Année académique 2015-2016
Séance du 7 juin 2016
Communication de Christian DARLES, avec la collaboration de Michel VIDAL
La restitution architecturale de la porte nord de l’enceinte antique de Toulouse
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La destruction sauvage des vestiges en élévation de la porte nord de l’enceinte de Tolosa, à l’emplacement de la place du Capitole, a néanmoins autorisé dans l’urgence une série de relevés et de notes par Michel Vidal et quelques bénévoles. La reprise de ces archives et de leur étude architecturale a été effectuée en parallèle à une réflexion sur les modèles encore conservés à Autun, Nîmes ou Aoste. En complément des dernières découvertes concernant le couronnement de l’enceinte antique de Toulouse, cette tentative de restitution scientifique permet aussi une reconstitution hypothétique qui rend à ce monument toute son importance historique.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Boudartchouk, Garland, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Heng, Leduc, Queixalós, MM. Darles, Molet, Sournia, membres correspondants.
Excusés : MM. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Benquet, MM. Augé, Balty, Penent, Garrigou Grandchamp.
Invités : M. Jean-Marie Pailler, professeur à l’Université Toulouse II – Jean Jaurès, Mme Jeanne Péligry.
Le Président ouvre la séance en souhaitant la bienvenue à Ingrid Leduc, tout récemment élue membre correspondant et qui prend séance ce soir.
Puis il a la tristesse de nous annoncer le décès de Denis Milhau, dont les obsèques auront lieu ce 9 juin à Belbéraud. Quitterie Cazes et lui-même y représenteront notre Société.
Denis Milhau (Jouars, 1933- Balaruc-les-Bains, 2016)
Denis Milhau, conservateur en chef honoraire du Patrimoine, membre titulaire de notre Société, avant d’en devenir membre libre lorsqu’il s’installa à Sète, est décédé après une longue période de maladie, le premier juin dernier.
Né en 1933 en Île-de-France, mais avec des attaches familiales à Sète et Toulouse, Denis Milhau a fait toutes ses études à Paris, notamment à l’École du Louvre, avant de devenir conservateur de musée. Après avoir travaillé au service éducatif du musée du Louvre, car la transmission des savoirs l’intéressait particulièrement, et des recherches sur la sculpture de Germaine Richier, il fut nommé en 1963 conservateur du musée des Augustins, à la suite de notre ancien confrère Paul Mesplé.
Il héritait d’un poste extrêmement difficile à assumer, étant donné l’état désastreux dans lequel se trouvait ce musée. L’humidité, aggravée par la pollution urbaine grandissante, rongeait depuis la fin du XIXe siècle ses extraordinaires collections de sculptures, des gouttières affectaient les toits et verrières, notamment à l’est, où se trouvait une réserve de peintures. Ces dernières en souffrirent évidemment beaucoup. Il eut donc à faire face à une situation peu commune pour un grand musée de France.
Denis Milhau était passionné d’art moderne et contemporain, et voulut développer à la fois les collections du musée et les expositions temporaires dans ce domaine, en préfiguration du futur musée d’art contemporain, qui, à ses yeux, manquait à Toulouse. Deux coups de maître furent les deux expositions « Picasso et le théâtre » et « Chagall et le théâtre », qu’il organisa en 1965 et 1967, grâce à l’aide de ces deux artistes et dans le cadre du festival Messidor. Les organisateurs de ce dernier, autour de son fondateur, Jean Gibert, souhaitaient donner à Toulouse une manifestation de haut niveau culturel, centrée sur la musique, mais aussi le théâtre et les arts plastiques.
Signalons, quelques années plus tard, en 1971, le dialogue assez étonnant de Denis Milhau avec le professeur Marcel Durliat dans le catalogue de l’exposition « Les grandes étapes de la sculpture romane toulousaine. Des monuments aux collections ». Il s’y était fortement engagé, à la recherche, personnelle et originale, des ressorts et effets de la création de ces sculpteurs. Avec la complicité de son ami architecte Pierre Debeaux, il devait donner en 1980 une nouvelle présentation, appréciée par les uns, décriée par les autres, de cette extraordinaire collection. On regrettera son démembrement et la destruction, finalement assez obscurantiste, des supports de Pierre Debeaux, la présentation actuelle étant loin de remplacer cette muséographie.
Pour aboutir à cela, Denis Milhau dut mener auparavant un combat en faveur de la rénovation complète du musée, qu’il gagna en obtenant des autorités de la Ville et de l’État une réflexion et un projet, développés de 1963 à 1976, puis, de 1976 à 1981, une réalisation presque complète. Malheureusement, vers la fin, furent abandonnées, pour des raisons budgétaires et autres, plusieurs choses pourtant essentielles pour la vie normale d’un tel établissement : la reconstruction de l’aile sud, celle des réserves, celle de l’auditorium et la climatisation. Malgré cela, deux inaugurations, en 1980 et 1981, rendirent au public la totalité des espaces existants aux Augustins, restaurés et réaménagés, notamment celui de l’église, en travaux depuis les années 1950.
Les architectes en chef des Monuments Historiques Sylvain Stym-Popper et Yves Boiret surent établir avec Denis Milhau une étroite collaboration, pour la réussite de cette grande opération. Avec Yves Boiret et Xavier Darasse, Denis Milhau joua un rôle capital pour que soit installé dans l’église des Augustins un orgue de type allemand, construit par le facteur d’orgue Jûrgen Ahrend et peint par Pierre Bellin. Il y a quelques jours, l’éminent organiste titulaire de Saint-Sernin et professeur des classes d’orgue des conservatoires de Toulouse et Paris Michel Bouvard a donné sur cet instrument un émouvant concert en hommage à Denis Milhau.
Mélomane, cinéphile, grand lecteur d’histoire de l’art, mais aussi d’histoire, de littérature, de sociologie et de philosophie, infatigable visiteur de musées, expositions et monuments, un peu partout, avec une phase italienne intense dans les années 1980, en relation avec de nombreux artistes vivants, Denis Milhau était un homme de contact. Au musée, il recevait chaleureusement et longuement tous ceux qui le souhaitaient, individus ou groupes, leur présentant lui-même, toujours avec enthousiasme, collections et expositions. Il jugeait cela essentiel pour un conservateur de musée et que celui-ci ne devait pas s’isoler dans ses recherches, ses travaux, dans un milieu refermé sur lui-même. Pour lui, le musée devait être pleinement intégré à l’ensemble de la vie sociale et ouvert sur le monde. De nombreux historiens de l’art étrangers trouvaient ainsi d’excellentes conditions de travail aux Augustins. C’est évidemment ce qui sous-tendait aussi son goût pour l’enseignement, au lycée Déodat-de-Séverac, à l’École du Louvre, à l’université du Mirail, et les nombreuses conférences qu’il donnait généreusement.
Il n’en a pas moins écrit, dans les catalogues des Augustins ou d’autres musées, les Actes des nombreux colloques auxquels il participa. Il conviendra d’établir sa bibliographie, qui montrera l’étendue de sa curiosité. Il avait eu le plaisir, en 2012, de publier un ouvrage intitulé « Du réalisme. A propos de Courbet, Baudelaire, Cézanne, Kandinsky, Apollinaire, Picasso », où se lit toute la profondeur de sa réflexion sur les mécanismes et mystères de la création artistique. Il préparait aussi un ouvrage sur la sculpture de Picasso, dont il faut espérer, même s’il est resté inachevé, la publication posthume, car il avait bien connu ce maître auquel il vouait une immense admiration.
Voilà quelques aspects d’une vie, choisis dans la précipitation de cette triste nouvelle, dont je devais vous faire part. Leur sélection ne saurait rendre compte des multiples facettes de l’action et de la personnalité de Denis Milhau, que d’autres, nombreux, qui furent ses élèves, collaborateurs, admirateurs, amis, pourraient développer.
Pour nous, Denis Milhau était un confrère. Il a compté pour Toulouse. Je vous propose de lui rendre un dernier hommage, en nous levant et respectant une minute de silence.
Daniel Cazes
Le Président donne la parole à Christian Darles, pour une communication préparée avec la collaboration de Michel Vidal, qui n’a pu se joindre à nous ce soir, consacrée à La restitution architecturale de la porte nord de l’enceinte antique de Toulouse .
Le Président remercie Christian Darles pour cette communication qui lui rappelle les conditions désastreuses de la mise au jour des vestiges de cette porte lors de la construction du parking de la place du Capitole. Ses dispositions ont donné lieu à des débats et la restitution graphique qu’en propose notre confrère a l’intérêt de mettre en évidence les hypothèses tout en précisant bien des points. Maurice Scellès insiste sur l’importance de ce type de restitutions, qui donnent à voir à des non spécialistes, ce qui n’est pas négligeable, mais imposent aussi aux chercheurs une très grande rigueur. La discussion aborde ensuite les parties hautes de la porte et le couronnement des courtines.
Après avoir fait le point sur le dossier du « Grand Saint-Sernin », le Président prononce la clôture de l’année académique 2015-2017, et invite la Compagnie à partager le verre de l’amitié.
Séance du 17 mai 2016
Communication d’Emmanuel GARLAND
Les églises romanes du Pays Toy (avec un essai de chronologie comparée)
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L’ancienne vallée de Barèges (Hautes-Pyrénées, canton de Luz-Saint-Sauveur), aujourd’hui communément appelée Pays toy, présente une densité remarquable d’églises d’origine médiévale présentant des caractères romans affirmés, que ce soit au niveau de l’art de bâtir et d’élever ces édifices ou de leur décor sculpté. Pour autant leur attribution à l’époque romane (XIe –XIIe siècle) est questionnable car nombre de ces caractères semblent plutôt archaïsants que réellement romans. Nous appuyant sur un examen rapproché des églises incriminées et de leur décor sculpté, ainsi que sur les très rares repères chronologiques fiables, nous avons tenté de définir ce qui fait la spécificité de l’art roman dans cette vallée particulièrement isolée et de proposer une chronologie comparée de la construction des édifices dont la plupart ne semblent pas antérieurs au dernier quart du XIIe siècle ou au XIIIe siècle. Cela laisse ouverte la question de la situation locale aux siècles précédents.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Testard, membres titulaires ; Mmes Munoz, Queixalós, MM. Debuiche, Penent, Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mme Fournié, MM. Boudartchouk, Surmonne, Tollon.
Le Président ouvre la séance et annonce le don par Maurice Scellès de l’ouvrage Léo Drouyn dans le Midi languedocien, coll. Léo Drouyn. Les albums de dessins, dirigée par Bernard Larrieu et Jean-François Duclot, vol. 21, Les Éditions de l’Entre-deux-Mers – CLEM / AHB, 2016, 247 p. Pierre Garrigou Grandchamp, qui a assuré la direction scientifique du volume, rappelle que Bernard Larrieu poursuit ainsi un travail engagé depuis plus de trente ans, fruit de recherches considérables pour publier plusieurs milliers de dessins. Ce 21e volume, qui rassemble des dessins de Leo Drouyn et de son fils Léon, est consacré au Languedoc, étendu à la Provence rhodanienne et à la Basse-Auvergne pour des raisons éditoriales. Trois autres volumes sont en préparation.
Daniel Cazes félicite tous les auteurs, et plus encore l’éditeur pour tout le travail déjà accompli.
Le Président rend compte de la correspondance.
La Secrétaire de l’Union des Académies nous transmet un courriel de M. Marc Ancely, qui est à la recherche des bulletins de la Société photographique de Toulouse, dont son ancêtre Georges Ancely était membre. Sophie Cassagnes-Brouquet propose d’interroger à ce sujet François Bordes.
M. Jean Courtade, ancien maire de Martres-Tolosane, avec lequel Daniel Cazes est resté en contact, s’intéresse toujours à la mise en valeur du site de Chiragan, auquel il demeure très attaché. Le Président rappelle que les 16 hectares du site sont aujourd’hui partagés entre quatre propriétaires, dont la Société Archéologique du Midi de la France, grâce à la persévérance de nos prédécesseurs qui ont acheté les terrains, parcelle après parcelle, pendant des décennies. Jean Courtade se propose de s’entretenir du projet avec la Présidente de la Région Languedoc-Roussillon – Midi-Pyrénées, Carole Delga, pensant que c’est peut-être à ce niveau-là qu’il faut intervenir pour relancer l’idée d’une mise en valeur du site majeur qu’est celui de cette villa impériale. Il a donc demandé à Daniel Cazes si notre Société serait disposée à s’associer au projet, et de bien vouloir rédiger une note de présentation, ce qu’il a fait.
Pour Maurice Scellès, c’est en effet le moment opportun : l’ancienne Région Languedoc-Roussillon avait dans le domaine de l’archéologie et des musées une politique très active, ce qui n’était pas le cas de Midi-Pyrénées, et la nouvelle Région devra donc redéfinir sa politique en la matière.
Notre consœur Virginie Czerniak et Charlotte Riou, conservatrice au Musée des Augustins, nous saisissent d’un projet de colloque : « Toulouse au XIVe siècle : art et archéologie », qui se tiendrait les 9 et 10 novembre 2017, précédant de peu une grande exposition en partenariat entre le Musée de Cluny et le musée de Cologne. Outre la participation de plusieurs de nos membres, elles souhaiteraient que notre Société soit associée à cette manifestation, par la mise à disposition de la salle Clémence-Isaure et une aide à l’accueil des participants.
C’est également Judicaël Petrowiste, maître de conférences à l’Université Paris VII-Denis Diderot, qui souhaiterait pouvoir faire bénéficier le colloque sur le pastel languedocien de la salle Clémence-Isaure, en décembre prochain. Louis Peyrusse précise que l’évènement est prévu en même temps que la sortie d’un livre sur le pastel à Toulouse.
Les deux demandes sont acceptées.
La correspondance comprend encore le programme du 52e colloque de Fanjeaux, des 4-7 juillet 2016, communiqué par Michelle Fournié, et diverses invitations.
L’ordre du jour appelle l’élection de deux membres titulaires et de deux membres correspondants.
Sur proposition du Bureau, Geneviève Bessis et Émilie Nadal sont élues membres titulaires.
La Compagnie entend le rapport de Jean-Luc Boudartchouk sur la candidature de Mme Laurence Benquet, puis celui de Jean Penent sur celle de Mme Ingrid Leduc.
Il est procédé au scrutin ; les deux candidates sont élues membres correspondants de notre Société.
La parole est à Emmanuel Garland pour la communication du jour, intitulée Les églises romanes du Pays Toy (avec un essai de chronologie comparée) .
Le Président remercie notre confrère pour cette communication très complète qui, après la présentation des églises du Val d’Aran, s’inscrit dans une logique d’exploration des régions pyrénéenes. Après avoir remarqué que, dans cet ensemble clos du Haut-Lavedan, les relations multiples entre les édifices justifient pleinement une démarche comparative, Daniel Cazes fait appel aux questions de la Compagnie.
Sophie Cassagnes-Brouquet signale que la Vierge à l’Enfant qui se trouve à Luz-Saint-Sauveur a une « sœur jumelle » à Saint-Savin-en-Lavedan. Emmanuel Garland recherche une photographie de la Vierge de Saint-Savin et montre que les deux satues ne sont « pas si semblables que cela ».
Maurice Scelles fait observer que les modillons de l’abside de l’église Saint-André de Luz portent sur le pourtour de leur face principale une ciselure, ce qui lui paraît être une marque de réfection moderne, peut-être datable du XVIIe siècle. Henri Pradalier indique la présence de la ciselure en bordure de blocs taillés dès la fin du XIe siècle, et Quitterie Cazes mentionne la pratique à Saint-Michel de Cuxa.
M. Garland note que les églises du pays ont beaucoup souffert des séismes et des avalanches. Les quelques textes se rapportant à ces catastrophes insistent sur les dégâts, mais il n’y est pas question des réfections, qui durent être nombreuses comme le suggère l’étude archéologique.
Patrice Cabau appelle l’attention sur le motif sculpté que porte l’un des modillons de Luz : il s’agit d’un meuble héraldique appelé « rais d’escarboucle », ici fleuronné ; pour lui, cette figure ne saurait être antérieure à l’extrême fin du XIIIe siècle.
Michèle Pradalier-Schlumberger s’intéresse au quadrilobe sculpté sur le tympan de l’église d’Esterre. M. Garland se dit d’accord avec elle pour le dater du XIVe siècle.
Louis Peyrusse intervient pour donner son opinion de « non-spécialiste » : seul le tympan de Luz-Saint-Sauveur est l’œuvre d’un « vrai sculpteur », tandis qu’ailleurs n’ont travaillé que des « tailleurs de pierre ». L’étude des églises du Haut-Lavedan fait ainsi apparaître les limites des méthodes classiques de l’Histoire de l’Art, bien peu opérantes en l’espèce.
Quitterie Cazes applaudit à ce constat et félicite Emmanuel Garland pour son analyse comparative. Puis, ayant souligné que les chrismes du Pays Toy se différencient nettement de ceux du reste du Lavedan, elle lui recommande de consulter la chronologie établie par un chercheur catalan, M. Juan Antonio Olañeta, pour un corpus de quelque 2 000 chrismes, dans lequel ils devraient être répertoriés.
Séance du 3 mai 2016
Communication courte de Jean-Michel LASSURE :
Céramiques du Sud-Est de la France et de Ligurie trouvées au Port Saint-Sauveur de Toulouse (XVIIIe siècle) : quand histoire et archéologie se rejoignent…
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Une des conséquences de l’ouverture du Canal du Midi en 1681 est l’arrivée à Toulouse de cargaisons de céramiques produites dans le Sud-Est de la France ou dans les ateliers ligures d’Albisola-Savone. Des marchands dynamiques utilisent des « sapines », bateaux plats non pontés, pour le transport de ces productions. A partir de Sète, ils empruntent le canal jusqu’à Toulouse où un ordonnance prise par les Capitouls le 21 avril 1731 permet « aux génois de vendre en tout temps leur fayance sur les toises (en bordure) du canal. Ces importations – celles d’origine italienne notamment – prennent une importance telle qu’elles concurrencent les productions – au demeurant souvent assez médiocres – des manufactures toulousaines. Dès 1733, ces dernières sont menacées de ruine. Cette vaisselle que son prix relativement faible met à la portée de la clientèle populaire des villes et de la campagne se révèle aussi une concurrence redoutable pour celle produite par l’ensemble Cox-Lomagne qui connaissait un réel succès jusqu’alors.
Les céramiques faisant l’objet de cette présentation proviennent de ces cargaisons. Rejetées en bordure du canal parce qu’elles s’étaient brisées pendant leur transport ou leur déchargement, elles ont été trouvées par G. Baccrabère et son équipe au cours de travaux de terrassement effectués en 1988 au port Saint-Sauveur pour la construction d’un immeuble sur la berge orientale du canal. Elles figuraient dans la boue de la dépression humide qui au XVIIIe siècle occupait cet emplacement.
Communication courte de Hiromi HARUNA-CZAPLICKI :
Un livre d’Heures enluminé à Toulouse dans la seconde moitié du XIVe siècle
Miniatures au mois d’août
Toulouse, BM, ms 91, f. 4v (à gauche) et ms. 144, f. 4v (à droite)
Clichés BM Toulouse, reproduits ici avec l’autorisation de la Bibliothèque municipale de Toulouse.
Le missel romain daté de 1362 (ms 91) et le psautier (ms 144), deux manuscrits relativement bien connus de la Bibliothèque municipale de Toulouse, représentent un courant stylistique qui caractérise l’enluminure toulousaine de la seconde moitié du XIVe siècle, où travaillent plusieurs enlumineurs en partageant les mêmes tendances artistiques et esthétiques. Un livre d’Heures, qui contient plus précisément Heures-Missel, conservé à la Bibliothèque Apostolique du Vatican, dans le fonds des manuscrits Chigiani (D.V.71), est sans doute réalisé dans ce milieu. En suivant les analyses et commentaires sur ces manuscrits par les grands chercheurs comme François Avril, Christian Péligry, Claudia Rabel, Eberhard König et Gabriele Bartz, nous nous pencherons sur la décoration et le contexte de la réalisation de l’un des plus anciens livres d’Heures toulousains préservés jusqu’à nos jours.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, MM. Boudartchouk, Julien, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mme Munoz, MM. Darles, Debuiche, Penent, Sournia, membres correspondants.
Excusés : MM. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Cazes, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Balty, Garland, Garrigou Grandchamp, le Père Montagnes.
Le Président rend compte de la correspondance.
Notre consœur Marie Vallée-Roche nous a adressé un courriel, qui a été diffusé à l’ensemble de nos membres, nous faisant part de l’intention de la Communauté de communes du Minervois d’organiser des Journées scientifiques autour du thème de l’Antiquité tardive (et début du Moyen Age) dans la région. Le Président souhaite que plusieurs d’entre nous lui apporte leur soutien, et souligne que la menace qui pèse sur le musée de Minerve est malheureusement un problème général, qui concerne l’ensemble de notre patrimoine.
Par courriel, Lisa Barber nous informe de la parution du livre Antonio e Guiseppe Chiattone, Giovanna Ginex dir., Lugano : Cornèr Banca, Milan : Skira, 2015 : Guiseppe Chiattone est l’auteur du monument à Aristide Bergès, dont Giles Barber nous avait entretenus.
Nous avons également reçu, par l’intermédiaire de Jean Penent, la candidature au titre de membre correspondant de notre Société de Mme Ingrid Leduc, conservatrice départementale des musées de l’Ariège.
Le Président signale à l’attention de la Compagnie la récente élection comme secrétaire perpétuel des Jeux floraux de M. Philippe Dazet-Brun, en se félicitant que celui-ci se soit déclaré heureux de travailler avec la Société Archéologique.
L’affaire de Saint-Sernin a connu un rebondissement inattendu avec la double découverte, à Paris, du mur de Philippe Auguste que l’Institut ne veut pas conserver, ce qui fait polémique, et à Toulouse du mur d’octroi de 1785 à Saint-Cyprien. Interrogé par La Dépêche (édition du 28 avril 2016), Pierre Pisani a expliqué : on fouille, on engrange les données, et on peut détruire. Le journaliste a remarqué que c’était comme à Saint-Sernin et s’est étonné que l’on puisse accepter de fouiller et de laisser détruire la découverte.
Le Président signale l’ouverture par la Mairie de Toulouse d’une Maison du projet Saint-Sernin, où seront expliqués les choix opérés pour les aménagements de la place et où l’on pourra débattre dans le cadre de l’Atelier Grand Saint-Sernin. Il ajoute que l’article qui lui avait été demandé à ce sujet pour L’Auta vient de paraître.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 1er mars et de celui de la séance du 5 avril, rédigé par Émilie Nadal, qui sont adoptés à l’unanimité. Puis Daniel Cazes souhaite la bienvenue à Sarah Munoz et Colin Debuiche, récemment élus membres correspondants et qui prennent séance ce soir.
La parole est alors à Jean-Michel Lassure, pour une communication courte sur les Céramiques du Sud-Est de la France et de Ligurie trouvées au Port Saint-Sauveur de Toulouse (XVIIIe siècle) : quand histoire et archéologie se rejoignent…
Le Président remercie Jean-Michel Lassure de nous avoir présenté les résultats de ce travail extrêmement précis qui permet de comprendre dans quels circuits commerciaux Toulouse était intégrée. Il est vrai que les fouilles archéologiques font apparaître quantité de tessons qui enrichissent notre connaissance de ces circuits.
Comme Louis Peyrusse s’étonne que la concurrence pratiquée par la Ligurie ait pu être rentable, Jean-Michel Lassure rappelle que la région toulousaine produit peu de céramiques, Cox et Giroussens exceptés, face aux productions languedociennes et ligures acheminées par le canal du Midi. Il observe que l’on s’est beaucoup intéressé aux structures du canal, mais peu aux marchandises transportées. Pascal Julien signale que les archives du canal contiennent de la documentation sur ce sujet, en particulier sur les tarifs, et qu’on peut aussi y trouver des procès. [En 1684, la faïence et la verrerie payaient « huit deniers par pieds cube », soit le tarif le plus élevé. Seul le marbre était autant taxé.]
Jean Penent croit se souvenir que les capitouls sont intervenus pour interdire la vente en ville de ces céramiques, ce que confirme Jean-Michel Lassure : c’est la raison pour laquelle les vendeurs étaient cantonnés au port Saint-Sauveur. Puis il cite l’autre exemple des céramiques de Vallauris, qui ont été imitées par les ateliers de Cox. Le plus extraordinaire lui paraît être que les céramiques chargées à Albisolo sont déchargées puis rechargées à Toulouse puis à Bordeaux à destination du Canada.
La parole est à Hiromi Haruna-Czaplicki pour une communication courte sur Un livre d’Heures enluminé à Toulouse dans la seconde moitié du XIVe siècle .
Le Président remercie Hiromi Haruna-Czaplicki pour cette communication parfaitement maîtrisée, pour laquelle notre consœur a choisi des images de très grande qualité illustrant parfaitement les comparaisons stylistiques.
Michelle Fournié se déclare toujours ravie quand un manuscrit est réattribué à Toulouse, dont le corpus grossit. Il lui paraît en outre intéressant de lier ce manuscrit à l’arrivée de la relique de saint Thomas d’Aquin. Quant au livre d’heures de Pèlerin Frison, elle tient de François Avril, avec lequel elle a longuement discuté, qu’une étudiante de Pascal Julien, Aurelia Cohendi, l’a réattribué avec des arguments qui l’ont convaincu, et elle engage notre consœur à prendre contact avec eux avant la publication. Pascal Julien précise qu’Aurelia Cohendi travaille en effet sur la peinture de la première moitié du XVIe siècle, mais qu’elle n’a pas encore soutenu sa thèse.
Au titre des questions diverses, Jean-Luc Boudartchouk achève son compte-rendu de Toulouse. Naissance d’une ville . Après l’avoir remercié, le Président confirme que l’ouvrage, qu’il a lu de la première à la dernière page, soulève de très nombreuses questions. Pour l’heure, il souhaite dire un mot de la fin de l’ouvrage, où Jean-Marie Pailler a voulu donner la parole à Michel Vaginay, conservateur régional de l’archéologie, dont il ne partage pas toujours l’avis mais dont il juge nécessaire de rappeler les dernières phrases (p. 228) : après avoir insisté sur l’importance tout à fait considérable des fouilles archéologiques faites depuis une vingtaine d’années à Toulouse, Michel Vaginay termine ainsi : « Cette situation unique au plan régional et exceptionnelle au plan national nous oblige sur trois plans :
celui de la conservation de cette ressource,
celui de son exploitation scientifique,
celui de sa valorisation culturelle. »
Mais qui a vu la porte romaine du Bazacle ? Après les découvertes de Saint-Roch, qu’est devenu le site ? Que sont devenus les vestiges du probable palais des rois wisigoths ? Quand ils sont conservés comme au palais de justice, le public n’y a qu’un accès difficile. Qui a vu l’enfeu, son décor peint et la gisante de l’Hôtel de Malte, siège de la Direction régionale des Affaires culturelles ?
Ce qui nous amène tout droit au problème actuel de l’aménagement du site de Saint-Sernin. Cette archéologie qui pratique des relevés incomplets et dont les résultats sont très peu publiés est très gênante, plus encore quand elle prétend à l’archivage total de la connaissance, évidemment illusoire. Il faut étudier et conserver : c’est parce que le monument de Centcelles, près de Tarragone, existe encore que des chercheurs peuvent continuer à travailler en proposant de nouvelles hypothèses.
Le débat sur Toulouse. Naissance d’une ville rappelle à Louis Peyrusse l’époque de Michel Labrousse et de Georges Baccrabère. Le livre a été dirigé par un historien qui n’a jamais voulu être archéologue. Il fonctionne avec des hypothèses comme le faisaient Michel Labrousse et Georges Baccrabère, ce qui est un des moyens de faire progresser notre compréhension de l’histoire antique. On ne peut pas lui en faire grief. Pour Jean-Luc Boudartchouk, le problème est celui du mélange des genres éditoriaux : l’ouvrage juxtapose des faits et des conjectures, que l’absence de notes ne permet plus de distinguer. Les historiens et les archéologues s’y retrouveront, mais le public ? C’est un mode éditorial qui se répand malheureusement.
Christian Darles réserve son intervention dans le débat pour sa prochaine communication, en se limitant à rappeler que l’ouvrage a été destiné au grand public, raison pour laquelle les notes ont été exclues et la bibliographie limitée.
Guy Ahlsell de Toulza attire l’attention de la Compagnie sur le tableau de Paul Pujol, Le martyre de saint Saturnin, qui a été tout récemment accroché dans notre salle des séances. Il annonce aussi l’achat d’un dessin, actuellement en restauration, qui représente un projet d’achèvement de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, vers 1890.
Séance du 5 avril 2016
Communication de Michèle PRADALIER-SCHLUMBERGER,
Peintures murales gothiques du Couserans
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La cathédrale N.-D de Saint-Lizier, les églises d’Audressein et de Sentein, toutes trois situées en Couserans, possèdent un rare ensemble de peintures murales datées de l’extrême fin du XVe siècle. Certains thèmes iconographiques communs, comme les Sibylles et les patriarches ou l’arbre de Jessé, témoignent des échanges qui se firent entre les différents chantiers. Même si les différences stylistiques sont grandes entre les trois séries, témoignant de la présence de trois ateliers bien individualisés, l’appartenance de ces peintures à l’art du Moyen Âge finissant en fait l’originalité.
Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Haruna-Czaplicki, Labrousse, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Boudartchouk, Garland, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Nadal, Viers, MM. Burroni, Darles, Gardes, Laurière, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Scellès, Secrétaire général, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Cazes, Queixalós.
Invités : Mme Jeanne Péligry, M. Georges Cugulière.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 15 mars 2016 approuvé après quelques rectifications. Au titre des informations, le Président signale que le dernier volume de la Société vient juste de paraître. L’assemblée générale de l’union des académies de l’Hôtel d’Assézat s’est tenue récemment et a traité de questions essentiellement pratiques (courrier, entretien, sécurité…). Nous avons reçu l’annonce du Salon du livre d’histoire locale de Mirepoix qui se tiendra en juillet 2016, où il serait bien qu’un de nos membres se rende pour faire connaître la publication des Mémoires. Nous avons reçu un don de Lourdes de Sanjosé Llongueras, docteur en histoire de l’art à Barcelone, qui publie un très beau livre sur l’atelier d’orfèvrerie médiéval de Silos : Obras emblemáticas del taller de orfebrería medieval de Silos : « el Maestro de las Aves » y su círculo, Abadía de Silos, 2016.
Au titre des informations, La Dépêche du Midi a publié le lundi 28 mars 2016, une pleine page concernant le traitement à venir des abords de la place Saint-Sernin. L’article prend la forme d’un entretien avec l’architecte des bâtiments de France, Éric Radovitch, qui signale que l’État est favorable au projet, mais qui donne peu de détails sur le projet lui-même : il est question de maintenir les choses en l’état, de conserver la grille qui entoure l’église et qui serait classée, de maintenir le marché aux puces, Joan Busquets ayant la liberté d’aménager l’emplacement de l’abbaye. Il n’est pas question de fouilles. Le journaliste rappelle toutefois qu’il existe une pétition opposée à ce projet tel qu’il est donné. Au regard du petit nombre de personnes ayant signé la pétition, on peut cependant déplorer le faible intérêt des Toulousains pour leur patrimoine archéologique. Christian Darles nous informe que le plan de sauvegarde et de mise en valeur destinée au secteur sauvegardé de Toulouse devrait redémarrer à l’automne, une question sur laquelle il reviendra ultérieurement.
Au titre des informations, signalons la poursuite du cycle des Mercredi de l’archéologie de mars à juin 2016, ainsi que la tenue, du 4 au 6 juillet prochain, des Journées romanes de Cuxa qui porteront sur l’Art roman et la mer. Anaïs Charrier nous envoie quelques plaquettes publiées sur les maisons médiévales de Cahors en 2014-2015.
Le premier point de l’ordre du jour porte sur l’élection comme membres correspondants de Mme Sarah Munoz et M. Colin Debuiche. En l’absence de Maurice Scellès, le Président qui lit les rapports de candidature. Les deux candidats sont élus membres correspondants de notre Société.
Michèle Pradalier-Schlumberger prend la parole pour présenter sa communication intitulée « Peintures murales de la fin du Moyen Âge en Couserans » .
Le Président remercie l’intervenante pour ce très beau voyage en Couserans, qui nous a permis d’admirer des ensembles peints fort méconnus et pourtant d’une grande beauté. Il souligne combien la fin du Moyen Âge dans ces vallées pourtant reculées se révèle florissante, d’une grande richesse d’inspiration, avec des programmes complexes qui supposent une certaine prospérité des paroisses commanditaires. Au sujet de l’ensemble de Saint-Lizier, le Président se demande si la division de l’espace dans les voûtains ne correspondrait pas davantage à des imitations de constructions (éléments de charpente) qu’à des troncs d’arbre.
E. Garland souligne le caractère original de la représentation des prophètes aux pieds nus de l’église de Sentein. Selon lui, seul Isaïe présente ce trait iconographique, en général réservé aux apôtres du Nouveau Testament. Il remarque plus généralement le caractère conservateur des peintures qui datent pourtant de l’extrême fin du XVe, alors même que les artistes manifestent dans certains cas une grande maîtrise technique et que le commanditaire des peintures de Saint-Lizier, Jean d’Aula, était un ami du cardinal Pierre de Foix, proche d’un milieu lettré. Il a couronné, en 1494, Jean d’Albret et Catherine de Foix à Pampelune, et selon une certaine Chronique Miégeville il aurait accompagné Pierre de Foix à Pavie. Il se demande si ces peintures ne témoignent pas du recours à l’utilisation de modèles tirés d’un livre enluminé plus ancien.
L. Peyrusse se dit frappé par l’extrême diversité des peintures présentées, qui vont du « Jessé » quasi-cubiste de Sentein au très grand décorateur de Saint-Lizier. Quelque soit l’inspiration de ce dernier (enluminures, gravures…), il montre une maîtrise de l’espace et des figures, sans équivalent avec le reste de la production présentée lors de cette communication.
G. Ahlsell de Toulza se demande si la Vierge d’Audressein ne serait pas une Vierge à l’Enfant assise sur un banc plutôt qu’une Pietà, qui semble un thème étrange pour un ex-voto. Dans la peinture, la Vierge semble installée sous un édicule extérieur, une forme d’oratoire qui permettait un contact permanent avec la statue. D. Watin-Grandchamp remarque aussi la ressemblance entre l’autel sur lequel est disposée cette statue, et les édicules ou chapelles d’ostentation utilisées lorsqu’on sortait les reliques au passage des fidèles. Un procédé que l’on connaît au XVe siècle à Toulouse. Elle se demande si les éventuelles traces de pied qu’il lui a semblé voir sous cet autel peint, ne pourrait pas faire penser à un autel portatif.
J.-M. Lassure propose de comparer l’Arbre de Jessé de Sentein avec une peinture qui se trouve au Mont d’Astarac, et qui date de 1495. Il évoque aussi l’église de Mons, dans la vallée de Saint-Lary, où se trouvent des peintures du même style.
Au titre des questions diverses J.-L. Boudartchouk, propose la première partie de son compte rendu du livre récemment paru sous la direction de J.-M. Pailler, Toulouse, Naissance d’une ville.
Le Président remercie J.-L. Boudartchouk pour ce compte rendu d’un livre qui devrait faire date sur la connaissance de la ville antique de Tolosa, mais qui l’a également déçu du fait de l’absence de certains thèmes importants. Il s’avoue lui aussi peu convaincu par le prétexte visant à célébrer le bimillénaire de la fondation de la ville en 2014. En effet, aucun texte ni aucune inscription antiques ne permettent d’être sûr que la ville fut fondée en 14.
C. Darles précise que le 7 juin, lorsqu’il présentera son travail sur les portes de Toulouse, il aura l’occasion de revenir sur ces questions.
Séance publique du dimanche 20 mars 2016
Elle se tient à l’Hôtel d’Assézat, dans la salle Clémence-Isaure.
Allocution du Président
Lire le compte-rendu
Palladia Tolosa, Toulouse la palladienne, protégée par Pallas-Athéna-Minerve, la déesse gréco-romaine de l’intelligence et des arts, Gloriae Majorum, « à la gloire des ancêtres », avez-vous pu lire sur les invitations et affichettes annonçant notre séance publique. Ces mots, les derniers formant même sa devise, sont chers à notre Société, soucieuse de porter la connaissance au plus haut niveau, tout en rendant hommage à ceux qui, dans le passé, ont formé notre civilisation et le patrimoine intellectuel, artistique et archéologique dont nous avons hérité. La Société archéologique du Midi de la France contribue à l’étudier, le conserver et transmettre aux générations futures, le mettre en valeur.
Afin de remplir cette mission, au cours de l’année écoulée elle a continué à susciter des communications savantes, présentées lors de ses séances ordinaires. Les membres qui les entendent interviennent, apportant remarques, appréciations, compléments, questions. Les auteurs testent ainsi la solidité de leurs raisonnements, corrigent et enrichissent leurs textes, destinés à nos Mémoires. Il n’est pas vain de rappeler ce système académique, stimulant, dans une proximité et un climat empreints de confiance. Cette dimension humaine et humaniste de nos séances n’est pas la moindre de leurs qualités. Ces assemblées n’en sont pas pour autant imprégnées de ce parfum du XIXe siècle que l’on fait parfois flotter sur notre Société, pour l’accuser d’archaïsme. De tous âges, ses membres sont bien vivants, dans le présent. Tournés vers l’avenir, ils proclament leur attachement à l’atmosphère qui règne dans notre salle du deuxième étage de l’Hôtel d’Assézat, où ils se retrouvent nombreux. C’est le meilleur encouragement à poursuivre cette œuvre, dans la perspective du bicentenaire de notre compagnie.
En 2015, nous avons entendu vingt-et-une communications sur des thèmes d’histoire, d’archéologie, d’histoire de l’art, d’épigraphie, de numismatique, d’histoire du livre.
Le territoire reste celui du grand Languedoc, du Roussillon, du Rouergue, du Quercy, d’ une partie de la grande Aquitaine, de l’Auvergne, voire de la Provence…), soit un Midi de la France assez central, avec des sujets qui l’envisagent globalement, d’autres qui touchent seulement certains départements ou villes.
Deux de ces communications ont concerné l’Antiquité : avec la complicité de Marc Comelongue, Vincent Geneviève nous a fait part du goût pour les monnaies anciennes du poète Jean-Jacques Lefranc, marquis de Pompignan, de la collection de son ami Charles-Clément Martin de Saint-Amand et du trésor de Sainte-Suzanne, à l’origine du médaillier de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, notre voisine. Pierre Pisani a montré l’évolution d’un quartier d’Elusa (Éauze) entre le Ier et le Ve siècles, à travers l’étude d’une maison romaine intégralement fouillée, aujourd’hui mise en valeur et visitable par le public.
Quatorze communications ont abordé des sujets relatifs au moyen-âge. Raymond Laurière nous a replongés dans le curieux univers des églises à angles arrondis du Rouergue. Quitterie Cazes a résolu la question iconographique des arbres qui bourgeonnent auprès du saint Jacques le Majeur sculpté à la porte Miégeville de la basilique Saint-Sernin. Emmanuel Garland nous a fait redécouvrir les monuments religieux du second âge de l’art roman dans le Val d’Aran, puis fait connaître un moulage d’un bas-relief de la collection Demotte-Macé acquis par la mairie de Saint-Gaudens, et un chapiteau du cloître de la collégiale de cette ville réapparu en vente publique en juin 2015. Patrice Cabau nous a révélé l’histoire peu commune de Jean Dominique, notaire de Toulouse, juriste au service des princes, dont l’épitaphe datée de 1283 a été retrouvée lors des sondages archéologiques d’évaluation exécutés au nord de la basilique Saint-Sernin. À Maurice Prin nous devons des recherches sur le couvent disparu des Carmes de Toulouse, spécifiquement sur son église au plan si original ; à Michelle Fournié une passionnante étude du couvent des chanoinesses régulières de Saint-Sernin à Toulouse, montrant le rôle qu’y joua le cardinal franciscain Vital du Four (1260-1327) ; et à Bernard Sournia un exposé magistral, illustré de ses relevés, sur le collège-monastère Saint-Benoît-Saint-Germain de Montpellier, fondation du pape Urbain V. Anne-Laure Napoléone et Pierre Garrigou Grandchamp ont étudié deux maisons médiévales de Castelsagrat. Maria-Alessandra Bilotta et François Bordes ont parlé de l’enluminure aux XIVe et XVe siècles à Toulouse et dans le Midi de la France. Nicole Andrieu et Jean-Marc Stouffs nous ont fait découvrir l’armoire peinte de Poubeau.
Restent cinq communications pour les temps modernes. Geneviève Bessis et Christian Péligry ont rappelé un travail inédit de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette sur quatre siècles d’imprimerie à Toulouse, intitulé « Les armes de la Lumière ». Pascal Julien a réétudié l’architecture et le décor de l’hôtel Molinier, éloquents témoignages de l’art de la Renaissance à Toulouse. Guy Ahlsell de Toulza nous a fait visiter l’ancien hôtel de Barassi, à Toulouse, où des travaux de restauration et d’aménagement viennent d’avoir lieu. Puis il a entrepris l’étude du vaste hôtel toulousain de la rue Croix-Baragnon où vécut le marquis Joseph Léonard de Castellane, l’un des fondateurs, en 1831, et le premier président de notre Société. Françoise Merlet-Bagnéris a développé quelques points méconnus de l’enseignement artistique délivré entre 1806 et 1895 à l’École des beaux-arts de Toulouse.
De nombreuses questions diverses étaient également à l’ordre du jour de nos réunions. Notre Société reçoit ainsi de ses membres une information sur les fouilles archéologiques et découvertes récentes, les restaurations en cours ou réalisées, l’actualité des institutions chargées de la conservation et de l’étude du patrimoine, les ventes et mouvements d’œuvres d’art. Limitons-nous à quelques exemples. Patrice Cabau a repéré, remployée dans la fabrique de vitraux de Victor Gesta, à Toulouse, une clef d’arc aux armoiries du cardinal Vital Dufour déjà nommé. Pierre Pisani a présenté les premiers résultats des sondages de diagnostic qu’il a dirigés autour de Saint-Sernin. Une collaboration, pour leur documentation et leur étude, s’est établie entre lui et plusieurs membres de notre Société. Nicole Andrieu a évoqué la conservation des textiles anciens du même monument, qui ne trouvera de solution satisfaisante, comme celle de la collection publique qui y est concentrée dans de mauvaises conditions, qu’avec la construction d’un musée de l’œuvre.
La Société sort de temps à autre hors de ses murs, pour quelque visite. Ainsi avons-nous apprécié l’exposition Toulouse en vues, sous la conduite de son commissaire, membre de notre compagnie, François Bordes. N’omettons pas l’exceptionnelle conférence donnée par notre confrère Laurent Macé, lors de notre séance publique du 22 mars 2015, sur « Les comtes de Toulouse au miroir de leurs sceaux (XIIe-XIIIe s.) », étayée par la projection d’images d’une série de ces derniers. Cette séance a été l’occasion pour notre Société de décerner le prix Gustave-de-Clausade à une remarquable thèse de doctorat rédigée par monsieur Eneko Hiriart : « Pratiques économiques et monétaires entre l’Èbre et la Charente (Ve-Ier s. av. J.-C.) ».
Continuer à donner de tels prix, souvent de forts encouragements pour des jeunes chercheurs, suppose des finances saines. Y veille Guy Ahlsell de Toulza, notre trésorier, que j’oserai dire perpétuel car il assume avec bonheur cette fonction depuis longtemps. Louons aussi le travail fourni par les autres membres du Bureau. Maurice Scellès méritera aussi bientôt le titre de secrétaire général perpétuel. Son rôle a été essentiel et continue à l’être, pour nos Mémoires, pour son mécénat, pour notre site Internet, qu’il dirige avec une constance remarquable et vient de réformer intégralement, pour les procès-verbaux des séances, avec le secrétaire-adjoint, Patrice Cabau, et l’aide d’Émilie Nadal (qui le relaie aussi sur le réseau social Facebook), pour la vie enfin du groupe de travail sur la maison médiévale, qu’il anime avec Anne-Laure Napoléone et Pierre Garrigou Grandchamp. Notre bibliothèque et nos archives bénéficient de la haute compétence de Christian Péligry, à laquelle s’ajoutent celles de Jacques Surmonne et de Geneviève Bessis. Quelle chance que de pouvoir compter sur trois vrais professionnels ! Un travail considérable a été fait en 2015, de rangement, catalogage de nos livres et revues. Un cadre de classement de nos archives a vu le jour. La bibliothèque a été régulièrement ouverte au public. Tout cela, avec les échanges et envois de publications, a été aussi possible grâce à l’aide de Michèle Pradalier-Schlumberger, notre ancienne présidente, très attachée à la vie de la Société, et de notre ami bénévole, également et heureusement perpétuel, Georges Cugullière.
Anne-Laure Napoléone, avec le concours de Maurice Scellès et Jean-Luc Boudartchouk, assume un travail considérable pour l’édition des Mémoires, dont deux volumes (2012 et 2014) ont paru, et un troisième (2013) devrait sortir de presse sous peu, bénéficiant de l’aide du comité scientifique et de celui de lecture et d’impression, et d’autres membres, dont notre directeur qui, statutairement, doit veiller sur nos éditions. Henri Pradalier le fait tout en étant, en tant qu’ancien président, un excellent conseiller du Bureau et du président. Enfin, je n’oublierai surtout pas notre ancien bibliothécaire-archiviste, Louis Latour, qui ne peut en raison de son âge suivre toutes nos séances, mais n’en est pas moins de tout cœur avec nous et assure l’envoi de nos convocations.
Tout cela montre la cohérence et l’estime mutuelle de cette équipe active, qui ne demande qu’à être renforcée. Fort heureusement, de nouveaux membres correspondants rejoignent nos rangs. Nous avons ainsi accueilli Christian Landes, Bernard Sournia, Pierre Pisani et Magali Vène, et d’autres candidatures, de jeunes étudiants, viennent d’être présentées. Mais nous avons eu, en février dernier, à déplorer le décès d’un de nos membres, le professeur Germain Sicard, auteur d’une thèse au retentissement international : Aux origines des sociétés anonymes. Les moulins de Toulouse au Moyen Âge, soutenue à la Faculté de droit de Toulouse en 1952, publiée en 1953, rééditée récemment en anglais. Parfois sommes-nous aussi touchés par la disparition de membres d’autres institutions et académies proches de notre Société. Nous ont ainsi affectés la perte du grand professeur d’histoire médiévale Maurice Berthe, de l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, et celle de l’ancien président, exemplaire, de cette même université, le professeur Georges Mailhos, secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux. Certains d’entre nous ont bien connu ces trois éminents universitaires, pour avoir été leurs étudiants, leurs collaborateurs, leurs lecteurs, leurs admirateurs. Qu’un hommage posthume leur soit encore aujourd’hui rendu. Que la reconnaissance et la sympathie de notre compagnie continuent à accompagner leurs familles.
Terminons par l’intérêt que nous portons, conformément à nos statuts, à la défense du patrimoine. Il se dirige régulièrement vers des cas difficiles, voire désespérés. Ainsi avons-nous encore dû regretter l’absence de vraies fouilles et d’une mise en valeur archéologiques lors du réaménagement de la place Saint-Pierre et du port de la Daurade à Toulouse, ou nous tenir informés du dossier du palais de Via à Cahors, pour lequel nous avions saisi différentes institutions publiques, et dont le devenir n’est pas encore acquis. C’est au contraire avec satisfaction que nous avons appris l’initiative privée de la restauration tant attendue du Château des Verrières, à Toulouse, et vu naître le grand musée romain que Narbonne mérite. Nous nous sommes préoccupés du devenir de certaines œuvres d’art, apparues ou réapparues sur le marché, en nous réjouissant de l’acquisition par le musée de Metz d’une rare toile peinte du XVe siècle étudiée ici-même par deux de nos membres, ou de l’achat par notre
Société d’un morceau de sarcophage de la fin de l’Antiquité et d’une peinture de Paul Pujol, de 1890, représentant le martyre de saint Saturnin. Moins heureux fûmes-nous lors de la vente publique d’un chapiteau roman sculpté du cloître de Saint-Gaudens, qui nous a échappé en raison d’un prix trop élevé. Mais, la prise de conscience que nous avons suscitée a fait que, désormais, l’œuvre semble assurée de rester en France et de faire retour à Saint-Gaudens. Grâce à Nicole Andrieu, nous avons enfin su qu’un certain nombre d’objets d’art volés en Haute-Garonne avaient été retrouvés.
La question qui a cependant requis presque toute notre attention et notre action en 2015 est celle de l’aménagement des places contiguës de la basilique Saint-Sernin, annoncé par l’actuelle municipalité de Toulouse.
Notre Société ne comprend pas qu’un tel site archéologique, monumental et muséal ne fasse pas l’objet d’un schéma directeur prenant en compte tous les aspects d’un tel projet, dont la dominante est patrimoniale, culturelle et touristique. Elle croit que la dimension de celui-ci devrait être plus grande, même si la réalisation s’échelonne dans le temps pour ménager les finances publiques. Ainsi estime-t-elle que des fouilles archéologiques complètes doivent précéder tout aménagement, en raison de l’intérêt supérieur du site pour l’histoire de Toulouse, pour celle des premiers temps chrétiens autour de la Méditerranée, pour celle de Saint-Sernin au moyen-âge et dans les temps modernes. Monuments, aires archéologiques et musées devraient ensuite s’y accorder en un tout cohérent et attrayant, constituant une réalisation exceptionnelle. Après avoir voté le 17 mars 2015 une motion en ce sens, adressée au maire de Toulouse et président de Toulouse-Métropole, et être entrée dans un dialogue avec ces institutions, la Société a réuni en son sein une commission spéciale, qui constitue un dossier, mis au fur et à mesure de son élaboration à la disposition de tous sur notre site internet. Notre confrère Olivier Testard a traduit en dessins et images les propositions qui y ont été faites. Comme la vie de notre chère Société, cette question connaîtra d’autres développements au cours de cette année 2016, inspirant, c’est notre souhait le plus cher, une solution digne du monument majeur de la capitale du Languedoc, dont la place est éminente dans le patrimoine mondial.
Daniel Cazes
Remise des prix du concours
Le prix De Champreux est attribué à Mme Anna Thirion pour sa thèse intitulée La « tribune » de Saint-Michel de Cuxa : essai de restitution numérique au service d’une nouvelle approche historique, iconographique et liturgique, Université Paul-Valéry – Montpellier 3, 2015.
Le prix Ourgaud est attribué à M. Stéphane Abadie pour sa thèse intitulée Un temporel monastique dans l’espace médiéval gascon : l’abbaye prémontrée de la Casedieu (Gers), XIIe-XVIe siècles, Université Toulouse II – Jean Jaurès, 2016.
Le prix spécial de la Société Archéologique du Midi de la France est attribué à :
Mme Stéphanie Adroit, pour sa thèse intitulée Pratiques funéraires et sociétés de la Garonne à l’Èbre (Xe s. – Ve s. av. J.-C.), Université Toulouse II – Jean Jaurès, 2015,
et à
M. Benjamin Marquebielle, pour sa thèse intitulée Le travail des matières osseuses au Mésolithique. Caractérisation technique et économique à partir de séries du sud et de l’est de la France, Université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, 2014.
Une médaille d’argent d’encouragement est remise à :
M. Émeric Rigault, pour son mémoire de master intitulé Le sacrifice d’Abraham dans le décor monumental roman du Sud-Ouest de la France et du Nord de l’Espagne (XIe-XIIIe siècles), Université Toulouse II – Jean Jaurès, 2015,
et à
M. Denis Mirouse, pour son mémoire de master II intitulé Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux Xe et XIe siècles (ministerium, vicaria, suburbium…), Université Toulouse II – Jean Jaurès, 2015.
Conférence
Images et fantaisies colorées
L’enluminure aux XIIIe et XIVe siècles
dans le Midi de la France
par Émilie Nadal

Séance du 15 mars 2016
Communication de Pascal JULIEN
Architecture et décors de l’hôtel de Molinier : « demeurance » parlementaire de la Renaissance toulousaine
Lire le compte-rendu
La richesse de l’architecture de la Renaissance toulousaine est trop souvent assimilée à un « âge d’or du pastel » porté par la fortune de grands commerçants, à l’origine d’hôtels particuliers fastueux. Ce ne furent cependant pas des marchands mais des hommes de robe qui firent construire la majorité des demeures de qualité d’une ville où le parlement était dit second en ordre après celui de Paris, avec des prérogatives pour le moins égales, notamment dans le fait de représenter le souverain. Parmi les édifices qui témoignent encore de ces précellences se distingue tout particulièrement l’hôtel de Molinier, dont l’architecture en grande partie conservée, mais aussi transformée au cours des siècles, mérite d’être relue à la lumière de documents inédits. Cet édifice est riche d’une brillante façade marmoréenne et d’une éloquente cheminée sculptée qui incarnent la volonté de célébrer mais aussi d’approcher une « majesté royale ».
Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, M. Julien, le Père Montagnes, MM. Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Krispin, Queixalós, Vène, MM. Chabbert, Gardes, Penent, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Czerniak, Lamazou-Duplan, MM. Bordes, Boudartchouk, Darles, Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Sournia.
Invitée : Mmes Andrée de Pérignon, assistante de conservation au Musée du Vieux Toulouse, Sarah Munoz, doctorante en histoire de l’art à l’Université Toulouse-Jean Jaurès, MM. de Felzins, Colin Debuiche, doctorant en histoire de l’art à l’Université Toulouse-Jean Jaurès.
Le Président ouvre la séance en souhaitant la bienvenue à nos invités.
Faute d’en avoir achevé la rédaction, le Secrétaire général annonce le report de la présentation du procès-verbal de la séance du 1er mars.
Le Président rend compte de la correspondance reçue, parmi laquelle plusieurs lettres d’excuse pour la séance publique, ainsi que l’annonce de la conférence de M. Christophe Marquez sur Aymeric de Panat (1886-1963), artiste toulousain, organisée par la Société du Patrimoine toulousain, et celle du Congrès de la Société Française d’Étude de la céramique antique de la Gaule, qui se tiendra à Autun du 5 au 8 mai 2016.
Nous avons également reçu des candidatures au titre de membre correspondant de notre Société, de la part de Mme Sarah Munoz et de M. Colin Debuiche, que nous avons le plaisir de compter parmi nos invités de ce soir. Mme Geneviève Baillon nous demande s’il lui serait possible d’assister à nos séances, joignant son curriculum vitae à sa lettre mais sans présenter sa candidature.
Le Président signale par ailleurs l’arrivée du numéro 21, de décembre 2015, de Románico, Revista de arte de amigos del románico, dans lequel est paru son article S.O.S. Románico. Saint-Sernin, ¿ Hacia una remodelación original y exitosa de su entorno ? (p. 70-75).
L’ordre du jour appelle la poursuite de l’examen des rapports pour le concours.
La parole est ainsi successivement à :
Quitterie Cazes pour son rapport sur le travail de M. Stéphane Abadie, Un temporel monastique dans l’espace médiéval gascon : l’abbaye prémontrée de la Casedieu (Gers), XIIe-XVIe s., thèse soutenue en 2016 à l’Université de Toulouse II – Jean Jaurès en vue de l’obtention du doctorat d’Histoire, 6 volumes.
Sous le titre Un temporel monastique dans l’espace médiéval gascon : l’abbaye prémontrée de la Casedieu (Gers), XIIe-XVIes., Stéphane Abadie a soutenu sa thèse en janvier 2016. Préparée sous la direction de Nelly Pousthomis et Jean-Loup Abbé à L’université de Toulouse Jean-Jaurès, cette thèse est à tous les points de vue un monument. L’auteur a tenté de reconstituer l’abbaye prémontrée de la Casedieu, fondée au XIIe siècle et disparue en 1790. Pour cela, il a mis en œuvre plusieurs démarches parallèles :
Une prospection très large et systématique autour de l’abbaye pour retrouver des éléments architecturaux et lapidaires, croisée avec la recherche systématique de documentation graphique : ceci lui a permis de proposer une vision de l’évolution de l’abbaye de sa fondation à sa démolition. (Le volume V est constitué de l’inventaire des éléments lapidaires découverts)
Plus largement, il a traqué les éléments du patrimoine de l’abbaye, prospectant 70 communes environ, pour retrouver les moulins et les granges. Il en analyse les parcellaires pour mettre en évidence la dynamique de d’acquisition des terres et de transformation de certaines granges en bastides (Mourède, Plaisance-du-Gers, Beaumarchès, Marciac). Dans certaines d’entre elles, il analyse le patrimoine médiéval, comme la très intéressante maison des abbés à Marciac. (le volume IV comprend toutes les fiches concernant les éléments du patrimoine monumental relevant de l’abbaye : églises, granges moulins, hôpital de Vic-Fezensac, maisons possédées dans différentes bastides et à Toulouse, jusqu’aux couvents mendiants de ces bastides qui viennent en quelque sorte en consacrer le caractère urbain).
Les mentions régulières d’abbayes-filles dans les actes de la Casedieu l’ont entraîné à étudier la circarie de Gascogne, avec ses 18 abbayes et ses 17 prieurés qui font l’objet de monographies plus ou moins développées dans le volume III.
Il a également reconstitué une partie du chartrier de l’abbaye (175 pièces médiévales connues par des copies d’époque moderne, une cinquantaine de pièces d’époque moderne, pour la plupart inédites), présentées dans le volume II. Le chartrier complet sera publié avec X. Ravier.
Les 6 volumes de la thèse sont parfaitement présentés, clairement structurés, et témoignent d’une forte maîtrise de la documentation. La thèse proprement dite, de 340 p. environ, est bien écrite. Elle comprend trois parties, respectivement consacrées à :
1 – La « maison-mère » : essai d’histoire monumentale (qui s’appuie sur les sources écrites, iconographiques et archéologiques pour proposer des restitutions) qui s’élargit ensuite aux « abbayes filles » dont les rythmes et les raisons des fondations sont analysés tout comme leurs vestiges monumentaux. Ici, il met en évidence le réseau des abbayes et prieurés prémontrés de la circarie de Gascogne, dans un rythme similaire à celui des Cisterciens, connaissant des à-coups lorsque les Mendiants prennent le dessus
2 – Former un patrimoine en Gascogne, XIIe-XVe s. Il s’agit ici de retrouver et analyser le patrimoine de l’abbaye, ses casaux, granges et autres moulins, et leur insertion dans la structure rurale gasconne : donc, ici, à la fois l’étude de la structure foncière et des vestiges architecturaux. Sont également analysés deux prieurés mal connus, Sainte-Anne-des-Arres et Vic-Fezensac. Un troisième chapitre est consacré au patrimoine hydraulique.
3 – La troisième partie analyse « un patrimoine en évolution, XIIe-XVIe s. ». La fondation des « bastides prémontrées » est vue sous l’angle à la fois juridique, foncier (avec l’analyse des parcellaires ) et de la fabrique urbaine. Elle se conclut par l’étude de la mise en commende de l’abbaye et sa mise en défense à la fin du XVe– début du XVIe siècle, et les conséquences des destructions du XVIe siècle.
Au total, il s’agit d’un essai de reconstitution de la grande abbaye, sur le plan historique comme sur le plan monumental et, au-delà de ces objectifs, qui sont largement remplis, l’auteur analyse également son patrimoine économique, ses relations avec ses vassaux ou les seigneurs et communautés villageoises voisines, son impact sur le territoire qu’elle contribue à modeler.
L’auteur, qui est enseignant dans le secondaire, a passé une dizaine d’années à ce travail impressionnant d’érudition, de passion sous-jacente à la fois pour les recherches en archives et pour un territoire qu’il a largement arpenté : sans aucun doute, un modèle du genre.
Nicole Andrieu pour son rapport sur le travail de M. Laurent Fontquernie, La coiffe catalane, symbole d’une culture singulière, 2015 ;
Quitterie Cazes pour la lecture du rapport de Virginie Czerniak sur le travail de Mme Anne Leturque, Sensim per partes discuntur quaelibet artes… Chaque art s’apprend lentement, pas à pas…, thèse présentée en 2015 devant l’Université Paul-Valéry, Montpellier 3, et l’Universitat autonoma de Barcelona en vue de l’obtention du grade de docteur ;
Patrice Cabau pour son rapport sur le travail de M. Denis Mirouse, Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux Xe et XIe siècles (ministerium, vicaria, suburbium…), mémoire de master II en études médiévales soutenu en 2015 à l’Université de Toulouse II – Jean Jaurès :
M. Denis Mirouse, que l’on connaissait pour des articles publiés à partir de 2007 sur l’histoire de l’Ariège, a soutenu le 18 juin 2015 un mémoire de master II en études médiévales, travail réalisé au cours de l’année universitaire 2014-2015 sous la direction d’Hélène Debax, Professeur à l’Université Toulouse Jean-Jaurès, et intitulé « Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux Xe et XIe siècles (ministerium, vicaria, suburbium…) ».
Ce titre à l’aspect technique, annonçant une recherche précise sinon « pointue », ne doit pas tromper par la neutralité de sa formulation. L’ambition de l’auteur, déclarée dès l’introduction, est en effet d’établir les prémisses d’une étude des origines du comté de Foix, entité historiquement atypique mentionnée tardivement en 1167.Le mémoire consiste en un volume de 195 pages abondamment illustrées (81 cartes en couleurs, 2 photographies de documents d’archives, 20 tableaux, 2 diagrammes) et s’organise en cinq séquences.
Une section introductive (p. 10-41) présente le sujet et l’objectif de l’étude : une géographie des territoires plus petits que le pagus et plus grands que la villa, territoires que des textes nombreux rédigés entre la fin du IXe siècle et celle du XIIIe désignent par le mot de ministerium ou des termes équivalents : vicaria, suburbium… L’examen de ce lexique amène à conclure que ces subdivisions, qui ont pu correspondre à des ressorts juridiques ou administratifs, ont surtout une acception spatiale, avec valeur de localisation dans un espace hiérarchisé.
Les cadres géographique et chronologique retenus, la partie méridionale du pagus Tolosanus, comprise entre les cours supérieurs de la Garonne et de l’Hers mort, aux Xe et XIe siècles, tiennent essentiellement à la documentation utilisée.
Celle-ci apparaît comme tout à fait exceptionnelle, ainsi que l’indique l’aperçu historiographique : pour la plupart des régions, les sources textuelles sont trop rares pour permettre de préciser la géographie des « circonscriptions intermédiaires ». Tel n’est pas le cas du « Sud toulousain », pour lequel on dispose d’un très abondant corpus de 158 textes mentionnant une localisation dans un ministerium. Il s’agit principalement d’actes compilés un peu avant le milieu du XIIIe siècle dans le cartulaire de l’abbaye de Lézat (objet dans les années 1980 d’une publication remarquable due à Paul Ourliac et Anne-Marie Magnou) : environ 130 mentions, soit beaucoup plus tous les autres recueils de chartes exploitables : Lagrasse (15), Saint-Sernin de Toulouse (5), Cluny (3), Saint-Victor de Marseille (1).Une section géographique (p. 42-163), de loin la plus fournie (60 % du volume), propose la cartographie détaillée de chacune des « circonscriptions intermédiaires », établie selon un schéma d’étude systématique : carte, étendue et confronts, « dynamique », axes, sites éponymes ou chef-lieux, tableau récapitulatif des mentions textuelles d’appartenance à la zone aux Xe-XIe siècles.
L’étude s’attache à décrire quinze ministeria initiaux (Campezense, Coliense, Cortinense, Dalmacianense, Fuxense, Lesatense, Licianense, Olmense, Potamianense, Savartense, Saltense, Supernicum, Tindirandense, Vadezense, Volvestrense), trois ministeria issus de redécoupages (Chercorbense, Ciurenense, Garnagense), ainsi que des ministeria supposés, correspondant à des « territoires de même niveau d’emboîtement » (Le Bancel, territoires des abbayes de Frédelas et du Mas-d’Azil, seigneurie d’Alzen, villae isolées).
L’examen porte en outre sur les entités spécifiques qu’ont constituées deux suburbia (suburbium Savartense, suburbium castri Fuxensis), d’étendue fort variable, puis sur des espaces vacants ou indéterminés (forêt de Boulbonne) et d’autres objets géographiques (voies ou itinéraires de long parcours, limites, interfaces).
La représentation des confins a été précisée autant que possible, avec restitution raisonnée des limites certaines, probables ou seulement possibles.Une section chronologique (p. 164-171) se limite à un essai de jalonnement temporel de la « dynamique » des « circonscriptions intermédiaires » entre la fin du IXe siècle et le début du XIIe : fondations de monastères, mouvements de division, création, rétraction, extension… En raison de l’insuffisante teneur des documents utilisés, les aspects historiques relatifs à l’environnement social et politique n’ont pas été traités à ce stade de la recherche.
Une section conclusive (p. 172-177) dresse un bilan de cette approche de géographie historique du sud du pagus Tolosanus aux environs de l’an mil, avant d’ouvrir des perspectives d’approfondissement et d’élargissement aux époques tant antérieures qu’ultérieures.
Une section complémentaire (p. 178-195) regroupe les annexes, documentaire et bibliographique. Celle-là présente la reproduction et (ou) la transcription de textes importants :
la Vita vel passio gloriosi martiris atque pontificis Volusiani, d’après Grégoire de Tours, extraite d’un registre du Vatican (Arch. Cap. S. Pietro D 175, f. 309’) ;
le récit de la fondation de l’abbaye de Lézat (vers 940), inclus au XIIIe siècle dans le cartulaire du monastère, connu indirectement par une analyse du XVIIIe siècle, mais depuis disparu ; le texte latin en est ici publié pour la première fois d’après une copie prise par Claude Estiennot (B.N.F., ms. lat. 12751, f. 606-607) ;
la convention de partage conclue dans les années 1030/1050 entre Pierre Roger, évêque de Gérone, héritier d’une partie du comté de Carcassonne, et son neveu le comte de Foix Roger Ier : cette pièce a été éditée au XVIIIe siècle, mais de manière imparfaite ; le parchemin original (A.D. Ariège, E 1, n° 3) est ici analysé en unités textuelles dont la chronologie relative est indiquée sous forme de diagramme.
Le mémoire présenté par M. Mirouse est le résultat d’un travail considérable, mené de façon convaincante par quelqu’un qui connaît bien la région étudiée, et qui a pu ainsi identifier et localiser nombre de toponymes. L’auteur fait preuve des qualités requises par la recherche : il sait s’informer, réfléchir, s’interroger, douter, exercer son sens critique… Son étude, agréablement mise en forme, solidement documentée, clairement raisonnée, pertinemment argumentée, assez nettement rédigée, se lit avec intérêt.
En particulier, nous y apprenons que le comte de Foix donateur du monastère Saint-Antonin de Frédelas à Cluny, au XIe siècle, était Roger II, beaucoup plus certainement que Roger Ier — lequel n’était pas, comme on l’a cru sur la foi d’une transcription erronée, l’époux d’une Amica imaginaire.
À la suite de la soutenance, ce travail a bénéficié de divers « perfectionnements » : adjonction de deux chapitres liminaires, normalisation des cartes… Il gagnerait à intégrer de nouveaux amendements : amélioration de la ponctuation et des graphies, correction de quelques transcriptions, rectification de dates approximatives ; un index serait bien utile, notamment pour les noms de lieux.
Les travaux pionniers d’Auguste Longnon pour son Atlas historique de la France (1885-1889, 2e livraison) et d’Auguste Molinier, note « Sur la géographie de la province de Languedoc au moyen âge » rédigée pour la deuxième réédition de l’Histoire générale de Languedoc (tome XII, 1889), auraient dû être mentionnés — à moins que l’auteur n’ait pas connu les études de ces illustres devanciers, fondées déjà sur les données du cartulaire de Lézat.En somme, cet ouvrage soumis au concours nous paraît fort digne d’être distingué ; la Société archéologique du Midi de la France encouragerait ainsi une recherche prometteuse sur la genèse du comté de Foix.
Michèle Pradalier-Schlumberger pour son rapport sur le travail de M. Émeric Rigault, Le Sacrifice d’Abraham dans le décor monumental roman du Sud-Ouest de la France et du Nord de l’Espagne (XIe-XIIIe siècles), mémoire de master soutenu en 2015 à l’Université de Toulouse II – Jean Jaurès.
Le sujet concerne un des thèmes les plus fréquents de l’iconographie chrétienne, qui illustre le récit d’un non-sacrifice infantile, exigé puis interrompu par Dieu. Selon le texte de Genèse 22, le vieux patriarche Abraham, sur ordre divin, gravit seul le mont Moriah avec son jeune fils Isaac pour l’y offrir en sacrifice ; il obéit aveuglément à l’implacable ordre divin, au risque de mettre en danger sa propre lignée pour prouver sa soumission à Dieu. Un ange intervient en interrompant le geste meurtrier et en remplaçant le jeune garçon par un bélier.
Selon le schéma habituel du master, l’auteur, dans une première partie, a rédigé l’historiographie du sujet et constaté l’ancienneté des études sur le sacrifice d’Abraham depuis la fin du XIXe siècle.
La deuxième partie s’appuie sur un corpus de 65 représentations de ce qu’on appelle aussi la « ligature d’Isaac », ou Akedah dans la tradition hébraïque. Pour moitié ces œuvres sont à chercher dans le cadre monastique, l’histoire d’Abraham trouvant une résonance précise dans les vœux d’obéissance religieuse prononcés par les moines. Dans les églises romanes, l’auteur observe, comme c’était déjà le cas dans les monuments paléochrétiens, que les chœurs liturgiques furent les lieux favoris du sujet, au-dessus de l’autel majeur où le sacrifice d’Isaac est lié au sacrifice eucharistique.
On trouve ensuite dans le mémoire une typologie des images du sacrifice, que l’auteur organise autour de huit formules iconographiques, ou schémas de composition, selon la présence ou non de l’autel du sacrifice, de l’ange, du bélier, des serviteurs, de l’âne qui a transporté Isaac.
Un chapitre très important et neuf du mémoire s’attache à la fabrication de cette image à la période romane dont les sources sont à chercher dans l’exégèse patristique, chez Tertullien, Origène, saint Ambroise ou saint Augustin. L’exégèse médiévale a également joué un rôle majeur, par exemple Rupert de Deutz ou Hugues de Saint-Victor, qui mettent l’accent sur le sens moralisateur de l’épisode. Enfin, et c’est l’une des qualités du mémoire, l’auteur donne une place importante aux sources hébraïques.
La troisième partie intitulée « étude de cas », est consacrée au sacrifice d’Abraham dans la sculpture romane du Bordelais. Elle regroupe l’étude de douze chapiteaux situés dans des églises des diocèses de Bordeaux et de Bazas. Le prototype est un chapiteau placé dans le porche de la collégiale Saint-Seurin de Bordeaux, dont il est l’unique chapiteau historié. La réception du thème est visible dans les églises de Sainte-Croix de Bordeaux, Soulac-sur-mer, Sainte-Croix-du-Mont, Rions et Saint-Macaire, où les chapiteaux sont systématiquement situés dans le chœur. Un deuxième prototype a été observé dans l’abbaye de la Sauve-Majeure, avec la présence de Sarah avertie par un ange de la naissance prochaine d’Isaac (l’annonciation à Sarah), l’absence de l’autel et l’accent mis sur le geste du père. Le modèle de la Sauve-Majeure reparaît à Saint-Quentin-de-Baron, et Saint-Vincent de Pertignas. On notera au milieu du XIIe siècle une version originale du thème à Saint-Caprais de Bordeaux, où l’influence juive se traduit par la présence de l’archange Samaël, envoyé par le diable : cette créature tire Isaac en arrière pour contrecarrer les dessins divins.
Le master d’Émeric Rigault débouche sur des conclusions novatrices. Il met l’accent sur la popularité du thème dans la période médiévale, à cause de son statut de préfigure du sacrifice christique. En conclusion, il s’agit d’un mémoire d’une grande qualité d’écriture, qui met en valeur une recherche érudite et originale solidement ancrée sur un corpus d’œuvres, qui même si elles ne sont pas inédites, ont été soigneusement analysées. Le master d’Émeric Rigault mérite d’être récompensé par notre Société.
L’ensemble des rapports ayant été entendu, la Compagnie se félicite du succès rencontré par le concours 2016, qui a suscité la présentation de travaux nombreux (quatorze !) et pour la plupart de grande qualité.
De la discussion qui s’ensuit pour l’attribution des diverses récompenses se dégage finalement une proposition qui obtient l’unanimité des suffrages :
Prix de Champreux, doté de 1 000 euros et accompagné de la médaille d’argent de la Société archéologique du Midi de la France, décerné à Mme Anna Thirion ;
Prix Ourgaud, doté de 1 000 euros et accompagné de la médaille d’argent de la Société archéologique du Midi de la France, décerné à M. Stéphane Abadie ;
Prix spécial de la Société archéologique du Midi de la France, doté de 500 euros et accompagné de la médaille d’argent de la Société, décerné à M. Benjamin Marquebielle ;
Prix spécial de la Société archéologique du Midi de la France, doté de 500 euros et accompagné de la médaille d’argent de la Société, décerné à Mme Stéphanie Adroit ;
Médaille d’argent de la Société archéologique du Midi de la France décernée à titre d’encouragement à M. Émeric Rigaut ;
Médaille d’argent de la Société archéologique du Midi de la France décernée à titre d’encouragement à M. Denis Mirouse.
L’ordre du jour appelle pour la seconde partie de la séance une communication de Pascal Julien intitulée Architecture et décors de l’Hôtel de Molinier, « demeurance » parlementaire de la Renaissance toulousaine .
Le Président remercie notre confrère pour sa communication, qu’il qualifie de « magnifique ». Il rappelle qu’elle s’inscrit dans la série des études consacrées par les membres de notre Société à l’Hôtel de Molinier, série inaugurée en 1832 ou 1833 par Alexandre Du Mège dans le premier tome de nos Mémoires (1834) avec une « Notice sur une maison du XVIe siècle » illustrée de dessins de Jules Boilly (p. 351-[36]9 et pl. XVIII-XX). Daniel Cazes constate que, depuis, la connaissance scientifique de l’édifice a largement progressé. Il souligne à son tour la qualité admirable du décor cul-de-lampe de la tourelle, qui lui évoque la grande sculpture romaine. Enfin, concernant les médaillons de marbre blanc de la cheminée, il suggère qu’il puisse s’agir d’œuvres importées.
Guy Ahlsell de Toulza interroge M. Julien sur plusieurs points. Il résulte de leur échange que : 1. la petite porte basse situé à gauche de la porte de l’escalier en vis, ouvrant vers un passage sous la vis, permettait de descendre dans la cave ; 2. la relation entre le portail de 1556 et la façade de la galerie de 1560 demeure un peu problématique, en l’absence d’indication sur l’emplacement de l’entrée précédente ; 3. au portail d’entrée ne s’adossait à l’origine aucun corps de bâtiment, tout comme au collège de l’Esquile dans son état antérieur à l’adjonction de la fin du siècle dernier ; 4. sur l’arrière de l’Hôtel, vers l’Est, n’existait primitivement aucun corps de logis, seulement un mur de clôture.
Dominique Watin-Grandchamp propose à son tour une série d’interrogations, auxquelles Pascal Julien tâche de fournir réponse : 1. le bâtiment situé en fond de parcelle, secteur dans lequel existait une venelle médiévale axée Nord-Sud, était en cours d’achèvement au début des années 1830, ainsi qu’on l’apprend par l’article de Du Mège ; 2. l’édification d’un portail à l’abondant décor marmoréen pourrait peut-être avoir servi de « vitrine » à un maître des marbres, mais cette identification hypothétique avancée sur la base d’un propos de Scaliger n’est pour l’instant pas prouvée ; 3. la moulure inférieure du cadre carré placé au-dessus de la corniche peut paraître lacunaire, en vue frontale, mais il faut tenir compte de la perspective.
La discussion se poursuit avec des interventions de Guy Ahlsell de Toulza concernant la chronologie relative des constructions occupant les diverses parcelles de l’Hôtel, de Michelle Fournié portant sur l’interprétation de la formule d’Épictète gravée au-dessus du portail, de Geneviève Bessis touchant le lien de parenté ayant existé entre Gaspard de Molinier et Alciat, auteur d’un recueil d’emblèmes.
Bruno Tollon, après s’être déclaré « très admiratif » devant l’« exposé remarquable » de Pascal Julien, bel exemple d’étude interdisciplinaire, annonce son intention de consacrer une communication brève à l’emblématique à Toulouse, dans le contexte de la venue du roi Charles IX dans notre ville.
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza présente :
Le martyre de Saturnin, tableau de Paul Pujol daté de 1890 (voir le compte rendu de la séance du 3 novembre 2015) récemment acheté pour la Société, qu’il vient de faire restaurer et encadrer ;
des photographies de deux chapiteaux en marbre blanc, du XIVe siècle, dont l’un paraît appartenir à la même série que ceux provenant de l’ancien couvent dominicain de Rieux et qui ont été acquis en 1977 par le Musée des Augustins ; les deux pièces seront proposées à la vente aux enchères publiques le 24 mars prochain [complément d’information donné depuis par M. de Toulza : le chapiteau similaire à ceux de Rieux a été adjugé pour la somme de 1 200 euros, plus les frais].
Innocencia Queixalós donne des informations sur les mesures récentes agrégeant la profession de restaurateur du patrimoine aux métiers d’art. Elle signale plusieurs articles de presse alertant l’opinion à ce sujet ainsi que la mise en ligne d’une pétition sur le site « change.org » :
« ALERTE !
LES RESTAURATEURS DU PATRIMOINE SONT EN DANGER
LES ŒUVRES D’ART SONT EN DANGERLa profession de restaurateur du patrimoine est en grande souffrance. Au bord du gouffre. De plus en plus nombreux sont ceux qui abandonnent le métier, les commandes publiques se raréfient, les revenus sont en chute libre. 40 ans après la création des formations supérieures, très exigeantes, voulues par l’Etat, les professionnels de la conservation-restauration n’ont toujours pas de titre protégé, ni de fonctions permanentes dans les institutions publiques sauf de rares exceptions, les marchés publics ignorent la spécificité de leurs prestations, les dimensions scientifique et intellectuelle du métier continuent à être méconnues. Deux rapports très complets établis en 2003 et 2006 sur la profession sont restés lettre morte. Les avis et recommandations des organisations professionnelles française et européenne sont ignorés. Aujourd’hui, une note interne du ministère de la culture du 22 février 2016 appelle à « un plan d’action indispensable à la survie » de la profession. Sans les professionnels de la conservation – restauration, il n’y aura plus d’expositions, plus de partage, plus de transmission des œuvres de l’esprit, ni aujourd’hui ni demain. Le patrimoine et sa démocratisation sont menacés.
Nous, artistes, conservateurs, universitaires, professionnels de la conservation-restauration, défenseurs du patrimoine, demandons avec force que les compétences spécifiques et la nécessaire haute qualification (master) des restaurateurs des biens culturels soient pleinement reconnues et les conditions d’exercice de leur profession, modifiées. Alors que la restauration du patrimoine, qui n’est pas un métier de création, vient d’être autoritairement et contre toute logique incorporée aux métiers d’art par arrêté publié au JO du 31 janvier 2016, et qu’une loi relative à la création, à l’architecture et au patrimoine est sur le point d’être votée sans aucune référence à l’indispensable rôle des professionnels de la conservation- restauration dans la gestion du patrimoine, nous attendons des clarifications et des initiatives immédiates afin de sauver cette profession d’excellence sur laquelle reposent l’intégrité et la pérennité des œuvres et objets d’art. Nous demandons que lui soit donnée toute la dignité nécessaire au sein des institutions culturelles publiques. »
Séance du 16 février 2016
Communication de Patrice CABAU
Maître Jean Dominique († 1283), notaire de Toulouse, juriste au service des princes
Lire le compte-rendu
Les sondages pratiqués à l’été 2015 aux abords de l’église Saint-Sernin de Toulouse ont amené la découverte d’une plaque de marbre portant une inscription funéraire gravée en mémoire de « discret homme maître Jean Dominique, mort le 12 avril 1283 ». Ornée très ostensiblement de dix écussons armoriés identiques, cette épitaphe ne nous renseigne guère sur le défunt. Par chance, de nombreuses pièces d’archives, conservées tant à Toulouse, Montauban, Paris, qu’à Londres ou Wolfenbüttel, permettent d’évoquer la figure et de retracer l’itinéraire d’un notaire public de Toulouse qui fit carrière au service des princes : d’abord, Alphonse de France, comte de Poitiers et de Toulouse, ensuite Édouard Plantegenêt, duc d’Aquitaine puis roi d’Angleterre.
Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Fournié, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Nadal, MM. Macé, Mattalia, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Haruna-Czaplicki, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Queixalós, MM. Boudartchouk, Chabbert, Darles, Garland, Garrigou Grandchamp, le Père Montagnes, MM. Penent, Tollon.
Invitée : Mme Valérie Dumoulin, assistante de conservation à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse.
Le Président souhaite la bienvenue à Mme Valérie Dumoulin, invitée à assister à notre séance de ce soir.
Puis il fait part à la Compagnie du décès de notre confrère Germain Sicard, membre de notre Société depuis 1957. Agrégé de droit et professeur d’histoire du droit à Alger puis à Toulouse, Germain Sicard avait été président de l’Académie de Législation ; il était mainteneur des Jeux Floraux depuis 2001 et président honoraire de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-lettres de Toulouse. François Bordes ajoute que sa thèse, Aux origines des sociétés anonymes. Les moulins de Toulouse au Moyen Âge, publiée par les éditions Armand Colin en 1953, a eu tout récemment une renommée internationale après sa publication en anglais par l’université de Yale, en 2014.
La correspondance reçue comprend principalement les remerciements de M. Pascal Mailhos, préfet de la Région Languedoc-Roussillon – Midi-Pyrénées pour les condoléances que nous lui avons adressées.
Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 19 janvier dernier, qui est adopté.
L’ordre du jour appelle l’examen de la candidature de Mme Magali Vène au titre de membre correspondant de notre Société. Le rapport de Christian Péligry entendu, on procède au vote : Mme Magali Vène est élue membre correspondant.
La Compagnie entend les quatre premiers rapports sur les travaux présentés au concours.
Le Président donne lecture des deux rapports qui lui ont été communiqués par M. Nicolas Valdeyron :
Benjamin Marquebielle, Le travail des matières osseuses au Mésolithique. Caractérisation technique et économique à partir des séries du sud et de l’est de la France, thèse sous la direction de Jean Vaquer, Université de Toulouse -Jean-Jaurès, 2014, 508 p.
Cet important travail a été réalisé sous la direction de Jean Vaquer, directeur de recherche au CNRS, et soutenu, le 19 septembre 2014, devant un jury composé du directeur nommé, de Gregor Marchand, directeur de recherche au CNRS, Boris Valentin, professeur à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Aline Averbouh, chargée de recherche au CNRS, Nejma Goutas, chargée de recherche au CNRS, Gaëlle Le Dosseur, post-doctorante, Nicolas Valdeyron, professeur à l’université de Toulouse-Jean Jaurès.
Il est constitué d’un volume unique de 507 pages, avec un texte dense, quasiment dépourvu de notes de bas de page, les références bibliographiques étant abrégées et entre parenthèses. De nombreux tableaux complètent ou résument l’information. L’illustration, regroupée, dans le cadre de la stricte économie du mémoire, est faite de plans, coupes, graphiques, dessins, photographies. Économe également, la mise en page suit un plan en trois parties, détaillé, avec ses nombreuses subdivisions, dans une table des matières de huit pages. La même précision empreint la table des illustrations et tableaux, de sept pages. Vingt-trois pages de bibliographie viennent aussi en fin de mémoire. L’écriture est parfaitement maîtrisée.Le professeur Nicolas Valdeyron nous a communiqué le rapport de soutenance, qui permet de juger de la qualité de cette recherche. Nous en donnons, résumée, la teneur.
Jean Vaquer y rappelle qu’il a dirigé cette thèse avec Nicolas Valdeyron, dans le cadre d’un programme doctoral sur les industries en matières dures d’origine animale du Mésolithique méridional en France (nous sommes entre 10 000 et 5000 ans avant J.-C.). Pour pouvoir traiter le sujet, Benjamin Marquebielle a dû ouvrir le champ de l’étude à l’ensemble du territoire de la France, en procédant à une sévère révision critique des sources, et en appréciant tous les contextes, afin de repérer 27 sites fiables qui totalisent 41 unités stratigraphiques bien caractérisées ou datées. D’où une méthodologie actualisée et une argumentation solidement étayée.
Nicolas Valdeyron souligne l’implication passionnée de Benjamin Marquebielle dans l’archéologie en général, et particulièrement la préhistoire, au long de son parcours universitaire, son intérêt aussi pour la collaboration et la médiation. Il compte déjà beaucoup de publications à son actif. Sans financement, il a réalisé un important corpus d’objets dispersés et largement inédits. L’analyse technologique est convaincante, reprise par des synthèses géographiques et chronologiques pertinentes. Une très belle thèse.
Aline Averbouh est aussi élogieuse. le candidat a su réaliser l’un des inventaires critiques les plus complets de sites mésolithiques du sud et de l’est de la France, un socle bien fondé pour les recherches futures. Benjamin Marquebielle fournit enfin les informations qui manquaient pour caractériser le façonnage des matières osseuses au Mésolithique. Elle souligne la démarche scientifique exemplaire -observation et description, analyse, interprétation- qui forme la trame en trois parties du travail. A cette rigueur correspondent une éthique sans faille, un goût du partage déjà relevé par Nicolas Valdeyron, signes d’une maturité scientifique incontestable.
Gregor Marchand relève également l’exemplarité de cet inventaire. La conclusion « est un vrai aboutissement d’une dizaine de pages, et non pas un résumé fatigué des propos précédents », mettant bien en perspective les industries osseuses antérieures (aziliennes) et postérieures, du Néolithique. Ainsi y apprend-on que « l’exploitation de la canine de sanglier apparaît particulièrement comme une caractéristique forte de la période », ou comment distinguer l’outillage domestique des objets produits avec une intention symbolique.
Boris Valentin confirme que Benjamin Marquebielle a bien sélectionné les meilleures séries, avec un excellent discernement du sujet.
Nejma Goutas montre les grandes qualités orales et d’exposé du candidat, toujours clair et pertinent, comme l’efficacité de ses réponses. Une soutenance parfaite, qui confirme sa maturité intellectuelle et scientifique, résultat d’un courage et d’une persévérance sans faille. Grâce à lui, les chercheurs disposent désormais d’un inventaire inédit et presque exhaustif des séries osseuses du Mésolithique en France, et aussi d’une caractérisation de ces industries, avec toutes les clefs nécessaires à l’interprétation.
Gaelle Le Dosseur, spécialiste de l’outillage osseux, juge que ce travail est maintenant une référence incontournable sur le sujet, avec une synthèse très intéressante, et une conclusion « riche et passionnante » sur les sociétés du Mésolithique..Tous les membres du jury « soulignent à quel point la thèse de monsieur Benjamin Marquebielle est un travail de recherche de très haut niveau qui s’inscrit dans la lignée des acquis les plus récents dans le domaine de la technologie osseuse. Ils concluent en soulignant les immenses qualités de ce mémoire, qui comptera assurément pour la Préhistoire française en raison de son grand systématisme ».
Laurence Rougier, La grande faune magdalénienne de la grotte de Montespan. Étude paléontologique et archéologique, mémoire de master 2 sous la direction de Philippe Fosse, Université de Toulouse -Jean-Jaurès, 2015, 52 p.
Jean Balty donne lecture de son rapport sur le mémoire de :
Grégory Ponsonnaille, La sculpture romaine sur le territoire de la cité antique d’Aquae Sextiae (Aix-en-Provence), mémoires de master 1 et 2, Université de Montpellier III, 2 vol. : vol. Synthèse, 152 p., vol. Catalogue, 505 p.
Maurice Scellès donne lecture de son rapport sur le travail de :
Cécile Rivals, La construction d’une ville de confluence : les dynamiques spatiales de Saint-Antonin-Noble-Val (82) du Moyen Âge à la période pré-industrielle, thèse sous la direction de Nelly Pousthomis et Florent Hautefeuille, Université de Toulouse – Jean Jaurès, septembre 2015, 3 volumes ; vol. 1 : Synthèse, 459 p. ; vol. 2 : Illustrations, 362 p. ; vol. 3 (en 2 tomes) : Catalogue, 802 p.
La parole est à Patrice Cabau pour une communication consacrée à Maître Jean Dominique († 1283), notaire de Toulouse, juriste au service des princes .
Le Président remercie notre confrère d’avoir évoqué pour nous ce personnage à l’occasion de la découverte de son inscription funéraire lors des sondages d’évaluation réalisés sur le site de Saint-Sernin, un personnage historique qui prend des allures de personnage de roman, et sur lequel on comprend que bien des recherches restent à faire.
Dominique Watin-Grandchamp salue l’extraordinaire travail réalisé par Patrice Cabau pour reconstituer la vie et la place dans la vie locale de ce Jean Dominique, à partir de son seul nom. À sa suite, Laurent Macé souligne le fait que l’on a avec ce personnage une belle illustration d’un Toulousain qui profite du changement de dynastie. Puis il fait remarquer que la dénomination de « magister » est encore vague à cette époque, et qu’elle n’implique pas que Jean Dominique soit jurisperitus. S’intéressant aux prénoms des membres de sa famille, il remarque que celui d’Helys ou Helyz se retrouve chez les Turenne, ceux de Guillaume, Raymond et Pons chez les raymondins ; en revanche, « Méraode » le surprend. Patrice Cabau précise que la lecture pose en fait problème, une lettre n’étant pas lue (Mera[o]de). En remerciant Laurent Macé d’avoir attiré son attention sur ce point, il indique que le titre de jurisperitus est donné à Jean Dominique dans un diplôme royal délivré à Paris en 1279 ; en revanche, dans l’acte de paréage de Lectoure en 1274, celui-ci apparaissait parmi plusieurs jurisperiti, dont un doctor legum, mais lui-même n’était qualifié que magister, ce que notre confrère reconnaît avoir interprété peut-être à tort comme une marque de modestie. François Bordes signale un acte toulousain de 1295 où figurent quatre magistri, dont des jurisperiti et un notaire.
En réponse à une question de Laurent Macé, Patrice Cabau précise que Jean Dominique est dit en 1273 magister Johannes Dominici, clericus et judex illustrissimi regis Anglie et ducis Aquitanie. Dominique Watin-Grandchamp observe qu’il est en charge dès 1256 de la jugerie de Gascogne et qu’il joue un rôle d’intermédiaire entre le comté de Toulouse et le duché d’Aquitaine.
François Bordes s’interroge toujours sur la présence d’archives du Moyen Âge à Saint-Sernin. Daniel Cazes lui donne tout à fait raison, avant de rappeler que cette situation remonte à la constitution des fabriques au XIXe siècle ; des registres de Saint-Étienne qu’il a pu consulter dans les années 1970 ont semble-t-il disparu, et des objets aussi. Dominique Watin-Grandchamp rapporte qu’elle n’a retrouvé à Saint-Sernin que des chemises vides de documents dont elle avait fait l’analyse alors que Pascal Julien travaillait à sa thèse. François Bordes rappelle que Jean Le Pottier avait engagé à ce sujet un début de négociation avec les Archives diocésaines.
Au titre des questions diverses, Bernard Sournia souhaite apporter des compléments à la discussion qui a suivi sa communication du 15 décembre 2015, sur le collège-monastère Saint-Benoît-Saint-Germain à Montpellier.
Séance du 1er mars 2016 (séance privée)
Un travail inédit de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette :
Quatre siècles d’imprimerie à Toulouse ou « les armes de la Lumière »
Lire le compte-rendu
Cette communication à deux voix (Christian Péligry et Geneviève Bessis) rend compte du tapuscrit de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette intitulé Quatre siècles d’imprimerie à Toulouse ou « les armes de la lumière » déposé à la SAMF. C’est l’occasion d’évoquer la carrière de bibliothécaire et les travaux concernant l’imprimerie et le commerce du livre à Toulouse et dans le Midi toulousain de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette (Narbonne 21 avril 1920-Toulouse 13 mars 2008), membre de notre société de 1993 à 2005.
Présents : MM. Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Fournié, Haruna-Czaplicki, Napoléone, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Garrigou Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Stouffs, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, MM. Gardes, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Cazes, Président, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Queixalós, MM. Boudartchouk, Chabbert, Darles, Garland, le Père Montagnes, MM. Penent, Sournia, Tollon.
Invitée : Mmes Odette Molinier, Marianne Miguet, bibliothécaire honoraire de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse, Jeanne Péligry, MM. Maxence Fabiani, directeur des Nouvelles éditions Loubatières, Miguet.
En l’absence du Président, le Directeur ouvre la séance en disant le grand plaisir que nous avons à accueillir nos invités de ce soir, qui tous ont contribué à faire connaître les travaux de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 2 février, qui est adopté à l’unanimité.
Le Directeur rend compte de la correspondance qui comprend en particulier les candidatures au titre de membre correspondant de notre Société de Mme Sarah Munoz et de M. Colin Debuiche, qui seront examinées par le Bureau.
La parole est à Geneviève Bessis et Christian Péligry pour une communication sur Un travail inédit de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette : Quatre siècles d’imprimerie à Toulouse ou « les armes de la Lumière » .
Le Directeur remercie Geneviève Bessis et Christian Péligry, en regrettant que la contrainte de temps les ait empêchés de développer tout leur propos, que l’on pourra peut-être lire dans le prochain volume de nos Mémoires.
François Bordes, qui a bien connu Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, s’est souvent entretenu avec elle de son projet, qui n’a pas été vraiment soutenu. Si elle lui avait donné un caractère plus scientifique, avec notamment un appareil critique, son travail aurait en effet constitué la base de nouvelles recherches. Christian Péligry souligne qu’il est très frustrant de rencontrer au fil de la lecture des citations d’archives dont les références font défaut, et Geneviève Bessis confirme qu’il est très difficile de retrouver les actes concernés dans les registres notariés.
Madame Odette Molinier précise que les documents qu’elle a pu déposer auprès de notre Société ne représentent que ce qui est resté de la documentation que Marie-Thérèse Blanc-Rouquette lui avait confiée, après qu’a été égaré le fonds réservé lors du règlement de la succession pour être donné à la Ville de Toulouse. Après avoir évoqué l’estime et l’affection qu’elle avait pour Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, Mme Odette Molinier exprime sa gratitude à la Compagnie pour cet hommage rendu à notre consœur, qui répare l’injuste oubli dont elle a été victime. Le Directeur remercie Mme Odette Molinier pour ces témoignages.
La parole est à Nicole Andrieu et Jean-Marc Stouffs pour une communication sur L’armoire peinte de Poubeau (Haute-Garonne) .
Le Directeur remercie les deux intervenants de nous avoir présenté cette armoire exceptionnelle, dont la découverte a dû être ressentie comme une chance pour la commune. Nous ne pouvons que nous féliciter de la bonne inspiration qu’a eue le maire de la faire restaurer, et nous avons pu apprécier toute l’habileté de Jean-Marc Stouffs : la lisibilité ainsi rendue au décor peint permet de reconnaître la majeure partie de l’iconographie.
Nicole Andrieu rappelle que la fonction de ce meuble reste incertaine, mais on sait que des armoires ont longtemps servi à abriter les objets du culte, jusqu’à ce que les églises aient été dotées d’une sacristie. L’iconographie pourrait être celle d’une armoire liturgique. En réponse à une question d’Henri Pradalier, Nicole Andrieu précise que l’église est dédiée à saint Simplice. Henri Pradalier note encore que le décor est plus récent que l’armoire.
Maurice Scellès s’étonne de la structure de la partie basse de l’armoire, qui n’est accessible que par une petite porte au lieu des deux battants qu’il y a dans la partie haute. Par ailleurs, les traces de brûlure laissées par des bougies ne seraient-elles pas en faveur d’une armoire-reliquaire ? Geneviève Bessis évoque les rituels de fécondité dont le « caillou » de Poubeau faisait l’objet.
Comme Louis Peyrusse demande si l’on connaît d’autres meubles semblables de cette époque, Jean-Marc Stouffs et Nicole Andrieu confirment qu’ils sont rares.
Guy Ahlsell de Toulza s’intéresse aux traces de brûlures qui semblent indiquer que le bas du meuble a été brûlé à la bougie. Pour Jean-Marc Stouffs, il s’agit de brûlures volontaires, très profondes, comme auraient pu en provoquer des bougies brûlant en permanence ; d’autres traces se trouvent sur le haut du meuble et sur les côtés. Guy Ahlsell de Toulza fait remarquer que l’armoire devait être surélevée.
Jean-Michel Lassure croit se souvenir que la Vierge au ciboire de Poubeau, publiée par Marcel Durliat, est une pièce remarquable en raison de ses particularités iconographiques. Il ajoute que c’est une période où l’on a orné de nombreuses églises.
Pierre Garrigou Grandchamp signale une publication anglaise sur les marques de flammes de bougies ou de lampes à huile, observées sur des meubles et des poutres, publication qui met en évidence des pratiques très diversifiées. Il remarque par ailleurs que si le meuble a été peint sur place au XVIe siècle, d’après le style, le meuble lui-même pourrait peut-être faire l’objet d’une datation par dendrochronologie. Le musée de Sion, en Suisse, pourrait fournir des comparaisons pour sa fonction. Nicole Andrieu signale aussi, dans la sacristie de Rieux-Volvestre, une immense armoire et une petite armoire des archives du XVe siècle.
La Compagnie consacre la dernière partie de la séance à l’audition de cinq des rapports pour le concours.
Philippe Gardes donne lecture de son rapport sur mémoire présenté par Gaëlle Guillerme : La parure du Cayla de Mailhac (Aude) durant la Protohistoire (du Bronze final IIIb au Ier siècle av. n. é.), mémoire de master II sous la direction d’Éric Guilledrat, Montpellier, Université Paul-Valéry, 2014-2015, 195 p.
Puis il donne lecture du rapport de Jean-Luc Boudartchouk sur le mémoire de Pierre Péfau, Étude archéologique des vestiges d’architecture de l’Âge du fer du site de Roquelaure « La Sioutat » (Gers).
Philippe Gardes présente enfin son rapport sur le travail de Stéphanie Adroit : Pratiques funéraires et sociétés de la Garonne à l’Ebre (Xe s. – Ve s. av. j.-c.), thèse de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, 2015.
Stéphanie Adroit soumet au prix de notre société son important travail de thèse soutenu en 2015. Il se compose d’un volume de texte de plus de 600 pages et d’un volume d’annexes, dessins, plans et tableaux.
Je suis heureux que Stéphanie Adroit concoure au prix de la Société, heureux parce-que sa candidature montre ô combien la Protohistoire a aujourd’hui conquis ses lettres de noblesse dans le milieu académique et qu’elle se révèle, non plus comme une simple transition entre Préhistoire et Histoire, mais comme une période de bouleversement des sociétés qui annonce et prépare l’ascension de l’urbanité. Je suis également heureux car je connais et apprécie la candidate. Elle est en effet membre du laboratoire TRACES depuis 2010 et a participé depuis à son développement. En quelques années, elle a su s’intégrer dans les principaux projets de recherche de l’équipe, organiser un colloque international à Madrid et développer des programmes personnels tout en menant à bien sa thèse. Ceci est d’autant plus méritoire que son sujet concernait un très vaste espace géographique, à cheval sur deux pays, la France et l’Espagne, de la Méditerranée au Golfe de Gascogne et de la Garonne à son fleuve jumeau au sud des Pyrénées, l’Èbre. De plus, elle n’a bénéficié que d’un financement très partiel de ses travaux.
La thèse porte sur les pratiques funéraires au premier Âge du Fer, sujet a priori peu novateur tant la recherche protohistorique s’est focalisée sur cette question depuis un siècle. Mais l’auteur réussit le tour de force de renouveler complètement le sujet en s’affranchissant des pesanteurs historiographiques et en dépassant le carcan des études régionales ou micro-régionales Ce changement de perspective lui permet de révéler ce qui jusque-là n’était que soupçonné : l’intensité des relations transpyrénénnes.
De cet énorme travail réalisé sur plus de 400 nécropoles, on retiendra au moins deux résultats majeurs, qui font que ce travail marquera durablement la recherche protohistorique.
Un des acquis importants de cette thèse réside dans la mise à plat de la chronologie. L’auteur met de l’ordre dans le maquis des schémas chronologiques existants et propose enfin une nouvelle périodisation générale en 6 étapes, débarrassée de toute scorie régionaliste. Ce travail s’appuie non plus sur la typologie des mobiliers d’accompagnement mais sur les datations radiocarbone et aussi sur l’évolution, moins volatil que celle des objets, des structures funéraires.
Le deuxième apport majeur de cette étude réside dans l’identification de groupes de nécropoles présentant des caractères proches et semblant évoluer de manière cohérente. Jusque-là soupçonnées à travers la diffusion de certains objets dont des agrafes de ceinture ou des fibules, les relations transpyrénéennes sont enfin prouvées sur des bases archéologiques assurées. Ce résultat l’auteur l’a obtenu en confrontant les données des différents sites à travers la méthode de l’analyse des correspondances, qui lui fournit des résultats impressionnants et peu contestables.Au bilan l’auteur dresse un portrait totalement inédit des sociétés péri-pyrénéennes au premier âge du Fer. Elle montre toute la richesse et la complexité de l’organisation sociale de ces différents groupes qui entretenaient des relations bien plus étroites entre eux qu’avec la Méditerranée, par exemple.
Cette thèse est donc remarquable tant par son ampleur, son originalité que par sa qualité formelle. En outre, elle offre de nouvelles perspectives à la recherche protohistorique.
François Bordes donne lecture de son rapport sur le travail présenté par Nicolas Marqué : Géohistoire de Toulouse et des villes de parlement (vers 1680 – vers 1830). Des centres administratifs et judiciaires d’Ancien Régime et leur redéfinition après la Révolution, thèse de doctorat sous la direction de Jack Thomas, Université de Toulouse – Jean Jaurès, FRAMESPA, décembre 2015, 2 vol Texte, 788 p. et 1 vol. Atlas, 174 p. + cd.
Henri Pradalier donne lecture de son rapport sur le travail présenté par Anna Thirion : La « tribune » de Saint-Michel de Cuxa : essai de restitution numérique au service d’une nouvelle approche historique, iconographique et liturgique, thèse sous la direction de Géraldine Mallet, Université Paul-Valéry – Montpellier 3, 2015, 4 vol.
Dans sa thèse intitulée La « tribune » de Saint-Michel de Cuxa : essai de restitution numérique au service d’une nouvelle approche historique, iconographique et liturgique, Mme Anna Thirion a repris un sujet largement abordé depuis les années 1950, date à laquelle on a commencé à supposer qu’une tribune avait existé à l’intérieur de la nef de l’abbatiale catalane, à l’image de celle du prieuré de Serrabonne.
Après une introduction qui souligne la particularité de son travail et qui annonce clairement le plan, l’auteure inventorie les sources tant écrites qu’iconographiques et explique la méthode suivie. Celle-ci, par l’analyse numérique des différents éléments épars de la tribune de Cuxa, vise à en proposer une anastylose virtuelle avant de réfléchir à sa fonction dans la nef de l’abbatiale catalane.
Dans la première partie elle étudie les différents éléments de la tribune actuellement connus. s’accompagne de remarques neuves et pertinentes sur les thèmes représentés et, à travers l’étude analytique des supports, du couvrement et des éléments de façade, sur le matériau — du marbre rose — et son aspect actuel avec cassures, traces d’outils, type de taille et relief.
Dans la deuxième partie, Anna Thirion analyse avec la plus extrême minutie, les résultats des fouilles antérieures, les mesures, les formes et dimensions des supports, chapiteaux, tailloirs et ogives afin de retrouver l’emplacement de la tribune dans la nef et d’en proposer le plan et l’élévation.
Le travail effectué, impressionnant, où les mesures et les contours des différentes œuvres sont prises au millimètre permet à l’auteure de proposer avec une argumentation convaincante de nouvelles attributions de fragments pour l’élévation de la tribune et d’en exclure d’autres que l’on en avait rapprochées à tort. Cette investigation aboutit d’une part à une tentative de localisation de l’emplacement des chapiteaux et des différents éléments sculptés des façades orientale et occidentale de l’édicule, d’autre part à la restitution complète de tous les fragments conservés.
C’est là que prend tout son sens le recours aux techniques les plus modernes d’investigation qui ont permis à Mme Thirion de déplacer et d’orienter à loisir les différentes pièces conservées par le biais du recours au virtuel, évitant ainsi la lourdeur de la manipulation physique et les risques de détérioration des œuvres.
Par ailleurs en examinant de façon rigoureuse une très copieuse bibliographie, en comparant avec manuscrits, portail de Ripoll, ciborium, tribune de Serrabonne, de Cruas, de Vezzolano elle parvient à déterminer l’emplacement de la tribune dans la nef et l’orientation de ses façades que plusieurs chercheurs avaient inversées plaçant à l’ouest celle qui devait être à l’est et vice versa. Il s’agit là d’une découverte définitive et incontestable.
Les deux premières parties de la thèse de Mme Thirion débouchent sur ce qui est essentiel : quelle était la fonction et la signification de cette tribune ?
Sur cette question pendante, elle avance des propositions — que je ne détaille pas — sur la signification iconographique, les fonctions à la fois mémorielle, liturgique et commémorative de la tribune de Saint-Michel de Cuxa dans laquelle la réinsertion sur la façade occidentale de la tribune de la fameuse plaque de l’abbé Grégoire tient une place essentielle.
Ainsi par l’analyse complète des travaux antérieurs, la minutie apportée à l’analyse des différents fragments restants, la reconstitution convaincante du plan et de l’élévation de la tribune, les propositions nouvelles sur son rôle et sa signification ce travail exhaustif, ouvre des perspectives prometteuses sur la connaissance de ce type de construction qui a posé tant de problèmes aux chercheurs qui l’ont précédemment étudié. Mme Thirion a su apporter à leurs travaux des corrections salutaires et irrévocables avec des arguments décisifs.
Tout ceci dans une langue sans reproche et un style agréable malgré la technicité de certaines pages, phénomène de plus en plus rare dans les travaux actuels des chercheurs et qui montrent que pour qui connaît la langue nulle réforme de l’orthographe et de la grammaire n’est nécessaire.
C’est pourquoi, devant l’ampleur et la qualité du travail effectué je propose qu’Anna Thirion puisse bénéficier d’un prix doté de notre société.
Séance du 2 février 2016
Communication de Guy AHLSELL DE TOULZA
L’HÔTEL D’ANDRIEU DE MONTCALVEL – vers 1775
Lire le compte-rendu
Du XVe au XVIIe siècle hôtel Dufaur de Saint-Jory,
au XVIIIe siècle hôtel de Caulet puis hôtel d’Andrieu de Montcalvel,
au XIXe siècle hôtel de Castellane puis hôtel de Campaigno,
copropriété « hôtel de Saint-Jory » depuis 1957
La Société archéologique du Midi de la France est fondée le 2 juin 1831 par le marquis de Castellane dans les salons de son hôtel du 10 rue Croix-Baragnon. Curieusement cet hôtel, dont le portail est l’un des plus spectaculaires de Toulouse, n’avait jamais été étudié.
Remplaçant des maisons médiévales, un grand et bel hôtel est construit dans la seconde moitié du XVe siècle par Gatien Fabre (ou Fabri et plus tard Du Faur) tiers président au Parlement de Toulouse, coseigneur de Saint-Jory. Vers 1545, Michel Du Faur, devenu juge mage en 1535, entreprend la modernisation de son hôtel par la réfection du portail et des fenêtres. Il fait vraisemblablement appel à Nicolas Bachelier avec qui il passe un contrat en mai 1545 pour la rénovation de son château de Saint-Jory et que son beau-frère Guillaume de Bernuy fait travailler dans son hôtel du 5 rue de la Pomme (1540-1544). L’hôtel reste dans sa descendance jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
Joseph de Caulet de Gramont (1684-1742), président à mortier au Parlement de Toulouse en 1714, fait l’acquisition de l’hôtel Du Faur de Saint-Jory. Son petit-fils, Tristan de Caulet le vend le 16 février 1770 à François-Joseph d’Andrieu de Montcalvel.
A la tête d’une solide fortune, François-Joseph d’Andrieu fait détruire le vieil hôtel médiéval des Du Faur de Saint-Jory, résidence du juge-mage, qu’il vient d’acheter, au moment où l’hôtel de son voisin le comte de Fumel, racheté par la ville de Toulouse, va devenir la résidence officielle du Premier Président du Parlement. Ainsi disparurent la tour d’escalier qui impressionnait Jean de Bernuy en 1504 et le beau portail de Bachelier qu’admirait de Dupuy du Grez en 1699.
La reconstruction de ce second hôtel se fait entre 1771 et 1779, en remployant une partie des matériaux de démolition. Andrieu de Montcalvel fait le choix d’un hôtel sur cour alors que, non loin de là, au n° 41 de la rue Croix Baragnon, le marquis de Bonfontan construit lui un hôtel sur rue entre 1767 et 1771. Dans un esprit néo-classique, les élévations sont d’une noble sobriété, la décoration étant concentrée sur l’entrée. Le portail en arc de triomphe est orné de doubles pilastres ioniques et couronné d’un imposant groupe de terre cuite. Deux lions, l’un dressé l’autre couché sur un fond de trophées d’armes, tiennent un cartouche avec des armoiries doubles, aujourd’hui vides mais qui devaient être celle des Andrieu et des Cambolas. Ces armoiries se retrouvaient sur la remarquable rampe d’escalier attribuable à Ortet ou à Bosc. L’hôtel est achevé et habité en 1779, même si le décor des appartements restait sans doute à exécuter, les décors et les cheminées visibles aujourd’hui datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Il fait l’objet de la dot de mariage de sa fille Marie-Madeleine Charlotte d’Andrieu avec Joseph-Léonard de Castellane le 4 janvier 1780.
Joseph-Léonard de Castellane (1761-1845) est voué à la carrière militaire. Il réside peu à Toulouse et si le mariage ne fut pas d’amour, il n’oublie pas son épouse à qui il donne un enfant tous les deux ans… Il émigre seul à Coblence en 1791, fait en 1792 la campagne avec les Bourbons et passe ensuite en Angleterre. Charlotte d’Andrieu divorce sous la Révolution pour conserver ses biens propres issus de sa dot, elle est la seule propriétaire de l’hôtel, et recevoir l’indemnité prévue en cas de prédécès de son mari. Celui-ci rentre à Paris en 1801 puis à Toulouse en 1804. Charlotte d’Andrieu meurt en 1814 et son fil Boniface de Castellane Esparron obtient en 1815 l’hôtel d’Andrieu de Montcalvel dans sa part de l’héritage de sa mère. Il y vit avec son père veuf, sa femme et ses enfants. Il fait surélever le corps central de l’hôtel d’un second étage et aménage deux cages escalier aux angles nord de la cour d’honneur pour distribuer des appartements à usage locatif.
Peu après la mort de son père en octobre 1845, Boniface de Castellane, endetté, décide de vendre son hôtel. L’acheteur en 1847 est le comte Jean Patras de Campaigno, maire de Toulouse de 1858 à 1865. Il va moderniser l’hôtel d’Andrieu. Il ne touche pas aux façades de la cour d’honneur, mais remanie profondément la seconde cour : disparition du jardin, nouvelles façades, nouvelles écuries et nouveau corps de logis en fond nord de cette cour au dessus des garages pour les voitures. Il dote le portail d’un étonnant éclairage au gaz, le seul subsistant de ce genre à Toulouse. Il refait les décors intérieurs des appartements : cheminées de marbre, corniches et stucs dans le style Louis XVI.
L’hôtel d’Andrieu reste dans la famille Patras de Campaigno jusqu’au milieu du XXe siècle. Puis sous le nom d’hôtel de Saint-Jory, il devient en 1957 une copropriété qui comprend 27 copropriétaires en 2015.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Krispin, Nadal, MM. Penent, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Boudartchouk, Chabbert, Darles, Garland, Landes, le Père Montagnes, M. Sournia.
Invitées : Mme Marie-Emmanuelle Desmoulins, documentaliste des Monuments historiques à la DRAC.
Le Président ouvre la séance en transmettant à la Compagnie les très vifs remerciements des chercheurs espagnols que nous avons accueillis le week-end dernier dans nos locaux.
Puis il annonce que nous avons reçu la candidature de Mme Magali Vène, qui sera examinée par le Bureau et pour laquelle un rapporteur devra être désigné.
La visite, mardi dernier, de l’exposition Saint-Sernin, patrimoine oublié, patrimoine révélé a connu une double malchance : un certain nombre d’entre nous se sont retrouvés devant une porte close, pour cause de grève surprise, et sans personne pour les accueillir. L’intérêt ne résidait pas tellement dans l’exposition elle-même mais dans l’annonce faite par Pierre Pisani que nous seraient présentées les œuvres découvertes lors des sondages d’évaluation de Saint-Sernin, et en particulier les chapiteaux du cloître. Ce n’est peut-être que partie remise mais nous n’avons pas pour l’heure de réponse de Pierre Pisani ni de son service.
Une nouvelle : celle du retour à Muret du reliquaire de saint Germier, volé il y a un an, mais malheureusement sans son couvercle (La Dépêche du Midi du 24 janvier 2016).
Après avoir raconté les difficultés rencontrées avec la poste, qui ont bien failli être insurmontables (il faudra bien avoir une boîte aux lettres pour notre Société), le Président montre les volumes des quatorze travaux présentés au concours, un nombre exceptionnel dont nous ne pouvons que nous féliciter. La relance faite par Émilie Nadal sur la page Facebook de notre Société y est sans doute pour quelque chose.
Le nombre des travaux nécessitera de consacrer une partie des trois prochaines séances à l’examen des rapports. Le Président s’enquiert des rapporteurs et demande de bien vouloir choisir une date. Il rappelle les quatre critères retenus pour la notation.
Émilie Nadal donne lecture du procès-verbal de la séance du 5 janvier, qui est adopté.
La parole est à Guy Ahlsell de Toulza pour une communication sur L’Hôtel d’Andrieu de Montcalvel (vers 1775), puis Hôtel de Castellane .
Le Président remercie Guy Ahlsell de Toulza d’avoir exposé en si peu de temps ce long parcours depuis le XVe siècle jusqu’à 2015. L’évolution d’un tel ensemble est tout à fait passionnant, y compris le témoignage de l’hôtel disparu dont le Musée des Augustins conserve quelques précieux morceaux. Daniel Cazes pense lui-aussi que l’hôtel de Niquet, 3 rue d’Astorg, est des années 1770 plutôt que du début du XIXe siècle ; il se souvient à ce propos que les propriétaires ayant entrepris de nettoyer la plinthe, on a eu la surprise de découvrir qu’elle était en marbre, ce que confirme Patrice Cabau. Le Président remercie encore Guy Ahlsell de Toulza d’avoir évoqué pour nous la résidence et des aspects de la vie personnelle du marquis de Castellane, notre président fondateur.
Geneviève Bessis signale que le marquis de Castellane est resté dans l’histoire des bibliothèques et qu’il a été un des premiers à s’intéresser à l’histoire de l’imprimerie, possédant d’ailleurs une collection de livres anciens.
Louis Peyrusse s’inscrit en faux contre l’image du militaire absent de son foyer et il met en garde contre les propos fielleux du baron de Montbel : s’il divorce, c’est que c’est le seul moyen de préserver la fortune familiale. Dominique Watin-Grandchamp évoque à sont tour les nombreux émigrés dont les femmes et les enfants sont restés sur place pour assurer la conservation des biens et la gestion des propriétés. Louis Peyrusse rappelle par ailleurs que Castellane est un amateur qui a appris à dessiner et qui en vit à Londres. C’est un émigré de Coblence, de la première heure, qui, lorsqu’il revient à Toulouse, s’occupe du bureau des arts, etc. mais que la politique ne passionne guère. Homme de savoir encyclopédique, il songe à faire des corpus.
En réponse à Pierre Garrigou Grandchamp, qui lui demande s’il a pu voir les caves de l’hôtel, Guy Ahlsell de Toulza dit qu’elles sont difficilement accessibles et sans lumière, et que ce qu’il en a vu n’a rien révélé de médiéval.
Au titre des questions diverses, Nicole Andrieu donne une information sur le chapier de Saint-Sernin :
Du 12 au15 janvier dernier, le chapier de la chapelle Saint-Pierre de Saint-Sernin a été de nouveau garni après une campagne de désinsectisation par anoxie menée depuis le début novembre 2015. Cette campagne est une conséquence directe des réunions qui ont lieu tant à Toulouse qu’à Paris autour du « suaire de saint Exupère ».
Fin 2013, à la suite de la demande de prêt du Musée du Louvre en perspective de l’exposition « Le Maroc médiéval », une première réunion avait eu lieu dans la chapelle Saint-Pierre qui avait permis, en autres, de constater une attaque active d’insectes xylophages sur le chapier. En janvier 2015, une autre réunion a eu lieu à Paris entre conservateurs du Louvre et ceux de Toulouse pour envisager les études à programmer sur ce textile exceptionnel. Parmi les mesures prévues, le traitement du chapier.
En octobre 2015, Claudine Jacquet, régisseur des collections du Musée Saint-Raymond, Dany Nadal, restauratrice de textiles anciens et moi-même avons vidé les 9 plateaux du chapier pour installer les vêtements sur de grands plateaux installés dans la chapelle par les techniciens du Musée. Chaque plateau a été recouvert de Mylar et les différentes pièces textiles ont été protégées et séparées par du papier de soie.
Cela a permis tout d’abord de percevoir la grande richesse des cérémonies liturgiques : certaines chapes en sept à huit exemplaires, dans des tissus lyonnais magnifiques, mais aussi des vêtements très usés, rapiécés et inutilisables. D’un commun accord, il a été décidé de les retirer du chapier pour les conserver dans des boîtes en polycarbonate, dans les réserves du Musée.
Pour la réintégration des textiles dans le chapier, nous avons photographié chaque pièce et réalisé des fiches, et nous avons réservé deux plateaux pour le « suaire de saint Exupère » et pour les chasubles de saint Dominique et de saint Pierre de Vérone, actuellement exposées dans le transept nord.Nicole ANDRIEU
Conservateur des Antiquités et Objets d’Art
de la Haute-Garonne
Le Président remercie Nicole Andrieu de nous avoir informés de cette intervention qui va dans le sens de la prise en compte, que nous demandons depuis longtemps, des collections bien mal conservées à Saint-Sernin. Nicole Andrieu rappelle qu’après avoir été très bien conditionné par le Musée du Louvre, le « suaire » de saint Exupère est revenu à Toulouse dans la caisse ad hoc, dont il faut maintenant étudier la possibilité de la placer dans le chapier.
Louis Peyrusse fait observer qu’il s’agit cependant d’une pièce qui exige des conditions de conservation d’un musée, et Jean Penent rappelle que le Musée Paul-Dupuy conserve des textiles. Rappelant quel est le statut du « suaire », Daniel Cazes considère que la seule solution est bien celle d’un musée de l’œuvre.
Après avoir constaté que des revues de premier plan manquent dans nos collections, Pierre Garrigou Grandchamp demande s’il serait possible de prendre de nouveaux abonnements. Le Président partage ce point de vue et considère que des abonnements complémentaires seraient nécessaires, à la Revue archéologique par exemple. Jean Balty observe cependant que la Revue archéologique contient de moins en moins d’articles et de plus en plus de chroniques, et que d’autres revues seraient sans doute plus intéressantes. On fait par ailleurs remarquer que les numéros anciens de nombreuses revues sont désormais accessibles sur Internet et que certaines revues sont disponibles dans d’autres bibliothèques de Toulouse. Néanmoins les centres d’intérêt des membres de notre Société doivent être pris en compte, et il faut aussi réfléchir à ce que pourrait et devrait être notre bibliothèque dans les prochaines décennies.
Séance du 19 janvier 2016
Communication d’Emmanuel GARLAND
À propos de deux sculptures relatives à la collégiale de Saint-Gaudens :
Lire le compte-rendu
Un moulage de bas-relief de la collection Demotte-Macé acquis en septembre 2013 par la ville de Saint-Gaudens.
Le chapiteau roman du cloître de la collégiale de Saint-Gaudens vendu en juin 2015
L’apparition en septembre 2013 sur le marché de l’art parisien d’un moulage de la collection Demotte-Macé puis, en juin 2015, celle d’un chapiteau conservé jusqu’à présent dans une propriété privée en Comminges jette un coup de projecteur sur la sculpture dispersée de la collégiale de Saint-Gaudens et donne l’occasion d’attirer l’attention sur sa protection.
Le moulage de la collection Demotte-Macé est un moulage ancien (il apparaît sur une photographie d’un des ateliers de Demotte à Suresnes) d’une dalle sculptée en marbre de Saint-Béat dont l’original est aujourd’hui encastré dans un des murs de la Glencairn Collection à Bryn Athyn, Pennsylvanie (USA). Or, compte tenu des nombreux faux (ou plus exactement re-créations à la manière médiévale) qui ont été exécutés à Bryn Athyn, le caractère original de la sculpture conservée là-bas n’était pas totalement assuré. La présence du moulage dans les ateliers de Suresnes indique l’intérêt que Demotte portait à cette sculpture et laisse donc à penser qu’il ne s’agissait pas d’une création moderne. Cela est conforté par le rapprochement entre cette sculpture et le bloc de marbre conservé dans l’église de Mazères-de-Neste, sur lequel figure, au verso d’une stèle antique, la Vierge à l’Enfant, très probablement un fragment d’une Adoration des Mages.
Or ce très beau morceau qui présente de troublantes analogies avec la sculpture de Bryn Athyn ne pouvait être connu de Demotte : encastré, retourné, dans le mur d’une maison construite à l’emplacement des maisons des chanoines de la collégiale de Saint-Gaudens, il ne fut révélé qu’en 1976 par le P. Bernat qui le recueillit dans une décharge lors de la démolition du mur. Tout laisse à penser que la sculpture de Bryn Athyn provient du même lieu. S’agissait-il d’un élément du cloître de la collégiale ou du portail nord de la collégiale, qui fut refait au XVIe siècle ? Quoi qu’il en soit, le moulage constitue un précieux témoin de la collection Demotte, qui a joué un rôle considérable dans la dispersion des sculptures romanes provenant de la collégiale de Saint-Gaudens, et plus encore il vient enrichir le corpus des œuvres en provenant et rassemblées à Saint-Gaudens, soit sous forme d’originaux soit à défaut, comme dans ce cas-ci, de moulage.
En juin 2015, un chapiteau roman était mis en vente aux enchères à Paris. Bien que la provenance ne fût pas précisée, il n’échappa pas qu’il s’agissait très probablement d’un chapiteau de l’ancien cloître de la collégiale de Saint-Gaudens, comme l’avait démontré Gérard Rivère. Un moulage de ce chapiteau put d’ailleurs être réalisé au début des années 1980 et être installé dans le cloître reconstitué de la collégiale de Saint-Gaudens. Comme dans le cas du moulage précédent, la Ville de Saint-Gaudens aurait aimé acquérir ce témoin de la collégiale romane, mais malheureusement le montant des enchères ne lui a pas permis de le faire. Dans ce cas-ci c’est un morceau du patrimoine commingeois qui risque de quitter la France. Cela pose bien évidemment la question de sa protection.
Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Jaoul, Labrousse, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Balty, Bordes, Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Le Pottier, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Surmonne, Testard, Stouffs, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Friquart, Gilles, Heng, Nadal, Queixalós, MM. Burroni, Landes, Mattalia, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : MM. Pradalier, Directeur, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Bessis, Cassagnes-Brouquet, Cazes, Jiménez, Joy, Lamazou-Duplan, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Boudartchouk, Bru, Darles, Lassure, Penent.
Invitées : Mmes Marie-Laure Pellan, conservateur du musée de Saint-Gaudens, Magali Vène, conservatrice des collections patrimoniales à la Bibliothèque municipale de Toulouse.
Après lecture, le procès verbal de la séance du 15 décembre 2015 est adopté.
Au titre du courrier, nous avons reçu les vœux du Président et des membres de la Société des études du Comminges, ainsi que deux candidatures supplémentaires pour le concours.
La première vient de Denis Mirouse, auteur d’un mémoire de Master 2 intitulé Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux Xe et XIe siècles (ministerium, vicaria, suburbium…) , sous la direction d’Hélène Débax, soutenu en juin 2015 à Université Toulouse Jean Jaurès. Il nous offre également un fascicule dont il est le co-auteur avec Pascal Audabram, intitulé Châteaux et forts médiévaux en Couserans, Toulouse, Le Pas d’Oiseau, 2015.
Le second travail reçu est un mémoire de doctorat réalisé par Nicolas Marqué et soutenu en décembre 2015, sous la direction de Jacques Thomas. Il s’intitule Géohistoire de Toulouse et des villes de parlement (vers 1680 – vers 1830), Des centres administratifs et judiciaires d’Ancien Régime et leur redéfinition après la Révolution.
Le Président rapporte ensuite sa rencontre du 7 janvier dernier, avec le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, en présence d’Annette Laigneau, adjointe chargée de l’urbanisme, pour parler de l’aménagement des abords de la basilique Saint-Sernin. Le Maire lui a d’abord fait part de son mécontentement suite au caractère public des actions menées depuis un an par la Société archéologique et son président, mais aussi par le Collectif de sauvegarde de la place Saint-Sernin : articles (notamment ceux du mois d’août 2015 dans La Voix du Midi), réunions publiques, pétitions…). Il a ensuite ajouté qu’un élu ne peut faire face à toutes les demandes et que l’état actuel des finances de la Ville ne permet pas de réaliser tout de suite le « Grand Saint-Sernin » rêvé. Il a chargé Joan Busquets de réétudier son projet, mais rien de nouveau n’est encore communicable. Joan Busquets doit prendre en considération les prescriptions de la DRAC et toutes les remarques qui lui ont été présentées, y compris celles dont le président de la Société Archéologique du Midi de la France lui a fait part à Barcelone en septembre 2015 : les abords de Saint-Sernin ne relèvent pas exclusivement d’un projet d’urbanisme mais doivent intégrer les importantes données patrimoniales et culturelles d’un tel lieu, le tout doit donner naissance à un schéma directeur intégrant tous les paramètres proposés par la Société Archéologique (fouilles, aires du cloître et de l’abbaye, musées de l’œuvre et des Antiques, hôtel Dubarry, accueil digne et international du public). Le Maire a alors exposé que les travaux des places entourant Saint-Sernin s’inscrivaient dans le projet global d’aménagement de l’espace public de Toulouse, un « tout urbain » qui a sa propre logique, confié à Joan Busquets. Tout en reconnaissant la nécessité d’englober les aspects patrimoniaux et culturels, il ne les considère pas aussi urgents que le traitement pur et simple de la voie publique, qui en a bien besoin. Le président a fait remarquer alors qu’il serait difficile de faire des fouilles une fois l’espace aménagé et les vestiges enfouis sous une épaisse couche de béton, regrettant que l’on ne tienne pas compte de ce qui se fait en la matière dans le reste de l’Europe et de l’intérêt actuel des citoyens pour l’archéologie et le patrimoine. Concernant ces fouilles, le Maire renvoie la décision à la DRAC Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon. Par ailleurs, il a qualifié de « pharaoniques » le musée de l’œuvre et les aménagements patrimoniaux proposés par la Société Archéologique (pour rappel : le budget de ce musée de l’œuvre été estimé à 25 millions d’euros, un chiffre à comparer à la rénovation du stadium qui a coûté 55 millions). C’est pourquoi il propose une « maison de l’œuvre » plus modeste, dans un bâtiment appartenant à la Ville, encore indéterminé, qui n’est pas l’Hôtel Dubarry. En outre, la Ville a décidé de reprendre les travaux de restauration de la basilique (façade occidentale, peintures romanes, cryptes inférieures). Le président a rappelé à madame Laigneau et monsieur Moudenc qu’il trouvait fort dommage que tout cela ne se place pas dans le contexte global de l’opération de mise en valeur et d’ouverture au public d’un « Grand Saint-Sernin ». Le Maire a enfin insisté sur le fait que toute polémique est mauvaise et inutile pour faire avancer les choses, et qu’il préfère une véritable concertation entre nous, notamment au sein du comité scientifique, de réflexion et de concertation qu’il veut prochainement mettre en place, selon le souhait de madame Laigneau.
Il ressort de cette rencontre qu’il va falloir attendre le projet définitif de Joan Busquets et la décision de la DRAC pour connaître le sort de la place Saint-Sernin. Maurice Scellès rappelle que si le projet d’aménagement de la place est mené à bien sans programme de fouilles, il faudra déplorer, outre la casse archéologique inévitable, le blocage de tout projet muséal autour de Saint-Sernin pendant plusieurs décennies. Louis Peyrusse et d’autres membres proposent de saisir d’autres personnalités et organismes publics compétents pour leur faire connaître la question patrimoniale majeure ainsi posée à Toulouse et au-delà par le réaménagement des abords d’un monument essentiel de notre pays. La commission Saint-Sernin de notre Société va par ailleurs poursuivre son action et continuer à alimenter le site internet de ses réflexions sur le sujet.
Pour finir, le Président signale que la fondation Bemberg a acquis un deuxième portrait de paysanne peint par Nicolas Tournier dans les années 1620.
La parole est maintenant à Louis Peyrusse, pour un texte rendant hommage à M. Georges Mailhos, secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux, dont on vient d’apprendre le décès.
In memoriam , Georges Mailhos (1932-2016)
L’Académie des Jeux floraux, où les universitaires ont toujours été minoritaires, vient de perdre un secrétaire perpétuel peu ordinaire, Georges Mailhos, mort le 12 janvier à 83 ans. Universitaire, sa carrière est d’une seule traite : normalien, agrégé des lettres classiques, docteur ès-lettres avec une thèse sur Voltaire témoin de son temps. Il quitte le lycée Pierre de Fermat pour devenir assistant à 30 ans, puis maître-assistant à la Faculté des Lettres et professeur à l’Université de Toulouse le Mirail, université qu’il préside à deux reprises, soit dix ans de gouvernance (1980-1986 et 1991-1996).
Georges Mailhos était un homme des Lumières, passionné par la littérature. Jeune assistant, il était envoyé « en pompier » dans les amphithéâtres autour de 1968 pour calmer la contestation contre un enseignement trop vieillot (par exemple, lorsqu’un cours sur Hernani après six semaines n’avait pas atteint la scène 1 de l’acte I). Jeune professeur, il fit souffler le vent frais des nouvelles théories de la littérature et du discours filmique. Ses publications savantes portent sur le XVIIIe siècle, mais il s’intéressait à tout, la philosophie avec Gérard Granel, l’édition savante avec Trans Europ Repress, la littérature contemporaine, le genre, le cinéma, la politique… Il avait conservé dans ses années de présidence son séminaire de recherches, resté très actif et fédérateur : nombre de ses collègues, très divers, y participaient.
Homme engagé à gauche, il croyait à la diffusion du savoir. Il est à l’origine du Cercle Condorcet de la Fédération des Œuvres Laïques. Il participa à l’édition des articles de Jaurès et de Clemenceau donnés à La Dépêche. Secrétaire perpétuel des Jeux floraux, pratiquant Rimbaud, Mallarmé et René Char (qu’on n’associe pas d’ordinaire aux Jeux), il lança des colloques et donna au concours « Jeunes poètes » une spectaculaire audience en signant une convention avec l’Éducation nationale incitant les classes des écoles et des collèges à participer, une victoire de la prosodie et sans doute de la poésie.
On pourrait enfermer Georges Mailhos, fils de préfet, père de préfet dans les catégories de la noblesse d’État selon Pierre Bourdieu. Ce serait méconnaître l’homme à l’ample culture et la vive curiosité, le rayonnement de l’enseignant, toujours capable d’époustouflantes improvisations et le grand administrateur qu’il fut : dix ans de présidence d’une Université réputée ingouvernable, la mission donnée par Lionel Jospin pour le plan Université 2000, le Conseil économique et social de Midi Pyrénées, la création d’antennes universitaires comme Albi et Cahors. Il fut surtout le président qui orienta Le Mirail dans une politique ambitieuse de recherche, en construisant la Maison de la recherche à l’organisation structurée, en multipliant le nombre de thèses de façon spectaculaire (96 directions à son compteur personnel), faisant d’une université pauvre une des premières de France, lui rendant ainsi confiance dans les années difficiles. Cette haute ambition conservera sa mémoire.
Au nom de la Société archéologique, le Président présente ses condoléances à sa famille.
La Compagnie se constitue en Assemblée générale et le Président donne lecture du rapport moral des activités de l’année 2015.
La parole est ensuite à Christian Péligry pour le rapport sur la Bibliothèque et les Archives, puis à Guy Ahlsell de Toulza pour le rapport financier.
Les rapports sont approuvés et quitus est donné au trésorier pour sa bonne gestion à l’unanimité des membres présents.
À l’unanimité des suffrages des 21 membres titulaires présents, les membres du Bureau sont réélus : M. Péligry, bibliothécaire-archiviste, Maurice Scellès, secrétaire général, Daniel Cazes, Président.
La parole est ensuite donnée à Emmanuel Garland pour une double communication À propos de deux sculptures relatives à la collégiale de Saint-Gaudens .
Après les remerciements du Président pour cette double communication passionnante, Guy Ahlsell de Toulza revient sur les étapes qui ont permis l’acquisition du chapiteau de Saint-Gaudens. C’est Louis Peyrusse qui a signalé la mise en vente de l’objet en passant par hasard devant la vitrine de Me Chausson, commissaire priseur à Toulouse. Il était trop tard pour demander au Ministère de la Culture une préemption, et l’objet a été vendu à Toulouse pour 40 000 euros environ, frais de vente inclus. À l’automne, le Ministère a décidé de traiter le dossier de demande d’exportation de ce chapiteau. Après les tractations, l’œuvre pourra être acquise pour 90 000 euros par la Ville de Saint-Gaudens, aidée par le Fonds régional d’acquisition pour les Musées, avec la participation des amis de la collégiale.
Marie-Laure Pellan, conservateur du musée de Saint-Gaudens, invitée pour l’occasion à cette séance, ajoute que le Musée, fermé au public depuis 2009, devrait être rouvert en 2017, mettant ainsi en valeur la nouvelle acquisition.
Emmanuel Garland remarque que les antiquaires ne font que peu d’effort pour identifier et authentifier les œuvres mises en vente. Louis Peyrusse estime qu’il s’agit de descriptions volontairement succinctes ou mensongères, destinées à ne pas éveiller l’attention des spécialistes et des institutions.
Séance du 5 janvier 2016
Communication d’Anne-Laure NAPOLÉONE et Pierre GARRIGOU GRANDCHAMP
Deux études de maisons médiévales à Castelsagrat (Tarn-et-Garonne)
Lire le compte-rendu
Deux études de maisons médiévales à Castelsagrat (Tarn-et-Garonne)


En août 2014, l’occasion s’est présentée de relever et d’étudier une maison de la fin du XIIIe siècle, faisant l’objet de travaux sur la place de Castelsagrat. Outre le programme et les divers aménagements qu’il a été possible de restituer globalement, l’analyse de l’édifice a également permis de découvrir que les couverts qui devancent actuellement l’édifice, n’existaient pas à l’origine sur ce côté de la place.
Un deuxième édifice plus important, comportant une tour en fond de parcelle, a pu être également visité. Les maçonneries du grand hôtel, en grande partie désaffecté, sont visibles ici ou là. L’étude partielle a toutefois permis de se faire une idée du programme, des circulations et des liaisons de l’édifice avec la place. Les vestiges témoignent enfin d’une construction de qualité.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Fournié, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Boudartchouk, Garland, Garrigou Grandchamp, Lassure, le Père Montagnes, MM. Peyrusse, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Nadal, Viers, MM. Penent, Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Lamazou-Duplan, MM. Burroni, Chabbert, Surmonne, Suzzoni.
Le Président signale plusieurs dons pour la bibliothèque :
de la part de B. Sournia : L’Ostal des Carcassonne, la maison d’un drapier montpelliérain du XIIIe siècle, DRAC, Montpellier, 2014 ; Montpellier : chronique de la cathédrale inachevée, DRAC, Montpellier, 2014 ; Le château d’Espeyran, Maison des Illustres, Montpellier, DRAC, 2015 ;
H. Pradalier : La Villa Laurens d’Agde et le renouveau du salon de musique, Montpellier, DRAC, 2015 ;
M. Fournié : « Manuscrits de Cadouin. Actes du colloque de Périgueux (20 et 21 juin 2013) », Revue des archives départementales de la Dordogne, 2015, n° 25.
G. Ahlsell de Toulza fait circuler le un volume, qu’il a fait relier, de la collection complète des numéros de l’Oie de Saint-Cyprien, petit journal confidentiel édité par F.-R. Gastou, responsable du centre de l’affiche de Saint-Cyprien. Ces numéros appartenaient à la bibliothèque de L. Enjalbert, décédée l’année dernière.
La Société a reçu une première candidature pour le concours de cette année. Il s’agit de la thèse de Anna Thirion, La « tribune » de Saint-Michel-de-Cuxa (Pyrénées-Orientales, milieu XIIe siècle) : essai de restitution numérique au service d’une nouvelle approche historique, iconographique et liturgique, thèse sous la direction de Géraldine Mallet, Université Paul-Valéry – Montpellier 3, 2015, 4 vol.
Puis le Président donne la parole à P. Garrigou Grandchamp et A.-L. Napoléone pour leur communication sur Deux demeures du XIIIe siècle dans la bastide de Castelsagrat .
Le Président remercie les orateurs d’avoir porté à la connaissance de tous ces deux maisons, et d’avoir mis en œuvre tous les moyens pour les étudier et les mettre en perspective. Il revient sur le rôle possible des maisons-tours. Au vu de leur rareté dans les bastides, peut-on dire qu’elles sont un signe de position sociale ou bien sont-elles liées à une fonction identifiable ? A.-L. Napoléone remarque que la tour de la demeure de Castelsagrat n’apporte pas de confort supplémentaire à l’habitat, elle complique au contraire les circulations, et ne laisse qu’une cour étroite et malcommode. Le Président se demande si cette tour ne pourrait pas être vue comme un lieu fortifié lié à des raisons de sécurité, ou pour y garder des choses précieuses. L’hypothèse est aussi corroborée par le fait qu’il n’y a pas de fenêtre géminée dans le mur qui donne sur la place, comme le remarque P. Garrigou-Grandchamp. Ce dernier ajoute que cette pièce n’a pas de cheminée, et insiste donc sur son rôle essentiellement symbolique, liée à une volonté d’affirmation sociale. Il rappelle que la présence d’un Agneau pascal sur la clé de voûte n’implique pas que le commanditaire ait eu une fonction religieuse. D. Watin Grandchamp insiste sur la fonction emblématique possible du lieu : la clé de voûte avec un Agneau pascal se trouve aussi fréquemment dans les tours des maisons hospitalières des maisons de Saint-Jean. Maurice Scellès rappelle qu’un Agneau pascal timbre une clef de voûte du niveau de soubassement de la Sénéchaussée à Lauzerte.
H. Pradalier remarque que l’escalier en vis ne dessert pas la salle du premier étage de la tour, mais donne directement accès à l’étage au-dessus. Selon P. Garrigou Grandchamp, c’est une manière de distinguer un espace public et un espace privé. La maison de Provins dite « la Buffette » a exactement le même type d’escalier qui évite le premier étage pour rejoindre directement le second. Il s’agit dans ce cas d’une maison de chevaliers.
L. Peyrusse s’étonne du plan de cette tour qui se retrouve prisonnière de l’ensemble du bâti. Selon P. Garrigou Grandchamp cette maison adopte le plan des grandes demeures à tour d’angle et corps de logis mais en le ramassant suivant les contraintes du plan de la bastide. M. Scellès cite l’hôtel de la rue de Lastié à Cahors, dans lequel les contraintes parcellaires ont conduit à construire la tour sur la partie arrière du corps de logis. E. Garland demande si dans certaines bastides la disposition de tours en façade ou à l’arrière ne pourrait avoir été réglementée en fonction des lots. P. Garrigou Grandchamp note que le fait de mettre la tour en façade réduit d’autant la surface pour l’espace commercial à l’avant, même si à Monpazier on a bien une tour avec un rez-de-chaussée servant de boutique. Il souligne la plasticité des formes utilisées selon les bastides.
M. Scellès relève que la date de fondation de Castelsagrat n’est de fait pas connue, puisqu’on ne possède que l’année de la charte de coutumes, date à laquelle le village est peut-être déjà constitué. Le nom même du village et la présence d’un château peuvent laisser supposer une occupation antérieure bien que le plan régulier soit bien celui d’une ville neuve. P. Garrigou Grandchamp donne l’exemple de Molière, où se trouve un château excentré du même type. D. Watin Grandchamp note que ce château pouvait être le lieu de résidence du bayle et le lieu de l’exercice de la justice, puis elle cite des exemples de villes où un édifice représente chacun des pouvoirs de fait isolé du reste, comme à Saint-Antonin la salle de justice devenue maison consulaire et la Tour du roi. H. Pradalier signale également la présence d’un château associé à une bastide à Salles-sur-l’Hers. P. Garrigou Grandchamp conclut en remarquant la nécessité d’enrichir les catalogues existants, car on a trop souvent l’impression d’être face à un unicum.
B. Sournia demande quelles étaient les grandes productions de cette bastide P. Garrigou Grandchamp cite le vin et la polyculture. Sur le rôle possible de la grande bourgeoisie urbaine sur des constructions de ce type, il rappelle que ces tours sont rares dans les bastides. Il précise qu’il s’agit d’une fondation d’Alphonse de Poitiers, qui a également fondé Montjoi à 2,5 km de Castelsagrat.
Au titre des questions diverses, É. Nadal rappelle aux membres de la Société le fonctionnement de la page Facebook. M. Scellès présente les nouveautés du site de la Société archéologique, et fait appel aux bonnes volontés pour entretenir les différentes rubriques mises en ligne.
Séance du 15 décembre 2015
Communication de Bernard SOURNIA
Une fondation universitaire au temps de la papauté avignonnaise : le collège-monastère Saint-Benoît-Saint-Germain à Montpellier
Lire le compte-rendu
Du collège Saint-Germain-Saint-Benoît, un mémorialiste du XVIe siècle suggère en quelques mots admiratifs l’étonnante ampleur monumentale : « Ce tant bel et somptueux édifice, si point il y en avoit en France… grand et fort et aussi beau monceau de pierre de taille que fust en ce royaume après le palais de Avignon. » Tel est l’ouvrage offert par Urbain V à ses frères bénédictins de Montpellier, ville dans laquelle il avait enseigné le droit canon, l’enclos où loger ensemble, outre la communauté monastique, une centaine d’étudiants en droit, théologie et arts libéraux. C’est aussi le dernier objet de ses soins de ce côté des Alpes avant son départ pour Rome, la destination dont il avait fait, dès son élection, l’objectif central de tout son pontificat : le pape y vient passer deux grands mois, accompagné d’un fort contingent de la Curie, pour veiller aux finitions de l’entreprise, du 9 janvier au 8 mars 1367, avant son embarquement de Marseille le 19 mai. Dans le Montpellier du temps, c’est une création parachutée sans nul lien avec le contexte local, l’ouvrage de maîtres d’œuvre pontificaux qui imposent aux ouvriers locaux leur esthétique et leur technique constructive. L’opportunité de restaurations récentes sur l’église vient de permettre un examen rapproché des maçonneries et de mieux comprendre l’état initial de l’édifice avant les saccages liés aux troubles religionnaires de la fin du XVIe siècle. De faire la part, aussi, des réfections plus ou moins arbitraires des XVIIe et XIXe siècles. Cette investigation a été enfin l’occasion de réfléchir sur quelques caractères particuliers de la manière avignonnaise et de poser la question de leur influence sur le devenir tardif du style gothique.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Bordes, Garrigou Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Félix, Queixalós, MM. Burroni, Darles, Macé, Sournia, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Bessis, Cazes, Lamazou-Duplan, Merlet-Bagnéris, MM. Garland, Penent, Pisani.
Le Président ouvre la séance en informant la Compagnie du décès de Maurice Berthe, dont les obsèques ont eu lieu le 30 novembre. Maurice Berthe, que nombre d’entre nous ont connu, était un homme parmi les plus remarquables de l’Université de Toulouse-Le Mirail et l’un des fondateurs du laboratoire FRAMESPA, dédié au Midi de la France et à la péninsule Ibérique. Sa disparition est une très grande perte pour l’Université et la communauté scientifique toulousaine.
Le Secrétaire-adjoint donne lecture du procès-verbal de la séance du 1er décembre, qui est adopté.
Des dons viennent enrichir notre bibliothèque :
Mme Jacqueline Carrabia complète un don antérieur avec les derniers numéros d’Archéologia et des Dossiers de l’archéologie ;
Christian Darles offre l’ouvrage tout récemment paru Toulouse, naissance d’une ville, sous la direction de Jean-Marie Pailler, Toulouse, Éditions Midi-Pyrénéennes, 240 p.
Après avoir remercié les donateurs au nom de notre Société, le Président rend compte de la correspondance.
Françoise Bagnéris nous transmet copie de la réponse que M. Pierre Espuglas, adjoint au maire de Toulouse, a faite à sa demande de pouvoir accéder au fonds des dessins de l’École de Beaux-Arts conservé au Musée Paul-Dupuy : la présence de champignons empêche actuellement leur consultation, et leur décontamination demandera du temps.
La Fédération Historique de Midi-Pyrénées nous invite à participer à l’assemblée générale qui se tiendra le 23 janvier prochain aux Archives départementales de la Haute-Garonne : deux membres de notre Société peuvent participer à cette assemblée pour laquelle des candidatures au Conseil d’administration sont sollicitées.
Le Président poursuit avec diverses informations.
La Dépêche du Midi du 12 décembre fait état de la reprise du projet de galeries d’exposition dans l’ancien hôpital de la Grave, dans la partie qui sera récupérée par la Ville. Daniel Cazes rappelle que les risques d’inondation existent toujours, quoiqu’on en dise et malgré les travaux. Le Louvre et le Musée d’Orsay connaissent des situations analogues, qu’il faut gérer, mais on ne peut installer un nouvel établissement dans ces conditions. Christian Darles souligne que l’on commet en outre une erreur technique en croyant le risque écarté par l’endiguement de la Garonne dans Toulouse, car en cas de crue importante, l’eau reviendra en amont depuis Blagnac.
A également été annoncée une réunion publique autour de l’archéologie locale, l’association du quartier Saint-Agne – Niel souhaitant, semble-t-il, un centre d’interprétation : Christian Darles propose de se renseigner.
La parole est à Bernard Sournia pour une communication sur Une fondation universitaire au temps de la papauté avignonnaise : le collège-monastère Saint-Benoît-Saint-Germain à Montpellier .
Le Président remercie Bernard Sournia pour cet exposé passionné et passionnant de la conception, de la construction, et des malheurs puis de l’achèvement, ou du pseudo-achèvement, de l’édifice voulu par Urbain V. Tous les dessins réalisés pour l’étude témoignent d’une connaissance intime de l’édifice, et en soulignant toutes les finesses et les subtilités architecturales, cette communication est toute à la gloire de ce grand pape, auquel Toulouse doit le mausolée de saint Thomas d’Aquin. L’étude du cloître serait intéressante. Comme Bernard Sournia rappelle que l’étude n’en est pas possible, les bâtiments étant affectés à l’Université de médecine, Daniel Cazes dit que l’on a cependant l’impression, lorsqu’on est dans le cloître, d’une très grande chose. S’intéressant au porche, il considère que la référence salomonique n’est peut-être pas sans justification, en tout cas pour le souvenir de l’architecture antique que peuvent évoquer ses piles très puissantes. C’est à peu près au même moment que l’on achève la cathédrale de Tarragone où des obélisques surmontent les piles qui encadrent le portail.
Louis Peyrusse se demande si l’on ne fait pas un mauvais procès à Henri Révoil, alors que l’opus francigenum est peut-être le choix de l’évêque, qui s’impose à l’architecte diocésain. Bernard Sournia reconnaît que l’évêque a en effet exercé sur l’architecte une pression extraordinaire, et qu’il devra sans doute nuancer son propos, même si Révoil a lui-même considéré la cathédrale de Montpellier comme « sa fille chérie ». Peut-être en raison de l’importance du chantier ? observe Louis Peyrusse.
Henri Pradalier fait remarquer que pour ce type d’architecture, on considère habituellement que les constructions avignonnaises ont influencé le Languedoc, alors que c’est en fait l’inverse. La Clémentine comme la nef de Montpellier restent méridionales. Bernard Sournia se demande si les similitudes des architectures avignonnaise et languedocienne ne renverraient pas, plutôt qu’à des effets d’influence réciproque, à la similitude des contraintes techniques locales. Par exemple : dans le processus de construction des pays du Nord, la mise en place de la charpente à chevrons portant fermes préalablement à la construction de la voûte induit un système formel propre, impossible à transposer dans le contexte méridional où persiste le principe des toits bas sur fermes romanes et où la voûte, bien souvent, porte son extrados en couverture. On aimerait savoir, sous ce rapport, comment les choses se sont passées à Narbonne ou à Carcassonne. Cet aspect technique a-t-il fait l’objet d’études spécifiques ? Il ne semble pas, répond Michel Pradalier.
Olivier Testard fait observer que si la voûte du porche de Montpellier avait été plus plate, la poussée aurait été plus forte. Bernard Sournia en convient, sans parvenir à comprendre ce qui s’est passé. À propos des processus de construction, Olivier Testard rappelle que la nef « raimondine » de la cathédrale de Toulouse, à partir de 1206, est voûtée avant que ne soient mises en place les fenêtres et que la charpente est posée sur la voûte.
Comme Henri Pradalier propose d’interroger Alain Girard sur la question des pénétrations, Bernard Sournia répond que celui-ci n’analyse pas le phénomène, et il ajoute que la difficulté de se représenter ces jeux de pénétration dans l’espace et de les conceptualiser a tendance à en décourager l’examen et l’étude.
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza donne de nouvelles informations sur le chapiteau du cloître de Saint-Gaudens. Le conseil municipal de Saint-Gaudens s’est déclaré intéressé pour participer à l’achat, et les Amis de la collégiale pourraient apporter leur contribution. Notre Société pourrait-elle faire quelque chose ? Nous saurons en janvier quel complément financier serait nécessaire. Le Président déclare ne pas être contre notre participation, même symbolique au regard du prix.
Séance du 1er décembre 2015
Lire le compte-rendu
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Haruna-Czaplicki, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Bordes, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mme Bessis, MM. Corrochano, Darles, Penent, Pisani, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Cazes, Jaoul, Lamazou-Duplan, Queixalós, MM. Balty, Garland, le général Garrigou Grandchamp.
Le Président donne la parole au Secrétaire général pour la lecture du procès-verbal de la séance du 17 novembre 2015, qui est adopté.
En marge de ce compte rendu, un débat s’élève entre François Bordes et Jean Penent quant à la dévolution des dessins provenant de l’École des Beaux-Arts de Toulouse. Pour Maurice Scellès, le problème tient à la définition du statut juridique de ces pièces, fondée sur des critères qui ne sont en l’espèce pas bien discriminants : aux Musées les œuvres d’art ; aux Archives les documents. Daniel Cazes propose que la discussion de cette question soit inscrite à l’ordre du jour d’une prochaine séance.
Le Président relève dans la correspondance reçue par la Société :
une carte d’Hélène Guiraud, qui annonce qu’elle ne pourra plus assister à nos séances et qu’elle renonce à faire partie de notre Compagnie ;
un courrier de M. Jean-Pierre Pech, Président de l’Union des Six Académies et Sociétés savantes de l’Hôtel d’Assézat, relatif au renouvellement du Conseil d’administration en fonction depuis janvier 2013 ; dans cette perspective, Guy Ahlsell de Toulza et Patrice Cabau sont reconduits en tant que représentants de la S.A.M.F. au sein de l’Union.
Daniel Cazes et Guy Ahlsell de Toulza rendent très brièvement compte de la conférence de M. Francis Grass, maire-adjoint aux affaires culturelles, sur la politique culturelle de la Ville de Toulouse. Il n’y a pas eu un mot sur les musées, ni sur le patrimoine, ni sur l’archéologie.
Le Président fait ensuite le point pour l’affaire de Saint-Sernin. Le rendez-vous qu’il doit avoir avec M. Jean-Luc Moudenc a été reporté du 16 novembre 2015 au 7 janvier 2016. Au sujet de la fouille archéologique, on se trouve désormais dans l’attente de l’avis de la Direction régionale des Affaires culturelles. Concernant l’Hôtel Dubarry, la Ville aurait l’intention de le restaurer. Quant au musée de l’Œuvre, il fait beaucoup parler : il est maintenant question de le loger dans un bâtiment que la Municipalité possède à l’angle de la rue Émile-Cartailhac et de la place Saint-Raymond – locaux manifestement inappropriés pour l’aménagement d’un musée.
La pétition adressée à M. le Maire en faveur d’un grand projet pour Saint-Sernin atteint deux mille soutiens sur Internet et, grâce à la mobilisation du groupe des guides de la basilique, un nombre important de signatures sur papier. À l’évidence, la population s’intéresse vraiment au devenir de la place, à son aménagement, et aux fouilles, qui sont jugées indispensables.
Maurice Scellès propose que la Société archéologique saisisse les autres Sociétés savantes, de Toulouse et d’ailleurs (Société française d’Archéologie…), par la diffusion d’un texte à élaborer sous la forme d’un manifeste.
MM. Cazes et Ahlsell de Toulza donnent quelques indications sur le chapiteau provenant de l’ancien cloître roman de Saint-Gaudens récemment acquis en enchères publiques par une galerie d’art parisienne. Cette pièce a été adjugée au marteau à 30 600 € (hors frais) ; sa valeur marchande, telle qu’elle a été déclarée dans le document administratif relatif à son éventuelle sortie du territoire français, se monterait à 167 000 €. S’agissant de la sortie du territoire, les Services des Affaires culturelles avaient jusqu’au 23 novembre dernier pour faire connaître leur avis – on n’en sait pas plus.
Le Président rappelle que le début de l’année 2016 sera marqué par des moments forts de la vie de notre Société : Assemblée générale en janvier, avec l’élection partielle du Bureau ; séance publique en mars, avec le concours, doté cette année des prix de Champreux et Ourgaud (1 000 € chacun).
Jean Penent fait don à notre Société d’une précieuse documentation relative aux éléments lapidaires médiévaux que le collectionneur toulousain Arthur Huc avait réunis. Il s’agit d’un coffret contenant les photographies de ces pièces (surtout des chapiteaux), auquel sont joints, sous chemises, l’inventaire et l’étude de ces sculptures, dus à Marcel Durliat. Daniel Cazes remercie bien vivement notre confrère.
La parole est à Pierre Pisani pour une communication consacrée à L’évolution d’un quartier de la ville d’Elusa entre le Ier et le Ve siècle .
L’intervenant nous offre à cette occasion un ouvrage récemment paru : La domus de Cieutat à Éauze. Histoire d’un quartier de l’antique Elusa, sous la direction de Pierre Pisani, Municipalité d’Éauze, 2015, 120 p.
Le Président remercie notre confrère, d’abord pour avoir rigoureusement tenu le temps qui lui était imparti, ensuite pour nous voir présenté une réalisation exemplaire par la continuité de son processus : une recherche archéologique immédiatement suivie de la présentation de ses résultats au public.
Pierre Pisani déclare qu’il souhaite vivement que cette logique soit poursuivie, essentiellement pour deux raisons : le site et son environnement présentent un fort potentiel archéologique ; l’archéologie apparaît comme un atout pour le tourisme et le développement local. Alors que Lugdunum Convenarum a sombré lentement dans l’oubli et la ruine, « on se démène à Éauze ! », où, depuis Édouard Piette, quelles qu’aient été les municipalités, l’archéologie a été délibérément promue. Il y a maintenant synergie entre plusieurs sites : le musée du trésor d’Éauze (12 000 visiteurs), la villa de Séviac (25 000), la domus de Cieutat (12 000). Daniel Cazes indique qu’une démarche analogue s’observe en Espagne dans des régions isolées qui cherchent à se développer.
Christian Darles – que Pierre Pisani tient à remercier pour ses reconstitutions graphiques – intervient pour souligner le fait que la politique de mise en valeur du site de Cieutat a commencé dès avant la fin de la fouille. Dans le projet commun d’aménagement, élaboré à quatre partenaires, la Région a été l’acteur décisif.
La discussion porte sur divers points techniques, puis sur des aspects historiques.
Guy Ahlsell de Toulza s’intéresse aux constructions à armature de bois et se fait préciser la désignation utilisée par Vitruve : opus cratitium.
Louis Peyrusse se demande comment on peut imaginer la gestion de l’eau, en l’absence de citernes. P. Pisani indique la présence de sources et leur possible captage par des aqueducs.
À une nouvelle question de M. Peyrusse, quant au lieu de stockage du bois de chauffe, M. Pisani répond que le combustible nécessaire était entreposé dans un local situé à proximité de l’hypocauste.
M. Peyrusse s’enquiert pour finir de la forme de société à laquelle pouvait correspondre le type d’habitat présenté. M. Pisani constate que la maison explorée n’était pas un palais luxueux, mais une maison plutôt simple ; ce type de domus à péristyle, maison ouverte sur l’espace public, correspondait à un système de relations entre patron et clients. Le patron, qui vivait ordinairement à la campagne, venait à la ville pour ses affaires, pour participer à la vie civique et religieuse.
M. de Toulza déduisant que la présence d’un gardien à l’entrée de la maison signifiait qu’elle était un espace privé, Pierre Pisani précise que les portes en étaient fermés pendant la nuit.
Maurice Scellès veut savoir quel type de mobilier a été retrouvé au cours de la fouille ; réponse de M. Pisani : « modeste ». M. Scellès l’ayant interrogé ensuite sur les textes qui permettent de se faire une idée du mode de vie des habitants du Sud-Ouest de la Gaule dans l’Antiquité, M. Pisani cite les œuvres d’Ausone.
Daniel Cazes rappelle qu’il s’est produit à la fin de l’Antiquité un basculement de la population des villes vers les campagnes.
Au titre des questions diverses, Christian Darles annonce pour le 11 décembre la parution d’un ouvrage sur la naissance de Toulouse.
Maurice Scellès présente pour terminer le nouveau site Internet de la S.A.M.F., qui remplace la version initiale inaugurée en… 1997. Notre adresse électronique est désormais : http://societearcheologiquedumidi.fr.
Le Président remercie M. Scellès, dont le travail considérable est salué par les applaudissements nourris de la Compagnie.
Séance du 17 novembre 2015
Communication de Françoise MERLET-BAGNÉRIS
Musée des Augustins et enseignement artistique : l’expérience d’une cohabitation (1806-1895)
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Un livre consacré à l’histoire de l’École des Beaux-Arts depuis ses origines jusqu’aux années 1970 est en cours de rédaction : il s’agit d’une commande du directeur de l’École de 2010 à 2012, Yves Robert, qui avait fait réaliser ce même travail par l’École des Beaux-Arts de Lyon. L’édition est en projet.
Le thème particulier choisi pour la communication du 17 novembre n’en est qu’un chapitre parmi bien d’autres :
Début 1806 est inaugurée solennellement l’École Spéciale Communale des Sciences et des Arts de la ville de Toulouse, après des travaux d’adaptation indispensables entrepris dans les locaux du couvent des Augustins : on y rêve d’un enseignement basé sur les collections du musée, et surtout celle des plâtres, au nombre de 2500, installés en partie dans la salle capitulaire. La pratique du dessin y règne à partir surtout de l’estampe ; le dessin de nu, base des fondateurs des écoles de dessin privées du XVIIe siècle y est devenu moins prisé.
Là règne François Lucas, à la fois conservateur du musée et directeur de l’École, suivant une tradition qui se maintient jusqu’au XXe siècle.
Mais c’est dans ce contexte idéal de confrontation entre la Création et la Culture que se met en place une révolution propre à l’École de Toulouse : un nouvel enseignement du dessin ; de là la division d’une École en deux, avec ses partisans engagés et ses détracteurs, ses vainqueurs et ses vaincus, au profit d’une révolution durable toujours en faveur du dessin. Mais il y a « dessin » et « dessin », et une véritable guerre peut se déclencher pour défendre chaque version de cette noble cause…
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Bordes, Garland, Garrigou Grandchamp, Peyrusse, Testard, membres titulaires ; MM. Boyer, Penent, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : M. Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Balty, Cazes, Heng, Jaoul, Lamazou-Duplan, Queixalós, Vallée-Roche, MM. Balty, Surmonne.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-verbal de la séance du 3 novembre, qui est adopté après correction d’erreurs signalées par Louis Peyrusse.
Le Président rend compte de la correspondance reçue.
Mme Desfossés, à Issoudun, voudrait avoir des informations sur le tailleur de pierre Guillaume Desfossés, qui a travaillé au portail sud de la cathédrale de Rodez dans les années 1540, en compagnie d’un nommé Viguier, aussi tailleur de pierre. Il semble que Guillaume Desfossés ait bénéficié d’une notice dans le Dictionnaire des sculpteurs français du Moyen Âge de Beaulieu et Beyer, de 1922. Le courrier sera transmis à notre consœur Caroline de Barrau.
M. Daniel Héchinger, directeur de la culture à la Région Midi-Pyrénées, nous adresse l’ouvrage de Patrick Roques, Mémoires de la Grande Guerre en Ariège, dernier volume paru de la collection Patrimoines Midi-Pyrénées.
Le Président rapporte qu’il s’est rendu au Capitole le 16 novembre pour y rencontrer le maire, comme convenu, et s’entretenir avec lui de l’aménagement du site de Saint-Sernin. Il a eu la surprise d’apprendre que le rendez-vous avait été annulé. Une nouvelle date devrait être arrêtée, mais qui n’a pas encore été fixée.
Notre combat permanent pour de véritables fouilles est loin d’être gagné, comme nous pouvons une fois de plus le constater avec les travaux en cours place Saint-Pierre. Sur ce chantier chaotique, les pelles mécaniques creusent souvent à plus d’un mètre de profondeur, des murs apparaissent ainsi qu’un énorme massif de maçonnerie, sans fouilles archéologiques : nous sommes pourtant sur le tracé de l’enceinte antique et sur l’emplacement d’une porte, signalés depuis longtemps à Joan Busquets qui nous a assurés qu’il serait attentif à la mise en valeur du rempart romain. Même chose au port de la Daurade, où est apparu un autre énorme massif de maçonnerie, à peu près dans l’alignement du pont : François Bordes indique que le service de l’archéologie de Toulouse Métropole y a fait une intervention d’urgence jeudi dernier. Le Président rappelle que nous avons très souvent signalé qu’il s’agissait d’un site archéologique important.
La parole est à Françoise Bagnéris pour sa communication : Musée des Augustins et enseignement artistique : l’expérience d’une cohabitation (1806-1895).
Le Président remercie Françoise Merlet-Bagnéris pour cette communication inhabituelle, qui ouvre bien des perspectives sur l’histoire de l’École des Beaux Arts de Toulouse. L’école et le musée ont toujours été à l’étroit dans ces bâtiments partagés, et c’est d’ailleurs toujours le cas du musée. Pour avoir longtemps travaillé au Musée des Augustins, le Président s’est rendu compte que la cloison avec l’école était en effet beaucoup plus poreuse que l’on pouvait l’imaginer, les étudiants envahissant le musée tandis que des œuvres passaient du côté de l’école. En étudiant avec Jean Balty les bustes de Béziers, nous nous sommes rendu compte que les fragments des statues qui les accompagnaient avaient été attribués à l’école pour servir de modèles dans les cours de dessin ; l’enquête n’a cependant pas permis d’en retrouver un seul morceau. Le Président conclut son propos en soulignant l’intérêt de ce travail pour l’histoire de l’École des Beaux Arts mais aussi pour celle du Musée et de ses collections.
Comme Emmanuel Garland s’étonne de n’avoir vu que des formes simples alors que l’on s’attendrait à des formes complexes vues sous des angles différents pour les cours de dessin technique, Françoise Bagnéris précise qu’elle n’a pas retrouvé de planches de dessin technique, dont l’enseignement semble d’ailleurs avoir comporté de nombreux cours théoriques. Puis en réponse à une question d’Henri Pradalier sur le début de la querelle entre anciens et modernes, elle précise que Gaillard enseigne sa méthode dès 1834, l’ouvrage étant publié en 1844.
François Bordes annonce que le carnet de dessins du baron Lejeune fera l’objet d’un article de Christophe Marquès. Il remarque par ailleurs qu’il serait sans doute intéressant de répertorier les noms des participants aux expositions des Beaux Arts et de l’Industrie de Toulouse au XIXe siècle, ainsi que les noms de ceux qui ont été primés.
Jean Penent se souvient d’avoir découvert la méthode Gaillard dans les années 1980, méthode qui faisait l’objet d’un mémoire de maîtrise, mais qui n’a jamais été rendu, précise Françoise Bagnéris. Puis il rappelle que la collection de plâtres était extraordinaire au XIXe siècle, et qu’ils ont tous disparu, comme la plupart de ceux de l’université d’ailleurs. Henri Pradalier remarque que Montpellier a su pour sa part les conserver et que la collection de plâtres est aujourd’hui classée Monument historique. Daniel Cazes indique que Du Mège et ses successeurs avaient fait faire des moulages d’œuvres qui ont aujourd’hui disparu. Pour ceux du musée, une partie des inventaires au moins existe : Du Mège donne une liste des œuvres de la galerie des plâtres dans son catalogue de 1844, resté manuscrit.
Françoise Bagnéris rappelle que le bâtiment de l’école des Beaux Arts a servi d’hôpital militaire en 1919, puis de nouveau en 1939. Comme Jean Penent l’interroge sur le portrait de François Lucas, un dessin de Roques, Françoise Bagnéris dit qu’elle ne sait pas où il se trouve aujourd’hui, et elle ajoute qu’elle n’a pas pu accéder au fonds. Jean Penent se souvient y être allé et d’y avoir trouvé 20 cm de dessins sur le sol, d’y avoir vu un dessin de Benjamin Constant, qui avait disparu le temps qu’il revienne, et aussi un dessin de Rixens, avec des traces de pataugas… Il est sûr qu’il n’y a plus de chefs-d’œuvre, tous ayant été volés… Jean Penent donne encore de nombreux détails qui lui sont restés en mémoire, et conclut que notre Société se doit de veiller au devenir de ce qui subsiste de ce fonds.
François Bordes indique que les Archives municipales sont vigilantes et il annonce qu’elles vont recevoir en dépôt la totalité des dessins, dont les dessins d’architecture parmi lesquels se trouvent des dessins d’Esquié. Il aurait sans doute été intéressant qu’une relation ait été établie avec les Archives municipales quand le Musée Paul-Dupuy a procédé à une première récupération du fonds, et il serait sans doute profitable qu’une équipe commune soit constituée pour en faire l’inventaire. Guy Ahlsell de Toulza regrette que le fonds soit ainsi dispersé entre plusieurs institutions, et que le manque de moyens ne permette pas au Musée Paul-Dupuy de le mettre à disposition du public. Il ajoute qu’il est anormal que le fonds de l’école soit inaccessible. Il se rappelle lui aussi l’état désastreux de l’école vers 1975, et qu’elle a alors été véritablement mise au pillage.
Le Président demande à chacun des témoins de bien vouloir réunir leurs souvenirs et des photographies des œuvres disparues, s’ils le peuvent.
Au titre des questions diverses, Nicole Andrieu, Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Haute-Garonne, annonce que la gendarmerie de Castelginest a retrouvé de nombreux objets volés en 2014-2015 dans plusieurs départements de la région, en particulier en Haute-Garonne.
Le voleur, ou receleur, a indiqué aux gendarmes la provenance des objets : les églises de Castelginest, Blagnac, Portet-sur-Garonne, Verfeil, Venerque, Saint-Sulpice-sur-Lèze, les églises de la Daurade et Saint-Pierre des Chartreux à Toulouse ; des objets viennent aussi de Gaillac, de Montauban et de Lézat-sur-Lèze.
Pour la Haute-Garonne, parmi les objets retrouvés :
un élément du tabernacle MH de Portet-sur-Garonne, les symboles des 4 évangélistes supportant un plateau pour exposer l’ostensoir, volé en mai 2015 ;
des têtes de bélier ornant des vases entourant l’autel de Saint-Pierre-des-Chartreux ;
et un tableau MH de l’église de Blagnac, offert à l’église en 1720 par la confrérie des Âmes du Purgatoire, volé en décembre 2014.
Tous ces objets seront rendus à leurs légitimes propriétaires, après constat d’état. Il faut saluer la rapidité avec laquelle la Gendarmerie a agi pour des objets volés dans les six à dix mois précédents.
Nicole ANDRIEU
Conservateur des Antiquités et Objets d’Art
de la Haute-Garonne
Séance du 10 novembre 2015 (séance privée)
TOULOUSE EN VUE(S) 1515-2015 : visite de l’exposition sous la direction de François BORDES
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Les Archives municipales et le Couvent des Jacobins s’associent à cette occasion pour offrir au public une exposition inédite présentant cinq siècles de cartes et plans toulousains.
Elle propose une double réflexion sur l’évolution des techniques de la cartographie et sur ses enjeux. Elle donne en outre l’occasion au visiteur de s’interroger sur les multiples fonctions d’une carte : représenter, découvrir, gérer et rêver la ville.
De la vue cavalière à celle en ballon, de la photo aérienne à l’imagerie spatiale (SPOT, Pléiades), de la carte en feuilles aux Systèmes d’Information Géographique, l’exposition montrera comment s’est écrite la mémoire visuelle de la ville au fur et à mesure des avancées technologiques.
Au-delà d’une simple représentation permettant la connaissance précise de la topographie, la carte apparaît comme un outil essentiel d’organisation de l’espace, sur lequel se dessinent en particulier les grands projets urbanistiques de la Cité.
De façon plus prosaïque elle constitue un instrument incontournable de découverte d’un territoire et de ses ressources à l’usage des curieux de passage ou autochtones.
Séance du 10 novembre 2015 (séance privée)
Communication de Vincent GENEVIÈVE et Marc COMELONGUE
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Jean-Jacques Lefranc de Pompignan numismate : sa collection disparue, son ami Charles-Clément Martin de Saint-Amand et le trésor de Sainte-Suzanne (Ariège).


Parmi les nombreuses passions qu’entretenait Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, la numismatique paraît avoir tenu un rôle de première importance. Faisant appel à la langue latine qu’il manie avec aisance et référence aux antiquités qu’il affectionne, la science des monnaies complète sa grande érudition et favorise des contacts nombreux et fructueux. Mais, pour parler honnêtement, on ne connaît presque rien des collections numismatiques de Lefranc. Paradoxalement, on connaîtrait mieux d’autres collections numismatiques qui ont pour origine celle de Lefranc ! Parmi les gens qu’il fréquentait et dont certains ont pu récupérer quelques pièces qui lui appartenaient, Charles-Clément Martin de Saint-Amand (1702-1763), ancien receveur général des tabacs de la ville de Toulouse est certainement le plus connu. Il est surtout le seul collectionneur et numismate qui croisa la route de l’extraordinaire trésor monétaire découvert à Sainte-Suzanne (Ariège) en 1753. Son intérêt pour la science numismatique et son amitié pour Saint-Amand ont conduit Lefranc à détailler l’histoire de cet événement exceptionnel dans l’éloge qu’il lira en l’honneur de son défunt ami à l’Académie des Sciences de Toulouse le 10 avril 1766. A son insu, Lefranc nous explique alors dans quelles conditions plusieurs exemplaires exceptionnels nous sont parvenus mais aussi et sûrement plusieurs centaines d’autres.
Présents : MM. Cazes, Président, Pradalier, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Scellès, Secrétaire général, Cabau, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Napoléone, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Bordes, Boudartchouk, Catalo, Garland, Geneviève, Julien, Lassure, le Père Montagnes, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Krispin, Nadal, Queixalós, MM. Capus, Corrochano, Penent, Pisani, membres correspondants.
Excusés : MM. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste, Latour, Bibliothécaire-adjoint ; Mmes Andrieu, Cazes, Fournié, Heng, Lamazou-Duplan, MM. Bru, Chabbert, Garrigou Grandchamp, Landes, Suzzoni.
Le Président se déclare très heureux de prononcer solennellement l’ouverture de l’année académique 2015-2016 devant une compagnie aussi nombreuse. En indiquant que le programme en est déjà complet, il rappelle qu’il est nécessaire de respecter la durée impartie aux communications afin de réserver du temps pour les questions diverses qui sont très importantes pour la vie de notre Société.
La parole est à Émilie Nadal pour la lecture du procès-verbal de la séance du 12 juin dernier, qui est adopté à l’unanimité.
Le Président rend compte des activités et évènements de l’été, parmi lesquels le dossier de l’aménagement des abords de la basilique Saint-Sernin occupe la première place.
La commission ad hoc mise en place en avril dernier a beaucoup travaillé pendant l’été, ses membres restant en contact grâce en particulier au courrier électronique qui a permis une abondante correspondance, des échanges nombreux et des réactions rapides. Un dossier assez copieux a ainsi été constitué et mis à la disposition de tous les acteurs du projet sur le site Internet de notre Société. Plusieurs réunions ont été organisées entre les membres de la commission, mais aussi avec le Collectif Saint-Sernin qui a pris l’initiative de lancer sur Internet une pétition « Pour la valorisation de la place Saint Sernin de Toulouse et la sauvegarde de son site archéologique bimillénaire ». Le Président invite les membres de la Compagnie à signer cette pétition en l’assortissant d’un commentaire et en indiquant leur titre et leur fonction. Il semble bien que les commentaires des signataires intéressent particulièrement les élus.
Des contacts sont également établis avec l’Association des habitants du quartier Saint-Sernin, qui manifeste son intérêt pour le projet. La dernière réunion s’est tenue hier soir à l’invitation de Mme Escudier, maire de quartier, une réunion animée qui a donné lieu à de véritables échanges.
Le Président a également rencontré à Barcelone l’architecte-urbaniste Joan Busquets, en compagnie de personnes du service de l’urbanisme de Toulouse et de Pierre Pisani. Les échanges, qui ont duré six heures, ont porté sur les moindres détails, lui laissant une impression très positive en plus de la rencontre d’un grand professionnel.
Les résultats provisoires sont la décision de restaurer le massif occidental de Saint-Sernin, de réaliser un musée de l’œuvre et d’ouvrir au public l’Hôtel Dubarry, la proposition d’une extension souterraine du Musée Saint-Raymond étant si ce n’est totalement acceptée au moins prise en considération par la Mairie, l’esquisse de Joan Busquets devant faire place à un véritable projet intégré dans un schéma directeur.
Autre annonce importante hier soir de Mme Annette Laigneau, celle de la mise en place d’un comité de pilotage auquel nous serons associés.
Un bémol cependant : les très fortes réticences quant à des fouilles programmées sur tout ou partie de la place Saint-Sernin, Mme Laigneau laissant à la DRAC le soin de juger s’il est utile de faire fouilles… C’est un leitmotiv typiquement toulousain que de considérer que des fouilles archéologiques grèvent les finances et retardent les réalisations, alors qu’ailleurs en Europe l’archéologie est intégrée au projet.
Le Président remercie tous les membres de la commission Saint-Sernin, et tout particulièrement Olivier Testard, qui a magnifiquement mis en dessins un projet possible issu des réflexions communes, et Maurice Scellès, qui a assuré la mise en ligne rapide des informations tout en œuvrant à la refonte complète du site Internet de notre Société.
L’été a également vu la livraison du tome LXXII (2012) de nos Mémoires : ce sont donc deux volumes qui ont déjà paru cette année, auxquels il faudra bientôt ajouter le volume 2013, sous presse, dont la livraison est espérée pour la fin de l’année. Le Président remercie Anne-Laure Napoléone, Jean-Luc Boudartchouk et Maurice Scellès pour tout le travail fourni afin de rattraper le retard de notre publication, ainsi que tous les auteurs qui ont contribué à ces volumes.
Nos remerciements vont aussi à notre Trésorier qui a tout fait, malheureusement sans succès, pour acheter un magnifique chapiteau de Saint-Gaudens. Guy Ahlsell de Toulza précise que ce chapiteau, dont Louis Peyrusse lui avait signalé la mise en vente, provient du cloître de Saint-Gaudens ; il était connu par une publication de Marcel Durliat et un moulage figure dans la reconstitution partielle du cloître. Deux antiquaires étaient sur l’affaire, et notre Trésorier a renchéri de 200 €, pour l’honneur, car l’adjudication a été faite à 31000 € hors frais. Le chapiteau est toujours en France, dans l’attente de l’autorisation d’exportation. L’acquéreur serait prêt à le céder, mais avec une marge de bénéfice. Le Président conclut qu’il y a donc encore un espoir que ce chapiteau reste en France.
Guy Ahlsell de Toulza et Jean-Luc Boudartchouk ont en revanche pu acheter à Mme Neveu un fragment de sarcophage, qui fera l’objet d’une présentation en séance. Enfin, dernièrement, notre Trésorier a acquis en vente publique un tableau représentant le martyre de saint Saturnin : il nous en dira quelques mots en fin de séance.
Des dons sont venus enrichir notre bibliothèque :
de Louis Peyrusse, les 24 volumes de l’Encyclopedia Universalis ;
de François Bordes, le magnifique ouvrage 1515-2015. Atlas de Toulouse. Ou la ville comme œuvre, Toulouse, Presses universitaire du Midi, Collection Architecture, 2015, 212 p.
C’est également Mme Odette Molinier, exécuteur testamentaire de Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, qui a donné à notre Société des archives de notre consœur disparue, dont la documentation de recherche et l’iconographie de son ouvrage, resté inachevé, sur l’imprimerie à Toulouse. Christian Péligry et Geneviève Bessis nous reparleront de ce projet au cours de l’année.
Le Président remercie les donateurs au nom de notre Société.
Outre diverses annonces et invitations, la correspondance comprend un appel à contribution au colloque qui se tiendra en octobre 2016 à Rocamadour, à l’occasion du 850e anniversaire de l’invention des reliques de saint Amadour, organisé par nos consœurs Sophie Brouquet et Michelle Fournié.
Le Maire de Cahors a répondu au début de l’été au courrier que nous lui avions adressé à propos du devenir du palais de Via :
Cahors, le 29 juin 2015
Monsieur le Président,Je fais suite à votre correspondance par l’intermédiaire de laquelle vous appeliez mon attention sur l’avenir du Palais de Via de Cahors.
Je me permets de revenir vers vous aujourd’hui à la faveur de l’avancée de l’analyse qui entoure le sujet.
Comme vous, la municipalité de Cahors est très attentive à l’avenir de ce site, pour ce qu’il offre comme témoignage de l’épaisseur historique de notre cité médiévale.
Ainsi, ce qui de mon point de vue compte en cette matière, consiste à éviter que ce bien soit inscrit au programme des biens cessibles par l’État et qu’il prenne place, sans autre forme de procès, au sein de la liste établie par France Domaine.
C’est la raison pour laquelle, comme vous le savez peut-être, nous avons, avec l’État, sollicité la Caisse des Dépôts aux fins de réalisation d’une étude flash pour identifier le potentiel de mutation de ce palais unique.
En complément, l’État s’est engagé, via la DRAC, à réaliser une étude complémentaire afin de mesurer plus précisément les possibles destinations futures de ce site ainsi que les ailes susceptibles de muter voire de disparaitre (entendez par là les constructions en cœur d’îlot réalisées à l’époque contemporaine pour les besoins de la maison d’arrêt).
Cette étude devrait être rendue à l’automne, du moins c’est le dernier engagement qu’il m’ait été donné à connaître.
Récemment, j’ai également personnellement sensibilisé et ce, in situ, Madame la Ministre PINEL, lors d’une visite de notre ville, sur l’enjeu que représente le Palais de Via de Cahors.
Madame la Ministre a d’ailleurs eu l’occasion de rencontrer le Directeur national de la Caisse des Dépôts et lui a relayé les divers enjeux de notre territoire, dont celui de la maison d’arrêt.
À ce titre, une nouvelle rencontre a eu lieu très récemment avec la CDC pour évoquer l’ensemble de ces sujets.
Par conséquent et comme vous pouvez le voir, la Ville est particulièrement mobilisée. Nous attendons le rendu de l’étude commanditée par l’État pour établir en suivant une feuille de route.
Ce qui m’importe à ce stade, c’est de favoriser la renaissance du Palais. Pour cela, il reviendra aux autorités de faire preuve de réalisme considérant que le meilleur projet est sans conteste celui qui se concrétise.
Espérant que ces précisions témoignent de notre attachement à cet exemple unique d’architecture médiévale,
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes respectueuses salutations.Le Maire
Jean-Marc Vayssouze-Faure
La parole est à Vincent Geneviève pour une communication consacrée à Jean-Jacques Lefranc de Pompignan numismate : sa collection disparue, son ami Charles-Clément Martin de Saint-Amand et le trésor de Sainte-Suzanne (Ariège) . Notre confrère demande d’excuser Marc Comelongue, qui a été associé à cette recherche mais n’a finalement pas pu venir ce soir.
Le Président remercie Vincent Geneviève pour cette étude si précise, dont les déductions paraissent tout à fait pertinentes pour retrouver le noyau initial du médaillier du Musée Saint-Raymond. Grâce au travail de notre confrère, et au relais pris par Pascal Capus, le médaillier prend toute sa valeur. Charles Martin de Saint-Amans était admiré au musée de Toulouse : Alexandre Du Mège lui rend hommage en érigeant une fabrique-fontaine dans le cloître du couvent des Augustins.
Dominique Watin-Grandchamp dit que l’enquête pourrait se prolonger au château de Pompignan, où une pièce semble avoir été dévolue à un cabinet de curiosités, et aux archives départementales de Tarn-et-Garonne où se trouve la correspondance échangée entre Lefranc de Pompignan, Saint-Amans et un autre franc-maçon. Vincent Geneviève ne pense pas poursuivre dans ce sens, l’intérêt, au moment du colloque, étant surtout pour lui de montrer ce que l’analyse de la collection pouvait apporter sur la constitution du médaillier du Musée Saint-Raymond. Mais il y a peut-être là un sujet pour un étudiant. Pour Guy Ahlsell de Toulza, tous les décors intérieurs du château de Pompignan, et le cabinet, en effet tout à fait étonnant, doivent être attribués au fils de Jean-Jacques Lefranc, ce que conteste Louis Peyrusse qui rappelle qu’il s’agit là d’une discussion sans fin puisque les attributions ne sont fondées sur aucun document : il penche pour sa part en faveur du père. Il s’accorde avec Vincent Geneviève pour juger que Lefranc de Pompignan n’est pas un grand numismate mais plutôt un collectionneur compulsif.
Pascal Capus souligne l’intérêt de la méthode retenue pour la constitution du médaillier, en sélectionnant toutes les variantes d’un type, une démarche alors tout à fait nouvelle confirme Vincent Geneviève, et une démarche de chercheur qui à n’en pas douter est due à Saint-Amans, le premier numismate de Toulouse.
Comme Jean-Luc Boudartchouk s’étonne de la lecture fantaisiste de la légende d’une monnaie, FRANCVLTVS au lieu de FRANCVLFVS, Vincent Geneviève qu’il est surtout important pour l’époque que l’on s’intéresse à ces monnaies tardives alors habituellement méprisées, l’interprétation proposée ayant dans ce cas l’intérêt d’en augmenter la valeur.
Jean Penent rappelle que Lefranc de Pompignan a sauvé une partie du mobilier de l’église Saint-Paul à Paris, réinstallée dans son château et dans l’église de Pompignan.
L’ordre du jour appelle les questions diverses.
Le Président souhaite la bienvenue à Pierre Pisani, qui prend séance ce soir, et il lui donne la parole pour des informations sur les premiers résultats du diagnostic archéologique de la place Saint-Sernin.
Le Président remercie Pierre Pisani pour cette présentation faite en temps utile, en tout début d’année académique, pour nous donner les résultats de ces diagnostics. Ils mettent parfaitement en évidence l’intérêt exceptionnel du site, ce que l’on savait, et suffisent à démontrer l’utilité de fouilles pour la recherche tant du point de vue artistique que scientifique. Pierre Pisani souligne le fait que, selon Quitterie Cazes, les deux chapiteaux mis au jour n’ont rien à voir avec ceux conservés au Musée des Augustins, ce qui laisserait entendre que les chantiers de la basilique et du cloître ont été en partie simultanés. Pour Patrice Cabau, les premières découvertes faites par les sondages renouvellent complètement notre approche de la basilique et de son environnement. Pierre Pisani ajoute que les sondages de diagnostic n’ont pas permis de retrouver certains éléments pourtant attendus mais en ont révélé d’autres tout à fait nouveaux, et qu’il est nécessaire de poursuivre l’analyse notamment des documents d’archives dont nous disposons.
Pour Henri Pradalier, il importe d’aller plus loin dans la compréhension du site et d’avoir plus de certitudes avant de conclure à partir des deux chapiteaux mis au jour. Le Président partage cet avis, et considère que la fouille s’impose pour répondre aux nombreuses interrogations.
Concernant le rôle de la DRAC, Maurice Scellès rappelle que le Service régional de l’archéologie a la responsabilité du contrôle scientifique et technique de la fouille, mais que la décision de fouiller relève de l’aménageur ou du propriétaire. En fonction du projet et de la menace de destruction que celui-ci fait peser sur des couches ou vestiges archéologiques, la DRAC détermine ce qui doit être fouillé et les moyens qui doivent être mis en œuvre pour garantir la qualité scientifique de la fouille. De ce point de vue il n’y a d’ailleurs pas de différence entre fouilles préventives et fouilles programmées qui se distinguent par le contexte de leur mise en œuvre. La décision de fouiller le site de Saint-Sernin et la détermination de l’ampleur des travaux relèvent de la Mairie de Toulouse. Pierre Pisani précise que la Ville n’a pas encore pris de décision.
Le Président ajoute que le maire de Toulouse a demandé à le rencontrer et que rendez-vous est pris pour le 16 novembre. Il est vrai que la décision de faire des fouilles appartient à la Mairie, et que c’est là une occasion rare qu’il faut savoir saisir. Daniel Cazes se souvient que l’installation des DRAC dans les années 1980 devait aider les mairies dans leurs projets sur le patrimoine, et c’est aujourd’hui une politique de l’éteignoir au lieu de l’enthousiasme que l’on serait en droit d’attendre.
Guy Ahlsell de Toulza montre une photographie du tableau du Martyre de saint Sernin par P. Pujol ; haut de 1,20 m pour 0,90 m de large, il est daté de 1890. L’acquisition a été faite pour un montant total de 1180 €. Louis Peyrusse précise qu’il ne s’agit probablement pas, en raison de la date, d’une esquisse pour la salle des Illustres du Capitole, dont le décor a été rapidement réalisé en 1898.
Guy Ahlsell de Toulza annonce par ailleurs qu’un grand relevé du portail de la Dalbade, dû à un élève de Paul Tournon qui a été prix de Rome, sera mis en vente demain.


















