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Une fois le mur en « équilibre » avec le climat de l’église, on pourra alors envisager un traitement définitif pour les peintures. Il s’agira alors d’éliminer les sels encore contenus dans le mortier par des séries de compresses d’eau déminéralisée, additionnée de carbonate d’ammonium pour le traitement des sulfates. Après quoi un traitement remédiant à la décohésion du mortier et à la pulvérulence de la couche picturale pourra être effectué, avec, de préférence, des consolidants minéraux.
Françoise TOLLON »
Le Président remercie Françoise Tollon pour cette présentation accompagnée de très bonnes photographies de ces peintures que l’on voit bien mal sur place. S’il faut admettre le principe d’une restauration tous les vingt ans, pourquoi ne pas procéder à la dépose ? Françoise Tollon précise que des travaux de drainage et de toiture ont été réalisés par la Mairie et qu’une restauration globale est proposée, mais elle ajoute qu’elle est très opposée à la pratique de la dépose en raison des altérations que subissent inévitablement les peintures. Elle rappelle que la dépose nécessite d’enduire la surface picturale de colle, qui pénètre dans l’enduit, puis de la fixer sur un nouveau support : les différents produits utilisés vieillissent mal. En outre, leur conservation nécessite un climat strictement contrôlé qu’il est souvent plus difficile d’obtenir dans un musée qu’in situ.
Le Président demande s’il faut considérer que les Italiens sont déraisonnables. Françoise Tollon dit que nous admirons à juste titre nos confrères italiens, mais que leurs pratiques ont, comme les nôtres, fluctué avec les modes. Elle ajoute que parmi les restaurateurs, personne n’est actuellement favorable à la dépose.
Le Président remarque que le service des Monuments historiques n’a que peu d’archives concernant les restaurations des années 1980, ce que confirme Françoise Tollon en indiquant que des dossiers complets sont désormais exigés des restaurateurs. Elle souligne combien il est nécessaire de disposer de dossiers fiables en particulier lorsqu’il faut avoir recours à des interventions répétées au fil des années.
Daniel Cazes dit douter de la disparition totale de la technique de la fresque aux XIIe et XIIIe siècles et il évoque encore Villeneuve d’Avignon, Narbonne et Béziers. Pour Françoise Tollon seules des analyses techniques précises permettent de trancher, mais elle croit pouvoir affirmer que les seules fresques connues en France après le XIIe siècle sont des œuvres dues à des artistes étrangers. Daniel Cazes rappelle que c’était ce que l’on disait pour le XIIe siècle jusqu’à la découverte des fresques de Saint-Sernin. Olivier Testard rappelle qu’une fresque comporte très souvent des compléments réalisés à la détrempe.
Le Président souligne la qualité extraordinaire de la représentation de l’Enfer et regrette que l’édifice, inscrit sur la liste supplémentaire des Monuments historiques, ne soit pas mieux mis en valeur par la commune. Comme il demande si la peinture a été étudiée, Françoise Tollon dit que rien n’a été fait depuis le recensement de Mesuret. Henri Pradalier dit qu’il est sûr que Michèle Fournié s’est intéressée à la représentation du Purgatoire.
Françoise Tollon présente ensuite une seconde communication consacrée à la Restauration d’un cadre de l’église de Vielmur (Tarn) : questions autour d’une restauration :
« Dans le chœur de l’église de Vielmur-sur-Agout (Tarn) se trouvent trois cadres en bois doré et argenté, datés du milieu du XVIIIe siècle et qui, compte tenu de leur état, sont l’objet d’une campagne de conservation-restauration sous la maîtrise d’œuvre de la conservation régionale des Monuments Historiques de Midi-Pyrénées. La première œuvre traitée est le tableau représentant saint Benoît, côté sud du chœur. La toile a été restaurée par le C.R.P.A. (Gaillac, Tarn) tandis que M. Jean-Michel Parrot (Venès, Tarn) s’est occupé du support bois du cadre.
Le cadre n’a pas de forme angulaire et il est composé de feuilles de vigne, de grappes de raisin, de volutes ; dans la partie haute, deux visages d’anges émergent de nuages. L’ensemble a été doré à la feuille d’or à l’exception des nuages qui sont recouverts de feuille d’argent. De petits miroirs ont été placés dans des oves creusés dans la largeur du cadre. La forme des volumes principaux a été sculptée dans le bois dont l’épaisseur varie entre quelques dizaines de centimètres et quelques millimètres.
L’ensemble a été recouvert d’une préparation très épaisse (1,5 – 2,5 mm) à base de colle de peau de lapin et de carbonate de calcium qui a été modelée de reliefs plus délicats. L’ensemble des feuilles métalliques (or et argent) a été posé à l’eau. Que ce soit pour l’or ou pour l’argent, l’utilisation de bols diversement colorés ainsi qu’un traitement de finition différent (brunissage plus ou moins accentué) permettent de jouer tant sur la couleur que sur la brillance de la feuille. Les parties brillantes ont reçu un bol rouge et ont été bien brunies ; les parties plus mates ont été recouvertes d’un bol ocre clair voire blanc, la feuille ayant été peu ou pas brunie.
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Les différentes observations réalisées au cours d’une restauration nous donnent des indices tant sur la fabrication de l’œuvre que sur son histoire. On a pu ainsi noter quelques zones où la feuille d’or a été posée directement sur le bois, notamment dans des lacunes de préparation. Nous ne pouvons cependant mettre en doute que la dorure est originale, compte tenu de sa grande qualité d’exécution et de l’histoire du cadre. Nous pensons plutôt que ces lacunes ont été faites dans l’atelier de création du cadre alors qu’il était enduit de préparation (par exemple lors du maniement du cadre apprêté) et que les doreurs n’ont pas pris le soin de les boucher lors de la pose des feuilles métalliques.
Nous avons pu faire des analyses des différents composants de la couche picturale du cadre au microscope électronique à balayage. Ces analyses ont bien montré que la préparation originale était à base de carbonate de calcium. Un prélèvement effectué dans une zone d’argent mat montre la présence du bol (kaolin ou silicate d’aluminium) posé sur la préparation. Comme nous n’avons pu déceler sur ce bol la présence de fer (sous forme de différents oxydes qui donnent aux bols leur couleur), nous avons constaté qu’il s’agit bien d’une assiette blanche pour les zones mates. Enfin, nous avons la confirmation de la présence d’un vernis passé sur la feuille d’argent (une feuille d’argent était toujours vernie pour éviter son oxydation) tandis que nous n’avons rien trouvé de tel sur la feuille d’or.
Les miroirs ont été réalisés avec de petites plaques de verre mercurisées. Une couche d’étain a été posée au préalable sur le verre pour permettre l’accrochage du mercure.
Plus tard encore l’ensemble a été recouvert d’une couche de bronzine dont le liant est principalement huileux. Cette intervention a repris l’idée originale qui proposait une variante sur la couleur et la brillance des feuilles métalliques. On trouve donc sur la feuille d’or l’alternance d’une bronzine jaune et d’une autre orange tandis que les nuages ont été entièrement recouverts de la bronzine orange. Cette bronzine a été passée directement sur la dorure tandis que pour les nuages (feuille d’argent), un apprêt a été posé au préalable. Cette préparation intermédiaire était à base de sulfate de calcium.
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La bronzine est une « mixture » à base de métaux et de résine ou d’huile destinée à imiter les feuilles métalliques. Les traités anciens donnent des recettes précises pour sa fabrication. Les éléments de base de cette bronzine sont le cuivre, le zinc et le fer (ce dernier en proportion infime). Seul le « bronze blanc », qui imite la feuille d’argent, comporte de l’étain (96,46 %). Des alliages de ces métaux étaient ainsi fabriqués (différentes couleurs étant obtenues en fonction des proportions) puis réduits en poudre et enfin imprégnés d’un liant.
Les analyses réalisées par le M.E.B. montrent que la bronzine jaune passée sur le cadre contient les trois éléments de base (cuivre, fer, zinc). La bronzine orange est principalement composée de cuivre et de zinc, alors que le fer, lorsqu’il apparaît, n’est qu’à l’état de trace, ce qui correspond aux recettes pour une bronzine orange. Une question persiste cependant : nous avons vu que normalement les métaux sont d’abord fondus ensemble pour constituer un alliage qui est alors réduit en poudre. Or dans les différents échantillons analysés, on retrouve toujours la présence de cuivre mais le zinc est parfois absent. Selon les proportions de zinc et de cuivre l’altération de l’alliage est différente. Il semble qu’ici l’altération de cette bronzine est une corrosion par désincification du laiton initial, ce qui explique l’absence occasionnelle du zinc.
La bronzine, du fait même de sa composition, s’est oxydée, ce qui a provoqué un obscurcissement général, très nettement accentué dans la partie basse où la bronzine a été altérée sous l’effet de la chaleur ; dans certaines zones localisées, le bois est brûlé en profondeur (jusqu’à 15 mm de profondeur environ). Ceci signifie que des bougies ont été placées suffisamment près de la partie basse du cadre pour engendrer de tels dégâts.Les feuilles métalliques sont bien conservées en pourcentage de surface : elles couvrent encore l’ensemble du cadre (hormis bien sûr au niveau des lacunes de préparation). Elles présentent par contre de nombreuses usures ainsi que des micro lacunes, notamment dans les parties mates qui ont été peu brunies. Ces mini-cratères peuvent être le résultat d’un nettoyage à l’eau et à l’alcali, méthode fréquemment utilisée par les doreurs. Dans l’ensemble, les feuilles métalliques sont très fragilisées. La couche de peinture à la détrempe qui les recouvrait était dans certaines zones amalgamée à de la crasse.
La majeure partie des altérations de la préparation sont dues à la conjonction de deux éléments : le mode de fabrication du cadre et les variations climatiques qu’il a subies. La préparation présente un large réseau de fissures et de nombreux soulèvements, notamment dans les parties où l’épaisseur du bois est faible (le support est alors encore plus sensible aux variations hygrométriques). La préparation est par conséquent assez lacunaire, notamment dans les parties droite et inférieure.
Les relevés permettent d’observer que dans l’ensemble la majeure partie des lacunes s’est faite récemment, c’est-à-dire après le passage de la bronzine. Les raisons de cette altération « récente » peuvent être diverses : tout d’abord et très logiquement, plus une œuvre vieillit plus les altérations s’aggravent. Par ailleurs, d’après nos observations, nous savons qu’au moment où la bronzine a été passée, les soulèvements de préparation n’ont pas été l’objet de refixage et qu’il ont donc fini par chuter. Mais aussi le liant de la bronzine, lors de son « séchage », a pu exercer un fort pouvoir tirant sur la préparation et provoquer des soulèvements de l’apprêt qui ont eux aussi fini par générer des lacunes.
Les nuages ont été fixés au reste du support par de gros clous en fer. En rouillant, ces clous ont augmenté de volume, provoquant ainsi le soulèvement puis la chute de la préparation qui les recouvrait.Avant même d’entreprendre les travaux de conservation-restauration du cadre, nous avons dû définir une ligne de conduite, un choix d’intervention, dont les arguments étaient tout à la fois historiques, esthétiques et financiers. Deux possibilités se présentaient à nous : soit on prenait le parti de conserver la bronzine, soit on décidait de dégager la couche de bronzine et celle de peinture à la détrempe pour retrouver les feuilles métalliques originales, et donc de se rapprocher de l’œuvre telle qu’elle a été conçue. Il faut toutefois noter que cette seconde option, plus satisfaisante tant au niveau esthétique qu’au niveau historique, était deux fois plus onéreuse ; sans compter que la décision prise pour ce cadre devait être suivie pour son pendant (côté nord du chœur) ainsi que pour le cadre central. À la suite d’une réunion avec la mairie et le conservateur du patrimoine chargé du dossier, nous avons fait le choix de remettre au jour les feuilles d’or et d’argent.
Avant la dépose du cadre pour son acheminement en atelier, de petits facings ont été posés partout
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où les soulèvements de la préparation menaçaient de chuter. Ces facings sont constitués de non tissé de polyester (papier japon) mis en place avec du paraloïd B72 à 20 % dans l’acétone.
Pour la conservation-restauration de la couche picturale, le cadre a tout d’abord été dépoussiéré avec des pinceaux doux. Les soulèvements de préparation ont été refixés avec un PVA (acétate de polyvinyle) à 10 % dans de l’eau et mise sous pression des parties refixées pour permettre un bon collage. La bronzine a été dégagée avec un fort solvant de l’huile, du dyméthylformamide. La couche de peinture jaune à la détrempe a été éliminée à la salive : cette peinture n’avait que l’eau comme solvant. La dorure originale ne pouvant supporter un nettoyage à l’eau, nous avons dû, après bien des essais, nous résoudre à l’utilisation de la salive pour le dégagement de cette couche. Pour les nuages, nous n’avons pas pu enlever complètement la peinture grise ou noire, les feuilles d’argent étant trop fragiles. Nous l’avons donc simplement « allégée ».
Les clous, que l’on ne pouvait raisonnablement supprimer, ont été traités avec un anti-rouille. Les feuilles métalliques nettoyées ont reçu une couche de protection avec un Paraloïd B72 dilué à 5 % dans du xylène.
Les lacunes de préparation, où le bois est apparent, ont été décrassées à l’éthanol puis ont été réenduites d’une préparation (colle de peau de lapin et blanc de Meudon) qui a ensuite été modelée.
Pour la retouche des lacunes ainsi préparées, nous avons dû à nouveau choisir entre deux options. À l’heure actuelle, la déontologie, pour ce qui est des interventions de restauration à proprement parler, est la suivante : toute partie retouchée doit être facilement repérable de près tandis qu’à une certaine distance, l’intervention doit passer inaperçue. En peinture murale, en sculpture, en peinture de chevalet parfois, on utilise la technique de la retouche à tratteggio, qui est réalisée avec des petits traits colorés. Concernant les œuvres en bois dorés, ce type de retouche a été largement adopté dans les musées, notamment pour les œuvres gothiques. La tendance actuelle est cependant, pour l’ensemble des œuvres sculptées et polychromées (au sein des musées), de ne faire pratiquement aucune retouche colorée.
Pour les œuvres classées « Monument Historique », qui englobent notamment les retables, il est vrai que la tendance est plutôt de redorer toutes les parties lacunaires et de les patiner pour qu’elles se fondent totalement dans l’œuvre originale. Tant et si bien qu’à terme, après plusieurs interventions (une œuvre étant régulièrement restaurée) il y a peu de chances, lorsque le travail est bien fait, de distinguer la part originale de la restauration. Nous avons choisi, pour le cadre exceptionnel de Vielmur, une solution que l’on peut qualifier d’intermédiaire.
Les lacunes de préparation mastiquées ont été retouchées à tratteggio avec de l’aquarelle. Ces retouches ont été recouvertes d’une couche de paraloïd B 72 à 3 % ou à 8 % dans de l’acétone en fonction de la brillance à obtenir. La volute et les grappes de raisins restituées en bois par M. Jean-Michel Parrot ont été traitées à la feuille d’or sur bol (rouge et ocre) puis patinées à l’aquarelle. Nous avons ainsi pu lui rendre son esthétique tout en permettant, en s’approchant, de distinguer l’œuvre originale des reprises dues à la restauration.Françoise TOLLON »
Le Président remercie Françoise Tollon de nous avoir proposé ce très bel exemple de restauration qui lui paraît d’une sophistication extrême. Ce cadre est en effet fabuleux et l’on peux se demander s’il ne fallait pas remettre également les miroirs qui l’enrichissaient. Françoise Tollon précise que l’on en conserve quelques restes, et qu’il s’agit d’un verre très fin qui ne se fabrique plus. Gabriel Burroni rappelle qu’une loi de 1848 a interdit la fabrication des miroirs au mercure parce qu’elle était trop dangereuse. Françoise Tollon ayant indiqué qu’il aurait été trop cher de faire refaire les miroirs, Henri Pradalier se demande si Saint-Gobain n’aurait pu apporter son concours en plaçant son mécénat dans le cadre de la redécouverte d’un vieux métier.
François Bordes demande si l’on dispose d’un bail à besogne. Françoise Tollon répond que l’on ne connaît aucun autre document qu’un bout de papier journal daté de 1765, retrouvé sous un miroir. Jean Nayrolles s’étant interrogé sur la qualité du tableau, le Président note que l’on a des exemples au XVIIIe siècle de cadres coûtant cinq fois plus cher que le tableau.
Guy Ahlsell de Toulza demande si la restauration de ce cadre magnifique s’inscrit dans un programme portant sur l’ensemble de l’abbaye et il rappelle le triste état dans lequel se trouvaient la frise de blasons lors de la visite qu’il y avait faite avec Dominique Watin-Grandchamp. Françoise Tollon dit qu’elle ne peut répondre, mais qu’elle sait néanmoins que le collège quitte les lieux, l’édifice étant repris par la Mairie.
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Le Secrétaire général présente au nom de notre confrère Gilles Séraphin une découverte de peintures sur le tympan du portail gothique de la cathédrale de Cahors. Une observation attentive permet en effet de distinguer sur les côtés du tympan, où ils ont été protégés par la profondeur de la voussure, deux personnages très effacés mais dont il est néanmoins possible de définir les principaux traits. Tous les deux sont représentés barbus, nimbés et debout. Celui de gauche tient une sorte de luth dont il gratte les cordes de la main droite. L’instrument du personnage de droite n’est pas identifiable, mais la position du doigt ne permet guère de douter qu’il joue également d’un instrument à cordes. Un pied nu du personnage de gauche est nettement visible et l’on distingue par endroits des restes des drapés des vêtements.
Maurice Scellès ajoute que Françoise Tollon lui a confirmé qu’un relevé permettrait sans aucun doute de préciser le dessin de ces deux personnages ainsi que les couleurs utilisées.
François Bordes évoque la thèse sur Le peintre Antoine Rivalz (1667-1735) que Valérie de Pous a tout récemment soutenue à l’École des Chartes, devant un jury auquel participait Alain Mérot. Il précise que l’auteur a découvert un mois avant la soutenance des documents très prometteurs conservés à Rome. Le Président dit espérer
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que ce soit là l’occasion d’une exposition qui pourrait être présentée au Musée des Augustins. Un membre ajoute que le jury s’est fait l’écho des difficultés que l’étudiante aurait rencontrées auprès de certains milieux toulousains.
Louis Latour attire l’attention de la Compagnie sur un récent article paru dans La Dépêche du Midi où, sous le prétexte de rendre compte d’un ouvrage, l’auteur publie sur une double page une carte et une liste des sites archéologiques du Midi de la France pouvant intéresser les chercheurs de trésors, et les profits qui peuvent en être escomptés. Malgré un avertissement mou sur le caractère illégal des prospections archéologiques sauvages, l’article est à l’évidence une incitation à la chasse au trésor et au pillage des sites. L’auteur oublie de citer la loi du 18 décembre 1989 qui stipule que « nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative », le contrevenant étant passible du Tribunal de Grande Instance ; et il se garde bien de rappeler qu’un objet archéologique séparé de son contexte perd la plus grande partie de son intérêt scientifique. La Compagnie se déclare scandalisée que La Dépêche du Midi se prête ainsi à un jeu qui ne peut que conduire à la dégradation des sites archéologiques et elle espère que le Ministère de la Culture se manifestera auprès de la rédaction du journal.
SÉANCE DU 2 MAI 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mme Cazes, Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Blaquière, Gérard, Gilles, Hermet, Nayrolles, Pradalier, Prin, Roquebert, Tollon, Mgr Rocacher, membres titulaires, M. Costa, membre libre, Mmes Andrieu, Blanc-Rouquette, Pujalte, MM. Bordes, Burroni, Gillis, Testard, membres correspondants.
Excusé : M. Garland.
Le Président souhaite la bienvenue à Mme Nicole Andrieu, nouvellement élue membre correspondant et qui prend séance ce soir, et à M. Georges Costa, qui nous fait l’amitié de venir tout spécialement à Toulouse pour cette séance.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 11 avril dernier qui est adopté après quelques corrections. À propos de l’article de La Dépêche du Midi, Louis Latour indique qu’il a, en son nom propre, adressé un courrier à ce sujet au Service régional de l’archéologie, lequel a transmis l’information à la Sous-direction de l’archéologie en demandant que le Ministère exerce le droit de réponse qui s’impose. Il ajoute que quelques jours après la parution de l’article, un « détectoriste » s’est présenté sur le site de Saint-Martin de Luffiac.
Le Président présente la correspondance manuscrite qui comprend en particulier un courrier du Maire de Toulouse accompagnant le schéma directeur de la ville.
Par ailleurs, notre bibliothèque s’enrichit de deux ouvrages : L’Aubrac, Éditions du Beffroi, 1996, 48 p. (coll. Tourisme et culture en Aveyron et en Lozère) ; Toulouse, sur les chemins de Saint-Jacques. De saint Saturnin au Tour des Corps Saints, Genève-Milan : Skira, 1999, 287 p. Le Président souligne la belle qualité éditoriale de ce dernier ouvrage, qui contraste avec l’absence de cohérence que montre le choix des œuvres présentées dans l’exposition à laquelle il sert de catalogue.
La parole est à Pierre Gérard pour une communication consacrée à des Variations sur un solier :
« On se souvient des observations faites, lors de ma communication du 16 décembre 1997, à propos du vocabulaire de l’habitation et de la fortification dans le Cartulaire de Saint-Sernin . Plusieurs questions visaient l’acte de fondation du castelnau de Grisolles (1155-1156), spécialement le terme » solarium / solerium » employé à deux reprises dans le texte (1).
Que faut-il au juste entendre par » solarium » ?
La meilleure façon d’aborder cette question est de déchiffrer l’une des plus anciennes inscriptions de la Gaule romaine conservée au Musée Saint-Raymond de Toulouse. Cette épigraphe, qui peut être datée de 47 avant notre ère, nous rappelle la construction, par un groupe d’hommes libres et d’esclaves, d’un ensemble cultuel dont les éléments sont énumérés : » …[A]EDEM, BASIM ET SOLARI[UM]… » Si l’accord des traducteurs se fait sur le temple (AEDES) et sur le socle (BASIS) destiné peut-être à une statue ou à une inscription, les avis divergent sur le sens à donner au SOLARIUM. Les uns y voient une » horloge solaire » dont le socle aurait été le support. Les autres pensent au contraire
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à un » espace ouvert » devant le temple pour les cérémonies, rappelant que cette définition est attestée à Rome, en Italie, en Cisalpine, en Afrique proconsulaire et en Espagne (2).
Nous sommes là dans le domaine du latin classique, qui nous propose deux substantifs » solarium « .
1.- Le premier » solarium » est un dérivé de » sol « , le soleil, astre du jour, source de lumière et de chaleur, divinisé en la personne de Phoibos-Apollon. Ce mot désigne en premier lieu un » cadran solaire » (solarium horologium). On le trouve chez Varron (116-27 avant J.-C.), dans le De lingua latina [5,2,52], et chez Plaute (v. 254-184 avant J.-C.) d’après ce que nous apprennent les Noctes Atticae [3,3,35] d’Aulu Gelle (né vers 130). On le retrouve dans le Pro Quinctio [53] prononcé en 81 avant J.C. par Cicéron, qui évoque ainsi le cadran solaire du Forum romain.
Le » solarium » est aussi un » endroit exposé au soleil » : terre-plein, plate-forme, terrasse, balcon. On le rencontre avec ce sens chez Plaute, dans le Miles gloriosus [340, 378], ainsi que chez Suétone [v. 75-v. 160], dans les Vies des Douze Césars : Néron [16] et Claude [10].
2.- Le second » solarium » tire son origine de » solum » qui désigne tout ce qui est plat, que ce soit le fond de la mer ou d’un fossé, ou encore un pavement (marmoreum solum), et par conséquent une assise, un fondement, le sol d’un terrain (solum terrae). De là vient le nom de » solarium » donné à un impôt foncier dans le Digeste publié en 533 sous le règne de Justinien [30,1,39] et sans les Variae de Cassiodore au début du VIe siècle [5,30,6].
D’après le F.E.W. (3), le premier des substantifs » solarium » aurait été formé à partir de l’adjectif » solarius » (= solaire, exposé au soleil), avec les deux sens qui sont les siens depuis Plaute. Toutefois, par suite d’une collision homonymique, ce mot a été pris pour un dérivé de » solum » (= sol, surface plane, aire) et a ainsi acquis une nouvelle signification, celle de » niveau « , de » plan horizontal « . Ce télescopage ne fait aucun doute quand nous constatons que l’ancien français et même l’ancien occitan » solier « , tous deux issus du premier » solarium « , désignent un » niveau » ou » étage » dans une maison.
Déjà, dans son lexique de la latinité, A. Forcellini (4) affirmait que le vocable » solarium » s’était d’abord appliqué à un endroit inondé de soleil au sommet de la maison, telle une terrasse dallée faite pour se chauffer aux rayons de l’astre du jour. Puis, lorsque s’était répandue la mode des toits couverts de tuiles, ce nom avait fini par désigner l’étage supérieur se développant sous la toiture. Mais le latin médiéval avait pour ainsi dire ignoré le sens originel de » toiture en terrasse » pour ne retenir que celui de » niveau de la maison situé sous le toit « . Le glossaire de Du Cange est à cet égard instructif, donnant la définition suivante : » domus contignatio vel cubiculum majus ac superius [tabulatum] » (5), c’est-à-dire » étage supérieur ou vaste chambre haute de la maison [avec un plancher] « . Pour sa part, le lexique de Niermeyer propose le sens d’ » étage, chambre haute, grenier « , tout en ayant soin de rappeler que le latin classique donnait celui de » terrasse » (6).
Il s’agit maintenant de nous reconnaître parmi les différentes définitions du substantif » solarium « , afin de pouvoir en donner l’idée la plus juste à ceux qui auront en main des textes le mentionnant en toutes lettres. Que soient ici remerciés ceux de nos collègues – Henri Gilles, Michel Roquebert, Bruno Tollon, Daniel Cazes, Maurice Scellès et Patrice Cabau – dont les interventions ont été précieuses pour la suite de mon exposé.Comment ne pas commencer par le niveau ou étage supérieur, la chambre haute, l’espace sous le toit ? Les exemples ne manquent pas. Le F.E.W. nous apprend (7) que le vocable » solarium » s’est répandu dès avant 400 dans l’espace germanique. Cette diffusion justifie l’existence de l’ancien bas-francique » solre » désignant la chambre haute sous le toit. De l’époque franque également nous avons une charte du roi Gontran, datée de 577, qui évoque un » solarium cum caminata » (8). Plus tardifs, les actes du concile de Metz de 888 condamnent (art. 8) la déplorable habitude prise par certains prêtres de célébrer la messe » in locis… non consecratis, id est in solariis sive in cubiculis, propter infirmos vel longius iter « . Au XIIIe siècle encore, le Dialogus miraculorum de Christian d’Heisterbach, publié entre 1219 et 1222, évoque une scène aperçue par un clerc : » de fenestra solarii « . C’est aussi le cas de la Chronica majora de Matthieu de Paris (mort en 1259/60), qui évoque un personnage » dormiens in solario quod ecclesiae et cœmeterio imminebat « , ce denier exemple permettant de deviner la situation éminente du local en question.
Certains exemples suggèrent que » solarium » peut aussi désigner le » plafond » ou face inférieure du plancher séparant deux étages superposés, par opposition à la face supérieure dite » soculus « . Ainsi, dans le registre 41 du Trésor des Chartes, il est question de la maison des enfants de Salomon de Melgueil » in quibus sunt tres soculi et tres solarii » (charte n° 88 datée de 1309). De son côté, le registre
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44 mentionne un hôtel » in quo sunt septem stagia inter soculos et solerios » (charte n° 123 datée de 1308). Le sens de » plafond » est exprimé également en italien par le vocable » solaio « , comme nous pouvons le constater dans le Paradis de Dante (chant X, 130) où nous lisons : » Come per sostentar solaio o tetto, per mensola talvolta una figura si vede giunger la ginocchia in petto / Comme pour soutenir un plafond ou un toit, à la place d’une console se voit quelquefois une figure joindre les genoux à la poitrine… » Du plancher séparant deux étages à chaque étage pris séparément la différence s’est atténuée progressivement au point qu’une charte de Saint-Victor de Marseille, datée de 1455, parle d’une maison » de uno solario et medio » couverte de tuiles. Dans tous les cas que nous venons de citer, le substantif » solarium » est un dérivé de » solum » (= sol, fondement, base) qui a fini par être confondu avec le dérivé de » sol » (= soleil).
Le soleil est évidemment de la partie lorsqu’il s’agit d’un grenier ou d’un fenil exposé à ses rayons, soit au-dessus de l’habitation ou des étables, soit dans un bâtiment spécial. Dans une charte du Cartulaire de Béziers datée de 1043 (n° 84 de l’édition de J.-B. Rouquette), nous nous trouvons en présence d’un manse » cum solario et cum ipsas mansiones ab ipsa curte et cum ipso orto que ad ipsum mansum pertinet » : il s’agit d’un ensemble comprenant vraisemblablement un grenier et des bâtiments d’habitation distribués autour d’une cour, ainsi qu’un jardin. C’est d’un autre grenier qu’il est question dans un acte du tribunal épiscopal d’Elne des environs de l’an 1000 rappelant un don fait par le chanoine Auriol à ses confrères de la cathédrale (n° 158 du tome V de l’Histoire générale de Languedoc, édition Privat) : » constituit alodem suum…id est solario cum curte et clauso, et cum ipsa fexa de terra qui ibidem est… « . Parfois, le » solarium » est assimilé à un cellier, comme il est dit dans les Gesta Aldrici episcopi Cenomanensis (édités par Baluze, Miscellanea, t. 8, p. 7) : » eisque suam domum, in qua manerent, et solarios sive cellaria et alia aedificia, quae as suum opus habebat, tradidit « .
Des précisions nous sont données par le registre d’inquisition de Jacques Fournier (9). À Montaillou, village ariégeois, le » solarium » se développait au dessus du rez-de-chaussée (sotulum) réservé à l’habitation. On y accédait par un escalier (per scalare) dont la porte (hostium) donnait sur la cour (versus curtim), près du colombier (columbarium), ou s’ouvrait dans le cellier (cellarium). L’étage était occupé par une grande salle (aula solarii) éclairée au moins par une fenêtre (fenestra) et possédant un endroit pour faire du feu (ignis). On y conservait des victuailles comme des miches de pain (placentas) ou des ustensiles tel un pot d’étain (potum de stagno). Quoi qu’il en soit, le » solarium » semble avoir joué un rôle important durant la période cathare, servant aussi bien de salle pour les réunions que de cachette pour les fugitifs (10).
Le niveau supérieur peut faire saillie sur la rue. Dans ce cas, le vocable » solarium » désigne un balcon, une galerie ouverte, un lieu où l’on jouit du soleil. Le sens de » balcon en encorbellement au-dessus du portail, adossé à la grande salle en pierre du premier étage » se dégage de l’article 157 des coutumes de Toulouse rédigées en 1286, où nous pouvons lire : » quod usus et consuetudo est Tholose quod, si aliquis juxta aulam lapideam ex parte carrerie solarium de novo edificare seu construere voluerit in quo solarium ante non erat, trabes cujus solarii exirent supra carreriam ultra unum palmum (224 mm), quod trabes illius solarii de novo edificati vel edificaturi non debent exire de portale nisi unum palmum « (11). Il s’agit d’une construction reposant sur des poutres dont l’avancée sur la rue est strictement réglementée.
Du bâtiment passons au terrain à bâtir dénommé » solar » dans le Diccionario ideológico de la lengua española de Julio Casares (p. 778). Dans une charte du roi aragonais Sancho Ramirez, datée de 1090, il est question d’un don portant sur » unum…solarem, ut ipsi se adoptaverint, in quo possint facere bonas casas ad habitandum » (12). Par assimilation à » solar « , le substantif » solarium » a fini par prendre le sens de » terrain susceptible de servir d’assise à un édifice nommé solarium « . C’est avec ce sens qu’il faut entendre le » solarium Rogerii Nigri quod est juxta domum Aldra » cité dans une charte de Guilhem V de Montpellier, datée de 1108. La même définition est à donner au » solarium Arnaldi de Scans » mentionné dans un dénombrement d’août 1156 (Cartulaire de Saint-Sernin, éd. de P. et T. Gérard, n° 500). Mais l’exemple le plus éloquent est celui qui nous est donné par l’acte de fondation du castelnau de Grisolles en 1155-1156. La partie principale de l’enceinte habitée est répartie en trois terrains à bâtir réservés en propre aux pariers chargés d’assurer la sécurité. L’un de ces terrains est un » solerium » appartenant à l’abbé de Saint-Sernin de Toulouse, » in quo fuerat solarium suum vetus « . Une distinction est faite entre la parcelle de terre ( » solerium » dérivé de » solum « ) et le bâtiment qui s’y trouve ( » solarium » dérivé de » sol « ). Rien ne souligne mieux l’intérêt de ce document (Cartulaire de Saint-Sernin, éd. de P. et T. Gérard, n° 106).
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Un autre sens est à étudier : celui de surface plane, horizontale, plus ou moins surélevée, telle qu’une tribune, une estrade ou une plate-forme. Ainsi, dans l’église Santa Chiara de Rimini, il y avait » quodam solarium pro choro, in quo more sanctimonialium horas diurnas et nocturnas dicerent ac missas ac alia divina officia, quae in ecclesia decantarentur, audirent » (13). Le solarium dont il est ici question ne peut être qu’une estrade dressée pour servir de chœur aux moniales durant les offices.
Une dernière signification est suggérée par l’inventaire manuscrit du trésor du Siège apostolique rédigé en 1295 : » unam cassam argenti factam ad modum arche cum diversis imaginibus animalium et avium elevatis, et habet fundum seu solarium in medio, et de subtus in solario sunt tres cassete parve de argento, que extrahuntur de ipsa per partem anteriotrem cum tribus annulis » Le reliquaire d’argent en forme d’arche mentionné dans l’inventaire comporte, sous le portique cintré, un espace surélevé compartimenté (solarium) où sont logés trois coffrets contenant les reliques. Le solarium du reliquaire est ainsi comparé à l’étage supérieur d’une maison divisée en diverses pièces.La courte intervention que je viens de faire n’a pas d’autre but que d’appeler l’attention sur le délicat problème posé par l’interprétation des termes techniques se trouvant dans les documents que nous avons à étudier. Un simple vocable comme solarium peut avoir un sens variant selon le contexte où il est employé. Tout nous recommande la prudence en ce domaine. Nous pouvons néanmoins avoir recours à des ouvrages spécialisés, tel celui de V. Gay qui fait autorité : Glossaire archéologique du moyen-âge et de la renaissance, 2 vol. (Paris, 1882 et 1928).
Pierre GÉRARD »
1. Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse publié par Pierre et Thérèse GÉRARD, Toulouse, Amis des Archives de la Haute-Garonne, 1999, t. II, vol. 1, p. 663-667.
2. Voir Palladia Tolosa. Toulouse romaine, catalogue de l’exposition organisée au Musée Saint-Raymond de Toulouse de novembre 1988 à mars 1989, Toulouse, décembre 1988, n° 5, p. 15, n. 3. Voir aussi Michel LABROUSSE, Toulouse antique…, Paris, E. De Boccard, 1968, p. 211 et n. 713.
3. Walter von WARTBURG, Französisches Etymologisches Wôrterbuch…, t. 12 (Bâle, Zbinden Druck und Verlag A.G., 1966), p. 38.
4. Totius Latinitatis Lexicon opera et studio A. FORCELLINI lucubratum, Prati, éd. De Vit, 1856-1875).
5. Du CANGE, Glossarium mediae et infimae latinitatis…, t. VII (Niort, L. Favre, 1886), p. 511.
6. J. F. NIERMEYER, Mediae latinitatis lexicon minus…, Leiden-New York-Köln, E. J. Brill, 1993, p. 976.
7. Walter von WARTBURG, op. cit., p. 38.
8. Gallia christiana,t. IV, Instrumenta, col. 222.
9. Le Registre d’Inquisition de Jacques FOURNIER, évêque de Pamiers (1318-1325), ms n° 4030 de la Bibliothèque vaticane, édité par Jean DUVERNOY, Toulouse, 1965, 3 vol., avec les Corrections publiées en 1972.
10. Idem, p. 321, 494, 928, 934, 1085, 1132, 1133.
11. Henri GILLES, Les coutumes de Toulouse (1286) et leur premier commentaire (1296), Toulouse, Académie de Législation, 1969, titre De edificiis et bastimentis, art. 157, p. 148.
12. Citée dans l’Historia Pinnatensis, livre 3, chap. 9.
13. Voir Mgr V. GARAMPINELLE, Memoriales ecclesiastices della Beata Chiara da Rimimi (d’après une bulle de Grégoire XI).
Le Président remercie Pierre Gérard d’avoir su nous présenter avec autant de limpidité les différentes acceptions du mot solarium.
Henri Gilles confirme que le terme est un vrai casse-tête quand on le rencontre dans les coutumes méridionales, qu’il a beaucoup fréquentées, et qu’il est toujours difficile à interpréter. Le même texte peut d’ailleurs employer le mot solarium avec deux ou trois sens différents. Dans le cas des coutumes de Toulouse le sens du texte situe bien le solarium en hauteur, sans que l’on puisse savoir cependant s’il s’agit de galeries ou d’étages supérieurs. Michel Roquebert évoque à son tour les maisons de Montaillou où, avec une quarantaine de mentions, le solarium est aussi bien un niveau dans lequel on rentre directement par la porte ou auquel on accède par un escalier ; ce sont ici des pièces d’habitation où l’on mange et où l’on dort et qui sont munies de fenêtres. Maurice Scellès note que les mêmes sens multiples se rencontrent en Italie comme le montre l’excellent glossaire établi par Amedeo Benati pour Bologne (I portici di Bologna e l’edilizia civile medievale, Bologne : Grafis Edizioni, 1990, p. 334-338).
Daniel Cazes rappelle que dans un contexte monastique, le mot a fréquemment le sens d’infirmerie ou de galerie. Maurice Prin rappelle que Bernard Guy mentionne, à propos du couvent des Jacobins de Toulouse, une galerie couverte au-dessus de laquelle se trouve un solarium où se rendent les scribes pour travailler.
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Louis Latour fait état d’un belle maison à colombage de Saint-Sulpice-sur-Lèze, qui possède un local contigu, dépourvu de hourdis, que les gens du pays appellent « le solarium ». On ne sait cependant si l’appellation est ancienne.
Michel Roquebert se demande si les patronymes tels que Solar ou Soulier ne pourraient dériver de solarium avec le sens de « ceux qui habitent au-dessus », tandis que les Soutous pourraient correspondre à ceux qui sont « au-dessous ».
Georges Costa présente une communication sur L’œuvre de Pierre Souffron au Pont Neuf à Toulouse, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie Georges Costa pour cette évocation très vivante d’un chantier dont les aléas ont peu à envier à nos pratiques contemporaines. Jean Coppolani félicite Georges Costa de toutes les précisions qu’il apporte à l’étude déjà ancienne de René Lotte, en faisant en outre apparaître que Souffron intervient en fait très longtemps dans la construction du Pont Neuf. Comme il souligne la nouveauté que représentait un pont sans maisons, Georges Costa dit que Souffron a peut-être été influencé par le parti retenu pour le Pont Neuf à Paris.
Louis Latour note que l’adjudication remportée par Souffron devait sans doute prévoir que les dégâts occasionnés par les crues éventuelles seraient à la charge du soumissionnaire. Georges Costa le confirme en ajoutant qu’il a cependant constaté que la commission avait toujours manifesté de la compréhension devant les difficultés rencontrées par les entrepreneurs. Souffron a d’ailleurs été obligé à contracter des emprunts considérables et n’a finalement reçu le solde des sommes dues qu’en 1630. Louis Latour demande si les États du Languedoc ne s’étaient pas mis en tort en n’effectuant pas le premier versement prévu par le bail. Georges Costa précise que pour permettre la poursuite du chantier, la commission du Pont Neuf a procédé à trois versements de 12 000 livres, mais que le règlement définitif a achoppé sur l’estimation des travaux ; trois expertises successives ont été diligentées, ce qui explique que le reliquat n’ait été soldé qu’en 1630.
Daniel Cazes dit avoir découvert un aspect méconnu du projet de reconstruction du Pont Neuf, avec les canalisations hydrauliques que Souffron prévoyait d’intégrer à son ouvrage, ce qui supposait sans doute la remise en service de l’aqueduc romain. Georges Costa et Jean Coppolani rappellent que René Lotte avait signalé un bassin sur la rive droite et Georges Costa indique que l’adduction d’eau apparaît aussi dans les contrats concernant le projet de Lemercier. Michel Roquebert fait remarquer qu’il y avait une difficulté à combiner le passage de l’eau et un profil en dos d’âne, et Olivier Testard note que c’est peut-être la raison qui a fait considérer que la première arche était trop haute. Le Président ayant demandé si l’on connaissait d’autres exemples de ponts-aqueducs, Daniel Cazes cite les projets de Tarragone et de Rome. Michel Roquebert voudrait savoir si l’on ne pouvait avoir recours à une pompe et Georges Costa rappelle l’installation de celle de la Samaritaine à Paris.
Après avoir souligné que Georges Costa était aujourd’hui le meilleur connaisseur de Pierre Souffron, Bruno Tollon demande si l’architecte a complètement abandonné Toulouse après ses déconvenues dans les travaux du Pont Neuf, ou bien s’il a continué à travailler pour la clientèle privée. Georges Costa répond qu’il a poursuivi son activité à Toulouse et que d’ailleurs il travaillait encore au Pont Neuf, sous la direction de Lemercier, dans les années 1621-1622. Il lui paraît clair que Souffron a rêvé d’être celui qui achèverait le Pont Neuf de Toulouse.
Le Président demande si l’on peut rêver de disposer de la biographie de Souffron : Georges Costa proteste de la trop grande amabilité de Bruno Tollon et avoue n’avancer que très lentement.
SÉANCE DU 16 MAI 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Lapart, Nayrolles, Pradalier, Prin, Roquebert, Tollon, membres titulaires, Mmes Andrieu, Pujalte, MM. Bordes, Boudartchouk, Burroni, Ginesty, Hamon, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Directeur, Mmes Cazes, Napoléone.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 2 mai 2000, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite : M. Laurent Macé, maître de conférences à l’Université de Toulouse-Le Mirail nous adresse sa candidature au titre de membre correspondant.
Deux dons viennent enrichir notre bibliothèque :
– de Jacques Lapart, son article « Têtes gallo-romaines en marbre récemment découvertes dans le Gers », extrait d’Aquitania, t. 15 (1997-1998), p. 229-344 ;
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– de François Bordes le coffret-catalogue de l’exposition Cité Mémoires, qui est présentée aux Archives municipales de Toulouse.
Notre confrère fait une présentation des différentes manifestations qui accompagneront tout au long de l’année cette exposition. Le Président souligne la qualité de la mise en scène de cette exposition par ailleurs très « décoiffante ».
Après l’avoir félicité pour sa toute récente élection à l’Université de Paris IV-Sorbonne, félicitations qu’accompagnent le regret de le voir nous quitter et l’espoir de liens pas tout à fait rompus, le Président donne la parole à Étienne Hamon pour une communication consacrée aux Villages désertés de l’Aubrac :
« Les mas désertés de l’Aubrac médiéval : bilan provisoire d’une recherche collective
Problématique et méthodologie
Situé aux confins des départements de l’Aveyron, de la Lozère et du Cantal, l’Aubrac est formé par la plus méridionale des coulées volcaniques du Massif Central. Malgré un environnement naturel hostile à l’homme, ce plateau dont la partie centrale oscille entre 1100 et 1450 m d’altitude constitue un terrain de recherche privilégié pour l’archéologie extensive. La très faible densité humaine, le relief peu découpé, la modestie du couvert forestier et la prédominance de la prairie naturelle permettent de repérer aisément en prospection aérienne des vestiges d’habitat souvent bien conservés.
Le nombre élevé de structures inventoriées à ce jour offre ainsi du peuplement de l’Aubrac aux périodes anciennes un visage qui contraste singulièrement avec l’actuel, dont les textes nous assurent qu’il n’a que très peu évolué depuis la fin du Moyen Âge. Ces ruines parfois spectaculaires ont été signalées par les érudits dès le milieu du XIXe siècle (1), et n’ont depuis cessé d’être évoquées dans les ouvrages historiques, ethnologiques ou touristiques sur la région. Mais les rares investigations ayant donné des résultats exploitables ont porté jusqu’à présent sur les vestiges les plus faciles à interpréter, ceux de l’époque gallo-romaine. Ainsi la station d’Ad Silanum, mentionnée sur la Table de Peutinger sur le tracé de l’antique voie Lyon-Toulouse, et le fanum, des rives du lac de Saint-Andéol (2) ont-ils fait l’objet de rapides sondages dans les années 1950.
Pour les autres sites, de loin les plus nombreux, les incertitudes de datation n’ont été levées que très récemment. Car en dépit, parfois, de fouilles énergiques livrant un peu de mobilier (3), l’interprétation de ces ruines relevait invariablement du lieu commun : ces habitats étaient soit des « villages gaulois », soit des « villages de la peste ». L’un des apports essentiels du projet collectif de recherche lancé en 1994 pour étudier, dans leur diversité, les formes de l’habitat médiéval sur l’Aubrac (4) a donc été de mettre en évidence une densité inattendue de sites datables des XIe–XIIe siècles, chronologie dont l’hypothèse n’avait jamais été formulée auparavant.Le cadre géographique de ce projet est celui des domaines possédés sous l’Ancien Régime par l’hôpital d’Aubrac, monastère dont la fondation sur le site éponyme de la région dans les années 1120 livre en quantité suffisante les premiers documents permettant d’écrire l’histoire locale. Ces limites englobent une aire d’étendue significative – environ 200 km2 – puisque la seigneurie des chanoines réguliers s’étendait sur tout le sud du plateau, de part et d’autre de la forêt d’Aubrac. Mais dès les premières prospections, des incursions sont apparues nécessaires dans les fiefs limitrophes où l’on constate les mêmes manifestations archéologiques. Les fortes présomptions pour que les sites découverts soient antérieurs à l’installation des religieux justifiaient que les limites prédéfinies fussent dépassées (5).
Le mas et la maison de l’Aubrac médiéval
L’habitat temporaire
Au terme de six saisons de prospection, le bilan du volet du P.C.R. consacré à l’habitat déserté des sommets du plateau est particulièrement riche. Le plus grand nombre des vestiges relevés témoigne de structures temporaires qui se présentent sous la forme de cavités rectangulaires d’environ 10 m sur 5, limitées par des bourrelets de terre, parallèles à la pente et présentant une entrée sur le petit côté aval. Il n’est guère de montagne qui ne possède une ou plusieurs de ces dépressions, souvent regroupées en
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Le mas
Un autre type de vestiges retient davantage l’attention. Il s’agit de bâtiments distincts des précédents par leurs dispositions et leurs techniques de construction plus élaborées. L’analyse de l’ensemble des données les concernant invite à les interpréter comme des vestiges d’habitat permanent du Moyen Âge. Quinze sites de cette nature, parfois perturbés par des traces de mazucs, ont été repérés dans la zone du plateau située au-dessus de la courbe des 1100 m d’altitude et dans un rayon de 10 km autour du village de Nasbinals. Depuis 1999 l’un des sites de la montagne des Inguillens (Condom-d’Aubrac), Cantegal, fait l’objet d’une fouille programmée.
Les dispositions générales de ces ruines sont très changeantes quant au site, au type de regroupement et au plan d’ensemble. Certaines sont dans des vallons (Foun-Bello, les Places-Hautes) quand d’autres occupent des hauteurs (Le Barthas de Bor), des terrasses (la Baysse-Haute, la Bessière) ou des versants dominant de vastes étendues (Le Barthas de Montorzier, Cantegal). Les bâtiments sont par conséquent implantés soit sur des replats, soit perpendiculairement ou parallèlement à une pente légère. Les « villages » comportent un nombre de structures qui varie de l’unité à la trentaine. Toutes ces agglomérations sont ouvertes, sans schéma directeur apparent et s’organisent autour de voies de circulation et d’espaces communs peu structurés.La maison
Les bâtiments présentent des dispositions plus stables. La forme la plus caractéristique est rectangulaire allongée, de 7 à 9 m sur 15 à 20 m hors d’œuvre comportant une ou deux entrées sur un grand côté. Ce type de bâtiment se rencontre régulièrement associé à des constructions de module plus trapu, séparées ou formant retour d’équerre, ou bien à des enclos.
Les techniques de construction se caractérisent par un usage systématique de la pierre. L’appareillage des murs est fonction de l’implantation de la maison et du matériau disponible sur place. En règle générale on a utilisé des blocs de pierre volcanique ou de granite affleurant à proximité ou prélevés lors du dégagement de l’humus et du nivellement du substrat géologique qui sert de niveau de circulation. La mise en œuvre présente un moyen appareil de moellon, de module hétérogène, monté sur deux parements avec un blocage interne de terre et de cailloutis. La première assise est posée à même le substrat. Lorsque l’installation a nécessité un décaissement important du terrain, les murs soutenant la terre ont été montés sur un seul parement intérieur avec des blocs de grand module à la base. Au Barthas de Bor (= Le Peyrou), les constructeurs ont utilisé les prismes basaltiques du site, tronçonnés et mis en œuvre sous forme de parpaings formant un étonnant appareil polygonal.
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MONTAGNE DE BOR (MARCHASTEL, LOZÈRE) : plan schématique des ruines du site du Barthas de Bor (alias le Peyrou).
Dessin Christine et Francis Dieulafait.Les murs devaient à peine dépasser les niveaux que certains bâtiments conservent encore, soit 1,5 m de haut. Ils portaient sans doute une charpente à deux pentes dont il n’a pu être observé aucun système d’assemblage ou d’ancrage au sol ou dans les maçonneries. La couverture faisait appel principalement à des matériaux périssables, mais les maisons du versant aveyronnais de l’Aubrac ont pu très tôt connaître la lauze associée au chaume de seigle ou aux plaques de gazon. Les fragments de schiste qui parsèment les niveaux d’abandon des maisons des Inguillens proviennent peut-être des carrières exploitées dès le XIIIe siècle à Condom-d’Aubrac, à 2 km de là.
Les rigueurs du climat ont encouragé la mise au point de dispositifs de protection contre les intempéries. Les portes, ouvertes à l’abri des vents dominants qui soufflent du nord et de l’ouest, sont précédées de murets qui dessinent une sorte d’entonnoir ou de coude en soutenant un amas de terre. De très rares et petites fenêtres pouvaient éclairer l’intérieur, mais elles n’ont laissé aucune trace.
La plupart de ces maisons longues étaient subdivisées en 2 ou 3 pièces par des cloisons légères en bois ou, en cas de dénivellation importante entre les parties amont et aval, par des murs de refend permettant de disposer de surfaces horizontales en enfilade (Places-Hautes ; Barthas). Ces pièces possédaient une ouverture indépendante vers l’extérieur tout en communiquant entre elles.L’étude des aménagements des sols et des formes des ouvertures fournit des indices pour identifier les fonctions des différents espaces. La façade principale des maisons est souvent percée de deux portes de dimensions distinctes séparées par un trumeau de quelques mètres : l’une, correspondant en général à la partie amont du bâtiment, est large d’1 m environ ; l’autre mesure autour d’1,5 m.
La première donne sur une pièce dont le sol en terre battue est parfois doté d’un caniveau aménagé avec des pierres de chant servant à drainer les eaux de ruissellement vers le seuil (les Places-Hautes). Un foyer occupe le centre de la pièce (Cantegal), duquel la fumée s’évacue par une cheminée sans doute en matériaux légers suspendue au toit. Des placards en pignon ou des banquettes constituent les seuls aménagements muraux. L’ensemble de ces données désignent la partie habitation de la maison,
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MONTAGNE DE BOR (MARCHASTEL, LOZÈRE) : détail d’un bâtiment du site du Barthas de Bor.
Cliché Étienne Hamon.MONTAGNE DES INGUILLENS (CONDOM-D’AUBRAC, AVEYRON) : maison du site de Cantegal en cours de fouille.
Cliché Laurent Fau, juillet 1999.
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défendue contre l’intrusion des animaux par une porte étroite.
La porte la plus large ouvre sur une pièce de dimensions supérieures à la précédente dont le sol est soigneusement pavé. La rareté du mobilier de fouille milite contre une fonction résidentielle. L’aménagement du sol, comparable à celui des étables traditionnelles de l’Aubrac, nous oriente vers un usage pour la stabulation : le piétinement des animaux rend en effet indispensable un tel dallage. La découverte aux Places-Hautes de dents de jeunes bovins et la dimension de la porte viennent conforter cette interprétation.
MONTAGNE DES PLACES-HAUTES (NASBINALS, LOZÈRE) : plan des bâtiments de la ferme médiévale. Dessin Laurent Fau.
Conclusions
Cette enquête a mis en évidence un type relativement stable d’habitat dont l’unité de base est la maison mixte allongée où cohabitent les hommes et les animaux. On connaît cette disposition dans plusieurs régions de l’Europe médiévale où la nature du sol a favorisé l’élevage (Bretagne, îles britanniques) et la rigueur du climat le rapprochement des hommes et des bêtes ; mais les maisons de l’Aubrac se distinguent des autres par leurs grandes dimensions, par l’emploi exclusif de pierre dans la construction des murs et par les aménagements liés aux spécificités du climat montagnard. L’Aubrac a pratiqué cette forme de construction jusqu’au XIXe siècle ; au fil du temps se sont ajoutés des ouvertures (fenêtres), un niveau supplémentaire et une couverture en lauze.
Ces unités d’exploitation forment des fermes isolées ou bien se groupent en hameaux comptant jusqu’à une dizaine de feux. Leur implantation tient compte de l’activité pastorale dominante qui privilégie la surveillance des troupeaux par rapport à l’agrément de l’exposition. Dans tous les cas, pourtant, la présence de cultures – légumineuses et céréales – fait peu de doute. Elle est ponctuellement attestée par l’existence de fours à pain individuels. Des annexes à la maison servent au stockage des outils ou des récoltes.
Les sondages effectués sur une dizaine de bâtiments répartis sur cinq sites (6) ont livré une céramique commune grossière à pâte sombre et un abondant mobilier métallique (lames de couteaux à soie, clous et fers à équidés) qui atteste de la relative opulence de ces habitants. Les techniques (cuisson réductrice et gros dégraissant) et les formes (fermées) peu caractérisées de la céramique – a fortiori pour les fusaïoles d’instruments à filer ou à tisser –, qui jadis orientaient les archéologues vers les périodes protohistoriques, interdisent une datation plus serrée que la fourchette XIe–XIIIe siècles. Cette incertitude a été partiellement levée par des analyses du radiocarbone d’échantillons de charbon de bois. Les datations obtenues révèlent, à chaque fois, un pic de probabilité de la dernière occupation autour des années 1100 (7).En mettant en évidence l’importance numérique des mas désertés du milieu du Moyen Âge sur l’Aubrac, le P.C.R. soulève plus d’interrogations qu’il n’en résout et bien des hypothèses attendent encore confirmation.
Il reste à affiner la datation précise de chacun de ces sites pour déterminer leur chronologie relative. Malgré leur appartenance commune aux XIe–XIIIe siècles, leur occupation n’a pas été nécessairement synchrone. Faute de textes, le contexte historique et les motivations de cette colonisation de zones réputées hostiles à l’homme nous échappent. On ne peut également qu’entrevoir,
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grâce à la palynologie, la physionomie d’un paysage composé de landes et de bois déjà clairsemés depuis les grands défrichements antiques.
L’archéologie suggère des durées d’occupation assez courtes pour n’avoir suscité aucun réaménagement significatif des structures. L’abandon massif qui a suivi demeure pareillement inexpliqué en l’absence d’indices archéologiques de destruction violente ; il s’inscrit de surcroît dans un mouvement général de poussée démographique. Plutôt que d’incriminer les nouveaux maîtres du sol, les monastères, et leur appétit de terre, on peut penser que l’installation des moines a été facilitée par ces désertions. On observe en effet un décalage d’un siècle au moins entre les abandons et la mise en valeur du plateau par un système de granges monastiques puis d’estives ouvertes à la transhumance lointaine. La réorganisation de l’habitat s’est faite dans le cadre des seigneuries laïques, celle des barons de Peyre notamment, sans que les castra de la région comme Marchastel n’en profitent réellement.
Les recherches s’orienteraient donc vers un rééquilibrage spontané, peu de temps après une vague de colonisation imprudente, au profit de sites plus favorables climatiquement, rééquilibrage qui entraîna la disparition de l’église paroissiale de Saint-Andéol près du lac du même nom. Les plateaux de Haute-Auvergne semblent avoir connu des phénomènes comparables (8).
Les données disponibles font déjà apparaître, sur les hauteurs de l’Aubrac, un très fort coefficient de disparition. Une dizaine au moins de mas ont été désertés sur l’étendue de la seule commune de Nasbinals qui aujourd’hui ne compte pas davantage de hameaux, tous concentrés dans la zone la plus clémente du finage. Mais la liste des sites repérés est loin d’être close. La concordance entre les toponymes actuels des montagnes qui abritent de tels vestiges et certains lieux-dits énumérés dans les dénombrements du XIIIe siècle (Montorzier, la Bessière, la Baysse, Tournecoupe… ) permet d’espérer de nouvelles découvertes dans les zones correspondant à la quarantaine de toponymes qualifiés de « mas » dans les reconnaissances féodales de la fin du Moyen Âge qui perpétuent le souvenir de la conjoncture démographique du siècle de l’an Mil (9).Étienne HAMON »
1. Dr. PRUNIERES, « Notes sur quelques découvertes archéologiques faites dans les montagnes d’Aubrac (Lozère) », dans Revue archéologique du Midi de la France, vol. 11, n° 2, 14e livraison, 1867, p. 17-30 ; Louis de Malafosse. « Note sur les ruines présumées gauloises de l’Aubrac », dans Congrès scientifique de France, 40e cession (Rodez), t. II, 1874. p. 49-52.
2. Communes de Nasbinals et de Marchastel (Lozère).
3. Le docteur Prunières, op. cit. et L. MALAFOSSE, Le pays d’Aubrac et le plateau des lacs. Toulouse, 1901, p. 21, évoquent brièvement les « fouilles » qu’ils ont réalisées sur ces sites.
4. Lancé en 1994, le P.C.R. intitulé « Approches de l’habitat et de l’activité économique en moyenne montagne : les dépendances de la domerie d’Aubrac » associe des historiens, des archéologues, des historiens d’art et des chercheurs en paléo-environnement. Il est coordonné par Laurent Fau, ingénieur d’études au S.R.A. Midi-Pyrénées. Un premier bilan de ce P.C.R. a été dressé en 1997 : « Approches de l’habitat médiéval en moyenne montagne : le plateau de l’Aubrac », dans Ruralia H, actes du colloque tenu à Spa (Belgique) en septembre 1997, p. 126-139 (Pamatky archeologické – Supplementum 11, Prague, 1998). Une synthèse de ces recherches est en cours de publication.
5. Le champ d’étude se concentre sur les actuelles communes de Condom-d’Aubrac, Saint-Chély-d’Aubrac, Prades-d’Aubrac, Aurelle-Verlac, Recoules-d’Aubrac, Nasbinals, Marchastel, Malbouzon.
6. Le Barthas de Montorzier et les Places-Hautes (Nasbinals) ; Roc-Guiral et Cantegal (Les Inguillens, Condom-d’Aubrac) ; Tournecoupe (Prades-d’Aubrac).
7. Références des analyses pour Roc-Guiral et Cantegal : Ly-9043 ; Ly-8740 et Ly9592.
8. Un P.C.R. coordonné par Jean-Luc Boudartchouk est actuellement en cours pour étudier ce phénomène.
9. Voir par exemple un acte de 1266 publié par J.-L. RIGAL et P.-A. VERLAGUET dans Documents sur l’ancien Hôpital d’Aubrac, t. 1, Rodez, 1913-1917, p. 141-144.
Le Président remercie Étienne Hamon de nous avoir présenté ces très étonnantes recherches sur un Aubrac densément peuplé en les illustrant de photographies très éclairantes, et il s’enquiert de la durée du programme en cours. Étienne Hamon indique que le P.C.R. (Programme Collectif de Recherche) est né en 1994 et que depuis 1999 sont engagées des fouilles programmées trisannuelles dont on espère qu’elles seront reconduites afin de pouvoir mener à bien une fouille assez complète de l’un de ces ensembles ; une publication d’étape est prévue.
À la suite d’une autre question du Président, Étienne Hamon indique que l’occupation a sans doute été intensive, mais que le sol très acide en conserve très mal les traces. Les seuls vestiges organiques retrouvés sont quelques fragments de charbon de bois et quelques ossements : il faudra étendre la fouille à l’extérieur des bâtiments.
Maurice Scellès ayant demandé si aucune indication sur les charpentes n’avait été reconnue, Étienne Hamon rappelle que les sondages n’ont été pratiqués que sur des surfaces très réduites et que les murs n’ont pour l’instant pas révélé de traces d’ancrage des pièces de bois.
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Jean Nayrolles demande à quel moment apparaissent les grandes transhumances. Étienne Hamon indique que des transhumances de longue distance entre le Quercy, le Bas-Languedoc et l’Aubrac sont connues à la fin du Moyen Âge, ce qui expliquerait les habitats temporaires, mais on sait que la transhumance était pratiquée au moins depuis l’Antiquité. Les transhumances de la fin du Moyen Âge sont organisées par les nouveaux propriétaires, et, s’il est possible d’imaginer que les habitats de la période antérieure soient des habitats temporaires bâtis en dur et accompagnés, par exemple, de bâtiments pour la fabrication des fromages, comme c’est le cas au XIXe siècle, l’hypothèse qui prévaut actuellement est celle de villages liés à une activité agro-pastorale.
Jean Nayrolles évoque ensuite ses souvenirs de promeneur très impressionné par la voie romaine conservée dans les forêts de l’Aubrac et son effarement de l’avoir vue quelques années plus tard complètement défoncée. Étienne Hamon explique que le très bon état de la voie était dû au fait qu’elle était toujours empruntée par les troupeaux qui, au contraire, se dispersaient sur les plateaux. Il ajoute que les destructions sont le fait des engins qui les utilisent aujourd’hui : le collectif de recherche a demandé à l’O.N.F. de placer des rochers pour imposer aux engins le contournement des tronçons subsistants… sans grand résultat, alors que Daniel Schaad, du Service régional de l’archéologie, a procédé a une coupe qui a parfaitement confirmé que la voie était romaine. Pour Jean Nayrolles, le site mériterait d’être classé.
[ Au moment de mettre sous presse, nous prenons connaissance d’un texte du XIIe siècle, tiré du livre des Miracles de Notre-Dame de Rocamadour, qui met en scène un paysan de l’Aubrac défendant contre des pillards sa chaumière, ses récoltes et ses bêtes :
« Bernard, de l’Hôpital d’Aubrac, au diocèse de Rodez, était assiégé dans sa petite demeure par des soldats et des chevaliers pillards qui voulaient lui prendre ses biens. Ces biens, il les avait acquis par son travail : la terre féconde lui donnait d’abondantes récoltes, ses bestiaux lui fournissaient la nourriture et le vêtement. Il ne cherchait à faire tort à personne et vivait simplement sur son petit domaine ; mais quand il se vit ainsi attaqué, il fit de son mieux pour se défendre et conserver son avoir. Alors, les bandits retirent du toit de chaume une grosse quantité de paille, l’entassent à la porte de l’humble demeure et y mettent le feu. La chaumière brûle, le paysan et sa petite famille sont déjà torturés par la chaleur et par la fumée, ses bêtes mugissent, se démènent, rompent leurs attaches. Voyant enfin qu’il lui est impossible de résister, car personne ne lui viendra en aide, il implore le secours de la Bienheureuse Vierge et fait vœu d’apporter une maison de cire à son église de Rocamadour. Aussitôt, comme sur l’ordre de Notre-Dame, les bandits se retirent, sans avoir achevé leur méchante action, et le paysan put débarrasser des flammes son toit à demi brûlé. C’est ainsi qu’avec l’aide de sa Libératrice, il sauva sa cabane et tout ce qu’il possédait. »
Extrait de : Les miracles de Notre-Dame de Rocamadour au XIIe siècle, édité par Edmond Albe, Paris : 1907, réédition complétée par Jean Rocacher, Toulouse : Le Pérégrinateur, 1996, p. 189. ]
La parole est alors à Jacques Lapart pour une communication sur Le décor marmoréen de la villa de Séviac d’après des documents inédits, publiée dans ce volume (t. LX, 2000) de nos Mémoires.
Le Président remercie Jacques Lapart de nous avoir ainsi montré que la villa de Séviac possédait comme les autres villae romaines un important décor de marbre.
Henri Pradalier voudrait savoir à quelle période doivent être assignés ces décors de marbre. Jacques Lapart indique que depuis une dizaine d’années la tendance est de les dater des IVe–Ve siècles, alors qu’ils étaient datés plus tardivement jusque-là. Il faut considérer que le décor de marbre accompagne les mosaïques que Catherine Balmelle situe prudemment au plus tôt au IVe siècle, et personne n’hésite plus aujourd’hui à dater du Ve siècle certains de ces aménagements somptueux.
Au titre des questions diverses, Marc Salvan-Guillotin présente une nouvelle découverte de peintures murales dans l’église Saint-Martin d’Antist (Hautes-Pyrénées) (1) :
« En 1990, la dépose du retable majeur du XVIIIe siècle de l’église d’Antist avait laissé apparaître un décor peint recouvrant le mur de l’abside (2). Datable des années 1560, cet ensemble fut restauré en 1995. Le cycle fut alors visible dans sa quasi-totalité, à l’exception des extrémités basses nord et sud occupées par des bancs de chœur. Déposées au printemps 1998 afin d’être restaurées, ces boiseries ont enfin livré leurs secrets, pour peu de temps néanmoins : les obligations de la conservation ont
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poussé à les remettre en place, dissimulant à nouveau les peintures murales, qui ont toutefois été fixées. Cette « mise au jour éclair » a cependant permis une vision globale des peintures conservées à Antist, toute nouvelle découverte semblant exclue dans cette église, les enduits du reste de l’édifice et notamment ceux de la nef ayant été piquetés au XIXe siècle.
Le résultat de la dépose des bancs et boiseries placés contre le mur sud du chœur s’est avéré assez décevant, aucun décor n’ayant été bien conservé : seules apparaissent quelques traces du compartimentage architecturé ocre jaune, déjà observé dans le reste du cycle, détruites sur de très importantes surfaces par de nombreuses reprises de maçonnerie au mortier de ciment.
Au contraire, le mur nord a livré trois nouveaux éléments qui s’inscrivent dans la continuité du registre inférieur déjà connu, à 1,30 m du sol. Ces trois importants fragments sont séparés les uns des autres par les mêmes moulures ocre jaune qui scandent le reste du cycle à ce niveau, finissant de lui donner son aspect de retable peint.
La première scène ainsi délimitée était déjà en partie connue, son extrémité est ayant été découverte dès la dépose du retable majeur. La présence supposée du manteau de la Vierge, ainsi qu’une partie de son trône laissaient alors présumer la représentation d’une Épiphanie, hypothèse qui se trouve à présent confirmée. Placée à droite, la Maesta a été détruite par une large fissure. Privés de la majeure partie de la figure, nous pouvons néanmoins l’imaginer tournée vers la gauche, vêtue d’un manteau immaculé jeté sur un habit ocre jaune (le départ d’une manche semble visible), présentant l’Enfant, également en grande partie disparu, aux Rois Mages lui faisant face. Ces derniers se détachent sur un fond clair et sont placés l’un à la suite de l’autre. Le premier est agenouillé aux pieds de la Vierge pour offrir un ciboire ocre jaune, pédiculé et à couvercle arrondi, tout en touchant de sa main gauche le pied de l’Enfant en signe de déférence. Ce personnage est très effacé, seules les couleurs brunes ayant bien résisté au temps. Le visage de profil, il semble doté d’une barbe et de cheveux bruns, vêtu d’un manteau désormais totalement décoloré et privé de tout pli, sous lequel il porte un habit sombre dont seules les manches ajustées apparaissent. Placé debout derrière lui et s’apprêtant à lui toucher l’épaule de la main droite, le second Mage présente lui aussi un ciboire ocre jaune au Sauveur. Sa silhouette est peu discernable, seuls quelques détails ayant bien survécu : le visage, encadré d’une barbe et de cheveux roux, est coiffé d’une couronne formée de pointes, tandis que sa tenue est des plus simples (un ample manteau noir couvre un habit dont seules les manches blanches apparaissent). Le dernier Roi, debout et placé de profil, prend sa suite, faisant un geste du bras gauche (pour désigner l’étoile qui les a guidés ?), et tenant un ciboire identique à ceux de ses compagnons. Son visage brun indique ses origines africaines, et il est vêtu de manière plus riche que les deux autres. Ses cheveux courts sont ceints d’une couronne identique à celle de son prédécesseur, le buste arbore les mêmes vêtements que le premier Mage, mais c’est surtout la riche étoffe de ses culottes bouffantes qui montre sa richesse : de même que les chausses, elles sont de couleur rouge, rehaussées de lignes grises entre lesquelles alternent de petites touches allongées grises et blanches placées de biais.Ce panneau, tout aussi conventionnel et maladroit que les autres, nous livre trois éléments pas ou peu pressentis dans notre étude précédente : cette scène, hormis celles du partage du manteau et de la Fuite en Égypte très lacunaire, est à proprement parler la seule où le mouvement l’emporte sur la représentation uniquement statique, et où l’anecdote prend le pas sur le symbole. Pour preuve, les gestes des Mages, l’un accroupi pour toucher le pied de l’Enfant, le second lui effleurant l’épaule, et le troisième faisant un large geste du bras gauche, introduisent une dynamique non encore entrevue dans ce cycle. L’autre élément qui caractérise la scène est le recours au profil. Déjà utilisé sur le pauvre quémandant le manteau de saint Martin, et bien que très mal maîtrisé, son utilisation nous laisse deviner un artiste parfois plus audacieux qu’il n’y paraît et qui se soucie de varier les positions de ses personnages. Enfin, l’habit du Mage africain permet de se faire une meilleure idée du chromatisme originel de l’œuvre : les terres, si utilisées dans cette région à la fin du Moyen Âge, sont ici bien présentes, mais ce détail vestimentaire, alliant grisailles et rouges laisse imaginer une palette plus chatoyante qu’il n’y paraissait de prime abord.
Placé immédiatement à gauche de l’Épiphanie, et séparé d’elle par deux moulures, se trouve l’Ecce Homo. Le Sauveur, debout et de face, les poignets liés, est affublé du manteau et du roseau qu’il tient de sa main gauche. Curieusement, il n’est point doté de la couronne d’épines, sa tête légèrement
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Se retrouve ici le type de bâtiments qui apparaît à l’arrière du trône de la Vierge de l’Épiphanie, constructions figurées de manière totalement frontale et dont la palette très réduite (ocres, noir, blanc et grisailles) est en accord avec le reste du cycle. Nous sommes ici en présence de trois tours massives, dont la première, située à l’extrême gauche, est la plus détaillée. Entièrement peinte en grisailles, elle présente trois niveaux percés de petites baies séparés par des moulures ocres jaunes, et surmontés par un dôme placé à l’arrière de deux tourelles. Tuiles et pierres de taille sont indiquées par des lignes noires ou blanches qui animent la surface de façon régulière. Peut-être le peintre a-t-il voulu représenter là un clocher. Le second bâtiment semble placé en retrait et de profil, introduisant ainsi une légère profondeur de champ. Tout en présentant des caractéristiques générales identiques à celles du précédent (niveaux séparés par des moulures, détails indiqués au trait et de façon systématique), il s’en distingue par ses tonalités uniquement ocre jaune. Un quadrillage oblique au niveau supérieur semble également indiquer de grandes baies (ornées de vitraux ?), détail que nous trouvons également à mi-hauteur du bâtiment suivant. Ce dernier, plus vers la droite et au même plan que la première bâtisse, est quasiment identique à celle qui figure dans la scène de l’Épiphanie, présentant lui aussi des étages bien différenciés. Il est regrettable qu’il nous soit désormais impossible de deviner quelle était la scène figurant dans cet ultime compartiment : il semble en tout cas certain que celle-ci prenait place dans un cadre urbain auquel le peintre a tenté de donner de la profondeur, sans toutefois y parvenir de manière satisfaisante.
Ces trois nouveaux compartiments, figurant l’Épiphanie, l’Ecce homo et un décor urbain, s’inscrivent avec cohérence dans le reste du cycle. Évoquant eux aussi, du moins pour ce qui concerne les deux premiers, la vie de la Vierge et
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la Passion du Christ, ils donnent à penser que les éventuelles peintures disparues de la nef abordaient les mêmes thèmes, récurrents en cette région. Outre ceci, leur style, maladroit et rustique, permet de les attribuer à la main ayant œuvré dans le reste de la composition.
Marc SALVAN-GUILLOTIN »
1. Cette note fait suite à un article récent : M. SALVAN-GUILLOTIN, « Les peintures murales d’Antist (Hautes-Pyrénées) », dans M.S.A.M.F., t. LVI, 1996, p. 121-128.
2. Le décor comporte les figurations suivantes : Crucifixion, Trinité verticale, Partage du manteau de saint Martin, saint Martin en pied, Assomption de la Vierge, figures en pied de sainte Catherine et de sainte Marie-Madeleine, Fuite en Égypte, fragment d’Épiphanie, armes du commanditaire, visage d’ange, lune, ainsi que divers fragments.
La discussion qui suit une question posée par Michèle Pradalier-Schlumberger conclut que les trames losangées figurées sur les architectures évoquent sans doute les hourdis des pans-de-bois.
Gabriel Burroni et Nicole Andrieu annoncent de nouvelles découvertes à Saint-Pierre-des-Chartreux de Toulouse :
TOULOUSE, SAINT-PIERRE-DES-CHARTREUX, signature de Bernat Cadet sur la voûte.
TOULOUSE, SAINT-PIERRE-DES-CHARTREUX, planche peinte retrouvée en remploi.
« Chargé par Bernard Voinchet, architecte en chef des Monuments historiques, d’un complément d’étude pour la restauration du dôme de Saint-Pierre-des-Chartreux, Gabriel Burroni a fait la découverte inattendue de planches peintes appartenant au lambris de la précédente voûte.
Cette voûte de bois, conçue comme la charpente du toit à l’impériale par Georges Allègre en 1610, avait été peinte à la détrempe par Jacques La Carrière en 1611. Simultanément, Jacques La Carrière avait reçu commande du tabernacle actuellement conservé dans l’église de Roquettes, où il a été déposé en 1780, quand les Chartreux ont décidé de renouveler le décor de leur sanctuaire.
La voûte lambrissée et les boiseries inférieures furent alors démontées et remployées dans le plancher créé au-dessus de la voûte, décorée de gypseries par Jean-Baptiste Julia. D’ailleurs, les signatures de six gypiers qui ont travaillé avec Julia et la date de 1781 restent visibles à plusieurs points de la voûte, révélés par le nettoyage récent.Jacques La Carrière, probablement né à Caen vers 1580, arrive à Toulouse dans les premières
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années du XVIIe siècle. Il est connu par quelques baux à besogne entre 1608 et 1615, alternant des commandes de tableaux et de sculpture. Seul le tabernacle des Chartreux aujourd’hui visible dans l’église de Roquettes, et dont les deux ailes ont été ajoutées vers 1650, témoigne des talents de Jacques La Carrière, sculpteur. Cette découverte va permettre, outre un essai de reconstitution de la voûte de 1610/1611, une meilleure approche des qualités de peintre de La Carrière dans la technique particulièrement exigeante de la détrempe.
Nicole ANDRIEU & Gabriel BURRONI »
Le Président remercie les intervenants et demande des précisions sur les sujets représentés. Nicole Andrieu dit qu’il s’agit de grandes figures de saints et Gabriel Burroni ajoute que les planches peintes retrouvées correspondent à 3 m2 environ ; des parties non peintes permettront peut-être de reconstituer la structure du décor.
Nicole Andrieu rappelle que Robert Mesuret parlait de plafond « à l’Espagnole » en faisant référence à l’artesonado, ce qui ne manque pas d’intriguer. Marc Salvan-Guillotin note que Robert Mesuret utilisait fréquemment cette qualification pour les plafonds et Bruno Tollon cite à l’appui le plafond de la chapelle de la Visitation.
Jean Nayrolles fait remarquer à quel point la figure du saint ressemble à Henri IV. Répondant à Bruno Tollon, Gabriel Burroni indique que les personnages sont à peu près grandeur nature, en précisant que les planches sont verticales alors que l’on attendrait des planches horizontales dans le cas d’une voûte. Henri Pradalier demande s’il faut imaginer que les parties courbes ont disparu et Maurice Prin suggère que le décor puisse en fait provenir de la nef, ce que Nicole Andrieu et Gabriel Burroni admettent tout à fait.
Le Président souligne le caractère spectaculaire de cette découverte de toute première importance, et il félicite Gabriel Burroni sans qui ces planches peintes auraient probablement fini à la décharge.
Jacques Lapart signale à la Compagnie deux plafonds peints attribuables au XVIIe siècle qu’il connaît dans le Gers et pour lesquels il dispose d’une documentation qu’il communiquerait volontiers à qui serait intéressé. L’un présente un grand décor de sibylles qui n’a jamais été étudié, l’autre est un plafond à la française entièrement peint avec en particulier de petites scènes.
Françoise Merlet-Bagnéris ayant demandé si les deux plafonds étaient encore visibles, Jacques Lapart précise que le premier a été remonté au musée d’Auch et que celui de Lectoure est resté en place mais qu’il est aujourd’hui à nouveau masqué par un faux-plafond.
SÉANCE DU 23 MAI 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, M. Blaquière, Mgr Rocacher, membres titulaires, Mmes Fronton-Wessel, Suau, Ugaglia, MM. Geneviève, Vayssières, membres correspondants.
Excusée : Mme Pujalte.
Invitée : Mme Fabienne Carme.
En remerciant Daniel Cazes et Évelyne Ugaglia de nous recevoir à l’occasion de l’exposition Les arts du métal , le Président se félicite de voir notre Compagnie une nouvelle fois accueillie au Musée Saint-Raymond dont l’histoire est pour une part celle de la Société archéologique du Midi de la France. La personnalité d’Edward Barry qui sera nécessairement évoquée ce soir nous le rappellera.
Après que Daniel Cazes a présenté à la Compagnie le très beau sarcophage paléochrétien prêté par le Musée archéologique national de Tarragone dans le cadre du Printemps des Musées, la parole est à Évelyne Ugaglia pour Les arts du métal, du chalcolithique à l’époque romaine. À l’issue de la visite, le Président remercie Évelyne Ugaglia d’avoir su si bien choisir parmi les objets présentés pour brosser à grands traits les principaux aspects de cette très riche exposition. Il relève qu’il est étonnant qu’un homme de l’écrit comme l’était Edward Barry ait manifesté un tel intérêt pour l’objet, même si le collectionneur n’a pas été, malheureusement pour nous, très attentif aux lieux de découverte. Comme il s’enquiert de possibles faux, Évelyne Ugaglia indique que la région de Naples en a produit au XIXe siècle, copies d’objets authentiques ou imitations. La prudence est de toute façon de mise : une récente étude a montré qu’un miroir du Musée Saint-Raymond, qui avait été considéré comme faux, était en fait authentique.
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Le Président demande si le fil est rompu pour la plupart de ces œuvres entassées au XIXe siècle. Évelyne Ugaglia le confirme et elle ajoute que pour parvenir aujourd’hui à les replacer dans leur contexte, il faut en premier lieu préciser leur datation, et tâcher de les replacer dans des séries en les comparant à d’autres objets découverts en fouille. Pour que ce jeu de rapprochements soit possible, il faut que les objets du musée soient connus : leur publication en fait essentielle. Daniel Cazes renchérit en rappelant que la plus grande partie de ces objets, qui n’avait pas été présentée depuis quatre-vingts ans, devra retourner en réserve à la fin de l’exposition, faute de place pour une présentation permanente. Évelyne Ugaglia précise que les spécialistes qui les découvrent actuellement sont époustouflés par la richesse de la collection. Un membre note que l’opinion toulousaine n’a pas encore compris, au XXe siècle, quelle était l’extraordinaire richesse des musées de la ville et que nous avons à Toulouse des petits musées pour de très grosses collections alors que l’on construit partout en Europe de grands musées pour des collections souvent bien moins importantes en qualité et en quantité. Daniel Cazes rappelle que cette exposition présente aussi le résultat d’un long travail de restauration des objets, essentiel pour leur connaissance : cette politique entreprise par Mme Labrousse est poursuivie par Évelyne Ugaglia qui, depuis que les conditions de bonne conservation sont assurées dans le musée et les réserves, fait restaurer chaque année un certain nombre d’objets grâce à des crédits accordés par la Mairie de Toulouse et le Ministère de la Culture.
En remarquant que l’on ne saurait se plaindre de la richesse de nos musées, le Président souhaite que Toulouse parvienne un jour à prendre la mesure de leurs collections. Après avoir remercié Évelyne Ugaglia et Daniel Cazes, il les félicite pour le travail accompli et la qualité de la mise en scène de l’exposition.
SÉANCE DU 6 JUIN 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, M. Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Pradalier, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, Tollon, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Jimenez, Fronton-Wessel, Pujalte, MM. Bordes, Burroni, Ginesty, Geneviève, Hamon, Molet, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Coppolani, Directeur honoraire, Garland, Boudartchouk.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 16 mai, qui est adopté. Après avoir indiqué que le rapport sur la candidature de M. Laurent Macé avait été confié à Nelly Pousthomis-Dalle, le Président annonce que nous avons reçu deux nouvelles candidatures au titre de membre correspondant. La première est celle de Mlle Fabienne Sartre : le rapport est demandé à Bruno Tollon ; la seconde nous vient de M. Christophe Balagna, dont le rapport est confié à Michèle Pradalier-Schlumberger. Notre Compagnie examinera ces trois candidatures au cours de sa séance de rentrée.
Au nom de notre Société, le Président présente ses félicitations à Marie-Luce Pujalte qui vient d’être brillamment élue à l’Université de Poitiers.
La correspondance imprimée comprend une invitation à rencontrer M. Paul Féron à l’occasion de la parution de son livre sur Théodore Ozenne et le programme du prochain congrès de la Fédération des Sociétés savantes et académiques Pyrénées-Gascogne.
La parole est à Olivier Testard pour une communication sur La façade occidentale de la cathédrale de Toulouse, qui sera publiée dans le volume t. LXI (2001) de nos Mémoires.
Le Président remercie Olivier Testard de son exposé, tout en avouant avoir été un peu gêné pour le suivre dans ses démonstrations, peut-être parce qu’il n’était qu’un très indigent auditeur. Les rapprochements opérés puisent dans un corpus très éclaté parcouru en suivant les règles de l’exégèse médiévale, mais, faute de représentations sculptées ou peintes, la démonstration exige un acte de foi. Or, jusqu’à quel point pouvait-on avoir à l’esprit ces références quand on reprenait des formes qui plaisaient ? Les roses « cisterciennes » n’expliquent-elles pas la rose de Saint-Étienne ?
Olivier Testard convient que ses citations étaient nécessairement partielles et qu’il ne peut assurer que les vitraux que pouvait contenir la rose aient développé ce même thème. Il rappelle cependant que les offices étaient connus par cœur et que ces différents thèmes étaient alors des lieux communs. Une forme pouvait certes être reprise parce qu’elle plaisait, mais il est probable que le choix d’une rose à huit quartiers plutôt qu’à douze n’était pas sans sens. La fonction didactique de la façade de la cathédrale ne pourrait certes être entièrement démontrée que si nous possédions
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les sermons qui ont dû la commenter. Le Président admet que l’on est en présence d’un ensemble de formes très certainement associées, mais il se demande si on lui a effectivement donné ce sens précis.
Daniel Cazes souligne que dans la famille des roses à colonnettes, celle de Saint-Étienne est exceptionnelle. Il rappelle que la cathédrale de Lérida, qui possède trois roses de ce type mais aussi un chapiteau sur lequel est représentée une rose, offre une piste intéressante pour leur interprétation : il semble bien que le maître d’œuvre d’origine italienne, qui intervient en 1203 et qui est peut-être aussi sculpteur si l’on suit Jacques Lacoste, conduise une véritable réflexion sur ce thème. Daniel Cazes rejoint volontiers Olivier Testard lorsque celui-ci évoque une représentation du mouvement de l’univers (des personnages actionnent la roue sur le chapiteau de Lérida) et de son harmonie (évoquée aussi sur le chapiteau de Lérida par un musicien). Faute d’autres références locales, il a préféré, pour sa part, s’en tenir là. Il ajoute que la rose de la cathédrale de Toulouse a pu recevoir des vitraux et donc être accompagnée d’une iconographie dont nous ne savons rien aujourd’hui.
Mgr Rocacher rappelle que les roses pouvaient prendre des sens différents et que celles d’Amiens ou de Beauvais se réfèrent à la roue de la fortune qui traduit une vision pessimiste du temps humain, bien éloignée du triomphe ou de la glorification de l’Agneau. Il ajoute que seule une partie très infime du peuple qui fréquentait la cathédrale aurait été à même de comprendre la lecture très savante que propose Olivier Testard et il se dit persuadé que les sermons de la plupart des curés et des prédicateurs ne s’élevaient pas si haut. Mgr Rocacher s’interroge ensuite sur la signification du tympan de Beaulieu en Corrèze, si le thème n’est pas celui du Jugement dernier. Olivier Testard fait référence à la démonstration de Peter Klein et Henri Pradalier précise que le moment du tympan de Beaulieu se situe juste avant le Jugement. Olivier Testard convient que la plupart des Toulousains, même de la classe la plus fortunée, n’accédait pas à ce niveau de savoir, mais il ajoute que ce n’était pas le cas de Foulque. Le programme était certes très complexe, trop complexe peut-être pour être poursuivi jusqu’à son terme. Olivier Testard pense néanmoins que pour l’évêque Foulque, la construction de la cathédrale a représenté un poème offert à Dieu. Il rappelle que les analyses proposées pour nombre de portails romans montrent une semblable élévation de pensée. Le Président et Henri Pradalier font remarquer que ces analyses se nourrissent d’une iconographie abondante.
Quitterie Cazes souhaiterait reprendre le début de la démonstration en s’attachant aux rôles respectifs de l’architecte et du commanditaire. Si Foulque ne décide peut-être pas lui-même du dessin, on peut néanmoins admettre que la composition de la façade se réfère à une culture qu’il partage. Maurice Scellès remarque que les formes sont susceptibles d’interprétations multiples et Michel Roquebert qu’elles se transmettent indépendamment de leur signification. Olivier Testard et Quitterie Cazes sont d’accord pour considérer qu’il convient de prendre en compte l’exceptionnelle personnalité de Foulque dans les rapports qu’il a entretenus avec l’architecte.
Pour Mgr Rocacher, Durand de Mende ne peut être pris comme référence alors que ses positions doivent être considérées, même pour l’époque, comme à la limite de l’ésotérisme. Patrice Cabau signale que si les textes des sermons prononcés devant la façade de Saint-Étienne nous font défaut, nous conservons en revanche ceux de sermons prononcés en 1229 dans l’église Saint-Jacques. Après avoir rappelé qu’il avait le projet d’une communication sur la date de la reconstruction de la cathédrale de Toulouse, Patrice Cabau donne lecture d’une note préparée à cette intention :
« Un témoignage relatif à la reconstruction de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse dans la première moitié du XIIIe siècle
La seule source documentaire connue qui fasse explicitement état de travaux de construction à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse pour la première moitié du treizième siècle est le procès-verbal d’une enquête menée en 1247 par des commissaires nommés par le pape Innocent IV aux fins d’informer sur les œuvres charitables, la pratique religieuse et les circonstances de la mort du comte Raymond « VI » (1156-1194-1222) (1). Plusieurs exemplaires de ce document ont existé :
– acte conservé aux dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième siècles dans les archives du Chapitre de Saint-Sernin de Toulouse, analysé par Guillaume de Catel en 1623 (2), inventorié par Claude Cresty en 1728-1730, passé aux Archives de la Haute-Garonne en 1866, cité par Jules de Lahondès en 1890 (3) ;
– acte authentique dressé par Bernard Guillaume, notaire public de Toulouse, le 24 juillet 1247, dans la maison des chevaliers du Temple de Toulouse, conservé à la fin du dix-septième siècle dans les archives du couvent des Frères Prêcheurs de Toulouse, publié en 1693 par Jean-Jacques Percin sous le titre Inquisitio de Raymundo Comite Tolosano (4) ;
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– acte authentique dressé par Paul, notaire public de Toulouse, le 24 juillet 1247, dans la maison des chevaliers du Temple de Toulouse, conservé dans les archives de l’Ordre de Malte, au Grand-Prieuré de Toulouse, passé aux Archives de la Haute-Garonne, cité par Charles Molinier en 1880 (5).
Le premier des cent dix-neuf témoins interrogés par les commissaires enquêteurs fit sa déposition le 12 juillet 1247 ; c’était François de Mons (11..-1257), l’un des plus anciens dignitaires du Chapitre cathédral (6) :
« Frère François, prêtre, archidiacre de Gimoès, chanoine régulier de la cathédrale de Toulouse, témoin juré, interrogé, déclara, au sujet des bienfaits accordés aux églises par le comte défunt, avoir vu et entendu que, quand on édifiait l’église Saint-Étienne, au temps de la guerre qu’il y eut entre le comte (de Toulouse) lui-même et le comte de Montfort, ceux qui édifiaient l’église avaient abandonné l’ouvrage, par la crainte de quelques-uns, et que tout l’édifice de l’église était mis en danger de ruine [ou menacé de destruction] s’il n’était consolidé [ou terminé], ledit comte veilla à ce que le susdit ouvrage fût achevé. Il déclara aussi que le même comte restitua au même témoin seize bœufs que des voleurs lui avaient pris. De plus, il déclara qu’il avait vu et entendu que, comme Toulouse était assiégée et que nul ne pouvait en sortir sans danger pour sa personne, le comte envoya son chapelain auprès de l’évêque, qui était à ce siège, par le témoin lui-même, pour qu’il célébrât les offices divins avec ce même chapelain, et que, par l’intermédiaire de ce dernier, il envoya des livres de théologie à maître Othon [qui était] à ce siège. Il vit aussi et entendit que le comte reçut à cette époque sous sa protection tous les clercs, tant les religieux que les autres, qui voulaient rester dans la cité de Toulouse. De plus, il vit et entendit que ledit comte accorda sa protection aux églises et à leurs biens, et qu’il fit publier à son de trompe à travers la cité que nul n’osât s’emparer des clercs ni des églises, et il entendit dire à nombre de religieux, [qui venaient] de beaucoup d’endroits, qu’ils s’estimaient comblés par le comte, et il était persuadé que, si celui-ci l’avait toléré, on aurait fait beaucoup de mal aux religieux, aux églises et aux personnes ecclésiastiques. De plus, il déclara que ledit comte faisait beaucoup de dons aux monastères, et spécialement à celui de Grandselve et à celui de la maison de Pinel. […] » (7).
La question de savoir à quel moment, antérieur au décès de Raymond « VI » (5 juillet / 21 septembre 1222), la cathédrale de Toulouse était en construction, a été posée dès le dix-septième siècle. D’une lecture hâtive du témoignage précité, Guillaume de Catel (1560-1626) a conclu que l’intervention du comte avait eu lieu « lors du siege de Tolose » (8). Selon Germain de Lafaille (1616-1711), ce fut « du tems du prémier siége », c’est-à-dire entre le 16 et le 29 juin 1211 (9). Pour Jean-Jacques Percin (1633-1711), la nef de Saint-Étienne aurait été édifiée vers 1217 ou 1219, et elle était achevée dès cette dernière date (10). Quant à Joseph Vaissete (1685-1756), il estimait que le comte de Toulouse avait protégé cette construction « malgré la guerre qu’il avoit à soûtenir contre Amauri de Montfort », autrement dit dans les années 1218-1222 (11). De ces diverses conjectures, c’est celle de Lafaille qui a prévalu, amplifiée notamment par les monographies d’Auguste d’Aldéguier (1793-1866) (12) et de Jules de Lahondès (1830-1914) (13). Cette version des faits, réaffirmée par Philippe Wolff dans la première édition de son Histoire de Toulouse (14), a cependant été mise en doute par Marcel Durliat dans la refonte collective de cet ouvrage (15).
Comme on le voit par le texte de sa déposition, le chanoine François de Mons n’associe nullement l’interruption et la reprise des travaux de la cathédrale à l’un des trois sièges que Toulouse eut à soutenir entre 1211 et 1219. Il se réfère de façon générale à l’époque de la guerre entre Raymond « VI » et le « comte de Montfort », en qui il faut reconnaître Simon, tué sous les murs de Toulouse le 25 juin 1218, bien plutôt que son fils Amaury (16). Le siège dont il parle ensuite ne peut ainsi être le troisième, qui eut lieu du 17 juin au 1er août 1219. Il s’agit vraisemblablement du deuxième, de beaucoup le plus long, puisqu’il dura de la fin de septembre ou du début d’octobre 1217 au 25 juillet 1218. Pour Marcel Durliat, ce deuxième siège « semble davantage correspondre à l’atmosphère dramatique qu’évoque le document cité plus haut » (17). À supposer que le témoin ait suivi l’ordre chronologique pour l’exposé des faits qu’il relate au début de sa déposition, l’intervention du comte sur le chantier de la cathédrale pourrait être antérieure à octobre 1217.
Concernant cette intervention, la déposition de François de Mons, témoin oculaire, présuppose qu’il s’est trouvé à Toulouse en même temps que Raymond « VI ». La confrontation des itinéraires respectifs du comte et du chanoine entre le début de la croisade et la mort de Simon de Montfort, pour autant qu’on puisse les reconstituer, montre que leur présence simultanée dans la ville n’est possible que pour les périodes suivantes : de septembre à décembre 1209, de février à juin 1210, de mi-août
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1210 à janvier 1211, de début février à mi-mai 1211, de début février à fin octobre 1215, enfin du 13 septembre 1217 au 25 juin 1218 (18).
On aura que noté la seconde moitié de juin 1211, époque du premier siège de Toulouse, est exclue. En effet, comme les autres chanoines de Toulouse, François de Mons avait quitté la ville, sur l’ordre de l’évêque Foulque, dans la seconde quinzaine de mai 1211 (19) ; il ne put y rentrer qu’à la suite de la réconciliation des Toulousains à l’unité de l’Église, le 25 avril 1214, sans doute lors du retour de Foulque dans sa cité épiscopale, en janvier 1215 (20).
Reste à déterminer à quel moment ceux qui travaillaient à la construction de la cathédrale Saint-Étienne abandonnèrent leur ouvrage « par la crainte de quelques-uns ». La date la plus vraisemblable est celle de la réapparition de Raymond « VI » à Toulouse, le 13 septembre 1217, après une absence de plus d’un an et demi. Divers témoignages nous ont gardé mémoire de l’événement : « En l’an 1217, le comte de Saint-Gilles recouvra Toulouse, la veille de la Sainte-Croix de septembre » (21) ; « En l’an du Seigneur 1217, […] le comte de Toulouse […] passa les Pyrénées et fit son entrée dans Toulouse au mois de septembre, non par un pont, mais à gué sous le Bazacle. Ce qui, ayant été su d’un petit nombre de gens, plut à certains et déplut à d’autres, qui mesuraient l’avenir au passé. Cela amena certains à se retirer au Château-Narbonnais avec les Français, d’autres à se mettre de même dans la maison de l’évêque, dans le cloître Saint-Étienne et dans le monastère Saint-Sernin » (22), etc. (23). Des Toulousains partisans de Simon de Montfort quittèrent la ville (24), tel le notaire Bernard de Pexiora, qui s’enfuit en laissant inachevée au milieu d’une phrase la transcription d’un acte de 1213 (25).
Eu égard à pareil contexte, le geste de Raymond « VI » faisant poursuivre les travaux de construction de la cathédrale Saint-Étienne peut s’inscrire dans la politique d’apaisement et d’union qu’il mena à Toulouse à partir du 13 septembre 1217 (26).Patrice CABAU »
NOTES : 1. Sur cette enquête, voir notamment, outre les sources citées ci-après : GUILLAUME DE PUYLAURENS, Cronica, chapitres XXXII, XLV = DUVERNOY 1976, p. 112, 180, 182 – H.G.L.1 1737, p. 321-322, 323-324, 389, 456-457, 550, 593-594 – H.G.L.2 1842, p. 300-301, 302-303, 381-382, 404, 86’, 96’-97’ ; 1843, p. 67-68, 332-333 – H.G.L.3 1879 (VI), p. 549-550, 551-552, 663, 788-789 ; 1879 (VII), p. 28, 109-110 ; 1879 (VIII), n° 403, c. 1236-1238 ; n° CIX, c. 1957-1958 ; n° CCCXLII, c. 1996-1997 – MOLINIER 1885. — 2. CATEL 1623, p. 316-318, 368-371 – CATEL 1633, p. 163. « Ceste enqueste m’a esté monstrée par Monsieur Vilette, Chanoine de sainct Sernin, homme docte & curieux, elle contient la déposition de cent six tesmoins. […] Dans la mesme Enqueste on trouue […] que lors du siege de Tolose, les Architectes & Massons qui bastissoient l’Eglise de sainct Estienne de Tolose, ayant quitté leur besoigne, à cause du siege, & le Comte voyant que le bastiment estant ainsi imparfaict, estoit en danger de se gaster, il leur commanda de reprendre leur besoigne, & de l’acheuer. Ie crois que ce que l’on bastissoit pour lors, estoit la nef de l’Eglise, que son pere ou luy faisoient bastir […]. » CATEL 1623, p. 317. « […] il est porté par l’enqueste que Raimond le Ieune Comte de Tolose son fils fist faire de la vie & religion de son pere, comme ledit Raimond le Vieil commanda aux Architectes & maçons qui bastissoient l’Eglise sainct Estienne de continuër leur besogne, nonobstant que la ville de Tolose fut assiegée. » CATEL 1633, p. 163. — 3. LAHONDÈS 1890, p. [53], n. 1 (voir ci-dessous, n. 8). La référence indiquée par Jules de Lahondès (« Archives de Saint-Sernin, liasse LXXIX, n° XXI, titre 1. »), reproduite notamment par Raymond Rey (REY 1929, p. 10, n. 1 – REY 1930, p. 72, n. 1), Daniel Drocourt (DROCOURT 1974, p. 69, n. 13), et dont Yvette Carbonell-Lamothe a relevé les avatars (CARBONELL-LAMOTHE 1980, p. 107, 118, n. 22), est erronée. Cette cote ne correspond pas en effet au système de classement (n°, liasse, titre) adopté par Claude Cresty, « déchiffreur et archivaire » de Langeac, qui procéda du 31 mai 1728 au 15 mai 1730 à l’inventaire des archives du Chapitre de Saint-Sernin. Dans le dépôt conservé jusqu’en 1866 (DOUAIS 1887, p. III) au premier étage de la tour nord du massif occidental de la basilique, les « archives fermées [se trouvaient] contenues dans quatre grandes armoires à clef, divisées en 24 étagères portant autant de numéros [comprenant chacun] des sacs et des liasses qui renferment à leur tour des titres aussi numérotés » (SALVAN 1840, p. 365). Sous le « N° 21 », « liasse 79″, étaient répertoriés des « Titres divers, extraordinaires et sans suite » (SALVAN 1840, p. 382). Il faut ainsi probablement corriger : N° XXI, liasse LXXIX, titre 1er. — 4. PERCIN 1693, p. 76’’’-81’’’ (voir ci-dessous, n. 8). « Refert D. de Catel hist. Comitum pag. 368. & 369. Inquisitionem super hoc negotio factam, cujus authenticum exemplar in nostris Archiviis est manuscriptum. » (PERCIN 1693, p. 53’’) ; « Ex nss. mss. originali » (PERCIN 1693, p. 76’’’). Les archives de l’Inquisition de Toulouse, transférées vers 1626 de l’ancienne maison de l’Inquisition (7, place du Parlement) au couvent principal des Dominicains (Jacobins), furent presque totalement dispersées avant 1790 (DOSSAT 1959, p. 30-31, 35-36). — 5. « […] un document conservé aux Archives de la Haute-Garonne (Ordre de Saint-Jean, Toulouse, liasse 1, n° 24) […]. C’est le relevé, dressé à l’occasion de l’enquête dont parle Percin, des donations et des privilèges accordés de son vivant par le comte Raimond VI à un certain nombre d’églises et de monastères. La pièce, écrite à Toulouse, le 24 juillet 1247, dans la maison de l’Ordre du Temple, se termine par l’indication suivante : Ego Paulus, publicus Tholose notarius, de mandato venerabilis patris G., Lodovensis episcopi, et fratris R. de Cantios, ordinis Predicatorum, et fratris G. de Briva, ordinis Fratrum Minorum, a domino papa delegatorum, etc. » MOLINIER 1880, p. 194 (n.). — 6. François de Mons : membre d’une famille consulaire de Toulouse, possessionnée à Toulouse et en Lauragais (MUNDY 1985, p. 242-247) ; chanoine du Chapitre de Saint-Étienne, témoin d’une donation faite par Gautier de Noé le jeudi 7 juillet ou vendredi 8 juillet 1205 (Archives de Saint-Étienne de Toulouse – G.C.3 1785 = G.C.4 1874, Instrumenta Ecclesiæ Tolosanæ, n° XLI, c. 27-28 – LEMASSON 1967, n° 139) ; l’un des deux cellériers du Chapitre, témoin de la cession de l’église Saint-Romain de Toulouse faite par le prévôt Mascaron à saint Dominique en juillet 1216 (G.C.3 1785 = G.C.4 1874, Instrumenta Ecclesiæ
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Tolosanæ, n° XLII, c. 28 – KOUDELKA 1966, n° 73, p. 68-69) ; chanoine, témoin d’une transaction entre le Chapitre de Saint-Étienne et les chevaliers de la maison du Temple de Toulouse conclue le 23 juillet 1222 (Toulouse, A.D. Haute-Garonne, 4 G 224 [n° XXIII, liasse 2, titres 3 et 2] – Toulouse, A.D. Haute-Garonne, 4 G 3, CRESTY 1734-1737 (II), f. 145 r°-v° – DU BOURG 1883, p. 73 [« Arch. Toulouse, L. XXIII. »] – LAHONDÈS 1890, p. 150, 151, n. 1 [« Arch. de la H.-G., fonds de Saint-Etienne, n° XXII. l. 2, t. 2. » : copie moderne défectueuse]) ; très vraisemblablement nommé, avec deux autres membres de sa famille, comme l’un des six exécuteurs du testament d’Hugues Jean, ancien viguier comtal de Toulouse, le 28 mai 1235 (Paris, A.N.F., J 330, Toulouse, XXI, n° 25 = TEULET 1866, n° 2380, p. 290 – MUNDY 1985, p. 245-246, n. 7) ; archidiacre de Gimoès, témoin de la confirmation par l’évêque Raymond du Fauga d’une série de donations à l’abbaye de Lacapelle, le jeudi 7 novembre 1247 (G.C.3 1785 = G.C.4 1874, Instrumenta Ecclesiæ Tolosanæ, n° LI, c. 36-38) ; chanoine, prieur d’Artigat, décédé le 13 janvier 1257* et inhumé dans le cloître canonial de Saint-Étienne (Épitaphe : IDVS IANVARII OBIIT DOMPNVS FRANCISCVS DE MONTIBVS PRIOR ARTIGATI ET CANONICVS ISTIVS LOCI ANNO DOMINI M CC L VI. Toulouse, musée des Augustins, inventaire : Ra 526 – C.I.F.M., 7, 1982, n° 79, p. 119-120 ; planche XLIII, n° 85 – CAZES 1999, p. 168 ; fig. 113, p. 169. Registre obituaire : XIII. (kalendas februarii.) Eodem die obiit F. de Montibus, prior de Artigaco, canonicus. Paris, B.N.F., fonds latin, nouvelles acquisitions, manuscrit 3036, f. 105 v° [date décalée]). Dans la suite de sa déposition, François de Mons déclare qu’il avait accompagné Raymond « VI » jusqu’à Paris, sans doute à la fin de 1209 ou au début de 1210, mais qu’il n’était pas un de ses familiers ; sa sœur avait été l’hôtesse du comte (PERCIN 1693, p. 77’’’). Quatre autres dignitaires du Chapitre de Saint-Étienne sont cités dans l’enquête de 1247 : Pons de Toulouse, prêtre, prieur d’Artigat, chanoine (témoin 2), Raymond, chanoine et prévôt (témoin 97), Guillaume de Toulouse, prêtre et operarius (témoin 98), Raymond, chanoine et archidiacre de Villelongue (témoin 99) ; leurs témoignages sont beaucoup plus brefs, voire inconsistants (PERCIN 1693, p. 78’’’, 81’’’). — 7. « Franciscus sacerdos archidiaconus Limoensis [sic], canonicus regularis tholosane sedis, testis juratus, dixit… se vidisse et audisse, quod quando ecclesia Sti Stephani tholosanae sedis edificabatur tempore guerre que fuit inter ipsum comitem et comitem Montisfortis, et ipsi qui edificabantur [sic] ecclesiam dimisissent opus timore quorundam et tantum edificium esset ecclesie sub periculo ruine constitutum nisi consommaretur, dictus comes dedit operam ut predictum opus perficeretur ». LAHONDÈS 1890, p. [53] (n. 1) (= REY 1930, p. 72, n. 1 – GUÉBIN, LYON 1930, p. 315-316, n. – CARBONELL-LAMOTHE 1980, p. 110). « Frater Franciscus Sacerdos Archidiaconus Gimomonensis [sic] Canonicus Regularis Tolosanæ Sedis. Testis Juratus requisitus, dixit super beneficiis collatis Ecclesiis à Comite quondam Tolosano, se vidisse & audivisse quod quando Ecclesia sa[n]cti Stephani ædificabatur, tempore guerræ quæ fuit inter ipsum Comitem & Comitem Montisfortis, […] & ipsi qui ædificabant Ecclesiam dimisissent opus timore quorumdam, & totum ædificium Ecclesiæ esset periculo ruinæ destructurum nisi confirmaretur : dictus Comes dedit operam ut prædictum opus perficeretur. Dixit etiam quod dictus Comes eidem testi reddidit I6. boves, quos quidam raptores ei abstulerant. Item dixit quod vidit & audivit quod cum Tolosa esset obsessa, et nullus posset exire sine periculo corporis, misit Comes Capellanum Episcopo Tolosano, qui erat in obsidione prædicta per ipsum testem, ut cum e[o]dem Capellano divina officia celebraret ; & per eundem misit idem Comes Libros Theologiæ, […] Magistro Otoni, in obsidione prædicta. Vidit etiam & audivit quod dictus Comes tunc temporis recepit sub securitatem omnes Clericos, tam Religiosos quàm alios, qui vellent remanere in civitate Tol[osæ]. Item vidit & audivit quod dictus Comes dedit securi[t]atem Ecclesiis & rebus earum & fecit tubicinari per civitatem quod nullus ausus esset Clericos invadere nec Ecclesias : Et audivit à multis Religiosis & de multis locis, quod habebant se multùm pro pacatis […] de ipso Comite. Et scit pro certo, quod si ipse tolerasset, multa mala essent facta Religiosis & Ecclesiis & Ecclesiasticis personis. Item dixit quod dictus Comes dabat multa Monasteriis, specialiter […] Grandissilvae, […] & Domi de Pinelli. [etc.] » [Les coupures correspondent à la suppression d’appels de notes.] PERCIN 1693, p. 77’’’ (= CARBONELL-LAMOTHE 1980, p. 110 – Cf. DURLIAT, dans WOLFF 1974, p. 137 [traduction]). — 8. CATEL 1623, p. 317 – CATEL 1633, p. 163. Voir ci-dessus, n. 2. — 9. « Il y est encore dit [dans l’enquête] que du tems du prémier siége de Toulouse, les Maçons qui travailloient à la grande Nef de l’Eglise de Saint Estienne qu’il [Raymond] faisoit bâtir, aiant discontinüé le travail, il les y remit en disant, que les ouvrages qui regardoient la gloire de Dieu, ne devoient point être interrompus pour quelque cause que ce fût. » LAFAILLE 1687, p. 127. — 10. « Quando Ecclesia S. Stephani ædificabatur. Navis scilicet, seu Auditorium quod constructum est circà annum 1217. a Comite Raymundo. Locus autem ubi nunc chorus, instructus est post annum I272. a Bertrando de insula Iordanis Episcopo Tolosano. » PERCIN 1693, p. 81’’’ (n. A). « […] cum jam ab anno I2I9. perfecta fuisset navis seu auditorium Ecclesiae sancto Stephano dicatum […]. » PERCIN 1693, p. 10’’’. — 11. « Ils [les témoins] déclarerent qu’il [Raymond VI] protégea, malgré la guerre qu’il avoit à soûtenir contre Amauri de Montfort, la nouvelle construction de la cathédrale de S. Etienne de Toulouse, de la nef de laquelle on le regardef comme le fondateur […] f Catel comt. p. 3I7. » H.G.L.1 1737, p. 323 = H.G.L.2 1842, p. 302 = H.G.L.3 1879 (VI), p. 552. — 12. ALDÉGUIER 1834, p. 26-27 ; cf. p. 27-28, 122, 135, 136. — 13. LAHONDÈS 1890, p. [53]-54 ; cf. p. 430-431. — 14. WOLFF 1958, p. 93. — 15. WOLFF 1974, p. 136-137. — 16. La formule tempore guerre est utilisée dans le septième des douze articles présentés par Raymond « VII » aux commissaires enquêteurs : « 7. Item [Comes Tolosanus] frequentabat Monasteria Religiosa ex devotione, & defendebat Ecclesias & Monasteria tempore guerræ, in personis, & rebus, intuitu pietatis » (PERCIN 1693, p. 76’’’). François de Mons, premier témoin, est le seul à préciser : « tempore guerræ quæ fuit inter ipsum Comitem & Comitem Montisfortis » (PERCIN 1693, p. 77’’’) ; les autres témoins (4, 8, 10, 26, 30, 31, 36, 58-59, 68, 76, 77, 83, 88, 95, 100, 104) emploient la formule générale, qui revient dix-sept fois dans la suite des dépositions (PERCIN 1693, p. 78’’’-81’’’). En 1220, Raymond « VI » parlait très précisément de la « guerre d’Amaury et des croisés » : […] quicumque homines nostre ydiome, uidelicet de hac lingua nostra, siue sint milites uel alii, pro hac gerra presenti Amaldrici et cruce signatorum, ad hanc diem in qua hoc donum fuit factum, gerram faciebant uel fecerint deinde ipsi domino comiti et filio suo et Tolose […] (Toulouse, A.M., AA 1, n° 94 [29 juin et 1er septembre 1220] = LIMOUZIN-LAMOTHE 1932, p. 439-442), […] dum hec gerra Amaldrici et cruce signatorum durabit […] (Toulouse, A.M., AA 1, n° 95 [8 novembre 1220] = LIMOUZIN-LAMOTHE 1932, p. 442-443). — 17. WOLFF 1974, p. 137. — 18. Les très nombreuses références utiles excèdent le cadre nécessairement limité imparti à la présente note. — 19. PIERRE DES VAUX-DE-CERNAY, Hystoria Albigensis, § 234 ; cf. § 221-222, 359, 473 = GUÉBIN, LYON 1926, p. 233 ; cf. p. 220-222 – Cf. GUÉBIN, LYON 1930, p. 57, 166-168 – GUÉBIN, MAISONNEUVE 1951, p. 97 ; cf. p. 91-92, 140, 182. — 20. PIERRE DES VAUX-DE-CERNAY, Hystoria Albigensis, § 507, 549 = GUÉBIN, LYON 1930, p. 201, 241-242 – GUÉBIN, MAISONNEUVE 1951, p. 195, 209 (§ 549 incomplètement traduit). — 21. « Anno .M.CC.XVII. cobre R[amons], coms de sant Geli, Tolosa, la uespra de Sancta Croz de setembre. » = « Anno (Domini) millesimo ducentesimo decimo septimo recuperauit Tolosam comes sancti Egidii. » CHRONIQUEURS TOULOUSAINS = CABAU 1996, n° 46, p. 98. — 22. Comes Tholose senior ueniens de Hyspania recuperauit Tholosam. – Capitulum XXVIII. Igitur, anno Domini M°
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CC XVII, […] comes Tholose […] transiuit Pireneum et intrauit Tholosam mense septembris, non ponte, sed uado sub Vadaculo. Quod cum pauci scirent, quibusdam placuit, et quibusdam displicuit, qui futura preteritis compensabant. Vnde quidam uersus castrum Narbonense cum Gallicis se traxerunt, quidam se in domum episcopi et in claustro Sancti Stephani et in monasterio Sancti Saturnini pariter receperunt. Quos comes minis atque blandiciis ad se post dies aliquot reuocauit. GUILLAUME DE PUYLAURENS, Cronica, chapitre XXVIII = DUVERNOY 1976, p. 100. || BERNARD GUY, Flores cronicorum = [BERNARD GUY], Preclara Francorum facinora […] = CATEL 1623, p. 123’. — 23. PIERRE DES VAUX-DE-CERNAY, Hystoria Albygensis, § 600 = GUÉBIN, LYON 1930, p. 293-295 – GUÉBIN, MAISONNEUVE 1951, p. 227. || TRADUCTEUR ANONYME, Histoire albigeoise, § 600 = GUÉBIN, LYON 1939, p. 186. || CONTINUATEUR ANONYME, Cansos, laisses 182-184 = MARTIN-CHABOT 1957, p. 272-286 (Illustration : Paris, B.N.F., fonds français, manuscrit 25425 [vers 1275], p. 148 [dessin à l’encre noire avec la légende, disparue vers 1760 : Can lo comte cobret Toloza]. Reproductions : H.G.L.2 1842, planche face à la p. 142’ [dessin gravé] – ROQUEBERT 1986, planche face à la p. 20 [photo] ; p. 521 [commentaire] – MARTIN-CHABOT 1931, p. XIX [légende] – MARTIN-CHABOT 1957, planche IV, face à p. 216 [photo] ; p. 316 [commentaire]. || ADAPTATEUR ANONYME, Cansos (remaniement en prose du quinzième siècle) = H.G.L.1 1737, c. 84-86 = H.G.L.2 1842, p. 511-512 = H.G.L.3 1879 (VIII), c. 152-153. || « […] cùm Comes intraret ad recuperandum Tolosam exierunt & obviaverunt ei Moniales sanctæ Crucis […] & petierunt eleemosinam ab eo, dicentes se non habere quod comederent […]. » Enquête sur Raymond « VI » de juillet 1247 (déposition de Jourdain de Copiac, ou de Sapiac, témoin 30) = PERCIN 1693, p. 79’’’ – Cf. GUÉBIN, LYON 1930, p. 294 (n.) || Enquête sur le mode de nomination des consuls de Toulouse, vers 1274 (Paris, A.N.F., JJ 305, n° 32 = MOLINIER 1882, nos 13, 14, 17, p. 37-39 = H.G.L.3 1885, nos 13, 14, 17, p. 166-167). || Actes de 1218 (voir ci-dessous, n. 24 et 25). Le dernier document qui mentionne Simon de Montfort comme comte de Toulouse est daté du 1er septembre 1217 ; le premier où Raymond « VI » réapparaît comme comte est du 23 septembre 1217 (Toulouse, A.D. Haute-Garonne, E 501 [1er septembre 1217, copie de décembre 1243] ; H Malte, Toulouse, 4, 206, 4e acte [23 septembre 1217] – MUNDY 1954, p. 298, n. 50 – Cf. GUÉBIN, LYON 1930, p. 294, n.). — 24. […] quidam homines et mulieres illius urbis Tolose iamdiu inde cum Symone Montisfortis et pro eo exierant et quidam alii homines et mulieres in aduentu ipsius comitis, quando uillam Tolose recuperauit, et postea absque consilio, assensu et uoluntate ipsius et eorumdem consulum et contra eos ab eadem urbe exierant. […] – […] qui sine consilio dicti domini comitis patris sui et eorumdem consulum ac contra eos similiter Tolosam exierant quando ipse dominus comes illam recuperauit […]. (Toulouse, A.D. Haute-Garonne, E 579 [copies authentiques de février 1224*] = H.G.L.3 1879 (VIII), n° 197 [I], c. 706-710 [mercredi 31 janvier 1218*] ; n° 197 [II], c. 710-711 [jeudi 7 juin 1218]). À l’encontre de ces transfuges fut prononcée la liquidation judiciaire de leurs biens. — 25. Bernardus […], qui de predicto negocio mandamentum ad faciendum cartam acceperat, quam non perfecerat, et quia post regressum domini Raimundi Tolosani comitis quem fecit in hac uilla Tolose predictus Bernardus […] ab hac uilla Tolose exiuit et diffugiuit, fuit cognitus a consulibus Tolosanis pro inimico domini Raimundi Tolosani comitis et tocius uille Tolose […]. (Toulouse, A.D. Haute-Garonne, H Malte, Toulouse, 1, 116 – DU BOURG 1883, p. 37-38 [« Arch. Toulouse, L. II. »] – GUÉBIN, LYON 1930, p. 294, n. – MUNDY 1954, p. 298, n. 48 – MARTIN-CHABOT 1957, p. 277, n. 3 – ROQUEBERT 1986, p. 66, 90). L’année suivante, Guillaume de Saint-Pierre, notaire de la cité, dûment autorisé par les consuls, acheva la rédaction de l’acte. — 26. « […] certains se réfugièrent dans la maison de l’évêque, dans le cloître Saint-Étienne ou dans le monastère Saint-Sernin, lesquels, par menaces et caresses, le comte fit revenir à lui quelques jours après. » GUILLAUME DE PUYLAURENS, Cronica, chapitre XXVIII (voir ci-dessus, n. 22). L’abbé de Saint-Sernin Jourdain et le prévôt de Saint-Étienne Mascaron livrèrent alors chacun son église, dont le faîte et le clocher furent mis en état de défense (CONTINUATEUR ANONYME, Cansos, laisse 183 = MARTIN-CHABOT 1957, p. 286). En novembre ou décembre, tenant conseil en l’église Saint-Sernin-du-Taur pour organiser la défense de Toulouse assiégée, Raymond « VI » se posait en serviteur de Dieu et en protecteur des maisons religieuses (CONTINUATEUR ANONYME, Cansos, laisse 191 = MARTIN-CHABOT 1961, p. 52).
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Le Président remercie Patrice Cabau de ces précisions qui viennent ainsi clore provisoirement la discussion.
Au titre des questions diverses, le Secrétaire général lit une note que nous communique notre consœur Valérie Rousset sur La chapelle des Pénitents bleus à Luzech (Lot) :
« La chapelle des Pénitents est l’un des principaux édifices du bourg castral de Luzech. Afin de mener le chantier de restauration dans le respect de l’édifice, la municipalité a engagé en 1999, sur les conseils de Monsieur Yves Augeard, Architecte des Bâtiments de France, une étude préalable confiée à Madame Nathalie Prat, Architecte du Patrimoine, accompagnée d’une étude des décors peints subsistant sur la façade orientale, confiée à Madame Sylvie Pontlévy, et d’une étude archéologique (1).
C’est au contact direct de la carriera drecha de la ville que l’on édifia, dans la première moitié du XIIIe siècle, l’édifice qui fut attribué dans les dernières années du XVIe siècle à une confrérie de Pénitents bleus. La tradition historique désigne ici une chapelle initialement placée sous l’invocation de saint Jacques et rattachée à un hôpital dont la localisation reste indéterminée. Une mention du pouillé Dumas au XVIIe siècle précise que ce sanctuaire servait alors aussi d’église paroissiale avant que l’on érige dans le barry del balat, dans la première moitié du XIVe siècle, l’église Saint-Pierre.
La chapelle forme un bloc compact de plan rectangulaire d’une surface au sol hors mur de 72 m². La nef unique composée de trois travées s’achève à l’est sur un chevet plat. Des voûtes sur croisées d’ogives épaulées à l’extérieur par des contreforts plats, et enveloppant les angles côté rue, couvrent l’ensemble. Le transfert du chœur d’est en ouest succéda de peu à l’établissement des Pénitents qui instaurèrent un portail
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et un nouveau clocher, côté rue. L’édifice est construit exclusivement en briques de forte épaisseur (l. : 32 cm, p. : 27 cm, e. : 6,5 cm). L’emploi de la brique n’est cependant pas rare à Luzech qui a bénéficié depuis le Moyen Âge d’une industrie tuilière active. En grand nombre, les demeures de la deuxième moitié du XIIIe siècle et du XIVe siècle présentent des appareils de briques de plus faible épaisseur (4,5 cm à 5 cm) associés, comme dans la ville de Cahors (2), à des moellons de calcaire. C’est sur la base du module des briques que l’on a établi l’épaisseur des contreforts et des ogives des voûtes. L’appareil est monté en lits réguliers soudés au mortier de chaux et de sable de rivière de forte granulométrie. Les joints de construction sont creux et biais afin de laisser une accroche suffisante au mortier de finition. Les élévations extérieures, qui conservent des séries de trous de boulin, sont traitées en joints de parement beurrés, lissés soigneusement pour affleurer au nu des briques. En revanche, à l’intérieur et sur le contour des baies extérieures, les parements ont reçu un enduit uniforme, appliqué en fine couche destinée à recevoir un décor peint. Hormis le portail d’entrée et le clocher rapportés à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle, la façade sur rue conserve ses dispositions initiales structurées autour d’un grand arc reçu par les deux contreforts plats. Cette » ossature » assure ainsi l’épaulement de la voûte ; elle répartissait également les charges d’un clocher primitif. Le dégagement des trois fenêtres logées sous des voussures coiffées d’arcs en plein cintre a permis de découvrir leurs ouvertures, réduites à une fente de 10 cm de large encadrée d’un large chanfrein. Pour pallier l’éclairage parcimonieusement diffusé par ces minces ouvertures, on a disposé au centre de la façade un oculus logé dans une voussure adoucie par une moulure en quart-de-rond. L’analyse de la façade par Sylvie Pontlévy a montré que le parement jointoyé avait été initialement recouvert d’un badigeon de chaux blanc (ce même badigeon est conservé par endroit sur la façade nord), sauf au contact des voussures et des encadrements extérieurs des baies qui ont reçu un décor de fausse briques ocre rouge sur fond laissé brut. Le principe n’est pas isolé, et a été répertorié sur quelques demeures gothiques de Cahors (3). Plus surprenante et plus rare est la présence du badigeon blanc qui ne fut recouvert qu’à partir du XVIe ou XVIIe siècle. À l’intérieur, le décor de briques gagne le contour des baies ; le revers de l’oculus concentre néanmoins les effets : une couronne de fausses briques ocre rouge borde l’entière circonférence de l’ouverture. Une frise soulignée de bandes ocres encercle l’ensemble ; elle est composée de cercles juxtaposés ajourés de pétales dont le tracé préparatoire à la pointe sèche et au compas affleure encore. Au nord, des sondages ont permis de révéler les vestiges de l’ancien portail dont l’arc légèrement brisé et aux arêtes vives apparaît sur le parement. Quelques traces retrouvées au-dessus témoignent de l’installation d’un auvent destiné à protéger le passage des fidèles.
Au sud, une petite porte sur laquelle sont incisées deux croix mettait en contact le chœur liturgique et l’extérieur sans doute occupé par un cimetière. L’abside et la nef sont couvertes de voûtes légèrement brisées, composées d’ogives portées par de puissants doubleaux retombant sur des pilastres. Leur section est celle des briques qui les constituent à l’exception cependant des biseaux qui ont été taillés dans le calcaire sur une hauteur de 120 cm. Désolidarisées des voûtains dont elles renforcent simplement les arêtes, elles sont représentatives de l’influence qu’ont exercé les modèles du gothique septentrional sur le Midi de la France à partir du dernier quart du XIIe siècle. Avec l’établissement de la confrérie des Pénitents, le parti a été de transférer le chœur à l’ouest, d’agrandir les fenêtres latérales et de créer à l’est un nouveau portail. Quelques traces ténues évoquent les deux Pénitents peints alors sur la façade sur rue. C’est sir cette nouvelle organisation que le XIXe siècle a surenchéri en complétant l’intérieur d’un décor mural aux motifs néogothiques.
Les travaux de restauration de la façade orientale sont en cours d’exécution. Ils concernent la consolidation des maçonneries, la restitution des joints de parement et des décors de fausses briques tels qu’ils étaient au XIIIe siècle. La fixation des plaques d’enduit et des traces des peintures du XVIe ou XVIIe siècle permet dès à présent de préserver le témoignage de l’intervention des Pénitents bleus.Valérie ROUSSET
1. Étude à paraître dans Bulletin de la Société des Études du Lot, 2000.
2. Scellès (Maurice), Cahors, ville et architecture civile au Moyen Âge, Paris : Éditions du Patrimoine, 1999 (Cahiers du Patrimoine n° 54), 253 p.
3. Scellès (Maurice), op. cit. »
Le Président remarque que les sondages réalisés dans cet édifice et la reprise de son étude sont tout à fait passionnants et contredisent tout ce qui a été écrit jusqu’à présent.
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LUZECH (LOT), CHAPELLE DES PÉNITENTS BLEUS, façade est. Relevé V. Rousset, 1999.
LUZECH (LOT), CHAPELLE DES PÉNITENTS BLEUS, vue de la nef. Cliché V. Rousset, 1999
LUZECH (LOT), CHAPELLE DES PÉNITENTS BLEUS, revers de la façade est :
l’oculus est entouré d’un décor de fausses briques et de cercles à motifs géométriques. Cl. V. Rousset.
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Anne-Laure Napoléone et Maurice Scellès présentent une brève étude d’un bâtiment rural médiéval aux Rivals, commune de Saint-Michel-de-Lanès (Aude) :
« La commune de Saint-Michel-de-Lanès se trouve aux confins occidentaux du département de l’Aude, à la limite de la Haute-Garonne, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Villefranche-de-Lauragais. Le village est bâti au bord d’un affluent de l’Hers ; le » château « , au sommet du village près de l’église, montre une haute élévation de moellons où subsiste une fenêtre géminée surmontée d’un oculus. La ferme des Rivals est située sur les coteaux, à quelques kilomètres au sud.
Sa silhouette est aujourd’hui celle de nombreuses fermes du Lauragais : un long bâtiment alignant sous le même toit maison d’habitation et dépendances. Côté sud, la façade principale de l’habitation présente sept travées dont les largeurs inégales trahissent la régularisation d’un bâtiment ayant connu plusieurs modifications. L’élévation postérieure juxtapose sans ordre des ouvertures de formes et d’époques différentes : petites baies rectangulaires, fenêtres du XVIIIe siècles couvertes par des arcs segmentaires, porte néo-classique et grandes fenêtres, porte de remise…
De l’extérieur rien ne laisse deviner à première vue le bâtiment médiéval. Ce sont en fait quatre portes placées sur le refend longitudinal, qui avaient été dégagées par le précédent propriétaire, qui ont attiré l’attention sur l’édifice. Profitant de l’opportunité qu’offraient des travaux de réaménagement, les relevés en plan et en élévation ont pu être précisés grâce à quelques sondages réalisés dans les enduits modernes, sondages néanmoins limités pour l’essentiel à la partie occidentale du bâtiment. L’étude a été complétée par un examen des bois remployés dans la charpente moderne et par une analyse de dendrochronologie confiée à Béatrice Szepertyski.Le bâtiment est entièrement monté en moellons de calcaire et de grès très irréguliers, vaguement assisés, comme le « château ». Les pierres de taille des chaînes et des encadrements des baies sont en calcaire clair de meilleure qualité.
En plan, la construction médiévale se distingue nettement des parties ajoutées par l’épaisseur des murs, excepté dans la partie nord du mur oriental où des manques importants sont dus à l’implantation de l’escalier actuel. Il s’agissait d’un bâtiment de plan rectangulaire, d’axe est-ouest, divisé en deux parties inégales par un mur de refend transversal dont la présence explique en particulier les deux portes jumelles de l’étage. Les murs latéraux se prolongent de près de quatre mètres au-delà de la façade sud qui était donc précédée d’une galerie.
La façade sud présentait en rez-de-chaussée une grande porte couverte d’un arc brisé, accolée au mur de refend, qui ouvrait sur la partie orientale du bâtiment. Une seconde porte, plus petite et couverte d’un arc en plein cintre, était disposée au milieu de la partie occidentale. Les deux portes de l’étage, de largeur différente (0,70 m et 1 m), l’une couverte d’un arc segmentaire, l’autre d’un arc brisé, sont placées de part et d’autre du mur de refend. Aucune autre ouverture n’a été reconnue dans cette élévation (1). Au sommet du mur, près de l’angle est, subsistent quelques plaques d’enduit dont le bord supérieur, conservé, coïncide avec le départ du rampant qui portait la toiture de la galerie.
L’élévation est, nous l’avons indiqué, a presque entièrement disparu. Il n’en subsiste que le mur de la galerie et, en rez-de-chaussée seulement, l’angle nord-est du bâtiment. Celui-ci présente un épaississement moderne qui a servi à masquer des canalisations, à un emplacement où se trouvaient déjà des écoulements (destinés à des latrines ou à un évier ?) aboutissant dans une fosse maçonnée et voûtée repérée lors des travaux récents, à l’extérieur, contre le mur nord.
L’élévation ouest ne présentait, de façon certaine, aucune ouverture ni en rez-de-chaussée ni à l’étage. La maçonnerie reprise à l’étage correspond à une grande cheminée dont le coffre en encorbellement a été démoli. Les jambages (2) et la pierre du contre-cœur, peut-être refait à une date inconnue, ont été retrouvés à l’intérieur.
Une chaîne en pierre de taille marque l’angle nord-ouest du bâtiment médiéval. Sur l’élévation nord, un petit jour rectangulaire, dont l’encadrement est chanfreiné, appartient au premier état de la construction : il éclairait la pièce ouest du rez-de-chaussée. L’enlèvement d’une partie de l’enduit à l’étage a permis de mettre au jour plusieurs piédroits de fenêtre appartenant à des états successifs. L’un d’entre eux doit être mis en relation avec un arc segmentaire visible dans le comble, que son tracé et son appareil permettent d’attribuer à la construction du Moyen Âge. La pièce possédait donc au moins une fenêtre que sa faible largeur et la hauteur de l’embrasure conduisent à imaginer en forme de lancette. La réfection de l’enduit de la façade nord permettra peut-être un jour de préciser la disposition et la forme des autres ouvertures médiévales.
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SAINT-MICHEL-DE-LANÈS, LES RIVALS, vue axonométrique du bâtiment médiéval conservé dans la construction actuelle.
SAINT-MICHEL-DE-LANÈS, LES RIVALS, essai de restitution de l’état d’origine du bâtiment médiéval,
vue axonométrique depuis le sud-ouest.
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SAINT-MICHEL-DE-LANÈS, LES RIVALS :
A. coupe de la sablière de la galerie ; B. sous-face et profil d’un chevron.Dans les deux pièces du rez-de-chaussée, les plafonds anciens conservés sont entièrement en sapin : ils sont composés de poutres de 25 cm de retombée et de planches perpendiculaires ; les couvre-joints sont soulignés par un filet ocre jaune. Dans les murs nord et sud, les poutres reposent sur une muraillère. Cette structure est celle des plafonds antérieurs aux plafonds à la française et elle est connue dans de nombreux bâtiments des XIIIe et XIVe siècles. L’analyse de dendrochronologie a cependant montré que tous les bois prélevés donnaient les années 1738-1754 alors que la muraillère était datée de 1392-1407 en intervalle minimum et de 1392-1422 en intervalle maximum. Il faut en conclure que les plafonds ont été refaits à l’identique au milieu du XVIIIe siècle.
La charpente, moderne, remployait plusieurs pièces de bois qui ont été déposées et analysées. Une poutre de forte section présentant à des espaces réguliers des groupes de trois mortaises pour un poteau et deux aisseliers correspond à la sablière haute de la galerie. Sa face supérieure est taillée en bâtière pour servir d’arrêt à l’encoche pratiquée sur les chevrons, dont l’extrémité est taillée en pointe de diamant. Sur les six exemplaires conservés, un a été daté de 1308-1326 et cinq de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe, tandis que la poutre formant sablière a été datée de 1515-1530 : les chevrons taillés en pointe de diamant se rencontrant assez fréquemment dans des édifices postérieurs au XVe siècle, la date la plus haute peut correspondre à un bois de remploi. S’ils confirment l’existence de la galerie et dans une certaine mesure sa structure, qui n’a probablement pas été grandement modifiée, les bois retrouvés ne permettent pas toutefois d’assurer que leur mode d’assemblage ait été utilisé avant le XVIe siècle.Le bâtiment médiéval des Rivals, qu’il faut donc dater de l’extrême fin du XIVe siècle ou du tout début du XVe, avait environ dix-huit mètres de long, comprenait un étage et était précédé du côté sud par une galerie à deux niveaux fermée de chaque côté par une avancée du mur latéral, où se trouvait sans doute l’escalier. Elle était portée par des piliers maçonnés ou des poteaux en rez-de-chaussée et des poteaux à l’étage, et était couverte par un toit en appentis ménageant sans doute une rupture avec la toiture principale. Comme au château de Bioule, les pièces ne prenaient pas le jour sous la galerie et c’est sur l’élévation nord, qui était donc l’élévation principale, tournée vers la vallée, que se trouvaient les jours du rez-de-chaussée et les fenêtres de l’étage. Les deux pièces du rez-de-chaussée pouvaient servir de communs alors que la cheminée nous assure que l’étage était voué l’habitation.
La fonction du bâtiment n’est toutefois pas connue : bâtiment d’habitation lié à une propriété agricole, » relais » pour les Hospitaliers ? Il pouvait en outre être accompagné de dépendances plus ou moins proches et peut-être construites en matériaux moins pérennes.A.-L. NAPOLÉONE & M. SCELLÈS
1. Les murs ont été observés en rez-de-chaussée sur la partie ouest, et des sondages réalisés à l’étage sur l’ensemble de l’élévation. Le petit jour aménagé plus tard sur la partie orientale du rez-de-chaussée est en faveur d’un mur aveugle à l’origine,
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et en outre un argument en faveur d’une galerie. Des incertitudes subsistent néanmoins à l’étage où des petites fenêtres pouvaient éventuellement exister à l’emplacement des percements modernes.
2. Au nu du mur et chanfreinés. »
Henri Pradalier complète cette présentation avec quelques notes historiques prises dans l’Histoire du Grand prieuré de Toulouse :
« D’après Du Bourg, il y avait à l’origine (la date n’est pas précisée), au Rival, un simple bâtiment d’exploitation agricole (il ne donne pas sa source). On ne sait quand cela devint une commanderie, mais, plus tard, les Hospitaliers reçurent en fief des seigneurs de Saint-Michel, un local dans la ville, où résidèrent les commandeurs tant qu’exista la commanderie. Situé au sommet du village, près de l’église, il est encore appelé de nos jours « le château ».
En 1144, une donation de peu d’importance à l’hôpital de Rival permet de constater son existence.
En mars 1167, Bernard de Saint-Michel et Dame Ayceline donnent à l’Ordre de Saint-Jean, à Guillaume, prieur de Saint-Gilles, avec leurs personnes, l’honneur qu’ils possédaient dans le territoire de Saint-Jean de Caprescorjade. La donation est approuvée par Sicard de Laurac et sa femme Tiburge, qui promettent leur protection à l’hôpital du Rival. Devenue veuve, Ayceline entra dans l’ordre de Saint-Jean qui lui confia la direction de la commanderie pour la remercier de ses bienfaits.
En mai 1175, Ysarn de Cominian donne à l’Hôpital tous les biens et les droits qu’il possédait à Saint-Michel de Lanès et à Saint-Félix de Valflour (aujourd’hui Belflou).
Guillaume de Castlar donne en 1185 le fief qu’il avait à Saint-Michel près de la route appelée del Bug et allant à l’Hôpital et à la recluse des Landes. Le donateur et ses frères jurent que loin de causer désormais des dommages à cette maison, à ses habitants, à ses récoltes, ils la prendraient sous leur protection et la défendraient de tout leur pouvoir.
Les Hospitaliers n’ont jamais joui d’aucun droit dans la commune de Saint-Michel de Lanès. En 1229, les habitants de Saint-Michel intentent un procès aux chevaliers de Saint-Jean, pour les obliger à participer à toutes les dépenses de la ville comme de simples particuliers. Foulque, évêque de Toulouse, qui était juge dans l’affaire, trancha en faveur des Hospitaliers et maintint l’Ordre dans ses privilèges et exemptions.
En 1266, les commandeurs du Rival ne prennent aucune part à la charte des communes octroyée aux habitants par Pons et Ycard de Saint-Michel et par leurs fils Bérenger, Guillaume et Gérard.
Peu après l’érection du prieuré de Toulouse (1315), la commanderie du Rival est rattachée à celle de Caignac. »
Henri Pradalier ajoute qu’il existe une monographie manuscrite de Saint-Michel de Lanès, rédigée par l’abbé Corraze, déposée aux archives départementales de la Haute-Garonne.
Anne-Laure Napoléone attire l’attention de la Compagnie sur les travaux qui seront bientôt réalisés dans le collège de Périgord et la Tour Mauran, et elle s’inquiète du traitement qui sera appliqué aux bâtiments alors que seule la tour « romane » est classée Monument historique. Les quelques discussions qu’elle a pu avoir l’ont convaincue qu’il serait opportun que la Société Archéologique du Midi de la France intervienne auprès de la Direction régionale des Affaires culturelles. Le Président précise que les locaux sont destinés à l’E.S.A.V.
Le Président remercie les membres de leur assiduité et leur participation à la vie de notre Société et prononce la clôture de l’année académique.
Bulletin de l’année académique 2000-2001
Tome LXI (2001)
Lire le compte-rendu
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Elle respecte la pagination de la version imprimée qui est mise en ligne au format pdf.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 207
SÉANCE DU 3 OCTOBRE 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Delaplace, Merlet-Bagnéris, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Gilles, Hermet, le Père Montagnes, Tollon, membres titulaires, Mmes Andrieu, Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, MM. Bordes, Cranga, Manuel, Molet, membres correspondants.
Excusés : Mmes Napoléone, Pousthomis-Dalle, MM. Boudarchouk, Évrard, Garland, Pradalier, Mgr Rocacher.
Invité : M. Paul Féron.Le Président prononce l’ouverture de l’année académique 2000-2001 et remercie les membres de leur présence. Notre Compagnie a ce soir un invité en la personne de M. Paul Féron, qu’il n’est plus besoin de présenter.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 23 mai et 6 juin 2000, qui sont adoptés.Le Président présente la correspondance manuscrite.
M. Jean Guyon, qui a bien voulu accepter depuis quelques années déjà de faire partie du comité scientifique de nos Mémoires, nous adresse un tiré-à-part d’un article très intéressant qu’il a consacré à Toulouse : Toulouse, la première capitale du royaume wisigothique, dans Sedes regiae (ann. 400-800), Barcelone, Reial Acadèmia de Bones Lletres, 2000, p. 219-240.
La Direction régionale des Affaires culturelles, en la personne du conservateur régional des Monuments historiques, M. Louis Allemant, répond à notre courrier de juin dernier par le refus d’instruire un dossier d’extension de la protection du collège de Périgord. L’affaire reste à suivre. Un membre indique que les architectes chargés des travaux sont très ouverts au dialogue. Le Président rappelle que notre souhait est que soit réalisé un relevé précis des bâtiments avant transformation. On fait remarquer que la question n’est pas en effet d’obtenir l’autorisation des architectes pour étudier l’édifice le soir ou le dimanche, mais qu’il soit procédé à une étude archéologique complète de l’édifice, ce que pouvait exiger le conservateur des Monuments historiques.
La correspondance comprend encore le programme du 126e congrès national des sociétés savantes des 9-14 avril 2001, et des invitations à différentes manifestations.Plusieurs dons viennent enrichir notre bibliothèque :
– Actes de la conférence nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts. Du pastel à l’espace. Toulouse 14-16 octobre 1999, Toulouse : 2000, 95 p. (offert par M. Féron) ;
– plusieurs numéros de L’Olifant, la revue du Musée Paul-Dupuy (offerts par M. Raynaud) ;M.S.A.M.F., t. LXI, p. 208
– Emmanuel Garland, Cloîtres romans des Pyrénées centrales. Saint-Lizier en Couserans, Saint-Gaudens, Saint-Bertrand-de-Comminges, PyréGraph, 2000, 81 p. ;
– Françoise et Yves Cranga, Midi-Pyrénées Terre de Jardins. Le temps et la mémoire, Aix-en-Provence : Édisud, 2000, 192 p. ;
– Murs… murs…, les secrets de la cathédrale. Fouilles archéologiques récentes de l’ensemble cathédral de Cahors, catalogue de l’exposition sur la cathédrale de Cahors, réalisée par le D.E.S.S. Patrimoine, 2000, 21 p.Le Président donne des informations sur le calendrier des séances de l’année, dont le programme n’est actuellement arrêté que pour le premier trimestre. Le Président rappelle que notre Société est riche de la seule valeur de ses membres et de leur contribution, et il espère que le calendrier sera bientôt complet. Il saisit l’occasion pour annoncer qu’il songe à organiser chaque année une journée autour d’une visite afin que les membres habituellement empêchés d’assister à nos séances par le calendrier ou la distance puissent y participer.
Le Secrétaire général indique que M. Bertand Ducourau a souhaité informer la Société que les travaux de restauration des peintures murales de l’église Notre-Dame-du-Taur seront engagés au mois d’octobre par M. Jean-Marc Stouff. Les membres de notre Société qui seront intéressés pourront visiter le chantier, qu’il souhaite pouvoir présenter sur place à notre Compagnie dès que les travaux seront suffisamment avancés.
L’ordre du jour appelle l’élection de membres correspondants. B. Tollon présente son rapport sur la candidature de Mme Fabienne Sartre et Michèle Pradalier-Schlumberger le sien sur celle de M. Christophe Balagna. Le Président donne lecture du rapport de Nelly Pousthomis-Dalle, excusée, sur la candidature de M. Laurent Macé. On procède au vote. Mme Fabienne Sartre, MM. Christophe Balagna et Laurent Macé sont élus membres correspondants de notre Société.
La parole est à Henri Molet pour une communication sur La topographie antique de la Garonne : questions relatives au gué du Bazacle et au « temple », publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie Henri Molet et remarque que cet été de séchéresse est devenu une aubaine pour les archéologues en leur permettant un réexamen de ce site, qui était finalement bien mal connu, alors qu’il s’agit à l’évidence d’un point important de la topographie urbaine et des circulations dans l’Antiquité et au Moyen Âge. L’édifice bien mystérieux qui ressurgit à cette occasion mériterait sans doute le recours aux techniques de l’archéologie subaquatique.
Maurice Scellès demande des précisions sur les emplacements respectifs du gué et du « temple », qui pourrait également être un monument commératif. Le Président s’enquiert d’éventuels monuments comparables, élevés au ras de l’eau, et Henri Molet cite l’exemple du monument bâti sur la Saône à Lyon.
M. Paul Féron ayant évoqué les travaux réalisés sur la chaussée en 1999, Henri Molet dit qu’il ne se trouvait pas à Toulouse à ce moment-là, et qu’il n’a donc pas pu en profiter pour compléter ses observations. À une autre question de M. Féron, il répond qu’aucun autre archéologue n’est intervenu à cette occasion.
L’abbé Baccrabère dit avoir été frappé par les blocs de maçonnerie en briques, et il demande à Henri Molet s’il a procédé à des mesures des modules. Celui-ci répond par l’affirmative en précisant que l’un d’entre eux est un module récent, du XVIIe ou du XVIIIe siècle ; on peut compter une dizaine de modules différents sur un mètre carré. L’abbé Baccrabère indique que les différences d’épaisseur des briques sont parfaitement significatives sur le rempart romain de l’Institut catholique, les briques antiques étant épaisses de 3 cm au maximum. Henri Molet avoue avoir mesuré pendant des années de très nombreuses briques pour finalement douter qu’il soit possible de dater une construction par le module employé. Il ajoute qu’il lui est arrivé de rencontrer des briques romaines épaisses de 4,1 ou 4,2 cm. Pour l’abbé Baccrabère, des briques antiques aussi épaisses existent en effet, mais elles sont très rares. Il rappelle que dans le cas des thermes de Saint-Michel-du-Touch le module permet tout à fait de distinguer les thermes du centre et ceux du sud, le module employé pour les seconds se retrouvant dans les réparations faites sur les premiers.
Patrice Cabau relève que l’on s’aperçoit une fois de plus que Catel est un historien qui occupe une place centrale dans les études toulousaines. Après avoir signalé qu’il faudrait revenir sur la datation du texte de Laroche-Flavin, il demande à Henri Molet s’il a été amené à revoir la gravure de Colignon. Celui-ci indique que la muraille placée au premier plan, sur laquelle est figuré un pêcheur, est le vestige d’un bastion emporté par une crue. Il confirme à Bruno Tollon qu’il correspondait à la demi-lune de la rive droite.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 209
SÉANCE DU 17 OCTOBRE 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Napoléone, Noé-Dufour, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Manière, le Père Montagnes, Mgr Rocacher, membres titulaires, Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Jimenez, Pujalte, MM. Bordes, Boudartchouk, Cranga, Garland, Manuel, Molet, membres correspondants.
Excusés : MM. Tollon, Pradalier.
Invités : Mme Gabrielle Odon, M. Christian Lacombe.
Le Président ouvre la séance et dit tout le plaisir que nous avons à avoir parmi nous ce soir notre confrère Gabriel Manière. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 octobre dernier, qui est adopté.
Le Président présente les ouvrages reçus, en remerciant les donateurs :
– les volumes 34 et 35 des Cahiers de Fanjeaux, dont nous mettons les sommaires en ligne sur le site Internet de notre Société ;
– Christophe Évrard, Chapelle des Pénitents Noirs de Villefranche-de-Rouergue, Éditions Empreinte, 2000, 24 p. (don de l’auteur) ;
– Quitterie Cazes, Saint-Pierre-des-Cuisines, Toulouse : Musée Saint-Raymond, 2000 (coll. Guides archéologiques du Musée Saint-Raymond), 64 p. (don de l’auteur) ;
– Gabriel Manière, Cazères et Couladère. Le site historique et paroissial de Saint-Vincent, 36 p. (don de l’auteur).François Bordes présente le programme des forums qui, avec l’exposition « Cité Mémoires », s’inscrivent dans la réflexion lancée par les Archives municipales de Toulouse sur la mémoire du troisième millénaire. Il indique qu’un forum consacré à la mémoire historique se tiendra à la manufacture des Tabacs, et que tous les membres de la Société archéologique y sont chaleureusement conviés.
Le Président signale la parution du n° 17 de la Lettre des Amis de l’Hôtel d’Assézat.
La parole est à Gabriel Manière pour une communication consacrée à l’Archéologie des Petites Pyrénées (Ausseing, Roquefort, Belbèze, Cassagne).Le temple gallo-romain de Belbèze-Pédègas, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie Gabriel Manière de nous avoir fait revisiter l’ensemble de ces fouilles historiques, en nous rappelant des conditions matérielles qui sont aujourd’hui un peu étonnantes. Une partie seulement a été publiée et c’est avec le plus grand plaisir que nous nous ferons un devoir de publier la seconde partie dans le prochain volume de nos Mémoires. Le Président note que c’est une chronologie un peu plus haute qui est maintenant proposée.
Daniel Cazes remercie à son tour Gabriel Manière et, pour l’avoir visité en 1965, confirme qu’il s’agissait d’un site extraordinaire. Il dit avoir été étonné par la quantité d’autels votifs mis au jour et voudrait savoir dans quelle position ils se trouvaient. Gabriel Manière précise qu’ils ont été trouvés un peu partout sur le site, sans position particulière. Daniel Cazes remarque qu’il s’agit néanmoins d’un ensemble homogène, exceptionnel par le nombre et le fait qu’ils aient été découverts sur un même site, alors que bien souvent les autels votifs sont retrouvés en remploi et donc hors de tout contexte. Il relève que c’est aussi un exceptionnel ensemble d’objets cultuels qui a été mis au jour, avec par exemple des strigiles et peut-être une cloche. Gabriel Manière précise que la cloche a été retrouvée dans une couche datable de La Tène.
Gabriel Manière explique ensuite comment il a été amené sur ce site, en cherchant à identifier le calcaire blanc d’un sarcophage, calcaire qui était celui des carrières de Belbèze. Louis Latour ayant fait remarquer qu’il s’agissait d’un paysage de garrigue, sans rien qui signale une occupation antique, Gabriel Manière raconte comment il a d’abord repéré des morceaux d’amphores, puis comment il a exploré tout le terrain. Daniel Cazes demande si le site a jamais été proposé au classement au titre des Monuments historiques. Gabriel Manière dit ne plus vouloir retourner sur place, tant l’état du site lui fait mal au cœur. On a emporté des pierres, tout est dégradé… Il se souvient qu’au cours des fouilles, il est arrivé que les sacs de fragments de poterie laissés sur place soient jetés par des inconnus dans la piscine. Des barbares !…
Louis Latour rappelle que les carrières de Belbèze étaient connues dans les années 1940, mais que l’on ignorait alors qu’elles avaient été exploitées dès l’époque romaine. Gabriel Manière évoque son travail avec Gaston Astre, et Daniel Cazes confirme que le calcaire de Belbèze, très reconnaissable à l’œil, est employé dès le premier siècle avant notre ère.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 210
Le Directeur fait à la Compagnie un bref compte rendu des sondages archéologiques réalisés en juin dernier à Martres-Tolosane sur le site de la villa de Chiragan.
SÉANCE DU 7 NOVEMBRE 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, Manière, le Père Montagnes, MM. Nayrolles, Prin, Roquebert, Tollon, membres titulaires, Mmes Fronton-Wessel, Watin-Grandchamp, MM. Balagna, Bordes, Boudartchouk, Burroni, Cranga, Manuel, Molet, Salvan-Guillotin, membres correspondants.
Excusés : MM. Garland, Lapart, Mgr Rocacher, M. Pradalier, Mme Pujalte.Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 17 octobre dernier, qui est adopté.
En complément, Louis Latour signale qu’il a reçu de Gabriel Manière une correspondance adressée à la Société, à laquelle notre confrère a joint un tirage de la photographie représentant M. et Mme Labrousse sur le site du temple de Belbèze en 1965, afin qu’elle soit publiée.Le Président souhaite la bienvenue à Christophe Balagna qui prend séance ce soir. Puis il rend compte de la correspondance manuscrite : des personnes ayant consulté notre site Internet nous demandent des précisions sur un article que M. le professeur Yves Bruand a consacré à Antoine Deville.
La parole est à François Bordes pour une communication sur Le feuillet « américain » des Annales de Toulouse (1371-1372), publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie François Bordes de cette brillante démonstration et s’étonne qu’aucun conservateur américain n’ait étudié et publié cette enluminure depuis un demi-siècle. François Bordes confirme que la bibliographie est ancienne, ce peu d’intérêt étant peut-être dû au fait que la Pierpont Morgan Library est d’abord une bibliothèque. Le Président ayant fait remarquer que l’état de l’enluminure paraissait assez médiocre, François Bordes précise qu’une petite partie est en effet déchirée mais que sa restauration permettrait sans doute de retrouver nombre de détails.
Le Président note que le tissu brodé sur lequel se détachent les consuls distingue cette enluminure des autres et il se demande s’il faut y voir l’exposition d’un tissu très précieux, les anges qui le tiennent n’ayant alors qu’une fonction décorative. Pour François Bordes, leur fonction peut, en effet, n’être que décorative, hypothèse qui a sa préférence, mais on ne peut exclure que leur présence ait été motivée par un événement particulier survenu pendant le mandat des consuls (il rappelle que l’enluminure est réalisée en fin d’année). On pourrait penser, par exemple, aux reliques redécouvertes à Saint-Sernin dans les années 1370-1375.
Le Président ayant fait remarquer que le personnage éventuellement assimilable au viguier pouvait rappeler uneM.S.A.M.F., t. LXI, p. 211
image de girouette, dans l’esprit de ce qui donnera plus tard les grotesques, François Bordes convient que la représentation serait en effet peu respectueuse.
Henri Molet s’étonne qu’aucun nom d’enlumineur n’ait été cité. François Bordes dit qu’ils ne sont pas connus, faute de comptes conservés. Seules les pièces à l’appui des comptes, sans mention de la qualité des bénéficiaires, subsistent pour les années 1371, 1372 et 1373. Henri Molet indique qu’il a trouvé mention de trois noms d’enlumineurs pour ces années et qu’il consultera ses fiches.
Michèle Pradalier-Schlumberger remarque que ces feuillets qui réapparaissent sont des jalons précieux pour suivre l’évolution des enluminures des Annales. Ils montrent une conception tout à fait différente du décor, avec d’autres significations. Les consuls sont groupés par deux, à l’instar des apôtres, et les anges ont visiblement une connotation religieuse, peut-être en écho à un événement survenu en 1371. Le style des anges les rapproche de ceux qui ont été peints au niveau inférieur du baldaquin de Saint-Sernin, à vrai dire assez mal datés mais qu’il faudrait situer dans la seconde moitié du XIVe siècle. François Bordes souligne que l’enquête doit être en effet poursuivie dans le domaine des comparaisons stylistiques.
Guy Ahlsell de Toulza demande quel est aujourd’hui l’état de la collection et il évoque le feuillet du Musée des Augustins depuis longtemps signalé comme étant en restauration. François Bordes indique qu’il a procédé au récolement de l’ensemble des enluminures et qu’il a pu vérifier que ce feuillet, très abîmé, était en effet en restauration. Guy Ahlsell de Toulza se souvient pourtant d’une photographie le montrant dans un assez bon état. François Bordes explique que tous les feuillets conservés du premier livre sont aujourd’hui aux Archives municipales, à l’exception d’un seul qui est resté au Musée des Augustins parce qu’il s’agit d’un dépôt du Musée du Louvre. Parmi les feuillets retrouvés, un certain nombre ont été restaurés et réintégrés à leur place dans les registres. Ceux qui étaient encadrés le sont toujours, et un feuillet a subi une dégradation.
Dominique Watin-Grandchamp demande si l’on peut espérer qu’elles seront un jour regroupées. François Bordes le souhaite, considérant que ces enluminures prennent leur véritable sens en retrouvant la place qui était la leur, avec les textes qui les accompagnaient.
Pour Guy Ahlsell de Toulza, il faudrait prévoir une publication exhaustive poursuivant l’édition donnée par Christian Cau. François Bordes dit que le projet en est lancé, plus ambitieux puisqu’il est prévu de publier non seulement les enluminures mais aussi les textes pour aboutir à une édition véritablement exhaustive des Annales. Une équipe sera prochainement chargée des transcriptions qui seront accompagnées d’un appareil critique. Il se consacre pour sa part à la reconstitution virtuelle du premier livre. François Bordes ajoute quelques précisions sur les difficultés techniques que présente la numérisation des feuillets.
Guy Ahlsell de Toulza demande si des progrès ont été accomplis dans l’identification des armoiries des Annales. François Bordes répond que ce n’est pas encore le cas, mais il est sûr qu’un travail effectué sur des clichés numériques permettrait de réelles avancées.Au titre des questions diverses, Robert Manuel communique à la Compagnie la liste des objets conservés dans l’église Saint-Michel à Cordes qui ont été protégés au titre des Monuments historiques par arrêté du 4 septembre 2000 :
– 1130. Statue, Vierge à l’Enfant, bois, grandeur nature, XVIIIe siècle ;
– 1131. Tableau, Vierge à l’Enfant, par C. Roques. Il s’agit en fait du tableau Vierge à l’Enfant au ciel acheté 1000 F. en 1843 par l’abbé Séré de Rivière, alors curé de Cordes, à Joseph Roques. La toile porte l’inscription peinte « Cher Jph Roques » – soit : Chevalier (de la Légion d’Honneur) Joseph Roques –, « peint âgé de 86 ans – 1843 ». Il a été demandé au préfet du Tarn de lever l’ambiguïté introduite dans l’attribution du tableau ;
– 1132. Ornements liturgiques : chasuble, voile du calice, manipule, bourse, chape, en tissu fleuri (1780-1820) ;
– 1133. Boîte aux Saintes huiles, par Jean II Bos, potier d’étain à Albi ;
– 1134. Buste reliquaire de saint Clément, bois doré.Notre confrère souligne que l’action conjuguée de la municipalité de Cordes et de la Société des Amis du Vieux Cordes n’est pas étrangère à cette décision qui, bien que tardive, répare un oubli manifeste. Les ouvrages comme le catalogue d’exposition L’âge d’or de la sculpture. Artistes toulousains au XVIIe siècle, ou Soiries en sacristie par Christine Aribaud, ne sont pas étrangers, non plus, à l’intérêt porté récemment par les pouvoirs publics au patrimoine de l’église Saint-Michel de Cordes.
Le Président remercie Robert Manuel de cette information.Maurice Scellès et Dominique Watin-Grandchamp présentent « l’hostellerie du Lion d’or » à Graulhet (Tarn) :
« Le bâtiment est situé sur un élargissement de la grand-rue médiévale qui forme l’actuelle place André-Bru, face à l’église reconstruite au XIXe siècle, et à l’angle de la rue du Chevalier-de-la-Barre. Il se signale dès l’abord par
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GRAULHET (TARN), « HOSTELLERIE DU LION D’OR », façade sur la rue.
Cliché D. Watin-Granchamp.GRAULHET (TARN), « HOSTELLERIE DU LION D’OR », galeries sur la cour..
Cliché D. Watin-Granchamp.ses dimensions et ses façades à deux niveaux en pan-de-bois sur un rez-de-chaussée maçonné. Côté place, le rez-de-chaussée a été remanié au XIXe siècle : entre deux baies de boutique, la porte est décorée d’une clef figurant un lion assis qui fait allusion à l’appellation traditionnelle du bâtiment. Sur la petite rue latérale, le rez-de-chaussée est entièrement en pierre de taille : un piédroit et le départ de l’arc permettent de restituer une porte couverte par un arc segmentaire.
Aux étages, les façades paraissent n’avoir été que peu remaniées. Le pan-de-bois est à grandes croix de Saint-André, les fenêtres conservent leurs appuis moulurés et certaines leurs croisées, avec des formes (appuis traités en biais sur les angles, chanfreins à congés en cuillère) qui sont plutôt en faveur d’une construction antérieure à l’époque moderne.La partie la plus spectaculaire, et aussi la plus intéressante pour l’étude de la distribution de l’édifice, est la cour qui a entièrement conservé ses deux niveaux de galerie. On y pénètre par un corridor qui sépare les deux boutiques, en franchissant une porte dont le linteau en bois est animé d’une accolade.
Le rez-de-chaussée est le niveau qui a été le plus remanié, et seule une étude très précise pourrait permettre d’en reconnaître les dispositions d’origine. Parmi les différents espaces qui entourent la cour, il faut en particulier remarquer la grande salle, munie d’une cheminée placée à l’angle sud-est : si l’hypothèse d’une auberge était vérifiée, il pourrait s’agir de la salle à manger. Il faut encore signaler plusieurs murs en pierre de taille, visibles au rez-de-chaussée et au sous-sol, qui pourraient avoir appartenu à des constructions antérieures au bâtiment actuel. Outre les gros poteaux de bois, chanfreinés avec des congés en cuillère, qui soutiennent les planchers, on notera au sous-sol le garde-manger ancien qui subsiste.
L’escalier, qui est sans doute à son emplacement d’origine, à l’angle nord-est de la cour, a cependant été entièrement refait à l’époque moderne. Il donne accès aux deux galeries des étages et aux pièces en enfilade situées sur le côté nord de l’édifice. On trouve à chaque étage deux pièces sur la grand-rue, et une série de petites pièces, parfois seulement éclairées en second jour, desservies par la galerie qu’une petite porte (les linteaux à accolade sont conservés) isole de la partie avant de l’édifice. Certaines de ces pièces ont été équipées de cheminées à partir du XVIIe siècle, et quelques cloisons ont été modifiées ou ajoutées. L’enlèvement récent desM.S.A.M.F., t. LXI, p. 213
enduits montre cependant que l’essentiel des dispositions d’origine est conservé et que la plus grande partie du détail des agencements pourrait être restituée, à condition de s’appuyer sur une analyse fine des structures et des bois. La même analyse devrait être appliquée à la charpente, dont certaines parties paraissent anciennes, pour permettre d’en connaître les dispositions d’origine.
En attendant les résultats de l’étude de dendrochronologie qui a été commandée, les seuls indices de datation sont les chanfreins à congés en cuillère, que l’on rencontre partout dans l’édifice, et le décor en accolade des linteaux des portes. Sur ces seuls critères stylistiques, l’édifice peut être daté du XVe siècle, au plus tard du début du XVIe.
Si sa date et son bon état de conservation en font déjà un édifice remarquable, son aspect le plus intéressant réside sans doute dans un programme qui paraît sensiblement différent de celui d’une maison bourgeoise. Après avoir identifié ses propriétaires depuis 1575 grâce à l’étude des cadastres, André Rodier émettait l’hypothèse que la demeure ait pu être à l’origine une hôtellerie. C’est cette hypothèse qu’il faut peut-être reprendre en la confrontant à une étude minutieuse des dispositions d’origine. »Après avoir remercié les orateurs, le Président s’inquiète du devenir de l’édifice. Dominique Watin-Grandchamp indique qu’il a été récemment acheté par la Ville de Graulhet pour en faire la Maison du patrimoine, ce qui devrait en particulier permettre de récupérer et de présenter une collection aujourd’hui dispersée.
Le Président et Bruno Tollon s’interrogent sur la réalité d’un « modèle » de la maison bourgeoise. En outre, une auberge ou une hôtellerie répond-elle à un schéma particulier, ou bien faut-il imaginer des solutions très variées ? Pour Maurice Scellès, il faut au moins s’attendre à un programme spécifique, qui doit compter une écurie, peut-être des espaces de stockage, une salle commune et des chambres nombreuses.
Jean Nayrolles ayant demandé si les documents faisaient mention d’une hôtellerie au XVe siècle, Dominique Watin-Grandchamp précise que l’appellation semble relever d’une simple tradition locale qu’il faudrait pouvoir vérifier.
Henri Molet demande des compléments sur l’analyse des documents cadastraux, puis convient avec Dominique Watin-Grandchamp que la reprise de l’étude serait nécessaire.
La Compagnie s’accorde à considérer qu’il s’agit d’un édifice exceptionnel qui mérite d’être traité comme tel.
SÉANCE DU 21 NOVEMBRE 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; l’abbé Baccrabère, M. Gilles, membres titulaires ; MM. Bordes, Boudartchouk, Manuel, Geneviève, membres correspondants.
Excusés : Mmes Napoléone, Pousthomis, le Père Montagnes, MM. Garland, Morvillez.
Invitée : Mlle Rieg.Le Président ouvre la séance et présente à la Compagnie Mlle Rieg, qui assume la fonction de bibliothécaire de l’Union des Académies et des Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat.
La parole est au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 7 novembre, qui est adopté.Louis Peyrusse présente deux ouvrages offerts par Daniel Cazes et Vincent Geneviève au nom du Musée Saint-Raymond :
– le catalogue de l’exposition Riches comme Crésus ? Toulouse, 1000 ans de monnaies, Toulouse, Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, 2000 ;
– Vincent Geneviève, Monnaies et circulation monétaire à Toulouse sous l’Empire romain (Ier–Ve siècle), Toulouse, Musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, 2000.Le Président annonce pour le 9 janvier 2001 une visite de l’exposition susdite, inaugurée le 18 novembre. Après avoir remercié les donateurs, il demande à Vincent Geneviève de présenter le volume dont il est l’auteur. Ce travail, consacré aux monnaies découvertes en fouille à Toulouse depuis une trentaine d’années, comprend le catalogue détaillé de 1726 monnaies qui s’échelonnent du IIe siècle avant notre ère au Ve siècle après, ainsi qu’une synthèse mettant en évidence la position de Tolosa dans les échanges, notamment la prépondérance de ses relations avec le monde méditerranéen.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 214
Le Secrétaire général donne quelques informations brèves :
– le tome LX (2000) des Mémoires est en phase de fabrication, ce qui laisse prévoir sa parution pour le début de janvier 2001 ;
– le site Internet de l’ensemble des Académies et des Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat change d’adresse : « http://www.pyrenet.fr./savants » devient « http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr » ; renvoi sera fait pendant un an de l’ancienne adresse à la nouvelle. Ce changement fait suite à l’acquisition d’un « nom de domaine », dont la propriété procure un avantage en termes d’indépendance vis-à-vis du serveur et paraît ainsi de nature à favoriser la pérennité de l’adresse dans le réseau mondial.Le Président annonce de nouveaux projets de communication proposés par le professeur Henri Gilles, concernant le chantier du pont de la Daurade au XVe siècle, et de Frédéric Veyssière, à propos d’une petite figure de Bacchus découverte à la villa d’Arnesp, à Valentine, d’une part, à propos des fouilles menées rue de l’Écharpe pour l’extension de la Fondation Bemberg, d’autre part.
La parole est ensuite à l’abbé Georges Baccrabère pour la communication du jour relative à La céramique du XVIIe siècle dans la Grande-Rue Saint-Michel à Toulouse, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie l’abbé Baccrabère, dont il admire le patient travail de collecte et d’étude : les révélations en série qui en résultent lui semblent être le fait d’une « sorte de magicien ». Louis Peyrusse s’étant enquis des circonstances de la découverte, Georges Baccrabère dit que celle-ci a été fortuite : la fosse du XVIIe siècle fut mise au jour en 1991 lors de travaux de terrassement pratiqués à l’intérieur des parcelles ; Gérard Villeval et lui-même purent recueillir le matériel que contenait cette fosse pendant la pause-repas des ouvriers. L’abbé Baccrabère se déclare touché par l’épithète de « magicien ». Il se souvient qu’à la fin des années 1970, Michel Labrousse, directeur de la Circonscription des Antiquités historiques de Midi-Pyrénées, l’avait désigné pour s’occuper des vestiges médiévaux qui apparaissaient dans les travaux du nouveau quartier Saint-Georges. Il recueillit alors quantité de vestiges, qui allaient jusqu’au XVIIe siècle. Ayant depuis publié presque toutes ces découvertes, il ajoute de temps en temps quelques nouveaux sites.
Le Président ayant demandé des précisions sur l’ouvrage consacré à la poterie toulousaine dont la parution a été annoncée pour le début de 2001, l’abbé Baccrabère répond qu’il s’agit d’une synthèse qui comprendra les articles qu’il a déjà publiés sur le sujet, plus trois ou quatre études nouvelles, le tout formant un volume d’environ 300 pages, abondamment illustré de croquis et de photographies.Georges Baccrabère ayant au cours de sa communication posé la question de la date de deux statuettes en céramique moulée, qui lui sembleraient légèrement antérieures à la fosse, Louis Peyrusse dit que la statuaire peut paraître plus archaïque que la vaisselle. Ces deux pièces, peut-être destinées à être accrochées à un mur (bénitiers ?), avaient une durée de vie supérieure aux ustensiles en céramique d’utilisation quotidienne. La figurine de la Vierge à l’Enfant paraît logiquement du XVIIe siècle, à en juger par le mouvement de son manteau. Celle de la Pietà peut sembler plus ancienne, en raison du caractère anguleux de ses formes, inspirées de l’imago pietatis du XVe siècle. Ces objets sont intéressants par ce qu’ils nous révèlent de la piété populaire. Une discussion s’engage ensuite entre Maurice Scellès, Daniel Cazes et Louis Peyrusse à propos de la stabilité, de la suspension et de l’emplacement originel de ces statuettes, qui semblent davantage faites pour être accrochées que posées. Pour Guy Ahlsell de Toulza, ces moulages issus de moules « bivalves » sont à rapprocher des figurines plus modernes destinées à être placées dans des niches, dans de petits oratoires domestiques. François Bordes se demande si de tels éléments mobiliers sont mentionnés dans les inventaires après décès, et Maurice Scellès s’ils apparaissent sur les peintures représentant des intérieurs du XVIIe siècle. Daniel Cazes fait remarquer les traces de l’engobe blanc qui recouvrait ces céramiques et il émet l’hypothèse d’un apprêt pour une polychromie qui aurait disparu.
Louis Peyrusse insiste encore sur l’intérêt de ces deux statuettes. Louis Latour ayant fait observer que seuls certains fragments de réchauds portent des traces de feu, Georges Baccrabère explique que ceux-ci n’étaient pas toujours garnis avec des braises et qu’ils pouvaient être parfois remplis avec de l’eau chaude ; il ajoute qu’il a recueilli dix-neuf objets de ce type, des XVIe–XVIIe siècles, et qu’il pense écrire un article sur le sujet.
Vincent Geneviève signale qu’un très abondant mobilier céramique de même époque et présentant les mêmes types a été découvert sur le site d’une pastellerie fouillé par Sébastien Poignant en novembre 1999, dans la commune de Montesquieu-Lauragais (Le Fort-La Monière), sur le tracé de la future autoroute A 66.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 215
Le Président donne la parole à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication brève sur les découvertes faites récemment à Vieille-Toulouse :
« Vieille-Toulouse, parcelles « Au Village » : découverte d’un fossé défensif et d’un puits à amphores
La fouille d’évaluation archéologique (AFAN) au lieu-dit cadastral « Au Village » sur la commune de Vieille-Toulouse, réalisée au début de l’année 2000, s’inscrivait dans le cadre d’un projet immobilier. La parcelle « Au Village » est sise en périphérie du site de la fin du deuxième Âge du Fer, dont l’emprise est maintenant connue après les fouilles extensives de 1969 à 1981.
Cette parcelle, propriété de M. Rivals que nous remercions ici, était recouverte d’une importante couverture végétale empêchant toute prospection au sol. Les sondages d’évaluation ont permis de mettre au jour un « puits à amphores » mais aussi et surtout un grand fossé.Un « puits à amphores »
Le puits est apparu au pied d’une rupture de pente, sur un petit replat dominé par un coteau très raide. Le comblement supérieur était matérialisé par une concentration d’amphores italiques décolletées plus ou moins fragmentés (3×3 m environ). Ces amphores ou fragments d’amphores ont été jetées dans le creusement en même temps que le sédiment limono-sableux – vraisemblablement issu de la couche géologique située sous le limon stérile, rencontrée dans d’autres sondages –, dans un souci d’obturer le départ du creusement. Les amphores forment un ensemble homogène, datable du premier quart du premier siècle avant notre ère.
Ce puits, apparemment isolé, est l’une des rares structures de ce type à avoir été mises en évidence dans la partie basse de ce versant. Ses caractéristiques sont représentatives des puits de Vieille-Toulouse : creusement « en entonnoir » de section carrée, cotés alignés sur les points cardinaux, comblement superficiel d’amphores décolletées…Un fossé défensif
Un grand fossé a été recoupé par quatre tranchées, au pied du coteau. Plus ou moins perpendiculaire au sens de la pente, il apparaît parallèle à l’axe du grand talus qui marque la limite nord de la parcelle « Au Village ».
Cette structure en creux inattendue constitue à notre avis une découverte majeure, même si les données sont très lacunaires en l’absence d’une fouille. Il s’agit d’un fossé à bords évasés et peut-être à fond plat, large d’au moins 7,5 m pour une profondeur supérieure à 3 m. Situé en pied de coteau, il paraît parallèle à la rupture de pente du talus actuel situé une dizaine de mètres plus au nord. Au vu de sa taille comme de sa position à un point particulièrement stratégique du coteau, il ne peut guère s’agir que d’un dispositif défensif. Ce fossé a fait l’objet ultérieurement d’un comblement rapide à l’aide d’un sédiment hétérogène incluant ponctuellement des amphores décolletées.
Ce fossé est ponctuellement oblitéré par une aire de circulation, rencontrée dans une seule tranchée sur une longueur de 6,5 m. Sa largeur reconnue est de 5 m au minimum. Il s’agit d’un niveau très compact de galets, calibrés et disposés en radier sur un seul niveau, mêlés à des éclats de marne et de sable dur. Les amphores découvertes dans le comblement du fossé, scellées par le niveau de circulaton, forment un ensemble homogène datable du dernier quart du deuxième siècle avant notre ère.
Le fossé pourrait être l’un des éléments d’un système de fortifications protégeant l’agglomération pré-romaine de Vieille-Toulouse dont pourrait également faire partie l’énorme talus, traditionnellement appelé « tumulus » ou « castellum« , qui couronne le point culminant de Vieille-Toulouse (271 m) et surplombe la parcelle « Au Village ». Ce talus, aujourd’hui réduit à une butte ovale prolongée par le parcellaire, devait à l’origine barrer la racine du plateau de La Planho. Un fossé existait peut-être à la base du talus du « castellum » : dans un sondage situé immédiatement sous la R.D. 95, à l’endroit où celle-ci a recoupé les terrassements défensifs du plateau, est apparu à une profondeur de 2,6 m un horizon similaire au comblement du fossé reconnu en contrebas.Les éléments recueillis lors des sondages, dans des conditions parfois difficiles, sont bien sûr très lacunaires et leur interprétation ne peut être que partielle et limitée. Néanmoins, la présence d’un grand fossé du IIe siècle avant notre ère comblé vers -130/-100 nous paraît être un élément nouveau pour (re)situer la capitale des Tolosates à Vieille-Toulouse, comme l’on s’en souvenait encore au Moyen Âge.
Jean-Luc Boudartchouk,
avec la collaboration de Philippe Gardes et Laurent Llech »M.S.A.M.F., t. LXI, p. 216
Louis Peyrusse remercie Jean-Luc Bourdartchouk pour ces informations, qui montrent combien le site très riche de Vieille-Toulouse est peu exploité par la recherche archéologique. Vincent Geneviève s’enquiert de la distance entre le fossé et la levée de terre située en contrehaut. Jean-Luc Bourdartchouk répond qu’elle est de l’ordre de 100 à 150 mètres. Il précise que la levée de terre, prise à la fin du siècle dernier pour une motte féodale, est aujourd’hui considéré par les spécialistes comme un talus protohistorique. Il ajoute qu’il existe la possibilité d’un premier fossé de pied de talus, complémentaire de celui découvert à flanc de coteau. Daniel Cazes relève l’extrême importance de cette découverte, qui renouvelle la problématique du site de Vieille Toulouse ; il signale que dans son ouvrage sur les Monumens religieux des Volces-Tectosages…, publié en 1814, Alexandre Du Mège parlait d’une levée de terre et d’un grand fossé. Maurice Scellès se demandant s’il faut souhaiter qu’il y ait des projets immobiliers pour que la recherche archéologique progresse à Vieille-Toulouse, Daniel Cazes rappelle que le fanum tout proche découvert en 1972 au lieudit « Baulaguet » a été remplacé par un lotissement, ce qui est aujourd’hui parmi les spécialistes un sujet de grande consternation. Jean-Luc Bourdartchouk précise que le flanc oriental de la butte ne fait pas partie de la zone protégée du site ; il estime qu’il faudra prévoir une fouille importante sur la seconde parcelle.
Au titre des questions diverses, une affaire bien inquiétante est signalée à la Compagnie : il semble en effet que l’on soit en train de démolir une tour du rempart romain. Cette tour, comprise dans un immeuble correspondant au n° 17 des allées François-Verdier et au n° 18 de la rue Sainte-Anne, est connue, comme la tour des Hauts-Murats, pour avoir conservé intacte sa salle basse voûtée. Le Service régional de l’Archéologie a été alerté. Sur place, il est impossible de voir quoi que ce soit : des palissades dissimulent le chantier aux regards du public. On propose que soit adressé au Directeur régional des Affaires culturelles un courrier portant demande d’information. Daniel Cazes évoque le problème, souvent abordé dans nos séances au cours de ces dernières années et de plus en plus aigu, du classement d’ensemble de l’enceinte romaine de Toulouse. Maurice Scellès note que ce qui paraît faire obstacle à une telle mesure est la complexité de la procédure administrative, vu la nécessité d’instruire un dossier et de prendre un arrêté de classement pour chaque propriétaire ; sans doute serait-il préférable de recourir à des dispositions ponctuelles et successives de protection pour des parcelles particulières, chaque fois qu’il apparaît que des vestiges du rempart sont menacés. Daniel Cazes revient sur l’importance archéologique du site de la rue Sainte-Anne, tant pour l’Antiquité que pour le Moyen Âge. Des sondages d’évaluation menés en 1992 sous la direction de Mme Marie-Geneviève Colin, alors Conservateur du Service régional de l’Archéologie, en collaboration avec Quitterie Cazes, et la thèse de cette dernière, Le Quartier canonial de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, publiée en 1998, en ont récemment montré tout l’intérêt.
La parole est à Louis Latour, qui soumet à l’examen de la Compagnie le relevé d’une inscription qui se voit sous une peinture murale dans l’église d’Ercé (Ariège), relevé qui lui a été communiqué par Mme Françoise Piquemal, restauratrice. Il dit ensuite avoir reçu de M. Bertrand Carton une proposition relative à la communication d’une collection de photographies concernant Bertrand Sapène.
SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 2000
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; l’abbé Baccrabère, MM. Hermet, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Jimenez, Napoléone, Pujalte, Sartre, Watin-Grandchamp, MM. Balagna, Bordes, Burroni, Mange, Testard, membres correspondants.
Excusé : M. Geneviève.Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance précédente, qui est adopté.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite, puis il présente à la Compagnie un fort volume offert par Chantal Fraïsse : Moissac et la Révolution, [Moissac, 2000], 600 pages environ. Sur sa demande, l’auteur présente cet inventaire analytique des archives municipales de Moissac pour la période révolutionnaire, un fonds très riche (séries consulaires, délibérations municipales, registres de la Société populaire…) qui permet des éclairages croisés sur les institutions politiques, la société civile, la vie quotidienne d’une petite commune prise dans des événements qui la dépassent. Louis Peyrusse remercie Mme Fraïsse et, reprenant une formule d’Erwin Panofski, déclare que cet ouvrage est « une de ces locomotives sans lesquelles les chercheurs vont à pied ».M.S.A.M.F., t. LXI, p. 217
Des informations sont données concernant le chantier récemment ouvert au 18, rue Sainte-Anne, dont il a été question dans la séance du 21 novembre. Le projet en cours de réalisation, doté de tous les permis légaux de démolir et de construire, prévoit l’édification d’un immeuble de 28 logements. Le Service régional de l’Archéologie est intervenu sur le site en procédant à un sondage complémentaire. Les substructions de l’ancienne église Saint-Jacques et sa crypte ont été de nouveau mises au jour ; le recours à des fondations sur micro-pieux pour les nouveaux bâtiments est censé éviter la destruction de ces vestiges. La tour de l’enceinte romaine, conservée sur une grande partie de son élévation, demeurera englobée dans des constructions. Quant à l’église des dominicaines élevée au XIXe siècle sur les plans de l’architecte Henri Bach, elle est déjà en grande partie détruite. Il faut donc déplorer que la chronique du vandalisme à Toulouse s’enrichisse d’un nouvel épisode.
Le Président donne la parole à Fabienne Sartre pour la communication du jour, consacrée à La sculpture à Toulouse dans la première moitié du XVIIIe siècle, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie Fabienne Sartre et la félicite pour son exposé très intéressant, qui réinsère un grand artiste, Marc Arcis († 1739), dans le contexte de son temps. Il constate que la décennie 1750 représente manifestement pour la sculpture à Toulouse une époque-charnière, et Mme Sartre confirme que la disparition des disciples de Marc Arcis a constitué une rupture.
Louis Peyrusse note l’extrême médiocrité du milieu toulousain avant la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, en 1750, et demande si l’on connaît ailleurs une semblable situation. Fabienne Sartre répond qu’il lui semble en avoir été autrement en Provence, mais qu’en général – c’est-à-dire sauf commanditaire exceptionnel – les sculpteurs du roi établis en province ont bénéficié de bien peu de commandes. Cela peut s’expliquer par des problèmes de financement inhérents à un contexte économique difficile. Même s’il faut reconnaître que l’on ne sait pas grand-chose des commandes privées, la période antérieure au milieu du XVIIIe siècle ne paraît guère offrir de conditions favorables au développement de la sculpture. Sans doute la création des Académies royales a-t-elle quelque peu amélioré la situation.
Louis Peyrusse se dit frappé par la permanence de la terre cuite dans la sculpture toulousaine de la première moitié du XVIIIe siècle ; il demande si l’on a des informations sur les techniques de moulage, les modes de cuisson. Mme Sartre dit n’avoir rien trouvé de tel dans les archives ; elle suggère à ce propos l’intérêt qu’aurait une étude scientifique des techniques, notamment des enduits dont les figures en terre cuite étaient revêtues. Concernant Marc Arcis, il lui semble probable qu’ayant repris l’atelier de son beau-père Gervais Drouet, il a utilisé ses équipements ainsi que ses méthodes.
Louis Peyrusse relève la ressemblance existant entre l’autoportrait sculpté de Marc Arcis et l’autoportrait gravé d’Antoine Rivalz. Fabienne Sartre dit que Rivalz semble s’être inspiré de l’œuvre d’Arcis, qui a lui-même pris modèle sur un portrait dû à Antoine Coysevox.Daniel Cazes aborde les problèmes posés par l’emploi des marbres pyrénéens à l’époque moderne. Concernant la sculpture sur marbre, Mme Sartre cite le cas du monument du maréchal d’Ambre, à Lavaur, réalisé en marbre des Pyrénées, ainsi que celui des statues du retable du maître autel de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse. Après avoir signalé que des problèmes d’approvisionnement en marbre sont évoqués dans les actes relatifs aux travaux de sculpture réalisés au château de Pau, pour lesquels il ne se trouvait pas de blocs assez importants, elle mentionne un rapport de Marc Arcis mettant en évidence les difficultés rencontrées dans l’exploitation des marbres pyrénéens.
Bruno Tollon déclare s’associer aux félicitations décernées par Louis Peyrusse à Fabienne Sartre pour sa thèse, qui constitue un apport majeur à la connaissance de Marc Arcis et qui mérite publication ; il procède ensuite à une série de remarques de détail : au sujet des litiges entre menuisiers et sculpteurs, il rappelle que ceux-ci n’avaient pas de statut, la sculpture étant un « art libéral », et que leurs « empiétements » représentaient une menace pour la corporation des charpentiers ; s’agissant de la sculpture en terre cuite, il note qu’elle existait avant Gervais Drouet et Marc Arcis, notamment avec la dynastie de Gaillard Bor, et il se réfère aux statuettes du dix-septième siècle présentées par Georges Baccrabère lors de la séance précédente ; quant aux matériaux mis en œuvre, il remarque leur diversité (bois, terre cuite, stuc, marbre) ainsi que la polyvalence des sculpteurs ; concernant l’emploi du marbre, il fait observer que si le Carrare est apparu dans la région de Toulouse à partir de l’achèvement du canal de Languedoc, des importations avaient eu lieu antérieurement ; pour finir, il fait remarquer la lésine de la Ville, qui marchandait les devis ainsi que les paiements.
Mme Sartre répond que si Marc Arcis a été contraint de multiplier les démarches pour se faire payer des sommes dérisoires, les marchandages n’ont jamais porté que sur les devis. Puis elle rappelle que lorsque l’expression d’« artM.S.A.M.F., t. LXI, p. 218
TOULOUSE, RUE SAINTE-ANNE, maison des Filles de la croix de Saint-André,
chapelle construite par Henri Bach vers 1859 : élévation sur la cour. Cliché Martine Rieg.TOULOUSE, RUE SAINTE-ANNE, maison des Filles de la croix de Saint-André, chapelle : élévation sur la rue.
Cliché Martine Rieg.TOULOUSE, RUE SAINTE-ANNE, maison des Filles de la croix de Saint-André, chapelle : vue de la nef en direction de l’abside.
Cliché Martine Rieg.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 219
libéral » a été utilisée pour qualifier la sculpture, c’était au début du XVIIe siècle, en 1626, dans le procès qui opposait Arthus Legoust aux menuisiers, et que l’on s’est par la suite écarté d’une telle conception. Elle ajoute enfin qu’aux environs de 1700 l’acharnement procédurier des menuisiers contre les sculpteurs peut s’expliquer par une conjoncture économique difficile.
Bruno Tollon intervient à nouveau pour préciser que la sculpture est en dormance dans une ville de province s’il n’y a pas de grand chantier ; en s’établissant à Toulouse et en y faisant carrière, Marc Arcis, pourtant artiste d’envergure appelé à travailler à Versailles, a sans doute manqué d’ambition.Daniel Cazes revient sur les problèmes relatifs à l’utilisation des marbres des Pyrénées : il lui paraît nécessaire de réviser une opinion commune, selon laquelle les carrières pyrénéennes n’auraient pu livrer des pièces de dimensions suffisantes pour réaliser des œuvres de grande taille ; les vestiges de l’architecture et des sculptures monumentales de l’Antiquité contredisent cette assertion. M. Cazes met en avant les difficultés techniques et économiques de l’extraction et du transport des blocs, soulignées au XIXe siècle lorsque l’on voulut à nouveau exploiter les carrières pyrénéennes. Fabienne Sartre abonde en ce sens et cite une nouvelle fois le rapport établi par Marc Arcis, où il apparaît que les savoir-faire anciens étaient tombés dans l’oubli.
Le Président donne la parole au Secrétaire général pour un rappel intéressant l’édition des Mémoires. Maurice Scellès signale ensuite une étude consacrée au site Internet de notre Société : Patrick Fraysse, « Une société savante s’affiche sur le Net : Mémoires de la Société archéologique du Midi », dans Translations culturelles : autour des revues archéologiques, Actes du séminaire 1998-1999, volume 6, LERASS-Information et communication entre chercheurs, Université de Toulouse 3. IUT, 1999, p. 21-33.
Puis la Compagnie entend une information relative au site de l’ancien Hôpital Saint-Jacques de Castres, à l’emplacement duquel un parc de stationnement doit être aménagé. Les démolitions projetées menacent les vestiges de la chapelle de l’Hôpital, qui paraissent conservés dans l’îlot et qui remontent probablement au XIIIe siècle. L’opération a motivé une intervention au titre des Monuments historiques, mais on peut craindre que celle-ci n’ait guère d’effet : par suite de la décentralisation, l’avis de l’État a de moins en moins d’incidence sur les décisions des collectivités locales. À cet égard, un membre constate que l’autorité préfectorale s’abstient généralement de s’opposer aux projets des municipalités.
SÉANCE DU 19 DÉCEMBRE 2000
Présents : MM. Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, ; Mme Merlet-Bagnéris, Napoléone, M. l’abbé Baccrabère, le Père Montagnes, M. Pradalier, Mgr Rocacher, membres titulaires ; Mmes Andrieu-Hautreux, Fronton-Wessel, MM. Bordes, Boudartchouk, Cranga, Molet, Testard, Veyssière, membres correspondants.
Excusés : MM. Peyrusse, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mme Fraïsse, MM. Garland, Geneviève, Lapart.
Invités : Mlles Stéphanie Dumay, Aurélie Lajaunie, Sarah Rey, MM. Laurent Claeys, Marc Comelongue, Forichon.Le Directeur ouvre la séance et demande à la Compagnie d’excuser l’absence du Président, en voyage d’étude à Bordeaux. Il se félicite que nous soyons néanmoins nombreux pour cette séance historique, la dernière du millénaire.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté. Le Directeur remercie Patrice Cabau de ce compte rendu très complet.
Intervenant à propos du site de l’église Saint-Jacques, au n° 18 de la rue Sainte-Anne, Mgr Rocacher précise que la maison des Filles de la croix de Saint-André était abandonnée depuis huit ans et dit avoir vu un bulldozer décaisser le sol en profondeur et à grande vitesse. Le Directeur rappelle que la question a été évoquée à deux reprises au cours des dernières séances et indique qu’il a eu, entre-temps, l’assurance que le Service régional de l’archéologie avait le contrôle du chantier : des sondages complémentaires sont programmés et le rempart serait conservé. Notre Société s’est inquiétée du sort de la crypte de l’église Saint-Jacques : les fondations des nouvelles constructions seront réalisées sur micro-pieux afin de la sauvegarder.
Le Secrétaire général intervient en rappelant que notre Société a déjà eu à examiner en séance cette technique prétendue non destructrice (M.S.A.M.F., t. LVI, p. 306) : il était apparu que l’emprise des forages nécessaires et la distance entre les micro-pieux équivalaient de fait à une quasi-destruction, en particulier sur des vestiges bâtis. Plusieurs membres remarquent que tout est parfait d’un point de vue légal et que nous sommes tout à fait impuissantsM.S.A.M.F., t. LXI, p. 220
devant le fait accompli. Il manque en réalité une volonté affichée de conserver les vestiges archéologiques, ce qui, dans ce cas, aurait impliqué l’achat des parcelles concernées. Il faut bien constater que l’opinion publique toulousaine reste indifférente à cette question et que notre tâche doit être de poursuivre nos efforts pour tenter de la sensibiliser à la conservation du passé de la ville.
Le Directeur présente à la Compagnie le beau volume offert pour notre bibliothèque par Henri Pradalier : Sylvie Augé, Nelly Pousthomis, Michèle Pradalier-Schlumberger, Henri Pradalier, Saint-Bertrand-de-Comminges, le chœur Renaissance. Saint-Just de Valcabrère, l’église romane, Graulhet : Éd. Odyssée, 2000, 287 p. Ce volume s’inscrit dans une série qui nous a déjà émerveillés avec les peintures de la cathédrale d’Albi et qui se signale par la très grande qualité des photographies de Michel Escourbiac et le soin qu’il apporte à l’édition.
La parole est alors à Jean-Luc Boudartchouk pour la communication du jour : La Daurade wisigothique. Autour d’un fragment d’inscription en mosaïque partiellement inédit, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Directeur remercie Jean-Luc Boudartchouk de cette nouvelle présentation d’un sujet auquel tant d’auteurs se sont depuis si longtemps intéressés. À défaut de tirer des conclusions définitives, il faut noter que les rapprochements avec les temps wisigothiques de Toulouse sont troublants : la confrontation d’Almachius et de Théodoric, le premier ou le second, serait rappelée dans un édifice qui se trouvait en effet dans le quartier wisigoth de Toulouse, quartier dont la structuration serait très comparable à celle du quartier des Ariens à Ravenne. Des fouilles archéologiques sur l’ensemble du site seraient nécessaires, mais il est clair que l’on a progressé depuis une dizaine d’années.
Mgr Rocacher exprime son admiration devant autant d’érudition et félicite Jean-Luc Boudartchouk d’avoir rétabli la lecture alma à la place de olim. Il lui paraît cependant que notre confrère s’est fourvoyé en ne retenant pas le mot alma dont l’Écriture donne de nombreux exemples : alma redemptoris mater. C’est en particulier le cas du livre d’Isaïe, souvent cité aux Ve et VIe siècles. Mgr Rocacher y voit la confirmation d’un thème fortement marial, correspondant au programme des mosaïques de l’ancienne église de la Daurade, qu’il faut situer après le concile d’Éphèse en 431, et il ne croit pas à l’hypothèse d’une inscription en mémoire d’Almachius. Jean-Luc Boudartchouk rappelle qu’il a bien envisagé ce premier sens, mais qu’il l’a abandonné parce que le manuscrit de Malliot signalait un mot tronqué, ce qui excluait alma, qui est invariable dans cette expression ; de ce fait, la seconde hypothèse lui a paru intéressante à développer. Mgr Rocacher lui ayant demandé s’il n’avait pas ignoré les fouilles de 1962, Jean-Luc Boudartchouk précise qu’il a consulté avec beaucoup d’intérêt les carnets qui sont conservés.
Maurice Scellès demande comment il faut entendre le groupe ubi alma si l’on retient cette lecture. Il s’ensuit alors une discussion sur l’emplacement possible du fragment de mosaïque dans le chœur de l’ancienne église. Daniel Cazes rappelle que l’état du fragment du Musée Calvet ne permet pas de conclusion de ce point de vue.
S’adressant à Patrice Cabau, M. Forichon demande si l’on connaît un Antonin sous le règne de Théodoric. Mgr Rocacher rappelle que la liste épiscopale est interrompue pour cette époque. Patrice Cabau évoque la question des sources en rappelant que l’une des versions de la Vie de saint Antonin aurait été fournie par le pape Pascal II à l’évêque de Barbastro, Raymond Guillaume de Durban (1104-1126). Il en existerait un exemplaire du XIIIe siècle sur parchemin qu’il n’a pu consulter, la Bibliothèque municipale de Toulouse étant actuellement fermée, et qu’il faudrait pouvoir comparer aux manuscrits de la Bibliothèque nationale. On aurait proposé à Antonin, qui aurait toujours refusé, de devenir évêque, et il faut entendre évêque de Toulouse, mais son martyre n’a pas eu lieu à Toulouse. La version qu’en donne Nicolas Bertrand est en tout cas trop enrichie pour être utilisable. Pour Jean-Luc Boudartchouk, l’intérêt du texte de Nicolas Bertrand est d’offrir une compilation de traditions anciennes qu’il convient sans doute de ne pas négliger.Françoise Merlet-Bagnéris signale que le sondage archéologique qu’elle a pratiqué il y a quelques années dans un amphithéâtre de l’École des Beaux-Arts a en particulier permis de recueillir quelques tesselles et une base de colonnette. La cour de l’école, sur l’emplacement du cloître roman et contre l’église, devrait faire l’objet d’une fouille programmée alors que les conditions sont aujourd’hui plus favorables qu’elles ne l’étaient auparavant. Jean-Luc Boudartchouk se dit tout à fait convaincu.
Maurice Scellès rappelle que le fragment du Musée Calvet n’a pas été étudié du point de vue de la technique de la mosaïque, qui permettrait peut-être d’en préciser la datation. Jean-Luc Boudartchouk note qu’une datation du Ve siècle ne résoudrait pas le problème posé par l’inscription.
Au titre des questions diverses, Frédéric Veyssière présente un relief de Bacchus en marbre mis au jour à Valentine :
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 221
« En septembre 2000, le suivi archéologique (1) effectué sur le site de la villa gallo-romaine d’Arnesp à Valentine, mettait au jour un relief portant une représentation de Bacchus, dieu romain de la vigne et du vin. La Conservation Régionale des Monuments Historiques avait le projet de décaisser entièrement la chaussée (2) qui traverse le site archéologique, afin de mettre celui-ci en valeur.
La villa gallo-romaine se situe à quelques kilomètres au sud-ouest de Saint-Gaudens. Elle est implantée sur la terrasse würmienne, en rive droite de la Garonne, au pied d’un pays de moyennes montagnes très boisées. Les fouilles archéologiques réalisées entre 1949 et 1981 par G. Fouet (3) ont montré l’existence de deux états successifs dans la villa, dans le courant du IVe siècle de notre ère. Une occupation, mal connue, pourrait remonter au Ier siècle de notre ère.
La base de cette chaussée moderne est constituée par un hérisson de gros galets provenant de la Garonne, dans lequel se trouvent des éléments de décors sculptés et de constructions antiques en remploi (4). Une couche compacte, épaisse de 10 cm, de graviers argileux contenant des éléments de placage en marbre surmonte le hérisson. L’ensemble est scellé par 5 cm de macadam goudronné. Parmi les éléments lapidaires récupérés, un bloc de marbre blanc (5) sculpté représente un petit personnage nu, sous une petite corniche, tenant dans sa main droite une coupe qu’il tend à un animal qui semble bien être un félin. Il s’agit de Bacchus abreuvant une panthère, son animal favori (6).Bacchus est représenté avec ses attributs : un thyrse qu’il tient de la main gauche levée au-dessus de l’épaule et un canthare dans la main droite baissée. Le bras gauche est horizontal à partir de l’épaule et puis replié au coude vers le haut. La partie supérieure de la tête du personnage et sa main gauche sont brisées. Il est imberbe et prend appui sur sa jambe droite, la gauche est un peu repliée et très légèrement en retrait. Il est représenté en pied,
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 222
entièrement nu. La tête légèrement penchée vers la droite ainsi que le déhanchement bien marqué inscrivent le personnage dans un » S « , dont l’effet est accentué par la disposition inverse des bras. Le canthare est représenté de manière assez soignée. Le bourrelet de la lèvre ainsi que l’anse sont bien indiqués. Il n’y a aucun détail particulier, visible sur la panse. Le canthare est matériellement solidaire de la gueule de la panthère, pour figurer le liquide versé. L’arrière-train du fauve se trouve en arrière de la jambe droite de Bacchus. La petite corniche moulurée se prolonge uniquement sur la moitié de la face latérale droite. Elle est ensuite relayée par des petites rainures horizontales. La face arrière du bloc est brute avec quelques traces de piquetage.
Le Bacchus est à rapprocher d’un petit relief d’une facture assez semblable, provenant également de la villa de Valentine, dans lequel G. Fouet voyait un dieu champêtre (7).Frédéric Veyssière »
1. La Conservation Régionale des Monuments Historiques (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées), maître d’ouvrage du projet, a assuré le financement et confié sa gestion à l’antenne Grand-Sud-ouest de l’Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales. Le suivi scientifique de l’intervention a été assuré par le Service Régional de l’Archéologie de Midi-Pyrénées.
2. L’aménagement de cette chaussée est contemporain du creusement du canal, effectué au cours de l’année 1931.
3. G. Fouet, « La villa gallo-romaine de Valentine (Haute-Garonne). Aperçu préliminaire », Revue de Comminges, t. XCI, 1978, p. 145-157 ; G. Fouet, « Sauvetage d’une mosaïque dans la villa de Valentine », Revue de Comminges, t. XCII, 1979, p. 153-163 ; G. Fouet, « Le sanctuaire gallo-romain de Valentine », Gallia, 42, 1984, pl. 53.
4. Des moellons en calcaire et en granit, une plaquette de marbre blanc avec trace de mortier rose et un bloc de marbre blanc.
5. Hauteur: 30 cm ; largeur : 22 cm et épaisseur : 9 cm.
6. La partie supérieure du thyrse a été brisée ; il se réduit à un simple bâton. La partie inférieure de l’animal et les pieds du personnage sont tronqués.
7 Actuellement conservé au dépôt de fouilles de Valentine.Frédéric Veyssière sollicite l’avis de la Compagnie et des spécialistes qui pourraient éventuellement lui communiquer des éléments de réponse. Maurice Scellès lui indique un petit relief d’une facture assez semblable, actuellement conservé dans le musée de Valentine, dans lequel Georges Fouet voyait un dieu champêtre. Daniel Cazes note que la forme ne serait pas incompatible avec un autel bachique, si l’on en juge d’après la photographie, mais il serait bien sûr nécessaire de voir l’objet.
Le Directeur remercie la Compagnie et souhaite à tous les membres d’excellentes fêtes de fin d’année.
SÉANCE DU 9 JANVIER 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste, Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Mmes Labrousse, Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Pradalier, Mgr Rocacher, MM. Tollon, Vézian, membres titulaires ; Mmes Andrieu-Hautreux, Fraïsse, MM. Cranga, Geneviève, Manuel, Testard, Veyssière, membres correspondants.
La Compagnie se retrouve au Musée Saint-Raymond où elle est accueillie par Daniel Cazes. Après les vœux pour la nouvelle année, la parole est à Vincent Geneviève qui, avec le concours de Mlle Lydia Mouysset, présente à la Compagnie l’exposition Riches comme Crésus ? Toulouse, 1000 ans de monnaies.
Le Président remercie Vincent Geneviève et Lydia Mouysset et les félicite pour cette exposition tout à fait passionnante, puis il souligne la remarquable qualité du travail réalisé par Vincent Geneviève sur les monnaies antiques trouvées à Toulouse. Comme il s’enquiert des origines du fonds exceptionnel que conserve le Musée Saint-Raymond, Vincent Geneviève et Daniel Cazes indiquent que de nombreux achats effectués à la fin du XIXe siècle et au début du XXe sont venus s’ajouter au médaillier hérité de l’Académie des Sciences. La plus grande partie a été acquise par Ernest Roschach qui sut prendre conseil auprès de l’un des meilleurs spécialistes de l’époque, Ernest Babelon ; ses carnets sont heureusement conservés dans les archives du Musée. Vincent Geneviève ajoute que la collection numismatique du Musée Saint-Raymond est bien connue et reconnue.
Le Président ayant relevé que de nombreux doutes subsistaient, Mme Labrousse et Vincent GenevièveM.S.A.M.F., t. LXI, p. 223
conviennent que de nombreuses questions sont encore débattues ou sans réponse, et que nombre de datations ou d’attributions à des ateliers sont discutées. D’importants progrès ont néanmoins été réalisés ces dernières années.
La question des faux ayant été évoquée, Vincent Geneviève donne des précisions sur les imitations de la Renaissance, puis il cite quelques exemples de faux célèbres que l’on retrouve dans de nombreuses collections. La proportion de faux dans la collection du Musée peut être estimée à 1 %, ce qui est relativement faible.Daniel Cazes dit son souhait que le travail réalisé par Vincent Geneviève, après celui du professeur Michel Labrousse et de Mme Labrousse, soit l’occasion de la reprise de l’inventaire de la collection numismatique du Musée et, on peut l’espérer, d’une présentation permanente qui fait aujourd’hui défaut. Mme Labrousse souligne toute l’importance qu’il faut accorder aux publications.
SÉANCE DU 23 JANVIER 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pousthomis-Dalle, MM. l’abbé Baccrabère, Hermet, le Père Montagnes, Pradalier, Mgr Rocacher, M. Tollon, membres titulaires ; Mmes Andrieu-Hautreux, Blanc-Rouquette, Fraïsse, Jimenez, Pujalte, MM. Balagna, Cranga, membres correspondants.
Excusés : Mme Cazes, MM. Bordes, Garland, Testard.Le Président salue la mémoire de notre confrère le général (C.R.) Claude Delpoux, dont nous avons appris le décès au début de l’année :
« Le général de brigade Claude Delpoux, que notre Société vient d’avoir la tristesse de perdre, a donné une attention exceptionnelle aux travaux de notre Compagnie durant une quinzaine d’années d’une active retraite. En effet, notre confrère a toujours débordé les cadres de la carrière militaire par une curiosité intellectuelle et un appétit de savoir, en particulier dans le domaine de l’archéologie et de l’histoire.
Élève des frères des écoles chrétiennes, puis du lycée de garçons de Toulouse, il prépare l’école de Saint-Cyr qu’il intègre en 1943. Officier d’artillerie des divisions blindées, il sert par la suite en Indochine, en Algérie, en République fédérale d’Allemagne avant d’être rattaché à l’État-major général de la Défense nationale et devenir directeur-adjoint du Centre des hautes études militaires, peu avant de recevoir ses étoiles de général de brigade et de passer sur sa demande dans le cadre de réserve.
Le général Delpoux a doublé cette carrière prisonnière de l’histoire de sa génération – Vichy, les guerres de décolonisation, l’occupation française en Allemagne – par des activités désintéressées, preuve s’il en était besoin de l’extrême richesse de la société militaire. Lors de son passage en Indochine, il étudie le séjour de Sun Yat Sun à Hanoï, séjour toléré par les autorités du protectorat. Il ramasse les matériaux d’une thèse de doctorat en géographie, présentée à l’Université de Toulouse sous la direction de M. Jean Sermet, sur la province de Cholon. Peintre amateur, il vit comme une aventure la restauration du château de Caudeval dans l’Aude ; il en étudie l’histoire et le système de défense. Il fouille et met au jour à l’ouest de Limoux un gisement de poteries, à Caudeval des chapiteaux romains. Il aménage ainsi dans le château de Caudeval restauré deux petits musées, l’un dévolu aux objets gallo-romains, l’autre consacré aux techniques de l’artillerie. Jamais il n’était aussi satisfait que lorsqu’il faisait visiter le monument et ses aménagements sur lesquels il était intarissable. Cette aventure lui valut un prix décerné par l’association des Vieilles maisons françaises et par l’émission télévisée « Chefs-d’œuvre en péril ». Membre de la Société ariégeoise des Sciences, lettres et arts, de la Société des études scientifiques de l’Aude, élu membre correspondant de la Société archéologique du Midi de la France en 1983, titulaire en 1986, le général Delpoux était aussi mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux, élu au 32e fauteuil en 1985.Prévenue trop tard, le Bureau de la Société archéologique du Midi de la France n’a pu assister aux obsèques de notre confrère. Avec ses regrets, la Société présente à Mme la générale Delpoux et à sa famille ses condoléances attristées. »
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux des séances des 19 décembre 2000 et 9 janvier 2001, qui sont adoptés.
Le Président communique à la Compagnie quatre tirés-à-part que nous a adressés notre consœur Céline Piot :M.S.A.M.F., t. LXI, p. 224
- – Laurence Benquet, Céline Piot, « Les amphores de Lacoste (Montrets-et-Villemartin, Gironde) », dans Actes du congrès de Libourne, 1er-4 janvier 2000, Société française d’étude de la céramique antique en Gaule, décembre 2000, p. 155-165 ;
- – Céline Piot, « Note sur deux statuettes gallo-romaines en calcaire découvertes à Saint-Sever », dans Bulletin de la Société de Borda, n° 454 (1999), p. 321-332 ;
- – Céline Piot, « Au dossier des marques sur amphores découvertes en Lot-et-Garonne : les estampilles sur amphores vinaires », dans Bulletin de la Société archéologique et historique de l’Albret, n° 21 (1999), p. 1-21.
- – Christian Chevillot, Jacques Delsol, Céline Piot, « Graffite grec et timbres latins inédits sur amphores italiques Dressel Ib au camp gaulois de la Carade (Coulounieix-Chamiers) », dans Documents d’archéologie et d’histoire périgourdines, A.D.R.A.H.P., t. 9 (1994), p. 61-74.
- – Richard Boyer, Céline Piot, « Bronze figuré en Agenais : une tête au cirrus inédite découverte dans la Garonne (commune du Passage, Lot-et-Garonne) », dans Aquitania, t. 15 (1997-1998), p. 319-326.
Notre bibliothèque s’enrichit également de deux tirés-à-part :
- – de Ch. Humbert, « Les monographies familiales témoins de l’histoire profonde d’une province », dans Vasconia, n° 1, novembre 2000, 44 p. ;
- – de Klaus Barrer, « How old did Fermat become ? », dans Mathematische Schriften Kassel, preprint n° 17/00, juin 2000, 22 p.
La correspondance manuscrite comprend les vœux pour la nouvelle année de la société Hadès et de la Société des Études du Comminges, deux courriers de la Mairie de Toulouse à propos du schéma directeur d’agglomération approuvé le 18 décembre 2000… Par ailleurs nous avons reçu la thèse de François de Vergnette, Jean-Paul Laurens (1828-1921), peintre d’histoire, soutenue le 1er décembre dernier à Paris X-Nanterre, que son auteur présente au concours de notre Société.
Le Président présente le bilan moral de l’année écoulée. Puis le Trésorier présente le bilan financier. Une discussion précède le vote de la proposition faite par le Bureau de porter la cotisation à 270 F, proposition qui est adoptée. Les bilans moral et financier de l’année 2000 sont approuvés.
On procède alors aux élections statutaires. Daniel Cazes, Guy Ahlsell de Toulza et Patrice Cabau sont réélus aux postes de Directeur, Trésorier et Secrétaire-adjoint. Le Président exprime sa reconnaissance et celle de la Société aux trois membres du Bureau réélus dans des fonctions qui demandent beaucoup plus de travail qu’il n’y paraît souvent.La parole est à Christophe Balagna pour une communication sur Le fonds lapidaire du Musée des Beaux-Arts de Mirande, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie Christophe Balagna de nous avoir ramenés, après ces discussions comptables, à des questions plus essentielles. Il remarque que la présentation actuelle relève du décor de jardin et que ces éléments lapidaires mériteraient un peu plus d’attention. Christophe Balagna indique que le Musée est sous la responsabilité du conservateur départemental et que pour l’instant rien de plus n’a été fait.
Daniel Cazes dit qu’il serait plus prudent quant à la datation de la série dite « romane » et il évoque les chapiteaux de Grandselve datables de la fin du XIIe siècle. Christophe Balagna rappelle les quelques comparaisons qui indiqueraient le début du XIIIe siècle, mais il admet qu’une datation précise est difficile. Les formes perdurent sans doute et la cathédrale d’Auch en donne des exemples du deuxième quart du XIIIe siècle. Pour Françoise Merlet-Bagnéris, la Gascogne n’adopte ces formes qu’avec un certain retard.
Christophe Balagna souligne le caractère quasi-industriel de ces productions et Daniel Cazes note qu’on ne peut donc argumenter à partir d’un éventuel retard régional. La question est celle de l’extraction dans les carrières et du moment où l’organisation du travail a permis des productions en séries aussi importantes. Il rappelle qu’il est impossible de différencier les chapiteaux provenant des cloîtres des Jacobins et des Cordeliers de Toulouse. Il ajoute que les récentes fouilles réalisées dans la cour du couvent des Filles de l’Enfance, rue Valade, ont permis de retrouver d’autres bases et des chapiteaux qui pourraient tout aussi bien provenir des Jacobins ou des Cordeliers.
Maurice Scellès se demande si le premier groupe d’œuvres mérite d’être qualifié de « roman » et s’il ne vaudrait pas mieux parler de sculptures de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe. Nelly Pousthomis-Dalle remarque que les deux séries d’œuvres ne peuvent être rattachées aux cisterciens et que d’une façon générale ces sculptures dépassent largement le cadre des différents ordres. Chantal Fraïsse signale des chapiteaux comparables à Moissac où ils ne sauraient être considérés comme cisterciens.M.S.A.M.F., t. LXI, p. 225
Le Président demande si l’on a aujourd’hui une idée du volume de ces productions et de leur diffusion. Henri Pradalier évoque les problèmes de transport. Patrice Cabau mentionne l’abbaye de Fontenay en Bourgogne et Christine Jimenez plusieurs autres cloîtres du Midi avec des chapiteaux absolument identiques. Daniel Cazes souscrit à la conclusion de Christophe Balagna et souligne à son tour la nécessité de procéder à un inventaire global de ces productions qui doivent compter des milliers de pièces. Nelly Pousthomis-Dalle rappelle que cet inventaire ne devra pas oublier les collections américaines.
Pour Henri Pradalier, on a encore trop tendance à penser que les chantiers médiévaux sont interminables alors qu’il est avéré qu’un cloître peut être achevé en un an. Christophe Balagna note que si la datation ne peut pas toujours être précisée, l’intérêt de la question réside pour beaucoup dans les conditions de fabrication de ces sculptures. Henri Pradalier admet en effet l’idée de productions stéréotypées qui perdurent pendant plusieurs décennies. Bruno Tollon rappelle que cette logique semi-industrielle correspond à une modification du rôle du chapiteau qui n’est plus désormais qu’un simple décor au même titre qu’un corps de moulure, alors que l’iconographie est développée sur d’autres supports.Au titre des questions diverses, Mgr Rocacher signale à la Compagnie le chantier de restauration de l’archivolte du portail de la cathédrale Saint-Étienne où l’on peut voir le sculpteur travailler dans une loge, installée sur le côté nord, dans les mêmes conditions et avec les mêmes outils que ceux du Moyen Âge. Daniel Cazes demande quel sera le sort des sculptures déposées. Mgr Rocacher indique qu’elles ont été transportées dans la cour Sainte-Anne où elles sont recouvertes d’ordures. Guy Ahlsell de Toulza rappelle le sort des statuettes du portail de la Dalbade, que l’on nous a dit déposées pour restauration et qui n’ont toujours pas été remises en place.
S’adressant à Mgr Rocacher, Daniel Cazes lui demande s’il a remarqué la belle porte gothique en pierre de Furne remontée impasse de la Préfecture. Mgr Rocacher indique qu’elle vient d’être entièrement ripolinée. Bruno Tollon précise qu’il s’agit de la porte de l’Hôtel de Rivière et on rappelle que tous les éléments provenant de la tour de l’Hôtel démolie dans les années 1950 avaient été récupérés par le Musée des Augustins. Maurice Scellès demande si ces éléments lapidaires sont inscrits à l’inventaire du Musée, ce qui est confirmé par plusieurs membres.
SÉANCE DU 20 FÉVRIER 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mme Cazes, l’abbé Baccrabère, le Père Montagnes, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Debax, Jimenez, Napoléone, Suau, MM. Manuel, Molet, membres correspondants.
Invités : Mme Éliette Dambès, M. Forichon.
La Société se retrouve à 17 heures à l’Institut catholique de Toulouse pour une visite du rempart antique et du musée archéologique conduite par l’abbé Georges Baccrabère.
La Compagnie est tout d’abord accueillie par le Recteur, Mgr Bressolette, qui dit tout l’intérêt qu’il porte au rempart et au musée de l’Institut ; il signale qu’étant né au Maroc, à Fez, il a connu jeune les ruines de la ville romaine de Volubilis, dont la visite l’a passionné.
Le Président remercie le Recteur pour son accueil, puis il évoque le problème que représente, à terme, la succession de l’abbé Baccrabère : comment assurer pour l’avenir la conservation des collections et du monument, ainsi que leur présentation au public ? Le Recteur déclare se soucier de cette question, dont la solution est à l’étude. À ce propos, il met en avant les difficultés, d’ordre décisionnel et pécuniaire, que pose le remplacement d’un homme tout dévoué, qui n’a pas hésité à financer de ses propres deniers les travaux utiles à la valorisation du patrimoine de l’Institut. Pris par les devoirs de sa charge, Mgr Bressolette regrette de ne pouvoir suivre la Compagnie.
Georges Baccrabère annonce le plan de la visite, qui sera successivement consacrée à la maquette de Toulouse antique, à la reconstitution des monuments funéraires de la voie Narbonnaise et à la courtine édifiée en bordure de la Garonne dans la seconde moitié du IIIe siècle.
Dans le musée, la Compagnie fait cercle autour de la maquette de Tolosa, dont l’abbé Baccrabère indique les caractéristiques : il s’agit d’une représentation évolutive, où les monuments reconnus archéologiquement sont matérialisés en cuivre rouge et les monuments hypothétiques figurés en cuivre jaune ; un système d’éclairage variable permet d’animer la présentation. Notre confrère fournit d’amples commentaires sur les différents édifices de la ville antique : la longue enceinte de prestige du Ier siècle, le grand théâtre, les monuments des eaux (aqueducs de Lardenne
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 226
et de Guilheméry, thermes de la rue de Languedoc), les édifices du culte (le grand temple du forum de la place Esquirol, les temples de la rue Sainte-Anne et de la Daurade). Quitterie Cazes intervient pour constater l’enrichissement de la maquette au fur et à mesure des découvertes archéologiques ; elle suggère de faire pivoter de 90° la figure du temple de la rue Sainte-Anne, sur le podium duquel avait été construite l’ancienne église Saint-Jacques. L’abbé Baccrabère répond que, n’ayant vu de ses propres yeux aucun vestige de ce temple, il ne saurait en fixer l’orientation.
La visite continue avec la présentation des éléments de pierre sculptée provenant des monuments funéraires de la voie narbonnaise qui ont été extraits du fondement du rempart du Bas-Empire. Georges Baccrabère rappelle que le dégagement de ces pièces fut entrepris au début des années 1930 par l’architecte Pierre Fort, en accord avec le Recteur de l’Institut catholique, Mgr Ducros. Notre confrère précise qu’il s’est appuyé pour ses restitutions sur les tombeaux romains de Tunisie ; dans un souci didactique, afin de donner un aperçu de la diversité des modes de sépulture en fonction des différents niveaux sociaux, il a également présenté des reconstitutions de tombes ordinaires, telles que des inhumations en amphore ou sous tuiles en bâtière.
La visite se poursuit par l’exploration des sapes longeant la base de la courtine du IIIe siècle, où se voient encore en place les divers éléments architectoniques remployés pour la fondation de ce rempart.
Au terme de la visite, à 19 h 15, l’abbé Baccrabère invite la Compagnie à une collation servie dans une salle de l’Institut catholique. La réunion prend fin dans une atmosphère très conviviale.
SÉANCE DU 6 MARS 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Gilles, Hermet, Pradalier, Mgr Rocacher, M. Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Pujalte, Stutz, MM. Balagna, Bordes, Garland, Ginesty, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Directeur, le Père Montagnes.
Invités : Mlle Mélanie Chaillou, M. Jean-Michel Garric.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 23 janvier, qui est adopté.
Henri Pradalier signale l’article que La Dépêche du Midi a consacré au remontage, pour servir d’accès secondaire à la Préfecture, de la porte provenant de l’Hôtel de Rivière, dont il est précisé qu’elle a été déposée en 1948. La présentation n’est absolument pas critique.
Le Président souhaite la bienvenue à Mlle Mélanie Chaillou, étudiante en maîtrise d’Histoire de l’Art à l’Université de Toulouse-Le Mirail, et à M. Jean-Michel Garric, conservateur de l’abbaye de Belleperche.
Il annonce que les rapports pour le concours seront examinés au cours de la prochaine séance et rappelle la date de la séance publique, qui se tiendra le 28 mars à 18 h à l’Hôtel d’Assézat. Auparavant, la Compagnie est invitée à se rassembler, à 17 h, dans la salle de lecture, pour fêter le jubilé académique de Jean Coppolani, notre Directeur honoraire, membre de notre Société depuis plus de cinquante ans.
Le Bibliothécaire rend compte de la vente d’ouvrages organisée samedi dernier à l’Hôtel d’Assézat par Mlle Rieg. Le Président rend compte de la correspondance manuscrite : M. Péchoux nous rappelle de prévoir la présentation de nos publications lors du congrès du C.T.H.S. et nous avons reçu le programme des États généraux de la Garonne qui se tiendront le 27 avril 2001.
Le Secrétaire général présente à la Compagnie les dix-sept volumes de l’Histoire des villes et provinces de France et les cinq volumes des Cahiers de Fanjeaux que Mme Akermann offre pour notre bibliothèque. Le Président exprime au nom de notre Société ses plus vifs remerciements à Mme Akermann.
L’ordre du jour appelle l’élection de membres titulaires. Sur proposition du Bureau, François Bordes et Jean-Luc Boudartchouk sont élus membres titulaires.
La parole est alors à Henri Pradalier et Jean-Michel Garric pour une communication sur la découverte d’un pavement de carreaux émaillés au palais de la Berbie à Albi, qui sera publiée dans le prochain volume de nos Mémoires (t. LXII, 2002).
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Le Président remercie les orateurs. Maurice Scellès demande quels sont les arguments qui seraient en faveur d’un unique atelier, dont on imagine difficilement l’activité itinérante alors que nombre d’édifices, en particulier nombre de grandes demeures, devaient posséder des sols de carreaux émaillés qui ont aujourd’hui disparu. Jean-Michel Garric dit suivre sur ce point les hypothèses de Norton mais qu’en l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de se décider. Pour Quitterie Cazes, la question doit être abordée avec plus de prudence et avec plus d’ambition : raisonner sur un éventuel atelier demanderait de pouvoir comparer les estampes. Elle souligne qu’il serait en particulier nécessaire de réaliser un relevé complet de l’ensemble du pavement de la Berbie. Jean-Michel Garric indique que les comparaisons auxquelles il s’est déjà livré lui ont montré que des carreaux que Norton disait tirés des mêmes matrices ne l’étaient pas. Il remarque en outre que certains motifs sont à l’évidence réalisés à la commande : ainsi en est-il des carreaux aux armes de l’abbaye que l’on connaît à Moissac. Pour Quitterie Cazes, il est prématuré de s’en tenir à un atelier alors que l’on a peut-être affaire à une technique qui se diffuse.
Françoise Stutz signale les nombreux carreaux estampés mis au jour par les fouilles de l’abbaye cistercienne de l’Île de Ré, dont on s’est très vite aperçu qu’ils avaient été produits par la fabrique du monastère.
Henri Pradalier rappelle que l’étude des matrices doit tenir compte de leur usure et Jean-Michel Garric fait remarquer que l’on trouve fréquemment dans un même pavement des carreaux de très bonne qualité et d’autres plus médiocres.
Bruno Tollon évoque la maison des Chevaliers de Pont-Saint-Esprit, bien étudiée par Alain Girard, dont la salle a révélé une parfaite cohérence entre le décor du sol et celui du plafond. Il ajoute que les carreaux de pavement d’Avignon et d’Arles ont fait l’objet de publications récentes et que des articles sont également parus dans des revues comme L’estampille et L’objet d’art. Maurice Scellès signale également la toute récente mise en ligne sur le site Internet de notre Société d’une importante bibliographie sur les carreaux de pavement médiévaux établie par notre confrère Pierre Garrigou Granchamp.
La parole est à Bruno Tollon pour une communication sur la « maison au balcon » à Toulouse :
« Balcon, prestige et sociabilité à Toulouse au XVIIe siècle
Dans le paysage urbain du XVIIe siècle français, le balcon exprime avec évidence la position sociale du bénéficiaire de la noble façade. Si le Mercure français accueille le terme en 1623 pour désigner « une sorte de fenestre qui s’advance au dehors en forme de saillie » (« pour mieux voir sur une place » ajoute Félibien en 1676), l’usage est beaucoup plus ancien. Les balcons ne se comptent pas à Venise ou Rome dès le XVe siècle et la France qui les fait dériver des échauguettes accueille le mot italien et la formule.
Pour les façades des maisons urbaines, l’usage se répand au XVIe siècle. Sur l’Île-Saint-Louis à Paris, le « quai du balcon » sert même à désigner le quai de Béthune. À Toulouse, les premières mentions appartiennent au dernier tiers du siècle, avec le balcon de l’Hôtel Barthélemy de Gramont (1678) et celui de l’Hôtel Du Bourg (1684). Or il existait avant cette date un édifice à balcon bien antérieur. Il est signalé dans les Annales de la ville de Toulouse de Du Rozoy (t. IV, 1776, p. 337) relatant longuement le cérémonial de l’entrée dans sa cathédrale du nouvel archevêque, en 1628. Charles de Montchal, arrivé sur la place Saint-Étienne, quitte le cortège et « entre dans la maison du Balcon, où, ayant pris ses habits pontificaux, il est harangué par le Prévôt Louis de Bertier » avant de pénétrer dans la cathédrale pour la suite des cérémonies. Ainsi, dans le déroulement de l’entrée solennelle, cette « maison du Balcon » utilisée dans un cérémonial rigoureusement codifié doit certainement faire partie des bâtiments dépendants du palais épiscopal, sans que le texte ne nous apporte aucune indication sur son statut ni sur son emplacement. En outre, les bâtiments actuels de la préfecture qui occupent les locaux de l’ancien archevêché n’en ont pas conservé la trace. On sait que l’édifice actuel est largement postérieur à l’épiscopat de Montchal et fut rebâti pour l’essentiel entre 1690 et 1704, et pour le grand portail d’entrée après 1770. Par chance, sur une peinture de la fin du XVIIe siècle qui relate la Procession des corps saints (huile sur toile, 0,185 x 0,690 m, Musée des Augustins) analysée par Robert Mesuret (Miniaturistes du Capitole 1610-1789, Toulouse, 1956, n° 33), le peintre a consacré l’arrière-plan à une vue idéalisée de la ville entre Saint-Étienne et Saint-Sernin. Sur la gauche du tableau, on voit le portail occidental de la cathédrale et le passage qui conduit aux bâtiments de la prévôté et de la résidence épiscopale ; à droite de ce passage, les maisons qui limitent le côté ouest de la place jusqu’à la rue Fermat. L’une d’elles, proche de l’entrée du palais, montre à l’étage un pavillon coiffé à l’impériale supporté par trois grandes consoles de pierre. Après vérification, cet immeuble appartenait bien à l’enclos épiscopal (cadastre de 1679, A.M. Toulouse, CC 126) et ceci jusqu’à la fin de l’ancien régime (cadastre Grandvoinet et plan Saget, 1750). En outre, le projet de Charles-Antoine D’Aviler consulté par Mgr de Colbert pour les travaux de 1690, montre l’état des lieux qui correspond à la maison du tableau (A.D. Haute-Garonne).
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Cet élément exceptionnel en façade, conçu encore comme un pavillon en saillie sur « bouquets de pierre » à la manière de nombre de cabinets en encorbellement ou d’échauguettes, forme plutôt ici une sorte de loggia largement ouverte pour répondre à un usage public. On peut proposer d’y voir l’endroit d’où Montchal écouta la harangue, au vu de la foule massée sur la place, avant de prendre possession de sa cathédrale. Outre l’intérêt de cet édicule qu’on pourrait rapprocher du perron des palais et des autres éléments destinés à entrer dans le déroulement des mises en scène à caractère politique, juridique et religieux, et qui mériteraient une étude approfondie, relevons le fait qu’il a servi à désigner l’ensemble de l’immeuble édifié le long de la place. Cette façade à balcon constituait l’élément avancé des bâtiments épiscopaux et le désignait à une fonction de caractère public qu’on aimerait pouvoir préciser. De la même façon, rien ne permet jusqu’ici d’avancer une date pour sa construction, même si les consoles destinées à porter les coursières se rencontrent au XVIe siècle. On connaît celles de l’Hôtel d’Assézat (ca 1561) et des châteaux de Caumont (1575) et de Laréole (1579). Quant aux pavillons ou baldaquins sur colonnes, ils servaient à mettre en valeur des perrons d’entrée (celui du Parlement de Toulouse est daté, sans preuve, des années 1554 et aurait servi de modèle pour celui de l’Hôtel d’Ulmo – ca 1660 –). Remarquons enfin que les premiers balcons établis en façade l’ont été à proximité de la cathédrale. L’architecte Nicolas Buterne dessine le premier pour Gabriel Barthélemy de Gramont en 1678, place Saint-Étienne, et le second pour Léonard Du Bourg en 1684, sur la place Saintes-Scarbes. Tous deux conservent leur dalle portée par de puissantes consoles d’un type comparable à celles du balcon de l’horloge qui décore le clocher de la cathédrale. La « maison au Balcon » fournit donc un témoignage irremplaçable du goût pour les éléments hors-œuvre installés sans aucun souci de symétrie ou d’axialité dans l’organisation des façades, mais seulement pour leur fonction dans l’utilisation publique des espaces ou leur simple commodité pour satisfaire orgueil et curiosité, et c’est notre vision longtemps réductrice des siècles classiques et des formules architecturales qui a amené à les passer sous silence.
Bruno Tollon »
Le Président remercie Bruno Tollon et demande comment s’explique le fait que cette forme italienne, que connaissait le Midi méditerranéen, soit aussi tardive à Toulouse. Bruno Tollon rappelle que les encorbellements sont des éléments de curiosité, qu’ils soient en façade ou en logette sur cour. Le balcon de la place Saint-Étienne est antérieur à 1628, sans que l’on puisse fixer la date de sa réalisation. Il faudrait faire la recherche dans le fonds de l’archevêché, et faire peut-être également appel à la réglementation urbaine puisqu’il s’agit d’une saillie sur la voie publique. Guy Ahlsell de Toulza ayant demandé s’il s’agissait de l’exemple le plus ancien à Toulouse, Bruno Tollon signale les consoles de l’Hôtel de Barthélemy de Gramont, dont Alain Smitarrello a retrouvé le contrat, lequel demanderait à être étudié.
Le Président donne la parole à Quitterie Cazes pour quelques observations sur le chantier de la rue Sainte-Anne :
« Le rempart de Toulouse est particulièrement bien conservé dans le secteur de la cathédrale Saint-Étienne, entre les rues Sainte-Anne à l’ouest et Bida et François-Verdier à l’est : il forme encore les limites parcellaires à l’intérieur de ce moulon. L’abbé Baccrabère en avait étudié les soubassements visibles (1), mais d’autres portions en ont été analysées, à plusieurs reprises, depuis une dizaine d’années (2). Outre les bases d’une tour ronde et d’un segment de courtine actuellement dégagés près de la place Saint-Jacques, la tour à talon du n° 5 bis rue Bida est représentée sur le plan cadastral, et deux autres tours sont en partie conservées au n° 15 de la rue Bida et au n° 18 de la rue Sainte-Anne. Un pan complet de courtine d’une dizaine de mètres de hauteur a été analysé par C. Boccacino en 1992 au n° 10 de la rue Sainte-Anne, et deux autres sont visibles au n° 22 de la rue Sainte-Anne ainsi qu’au n° 25 des allées François-Verdier. Les textes nous renseignent aussi sur les travaux que le rempart a connu en cet endroit : en 1355, il est couronné de mâchicoulis portant un chemin de ronde couvert (3), tandis qu’en 1579, on réalise le bastion au nord de l’enceinte, contre la porte Saint-Étienne (4). Mais le document le plus précieux concernant cet ensemble est sans conteste le relevé, d’une précision tout archéologique, effectué par J.-P. Virebent vers 1780, intitulé « L’élévation des Tours et des Murs de clôture du Cloître St Etienne du côté de l’esplanade servant de murs de Ville » et conservé au Musée Paul-Dupuy (5).
Or, depuis la fin de l’année 2000, l’enceinte est très visible au n° 18 rue Sainte-Anne depuis que les bâtiments fondés en 1850 par les sœurs de Saint-André de Colomiers – avec la petite chapelle construite par Henri Bach (6) – ont été démolis pour laisser la place à un nouveau projet immobilier d’immeubles d’habitation. Les enduits de plâtre des différentes pièces de l’ancienne institution empêchent une bonne lisibilité de l’ensemble, mais la tour ronde se voit parfaitement : sa partie basse, intacte mais enterrée, est couverte d’une coupole de brique, et son
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TOULOUSE, DÉTAIL DU « MUR DE LA VILLE »
relevé par J.-P. Virebent vers 1780, Musée Paul-Dupuy. Cliché Q. Cazes.
élévation, amputée dans sa partie occidentale, est conservée sur une dizaine de mètres de hauteurs. Pour bien comprendre ce qui subsiste, il faut d’abord analyser le relevé de Virebent.
De droite à gauche, c’est-à-dire du nord vers le sud, on aperçoit d’abord le bâtiment dit de la Chancellerie, probablement l’école du chapitre de la première moitié du XIIe siècle, puis une élévation avec deux grands percements rectangulaires surmontés de deux plus petits ; leur fait suite une tour ronde, avec trois niveaux de baies (une rectangulaire dans l’axe au premier niveau, deux de même forme surmontées d’arcs de décharge au deuxième niveau, trois enfin apparaissent sous le toit conique) ; un cordon de briques sépare les deux premiers niveaux. La courtine qui fait suite montre une série de mâchicoulis (ceux du XIVe siècle), portant le parapet du chemin de ronde qui n’a conservé qu’au sud ses mirandes ; au-dessous de la surélévation médiévale apparaissent une série de petites fenêtres couvertes en plein cintre, peut-être les créneaux réaménagés de l’enceinte antique.
C’est une partie du revers de cette élévation qui est visible au n° 18 rue Sainte-Anne. Dans la tour, sont visibles les percements dessinés par Virebent, mais le couronnement paraît avoir disparu. Le décrochement visible aux deux-tiers de la hauteur correspond au sommet de la muraille antique, et par endroits s’aperçoivent bien les petits murets transversaux et le blocage de galets pris dans du mortier caractéristiques de la construction antique. ÀTOULOUSE, RUE SAINTE-ANNE,
revers du « mur de la ville » après la démolition des bâtiments de la maison des Filles de la croix de Saint-André. Cliché Q. Cazes.
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gauche de la tour, l’élévation avec ses deux grands percements rectangulaires correspond au dessin du XVIIIe siècle, tandis que le mur qui fait retour est tout ce qui subsiste de l’ancienne « Chancellerie » romane.
Il s’agit ici, si la tour est bien romaine dans sa totalité comme cela semble être le cas, du plus haut monument romain conservé à Toulouse. L’étude archéologique de l’ensemble est plus que souhaitable : on a ici une chance, probablement unique, d’étudier le rempart dans ses parties hautes, tant antiques que médiévales. Le rêve serait bien sûr qu’à la suite, cet impressionnant vestige soit mis en valeur… (7)Quitterie Cazes »
1. G. Baccrabère, Étude de Toulouse romaine, Chronique n° 3 (supplément au Bulletin de littérature ecclésiastique), 1977, p. 49-51.
2. Q. Cazes, Le quartier canonial de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, Centre d’Archéologie médiévale du Languedoc, suppl. n° 2, p. 13-16.
3. A.M. Toulouse, EE 32.
4. A.M. Toulouse, CC 2501.
5. Dessin aquarellé, inv. n° 459 : R. Mesuret, Inventaire général des dessins des musées de province, II, Toulouse : musée Paul-Dupuy, dessins antérieurs à 1830, Paris, 1958, n° 163.
6. J. Nayrolles, Henri Bach, 1815-1899, mémoire de maîtrise sous la dir. d’Y. Bruand, 1987, p. 61-62.
7. À l’heure où le Bulletin est sous presse, l’étude archéologique a été entreprise par Olivier Gaiffe, conservateur au Service régional de l’Archéologie.
Le Président remercie notre consœur de nous mettre une fois de plus en présence d’une situation catastrophique. Nous croyons vivre dans une société de progrès, dotée des outils empêchant le vandalisme, et il nous faut prendre acte que celui-ci existe toujours, conséquence de l’ignorance ou de la rapacité. Pour Quitterie Cazes, dans le cas du rempart romain, il n’y a pas à proprement parler de vandalisme puisque le nouveau bâtiment sera plaqué et ne le détruira donc pas ; elle s’étonne en revanche qu’aucune étude de l’élévation du XIe siècle ne soit prévue et se demande s’il est utile de publier le résultat de ses recherches si cela ne suscite pas la moindre curiosité scientifique.
Au titre des questions diverses, Bruno Tollon attire l’attention de la Société sur le fait que des objets dont le prêt avait été demandé à Maurice Prin par le conservateur de l’ensemble conventuel des Jacobins ne sont pas revenus sur leur lieu de conservation habituel, mais ont été relégués en réserve.
SÉANCE DU 20 MARS 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président ; Coppolani, Directeur honoraire ; Ahlsell de Toulza, Trésorier ; Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Scellès, Secrétaire général ; Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Pousthomis-Dalle, Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Bordes, Boudartchouk, Gilles, le Père Montagnes, Nayrolles, Pradalier, Prin, Tollon, membres titulaires ; Mlle Jimenez, Mme Suau, MM. Gillis, Manuel, Molet, Testard, Vézian, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Directeur ; Mmes Cazes, Ugaglia, Fraïsse.
La parole est au Secrétaire-adjoint, puis au Secrétaire général, pour la lecture des procès-verbaux des séances du 20 février et du 6 mars, qui sont l’un et l’autre adoptés.
Le Président rend compte de la correspondance imprimée, qui comprend notamment l’annonce de diverses expositions, ainsi que le programme du colloque international qui aura lieu à Toulouse du 7 au 9 juin sur le thème : « Nicolas Tournier et la peinture de la réalité ». Il présente ensuite plusieurs tirés-à-part que Maurice Scellès offre à notre bibliothèque. Puis il signale divers articles ou comptes rendus intéressants publiés dans le dernier fascicule du Bulletin monumental (158-V, 2000) :
– Pascal Julien, De l’imagier Jean Bauduy au Maître de Biron : les « momies des comtes de Toulouse », statues en terre cuite de 1523, p. 323-340 (article malheureusement tronqué) ;
– Marie-Laure Fronton-Wessel, Le plafond de la Grand’Chambre de la Cour d’Appel de Toulouse (fin du XVe siècle), p. 361-362 ;
– recensions des articles de Gilles Séraphin et de Chantal Fraïsse parus dans le tome LIX (1999) des M.S.A.M.F., p. 373-374.
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Louis Peyrusse rappelle enfin que le mercredi 28 mars auront lieu, à 17 heures, le Jubilé académique de notre confrère Jean Coppolani, Directeur honoraire, et, à 18 heures, la séance publique annuelle de la Société, dont la conférence consacrée aux comtes de Toulouse sera prononcée par notre confrère Laurent Macé.
Michèle Pradalier-Schlumberger intervient pour présenter les Journées d’études sur les maisons médiévales dans le Midi de la France qui se tiendront les samedi 19 et dimanche 20 mai sous l’égide du C.N.R.S., de l’Université de Toulouse-Le Mirail et de notre Société. Organisées à l’initiative de nos confrères Maurice Scellès et Anne-Laure Napoléone, ces Journées seront axées non sur des études monographiques, mais sur des recherches thématiques : la symbolique de la maison médiévale, la brique dans le Midi, le bois, le verre dans l’architecture civile, la polychromie de la maison médiévale, le vocabulaire architectural de la maison dans les textes…
La parole est ensuite aux rapporteurs pour le concours 2001 de notre Société. Jean Nayrolles lit son rapport sur le travail de François de Vergnette, Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre d’histoire, thèse de doctorat nouveau régime en Histoire de l’Art soutenue en novembre 2000 à l’Université de Paris X-Nanterre :
« Trois ans après l’exposition consacrée à Jean-Paul Laurens par le Musée d’Orsay et le Musée des Augustins, l’étude de François de Vergnette vient apporter la synthèse complète et approfondie qui manquait encore sur le grand peintre toulousain. En 1997-1998, l’exposition présentée à Paris puis à Toulouse fut un événement : le Musée d’Orsay consacrait pour la première fois une importante rétrospective à l’un de ces peintres d’histoire de la fin du XIXe siècle stigmatisés par le vocable péjoratif de « peintres pompiers ». Le catalogue s’ouvrait sur une préface d’Alain Daguerre de Hureaux au titre évocateur : « Pourquoi une exposition Jean-Paul Laurens ? ». La question méritait en effet d’être posée : face, par exemple, au chroniqueur du journal Le Monde qui voyait en Laurens un vulgaire et risible « entrepreneur de spectacles », il fallait réaffirmer la nécessité de faire toute sa place à « l’autre XIXe siècle », celui des artistes restés fidèles à la tradition. Les deux articles de François de Vergnette – « Jean-Paul Laurens et la critique de son temps » et « Portrait de Jean-Paul Laurens en homme exemplaire » – apportaient une contribution de poids au catalogue édité par la Réunion des Musées nationaux. Déjà, son point de vue était celui qui devait présider à l’élaboration de sa thèse : se situer rigoureusement en historien, au-delà de toute polémique, de tout panégyrique. Il s’agissait d’abord de prendre l’œuvre de Jean-Paul Laurens au sérieux. Cette exigence est rappelée dans l’avant-propos de sa thèse : « Je me suis gardé de tout éloge gratuit envers les œuvres de Laurens, ayant préféré conserver une curiosité tranquille et objective dont André Chastel demandait de faire preuve devant cette peinture du XIXe siècle ». Pour défendre son droit de cité à l’autre XIXe siècle, François de Vergnette a compris que l’heure des passions militantes doit fait place au temps de l’approfondissement tempéré. Sa monographie n’est donc pas tant un procès en réhabilitation qu’une enquête historique comparable à toutes les grandes monographies d’artistes de la période moderne.
Nombre de ses contemporains voyaient en Laurens le dernier des peintres d’histoire. Afin de saisir la notion clef de peinture d’histoire, François de Vergnette retrace dans son introduction le devenir du genre historique, depuis David jusqu’à la fin du siècle, en passant par Gros et la geste napoléonienne, les peintres troubadours et le genre anecdotique, Paul Delaroche et la vérité de la couleur locale, Thomas Couture et le retour à la grande tradition, etc. Il analyse aussi la crise de la hiérarchie des genres sous la pression du réalisme de Courbet, puis de la génération des naturalistes de Salon (Bastien-Lepage, Lhermite… ) et la tentative de conciliation entre peinture d’histoire et réalisme, tentative dont Jean-Paul Laurens sera le principal représentant. L’introduction, brillante, pose les fondements théoriques sur lesquels se construira le développement et prouve la grande maîtrise de l’auteur face à des notions complexes, souvent mouvantes.
Le corps de l’étude se répartit simplement en deux volets : « Jean-Paul Laurens, sa formation, l’homme, sa carrière » d’une part, et « L’œuvre, sa réception, ses sujets, son style » d’autre part. Chacun de ces titres donne, dans l’ordre, le contenu des deux triptyques qui composent l’ensemble.Dans la première partie, François de Vergnette dose avec subtilité la particulier et le général, passe sans cesse de l’un à l’autre pour éclairer la figure singulière de l’artiste à la lumière du contexte historique, politique, social et institutionnel. En retour, il dégage ce qui, dans la biographie de son personnage, relève d’un parcours hors du commun. Ce fils de paysans de Fourquevaux, accédant à l’école des beaux-arts de Toulouse, puis à celle de Paris, ne parvenant pas à obtenir le prix de Rome, traversant des années difficiles à la fin du Second Empire, mais se hissant au cours des années 1870 au rang des vedettes du Salon, a inspiré l’écrivain Ferdinand Fabre, devenu son ami, qui en fit le sujet de l’un de ses livres, le Roman d’un peintre (1878).
François de Vergnette s’arrête particulièrement sur la formation intellectuelle et politique d’un Jean-Paul Laurens que l’on voit passer dans le salon de Juliette Adam fréquenté par Gambetta, se passionner pour Victor Hugo, lire
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Georges Sand, Michelet et Augustin Thierry, bref, devenir, très jeune, républicain. Un républicain fortement marqué par l’esprit de 1848 : anticlérical, il demeure pétri de préoccupations religieuses et métaphysiques. Son déisme est semblable à celui d’Hugo qui, à la fin de sa vie, détestait les prêtres autant qu’il adorait Dieu. Parvenu à la notoriété, élu membre de l’Académie des beaux-arts, il ne renie rien de ses engagements : il est même l’un des rares membres de l’Institut à prendre ouvertement parti pour Dreyfus. Au nombre de ses proches et de ses intimes, on compte à cette époque Charles Péguy, Auguste Rodin (qui l’appelle « cher maître ») et le jeune André Gide – ami de l’un de ses fils.
Ayant eu accès à de nombreuses archives, dans des fonds privés en particulier, François de Vergnette a recueilli une quantité impressionnante de faits qui, rangés dans l’ordre, reconstituent une biographie précise, mais aussi permettent de brosser le tableau d’une époque. Dans le chapitre III qui clôt cette première partie, chapitre intitulé « La carrière d’un peintre d’histoire sous la IIIe République », l’auteur analyse surtout les rapports entre Laurens et les pouvoirs publics, commanditaires des grands décors monumentaux : le plafond du palais de la Légion d’honneur, le cycle du Panthéon sur la mort de sainte Geneviève, la coupole du théâtre de l’Odéon, le salon Lobau à l’Hôtel de Ville de Paris, la salle des Illustres et l’escalier du Capitole de Toulouse, la bibliothèque de la Sorbonne, la salle du conseil municipal à l’Hôtel de Ville de Tours, la salle des fêtes de la préfecture de la Loire à Saint-Étienne et la coupole ainsi que le foyer du théâtre municipal de Castres. Il faut aussi mentionner plusieurs cartons de tapisseries commandés pour la manufacture des Gobelins. Un tel catalogue impressionne. Il fait à coup sûr de Jean-Paul Laurens le peintre décorateur le plus prolixe de la IIIe République. Mais ses participations aux Salons ne sont pas négligeables pour autant. Dans ce domaine aussi, l’État et les municipalités jouent un rôle important grâce à leurs nombreuses acquisitions, surtout dans les années 1870 et 1880. Par la suite, les acheteurs privés vinrent relayer les institutions publiques. On en trouve un peu partout dans le monde : des États-Unis à la Russie, en passant par l’Argentine et le Japon ! Cependant, il ne faudrait pas croire que, dans ces conditions, Laurens accéda à un niveau de fortune comparable à celui des peintres contemporains exclusivement voué au public des particuliers – les Messonier et les Gérôme. Homme de convictions aux goûts austères, Laurens a toujours préféré œuvrer pour la Cité que travailler pour l’argent.
Tout au long de cette première partie, François de Vergnette situe son enquête dans le prolongement des travaux du professeur Pierre Vaisse, qui fut d’ailleurs son premier directeur de recherche, avant son départ de Paris-Nanterre pour l’université de Genève. Les grilles d’analyse proposées dans sa thèse, La IIIe République et les peintres, devenue un classique, trouvent ici une série d’applications fines et précises.La seconde partie, consacrée à l’étude de l’œuvre, ne se veut pas moins objective que la première. Afin d’éviter les pièges de la subjectivité dans les analyses stylistiques ou des interprétations personnelles dans les analyses iconographiques, l’auteur a choisi de faire de la réception de l’art de Laurens par ses contemporains son point de départ. C’est un choix plein d’audace si l’on considère la part faite en principe à la question de la fortune critique dans les plupart des études monographiques, soit en fin de développement, comme une question annexe, la chronologie dictant habituellement son ordre à la logique de l’exposé. La prise en compte préalable de la réception de l’art de Laurens donne une assise historique solide à la compréhension de celui-ci. Embrassant l’immense production critique des comptes rendus du Salon et des articles de synthèse parus sur le peintre de son vivant, François de Vergnette détermine plusieurs familles d’auteurs en fonction de leurs combats esthétiques ou de leur appartenance politique. Pour Laurens : la plupart des tenants du naturalisme – Duranty, Castagnary, etc. – à l’exception notoire de Zola et de ses épigones, Huysmans et Mirbeau ; contre : les catholiques, à cause du contenu anticlérical de nombreux tableaux du peintre, et les symbolistes à cause du puissant effet de réalité prosaïque qui émane de l’ensemble de l’œuvre. Peu de critiques échappent donc au déterminisme de leur famille idéologique. On note cependant la pénétration des analyses de l’un d’entre eux, esprit indépendant, à la fois moderne et réactionnaire, issu du symbolisme mais admirateur de Claude Monet : Camille Mauclair. Ce dernier met sans doute le doigt sur l’essentiel en désignant les obsessions de Laurens – la mort, le pouvoir, la confrontation entre individus, le tragique de l’existence… – et en situant l’élément psychologique au centre de son œuvre.
Dans le chapitre suivant, consacré aux thèmes iconographiques, on apprend non sans surprise que les grands historiens romantiques (Michelet et Thierry) n’ont peut-être joué qu’un rôle secondaire dans l’inspiration de Laurens. Plus exactement, ils lui ont donné sa vision de l’histoire plutôt que des thèmes iconographiques particuliers. D’ailleurs, le Moyen Âge n’est pas omniprésent dans ses œuvres. Les sources du peintre sont plus variées qu’on ne le croit habituellement et s’étendent jusqu’aux Histoires extraordinaires d’Edgar Poe. Laurens n’est pas un illustrateur mais un peintre d’idées dans la grande lignée des peintres d’histoire. Il donne à ses œuvres une valeur morale ou idéologique. Par exemple, au Salon de 1872, La mort du Duc d’Enghien apparaît
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comme une évocation du pouvoir arbitraire de l’Empire et donc comme une critique envers le régime de Napoléon III, tandis que Le pape Formose et Étienne VII constitue une réponse cinglante au dogme de l’infaillibilité pontificale. Tableaux idéologiques certes, mais aussi expression des obsessions de l’artiste, drame individuel dans un cas, cérémonie macabre dans l’autre, les deux œuvres parlent de la mort, son thème de prédilection.
Le dernier chapitre porte sur le style de Jean-Paul Laurens. François de Vergnette insiste sur l’erreur consistant à croire qu’il s’agit là d’une « peinture sans problème de peinture », comme cela a été dit à propos de la production des pompiers trop systématiquement considérée comme une pure et simple production d’images.
Il y a d’abord la question de la facture : des pâtes inlassablement triturées dans les tableaux de chevalet, ou au contraire des effets de légèreté et de transparence dans de nombreux décors – ceux de la salle des Illustres en particulier, où Laurens a cherché à obtenir l’aspect d’une aquarelle à l’échelle monumentale grâce à une technique peu commune en matière de peinture murale.
Il y a surtout la question de la « mise en scène » dans chacune de ses compositions : le choix du moment, de l’action, la définition de l’espace pictural, la disposition des personnages… – toutes choses qui font d’emblée penser au monde du théâtre que Laurens connaissait bien. Mais encore une fois, François de Vergnette détruit une idée reçue en démontrant que Laurens n’a pu être influencé par des mises en scène contemporaines car il devançait, par ses audaces, des effets qui ne sont apparus que plus tard dans les représentations théâtrales. Il resterait à cerner la part destinée au spectateur dans les jeux savants de la psychologie laurensienne, mais, manifestement, François de Vergnette a hésité à s’aventurer sur ce terrain déjà balisé par les historiens d’art anglo-saxons, Michael Fried et Stephen Bann, sans doute pour ne pas faire d’entorse à son vœu d’objectivité.
Sans pousser les interprétations jusqu’à la conjecture, l’étude de François de Vergnette met en évidence l’inventivité de Jean-Paul Laurens. Une inventivité qui, pourtant, devait demeurer lettre morte après sa disparition en 1921. Laurens aura bien été le dernier peintre d’histoire, portant la description et la narration à un degré de réalisme qui n’avait jamais été atteint dans le genre historique. Être un réaliste à la fois narratif et descriptif, cela revenait à se détourner de la modernité qui ne se souciait plus ni de raconter ni de dépeindre.Au-delà de l’apport considérable à la connaissance de la peinture d’histoire parvenue à son point d’achèvement, la thèse de François de Vergnette mérité d’être considérée comme un modèle de monographie d’artiste. À ses qualités universitaires s’ajoutent deux raisons particulières pour lesquelles la Société Archéologique du Midi de la France devrait la distinguer : tout d’abord parce que Laurens a orné le Capitole de ses plus belles compositions peintes, qui par conséquent font corps avec un des monuments insignes du patrimoine de Toulouse ; mais aussi parce que, dans nombre de ses œuvres, il fut le peintre de l’histoire du Languedoc avec une telle verve que tout un imaginaire régional en reste, peut-être inconsciemment, marqué. »
Maurice Scellès donne lecture du rapport rédigé par M. Robert Sablayrolles sur les travaux de Fabien Colléoni, un mémoire de maîtrise consacré à la prospection archéologique de quatre communes du Gers, suivi d’une Recherche sur les campagnes du sud-ouest de la Gaule (diplôme d’études approfondies) :
« Monsieur Fabien Colléoni a poursuivi à l’université Toulouse II – Le Mirail des études d’histoire, d’histoire de l’art et d’archéologie. Étudiant brillant, Monsieur Colléoni témoigna, dès ses premières années à l’université, de qualités exceptionnelles, rarement réunies chez un néophyte, surtout dans les périodes actuelles : vaste culture, maîtrise de la langue et plaisir de l’écriture, curiosité intellectuelle, sérieux dans le travail et ténacité dans l’effort.
Fabien Colléoni décida de poursuivre un cursus archéologique, obtenant, après un double DEUG d’histoire et d’histoire de l’art, une licence d’archéologie. Il réalisa, en 1997-1999, une maîtrise de prospection archéologique sur quatre communes du Gers, située à la limite des antiques cités d’Auch et d’Eauze (Saint-Jean-Poutge, Lannepax, Marambat et Vic-Fezensac), puis soutint, en 1999-2000, un DEA sur Recherche sur les campagnes du sud-ouest de la Gaule. Il obtint, pour ces deux diplômes, la mention Très Bien, avec la note exceptionnelle de 19/20 pour chacun des deux mémoires.
La carrière universitaire de Fabien Colléoni a été construite de façon réfléchie et lui a fait méthodiquement gravir les degrés d’apprentissage d’un métier de chercheur. Avec son travail de maîtrise, Fabien Colléoni s’initia aux techniques de terrain, du dépouillement de la bibliographie à l’enquête orale auprès de la population et au parcours systématique des terroirs. Dans chacun de ces domaines, Fabien Colléoni fit preuve de ses remarquables facultés d’adaptation à des exercices d’un genre bien différent. Le succès de Fabien Colléoni peut se chiffrer en la matière : de huit sites archéologiques connus avant son intervention, le corpus est passé à soixante-douze à l’issue de sa
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maîtrise. Au-delà du travail d’inventaire, Fabien Colléoni fit la preuve de son aptitude à la recherche et à la synthèse, en élaborant une grille d’analyse de ses cartes, qui, croisant diverses données, comme la topographie, la pédologie, l’hydrographie, les distances des sites entre eux, les distances des sites à l’eau et aux voies de communication, mit en lumière les principales règles qui avaient présidé à l’occupation du terroir dans l’Antiquité.
Homme de terrain, Fabien Colléoni s’est avéré chercheur au sens plein du terme dans le cadre d’un DEA qui exigeait la maîtrise d’une vaste bibliographie, un esprit critique et une approche prospective de la recherche. En une seule année, malgré un travail de surveillant d’internat, il a fait le tour d’un problème à la mode, et sur lequel, par conséquent, la bibliographie était abondante et variée : l’occupation de l’espace rural, qui allie la connaissance des données naturelles, géologiques, pédologiques et climatologiques, celle des sciences du paléo-environnement (palynologie, carpologie, archéozoologie) et celle des techniques culturales et de l’organisation du territoire. Fabien Colléoni a dominé cette matière foisonnante, il a montré à nouveau son sens de la synthèse et également cet esprit critique qui permet de prendre l’indispensable distance face aux phénomènes de mode. Fabien Colléoni a su, par sa parfaite connaissance de l’archéologie régionale, montrer les lacunes considérables de la recherche en la matière dans le Sud-Ouest et élaborer, grâce à une perspicacité intuitive et aux contacts qu’il a noués avec les chercheurs tant régionaux que nationaux (ce qui n’est pas la moindre de ses qualités !), un projet de recherche pour commencer à combler le retard de notre région dans ce domaine.
Ces qualités exceptionnelles et cette maturité étonnante chez un jeune chercheur, alliées à un style agréable et brillant, malheureusement si rares dans la littérature archéologique, ont valu à Fabien Colléoni une allocation de recherche pour une thèse sur Les campagnes de la cité d’Auch dans l’Antiquité, et un poste d’allocataire-moniteur dans notre université, où il fait partager à des étudiants qui étaient, il y a si peu, ses condisciples sa passion pour l’archéologie agraire. Son attachement et ses compétences pour l’archéologie régionale, ses qualités d’homme de terrain, sa valeur de chercheur et ses talents d’écrivain désignent Fabien Colléoni comme un remarquable candidat au prix du professeur Michel Labrousse, souvenir d’un homme qui était attaché à sa région, possédait une immense culture archéologique et historique, qu’il fit partager au travers d’écrits qu’on prenait plaisir à lire. »
Louis Peyrusse remercie les rapporteurs pour leurs recensions ; il s’associe aux éloges concernant la thèse sur Jean-Paul Laurens, qu’il qualifie de très remarquable. Il est ensuite procédé au vote : le prix de Champreux est décerné à François de Vergnette ; le prix du professeur Michel Labrousse est attribué à Fabien Colléoni.
L’ordre du jour appelant les communications, le Président cède la parole à Maurice Prin et Bruno Tollon, qui interviennent pour évoquer Les chapelles funéraires du XVIe siècle aux Jacobins de Toulouse.
Le Président remercie les intervenants. Il rend hommage au travail de Maurice Prin, qui s’est voué depuis plus de cinquante ans à l’histoire du couvent des Jacobins, suivant les chantiers de restauration et accumulant les observations sur le monument en même temps qu’il explorait documentation graphique et sources écrites. Louis Peyrusse souligne l’aspect surprenant, révélé par la communication, que l’église des Jacobins présentait avant les restaurations des dix-neuvième et vingtième siècles : on a du mal à imaginer cet édifice aujourd’hui homogène entouré des chapelles adventices ajoutées dans le deuxième quart du XVIe siècle. Puis il interroge Bruno Tollon sur l’identité des artistes auxquels ont fait appel les Bernuy, Lopez et Saint-Étienne (San Esteban), nouveaux riches castillans qui s’étaient établis à Toulouse pour leurs affaires et qui firent de l’église des Dominicains le lieu privilégié de leurs dévotions. Bruno Tollon répond que l’on est assez mal renseigné pour la période 1510-1530 ; pour les années 1540, on sait que le retable représentant saint Jérôme au désert avec le lion a été sculpté par Nicolas Bachelier, puis peint par Bernard Nalot en 1543. Louis Peyrusse se demande s’il ne serait pas possible de tenter une restitution par infographie de ce retable, à partir notamment de l’iconographie de gravures italiennes.
Le Président donne la parole à Jean-Luc Boudartchouk pour une communication brève concernant les lacs des Tectosages :
« Les « lacs sacrés » des Tectosages ont-ils jamais existé ?
Les fameux « lacs » des Tectosages / Tolosates hantent la littérature toulousaine depuis la fin du Moyen Âge ; de nombreuses études leur ont été consacrées à l’époque moderne et contemporaine où l’on s’est efforcé de (re)découvrir leur emplacement. Ces « lacs » en sont graduellement venus à composer l’un des éléments – le plus
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pittoresque – du paysage antique du Toulousain tel que l’on se le représente. Effectuons un bref « retour aux sources ».
C’est Strabon, dans une longue dissertation sur les Tectosages (Géographie IV, 1, 13) qui nous transmet la fabuleuse histoire des « lacs » ou des « étangs sacrés » (limnai) de Toulouse où était déposée avant leur pillage par Caepio une partie des trésors des Toulousains. Il affirme, à la suite de Posidonius d’Apamée, que « les richesses trouvées à Toulouse faisaient quelque 15000 talents, déposées les unes dans des sanctuaires, les autres dans des étangs sacrés (limnai), et qu’il s’agissait d’or et d’argent non travaillé, mais à l’état brut » ; plus loin, Strabon revient sur ce sujet si exotique pour lui : « (…) il y avait en maints endroits de la Celtique des dépôts sacrés. C’étaient surtout les lacs (limnai) qui leur assuraient l’inviolabilité et l’on y jetait de grandes masses d’argent et d’or. Maîtres du pays, les Romains mirent en vente les lacs au bénéfice de l’État et nombre des acquéreurs y trouvèrent des meules d’argent martelé. À Toulouse aussi le sanctuaire était sacro-saint, en grande vénération auprès des habitants (…) » (traduction de L. Lerat, La Gaule romaine – 249 textes traduits du grec et du latin, Paris, 1977, n° 11). Strabon est le seul auteur grec de l’Antiquité à faire mention de ces limnai, sans équivalent par ailleurs. Les autres auteurs anciens qui ont traité du pillage des trésors des Tectosages par Caepio en 106 avant notre ère (Aulu-Gelle, Dion Cassius, Orose) ne mentionnent pas ces « étangs sacrés ». Seul Justin – d’après Trogue-Pompée –, parle d’un tolosensem lacum, lieu où avait été placé le trésor sacré issu du pillage de Delphes par les Tectosages. Il faut attendre Nicolas Bertrand (1515) pour voir ressurgir le souvenir des « lacs » des Tectosages : l’auteur, qui cite les sources antiques (Posidonius et Timagène, donc Strabon), parle de consecratis lacubus. Bertrand se fait par ailleurs l’écho d’une tradition situant un lac sous Saint-Sernin, alors qu’à cette époque le « temple d’Apollon » des Tectosages était le plus souvent identifié à l’église de la Daurade. Ces différentes légendes et traditions s’entremêlent rapidement et dès le milieu du XVIe siècle, on situe le « lac au trésor » des Tectosages, (parfois associé à un « gouffre » ou un « abîme ») soit sous Saint-Sernin, soit sous la Daurade. Au siècle suivant, le pillage des « lacs » va devenir un thème historique et iconographique très prisé et répandu, phénomène qui a abouti à accepter sans discussion la réalité archéologique des « lacs » dont on a voulu – encore très récemment – voir les traces en plusieurs points réputés « humides » des environs de Toulouse.
Or, l’existence des « lacs » ne repose que sur un unique témoignage écrit : Strabon et ses limnai (les sens habituels du mot étant : eau stagnante, marais, étang, lac, lac creusé de main d’homme). Le « lacus » de Justin peut en effet avoir une toute autre signification, notamment désigner une structure destinée au stockage, voire une fosse bâtie ou non. Seul le terme limnai implique la présence d’eau stagnante, sauf à supposer que le mot ait un sens particulier et inhabituel chez Strabon. Ici se pose le problème des sources utilisées par Strabon : limnai est-il un terme déjà présent dans le récit que fait Posidonius du sac de Toulouse ? Au-delà, quelles ont été les sources de Posidonius qui écrit une dizaine d’années après les événements : sources latines sans doute, orales et / ou écrites ? Le fait que Trogue-Pompée, contemporain de Strabon, parle d’un seul lacus (dans le sens vraisemblable d’un lieu de dépôt protégé) et non de paludes, ce qui eût été la traduction fidèle de limnai, permet de s’interroger sur la nature réelle de ces lieux (ou de ces structures) qui protégeaient les richesses des Tectosages disposées pour partie dans les sanctuaires, pour partie dans les « lacs », ces « lacs » qui, à bien lire Strabon, ne sont pas l’apanage de Toulouse mais bien du territoire des Tectosages, voire même de la « Celtique » (cf. supra). Il serait déraisonnable d’envisager un « culte des lacs » généralisé qui traduirait une singulière volonté d’immerger des métaux précieux appartenant aux dieux et / ou au trésor public.
Au contraire, si l’on émet l’hypothèse que le terme latin lacus soit en fait plus proche que limnai de la réalité archéologique de ces dépôts de valeurs, on peut envisager qu’il s’agisse de dépôts réalisés dans des fosses. Cette traduction de lacus (qui a sans doute également alimenté les légendes médiévales évoquant des « gouffres ») permet de rendre très cohérente la description de Trogue-Pompée ; son application au texte de Strabon ne crée par ailleurs aucune incohérence : des dépôts souterrains permettent d’assurer à la fois le stockage (donc la disponibilité) et la protection des valeurs… à l’évidence mieux que des « lacs »…
Bien sûr et surtout, si les « lacs de Toulouse » ne sont simplement – et de façon banale – que des dépôts en fosse de richesses, cela permet d’aller à la rencontre d’une réalité archéologique bien connue pour la Gaule de la fin de l’Âge du Fer… notamment pour le Toulousain où l’on connaît des dépôts en fosse de métaux précieux mais également les fameux fosses et puits (« rituels » ou « funéraires » selon les chercheurs), usage tectosage spectaculaire dont l’épicentre est situé, dans l’état actuel des connaissances, à Vieille-Toulouse.Jean-Luc Boudartchouk,
avec la collaboration de Philippe Gardes et François Quantin »
Louis Peyrusse remercie l’intervenant pour cette relecture d’un passage problématique de la Géographie de
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Strabon (livre IV, 1, 13), puis il fait appel aux questions. Répondant à Jean Vézian, Jean-Luc Boudartchouk dit que Michel Labrousse avait bien vu que les « lacs sacrés » de Toulouse, ou de Vieille-Toulouse, constituaient un problème. Bruno Tollon note le traitement très idéologique de cet épisode historique : les vainqueurs civilisateurs sont présentés comme des pilleurs de trésors. Jean Nayrolles fait quant à lui observer que l’erreur possible d’interprétation (des fosses prises pour des lacs ?) est très intéressante pour ce qu’elle révèle des systèmes de représentations mentales ; le mythe de l’or volé des Tectosages renvoie à l’un des thèmes permanents de l’imaginaire : l’or maudit.
Pour terminer, Maurice Scellès fait part d’une invitation que Bertrand Ducourau adresse aux membres de la Société, qui pourront se rendre à l’église Notre-Dame-du-Taur pour y voir la restauration des peintures murales.
SÉANCE PUBLIQUE DU 28 MARS 2001
Elle se tient dans la grande salle de l’Hôtel d’Assézat.
Allocution du Président.
Rapport sur le concours présenté par Jean Nayrolles : M. François de Vergnette reçoit le prix de Champreux et M. Fabien Colléoni le prix du professeur Michel Labrousse.
Conférence de Laurent Macé : Les comtes de Toulouse.
SÉANCE DU 24 AVRIL 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, MM. l’abbé Baccrabère, Bordes, Hermet, le Père Montagnes, MM. Nayrolles, Prin, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fronton-Wessel, Jimenez, MM. Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : Mme Napoléone, MM. Burroni, Cranga, Mgr Rocacher.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté après quelques compléments.
Le Président rend compte de la correspondance manuscrite. M. Forichon nous communique deux photocopies de documents conservés parmi les archives de la famille de Lassus, qui pourraient être utiles à l’histoire de la vallée d’Aure. M. Péchoux nous adresse son « compte rendu de la présentation des publications des académies et sociétés de l’Union au forum du Congrès du C.T.H.S. les 11-13 avril 2001 ».
Puis le Président fait circuler dans l’assemblée l’argumentaire des journées du patrimoine de l’automne prochain, dont le thème sera cette année « Associations et patrimoine », et l’annonce de la manifestation organisée à l’occasion de l’édition d’un timbre-poste consacré aux peintures des enfeus de l’Hôtel de Malte.
Le Président offre à la Société une photographie d’Eugène Delon, prise vers 1860, représentant la restauration du « donjon du Capitole » avant la démolition de la grande vis des archives.
Le Secrétaire général rend compte de la réunion qui a eu lieu entre, d’une part, deux représentants de la société Arthur Andersen, et d’autre part, M. Paul Féron, pour l’Académie des Sciences, et lui-même pour la Société archéologique. La société Arthur Andersen a en effet accepté, dans le cadre de ses actions de mécénat, d’apporter ses conseils pour l’élaboration et la mise en œuvre du projet d’informatisation des bibliothèques des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat.
Le Président donne la parole à François Bordes pour un rapport sur l’évolution des coûts d’édition de nos Mémoires. La discussion qui s’ensuit fait apparaître que le maintien à un niveau raisonnable de la dépense consentie pour l’édition des Mémoires passe par la maîtrise du nombre de pages, qui doit être absolument limité à 300.
La parole est alors à Anne-Laure Napoléone et Olivier Testard pour une communication consacrée à la maison médiévale de la rue Croix-Baragnon à Toulouse, dont l’étude a paru à l’automne dernier (A.-L. Napoléone, Olivier Testard, « Étude archéologique des élévations de la maison n° 15 de la rue Croix-Baragnon à Toulouse », dans Archéologie médiévale, t. 29, 1999, p. 145-168) :
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TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, PLAN DU REZ-DE-CHAUSSÉE.
En noir : maçonneries médiévales ; hachures croisées : reprises du XVIe siècle ; hachures simples : reprises du XVIIe siècle ; semis de points : aménagements du XVIIIe siècle ; en blanc : aménagements des XIXe et XXe siècles ; A : limite nord de la cave. Relevés et dessin O. Testard.
« Étude archéologique de la maison n° 15 de la rue Croix-Baragnon à Toulouse
À l’occasion de récents travaux, la plus célèbre des maisons médiévales toulousaines a fait l’objet d’une étude détaillée. L’analyse archéologique des maçonneries a permis de retracer l’histoire de la construction et des modifications opérées jusqu’à nos jours. La maison de la rue Croix-Baragnon, édifiée au début du XIVe siècle, a été bâtie sur les caves d’un bâtiment antérieur. La récupération de cette structure a sans doute conditionné l’organisation des constructions sur une parcelle exiguë. En effet, cet édifice était composé de deux corps de bâtiment accolés (double profondeur) parallèles à la rue et qui donnaient à l’arrière sur une cour. Le corps de bâtiment sur rue s’élève sur l’emprise de la cave. Bâti en briques, il se terminait probablement par un deuxième étage en pan de bois. Le corps de bâtiment sur cour, intégralement en bois, était porté par des poteaux afin de laisser le rez-de-chaussée dégagé et en continuité avec la cour. Les grandes arcades du rez-de-chaussée révèlent la fonction marchande de ce niveau qui communiquait aussi directement avec la cour. Le sens des portes conservées sur le mur de refend indique clairement la façon dont s’organisait la circulation à l’intérieur de la maison. L’accès aux parties privées se faisait par le grand portail de pierre qui donnait dans un couloir qui menait à la cour où se trouvait certainement l’escalier. Celui-ci conduisait au premier étage à un couloir qui traversait le corps de bâtiment sur cour pour déboucher côté rue dans la salle par une porte dont la taille signale un accès principal. La pièce était équipée d’une grande cheminée placée sur le mur de refend. Ses murs étaient recouverts d’un enduit uni ponctué d’un faux appareil de briques sur les arcs des baies. Cette salle, noyau de la demeure, redistribuait vers les parties arrières, dont une chambre et un escalier en vis interne qui menait aux étages supérieurs. La chambre a reçu un décor plus recherché composé de rosaces à quatre feuilles cernées de noir et mises en relief par des dégradés de rouge. Au XVIe siècle, une première campagne de travaux amène la modification du plafond de la grande salle, et des planchers de la
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TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, CROQUIS DE L’ÉTAT DU XIVe SIÈCLE,
vu de la rue. Dessin O. Testard.
TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, CROQUIS DE L’ÉTAT DU XIVe SIÈCLE,
vu de la cour. Le semis de points matérialise l’emprise de la peinture murale de la chambre. Dessin O. Testard.
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TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, PEINTURE du corps arrière. | |
TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, CROQUIS DE L’ÉTAT DU XVIe SIÈCLE, | TOULOUSE, N° 15 RUE CROIX-BARAGNON, CROQUIS DE L’ÉTAT DU XVIIe SIÈCLE, |
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partie arrière dont l’importante surélévation impose l’agrandissement des portes du mur de refend. Par ailleurs, les murs mitoyens sont doublés pour recevoir de grandes cheminées. L’une d’elles est encore conservée dans la salle. Une nouvelle importante campagne se déroule durant le XVIIe siècle. Le corps arrière est entièrement rebâti en briques et tout le système de distribution renouvelé. Les niveaux des planchers sur cour sont une nouvelle fois modifiés. L’aménagement d’un entresol au rez-de-chaussée entraîne de nouveaux percements en façade principale. Le deuxième étage en pan de bois est supprimé. Ce furent les dernières transformations avant la reconstruction d’un deuxième étage sur rue en 1923, date à laquelle furent classées les belles fenêtres médiévales de la salle que les siècles précédents avaient pris soin de conserver. Les travaux de réhabilitation qui touchèrent l’édifice en 1998, après son classement en totalité, ont tenté de restaurer la façade nord au plus près de son état médiéval tout en proposant aux nouveaux habitants le confort d’une demeure contemporaine.
Anne-Laure Napoléone et Olivier Testard »
Le Président remercie Anne-Laure Napoléone et Olivier Testard et souligne tout l’intérêt de cet extraordinaire reportage photographique des travaux, comme celui des écorchés qui accompagnent la démonstration. Après avoir dit que la question était sans doute naïve, il demande où se trouvait l’escalier médiéval par rapport à l’aula. Anne-Laure Napoléone et Olivier Testard répondent qu’il faut le situer dans la cour, mais qu’aucune trace ne vient confirmer l’hypothèse qui est déduite de l’analyse archéologique de l’édifice. En outre, la profondeur de la parcelle au Moyen Âge ne peut être déterminée, l’étendue de la cour actuelle correspondant à l’état du XVIIe siècle.
Le Président s’étonne de la restitution d’un niveau en pan-de-bois au-dessus d’un étage en brique aussi soigné et orné de sculptures. Anne-Laure Napoléone confirme que de telles constructions ne sont pas exceptionnelles. Puis le Président s’étant interrogé sur la grande hauteur du rez-de-chaussée, double de celle de l’étage, elle cite un exemple semblable à Figeac où le rez-de-chaussée comportait cependant un niveau d’entresol, Olivier Testard y ajoutant un exemple de la maison des Trois-Nourrices à Narbonne, où un sondage de 1,50 m n’a pas permis de trouver le sol d’origine alors que le rez-de-chaussée présente déjà une hauteur respectable.
Relevant que le logis est double au XVIIe siècle, Bruno Tollon s’interroge quant à la restitution proposée pour l’état médiéval. Anne-Laure Napoléone précise que les preuves sont claires d’un mur de fond en extérieur en rez-de-chaussée et en intérieur à l’étage. Ne faut-il pas penser à une galerie ? Olivier Testard et Anne-Laure Napoléone répondent que les peintures et surtout la cloison imposent de restituer des pièces sur la partie arrière de l’étage.
Le Président demande ce que l’on sait du statut social des propriétaires. Anne-Laure Napoléone indique que la demeure appartient au XVe siècle à un conseiller au Parlement et fait remarquer que l’édifice se place dans une gamme qui n’est pas celle de l’hôtel Maurand. Maurice Scellès note que la maison se trouvait cependant sur l’un des grands axes de la ville médiévale et que les contraintes parcellaires ont sans doute été importantes.
Répondant à une question de Quitterie Cazes, Olivier Testard explique que la structure très solide de la cave a sans doute été imposée par les risques d’affouillement du côté de la rue. Le Président l’interroge alors sur les poutres et planchers du Moyen Âge conservés en place. Olivier Testard précise que le plancher du premier étage subsiste, entièrement caché parce qu’il s’est affaissé avant le XVIIe siècle et qu’il a fallu le doubler pour rétablir un sol horizontal.
Daniel Cazes demande ce qu’il faut penser des représentations héraldiques du décor sculpté. Anne-Laure Napoléone dit que les recherches faites dans ce domaine n’ont donné aucun résultat et qu’elle incline aujourd’hui à n’y voir qu’un ornement. Guy Ahlsell de Toulza rappelle que l’héraldique de cette époque est très mal connue ; il ajoute que, pour lui, l’atelier qui a réalisé le décor de la rue Croix-Baragnon est celui qui a sculpté les chapiteaux de Notre-Dame-du-Bourg à Rabastens, où figurent également des blasons dont les meubles diffèrent sans qu’il soit possible d’établir de quelconques correspondances.
Daniel Cazes fait remarquer le curieux mélange de styles, que l’on pourrait être tenté d’attribuer à des périodes différentes, que présente la frise sculptée. Guy Ahlsell de Toulza évoque la frise de la chasse de la maison dite du Grand Veneur à Cordes, dont le sens nous échappe, et note que celle de la rue Croix-Baragnon n’était pas lisible de la rue ; puis il s’interroge sur la signification que pouvait avoir vers 1300 l’emploi de formes que l’on pourrait dater des années 1240. Maurice Scellès y voit la marque de l’attachement de Toulouse à des formes anciennes. Anne-Laure Napoléone et Olivier Testard rappellent que les édifices conservés sont néanmoins très peu nombreux.
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VISITE DU 11 MAI 2001
Restauration des peintures murales de Notre-Dame-du-Taur à Toulouse.
Présents : MM. Peyrusse, Président, Cazes, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mme Pradalier-Schlumberger, M. Nayrolles, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Pujalte, MM. Burroni, Mange, Manuel, Salvan-Guillotin, Testard, membres correspondants.
Les membres qui ont pu être avertis à temps et ont pu se libérer se retrouvent à 11 heures à l’église Notre-Dame-du-Taur. Au nom de la Société, le Président dit le bonheur que nous avons d’être aujourd’hui devant ces peintures presque oubliées. Il remercie M. Jean-Marc Stouffs, le restaurateur, d’avoir accepté de nous accueillir sur son chantier, et M. Bertrand Ducourau qui, au nom de la conservation régionale des Monuments historiques, a souhaité que les membres de la Société Archéologique du Midi de la France puissent juger du travail accompli sur ce chantier exemplaire.
Jean-Marc Stouffs présente l’historique des restaurations de la peinture, tel qu’il a pu être établi à partir de la documentation conservée et de l’examen de l’œuvre elle-même :
« C’est en 1872, à l’occasion de travaux de rénovation de l’église du Taur, que la peinture murale datée du début du XIVe siècle, située sur le côté sud de la troisième travée, est découverte derrière des boiseries du XVIIe siècle. Il s’agit d’une représentation de la généalogie de Jacob par trente-huit figures portant chacune un phylactère, réparties sur deux registres superposés. Il est fait état à ce moment-là d’une « conservation relativement bonne de ces peintures » que l’on souhaite « non seulement conserver, mais restaurer et harmoniser avec les peintures décoratives qu’on exécute en ce moment » (Congrès archéologique de France, XLIe session, Agen-Toulouse 1874, Paris, 1875, p. 400).
C’est à cette même époque que le peintre Joseph Engalière réalise un relevé aux dimensions de l’original, conservé actuellement au musée des Augustins.
À nouveau recouverte par un lambris de style gothique en partie amovible, et retiré après 1958 par l’architecte M. Stym-Popper, elle est restaurée par l’atelier Malesset (Robert Mesuret, Les peintures murales du sud-ouest de la France).Une première tranche de travaux de restauration, du mois de janvier au mois d’avril 2001, a révélé la complexité de ces peintures murales, compte tenu de la diversité des matériaux utilisés lors des différentes interventions qui se sont succédé depuis leur découverte.
Étude des peintures murales
Support de la couche picturale :
Les analyses montrent que c’est un enduit composé principalement de quartz et de calcite avec des feldspaths et de la kaolinite. Il s’agit donc d’un enduit de sable et chaux à la surface duquel on peut remarquer le scintillement de grains de mica. Il n’excède pas 1 à 1,5 centimètre et est appliqué sur un mur de brique.
Nous n’avons pas trouvé de traces de reprise d’enduit pouvant indiquer la présence de giornate ou pontate. Certains résultats d’analyses sembleraient indiquer la possibilité d’un fond, passé à la surface de l’enduit, à base de blanc de plomb.
Des décollements conséquents du support mur sont présents au registre supérieur, particulièrement au deux tiers de sa hauteur. Des lacunes importantes de mortier sont réparties sur toute la surface ainsi qu’un grand nombre de trous de petites et moyennes tailles, souvent consécutifs à la présence de clous ou de morceaux de fer plantés dans le mur.
Dans l’ensemble la cohésion du mortier est bonne, à l’exception des bords de lacunes où il a tendance à s’effriter. L’analyse des sels montre la présence de sulfates consécutifs aux rebouchages réalisés au plâtre lors de la restauration du XIXe.Couche picturale :
Les personnages, le plus souvent de face ou de trois quarts, sont dessinés d’un trait à l’ocre rouge pour les carnations : mains, visages, ainsi que les mèches de cheveux, tandis que les vêtements et les phylactères sont
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TOULOUSE, NOTRE-DAME-DU-TAUR, peinture du mur sud : Jessé et David après restauration.
Cliché Jean-Marc Stouffs.TOULOUSE, NOTRE-DAME-DU-TAUR, peinture du mur sud : Jessé et David après restauration.
Cliché Jean-Marc Stouffs.cernés d’un trait noir. Le traitement de l’ombre et de la lumière au niveau des plis des robes, parfois soulignés par un rehaut de blanc, marque un réel souci de traduire le modelé.
Il est par ailleurs remarquable que la façon dont les phylactères sont tenus et se répondent anime cette composition d’une sorte de danse introduisant le mouvement dans la composition.
Les étoiles visibles sur le fond du registre haut comportent des traces d’or ainsi que les couronnes des personnages. On remarque un repentir sur le personnage portant le phylactère avec l’inscription Iesse autem genuit David regem. Initialement il portait une couronne dont l’or est perceptible sous la chevelure.La palette des pigments est variée et importante. Parmi les couleurs étudiées, nous avons :
Rouge
Mélange de cinabre et hématite
Bleu
Mélange d’azurite et chalcanthite
Ocre rouge
Hématite
Noir
Charbon de bois (?)
Vert
Non étudié
Ocre jaune
Non étudié
Orange
Minium (?)
Blanc
Blanc de plomb
Blanc de zinc
Lithopone (pigment du XIXe s.)
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Nous constatons une différence de conservation entre le registre haut et le registre bas de la peinture. La partie basse se trouvant à portée de mains, des frottements, des dépoussiérages ou des nettoyages ont probablement occasionné une usure plus importante. Si l’on excepte cette usure, et la probable disparition de couleurs plus fragiles passées en couche plus mince, dont on peut parfois percevoir des traces sur certaines robes, la couche picturale offre une cohésion et une solidité satisfaisantes, montrant la qualité technique de l’exécution de ces peintures.
Liants :
L’analyse des liants montre la présence de nombreux matériaux à la surface de ces peintures. Nous sommes en présence à la fois d’huile, de cire, de résine et de colle, parfois mélangées.
Ces produits proviennent probablement de l’intervention du XIXe, où la cire et la colle peuvent avoir servi de fixatif, et où l’huile et la résine correspondent aux repeints confirmés par la présence de lithopone et les recherches documentaires.
L’intervention la plus récente reprend visiblement celle du XIXe dégradée, en remplaçant les enduits de plâtre endommagés par un matériau à base de chaux fortement hydraulique (mélangée à du ciment ?), et par une restitution picturale.Conservation / Restauration
La restauration actuelle consiste essentiellement en une « dé-restauration », par la purge des anciens rebouchages rendue nécessaire pour une meilleure conservation de l’enduit original, par un nettoyage de la couche picturale et par l’enlèvement des repeints qui altéraient la vision des peintures.
Les décollements d’enduit sont traités par injection de coulis de mortier. Les lacunes de grande surface ne permettant pas de reconstitution sont fermées par un enduit de sables colorés et chaux aérienne en harmonie avec le fond de la peinture.
Après rebouchage des trous de petites et moyennes dimensions par un enduit blanc à base de chaux et poudre de marbre, la réintégration picturale se fait à l’aide de la technique du tratteggio (juxtaposition de traits verticaux de différentes couleurs), permettant de différencier la peinture originale de la retouche.Une seconde tranche de travaux, programmée pour l’année 2002, permettra de compléter l’étude de cette peinture murale et d’achever sa restauration.
Jean-Marc Stouffs »
Jean-Marc Stouffs explique encore que la peinture est en partie une fresque, complétée par un travail a secco et l’application de feuilles d’or pour les couronnes et les étoiles du fond. Des analyses chimiques ont permis de déterminer la plupart des pigments utilisés. Le nettoyage a fait découvrir le blason de l’angle inférieur droit, de gueules à trois têtes, identique à ceux qui marquent les trois autres angles, et un repentir sur l’un des personnages dont la couronne a été effacée et masquée par une chevelure peinte avec le rouge avec lequel on était en train de tracer les inscriptions des banderoles.
Le Président exprime sa surprise devant la très grande qualité de cette peinture. Jean-Marc Stouffs partage ce jugement : si le dessin des mains est assez maladroit, les visages et le traitement en volume des drapés font montre d’une certaine préciosité et d’une grande finesse.
Après avoir fait remarquer le motif de la bordure qui donne l’impression d’une fausse tapisserie, le Président demande pourquoi seule la moitié du panneau a été restaurée. Jean-Marc Stouffs explique qu’en raison de problèmes financiers, il a été décidé de répartir le chantier sur deux exercices, la restauration devant être achevée l’année prochaine.
Quant à la datation, Jean-Marc Stouffs rappelle que Maurice Prin situe la réalisation de la peinture au début du XIVe siècle, par comparaison avec le décor des chapelles des Jacobins, ce que confirme Michèle Pradalier-Schlumberger en évoquant les relations établies avec la Catalogne ou Pampelune. L’atelier n’est pas encore italianisant comme le seront ceux d’Avignon ou celui de la chapelle Saint-Antonin.
Dominique Watin-Grandchamp ayant attiré l’attention sur le décalage vers la droite du panneau peint, Louis Peyrusse suppose que sa position était en relation avec le banc d’œuvre. Dominique Watin-Grandchamp et Daniel Cazes ajoutent qu’une chaire pouvait se trouver sur le côté gauche.
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À court de superlatifs pour exprimer son admiration devant la qualité de la restauration, le Président exprime son souhait de voir notre Compagnie revenir l’année prochaine, et il remercie Jean-Marc Stouffs pour ses explications très complètes et l’amabilité de son accueil.
SÉANCE DU 15 MAI 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mme Pradalier-Schlumberger, MM. l’abbé Baccrabère, Bordes, Boudartchouk, Prin, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mmes Blanc-Rouquette, Fraïsse, Jimenez, MM. Burroni, Cranga, Laffont, Garland, Manuel, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Napoléone, Pujalte, MM. Nayrolles, Pradalier.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 24 avril, qui est adopté.
Au nom du Bureau, le Président présente ses excuses aux membres qui n’ont pu être avertis de la visite du chantier de restauration des peintures murales de Notre-Dame-du-Taur, et il explique les circonstances dans lesquelles cette visite a dû être improvisée. Seule la moitié de la peinture a été restaurée, pour des raisons budgétaires, et une seconde campagne est programmée pour 2002, ce qui permettra une nouvelle visite en compagnie du restaurateur, M. Jean-Marc Stouff.
Plusieurs dons viennent enrichir notre bibliothèque. Emmanuel Garland offre les quatre volumes de sa thèse, L’iconographie romane dans la région centrale des Pyrénées, soutenue en 1995, et Michel Roquebert plusieurs ouvrages parmi lesquels figurent Consulat et administration de Narbonne et un exemplaire du rapport sur les fouilles faites à Montségur. L’abbé Baccrabère offre son dernier livre, La céramique toulousaine à travers les siècles, Toulouse : Accord éditions, 2001, 272 p. qu’il présente à la Compagnie à l’invitation du Président. L’abbé Baccrabère indique que c’est sous la pression de ses amis qu’il s’est décidé à réunir en un volume les différents articles parus dans les Mémoires de notre Société ou dans ceux de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, en leur adjoignant quelques chapitres qui, précise le Président, apportent la synthèse que nous attendions.
Le Président indique que le Service régional de l’archéologie, le Musée Saint-Raymond et notre Société effectueront une campagne de fouilles à Martres-Tolosane du 8 au 13 juin prochains. Le Directeur rappelle que le Service régional de l’archéologie souhaite compléter les sondages archéologiques réalisés sur nos terrains par d’autres à effectuer sur des terrains voisins. Cette prochaine campagne devra également permettre d’achever l’étude électromagnétique. Le Directeur fait appel aux membres qui pourraient se joindre à l’équipe de fouilles et annonce qu’une visite du site sera organisée à la fin de la campagne. Il ajoute que le rapport final de synthèse sera achevé pour la fin de l’année et que la présentation des principaux résultats sera proposée lors d’une séance de la prochaine année académique.
Le Président rappelle à la Compagnie que les journées d’étude sur la maison médiévale dans le Midi de la France, organisées par notre Société, FRAMESPA et l’Université de Toulouse-Le Mirail, se tiendront les 19 et 20 mai prochains à l’Hôtel d’Assézat.
Le Président donne la parole à Maurice Prin pour Quelques réflexions sur Notre Dame de Grâce :
« « Notre Dame de Grasse » et un dessin ancien conservé à Stockholm
Les Flandres à la fin du Moyen Âge ont vu se développer sur leur territoire un vaste mouvement de production artistique de très haut niveau, englobant la sculpture, la peinture et la tapisserie de haute lisse. Parmi les peintres les plus éminents, on remarque Rogier Van der Weyden, autrement dit Rogier de la Pasture, né à Tournai en 1399, mort à Bruxelles en 1464. Wallon d’origine, Flamand d’éducation, il se fixa à Bruxelles vers 1425. Pour la municipalité de cette ville, il peignit quatre panneaux, aujourd’hui disparus, qui firent l’admiration d’Albert Dürer. Parmi les nombreuses œuvres subsistantes, on note la Descente de croix conservée à Madrid au Musée du Prado, le triptyque de la Chartreuse de Miraflores, aujourd’hui à Berlin, le Jugement dernier de l’Hospice de
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Beaune en Bourgogne, exécuté au retour de son séjour à Rome où il est présent pour le jubilé de 1450.
La production de ce peintre fut considérable. Quelques œuvres ont malheureusement disparu, tels les quatre panneaux consacrés à la Justice de Trajan, peints pour l’Hôtel de Ville de Bruxelles et qui auraient été détruits en 1695 lors du bombardement de la cité effectué par les troupes françaises.« NOSTRE DAME DE GRÂCE », TOULOUSE, Musée des Augustins. Cliché Jean Dieuzaide.
Dans la série des œuvres disparues, on retiendra l’intérêt de trois fragments d’un ensemble peint à l’huile sur un panneau de chêne, dont l’un est conservé à la National Gallery de Londres, représentant une sainte femme assise sur un coussin, en train de lire, que l’on identifie à Marie-Madeleine. Les deux autres fragments, aux dimensions plus réduites, font partie de la collection de la Fondaçao Galouste Gulbenkian de Lisbonne : ils présentent deux visages, l’un féminin, l’autre masculin, identifiés à sainte Catherine d’Alexandrie et saint Joseph. Ces trois fragments sont les restes d’un vaste tableau d’autel peint vers 1445, dont on ne connaît ni le lieu auquel il était destiné, ni les circonstances qui ont entraîné sa destruction : peut-être a-t-il été victime des événements violents survenus à Bruxelles en 1695.
En 1971, Ward a publié dans The Art Bulletin (1) une reconstitution de ce tableau détruit, en rassemblant à la fois ces trois fragments subsistants et un dessin ancien conservé à Stockholm (2), attribué au maître de Cobourg, représentant les personnages principaux de l’œuvre, disposés au centre de la composition disparue. Selon Ward, il s’agissait d’une sacra conversazione regroupant huit personnages à l’intérieur d’une salle éclairée par plusieurs baies et possédant une cheminée placée au centre de la pièce. En partant de la gauche, on rencontrait d’abord un évêque bénissant, dont la silhouette rappelle le saint Éloi figurant sur un dessin ancien représentant un retable, disparu lui aussi, peint par l’atelier de Rogier : le document est conservé au Département des Arts graphiques du Musée du Louvre à Paris (inv. 20654). Venaient ensuite sainte Catherine d’Alexandrie agenouillée, dont le visage est conservé à Lisbonne, puis saint Jean-Baptiste debout, une jambe dénudée, présentant d’une main un livre ouvert, de l’autre tendant un doigt vers la Vierge Marie. Celle-ci était assise au centre de la composition, et elle tournait son visage mélancolique vers le geste du Baptiste. L’Enfant Jésus, étendu sur la gauche de sa mère, était occupé à écrire avec une plume sur un livre ouvert que lui présentait Jean l’Évangéliste, qui tenait de l’autre main un encrier. Un autre personnage debout est identifié à saint Joseph, dont le visage subsistant est conservé à Lisbonne, et Marie-Madeleine assise sur un coussin, aujourd’hui à Londres, terminait la série.
On comprend désormais l’importance, dans cet essai de reconstitution, du dessin conservé à Stockholm. Ce précieux document apparaît au grand public en 1979, lors de l’exposition consacrée à l’œuvre de Van der Weyden à Bruxelles, avec une reproduction dans le catalogue. Il figure en bonne place dans l’ouvrage de Stephan Kemperdick (1999-2000) ainsi que dans le monumental ouvrage de Dirk de Vos, Rogier Van der Weyden, Hazan, 1999. L’intérêt tient surtout au rassemblement des quatre personnages placés au centre : Jean le Baptiste, Marie, l’Enfant Jésus et Jean l’Évangéliste. Il s’agit d’une figuration allégorique où, d’une part, le Baptiste présente le livre de l’Ancien Testament, en désignant du doigt le Christ, l’Agneau de Dieu. D’autre part, comme le souligne saint Jérôme dans la préface de sa traduction de la Bible, appelée la Vulgate, l’accent est mis sur le début du quatrième évangile composé par saint Jean, dont la teneur apparaît toute divine : « Au commencement était le
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STOCKHOLM, NATIONAL MUSEUM, DESSIN attribué au maître de Cobourg,
d’après un tableau disparu de Rogier Van der Weyden.Verbe, et le Verbe était Dieu… Il envoya un homme nommé Jean… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous ». Dans cette optique, c’est Jésus-Christ qui écrit les premières phrases de l’Évangile qui lui présente Jean l’Évangéliste. Nous sommes donc au point de rencontre entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
À côté de ces considérations essentielles pour comprendre le sens du sujet, les Toulousains qui fréquentent le Musée des Augustins peuvent reconnaître dans les traits de la Madone de cet ancien retable que nous procure le dessin de Stockholm, la silhouette de la célèbre « Nostre Dame de Grasse ». Le visage nostalgique de la mère qui se tourne vers Jean-Baptiste et l’Enfant qui s’étire, non pour s’échapper mais pour écrire sur le livre qui lui présente l’Évangéliste, sont communs aux deux figurations. Nous sommes là, très vraisemblablement, à la source même qui servit d’inspiration au sculpteur de la célèbre statue. Désormais se pose la question : le sculpteur de « Nostre Dame de Grasse » a-t-il eu l’occasion d’admirer le tableau de maître Rogier au cours d’un voyage à travers les Flandres, ou bien le charme de la composition lui est-il parvenu par l’intermédiaire d’un dessin ? Selon toute vraisemblance, le maître sculpteur semble avoir retenu essentiellement la silhouette de la Madone tenant son enfant sans se préoccuper des autres personnages. Ce qui permet de s’attarder sur cette considération, c’est la présence d’une mouluration sur le socle de la statue, continue sur les trois côtés. Ainsi, elle exclut la présence immédiate d’autres personnages attenants au groupe, particulièrement celle de saint Jean présentant le livre à l’Enfant écrivain.
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Pour ce qui est de la Madone sculptée, on retrouve les grandes lignes de la composition figurant sur le dessin conservé à Stockholm : les regards divergents sont identiques dans les deux cas, ainsi que le mouvement de la robe de la mère évoluant vers le bras, en diagonale à partir du genou. On note cependant quelques légères variantes, avec l’adjonction sur la sculpture d’une couronne perlée et d’un livre fermé que la Vierge retient sous le bras.
En ce qui concerne l’histoire de la statue et de sa mystérieuse origine, il faut rappeler qu’elle apparaît pour la première fois dans l’édition de 1813 du catalogue du Musée des Augustins, avec la mention « origine inconnue ». Un siècle plus tard, Jules de Lahondès émet l’hypothèse de l’attribution au sanctuaire de Notre-Dame de Grâce de Bruguière, près de Saint-Jory. Par la suite, Henri Rachou, Marguerite de Bévotte, Paul Mesplé et Marcel Rascol seront du même avis. Il faut cependant tenir compte des travaux historiques de Jean-Jacques Percin, publiés en 1693, repris et complétés au XIXe siècle par Chauliac, qui donnent un aperçu détaillé du prieuré et de son pèlerinage, et où est relatée l’invention et les divers avatars d’une statuette en bois du XIVe siècle représentant la Vierge Marie. Malgré la disparition du prieuré en 1789, le pèlerinage a survécu et la statuette, sauvée de la tourmente révolutionnaire, est toujours vénérée dans l’église paroissiale de cette localité. Attribuer la célèbre image de « Nostre Dame de Grasse » au prieuré de Bruguière pose donc un faux problème, sur un modeste sanctuaire rural et une sculpture qui apparemment n’en posent pas.
En raison du caractère exceptionnel de la célèbre statue, il est préférable d’orienter la recherche vers les sanctuaires toulousains, d’autant qu’il semble bien qu’elle ait inspiré le sculpteur du groupe de l’Épiphanie de l’église Saint-Nicolas de Toulouse, sujet repris un peu plus tard à la cathédrale de Lavaur. Aussi est-il important de répertorier les vocables de Notre-Dame de Grâce dans Toulouse, à travers les témoignages conservés dans les archives. Le vocable apparaît pour l’une des chapelles de l’église des Grands Carmes dans l’intervalle des années 1648 et 1678, précédé et suivi de vocables différents. En raison de la date relativement tardive, cette chapelle ne peut être retenue.
La recherche dirigée vers le couvent des Jacobins donne des résultats plus concluants. Dès la fin du XVe siècle, on rencontre à plusieurs reprises la mention d’une chapelle placée sous le vocable de Notre-Dame de Grâces :
1. Jeanne Vilette, épouse de Guiraud de Palays, seigneur de Tarabel, demande, le 4 janvier 1487, a être inhumée aux Jacobins, dans la chapelle de sainte Marie des Grâces (3).
2. L’année suivante, 1488, la chapelle bénéficie de la donation d’un nommé Raymond (4).
3. Dans le testament de Jean Lopez, oncle de Pierre Lopez et grand-père maternel de Michel de Montaigne, acte retenu le 12 mai 1497 par le notaire Jean Laysaci, est demandé que le dit Lopez soit enseveli dans le couvent des Frères Prêcheurs, à la chapelle de Notre-Dame de Grâces, avec le pieux habit du Tiers-Ordre de saint Dominique (5).
4. Enfin, en 1512, à l’occasion de la remise en état de l’ensemble des verrières de l’église, exécutée aux frais de généreux donateurs, l’économe du couvent indique chacune des fenêtres à réparer, à partir des vocables des chapelles de l’édifice (6). En commençant par le clocher, la quatrième est ainsi indiquée : » Le vitrail de la bienheureuse Marie de Grâces fut réparé par les soins d’Antoine Ferret, dit Papillon, peintre, pour le prix de 18 livres tournois « . Cette dernière mention a l’avantage sur les précédentes de localiser très exactement l’emplacement de cette chapelle située dans l’axe du chevet de l’église, chapelle devenue par la suite de Notre Dame du Chapelet, et à partir de 1609, de Notre Dame du Rosaire.Il est permis de constater l’intérêt de ces archives pour la localisation d’une chapelle dédiée à Notre-Dame de Grâces au XVe siècle dans l’église des Jacobins, chapelle à usage funéraire de la famille de Palays dès la fin du XIIIe siècle, et de voir combien le dessin d’un ancien tableau du maître flamand Rogier Van der Weyden apporte aujourd’hui à l’histoire de la célèbre statue de « Nostre Dame de Grasse ».
Maurice Prin »
1. J. L. Ward, » A proposed Reconstitution of an Altare-piece by Rogier Van der Weyden « , dans The Art Bulletin, 53 (1971), p. 27-35.
2. Stockholm, Nationalmuseum, inv. N° 148-1918, Vierge et l’Enfant, saint Jean-Baptiste, saint Jean l’Évangéliste et un saint évêque.
3. A. Navelle, Familles nobles et notables du Midi toulousain, t. VIII, p. 166.
4. A.D. Haute-Garonne, 112 H, Chartreux.
5. R. Corraze, » Les Lopez, ancêtres maternels de Montaigne « , dans Bulletin philologique et historique, Paris, 1932-1933, p. 283-298.
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6. A.D. Haute-Garonne, 112 H, Dominicains, dans le plus petit des quatre registres du conseil conventuel.
Le Président remercie Maurice Prin de nous avoir apporté des sources iconographiques qui éclairent la position si curieuse de l’Enfant et d’avoir complété le dossier de l’origine jacobine du chef-d’œuvre aujourd’hui conservé au Musée des Augustins. Comme il fait remarquer que la Vierge toulousaine présente cependant un livre sous le bras, Maurice Prin confirme que la statue n’est pas une copie exacte du dessin qui l’a inspirée.
La parole est à Patrice Cabau pour la communication du jour : De saint Saturnin à Saint-Sernin :
« L’établissement d’une nouvelle édition critique de l’Opuscule relatant la passion de l’évêque de Toulouse Saturnin ainsi que l’inhumation, l’invention et la translation de son corps – édition publiée dans le présent volume – nous a amené à reprendre la question des lieux des sépultures du martyr et de ses premiers successeurs (cf. CABAU [Patrice], Opusculum de passione ac translatione sancti Saturnini, episcopi Tolosanae ciuitatis et martyris – Édition et traduction provisoires, dans M.S.A.M.F., t. LXI [2001] – Les évêques de Toulouse (IIIe-XIVe siècles) et les lieux de leur sépulture – Première partie : les évêques de Toulouse, dans M.S.A.M.F., t. LIX [1999], p. 123-162 ; cf. p. 261-262 – Seconde partie : les lieux de sépulture des évêques de Toulouse, dans M.S.A.M.F., t. LX [2000], p. 115-118 – Mamertin, évêque de Toulouse en 314, dans M.S.A.M.F., t. LX [2000], p. 228-231 – Les références utiles pour l’étude qui suit seront données dans l’édition électronique à publier sur le site Internet de la Société : http://www.societes-savantes-toulouse.fr./samf/memoires/t_60/cabau2).
Les lieux de sépulture des évêques de Toulouse
De sa fondation, avant le milieu du troisième siècle, à son érection en métropole, au début du quatorzième, l’Église de Toulouse a été gouvernée par une longue succession d’évêques dont le souvenir s’est peu à peu effacé. En l’absence de liste épiscopale authentique, on a dû reconstituer les fastes épiscopaux par le biais de la recherche et de la critique historiques ; par suite de la disparition de la quasi-totalité des sépultures épiscopales, il faut recourir à la même méthode pour esquisser une géographie de ces lieux de mémoire. Il apparaît que les inhumations des évêques, originellement pratiquées hors les murs de la ville antique, dans les parages de la basilique Saint-Sernin, se dispersent ensuite et ne commencent à s’implanter à la cathédrale Saint-Étienne, dans la cité médiévale, qu’à la fin du treizième siècle.
Comme précédemment établi dans les fastes, quarante-deux évêques peuvent être retenus pour le premier millénaire de l’Église de Toulouse. La localisation de leur sépulture est connue avec certitude pour dix d’entre eux ; elle reste conjecturale pour cinq ou six autres. Les données disponibles à ce sujet permettent de se rendre compte de la diversité des lieux d’inhumation et de comprendre les raisons qui ont déterminé ces localisations différentes : aléas d’un supplice et d’une translation pour le premier évêque et martyr Saturnin († 250) ; inhumation supposée auprès d’un saint prédécesseur pour Hilaire († 3..) et Silve († 3..) ; sépulture probable dans un domaine rural possédé par l’Église de Toulouse pour Exupère († 4..) et Germier († 6..), avec de plus pour ce dernier existence d’une église qu’il aurait fondée ; appartenance à une congrégation religieuse pour le bénédictin Érembert († 6..), le cistercien Foulque de Marseille († 1231), le dominicain Raymond du Fauga († 1270), le franciscain Louis d’Anjou-Sicile († 1297), avec par surcroît pour le clunisien Durand de Bredons († 1071) le cumul d’un abbatiat et de l’épiscopat ; dévotion particulière à l’égard d’un Ordre, celui des Frères Prêcheurs pour Hugues Mascaron († 1296), celui des Frères mineurs pour Arnaud Roger de Comminges († 1298) ; dilection spéciale du défunt pour un lieu de culte par lui établi, une église rurale pour Germier, une collégiale pour Pierre de La Chapelle-Taillefert († 1312), ou par lui reconstruit, la cathédrale de Toulouse pour Bertrand de L’Isle-Jourdain († 1286). Le choix du lieu de sépulture a été dans trois cas dicté par la volonté expresse de l’évêque stipulée dans son testament (Bertrand de L’Isle-Jourdain, Hugues Mascaron, Louis d’Anjou-Sicile) ; un quatrième cas (Hugues † 9..) demeure tout à fait hypothétique, le lieu d’ensevelissement effectif restant ignoré.
Le constat du caractère contingent de la localisation des sépultures épiscopales conduit à nuancer une assertion de Joseph Vaissete (1685-1756), qui déclare dans le quatrième volume de l’Histoire générale de Languedoc, publié en 1742 : « Il [Bertrand de L’Ille-Jourdain] fut le premier évêque de Toulouse inhumé dans sa cathedrale : ses predécesseurs jusqu’à lui avoient eu leur sepulture dans l’église de S. Sernin. » L’indication initiale paraît
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absolument avérée. Elle se fonde sur une remarque faite en 1313/1316 par Bernard Guy dans son traité sur les évêques de Toulouse (Nomina episcoporum Tholose) : Bertrandus de Insula […] Sepultus uero fuit primus episcopus in ecclesia cathedrali Sancti Stephani Tholose, observation relevée par Guillaume de Catel (1560-1626) : « Frere Bernard Guido remarque que ç’a esté le premier Euesque de Tolose qui a esté enterré dans l’Eglise Cathédrale sainct Estienne de Tolose […] ». La seconde indication est sans doute moins pertinente ; dom Vaissete a lui-même rapporté que les prédécesseurs de Bertrand de L’Isle-Jourdain († 1286), Foulque de Marseille († 1231) et Raymond du Fauga († 1270), avaient été inhumés ailleurs qu’à Saint-Sernin, celui-ci « dans l’église de Dominicains de Toulouse, ses confreres », celui-là « en l’abbaye de Grand-selve, de l’ordre de Cîteaux dont il avoit été religieux ».
Au demeurant, l’opinion du bénédictin procède d’une série de textes et de « traditions » dont il importe de reprendre l’analyse dans une perspective critique.Sentence arbitrale de l’évêque de Toulouse Isarn (1093)
Le 2 décembre 1093, l’évêque de Toulouse Isarn de Lavaur, assisté de ses collègues Simon d’Agen et Pierre de Carcassonne, prononça une sentence arbitrale destinée à mettre fin à la querelle qui opposait, entre autres litiges, les communautés canoniales de Saint-Étienne et de Saint-Sernin au sujet de la sépulture des notables de Toulouse. L’acte de ce jugement, transcrit dans le cartulaire de Saint-Sernin dans le dernier tiers du douzième siècle et partiellement publié par Guillaume de Catel en 1623, stipule que « l’évêque et le comte et tous les chevaliers et leurs épouses, aussi leurs fils et filles, […] devront être ensevelis dans le cimetière de Saint-Sernin, à partir de cette heure et pour tout l’avenir ». Claude Devic (1660-1734) et Joseph Vaissete, préoccupés surtout de la question de la sépulture des comtes de Toulouse, ont présenté cette disposition de la façon suivante : « Ces prélats par leur jugement maintinrent les chanoines de saint Sernin dans l’usage où ils étoient d’enterrer dans le cimetiere de leur église, l’évêque, le comte, & tous les nobles de la ville ; usage fondé, sans doute, sur la pieté des peuples envers le saint fondateur de l’église de Toulouse. De là vient que le cimetiere de saint Sernin s’appelle encore à présent le cimetiere des nobles ». Sans doute une telle interprétation est-elle un peu forcée, dans la mesure où la sentence paraît viser non tant à perpétuer une tradition qu’à établir une règle nouvelle. Au demeurant, celle-ci ne fut pas observée pour les comtes : à la même époque, Guillaume IV († 1093/1094) obtint du pape Urbain II (1088-1099) la permission de fonder un cimetière comtal à Sainte-Marie la Daurade, autorisation confirmée par le pape Pascal II (1099-1118) le 7 novembre 1105. S’agissant des évêques, il n’y a aucun indice que l’un d’entre eux ait été inhumé à Saint-Sernin postérieurement à 1093, c’est-à-dire après le lancement de la construction de la basilique romane actuelle. Il semble qu’il en ait été autrement pour leurs prédécesseurs des premiers temps chrétiens, et, dans ce cas, la seconde partie de l’assertion des bénédictins pourrait paraître avérée.
Catalogues épiscopaux d’Arnaud d’Arpadelle (1296) et de Bernard Guy (1313/1316)
Dom Devic et dom Vaissete ont connu le manuscrit des coutumes de Toulouse en marge duquel figure un commentaire achevé le mercredi 18 juillet 1296 par un jurisconsulte anonyme qu’Henri Gilles a identifié comme étant Arnaud d’Arpadelle (…1275-1312…). Reproduisant dans cette glose la plus ancienne liste épiscopale que l’on connaisse pour Toulouse, celui-ci a enregistré le fait que les corps des premiers évêques se trouvaient à Saint-Sernin :
« Le premier évêque des chrétiens de Toulouse fut saint Saturnin. Le deuxième fut saint Hilaire. Le troisième saint Silve. Le quatrième saint Exupère. Le cinquième saint Honoré. Et ils reposent tous dans le monastère Saint-Sernin. »
En 1313/1316, rédigeant la version originelle de son traité sur les évêques de Toulouse (Nomina episcoporum Tholose), Bernard Guy (1260/1261 – 1331) a rapporté, probablement d’après des documents conservés à Saint-Sernin, les circonstances dans lesquelles, au cours de la seconde moitié du treizième siècle, les tombeaux de ces saints premiers évêques furent successivement découverts puis exposés à la vénération des fidèles. L’historien dominicain a également cité ces relations dans plusieurs de ses ouvrages, entre autres son florilège des chroniques (Flores cronicorum, seu Cathalogus pontificum Romanorum), son miroir des saints (Speculum sanctorale) et un opuscule hagiographique (De sanctis dyocesis Tholosane). Divers auteurs modernes, au premier chef desquels Nicolas Bertrand (vers 1470 – 1548) et Guillaume de Catel, les ont publiées d’après des
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sources plus ou moins directes. Dom Devic et dom Vaissete ont recouru aux extraits inclus dans un abrégé des Flores cronicorum publié au début du seizième siècle sous le titre de Preclara Francorum facinora, que Catel a fait réimprimer en appendice à son Histoire des Comtes de Tolose, parue en 1623. Voici une traduction du texte essentiel de Bernard Guy :
« Le premier de tous les évêques de Toulouse fut le bienheureux Saturnin, premier évêque et martyr, qui […], pour avoir confessé sa foi, but à Toulouse le calice de la passion, ainsi qu’il est contenu plus en détail dans les Gestes du même [évêque]. […] Enfin, en 1’an du Seigneur 1258, le sixième jour du début du mois de septembre [vendredi 6 septembre 1258], fut recherché et découvert le saint corps du même martyr Saturnin au chevet de son église, devant le chœur des chanoines, renfermé dans un tombeau de marbre, à côté des corps d’autres saints, dans la terre, et il fut élevé de là avec son tombeau de marbre en un lieu plus haut, une crypte avec une chambre voûtée ayant été préparée au même endroit, comme il se voit aujourd’hui au-dessus de la terre. Et, par la suite, fut faite une châsse d’argent précieuse, et elle fut adaptée honorablement par-dessus tout le tombeau, et, au-dessous de la même châsse, le susdit tombeau de marbre, avec les saintes reliques du corps du doux martyr Saturnin, fut placé avec vénération, avec grand concours de tout le clergé et peuple de Toulouse, le lendemain de saint Jean-Baptiste, le dimanche 7e jour avant les calendes de juillet, en l’an du Seigneur 1284 [dimanche 25 juin 1284]. On monte maintenant au dit tombeau par des degrés et, au même endroit, saint Saturnin est honoré fidèlement par tout le peuple.
Saint Honoré fut disciple du bienheureux Saturnin, à qui il succéda dans la charge et l’honneur du pontificat. Son saint corps repose à Toulouse dans la même église, dans son propre tombeau de pierre, au-dessus de la terre, derrière le petit autel qui est à côté des degrés de la montée par laquelle on monte au tombeau de saint Saturnin.
Saint Silve fut évêque de Toulouse. Celui-ci entreprit la construction de l’église de saint Saturnin, que saint Exupère acheva, ainsi qu’il est écrit dans les Gestes de saint Exupère. Le corps de saint Silve repose dans la même église, dans son propre tombeau de pierre, à l’intérieur de la même crypte, au-dessus de la terre. Son natalice est célébré la veille des calendes de juin [31 mai].
Saint Hilaire fut évêque de Toulouse. Son corps repose au même endroit, à l’intérieur de la même crypte, placé dans son propre tombeau de pierre. Son natalice est célébré le 13e jour avant les calendes de juin [20 mai].
En l’an du Seigneur 1265, le cinquième jour avant les nones d’octobre [samedi 3 octobre 1265], dans l’église du saint martyr Saturnin, à l’intérieur de la crypte du même martyr, au-dessous de la terre, furent trouvés quatre sépulcres de saints, à savoir d’Honoré, de Silve et d’Hilaire, évêques de Toulouse, et aussi du saint martyr Papoul, qui fut disciple et collègue de saint Saturnin. Ils étaient chacun inscrits et intitulés avec leurs noms sur chaque tombeau, en dessous de la terre, en cercle, de part et d’autre. Et, de là, les corps des saints furent élevés avec leurs tombeaux intitulés et replacés au même endroit, dans les mêmes tombeaux, au-dessus de la terre, là où on le voit ainsi maintenant à l’intérieur de la même crypte, en dessous du corps de saint Saturnin, leur maître, et ils reposent vénérablement dans le Seigneur.
Saint Exupère, très digne évêque de Toulouse, fit très instamment achever la basilique de saint Saturnin dont saint Silve son prédécesseur avait fidèlement entrepris la construction et il y transféra les saints membres de saint Saturnin, comme il est écrit et contenu dans les Gestes de saint Exupère. […] Le corps de ce très saint Exupère est gardé et vénéré dans l’église de saint Saturnin, qu’il acheva lui-même, dans une châsse d’argent qui est gardée au-dessus de l’autel qui est immédiatement accolé à la crypte de saint Saturnin. Le trépas de saint Exupère est célébré le 4e jour avant les calendes d’octobre [28 septembre], sa translation le 18e jour avant les calendes de juillet [14 juin]. »Telle était encore à peu près la situation au début du dix-huitième siècle. Relatant dans le premier tome de leur Histoire générale de Languedoc, publié en 1730, les origines de l’Église de Toulouse, dom Devic et dom Vaissete disaient celle-ci « également respectable par le martyre de S. Saturnin son premier évêque & la sainteté d’Honorat, d’Hilaire, de Sylvius & d’Exupere ses successeurs, dont la collegiale de son nom conserve les précieux restes avec une infinité d’autres reliques qui la distinguent de toutes les églises de France ». Dans le deuxième tome, paru en 1733, résumant les procès-verbaux de l’invention de 1258 et de la translation de 1284, les bénédictins illustraient l’élévation du tombeau de saint Saturnin avec une planche intitulée « Mausolée et Chasse de St. Sernin premier Evêque de Toulouse« . Cette eau-forte, gravée très vraisemblablement d’après des dessins d’Antoine Rivalz (1667-1735), figure en plan et élévation la partie supérieure du monument des premiers évêques de Toulouse, ainsi que la châsse de Saturnin, grand coffre de bois revêtu de feuilles d’argent ouvrées qui représentait « en relief l’exterieur & le clocher de l’église de saint Sernin ».
Le mausolée épiscopal érigé entre 1265 et 1284 au centre de la grande abside romane était un chef-d’œuvre du style gothique rayonnant. Cet édifice extraordinaire, qualifié en 1488 de « fort triomphante capelle », consistait en une sorte de tour-lanterne élevée sur plan hexagonal, comportant deux niveaux et atteignant une dizaine de mètres de hauteur au sommet des gâbles triangulaires qui terminaient chacune de ses faces. Bâti presqu’entièrement en pierre de taille, l’ouvrage s’ornait d’un abondant décor de moulures et de sculptures, au premier rang desquelles se remarquaient, au niveau de l’étage, les six grandes statues d’évêques adossées contre les piles saillant aux angles de la construction. Celle-ci comprenait intérieurement deux chambres superposées, semblablement voûtées sur ogives, ajourées de six grandes baies ouvertes entre les piles d’angle. À l’origine, on devait descendre au niveau inférieur, en léger contrebas par rapport au sol du chœur, par quelques marches situées à la base de la face occidentale du mausolée ; un escalier latéral menait au niveau supérieur, vraisemblablement entouré d’une galerie et d’un garde-corps. En 1512, une voûte fut établie entre le sommet du mur-bahut du rond-point du chœur roman et la jonction des deux niveaux de l’édicule gothique, qui perdit alors son unité architecturale.
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Dans la chambre haute du mausolée, appelée « chapelle Saint-Sernin » en 1489 et 1638, « chapelle où est le sepulchre (de Monsieur) Sainct Sernin » en 1646, 1649 et 1657, se trouvait la châsse renfermant le sarcophage de marbre du premier évêque (cuve : longueur 2 m x largeur 0,70 m x hauteur 0,65 m ; couvercle : épaisseur 0,20 m). Les tombeaux de pierre de ses successeurs – ou réputés tels – étaient à l’origine disposés entre les piles de la chambre basse, dans la « crypte » mentionnée en 1313/1316, dénommée « chapelle des Apôtres » en 1489, 1504 et 1518, puis « chapelle Saint-Honoré » au dix-septième siècle. En 1736 ou peu après, la partie supérieure du monument gothique fut supprimée pour élever l’actuel baldaquin à la romaine et sa partie inférieure servit de soubassement au nouvel ouvrage, parachevé en 1759/1760.
Concernant Exupère, Bernard Guy nous apprend que son corps était conservé en 1313/1316 dans une châsse d’argent placée « au-dessus de l’autel immédiatement accolé à la crypte de saint Saturnin », à identifier peut-être avec l’autel de saint Exupère mentionné en 1226, 1246 et 1285. En 1392, 1489 et 1504, cette châsse se trouvait au-dessus du maître-autel, dans un « tabernacle » muni de grilles de fer. Elle fut réparée en 1582 et on la déposa le 19 avril 1586 dans la chapelle d’axe, dans une armoire ménagée au-dessus de l’autel, qui fut consacré sous l’invocation du saint évêque. Affectant, comme celle de Saturnin, la forme d’une église surmontée d’un clocher-tour, la châsse d’Exupère était constituée d’un coffre de bois revêtu de feuilles d’argent ouvrées, dorées par places, rehaussées de vingt figurines d’argent et de pierres précieuses. Probablement refaite en 1385, cette châsse avait succédé à celle dans laquelle l’abbé de Saint-Sernin Bernard de Gensac (…1236-1263…) avait transféré les ossements de l’évêque, précédemment contenus, avec de nombreuses autres reliques, dans un vieux coffre. Ce transfert eut lieu le 13 juin 1258, veille de la fête de la translation d’Exupère.
Dans l’opuscule consacré aux Vie et Gestes de saint Exupère qu’il publia en 1515, Nicolas Bertrand a raconté comment les chanoines de Saint-Sernin allèrent chercher à Blagnac et ramenèrent dans leur église le corps du saint évêque, découvert par un paysan dans des circonstances miraculeuses, « cent ans après le jour de sa sépulture ». Si certains détails de cet épisode peuvent paraître fabuleux, le fond demeure vraisemblable et il n’y a sans doute guère lieu de douter qu’Exupère ait été enseveli à Blagnac. Le récit de Nicolas Bertrand mentionne tout à la fois les chanoines de Saint-Sernin et les chanoines de Saint-Étienne, constitués en communautés distinctes dans la première moitié des années 1070, et la présence du corps de l’évêque à Saint-Sernin est attestée en 1226 et 1219 ; à supposer que les « reliques du saint confesseur Exupère » placées en 1126 dans l’autel de l’église San Saturnino d’Artajona et en 1096 dans l’autel majeur de Saint-Sernin de Toulouse aient été des éléments de son corps, la translation de saint Exupère aurait eu lieu sur la fin du onzième siècle. Remarquons à ce propos que la villa de Blagnac fut donnée à cette époque aux chanoines de Saint-Sernin par le comte de Toulouse Guillaume IV (1060 – 1093/1094). Par ailleurs, il faut noter que l’évêque de Toulouse Isarn, évoquant en 1077 les plus anciens de ses prédécesseurs, citait tout particulièrement Exupère, « d’heureuse mémoire », et qu’il s’agit là de la plus ancienne mention toulousaine connue pour cet évêque depuis le début du cinquième siècle.Quant à Honoré, Silve, Hilaire et Papoul, nous savons par Bernard Guy que leurs tombeaux de pierre, dégagés en 1265 dans le sol de l’abside majeure de la basilique Saint-Sernin, furent remis avant 1284 au même emplacement, à la base du mausolée gothique constituant le cœur de la « crypte ». Les quatre sarcophages furent par la suite dissimulés sous des ouvrages de menuiserie : en 1489, la capsa marmorea d’Honoré, les corps d’Hilaire, de Silve et de Papoul se trouvaient enfermés dans des coffres de bois sans ouverture, désignés en 1504 comme de « grandes caysses de fustes ». En 1511-1512, la confrérie des Corps-Saints de Saint-Sernin commanda des châsses en noyer, qui furent revêtues en 1515-1516 de feuilles de cuivre estampées et argentées. Le 24 mars 1517, on y transféra les reliques des quatre saints. Au début du dix-septième siècle, lorsque la confrérie procéda à l’aménagement du Tour des Corps-Saints, les châsses et chefs-reliquaires d’Hilaire, de Silve, et de Papoul furent disposés dans les armoires installées dans les chapelles rayonnantes de l’abside et dans le déambulatoire du rond-point ; la châsse et le chef-reliquaire d’Honoré demeurèrent dans la crypte, ainsi que son tombeau.
Au témoignage de Bernard Guy, « les quatre sépulcres des saints Honoré, Silve et Hilaire, évêques de Toulouse, et du saint martyr Papoul, disciple et collègue de saint Saturnin, étaient chacun inscrits et intitulés avec leurs noms sur chaque tombeau ». Le sarcophage d’Honoré, toujours conservé dans la crypte supérieure de la basilique, est encore identifié par son titulus : fermant une cuve fruste de profil légèrement trapézoïdal (longueur 2,05 m x largeur à la base environ 0,50 m x hauteur 0,30 m) en calcaire marmoréen de couleur sombre, une dalle en pierre calcaire de teinte plus claire (épaisseur 0,15 m) substituée au couvercle primitif porte à une extrémité de sa face supérieure l’inscription S(ANCT)VS HONORAT[VS]. Capitales et onciales soigneusement gravées présentent les
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caractéristiques de l’épigraphie toulousaine de la fin du treizième siècle ou du début du suivant. S’agissant de savoir si les quatre tombeaux étaient déjà inscrits au moment de leur découverte, en 1265, ou si les inscriptions furent ajoutées par la suite, le récit de Bernard Guy demeure très ambigu : l’historien, qui va et qui vient à travers son texte de ce qu’il lit à ce qu’il voit, puis du présent au passé, a fort bien pu inférer de la situation qu’il constatait de son temps un état antérieur hypothétique, la source qu’il utilisait étant probablement muette sur ce point. Si la graphie du titulus d’Honoré incite à croire que son sarcophage ne reçut qu’après 1265 l’inscription qui l’identifie, le remplacement de la couverture ancienne, brisée ou jugée inappropriée, laisse cependant ouverte la possibilité d’une réfection ; la disparition même du couvercle antérieur interdit de conclure dans un sens ou dans l’autre.
Quoi qu’il en soit de l’époque à laquelle les tituli furent gravés sur les quatre sarcophages dégagés en 1265, une au moins de ces inscriptions était inexacte, celle d’Honoré précisément : ce personnage fictif, présenté notamment dans une version fabuleuse des Gestes de saint Saturnin rédigée peu avant 900 comme son disciple et son successeur immédiat, ne fut jamais évêque de Toulouse. C’est également le cas de Papoul, martyr obscur dont il n’existe pas de mention antérieure au neuvième siècle et que la même légende associe à Saturnin. Dans ces conditions et en l’absence d’authentiques épitaphes, il est permis de douter que l’identification des sépulcres des évêques Hilaire et Silve ait été pertinente.
CRYPTE SUPÉRIEURE DE LA BASILIQUE SAINT-SERNIN.
Sarcophage dit de saint Honoré : estampage de l’inscription gravée
à l’extrémité gauche du couvercle (hauteur du S : environ 6 cm).Tout ce qu’il y a de certain, c’est que les quatre tombeaux de pierre enfouis autour du sarcophage de marbre de Saturnin sous le sol du sanctuaire de la basilique étaient des inhumations particulièrement privilégiées, davantage sans doute que ne devaient l’être les sépultures trouvées un peu plus à l’Ouest lors du creusement de la crypte inférieure : Anno Domini millesimo tricentesimo decimo sexto, mense septembri, omnium Auctore inspirante et dono mire sue pietatis largiente, inuentum est corpus, omni margarita precios[i]us, preclarissimi C[h]risti confessoris Egidii, ortu nobilis Atheniensis, una cum multis aliis corporibus sanctorum, in ecclesia, subtus altare monasterii Sancti Saturnini, ubi quidem non solum sepulta sed abscondita esse uidebantur. Nam, super abiecto multo latere fuso rudere, ueluti auric < aurum > in uiueis terre absconsum, sic illa beata corpora, aliqua ipsorum tumbis marmoreis receptia < recepta >, quedam locellis terraneis locata, latitabant (Pierre de Martres, Liber aucthenticus miraculorum Corporum Sanctorum (Toulouse, A.P.S.S., B 32 = Recollectio priuilegiorum, f. CLXVII-CLXVIII). Au mois de septembre 1316 fut ainsi découverte, au-dessous du maître-autel, une multitude de « tombes de marbre » et de « compartiments en terre » que les chanoines de Saint-Sernin n’hésitèrent pas à attribuer à saint Gilles et à des saints non nommés, mais qu’énumère une liste dressée un peu plus tard dans le quatorzième siècle : les apôtres Jacques le Majeur, Philippe et Jacques le Mineur, Simon et Jude, Barnabé, les saints Cyr et Juliette, Honest, Claude, Nicostrat, Symphorien, Castor et Simplice, Georges, Edmond, Achille et Victor, Guillaume… De là les multiples inventions, élévations et translations de « corps saints » qui eurent lieu à Saint-Sernin jusqu’au dix-septième siècle. Les 16 et 18 juillet 1644, on procédait encore à l’ouverture d’un « sepulcre » réputé contenir le corps de saint Edmond, roi d’Angleterre, puis à celle de deux « châsses » ou « cercueilhs » de pierre superposés censés renfermer les dépouilles des martyrs Symphorien et Castor, Claude, Nicostrat et Simplice. Dans les chapelles de la crypte inférieure se trouvent toujours quatre cuves de pierre analogues à celle du tombeau dit de saint Honoré, qui ont comme elle appartenu à des sarcophages de l’Antiquité tardive ou du haut Moyen Âge.
L’ensemble funéraire mis au jour aux treizième et quatorzième siècles dans l’abside majeure de Saint-Sernin avait été nécessairement découvert dans le dernier tiers du onzième siècle, lorsque fut entreprise la construction de la basilique romane. Cet ensemble fut respecté par l’implantation du nouvel édifice, à l’intérieur duquel on ne pratiqua plus d’inhumation. Les fouilles menées à la fin des années 1960 dans la crypte supérieure ont révélé que le mur du rond-point du chœur épousait le contour du chevet d’une église antérieure : « une abside outrepassée,
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bâtie sur le sol vierge, de six mètres de diamètre intérieur », dont les fondements en galets et briques ainsi que l’élévation parementée de briques sont conservés sur une hauteur totale de près de 1,50 m. Le niveau actuel d’arasement de ce mur d’abside correspond à peu près à celui du pavement de la chambre inférieure du mausolée gothique, situé lui-même à environ 1,35 m au-dessous du niveau originel du pavement de l’église romane. Dans l’espace compris entre les sols des sanctuaires préroman et roman, on dut au onzième siècle aménager autour du tombeau de saint Saturnin une crypte semi-enterrée dont le pavage constitué de gros galets a été retrouvé au cours des fouilles ; un dénivelé de l’ordre de 5 m sépare ce pavage du niveau probable du sol du sanctuaire de l’époque romane. Nous savons d’ailleurs qu’en 1083 l’évêque Isarn se réserva une clef permettant d’accéder au « sépulcre du martyr ». Cette disposition des lieux disparut dans le dernier tiers du treizième siècle avec l’édification du mausolée gothique. Étant donné que le soubassement de l’hexagone gothique est implanté pour sa moitié orientale à l’intérieur de l’abside paléochrétienne, les cinq sarcophages reconnus en 1258 et 1265 furent élevés presqu’exactement au-dessus de leur emplacement initial, ainsi que Bernard Guy l’a souligné.
Le tombeau de saint Saturnin demeura ainsi jusqu’à 1258 au moins sous le sol des sanctuaires des deux basiliques successives placées sous son invocation. Il s’agit de déterminer depuis quand. Dans le deuxième quart du douzième siècle, l’auteur du Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle signale qu’il faut « aller voir le corps du très digne saint Saturnin… enseveli près de la ville de Toulouse, en un lieu excellent, où est construite une immense basilique ». Plusieurs actes conservés dans les archives de Saint-Sernin et transcrits dans le cartulaire attestent, aux onzième, dixième et neuvième siècles, la présence du corps du martyr dans son église, construite non loin de la ville de Toulouse. Par ailleurs, des sources étrangères au milieu toulousain mentionnent au sixième siècle la basilica sancti Saturnini martyris ainsi que son sepulchrum, et au cinquième la memoria beatissimi Saturnini martyris. Bien plus, le récit qui fait suite à l’historia passionis de saint Saturnin indique par qui – et par suite à quel moment – fut édifiée la basilique paléochrétienne dont les vestiges ont été retrouvés en 1969.
Opuscule de saint Saturnin : passion, inhumation, invention et translation (250/409)
L’Opuscule de la passion et de la translation de saint Saturnin, évêque de la cité de Toulouse et martyr, comme il nous paraît opportun de l’intituler, est l’un des monuments les plus vénérables de l’histoire de la Gaule chrétienne. Ce texte fondamental fut élaboré sous sa forme achevée (en sept sections, dont un prologue et un épilogue) dans la deuxième décennie du cinquième siècle ; dès avant le milieu du même siècle, il servit à la composition des deux offices constituant la base liturgique du culte du martyr : la Messe pour le jour de saint Saturnin, fêté le 29 novembre, et la Messe de la translation du corps de saint Saturnin, célébrée le 1er novembre. Connu notamment de Sidoine Apollinaire (431/432 – vers 487), de Venance Fortunat (vers 530 – vers 600) et de Grégoire de Tours (538/539 – 594), ce petit ouvrage eut une diffusion rapide et large, prolongée de la fin du neuvième siècle au début du seizième par la rédaction de diverses versions amplifiées plus ou moins fabuleuses.
L’Opuscule fut imprimé pour la première fois en 1575, à l’instigation de Lorenz Suhr (1522-1598), profès de la Chartreuse de Cologne. En 1689, Thierry Ruinart (1657-1709), bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, en procura une édition fondée sur une série de manuscrits conservés dans les abbayes de Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Pierre de Conches-en-Ouche, de Saint-Benoît-sur-Loire et Saint-Marien d’Auxerre, ainsi que dans les Bibliothèques de Colbert et de la Sorbonne… En 1955, le Père Ángel Fábrega Grau en a publié une version adaptée à la liturgie mozarabe transcrite dans un recueil hagiographique constitué au début du dixième siècle pour le monastère San Pedro de Cardeña en Castille. On trouvera dans le présent volume une nouvelle édition de ce texte, établie d’après la version de type hispanique que contient un légendier compilé au cours du onzième siècle dans le scriptorium de l’abbaye Saint-Pierre de Moissac, ainsi qu’une traduction intégrale, dont le lecteur voudra bien comprendre qu’elle vise davantage l’exactitude que l’élégance.Le récit constituant le corps central de l’Opuscule est rythmé par quatre événements majeurs dont il s’agit de préciser comment ils se sont inscrits dans le temps et, surtout, dans l’espace.
On peut tenir pour certain que le martyre de Saturnin et l’inhumation de sa dépouille eurent lieu en 250, l’invention de son cercueil par Hilaire entre 314 et 356 et la translation de ses reliques par Exupère entre 401 et 409.Messe de la translation du corps de saint Saturnin (Ve siècle)
La translation du corps de saint Saturnin fut faite un 1er novembre, date sous laquelle figure dans le missel
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mozarabe l’office commémorant cette solennité. La Missa de translatione corporis sancti Saturnini episcopi, composée probablement dans la première moitié du cinquième siècle, a été publiée en 1912 par Marius Férotin d’après deux manuscrits : l’un du neuvième siècle, conservé dans la bibliothèque du Chapitre de la cathédrale de Tolède, l’autre, du dixième ou onzième siècle, provenant du monastère de Silos en Vieille-Castille. Après dom Férotin, nous en avons conféré les textes avec celui du Missale mixtum secundum regulam beati Isidori, dictum Mozarabes imprimé pour la première fois à Tolède en 1500. Comme la Messe pour le jour de saint Saturnin, la Messe de la translation du corps de saint Saturnin cite ou paraphrase l’Opuscule. Voici un essai de traduction des passages les plus significatifs de ce texte liturgique, parfois difficile à restituer :
« Missa. Bien chers Frères, […] l’honneur des saints et (des) bienheureux martyrs [revendique] pour la foi [et] la foi revendique pour l’honneur que nous révérions par un culte qui revient chaque année ces jours que le temps de leur passion a ornés, que l’inhumation de leur corps a rendus illustres, que le souvenir de leur translation a exaltés, que la mise en place de leurs reliques a consacrés. C’est pourquoi nous nous acquittons du devoir de la solennité de ce jour envers le bienheureux martyr Saturnin, pour qui nous reconnaissons que la dignité du transfert de son corps a magnifié ses cendres dans le tombeau et ses vertus au ciel. Sa gloire a été grandie par le Royaume [et] sa sépulture par un édifice. Ses mérites ont été rehaussés par des récompenses [et] ses ossements abrités par un toit. Alors, les membres du martyr avaient l’éclat d’une croix ; maintenant, ils ont celui d’une basilique. Auparavant fut vaincue l’étroitesse du siècle, par la suite celle du sépulcre. Et, bien que sous l’humble monument [= souvenir] dédié à son martyr la foi catholique ne fût en rien dépourvue de gloire, il fut digne cependant des devoirs de la religion que surgît dans une construction le corps de celui dont l’esprit exultait dans la couronne [du martyre].
Alia. Ce jour, les temps revenant en se retournant sur eux-mêmes, est celui où se libéra le parfum du précieux corps que l’on déplaçait, qui était pour les fidèles l’odeur de la Vie dans la vie. Ce jour est celui où, après qu’on eut creusé et enlevé le sol recouvert d’herbe, les célestes trésors restaurés par l’accomplissement du devoir sacerdotal [= épiscopal] s’offrirent à la vue. […] (Ainsi soit-il.)
Post Nomina. Célébrant les solennités du transfert du corps du bienheureux Saturnin, nous implorons, Dieu, la grandeur de ta clémence, pour que, toi qui as choisi que les cendres transférées du susdit martyr devaient être rétablies avec davantage d’honneur, tu transportes les défunts des tourments vers le repos et que tu fasses revenir les vivants, après leur erreur, vers une prompte conversion. Ainsi soit-il.
Ad Pacem. Ce jour consacré, Jésus, notre Rédempteur, la mention de ton martyr Saturnin le renouvelle plus abondamment. En ce jour, en même temps que nous recherchons la protection d’un si grand homme, nous consacrons le souvenir du transfert de son corps. […]
Inlatio. Il est digne et juste, Père tout-puissant, de te rendre grâces de tout notre cœur. […]
Post Sanctus. Il est vraiment saint, vraiment béni notre Seigneur Jésus-Christ, ton fils : il éleva l’esprit victorieux de son témoin [= martyr] Saturnin, par la voix et par le sang de qui il avait été prêché, il déposa son corps dans le sépulcre, glorifiant enfin par l’honneur de la translation les cendres de celui dont il avait jadis couronné l’âme par la faveur de la passion. Ainsi soit-il.
Post Pridie. Faisant mémoire du saint homme dont les ossements sont vivifiés par l’honneur de la translation et dont l’âme est glorifiée par la translation, nous te demandons, Dieu le Père, que, accordant la sanctification à ces sacrifices qui te sont offerts, tu délies de ses péchés le peuple qui croit en toi. Ainsi soit-il.
Ad Orationem dominicam. Christ, [toi] qui es Celui qui sauve le corps des hommes et qui confère la dignité, conserve-nous les bienfaits abondants et les manifestations de pitié accoutumées, en sorte que, de même que le corps du susdit martyr a mérité d’être dignement enseveli sous les toits élevés d’un édifice, de même, protégés par ta compassion, nous méritions d’être complètement exaucés lorsque nous aurons proclamé ce que tu enseignes : (Notre) Père (qui es aux cieux…).
Benedictio. Que le bienheureux martyr Saturnin, du transfert des cendres de qui vous consacrez en ce jour le souvenir, vous rende (par ses prières) dignes de son suffrage auprès du Seigneur. Ainsi soit-il. Qu’aussi le même [martyr], qui en ce jour a été transféré dans son corps, vous rende par ses prières justes dans votre esprit. Ainsi soit-il. Que, transportés par son suffrage vers une vie meilleure, il vous fasse parvenir avec lui à des promesses d’éternité. Ainsi soit-il. »Dans l’Opuscule, le verbe transferre, s’appliquant aux reliques de saint Saturnin, a été utilisé à trois reprises. Dans la Messe de la translation, les corrélats translatio et translatus reviennent respectivement trois et sept fois, appliqués tantôt au « corps », tantôt aux « cendres » du martyr. Ces termes correspondent à l’idée d’un transfert d’un point à un autre. Le déplacement se fit de l’extérieur vers l’intérieur : de l’endroit, recouvert d’herbe (caespes, cespes) et peut-être marqué d’une croix (crux, monumentum), où le cercueil fut mis au jour, en direction de l’église bâtie par les évêques Silve et Exupère. Évoquée dans l’Opuscule comme une belle et magnifique basilique (pulchra et spetiosa basilica) préparée à grands frais (magnis sumptibus) et avec un grand zèle (basilica omni studio praeparata), elle est seulement désignée dans la Messe comme un édifice (edificium), une construction (fabrica), et, par synecdoque, des toits (fastigia, erecta fastigii tecta), un faîte (culmen). L’Opuscule explique les raisons de sa construction et en relate les étapes : Silve la commença afin d’y transférer les reliques du martyr (ad uenerandi martyris transferendas illuc reliquias), Exupère l’acheva et en fit la dédicace ; après avoir hésité à mener à terme le projet de son prédécesseur (transferre illuc sancti martiris reliquias), il procéda à la translation (translatae ad basilicam omni studio preparatam sancti uiri reliquiae). La Messe précise que le corps de Saturnin fut enseveli à l’intérieur de l’édifice (prouecta edificio sepultura, predicti martyris corpus sub erecta fastigii tecta digne sepeliri promeruit).
Il ressort ainsi de la lecture en parallèle des textes de l’Opuscule et de la Messe de la translation que le lieu dans lequel Exupère transféra le corps de Saturnin était distinct de celui de la sépulture primitive du martyr. Telle était déjà en 1623 la conclusion de Guillaume de Catel : « pour monstrer encores plus clairement que l’Eglise de sainct Sernin fut bastie en vn autre lieu, qu’à l’endroit où le corps du sainct Martyr auoit esté enterré, l’on le peut
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recognoistre, d’autant que la grande & belle Eglise bastie par sainct Silue & Exupere fut faicte pour y trãsporter & transferer les reliques de S. Sernin. […] Il faut donques conclurre que c’estoit vne autre Eglise, que celle qui estoit bastie au premier lieu, où le sainct auoit esté enterré, puisqu’il y falloit trãsferer les reliques : car si on eust basty au mesme lieu, il n’estoit pas necessaire de les trãferer ».
Après Antoine Noguier [1556-1557], qui mettait en relation l’endroit où s’était arrêté le taureau qui traînait le corps de Saturnin avec celui où l’église du Taur fut ensuite édifiée, Jean de Chabanel [1621, 1625], Guillaume de Catel [1623] et Ode de Gissey [1628] ont estimé que cette église, précédemment placée sous l’invocation de saint Saturnin, avait succédé à la toute petite basilique bâtie par Hilaire sur le lieu de la sépulture du martyr. Raymond Daydé [1661] a rapporté ces opinions et appuyé celle de Catel en évoquant des peintures murales qui représentaient « le Taureau traisnant le corps de Saint Sernin ». L’église du Taur, dont la première mention connue remonte aux années 1075/1080, est citée à partir de 1119 sous le nom de Saint-Sernin-du-Taur, voire de Saint-Sernin-le-Petit. Reconstruite au début du quatorzième siècle selon un axe perpendiculaire à celui de la rue du Taur, elle fut ensuite remaniée, notamment dans sa partie orientale, entre la fin du quatorzième siècle et le milieu du seizième. En 1534, l’archevêque de Toulouse Gabriel de Gramont la dédia à la Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de la Purification. Les fouilles pratiquées sous le sanctuaire à la fin des années 1960 n’ont révélé aucune trace de la basilique d’Hilaire ou du « premier tombeau » de Saturnin. Au demeurant, les découvertes ont été rares aux abords immédiats ou dans le quartier voisin de l’église : dans l’ancien cimetière, des amphores et des urnes ; non loin du chevet, une sépulture « sur un lit de cailloux » ; près de l’abside, une cuve de sarcophage trapézoïdale en calcaire d’époque mérovingienne, peut-être réutilisée ; vers le n° 49 de la rue du Taur, une épitaphe de la fin du sixième siècle ou du suivant. Même si le niveau antique se situe dans cette zone à une profondeur qui rend les observations difficiles – plus de deux mètres, voire trois ou quatre –, l’environnement archéologique ne semble guère correspondre au premier cimetière chrétien constitué autour de la tombe du martyr, que l’Opuscule décrit comme « rempli d’une foule de corps ensevelis ».Il en va tout autrement du site de Saint-Sernin, que les découvertes anciennes et, surtout, les fouilles récentes font apparaître comme celui d’une grande nécropole. D’une superficie supérieure à celle de la place qui entoure la basilique, cet ensemble funéraire comprenait de très nombreuses inhumations de types divers : en terre libre, sous des tuiles en bâtière, dans des cercueils de bois, des coffres de plomb, des panses d’amphores, des sarcophages de marbre, de grès ou de calcaire… En 1994-1996 ont été reconnues, dans le sous-sol du musée Saint-Raymond, une centaine de sépultures dont la majorité appartient aux quatrième, cinquième et sixième siècles ; la plus ancienne daterait des environs de 150 ou de 308. Par ailleurs, Alexandre Du Mège (1780-1862) aurait relaté la découverte, lorsque le sol de la place Saint-Sernin fut abaissé d’environ un mètre, d’une grande quantité de monnaies de Constantin… Un tel contexte convient assurément beaucoup mieux que celui de l’église du Taur pour la modeste basilique qu’Hilaire fit construire dans la première moitié du quatrième siècle, sans doute assez peu de temps après les débuts de la paix constantinienne. L’Opuscule souligne en effet que l’évêque eut, comme les deux femmes qui avaient enseveli Saturnin, le souci de « cacher le corps du martyr pour éviter que des hommes perfides, après l’avoir exhumé, ne le missent en pièces ». De fait, ayant retrouvé le cercueil sous un « sol simplement recouvert d’herbe » et l’ayant protégé par une voûte de brique, il fit élever la basilicula, non pas au-dessus, mais à côté de l’emplacement de la tombe, ainsi qu’il se déduit du texte de la Messe de la translation : « après qu’on eut creusé et enlevé le sol recouvert d’herbe, les célestes trésors restaurés par l’accomplissement du devoir sacerdotal s’offrirent à la vue ».
Quant à localiser la tombe qui reçut en 250 la dépouille de Saturnin, les indications données par l’Opuscule permettent seulement de situer cette sépulture pratiquée « dans un endroit aussi profond que possible, après avoir creusé des fosses profondes, » quelque part dans la nécropole qui s’étendait au nord de la ville antique, le long de la voie menant en direction de Cahors.Finalement, la connaissance que nous pouvons avoir des lieux de sépulture des évêques de Toulouse pendant le premier millénaire de leur histoire se révèle extrêmement lacunaire. Pour la période la plus ancienne, étude des sources textuelles et examen des éléments matériels conduisent à mettre en cause les « traditions » médiévales ou modernes. Il faut dès lors restreindre très fortement la portée de l’affirmation de dom Vaissete citée au début de cette étude, et marquer aussi les limites de la règle générale énoncée par Auguste Molinier (1851-1904) : « L’usage constant, dans les premiers siècles de l’Eglise des Gaules, fut d’ensevelir les évêques, non point dans les églises cathédrales, mais dans des basiliques, généralement situées hors des murs de la cité & consacrées à cet usage de temps immémorial ». Tout ce que l’on peut dire, c’est que la pratique consistant à inhumer l’évêque dans sa cathédrale apparaît à Toulouse sensiblement à la même époque que dans les autres cités épiscopales du
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Midi, c’est-à-dire dans la période centrale du Moyen Âge. Observons que l’inauguration de ce nouvel usage (1286) y est à peu près contemporaine de l’exaltation des tombeaux des « évêques primitifs » (1265-1284) et de la constitution du premier catalogue épiscopal (avant 1296). Avec l’introduction de l’art français à la basilique Saint-Sernin (1265-1284) et à la cathédrale Saint-Étienne (1275), ces innovations s’inscrivent dans la grande mutation que Toulouse connut au cours de la seconde moitié du treizième siècle du fait de son rattachement progressif au domaine royal (1249, 1271). S’agissant de la plus ancienne institution de la ville, il semble que se manifesta alors, au-delà de préoccupations d’ordre strictement religieux, un souci historique qui cherchait à établir un lien entre passé et avenir.
Patrice Cabau »
Le Président remercie Patrice Cabau d’avoir tenté l’impossible dans le cadre d’une communication, les reproductions des textes projetés à l’appui de la démonstration constituant sans aucun doute une première pour notre vénérable Société. Puis il donne la parole à Jean-Luc Boudartchouk, le premier concerné par cette communication. Jean-Luc Boudartchouk exprime son admiration pour le travail accompli par notre confrère mais persiste dans ses convictions. Il considère en particulier qu’on ne peut exclure tout à fait que l’abside retrouvée dans le chœur de Saint-Sernin appartienne au IVe siècle. Il demande cependant qu’on veuille bien lui accorder quelques jours pour reprendre son argumentation.
Avant de clore la séance, le Président corrige un oubli en annonçant à la Compagnie la prochaine exposition organisée par les Archives municipales, Mémoires de papier, qui sera présentée au public du 5 juin 2001 au 5 janvier 2002.
SÉANCE DU 29 MAI 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Merlet-Bagnéris, Napoléone, MM. Bordes, Boudartchouk, Costa, le Père Montagnes, M. Prin, Mgr Rocacher, MM. Roquebert, Tollon, membres titulaires ; Mme Blanc-Rouquette, MM. Garland, Molet, Testard, membres correspondants.
Excusés : M. Cazes, Directeur, Mmes Cazes, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. l’abbé Baccrabère, Garland, Lapart, Manière, Nayrolles, Pradalier.
Le Secrétaire général donne lecture des procès-verbaux de la visite du 11 mai et de la séance du 15 mai derniers, qui sont adoptés.
Le Président présente de nombreux dons qui viennent enrichir notre bibliothèque. De Jean-Luc Boudartchouk : J.-C. Arramond et J.-L. Boudartchouk, « Le Capitolium de Tolosa, les fouilles du parking Esquirol. Premiers résultats et essai d’interprétation », dans Gallia, 54 (1997), p. 203-238 ; J.-C. Arramond et J.-L. Boudartchouk, « Le souvenir du Capitolium de Toulouse à travers les sources de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge. État de la question et perspectives nouvelles », dans Archéologie du Midi médiéval, t. XI (1993), p. 3-39. De Michel Roquebert : J.-P. Sarret, Aspect de la vie quotidienne au Moyen Âge à Montségur, Diplôme de l’E.H.E.S.S. sous la direction de Jean Guilaine, Centre d’anthropologie des sociétés rurales, Toulouse, 1980, 219 p. ; M. Crusafort i Sabatier, « Simon de Montfort et la monnaie de Carcassonne », dans La Pallofe. Bulletin de l’association de numismatique du Roussillon, n° 30 (oct. 1990), p. 1-53 ; Michel Doche, Les fresques de la Tour Ferrande, Office du tourisme de Pernes-les-Fontaines, 25 p. ; Inventaire complet du mobilier archéologique numéroté, concernant les recherches à l’intérieur de l’enceinte du château, au poste de guet du roc de la Tour, sur la terrasse 4, manuscrit, non paginé ; un épais dossier sur les arcs et les arbalètes, un autre sur les méreaux. Notre confrère offre encore son dernier livre : La religion cathare. Le Bien, le Mal et le Salut dans l’hérésie méridionale, s.l. : Perrin, 2001, 355 p. Au nom de notre Société, le Président félicite Michel Roquebert en souhaitant que d’autres ouvrages prolongent encore ce travail, alors que les volumes précédents nous ont déjà procuré un si vif plaisir.
La correspondance imprimée comprend des invitations à des conférences et des expositions ainsi que les textes sur l’archéologie préventive actuellement en débat au Parlement. Le Président attire l’attention sur le colloque organisé par
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Yves Esquieu, À propos de la maison des Chevaliers à Viviers : Du gothique à la Renaissance, qui se tiendra à Viviers les 20-23 septembre prochains. Deux de nos confrères, Bruno Tollon et Christophe Balagna, y participeront. Le Président évoque ensuite les journées d’étude sur la maison au Moyen Âge dans le Midi de la France, qui se sont déroulées dans une très bonne ambiance. Elles se sont achevées sur la visite de la tour d’Arles à Caussade, visite conduite par notre confrère Bernard Pousthomis que nous tenons à remercier une nouvelle fois. Les trois demi-journées de communication ont été l’équivalent d’un colloque international de haut niveau, et le Président se dit persuadé que les actes, qui seront publiés l’année prochaine, en témoigneront. Il tient à donner un grand coup de chapeau à tous les organisateurs. Le Secrétaire général rappelle que notre Président n’a pas été pour rien dans la réussite de ces journées.
La parole est à Georges Costa pour une communication consacrée à Jacques Lemercier et l’achèvement du Pont Neuf de Toulouse, publiée dans ce volume de nos Mémoires (t. LXI).
Le Président remercie Georges Costa d’avoir su nous donner, en acceptant d’improviser un résumé de sa communication, un récit très vivant de cette deuxième période de la construction du pont Neuf, dont les multiples péripéties pourraient nourrir le scénario d’un film. Cette longue aventure humaine et financière, que les archives des administrations chargées du contrôle nous restituent dans les moindres détails, se décline ainsi en feuilletons tout à fait passionnants.
Jean Coppolani remarque que les entrepreneurs toulousains sont absents de cette deuxième phase de la construction du pont, comme ils le seront, bien plus tard, lors de la réalisation de la rue d’Alsace-Lorraine. Georges Costa explique qu’à l’époque de Souffron et Capmartin, ce sont toujours les mêmes entrepreneurs et maçons qui interviennent. La crue de 1613 a fait subir à Souffron un revers financier important et les nouvelles modalités des soumissions supposent de tels moyens financiers et techniques qu’elles ne sont plus accessibles qu’à des consortiums proches du pouvoir, capables en outre d’avancer des sommes considérables. On peut y voir une manifestation des débuts de la centralisation. Au fur et à mesure de l’avancement du chantier, on se rend compte, toutefois, que les entrepreneurs parisiens font de plus en plus appel à leurs confrères toulousains.
Le Président demande si l’on dispose de comparaisons avec d’autres chefs-lieux de province. Georges Costa rappelle que le système a été institué par Sully pour conduire la reconstruction du royaume et que tout le personnel du Conseil d’État est habitué à ce type de procédure. L’échec du chantier du pont de Rouen est dû au défaut de synchronisation entre les échelons local et central. Le Président note que la comparaison avec l’époque actuelle donne l’impression d’une histoire immobile tandis que Maurice Scellès demande s’il s’agit alors d’une situation nouvelle. Georges Costa indique que Sully introduit des définitions très strictes des procédures.
Henri Molet souligne tout l’intérêt que présente l’analyse des aspects financiers du chantier. Il ajoute qu’au moment où est conduite la construction du pont Neuf, la Ville a en charge l’entretien du pont de la Daurade et, entre 1608 et 1635, du pont de bois de Tounis dont le coût est très élevé. Georges Costa acquiesce et précise que la Ville est d’ailleurs très largement aidée par les États de Languedoc, non sans réticences de leur part. Louis Latour rappelle que notre région sort alors d’une période de troubles et qu’elle est financièrement épuisée. L’étude de la construction du pont d’Auterive lui a par ailleurs montré que les modalités d’adjudication aboutissaient à des prix très insuffisants pour un entrepreneur honnête, ce qui imposait des économies au cours de la construction, pouvant entraîner des malfaçons. Georges Costa précise que dans le cas de la sixième pile du pont Neuf, construite par Bachelier, la fissure était due à un défaut de la fondation et qu’elle était connue depuis longtemps ; Jacques Lemercier était quant à lui très attentif à la qualité des matériaux et des mises en œuvre, comme en témoignent par exemple les pavés sur couche d’argile qu’il fit poser sur la rampe du côté de Saint-Cyprien.
La parole est donnée à Jean-Luc Boudartchouk pour sa réponse à la dernière communication de Patrice Cabau :
« Autour du corps de l’évêque Saturnin de Toulouse : nouvelles considérations
Il y a sept ans de cela, nous avions proposé dans un petit article intitulé « Le locus de la première sépulture de l’évêque Saturnin de Toulouse : un état de la question » (Boudartchouk 1994), une relecture des sources concernant l’inhumation initiale de la dépouille de Saturnin et sa « translation ». Nous pensons avoir montré alors qu’aucun texte ancien ne mentionnait clairement l’église du Taur comme première sépulture de l’évêque, jusqu’à ce que A. Noguier (1556) voit en l’église du Taur un édifice commémorant le lieu au-delà duquel le taureau aurait refusé de continuer sa course. Inversement, une nouvelle lecture des textes et des sources archéologiques nous a incité à situer dès 250 la sépulture de Saturnin à l’emplacement de l’édifice qui deviendra plus tard la basilique Saint-Sernin. Le corps aurait été reconnu une première fois au IVe siècle par l’évêque Hilaire qui fit réaliser une basilicula en l’honneur du
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SAINT-HILAIRE D’AUDE, L’ENSEVELISSEMENT ET LE TOMBEAU DE SAINT SATURNIN,
côté gauche (moulage) du soubassement d’autel attribué au maître de Cabestany (XIIe siècle). Cliché Q. Cazes.corps, puis par l’évêque Exupère au tout début du Ve siècle. Ce dernier aurait simplement opéré une translation horizontale (une surrection) du corps de Saturnin pour le placer dans le nouvel édifice qui ne serait qu’un agrandissement de l’ancienne basilique d’Hilaire. Il y aurait donc une unité de lieu complète concernant la sépulture de l’évêque, de 250 au Ve siècle et par extension jusqu’à nos jours.
Depuis, les connaissances au sujet de l’évêque Saturnin se sont affinées. A.-V. Gilles (1996 et 1999) a précisé le dossier hagiographique et les étapes de l’évolution du culte de Saturnin. A. Bonnery (1998) a procédé à une analyse complémentaire du « sarcophage-reliquaire » de Saint-Hilaire d’Aude représentant le martyre de Saturnin. H. Pradalier (1996) a présenté une étude minutieuse du sarcophage et des reliques de Saturnin. Surtout, P. Cabau (1999 et 2000) a précisé la liste des évêques des IVe–Ve siècles et il publie, dans ce présent volume, une nouvelle édition-traduction de la Passio de Saturnin, travail qui fera date. Nous avons quant à nous repéré de nouveaux textes et effectué une visite dans la crypte archéologique de Saint-Sernin où l’on peut voir en l’état le résultat des fouilles des années 1960 pratiquées à l’intérieur de l’abside « préromane » (1).
Concernant notre problématique, P. Cabau dans sa nouvelle édition de la Passio a établi, en écartant certaines leçons pourtant traditionnellement retenues, que l’ensevelissement originel de Saturnin a bien lieu dans une « fosse profonde » (et non « proche ») ; que la première basilique fut construite « en matériaux humbles / quelconques / ordinaires » (et non « en bois »). La construction « en dur » de la basilique d’Hilaire rend du même coup moins aléatoire la conservation des vestiges lui appartenant. L’auteur maintient en revanche la vision traditionnelle de la translation du corps de Saturnin par Exupère, d’un point situé à l’extérieur vers un point situé à l’intérieur de la nouvelle église du Ve siècle.
Nous maintenons quant à nous l’idée d’une permanence du lieu de sépulture de l’évêque, à travers les agrandissements successifs de l’édifice, depuis la basilicula d’Hilaire jusqu’à l’église romane. Après avoir présenté un texte éclairant à notre avis l’origine de l’église du Taur, nous verrons en quoi les textes antiques et médiévaux peuvent nous mettre sur la voie de la localisation du corps de l’évêque ; enfin nous ferons part de quelques observations archéologiques effectuées dans la crypte « haute » de Saint-Sernin.1. Un procès de 1475 soulève la question de l’ancienneté relative des églises de Saint-Sernin et du Taur
Ce texte quasiment inconnu a été repéré et en partie exploité par M. Gay (1966 p.17) (A.D. Haute-Garonne, 101 H 185 ; voir aussi 101 H 646). Lors d’une querelle entre le Taur et Saint-Sernin au sujet d’une augmentation de pension des vicaires du Taur, les avocats vont invoquer pour fonder les droits de leurs clients de bien curieux arguments (f° 26-29).
Lauret, l’avocat du Taur, avance : « L’eglise du Taur etoit parrochiale avant que celle de Saint Sernin, et en lad. eglise du Taur fuit sepultum corpus sancti Saturnini et apres en fut extraite la paroisse de Saint Sernin et est le Taur la seconde paroisse de Toulouse et la plus ancienne apres Saint Etienne (…) ». Benedicti, l’avocat de Saint-Sernin, rétorque : « Saint Sernin fut seveli en l’eglise du Taur (…) que lors n’y avoit point d’eglise car c’etoit « de tempore paganorum », bien est vrai qu’il fut tue au lieu ou est de present l’eglise mais lors ni depuis de moult long temps n’y a eu paroisse, et est tout notoire qu’elle a été extraite de Saint Sernin« .
L’avocat de Saint-Sernin rappelle (f° 50) que « in villa tholosa fuerunt fundate in principio plures ecclesie et monasteria inter quo erant tres vale sive videlicet ecclesia santi Stephani, Sancti Saturnini et deaurate (…) ecclesia de Taur cum parrochialea fuit abstracta de parrochialea sancti Saturnini« .
L’avocat du Taur (f° 50) prétend que « apparet et dictum est per scripturas et legendas translater Sancti saturnini et per legendas dicti sancti Exuperi qui edificavit, construxit et consumavit et fideliter dedicavit dictam ecclesiam monasteri Sanctum Saturni et translatavit dictum Sanctum Saturni de suo prima acclesia du Tauro ad dictam ecclesiam dicti monasteri tempore Innocenti primi » [402-417]. Il poursuit en indiquant que « parrochiales
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ecclesie fuerunt limitati et divise » quelque deux cent soixante-cinq années plus tard, soit vers 670-680 (le scribe paraît indiquer des cotes d’archives).
Ce curieux échange montre qu’il existe à la fin du XVe siècle deux traditions contradictoires concernant l’origine du Taur, traditions exacerbées et sans doute présentées de façon outrancière dans le cadre du procès. Pour le vicaire du Taur, son église, antérieure à Saint-Sernin, marque le lieu de l’inhumation originelle de Saturnin. De fait, le Taur devient la paroisse-matrice de Saint-Sernin. Pour les hommes de Saint-Sernin, il est évident que celle-ci est l’une des trois plus anciennes églises et paroisses de Toulouse, avec Saint-Étienne et la Daurade. Le Taur ne marque que le lieu de la mort de Saturnin, et l’érection de l’église du Taur est bien plus tardive que celle de l’église Saint-Saturnin qui abrite le corps de l’évêque. De fait, on rappelle que la paroisse du Taur est démembrée de celle de Saint-Sernin.
L’argumentation des avocats du Taur ne semble pas avoir eu de postérité avant que Guillaume Catel, au XVIIe siècle, ne forge à nouveau l’hypothèse de deux églises successives, celle du Taur puis celle de Saint-Sernin. Au XVIe siècle, Nicolas Bertrand (1515 ; 1555) ne parle pas de l’église du Taur et Antoine Noguier (1556) voit en le Taur le monument commémoratif du lieu de l’arrêt de la course du taureau (Boudartchouk 1993).
Cette idée de lieu commémorant l’arrêt miraculeux du taureau était encore perceptible au XVIIe siècle : en 1661 existaient encore des peintures retraçant le martyre de Saturnin, ainsi qu’une inscription latine ainsi traduite par A. Auriol : « Voici que la foule précipita Saturnin du haut de la citadelle toulousaine (= ab alta arce Tolosatum). Elle le fait traîner à travers la ville, lié par une chaîne à un taureau. Mais soudain par la volonté du Christ, le bête furieuse s’arrête : de cet événement cette église tire son nom et elle conte le prodige à ceux qui l’interrogent » (Auriol 1922, p. 204). À gauche du grand autel se trouvait une statue représentant Saturnin ayant à ses pieds un taureau avec une légende latine traduite par A. Auriol : « Saint Saturnin évêque de Toulouse et martyr. Traîné jusqu’en ce lieu du haut du Capitole, il a uni le nom du taureau à cet édifice (= ex nobis capitolio hucusque raptatus tauro mox aedem nomine fecit) » (Auriol 1922, p. 205). Cette décoration, qui fait explicitement référence à un épisode particulier de la Passio de Saturnin paraît antérieure à 1629 (Auriol 1922, p. 207). Elle ne paraît donc pas avoir été inspirée à coup sûr par l’œuvre historique de Catel et pourrait résulter d’une tradition antérieure.Que déduire de ces témoignages tardifs mais concordants, dont nous n’avions pas connaissance en 1993 ? Incontestablement – et même si rien ne permet d’affirmer que le Taur marque la première sépulture de Saturnin, malgré les prétentions des vicaires du Taur –, l’église médiévale du Taur apparaît bien liée au souvenir – sans doute légendaire – du martyre de Saturnin.
Plus précisément, l’église est supposée marquer un arrêt du corps de Saturnin, sur le trajet entre le lieu de sa mort (le Capitole), et celui de sa sépulture (Saint-Sernin selon nous). C’est donc, comme l’église Saint-Pierre et Saint-Géraud « du Capitole », un édifice commémoratif – sans doute bien plus tardif – qui marque l’immobilisation du corps grâce à l’arrêt miraculeux du taureau, préalable indispensable à l’ensevelissement de l’évêque.2. Les textes anciens et la première sépulture de Saturnin : quelques compléments
Nous ne reviendrons pas ici sur l’analyse comparée de la Passio Antiqua ( cf. P. Cabau dans le présent volume) et de la Messe de Translation (Ferotin 1912), textes du Ve siècle se faisant écho à plus d’un titre, malgré le sens souvent obscur de la Messe de Translation (Boudartchouk 1993 ; Cabau dans ce même volume). Au-delà des difficultés de traduction, nous pensons toujours que cette Messe sous-tend bel et bien une unité de lieu.
La Passio rappelle que le corps de Saturnin, une fois mis à l’abri dans une « tombe profonde » (traduction de l’expression « profundo loco » sans doute préférable à « fosse profonde » selon nous : « locus » revêt en effet parfois le sens de « tombe » durant l’Antiquité Tardive et le haut Moyen Âge), demeure ensuite « sub vili caespite« , que l’on peut traduire par « sous ce modeste tombeau » ou « sous un vulgaire tombeau » (caespes étant compris également, à l’instar de locus, dans le sens de « tombeau » comme chez Jérôme, Ep. 1,13 ou Sidoine Apollinaire, Ep. 3,3,8). Dans cette optique, le passage de la Messe faisant directement écho à cette description de la tombe « refossi cespites tegumento« , pourrait être rendu par « [maintenant que l’on a] arraché en creusant ce qui recouvre le tombeau [on voit alors apparaître, pour la première fois, le corps de Saturnin] ». La pointe du texte de la Messe de Translation nous paraît bien confirmer une identité de lieu entre l’ancien tombeau et le nouveau dispositif destiné à recevoir le corps après son élévation : « Et s’il est permis que la crédulité catholique n’apporte à son martyr aucune gloire, placé [qu’il est] sous un humble monument, il est cependant digne que, selon les devoirs de la religion, on élève dans un bâtiment le corps dont l’âme s’élancera dans les cieux » (traduction Jean Guyon, 2001).
Du reste, Nicolas Bertrand (1515) ne parle que d’une unique « première invention » du corps de Saturnin, avant
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les « reconnaissances » successives du XIIIe siècle. Ces dernières permettent de « reconnaître » « sub terra » (c’est-à-dire sous le niveau du sol) les tombeaux de Saturnin, puis d’Hilaire, Sylve, Honorat, Papoul. La présence de Sylve, fondateur malheureux de la nouvelle basilique, est logique. Celle d’Hilaire, fondateur de la première basilicula, est plus étonnante, sauf à considérer que la basilicula en question ait été simplement agrandie par les soins d’Hilaire et d’Exupère (ce dernier étant inhumé à Blagnac). Honorat et Papoul ne sont connus que par des vitae carolingiennes. Le premier, cité dans les Actes de saint Firmin d’Amiens, aurait été le successeur d’Exupère, dans le légendaire médiéval. Papoul quant à lui aurait remplacé Saturnin pour la gestion de l’évêché de Toulouse durant sa mission – légendaire – en Espagne. Ces Vies carolingiennes légendaires ne permettent pas de conclure à l’historicité de ces personnages, pourtant vénérés comme évêques successeurs de Saturnin au Moyen Âge.
Bref, à l’exception notable d’Exupère, tous les premiers évêques de Toulouse – réels ou imaginaires – reposent depuis longtemps à Saint-Sernin lorsque l’on réaménage leurs dépouilles au XIIIe siècle. Or, la crypte d’où ont été extraits dans leurs sarcophages respectifs un certain nombre de ces corps, existe encore.
3. Notes sur la crypte « haute » de Saint-Sernin (avec la collaboration de F. Veyssière)
Les fouilles de Stym-Popper et Calley dans les années 1960 ont permis de dégager les vestiges d’une abside de 6 m de diamètre intérieur, considérée depuis comme appartenant à l’église de Sylve et d’Exupère (Durliat 1971).
Un relevé sommaire de ce qui subsiste du mur de l’abside a été réalisé en 2000, dans l’axe longitudinal de l’édifice. On trouve, de haut en bas (hauteur conservée : 1,24 m) : huit assises de briques de remploi liées au mortier blanc ; un ressaut avec un bourrelet de mortier blanc pouvant correspondre à un sol ; deux assises de briques de remploi ; un ressaut avec un bourrelet de mortier blanc ; une assise de briques ; une assise de galets ; trois assises de briques liées au mortier de chaux ; un lit de mortier de chaux ; un lit de terre ; un lit de mortier de chaux ; trois assises de galets liés au limon.
À l’intérieur de l’abside se trouve un sol de gros galets calibrés reposant sur le substrat, sol dans lequel est inséré un fragment de sarcophage en grès (couvercle) décoré d’une croix hampée en relief. Ce sol est recouvert par un dallage de grandes briques. L’ensemble avait été recouvert par les fondations du baldaquin gothique.La maçonnerie du mur est indatable en elle-même, mais sa complexité (alternance briques / galets), la présence de deux ressauts ayant conservé un bourrelet de mortier blanc, nous invitent à ne pas exclure la possibilité de deux états successifs (en attendant une étude détaillée).
Le sol de gros galets est installé légèrement plus bas que l’apex du mur de l’abside. Il lui est bien entendu (très) postérieur. Le dallage de briques qui le recouvre marque le dernier aménagement antérieur à la fondation du baldaquin gothique. Rien ne permet de réfuter que l’abside soit bien celle de la basilique de Sylve et Exupère, mais l’on ne peut exclure qu’une partie au moins (la partie basse) n’appartienne en fait à la « petite » basilique d’Hilaire, faite de « matériaux ordinaires » et selon nous située au même endroit que l’édifice qui lui a succédé.
Le sol de galets qui a déchaussé les fondations de l’abside témoigne, à un moment donné de l’histoire de l’édifice, de l’excavation du sol d’origine sur une profondeur de l’ordre de 80 à 90 cm. Ceci pourrait avoir été réalisé afin de récupérer des sépultures affleurant le sol d’origine (au premier chef celle de Saturnin) afin de les redéposer plus bas, dans ce qui constitue alors désormais une véritable crypte. Dans cette hypothèse, le sol de galets serait le sol « roman » de la crypte où étaient entreposés les sarcophages de Saturnin et de certains de ses compagnons, avant les réaménagements du XIIIe siècle. L’inclusion dans ce sol d’un fragment de sarcophage que l’on peut dater raisonnablement des VIe–VIIe siècles fournit un terminus post quem peu précis. On peut conjecturer que ce nouvel aménagement est lié à la construction de l’édifice roman. On peut également s’interroger sur la finalité du fragment de sarcophage orné d’une croix : matérialise-t-il un emplacement ?
Ce sol est ensuite recouvert d’un dallage de grandes briques, avant que les sarcophages ne soient définitivement élevés et la crypte comblée.Si l’on admet le caractère immuable du lieu de sépulture de Saturnin depuis 250 jusqu’à nos jours, ainsi que l’importance du corps de l’évêque dans la conception des sanctuaires successifs autour de celui-ci, cela implique que l’axe originel de la tombe ait eu pour les bâtiments un rôle déterminant. Le cercueil de bois reste en effet inviolé jusqu’à l’époque d’Exupère : nul doute que le premier sanctuaire qui le protège se soit calqué sur son orientation. Le second sanctuaire, celui d’Exupère, n’a pas dû déroger à cette règle si, comme nous le pensons, il n’est qu’un agrandissement du premier, l’élévation du corps n’ayant lieu qu’une fois les travaux achevés. Enfin, on sait que l’édifice roman ne fait qu’enchâsser la basilique du Ve siècle et conserve donc inchangée son orientation. Peut-être ces considérations permettraient-elles d’expliquer l’étonnante orientation de Saint-Sernin
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VUE GÉNÉRALE DE LA CRYPTE HAUTE DE SAINT-SERNIN : dallage de galets et fragment de sarcophage. Cliché F. Veyssière.
VUE DU MUR DE L’ABSIDE (IVe-Ve s.) : fondation de galets, élévation de briques. Au fond, le dallage de galets médiéval et le fragment de sarcophage remployé. Cliché F. Veyssière.
(NE / SO), orientation ayant pu être dictée à l’origine par la position et l’axe du cercueil de bois attribué par les hommes du IVe siècle à l’évêque Saturnin.
Résumons pour terminer les grandes lignes de l’histoire du corps de l’évêque Saturnin. En 250 son cadavre gît quelque part le long de la voie Toulouse-Cahors, peut-être à hauteur de la future église médiévale du Taur (église qui oblitère ultérieurement la voie antique). Le corps est alors enterré non loin, plus au nord, dans une tombe profondément creusée, quelques mètres à l’ouest de la voie, dans un cercueil de bois. Hilaire procède au siècle suivant à la reconnaissance du tombeau, sans ouvrir le cercueil. Le succès de la basilique qui le recouvre fait que, vers 400, Silve puis Exupère doivent l’agrandir, avant de modifier la disposition du corps à l’intérieur de l’édifice. Le cercueil est alors ouvert, les ossements élevés et sans doute placés dans un nouveau contenant : un sarcophage de marbre (qui nous est parvenu). Vraisemblablement placé à l’intérieur de l’abside du Ve siècle, le sarcophage sera à nouveau descendu « sous terre » dans l’ancienne abside transformée en crypte romane, avant d’être une nouvelle fois – et définitivement – exhaussé au XIIIe siècle.
1. Nous tenons à remercier M. le Curé de Saint-Sernin et M. le Conservateur du Musée Saint-Raymond qui nous ont permis cette visite dans de bonnes conditions.
Bibliographie
Arramond J.-Ch., Boudartchouk J.-L. et alii, 1997 = « Le Capitolium de Tolosa ? Les fouilles du parking Esquirol. Premiers résultats et essai d’interprétation », dans Gallia, 54, 1999, p. 203-238.
Auriol, chanoine A., 1922 = « L’ancienne décoration de l’église du Taur à Toulouse », dans Revue historique de Toulouse, Toulouse, 1922, p. 200-208.
Bertrand N., 1515 = Opus de Tholosanorum gestis, Toulouse, Jean Grandjean, 1515.
Bertrand N., 1555 = Les Gestes des Tholosains; 2e éd., Toulouse, traduction par Guillaume de la Perrière, éd. Jacques Colomiès, 1555.
Bonnery A., 1998 = « Le sarcophage-reliquaire de saint Saturnin à Saint-Hilaire d’Aude », dans Les cahiers de Saint-Michel de Cuxa, XXIX, 1998, p. 53-62.
Boudartchouk J.-L. et Arramond J.-Ch., 1993 = « Le souvenir du Capitolium de Toulouse à travers les sources de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge », dans Archéologie du Midi Médiéval, t. 11, 1993, p. 3-39.
Boudartchouk J.-L., 1994 = « Le locus de la première sépulture de l’évêque Saturnin de Toulouse : un état de la question », dans M.S.A.M.F., t. LIV, 1994, p. 59-69.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 262
Cabau P., 1999 = « Les évêques de Toulouse (IIIe-XIVe siècles) et les lieux de leur sépulture », dans M.S.A.M.F., t. LIX, 1999, p 124-162.
Cabau P., 2000 = « Note sur la liste des souscriptions au Concile d’Arles de 314 : Mamertin, évêque de Toulouse en 314 », dans « Bull. de l’année académique 1999-2000 », dans M.S.A.M.F., t. LX, 2000, p. 228-231.
Catel G., 1623 = Histoire des comtes de Tolose, Toulouse, Pierre Bosc, 1623, 2 parties en 1 vol.
Catel G., 1633 = Mémoires de l’histoire du Languedoc, Toulouse, Pierre Bosc, 1633, 1038 p.
Durliat M., 1971 = « Les cryptes de Saint-Sernin de Toulouse, bilan des recherches récentes », dans Les monuments historiques de la France, n° 1, 1971, p. 25-40.
Gilles-Raynal A-V., 1996 = « Origine et diffusion du culte de saint Saturnin de Toulouse », dans Saint Sernin de Toulouse, IXe centenaire, Mélanges publiés par l’association du neuvième centenaire, Toulouse 1996, p. 47-77.
Gilles-Raynal A-V., 1999 = « Un libellus de pèlerinage en l’honneur de saint Saturnin de Toulouse », dans Toulouse sur les chemins de Saint-Jacques. De saint Saturnin au « Tour des Corps Saints« , Ensemble Conventuel des Jacobins, éd. Skira, 1999, p. 119-125.
Noguier A., 1556 = Histoire tolosaine, Toulouse, Guyon Boudeville, 1556 (rééd. 1559).
Pradalier H., 1996 = « Le sarcophage et les reliques de saint Saturnin d’après deux procès-verbaux du XXe siècle », dans Saint-Sernin de Toulouse, IXe centenaire, Mélanges publiés par l’association du neuvième centenaire, Toulouse 1996, p. 305-321.Sources éditées
Passio sancti Saturnini, éd. Dom Ruinart, Acta primorum martyrum sincera et selecta, Paris, 1689, p. 109-113 et éd. Molinier, H. L.2, II, Toulouse, Privat, 1876, Preuves n° 8, cc. 29-34.
Passio sancti Saturnini, publiée dans Pasionario Hispanico, édité par A. Fabrega-Grau, Madrid-Barcelone, 1955, t. II, p. 57-59.
Messes pour le natale et la translatio de saint Saturnin, éd. Férotin M., Liber mozarabicus sacramentorum, Paris, 1912, col. 29-33 et 460-464.
Bibliographie et sources complémentaires dans Arramond J.-Ch., Boudartchouk J.-L. et alii 1997 ; Boudartchouk J.-L. et Arramond J.-Ch. 1993 ; Boudartchouk J.-L. 1994.Jean-Luc Boudartchouk »
Le Président remercie Jean-Luc Boudartchouk et donne la parole à Patrice Cabau. Après avoir indiqué que la dernière partie de sa communication devait être consacrée à la crypte romane, celui-ci constate avec satisfaction que les conclusions de Jean-Luc Boudartchouk et les siennes sont identiques. Quant à la sépulture de saint Exupère, il pense que la question est moins simple et que l’on peut supposer une translation intervenue à la fin du XIe siècle. Patrice Cabau admet l’hypothèse proposée pour Notre-Dame-du-Taur, une église commémorative érigée sur le lieu de la mort du martyr ou bien l’endroit où la corde se serait rompue. Pour ce qui est de Nicolas Bertrand, il rappelle que l’auteur des Gesta Tholosanorum ne fait que reproduire Bernard Gui. Puis Patrice Cabau récuse la leçon du sanctoral de Florence, « cum sarcophago », pour « actis altis scrobibus » non compris par le copiste. Comme le manuscrit de Moissac, celui de Florence donne une version interpolée de la Passio de saint Saturnin, dont la source est probablement hispanique : il est possible que le moine ait eu quelques difficultés à déchiffrer un manuscrit qui était peut-être en écriture wisigothique.
Jean-Luc Boudartchouk et Patrice Cabau poursuivent la discussion et conviennent qu’il est nécessaire de revoir une fois de plus les textes.
À propos du « sarcophage » de Saint-Hilaire d’Aude, Maurice Scellès fait remarquer que les femmes placées sous le tombeau de saint Saturnin peuvent correspondre à une scène, fréquente au Moyen Âge, d’incubation sous les reliques.
SÉANCE DU 5 JUIN 2001
Présents : MM. Peyrusse, Président, Coppolani, Directeur honoraire, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mme Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Bordes, le Père Montagnes, MM. Nayrolles, Prin, Mgr Rocacher, M. Tollon, membres titulaires ; Mmes Aribaud, Blanc-Rouquette, Jimenez, MM. Manuel, Testard, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Directeur, Cabau, Secrétaire-adjoint, Mmes Cazes, Tollon, MM. Boudartchouk, Burroni.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 29 juin dernier, qui est adopté.
Le Président excuse notre Directeur, empêché ce soir en raison de la campagne de sondages archéologiques qui débute demain à Martres-Tolosane. Il rappelle que tous les volontaires sont les bienvenus et invitent les membres à la visite collective qui sera organisée le mardi 12 juin après-midi sur place.
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La correspondance manuscrite se limite à la convocation à la réunion des membres du Bureau de l’Union des Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat et de Clémence Isaure, qui aura lieu le 20 juin prochain. Guy Ahlsell de Toulza y représentera notre Société.
La parole est à Bruno Tollon pour la communication du jour : L’architecture civile de la Renaissance à Toulouse : états des questions.
Le Président remercie Bruno Tollon puis souligne la modestie de l’orateur, qui n’a pas cru devoir signaler tout ce qu’il avait apporté à la connaissance de l’art de la Renaissance à Toulouse, croisant les données des archives, celles des études du parcellaire et des analyses stylistiques pour aboutir à un paysage renouvelé, même si l’on trouve parfois encore trace de l’hispanité toulousaine sous la plume de quelques spécialistes… La chronologie aussi est mieux cernée et il apparaît que tout est dit, stylistiquement, dans les années 1560.
Mme Blanc-Rouquette dit avoir été très intéressée par les livres présentés par Bruno Tollon à l’appui de sa démonstration et avoir été frappée par la gravure de la Porte-Narbonnaise pourtant détruite au même moment. Après avoir évoqué les éditeurs toulousains, elle rappelle que l’entrée de François Ier dans la ville a été un événement extraordinaire. Bruno Tollon réaffirme la nécessité pour les historiens de l’Art de s’appuyer sur les travaux des historiens, qu’il s’agisse de l’économie ou de la démographie, ou encore de l’histoire culturelle à laquelle appartiennent aussi les libraires et les imprimeurs.
Pour reprendre le débat sous l’angle des disciplines annexes ou connexes et pour être un peu polémique au sein de notre Société Archéologique, Jean Nayrolles note que le versant archéologique de nos travaux a peut-être tendance à nous faire oublier les aspects culturels. Entre Caylus et Winckelmann, c’est la tendance scientifique qui a pris le pas et l’Histoire de l’Art sacrifie aux chaînons nécessairement inscrits dans les séries. Parmi les éléments qui contribuent au fonds culturel, la géographie est la plus facile à mettre au jour, en croisant les données, mais il y a aussi Toulouse et sa propension spécifique à créer des mythes, c’est-à-dire une réalité anthropologique qui en fait un lieu culturel singulier.
À l’inverse de Jean Nayrolles, le Président fait remarquer que la culture architecturale ne relève pas de catégories bourdieusiennes un peu étroites, et que rien n’empêche qu’un docteur en droit se fasse construire une maison banale quand le goût d’un marchand peut le porter aux réalisations les plus novatrices. Ainsi le génie de Pierre d’Assézat a-t-il été de faire appel à Nicolas Bachelier. Bruno Tollon acquiesce et rappelle que la réduction de la culture toulousaine à deux ou trois grandes catégories comme l’histoire linéaire que l’on présente le plus souvent relèvent surtout de visées pédagogiques. Pour nombre de grands monuments, nous en sommes de fait réduits à formuler des hypothèses. Bachelier a-t-il seulement donné les dessins de l’Hôtel d’Assézat ou bien en a-t-il également assuré l’exécution ? S’il est sûr que le détail des ordres lui est dû, les dessins d’ensemble de l’Hôtel sont peut-être redevables à la culture architecturale de Pierre d’Assézat. Jean de Bagis est conseillé par Jean Albert, un intellectuel au contact des gens de la pratique. L’intérêt de l’époque tient d’ailleurs en partie à une assez grande porosité entre les métiers et les arts.
Le Président lui ayant demandé si des avancées significatives avaient été réalisées quant à la chronologie, Bruno Tollon indique que les périodes actives s’avèrent différentes de celles des pays de Loire ou de Paris. En outre, les formes à la mode se combinent à des usages locaux dont l’un des exemples les plus clairs est le maintien d’un gros-œuvre en brique séparé de la sculpture réalisée en pierre. De la même façon, les rapports avec la cour ou la rue sont régis par des usages locaux que l’on retrouve également à travers un vocabulaire spécifique pour désigner la grande maison ou l’hôtel.
Pour Olivier Testard, il est normal que le sculpteur soit celui qui trace les plans, le dessin étant pour lui une activité quotidienne. Bruno Tollon ajoute que c’est le moment où apparaît une spécialisation des métiers de maçon et d’architecte.
Maurice Scellès s’interroge sur le sens qu’il faut donner au développement de l’hôtel « sur cour » alors que le modèle dominant, au moins jusqu’au début du XIVe siècle, semble bien être celui de la salle sur rue, où s’affiche le décor architectural. À titre d’hypothèse de travail, il suggère que ce repli sur la cour puisse traduire un retrait par rapport à l’espace public et une moindre participation à la vie sociale, peut-être en parallèle avec l’évolution des institutions municipales.
Bruno Tollon rappelle que les boutiques sont généralisées sur les rues fortes et, regrettant le départ de Jean Coppolani, il précise que le « zoning » est précoce à Toulouse. Les grands propriétaires délaissent les boutiques, mais les différents modèles cohabitent. Jean Astorg fait construire en 1568 deux ailes nouvelles autour de la cour, alors que dans une autre quartier, l’hôtel de Mazades présente une splendide salle voûtée en rez-de-chaussée sur cour mais
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également une façade « publicitaire » à ordres superposés encadrant les fenêtres sur la rue. À l’Hôtel de Pierre, la façade sur rue correspond à une salle placée à l’étage.
Après avoir indiqué que le prochain livre sur l’Hôtel d’Assézat, qui sera publié sous les auspices de notre Société, donnera nombre de précisions sur ces différents points, le Président dit avoir entendu que Bruno Tollon acceptait d’organiser, en 2002, des journées d’étude consacrées à l’architecture civile méridionale à l’époque moderne. Notre confère admet que la formulation de l’invitation ne lui permet pas de reculer.
Pour Guy Ahlsell de Toulza, le type de l’hôtel sur cour, auquel appartient l’Hôtel d’Assézat, se distingue clairement de l’hôtel à façade sur rue. Certains propriétaires préfèrent ainsi se retirer sur leur cour, loin de la rue publique. L’étude, encore très insuffisante, de l’architecture civile de la seconde moitié du XVe siècle apporterait des éclairages intéressants Quels sont les commanditaires des grands hôtels du XVe siècle, quels sont les auteurs des plans ? En permettant de balayer la légende très agaçante du pastel, elle nous offrirait sans doute des surprises.
Jean Nayrolles attire l’attention sur l’aspect historiographique en remarquant qu’il est assez étonnant que l’on ait forgé une Toulouse hispanique à l’époque romantique. Lyon construit une archéologie en opposition à l’archéologie nationale, ce que ne font pas les archéologues toulousains, alors qu’ils constituent un foyer très précoce, mais qui ne cherche pas à se faire entendre. Ce vide a pu favoriser la propagation de ce type d’imagerie. Bruno Tollon demande à Jean Nayrolles s’il faut y voir un trait de cette tradition toulousaine des mythes. Le Président confirme que ce n’est pas ce milieu qui impose cette vision hispanisante, tout en ajoutant que Toulouse est au XIXe siècle une ville très espagnole et très hispanophile.
Le Secrétaire général transmet à la Compagnie la proposition du Secrétaire-adjoint, empêché, de mettre en place un échange de publications avec la revue Heresis. La proposition est accueillie favorablement.
SÉANCE DU 19 JUIN 2001
Présents : MM. Coppolani, Directeur honoraire, Cazes, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Latour, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Napoléone, MM. l’abbé Baccrabère, Bordes, Boudartchouk, Hermet, Gilles, le Père Montagnes, M. Tollon, membres titulaires ; Mme Blanc-Rouquette, MM. Burroni, Cranga, Ginesty, Testard, Veyssière, membres correspondants.
Excusés : M. Peyrusse, Président, MM. Boyer, Garland, Lapart.
Invité : MM. Paul Féron, Patrick Roques.
En l’absence du Président, empêché, le Directeur préside la séance. Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 juin dernier, qui est adopté.
Le Directeur rend compte de la correspondance manuscrite et imprimée. Mme Sandrine Conan, archéologue du bâti qui travaille depuis quatre ans à la société Hadès, nous adresse sa candidature comme membre correspondant : Maurice Scellès est chargé du rapport qui sera présenté à la Compagnie à l’automne. M. Forichon offre à la Société une notice sur Arreau au IVe siècle. Mme du Fayet de Latour nous adresse une demande de renseignements sur le château de Subra en Ariège ; MM. Henry Ginesty et Bruno Tollon acceptent de se charger de la réponse.
Louis Latour demande des précisions sur les journées du patrimoine qui auront pour thème, cette année, les associations et le patrimoine. On fait remarquer que le Ministère de la Culture annonce au mois de mai le thème retenu, soit quatre mois à peine avant la date de la manifestation, alors qu’il faudrait une année de préparation. En outre il ne met aucun moyen à la disposition des associations qui se proposent d’y participer. Il est confirmé que l’aide du Ministère se limite à la publicité. Le Bureau examinera néanmoins la réponse à faire au questionnaire qui nous a été adressé.
Le Secrétaire général donne lecture de la motion contre le projet de passerelle le long de l’Hôtel-Dieu qui nous a été adressée par les Toulousains de Toulouse.
« NON À LA PASSERELLE !
L’Hôtel Dieu Saint Jacques a toujours eu, dans le cœur des Toulousains, une place à part. Fondé au XIIe siècle, il a accueilli et soigné des dizaines de milliers de malades. Agrandi et embelli aux XVIIe et XVIIIe siècles, il se présente actuellement comme l’un des plus beaux hôpitaux d’Europe.
Au cours de sa longue histoire, il a résisté victorieusement à toutes les colères de la Garonne. Il a même surmonté le déferlement de la terrible inondation de 1875.
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Mais paradoxalement, cette même inondation a failli lui coûter la vie : à plusieurs reprises, entre 1880 et la guerre de 1914, certains décideurs avaient prévu sa démolition, ainsi que celle du Pont Neuf et de La Grave. Encore, en 1917, l’ingénieur Pendariès, dans son Avant-propos de défense de Toulouse et, plus particulièrement du Faubourg Saint Cyprien contre les inondations de la Garonne, envisageait de le sacrifier aux colères du fleuve.
Nul n’ignore, dans ce contexte, la lutte menée par les Toulousains de Toulouse pour sauver l’Hôtel Dieu. À la suite de cette polémique, après le classement du site des berges de la Garonne, en 1932, l’hôpital fut classé parmi les Monuments historiques par arrêté du 5 décembre 1988. En 1998, suprême honneur, il fut inscrit au patrimoine mondial de l’U.N.E.S.C.O. en même temps que la basilique Saint-Sernin.
Depuis quelques années, de louables efforts ont été accomplis par la Municipalité, en accord avec les associations de quartier, pour favoriser les promenades sur les berges de la Garonne et encourager la découverte de la ville. À cette fin, on a voulu créer, sur la rive gauche, une continuité analogue à celle des quais de la rive droite. On en est venu ainsi à l’idée d’une passerelle à l’usage des piétons, réunissant la Prairie des Filtres au Port Saint Cyprien (ou square Viguerie). Bien sûr, cette passerelle serait accrochée à la façade orientale de l’Hôtel Dieu mais aussi, inévitablement, sous une arche du Pont Neuf et aux flancs de l’Hospice de La Grave.L’association des Toulousains de Toulouse tient à faire savoir à tous les Toulousains qu’elle est résolument hostile à ce projet, et ceci, pour plusieurs raisons.
Premièrement parce que cette passerelle n’ajouterait strictement rien au spectacle de la rive droite de la Garonne que le promeneur peut déjà contempler à partir de la Prairie des Filtres, ou du Pont Neuf ou même du hall de l’Hôtel Dieu ouvrant sur la seule arche conservée du vieux pont de La Daurade. Sans oublier le belvédère récemment créé au dessus de la Garonne, en utilisant le terre-plein du musée des Abattoirs et du jardin Raimond VI, et le belvédère qui pourrait être facilement installé au sommet du mur du port Viguerie.
Henri Martin, lui-même, s’est placé sur ce dernier emplacement au début du XXe siècle, lorsqu’il a voulu peindre la merveilleuse vue de Toulouse qui occupe tout un panneau de la salle des pas perdus de notre Capitole.
En second lieu, la présence d’une passerelle sous une arche du Pont Neuf constituerait un fâcheux obstacle à l’écoulement des eaux en crue. La présence d’une passerelle sur les flancs de l’Hospice de La Grave créerait un cheminement d’une longueur qui ne manquera pas d’en accentuer le caractère dangereux.
Enfin, les Toulousains de Toulouse pressentent de nombreuses nuisances liées à cette construction : fragilisation des parements extérieurs de l’Hôtel-Dieu, possibilités nouvelles d’intrusion par les fenêtres, salissures des murs par des inscriptions ou des affiches, etc. Surtout l’hostilité de notre association ne peut qu’être motivée par le coût exorbitant du projet qui s’élèverait à plusieurs millions de francs ! Estimant que cette dépense serait sans aucun rapport avec le résultat obtenu, ils demandent aux responsables municipaux de renoncer définitivement à cette idée de passerelle. »
On indique que l’Inspection générale des Monuments historiques s’est totalement opposée au projet et recherche une éventuelle solution de remplacement. Bruno Tollon rappelle qu’il s’agit d’une très vieille idée qui est ainsi reprise par la Ville. Rémy Papillaut avait en son temps fait plusieurs propositions dont une avec un cheminement à travers les cours de l’Hôtel-Dieu et qui aboutissait au pont des Catalans. La Compagnie poursuit la discussion sur des projets plus discrets, souligne le coût exorbitant de la solution proposée et regrette le suréquipement qui serait ainsi imposé à l’un des plus beaux sites de la ville.
La motion proposée par les Toulousains de Toulouse est mise au vote et approuvée à l’unanimité.
Le Directeur rend compte de la campagne de sondages archéologiques qui a été menée sur le site de la villa de Chiragan du 8 au 13 juin derniers, avec le même objectif que l’an dernier, à savoir de s’assurer de la présence et de l’état de conservation des vestiges. L’opération associe le Service régional de l’archéologie, la Société Archéologique du Midi de la France, le Musée Saint-Raymond et la Mairie de Martres-Tolosane, très intéressée par les résultats dans la perspective de la mise en valeur du site. Cinq sondages ont été effectués, dont quatre sur des terrains n’appartenant pas à notre Société ; leur implantation a été déterminée grâce au travail considérable de Michel Martinaud qui, rappelons-le, réalise l’étude géophysique des treize hectares que couvre l’ensemble de la villa.
Un sondage a été pratiqué au nord du canal d’E.D.F., sur le mur de clôture, à un point de passage de l’aqueduc dont les maçonneries, très mal conservées, ont ainsi été mises en évidence en même temps qu’une partie d’un bassin qui n’avait pas été repéré par Léon Joulin. Deux autres sondages ont mis au jour des murs de bâtiments appartenant
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à la pars rustica, avec des structures assez bien conservées et des états successifs qui n’étaient pas connus ; des fragments d’amphores du Ier siècle avant notre ère ont été recueillis.
Un premier sondage réalisé sur la pars rustica a confirmé que les vestiges étaient très mal conservés sur la terrasse supérieure. En revanche, la surprise a été grande avec le sondage pratiqué à l’angle du vestibulum et du mur de la terrasse de la pars urbana qui s’est révélé être conservé sur plus d’un mètre de haut au-dessus des fondations. De nombreux tessons de céramique, des fragments d’enduit peint rouge et noir dans le goût des décors pompéiens du début du Ier siècle et d’autres à fond blanc et rouge peut-être datables du IIIe siècle, ainsi qu’une monnaie très oxydée ont été récoltés ; les décombres contenaient également des briques en quart de rond comme en avait retrouvé Léon Joulin dans le peristylium. L’absence de tout fragment de marbre a confirmé que le ramassage avait été très complet en ce point au XIXe siècle, les réserves du musée Saint-Raymond conservant en effet des centaines de menus morceaux de sculpture. À l’intérêt que présente le mur subsistant il faut ajouter celui de couches archéologiques en place et la possibilité désormais assurée d’une meilleure connaissance des états successifs de la villa.
Un point noir dans le tableau cependant : il ne s’est pas passé un seul jour sans que l’on constate le passage de fouilleurs clandestins. L’un d’eux a été vu sur le site, un détecteur à métaux à la main, et plainte a immédiatement été déposée au nom du Service régional de l’archéologie et de notre Société. Comme il récidivait le lendemain, il a heureusement été appréhendé en flagrant délit par la gendarmerie. Tout sera fait pour essayer de faire cesser ces agissements. De nombreux Martrais qui sont venus en visiteurs ont raconté que les terrains étaient régulièrement explorés par des fouilleurs clandestins, souvent équipés de détecteurs à métaux. Il est évident que l’article paru l’an dernier dans La Dépêche du Midi (M.S.A.M.F., t. LX, 2000, p. 284) a été absolument néfaste, incitant à la chasse au trésor et au pillage des sites archéologiques (la carte publiée situait d’ailleurs celui de Chiragan).
En revanche, les Martrais se sont montrés très intéressés et concernés par le devenir et la protection du site de la villa. La Mairie envisage d’aménager un sentier de randonnée aux abords, et on peut espérer que la circulation des promeneurs aura un effet dissuasif pour les fouilleurs clandestins.
Une communication prévue au cours de la prochaine année académique permettra de présenter à la Compagnie le bilan détaillé de ces sondages et de la prospection géophysique.
Guy Ahlsell de Toulza rappelle le paradoxe qui fait que l’utilisation des détecteurs à métaux est réglementée alors que leur vente est libre et souligne combien grave est devenue aujourd’hui cette forme de pillage archéologique. Il importe que les pilleurs soient poursuivis et que la plus grande publicité soit faite aux peines qui leurs seront infligées.
La parole est à Frédéric Veyssière pour une communication sur Les fouilles archéologiques de l’extension de la Fondation Bemberg, Hôtel d’Assézat, 5 rue de l’Écharpe, Toulouse :
« La fouille préventive au 5 rue de l’Écharpe à Toulouse a été motivée par une extension de la Fondation Bemberg installée depuis quelque temps dans l’Hôtel d’Assézat. Des locaux techniques et salles de travail en sous-sol étaient prévus sur la parcelle AB 548 située juste à l’ouest du monument historique d’époque Renaissance.
Le contexte historique et archéologique du secteur, proche du théâtre antique (rue de Metz) et du centre monumental de la ville romaine (place Esquirol), est très riche. Le secteur fouillé est situé au point d’articulation entre le théâtre au sud, un bâtiment rectangulaire à l’ouest et une domus au nord.
Les informations archéologiques majeures de la campagne de fouille sont la mise au jour d’un tronçon de voie antique orientée est-ouest, encadrée par deux murs et associée à un égout, datée de la première moitié du Ier siècle ap. J.-C.
Ce decumanus secondaire est conservé sur une longueur de 3,50 m et sur une largeur d’un peu moins de 2 m. Il est constitué par un niveau de galets jointifs surmonté par une couche de graviers sableux compacte, parfois indurée, et bordée au sud par un trottoir en briques. L’égout construit en briques se trouve juste sous le niveau de circulation antique. La nouvelle voie donne clairement la limite sud de la domus, dont le mur découvert ici pourrait constituer la façade méridionale.
La fouille n’apporte pas d’information directe sur l’architecture du théâtre, hormis la mise en évidence d’un niveau de circulation extérieur à ce dernier.
De plus la présence de la voie pose le problème de la fonction du bâtiment rectangulaire situé à l’ouest : bâtiment indépendant dont la fonction reste énigmatique, extension occidentale de la domus ou bien branche orientale d’un porticus post-scaenam du théâtre ?
La découverte de cette voie est-ouest du Haut-Empire incite à poursuivre la réflexion déjà entamée sur le théâtre, son insertion dans le tissu urbain et plus généralement sur l’organisation du centre civique et religieux de Toulouse romaine.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 267
Au cours de l’Antiquité tardive, il y a une profonde modification de l’occupation de ce secteur. L’égout est remplacé par un fossé et la chaussée de la voie est perforée par des fosses. Durant la période médiévale, le secteur est fortement perturbé par des fosses. À partir du XIVe siècle, des terrassements et des regroupements parcellaires précèdent la construction de l’hôtel nobiliaire d’Agromont et, au XVIe siècle, de celui d’Assézat.
Frédéric Veyssière »
Le Directeur remercie très vivement Frédéric Veyssière pour sa communication et au-delà pour tout le travail accompli par l’équipe qu’il a dirigée, et il le félicite de l’extraordinaire qualité de la fouille et de la précision des dégagements et des analyses. La conservation et la mise en valeur des éléments les plus remarquables révélés par la fouille ont-elles été envisagées ? La Compagnie constate qu’aucune réflexion n’a été menée pour intégrer les éventuels vestiges dans le projet, ce qui est d’autant plus regrettable que la profondeur de la stratigraphie était parfaitement connue. Les cryptes archéologiques de Saint-Pierre-des-Cuisines et du musée Saint-Raymond demeurent les seules de la ville. On souligne l’intérêt pédagogique qu’aurait pourtant présenté un tel aménagement dans le cadre de l’extension de la Fondation Bemberg.
Le Directeur en vient ensuite à la problématique du site, relevant que la voie de 7 m de large bute sur un mur, la question étant de savoir, comme l’a bien montré Frédéric Veyssière, si cette rue desservait le théâtre. L’interprétation qui fait du bassin mis au jour à l’arrière de l’Hôtel d’Assézat un élément d’une domus peut être discutée, à moins d’imaginer une rue séparant le mur de scène d’une construction privée, ce qui ne paraît pas très satisfaisant. Frédéric Veyssière précise que la voie était tellement dégradée qu’elle n’a pas été vue sur le moment, et que c’est la découverte de l’égout qui l’a mise en évidence : il a alors fallu remonter la stratigraphie à travers la documentation de la fouille. Cet état de dégradation pourrait expliquer que la voie n’ait pas été repérée par la fouille de l’abbé Baccrabère sur la parcelle voisine, ce qui ne met nullement en cause les qualités du fouilleur.
Après avoir rappelé qu’une rue suppose en principe l’aménagement d’un égout et de deux trottoirs entre deux murs, le Directeur demande s’il n’est pas possible d’imaginer une cour munie d’un égout. Pour Frédéric Veyssière l’hypothèse est possible, mais celle de la rue est beaucoup plus séduisante.
TOULOUSE, 5 RUE DE L’ÉCHARPE,
vue d’ensemble de la fouille réalisée lors de l’extension des locaux de la Fondation Bemberg.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 268
TOULOUSE, RUE DE L’ÉCHARPE, situation des vestiges mis au jour lors des différentes fouilles dans le quartier du théâtre romain.
Dessin Q. Cazes, 1999.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 269
Quitterie Cazes note que l’épaisseur du mur, 1,50 m, en fait un mur extraordinaire. Frédéric Veyssière l’admet et suppose qu’il puisse se rattacher à l’ensemble du théâtre, mais il garde à l’esprit qu’une fouille aussi limitée ne permet qu’une vision très partielle. Tous deux conviennent d’en rediscuter.
Jean-Luc Boudartchouk demande si le revêtement de la voie était bombé. Frédéric Veyssière confirme qu’il s’agissait bien du revêtement, bien qu’il ait été en grande partie démonté alors que l’on pensait qu’il s’agissait d’un remblai.
Bruno Tollon évoque l’achat par Pierre d’Assézat, en 1555, de cet immeuble où se trouvait une cour qui lui permettait d’éclairer l’escalier de son hôtel, immeuble qu’il a continué à louer. Une couverture photographique de ces élévations a-t-elle été réalisée ? Frédéric Veyssière dit qu’il en existe quelques photographies qui pourraient être complétées par des vues de la fouille.
Répondant à Gabriel Burroni, Frédéric Veyssière précise que l’égout présentait une très légère pente en direction de la Garonne.
On signale qu’à Saragosse, dont le théâtre romain est comparable à celui de Toulouse, la Ville a acheté le pâté de maisons pour y faire des fouilles et mettre au jour les vestiges, dont l’état de conservation est pourtant moins bon qu’à Toulouse. Leur mise en valeur se fera par l’intégration dans une construction nouvelle. Ainsi Saragosse retrouve-t-elle peu à peu ses monuments antiques.
Un membre signale qu’un nouveau journaliste de La Dépêche du Midi serait preneur de ce type d’informations. Pour un autre, les journalistes de La Dépêche du Midi intéressés par le patrimoine ressemblent à un serpent de mer, apparaissant et disparaissant aussi vite.
La parole est alors à Patrick Roques qui présente à la Compagnie son plan de la basilique Saint-Sernin de Toulouse :
« Lorsque Eugène Viollet-le-Duc a projeté la restauration de cet édifice au milieu du XIXe siècle, il l’a étudiée à partir d’un état des lieux. Le plan réalisé à cette époque devait servir essentiellement au métré, à l’image, à la localisation et de lien entre les différents corps de métier qui allaient intervenir. L’objectif était affiché et le souci n’était sûrement pas l’étude métrologique de cet édifice. Depuis, de nombreuses personnes, grand public, étudiants, chercheurs mais aussi professionnels du bâtiment ont utilisé le plan de Viollet-le-Duc à des fins diverses.
Parce que la possibilité m’en a été offerte, après avoir recherché en vain un plan plus précis que celui ayant servi à la restauration, j’ai débuté le relevé du plan de la basilique en 1997. Géomètre passionné, mon objectif était, dès le début de ce travail, de réaliser un plan précis de l’édifice en vue de susciter les interrogations les plus diverses, d’éveiller la plus grande curiosité, d’obtenir le plus de réponses à de multiples observations. Pour cela, ce plan doit nécessairement être libre de droits. Il doit pouvoir être étudié, publié, valorisé (modélisation…) sans aucune restriction. Je souhaite seulement que soit rappelé son auteur.Le plan présenté est publié à l’échelle du 1/200e, établi dans un système particulier. Exécuté dans les règles de l’art, il reproduit la coupe horizontale de la basilique à la hauteur de 1,70 m. Pour faciliter la lecture, nous avons privilégié la représentation des différents niveaux, degrés ou marches, à la projection du système de voûtement.
Saint-Sernin mesure 109,50 m de long et 63 m de large au niveau du transept. L’édifice est considéré comme étant le plus grand de son époque, encore conservé, et son architecture correspond aux fonctions définies par son ou ses concepteurs : travées et collatéraux larges, portails nombreux facilitant l’accès et la circulation des pèlerins, nombreuses chapelles permettant de répondre aux multiples demandes en messes privées et une nef aux dimensions impressionnantes correspondant aux besoins de recueillement des pèlerins.
Le massif occidental est de grandes dimensions, 35 m de large sur 14 de profondeur. Des colonnes engagées dans les murs latéraux de l’entrée centrale et des traces archéologiques permettent d’envisager une communication directe avec les deux chapelles latérales dont les dimensions ne sont pas significativement différentes.
La nef centrale comprend 11 travées, présente une longueur de 53,00 m et sa largeur, de 8,80 m, diminue en même temps que sa largeur totale, doubles collatéraux compris, de manière constante, de 70 cm en allant vers le transept. Ce choix accentue l’effet de profondeur et de perspective que chacun découvre en entrant par le massif occidental. Concentrant notre regard vers le chœur, ce choix – la diminution de la largeur de la nef vers le chœur – favorise, de plus, la vision élargie à l’officiant situé dans ce même chœur sur ses fidèles.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 270
La nef est bordée de doubles collatéraux. Si la largeur des premiers collatéraux est, en moyenne, de 3,15 m et présente donc quelques similitudes, celle des seconds accuse une différence de 20 à 30 cm au détriment du collatéral situé vers la porte Miégeville. Le deuxième collatéral nord servait dès l’origine de passage pour les moines entre le monastère et le lieu de culte, le bras nord du transept. Pourquoi, alors que la circulation des fidèles devrait être privilégiée dans le deuxième collatéral sud de la nef, sa largeur est-elle moindre que celle mesurée dans le deuxième collatéral nord ?
Par ailleurs, la distance, qui est de 4,15 m entre les piliers de la première travée est, perd 1 mètre – 3,15 m en moyenne – de la deuxième à la neuvième travée. Puis, les dernières travées présentent des mesures qu’on ne retrouve pas ailleurs, de 2,40 à 2,60 m. Notre réponse résiderait, en partie – au moins pour ce qui concerne les dernières travées – dans l’épaisseur des piliers. En effet, jusqu’à la neuvième travée, les piliers présentent une épaisseur moyenne de 1,70 m. À partir de cette travée et jusqu’à la onzième, leur épaisseur moyenne augmente à 1,90 m. Il apparaît pourtant que le poids supporté par chaque pilier des onze travées de la nef n’est pas significativement différent. À l’approche d’un massif supportant un grand et lourd clocher, le concepteur a, peut-être, souhaité renforcer ses abords immédiats. Pourquoi ne pas avoir fait de même aux piliers du transept, de faibles dimensions avec seulement 1,50 m ?Nous avons encore constaté que la basilique est bâtie sur trois axes. Le premier part de l’abside centrale, rejoint le second au niveau du déambulatoire. Le second axe rejoint le troisième au niveau des piliers ouest supportant le clocher. Mais si on observe des valeurs angulaires faibles dans les désaxements, de l’ordre de respectivement 2 gons et 4 gons, leur conséquence n’est pas à négliger. En effet, si un seul axe, celui du transept, parcourait Saint-Sernin dans sa totalité, le massif occidental serait situé à plus d’un mètre de sa position actuelle. Recherchant la meilleure vision sur ses fidèles, l’abbé Jougla a adapté sa place dans le chœur. Cette localisation précise des intersections des axes confirme aussi l’analyse archéologique de monsieur le professeur Marcel Durliat. Il constate que la pierre est essentiellement présente dans le mur de l’abside centrale, un peu moins dans les murs du transept et que la brique prédomine dans les murs de la nef. Le coût de la pierre doublant tous les cinquante kilomètres, dit-on, connaissant l’emplacement des carrières qu’il situerait vers le Gers, on peut imaginer les soucis d’un gestionnaire lorsqu’une construction aussi importante dure dans le temps. La construction de la basilique a débuté à la fin du XIe siècle pour s’achever au début du XIVe siècle. Une réponse à tendance ésotérique est avancée dans l’explication du désaxement observé entre le transept et l’abside centrale. Cette dernière représenterait, en planimétrie, la tête inclinée du Christ sur la croix.
Entre la nef et le transept nous découvrons les communications verticales permettant l’accès aux tribunes. L’escalier situé dans le deuxième collatéral sud de la nef donne directement dans la nef alors que son pendant donne dans mur sud-ouest de la partie nord du transept. Aucune trace archéologique ne peut laisser supposer à une reconstruction de l’un ou l’autre escalier même si la lecture des vestiges de ces traces paraît difficile à cause de la présence de la grande plaque de marbre située sur le mur sud-ouest de la partie sud du transept.Notre but n’est évidemment pas de relever toutes les mesures présentant quelques différences mais surtout de suggérer que les observations faites mettent en évidence des variations qui sont les conséquences de choix intellectuels. Les quatre absides situées dans le transept ont toutes 3,50 m d’ouverture et 2,70 m de profondeur, les murs est du transept mesurent 21,10 m chacun et la largeur des bras du transept est de 19,90 m au nord comme au sud. La répétition dans certaines mesures laisse penser que c’est techniquement possible. Aussi, lorsqu’on constate, par exemple, une diminution de la largeur de la nef, cette observation met en évidence une volonté et un choix intellectuel qui proviennent peut-être de l’application d’études des rapports de l’homme à l’édifice. La construction semble donc suivre des règles strictes et témoigne d’un savoir-faire extraordinaire. La technique est au service d’un projet, d’un dessein, d’un idéal, la foi. La construction est faite pour durer et l’alliance de la pierre et de la brique renforce localement la destination particulière de cette basilique.
Bien entendu, l’étude que nous présentons est partielle. À partir d’une source fiable – le plan précis de Saint-Sernin – nous avons relevé quelques interrogations et envisagé maintes hypothèses. Notre seul objectif est, à partir de cette nouvelle source, d’élargir la recherche sur la basilique, ses techniques de construction, les choix projetés voire d’envisager, grâce à mes notes, une étude métrologique comparative avec des édifices de la même époque, comme Saint-Jacques de Compostelle.
Patrick Roques »
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 271
PLAN DE LA BASILIQUE SAINT-SERNIN À TOULOUSE, levé et dressé par Patrick Roques en 1998.
Voir le plan hors texte, de grand format, inséré dans ce volume.
M.S.A.M.F., t. LXI, p. 272
Le Directeur remercie Patrick Roques pour son exposé et plus encore pour le formidable travail qui l’a précédé. Ce plan magnifique fera désormais référence : tous ceux qui sont familiers de Saint-Sernin avaient remarqué des bizarreries mais il fallait un relevé d’une très grande précision pour en donner une image susceptible de nourrir la réflexion. C’est toute une recherche qui s’ouvre à partir de ce plan, et notre gratitude est d’autant plus grande que nous savons tous ce qu’un tel relevé demande de travail et de passion.
Bruno Tollon demande si des mesures prises avec une aussi grande précision ne permettraient pas d’établir des corrélations avec le pan et la canne. Patrick Roques dit avoir entrepris une étude de métrologie, à laquelle il a cependant renoncé parce que le travail supplémentaire à réaliser s’avérait trop important. Maurice Scellès rappelle que ce type d’étude exige l’application de modèles mathématiques élaborés, comme le montre par exemple l’article d’Hervé Leblond sur le cloître de Moissac.
Gabriel Burroni demande quelle était la précision du plan de Viollet-Le-Duc. Quitterie Cazes dit qu’il était faux sur bien des points et Patrick Roques rappelle qu’un plan est réalisé en fonction de besoins : le plan de l’architecte du XIXe siècle était ainsi suffisamment précis pour établir les métrés. Il ajoute que les instruments ont bien sûr beaucoup évolué et que la précision du plan était devenue insuffisante. Pour sa part, il a levé ce nouveau plan dans un but de recherche pure. Les interrogations sont venues après : la mise en évidence de trois axes, et non deux, pose ainsi question. Des interrogations similaires apparaissent pour la porte des Comtes.
Quitterie Cazes remercie à nouveau Patrick Roques en soulignant avec quelle générosité il met ainsi à la disposition de tous un document fondamental. Abondant dans son sens quant à l’analyse du plan, elle ajoute que lors des fouilles du musée Saint-Raymond, il est apparu que l’hôpital avait été implanté entre 1075 et 1080 très exactement en fonction de la basilique, ce qui suppose, si l’on pousse la logique, que l’ensemble du plan de l’église était déjà tracé.
À propos des différences d’axes qui l’avaient également interrogé, Olivier Testard rappelle que Palladio travaillait à un mètre près, et qu’au regard d’un tracé au sol réalisé à la craie sur 110 m de long, de telles variations sont peut-être négligeables. Patrick Roques relève que les Romains étaient pourtant capables d’une très grande exactitude sur de longues distances et que la basilique Saint-Sernin elle-même, qui a indéniablement été un grand chantier, montre dans certaines de ses parties des mesures très précises. La discussion se poursuit sur la précision des constructions des différentes époques et sur les désaxements des grands édifices du Moyen Âge. Maurice Scellès a envie d’interroger à ce sujet Jean-Luc Boudartchouk. Celui-ci pense qu’en effet, à Saint-Sernin, le désaxement pourrait être mis en rapport avec un édifice antérieur et il constate qu’il y a, en tout cas, des événements qui se produisent là où on les attend.
Le Directeur remercie tous les membres de leur assiduité aux séances, qui fait de la Société Archéologique du Midi de la France une société bien vivante. Il fait appel aux communications pour la prochaine année académique, insistant sur l’intérêt que présentent également les informations et notes brèves.
Après avoir souhaité de bonnes vacances à tous, le Directeur prononce la clôture de l’année académique 2000-2001.
Table analytique
Bulletins des années 1988-1989 à 2000-2001
Lire le compte-rendu
AFFRE (Pierre)
Œuvres religieuses du sculpteur Pierre Affre (v. 1590-1669) dans la région toulousaine, t. LVI, p. 292-293 ;
AGASSAC
Stèle gallo-romaine, t. L, p. 179-180 ;
AGEN (LOT-ET-GARONNE)
Ermitage (oppidum de l’), deuxième année de recherche, t. LII, p. 145-147 ; quatrième année de recherche, t. LIV, p. 182-184 ; cinquième année de recherche, t. LV, p. 243-245 ; Cordeliers, rapport sur le mémoire de Mlle Valérie Baboulène, Saint-Hilaire d’Agen : ancienne église de l’ensemble conventuel, t. LVIII, p. 277 ; Saint-Caprais, chapiteaux romans : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ;
ALBI (TARN)
Maisons médiévales, rapport sur le mémoire de Catherine Guiraud, Architecture civile du XIIe au XIVe siècle, t. LX, p. 265-266 ; palais de la Berbie, carreaux émaillés, t. LXI, p. 226-227 ;
ALBIGEOIS (CROISADE DES)
Bigaroque et la croisade contre les Albigeois, t. LVII, p. 227-228 ;
ALET
Notre-Dame (église), restauration du faux-retable peint, t. LX, p. 254-257 ;
ANTIST (HAUTES-PYRÉNÉES)
Peintures murales, t. LVI, p. 329 ; nouvelle découverte de peintures murales, t. LX, p. 295-298 ;
AQUITAINE
Les croyances religieuses de la partie méridionale de la province d’Aquitaine sous le Haut-Empire. Etude épigraphique et historique, rapport sur le mémoire de William Van Andringa, t. L, p. 188 ;
ARCHÉOLOGIE
Agen, oppidum de l’Ermitage, deuxième année de recherche, t. LII, p. 145-147 ; quatrième année de recherche, t. LIV, p. 182-184 ; cinquième année de recherche, t. LV, p. 243-245 ; Aubrac, Villages désertés, t. LX, p. 289-295 ; Chiragan (Martres-Tolosane), fouilles clandestines sur le site de la villa romaine, t. LVII, p. 228 ; expérience d’étude géophysique, t. LVIII, p. 270, p. 274-275 ; campagne de fouilles, t. LXI, p. 244, p. 265-266 ; Collections de Georges Savès et de Georges Fouet, t. LV, p. 210 ; Conservation des vestiges découverts, t. XLIX, p. 253 ; Fouilles (les) médiévales (XIIe–XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers), t. XLIX, p. 248-249, t. LVII, p. 220-226, campagnes 1997 et 1998, t. LIX, p. 287-290 ; Détecteurs de métaux, article dans La Dépêche du Midi, t. LX, p. 284 ; Garonne (haute vallée de la), rapport sur le mémoire de Jean-Marc Fabre, La haute vallée de la Garonne à l’époque gallo-romaine. Inventaire archéologique, t. LII, p. 160 ; Gers, Découverte de nouvelles têtes funéraires gallo-romaines en marbre des Pyrénées, t. LII, p. 169-170 ; rapport sur le mémoire de F. Colléoni consacré à l’inventaire archéologique de quatre communes du -, t. LXI, p. 233-234 ; Italie, cryptes archéologiques, t. LVIII, p. 285 ; Lafitte-Vigordane, Découverte archéologique gallo-romaine, t. LIV, p. 164-165 ; Montmaurin, nouvelles recherches sur la villa, t. LVIII, p. 287-288 ; Pyrénées, Archéologie des Petites Pyrénées…, t. LXI , p. 209-210 ; Rodez (affaire du Parmentier), t. LVII, p. 206-208 ; Sud-ouest (campagnes du), rapport sur le mémoire de DEA de F. Colléoni, t. LXI, p. 233-234 ; Toulouse, projet d’agglomération, l’archéologie n’est pas prise en compte, t. LV, p. 219 ; Toulouse, faïence, l’atelier de Théophile Collondre, t. L, p. 183 ; Toulouse, ancien hôpital Larrey, visite du chantier, t. XLIX, p. 245-246, vœu pour la conservation du rempart romain, p. 246, protection M.H. du rempart, p. 247, p. 248, destruction des vestiges découverts, p. 250-251 ; Toulouse, site Larrey, les vestiges auraient pu être conservés, t. LV, p. 233 ; Toulouse, caserne Niel, fouilles de Léon Joulin, t. LII, p. 168 ; Toulouse, « donjon » du Capitole, fouilles, t. LVIII, p. 266 ; Toulouse, Hôtel d’Assézat, fouilles de l’extension de la Fondation Bemberg, p. 266-269 ; Toulouse, rempart romain, 10 rue Saint-Anne, t. LII, p. 174-176 ; site du futur théâtre rue Labéda, t. LV, p. 233 ; Toulouse, Saint-Raymond, fouilles du Musée, t. LVII, p. 205 ; Toulouse, rue Mage, vestiges d’habitats des Ier et IIe siècles, t. LVI, p. 287-289 ; Votives (feuilles), rapport sur le mémoire de Philippe Buzon, Palmae argentae, les feuilles votives dans l’Empire romain, t. LX, p. 265 ;
ARCHIVES
Fouet (archives de Georges), t. LV, p. 210 ; Lévis-Mirepoix (archives du duc de), photocopies données à la S.A.M.F., t. LVII, p. 219 ; Catus (prieuré de), deux documents du XVIe siècle, t. LIX, p. 267-268 ;
ARCIS (Marc)
Rapport sur la thèse de Fabienne Sartre, Marc Arcis, un Toulousain sculpteur du roi (1652-1739), t. LX, p. 260-262 ;
ARTAJONA (NAVARRE)
Genèse d’un prieuré (1086-1183). Sur les pas des chanoines de Saint-Sernin : San Saturnino de Artajona en Navarre, t. LVII, p. 231 ;
ASTAFFORT (LOT-ET-GARONNE)
Lamolie (villa gallo-romaine de), t. LIX, p. 278-279 ;
AUBRAC
Villages désertés, t. LX, p. 289-295 ;
AUCH
Bibliothèque municipale, rapport sur le mémoire de Cécile Burnier, Le manuscrit n° 1 : la Bible dite « de Gimont », t. LVI, p. 310 ; Collection d’antiques, t. L, p. 188, t. LIV, p. 175-176 ; papier peint fabriqué entre 1807 et 1830, t. L, p. 189 ; Smets (Les), rapport sur le mémoire de M. Rémi Urtado, Les Smets, peintres au XVIIIe siècle, t. LVIII, p. 277-278 ;
AUTERIVE (HAUTE-GARONNE)
Fenêtre géminée du XIIIe siècle, t. LIV, p. 164-165 ; Madeleine (église de la), Jacques-Jean Esquié et la construction de –, t. LX, p. 242-249 ; poteries communes du milieu du XVIIe siècle trouvées dans des silos de l’ancien hôpital, t. LX, p. 217-218 ; Saint-Paul (église), le maître-autel : un problème de restauration, t. LV, p. 211-213, p. 213, t. LVI, p. 320 ; L’appui de communion, t. LVI, p. 302 ; Cloche ancienne, t. LIX, p. 256-257 ;
BARBARES
Romains et Barbares de Narbonne à Toulouse et Bordeaux (410-420), t. LII, p. 176-179.
BEAUJEAN (Michel)
L’œuvre du graveur toulousain Michel Beaujean pour la Confrérie du Rosaire, au XVIIe siècle, t. LVII, p. 200-201 ;
BEAUMONT-SUR-LÈZE (HAUTE-GARONNE)
Cloche disparue, t. LIX, p. 256-257 ;
BELBÈZE
Archéologie des Petites Pyrénées… Le temple gallo-romain de Belbèze-Pédègas, t. LXI , p. 209-210 ;
BÉNÉZET (Bernard)
Rapport sur la thèse de Christian Mange, Bernard Bénézet (1835-1897). Vie et œuvre, t. LII, p. 156-157.
BLAGNAC
Saint-Exupère (chapelle), Les peintures murales, t. LVI, p. 318 ; Saint-Pierre (église), observations faites à l’occasion des travaux en cours, t. LV, p. 235-238 ;
BONNEFONT (abbaye)
Salle capitulaire, déplacement de la façade, t. LIV, p. 171 ;
BOURG-SAINT-BERNARD (HAUTE-GARONNE)
Croix de pierre, sculptée et inscrite, trouvée récemment, t. LIV, p. 180 ;
BRUNIQUEL (TARN-ET-GARONNE)
Maison Payrol, t. LVIII, p. 264-265 ;
BUZET-SUR-TARN
Monuments, rapport sur le mémoire de P. Malagutti, t. LIX, p. 276-277 ;
CAHORS (LOT)
Architecture civile (XIIe-XIVe siècles), t. XLIX, p. 255 ; t. LV, p. 213 ; Daurade (église de la), découverte en fouilles de la salle capitulaire, t. L, p. 184 ; Palais Duèze, restauration de deux fenêtres, t. LVI, p. 317 ; Merci (couvent de la), tableaux en provenant, t. LIX, p. 296-298 ; Saint-Barthélemy (église), tableau de la Présentation au temple, t. LV, p. 238-239 ; Saint-Barthélemy (rue), plafond peint dans une maison, t. LX, p. 258-259 ; Saint-Étienne (cathédrale), restauration des portails nord et sud, t. LII, p. 171-173 ; chapelle Notre-Dame, t. LIX, p. 270-274 ; chronologie de la rénovation gothique, t. LX, p. 227-228 ; découverte de peintures sur le tympan gothique, t. LX, p. 283 ; Saint-Urcisse (église), chapiteau représentant la Vierge de la Chandeleur, t. LV, p. 224-225 ;
CAMMAS (François)
Cours d’architecture militaire à l’usage des élèves du Lycée de Toulouse (1792), t. LX, p. 220-221 ;
CANTAL
Peuplement rural du canton de Montsalvy des origines à la fin du XVe siècle, rapport sur le mémoire de Jean-Luc Boudartchouk, t. L, p. 187 ;
CARCASSONNE (AUDE)
Saint-Vincent (église), abords : projet immobilier, t. LII, p. 139.
CASTRES (TARN)
Hôpital Saint-Jacques (ancien), démolitions projetées sur le site, t. LXI, p. 219 ; Saint-Pierre (église), Un cycle de tableaux de Charles-Joseph Natoire (Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777), t. LVII, p. 226-227 ;
CATUS (LOT)
Prieuré, Le cloître roman de Catus, t. LV, p. 239-240 ; deux documents du XVIe siècle, t. LIX, p. 267-268 ;
CAUDEVAL
Château de Caudeval, t. LII, p. 138.
CAUNES-MINERVOIS (AUDE)
Marbres de Caunes dans la nef de Saint-Pierre de Rome, t. LIV, p. 184-185 ;
CAUSSADE (TARN-ET-GARONNE)
Tour d’Arlet, étude préalable à la restauration, t. LVI, p. 325-326 ; étude archéologique menée pendant la restauration, t. LVIII, p. 258-260 ; félicitations décernées pour la restauration, t. LIX, p. 280-281 ; remise d’une médaille à la Ville pour la restauration, visite, t. LX, p. 222 ;
CAZÈRES (HAUTE-GARONNE)
Fours de potiers et de tuiliers gallo-romains et médiévaux de la région de Cazères : les structures, t. LVII, p. 233 ;
CÉRAMIQUE
Cazères (Haute-Garonne), Fours de potiers et de tuiliers gallo-romains et médiévaux, t. LVII, p. 233 ; Toulouse, quartier des Récollets, Céramique du XIVe siècle, t. LVII, p. 197-198 ; Toulouse, ancien quartier Saint-Georges, Céramique du XVe siècle, t. LVIII, p. 257 ; Toulouse, quartier des Pénitents blancs, Céramique des XVIe et XVIIe siècles, t. LIX, p. 252 ; Toulouse, rue Saint-Jérôme, céramiques du XVIIe s., t. LX, p. 217 ; Toulouse, Grande-Rue Saint-Michel, céramique du XVIIe siècle, t. LXI, p. 214 ;
COLLECTION PARTICULIÈRE
t. LVI, p. 282.
COLLONDRE Théophile (maître faïencier)
Son atelier à Toulouse, t. L, p. 183 ;
CONQUES (AVEYRON)
Trésor, L’art des orfèvres romans d’après les filigranes, t. LX, p. 219-220 ;
CORDES (TARN)
Église Saint-Michel, objets protégés au titre des M.H., t. LXI, p. 211 ; Planchette peinte d’un lion ailé, t. LIX, p. 269 ;
CORNAC (LOT)
Église, restauration des peintures du chœur, t. LII, p. 162-163.
CORNEBARIEU (HAUTE-GARONNE)
Chapiteau gothique, conservé dans l’église, t. LX, p. 259 ;
CUGNAUX (HAUTE-GARONNE)
Pavillon « Louis XVI », t. LVI, p. 296-298 ;
DROUET (Gervais)
Un sculpteur toulousain disciple du Bernin : Gervais Drouet, l’auteur du retable du chœur de la cathédrale Saint-Étienne, t. LV, p. 240-242 ;
DU MÈGE
Charles Louis, père d’Alexandre Du Mège, certificat de bonne conduite, 1785, t. L, p. 182 ;
DUNES (TARN-ET-GARONNE)
Le Turas, château, t. LIX, p. 291-296 ;
DURFORT (TARN)
Le Castlar, fouille d’un village déserté du Bas Moyen-Âge, t. XLIX, p. 247-248 ;
ÉMAUX
Coffret-reliquaire émaillé représentant le martyre de saint Saturnin, t. LVI, p. 293-295 ;
ENLUMINURE
Moissac, Un traité des vertus et des vices illustré du XIe siècle, t. LX, p. 213 ; Perpignan (Bibliothèque), rapport sur le mémoire de Sophie Besa, Le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, t. LV, p. 226-227 ;
ESCARGOT
Représentations et symbolique de l’escargot dans le Midi de la France, t. LVII, p. 208 ;
FANJEAUX (AUDE)
Couvent des Prêcheurs, t. LIV, p. 155 ;
FAYET (François)
Rapport sur le mémoire de Pierre Magnères, François Fayet, peintre toulousain de la seconde moitié du XVIIe siècle, t. LII, p. 157-158.
FIGEAC
Champollion (place), « restauration » malencontreuse de la façade d’une maison, t. LVII, p. 208-209 ; Rapport sur la thèse d’Anne-Laure Napoléone, Figeac au Moyen Âge : les maisons du XIIe au XIVe siècle, t. LIV, p. 174 : Architecture civile, La ville de Figeac et son habitat (XIIe, XIIIe et XIVe siècles), t. LVIII, p. 261 ; Lazaristes (rue des), maison du XIVe siècle, t. LVIII, p. 285-286 ;
FONTFROIDE (AUDE)
Rapport sur le mémoire de Claude Arnaud, Richard Burgsthal à l’abbaye de Fontfroide (peintures et vitraux). La naissance d’un maître-verrier, t. LVI, p. 308-310 ;
FUMEL (LOT)
Château, Le château à la Renaissance, t. LVI, p. 317 ;
GARONNE
Rapport sur le mémoire de Jean-Marc Fabre, La haute vallée de la Garonne à l’époque gallo-romaine. Inventaire archéologique, t. LII, p. 160.
GASCON
Châteaux gascons et tour-salles, t. LIX, p. 281-287 ;
GERS
Antiquité, Découverte de nouvelles têtes funéraires gallo-romaines en marbre des Pyrénées, t. LII, p. 169-170 ; rapport sur le mémoire de F. Colléoni consacré à l’inventaire archéologique de quatre communes du -, t. LXI, p. 233-234 ;
GRANDSELVE (abbaye ; TARN-ET-GARONNE)
Grandselve au XVIIe siècle, t. LVIII, p. 281 ;
GRAULHET (Tarn)
Hostellerie du Lion d’or, t. LXI, p. 211-213 ;
GRENADE-SUR-GARONNE (HAUTE-GARONNE)
Notre-Dame de l’Assomption (église), son mobilier d’après les inventaires du XVIIe siècle à nos jours, t. LII, p. 174 ; monographie, rapport sur le mémoire de D. Couget-Rullier, t. LIX, p. 277-278 ;
GYPSERIE
Propos sur la gypserie : parenté et différences avec le stuc, t. LIX, p. 280 ;
ISLE-BOUZON (L’) (GERS)
Fouilles (les) médiévales (XIIe–XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers), t. XLIX, p. 248-249 ; t. LVII, p. 220-226 ; campagnes 1997 et 1998, t. LIX, p. 287-290 ;
ITALIE
Stèles dauniennes (VIIe–VIe s. av. n. è.), t. LIX, p. 263-267 ;
LA CARRIÈRE (Jacques)
Planches peintes découvertes dans l’église des Chartreux de Toulouse, t. LX, p. 298-299 ;
LAFITTE-VIGORDANE
Découverte archéologique gallo-romaine, t. LIV, p.164-165 ;
LAURENS (Jean-Paul)
Rapport sur la thèsel de François de Vergnette, Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre d’histoire, t. LXI, p. 231-233 ;
LAVARDENS
Château, t. LVI, p. 285-287 ;
LAVEDAN (HAUTES-PYRÉNÉES)
Rapport sur le mémoire de Marc Salvan-Guillotin, Le Trésor médiéval de Saint-Savin en Lavedan, t. LV, p. 227-228 ;
LEMERCIER (Jacques)
Jacques Lemercier et l’achèvement du Pont neuf de Toulouse, t. LXI, p. 257 ;
LEVESVILLE (Pierre)
Nîmes, Cathédrale, Pierre Levesville et la reconstruction de la cathédrale de Nîmes, t. LVII, p. 229 ;
LÉVIS-MIREPOIX
Archives du duc de –, photocopies données à la S.A.M.F., t. LVII, p. 219 ;
LURET (commune de Cier-de-Luchon)
Statue de Vierge volée, t. L, p. 185 ;
LUZECH (LOT)
Chapelle des Pénitents bleus, t. LX, p. 305-307 ;
MARQUEFAVE
Site antique et historique de Marquefave, t. LII, p. 161-162.
MARTRES-TOLOSANE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine de Chiragan, proposition de classement M.H. du site, t. LVI, p. 282-283 ; expérience d’étude géophysique, t. LVIII, p. 270, p. 274-275 ; engagement de l’étude de géophysique, t. LX, p. 221 ; campagne de fouilles, t. LXI, p. 244, p. 265-266 ; S.A.M.F., commission des fouilles archéologiques de Chiragan, t. LIX, p. 274-275 ; projet de construction d’une usine, t. LVI, p. 320-321, p. 324, p. 327 ;
MASNAU-MASSUGUIÈS (TARN)
Château, t. LV, p. 238 ;
MASSELS (LOT-ET-GARONNE)
Sainte-Quitterie (église), découverte de peintures murales, t. LIV, p. 187-190 ;
MAURENS-SCOPON (TARN)
Château, souhait de restaurer le pavillon néo-médiéval, t. LV, p. 219 ;
MÉROVINGIENS
Les faciès mérovingiens dans la Gaule du Sud, t. LX, p. 232-233 ; Quelques ensembles d’époque mérovingienne inédits en Midi-Pyrénées, t. LX, p. 257 ;
MIRANDE (GERS)
Musée des Beaux-Arts, fonds lapidaire, t. LXI, p. 224-225 ;
MOISSAC (TARN-ET-GARONNE)
Abbaye, bâtiments conventuels, t. LIX, p. 249-250, 250 ; À propos de quelques chapiteaux romans de Saint-Caprais d’Agen : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ; Manuscrit : Un traité des vertus et des vices illustré à Moissac du XIe siècle, t. LX, p. 213 ; Saint-Martin (église), rapport sur le mémoire de P. Beaudrix-Guillet, Étude historique et archéologique, t. LIX, p. 275-276 ;
MONTCABRIER (LOT)
Pestilhac, déprédations sur le site médiéval, t. LVIII, p. 282 ; maisons médiévales, t. LX, p. 226-227 ;
MONTMAURIN (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, nouvelles recherches, t. LVIII, p. 287-288 ;
MONTPEZAT-DE-QUERCY (TARN-ET-GARONNE)
Tapisserie, rapport sur le mémoire d’Hélène Martin, La tenture de la vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, t. LVII, p. 216 ;
MONUMENTS HISTORIQUES
Articles critiques du Figaro, t. LVI, p. 323-324 ; Auterive, église Saint-Paul, le maître-autel : un problème de restauration, t. LV, p. 211-213, t. LVI, p. 320 ; Blagnac, église Saint-Pierre, observations faites à l’occasion des travaux en cours, t. LV, p. 235-238 ; Bonnefont (abbaye), déplacement de la façade de la salle capitulaire, t. LIV, p. 171 ; Cahors, cathédrale Saint-Étienne, restauration des portails nord et sud, t. LII, p. 171-173 ; Caussade, Tour d’Arlet, étude archéologique préalable à la restauration, t. LV, p. 217 , t. LVI, p. 325-326 ; étude archéologique menée pendant la restauration, t. LVIII, p. 258-260 ; félicitations décernées pour la restauration, t. LIX, p. 280-281 ; remise d’une médaille à la Ville pour la restauration, visite, t. LX, p. 222 ; COREPHAE, t. LVI, p. 300 ; Falaise (château de), polémique à propos de sa restauration, t. LVII, p. 226 ; Figeac, place Champollion, « restauration » malencontreuse de la façade d’une maison, t. LVII, p. 208-209 ; courrier adressé à la D.R.A.C., t. LVII, p. 211, p. 212 ; MoMus, présentation de la revue, t. LVI, p. 299-300, MoMus « apolitique » ?, p. 324-325 ; Monuments historiques, quel avenir ?, t. LV p. 234 ; secteurs sauvegardés, ils ne permettent pas de protéger le patrimoine, t. LII, p. 150 ; constructions neuves : l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France, t. LIX, p. 257-260 ; Tarbes, cathédrale, restaurations aux XIXe et XXe siècles, t. LVII, p. 211-212 ; Toulouse, cathédrale Saint-Étienne, état déplorable des stalles, t. LII, p. 156 ; les stalles se dégradent, t. LIV, p. 185 ; portes peintes en jaune, lettre du maire à l’A.B.F., t. LX, p. 232 ; restauration de l’archivolte du portail ouest, t. LXI, p. 225 ; Toulouse, collège de Périgord, refus d’instruire le dossier d’extension de la protection, t. LXI, p. 207 ; Toulouse, couvent des Cordeliers, travaux sur l’abside de l’ancienne église, t. LIX, p. 278-279 ; Toulouse, couleur imposée par l’architecte des Bâtiments de France, t. LIV, p. 156 ; Toulouse, Hôtel d’Assézat, restauration des façades, t. XLIX, p. 247 ; travaux, t. LIV, p. 162, p. 163-164, p. 170-171 ; Toulouse, Hôtel de Lagoutine, demande de classement jamais instruite, t. LV, p. 234 ; Toulouse, Hôtel Saint-Jean, projets de travaux, t. LVI, p. 306, inquiétude quant à l’étude de l’édifice, t. LVIII, p. 257 ; autour de la découverte des enfeus, t. LVIII, p. 266, p. 283-284 ; Toulouse, Hôtel du Vieux-Raisin, menacé par la circulation automobile, t. LVII, p. 230 ; Toulouse, manufacture des Tabacs, t. LIV, p. 184, p. 186, p. 187 ; Toulouse, monuments historiques, restauration de l’archivolte du portail de la cathédrale Saint-Étienne, sort des statuettes du portail de la Dalbade, porte de l’Hôtel de Rivière, t. LXI, p. 225 ; Toulouse, Musée Saint-Raymond, travaux de restauration, t. LVIII, p. 275-276 ; Toulouse, Ponts-Jumeaux, relief de Lucas martelé par un vandale, t. LV, p. 210 ; Toulouse, rue Saint-Rome, n° 30, disparition récente des voûtes médiévales d’une boutique, t. LIV, p. 159-162 ; voûte reconstruite, t. LX, p. 257 ; Toulouse, rue Croix-Baragnon, maison gothique, travaux en cours, t. LVIII, p. 262-263, p. 288 ; Toulouse, rempart romain, t. XLIX, p. 248, t. LIV, p. 181 ; présentation des vestiges dans le nouveau Théâtre de la cité, t. LIX, p. 251-252 ; Toulouse, Saint-Pierre-des-Chartreux, chapelle rongée par l’humidité, t. LV, p. 209-210 ; Toulouse, Saint-Sernin, controverse sur la restauration, t. L, p. 175 ; visite par la S.A.M.F., analyse et discussion à propos de la restauration, t. L, p. 176-178 ; compléments d’analyse et discussion sur la restauration, t. L, p. 158-159 ; décision d’un nouveau communiqué à la presse, t. L, p. 179 ; réunion sur la restauration, critique de la composition de la commission supérieure et de celle de la COREPHAE, t. L, p. 195 ; travaux de restauration, t. LVI, p. 295-296 ; restauration de la porte Miégeville, courrier adressé à l’inspecteur des M.H., t. LVII, p. 211 ;
MOULIN
Le moulin pastelier avait-il deux niveaux ?, t. LV, p. 208 ;
MURET (HAUTE-GARONNE)
Rudelle (château de), décor peint du galetas, t. LX, p. 238-241 ;
NARBONNAISE
Rapport sur le mémoire de Marie-Paule Viguier : La construction publique en Narbonnaise à travers l’épigraphie (de la fin du Ier siècle avant J.-C. au début du IIIe siècle après J.-C.), t. LII, p. 158-160.
NARBONNE
Palais-Vieux des archevêques, La chapelle de la Madeleine, t. LVIII, p. 271-274 ;
NATOIRE (Charles-Joseph)
Castres, église Saint-Pierre, Un cycle de tableaux de Charles-Joseph Natoire (Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777), t. LVII, p. 226-227 ;
NATTES (John Claude)
Pyrénées, Le voyage de John Claude Nattes (avril-août 1822), t. LV, p. 222-223 ;
NAY (HAUTES-PYRÉNÉES)
Albret (hôtel dit de la Reine Jeanne d’), t. LVII, p. 202-203 ;
NÉRAC (LOT-ET-GARONNE)
Musée Henri-IV, Deux vases grecs à figures rouges, t. LVIII, p. 267-270 ;
NÎMES
Cathédrale, Pierre Levesville et la reconstruction de la cathédrale de Nîmes, t. LVII, p. 229 ; Saint-Paul (église), t. LVIII, p. 282-283 ;
NOTRE-DAME D’ALET
Retables du chœur et des chapelles de l’église Notre-Dame d’Alet diocèse de Toulouse, t. LIV, p. 154 ;
PADER (Hilaire)
Dessin de, t. LVI, p. 283-285 ;
PARCELLAIRE URBAIN
Saint-Antonin-Noble-Val, rapport sur le mémoire de Cécile Gloriès, Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val au Moyen Âge et à l’époque moderne, t. LVII, p. 214-216 ;
PAU
Château, rapport sur le mémoire de Véronique Carreras, Recherches sur la chapelle du Château de Pau au XIXe siècle, t. LV, p. 226 ;
PERPIGNAN
Manuscrit, rapport sur le mémoire de Sophie Besa, Le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, t. LV, p. 226-227 ;
PEINTURES MURALES
Antist (Hautes-Pyrénées), peintures murales, t. LVI, p. 329 ; nouvelle découverte de peintures murales, t. LX, p. 295-298 ; Cahors, cathédrale Saint-Étienne, découverte de peintures sur le tympan gothique, t. LX, p. 283 ; Pyrénées centrales, l’arbre de Jessé dà la fin du Moyen Âge, t. LX, p. 258 ; Rodez, rapport sur le mémoire de Nicole Fayel, t. L, p. 187-188 ; Saint-Sulpice-sur-Lèze, état des lieux, t. LX, p. 274-279 ; Toulouse, Notre-Dame-du-Taur, restauration des peintures murales, t. LXI, p. 241-244 ;
PIBRAC (HAUTE-GARONNE)
Château, Ovide dans le « cabinet de quatrains »…, t. LVI, p. 303-306 ;
PIQUE (VALLÉE DE LA)
Rapport sur le mémoire de Sébastien Saunière sur La vallée de la Pique à l’époque gallo-romaine, t. LIV, p. 173-174 ;
POMPÉI
Photographies des années 1880, p. 240 ;
PUYLAROQUE (TARN-ET-GARONNE)
Bigaroque et la croisade contre les Albigeois, t. LVII, p. 227-228 ;
PYRÉNÉES
Archéologie, Archéologie des Petites Pyrénées…, t. LXI , p. 209-210 ; Rapport sur le mémoire de Laurent Troisplis, Le Haut-Salat et le Castillonnais oriental de l’Âge du Fer à l’Antiquité tardive, t. LVI, p. 310-311 ; Voyage, Le voyage de John Claude Nattes (avril-août 1822), t. LV, p. 222-223 ;
RABASTENS (TARN)
Notre-Dame du Bourg, chapelle d’axe du chœur et retable d’albâtre du XVe siècle , t. LII, p. 151.
RANCY (Jean)
Dupuy (place), statue placée au sommet de la colonne, t. LV, p. 242-243 ; « Dame Tholose », sa restauration est en bonne voie, t. LX, p. 214 ;
RIMONT (ARIÈGE)
Combelongue (abbaye), projet de construction sur l’emplacement du cloître, t. LVIII, p. 283, p. 286 ;
RIOM
Caisse d’Épargne ( n° 9 rue de la), découverte d’une charpente peinte médiévale, t. LVII, p. 209-211 ;
RIVALZ (Antoine)
Thèse sur le peintre soutenue récemment, t. LX, p. 283-284 ;
RIVALZ (Jean-Pierre)
Toulouse, Un projet de façade inédit pour le Capitole de Toulouse au XVIIe siècle, t. LVII, p. 216-217 ;
RODEZ (AVEYRON)
Maisons médiévales, rapport sur le mémoire d’Aurélie Fabre, t. LX, p. 266-267 ; Musée Fenaille, péplophore, t. LIX, p. 302-303 ; Parmentier (affaire du), t. LVII, p. 206-208 ; peintures murales, rapport sur le mémoire de Nicole Fayel, t. L, p. 187-188 ;
ROME
Photographies des années 1880, p. 240-241 ;
ROUERGUE
Bas-Empire romain et époque mérovingienne, rapport sur le mémoire d’Anne-Claire Delpuech, t. L, p. 186-187 ;
SAINT-BERTRAND-DE-COMMINGES (HAUTE-GARONNE)
Cathédrale, chasuble en cuir du XVIIIe siècle, t. LVII, p. 229-230 ; Musée, échange de publications et archives du site, t. LVIII, p. 258 ;
SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL (TARN-ET-GARONNE)
Rapport sur le mémoire de Cécile Gloriès, Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val au Moyen Âge et à l’époque moderne, t. LVII, p. 214-216 ;
SAINT-ÉLIX (HAUTE-GARONNE)
Château, t. LV, p. 214-215 ;
SAINT-LAURENT-LES-TOURS (LOT)
Maisons médiévales (deux), t. LX, p. 273-274 ;
SAINT-MICHEL-DE-LANÈS (AUDE)
Les Rivals, bâtiment rural médiéval, t. LX, p. 308-311.
SAINT-RUSTICE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, L’architecture de la salle à absides, t. LVII, p. 213-214 ;
SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE (HAUTE-GARONNE)
Église, peintures murales, état des lieux, t. LX, p. 274-279 ;
S.A.M.F.
Commission des fouilles archéologiques de Chiragan, t. LIX, p. 274-275 ; Prix du professeur Michel Labrousse, création du prix, t. L, p. 181 ; Rapport moral, 1989, t. XLIX, p. 250-252 ; rapport moral, 1990, t. L, p. 190-194 ; rapport moral, 1992, t. LII, p. 163-166 ; rapport moral, 1996, t. LVI, p. 312-316 ; élections et projets, t. LVIII, p. 265 ; rapport moral, 1998, t. LVIII, p. 279-280 ; rapport moral, 1999, t. LX, p. 235-236 ; site internet, t. LX, p. 220 ;
SAUVETERRE-DE-ROUERGUE
Collégiale, le clocher, t. LX, p. 214-215 ;
SAVANAC (LOT)
Borie de Savanac, t. LII, p. 149.
SÉVIAC (GERS)
Villa romaine, décor marmoréen, t. LX, p. 295 ;
SMETS
Rapport sur le mémoire de M. Rémi Urtado, Les Smets, peintres au XVIIIe siècle, t. LVIII, p. 277-278 ;
SOLIER
Solarium, que faut-il entendre par ce mot, t. LX, p. 284-288 ;
SOUFFRON (Pierre)
Son œuvre au Pont Neuf à Toulouse, t. LX, p. 288 ;
TAPISSERIE
Montpezat-de-Quercy, rapport sur le mémoire d’Hélène Martin, La tenture de la vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, t. LVII, p. 216 ; Toulouse, Le commerce de la tapisserie à Toulouse à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), t. LV, p. 233-234 ; Toulouse, cathédrale Saint-Étienne, Une suite des Actes des apôtres de Raphaël oubliée, t. LVI, p. 325 ; Urtubie (Pyrénées-Atlantiques), La tenture de l’Histoire de David au château d’Urtubie, t. LVIII, p. 258 ;
TARBES (HAUTES-PYRÉNÉES)
Cathédrale, restaurations aux XIXe et XXe siècles, t. LVII, p. 211-212 ;
TARN (département)
Archéologie, rapport sur le mémoire de F. Millet, nécropoles et sépultures isolées de l’Antiquité tardive, t. LIX, p. 275 ;
TOULOUSE
Annales de Toulouse, Le feuillet « américain »… (1371-1372), t. LXI, p. 210-211 ; Architectes du XVIIIe siècle, t. LIX, p. 268-269 ; architecture civile de la Renaissance, t. LXI, p. 263-264 ; Assézat (Hôtel d’), restauration des façades, t. XLIX, p. 247 ; fouilles archéologiques, t. LVI, p. 295 ; fouilles de l’extension de la Fondation Bemberg, p. 266-269 ; Bagis (Hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 168 ; Balcon (maison au), prestige et sociabilité au XVIIe siècle, t. LXI, p. 227-228 ; Baronie (rue), n° 12, maison, t. LVI, p. 329-331 ; Bazacle (rempart du), le rempart au XVIe siècle, t. LVI, p. 307-308 ; Bemberg (Fondation), projet d’installation dans l’Hôtel d’Assézat, t. L, p. 195 ; installation dans l’Hôtel d’Assézat, t. LII, p. 137, p. 139 ; Bourbon (place), fontaine monumentale en 1815, t. LIX, p. 299-300 ; Capitole, hôtel de Ville, La « Vis de Toulouze » revisitée, t. LII, p. 166-167 ; Un projet de façade inédit pour le Capitole de Toulouse au XVIIe siècle, t. LVII, p. 216-217 ; fouilles du « donjon », t. LVIII, p. 266 ; Capitole (place du), croix du Languedoc, t. LV, p. 234 ; caserne Niel et prison Saint-Michel, leur sort, t. LX, p. 221 ; Carrion dit de Spinola (Hôtel), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; caserne Niel, fouilles de Léon Joulin, t. LII, p. 168 ; cathédrale : voir Saint-Étienne (cathédrale) ; Château narbonnais (origines du), t. LVII, p. 232 ; Collège de Foix, t. LIV, p. 156-159 ; Collège de Moissac, t. LX, p. 260 ; Collège de Périgord, Le grand degré (1367), t. LX, p. 236-238 ; refus d’instruire le dossier d’extension de la protection M.H., t. LXI, p. 207 ; Cordeliers (couvent des), sacristie à l’abandon, t. LV, p. 214 ; travaux sur l’abside de l’ancienne église, t. LIX, p. 278-279 ; Croix-Baragnon (rue), maison gothique, travaux en cours, t. LVIII, p. 262-263 ; étude archéologique, t. LXI, p. 236-240 ; Dalbade (église de la), sort des statuettes du portail, t. LVI, p. 299, p. 326 ; elles ne sont toujours pas remises en place, t. LXI, p. 225 ; Daurade (monastère de la), La tour des latrines, t. LIV, p. 190-195 ; informations sur les travaux projetés, t. LVI, p. 318, p. 319 ; description de Toulouse par Léon Godefroy (1638), t. LVII, p. 232 ; destruction des vestiges archéologiques, t. XLIX, p. 251-252 ; Desplats-Palaminy (Hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; Diocèse, La redécouverte de l’art roman et l’architecture néo-romane dans le diocèse de Toulouse au XIXe siècle, t. LV, p. 228 ; Drouet (sculpteur), Un sculpteur toulousain disciple du Bernin : Gervais Drouet, l’auteur du retable du chœur de la cathédrale Saint-Étienne, t. LV, p. 240-242 ; Dupuy (place), statue placée au sommet de la colonne, t. LV, p. 242-243, t. LVI, p. 281, Dame Tholose, t. LIX, p. 298-299 ; « Dame Tholose », sa restauration est en bonne voie, t. LX, p. 214 ; Empalot, puits funéraires (IIe-Ier siècles avant J.-C.), t. LV, p. 208-209 ; Épigraphie, Notices du Marquis de Castellane sur une épitaphe paléochrétienne et une inscription médiévale, t. LX, p. 268-273 ; Évêques IIIe-XIVe siècles, t. LIX, p. 261-262 Mamertin, évêque en 314, t. LX, p. 228-231 ; Alphonse et Pierre, fils de Foulque de Marseille, évêque de Toulouse de 1205 à 1231, t. LX, p. 233-235 ; Exupère (saint), et la tradition hagiographique toulousaine, t. LVIII, p. 284 ; Faculté de Droit, Histoire des bâtiments, t. LII, p. 143-145 ; faïence, l’atelier de Théophile Collondre, t. L, p. 183 ; Filatiers (n° 42 rue des), rapport sur le mémoire d’Élisabeth Chauvin, L’évolution de la rue des Filatiers, t. LIV, p. 175 ; Filatiers (n° 42 rue des), découverte d’un plafond peint de la fin du XVIIIe siècle, t. LV, p. 214 ; Filles de la croix de Saint-André (maison des), démolition, t. LXI, p. 218-219 ; Garonne, topographie antique de la -, t. LXI, p. 208 ; projet de passarelle le long de l’Hôtel-Dieu, t. LXI, p. 264-265 ; Gendarmerie, construite sur les plans de Thillet, t. LV, p. 223 ; graveur, L’œuvre du graveur toulousain Michel Beaujean pour la Confrérie du Rosaire, au XVIIe siècle, t. LVII, p. 200-201 ; Halle de la Pierre, acquisition de l’emplacement en 1203, t. LIV, p. 163 ; Institut catholique, histoire d’une fonderie de canons, t. XLIX, p. 253 ; Jacobins (couvent des), Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Le sort des Jacobins de Toulouse négocié entre la Ville et les Dominicains (1869-1870), t. LV, p. 213-214 ; chapelles funéraires du XVIe siècle, t. LXI, p. 234 ; Jésus (église du), t. LX, p. 212-213 ; Larrey (ancien hôpital), visite du chantier de fouilles, t. XLIX, p. 245-246, vœu pour la conservation du rempart romain, p. 246, destruction des vestiges découverts, p. 250-251 ; Maison de la Charité, effondrement d’une aile, t. LIV, p. 163 ; Mage (rue), vestiges d’habitats des Ier et IIe siècles, t. LVI, p. 287-289 ; Maleprade (hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; monuments historiques, restauration de l’archivolte du portail de la cathédrale Saint-Étienne, sort des statuettes du portail de la Dalbade, porte de l’Hôtel de Rivière, t. LXI, p. 225 ; Musée des Augustins, exposition L’âge d’or de la sculpture : artistes toulousains du XVIIe siècle, t. LVII, p. 203-204 ; Musée de l’Institut catholique, visite, t. LXI, p. 225 ; Musée Paul-Dupuy, Une image de la confrérie du Rosaire, t. LVI, p. 307 ; exposition Soieries en sacristie. Fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe, t. LIX, p. 253-254 ; Musée Saint-Raymond, Antiquaires et collectionneurs d’antiquités à Toulouse au XVIIIe siècle, t. L, p. 181 ; centenaire, t. LII, p. 167-168 ; exposition Le regard de Rome, t. LVI, p. 290-292 ; la collection des portraits romains, t. LVI, p. 311-312 ; fouilles archéologiques, t. LVII, p. 205 ; travaux de restauration, t. LVIII, p. 275-276 ; visite du musée rénové, t. LX, p. 222-226 ; exposition Les arts du métal, t. LX, p. 299-300 ; exposition Toulouse, 1000 ans de monnaies, t. LXI, p. 222-223 ; Museum d’histoire naturelle, projet de réaménagement, t. LVIII, p. 264 ; Notre Dame de Grâce, et un dessin conservé à Stockholm, t. LXI, p. 244-248 ; Notre-Dame-du-Taur, restauration des peintures murales, t. LXI, p. 241-244 ; Nupces (hôtel de), t. LVII, p. 198-199 ; Palais de Justice, Découverte d’un plafond peint médiéval, t. LIX, p. 255-256 ; Pénitents blancs (quartier des), Céramique des XVIe et XVIIe siècles, t. LIX, p. 252 ; Pont neuf, Jacques Lemercier et l’achèvement du -, t. LXI, p. 257 ; Pont de Tounis (restauration du), t. LVII, p. 226 ; prison Saint-Michel et caserne Niel, leur sort, t. LX, p. 221 ; Projet d’Agglomération, t. LVI, p. 302-303 ; protohistoire à Ancely, t. L, p. 185 ; Puivert (Hôtel de), t. LVIII, p. 286-287 ; quartiers suburbains : programme d’inventaire, t. LII, p. 149 ; Récollets (quartier des), Céramique du XIVe siècle, t. LVII, p. 197-198 ; rempart romain, site de l’ancien hôpital Larrey, il n’a pas été mis en valeur, t. L, p. 194, 10 rue Saint-Anne, t. LII, p. 174-176 ; t. LIV, p. 181, site du futur théâtre rue Labéda, t. LV, p. 233 ; courtine détruite, t. LVI, p. 327-328 ; vestiges du rempart romain dans le nouveau Théâtre de la cité, t. LIX, p. 251-252 ; une tour menacée, t. LXI, p. 216, p. 217 ; le chantier de la rue Sainte-Anne, t. LXI, p. 228-230 ; Rémusat (rue de), travaux sur une maison à pan-de-bois à l’entrée de la rue, t. LX, p. 218 ; Rivière (hôtel de), porte en provenant remontée à la préfecture, t. LXI, p. 225 ; Saint-Étienne (cathédrale), les bâtiments canoniaux, t. XLIX, p. 250 ; chronique de Bernard du Rosier (v. 1400-1475), t. XLIX, p. 253-255 ; les stalles, t. LII, p. 155-156 ; la cathédrale romane, t. LIV, p. 170 ; projets de 1913 par Louzier, t. LVI, p. 320-323 ; Une suite des Actes des apôtres de Raphaël oubliée, t. LVI, p. 325 ; La vieille nef et ses origines, t. LIX, p. 301-302, p. 302 ; portes peintes en jaune, lettre du maire à l’A.B.F., t. LX, p. 232 ; la façade occidentale, t. LX, p. 300-301 ; construction au XIIIe siècle, t. LX, p. 301-305 ; restauration de l’archivolte du portail ouest, t. LXI, p. 225 ; Saint-Jean de Malte (prieuré), Le vestibule de l’hôtel de Malte (1668) et sa signification, t. LII, p. 140-141 ; clef de voûte pouvant en provenir, t. LIX, p. 296 ; Saint-Michel (grande rue), La céramique du XVIIe siècle…, t. LXI, p. 214 ; Saint-Michel du Touch, Fours de potiers, au Ier siècle avant J.-C., t. LVI, p. 281-282 ; Saint-Jérôme (rue), céramiques du XVIIe s., t. LX, p. 217 ; Saint-Pierre-des-Chartreux (église), chapelle rongée par l’humidité, t. LV, p. 209-210 ; rapport sur le mémoire de Stéphanie Trouvé, La décoration du sanctuaire de l’église des Chartreux de Toulouse aux XVIIe et XVIIIe siècles, t. LVI, p. 308 ; nouvelles découvertes, t. LX, p. 298-299 ; Saint-Pierre-des-Cuisines, dernières fouilles, t. LVI, p. 325 ; visite du chantier, t. LVI, p. 326 ; Saint-Quentin (église), siège de la confrérie des imprimeurs et libraires, t. LVI, p. 319 ; Saint-Roch (quartier), Puits et fosses funéraires de des IIe et Ier siècles avant J.-C., t. LIV, p. 152 ; Saint-Rome (n° 30 rue), disparition récente des voûtes médiévales d’une boutique, t. LIV, p. 159-162 ; Saint-Sernin (cartulaire), Toulouse et du Midi toulousain de la fin du XIe siècle à la fin du XIIe siècle, t. LIV, p. 186 ; les renseignements archéologiques qu’il apporte, t. LVIII, p. 262 ; Saint-Sernin (chronique), La prétendue » Chronique de Saint-Sernin de Toulouse « , t. LV, p. 219-221 ; Saint-Sernin (église), controverse sur la restauration, t. L, p. 175 ; visite par la S.A.M.F., analyse et discussion à propos de la restauration, t. L, p. 176-178 ; compléments d’analyse et discussion sur la restauration, t. L, p. 158-159 ; décision d’un nouveau communiqué à la presse, t. L, p. 179 ; réunion sur la restauration, critique de la composition de la commission supérieure et de celle de la COREPHAE, t. L, p. 195 ; L’œuvre de Saint-Sernin au XVIe siècle, t. L, p. 180-181 ; plaque restaurée d’une gravure des Corps saints, t. LII, p. 138 ; chapelle Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles, t. LV, p. 223-224 ; clocher, t. LV, p. 215-217 ; travaux de restauration, t. LVI, p. 295-296 ; Imagerie et propagande imprimée, t. LVI, p. 327 ; rapport sur la thèse de Mme Valérie Yvonnet-Nouviale, La sculpture monumentale romane de Saint-Sernin et sa zone d’influence au nord des Pyrénées, t. LVIII, p. 276-277 ; Les données historiques relatives à la reconstruction (fin XIe -déb. XIIe siècle), t. LVIII, p. 278 ; comptes du XVIIIe siècle concernant la réalisation du baldaquin, t. LVIII, p. 287 ; À propos de quelques chapiteaux romans de Saint-Caprais d’Agen : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ; restauration de la carte du ciel, t. LX, p. 253-254 ; un nouveau plan de la basilique, t. LXI, p. 269-272 ; Saint-Sernin (paroisse), Promenade toponymique dans la paroisse de Saint-Sernin de Toulouse, au XIIe siècle, t. LV, p. 232 ; Saint-Sernin (n° 7 place), maison dont les murs contiennent des éléments provenant de Saint-Sernin, t. LVII, p. 201-202 ; Saturnin (évêque), Lieux de culte du IVe au VIe siècle, t. LIV, p. 172-173 ; De saint Saturnin à Saint-Sernin, t. LXI, p. 248-256 ; Autour du corps de l’évêque Saturnin… : nouvelles considérations, t. LXI, p. 257-262 ; Secteur sauvegardé, il n’a pas été adopté, t. LVI, p. 300 ; constructions neuves : l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France, t. LIX, p. 257-260 ; sculpture, dans la première moitié du XVIIIe siècle, t. LXI, p. 217-219 ; statue de Cujas, place du Salin, t. LV, p. 215 ; tapisserie, Le commerce de la tapisserie à Toulouse à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), t. LV, p. 233-234 ; Taur (n° 69 rue du), travaux en cours, bâtiment de l’ancien collège de l’Esquile, t. LV, p. 210 ; vestiges d’une construction médiévale, t. LVII, p. 201 ; Tectosages (lacs sacrés des), ont-ils jamais existé ?, t. LXI, p. 234-236 ; tremblements de terre, Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne, t. LII, p. 153-154 ; Ulmo (famille de), sur l’ancienneté de la famille à Toulouse, t. LX, p. 249-252 ; urbaine (histoire), rapport sur la thèse de Pamela Marquez, Recentering the City : Urban Planning in Medieval Toulouse in the early Thirteenth Century, t. LX, p. 262-264 ; ville (Le projet de), 1993, t. LIV, p. 180-182 ;
TREMBLEMENTS DE TERRE
Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne, t. LII, p. 153-154.
TUNISIE
Dougga, El Jem, photographies des années 1880, p. 240-241 ;
URTUBIE (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES)
Château, La tenture de l’Histoire de David, t. LVIII, p. 258 ;
VALENTINE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, découverte d’un relief de Bacchus en marbre, t. LXI, p. 220-222 ;
VIEILLE-TOULOUSE
Découvertes récentes, t. LXI, p. 215-216 ;
VIELMUR (TARN)
Église, restauration d’un cadre, t. LX, p. 279-282 ;
VILLENEUVE-D’AVEYRON
Maisons médiévales, t. LX, p. 216-217 ;
VINDRAC (TARN)
Site, exemplaire photocopié du travail de l’abbé Bessou offert à la S.A.M.F., t. LVI, p. 301.
VIREBENT
Terres cuites de, t. LVI, p. 283 ;
VOLVESTRE
Cloches du, t. L, p. 175 ;
Table analytique
Volume 1912-1914
Lire le compte-rendu
VOLUME 1912-1914. – BULLETINS nos 42 et 43.
Séances du 26 novembre 1912 au 7 juillet 1914, 342 p.
NOTA. – Les noms en capitales désignent les membres de la Société (résidants, honoraires libres et correspondants).
Les autres noms d’auteurs sont en petites capitales.
L’italique est employée pour les titres des ouvrages imprimés.
Abbaye de Bonnefond (Haute-Garonne), p. 98 ; — de Beaulieu, diocèse de Rodez, bulle de Lucius III à l’abbé, p. 235.
Abbesses de Lévignac-sur-Save au XVIIe siècle, p. 92.
Académiciens d’autrefois, par M. André FONTAINE. C. R. par M. Saint-Raymond, p. 294.
J. ADHER : la succession des abbesses de Lévignac-sur-Save au XVIIe siècle, p. 92 ; bibliographie de RUMEAU, p. 176 ; la disgrâce des Isalguier, seigneurs de Castelnau-d’Estrétefonds, p. 765.
Albi, les fresques de Sainte-Cécile d’—, p. 179.
Albigeois, dessins de L. Soulié sur l’ —, p. 7 ; l’ — pittoresque, p. 104.
ANGLADE : sur le troubadour toulousain PEYRE VIDAL, p. 104, 213 ; annonce la fondation de l’Institut des études méridionales, p. 291.
ANNAT, à propos de la Scientia media du P. —, p. 73, 75.
Archives communales (Tholose), inventaire de 1560 retrouvé, p. 195.
Assezat (d’), pro-chancelier de l’Université de Toulouse, signe un diplôme de licencié en droit, 1727, p. 2.
Assézat (Hôtel d’), monument historique, p. 133, 292, 342.
AUGUSTE (abbé) : C. R. de son ouvrage sur la Compagnie du Saint-Sacrement à Toulouse, p. 53 ; un dessin inédit de Chalette, peintre de l’hôtel de ville de Toulouse, p. 185 ; élu membre résidant, p. 244 ; lettres inédites de Loménie de Brienne, p. 245 ; la pierre tombale de Mgr de Monchal, archevêque de Toulouse, p. 300.
AURIOL (abbé), offre le portrait du cardinal de Joyeuse, archevêque de Toulouse, p. 107 ; cinq châsses du XVIe siècle à Saint-Sernin, p. 122 ; précisions iconographiques sur les fresques de Sainte-Cécile d’Albi, p. 179.
Bachelier (Nicolas) et son temps, ouvrage annoncé par M. GRAILLOT, p. 115 ; présentation, par M. le baron DESAZARS DE MONTGAILLARD, d’un dossier sur cet artiste, p. 114 ; origine d’une légende relative à —, p. 285.
BARRIÈRE-FLAVY : Charlatans et marchands d’orviétan à Toulouse aux XVIIe et XVIIIe siècles, p. 288.
Basilique chrétienne du IVe siècle, au milieu des ruines de Lugdunum convenarum, p. 255.
Basoche (la) de Toulouse, p. 27.
Beaulieu, bulle de Lucius III à l’abbé de —, p. 235.
Bisons d’argile de la caverne du Tuc d’Audoubert (Ariège), p. 61.
BÉGOUEN (comte H.) : ses trois fils inscrits d’office pour être récompensés de leur collaboration aux belles découvertes préhistoriques de leur père, p. 47 ; les bâtons des Pénitents-Bleus de Castellane, p. 57 ; les statues de bisons du Tuc d’Audoubert (Ariège), p. 61 ; à propos de la Scientia media du P. ANNAT, p. 73 ; offre à la Société un album rare : fac-similé des mosaïques de Granejouls (1863), p. 133 ; offre son volume Une Société secrète émule de la Compagnie du Saint-Sacrement, l’Aa de Toulouse, p. 133 ; la grotte du Mas-d’Azil, découverte de ses peintures murales paléolithiques, p. 137 ; Compagnie du Saint-Sacrement dans l’Ariège, p. 209 ; une copie inconnue des mémoires de MALENFANT, greffier du Parlement de Toulouse, p. 306.
BOURDÈS (colonel de), bulle du pape Lucius III à l’abbé de Beaulieu, au diocèse de Rodez (1182), p. 235.
Bourret, près Verdun-sur-Garonne, pages d’histoire, p. 323.
BREUIL (abbé) et comte H. BÉGOUEN, peintures et gravures préhistoriques dans la grotte du Mas-d’Azil (Ariège), p. 139.
BRUTAILS, son ouvrage sur Les vieilles églises de la Gironde. C. R., p. 8 ; élu correspondant, p. 342.
Buste romain trouvé en Gascogne, p. 135.
CALMETTES. C. R. Contribution à l’étude du vieux Toulouse. Généalogie de la famille de Puybusque, p. 49.
Canal du Languedoc, carte manuscrite (1668), p. 215.
Caraman, séminaire de —, à Toulouse, p. 162.
Caraman (Lauraguais), ses institutions judiciaires, p. 30.
Caricature du XVIe siècle et un mot célèbre, p. 117.
Carcassonne, restauration de la cité de —, ses critiques, p. 91.
Castelnau-d’Estrétefonds (Haute-Garonne) ; bail à besogne (1539) de ce château, p. 99 ; excursion de la Société à —, p. 120.
Casteras, canton de Cadours, sépulture romaine, p. 189.
CHALANDE : album des clochers toulousains de la région, p. 46 ; l’hôtel d’Aldéguier, rue de la Dalbade, p. 53 ; présente divers documents toulousains, p. 59 ; les fortifications romaines et du Moyen âge dans le quartier Saint-Michel, Toulouse, p. 76 ; quelques vestiges du vieux Toulouse, p. 108, 288 ; aqueduc romain de la Régine, Toulouse, p. 171 ; inscriptions, noms de rues au XVIIIe siècle, p. 192 ; jetons du pont de Toulouse, p. 210 ; fortifications romaines et du Moyen âge entre la porte Saint-Michel et la porte Montgaillard, p. 217 ; deux dernières devantures de magasins du XVIIe siècle, p. 251 ; Parlement de Toulouse, la tour de l’horloge (disparue), p. 299 ; la première arche du Pont-Vieux, p. 327.
Chalette, peintre de l’hôtel de ville toulousain, un de ses dessins inédits, p. 185.
CHAMPREUX-D’ALTEMBOURG (marquis Rodolphe de), sa mort, son éloge, ses dons à la Société, p. 105.
Châsses du XVIIe siècle à l’église Saint-Sernin, p. 122.
Christophe de Lévis, médaille de — (1658), p. 207.
Collège Saint-Martial à Toulouse, plan et chapiteaux, p. 155 ; — toulousain de Saint-Flour, p. 175.
Concours, de 1912 : rapport de M. PASQUIER sur les travaux, de MM. R. GLANGEAUD, CORRAZE, MAURETTE, p. 24 ; rapport sur le — de 1913 par M. l’abbé DEGERT sur les travaux de ROUANET, BACALERIE, Comte H. BÉGOUEN et ses fils, Max, Jacques et Louis, MULOT et SIVADE, ROEZAUD, RIGAL, AUGUSTE, p. 157 ; — de 1914, liste des lauréats, p. 290 ; — rapport général par M. l’abbé AUGUSTE sur les travaux de MM. GAYRAL, V. MALRIEU, BENABENT, CABROL, FERROUIL DE MONTGAILLARD, p. 319.
Cordes, notice historique et archéologique, p. 104.
COUZI (Ad.) : pierres sculptées romanes de l’église de Poubeau, près Luchon, p. 143 ; portail de l’église de Sainte-Marie, près Bagiry (Haute-Garonne), p. 146 ; la Trinité de l’église de Villefranche-de-Lauraguais, p. 330.
Coutume (la) de Mondouzil, près Toulouse, p. 28.
CRUPPI, membre libre, député, président du Conseil général, loue la Société de ses efforts en faveur du classement des églises du département, p. 98.
DEGERT (abbé), rapport sur le Concours de 1913, p. 157.
DELORT, carte topographique manuscrite du canal de Languedoc, p. 215.
DESAZARS DE MONTGAILLARD, présente une statue de la Vierge en bois qui pourrait être de Fr. Lucas, p. 113 ; lit une quantité de notes qu’il a pu relever sur Nic. Bachelier, architecte et sculpteur toulousain, p. 114 ; Goudelin a fixé l’orthographe de son nom, p. 276.
DIEULAFOY (Marcel), de l’Institut, offre son mémoire : Basilique constantinienne de Lugdunum convenarum (1914), p. 255.
DELORME, don d’une photo de la porte de la poissonnerie démolie, p. 10 ; note sur un buste, marbre antique trouvé en Gascogne, p. 135 ; sépulture romaine au Castéra, canton de Cadours, p. 189 ; une médaille de Christophe de Lévis, p. 207.
Dunes, arr. de Moissac, histoire et institutions de cette localité, p. 320.
DURRBACH, membre résidant, élu correspondant de l’Institut, soirée en son honneur, p. 33.
Éducation militaire au XVIIIe siècle, p. 10.
Églises ou chapelles : clochers du pays toulousain, p. 46 ; — de la Daurade, à Toulouse, p. 62 ; — de Bonnefond (Haute-Garonne), p. 98 ; — châsses de Saint-Sernin à Toulouse, p. 122 ; — de Poubeau, près Luchon (Haute-Garonne), p. 143 ; — de Sainte-Marie, près Bagiry (Haute-Garonne), p. 146 ; — romane de Lavernose, canton de Muret, p. 202 ; — de Villefranche-Lauraguais, sa sculpture : la Trinité, p. 330.
États généraux de Languedoc, jeton inédit (1776), p. 64.
Ferronnerie (la) à Toulouse autrefois, p. 161.
Feux d’artifice tirés à Toulouse, 29 septembre 1729 et 24 septembre 1744, gravures, p. 53.
L. DE FARCY, précieuse tapisserie du musée Sàint-Raymond, Toulouse, p. 55.
FOURGOUS (J.) : le château de Montal sauvé, réparé et meublé par M. Fenaille, offert à la Nation, p. 271.
Fresques de Sainte-Cécile d’Albi, précisions iconographiques, p. 179.
Froidour (Louis de), dernières années et mort de —, p. 230.
GALABERT (Fr.), note sur une inscription de l’abbaye de Saint-Genis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), XIIIe siècle, p. 85 ; note sur l’inventaire des archives municipales de 1560, p. 195.
GARRIGUES : jeton inédit des États de Languedoc, p. 63 ; offre le ms. de la table méthodique générale de dix-huit années du Bulletin de la Société, p. 89.
DE GÉLIS : une éducation militaire au XVIIIe siècle, d’après une correspondance inédite, p. 10 ; l’orthographe du nom du poète Goudoli, p. 271.
GENDRE (Dr), donateur de photos et de dessins de Léon Soulié sur l’Albigeois, p. 7.
GIRODIE (André), conservateur de la bibliothèque Doucet, propose à la Société archéologique de se charger de l’inventaire des artistes français, section du haut Languedoc, p. 6o, 89 ; offre à la Société la photographie d’un projet de reconstruction de la Daurade Toulouse, par Franque, architecte du roi, p. 264 ; élu correspondant de la Société, p. 265.
Goudouli, orthographe de son nom, p. 271, 276, 277.
GRAILLOT, découverte d’un bail à besogne concernant la construction du château dit Castelnau-d’Estrétefonds (Haute-Garonne), 1539 ; son ouvrage sur Nicolas Bachelier et son temps, p. 115 ; origine d’une légende relative à Nicolas Bachelier, p. 285.
HALLAYS (André), rédacteur aux Débats, élu correspondant, p. 113.
HERMET (abbé), membre correspondant, offre deux brochures : La grotte sépulcrale de Nant (Aveyron), nouvelles statues menhirs, p. 250.
Hôtels Louis XVI à Toulouse, p. 3.
Inscription funéraire du XVIe siècle intéressant l’Aude, p. 54 ; — de l’abbaye de Saint-Genis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), XIIIe siècle, p. 85.
Inventaire des monuments et œuvres d’art de la Haute-Garonne, mission du Ministère remplie par M. ROGER, membre correspondant, p. 157.
Institut des Études méridionales de l’Université de Toulouse, fondation nouvelle, p. 291.
Izalguier (les), seigneurs de Castelnau-d’Estrétefonds, p. 265.
JOULIN, son nouvel ouvrage sur les sépultures des âges protohistoriques dans le Sud-Ouest de la France, extraits et conclusions, p. 142 ; les fouilles de Toulouse et les contributions qu’elles apportent à la protohistoire du Sud de la France et de la Péninsule hispanique, p. 165.
LAHONDÈS (J. de) : Portes d’hôtels Louis XVI à Toulouse, p. 3 ; inscription funéraire du XIVe siècle intéressant l’Aude, p. 54 ; plans et coupes de l’église de la -Daurade : cartons de Hardy offerts par le colonel Delort, p. 62 ; Bas-relief dans une cour, n° 8, rue de la Dalbade, p. 89 ; critiques de la restauration de la cité de Carcassonne, p. 91 ; fait l’éloge du marquis de Champreux, membre résidant et bienfaiteur de la Société, décédé, p. 105 ; les chevaux sur les chapiteaux romans du Musée, p. 303 ; une gravure satirique à Toulouse en 1788, provoquée par le retrait de l’édit sur les grands bailliages, p. 306.
LAMOUZELLE, son vol. : Précis de l’histoire de Languedoc, p. 298.
Lavernose, église romane de —, canton de Muret, p. 202.
Lescale (Antoine de), « maître d’œuvres de la cité de Tholose » aux XVIe-XVIIe siècles, p. 100.
LESPINASSE, note sur l’ancienne abbaye de Bonnefond, près Saint-Gaudens, p. 98.
LÉVIS-MIREPOIX (duc de), membre honoraire, fait remettre le quatrième tome de l’Inventaire des archives du château de Léran, p. 47.
Livre de raison de la fin du XVIIe siècle du seigneur de Varennes, Louis de Saint-Félix-Lauraguais, p. 252.
R. LIZOP : découverte d’un cimetière du Ve siècle dans les ruines romaines de Saint-Bertrand-de-Comminges, p. 108 ; les fouilles de Saint-Bertrand, basilique chrétienne du IVe siècle, p. 255.
Loménie de Brienne, lettres inédites, p. 245.
DE LOTH, les comptes du sénéchal du Nébouzan (1777), p. 279.
Lugdunum convenarum, p. 2, 84, 108, 120, 255.
Malenfant : copie inconnue de ses mémoires, détails inédits sur ce magistrat, p. 306.
Mas-d’Azil, grotte et station préhistorique célèbre, nouvelles fouilles et découvertes de peintures, p. 139.
Médaille de Christophe de Lévis, p. 207.
Monastère de Lévignac-sur-Save, canton de Léguevin (Haute-Garonne), p. 92.
Musée Saint-Raymond, une précieuse tapisserie du —, p. 55.
Numismatique, l’atelier monétaire de Villefranche-de-Rouergue, p. 325.
PASOUIER : C. R. Archives du château de Léran, t. IV, p. 47 ; Congrès et réunions scientifiques à Paris en février 1913, p. 70 ; une caricature du XVIe siècle et un mot célèbre, p. 116 ; inventaire des archives communales de Saint-Bertrand-de-Comminges, p. 187 ; Église romane de Lavernose, canton de Muret, p. 202.
PEYRE VIDAL, troubadour toulousain, p. 104, 213.
PIERFITTE (Georges), élu membre résidant, p. 244.
R. PONTNAU : notice sur M. Élie ROSSIGNOL, membre honoraire, p. 312.
PORTAL : Cordes, notice historique et archéologique, p. 104.
Poubeau, près Luchon, pierres sculptées romanes de son église, p. 145.
Préhistorique : les statues de bisons du Tuc d’Audoubert, p. 61 ; découvertes remarquables de MM. Capitan, Bouyssonie, Peyrony, Bourlon, Le Bel en Périgord, p. 107 ; protection et conservation des monuments et stations —, p. 214 ; — la grotte du Mas d’Azil (Ariège), peintures et gravures paléolithiques, p. 139.
DE PUYBUSQUE : Sa Contribution à l’histoire du vieux Toulouse, Généalogie de la famille de Puybusque, p. 49 ; offre en don une collection de timbres de l’enregistrement (1670-1770), p. 92 ; textes anglais du temps de l’occupation anglaise sur la supériorité des fers et tissus toulousains, p. 175 ; quelques lettres de cachet languedociennes, p. 238.
Rieux, livres liturgiques de l’ancien diocèse de —, p. 100.
R. ROGER : première partie de son inventaire des monuments et œuvres d’art de la Haute-Garonne, mission du Ministère des beaux-arts, p. 157 ; la Société lui décerne une médaille de vermeil, p. 290.
ROSSIGNOL (Élie) : notice sur sa vie et ses œuvres, p. 312 ; bibliographie relevée par M. PORTAL, p. 316.
ROUZAUD, contribution à l’histoire de la ferronnerie à Toulouse, p. 161.
ROZES DE BROUSSE, membre résident. Plan et chapiteaux du collège Saint-Martial, Toulouse, p. 155.
RUMEAU, instituteur toulousain décédé en 1913, nombreux travaux historiques et archéologiques, p. 176.
Saint-Bertrand-de-Comminges : fouilles à —, p. 2, 84 ; M. R. LIZOP, membre correspondant, fait un rapport sur les premières découvertes ; un cimetière du Ve siècle, p. 108 ; sur la proposition de M. Dieulafoy, de l’Institut, la Société française des fouilles accorde 500 fr., p. 20 ; 1.000 fr., p. 298 ; découvertes d’une basilique du IVe siècle, p. 255 ; inventaire des archives communales de —, p. 187 ; relevé des inscriptions de la cathédrale de —, p. 293 ; excursion à —, p. 296.
Sainte-Cécile d’Albi, précisions iconographiques relatives à ses fresques, p. 179.
Sainte-Marie (chapelle de —), près Bagiry (Haute-Garonne), son portail sculpté, p. 146.
Saint-Genis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), importante, inscription rythmée du XIIIe siècle, p. 85.
DE SANTI, Toulouse au temps d’Ausone, p. 64.
SAINT-RAYMOND : une maison de la rue Saint-Rome, n° 30, p. 18 ; un livre de raison de l’Ancien Régime, fin du XVIIe siècle, p. 252 ; C. r. de l’ouvrage : Académiciens d’autrefois, par M. André Fontaine, p. 294.
Société arch. Midi : le Dr Gendre donne des photos et des dessins de Soulié, p. 7 ; — invitée par le Maire à se faire représenter au comité de la révision des noms des rues de la ville, p. 8 ; J.-A. BRUTAILS, élu membre correspondant, p. 8 ; le colonel DELORT donne un plan de la Daurade, coupe de l’église, projet de Hardy, ses dessins originaux, p. 18, 62 ; Concours de 1912. Rapport de M. PASQUIER, p. 24 ; soirée en l’honneur de M. Félix Dürrbach, élu correspondant de l’Institut, p. 33 ; allocutions de MM. J. de LAHONDÈS, MÉRIMÉE et LAPIE, recteur de l’Académie, CARTAILHAC ; remerciements de M. DÜRRBACH ; hommage à Félix Dürrbach poésie, par J. ROZES DE BROUSSE, maître ès jeux de l’Académie des Jeux Floraux, p. 33 ; M. DÜRRBACH offre le premier fascicule de ses Inscriptions de Délos, p. 46 ; M. CHALANDE offre un album de cartes postales : Les clochers du pays toulousain, p. 46 ; abbé AUGUSTE, élu correspondant, p. 53, 55 ; — invitée par la Bibliothèque Doucet à collaborer au dictionnaire des artistes de la France pour la section le Haut-Languedoc, p. 6o, 89 ; don de cartes postales par M. J. Fourgous, p. 84 ; M. Damien GARRIGUES, membre correspondant remet le ms. de la table méthodique générale qu’il a dressée pour dix-huit années du Bulletin, p. 89 ; — délibère et maintient qu’elle ne s’occupe pas de l’archéologie et de l’histoire postérieures à 1789, p. 90 ; don d’une collection de timbres de l’enregistrement (1670-1770), p. 92 ; — encouragée par le président du Conseil général, ancien ministre, M. CRUPPI, à poursuivre le classement des anciennes églises du département, p. 98 ; mort de M. de CHAMPREUX, membre résidant, bienfaiteur de la —, p. 105 ; reçoit en don un portrait du cardinal de Joyeuse, arch. de Toulouse, p. 107. Concours de 1913, prix, médailles, distinctions, p. 121 ; rapport sur ce concours par l’abbé DEGERT, p. 157 ; — en excursion à Castelnau-d’Estrétefonds, réception par M. TIVOLLIER dans son château, p. 120 ; don à la — de l’album « fac simile des mosaïques gallo-romaines de Granejouls, 1863 », p. 133 ; M. Félix TROYES, de Samatan, élu membre correspondant, p. 142 ; Décès du Dr. GENDRE, membre résident, p. 153 ; hommage rendu à M. de LAHONDÈS, président ; son portrait, peint et offert par Mlle CARTAILHAC, est placé dans le salon de la —, p. 154 ; La — mise en possession du legs du marquis de CHAMPREUX, p. 154, 284 ; ouvrages offerts par MM. SALTET, Histoire de l’Église, PERROUD, Lettres de Mme Rolland, abbé AUGUSTE, Le Séminaire de Caraman à Toulouse, et Les Sociétés secrètes catholiques du XVIe siècle, Jean FOURGOUS, La Vallée préhistorique de France, Les Eyzies, p. 154 ; décès de M. Maurice MASSIP, membre résident, son éloge et sa bibliographie, p. 172 ; décès, éloge et bibliographie de M. R. RUMEAU, lauréat de la —, p. 176 ; acquisition d’albums, croquis au crayon, d’intérêt toulousain, p. 185 ; échange de compliments de nouvelle année avec la Soc. arch. du Tarn-et-Garonne et la Soc. des Études du Comminges, p. 193, 194 ; Élections partielles du Bureau de 1914-1915, p. 205 ; volume offert par M. GILBERT GOUDIE : David Laing, sa vie, son œuvre, p. 209 ; MM. G. PIERFITTE et abbé AUGUSTE élus résidants, p. 244 ; souscrit au Congrès de l’Union des Soc. savantes du S.-O., p. 251 ; MM. PUIS et Paul DUPUY élus m. résidants, p. 253 ; décès de FRÉDÉRIC MISTRAL, membre honoraire, p. 253 ; réception d’un envoi du Ministère : Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine par ESPÉRANDIEU, membre correspondant de la — , p. 253 ; M. VELAIN offre la 2e partie de son ouvrage considérable La France moderne, Haute-Garonne et Ariège, p. 253 ; – M. GIRODIE élu membre corresp., p. 265 ; M. DIEULAFOY élu membre honoraire, p. 265 ; décès de M. ÉLIE ROSSIGNOL, membre honoraire, son éloge, sa bibliographie, p. 283 ; décerne une médaille de vermeil à M. ROGER pour son relevé archéologique et artistique des arrond. de Villefranche et Muret, p. 290 ; M. LAGERLE, instituteur à Saint-Bertrand-de-Comminges, élu correspond., p. 293 ; excursion de la — à Saint-Bertrand-de-Comminges, p. 296 ; décès de M. GEORGES PERROT, membre honoraire, p. 312 ; rapport général de M. l’abbé AUGUSTE sur le Concours de 1914.
TACHARD (Dr), excursion de la Société à Saint-Bertrand-de-Comminges, p. 296.
Tapisserie remarquable du musée Saint-Raymond, p. 55.
Toulouse : portes d’hôtels Louis XVI, p. 3 ; révision du nom des rues, p. 8, 214 ; photo de la porte de la Poissonnerie démolie, p. 10 ; une maison de la rue Saint-Rome, n° 30, p. 18 ; la Basoche de —, p. 27 ; les clochers du pays toulousain, p. 46 ; contribution à l’étude du vieux —, p. 49 ; un plan de — dans Les Tablelles guerrières de 1709, p. 50 ; vues de feux d’artifice tirés à — en 1729 et 1744 ; l’hôtel d’Aldéguier, rue de la Dalbade, p. 53 ; la Cie du Saint-Sacrement à —, p. 55 ; feuillet du livre des Annales 1466 retrouvé en copie, p. 59 ; plans et coupes de la Daurade, cartons de Hardy offerts par le colonel DELORT, p. 62 ; — au temps d’Ausone, p. 65 ; fortifications romaines et du Moyen âge dans le quartier Saint-Michel, p. 76 ; A. de Lescale, « maître d’œuvre de la cité de Tholose », p. 100 ; services rendus dans le Journal des Débats par M. André HALLAYS ; ce défenseur de nos monuments est élu membre correspondant, p. 106, 113 ; portrait du cardinal de Joyeuse, archevêque de —, p. 107 ; quelques vestiges du vieux —, p. 108 ; châsses du XVIe siècle à l’église Saint-Sernin, p. 122 ; classement de l’Hôtel d’Assézat comme monument historique, p. 342 ; Bertiat, estanier à son nom sur un pichet en étain, p. 134 ; civilisation de — avant et au début de l’occupation romaine ; les nécropoles protohistoriques, p. 148 ; plan et chapiteaux du collège Saint-Martial, p. 155 ; séminaire de Caraman à —, p. 162 ; collège de Saint-Flour à —, p. 175 ; supériorité des fers et tissus anglais de — pendant l’occupation anglaise, p. 176 ; dessin inédit de Chalette, p. 185 ; noms de rues au XVIIIe siècle ; inscriptions murales, p. 192 ; inventaire retrouvé des archives communales en 1560, p. 195 ; jetons du pont de — ; ces jetons distribués en nombre à diverses notabilités, p. 210 ; fortifications romaines et du Moyen âge entre la Porte Saint-Michel et la Porte Montgaillard, p. 217 ; devantures de magasins du XVIIe siècle rue Cujas, p. 251 ; légende relative à Nicolas Bachelier, p. 285 ; charlatans de — , XVIIe siècle, p. 288 ; Parlement de — ; la tour de l’Horloge, p. 299 ; gravure satirique de 1788, p.306 ; la première arche du Pont-Vieux, p. 328.
VIÉ : quelques livres liturgiques de l’ancien diocèse de Rieux, p. 100 ; dernières années et mort de Louis de Froidour, p. 230 ; un four à pain dans les bois ; Castelnau-Picampeau (Haute-Garonne), p. 278.
Villefranche-Lauraguais : la Trinité, sculpture, p. 330.
Villefranche-de-Rouergue : histoire de l’atelier monétaire, p. 325.
AFFRE (Pierre)
Œuvres religieuses du sculpteur Pierre Affre (v. 1590-1669) dans la région toulousaine, t. LVI, p. 292-293 ;
AGASSAC
Stèle gallo-romaine, t. L, p. 179-180 ;
AGEN (LOT-ET-GARONNE)
Ermitage (oppidum de l’), deuxième année de recherche, t. LII, p. 145-147 ; quatrième année de recherche, t. LIV, p. 182-184 ; cinquième année de recherche, t. LV, p. 243-245 ; Cordeliers, rapport sur le mémoire de Mlle Valérie Baboulène, Saint-Hilaire d’Agen : ancienne église de l’ensemble conventuel, t. LVIII, p. 277 ; Saint-Caprais, chapiteaux romans : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ;
ALBI (TARN)
Maisons médiévales, rapport sur le mémoire de Catherine Guiraud, Architecture civile du XIIe au XIVe siècle, t. LX, p. 265-266 ; palais de la Berbie, carreaux émaillés, t. LXI, p. 226-227 ;
ALBIGEOIS (CROISADE DES)
Bigaroque et la croisade contre les Albigeois, t. LVII, p. 227-228 ;
ALET
Notre-Dame (église), restauration du faux-retable peint, t. LX, p. 254-257 ;
ANTIST (HAUTES-PYRÉNÉES)
Peintures murales, t. LVI, p. 329 ; nouvelle découverte de peintures murales, t. LX, p. 295-298 ;
AQUITAINE
Les croyances religieuses de la partie méridionale de la province d’Aquitaine sous le Haut-Empire. Etude épigraphique et historique, rapport sur le mémoire de William Van Andringa, t. L, p. 188 ;
ARCHÉOLOGIE
Agen, oppidum de l’Ermitage, deuxième année de recherche, t. LII, p. 145-147 ; quatrième année de recherche, t. LIV, p. 182-184 ; cinquième année de recherche, t. LV, p. 243-245 ; Aubrac, Villages désertés, t. LX, p. 289-295 ; Chiragan (Martres-Tolosane), fouilles clandestines sur le site de la villa romaine, t. LVII, p. 228 ; expérience d’étude géophysique, t. LVIII, p. 270, p. 274-275 ; campagne de fouilles, t. LXI, p. 244, p. 265-266 ; Collections de Georges Savès et de Georges Fouet, t. LV, p. 210 ; Conservation des vestiges découverts, t. XLIX, p. 253 ; Fouilles (les) médiévales (XIIe–XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers), t. XLIX, p. 248-249, t. LVII, p. 220-226, campagnes 1997 et 1998, t. LIX, p. 287-290 ; Détecteurs de métaux, article dans La Dépêche du Midi, t. LX, p. 284 ; Garonne (haute vallée de la), rapport sur le mémoire de Jean-Marc Fabre, La haute vallée de la Garonne à l’époque gallo-romaine. Inventaire archéologique, t. LII, p. 160 ; Gers, Découverte de nouvelles têtes funéraires gallo-romaines en marbre des Pyrénées, t. LII, p. 169-170 ; rapport sur le mémoire de F. Colléoni consacré à l’inventaire archéologique de quatre communes du -, t. LXI, p. 233-234 ; Italie, cryptes archéologiques, t. LVIII, p. 285 ; Lafitte-Vigordane, Découverte archéologique gallo-romaine, t. LIV, p. 164-165 ; Montmaurin, nouvelles recherches sur la villa, t. LVIII, p. 287-288 ; Pyrénées, Archéologie des Petites Pyrénées…, t. LXI , p. 209-210 ; Rodez (affaire du Parmentier), t. LVII, p. 206-208 ; Sud-ouest (campagnes du), rapport sur le mémoire de DEA de F. Colléoni, t. LXI, p. 233-234 ; Toulouse, projet d’agglomération, l’archéologie n’est pas prise en compte, t. LV, p. 219 ; Toulouse, faïence, l’atelier de Théophile Collondre, t. L, p. 183 ; Toulouse, ancien hôpital Larrey, visite du chantier, t. XLIX, p. 245-246, vœu pour la conservation du rempart romain, p. 246, protection M.H. du rempart, p. 247, p. 248, destruction des vestiges découverts, p. 250-251 ; Toulouse, site Larrey, les vestiges auraient pu être conservés, t. LV, p. 233 ; Toulouse, caserne Niel, fouilles de Léon Joulin, t. LII, p. 168 ; Toulouse, « donjon » du Capitole, fouilles, t. LVIII, p. 266 ; Toulouse, Hôtel d’Assézat, fouilles de l’extension de la Fondation Bemberg, p. 266-269 ; Toulouse, rempart romain, 10 rue Saint-Anne, t. LII, p. 174-176 ; site du futur théâtre rue Labéda, t. LV, p. 233 ; Toulouse, Saint-Raymond, fouilles du Musée, t. LVII, p. 205 ; Toulouse, rue Mage, vestiges d’habitats des Ier et IIe siècles, t. LVI, p. 287-289 ; Votives (feuilles), rapport sur le mémoire de Philippe Buzon, Palmae argentae, les feuilles votives dans l’Empire romain, t. LX, p. 265 ;
ARCHIVES
Fouet (archives de Georges), t. LV, p. 210 ; Lévis-Mirepoix (archives du duc de), photocopies données à la S.A.M.F., t. LVII, p. 219 ; Catus (prieuré de), deux documents du XVIe siècle, t. LIX, p. 267-268 ;
ARCIS (Marc)
Rapport sur la thèse de Fabienne Sartre, Marc Arcis, un Toulousain sculpteur du roi (1652-1739), t. LX, p. 260-262 ;
ARTAJONA (NAVARRE)
Genèse d’un prieuré (1086-1183). Sur les pas des chanoines de Saint-Sernin : San Saturnino de Artajona en Navarre, t. LVII, p. 231 ;
ASTAFFORT (LOT-ET-GARONNE)
Lamolie (villa gallo-romaine de), t. LIX, p. 278-279 ;
AUBRAC
Villages désertés, t. LX, p. 289-295 ;
AUCH
Bibliothèque municipale, rapport sur le mémoire de Cécile Burnier, Le manuscrit n° 1 : la Bible dite « de Gimont », t. LVI, p. 310 ; Collection d’antiques, t. L, p. 188, t. LIV, p. 175-176 ; papier peint fabriqué entre 1807 et 1830, t. L, p. 189 ; Smets (Les), rapport sur le mémoire de M. Rémi Urtado, Les Smets, peintres au XVIIIe siècle, t. LVIII, p. 277-278 ;
AUTERIVE (HAUTE-GARONNE)
Fenêtre géminée du XIIIe siècle, t. LIV, p. 164-165 ; Madeleine (église de la), Jacques-Jean Esquié et la construction de –, t. LX, p. 242-249 ; poteries communes du milieu du XVIIe siècle trouvées dans des silos de l’ancien hôpital, t. LX, p. 217-218 ; Saint-Paul (église), le maître-autel : un problème de restauration, t. LV, p. 211-213, p. 213, t. LVI, p. 320 ; L’appui de communion, t. LVI, p. 302 ; Cloche ancienne, t. LIX, p. 256-257 ;
BARBARES
Romains et Barbares de Narbonne à Toulouse et Bordeaux (410-420), t. LII, p. 176-179.
BEAUJEAN (Michel)
L’œuvre du graveur toulousain Michel Beaujean pour la Confrérie du Rosaire, au XVIIe siècle, t. LVII, p. 200-201 ;
BEAUMONT-SUR-LÈZE (HAUTE-GARONNE)
Cloche disparue, t. LIX, p. 256-257 ;
BELBÈZE
Archéologie des Petites Pyrénées… Le temple gallo-romain de Belbèze-Pédègas, t. LXI , p. 209-210 ;
BÉNÉZET (Bernard)
Rapport sur la thèse de Christian Mange, Bernard Bénézet (1835-1897). Vie et œuvre, t. LII, p. 156-157.
BLAGNAC
Saint-Exupère (chapelle), Les peintures murales, t. LVI, p. 318 ; Saint-Pierre (église), observations faites à l’occasion des travaux en cours, t. LV, p. 235-238 ;
BONNEFONT (abbaye)
Salle capitulaire, déplacement de la façade, t. LIV, p. 171 ;
BOURG-SAINT-BERNARD (HAUTE-GARONNE)
Croix de pierre, sculptée et inscrite, trouvée récemment, t. LIV, p. 180 ;
BRUNIQUEL (TARN-ET-GARONNE)
Maison Payrol, t. LVIII, p. 264-265 ;
BUZET-SUR-TARN
Monuments, rapport sur le mémoire de P. Malagutti, t. LIX, p. 276-277 ;
CAHORS (LOT)
Architecture civile (XIIe-XIVe siècles), t. XLIX, p. 255 ; t. LV, p. 213 ; Daurade (église de la), découverte en fouilles de la salle capitulaire, t. L, p. 184 ; Palais Duèze, restauration de deux fenêtres, t. LVI, p. 317 ; Merci (couvent de la), tableaux en provenant, t. LIX, p. 296-298 ; Saint-Barthélemy (église), tableau de la Présentation au temple, t. LV, p. 238-239 ; Saint-Barthélemy (rue), plafond peint dans une maison, t. LX, p. 258-259 ; Saint-Étienne (cathédrale), restauration des portails nord et sud, t. LII, p. 171-173 ; chapelle Notre-Dame, t. LIX, p. 270-274 ; chronologie de la rénovation gothique, t. LX, p. 227-228 ; découverte de peintures sur le tympan gothique, t. LX, p. 283 ; Saint-Urcisse (église), chapiteau représentant la Vierge de la Chandeleur, t. LV, p. 224-225 ;
CAMMAS (François)
Cours d’architecture militaire à l’usage des élèves du Lycée de Toulouse (1792), t. LX, p. 220-221 ;
CANTAL
Peuplement rural du canton de Montsalvy des origines à la fin du XVe siècle, rapport sur le mémoire de Jean-Luc Boudartchouk, t. L, p. 187 ;
CARCASSONNE (AUDE)
Saint-Vincent (église), abords : projet immobilier, t. LII, p. 139.
CASTRES (TARN)
Hôpital Saint-Jacques (ancien), démolitions projetées sur le site, t. LXI, p. 219 ; Saint-Pierre (église), Un cycle de tableaux de Charles-Joseph Natoire (Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777), t. LVII, p. 226-227 ;
CATUS (LOT)
Prieuré, Le cloître roman de Catus, t. LV, p. 239-240 ; deux documents du XVIe siècle, t. LIX, p. 267-268 ;
CAUDEVAL
Château de Caudeval, t. LII, p. 138.
CAUNES-MINERVOIS (AUDE)
Marbres de Caunes dans la nef de Saint-Pierre de Rome, t. LIV, p. 184-185 ;
CAUSSADE (TARN-ET-GARONNE)
Tour d’Arlet, étude préalable à la restauration, t. LVI, p. 325-326 ; étude archéologique menée pendant la restauration, t. LVIII, p. 258-260 ; félicitations décernées pour la restauration, t. LIX, p. 280-281 ; remise d’une médaille à la Ville pour la restauration, visite, t. LX, p. 222 ;
CAZÈRES (HAUTE-GARONNE)
Fours de potiers et de tuiliers gallo-romains et médiévaux de la région de Cazères : les structures, t. LVII, p. 233 ;
CÉRAMIQUE
Cazères (Haute-Garonne), Fours de potiers et de tuiliers gallo-romains et médiévaux, t. LVII, p. 233 ; Toulouse, quartier des Récollets, Céramique du XIVe siècle, t. LVII, p. 197-198 ; Toulouse, ancien quartier Saint-Georges, Céramique du XVe siècle, t. LVIII, p. 257 ; Toulouse, quartier des Pénitents blancs, Céramique des XVIe et XVIIe siècles, t. LIX, p. 252 ; Toulouse, rue Saint-Jérôme, céramiques du XVIIe s., t. LX, p. 217 ; Toulouse, Grande-Rue Saint-Michel, céramique du XVIIe siècle, t. LXI, p. 214 ;
COLLECTION PARTICULIÈRE
t. LVI, p. 282.
COLLONDRE Théophile (maître faïencier)
Son atelier à Toulouse, t. L, p. 183 ;
CONQUES (AVEYRON)
Trésor, L’art des orfèvres romans d’après les filigranes, t. LX, p. 219-220 ;
CORDES (TARN)
Église Saint-Michel, objets protégés au titre des M.H., t. LXI, p. 211 ; Planchette peinte d’un lion ailé, t. LIX, p. 269 ;
CORNAC (LOT)
Église, restauration des peintures du chœur, t. LII, p. 162-163.
CORNEBARIEU (HAUTE-GARONNE)
Chapiteau gothique, conservé dans l’église, t. LX, p. 259 ;
CUGNAUX (HAUTE-GARONNE)
Pavillon « Louis XVI », t. LVI, p. 296-298 ;
DROUET (Gervais)
Un sculpteur toulousain disciple du Bernin : Gervais Drouet, l’auteur du retable du chœur de la cathédrale Saint-Étienne, t. LV, p. 240-242 ;
DU MÈGE
Charles Louis, père d’Alexandre Du Mège, certificat de bonne conduite, 1785, t. L, p. 182 ;
DUNES (TARN-ET-GARONNE)
Le Turas, château, t. LIX, p. 291-296 ;
DURFORT (TARN)
Le Castlar, fouille d’un village déserté du Bas Moyen-Âge, t. XLIX, p. 247-248 ;
ÉMAUX
Coffret-reliquaire émaillé représentant le martyre de saint Saturnin, t. LVI, p. 293-295 ;
ENLUMINURE
Moissac, Un traité des vertus et des vices illustré du XIe siècle, t. LX, p. 213 ; Perpignan (Bibliothèque), rapport sur le mémoire de Sophie Besa, Le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, t. LV, p. 226-227 ;
ESCARGOT
Représentations et symbolique de l’escargot dans le Midi de la France, t. LVII, p. 208 ;
FANJEAUX (AUDE)
Couvent des Prêcheurs, t. LIV, p. 155 ;
FAYET (François)
Rapport sur le mémoire de Pierre Magnères, François Fayet, peintre toulousain de la seconde moitié du XVIIe siècle, t. LII, p. 157-158.
FIGEAC
Champollion (place), « restauration » malencontreuse de la façade d’une maison, t. LVII, p. 208-209 ; Rapport sur la thèse d’Anne-Laure Napoléone, Figeac au Moyen Âge : les maisons du XIIe au XIVe siècle, t. LIV, p. 174 : Architecture civile, La ville de Figeac et son habitat (XIIe, XIIIe et XIVe siècles), t. LVIII, p. 261 ; Lazaristes (rue des), maison du XIVe siècle, t. LVIII, p. 285-286 ;
FONTFROIDE (AUDE)
Rapport sur le mémoire de Claude Arnaud, Richard Burgsthal à l’abbaye de Fontfroide (peintures et vitraux). La naissance d’un maître-verrier, t. LVI, p. 308-310 ;
FUMEL (LOT)
Château, Le château à la Renaissance, t. LVI, p. 317 ;
GARONNE
Rapport sur le mémoire de Jean-Marc Fabre, La haute vallée de la Garonne à l’époque gallo-romaine. Inventaire archéologique, t. LII, p. 160.
GASCON
Châteaux gascons et tour-salles, t. LIX, p. 281-287 ;
GERS
Antiquité, Découverte de nouvelles têtes funéraires gallo-romaines en marbre des Pyrénées, t. LII, p. 169-170 ; rapport sur le mémoire de F. Colléoni consacré à l’inventaire archéologique de quatre communes du -, t. LXI, p. 233-234 ;
GRANDSELVE (abbaye ; TARN-ET-GARONNE)
Grandselve au XVIIe siècle, t. LVIII, p. 281 ;
GRAULHET (Tarn)
Hostellerie du Lion d’or, t. LXI, p. 211-213 ;
GRENADE-SUR-GARONNE (HAUTE-GARONNE)
Notre-Dame de l’Assomption (église), son mobilier d’après les inventaires du XVIIe siècle à nos jours, t. LII, p. 174 ; monographie, rapport sur le mémoire de D. Couget-Rullier, t. LIX, p. 277-278 ;
GYPSERIE
Propos sur la gypserie : parenté et différences avec le stuc, t. LIX, p. 280 ;
ISLE-BOUZON (L’) (GERS)
Fouilles (les) médiévales (XIIe–XIIIe siècles) de Corné à L’Isle-Bouzon (Gers), t. XLIX, p. 248-249 ; t. LVII, p. 220-226 ; campagnes 1997 et 1998, t. LIX, p. 287-290 ;
ITALIE
Stèles dauniennes (VIIe–VIe s. av. n. è.), t. LIX, p. 263-267 ;
LA CARRIÈRE (Jacques)
Planches peintes découvertes dans l’église des Chartreux de Toulouse, t. LX, p. 298-299 ;
LAFITTE-VIGORDANE
Découverte archéologique gallo-romaine, t. LIV, p.164-165 ;
LAURENS (Jean-Paul)
Rapport sur la thèsel de François de Vergnette, Jean-Paul Laurens (1838-1921), peintre d’histoire, t. LXI, p. 231-233 ;
LAVARDENS
Château, t. LVI, p. 285-287 ;
LAVEDAN (HAUTES-PYRÉNÉES)
Rapport sur le mémoire de Marc Salvan-Guillotin, Le Trésor médiéval de Saint-Savin en Lavedan, t. LV, p. 227-228 ;
LEMERCIER (Jacques)
Jacques Lemercier et l’achèvement du Pont neuf de Toulouse, t. LXI, p. 257 ;
LEVESVILLE (Pierre)
Nîmes, Cathédrale, Pierre Levesville et la reconstruction de la cathédrale de Nîmes, t. LVII, p. 229 ;
LÉVIS-MIREPOIX
Archives du duc de –, photocopies données à la S.A.M.F., t. LVII, p. 219 ;
LURET (commune de Cier-de-Luchon)
Statue de Vierge volée, t. L, p. 185 ;
LUZECH (LOT)
Chapelle des Pénitents bleus, t. LX, p. 305-307 ;
MARQUEFAVE
Site antique et historique de Marquefave, t. LII, p. 161-162.
MARTRES-TOLOSANE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine de Chiragan, proposition de classement M.H. du site, t. LVI, p. 282-283 ; expérience d’étude géophysique, t. LVIII, p. 270, p. 274-275 ; engagement de l’étude de géophysique, t. LX, p. 221 ; campagne de fouilles, t. LXI, p. 244, p. 265-266 ; S.A.M.F., commission des fouilles archéologiques de Chiragan, t. LIX, p. 274-275 ; projet de construction d’une usine, t. LVI, p. 320-321, p. 324, p. 327 ;
MASNAU-MASSUGUIÈS (TARN)
Château, t. LV, p. 238 ;
MASSELS (LOT-ET-GARONNE)
Sainte-Quitterie (église), découverte de peintures murales, t. LIV, p. 187-190 ;
MAURENS-SCOPON (TARN)
Château, souhait de restaurer le pavillon néo-médiéval, t. LV, p. 219 ;
MÉROVINGIENS
Les faciès mérovingiens dans la Gaule du Sud, t. LX, p. 232-233 ; Quelques ensembles d’époque mérovingienne inédits en Midi-Pyrénées, t. LX, p. 257 ;
MIRANDE (GERS)
Musée des Beaux-Arts, fonds lapidaire, t. LXI, p. 224-225 ;
MOISSAC (TARN-ET-GARONNE)
Abbaye, bâtiments conventuels, t. LIX, p. 249-250, 250 ; À propos de quelques chapiteaux romans de Saint-Caprais d’Agen : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ; Manuscrit : Un traité des vertus et des vices illustré à Moissac du XIe siècle, t. LX, p. 213 ; Saint-Martin (église), rapport sur le mémoire de P. Beaudrix-Guillet, Étude historique et archéologique, t. LIX, p. 275-276 ;
MONTCABRIER (LOT)
Pestilhac, déprédations sur le site médiéval, t. LVIII, p. 282 ; maisons médiévales, t. LX, p. 226-227 ;
MONTMAURIN (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, nouvelles recherches, t. LVIII, p. 287-288 ;
MONTPEZAT-DE-QUERCY (TARN-ET-GARONNE)
Tapisserie, rapport sur le mémoire d’Hélène Martin, La tenture de la vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, t. LVII, p. 216 ;
MONUMENTS HISTORIQUES
Articles critiques du Figaro, t. LVI, p. 323-324 ; Auterive, église Saint-Paul, le maître-autel : un problème de restauration, t. LV, p. 211-213, t. LVI, p. 320 ; Blagnac, église Saint-Pierre, observations faites à l’occasion des travaux en cours, t. LV, p. 235-238 ; Bonnefont (abbaye), déplacement de la façade de la salle capitulaire, t. LIV, p. 171 ; Cahors, cathédrale Saint-Étienne, restauration des portails nord et sud, t. LII, p. 171-173 ; Caussade, Tour d’Arlet, étude archéologique préalable à la restauration, t. LV, p. 217 , t. LVI, p. 325-326 ; étude archéologique menée pendant la restauration, t. LVIII, p. 258-260 ; félicitations décernées pour la restauration, t. LIX, p. 280-281 ; remise d’une médaille à la Ville pour la restauration, visite, t. LX, p. 222 ; COREPHAE, t. LVI, p. 300 ; Falaise (château de), polémique à propos de sa restauration, t. LVII, p. 226 ; Figeac, place Champollion, « restauration » malencontreuse de la façade d’une maison, t. LVII, p. 208-209 ; courrier adressé à la D.R.A.C., t. LVII, p. 211, p. 212 ; MoMus, présentation de la revue, t. LVI, p. 299-300, MoMus « apolitique » ?, p. 324-325 ; Monuments historiques, quel avenir ?, t. LV p. 234 ; secteurs sauvegardés, ils ne permettent pas de protéger le patrimoine, t. LII, p. 150 ; constructions neuves : l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France, t. LIX, p. 257-260 ; Tarbes, cathédrale, restaurations aux XIXe et XXe siècles, t. LVII, p. 211-212 ; Toulouse, cathédrale Saint-Étienne, état déplorable des stalles, t. LII, p. 156 ; les stalles se dégradent, t. LIV, p. 185 ; portes peintes en jaune, lettre du maire à l’A.B.F., t. LX, p. 232 ; restauration de l’archivolte du portail ouest, t. LXI, p. 225 ; Toulouse, collège de Périgord, refus d’instruire le dossier d’extension de la protection, t. LXI, p. 207 ; Toulouse, couvent des Cordeliers, travaux sur l’abside de l’ancienne église, t. LIX, p. 278-279 ; Toulouse, couleur imposée par l’architecte des Bâtiments de France, t. LIV, p. 156 ; Toulouse, Hôtel d’Assézat, restauration des façades, t. XLIX, p. 247 ; travaux, t. LIV, p. 162, p. 163-164, p. 170-171 ; Toulouse, Hôtel de Lagoutine, demande de classement jamais instruite, t. LV, p. 234 ; Toulouse, Hôtel Saint-Jean, projets de travaux, t. LVI, p. 306, inquiétude quant à l’étude de l’édifice, t. LVIII, p. 257 ; autour de la découverte des enfeus, t. LVIII, p. 266, p. 283-284 ; Toulouse, Hôtel du Vieux-Raisin, menacé par la circulation automobile, t. LVII, p. 230 ; Toulouse, manufacture des Tabacs, t. LIV, p. 184, p. 186, p. 187 ; Toulouse, monuments historiques, restauration de l’archivolte du portail de la cathédrale Saint-Étienne, sort des statuettes du portail de la Dalbade, porte de l’Hôtel de Rivière, t. LXI, p. 225 ; Toulouse, Musée Saint-Raymond, travaux de restauration, t. LVIII, p. 275-276 ; Toulouse, Ponts-Jumeaux, relief de Lucas martelé par un vandale, t. LV, p. 210 ; Toulouse, rue Saint-Rome, n° 30, disparition récente des voûtes médiévales d’une boutique, t. LIV, p. 159-162 ; voûte reconstruite, t. LX, p. 257 ; Toulouse, rue Croix-Baragnon, maison gothique, travaux en cours, t. LVIII, p. 262-263, p. 288 ; Toulouse, rempart romain, t. XLIX, p. 248, t. LIV, p. 181 ; présentation des vestiges dans le nouveau Théâtre de la cité, t. LIX, p. 251-252 ; Toulouse, Saint-Pierre-des-Chartreux, chapelle rongée par l’humidité, t. LV, p. 209-210 ; Toulouse, Saint-Sernin, controverse sur la restauration, t. L, p. 175 ; visite par la S.A.M.F., analyse et discussion à propos de la restauration, t. L, p. 176-178 ; compléments d’analyse et discussion sur la restauration, t. L, p. 158-159 ; décision d’un nouveau communiqué à la presse, t. L, p. 179 ; réunion sur la restauration, critique de la composition de la commission supérieure et de celle de la COREPHAE, t. L, p. 195 ; travaux de restauration, t. LVI, p. 295-296 ; restauration de la porte Miégeville, courrier adressé à l’inspecteur des M.H., t. LVII, p. 211 ;
MOULIN
Le moulin pastelier avait-il deux niveaux ?, t. LV, p. 208 ;
MURET (HAUTE-GARONNE)
Rudelle (château de), décor peint du galetas, t. LX, p. 238-241 ;
NARBONNAISE
Rapport sur le mémoire de Marie-Paule Viguier : La construction publique en Narbonnaise à travers l’épigraphie (de la fin du Ier siècle avant J.-C. au début du IIIe siècle après J.-C.), t. LII, p. 158-160.
NARBONNE
Palais-Vieux des archevêques, La chapelle de la Madeleine, t. LVIII, p. 271-274 ;
NATOIRE (Charles-Joseph)
Castres, église Saint-Pierre, Un cycle de tableaux de Charles-Joseph Natoire (Nîmes, 1700 – Castelgandolfo, 1777), t. LVII, p. 226-227 ;
NATTES (John Claude)
Pyrénées, Le voyage de John Claude Nattes (avril-août 1822), t. LV, p. 222-223 ;
NAY (HAUTES-PYRÉNÉES)
Albret (hôtel dit de la Reine Jeanne d’), t. LVII, p. 202-203 ;
NÉRAC (LOT-ET-GARONNE)
Musée Henri-IV, Deux vases grecs à figures rouges, t. LVIII, p. 267-270 ;
NÎMES
Cathédrale, Pierre Levesville et la reconstruction de la cathédrale de Nîmes, t. LVII, p. 229 ; Saint-Paul (église), t. LVIII, p. 282-283 ;
NOTRE-DAME D’ALET
Retables du chœur et des chapelles de l’église Notre-Dame d’Alet diocèse de Toulouse, t. LIV, p. 154 ;
PADER (Hilaire)
Dessin de, t. LVI, p. 283-285 ;
PARCELLAIRE URBAIN
Saint-Antonin-Noble-Val, rapport sur le mémoire de Cécile Gloriès, Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val au Moyen Âge et à l’époque moderne, t. LVII, p. 214-216 ;
PAU
Château, rapport sur le mémoire de Véronique Carreras, Recherches sur la chapelle du Château de Pau au XIXe siècle, t. LV, p. 226 ;
PERPIGNAN
Manuscrit, rapport sur le mémoire de Sophie Besa, Le Missel 119 de la Bibliothèque de Perpignan, t. LV, p. 226-227 ;
PEINTURES MURALES
Antist (Hautes-Pyrénées), peintures murales, t. LVI, p. 329 ; nouvelle découverte de peintures murales, t. LX, p. 295-298 ; Cahors, cathédrale Saint-Étienne, découverte de peintures sur le tympan gothique, t. LX, p. 283 ; Pyrénées centrales, l’arbre de Jessé dà la fin du Moyen Âge, t. LX, p. 258 ; Rodez, rapport sur le mémoire de Nicole Fayel, t. L, p. 187-188 ; Saint-Sulpice-sur-Lèze, état des lieux, t. LX, p. 274-279 ; Toulouse, Notre-Dame-du-Taur, restauration des peintures murales, t. LXI, p. 241-244 ;
PIBRAC (HAUTE-GARONNE)
Château, Ovide dans le « cabinet de quatrains »…, t. LVI, p. 303-306 ;
PIQUE (VALLÉE DE LA)
Rapport sur le mémoire de Sébastien Saunière sur La vallée de la Pique à l’époque gallo-romaine, t. LIV, p. 173-174 ;
POMPÉI
Photographies des années 1880, p. 240 ;
PUYLAROQUE (TARN-ET-GARONNE)
Bigaroque et la croisade contre les Albigeois, t. LVII, p. 227-228 ;
PYRÉNÉES
Archéologie, Archéologie des Petites Pyrénées…, t. LXI , p. 209-210 ; Rapport sur le mémoire de Laurent Troisplis, Le Haut-Salat et le Castillonnais oriental de l’Âge du Fer à l’Antiquité tardive, t. LVI, p. 310-311 ; Voyage, Le voyage de John Claude Nattes (avril-août 1822), t. LV, p. 222-223 ;
RABASTENS (TARN)
Notre-Dame du Bourg, chapelle d’axe du chœur et retable d’albâtre du XVe siècle , t. LII, p. 151.
RANCY (Jean)
Dupuy (place), statue placée au sommet de la colonne, t. LV, p. 242-243 ; « Dame Tholose », sa restauration est en bonne voie, t. LX, p. 214 ;
RIMONT (ARIÈGE)
Combelongue (abbaye), projet de construction sur l’emplacement du cloître, t. LVIII, p. 283, p. 286 ;
RIOM
Caisse d’Épargne ( n° 9 rue de la), découverte d’une charpente peinte médiévale, t. LVII, p. 209-211 ;
RIVALZ (Antoine)
Thèse sur le peintre soutenue récemment, t. LX, p. 283-284 ;
RIVALZ (Jean-Pierre)
Toulouse, Un projet de façade inédit pour le Capitole de Toulouse au XVIIe siècle, t. LVII, p. 216-217 ;
RODEZ (AVEYRON)
Maisons médiévales, rapport sur le mémoire d’Aurélie Fabre, t. LX, p. 266-267 ; Musée Fenaille, péplophore, t. LIX, p. 302-303 ; Parmentier (affaire du), t. LVII, p. 206-208 ; peintures murales, rapport sur le mémoire de Nicole Fayel, t. L, p. 187-188 ;
ROME
Photographies des années 1880, p. 240-241 ;
ROUERGUE
Bas-Empire romain et époque mérovingienne, rapport sur le mémoire d’Anne-Claire Delpuech, t. L, p. 186-187 ;
SAINT-BERTRAND-DE-COMMINGES (HAUTE-GARONNE)
Cathédrale, chasuble en cuir du XVIIIe siècle, t. LVII, p. 229-230 ; Musée, échange de publications et archives du site, t. LVIII, p. 258 ;
SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL (TARN-ET-GARONNE)
Rapport sur le mémoire de Cécile Gloriès, Un exemple d’analyse de parcellaire urbain : l’îlot de l’ancien hôtel de ville de Saint-Antonin-Noble-Val au Moyen Âge et à l’époque moderne, t. LVII, p. 214-216 ;
SAINT-ÉLIX (HAUTE-GARONNE)
Château, t. LV, p. 214-215 ;
SAINT-LAURENT-LES-TOURS (LOT)
Maisons médiévales (deux), t. LX, p. 273-274 ;
SAINT-MICHEL-DE-LANÈS (AUDE)
Les Rivals, bâtiment rural médiéval, t. LX, p. 308-311.
SAINT-RUSTICE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, L’architecture de la salle à absides, t. LVII, p. 213-214 ;
SAINT-SULPICE-SUR-LÈZE (HAUTE-GARONNE)
Église, peintures murales, état des lieux, t. LX, p. 274-279 ;
S.A.M.F.
Commission des fouilles archéologiques de Chiragan, t. LIX, p. 274-275 ; Prix du professeur Michel Labrousse, création du prix, t. L, p. 181 ; Rapport moral, 1989, t. XLIX, p. 250-252 ; rapport moral, 1990, t. L, p. 190-194 ; rapport moral, 1992, t. LII, p. 163-166 ; rapport moral, 1996, t. LVI, p. 312-316 ; élections et projets, t. LVIII, p. 265 ; rapport moral, 1998, t. LVIII, p. 279-280 ; rapport moral, 1999, t. LX, p. 235-236 ; site internet, t. LX, p. 220 ;
SAUVETERRE-DE-ROUERGUE
Collégiale, le clocher, t. LX, p. 214-215 ;
SAVANAC (LOT)
Borie de Savanac, t. LII, p. 149.
SÉVIAC (GERS)
Villa romaine, décor marmoréen, t. LX, p. 295 ;
SMETS
Rapport sur le mémoire de M. Rémi Urtado, Les Smets, peintres au XVIIIe siècle, t. LVIII, p. 277-278 ;
SOLIER
Solarium, que faut-il entendre par ce mot, t. LX, p. 284-288 ;
SOUFFRON (Pierre)
Son œuvre au Pont Neuf à Toulouse, t. LX, p. 288 ;
TAPISSERIE
Montpezat-de-Quercy, rapport sur le mémoire d’Hélène Martin, La tenture de la vie de saint Martin de l’ancienne collégiale de Montpezat-de-Quercy, t. LVII, p. 216 ; Toulouse, Le commerce de la tapisserie à Toulouse à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), t. LV, p. 233-234 ; Toulouse, cathédrale Saint-Étienne, Une suite des Actes des apôtres de Raphaël oubliée, t. LVI, p. 325 ; Urtubie (Pyrénées-Atlantiques), La tenture de l’Histoire de David au château d’Urtubie, t. LVIII, p. 258 ;
TARBES (HAUTES-PYRÉNÉES)
Cathédrale, restaurations aux XIXe et XXe siècles, t. LVII, p. 211-212 ;
TARN (département)
Archéologie, rapport sur le mémoire de F. Millet, nécropoles et sépultures isolées de l’Antiquité tardive, t. LIX, p. 275 ;
TOULOUSE
Annales de Toulouse, Le feuillet « américain »… (1371-1372), t. LXI, p. 210-211 ; Architectes du XVIIIe siècle, t. LIX, p. 268-269 ; architecture civile de la Renaissance, t. LXI, p. 263-264 ; Assézat (Hôtel d’), restauration des façades, t. XLIX, p. 247 ; fouilles archéologiques, t. LVI, p. 295 ; fouilles de l’extension de la Fondation Bemberg, p. 266-269 ; Bagis (Hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 168 ; Balcon (maison au), prestige et sociabilité au XVIIe siècle, t. LXI, p. 227-228 ; Baronie (rue), n° 12, maison, t. LVI, p. 329-331 ; Bazacle (rempart du), le rempart au XVIe siècle, t. LVI, p. 307-308 ; Bemberg (Fondation), projet d’installation dans l’Hôtel d’Assézat, t. L, p. 195 ; installation dans l’Hôtel d’Assézat, t. LII, p. 137, p. 139 ; Bourbon (place), fontaine monumentale en 1815, t. LIX, p. 299-300 ; Capitole, hôtel de Ville, La « Vis de Toulouze » revisitée, t. LII, p. 166-167 ; Un projet de façade inédit pour le Capitole de Toulouse au XVIIe siècle, t. LVII, p. 216-217 ; fouilles du « donjon », t. LVIII, p. 266 ; Capitole (place du), croix du Languedoc, t. LV, p. 234 ; caserne Niel et prison Saint-Michel, leur sort, t. LX, p. 221 ; Carrion dit de Spinola (Hôtel), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; caserne Niel, fouilles de Léon Joulin, t. LII, p. 168 ; cathédrale : voir Saint-Étienne (cathédrale) ; Château narbonnais (origines du), t. LVII, p. 232 ; Collège de Foix, t. LIV, p. 156-159 ; Collège de Moissac, t. LX, p. 260 ; Collège de Périgord, Le grand degré (1367), t. LX, p. 236-238 ; refus d’instruire le dossier d’extension de la protection M.H., t. LXI, p. 207 ; Cordeliers (couvent des), sacristie à l’abandon, t. LV, p. 214 ; travaux sur l’abside de l’ancienne église, t. LIX, p. 278-279 ; Croix-Baragnon (rue), maison gothique, travaux en cours, t. LVIII, p. 262-263 ; étude archéologique, t. LXI, p. 236-240 ; Dalbade (église de la), sort des statuettes du portail, t. LVI, p. 299, p. 326 ; elles ne sont toujours pas remises en place, t. LXI, p. 225 ; Daurade (monastère de la), La tour des latrines, t. LIV, p. 190-195 ; informations sur les travaux projetés, t. LVI, p. 318, p. 319 ; description de Toulouse par Léon Godefroy (1638), t. LVII, p. 232 ; destruction des vestiges archéologiques, t. XLIX, p. 251-252 ; Desplats-Palaminy (Hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; Diocèse, La redécouverte de l’art roman et l’architecture néo-romane dans le diocèse de Toulouse au XIXe siècle, t. LV, p. 228 ; Drouet (sculpteur), Un sculpteur toulousain disciple du Bernin : Gervais Drouet, l’auteur du retable du chœur de la cathédrale Saint-Étienne, t. LV, p. 240-242 ; Dupuy (place), statue placée au sommet de la colonne, t. LV, p. 242-243, t. LVI, p. 281, Dame Tholose, t. LIX, p. 298-299 ; « Dame Tholose », sa restauration est en bonne voie, t. LX, p. 214 ; Empalot, puits funéraires (IIe-Ier siècles avant J.-C.), t. LV, p. 208-209 ; Épigraphie, Notices du Marquis de Castellane sur une épitaphe paléochrétienne et une inscription médiévale, t. LX, p. 268-273 ; Évêques IIIe-XIVe siècles, t. LIX, p. 261-262 Mamertin, évêque en 314, t. LX, p. 228-231 ; Alphonse et Pierre, fils de Foulque de Marseille, évêque de Toulouse de 1205 à 1231, t. LX, p. 233-235 ; Exupère (saint), et la tradition hagiographique toulousaine, t. LVIII, p. 284 ; Faculté de Droit, Histoire des bâtiments, t. LII, p. 143-145 ; faïence, l’atelier de Théophile Collondre, t. L, p. 183 ; Filatiers (n° 42 rue des), rapport sur le mémoire d’Élisabeth Chauvin, L’évolution de la rue des Filatiers, t. LIV, p. 175 ; Filatiers (n° 42 rue des), découverte d’un plafond peint de la fin du XVIIIe siècle, t. LV, p. 214 ; Filles de la croix de Saint-André (maison des), démolition, t. LXI, p. 218-219 ; Garonne, topographie antique de la -, t. LXI, p. 208 ; projet de passarelle le long de l’Hôtel-Dieu, t. LXI, p. 264-265 ; Gendarmerie, construite sur les plans de Thillet, t. LV, p. 223 ; graveur, L’œuvre du graveur toulousain Michel Beaujean pour la Confrérie du Rosaire, au XVIIe siècle, t. LVII, p. 200-201 ; Halle de la Pierre, acquisition de l’emplacement en 1203, t. LIV, p. 163 ; Institut catholique, histoire d’une fonderie de canons, t. XLIX, p. 253 ; Jacobins (couvent des), Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Le sort des Jacobins de Toulouse négocié entre la Ville et les Dominicains (1869-1870), t. LV, p. 213-214 ; chapelles funéraires du XVIe siècle, t. LXI, p. 234 ; Jésus (église du), t. LX, p. 212-213 ; Larrey (ancien hôpital), visite du chantier de fouilles, t. XLIX, p. 245-246, vœu pour la conservation du rempart romain, p. 246, destruction des vestiges découverts, p. 250-251 ; Maison de la Charité, effondrement d’une aile, t. LIV, p. 163 ; Mage (rue), vestiges d’habitats des Ier et IIe siècles, t. LVI, p. 287-289 ; Maleprade (hôtel de), cheminée en stuc, t. LIV, p. 166-168 ; monuments historiques, restauration de l’archivolte du portail de la cathédrale Saint-Étienne, sort des statuettes du portail de la Dalbade, porte de l’Hôtel de Rivière, t. LXI, p. 225 ; Musée des Augustins, exposition L’âge d’or de la sculpture : artistes toulousains du XVIIe siècle, t. LVII, p. 203-204 ; Musée de l’Institut catholique, visite, t. LXI, p. 225 ; Musée Paul-Dupuy, Une image de la confrérie du Rosaire, t. LVI, p. 307 ; exposition Soieries en sacristie. Fastes liturgiques, XVIIe–XVIIIe, t. LIX, p. 253-254 ; Musée Saint-Raymond, Antiquaires et collectionneurs d’antiquités à Toulouse au XVIIIe siècle, t. L, p. 181 ; centenaire, t. LII, p. 167-168 ; exposition Le regard de Rome, t. LVI, p. 290-292 ; la collection des portraits romains, t. LVI, p. 311-312 ; fouilles archéologiques, t. LVII, p. 205 ; travaux de restauration, t. LVIII, p. 275-276 ; visite du musée rénové, t. LX, p. 222-226 ; exposition Les arts du métal, t. LX, p. 299-300 ; exposition Toulouse, 1000 ans de monnaies, t. LXI, p. 222-223 ; Museum d’histoire naturelle, projet de réaménagement, t. LVIII, p. 264 ; Notre Dame de Grâce, et un dessin conservé à Stockholm, t. LXI, p. 244-248 ; Notre-Dame-du-Taur, restauration des peintures murales, t. LXI, p. 241-244 ; Nupces (hôtel de), t. LVII, p. 198-199 ; Palais de Justice, Découverte d’un plafond peint médiéval, t. LIX, p. 255-256 ; Pénitents blancs (quartier des), Céramique des XVIe et XVIIe siècles, t. LIX, p. 252 ; Pont neuf, Jacques Lemercier et l’achèvement du -, t. LXI, p. 257 ; Pont de Tounis (restauration du), t. LVII, p. 226 ; prison Saint-Michel et caserne Niel, leur sort, t. LX, p. 221 ; Projet d’Agglomération, t. LVI, p. 302-303 ; protohistoire à Ancely, t. L, p. 185 ; Puivert (Hôtel de), t. LVIII, p. 286-287 ; quartiers suburbains : programme d’inventaire, t. LII, p. 149 ; Récollets (quartier des), Céramique du XIVe siècle, t. LVII, p. 197-198 ; rempart romain, site de l’ancien hôpital Larrey, il n’a pas été mis en valeur, t. L, p. 194, 10 rue Saint-Anne, t. LII, p. 174-176 ; t. LIV, p. 181, site du futur théâtre rue Labéda, t. LV, p. 233 ; courtine détruite, t. LVI, p. 327-328 ; vestiges du rempart romain dans le nouveau Théâtre de la cité, t. LIX, p. 251-252 ; une tour menacée, t. LXI, p. 216, p. 217 ; le chantier de la rue Sainte-Anne, t. LXI, p. 228-230 ; Rémusat (rue de), travaux sur une maison à pan-de-bois à l’entrée de la rue, t. LX, p. 218 ; Rivière (hôtel de), porte en provenant remontée à la préfecture, t. LXI, p. 225 ; Saint-Étienne (cathédrale), les bâtiments canoniaux, t. XLIX, p. 250 ; chronique de Bernard du Rosier (v. 1400-1475), t. XLIX, p. 253-255 ; les stalles, t. LII, p. 155-156 ; la cathédrale romane, t. LIV, p. 170 ; projets de 1913 par Louzier, t. LVI, p. 320-323 ; Une suite des Actes des apôtres de Raphaël oubliée, t. LVI, p. 325 ; La vieille nef et ses origines, t. LIX, p. 301-302, p. 302 ; portes peintes en jaune, lettre du maire à l’A.B.F., t. LX, p. 232 ; la façade occidentale, t. LX, p. 300-301 ; construction au XIIIe siècle, t. LX, p. 301-305 ; restauration de l’archivolte du portail ouest, t. LXI, p. 225 ; Saint-Jean de Malte (prieuré), Le vestibule de l’hôtel de Malte (1668) et sa signification, t. LII, p. 140-141 ; clef de voûte pouvant en provenir, t. LIX, p. 296 ; Saint-Michel (grande rue), La céramique du XVIIe siècle…, t. LXI, p. 214 ; Saint-Michel du Touch, Fours de potiers, au Ier siècle avant J.-C., t. LVI, p. 281-282 ; Saint-Jérôme (rue), céramiques du XVIIe s., t. LX, p. 217 ; Saint-Pierre-des-Chartreux (église), chapelle rongée par l’humidité, t. LV, p. 209-210 ; rapport sur le mémoire de Stéphanie Trouvé, La décoration du sanctuaire de l’église des Chartreux de Toulouse aux XVIIe et XVIIIe siècles, t. LVI, p. 308 ; nouvelles découvertes, t. LX, p. 298-299 ; Saint-Pierre-des-Cuisines, dernières fouilles, t. LVI, p. 325 ; visite du chantier, t. LVI, p. 326 ; Saint-Quentin (église), siège de la confrérie des imprimeurs et libraires, t. LVI, p. 319 ; Saint-Roch (quartier), Puits et fosses funéraires de des IIe et Ier siècles avant J.-C., t. LIV, p. 152 ; Saint-Rome (n° 30 rue), disparition récente des voûtes médiévales d’une boutique, t. LIV, p. 159-162 ; Saint-Sernin (cartulaire), Toulouse et du Midi toulousain de la fin du XIe siècle à la fin du XIIe siècle, t. LIV, p. 186 ; les renseignements archéologiques qu’il apporte, t. LVIII, p. 262 ; Saint-Sernin (chronique), La prétendue » Chronique de Saint-Sernin de Toulouse « , t. LV, p. 219-221 ; Saint-Sernin (église), controverse sur la restauration, t. L, p. 175 ; visite par la S.A.M.F., analyse et discussion à propos de la restauration, t. L, p. 176-178 ; compléments d’analyse et discussion sur la restauration, t. L, p. 158-159 ; décision d’un nouveau communiqué à la presse, t. L, p. 179 ; réunion sur la restauration, critique de la composition de la commission supérieure et de celle de la COREPHAE, t. L, p. 195 ; L’œuvre de Saint-Sernin au XVIe siècle, t. L, p. 180-181 ; plaque restaurée d’une gravure des Corps saints, t. LII, p. 138 ; chapelle Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles, t. LV, p. 223-224 ; clocher, t. LV, p. 215-217 ; travaux de restauration, t. LVI, p. 295-296 ; Imagerie et propagande imprimée, t. LVI, p. 327 ; rapport sur la thèse de Mme Valérie Yvonnet-Nouviale, La sculpture monumentale romane de Saint-Sernin et sa zone d’influence au nord des Pyrénées, t. LVIII, p. 276-277 ; Les données historiques relatives à la reconstruction (fin XIe -déb. XIIe siècle), t. LVIII, p. 278 ; comptes du XVIIIe siècle concernant la réalisation du baldaquin, t. LVIII, p. 287 ; À propos de quelques chapiteaux romans de Saint-Caprais d’Agen : influences croisées de Toulouse et de Moissac, t. LIX, p. 251 ; restauration de la carte du ciel, t. LX, p. 253-254 ; un nouveau plan de la basilique, t. LXI, p. 269-272 ; Saint-Sernin (paroisse), Promenade toponymique dans la paroisse de Saint-Sernin de Toulouse, au XIIe siècle, t. LV, p. 232 ; Saint-Sernin (n° 7 place), maison dont les murs contiennent des éléments provenant de Saint-Sernin, t. LVII, p. 201-202 ; Saturnin (évêque), Lieux de culte du IVe au VIe siècle, t. LIV, p. 172-173 ; De saint Saturnin à Saint-Sernin, t. LXI, p. 248-256 ; Autour du corps de l’évêque Saturnin… : nouvelles considérations, t. LXI, p. 257-262 ; Secteur sauvegardé, il n’a pas été adopté, t. LVI, p. 300 ; constructions neuves : l’arbitraire de l’architecte des Bâtiments de France, t. LIX, p. 257-260 ; sculpture, dans la première moitié du XVIIIe siècle, t. LXI, p. 217-219 ; statue de Cujas, place du Salin, t. LV, p. 215 ; tapisserie, Le commerce de la tapisserie à Toulouse à l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècle), t. LV, p. 233-234 ; Taur (n° 69 rue du), travaux en cours, bâtiment de l’ancien collège de l’Esquile, t. LV, p. 210 ; vestiges d’une construction médiévale, t. LVII, p. 201 ; Tectosages (lacs sacrés des), ont-ils jamais existé ?, t. LXI, p. 234-236 ; tremblements de terre, Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne, t. LII, p. 153-154 ; Ulmo (famille de), sur l’ancienneté de la famille à Toulouse, t. LX, p. 249-252 ; urbaine (histoire), rapport sur la thèse de Pamela Marquez, Recentering the City : Urban Planning in Medieval Toulouse in the early Thirteenth Century, t. LX, p. 262-264 ; ville (Le projet de), 1993, t. LIV, p. 180-182 ;
TREMBLEMENTS DE TERRE
Le couvent des Jacobins victime du tremblement de terre de 1427, t. LII, p. 152-153 ; Note sur les tremblements de terre ressentis à Toulouse à l’époque moderne, t. LII, p. 153-154.
TUNISIE
Dougga, El Jem, photographies des années 1880, p. 240-241 ;
URTUBIE (PYRÉNÉES-ATLANTIQUES)
Château, La tenture de l’Histoire de David, t. LVIII, p. 258 ;
VALENTINE (HAUTE-GARONNE)
Villa romaine, découverte d’un relief de Bacchus en marbre, t. LXI, p. 220-222 ;
VIEILLE-TOULOUSE
Découvertes récentes, t. LXI, p. 215-216 ;
VIELMUR (TARN)
Église, restauration d’un cadre, t. LX, p. 279-282 ;
VILLENEUVE-D’AVEYRON
Maisons médiévales, t. LX, p. 216-217 ;
VINDRAC (TARN)
Site, exemplaire photocopié du travail de l’abbé Bessou offert à la S.A.M.F., t. LVI, p. 301.
VIREBENT
Terres cuites de, t. LVI, p. 283 ;
VOLVESTRE
Cloches du, t. L, p. 175 ;




















































































































VASE DE SOPRON-ÖDENBURG. D’après Frey.





















































