Année académique 2017-2018

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Séance foraine du 16 juin 2018

JOURNÉE FORAINE DU 16 JUIN 2018 : À MINERVE ET QUARANTE

Présents : Mme Nadal, Présidente, MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-Adjoint ; Mmes Bessis, Merlet-Bagnéris, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp ; MM. Balty, Boudartchouk, Cazes, Surmonne, membres titulaires ; Mme Balty ; M. Chabbert, membres correspondants.
Invités : MM. Frédéric Mazeran, architecte du patrimoine du Département de l’Hérault et membre de la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, Jacques Coupat, érudit de Quarante, Pierre Cèbe, président de l’association « Histoire et patrimoine de Quarante », Henri Barthès, président de la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, des amis et des membres de l’association Menerbés et de l’association « Histoire et patrimoine de Quarante ».


Minerve

Vue de Minerve.

La compagnie se retrouve à l’église de Minerve où Marie Vallée-Roche lui avait donné rendez-vous. Après nous avoir rassemblés, notre consœur nous guide sous les remparts de la ville pour illustrer son propos de présentation générale du site et de son histoire. À cette occasion, elle nous signale que Minerve porte les traces d’une occupation probablement quasi continue depuis 6000 ans. Puis elle donne la parole à Frédéric Mazeran qui retrace pour nous les différentes étapes des travaux et des restaurations effectués sur le rempart. Il nous présente également les résultats des sondages effectués en 2007-2008, lors de la première tranche de travaux, s’attardant sur les vestiges d’époque wisigothique qui pourraient indiquer la présence d’un habitat important à la fin du Ve siècle et dans la première partie du VIe siècle. Cette hypothèse semble être confirmée par les sondages effectués préalablement aux travaux actuels. En effet, les vestiges de probables édifices aristocratiques sont mis en parallèle avec le caractère particulièrement défensif du site pour évoquer la citadelle imprenable de Minerve. On signale encore la nécropole wisigothique du Pech, à 1 km de là, où deux tombes ont été fouillées. Puis la compagnie descend vers le puits Saint-Rustique protégé par une barbacane. En observant la porte très restaurée et l’importance du système défensif, on évoque la communauté cathare, le siège de 1210 et la reddition de Guilhem de Minerve. Marie Vallée-Roche nous conduit alors vers les parties basses du site pour observer les fortifications d’un autre point de vue. Elle nous fait remarquer à quel point les murailles ont souffert des guerres de religion et l’ampleur des reprises qui ont été effectuées au début du XVIIe siècle. En passant sous le pont construit en 1913, nous réalisons l’aspect insulaire que le site a pu avoir jusque-là. Nous arrivons ensuite à l’ouest du cimetière Saint-Nazaire, là où des fouilles furent effectuées en 1932. Les rapports succincts de cette campagne évoquent les vestiges de deux bâtiments, peut-être paléochrétiens. Doit-on y voir l’emplacement d’une ancienne église ? En remontant vers la ville, notre consœur nous fait remarquer que le portail haut a été détruit au XIXe siècle et que des traces d’archères sont toujours visibles sur le mur d’une maison située près de la pointe du rocher. Frédéric Mazeran ajoute qu’une tour-donjon triangulaire appartenant au château s’élevait à cette extrémité.Les vestiges de maçonnerie de cet ensemble montrent un bel exemple d’appareil à bossage. Il nous fait remarquer par ailleurs que la rue principale qui dessert le village à ce niveau-là est bâtie sur les salles du château. Frédéric Mazeran suppose enfin qu’un fossé sec taillé dans la roche devait compléter le système défensif.

Devant l'entrée du musée de Minerve.

La troupe s’achemine vers le Musée comprenant six salles réparties sur deux niveaux. Les deux premières sont réservées aux fossiles et à la préhistoire. Le matériel exposé provient essentiellement des grottes alentours où se trouvaient les réserves d’eau. Mais la région regorge de vestiges, possédant entre autres une quarantaine de mégalithes et deux sites probablement chalcolithique, La Gasque et Minerve-La-Vieille, qui conservent des structures bâties. Marie Vallée-Roche déplore que ce patrimoine exceptionnel ait été encore si peu étudié. En passant dans la grande salle où sont exposés les matériels antiques et wisigothiques, notre consœur nous fait remarquer les signes de dégradation des pièces métalliques. En effet, l’absence de conservateur et le désintérêt progressif de la commune pour le Musée mettent les collections en danger de conservation.
Pourtant, ce musée abrite des pièces exceptionnelles et de grande valeur comme les boucles provenant des tombes wisigothiques de la nécropole du Pech qui sont malheureusement en train de se dégrader. On note par ailleurs que les informations données sur les étiquettes sont caduques puisqu’elles n’ont pas été pour l’essentiel mises à jour depuis 1967. Les pièces du niveau supérieur montrent une muséographie plus moderne. Le matériel découvert lors des fouilles de 2007-2008 y est exposé, ainsi qu’une ancienne maquette du siège de Minerve en 1210.
Frédéric Mazeran nous dirige ensuite vers l’église située tout près de là et nous présente son architecture. L’édifice a connu plusieurs campagnes dont deux à l’époque romane. Ces dernières se caractérisent par l’utilisation de matériaux de deux couleurs différentes pour les archivoltes des baies comme le montrent d’autres édifices romans de la région. Marie Vallée-Roche nous présente l’autel en marbre de Carrare, daté de 456 et de ce fait le plus ancien à ce jour à être daté (cf. Marie Vallée-Roche, « Notes à propos des graffitis de l’autel de Minerve », dans M.S.A.M.F., t. LXXIII, 2013, p. 85-108).

Quarante

Vue de Quarante. Cliché Frédéric Mazeran.

L’après-midi est consacré à la visite de l’église et du Musée de Quarante. Un diaporama permet de prendre connaissance de l’étude du porche de l’église abbatiale de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert et de la restitution en trois dimensions de son état du XIIe siècle réalisée par Frédéric Mazeran. M. Christian Blasco, auteur d’un ouvrage sur l’histoire du bourg abbatial de Quarante, en donne un bref résumé. Avant de laisser l’assemblée visiter l’église, Jacques Coupat en présente l’historique et les différentes phases de construction, illustrant son propos de modélisations en trois dimensions, réalisées par M. Joël Roure, projetées sur l’écran. Des fouilles anciennes effectuées dans l’église et ses propres observations lui ont permis d’étayer ses hypothèses pour la restitution des premiers états du bâtiment (exposées dans une publication en ligne : https://fr.calameo.com/books/002365010f7d7ab3e0553).

Modélisation en 3D de l'abbatiale de Quarante. F. Mazeran et J. (...)
La place et l'église abbatiale de Quarante. Cliché Christian Douillet.

L’église de Quarante était un des plus grands édifices de la région au XIe siècle, avec l’église abbatiale de Gellone. Elle devait son importance aux nombreuses reliques de martyrs qu’elle possédait (40 selon la tradition, ce qui serait selon la légende, l’origine du nom de la ville). Elle était par ailleurs desservie par 13 chanoines qui avaient pour mission de prier pour la famille vicomtale qui avait fondé l’église.

 

Quarante. Autour de la table d'autel... Cliché Christian Douillet.
Quarante. Le sarcophage du IIIe siècle. Cliché Christian Douillet.

La visite s’achève en petits groupes. Pierre Cèbe commente les principales pièces du trésor. Le sarcophage à clipeus daté du IIIe siècle suscite bien des interrogations et des débats, et Jean Balty envisage d’en reprendre l’étude. Le groupe qui entoure la table en marbre du maître-autel convient que la datation du XIe siècle ne peut plus être retenue, après l’identification par Marie-Vallée Roche de signatures gravées très similaires à celles gravées sur l’autel de Minerve (Vidbertus et Alaricus) ou qui évoquent le nom de clercs (Durandus presbiterDeusdedit) présents dans les chartes aux alentours de l’an mil. Frédéric Mazeran entraîne quelques membres du groupe au nord de l’église, voir les vestiges des bâtiments conventuels qui mériteraient une étude et une mise en valeur.

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La compagnie est ensuite conviée à visiter le petit musée archéologique installé dans un bâtiment communal adossé à la grande abside de l’église Sainte-Marie. Créé en 1982 par quelques bénévoles particulièrement compétents, il regroupe un ensemble de collections remarquables de l’époque chalcolithique, de l’Âge du Fer, de l’époque gallo-romaine et du Moyen Âge. Ces collections proviennent du territoire de Quarante et celles du Moyen Âge sont le plus souvent en lien avec le passé prestigieux de l’ancienne église abbatiale. Parmi les objets présentant le plus d’intérêt, on citera une collection de des pointes de flèches, deux récipients cerclés de cordons saillants du chalcolithique ou des vases avec parures en bronze de l’Âge du fer. Pour la période antique : deux intailles du Ier siècle, des manches d’outils chirurgicaux, des poids de balance d’époque romaine, dont un de ces poids curseurs figurant Hercule couvert d’une peau de lion, mais aussi un chapiteau en marbre, deux cadrans solaires, des fragments d’inscriptions funéraires et une plaque de tombeau du Ier siècle, qui mériterait une étude épigraphique approfondie. Le musée doit enfin sa notoriété à la présentation d’une belle collection de monnaies romaines et du Moyen Âge, dont une monnaie en or d’époque mérovingienne.

A l'Hôtel de Ville de Quarante. Cliché Christian Douillet.

À l’invitation de la municipalité, la compagnie gagne l’Hôtel de Ville, où elle est accueillie par Mme Élisabeth Dauzat, adjointe au maire et vice-présidente chargée de la culture et du patrimoine à la Communauté de communes du Sud-Hérault. Au nom de notre compagnie, Émilie Nadal remercie tout particulièrement notre consœur Marie Vallée-Roche à qui nous devons l’organisation et le succès de cette journée, et tous ceux qui nous ont fait découvrir ou redécouvrir en bénéficiant de leurs recherches ces sites patrimoniaux majeurs de l’Hérault que sont Minerve et Quarante. Après avoir excusé monsieur le maire, contraint de partir, Mme Élisabeth Dauzat remercie la Société Archéologique du Midi de la France de son intérêt au patrimoine de Quarante, en souhaitant que cette visite contribue à sa reconnaissance, mais aussi à faire connaître à un large public l’abbatiale et le village. Alors que Mme Élisabeth Dauzat invite l’assemblée à profiter des rafraîchissements, des échanges nombreux et cordiaux s’engagent entre les participants.

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Séance du 5 juin 2018 (séance privée)

Communication longue d’Anaïs Charrier : « Cahors. Ensemble cathédral roman : nouvelles données sur deux édifices ».

couverture 3 web 20bf6L’ensemble cathédral de Cahors constituait véritablement le cœur de la cité médiévale. Organisé autour de la cathédrale, il comprenait d’une part les bâtiments épiscopaux, réservés à l’évêque, et d’autre part, les bâtiments canoniaux, lieu de vie du chapitre de chanoines. Le tout formait, dès l’origine, un ensemble autonome, régi par ses propres règles. La structuration de l’ensemble roman fut impulsée par la réforme grégorienne vers 1090. Un grand chantier de construction débuta alors, commencé avec celui de la cathédrale, rapidement suivi par ceux des bâtiments destinés à l’évêque et aux chanoines.

Ensemble cathédral roman de Cahors, proposition de restitution, pour le XII<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle, de l'édifice fermant l'aile sud du cloître (le réfectoire ?). Dessin axonométrique L’étude conduite récemment sur la tour située à l’angle sud-ouest du cloître a permis de redécouvrir l’un des bâtiments canoniaux majeurs de l’ensemble roman. Au XIIe siècle, la tour et le bâtiment actuellement appelé « Grenier du chapitre » ne formaient qu’un seul édifice, qui abritait vraisemblablement le réfectoire des chanoines. Orienté est-ouest, il fermait la galerie sud du cloître qui fut rebâti entre 1493 et 1553, dans un style gothique flamboyant, à l’emplacement du cloître roman.

Clôture de l’année académique.

Apéritif gourmand.

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Séance du 29 mai 2018 (séance privée)

Communication longue de Colin Debuiche :
« Les séjours de l’architecte et ingénieur Dominique Bachelier en Aragon à la fin du XVIe siècle ».

arton164 fb077Du XVIe au début du XXe siècle, la mobilité des artisans de la construction a été une source de fierté à maintes reprises agitée comme un signe de grandeur nationale. Déjà en 1578, en s’appuyant sur une liste d’artisans, Jean Bodin vantait le caractère « actif & serviable » du Français opposé à celui de son rival espagnol « paresseux à merveilles hors le fait des armes & de la trafique ».
Depuis la publication en 1922 d’une lettre adressée par Philippe II à son ambassadeur en France pour obtenir d’Henri III l’autorisation d’employer un architecte toulousain à la réparation du pont de Saragosse, le nom de Dominique Bachelier fut brandi aussi bien au plan national que local, sans que ne soit posée la question de sa réelle intervention, pour souligner les compétences des artistes français ou illustrer la proximité de la capitale languedocienne avec l’Espagne.

Fig. 2. Juán Bautista MARTÍNEZ DEL MAZO, Vue de Saragosse, 1647, huile sur toile, 181 x 331 cm. Madrid, musée du Prado. À la lumière de multiples sources, inédites pour certaines, il est désormais possible de confirmer la venue de Bachelier à Saragosse, mais aussi de clarifier les circonstances dans lesquelles elle s’est faite, la composition et l’organisation de son atelier, ainsi que la nature de ses interventions et de ses apports au foyer aragonais. L’occasion est ainsi offerte de revenir sur un pan singulier de la culture savante architecturale qui a accaparé les maîtres toulousains tout au long du XVIe siècle, mais également d’apporter un éclairage sur des questions d’un intérêt plus général, comme le rôle des charpentiers sur les chantiers d’ingénierie, ou de nuancer certaines constructions historiographiques selon lesquelles l’itinérance serait nécessairement le signe de l’excellence.

 


Présents : Mme Nadal, Présidente, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Bessis, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Wattin-Grandchamp ; MM. Cazes, Garrigou-Grandchamp, Julien, Peyrusse, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Muños, ; MM. Debuiche, Penent, Suzoni, membres correspondants.

Excusés : Mmes Cazes, Fournié, Fradier et Queixalos ; MM. Ahlsell de Toulza, Scelles et Tollon.

Invitée : Mme Sophie Dumoulin.

Notre présidente félicite notre confrère Colin Debuiche qui vient d’être recruté à l’Université de Rennes à un poste de maître de conférence. Elle nous annonce également que Benjamin Marquebielle vient de présenter sa candidature à un poste de membre correspondant dans notre société. Nous nous réjouissons tous de voir arriver un préhistorien parmi nous. Anne Bossoutrot-Rebière fait don à la société de quatre volumes portant sur les études archéologiques de Saint-Bertrand-de-Comminges.
Après la lecture du procès verbal de la dernière séance, l’assemblée l’adopte après une petite modification.

Michel Roquebert est élu membre honoraire de notre société.

Sophie Duhem est élue membre correspondant.

Émilie Nadal donne enfin la parole à Colin Debuiche pour sa communication longue : Entre excellence et opportunisme : l’architecte-ingénieur Dominique Bachelier en Aragon à la fin du XVIe siècle.
Notre présidente remercie le conférencier de nous avoir fait découvrir ces monuments aragonais et demande des précisions sur le registre qu’il a utilisé pour son étude du pont de Sarragosse. Il s’agit répond-il de comptes rédigés sur le terrain et mis au propre par la suite ; y figurent notamment les actions supplémentaires au projet avec les rémunérations effectuées. Dominique Wattin-Grandchamp s’interroge sur les processus de formation et de qualification des gens qui composent les équipes et demande à Colin Debuiche si les sources qu’il a consultées donnent des informations à ce sujet. Ce dernier répond que rien ne permet de répondre à ces questions mais on devine des connexions, des préférences et des associations de circonstances et d’intérêt. Bachelier s’est formé au contact de son père, précise-t-il, le chantier important du pont neuf a certainement permis la formation de nombreux individus. Il souligne enfin le rôle important joué par les charpentiers dans les chantiers en évoquant notamment Dominique Bertin, et conclue en évoquant la très probable polyvalence de ces artisans. En rappelant le manque de solidité des travaux effectués par Bachelier sur le pont de Sarragosse, Daniel Cazes fait remarquer que ce pont monumental a toujours été en travaux, victime à toutes époques des violentes crues de l’Ebre. L’intérêt ici répond Colin Debuiche est de pointer l’état du savoir technique et du savoir faire à cet instant précis. Les faiblesses qui ont conduit à l’effondrement d’une partie du pont de Sarragosse sont les mêmes que celles qui ont été décelées au pont neuf de Toulouse. Louis Peyrusse trouve notre conférencier sévère avec Dominique Bachelier et lui fait remarquer que l’architecte-ingénieur avait été recommandé par le roi et que peu de spécialistes pouvaient se prévaloir de telles qualifications à l’époque. Colin Debuiche répond qu’il aurait aimé avoir un peu plus d’informations sur le contexte de cette venue de Dominique Bachelier à Sarragosse.

Émilie Nadal passe ensuite la parole à Patrice Cabau qui nous montre, dans le cadre d’une question diverse, un fragment de couvercle de sarcophage en marbre dégagé dans la petite rue des cuves à l’occasion des travaux qui touchent toute la place Saint-Sernin. Ayant été laissée sur place, adossée contre le mur d’une maison, on a coulé du béton autour de celle-ci après l’avoir garnie d’une collerette en plastique. Il nous montre ensuite les photographies d’une maison donnant également sur la place, repérée depuis longtemps par nos confrères puisqu’elle est bâtie avec des matériaux de récupération du cloître. Malheureusement, elle est entièrement enduite et seules quelques dalles de pierre jaune sont visibles à la base de l’édifice sur l’élévation donnant sur la rue des cuves. Daniel Cazes rappelle qu’il avait informé la mairie et la DRAC de l’intérêt de cette maison il y a quelques années de cela mais qu’aucune réponse ne lui avait été donnée. Il poursuit sur les travaux de la place Saint-Sernin, déplorant que le suivi archéologique soit effectué avec autant de « légèreté », c’est-à-dire avec peu de photographies et de relevés. Il remarque que les sondages ne font pas l’objet de fouilles et que le projet de restauration du massif occidental se fait indépendamment des travaux actuels. Il regrette que l’on n’ait pas pris le temps d’observer l’emmarchement apparu sous l’actuel qui nous aurait informé sur la dénivellation existant à l’origine entre la basilique et l’actuelle place Saint-Raymond. Celui-ci a été en effet rapidement recouvert par des dalles amovibles coulées sur place contre l’emmarchement en pierre qu’il faudra peut-être détruire quand les travaux du massif occidental débuteront.
Dominique Wattin-Grandchamp informe Daniel Cazes que des sondages archéologiques ont été faits, même si on peut déplorer que les rapports ne soient pas encore rendus. Elle ajoute que bon nombre de ceux qui travaillent au service public font de leur mieux, souvent avec peu de moyens et que le travail qui a été fait est rarement reconnu.

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Séance du 15 mai 2018 (séance privée)

Communication longue de Sophie Brouquet :
« Pour une archéologie de l’environnement musical à Toulouse à la fin du Moyen Âge ».

coutumes de toulouse x372light dc5b0À la fin du Moyen Âge, Toulouse offre l’exemple d’une ville où la musique est omniprésente et, qui plus, sous une forme originale. Il ne s’agit pas ici d’un art de cour cantonné à une chapelle princière, mais de pratiques diverses s’épanouissant dans les lieux les plus variés : la rue, la place, la nef des églises, la maison communale et les intérieurs des notables en sont les témoins. Instrument du pouvoir des capitouls et des représentants du roi, la musique se veut solennelle, mais aussi spirituelle dans le cadre des célébrations et des processions religieuses, et parfois joyeuse à l’occasion de divertissements profanes.


La richesse des fonds d’archives toulousains permet de faire revivre une partie de l’environnement sonore de la ville au cours des deux derniers siècles du Moyen Âge dans toute sa diversité : du crieur public au jongleur, du troubadour à l’organiste en passant par la couble des capitouls, les représentations de la basoche du parlement et des joyeux mondains ou celles des confréries du Montement de la Vierge. Ces musiques sont jouées par des musiciens qui se partagent en trois statuts : les membres de la confrérie des ménétriers, les musiciens de la ville et des églises et les jongleurs et sonneurs de passage.

 

 

 

 

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Séance du 12 mai 2018 (séance privée)

SÉANCE FORAINE DU 12 MAI 2018, À LA SALVETAT-SAINT-GILLES.

Présents : Mme Nadal, Présidente, MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-adjointe ; Mme Cazes, MM. Balty, Boudartchouk, Cazes, Peyrusse, membres titulaires, Mmes Balty, Bossoutrot-Rebière, M. Rebière, membres correspondants.
Excusés : Mmes Fournié et Lamazou-Duplan, M. Sournia.
Sont également présents : M. Aderiu (Maire de la Salvetat-Saint-Gilles), Mmes Labat et Andrau (adjointes au maire), MM. Bergougniou et Abdelaoui (adjoints au maire), Mme Volto (conseillère départementale), M. Julian (conseiller départemental), M. Baranéchéa (CRMH), M. Monlouis-Bonnaire (de la Société TERREAL).


Le maire de La Salvetat-Saint-Gilles nous accueille dans une salle de la mairie et nous annonce le programme de la matinée. Dans un premier temps, notre confrère Jean-Louis Rebière, architecte en chef des Monuments historiques en charge du projet de consolidation et de restauration, présente le château, sa structure, son histoire et le détail des travaux dont il fera l’objet, illustrant son propos de photographies et de plans projetés sur un écran :

Elévation extérieure du château « Le château de La Salvetat-Saint-Gilles fut construit par Raymond IV, comte de Toulouse entre 1088 et 1096, juste avant son départ pour la première croisade. Il fut conçu comme poste avancé de la défense de Toulouse. Il a été́ disposé à cet effet sur l’arête d’un promontoire dominant de 90 m d’altitude, situé à proximité́ de la rive orientale de l’Aussonnelle. Un événement marquant de l’histoire du château fut la venue des Capitouls qui y siégèrent en fuyant la peste de 1481.

Le XVIIe siècle a laissé une profonde empreinte sur le château en raison des importantes modifications qui lui furent apportées, le transformant en agréable villégiature. Cette rénovation fut poursuivie au XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle. Des vestiges de décors du XVIIe siècle y sont encore visibles, comme ceux de la galerie qui fut établie sur la cour, entre les deux pavillons de résidence.
Le château de La Salvetat-Saint-Gilles a été inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en juin 2006. Le 6 août 2007, il a été classé en totalité parmi les Monuments Historiques.

 


En 2010, une violente tempête découvrit une part importante des couvertures des toitures du château déjà fragilisées par des décennies d’inaction. Les étaiements intérieurs vinrent soutenir les charpentes des pavillons, et des bâches provisoires furent posées dans l’attente des reprises de toitures.
En septembre 2014, la conservation régionale des Monuments Historiques nous chargeait de réaliser des travaux d’office afin d’empêcher la ruine de l’édifice et la perte des décors de la galerie sud du château. En 2016, la commune de La Salvetat-Saint-Gilles devenait propriétaire du château et nous commandait enfin la maîtrise d’œuvre de la réalisation de travaux d’urgence de stricte conservation en raison d’une importante aggravation des désordres.
L’avant-veille de la remise du dossier de travaux, la charpente du pavillon s’effondrait dans le bâtiment emportant une partie de l’étage attique et crevant le dernier plancher conservé en place au niveau du rez-de-chaussée. Le projet dût donc être remanié en conséquence, prenant en compte ce nouveau dommage.
Aujourd’hui, les travaux projetés s’engagent enfin. Ils porteront tout d’abord sur le sauvetage du pavillon ouest dont l’état de ruine progresse dangereusement, nécessitant d’inverser l’agencement des tranches opérationnelles.
Notre présentation du château s’attachera à en montrer les vestiges, dans la limite des possibilités d’accès et de la dangerosité du lieu. Nous présenterons également la façon dont nous avons établi notre projet et la façon dont ont été organisées les interventions pour mener à bien cette restauration de sauvetage, très délicate en raison de la dangerosité des structures. »

 

Nous nous acheminons ensuite vers l’édifice situé derrière la Mairie pour une visite réduite au pourtour du château et à l’entrée de la cour, pour des raisons de sécurité. Dans un discours de remerciement adressé aux membres de la société, le maire évoque les dix années durant lesquelles, la mairie a hésité à acquérir le château et une partie du parc, pour finalement se décider en 2016. Il rappelle, après Jean-Louis Rebière, à quel point l’édifice est délabré et nécessite des travaux de consolidation. L’acquisition suivie de la prise en charge rapide du château n’a pas permis de sauver le pavillon est, qui s’est effondré récemment. Les travaux devraient débuter dans les jours prochains.

Notre Présidente remercie la commune de l’accueil qui nous a été fait et félicite le maire et son équipe de s’être engagés courageusement dans ce projet :

« M. le Maire,
Mesdames, Messieurs,

C’est un honneur et un plaisir pour nous, d’être aujourd’hui réunis à La Salvetat-Saint-Gilles. À titre personnel d’une part, car je ne connaissais ni ce village ni le château, mais aussi bien sûr au nom de la Société archéologique du Midi de la France, car nous avons ici un modèle exemplaire de ce pour quoi nous œuvrons depuis les presque 200 ans de notre existence.
Tout d’abord, nous avons la chance d’avoir visité un site d’une importance historique majeure. Le château a été construit, nous l’avons entendu, par Raymond IV, comte de Toulouse à la toute fin du XIe siècle juste avant son départ pour la première Croisade. Les Capitouls y trouvèrent refuge au XVe siècle, et il fut ensuite largement modifié au cours du XVIIe siècle, puis au XIXe siècle. Mais l’histoire contemporaine du château est moins glorieuse et voit le délitement progressif de ce dernier. Malgré son classement comme Monument Historique en 2007, il a fallu presque 10 ans et le rachat du château en 2016 par la commune pour que soient enfin entrepris les travaux.
C’est la raison de notre présence ici. Cette visite nous a permis de mesurer l’ampleur du défi maintenant en passe d’être relevé par la commune de La Salvetat-Saint-Gilles. Le château, malgré son importance historique, culturelle, patrimoniale, était bien sur le point de disparaître. Et il est littéralement sauvé in extremis grâce à vous et à votre engagement.
Alors pourquoi ? À quoi servent les ruines d’un château ? Quelle est leur utilité immédiate ? À pas grand-chose, pourrait-on dire. On pourrait bien arguer d’un éventuel intérêt touristique envisageable un jour, mais ça ne semble pas suffisant pour entreprendre ce genre de sauvetage. Non, je crois qu’il y a dans le désir de préserver ces vestiges, un désir qui est presque de l’ordre d’un devoir et qui consiste à refuser la disparition de notre patrimoine commun. Nous ne sommes que des passeurs et nous ne voulons pas être la génération qui a laissé disparaître un témoignage vieux de presque 1000 ans.
C’est donc au nom de ce devoir, ou devrais-je dire, de cet idéal, que nous voulons saluer l’initiative de la Mairie de La Salvetat-Saint-Gilles. Le château des comtes tiendra encore quelques centaines d’année, espérons-le, grâce aux bons soins de la commune et de l’architecte en chef des Monuments historiques, mais aussi de tous ceux qui organiseront ensuite la visite du château et son entretien quotidien. C’est pour cette raison que j’ai l’honneur de vous remettre cette médaille au nom de la Société archéologique du Midi de la France, comme témoignage de notre soutien et pour vous remercier d’avoir entrepris le sauvetage de ce monument majeur de la région Occitanie. »

Notre confrère Olivier Testard remarque, après lecture du procès-verbal en séance, qu’en observant le jardin longeant le château du côté du ravin, il lui a semblé reconnaître les vestiges d’un jardin Renaissance, chose suffisamment rare pour mériter d’être préservée.

 

 

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Visite du 3 mai 2018 (visite privée)

Visite de l’exposition « Toulouse à la Renaissance : une ambition classique », au musée des Augustins, sous la direction de Pascal Julien .

"Le Christ et la Samaritaine", Gervais Drouet, 1655.
Détail de tapisserie.
Apôtre tenant un livre, Nicolas Bachelier, 1532

Pour en savoir plus : [Communiqué de presse->https://www.augustins.org/fr/web/guest/-/toulouse-renaissance

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Visite du 9 avril 2018 (visite privée)

Visite de l’exposition « Toulouse à la Renaissance : quand la peinture était dans les livres », à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, sous la direction de Magali Vène.
17h.

miniature2light 63493Le parcours de l’exposition est d’abord artistique : il présente le résultat de recherches récentes qui ont permis d’identifier le style de plusieurs artistes – souvent connus seulement par un nom de convention – et de regrouper autour d’eux des ensembles de manuscrits. Il illustre aussi les bouleversements occasionnés à cette époque par le passage du manuscrit enluminé à l’imprimé orné de gravures.

La première section intitulée Antoine de Lonhy et ses émules (vers 1460-1480) rend compte de l’étape toulousaine du parcours de cet artiste itinérant et polyvalent originaire de Bourgogne, qui a introduit en Languedoc les nouveautés picturales venues des Flandres. Son influence a été importante et durable sur le milieu artistique local.

La deuxième section consacrée au Maître des Heures de San Marino (vers 1480-1490) présente l’œuvre d’un artiste à l’identité encore inconnue, qui trouve un équilibre entre tradition et modernité tout en s’inscrivant dans l’héritage lonhyen, et qui présente la particularité d’être intervenu aussi sur des ouvrages imprimés.

La troisième section rassemble des manuscrits enluminés par celui qu’on désignait jusqu’à présent par le nom de convention de « Maître du missel de Jean de Foix » et qui est redevenu récemment Liénard de Lachieze (vers 1475-1500). Il est le premier à introduire dans l’enluminure toulousaine le registre ornemental typique de la Renaissance, dans des manuscrits importants commandés par le haut clergé local. Il s’associe souvent à un autre artiste, le « Maître à la devise Tout ce change », spécialisé dans la peinture des bordures.

La quatrième section est centrée sur la production de Laurent Robini (vers 1490-1510), connu pour ses peintures dans les Annales des Capitouls, mais qui a aussi œuvré pour d’autres commanditaires, également en collaboration avec le Maître à la devise Tout ce change.

La cinquième section, intitulée Les peintres de Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix (vers 1510-1535), présente les commandes toulousaines de ce grand bibliophile et mécène. Alors que le métier d’enlumineur disparaît, les livres réalisés pour lui sont illustrés par des peintres qui utilisent un vocabulaire pictural totalement renouvelé et pleinement renaissant.

Une sixième et dernière section rassemblant des Imprimés et estampes montre qu’avec l’imprimerie et la gravure sur bois, techniquement indissociables l’une de l’autre, le livre devient un produit de consommation courant qui se détache rapidement des « arts de la couleur ». Aux enlumineurs succèdent de simples coloristes employés par les libraires pour aquareller images de confréries et cartes à jouer.

Pour en savoir plus : vers le site de la bibliothèque

 

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Séance du 25 mars 2018 Entrée libre dans la limite des places disponibles

16 h, Hôtel d’Assézat, Toulouse

Allocution de la Présidente
Remise des prix du concours 2018
Conférence de Pascal JULIEN : « L’art de la Renaissance à Toulouse ».

« L’art de la Renaissance à Toulouse ».

Toulouse fut à la Renaissance une ville riche et puissante, qui s’épanouit dans la revendication d’un passé hors du commun : celui de la Palladia Tolosa, cité placée sous la protection de la déesse des arts et de la sagesse, Pallas Athéna. Le goût à l’antique, alors si apprécié, s’exprima dans une architecture d’exception et fleurit dans les domaines moins connus de la peinture, de la sculpture et de leurs déclinaisons, de l’enluminure à la tapisserie, des vitraux à l’orfèvrerie, de la fonte à la menuiserie. Cet essor, qui accompagna celui d’un humanisme savant, fit de la capitale du Languedoc un foyer rayonnant. Les troubles religieux et politiques qui obscurcirent la seconde moitié du XVIe siècle ne démentirent ni ce dynamisme ni cette primauté, qui furent confirmés lorsque Henri de Navarre conquit la France. Ainsi, durant plus d’un siècle, de ses manifestations précoces des années 1490 à ses derniers élans des années 1610-1620, l’art renaissant triompha dans Toulouse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Monsieur le Maire,
Madame la directrice de la culture de la région Occitanie,
Mesdames et Messieurs,

Vous ne l’avez peut-être pas senti, mais ça y est, le printemps est là. Les bourgeons poussent, les fleurs apparaissent et comme chaque année au printemps, la Société archéologique du Midi de la France tient sa séance publique dans le cadre remarquable de l’Hôtel d’Assézat.
Le renouveau printanier touche également notre Société car c’est une première pour moi et je me trouve un peu impressionnée à l’idée de devoir vous parler en ce beau dimanche. J’ai été élue présidente il y a quelques mois à peine, et je reprends le flambeau que m’a transmis Daniel Cazes, notre ancien président, que les fidèles de nos séances publiques connaissent bien et qu’ils pourraient s’étonner de ne pas voir cette après-midi à la tribune. Mais je vous rassure, Daniel est ici au premier rang, et il est toujours un membre particulièrement actif de la Société ; d’autant plus actif que je me suis très largement inspirée de son propre rapport moral rendu en janvier dernier et auquel j’ai sans vergogne emprunté plusieurs passages. J’espère qu’il me pardonnera pour ce plagiat de président à présidente.

Si vous êtes venus jusqu’ici aujourd’hui j’imagine que c’est parce que vous connaissez un peu la Société archéologique, ou peut-être, attiré par l’ambiance amicale et le cadre accueillant de la salle Clémence Isaure, êtes-vous entré ici en simple curieux ? Que vous nous connaissiez un peu, ou pas du tout, vous aimeriez peut-être en savoir plus. Je vous rassure je ne vais pas faire ici l’histoire de la Société archéologique, car nous n’aurions pas assez d’un dimanche. En effet, notre Société, est une association fondée en 1831, nous aurons donc atteint l’âge vénérable de 187 ans le 2 juin prochain, ce qui n’est pas rien. Je nous propose donc de réserver à un autre jour l’évocation de chacun des 187 ans qui a rythmé notre vie associative, et de nous limiter pour aujourd’hui à l’année qui se termine, de mars 2017 à mars 2018.

Tout d’abord que faisons-nous à la Société archéologique ? Nous nous réunissons deux fois par mois, les mardis, pour entendre des communications scientifiques proposées par nos membres. Comme les plus attentifs d’entre vous l’aurons noté, nous nous appelons la Société archéologique du Midi de la France ; il y a donc parmi nous effectivement des archéologues ; mais il y a aussi des historiens de l’art et des historiens. Nous sommes tous des chercheurs – et c’est notre point commun – mais nous exerçons dans des cadres différents, à l’université comme enseignant chercheur, au service de l’État ou des collectivités territoriales, conservateurs, archivistes, chargée de diverses missions qui ont toutes trait à la connaissance et à la protection du patrimoine.
Une des grandes qualité de notre société réside dans ce fonctionnement pluridisciplinaire ; non seulement entre les disciplines et entre les fonctions exercées ; mais aussi entre les périodes puisque nous nous intéressons à tous les champs historiques de la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. Notre seul limite est d’ordre géographique, autour du « Midi de la France », ce qui nous laisse tout de même un vaste champ d’étude.

Pour vous donner une idée de notre champ d’intérêt, nous pourrions d’abord évoquer brièvement le sujet des communications que nous avons entendus lors des séances passées depuis le mois de mars dernier. Dans le courant de cette année, Jean-Michel Lassure a dressé un bilan des recherches archéologiques effectuées à Giroussens dans le Tarn puis nous avons eu une communication à plusieurs voix de Jean-Luc Boudartchouk, Roland Chabbert, Christian Mullier, Patrice Cabau et Anne-Laure Napoléone sur le dossier complexe de Florus, évêque et confesseur du Ve siècle à l’origine des cultes de Fleuret d’Estaing et de Saint-Flour d’Auvergne. Ce fut une communication mémorable au cours de laquelle nous avons pu apprendre que les reliques actuellement conservés dans l’église d’ Estaing dans l’Aveyron étaient bien celles d’un corps datant du Ve siècle ! Jean-Luc Boudartchouk et Eric Tranier nous ont également parlé de sondages archéologiques réalisés à Saint-Majan de Lombez. Emmanuel Garland a présenté les peintures murales romanes d’Eget (dans les Hautes-Pyrénées) et Pierre Garrigou-Grandchamp a attiré notre attention sur l’architecture civile de Mont-de-Marsan aux XIIe et XIIIe siècles. Dernièrement Diane Joy et Pierre-Jean Trabon nous ont parlé du Mazel de Rodez, c’est à dire de l’ancien bâtiment qui servait de boucherie à Rodez pendant le Moyen Âge. Nicolas Bru nous a montré les peintures murales fraîchement dégagées de l’église de Canourgues dans le Lot, tandis qu’Hiromi Haruna-Czaplicki a parlé des commandes artistiques de l’abbaye de Saint-Savin de Lavedan au XIVe siècle. Jacques Dubois a formulé une nouvelle hypothèse sur la localisation des statues de la chapelle de Rieux, puis analysé les commandes artistiques de l’évêque d’Albi Louis Ier d’Amboise. La période moderne a été représentée par les travaux de Bruno Tollon qui nous a fait part de nouvelles découvertes sur le chantier de restauration du château de Bournazel dans l’Aveyron ; tandis que Colin Debuiche nous a proposé une synthèse de ses recherches sur les innovations et les citations dans l’architecture toulousaine de la Renaissance. Mardi dernier, Christian Péligry nous a parlé de François Filhol, un érudit toulousain du XVe siècle qui fut en son temps un collectionneur renommé et que nous avons désormais bien oublié. Et en avançant encore dans le temps, citons les travaux exposés par Bernard Sournia sur les frères Mazzetti, sculpteurs italiens du XVIIIe siècle qui ont travaillé dans le Sud-Ouest de la France ; et la communication de Louis Peyrusse et Amandine de Pérignon qui ont évoqué deux châteaux réalisés par l’architecte Victor Virebent dans le Tarn-et-Garonne au XIXe siècle.
Ce sont ici les communications principales de nos séances, mais d’autres thèmes furent abordés plus brièvement, souvent en lien avec une découverte inattendue ou un fait d’actualité. Pierre Garrigou-Grandchamp nous apprit ainsi la détection de peintures entre les modillons de l’église de Gluzes et l’apparition inattendue d’un splendide panneau de bois peint du XIVe siècle dans la collégiale de Montpezat-du-Quercy. Pierre Garrigou-Grandchamp et Maurice Scellès nous ont informé du résultat d’une étude dendrochronologique qui situe autour de 1270 l’abattage des arbres utilisés pour la charpente de la tour-porche de l’abbatiale de Moissac. Guy Ahlsell de Toulza a donné quelques détails sur une tapisserie du XVIe siècle et nous a parlé d’un réservoir en plomb moderne repéré dans la cour d’une maison toulousaine. Pour ma part j’ai confirmé la provenance de fragments dispersés d’un bréviaire choral enluminé de la cathédrale d’Agen et Michelle Fournié nous a relaté la cérémonie d’ouverture de la châsse de saint Jacques le Majeur. Dernièrement enfin Magali Vène nous a prévenu en avant première de l’acquisition d’un remarquable livre d’Heures toulousain pour la bibliothèque d’étude et du patrimoine. Tandis que notre trésorier, Guy Alshell de Toulza a fait un don personnel exceptionnel à la Bibliothèque municipale en offrant une remarquable série de fragments enluminés qui sont actuellement exposés à la Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine.

Nous faisons également des sorties : visite de l’église Saint-Nicolas à Toulouse sous la direction d’Henri Pradalier , et visite du château de Candie à Toulouse, un des plus vieux château médiéval conservé de Toulouse que nous ont fait parcourir Maurice Scellès, Addy Amari, Julien Foltran et Laure Krispin.

La production du savoir scientifique constitue une de nos première mission. Ces communications donnent lieu à des échanges toujours constructifs lors de séances privées, mais nous rendons publics les communications par l’édition de nos Mémoires qui permettent la diffusion et la production de ce savoir scientifique de haut niveau. Autour d’Anne-Laure Napoléone, Maurice Scellès et Adriana Sénard, ce sont aussi Henri Pradalier, Louis Peyrusse, Jean-Luc Boudartchouk et Patrice Cabau qui ont contribué à l’édition de nos Mémoires. Le tome de l’année 2015 est sorti de presse et les volumes suivants paraîtront en 2018. Notez que les volumes parus sont ensuite mis en ligne sur Gallica (le site internet de la Bibliothèque nationale de France) où vous pouvez les consulter. Mais nous vendons également des volumes papiers, que vous pouvez aujourd’hui feuilleter et même acquérir directement avec, pourquoi pas, la possibilité d’une dédicace puisque une grande partie des auteurs des mémoires sont présents aujourd’hui !

Je le disais, la production et la diffusion du savoir scientifique constitue une de nos première mission. Mais ce n’est pas la seule. Dès sa création en 1831, la Société archéologique a été fondée pour protéger et défendre le patrimoine de la région, et en particulier le patrimoine immobilier soumis aux convoitises de promoteurs ou de collectionneurs peu soucieux de la préservation des biens publics. L’action directe de notre Société en faveur de la conservation du patrimoine s’est manifestée de plusieurs façons cette année. Cela a pu se traduire par un don de 1000 euros à la mairie de Saint-Gaudens pour l’aider à acquérir le chapiteau roman du cloître de la collégiale de celle ville dont elle lui avait signalé la vente, ou bien l’acquisition pour nos propre collections d’un tableau anonyme des années 1820 représentant l’intérieur de la basilique Saint-Sernin à cette époque. Par ailleurs, nous avons apporté notre encouragement, sous la forme d’une médaille d’argent, à la commune de La Salvetat-Saint-Gilles. En effet celle ci vient de prendre en charge le château des comtes de Toulouse, en bien triste état, et forme le courageux projet de le restaurer puis de l’ouvrir au public. Cette médaille sera remise à son maire prochainement et notre Société se rendra sur place à cette occasion.
Nous avons également activement soutenu un projet d’aménagement alternatif de la place Saint-Sernin, où les travaux vont commencer cette année. Malheureusement nous ne sommes pas parvenus à convaincre la municipalité de réaliser une véritable fouille de l’ensemble de la place, et c’est avec une grande frustration que nous avons appris les découvertes incroyables qui ont pu être faites seulement à travers quelques sondages archéologiques. Les chapiteaux romans sculptés et l’inscription funéraire qui ont été découverts n’ont pas suffit à convaincre de la nécessité de faire un grand projet patrimonial autour du site, néanmoins nous continuerons à suivre avec attention la tenue des travaux et nous serons toujours prêt à conseiller et à nous manifester si nous jugeons que le patrimoine est mis en danger de quelques manières que ce soit.

A présent vous vous demandez sans doute, mais combien sont-ils pour faire autant de choses en si peu de temps ? et bien c’est là notre force, nous sommes nombreux, 106 pour être exact, tous chercheurs et tous impliqués dans la sauvegarde du patrimoine. Il y a bien sûr les membres de notre bureau : Guy Alhsell de Toulza notre trésorier, d’une efficacité sans pareil, Christian Péligry, notre bibliothécaire qui permet d’ouvrir notre fonds documentaire au public tous les mardi après midi, avec l’aide de Jacques Surmonne, Geneviève Bessis, Michèle Pradalier et Georges Cugullièrs, et nous pouvons également louer le travail des secrétaires, Anne-Laure Napoléone et Patrice Cabau, et celui du directeur des publications, Maurice Scellès, qui permettent la publication des Mémoires mais aussi du Bulletin des séances.
Malheureusement nous avons dû déplorer la perte de deux d’entre nous cet hiver. M. Louis Latour dont nous avions célébré les 50 ans au sein de la Société et qui fut un membre parfait par ses communications, son action archéologique et patrimoniale dans la basse vallée de l’Ariège, mais aussi comme membre du Bureau, où il assuma un important travail de bibliothécaire-archiviste. Et tout récemment le Père Montagnes, grand savant, dominicain, et homme extrêmement attachant, fidèle de nos séances privées et publiques, dont l’absence se fait encore sentir aujourd’hui. Mais nous avons également vu l’arrivée de nouveaux visages dans notre société. Avec les élections de nouveaux membres, chercheur confirmé comme le médiéviste Xavier Barral i Altet, mais aussi jeunes chercheurs venant de soutenir leur thèse comme Sophie Fradier, Fernand Peloux et Julien Foltran.
Faisant moi même partie de cette génération, je tiens ici à exprimer toute ma reconnaissance vis-à-vis de la Société qui constitue un véritable havre pour les jeunes chercheurs. Étant donné les difficultés actuelles que les docteurs rencontrent pour trouver des situations pérennes, dans un monde où pourrait-on dire, les chercheurs sont appelés à être des précaires perpétuels, la Société est un point d’ancrage, un des derniers lieu de rencontre et de reconnaissance entre pairs absolument essentiel pour la jeune génération. C’est aussi dans ce but que la Société accorde chaque année des récompenses aux travaux de jeunes chercheurs. Cette année sept manuscrits nous ont été envoyé. Il s’agissait de sept excellents travaux qui ont tous été primés, et qui prouvent le dynamisme de la recherche actuelle sur une région pourtant encore parfois qualifiée de trop « locale » ! Je ne vous les présente pas, Diane Joy va s’en charger dans quelques secondes.

Pour ma part, je vais terminer ce petit discours sur un souhait. Les sociétés savantes ont une image poussiéreuse qu’elles ne méritent pas. La Société archéologique est une association démocratique, un lieu d’échanges entre toutes les disciplines et toutes les générations, sur un pied d’égalité entre tous ses membres et au service d’un même projet : produire et diffuser des connaissances scientifiques, défendre et protéger le patrimoine. Avec la question de l’aménagement de la place Saint-Sernin entre autres, nous avons senti la nécessité d’impliquer davantage les citoyens dans nos actions et c’est ce vers quoi nous souhaitons nous développer. Je souhaite que le rôle de notre Société puisse être plus encore à l’avenir à la hauteur de notre mission. Vous l’avez compris, nous sommes une structure précieuse car indépendante des pouvoirs locaux et nationaux, notre force nous vient de nos membres bien sûr mais aussi de la place que nous occupons dans la Cité et auprès des citoyens. Je voudrais donc terminer en vous remerciant pour votre présence. En venant nombreux chaque année vous venez aussi apporter votre soutien et à nos actions, et je vous en remercie au nom de la Société archéologique.

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Séance du 20 mars 2018 (séance privée)

Communication courte de Christian Péligry : « Nul n’est prophète en son pays : le réseau hispanique de François Filhol ».

En créant dans son logis du cloître Saint-Etienne un extraordinaire cabinet de curiosités où se côtoyaient livres manuscrits et imprimés, dessins, estampes, antiquités, tableaux, monnaies et médailles, objets naturels et artificiels de toutes sortes, le chanoine Filhol affirmait son appartenance à ce petit monde d’érudits et de collectionneurs pour qui les frontières géographiques, politiques ou linguistiques n’existaient pas.
À une date que l’on ignore (vers 1640 ?), il entra en contact avec un grand seigneur de Huesca, Vincencio Juan de Lastanosa (1607-1681), détenteur lui aussi d’une splendide collection, et autour duquel gravitait un groupe d’érudits aragonais : Antonio Jiménez de Urrea, Francisco Andrés de Ustarroz (chroniqueurs du royaume d’Aragon), la comtesse d’Aranda, le jésuite Baltasar Gracián et quelques autres encore ; les lettres qui subsistent de cette correspondance, bien que peu nombreuses, laissent entrevoir cependant une étonnante relation, faite d’amitié, d’admiration et d’estime réciproques ; ces liens qui se sont tissés pendant plusieurs années, jusqu’à la mort du chanoine de la cathédrale Saint-Étienne, en 1648, se traduisaient concrètement par des échanges de courriers, des envois de livres, d’estampes ou de plantes. La notoriété dont jouissait François Filhol au-delà des Pyrénées fut inversement proportionnelle à l’indifférence qu’il semble avoir suscitée en France, à Toulouse en particulier.

 

Communication courte de Diane Joy : « Actualité de la recherche sur l’architecture à Rodez : Le Mazel de Rodez, un édifice polyvalent ? ».

 

Le Mazel de Rodez est un édifice exceptionnel par sa conservation et par celle de sa fonction. Il sert en effet encore aujourd’hui de marché couvert dans une configuration proche de son parti d’origine. Construit dans la première moitié du XIVe siècle à la limite sud de la Cité, la partie septentrionale de la ville relevant de l’évêque, l’édifice comporte deux parties distinctes : vers l’est, le volume construit en grand appareil de grès compte quatre niveaux, dont un de caves ; vers l’ouest, un long volume en rez-de-chaussée a été accolé à la fin du Moyen Age. Les tables de boucher qu’il abritait relevaient du chapitre cathédral. Cet usage ne requérant pas la présence d’étage, le programme architectural du corps de bâtiment oriental interroge. Plusieurs indices convergents invitent à proposer d’identifier dans cet édifice en forme de tour le grenier des anniversaires du chapitre.

 

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Séance du 06 mars 2018 (séance privée)

Communication longue de Christian Péligry :
François Filhol, chanoine hebdomadier de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse (vers 1583-1648) : l’homme, l’érudit et son cabinet de curiosités.

feuillet enlumine francois filhol web b099dEn 1963, Maurice Caillet, alors directeur de la Bibliothèque municipale de Toulouse et Robert Mesuret, en charge du Musée Paul-Dupuy, publièrent conjointement, dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, un bel article qui éclairait la personnalité du chanoine de la cathédrale Saint-Etienne, révélait l’importance de sa collection composée non seulement de livres mais aussi d’objets rares et curieux, et rappelait les relations amicales qu’il avait nouées avec un grand seigneur de Huesca, Vincencio Juan de Lastanosa (1607-1681), autour duquel gravitait un groupe d’érudits aragonais (notamment Juan Francisco Andrés de Ustarroz, Francisco Ximénez de Urrea, le comte de Guimerá et le jésuite Baltasar Gracián).
Il semblait opportun aujourd’hui d’ouvrir à nouveau ce dossier pour le remettre en perspective, à la lumière des travaux les plus récents. Certes, François Filhol, comme le prouvent sa riche bibliothèque et ses écrits restés souvent inédits, satisfaisait aux exigences du Concile de Trente, incarnant une nouvelle génération de prêtres mieux formés, capables de répondre aux besoins et aux attentes des fidèles, face à la religion protestante désormais tolérée depuis l’Édit de Nantes.

ex-libris de François FilholMais au-delà de l’image d’un chanoine hebdomadier que nous transmettent les documents d’archives, François Filhol nous apparaît également, trois siècles et demi après sa mort, comme un homme attentif aux affaires de son temps, comme un érudit passionné par la civilisation antique, comme un infatigable collectionneur sans cesse à l’affût de raretés bibliographiques ou muséographiques ; son remarquable cabinet de curiosités lui valut d’ailleurs une immense réputation, moins dans le Midi toulousain (même s’il est mentionné, dès 1649, par le médecin de Castres Pierre Borel) que de l’autre côté des Pyrénées ; il pourrait à lui seul personnifier l’adage : « nul n’est prophète en son pays » ! Sans avoir le rayonnement scientifique d’un Nicolas Fabri de Peiresc, Conseiller au Parlement d’Aix-en-Provence, François Filhol fut néanmoins, dans la ville des capitouls, au cours de la première moitié du XVIIe siècle, un membre insigne de la République des Lettres.


Présents : Mme Nadal, Présidente, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Bessis, Cazes, Fournié, Merlet-Bagnéris, Wattin-Grandchamp ; MM. Balty, Cazes, Garrigou-Grandchamp, Peyrusse, Sournia, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Balty, Béa, Czerniak, Friquart, Queixalos, Vène, ; MM. Penent, Suzoni, membres correspondants.

Excusés : Mme Jaoul, M. Garland

Invités : Catherine Peoch et Jeanne Péligry

Notre présidente rappelle la tenue deux séances foraines le 12 mai à La Salvetat-Saint-Gilles et le 16 juin à Minerve.
On commence aujourd’hui par une question diverse. Michelle Fournier nous présente donc dans ce cadre, L’ouverture de la chasse de Saint Jacques Le Majeur à Saint-Sernin.
Émilie Nadal remercie notre consœur pour ce compte-rendu passionnant, cette dernière précise, à la demande de Guy Ashlell de Toulza, que les résultats des analyses effectuées par le collège d’Oxford sur les reliques permettront de vérifier les correspondances entre les os du sarcophage et ceux du reliquaire.
Nicole Andrieu nous informe par ailleurs que l’Archevêque a voulu créer une Commissions des reliques, formée de plusieurs spécialistes, dont un médecin légiste, de façon à traiter dignement les reliques lorsqu’elles sont sorties de leur contenant. Daniel Cazes revient sur le reliquaire du XIXe siècle qui nous a été présenté et demande s’il est possible que l’âme soit du XIVe siècle. Michelle Fournier l’assure que beaucoup de spécialistes se pencheront sur ces données.

Patrice Cabau lit ensuite le procès verbal de la séance du 6 Février qui est adopté par la compagnie.

Émilie Nadal donne ensuite la parole à Christian Péligry pour sa première communication longue sur François Filhol, chanoine hebdomadier de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse ( vers 1585-1648) – Première partie : l’homme, l’érudit, son cabinet de curiosités. La présidente remercie notre confrère pour cette présentation très évocatrice et demande quel était le statut de François Filhol en tant que savant ? Christian Péligry précise que son œuvre est connue par des opuscules publiés, des manuscrits malheureusement disparus et des œuvres à caractère religieux. Sa bibliographie demeure cependant une grande zone d’ombre parsemée de petites lueurs. Les quinze dernières années de sa vie restent les mieux connues. Quitterie Cazes se demande de quels revenus bénéficiait cet hebdomadier pour avoir une belle maison de 10-12 pièces, même s’il ne s’agissait pas d’un hôtel particulier. Christian Péligry avoue ne pas avoir d’informations sur ce sujet. Maurice Scellès insiste sur le fait que ce sont les collections de François Filhol qui occupaient les 10-12 pièces mentionnées. Daniel Cazes se rappelle s’être penché sur la liste de cette fameuse collection mais n’en ayant trouvé aucune trace il finit par croire qu’elle avait été envoyée à Lastanosa. Christian Péligry reste dubitatif, il pense que les sources n’auraient pas manqué de signaler un tel déménagement. Quitterie Cazes ajoute que l’on en trouve même pas mention dans son testament.

Émilie Nadal donne ensuite la parole à notre consœur Magali Vène pour une question diverse portant sur L’acquisition d’un livre d’heure toulousain du XVe siècle par la Bibliothèque Municipale de Toulouse. Maurice Scellès s’informe sur le prix de son acquisition. Notre consœur répond que les enchères sont montées à 15 000 euros, la somme limite que la bibliothèque pouvait y mettre. Elle nous avoue ensuite être ravie de voir s’étoffer le dossier des manuscrits toulousains de la fin du Moyen Âge et nous apprend qu’il sera présenté à l’occasion de la prochaine exposition. Notre présidente félicite Magali Vène pour cette belle acquisition.

Toujours dans le cadre des questions diverses, la parole est donnée à Patrice Cabau qui nous présente par des dessins et des photographies anciennes et récentes les dégradations subies par Deux épitaphes « protégées » de Saint-Sernin.
Dominique Watin-Grandchamp informe Patrice Cabau que ces deux épitaphes ne sont malheureusement pas classées mais protégées au titre immeuble. Notre confrère se réfère à Auriol qui les dits classées. Maurice Scellès reconnaît avec Dominique Watin Grandchamp qu’Auriol s’est trompé. Patrice Cabau prévient que d’autres épitaphes continueront à se dégrader avec les arrosages. Daniel Cazes rappelle que de nombreux éléments lapidaires, atteints de la maladie de la pierre, avaient été déposés dans les tribunes de Saint-Sernin grâce à l’intervention d’Yves Boiret. Quant aux dégâts occasionnés par les arrosages autour de Saint-Sernin, il en avait informé la Mairie sans succès pendant 30 ans. Émilie Nadal propose de faire un montage avec les photographies présentées par Patrice Cabau pour les mettre sur notre site.

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Séance du 20 février 2018 (séance privée)

Communication longue d’Adriana Sénard :
« L’œuvre d’Étienne Martellange (1569-1641) dans le Midi de la France »Annulée

La Société Archéologique du Midi de la France attribue lors de cette séance le
Prix OURGAUD.

Doté de 1000 €, il récompense un travail universitaire inédit (Master 1, Master 2 ou thèse) ou toute étude inédite sur l’histoire, l’archéologie ou l’histoire de l’art du Midi de la France.

La lecture des rapports est suivie d’une discussion et de l’attribution des prix.

Les rapports sur les meilleurs travaux présentés au concours sont publiés dans le volume des Mémoires de l’année.

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Séance du 6 février 2018 (séance privée)

Communication longue de Bernard Sournia :
« Sculpteurs et stucateurs lombards au XVIIIe siècle dans le lointain Sud-Ouest : les frères Mazzetti au bourg de Laurède en Chalosse ».

abside web d4856Représentants typiques de cette diaspora des artisans du marbre du pays des lacs, les frères Mazzetti, Bernard-Virgile et Jacques-Antoine, marbriers et stucateurs natifs du Tessin, établissent leur entreprise, plutôt spécialisée dans le mobilier liturgique, dans la cité d’Avignon, aux approches de 1740. Au cours des décennies suivantes, ils étendent le champ de leur activité en direction du couchant, créant une filiale dans le pays landais, où l’on observe des dizaines de réalisations de leurs mains pouvant aller de la simple création d’un autel à la refonte complète du lieu liturgique : bâti, marbres et revêtements muraux.

L’une de leurs réalisations les plus développées et abouties se trouve dans une modeste église de Chalosse, Saint-Jacques de Laurède (1769-1780).

La récente restauration de cet ensemble a donné l’opportunité d’un examen rapproché de l’ouvrage, permettant notamment d’observer les changements de parti et repentirs divers survenus en cours d’ouvrage. On se propose de décrire le déroulement de ce chantier et d’évoquer les circonstances de cette réalisation.

 

 


Présents : Mme Nadal, Présidente, MM. Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Bessis, Cazes, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, MM. Balty, Boudartchouk, Cazes, Garrigou Grandchamp, Julien, Peyrusse, Stouffs, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot, Cazes, Queixalós, MM. Rebière, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mme Napoléone, Secrétaire-adjointe, Mme Jaoul.

La Présidente fait part à la Compagnie du décès de notre confrère Louis Latour, auquel Daniel Cazes rend alors hommage :
Hommage à Louis Latour
(Toulouse, 14 novembre 1928 – Auterive, 2 février 2018)

Notre cher confrère Louis Latour vient de nous quitter, au début de sa quatre-vingt-dixième année. Il y a à peine trois mois, lors de sa séance du 7 novembre 2017, notre Société unanime le nommait membre honoraire, pour ses cinquante ans de présence. Louis en avait été très heureux. Il avait prévu d’être ce jour-là avec nous, mais des difficultés de mobilité l’en avaient empêché. Hommage lui était aussi rendu quelques jours plus tard à la médiathèque d’Auterive. Il avait contribué à la faire naître et lui avait donné livres, documentation, objets archéologiques rassemblés au cours de sa vie.
Nous ne répéterons pas tout ce qui a été dit le 7 novembre et l’on s’y référera pour avoir plus de détails sur cette vie bien remplie. Peut-on trouver plus synthétique, pour caractériser notre confrère, que le titre donné par Diane Masclary à l’article publié sur lui dans La Dépêche du Midi du 17 juillet 2016 : « Louis Latour, l’instituteur du patrimoine » ? Elle lui avait fait dire : « J’ai été un simple instituteur, celui qui institue, qui fonde l’homme dans l’enfant ». Sa mission de maître de cours complémentaire, dès 1954, à Auterive, où il résida ensuite la majeure partie de sa vie, lui commandait d’enseigner les mathématiques et l’histoire. Si les premières s’accordaient avec l’abstraction d’une salle de classe, Louis jugea que la seconde requérait d’autres moyens.
Il voulut, pour l’enseigner, s’appuyer sur celle d’Auterive et le riche patrimoine de cette petite ville. Il lança même des chantiers de fouille archéologique. Tour à tour, les puits dits funéraires – alors un mystère –, une villa romaine et bien d’autres choses occupèrent pendant plus de dix ans mercredis et samedis après-midi, vacances de Pâques et d’été de Louis et de ceux qui, élèves ou amateurs, partagèrent sa passion. De là lui vint aussi l’idée de créer un foyer de jeunes, dans le cadre de la Ligue de l’enseignement. L’archéologie y eut une place essentielle. Un lieu d’exposition des objets découverts s’y constitua peu à peu et Louis y fit découvrir à tous, pendant des générations, la Préhistoire et l’Antiquité.
Il ressentit la nécessité parallèle de sa propre formation. Michel Labrousse était alors à la fois professeur d’histoire, d’épigraphie, de numismatique romaines à l’Université de Toulouse, Président de notre Société et directeur de la Circonscription des Antiquités historiques, à laquelle Louis devait demander ses autorisations de fouille. Il comprit et aida Louis. Ce dernier l’admira toujours profondément. Un lien s’établit : Michel et Jacqueline Labrousse, avec laquelle l’épouse de Louis, Michèle, avait fait ses études, vinrent souvent à Auterive, et Louis à Toulouse, où il devint membre de notre Société en 1967. Louis m’a souvent dit combien celle-ci a compté dans sa vie. Elle était pour lui le lieu d’une sorte de recyclage permanent, où il apprenait beaucoup, connaissait des personnes compétentes dans divers domaines. Il y rompait l’isolement parfois ressenti dans sa petite patrie. En contrepartie de ce que la Société lui apportait, il estimait qu’il devait lui donner en retour ses travaux et son aide.
Ainsi y présenta-t-il de nombreuses communications sur Auterive, publiées dans les Mémoires. Un premier article de lui, sur un puits funéraire, y parut en 1966. En 1970, il y écrivit un long texte sur les fouilles gallo-romaines. En 1985-1986, il y ouvrit le champ de ses curiosités à l’orgue de l’église Saint-Paul ; en 1987, à la confrérie de la Sainte-Trinité. En 1989 il y publia une remarquable étude du grand pont roman de la ville. En 1994, y prit place une synthèse sur le castrum ; en 1996, l’analyse d’une grille de communion du XVIIIe siècle de Saint-Paul ; en 1999, des recherches campanaires ; en 2006, de nouveaux apports sur les fouilles gallo-romaines ; en 2007, un article sur les lampes à huile et en 2013 un autre sur les céramiques sigillées. Ce n’est qu’une partie des publications de Louis, qui exprima ses travaux dans d’autres revues. On lui doit aussi un livre sur « Les églises du canton d’Auterive », publié en 2001.
Plusieurs d’entre nous n’oublieront pas les journées d’étude organisées grâce à lui : à Auterive sur le marbre, à Venerque pour découvrir le « Fonds patrimonial de la basse vallée de l’Ariège », déposé par lui à la médiathèque de cette commune. Fondamentale fut aussi son action comme Bibliothécaire-Archiviste de la Société, de 1993, année du décès de Georges Fouet auquel il succéda dans le poste, jusqu’en 2004, année où il fut remplacé par Bernadette Suau. Il joua un rôle essentiel lors de la réinstallation de la bibliothèque et des archives dans nos nouveaux locaux, dans l’informatisation du fichier et dans la reconstitution de séries de revues alors incomplètes pour diverses raisons, sans compter les dons d’ouvrages qu’il fit.
Lorsqu’il ne put plus assister régulièrement à nos séances, il continua à nous aider, en envoyant régulièrement, jusqu’à l’année dernière, les convocations aux séances, ce qui lui permit également d’assurer un lien de correspondance électronique permanent très apprécié par tous les membres. Les derniers Présidents de la Société ont eu en lui un soutien fidèle et même un véritable ami. Il était attachant, généreux, s’informant sans cesse des nouvelles de tous et de la vie de la Compagnie. Nous savions son intérêt pour l’humanité, l’éducation, l’aide internationale. Il y a moins d’un mois, nous bavardions longuement encore au téléphone, évoquant Jacqueline Labrousse, récemment disparue, et son époux. Cette conversation s’acheva sur une promesse qui, malheureusement ne pourra maintenant se réaliser, celle de se retrouver à Auterive au printemps, pour visiter ensemble la nouvelle médiathèque récemment inaugurée, où Louis avait toute raison de penser qu’il était un peu chez lui…
Comme un dernier don de soi, après tant d’autres, Louis a offert son corps à la Science. Une cérémonie aura lieu en sa mémoire à l’église Saint-Paul d’Auterive samedi prochain à 14 heures.
Soyez remerciés de votre attention.
Daniel Cazes, 5 février 2018

Nicole Andrieu rappelle l’aide formidable que Louis Latour lui a toujours apportée dans sa fonction de conservateur des Antiquités et Objets d’Art, et les journées organisées par notre confrère aux Archives départementales sur l’art campanaire entre autres. Pour Louis Peyrusse, Louis Latour était l’un des derniers représentants des hussards noirs de la République, et d’une génération qui était aussi celle de Georges Fouet ; empruntant à Gramsci, il voit en Louis Latour un de ces « intellectuels organiques », qui s’est appliqué à être au service de sa région et d’Auterive.
La Présidente invite la Compagnie à observer une minute de silence en mémoire de notre confrère disparu.

La Présidente rend compte de la correspondance, qui comprend principalement des invitations à diverses manifestations.

Plusieurs dons viennent enrichir notre bibliothèque :
- de Maurice Scellès, Ordonnances synodales de Mgr Jean-Louis de Bertons de Crillon, archevêque de Toulouse, Toulouse, 1729 ;
- de l’Association des Amis de Saint-Exupère, le fascicule intitulé La mémoire des Carmes déchaussés, maquette de l’exposition présentée du 16 au 30 septembre 2017 ;
- de Louis Peyrusse, les plaquettes «  Site patrimonial remarquable. Patrimoine habité. Patrimoine protégé », éditées par la Mairie de Toulouse.

La Présidente et Guy Ahlsell de Toulza rendent compte de la réunion d’information organisée par la Mairie de Toulouse sur la plantation d’arbres dans le cadre du projet d’aménagement du Grand Saint-Sernin. Réunion d’information et non de débat, pour lever les doutes du quartier, comme cela a été clairement dit, la décision ayant déjà été prise. Une trentaine de personnes y assistait, en présence de Mme Annette Laigneau, adjointe au Maire déléguée à la coordination des politiques d’urbanisme et d’aménagement, et Vice-Présidente de Toulouse Métropole déléguée à la Coordination des politiques de l’urbanisme et de projets urbains, et Mme Julie Escudier, maire de quartier. On a donc eu un exposé sur les tilleuls, le géogrille, les racines contenues… Pierre Pisani a indiqué que les sondages seront faits en accord avec Quitterie Cazes, et que si des vestiges archéologiques apparaissaient, on reboucherait et on ferait un trou ailleurs… Ceux qui ont voulu discuter les propositions ont pu avoir l’impression de se faire gronder par l’adjointe au Maire. Quelle durée pour le géotextile sensé contenir les racines ? 30 ans. Et après ? Pas de réponse. Etc. Une heure et demie pour rien.
Daniel Cazes se désole de constater qu’une réunion d’une telle importance n’a attiré qu’une trentaine de personnes, dont la moitié, d’ailleurs, en service commandé. Il y a de plus grandes participations citoyennes dans d’autres villes.
Quitterie Cazes considère que ce qui se passe aujourd’hui ne peut étonner personne. Plus important sans doute est le fait que nous nous sommes engagés dans une collaboration avec la Ville et Pierre Pisani, en espérant un minimum d’écoute, et que nous n’en avons eu aucun retour. Plus grave : nous avons servi de caution, et c’est plus généralement notre Société qui est présentée comme caution de ce qui se fait et va se faire à Saint-Sernin.
Guy Ahlsell de Toulza a un point de vue plus nuancé. Son impression au cours de la réunion a été celle d’une certaine gêne de Pierre Pisani, qui était là missionné par son employeur. Il est clair que tout au long des sondages d’évaluation, il avait ordre de ne pas aller au-delà du premier vestige archéologique mis au jour. Jean-Luc Boudartchouk fait observer que les interventions archéologiques du Service de Pierre Pisani sont tout à fait dans le cadre des règles de l’archéologique préventive. Il n’en demeure pas moins que notre Société se trouve en effet prise au piège.
La discussion sur ce qu’il y a lieu de faire se poursuit encore un peu.
L’ordre du jour appelle l’élection d’un membre correspondant de notre Société. Jean-Luc Boudartchouk donne lecture de son rapport sur la candidature de M. Fernand Peloux à ce titre. Il est procédé au scrutin. À l’unanimité des suffrages des 22 membres titulaires votants, M. Peloux est élu membre correspondant de la S.A.M.F.

La parole est à Bernard Sournia pour sa communication consacrée à des Sculpteurs et stucateurs lombards au XVIIIe siècle dans le lointain Sud-Ouest : les frères Mazzetti au bourg de Laurède en Chalosse.

Représentants typiques de cette diaspora des artisans du marbre du pays des lacs, les frères Mazzetti, Bernard-Virgile et Jacques-Antoine, marbriers et stucateurs natifs du Tessin, établissent leur entreprise, plutôt spécialisée dans le mobilier liturgique, dans la cité d’Avignon, aux approches de 1740. Au cours des décennies suivantes, ils tendent le champ de leur activité en direction du couchant, créant une filiale dans le pays landais, où l’on observe des dizaines de réalisations de leurs mains pouvant aller de la simple création d’un autel à la refonte complète du lieu liturgique : bâti, marbres et revêtements muraux.
L’une de leurs réalisations les plus développées et abouties se trouve dans une modeste église de Chalosse, Saint-Jacques de Laurède (1769-1780).
La récente restauration de cet ensemble a donné l’opportunité d’un examen rapproché de l’ouvrage, permettant notamment d’observer les changements de parti et repentirs divers survenus en cours d’ouvrage. On se propose de décrire le déroulement de ce chantier et d’évoquer les circonstances de cette réalisation.

Après avoir remercié notre confrère pour cette très agréable excursion, qui nous menés du « pays des lacs » au pays de Chalosse, la Présidente lui pose la question des moyens d’éclairage du sanctuaire de l’église de Laurède. M. Sournia indique l’existence d’une fenêtre unique, dans la partie droite du chœur, garnie de verre blanc à l’origine ; au XIXe siècle, la mise en place d’un vitrail représentant saint Jacques a privé le décor du siècle précédent de la lumière blanche pour laquelle il avait été conçu et réalisé.
Pierre Garrigou Grandchamp ayant mentionné la présence du lanternon qui somme la toiture et qui peut faire supposer un éclairage zénital, Bernard Sournia signale que cet édicule est destiné seulement à abriter une petite cloche.
Pascal Julien intervient pour décrire le système complexe mis en place par la diaspora des marbriers italiens pour diffuser les produits de leurs industries, depuis Gênes, plaque tournante du commerce du marbre de Carrare, vers Marseille, Bordeaux, voire la Bretagne. Il est ainsi bien probable que les pièces composant les autels de Laurède ont fait le « grand tour » par l’Alantique. M. Julien note l’importance du circuit des marbres en matière de style : les autels « à la romaine » sont dits tels parce qu’ils sont conformes au rit romain ; par leur style, ils sont génois. Bruno Tollon complète ces informations en évoquant les familles des Mazzetti, des Fossatti… Bernard Sournia remercie les deux intervenants pour les précisions qu’il lui ont apportées.
Guy Ahlsell de Toulza nous rappelle la communication faite naguère par Jean-Luc Boudartchouk sur la carrière d’Aubert, où une société italienne a repris l’exploitation du « grand antique » ; à ce propos, il évoque les pratiques qui ont cours dans le milieu des marbriers, organisés telle une « maffia ».

Au titre des questions diverses, Daniel Cazes appelle l’attention de la Compagnie sur les travaux en cours sur deux secteurs de l’enceinte romaine de Toulouse : il s’agit, d’une part, d’un chantier ouvert dans la rue du Poids-de-l’Huile, sur l’emplacement d’un immeuble dont seule la façade sera conservée (siège de l’ancienne agence Fram), d’autre part, d’une grosse opération menée sur le site de l’ancienne prison des Hauts-Murats, où deux tours antiques ont subsisté en élévation, ainsi qu’une portion de la courtine.
Jean-Luc Boudartchouk donne ensuite les renseignements suivants : le premier site a récemment donné lieu à un sondage d’évaluation et à une prescription de fouille (intervention d’un mois pour le sous-sol menée par Vincent Geneviève) ; le second site a fait l’objet d’une intervention plus ancienne (rapport de diagnostic établi par Jean Catalo).
Concernant le site des Hauts-Murats, Louis Peyrusse rappelle qu’il s’agit d’un lieu de mémoire, important pour l’histoire de notre ville.

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Séance du 9 janvier 2018

Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Bessis, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Boudartchouk, Catalo, Garland, Garrigou Grandchamp, Geneviève, Lassure, Macé, Peyrusse, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot-Rebière, Czerniak, Galés, Jiménez, Sénard, MM. Landes, Piques, Pousthomis, Rebière, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Andrieu, Fradier, Heng, Lamazou-Duplan, Pousthomis, MM. Julien, Latour, Penent.

Le Président présente divers courriers adressés à la société. Il note que le Collectif de sauvegarde de la place Saint-Sernin a relevé, comme nous, la contradiction dans le projet exposé par la Mairie au sujet des arbres (de 30 m de haut) qu’elle souhaite implanter autour du chevet de l’église. Louis Peyrusse demande s’il ne serait pas opportun de consulter l’assemblée pour envoyer un message de soutien au collectif. Le Président approuve et déplore que quelque soit la hauteur des arbres, des trous seront faits dans les couches archéologiques pour les enraciner. Il demande donc aux membres de se prononcer pour cette lettre de soutien. Elle obtient l’assentiment de tous à l’exception de deux abstentions.

Motion sur la préservation du site archéologique de Saint-Sernin
votée par la Société archéologique du Midi de la France
lors de sa séance du 23 janvier 2018

Lors de sa séance ordinaire du mardi 23 janvier 2018, la Société archéologique du Midi de la France a décidé d’apporter une nouvelle fois son soutien au Collectif de sauvegarde de la place Saint-Sernin sur la question de la plantation d’arbres autour de la basilique Saint-Sernin, c’est-à-dire sur l’emplacement d’un site archéologique majeur de Toulouse, d’Occitanie, de France et d’Europe. Depuis plus de trois ans, notre Société manifeste son désaccord avec l’aménagement des abords de Saint-Sernin que la Mairie de Toulouse, avec l’accord des services de l’État, va réaliser prochainement. Il n’a jamais été défini précisément et n’a fait l’objet d’aucune étude patrimoniale préalable digne de ce nom. Il tourne donc le dos à l’histoire et au patrimoine exceptionnel de ce site, autour d’un monument pourtant inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques de Compostelle.
En effet, le simple aménagement de surface, avec des matériaux étrangers à la tradition architecturale de la ville, ne tient aucun compte des données du sous-sol. Il va le sceller pour longtemps sous des revêtements lourds qui ne respectent pas les niveaux de sol historiques pertinents. De plus, il risque de porter une atteinte irrémédiable aux couches archéologiques en place par l’arrachage d’arbres (annoncé sur un panneau d’autorisation de travaux récemment affiché contre la grille de la basilique) et la plantation d’un grand nombre d’autres.
Toutes les précautions et justifications annoncées par la Mairie (trous de profondeur et emprise limitées, résilles empêchant la propagation des racines, hauteur des arbres, essences choisies, etc.) ne convainquent pas notre Société. Celle-ci pense toujours que les travaux publics prévus, d’un coût considérable, ne seront pas faits dans le cadre d’un projet global et dans le bon ordre. Ils négligeront l’étape, essentielle en pareil cas, de la fouille archéologique, comme les questions concernant le musée de l’œuvre, l’extension du musée Saint-Raymond et la restauration de l’Hôtel Dubarry. Ils ne pourront de ce fait que produire un résultat incomplet, manquant d’originalité, peu satisfaisant du point de vue patrimonial, éducatif, culturel et touristique.

Le Président donne lecture de la lettre de candidature envoyée par M. Julien Foltran et annonce que le rapport sur Fernand Pelloux sera présenté lors de la prochaine séance. Il sollicite ensuite les membres pour lire les derniers travaux présentés au concours qui n’ont pas encore trouvé de rapporteurs.

La Société se constitue en Assemblée générale et le Président présente le rapport moral pour l’année civile 2017 :

Au début de chaque année, notre Société fait retour en arrière sur les activités de la précédente. Ce regard rétrospectif permet d’apprécier notre action, de corriger nos erreurs, d’exercer une réflexion critique, de progresser.

Avant toute chose, rappelons la mémoire des disparus et leur militance en faveur des disciplines qui nous rassemblent. Nous avons déploré la perte de deux de nos membres, certes fort différents, mais fidèles soutiens de notre Société. Le 21 février, c’est à Yvette Carbonell-Lamothe que nous rendions hommage. Maître de conférences en histoire de l’art médiéval des universités de Toulouse et de Perpignan, elle avait formé et aidé plusieurs d’entre nous, animée d’une passion qu’elle partageait avec le professeur Marcel Durliat. Le 21 mars, nous évoquions le souvenir de Robert Manuel, archéologue tarnais et ancien conservateur du musée Charles-Portal de Cordes. Ce devoir de mémoire est chaque fois l’occasion de se rendre compte que notre Société, depuis sa fondation, capitalise compétences, forces et savoirs d’une multitude de membres qui, même décédés, continuent à constituer sa colonne vertébrale.

En effet, la Société archéologique du Midi de la France c’est, avant tout, le collège de ses membres. Aujourd’hui, nous sommes 105 : titulaires, correspondants, libres, honoraires. Il y a une légère baisse de l’effectif, que plusieurs candidatures annoncées compenseront sans doute en 2018. De temps à autre, nous avons le plaisir de célébrer le jubilé, à l’occasion de cinquante ans de présence parmi nous, de l’un de ces membres. Ainsi, le 7 novembre l’avons-nous fait pour Louis Latour, membre parfait par ses communications, son action archéologique et patrimoniale dans la basse vallée de l’Ariège, mais aussi comme membre du Bureau, où il assuma un important travail de bibliothécaire-archiviste. Jusqu’en 2017 il nous a aidés, même depuis chez lui lorsqu’il eut des difficultés pour assister à nos séances. Nous avons élu Adriana Sénard et Sophie Fradier membres correspondants, puis Laurent Macé et Adriana Sénard membres titulaires. Au sein du Bureau, Henri Pradalier a cédé son poste de directeur à Maurice Scellès, lequel a laissé le sien à Patrice Cabau, qui a lui-même été remplacé par Anne-Laure Napoléone, notre trésorier Guy Ahlsell de Toulza ayant été réélu dans son poste.

Au Bureau et autour de lui, certains peuvent donner plus de leur temps au fonctionnement de notre compagnie. Chaque année nous louons la bonne tenue de nos comptes par Guy Ahlsell de Toulza et le travail de notre bibliothécaire-archiviste, Christian Péligry, aidé par Jacques Surmonne, Geneviève Bessis, Michèle Pradalier et Georges Cugullière. Tous deux vous diront dans quelques instants leur rapport annuel. Les autres membres du Bureau et associés ne sont pas moins actifs. Autour d’Anne-Laure Napoléone, Maurice Scellès et Adriana Sénard, Henri Pradalier, Louis Peyrusse, Jean-Luc Boudartchouk, Patrice Cabau, Émilie Nadal ont contribué à l’édition de nos Mémoires. Elle requiert un important travail, qui doit être sans cesse amélioré et facilité par l’ensemble des auteurs, auxquels nous continuons à demander la perfection des manuscrits et la ponctualité. Le tome LXXV – 2015 est sorti de presse et les volumes suivants (2016 et 2017) ont été préparés. Ils paraîtront en 2018. Ainsi aurons-nous rattrapé notre retard de publication et serons-nous à jour pour la nouvelle série de Mémoires commencée en 1989, après la mort le 12 janvier 1988 de notre ancien président Michel Labrousse, déjà trente ans…

En 2017, bien d’autres membres ont participé à notre vie académique, à travers les communications, les questions diverses, les rapports sur les candidatures, les débats. Comment en eût-il été autrement, avec les vingt à quarante membres présents à chacune de nos dix-huit séances ?

Nous avons entendu dix-huit communications. Onze d’entre elles et deux autres pour partie ont concerné le Moyen Âge. Anne-Laure Napoléone a étudié deux maisons du XVe siècle en Rouergue, Bernard Sournia le projet d’un châtelet royal du côté languedocien du pont d’Avignon, Diane Joy le château de Saint-Côme d’Olt. Hiromi Haruna-Czaplicki s’est penchée sur un livre d’heures-missel de Toulouse conservé au Vatican. Catherine Viers a scruté le château de Garrané et donné les résultats du diagnostic archéologique mené sur le site du château des vicomtes de Saint-Antonin à Caussade. Michelle Fournié, Patrice Cabau et votre serviteur ont fait le point sur le cardinal Vital du Four et son rôle dans la création du couvent des chanoinesses de Saint-Sernin à Toulouse. Jacques Dubois a formulé une nouvelle hypothèse sur la localisation des statues de la chapelle dite de Rieux, puis analysé les commandes artistiques de l’évêque d’Albi Louis Ier d’Amboise. Pierre Garrigou Grandchamp a attiré notre attention sur l’architecture civile de Mont-de-Marsan aux XIIe et XIIIe siècles. Enfin, Nicolas Bru a révélé les peintures murales dégagées dans l’église de Canourgues, aux Junies. Jean-Luc Boudartchouk, associé avec Roland Chabbert, Christian Mullier, Patrice Cabau et Anne-Laure Napoléone, a rouvert le dossier complexe de Florus, évêque et confesseur du Ve siècle, à l’origine du culte de saint Fleuret d’Estaing et de saint Flour d’Auvergne. Puis, avec Éric Tranier, il est revenu sur celui de saint Majan de Lombez. Au-delà du Moyen Âge, ces deux communications ont permis une remontée dans le monde antique. Mais aucun travail n’a été exclusivement tourné vers l’Antiquité. Quant à la préhistoire, absente depuis longtemps alors que notre Société eut autrefois dans ses rangs d’éminents préhistoriens, et à la protohistoire, elles ne sont pas apparues en 2017. Les modernistes, qui renforcent leur présence parmi nous, se sont exprimés cinq fois. Jean Penent a fait connaître un dessin d’Antoine Rivalz inspiré par la révocation de l’Édit de Nantes, puis un peintre mystérieux, Jean François. Jean-Michel Lassure a dressé un bilan des recherches effectuées à Giroussens. Bruno Tollon a fait part de nouvelles découvertes sur le chantier de restauration du château de Bournazel. Colin Debuiche a déterminé les parts des citations et des inventions dans l’architecture toulousaine de la Renaissance.

Il faut ajouter la conférence de Guy Ahlsell de Toulza, lors de notre séance publique, sur le château de Reynerie et les demeures toulousaines des Dubarry, et deux visites de monuments à Toulouse : celle de l’église Saint-Nicolas, sous la direction d’Henri Pradalier, avec Michèle Pradalier-Schlumberger, Pascal Julien et Louis Peyrusse, celle du château de Candie avec Maurice Scellès, Addy Amari, Julien Foltran et Laure Krispin.

Sous l’appellation commode de « questions diverses » d’autres thèmes furent abordés plus brièvement. Certains sont relatifs à l’avancée de nos connaissances ou à des découvertes. Pascal Julien apporta des données nouvelles sur la sculpture de Nicolas Bachelier ; Pierre Garrigou Grandchamp nous apprit la détection de peintures entre les modillons de l’église de Gluges et l’apparition inattendue d’un splendide panneau de bois peint du XIVe siècle dans la collégiale de Montpezat-de-Quercy, pour lequel aucune mesure de dépose n’a été prise malgré son grand intérêt ; Émilie Nadal confirma la provenance de fragments dispersés d’un bréviaire choral de la cathédrale Saint-Étienne d’Agen ; Pierre Garrigou Grandchamp nous informa du résultat d’une étude dendrochronologique qui situe autour de 1270 l’abattage des arbres utilisés pour la charpente de la tour-porche de l’abbatiale de Moissac ; Jean-Luc Boudartchouk fournit quelques compléments sur saint Flour ; Guy Ahlsell de Toulza donna quelques détails sur une tapisserie du XVIe siècle. D’autres thèmes émergèrent au fil de l’actualité patrimoniale de notre région : le projet contesté d’aménagement des abords de Saint-Sernin et la proposition alternative de notre compagnie ; la situation des sites archéologiques de Montmaurin menacés par une carrière ; les fouilles archéologiques d’Aurillac ; le compte rendu d’un colloque organisé par la Mairie de Toulouse sur le Patrimoine ; la candidature peu évidente de Toulouse à un classement au titre du Patrimoine mondial de l’UNESCO ; les difficultés pour l’obtention des protections de l’administration des Monuments Historiques et la disparition des Commissions départementales des objets mobiliers.

Désireuse de s’ouvrir toujours plus à ceux qui travaillent dans le même domaine qu’elle, notre Société a accueilli dans ses locaux comme dans la salle Clémence-Isaure de l’Hôtel d’Assézat des cours, conférences, réunions, un séminaire sur les biens inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de leur appartenance aux chemins de Saint-Jacques de Compostelle, le colloque international « Toulouse au XIVe siècle » organisé par Virginie Czerniak et Charlotte Riou.

L’action directe de notre Société en faveur de la conservation du patrimoine s’est manifestée de plusieurs façons. Grâce à la contribution exceptionnelle de plusieurs de ses membres, elle a pu faire un don de 1000 euros à la Ville de Saint-Gaudens pour l’aider à acquérir le chapiteau roman du cloître de la collégiale qu’elle lui avait signalé. Notre trésorier a acquis pour nos propres collections un tableau anonyme, datable des années 1815-1820, qui montre la nef de la basilique Saint-Sernin à cette époque. Pour cet achat, elle a reçu un don de François Avril dont elle a apprécié l’élégance. La Société s’est enrichie du généreux don consenti par Michèle Bellin, de ce que nous appelons désormais le « Fonds Pierre et Michèle Bellin », reflet de l’activité de cet atelier de restauration de peintures actif pendant un demi-siècle dans le Midi de la France et ailleurs. Enfin, je ne saurais donner ici le détail des dons d’ouvrages et de documents faits à notre bibliothèque et à nos archives par nos membres ou des personnes extérieures. Par ailleurs, nous avons apporté notre encouragement, sous la forme d’une médaille d’argent, à la commune de La Salvetat-Saint-Gilles. Elle vient de prendre en charge le château des comtes de Toulouse, en bien triste état, qui est au cœur de son territoire, et forme le courageux projet de le restaurer puis de l’ouvrir au public. Cette médaille sera remise à son maire en 2018 et notre Société se rendra sur place.

Il est un dernier point de grande importance, celui des prix accordés chaque année par notre Société aux travaux de recherche présentés à son concours annuel. En 2017, dix manuscrits ont été envoyés et nous avons attribué exceptionnellement quatre prix et trois médailles d’argent. Quatre de ces jeunes lauréats nous ont donné, ou le feront prochainement, le plaisir de présenter leurs candidatures à des places de membres correspondants.

Ainsi ce rapport annuel, le septième de ceux que j’ai soumis à votre approbation, se termine sur une note très optimiste. Notre compagnie rajeunit. Son avenir est assuré. Un avenir vers lequel je n’ose vous projeter, mais plein de promesses. Cette présidence m’a confirmé dans l’idée que notre Société pluridisciplinaire et pluri-professionnelle a toute sa place face aux institutions patrimoniales et de recherche orientées par les divers pouvoirs politiques et administratifs de notre pays.

En 2011, acceptant de vous le mandat de président qui atteint aujourd’hui son terme, j’ai prêté à sourire en disant qu’il fallait penser au deuxième centenaire de la Société archéologique du Midi de la France, en 2031. Je redis aujourd’hui qu’il faudra le célébrer de grande façon, avec exposition, colloque, conférences, publications, pour marquer la date et renforcer notre rôle dans la société méridionale. Il ne reste maintenant qu’une douzaine d’années. Permettez-moi de rappeler, par déformation professionnelle, qu’une bonne et grande exposition se prépare au moins dix ans à l’avance. De plus, peu parmi nous pourront se consacrer à plein temps à ce bicentenaire. Il n’est donc pas trop tôt pour se mettre à l’œuvre : le temps, l’indépendance et l’union seront notre force !

Merci de votre confiance et de votre attention.

Daniel CAZES

Des applaudissements concluent la lecture de ce rapport.

Le Président passe la parole à notre confrère Christian Péligry chargé de faire le point sur la vie de notre bibliothèque durant l’année précédente :

Depuis l’an dernier nous avons achevé le rangement matériel des livres et des revues qui constituent le fonds de notre bibliothèque, pour que l’espace disponible soit occupé de façon aussi rationnelle que possible et pour que les collections, notamment les séries de périodiques, puissent se déployer harmonieusement, sans se chevaucher ni s’étouffer les unes les autres. Nous avons ainsi dégagé, au total, plus d’une soixantaine de mètres linéaires. Nous avons également fait porter nos efforts sur la signalétique pour que l’on puisse retrouver les volumes recherchés sans perte de temps. Un petit document récapitulatif a été établi, avec les différentes cotes, permettant de localiser rapidement les ensembles ou sous-ensembles formés par les collections de notre bibliothèque. D’autre part, dans un souci de bonne gestion des stocks, il nous avait semblé nécessaire, en 2017, à pareille époque, de recenser, année après année, les volumes de Mémoires qui s’accumulent aussi bien dans les réserves du sous-sol que sur les rayonnages de la mezzanine. En remontant jusqu’en 1988, nous avions alors comptabilisé 3892 exemplaires disponibles ; mais ces chiffres ne sont plus tout à fait d’actualité et doivent être revus un peu à la baisse aujourd’hui.
Comme vous le savez déjà, la bibliothèque de la Société archéologique s’enrichit par dons et par échanges plus que par des achats. Donc les monographies qui se sont ajoutées à celles de l’année précédente sont dues à la générosité de tous ceux qui ont bien voulu y déposer des ouvrages relatifs à l’histoire, à l’histoire de l’art ou à l’archéologie. Pour ne prendre que quelques exemples, nous avons reçu le trimestre dernier : « l’Affaire Bernard de Vabres (1561-1562), éditée par l’Association des Amis des Archives de la Haute-Garonne et donnée par Geneviève Bessis, « Montpellier au Moyen Âge » offert par Bernard Sournia, « Regards sur le patrimoine mobilier de l’enseignement scolaire et universitaire », remis par Louis Peyrusse, et en fin d’année, le très beau cadeau que nous a fait Émilie Nadal, fruit de ses recherches sur « le Pontifical de Pierre de La Jugie », publié en 2017 chez Brepols. Outre cette magnifique thèse, notre fonds de travaux universitaires s’est également enrichi des 7 ouvrages qui ont été primés lors de la dernière assemblée publique du 26 mars 2017 : ils témoignent de la diversité des préoccupations de la Société et de la variété de ses collections. Nous devons surtout souligner la donation qui vient d’être faite à la Société archéologique par Michèle Bellin concernant les archives de son mari Pierre Bellin, décédé en octobre 2002. Ce peintre-restaurateur, qui a principalement travaillé pour l’administration des Monuments historiques, déposa bon nombre de documents liés à son activité, auprès des services qui lui avaient confié des missions ou passé commande ; mais il subsistait toujours, après sa disparition, un ensemble important, constitué de photographies, de publications, de dessins et de relevés, soit une trentaine de cartons, sans parler d’un certain nombre de dessins, de relevés sur papier calque, souvent de grand format, dont quelques échantillons vous ont été présentés, en décembre dernier. Ce fonds a déjà fait l’objet d’un pré-inventaire par notre Président et vient de rejoindre les rayonnages de notre Réserve, en attendant de bénéficier d’un traitement plus complet.
Dans le cadre des échanges instaurés par la Société archéologique du Midi avec de nombreuses institutions françaises et étrangères, 135 exemplaires des derniers Mémoires ont été envoyés par la Poste, pour nous permettre d’accroître d’autant les séries de revues conservées dans notre bibliothèque : 48 volumes en direction de pays européens, 1 volume destiné au Maroc, 86 expédiés en France dont 10 à Toulouse.
Nous ne pouvons que remercier nos prédécesseurs d’avoir mis en place l’informatisation du catalogue de la bibliothèque qui comporte aujourd’hui environ 14.000 notices (de façon plus précise 14.066 notices au 7 décembre dernier). Malgré d’incontestables mérites, cette base de données doit évoluer aujourd’hui pour devenir à la fois plus performante et plus visible au-delà des murs, car nos collections sont bien souvent complémentaires des autres collections de la Ville de Toulouse et doivent être mieux identifiées par les chercheurs. Le registre de prêts mis à votre disposition montre d’ailleurs que ces ressources sont utiles aux membres de la Société ; mais elles pourraient être utiles aussi à un plus large public d’enseignants et d’étudiants. C’est pourquoi, avec l’accord du Bureau, nous avons pris la décision de procéder à une refonte du catalogue. Tout d’abord nous venons de résilier la convention qui nous liait à la Ville de Toulouse depuis le 25 avril 2008, estimant que ce n’était pas le meilleur environnement pour développer notre projet. Parmi les logiciels aujourd’hui disponibles sur le marché, il en existe un (signalé par Jacques Surmonne) qui a retenu toute notre attention, car il est à la fois reconnu par le cabinet d’expertises « Tosca consultants » et recommandé par l’École Nationale Supérieure des Bibliothèques. Conçu pour les petits établissements, gratuit (ce qui n’est pas négligeable !) il a déjà séduit plus de 200 bibliothèques ; le serveur gère une base de données riche d’environ un million deux cent mille notices. Après l’avoir testé pendant deux mois, son module de catalogage nous a semblé ergonomique, agréable, facile d’utilisation, presque ludique ; quant à son module de consultation, appelé dans notre jargon OPAC (Online Public Access Catalog), il va évidemment bouleverser les habitudes des utilisateurs parce que chacun pourra accéder à distance à notre catalogue, à travers le site de la Société archéologique. Ce logiciel va nous permettre de dériver d’excellentes notices depuis des réservoirs importants comme celui de la Bibliothèque nationale de France, de dépouiller complètement ou partiellement, à notre gré, les recueils de Mélanges ou les Actes de colloques ; il permettra aussi aux usagers d’effectuer des recherches fines en croisant plusieurs critères (par exemple Narbonne et art gothique, ville et Moyen Âge, Toulouse et l’Espagne, art préhistorique et Europe centrale), ce que nous ne pouvions pas faire jusqu’à présent. La difficulté majeure que nous allons rencontrer, et nous en sommes conscients, sera de récupérer toutes les notices existantes pour les verser dans notre nouveau catalogue : il faudra sans doute les normaliser, les nettoyer, corriger éventuellement les erreurs, les compléter si nécessaire. Ce travail exigera plus de quelques semaines ou de quelques mois mais il ne devrait pas non plus durer pendant des années. En tout cas, nous sommes prêts à relever ce défi pour mieux diffuser les richesses bibliographiques de notre Société, pour susciter l’intérêt des chercheurs, faciliter leur travail, révéler à l’attention de tous des ouvrages manuscrits, des documents graphiques (dessins, gravures, aquarelles, plans ou photographies anciennes) susceptibles de trouver leur place dans une exposition, à Toulouse ou ailleurs. Enfin je précise que le format informatique adopté, UNIMARC 2709, est le format officiel d’échanges des données bibliographiques du Ministère de la Culture et de l’Enseignement supérieur. J’espère que lors de mon prochain rapport, en 2019, le chantier que nous ouvrons aujourd’hui aura avancé de façon significative et que vous pourrez vous réjouir des premiers résultats obtenus.
Les recherches que nous menons tous, ici, contribuent fortement à la vie et au dynamisme de la Société archéologique du Midi dont les Mémoires, publiés chaque année, sont en quelque sorte le fer de lance. Mais ne nous laissons pas enfermer, chacun, dans notre propre recherche, au détriment de celles que mènent les collègues ; je veux dire par là que si nous avons la possibilité et la chance d’emprunter des ouvrages ou des périodiques, dans cette bibliothèque, c’est pour une durée qui est limitée à deux mois par le règlement interne ; en les gardant plus longtemps, nous en privons forcément les autres membres. Le registre des prêts montre que certains d’entre vous ont gardé chez eux des documents dont ils n’ont sans doute plus besoin mais qui en revanche rendraient service à plusieurs d’entre nous (j’ai compté près de vingt volumes ainsi détenus) ; je souhaiterais donc que les retardataires rapportent ces volumes dès qu’il leur sera possible de le faire. Je leur enverrai prochainement un message individuel pour préciser les références des volumes qui auraient dû réintégrer nos collections, parfois depuis longtemps. Je vous remercie pour votre attention.

Christian PÉLIGRY

À la suite du rapport financier présenté par Guy Ahlsell de Toulza, quitus est donné à notre Trésorier pour sa bonne gestion.
Pierre Garrigou Grandchamp se réjouit du montant des avoirs de la Société et demande s’il est possible d’envisager de faire du mécénat ou de programmer la restauration des reliures de certains ouvrages de la bibliothèque, voire de compléter certaines séries de revues que l’on ne trouve pas actuellement sur Gallica. Guy Ahlsell de Toulza répond qu’il est en effet possible de faire du mécénat et d’investir sur les ouvrages et la restauration des livres de la bibliothèque à condition de ne pas oublier de laisser une réserve suffisante pour régler la publication des Mémoires. Concernant la restauration des reliures, Christian Péligry évoque la difficulté de trouver de bons relieurs qui ne soient pas hors de prix. Notre Trésorier propose de grouper ces travaux de restauration d’ouvrages avec ceux des autres académies de l’hôtel d’Assézat, l’Union pourrait en effet prendre en charge ce type de frais l’année prochaine. Il approuve par ailleurs de combler les lacunes de nos collections. Pierre Garrigou Grandchamp ajoute qu’il serait bon de scanner les livres rares. Il évoque encore la possibilité de financer ou d’aider à la publication de certains travaux. Notre Président rappelle que la Société a ses propres charges comme par exemple l’entretien du site de Chiragan et retient l’attention sur le fait qu’il faudra, en 2031, marquer le bicentenaire de la Société par une manifestation pour laquelle il faudra constituer une petite réserve. Revenant sur l’idée d’une aide à la publication, Maurice Scellès évoque encore la possibilité d’assortir certains prix de la société d’un montant pour la publication, c’est-à-dire d’un chèque en réserve. Pierre Garrigou Grandchamp nous informe que la société archéologique de Tarn-et-Garonne consacre une grande part de son budget à la publication.

Le Président demande à l’assemblée d’approuver les trois rapports, ce qui est fait à l’unanimité des membres présents. Puis il nous invite à procéder aux élections :
-  Christian Péligry est réélu au poste de Bibliothécaire,
-  Patrice Cabau est réélu à au poste de Secrétaire général,
-  Émilie Nadal est élue au poste de Présidente.

La nouvelle Présidente donne la parole à Hiromi Haruna Czaplicki pour une communication courte intitulée Les commandes artistiques de Saint-Savin de Lavedan au XIVe siècle  :

Depuis les dernières décennies où l’intérêt aux productions artistiques dans le Midi toulousain au XIVe siècle continue à s’augmenter, l’on souhaitait essayer de regarder certaines œuvres d’une perspective renouvelée. L’abbaye de Saint-Savin de Lavedan, dans le pays de Bigorre, en recèle quelques exemples intéressants, qui sont déjà connus par les chercheurs, notamment pas les excellentes recherches de notre confère Marc Salvan-Guillotin. Si notre communication est d’un caractère très modeste, nous voudrions attirer l’attention sur l’orientation de commandes artistiques de Saint-Savin-en-Lavedan vers le centre par excellence de la production, qu’était Toulouse au XIVe siècle. Notre propos sera illustré par deux manuscrits liturgiques enluminés d’initiales filigranées, soit un bréviaire (Bagnère-de-Bigorre, Bibliothèque municipale, mss. 31 et 32 et Toulouse, Bibliothèque municipale, ms. 73), et un psautier (Toulouse, Bibliothèque municipale, ms. 70). Pour les situer dans la chronologie, l’historien spécialiste de l’abbaye nous portera une contribution inédite.

L’auteur excuse François Couderc qui devait l’accompagner dans cette présentation et annonce que la communication sera de fait réduite.

Émilie Nadal remercie notre consœur pour cet exposé passionnant et lui demande pourquoi ce manuscrit se trouve à Toulouse. Hiromi Haruna Czaplicki lui répond qu’elle réserve sa réponse car elle n’est pas encore sûre de la raison. Bernard Pousthomis fait remarquer que les datations avancées sont proches de celles données par Marc Salvan-Guillotin. L’auteur approuve et explique que le travail de François Couderc sur l’histoire de l’Abbaye a permis en effet de proposer une fourchette comprise entre les années 1340 et 1380.

Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza propose une communication brève sur Un réservoir en plomb dans la cour de l’hôtel de Selga, 8 rue du Coq d’Inde .

Dominique Watin-Grandchamp note que l’on trouve mention de ce type d’objet dans les textes sous le nom de « tambour ». Ils permettent d’éviter les débordements à l’intersection de plusieurs arrivées d’eau. Jean-Louis Rebière précise que l’on appelle cela aujourd’hui une boîte à eau.

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Séance du 9 janvier 2018 (séance privée)

Communication courte de Louis Peyrusse et d’Amandine de Pérignon :
Deux châteaux de François Virebent en Tarn-et-Garonne.

Les châteaux de Pérignon à Finhan et du Mesnil à Montech sont des créations de François Virebent (dont on connaît peu d’œuvres) peu après 1850.
Le premier est la castellisation d’une maison de maître, l’autre une construction a novo sur un schéma rare incluant une tour.
Deux chantiers peu documentés, révélateurs des goûts de la noblesse en pays toulousain.

Château du Mesnil, Montech.Château de Pérignon, Finhan.

 

 

 

 

 

Communication courte d’Emmanuel Garland :
Le décor peint médiéval de l’église d’Eget (Commune d’Aragnouet, Hautes-Pyrénées).

Détail de l'Annonce aux bergers (cliché E. Garland).La dépose, pour restauration, du retable baroque qui tapissait l’abside romane de l’église d’Eget (Hautes-Pyrénées, commune d’Aragnouet) a révélé des vestiges d’un décor peint dans la zone centrale de l’hémicycle.

On y distingue trois ensembles partiellement superposés. Le plus ancien (second quart du XIIIe siècle ?) figure deux scènes de l’Incarnation (Nativité et Annonce aux bergers) ainsi que l’offrande de Caïn et d’Abel (embrasure de la fenêtre axiale). Deux ou trois siècles plus tard, on compléta le décor par l’ajout de ce qui devait être une représentation de saint Michel psychopompe, réalisée au trait noir. Enfin, lors d’une troisième intervention, on peignit deux bandes verticales timbrées de fleurs de lys à l’ocre rouge. Cette dernière intervention entraîna la disparition de la partie gauche de la scène de la Nativité. Avec cet ensemble, le décor absidal d’Eget complète de façon très opportune le corpus des peintures médiévales de cette région des Pyrénées.

 

Vue d'ensemble de l'abside. (Cliché E. Garland)

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-adjointe, M. Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Andrieu, Bessis, Cazes, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger ; MM. Balty, Garland, Garrigou-Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bossoutrot, Czerniak, Fradier, Queixalós ; MM. Burroni, Penent, Rebière, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Heng, Fournié, Sénart, M. Boudartchouk.
Invitée : Mme Amandine de Pérignon.

Le Président donne la parole à Émilie Nadal pour la lecture du procès-verbal de la séance précédente. À propos de Pierre Bellin, Louis Peyrusse propose de préciser qu’il fut l’auteur du relevé de l’Ange de Saint-Sernin. Cette précision ajoutée, le procès-verbal est adopté.
Le président nous annonce ensuite le décès de deux de nos membres : Jacqueline Labrousse et Bruno Foucart.
Louis Peyrusse évoque la vie de Bruno Foucart
C’est ensuite Daniel Cazes qui retrace la vie de Jacqueline Labrousse :

Jacqueline Labrousse
(Seysses, 1932 – Toulouse, 5 janvier 2018)

Membre fidèle de la Société archéologique du Midi de la France depuis 1973, soit 44 ans, membre titulaire depuis 1974, Jacqueline Labrousse vient de partir pour un dernier voyage, elle qui aimait tant voyager, sur la terre comme dans les airs, mais aussi en esprit et en amitié. Nous devons lui rendre hommage, car elle a toujours soutenu notre Société, créant même et dotant à plusieurs reprises un prix Michel-Labrousse destiné à récompenser de jeunes chercheurs travaillant sur le monde antique.
Nous l’évoquerons à grands traits. D’une famille de la région toulousaine, alors que ses parents résidaient à Toulouse dans le quartier Matabiau, elle fit ses études secondaires au lycée Saint-Sernin. Puis elle s’orienta vers l’histoire ancienne, l’épigraphie et la numismatique à l’Université de Toulouse, sous la direction de celui qui allait devenir son époux, notre ancien Président, le Professeur Michel Labrousse, mort le 12 janvier 1988 alors qu’il se rendait à l’une de nos séances académiques. Jacqueline Labrousse lui a donc survécu presque exactement trente ans, et le jour de ses obsèques, le 12 janvier 2018, coïncidera avec l’anniversaire du décès de son époux. Elle fut sa fidèle compagne et collaboratrice, l’aidant dans tous ses travaux. Mais elle procédait aussi à ses propres recherches épigraphiques et numismatiques, qui aboutirent à plusieurs publications.
Le 28 février 1969, tout en dépendant du CNRS, elle fut nommée conservatrice-adjointe, à mi-temps, pour l’Antiquité, auprès de Robert Mesuret, conservateur depuis 1949 des musées Saint-Raymond et Paul-Dupuy, et chargé après la Seconde guerre mondiale d’inspection pour tous les musées d’un grand Sud-Ouest, qu’il fallait alors réorganiser et rouvrir au public. Mais, au début des années 1970, le grand conservateur Robert Mesuret s’affaiblissant progressivement sous l’effet d’une maladie, puis disparaissant prématurément en 1972, alors qu’il était encore en fonctions, elle eut à prendre en charge la totalité du musée Saint-Raymond, dont elle devint le chef d’établissement, mais toujours à temps partiel.
Malgré les efforts déployés par Robert Mesuret pour lui donner l’envergure qu’il méritait et sa spécificité désormais bien affirmée de musée des Antiques, l’institution manquait de moyens et le bâtiment de l’ancien collège Saint-Raymond dans lequel elle était étroitement logée présentait de graves problèmes de toiture. Combative, Jacqueline Labrousse parvint à convaincre Ville et État de la nécessité d’intervenir. Elle fit acheter une maison rue des Trois-Renards pour y replier l’administration et les Services techniques du musée, reclasser « Monument Historique » le collège qui avait été déclassé en raison de malheureuses interventions lors de sa transformation en musée en 1892 – qui n’ont d’ailleurs toujours pas été rectifiées – et obtint enfin la réfection du toit. Ce que fit l’architecte-en-chef des Monuments Historiques Yves Boiret.
Elle avait proposé à la Direction des musées de France et à la Mairie un projet de rénovation muséographique. Mais, découragée de ne pouvoir le mener à bien, elle quitta les lieux en 1985. Il fallut ensuite attendre dix ans avant que Ville et État ne décident enfin de réaliser une partie seulement du projet global de rénovation et d’extension du musée.
Ayant connu dès 1985 l’état des lieux, je puis vous assurer que Jacqueline Labrousse fut contrainte d’y travailler dans des conditions difficiles, malgré l’aide qu’elle reçut d’un conservateur-adjoint qu’elle réussit à faire nommer, madame Monique Rey. Les réserves étaient alors dispersées en divers endroits inadaptés de la ville ; la plupart des salles ne disposaient pas d’éclairage électrique ; personnel et visiteurs devaient utiliser hiver comme été des toilettes indignes dans une cabane du fond du jardin ; et je passe sur d’autres détails.
Malgré cela, elle s’obstina et réussit à organiser autour de 1980, dans deux salles du premier étage, plusieurs expositions temporaires, en collaboration avec divers chercheurs : Toulouse antique : dix ans de recherches officielles, La Graufesenque, atelier de céramiques gallo-romain, Les grandes étapes de la préhistoire, La nécropole protohistorique du Frau . En 1983, elle lança au sein du musée une publication, restée par manque de moyens éphémère, les « Cahiers archéologiques de Midi-Pyrénées », ouverte à divers auteurs et dans lesquels elle publia les « Trésors monétaires du IIIe siècle trouvés à Lectoure ».
Son but était de mettre le musée en relation avec la recherche archéologique, alors que son époux était aussi directeur de la Circonscription des Antiquités historiques de Midi-Pyrénées. Elle connut ainsi de nombreux archéologues de la région et travailla même plusieurs fois avec eux sur divers chantiers de fouilles, notamment sur le célèbre site de production de céramiques sigillées de La Graufesenque, près de Millau, dont Alain Vernhet, son collègue du CNRS, très ami du couple Labrousse, était le spécialiste incontesté, mais aussi sur plusieurs chantiers de villas romaines où grâce aux Labrousse et à l’action de leur petite équipe, unie et sympathique, où figuraient entre autres Michel Vidal, Bernard Marty, Jean-Louis Laffont, plusieurs mosaïques purent être déposées et ainsi sauvées.
Mais elle avait d’autres ambitions et lança un projet de coopération et d’échanges avec la Direction du Département des Antiquités de Chypre, enrichissant ainsi le Musée Saint-Raymond d’œuvres venues de cette île et accueillant en 1982 à Toulouse une exposition intitulée Chypre, les travaux et les jours. Lorsqu’elle partit du musée, elle n’interrompit pas pour autant sa carrière au CNRS, la poursuivant jusqu’à sa retraite au sein du Centre de recherche archéologique de l’Université de Toulouse-Le Mirail, intégré ensuite à ce qui est aujourd’hui la Maison de la recherche, au sein de la même alma mater.
Jacqueline Labrousse avait du caractère et défendait avec ardeur les causes qu’elle jugeait valables. Comme toujours en pareil cas, et c’est là un point faible de notre nature humaine, cela lui généra quelques inimitiés. Mais, s’affronter à de puissantes institutions, à des hommes ou femmes politiques de tout bord ne lui faisait jamais peur, lorsqu’il s’agissait de rechercher le bien public, d’aller vers une juste cause. Là apparaissait l’une de ses qualités profondes : la générosité. Elle l’appliquait à tous et le personnel du musée l’appréciait. Elle parlait avec tous, s’informait des difficultés de leurs vies, les aidait, savait même organiser de succulents goûters en toute occasion, au musée ou avec ses amis. Elle aimait cuisiner, particulièrement les desserts et les glaces, dont Michel Labrousse était friand. Je puis aujourd’hui vous le révéler, mais beaucoup parmi nous le savaient, pour avoir partagé ces moments inoubliables.
Depuis une vingtaine d’années, elle avait décidé de vivre autre chose, dans une sorte de jardin secret, une vraie retraite, sur laquelle elle était d’une grande discrétion. La création artistique l’intéressait et elle s’essaya à la peinture, la poterie, la musique. Bavardant de temps à autre avec elle, je savais pourtant que cette retraite était essentiellement tournée vers les autres, avec une importante action humanitaire. Elle aimait au début voyager, surtout dans les pays dotés d’un riche patrimoine antique. J’ai souvenir de sa participation à un voyage à Rome, avec les Amis du musée Saint-Raymond, pendant lequel elle nous avait conté un flot de souvenirs du temps où elle s’y rendait avec son mari. C’était pour elle une sorte de pèlerinage affectif.
Son lieu de vacances préféré était Arbas, village riverain de l’affluent du Salat de même nom. Son goût de la montagne, dont elle se rapprochait ainsi, y était satisfait. Sans doute y cultivait-elle la nostalgie de ces camps montagnards d’été organisés lorsqu’elle était lycéenne, dans le cadre des Jeunesses étudiantes chrétiennes, que me rappelaient récemment ses amis de longue date Michèle et Louis Latour, notre confrère. À Arbas, elle avait noué des liens avec de nombreux habitants et participait activement à la vie associative. Ayant fait entrer ou restaurer au musée plusieurs mosaïques romaines, comme je le rappelais précédemment, elle favorisa dans ce village la réalisation d’une mosaïque contemporaine dans l’église.
Lors de nos derniers échanges ou messages téléphoniques, car désormais elle écrivait peu, elle me disait qu’elle se sentait de plus en plus fatiguée. Malheureusement, sa vie s’achevait…
En espérant n’avoir point trop trahi ce qu’elle vous aurait dit elle-même de sa vie, sûr de tout ce que j’aurais encore dû en dire, car son existence fut assurément plus riche, je vous remercie de votre attention et vous propose de nous lever et d’observer une minute de silence en sa mémoire.
Daniel Cazes

Henri Pradalier ajoute que notre consœur avait créé le prix Michel-Labrousse et qu’elle se réservait le droit de choisir les années pour primer des travaux portant sur l’Antiquité.

Poursuivant l’ordre du jour, le Président annonce que six travaux se présentant pour le prix Ourgaud ont été reçus : trois thèses et trois mémoires de Master. Il sollicite des relecteurs et propose de fixer au 20 février la séance de présentation des travaux.
Daniel Cazes nous signale le don par Bernard Sournia à la bibliothèque de notre Société d’un ouvrage rédigé par Jean-Louis Vayssette, La conquête de Majorque par Jacques d’Aragon. Iconographie d’un plafond peint montpelliérain au XIIIe siècle, publication de la DRAC, MH et objets d’arts d’Occitanie.
Il était prévu de présenter deux rapports de candidature aujourd’hui, mais l’absence de Jean-Luc Boudartchouk reportera celle de Fernand Peloux à la première séance de février. Seule la candidature de Xavier Barral y Altet est donc présentée aujourd’hui par Quitterie Cazes.

La Société procède ensuite au vote pour l’élection de Monsieur Xavier Barral i Altet comme membre correspondant.

La parole est ensuite donnée aux auteurs de la première communication courte : Louis Peyrusse et Amandine de Pérignon nous présentent Deux châteaux de François Virebent en Tarn-et-Garonne.
Le Président remercie les deux communicants pour cette présentation fort intéressante et demande si les remplois médiévaux dont il a été question ont été identifiés. Louis Peyrusse laisse la parole à Michèle Pradalier, qui rattache ces œuvres aux séries de la première moitié du XIVe siècle, comme celles des Jacobins ou de Rieux-Volvestre, qui se caractérisent par la représentation de feuillages à la fois naturalistes et boursoufflés. Daniel Cazes questionne les auteurs sur les provenances possibles de ces chapiteaux tout en évoquant les cloîtres détruits de Montauban. Louis Peyrusse pense que cette hypothèse est tout à fait vraisemblable.
La parole est donnée ensuite à Emmanuel Garland pour la seconde communication courte : Le décor peint médiéval de l’église d’Eget (Commune d’Aragnouet, Hautes-Pyrénées).
Le Président remercie l’intervenant de nous avoir fait découvrir ces peintures, malheureusement mal conservées. Il note le caractère populaire du décor, qui appartient bien cependant à l’univers roman. Puis il demande sur quoi repose sa datation. Emmanuel Garland évoque les nombreuses comparaisons possibles avec les décors peints de Catalogne et met l’accent sur le détail du rinceau qui l’incite à ne pas remonter sa datation avant le XIIIe siècle. Par ailleurs, la seconde couche picturale date bien du XIVe siècle. Virginie Czeniak remarque que le bonnet de Joseph est un bonnet juif, et Emmanuel Garland précise qu’on le retrouve au XIVe siècle à Aramet. Virginie Czerniak note encore la présence d’un fond de réserve qui permet un travail à l’économie. Quitterie Cazes se demande s’il n’est pas possible d’y voir une interprétation moderne ou du XIXe siècle de modèles romans. M. Garland souligne que si le retable baroque était devant ces peintures, il serait difficile de les dater postérieurement, mais il reconnaît qu’il y a des repeints anciens. Mme Czerniak abonde dans ce sens en précisant que l’état de conservation de l’œuvre peut en effet donner cette impression de repeint.

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Séance du 19 décembre 2017 (séance privée)

Communication courte de Jean-Luc Boudartchouk et Eric Tranier :
Saint Majan de Lombez : découverte d’un lieu d’inhumation de la fin de l’Antiquité, à l’origine du culte de l’évêque Majan..

Le dossier de saint Majan de Lombez a récemment fait l’objet d’une réévaluation dans le sens de l’ancienneté et de la continuité de son culte, sur la colline Saint-Majan. Un diagnostic d’archéologie préventive mené il y a peu sur le site a permis de confirmer la présence de sépultures de la fin de l’Antiquité et d’un probable monument chrétien associé. Les données issues de l’opération corroborent de manière spectaculaire les éléments textuels du Moyen Âge qui nous sont parvenus au sujet de Majan de Lombez.

Communication courte de Nicolas Bru : Les peintures murales de l’église de Canourgues (Les Junies, Lot) :
une iconographie originale de la Passion valorisant les procès de Jésus.


Outre son architecture de tradition romane, l’église Saint-Martin de Canourges (commune des Junies, Lot) était connue depuis les années 1980 pour ses décors peints de la fin du Moyen Age, qui apparaissaient par bribes sous des badigeons successifs. Une campagne de restauration du chœur a donné lieu entre octobre 2016 et avril 2017 à leur dégagement complet et à une première phase de consolidation. Un cycle complet de la Passion du Christ est apparu, datable de la fin du 15e siècle, se développant sur l’intégralité des trois murs du chœur, sous la forme de 14 scènes bien identifiées et organisées dans l’espace. La richesse du propos iconographique contraste avec la qualité d’exécution du décor, souvent maladroite, tandis qu’une place pour le moins originale est accordée aux quatre procès de Jésus, interrogeant dès lors sur l’identité du commanditaire.


Présents : MM. Cazes, Président, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone, Secrétaire-adjointe, Péligry, Bibliothécaire-Archiviste ; Mmes Cazes, Fournié, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Watin-Grandchamp ; MM. Balty, Boudartchouk, Garrigou Grandchamp, Julien, Lassure, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Charrier, Czerniak, Krispin, Queixalós ; MM. Bru, Debuiche, Sournia, Suzzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Friquart, Sénard, MM. Scellès, Directeur, Tollon.
Invité : Mme Anaïs Comet, M. Éric Tranier.

Le procès-verbal de la séance du 5 décembre est lu par Anne-Laure Napoléone et accepté.

Le Président a la grande tristesse de nous faire part du décès de Jacqueline Dieuzaide, épouse du photographe Jean Dieuzaide. Assistante de son mari, Jacqueline Dieuzaide avait également constitué, classé et documenté le riche fonds Dieuzaide que la Ville de Toulouse a aujourd’hui récupéré in extremis. Lors des obsèques, le Président a rencontré Maurice Prin, proche des Dieuzaide, qui transmet son salut chaleureux aux membres de la Société archéologique.
Nous avons reçu l’ouvrage Figeac, une histoire d’archéologie réalisé par le Service du Patrimoine de Figeac (2017). Eneko Hiriart, primé par notre Société pour sa thèse sur les monnaies celtiques, nous offre son livre : Catalogue des monnaies celtiques. Les monnaies à la croix, publié par la B.N.F. et le Musée d’Archéologie nationale.
Le Président annonce qu’il a reçu la candidature d’Anaïs Comet, qui présente sa thèse au concours de l’année 2018.

Suite à la lecture du rapport sur la candidature de Mme Sophie Fradier, celle-ci est élue membre correspondant de notre Société

Il est ensuite procédé à l’élection de Laurent Macé et d’Adriana Sénard au titre de membre titulaires. Notre confrère et notre consœur sont élus à l’unanimité.

La parole est donnée à Jean-Luc Boudartchouk et à Éric Tranier pour une communication intitulée Diagnostic d’archéologie préventive à Saint-Majan de Lombez .

Le Président reconnaît qu’il a eu quelque difficulté pour proposer une datation fiable du couvercle de sarcophage conservé sur le site. Dans le Sud-Ouest, les sarcophages à pente faible et irrégulière lui semblent plus fréquents au IVe siècle qu’au Ve, quand ils laissent la place à des sarcophage aux couvercles à pente prononcée. Cependant, aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, on trouve aussi des couvercles de sarcophages présentant indifféremment des pentes faibles ou fortes. Jean-Luc Boudartchouk ajoute que d’autres indices permettent de considérer qu’il s’agissait d’un lieu d’inhumation du IVe siècle.
En réponse à Louis Peyrusse, qui se demande comment on peut associer les abrasions du couvercles à des pratiques de vénération, Jean-Luc Boudartchouk montre qu’il s’agit bien ici d’une abrasion répétée, mécanique, faite avec une sorte de rappe pour emporter de la matière, selon une pratique également visible sur le sarcophage d’Arpajon. Jean Balty demande si des textes attestent ces pratiques. M. Boudartchouk cite la vie de saint Géraud d’Aurillac ; Quitterie Cazes évoque les textes parlant des pèlerins de Jérusalem qui allaient jusqu’à « croquer » des morceaux de la grotte sainte. Virginie Czerniak donne l’exemple des peintures de saints qui, dans certaines églises des Alpes, étaient grattées pour être ingérées par les fidèles qui souhaitaient s’assurer ainsi de leur protection. Selon Quitterie Cazes, en 1400, Aymeric de Peyrat raconte que des fidèles mangeaient aussi des fragments de tesselles prises sur les mosaïques de la Daurade. Guy Ahlsell de Toulza précise que ces pratiques sont déjà attestées, il y a 3000 ans de cela, dans les temples ptolémaïques égyptiens.
Dominique Watin-Granchamp demande s’il reste des éléments d’élévation antérieurs au XIXe siècle. M. Boudartchouk précise bien qu’il n’en reste rien : le dernier édifice dont le plan sommaire a été conservé a été rasé à la Révolution. Mme Watin-Grandchamp cite des exemples de construction qui ont eu lieu sur le niveau même d’effondrement, par souci de permanence, en dépit de la difficulté engendré par l’irrégularité des fondements. À Saint-Majan de Lombez cependant, Jean-Luc Boudartchouk remarque que la nouvelle église a été légèrement déplacée par souci de stabilité. La proximité du site avec Galane, site de production de céramique de la fin du Ier siècle, laisse aussi penser que Lombez a pu être une petite agglomération antique.

Nicolas Bru, d’abord félicité pour son admission à l’Institut national du Patrimoine, présente ensuite Les peintures murales de l’église de Canourgues aux Junies , dans le Lot.
Le Président remercie l’orateur pour nous avoir fait découvrir cet ensemble exceptionnel à plus d’un titre, caractérisé par ces galeries de portraits caricaturaux et familiers du XVe siècle. Henri Pradalier pense qu’il vaut mieux parler des quatre « comparutions » du Christ, plutôt que de ses « procès » ; il fait observer que le décalage de la Crucifixion n’est pas une exception, puisqu’il se retrouve dans d’autres cycles iconographiques. Les trognes des bourreaux remontent à une tradition antérieure au XVe siècle, tout comme les rayures de leurs vêtements, au sujet desquels il renvoie au travail de Michel Pastoureau. Enfin, ce cycle de la Passion, très développé, intervient à une époque où se généralise justement la pratique du chemin de Croix.
Virginie Czerniak remercie Nicolas Bru pour cette présentation, qui lui permet de voir ce cycle, qu’elle avait étudié dans le cadre de sa thèse, enfin dégagé et lisible. Elle remarque que le cycle se poursuit aussi dans la nef, pour l’instant non dégagée, et où se trouve notamment une Vierge de pitié. Elle se souvient que son directeur de thèse, Jacques Lacoste, considérait ces œuvres comme ayant été « peintes à la queue de vache », selon ses propres mots. Il s’agit en effet d’ateliers locaux, restés en marge de la circulation des modèles, qu’il faut prendre en compte avec un regard particulier. Par exemple, ces ateliers ne sont pas toujours très attentifs à la composition d’ensemble, qu’il ne faudrait pas surinterpréter. Elle cite les bourreaux assez semblables des peintures de Carlucet (Lot), et déplore enfin le fait que les Monuments Historiques aient fait dégager ces peintures par l’atelier Malbrel, lequel est peintre décorateur et non restaurateur.
Jean-Michel Lassure est frappé par l’absence d’inscriptions dans ce décor, et il évoque le cas l’église de Mont-d’Astarac (Gers) où sont peints les « blasons » de familles qui ne sont pas des commanditaires directs, mais des seigneurs du lieu.
Guy Ahlsell de Toulza évoque pour sa part les nombreux ensembles picturaux du même type que l’on trouve dans l’Albigeois, et qui reprennent clairement des thèmes présents dans les gravures. En l’absence d’indices évidents, il lui semble qu’on doit moins penser à un commanditaire particulier qu’à une initiative d’artistes locaux, allant d’église en église pour proposer leur travail. À une époque où justement les églises des campagnes sont généralement peintes à nouveaux frais, Louis Peyrusse ne croit pas non plus à l’existence d’un commanditaire spécifique, étant donné la mauvaise qualité des peintures. Néanmoins, comme le souligne Michelle Fournié, il peut exister un décalage entre l’organisation savante de la composition et la médiocrité de l’exécution. Elle donne l’exemple des peintures murales de Martignac (Lot), de facture modeste mais présentant pourtant une iconographie exceptionnelle, avec un Jugement dernier, un couronnement de la Vierge et de nombreux phylactères qui citent les psaumes. Dominique Watin-Grandchamp cite aussi l’autre église de la commune des Junies, qui possède une représentation de la Cavalcade des péchés capitaux, stylistiquement plus soignée.
Émilie Nadal fait remarquer que les visages noircis par l’oxyde de plomb, ici mal dosé, pour le Christ ou les saintes femmes, rappellent toutefois des pratiques attestées dans les recettes du XVe siècle, où on réserve un traitement particulier aux visages censés susciter la compassion (voir les recettes éditées par Mark Clarke, Middle English recipet, 2017).

Au titre des questions diverses, le Président donne l’inventaire du fonds des peintres restaurateurs Pierre et Michèle Bellin, récemment donné à la Société par cette dernière. Après une vie professionnelle déjà bien remplie, le plus souvent au service de l’administration des Monuments Historiques de France, le peintre-restaurateur Pierre Bellin avait créé l’ « Atelier Bellin » le 20 janvier 1993. Suite à son décès à la fin de l’été 2002, son épouse Michèle Bellin, également restauratrice de peintures, en poursuivit seule l’activité, jusqu’en 2009. Ce fonds ne contient évidemment pas tout de cette activité, Pierre Bellin et son atelier ayant le plus souvent déposé une grande partie de la documentation des restaurations proposées et effectuées dans les archives des Monuments Historiques, des agences des Bâtiments de France, des DRAC et des particuliers commanditaires. Ce qui est à présent légué à la Société constitue néanmoins un petit trésor composé de milliers de photographies et de négatifs, de dossiers, de publications, de dessins et de relevés qui concernent le Midi de la France, et en particulier les régions Aquitaine et Occitanie, mais qui s’étend aussi au-delà avec l’Île-de-France et Jérusalem. Pierre Bellin était notamment l’auteur du relevé de l’Ange de la Résurrection de Saint-Sernin, réalisé pour le Musée des monuments français.

Fonds des peintres restaurateurs Pierre et Michèle Bellin (S.A.M.F.)

I . Dossiers par lieu

Carton 1.
- Peintures murales de Casseneuil (Lot-et-Garonne), près de Villeneuve-sur-Lot.
- Mise en peinture de la chapelle du musée de l’abbaye de Sainte-Marie-du-Désert à Bellegarde-Sainte-Marie (Haute-Garonne).
- Un ancien tableau de l’abbaye de Boulbonne à l’église de Cintegabelle (Haute-Garonne), dit « Toile des Moines », soit une Crucifixion du XVIIe siècle.

Carton 2.
- Décor peint de la Maison des Gardes à Capdenac-le-Haut (Lot).
- Papiers peints du château de Basseillac, à Caubiac (Haute-Garonne) : l’histoire de Psyché.
- Peinture provenant de l’ancien prieuré de l’ordre de Fontevrault à Longages (Haute-Garonne) : Adoration de l’Eucharistie.
- Peinture de Faure (1784) à l’église Saint-Volusien de Foix (Ariège) : la Résurrection.
- Peinture de l’église de Carves (Dordogne) : Crucifixion.
- Enduits gravés et peintures de l’abbaye de Belleperche (Tarn-et-Garonne).
- Panneaux de bois peints de l’église Saint-Martin d’Arette (Pyrénées-Atlantiques).

Carton 3.
- Buffet d’orgue sculpté, peint, et voûtes de l’ancienne cathédrale Saint-Alain de Lavaur (Tarn).

Carton 4.
- Peintures murales de l’église abbatiale de Saint-Avit-Senieur (Dordogne).

Carton 5.
Peintures de la Salle des Illustres de l’abbaye-école de Sorèze (Tarn).

Carton 6.
- Peintures du XVIe siècle à Fontenilles (Haute-Garonne).
- Tableau de l’Adoration des bergers de Guy et Jean François à l’église Saint-Pierre des Chartreux de Toulouse.
- Peintures de la chapelle Saint-Michel de la Tour de Montaigne (Dordogne).

Carton 7.
- Peintures de l’église des Jacobins d’Agen (Lot-et-Garonne).
- Planches de négatifs photographiques : Assat (Pyrénées-Atlantiques), Cahors (Lot), Bergerac (Dordogne), et diverses planches de photographies de peintures murales et sur toile.
- Chapelle Notre-Dame des Marins à Arcachon (Gironde), avec une photo de Pierre Bellin sur l’échafaudage.
- Peintures du château de Cénevières (Lot).
- Château de Mazères à Barran (Gers).
- Cathédrale de Cahors (Lot) : polychromie du portail roman nord, peintures murales de l’intérieur.
- Cahors (Lot) : polychromie d’une baie de l’église Saint-Barthélemy.
- Vernouillet (Yvelines) : peintures murales médiévales de l’église.

Carton 8.
- Peintures de l’église Saint-Bruno de Bordeaux (Gironde).
- Tableau du maître-autel de l’église de Beauville (Haute-Garonne).
- Trois tableaux de l’église de Gibel (Haute-Garonne).
- Peintures murales du château de Biron (Dordogne).
- Cathédrale de Cahors (Lot) : peintures de l’absidiole axiale et du Grenier du chapitre.
- Orgue de l’église des Augustins de Toulouse.
- Peintures sur toile de l’église de Saint-Clar-de-Rivière (Haute-Garonne).
- Peintures sur toile de l’église d’Uzein (Pyrénées-Atlantiques).
- Prieuré grandmontain de Redon-Espic à Castels (Dordogne) : peintures murales médiévales.
- Peintures sur toile de l’église de Grenade-sur-Garonne (Haute-Garonne) provenant pour la plupart d’entre elles de l’abbaye de Grandselve.

Carton 9.
- Deux tableaux de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne).
- Décors peints de la Villa Laurens d’Agde (Hérault).

Carton 10.
- Décors intérieurs de l’église saint-Sauveur de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne).
- Peintures murales du XIIe au XVIe siècle de l’église Saint-Christophe de Montferrand-du-Périgord (Dordogne).
- Façade du château de Castelet de Crozes (Aude, près de Castelnaudary)

Carton 11.
- Peintures murales de Montferrand-de-Périgord (Dordogne).
- Chapelle du calvaire à Galey (Ariège) : peinture sur toile du XVIIe siècle représentant la Descente de croix.
- Peintures du XIXe siècle de la chapelle des fonts baptismaux de l’église de Saubens (Haute-Garonne).
- Toiles du maître-autel de l’église de Montaut (Landes).
- Décors peints de la Tour de Montaigne (Dordogne).

Carton 12.
- Peintures murales de la salle du rez-de-chaussée du château de Masnau-Massuguiès (Tarn).
- Tableaux de Merville (Haute-Garonne).
- Peintures murales gothiques de Cagnac-les-Mines.
- Toiles de l’église de Bazus (Haute-Garonne).
- Peintures de la chapelle du Rosaire à Conques (Aveyron).
- Peintures de l’église de Montbrun-Bocage (Haute-Garonne).

Carton 13.
- Peintures de l’église de Bouliac (Gironde).
- Peintures murales de l’église du Cambon (Aveyron), et moulages d’une inscription sur un chapiteau de cette église.
- Peintures de la tribune d’orgue de l’église Saint-Savin (Hautes-Pyrénées).

Carton 14.
- Peintures de l’église de Beynac (Haute-Garonne).
- Peintures du château de Losse (Dordogne).
- Peintures du château de Castelnau-Bretenoux (Lot).
- Portraits peints du château de Merville (Haute-Garonne).
- Sondages à l’église de Castelviel (Gironde).
- Peintures murales gothiques de l’église de Lasbordes (Aude).
- Retable de l’église de Saint-Geniez-d’Olt (Aveyron).
- Toiles de l’église des Jacobins de Toulouse.
- Toiles des Jacobins de Toulouse présentées à l’église de la Dalbade.
- Peintures sur toile de Valentine (Haute-Garonne).
- Peintures sur toile de l’église de Mauremont (Haute-Garonne).
- Vandalisme et restitution sur une toile de Saint-Hilaire de Poitiers (Vienne).
- Peinture sur toile de l’église de Saint-Félix-Lauragais (Haute-Garonne).
- Portrait du cardinal de Bonzi à l’église du Bourg-Saint-Bernard (Haute-Garonne).
- Entretien des toiles de l’église de Gragnague (Haute-Garonne).
- Plafonds peints du Logis de la Serveyne à Mouret (Aveyron).
- Peintures de l’église des Jacobins d’Agen (Lot-et-Garonne).
- Dépose des peintures du château de Mostuéjouls (Aveyron).
- Tableaux de l’église de Bergerac (Dordogne).
- Peintures du château de Serres à Labessière-Candeil (Tarn).
- Frises peintes de l’abbaye de Flaran à Valence-sur-Baïse (Gers).
- Peintures murales de l’église de la Rouvière (Lozère).
- Peintures murales de la chapelle de Lugaut à Rejtons (Landes).

Carton 15.
- Peintures murales de l’église de Tauriac (Lot).
- Peintures de l’église Saint-Sornin (Charente-Maritime).
- Peintures de l’église de Sabres (Landes).
- Peintures de l’abbatiale de Lanville à Marcillac-Lanville (Charente).

Carton 16.
- Missions et travaux en Israël : Abu Gosh et Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Carton 17.
- Restauration des peintures du chœur de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Dossiers et photographies.

Carton 18.
- Restauration des peintures du chœur de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Dossiers et photographies.

Carton 19.
- Restauration des peintures du chœur de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Échantillons d’enduits. Photographies et négatifs.

II. Photographies et négatifs, à classer par lieux

Carton 20.
- Toulouse et Haute-Garonne.

Carton 21.
- Tarn, Tarn-et-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, Aude.

Carton 22.
- Hérault, Gard, Lozère, Aveyron.

Carton 23.
- Lot-et-Garonne, Lot.

Carton 24.
- Cahors, Dordogne.

Carton 25.
- Pyrénées-Atlantiques, Landes.

Carton 26.
- Bordeaux, Gironde, Charente, Charente-Maritime, Poitiers.

Carton 27.
- Lieux à identifier ou à préciser.

III. Relevés, dessins et tirages graphiques de grandes dimensions

Saint-Sépulcre de Jérusalem :

- Relevé de l’élévation sur calque. 75 x 96 cm.
- Relevé de l’élévation, avec l’édicule du tombeau du Christ et la représentation de scènes de la vie religieuse, sur calque. 67 x 50 cm.
- Relevé sur calque de l’édicule, de deux étages et de la coupole de la rotonde. 99 x 64,5 cm.
- Relevé sur calque de l’intérieur de la coupole, avec décor radié sommital. 65 x 50 cm.
- Tirage sur papier du relevé en élévation de la rotonde, avec détails structurels du dôme de 1868. 96 x 62 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : élévation de la rotonde. 88 x 55,5 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : élévation de la rotonde (seule la coupole est colorée). 89 x 59, 5 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : vue en contre-plongée de l’édicule, de la rotonde et de la coupole. 75 x 75 cm.

Saint-Sernin de Toulouse (travaux en 1996-1997) :

- Tirage en réduction sur papier : deux travées de la voûte en berceau au-dessus du chœur liturgique. 59, 5 x 68 cm.
- Tirage en réduction sur papier : deux travées de la voûte en berceau au-dessus du chœur liturgique. 59, 5 x 72 cm.
- Relevé sur calque des peintures des deux travées de la voûte en berceau au-dessus du chœur liturgique. 136 x 88 cm.
- Tirage sur papier fort du calque précédent ; 141 x 90, 5 cm.
- Tirage sur papier du même calque avec indications de la fixation des peintures et dorures. 135, 5 x 91 cm.
- Tirage sur papier du même calque. 135, 5 x 91 cm.
- Relevé des enduits et peintures, avec rebouchages, sur le doubleau intermédiaire des deux travées du chœur liturgique. 91 x 59, 5 cm.
- Relevé d’un doubleau du chœur. 91 x 59, 5 cm.

- Relevé sur calque des fenêtres hautes de l’abside. 106 x 45 cm.
- Tirage sur papier du calque précédent, avec relevé de dimensions. 100 x 29, 7 cm.
- Tirage sur papier du même calque, avec indications et dessins de détails. 110 x 59, 5 cm.

- Relevé aquarellé sur papier de l’arcature intermédiaire de l’abside, avec les peintures des Apôtres et de la Vierge. 105 x 75 cm.
- Tirage sur papier du relevé aquarellé auquel se superpose un film plastique portant des indications. 106 x 71 cm.
- Tirage sur papier du relevé aquarellé, avec indications. 105 x 90 cm.
- Tirage sur papier de la moitié supérieure du même relevé. 107 x 43, 7 cm.
- Tirage sur papier de la moitié inférieure du même relevé. 106 x 46 cm.

- Tirage sur papier, repris et annoté, du dessin de l’arcature du rond-point du chœur liturgique, avec relevé de dimensions. 115 x 84 cm.
- Deux tirages sur papier du dessin de l’arcature du rond-point du chœur liturgique, avant reprise. 134 x 61, 5 cm.

- Relevé sur film du décor peint du cul-de-four. 64, 5 x 49, 5 cm.
- Tirage en réduction sur papier du relevé des peintures du cul-de-four, avant toute annotation. 59, 5 x 36 cm.
- Tirage sur papier du relevé des peintures du cul-de-four, avec prise de dimensions, calcul des surfaces et quadrillage de repérage. 79 x 72 cm.
- Même tirage que le précédent, avec indication des bouchages, fixations d’enduit et injections de colle. 90 x 72 cm.
- Relevé des peintures du cul-de-four sur calque, avec indications. 78, 5 x 71 cm.

- Élévation du côté nord du chœur liturgique : décors des XIVe et XVIe siècles. 100 x 84 cm.
- Élévation sur calque du côté nord du chœur liturgique : relevé complet du décor peint du XVIe siècle. 90 x 89 cm.
- Tirage sur papier du calque précédent, avec mention de dimensions. 99 x 90 cm.
- Élévation du côté sud du chœur liturgique : décors des XIVe et XVIe siècles. 99 x 84 cm.
- Élévation sur calque du côté sud du chœur liturgique : relevé complet du décor peint du XVIe siècle. 100 x 90 cm.
- Tirage sur papier du calque précédent, avec prise de dimensions et ajouts. 100 x 84 cm.

- Calque : projet de trompe-l’œil pour le panneau de clôture du chantier. 65 x 50 cm.
- Dessin de l’une des douze croix de consécration à peindre de couleur rouge. 65 x 50 cm.

Le Cambon (Aveyron), église :
- Dessin aquarellé sur papier des peintures du cul-de-four : le Christ en majesté entouré du Tétramorphe. XVIe siècle. 100 x 70 cm.

Vernouillet (Yvelines), peintures du XIIIe siècle :
- Tirage photographique sur papier, très agrandi, des peintures du mur nord. 90 x 79 cm.
- Dessin colorié : relevé de l’ensemble des peintures de la chapelle nord. 65 x 50 cm.
- Relevé aquarellé sur papier des peintures de la voûte de la chapelle nord. 77 x 65 cm.

Belzès (Dordogne), peintures de l’église :
- Dessin aquarellé de restitution des peintures et couleurs des XVIIIe et XIXe siècles, après sondages. 65 x 50 cm.
- Calque préparatoire du dessin précédent. 65 x 50 cm.

Saint-Savin (Hautes-Pyrénées), tribune d’orgue de l’église :
- Relevé sur calque des peintures en grisaille du XVIe siècle. 109 x 75 cm.

Fontenilles (Haute-Garonne), église :
- Tirage sur papier d’un relevé des peintures. 84 x 52 cm.

Agen (Lot-et-Garonne), église des Jacobins :
- Relevé d’architecture sur calque. 62 x 50 cm.
- Quatre relevés sur calque d’architecture et de peintures murales. 64 x 50 cm.

Lavaur (Tarn), orgue du XVIe siècle de l’ancienne cathédrale Saint-Alain :
- Relevé sur calque. 115 x 96 cm.
- Dessin original sur papier. 118 x 99 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : état avant restauration. 115 x 96 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : état après restauration proposée. 115 x 96 cm.
- Dessin aquarellé sur papier : état après restauration proposée. 115 x 96 cm.

Daniel Cazes

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Séance du 5 décembre 2017 (séance privée)

Communication longue de Jean-Luc Boudartchouk, Patrice Cabau, Roland Chabbert, Sylvie Duchesne, Anne-Laure Napoléone, Christian Mullier :
Florus, évêque et confesseur en Gaule du sud (Ve siècle) : un personnage historique à l’origine du culte de saint Fleuret d’Estaing et saint Flour d’Auvergne ?

estaing web2 aa1f2Fleuret d’Estaing, (sanctus Floregius episcopus Arverniensis), culte au Ier juillet, BHL 3032) est un saint méconnu du nord Rouergue ; son culte repose sur une vita dont l’arrière-plan chronologique ne peut s’appliquer qu’au Ve siècle Gaulois, et sur un corps quasi complet qui a récemment fait l’objet d’une étude anthropologique et d’une datation 14C, également centrée sur le Ve siècle.

 

Flour d’Auvergne (sanctus Florus episcopus Lodovensis), culte au 4 novembre et au 1er juin, BHL 3066 et BHL 3067) est vénéré en plusieurs points de la Haute et de la Basse-Auvergne, notamment à Saint-Flour dès avant l’An Mil. Sa vita en fait un évêque de Lodève ayant abandonné son siège pour se fixer en Haute-Auvergne, en Planèze.
Les deux récits, complétés par des éléments d’ordre historique et archéologique, permettent d’aller à la rencontre d’un personnage historique : l’évêque gaulois Florus du Ve siècle, qui apparaît dans les textes entre 449 et 452.

 

 

 


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Andrieu, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche, Wattin-Grandchamp ; MM. Boudartchouk, Garrigou-Grandchamp, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mmes Bessis, Bossoutrot-Rebière, Friquart, Krispin, Nadal, ; MM. Chabbert, Rebière, Sournia, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Fournier et Heng, M. Balty.
Invités : M. Yves Palobart représentant la mairie et la paroisse d’Estaing, Christian Mullier communiquant et Justine Vincent documentaliste à l’Inrap.

Le président présente un ouvrage donné à la société par Bernard Sournia. Il s’agit de différentes contributions sur la ville de Montpellier au Moyen Âge. Il note par ailleurs que nous n’avons aucune proposition de travaux pour le concours alors que la limite des dépôts est fixée à la fin du mois de décembre. Pierre Garrigou Grandchamp propose de solliciter Anaïs Comet pour présenter son travail récemment soutenu. Le président nous annonce que Michelle Belin a fait don à la société du fonds de son mari Pierre Belin, qui comprend de nombreux documents, photographies et relevés effectués par le restaurateur.

Puis il donne la parole à Roland Chabbert et les autres auteurs pour la communication longue : Florus, évêque et confesseur en Gaule du sud (Ve siècle) : un personnage historique à l’origine du culte de saint Fleuret d’Estaing et saint Flour d’Auvergne ?

Le président remercie les communicants d’avoir traité ce sujet particulièrement complexe et d’avoir fait des démonstrations convaincantes. Il demande si l’évêque Florus était catholique ou arien. Christian Mullier répond qu’il est clairement dit dans les textes qu’il était catholique. Pierre Garrigou Grandchamp demande si une recherche ADN est possible. Jean-Luc Boudartchouk répond que l’opération est techniquement possible mais n’apporterait aucune information intéressante faute de population de référence. L’examen fait par Sylvie Duchesne anthropologue permet déjà de savoir qu’il s’agit d’un personnage local. L’excellente conservation des os assure les résultats des analyses au carbone 14 à cent pour cent. Roland Chabbert insiste sur les conditions exceptionnelles de conservation du squelette en rappelant que celui-ci porte des traces de linceul. Pierre Garrigou Grandchamp espère que ce type d’opération soit désormais multiplié. Roland Chabbert précise que l’évêque de Rodez s’est montré particulièrement intéressé et a fait preuve d’une collaboration remarquable à chaque étape de cette entreprise.

Pierre Garrigou Grandchamp nous informe ensuite que des prélèvements d’échantillons de bois ont été faits dans la charpente de la tour-porche de l’église abbatiale de Moissac, en vue d’une datation par dendrochronologie : les résultats ont montré que les bois de la charpente ont été abattus aux environ des années 1270.

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Séance du 21 novembre 2017 (séance privée)

Communication longue de Colin Debuiche :
Citations et inventions dans l’architecture toulousaine de la Renaissance.

3. hotel molinier portail sur rue 1556 w 2 b58beLe XVIe siècle toulousain ayant longtemps été qualifié de « siècle d’or » par les érudits et les historiens locaux, son historiographie est particulièrement riche. L’architecture, en particulier celle des hôtels particuliers, en constitue un axe fort depuis les découvertes archivistiques des érudits de la fin du XIXe siècle.
La question de la réception des formes « à l’antique » au XVIe siècle, qui a occupé les chercheurs à partir des années 1980 dans le sillage des travaux de Jean Guillaume, a mis en exergue la nécessité de déceler des préférences formelles et de prendre en compte les habitudes constructives d’une zone de création pour comprendre la réinterprétation et l’intégration d’un nouveau répertoire ornemental dans une architecture locale. D’autres recherches effectuées au début du XXIe siècle par des historiens, des historiens de l’art et des historiens du droit ont enrichi la connaissance du contexte intellectuel toulousain au XVIe siècle et de ses spécificités, ce qui a contribué à extraire d’une appréciation simplement économique le renouveau des arts dans la capitale languedocienne.
Toutefois, si plusieurs grands chantiers et quelques personnalités artistiques ont été bien cernés, de nombreux rapprochements peuvent être faits avec les grandes créations françaises et italiennes, les traités d’architecture, les dessins, les estampes voire les antiquités locales, permettant de renouveler la lecture de la Renaissance toulousaine et de réévaluer sa vitalité et le profil de ses acteurs. Il faut ainsi replacer la production toulousaine dans un large contexte européen de transferts artistiques tout en s’interrogeant sur la signification de l’évolution stylistique dans un milieu de réception et sur son poids dans les stratégies de démonstration et évaluer les mécanismes d’une commande architecturale animée par une intense compétitivité sociale.


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry, Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-adjoint ; Mmes Cazes, Jaoul, Nadal, Pradalier-Schlumberger, Wattin-Grandchamp ; MM. Balty, Julien, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Bessis, Friquart, Munos, Sénard, Vène ; MM. Debuiche, Suzoni, membres correspondants. Excusés : Mme Krispin, MM. Boudartchouk, Garrigou Grandchamp. Invité : M. Jacques Rives.

Le procès-verbal de la séance précédente est lu par A.-L. Napoleone et accepté. Dans le courrier de la semaine, Louis Latour nous remercie chaleureusement pour l’hommage qui lui a été rendu. V. Czerniak remercie également la Société archéologique d’avoir accepté d’accueillir le colloque sur Toulouse au XIVe siècle dans la salle Clémence Isaure. Le Président annonce d’ores et déjà que se tiendra en septembre 2018 un colloque dans cette même salle sur les « Décors domestiques aux XIIIe et XIVe s. ». Jack Thomas, président des archives de la Haute-Garonne nous annonce qu’il va quitter ses fonctions et offre à la Société un ouvrage sous la direction de J. Le Potier, Violences religieuses à Grenade et à Toulouse. L’affaire Bernard de Vabres 1561-1562, publié par les Amis des archives de la Haute-Garonne. Le professeur Armand Puig i Tàrrech, recteur de l’Ateneu universitari Sant Pacià de Barcelone nous fait don d’un ouvrage de Mateu Riera Rullan, El monacat insular de la Mediterrània occidental. El monestir de Cabrera (Balears, Segles V-VIII), Studia archaeologiae Christianae 1, Barcelone, 2017 ; tandis que notre consoeur É. Nadal nous offre son livre tiré de sa thèse et qui vient juste de paraître, Le Pontifical de Pierre de la Jugie. Le Miroir de l’archevêque, Turnhout, Brepols, 2017.

La parole est à Colin Debuiche pour sa communication « Citations et inventions dans l’architecture toulousaine de la Renaissance ».

Le Président remercie l’orateur pour sa communication, qui permet d’attirer l’attention sur les sources du décor architectural de la Renaissance à Toulouse à travers la visite de plusieurs bâtiments bien connus des toulousains, et dont on ne peut que déplorer l’état actuel de conservation. Le Président s’interroge sur l’emplacement exact de l’arc de triomphe qui se trouvait dans l’enceinte du palais de justice de Toulouse, et qui servit de modèle dans la cour du Capitole. En effet lors des fouilles du palais de justice menée par J. Catalo et son équipe, aucun indice n’a été trouvé concernant le portail. Q. Cazes précise qu’il avait été conclu à l’époque des fouilles, que le décor en question devait concerner le passage latéral de la grande porte romaine. G. Ahlsell de Toulza remercie C. Debuiche pour cette présentation, qui montre enfin que Nicolas Bachelier n’était pas le seul architecte à Toulouse au XVIe siècle. En revanche, il s’étonne que le rez-de-chaussée de l’hôtel de Bernuy soit daté de 1527, à une époque où normalement l’italianisme prévaut. Pourquoi Bernuy, qui est riche et qui connaît les évolutions artistiques s’attache-t-il à des modèles traditionnels anciens ? C. Debuiche répond par la notion des « permanences honorifiques ». Il s’agit d’imiter les marques de seigneurie, comme l’emploi de gargouilles dans les tours, ou les faux mâchicoulis couronnant les murailles de son hôtel. D. Watin-Grandchamp précise que les modèles ne circulaient pas nécessairement par les imprimés publiés, mais aussi sous la forme de simples feuillets, parfois antérieurs même à l’impression d’un ouvrage définitif. C. Debuiche reconnait également l’existence de tels échanges, bien que les feuillets ne soient à sa connaissance pas mentionnés dans les contrats. L. Peyrusse s’interroge aussi sur l’éventuelle confusion entre la source conceptuelle d’une forme et la source plastique. Selon lui, un simple modèle gravé ne remplace pas pour un sculpteur la confrontation avec l’œuvre dans sa matérialité, comme dans la comparaison entre les colonnes-candélabres de l’hôtel de Bernuy et celles qui existent dans les gravures de Sagredo. C. Debuiche ne pense pas non plus que la colonne de l’édition de Sagredo ait servi de modèle direct pour la colonne de l’hôtel Bernuy ; cependant il lui semble que le traité de cet auteur est bien conçu à destination des ouvriers ; et que ceux ci auraient été en mesure de reproduire ces éléments, par la force de l’expérience. P. Julien abonde dans ce sens en citant le cas de la clôture extérieure de Saint-Bertrand de Comminges, où se trouvent deux balustres en bois, qui sont des reprises au point près de la gravure de Sagredo dans son édition espagnole. B. Tollon est heureux que le travail de C. Debuiche vienne prendre le relais de ses propres recherches. Cependant il invite lui aussi à la prudence quant aux comparaisons entre les éléments sculptés de l’hôtel de Bernuy et le traité de Sagredo. Il rejoint également D. Watin-Grandchamp sur la question de la circulation des modèles. Combien d’exemplaires de ces traités étaient-ils publiés ? À quel prix et pour quel public ? Il semble que le procédé rhétorique du traité, sous forme de dialogue, s’adresse plutôt à un public d’intellectuels espagnols qu’à des ouvriers. Louis Privat, l’architecte de l’hôtel de Bernuy, était illettré et sa formation était sans doute bien antérieure au traité de Sagredo, nourrie notamment des choses qu’il avait pu voir en pays normand. Enfin B. Tollon estime qu’on devrait nuancer le verbe « imiter » qui semble péjoratif, par celui de « rendre hommage ».

Parmi les questions diverses, É. Nadal présente de nouvelles découvertes sur la provenance du bréviaire choral démembré de la cathédrale d’Agen (Baltimore, Walters Art Gallery, W. 130 ; Paris, BnF, NAL 5211 ; Londres, British Library, ms. Add. 42132).

G. Ahlsell de Toulza propose ensuite ensuite un compte rendu de la réunion « Toulouse. Savoirs et imaginaires » à laquelle il a assisté, concernant les perspectives culturelles de la ville avant la fin du mandat de 2020. Outre le fait que la présentation prévue pour 17h, n’a commencé qu’une heure plus tard, il relève le discours parfaitement abscons qui a été proposé, portant des affirmations aussi fortes que « la culture porte sur la juxtaposition et le croisement des domaines ». Aucun musée n’a été mentionné en dehors du Muséum, et du musée des Augustins seulement cité pour la question de son accès handicapés. Le livret de 42 pages édité pour l’occasion illustre d’ailleurs à merveille le vide de l’ensemble. G. Ahlsell de Toulza nous signale ensuite que la Société a acquis un tableau anonyme représentant l’intérieur de Saint-Serninvers 1815-1820. Mis en vente à Nogent-sur-Marne, le tableau de 47 x 35 cm, a été signalé par F. Avril qui a reconnu l’intérieur de la basilique et a averti M. Vène et P. Julien. La peinture permet de voir l’ancienne chaire, les stalles de chœur, les bancs d’œuvre et la nef avant les grandes interventions du XIXe siècle. Ce tableau appartenait à la collection d’un restaurateur de tableaux dont on a retrouvé plusieurs toiles dissimulées derrière une cloison dans sa cave. Ayant pris connaissance du coût final de l’œuvre, F. Avril a décidé de faire don à la Société archéologique pour soutenir son acquisition. Son geste est chaleureusement applaudi par l’ensemble de la Société.

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Séance du 7 novembre 2017 (séance privée)

Communication courte de Pierre Garrigou Grandchamp :
Mont-de-Marsan aux XIIe et XIIIe siècles : l’architecture civile romane d’un castelnau landais.

05 mont de marsan rue d de gourgues cad 934 cl berdoy 04 02 14 007web e6f34 86030Il est inutile de chercher dans les ouvrages traitant de l’habitat médiéval en France une allusion à Mont-de-Marsan. L’omission est aussi injuste que compréhensible.
Injuste, car le corpus des demeures du Moyen Âge central conservées à Mont-de-Marsan est consistant, une quinzaine d’individus, dont la majorité appartient à un horizon « roman ». Surtout, il est exceptionnel en ce qu’il constitue, au sud de la Garonne, le seul ensemble cohérent d’édifices dont l’état de conservation permet d’étudier et d’identifier, ou au moins d’approcher, les principales caractéristiques constructives, fonctionnelles et formelles de cette architecture domestique urbaine, en particulier pour la fin du XIIe et le XIIIe siècle. Une telle situation, pour la même époque, ne se rencontre que dans les vallées de la Garonne, à La Réole, et surtout de la Dordogne, à Saint-Émilion. Enfin ce corpus est très remarquable par les expressions formelles adoptées par cet habitat, qui n’ont pas vraiment de semblables dans d’autres villes du Midi.

24bis, rue Maubec : peinture murale

Le silence observable dans la littérature nationale, voire régionale, n’en est pas moins explicable au regard du petit nombre de recherches approfondies conduites sur cette architecture.
Les études consacrées aux demeures de la ville sont peu nombreuses, et les supports retenus pour faire connaître les principaux résultats déjà acquis – qui sont pourtant loin d’être négligeables – ont eu un faible rayonnement, qui n’a pas dépassé l’orbe de la ville ou du département. C’est à cette carence que tente de remédier la présente publication.
Un rapide état des connaissances introduira à une gerbe d’observations présentant une première synthèse sur l’habitat médiéval de Mont-de-Marsan. Elle comprendra les sections suivantes :
1. Éléments d’un corpus, entièrement composé de maisons en pierre
2. Faciès urbain marqué par les rapports entre l’enceinte et les maisons
3. Art de la construction et cadre de vie à Mont-de-Marsan.


Présents : MM. Cazes, Président, Scellès, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Péligry Bibliothécaire, Cabau, Secrétaire général, Mme Napoléone Secrétaire-Adjoint ; Mmes Cassagnes-Brouquet, Cazes, Fournié, Haruna-Czaplicki, Jaoul, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Vallée-Roche ; MM. Garrigou-Grandchamp, Lassure, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; Mmes Bessis, Friquart, Leduc, Nadal ; MM. Macé, Penent, Sournia, Suzoni, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Czerniak, Krispin et Sénard, MM Balty, Boudartchouk, Chabbert, Debuiche, Garland et Latour et le Père Montagnes.
Invités : Mme Danièle Neill, présidente des Maisons paysannes de France et son mari.

Le Président doit excuser Louis Latour qui n’a pas pu être présent pour le jubilé organisé aujourd’hui par la société en son honneur car il a du mal à se déplacer.

Émilie Nadal relit le procès-verbal de la dernière séance de l’année académique précédente. Le Président nous fait part ensuite du courrier reçu pendant les vacances, dont trois lettres de candidatures pour être membre correspondant à notre société : celle du professeur Xavier Barral i Altet qui a déjà été examinée en Bureau et qui a été acceptée par celui-ci et celles de Sophie Fradier et de Fernand Peloux dont les travaux ont été primés par la Société l’année dernière.

Nous avons également reçu un courrier du maire de la Salvetat-Saint-Gilles à qui nous avons décerné une médaille, suite à l’acquisition du château du village qui était en très mauvais état. Rendez-vous a été pris au printemps pour lui remettre la médaille.
Une lettre de l’adjointe au Maire de Toulouse nous a été adressée, accusant réception de la plaquette de Saint-Sernin que nous lui avons envoyée ; parmi les nombreux destinataires de ce courrier, elle reste la seule à avoir répondu.

Le maire a envoyé par ailleurs un courrier concernant la publication que distribuait la mairie, remplacée désormais par un site soumis à l’évaluation des lecteurs.
Concernant l’aménagement de la place Saint-Sernin, le président signale un article paru dans Côté Actu. Maurice Scellès remarque que dans le projet définitif, un flou demeure sur le nombre d’arbres à planter. Il précise que l’abbaye n’est pas un établissement rural et que la présence d’arbres ne se justifie pas. Le Président nous invite donc à retrouver toutes ces informations sur le site de la Mairie.

Le Service de la connaissance du patrimoine de la Région Occitanie offre ses quatre dernières publications à la bibliothèque de la Société. De même, Nicolas Bru nous fait parvenir un ouvrage intitulé Regard sur le patrimoine mobilier de l’enseignement scolaire et universitaire (Acte Sud), concernant le département du Lot.

Vue aérienne du front sud du castelnau, du « château » Lacataye à la maison (...)

Le Président invite enfin Pierre Garrigou Grandchamp à présenter sa communication : Mont-de-Marsan aux XIIe et XIIIe siècles : l’architecture civile romane d’un castelnau landais.

Le Président remercie notre confrère pour nous avoir fait connaître ces maisons de Mont-de-Marsan. Anne-Laure Napoléone demande quel est le matériau utilisé pour la construction. Pierre Garrigou Grandchamp répond qu’il s’agit d’un calcaire caverneux et qu’il n’y a pas de pierre de taille. Bernard Sournia demande des explications au sujet des portes ouvrant sur le vide à l’étage et sur l’espace sur lequel elles donnent. Il s’agirait probablement, selon l’auteur de la communication, d’un lieu de stockage de produits courants, à l’instar des tours et des salles gasconnes décrites par Gilles Séraphin ; celui-ci est parfois lié à la production de vin malheureusement, aucune source ne nous apporte de précisions à ce sujet. Maurice Scellès évoque les maisons de Lectoure et les espaces de stockages qui sont conservés. Pierre Garrigou Grandchamp précise que l’on ne sait pas encore lire ces programmes qui ne correspondent pas à ce que l’on connaît déjà et que nous sommes pour l’instant réduits à des hypothèses. Henri Pradalier demande comment on accédait à ces espaces de stockage ; il lui est répondu que des poulies ou des trappes aménagées à l’intérieur conduisaient à ce niveau. Sylvie Cassagne-Brouquet s’étonne que ce soit le premier étage qui soit réservé à cette fonction que l’on aurait attendue plus haut. Pierre Garrigou Grandchamp avoue que l’étude des vestiges des demeures romanes de Mont-de-Marsan l’a amené à constater un certain nombre de caractères inhabituels par rapport à ce qui a pu être observé dans les édifices de la plupart des centres urbains. Daniel Cazes demande si l’histoire de la ville ne peut donner quelques indices. Pierre Garrigou Grandchamp répond que l’étude historique de la ville est en cours. Olivier Testard se demande si la construction de l’édifice élevé au n° 24 de la rue Maubek est homogène et si l’étude archéologique a confirmé que tout était en place. Pierre Garrigou Grandchamp répond que selon le rapport, la construction est homogène et les peintures murales sont postérieures. Concernant l’église construite sur les vestiges d’une maison, Maurice Scellès évoque l’exemple de l’église du couvent des Carmes de Pavie près d’Auch. Pierre Garrigou Grandchamp ajoute que le cas n’est pas si rare, il cite notamment l’église de Montréal et d’autres en Périgord. Marie-Vallée Roche demande dans quelle zone géographique sont utilisées ces fentes d’éclairage et d’aération. Pierre Garrigou Grandchamp répond que ce type d’ouverture existe dans tout le sud-ouest, par exemple à Saint-Émilion et Sauveterre-de-Béarn et en Périgord. Il en existe moins en Quercy et en Rouergue. Maurice Scellès ajoute qu’on peut en voir également en Languedoc. Marie Vallée Roche demande comment on les distingue des ouvertures militaires. Pierre Garrigou Grandchamp répond qu’elles se différencient par la largeur et la hauteur de l’ouverture ainsi que par le niveau où elle se trouve.

L’ordre du jour appelle l’élection de Louis Latour comme membre honoraire. Le Président lit son rapport détaillant la vie et les divers travaux menés par notre confrère.

Louis Latour : cinquante ans au sein et au service de la Société archéologique du Midi de la France

Le Bureau de notre Société propose aujourd’hui à ses membres d’élire notre cher confrère Louis Latour membre honoraire, à l’occasion de ses cinquante ans de présence au sein de notre compagnie, puisqu’il y fut élu membre correspondant en 1967, avant d’en devenir membre titulaire en 1987.

Petit-fils d’un instituteur très dévoué du Second Empire, qui lui servit d’exemple à suivre en raison de son implication dans l’éducation populaire et la vie sociale, bien au-delà de sa simple fonction de maître d’école, Louis Latour me disait encore ce matin, lorsque je lui demandais des nouvelles de sa santé, qu’il avait le sentiment d’être un des derniers citoyens du XIXe siècle. Il se sent en effet dans la lignée de ces hommes qui n’étaient pas des professionnels du patrimoine, mais pour qui celui-ci fut cependant une puissante raison d’être, au-delà de sa profession, de son activité principale. Sur sa carrière d’instituteur est en effet venue naturellement se greffer sa passion d’archéologue, d’historien, de défenseur du patrimoine. Notre société a compté bien des cas similaires et Louis Latour ne pouvait donc qu’y trouver sa place. Je rappellerai simplement celui de notre confrère disparu Georges Fouet, instituteur au début de sa vie d’adulte, et qui se transforma en un éminent archéologue auquel nous devons, entre autres travaux, la spectaculaire fouille archéologique de la villa de Montmaurin.

Pourtant, Louis Latour, toujours vivant et actif, malgré son grand âge (89 ans), est bien un homme du XXe siècle. Il est en effet né le 14 novembre 1928 à Toulouse. Il s’est formé à son métier entre 1944 et 1948 à l’école normale d’instituteurs, avant de l’exercer de 1948 à 1950 d’abord à Belbèze, en Comminges, où il put déjà méditer dans les extraordinaires carrières de pierre de Tolosa, puis de 1950 à 1954 à Vacquiers, près de Fronton, avant de devenir maître de cours complémentaire de 1954 à 1985 à Auterive, ville dans laquelle il s’installa et réside encore aujourd’hui. Sa première mission y fut l’enseignement des mathématiques, mais il devait aussi y professer l’histoire. Cela ne fit qu’aviver son intérêt pour la plongée dans le passé…

Et c’est à Auterive et ses environs qu’il réserva l’essentiel de ses travaux de recherche. Sa bibliographie est abondante et de nombreux titres figurent dans nos Mémoires, entre 1966 et nos jours. Puits funéraires, castrum, sites romains, céramiques, pont, églises, cloches, d’Auterive, rien ne lui échappa. On lui doit même tout un livre de 355 pages consacré aux églises du canton d’Auterive. Assidu aux séances de notre Société, il y trouva, nous a-t-il souvent dit, un lieu de formation permanente, au contact de tant de consœurs et confrères dont il admirait le savoir. Le professeur Michel Labrousse, son président jusqu’en 1988, lui accorda sa confiance et son estime, et, comme il était aussi directeur de la circonscription des antiquités historiques, lui permit de diriger les fouilles d’Auterive de 1961 à 1970.

Mais là ne se limitait pas son activité, qu’à l’imitation de son grand-père il voulait d’une plus grande utilité sociale encore. Ainsi fonda-t-il en 1968 le Foyer des jeunes et d’éducation populaire d’Auterive, en fut pendant dix ans le président, et y développa deux choses qui lui tenaient à cœur : une section d’archéologie, dotée d’une salle-musée à vocation pédagogique, et une bibliothèque de prêt. La lecture publique était l’une de ses préoccupations majeures et pour la renforcer il créa l’association « Lire à Auterive ». Il animait aussi à ce moment-là un atelier de paléographie aux Archives départementales de la Haute-Garonne.

Et tout cela eut des résultats considérables pour la population d’Auterive, immatériels et matériels. L’actuelle médiathèque de cette commune lui doit beaucoup. Ce prochain jeudi 9 novembre y sera inaugurée l’exposition du fonds archéologique Vinche-Latour. Notre cher Louis a su, ces dernières années, assurer le devenir de tout ce qu’il a pu réunir, à titre public, associatif ou privé, au cours de sa vie : livres, archives, photographies, dessins, objets archéologiques. Cette médiathèque d’Auterive en profite donc pleinement, mais son action fut telle que la médiathèque de Venerque reçut aussi de lui ce précieux « Fonds patrimonial de la Basse Vallée de l’Ariège » que notre Société a tenu à visiter récemment sous la direction de Louis, en félicitant aussi la commune de cette heureuse initiative et en lui attribuant sa médaille d’argent.

Notre Société enfin a grandement bénéficié de la présence sans faille de Louis qui, outre les travaux de recherche qu’il y présenta et publia, fut son bibliothécaire-archiviste jusqu’en 2003, avant que ne lui succèdent Bernadette Suau puis Christian Péligry. Il y fit un énorme travail et dut assumer ses déménagements, puis sa réinstallation lors des travaux de l’Hôtel d’Assézat. C’est lui qui entreprit l’informatisation de son fichier. Le récolement systématique des séries de revues et mémoires lui permit de repérer de nombreuses lacunes, qu’il put souvent combler par sa ténacité. Nous lui devons vraiment beaucoup. Lorsqu’il ne put plus assumer cette fonction et assister régulièrement à nos séances, il resta très attaché à la Société et assura, jusqu’au début de cette année, l’envoi des convocations et des échanges de correspondance avec tous les membres. C’était sa façon de rester parmi nous et de continuer à apporter sa pierre à l’édifice.

Cela sort peut-être de nos préoccupations ordinaires, mais je tenais enfin à dire qu’au milieu de tant de choses, de tant d’années, Louis n’a cessé d’apporter aussi son concours à de nombreuses missions humanitaires, en faveur des libertés, contre la faim et pour le développement. Que dire donc pour finir : une belle vie bien remplie ! une personne généreuse et attachante ! un de ces maillons bien forgés et solides sans lesquels notre Société ne serait pas ce qu’elle est devenue. Un immense merci à Louis Latour, que je vous propose, en raison de ses mérites particuliers, de nommer membre honoraire de la Société archéologique du Midi de la France.

Daniel Cazes

Au titre des questions diverses, Guy Alshell de Toulza évoque les journées du patrimoine municipal auxquelles il a participé pour faire le point sur les hôtels de Toulouse. L’exposé qu’il a fait a montré l’état déplorable de ce patrimoine. Le maire a donc pris conscience des difficultés de présenter la candidature de Toulouse au patrimoine mondial de l’humanité. Louis Peyrusse intervient pour moduler cet avis, selon lui, le maire a pris conscience de la situation mais garde l’espoir de parvenir au bout de ce projet. Henri Pradalier reste pessimiste sur les chances de réussite de la ville de Toulouse, il évoque en effet les grandes difficultés rencontrées pour la candidature de la ville d’Albi. Quitterie Cazes qui a assisté aux réunions de préparation nous apprend que le Moyen Âge est exclu du projet. Que reste-t-il donc à présenter ? Elle ajoute que la mairie refuse de s’engager dans la recherche et l’entretien du patrimoine, elle est dans la négation de la valeur patrimoniale.
Daniel Cazes nous apprend que la question de l’hôtel Dubarry a été traitée rapidement en transférant sa propriété à la Région, donc au Lycée Saint-Sernin qui sera dans l’impossibilité de le restaurer.

Le Président clôt la séance en invitant la Compagnie à partager un verre en l’honneur de Louis Latour.


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