Année académique 2024-2025

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Sortie foraine du 21 juin 2025

SEANCE FORAINE DANS LE LOT – SAMEDI 21 JUIN 2025

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Balty, Charrier, Dumoulin, Fournié, Ledru, Nadal (Samuel et Lou), Viers, MM. Séraphin, Macé, Balty, Peyrusse, Stouff.
Invités : MM. Patrice Foissac, Renaud, Viviers.
Excusés : MM. Garrigou-Grandchamp, Terrasson.

Le samedi 21 juin la Société Archéologique du Midi s’est déplacée dans le Lot pour sa Journée foraine, clôturant traditionnellement l’année académique.
Le matin, le groupe s’était donné rendez-vous devant la mairie de Saint-Cirq-Lapopie, à l’abri de la chaleur. La journée a commencé par une présentation de l’histoire de village et de ses origines menée à deux voix par notre confrère Gilles Séraphin et Patrice Foissac, ancien président de la Société des Études du Lot et auteur d’un ouvrage très complet sur l’histoire de la cité (Saint-Cirq-Lapopie et ses habitants : des origines à 1560, Edicausse, 2023, 398 p.). Puis, guidé par les deux conférenciers, le groupe s’est dirigé vers les vestiges du fort, avant une étape devant le château des Cardaillac. La visite s’est poursuivie par la découverte de l’église Saint-Cirq-et-Sainte-Juliette et de sa chapelle du XIIe siècle. La déambulation, ponctuée par l’observation des façades à pans de bois au détour des ruelles pavées, s’est achevée devant la maison dite d’André Breton (récemment ravagée par un incendie), et celle du peintre Henri Martin.
Après un déjeuner en plein cœur du village, le groupe s’est déplacée jusqu’à la grotte de Pech-Merle. Nous avons bénéficié d’une visite captivante conduite par une médiateur du site, Gauthier Trumel (diplômé d’un Master 2 de Préhistoire de l’UT2J).

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Séance du 17 juin 2025

Deux communication courtes de Louis Peyrusse  :
-  Quelques remarques sur les publications de la SAMF

La SAMF a beaucoup publié au XIXe siècle : deux livres, des volumes de Mémoires et un très abondant Bulletin. Le survol -conçu pour le bicentenaire de 2031- s’intéresse aux sujets retenus et à un comptage élémentaire des travaux publiés entre 1831 et 1914, moment où les Mémoires interrompent momentanément leur publication. Une première pesée.

-  Saint Jérôme et les romains fugitifs par Louis Boulanger (1855)
Louis Boulanger présente à l’Exposition Universelle de 1855 une très vaste toile Saint Jérôme et les Romains fugitifs qui fut achetée par l’Etat et envoyée à Saint-Volusien de Foix. Elle appelle d’urgence une restauration.
La toile fait référence à un texte de Chateaubriand dans les Etudes historiques. Elle échappe à l’iconographie habituelle de saint Jérôme. A relire le texte complet de Chateaubriand, on peut se demander si elle ne parle pas plus subtilement d’un exilé contemporain de l’Empire. Le tout sous une forme très classique, très éloignée du romantisme flamboyant dont Boulanger avait été un héraut au Salon de 1827.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Ledru, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Garrigou Grandchamp, Mange, Péligry, Peyrusse, Sournia, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; MM. Depeyrot, Kerambloch, Rigault, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Rolland Fabre, MM. Balty, Garland, Penent, Terrasson.

La Présidente ouvre la dernière séance de l’année académique et informe l’assemblée de divers dons effectués par des membres de notre Société.
Tout d’abord, des ouvrages offerts par notre confrère Maurice Scellès :
-  B. DU GUESCLIN, Brevarium Cadurcense, Paris, 1746 (3 vol.).
Puis de la part de notre consœur Hiromi Haruna Czaplicki :
-  Rosalie GREEN et alii, Hortus deliciarum, Londres, 1979 (2 vol.).
Enfin, notre ancien Président Louis Peyrusse fait don à notre photothèque de dix clichés de l’église de Saint-Sernin de Toulouse, pris en 1991 par le photographe Jacques Gloriès, au moment de la surélévation de l’édifice au niveau du transept et de l’abside. Ces clichés témoignent des travaux de dérestauration de Viollet-le-Duc par Yves Boiret, juste avant l’état actuel.
Pour finir, Virginie Czerniak fait passer parmi les membres le programme du 60e colloque de Fanjeaux (7-10 juillet 2025), organisé sur le thème de « L’épiscopat du Midi : gouverner un peuple chrétien (XIIe-XIVe siècles) », sous la présidence de Thierry Pécout, de l’Université Jean Monet à Saint-Étienne.

La Présidente félicite par ailleurs notre confrère Émeric Rigault qui aura, pour la rentrée prochaine, un poste d’ATER en histoire de l’art médiéval à Grenoble.
Elle rappelle ensuite la tenue de la journée foraine à Saint-Cirq-Lapopie et Pech-Merle le samedi 21 juin.
Enfin, l’appel à communication pour l’année académique 2025-2026 ayant été envoyé aux membres par courrier, elle signale qu’elle n’a reçu pour l’instant que peu de propositions.
Pour finir elle voudrait enfin faire une requête auprès des membres. Jusqu’à présent, la gestion de la salle Clémence-Isaure, qui est le bien commun de toutes les académies, était assurée par la Secrétaire de l’Académie des Jeux Floraux. Cette académie voudrait qu’une autre personne se charge du calendrier des réservations de cette salle, et la nouvelle Présidente de l’Union des Académies sollicite la SAMF pour prendre en charge cette gestion. Notre Trésorier pense que l’on pourrait simplement mettre en place un tableau Excel avec une seule adresse-mail (à créer) pour vérifier la disponibilité de la salle à chaque demande. La Présidente propose d’adresser un courriel aux membres pour recruter des volontaires.

Virginie Czerniak donne la parole à Daniel Cazes pour une question d’actualité. Il voudrait nous informer sur la deuxième phase du chantier de fouilles situé à l’angle de la rue Saint-Anne et de la rue Saint-Jacques. Le devenir du rempart romain conservé à cet endroit avait déjà été évoqué lors de séances précédentes car la parcelle faisait l’objet d’un projet immobilier devant épargner le rempart qui suit la rue Bida (cf. BSAMF du 17 janvier 2023) ; notre confrère ignore comment sera traité ce projet. La première phase du chantier archéologique a précédé la création d’une paroi moulée, alors que la seconde l’a suivie. La première phase avait mis en évidence un quartier de maisons avec des caves mais aucun affichage d’informations destinées au public n’a été fait. La seconde phase de fouilles s’est effectuée dans les strates inférieures et a mis au jour des maçonneries importantes, peut-être antiques, avec un alignement strict sur le quadrillage de la ville antique. Un égout en brique très bien conservé semble suivre l’orientation repérée par nos consœur et confrère Quitterie Cazes et Jean Catalo lorsqu’ils avaient fouillé les parcelles de la nouvelle Préfecture. Tout cela semble indiquer la présence d’une grande et large voie. Daniel Cazes invite les membres à se rendre sur place pour constater la présence de ces vestiges et l’avancement des fouilles.
Notre confrère nous informe par ailleurs que, passant par hasard sur la place Saint-Étienne, il a pu constater que l’accès à la cathédrale y a été interdit par des barrières pour des raisons de sécurité. Des panneaux à l’en-tête des Monuments Historiques annoncent qu’en effet, suite à l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, un grand plan de sécurisation a été lancé dans toutes les cathédrales de France. Durant ces travaux, l’accès à l’édifice se fait donc par le portail latéral. En entrant, Daniel Cazes a remarqué que, pour faire passer les câbles électriques, on avait enlevé le dallage, et de larges saignées de 40 cm de profondeur environ avaient été pratiquées dans le sol du collatéral nord du chœur. Il ignore si ces travaux ont fait l’objet d’un suivi archéologique. Du côté de la nef, des panneaux interdisent l’accès et la vue ; il a pu cependant entrevoir une pelle mécanique qui soulevait le dallage de cette partie de l’édifice et qui faisait des creusements. Il a pu voir par ailleurs que, sous la tribune des chanoines, le banc d’œuvre a été enlevé, ainsi que l’enduit qui le recouvrait, le bas du mur restant à nu et laissant apparaître l’appareil de grosses briques de 6-7 cm d’épaisseur. Il se demande alors si de nouvelles fouilles vont être effectuées et ignore quel architecte en chef est en charge des travaux. Il regrette que ceux-ci se fassent sans aucune explication pour le public, pas plus qu’il y en a eu à l’église du Taur.

La Présidente donne ensuite la parole à Louis Peyrusse pour une communication courte intitulée Saint Jérôme et les Romains fugitifs par Louis Boulanger (1855).

Elle remercie notre confrère pour cette communication fort intéressante et reconnaît avoir été passionnée par le développement de cette iconographie extraordinaire. Elle se demande cependant qui était à même, à l’époque, de comprendre le message de soutien à son grand ami exilé. Louis Peyrusse répond : « uniquement ceux qui étaient initiés à la lecture de Chateaubriand ». Cette œuvre mériterait d’être restaurée et mieux considérée, reprend Virginie Czerniak. Louis Peyrusse se propose d’envoyer son à Mme Saint-Martin, CAOA de l’Ariège, ainsi qu’à la mairie de Foix. Il précise que ce tableau, de très grandes dimensions, appartient à la Ville de Foix et qu’il est classé Monument Historique depuis 1913. Daniel Cazes voudrait savoir quelles sont les deux autres toiles de grand format qui se trouvent à côté du tableau de Louis Boulanger sur le mur de l’église. Louis Peyrusse répond que la première toile présente Jésus et la Samaritaine, alors que la Pêche miraculeuse figure sur la seconde. Plus loin, on trouve également un tableau du XVIIIe siècle du peintre toulousain Fauré qui représente la Pentecôte. Il y a enfin une Arrivée de Charles Quint au monastère de Yuste. L’ensemble ne montre pas de réelle cohérence iconographique ; les toiles ont cependant plus ou moins le même format. Bruno Tollon est intéressé par le nombre de femmes au premier plan. Selon Louis Peyrusse, il faut repartir des œuvres de David et de la plupart de ses contemporains (Peyron…). Mais la source première est sans doute à trouver chez David (l’Enlèvement des Sabines par exemple). Pierre Garrigou Grandchamp est étonné par ce caractère « caméléon » pour un peintre qui a de grands talents d’expression et qui va chercher son inspiration chez différents grands maîtres, selon les moments, selon les sujets avec quelques réussites (cf. le néo-Véronèse). Louis Peyrusse répond que l’on peut avoir du génie à vingt ans, mais plus par la suite. C’est vrai pour Louis Boulanger, mais aussi pour Dévéria et Nanteuil. La figure dominante étant Thomas Couture à ce moment-là. Il fallait bien vivre de son art. Il faut aussi tenir compte de l’éclectisme du XIXe siècle. Les images du romantisme frénétique n’ont pu avoir de succès qu’un certain temps. La résurgence du romantisme incarnée par Gustave Doré rapporte peu puisque celui-ci vend des dessins à des graveurs sur bois et tire l’essentiel de ses profits de l’édition. Louis Peyrusse rappelle que les évolutions du XIXe siècle sont extrêmement rapides. Pierre Garrigou Grandchamp note un décalage entre la peinture et les grands mouvements architecturaux puisque le Gothic revival commence en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle et en France à la fin de la Restauration dans les années 1830 ; il semble durer jusqu’au Second Empire. Louis Peyrusse ajoute que l’architecture civile accuse aussi l’éclectisme avec l’adoption du style néoclassique ou néo-Renaissance. La peinture n’échappe pas à cette espèce de kaléidoscope des possibles. C’est un siècle qui s’est tellement projeté sur l’Histoire qu’il a voulu tout y prendre.

La Présidente laisse la parole à Louis Peyrusse pour sa seconde communication courte, Quelques remarques sur les publications de la SAMF.

Elle remercie notre confrère pour cette synthèse très intéressante sur l’évolution de nos publications depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Elle note que la Société a eu le titre « d’Impériale » et de « Royale » au XIXe siècle. Elle remarque ensuite que l’intérêt de la Société pour le Moyen Âge et l’Époque moderne est resté constant des origines à nos jours. Louis Peyrusse précise qu’avant 1870, l’architecture moderne n’existait pas, alors que les publications se multipliaient pour la Renaissance.
Virginie Czerniak remercie notre confrère pour cette synthèse qui va nous être fort utile pour la préparation du bicentenaire.

La Présidente souhaite un bel été à tous les membres présents et leur donne rendez-vous au mois d’octobre pour la prochaine année académique.

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Séance du 20 mai 2025

Communication longue de Christian Mange.

Cette communication intitulée « L’oeuvre de Bernard Benezet à Notre-Dame du Taur : les derniers feux du Gothic revival » éclaire, à partir de sources inédites (graphiques et manuscrites), les trois peintures que l’artiste toulousain, une référence en matière d’art religieux, réalise sur ces murs prestigieux en 1870, 1882, 1884. Sera abordé, avec les problématiques iconographiques et stylistiques de l’art sacré du second XIXe siècle, l’historique d’un décor monumental qui a suscité en son temps de vives controverses. La restauration actuelle menée par la municipalité toulousaine permet enfin de redécouvrir l’oeuvre de Benezet sous son meilleur jour.


Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Fournié, Merlet-Bagneris, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Mange, Penent, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, Testard, Tollon, membres titulaires ; MM. Imbert, Kerambloch, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Haruna-Czaplicki, Ledru, Rolland Fabre, MM. Dubois, Garrigou Grandchamp, Péligry, Terrasson.
Invitée : Mme Catherine Gaich, CRMH.

La Présidente ouvre la séance et salue l’invitée du jour, Madame Catherine Gaich. Puis elle signale aux membres que le programme de la séance du 3 juin reste, à ce jour, incertain. Dans la continuité de la communication du jour sur les peintures de Notre-Dame-du-Taur, notre Présidente souhaite organiser une visite de l’édifice en présence des restaurateurs. Le rendez-vous n’a pas encore été confirmé. Si la rencontre ne pouvait se dérouler le 3 juin à 17 h, la séance serait dédiée à la Commission du Bicentenaire. La visite des restaurations de Notre-Dame-du-Taur pourrait alors être proposée en dehors des horaires habituels des séances. Les membres seront informés par message électronique.
La Présidente rappelle ensuite que notre journée foraine est programmée le 21 juin. Nous visiterons le matin Saint-Cirq-Lapopie en compagnie de Patrice Foissac et Gilles Séraphin, l’après-midi nous nous rendrons à Pech-Merle pour une visite privative des grottes. Les membres souhaitant participer à cette sortie sont invités à s’inscrire auprès de la Présidente.
Après ces informations diverses, la parole est donnée à Christian Mange pour une communication longue intitulée : L’œuvre de Bernard Benezet à Notre-Dame-du-Taur : les derniers feux du « Gothic revival ».
La Présidente remercie notre confrère pour sa communication passionnante et richement illustrée puis elle demande : lorsque le décor des XVIIe-XVIIIe siècles est détruit, d’autres traces de peintures médiévales sont-elles relevées ? Virginie Czerniak précise qu’aucune étude stratigraphique n’ayant été effectuée, la question se pose en effet de l’existence d’autres peintures, outre le Liber generationis sur le mur sud. Christian Mange explique avoir consulté deux registres, l’un datant de 1802-1829, l’autre couvrant les années 1880-1970. Ainsi, il existe une lacune pour le milieu du siècle. La lecture du registre des années 1870 aurait particulièrement intéressé notre confrère pour saisir les polémiques autour de la « dérestauration ». Le cas de ce décor est révélateur des mentalités du XIXe siècle et de la relation, paradoxale, entretenue  en particulier par les néo-gothiques  avec l’art médiéval, note Virginie Czerniak. Elle développe : ils ne souhaitent pas conserver les peintures médiévales car ce n’est pas la valeur archéologique qui les intéresse, mais l’aspect esthétique. Or, les peintures du XIVe siècle ne s’accordent pas avec le programme décoratif d’ensemble. La Présidente souligne le paradoxe des acteurs du chantier : ils font du néo-gothique, mais les seules vraies œuvres gothiques sont dissimulées à la vue. Une attitude similaire est observée, dans les mêmes années 1870, à la cathédrale de Cahors. Lorsque Cyprien Calmon met au jour les peintures médiévales, l’évêque de Cahors lui demande de les restaurer. L’artiste les repeint mais ne traite que les scènes encore en bon état. Quand il découvre deux scènes lacunaires, il les fait disparaître en les remplaçant par des créations ex nihilo. L’intérêt pour la peinture médiévale est donc bien uniquement esthétique, aucunement historique ou archéologique, résume Virginie Czerniak.
Bernard Sournia souhaite connaître la technique employée par Bernard Benezet : peinture à l’huile ou détrempe ? Christian Mange précise qu’il s’agit de peintures à l’huile. Les restaurateurs ont identifié une stratigraphie constituée d’une première couche appliquée sur les briques, puis d’une couche de couleur jaune, enfin des peintures à l’huile et des feuilles d’or.
Bernard Sournia relève, parmi les réminiscences de composition, la reprise fidèle de la posture de Nostre Dame de Grasse pour la figure de la Vierge à l’enfant.
Parmi les références artistiques repérées, Virginie Czerniak mentionne le fond de la scène de La mort de saint Joseph qui reprend, de façon stylisée, le fond d’enluminures du XIVe siècle. Louis Peyrusse ajoute que le lit à l’antique est rigoureusement identique à celui du tableau d’Ingres La maladie d’Antiochus, dont même la lampe à huile sur trépied est reprise. Benezet se nourrit de divers modèles, d’autant plus qu’il est en début de carrière, appuie Christian Mange. Louis Peyrusse note que cette composition est toutefois une nouveauté dans l’iconographie de la mort de saint Joseph. La présence du Christ, spectaculairement mis en valeur, se démarque des représentations connues habituellement dans l’art de cette période.
Au sujet de la présence de saint Saturnin dans l’église du Taur, Louis Peyrusse rappelle qu’il a longtemps été enseigné  plusieurs membres peuvent en témoigner  que la première tombe du saint se trouvait au Taur. Cela explique le texte rédigé par Marcel Durliat et visé par Michel Labrousse demandant des fouilles, lesquelles n’ont guère produit de résultat. Le travail de relecture des sources mené par Jean-Luc Boudartchouk a totalement renversé la légende autour de la première sépulture de l’évêque (MSAMF, Tome LIV, 1994).
Par ailleurs, Louis Peyrusse se dit surpris par le très faible montant de paiement du peintre : la somme de 10 000 francs or pour un travail d’une telle ampleur paraît peu. Notre confrère cite, pour mémoire et en guise de comparaison, l’étude de Marguerite Perrot sur « Le mode de vie des familles bourgeoises » (parue en 1961). L’auteur avait établi que le mode de vie bourgeois se fondait sur les critères suivants : avoir fait des études, avoir des domestiques, vivre « bourgeoisement », enfin avoir un revenu minimum de 2 500 francs par an, le « bon » niveau étant à 5 000 francs. Ainsi, la somme obtenue par Benezet pour le mur extraordinaire de l’église du Taur correspond à deux années de revenus pour une famille bourgeoise ; c’est peu payé et le montant est encore plus faible pour le décor des deux travées. Autrement dit, le peintre demandait très peu d’argent, conclut notre confrère. Christian Mange explique que le peintre a beaucoup produit. En même temps qu’à Notre-Dame-du-Taur, il travaille sur d’autres chantiers. En 1874, il participe au décor du Castel-Gesta puis œuvre à Pamiers, signale notre confrère. Il dispose donc de revenus réguliers. Il vend  en quantité  des cartons à Louis-Victor Gesta pour 150 francs. Par ailleurs, Bernard Benezet le disait lui-même, il a toujours fait des « cadeaux » concernant les peintures religieuses. À partir d’un prix fixé, il lui arrivait souvent d’effectuer une remise de 500 francs pour la dernière peinture ou d’offrir un tableau supplémentaire au commanditaire. Le peintre avait le souci de ne pas grever le budget des paroisses. Guy Ahlsell de Toulza souhaite savoir si le budget pour le cycle pictural de l’église Saint-Nicolas est connu. Christian Mange répond par la négative.
Michelle Fournié aborde l’objectif de Bernard Benezet, d’entériner, à travers sa composition centrale, la légende de Saint-Sernin du Taur comme première sépulture de saint Saturnin. Ainsi qu’elle l’a écrit dans un article de nos Mémoires (MSAMF, t. XXV, 2015, p. 85-105), notre consœur pense avoir identifié « l’auteur » de cette légende dans un procès concernant l’église du Taur en 1475-1478. À cette date, le curé du Taur, qui est pensionné par l’abbé de Saint-Sernin, estime qu’il ne reçoit pas assez d’argent et prend un avocat pour exiger une augmentation de la pension versée par l’abbé. Ses prédécesseurs avaient déjà entamé cette procédure. L’avocat du curé du Taur est Bernard Lauret, le Premier président du Parlement. Ce notable, extrêmement cultivé, va s’appuyer sur la Passion de saint Saturnin et la vie de saint Exupère afin d’obtenir gain de cause. Ainsi, pour faire gagner son client il essaye de démontrer que l’église du Taur est antérieure à l’église Saint-Sernin. Il fonde cette antériorité sur la légende qu’il invente de l’église Saint-Sernin du Taur comme première sépulture de saint Saturnin. Ce juriste prestigieux et érudit de la fin du XVe siècle est donc vraisemblablement l’auteur (ou le récupérateur) d’une légende persistante !
Michelle Fournié s’interroge ensuite sur la chapelle de la Vierge située entre les deux absidioles du chevet et que notre confrère annonce datée fin du XIXe-début du XXe siècle. Or elle garde le souvenir de s’être rendue, avec nos consœurs et confrères, dans un espace situé derrière le panneau d’exposition de la Vierge du Rempart. Derrière la grille, ils avaient pu observer une voûte que Jean-François Peiré avait photographiée. En passant par la grille qui se trouvait sous ce panneau, ils avaient pu observer une chapelle voûtée que Jean-François Peiré avait photographiée. Tous les membres présents étaient alors d’accord pour dater cette voûte de la fin du XIVe siècle notamment d’après les culs de lampe. Cette datation semble remise en question d’après le travail des restaurateurs que vient de nous exposer Christian Mange. Notre consœur indique qu’à cet endroit, de la fin de l’année 1392 et jusqu’en 1396, était déposé le Suaire de Cadouin. La clef de voûte de cet espace (précédant la chapelle axiale) porte les armes de l’abbé de Cadouin. La Présidente fait remarquer que si le XIXe siècle copie le XIVe, la distinction est difficile, particulièrement en l’absence de sources graphiques. Michelle Fournié constate qu’il faudra faire la lumière sur la datation de la chapelle axiale qui est soit médiévale, soit remarquablement imitée.
Puis Louis Peyrusse évoque les discussions autour de l’unité de style du décor et la position de l’abbé Carrière. Notre ancien Président rappelle qu’à cette époque la SAMF s’opposait fermement à Viollet-le-Duc. En effet, au début des années 1870, l’abbé Carrière critiquait vivement l’architecte pour la restauration de Saint-Sernin.
Guy Ahlsell de Toulza remarque que le chantier de Notre-Dame-du-Taur intervient seulement dix ans après celui de Notre-Dame-du-Bourg de Rabastens où travaille Joseph Engalières. Pourtant les partis pris sont à l’opposé. À Rabastens, sur demande du préfet, il est prévu de recouvrir les voûtes d’un fond bleu parsemé d’étoiles avant que ne soient découverts des fragments de peintures médiévales. Raymond de Toulouse-Lautrec qui habite à proximité fait un état des lieux qu’il envoie au Bulletin monumental. Finalement, au lieu des peintures « à la moderne » envisagées, il est décidé de poursuivre la découverte des peintures du XIVe siècle et de les restaurer. Les repeints sont importants : Engalières a systématiquement recouvert les manques à la manière des peintures conservées. Notre Trésorier met en exergue l’extraordinaire différence entre le travail effectué par Engalières à Toulouse où il peint à la manière de Benezet alors que, dix ans plus tôt à Rabastens, il s’inscrivait dans le style du XIVe siècle. Notre confrère nuance cependant : les deux visions opposées dépendent également des fabriques ou des commanditaires. Il mentionne ensuite le rôle des ateliers. À Notre-Dame-du-Taur, les visages  de belle qualité  ont probablement été réalisés par Benezet et le reste par les assistants. L’importance et la durée du chantier ont dû requérir un atelier important. Or, à Rabastens, la présence de nombreux participants aux côtés d’Engalières est attestée.
La Présidente souhaite savoir si des archives de Benezet sont conservées, notamment pour éclairer sur l’existence d’un atelier. Christian Mange répond par la négative ; les seules sources disponibles sont les fonds graphiques du Musée du Vieux-Toulouse et du Musée Paul-Dupuy. Aucun document déposé aux Archives Nationales ne fournit d’informations sur cette question.
Puis Louis Peyrusse revient sur l’analyse de la composition, originale, adoptée par Benezet pour le martyre de saint Saturnin. Notre confrère est dubitatif quant à l’interprétation avancée par Christian Mange du vide visible au centre. Il justifie son point de vue : avant la récente restauration, en entrant dans l’église, il n’était pas possible de discerner le cadavre du saint évêque. Louis Peyrusse souligne l’intérêt de cette composition et la capacité d’invention de l’artiste. Le choix de préserver ce vide entre les deux registres apparaît révolutionnaire pour un peintre tel que Benezet, pétri de traditions et d’héritages. Virginie Czerniak constate la modernité de l’œuvre et ajoute : la représentation de la croix avec la palme du martyre est très forte, elle positionne Saturnin au même titre que le Christ. La manière dont Benezet traite la muraille à l’arrière-plan, quasiment effacée et réduite à un trait, marque la grande originalité du peintre, relève Louis Peyrusse.
Françoise Merlet-Bagnéris, songeant aux exécutants qui ont pu aider Benezet, mentionne les peintures de Gabriel Beringuier dans l’église d’Ayguesvives, dans le Lauragais. Elles représentent l’histoire du martyre de saint Saturnin avec des scènes de prédication de grande qualité et des visages finement dessinés. La série, située au-dessus de boiseries d’environ deux mètres de haut, est faite pour être vue de face. Notre consœur ajoute que Beringuier aurait été un élève de Benezet. Louis Peyrusse contredit cette assertion. Françoise Merlet-Bagnéris signale que les notices la revendiquent ; l’information est donc à vérifier. Elle ajoute que la proximité de la commune du Mas-Saintes-Puelles est intéressante historiquement.
Daniel Cazes porte son attention sur les archives de l’église du Taur. Des documents ne sont-ils pas conservés aux archives des Monuments Historiques ? demande-t-il. Notre confrère se souvient en effet avoir consulté un dossier sur l’édifice comprenant des photographies anciennes. Christian Mange s’est rendu à Paris pour dépouiller ce dossier mais n’a rien trouvé de probant. Il a néanmoins pu trouver dans le dossier Anatole de Baudot deux dessins inédits de Benezet mal répertoriés (montrés au cours de la communication).
Daniel Cazes se dit frappé par le chromatisme magnifique dévoilé par la restauration et pense aux écrits théoriques produits par Benezet. Le peintre a tenté une « Histoire de l’art médiéval » et donné beaucoup d’importance aux primitifs italiens et à la peinture giottesque ; il semble mettre cela en pratique dans son art, remarque notre confrère. Selon lui, une comparaison personnage par personnage avec des peintures de Giotto ou giottesques permettrait de retrouver de nombreuses sources. Le lien est évident, tant dans la manière de composer des draperies que dans le chromatisme. Par ailleurs, le goût de Benezet pour les détails lui vient sans doute de sa passion pour l’art médiéval, poursuit Daniel Cazes. Louis Peyrusse nuance : il n’y a pas de souvenirs précis de l’art médiéval, cette référence est fondue avec un idéal Renaissance qui crée un style à part.
À propos des critiques sur la dérestauration, Louis Peyrusse note que l’estampe (gravée par Adlard d’après un dessin de Thomas Allom vers 1847) montre que ce qui a été détruit était un décor : au mieux du stuc, peut-être de la peinture. Christian Mange est d’accord mais souligne que les vingt figures peintes par Théodore Chrétien ont toutefois été sacrifiées. Louis Peyrusse argumente : ces figures de deux mètres de haut inscrites dans un « décor de théâtre » ne devaient plus être du goût de l’époque. Les partisans de la dérestauration devaient considérer que ce cadre n’était pas digne de l’église du saint martyr.
La Présidente s’intéresse aux figures en terre cuite du XIXe siècle conservées dans la chapelle haute : ont-elles été produites par la manufacture Virebent ? Aucune information n’est connue à leur sujet, explique Christian Mange. Virginie Czerniak regrette que cette chapelle n’ait pas été intégrée à la campagne de restauration. Les statues ne craignent rien en l’état, constate notre Trésorier. Olivier Testard indique le contraire. Il rappelle que la façade est en pan de bois, à côté se trouvait le local des scouts qui a été supprimé. Il se souvient que la zone inférieure était attaquée ; l’état actuel serait à vérifier. D’ailleurs sur la photographie projetée, une fissure est nettement visible.

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Séance du 6 mai 2025

Communication courte d’Étienne Lallau, Le palais de Via à Cahors : un nouveau regard sur un complexe aristocratique urbain du XIVe siècle.

Le palais de Via à Cahors incarne sans doute le complexe palatial urbain médiéval le plus visible dans la topographie cadurcienne actuelle, mais il reste paradoxalement très mal connu. Ce constat est essentiellement lié à la vocation carcérale continue du site de l’Ancien Régime jusqu’en 2012, gênant considérablement l’accès aux chercheurs. Dans le cadre d’un projet de réhabilitation de l’ensemble de cet îlot, un premier diagnostic archéologique a été mené en 2024 par la Cellule départementale d’archéologie du Lot. Les premiers résultats de cette étude permettent d’ores et déjà de revenir sur l’agencement originel de ce palais du XIVe siècle.


Crédit Photo. Vue de l’ancienne maison d’arrêt, ex palais de via, par drone depuis le sud-est en 2024. Cliché ICADE.

Communication courte de Gilles Séraphin, Architecture romane en Aquitaine orientale : quelques jalons chronologiques.
L’an de l’incarnation 1166, un habitant du pays ; étant à ses derniers instants, commanda aux siens, sans doute par une inspiration de Dieu, d’ensevelir son cadavre à l’entrée de l’oratoire. En creusant la terre on trouva le corps d’Amadour bien conservé ; on le plaça dans l’église, près de l’autel, et on le montre, ainsi intact, aux pèlerins. Là se font par la bienheureuse Marie, de miracles sans nombre et jusque-là inouïs.
Robert de Torigny, 1183, d’après le récit du pèlerinage du roi Henri II Plantagenêt en 1170 : terminus post quem ?

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Watin-Grandchamp, MM. Catalo, Cazes, Mange, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Charrier, MM. Depeyrot, Kerambloch, Lallau, Séraphin, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Rolland Fabre ; MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Peligry, Sournia, Terrasson.

La Présidente ouvre la séance et accueille Étienne Lallau, responsable de la cellule archéologique du Lot, et élu récemment membre correspondant de notre Société. Elle fait ensuite passer parmi les membres la dernière publication de Gilles Séraphin portant sur les agrias (papillons), qu’il interprète comme « un livre d’archéologie dans les collections du Museum d’histoire naturelle », thème sur lequel il a travaillé vingt années durant (Gilles Séraphin, Les agrias. Révision systématique, 2025).

Virginie Czerniak donne ensuite la parole à Étienne Lallau pour la première communication courte de ce jour, Le palais de Via à Cahors : un nouveau regard sur un complexe aristocratique urbain du XIVe siècle.

La Présidente remercie notre confrère pour cette communication passionnante et demande : si la maison Bescombes date du XIIIe siècle, qu’en est-il de la maison Claret ? Étienne Lallau confirme que la maison Bescombes daterait probablement du XIIIe siècle mais qu’il ne dispose d’aucune information pour la maison Claret. En l’absence de fouilles qui permettraient de vérifier les liaisons entre les deux édifices, il est impossible de dire si celle-ci-ci a été englobée dans la structure du palais. Notre Présidente demande encore si à l’heure actuelle notre confrère est en attente de nouvelles prescriptions sur le palais de Via. À ce stade, répond Étienne Lallau, une prescription de fouille semble être à l’étude, les travaux vont forcément toucher des zones situées en dehors des sondages de diagnostic qu’il vient d’effectuer et la réhabilitation programmée des bâtiments devrait donner lieu à des analyses de bâti. Notre confrère n’est pas en mesure d’en dire plus pour l’instant. Notre Présidente lui demande encore s’il a des précisions quant au projet final. Étienne Lallau a eu connaissance d’un premier projet définissant un ensemble multipôles avec des crèches et des ascenseurs reliant le haut et le bas de la ville, des espaces de restauration sur la rue du Château-du-Roi et un hôtel de luxe avec piscine, mais ce dernier a semble-t-il évolué (sans qu’il n’en connaisse le détail). Il rappelle ensuite que la problématique du palais de Via est particulièrement intéressante et mérite plus de recherches puisqu’on ne dispose que de peu de sources sur la période comprise entre le XIVe siècle et le XVIIIe, et que les sondages ont mis au jour des murs qui sont encore difficiles à interpréter. Enfin, des niveaux de sol restent à trouver. Par ailleurs, tout ce qui relève de l’archéologie carcérale ne manque pas d’intérêt puisque la prison a été désaffectée en 2012 après avoir occupé les lieux pendant 200 ans ; il lui paraît difficile de faire l’impasse sur cette partie de l’histoire du monument. Gilles Séraphin se souvient d’avoir participé au diagnostic patrimonial qui a précédé le projet sans avoir d’informations précises sur celui-ci. Il voudrait rappeler ensuite que de nombreux vestiges des aménagements de la prison au début du XIXe siècle subsistent : menuiseries et serrureries, graffiti des années 1830-40 dans les cellules des condamnés à mort. Ce patrimoine est aujourd’hui dans un état de conservation exceptionnel avec non seulement la menuiserie et le second œuvre encore en place, le carrelage et les sols, mais également tout un ensemble de salles voûtées d’arêtes. Là encore, il n’y a pas d’informations sur le devenir de cet ensemble. Il pense enfin que l’économie générale d’un complexe hôtelier serait particulièrement destructrice pour ce genre d’édifice.
Anaïs Charrier fait remarquer que le permis de construire peut faire l’objet de modifications puisque le nouvel architecte en chef, Lionel Motin, semble avoir la volonté de faire évoluer le projet.
Étienne Lallau précise que la Ville de Cahors est actuellement propriétaire du bâtiment mais qu’elle aimerait bien s’en débarrasser car le coût des travaux est particulièrement lourd, sans compter l’entretien et la dangerosité de laisser un tel édifice se dégrader. Il semble par ailleurs que la salle découverte sous le jardin puisse vraisemblablement être intégrée au projet ; il faudra cependant la vider, peut-être à la main, car il ne sera sans doute pas possible d’y faire entrer une pelle mécanique. Gilles Séraphin propose que la SAMF demande à la Mairie de Cahors de visiter les lieux. Étienne Lallau se souvient de ce que la Société des études du Lot a obtenu de la Mairie l’autorisation de visiter l’édifice en août, il nous sera donc possible de le rappeler en sollicitant d’aller sur les lieux.
Notre Trésorier rappelle que la SAMF, alertée par notre confrère Maurice Scellès, avait déjà écrit plusieurs lettres à la Mairie de Cahors et au Préfet, au sujet du Palais de Via. Daniel Cazes se souvient également de ce qu’une fois la prison fermée, l’État voulait céder l’édifice. Après plusieurs courriers, nous avons été dirigés vers l’organisme « France domaine », qui a pour mission de vendre les propriétés de l’État. Le Préfet nous avait également dirigés vers le Département et la Ville susceptibles de reprendre le bâtiment. Dans sa réponse à notre courrier, le Maire de Cahors nous avait alors assurés être conscient de l’intérêt du palais et nous promettait de veiller à ce qu’il reste visitable quel que soit le projet.
Louis Peyrusse demande quel parti tirer du patrimoine carcéral. Étienne Lallau précise qu’il a entamé une étude à partir des projets et des plans qu’il a pu trouver aux Archives départementales et nationales. Celle-ci n’est pas totalement exhaustive, puisqu’il lui reste à consulter les archives du ministère de l’Intérieur et de la Justice, mais promet déjà d’être particulièrement intéressante (cf. les deux prochains numéros du BSEL). Selon lui, le grand volume du bâtiment sur rue de la Maison d’arrêt est par exemple tout à fait réhabilitable en espace d’exposition ou dédié aux associations ; pour lui, les possibilités sont nombreuses. Il rappelle le cas de Fontevrault, où la fonction de prison est mise en valeur dans plusieurs salles. Gilles Séraphin craint que l’on soit dans la situation où le bâtiment devra s’adapter au programme et non l’inverse. Il conçoit qu’il y a une réflexion difficile à mener pour adapter les programmes à la valeur patrimoniale de l’édifice. La Ville de Perpignan a réussi ce pari pour l’ancienne prison Sainte-Claire qui accueille chaque année l’exposition « Visa pour l’image » dans un cadre carcéral laissé brut. Cet exemple montre qu’il y a des programmes minimalistes permettant la conservation de ce type de patrimoine. L’ancienne prison de Perpignan englobe également une chapelle (datée par dendrochronologie de 1502-1503) et un ancien couvent du XIVe siècle. La situation du palais de Via est celle que dénonçait Victor Hugo, qui considérait qu’un bâtiment ne pouvait être conservé uniquement pour sa valeur patrimoniale. On doit donc lui trouver une utilité, qui est souvent la cause de sa destruction. Nous sommes en 2025 dans la situation dénoncée au XIXe siècle par Victor Hugo, sans que l’on sache comment s’en sortir. Enfin, pour en avoir parlé personnellement avec le Maire actuel de Cahors, Gilles Séraphin est sûr que l’édifice ne sera pas visitable.
Daniel Cazes se dit étonné que ni l’État, ni le Département, ni la Ville n’aient eu envie de chercher une fonction patrimoniale et culturelle pour ce bâtiment car on trouverait de nombreux exemples de projets similaires réussis. Il pense en particulier à la Livrée avignonnaise du cardinal Ceccano où la Mairie a installé la médiathèque tout en permettant la visite. À Pampelune encore, le château des rois de Navarre, fouillé et restauré accueille aujourd’hui les Archives de la Navarre.
Dominique Watin-Grandchamp rappelle qu’il existe une correspondance administrative (documentation publique) qui est adjointe au dossier de protection des Monuments Historiques, inscription et classement. Il y a donc dans ce dossier l’évocation des différents projets envisagés.
Il y a de nombreux édifices dont la Mairie de Cahors doit se charger dit Anaïs Charrier, qui rappelle que le Pont Valentré a un besoin urgent de très gros travaux ainsi que les églises Sainte-Urcisse et Saint-Barthélemy, et que les finances publiques ont tendance à baisser. Elle partage avec nos confrères tout ce qui a été dit sur le palais de Via mais se met à la place des élus : comment trouver les financements nécessaires ? Gilles Séraphin pense que le projet devrait coûter plus de 10 millions d’euros, ce qui peut en effet faire réfléchir, voire reculer. Étienne Lallau comprend également que ce projet risque de coûter cher et que la Mairie désire se désengager. Comme il l’avait dit lors d’une réunion qui s’était tenu à la DRAC pour discuter du devenir du palais de Via, Gilles Séraphin pense qu’à partir du moment où les toitures sont réparées et les ouvertures rendues hermétiques, on peut prendre le temps de faire les travaux. On peut commencer par exemple par restaurer les cellules carcérales près de l’entrée, qui n’ont besoin que d’une couche de peinture, puis se donner le temps de réfléchir. Malheureusement, cette proposition n’avait pas été jugée réaliste à l’occasion de cette réunion. Étienne Lallau ajoute que le Département, ayant subi une réduction budgétaire de 20 millions, ne peut s’engager dans un tel projet.
La Présidente demande si le bâtiment est en danger. Il faudrait consolider les souches de cheminées, renforcer les escaliers en bois et interdire l’accès aux pigeons, selon Étienne Lallau. Il ajoute qu’il serait d’accord avec tout projet consensuel qui prendrait aussi bien en compte l’aspect économique, urbain et patrimonial.
Notre Trésorier demande si les cellules carcérales sont également classées. C’est le cas, répondent nos confrères lotois. Guy Ahlsell de Toulza n’a pas vu par ailleurs la circulation verticale de la tour dans la coupe qui a été présentée. Celle-ci a disparu répond Étienne Lallau ; si les premiers niveaux étaient accessibles par les bâtiments voisins, on a perdu la trace des degrés médiévaux pour les niveaux supérieurs. On peut cependant s’appuyer sur le système de circulation de la prison qui est toujours en état.
Dominique Watin Grandchamp demande ce qu’il en est d’une éventuelle chapelle. Étienne Lallau répond qu’il existe bien une chapelle carcérale mais que l’on ignore ce qu’il en est de celle du palais médiéval. S’agissait-il d’une chapelle ou d’un simple oratoire ? Dominique Watin-Grandchamp pensait la trouver dans la tour, mais n’a rien trouvé qui permette de l’identifier. Elle se demandait par ailleurs si la rue de Via n’avait pas été privatisée pour le palais puisque de nombreuses ouvertures donnaient sur cette voie et que la façade était équipée ici de niches à luminaires. Elle débouche par ailleurs sur les quais d’un côté et il ne semble pas y avoir d’accès de l’autre côté. La chose est à étudier de plus près, répond Étienne Lallau, quant aux niches, nous sommes peu convaincus qu’elles aient effectivement abrité des luminaires ; elles avaient peut-être une vocation esthétique, mais d’autres interprétations sont possibles.
Virginie Czerniak remercie notre confrère et propose donc aux membres de programmer une sortie à Cahors en octobre, au début de la prochaine année académique. Elle enverra un courrier à la Mairie et demande à Étienne Lallau de nous faire visiter le site à cette occasion.

Puis elle donne la parole à Gilles Séraphin pour la seconde communication courte de ce jour intitulée : Architecture romane en Aquitaine orientale : quelques jalons chronologiques.

La Présidente remercie notre confrère et le rejoint lorsqu’il dit que chaque chercheur pose son jalon. Elle se dit cependant gênée par les conclusions qu’il tire sur les sculptures du portail de Moissac. Pour elle, cette sculpture est très proche stylistiquement des peintures de l’Ange de la Résurrection et du Noli me tangere de Saint-Sernin de Toulouse (étudiées par Natacha Piano) datées par une inscription de 1119. La position du Christ, le traitement de ses cheveux évoquent la représentation du Jérémie de Moissac. Les éléments stylistiques corroborent donc la datation donnée pour le portail de Moissac. Gilles Séraphin pense que la chose peut être discutée. En effet, le sculpteur ou le commanditaire ont pu avoir vu les peintures. S’il s’agissait de deux sculptures, on aurait pu comparer les outils et les manières de tailler, mais comparer une peinture et une sculpture lui paraît plus difficile. Par ailleurs, il n’a pas fait l’étude du portail sculpté de Moissac, où il y a selon lui deux sculpteurs très différents. Pour lui, le tympan n’est pas contemporain du trumeau, du porche et de l’encadrement du portail. La césure entre les deux ensembles lui apparaît nettement, mais on ne peut pas dire combien de temps sépare leur exécution. Comme les anciens chercheurs l’ont dit, le portail était à l’Ouest dans un premier temps ; l’analyse archéologique de la tour-porche l’a d’ailleurs clairement montré. Il a donc été déplacé dans un second temps au Sud et réassorti avec de nouvelles pierres sculptées dont le style est très proche de celles conservées à Souillac. Mais l’artiste qui a effectué le trumeau n’est pas celui qui a sculpté le tympan, que notre confrère serait tout à fait d’accord pour dater des années 1130. Cependant, on peut voir clairement que le porche sud a été repercé, face à l’axe principal de la ville, probablement au moment de la création du consulat (comme l’est le portail nord de la cathédrale de Cahors), dans les années 1170-80, alors que l’on bâtissait la file de coupoles (selon le projet des architectes d’Henri II Plantagenêt, ce mode de couvrement étant emblématique de ce souverain).
Louis Peyrusse est admiratif devant cette démonstration, mais ne croit pas que l’on puisse déduire des dates d’une logique formelle. Gilles Séraphin répond que c’est là le travail de l’archéologie. Virginie Czerniak ajoute que la pérennité de certaines formes nous échappe totalement, ainsi que les effets de mode qui reviennent. Pourtant, reprend notre confrère, cette proposition d’analyse résout un problème auquel Marcel Durliat n’avait pas trouvé de solution, à savoir le hiatus chronologique entre la nef à file de coupoles (qui est restée inachevée) et le porche. Le point de contact entre les deux campagnes n’avait pas été trouvé jusqu’à la campagne de fouille de 2010 effectuée par Quitterie Cazes, qui a montré que les deux structures avaient été construites ensemble. Donc soit tout est de 1115-1120, soit tout est de 1180. Pour avoir fait le tour des études sur les édifices à file de coupoles, Gilles Séraphin n’en connaît aucune bâtie au début du XIIe siècle. Enfin, la construction des églises à file de coupoles de l’Aquitaine orientale semblent coïncider avec le périple d’Henri II. Dominique Watin-Grandchamp et Louis Peyrusse lui font remarquer que le souverain n’est ni le commanditaire ni le constructeur de ces églises. Gilles Séraphin précise à ce propos, qu’en renvoyant les maçons d’Henri II à la suite du meurtre de Thomas Beckett, l’abbé de Grandmont a néanmoins témoigné du fait que le roi d’Angleterre dépêchait bien ses équipes sur de grands chantiers emblématiques.
Daniel Cazes se souvient de la journée qu’il avait passée avec notre confrère dans le porche de l’église de Moissac, accompagnés de Quitterie Cazes et d’Henri Pradalier. Si le groupe n’avait pas été convaincu par la datation du portail qu’il avait donnée, tout le monde était tombé d’accord sur l’étrange disposition de ce portail qui n’est pas axé sur le bâtiment, ce qui donne des arguments pour le démontage et le remontage. Ce qui est également étrange, c’est que l’histoire des bâtiments de l’abbaye est marquée par d’incessantes reconstructions mettant en cause ce qui avait été déjà fait. Le cloître, également étudié par notre confrère, en est un bel exemple, puisqu’il a fallu démolir une galerie pour construire l’église. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est un cas complexe dont on n’a pas encore fini de parler. Mais Daniel Cazes croit néanmoins à l’antériorité du portail car l’histoire de la sculpture romane donne la position de ce portail, qui est forcément antérieur aux années 1180.
Gilles Séraphin rappelle que Marcel Durliat avait supposé que la tour-clocher primitive avait été détachée de la nef du XIe siècle car il y avait un vide de 2,50 m entre les deux. Il pensait par ailleurs qu’en 1130 on avait construit une nouvelle tour-clocher, collée ou pas à la nef du XIe siècle. Mais quand on commence à construire la nef à file de coupoles, on rechemise la tour-clocher pour lier les constructions. Curieusement, l’ornementation de la tour à l’étage est tournée vers l’Ouest, alors que celle du rez-de-chaussée a été tournée vers le Sud. Par ailleurs, on ne trouve de marques lapidaires qu’à l’étage. Si on perçoit bien la tour du début du XIIe siècle à l’étage, elle a été en revanche englobée dans la prolongation de la nef à file de coupoles au rez-de-chaussée ; c’est du moins ce que l’observation des maçonneries semble indiquer. Si une reprise en sous-œuvre nous paraît aujourd’hui difficile, il semble que ce soit un jeu d’enfants au XIIe siècle. Cela a été fait en effet dans d’autres églises ou châteaux. Pour notre confrère, un premier portail a donc été construit à l’Ouest vers 1130 ; lorsqu’il a été déplacé au Sud, on a récupéré le tympan, qu’il a fallu harmoniser avec de nouvelles sculptures, vers 1170-1180. Louis Peyrusse se demande si l’on aurait osé présenter une vieille sculpture témoignant d’un art dépassé en 1180. Pour Virginie Czerniak, la valeur symbolique des images est à prendre en compte. Gilles Séraphin ajoute que la série de petites sculptures qui encadre le tympan est sectionnée par la mise en place des piédroits. Le raccord entre deux ensembles sculptés est donc apparent et on peut donner de nombreux exemples de remplois. On compte aussi beaucoup de sculptures tardives qui ressemblent à des prototypes très antérieurs, répond Louis Peyrusse.
Notre confrère ne compte pas publier cette communication, sauf si on le lui demande. Dominique-Watin Grandchamp verrait bien une nouvelle visite à Moissac, d’autant plus que notre confrère Yoan Mattalia reprend la campagne de fouilles du cloître. Gilles Séraphin fait remarquer qu’il n’a pas réussi à avoir des informations sur ce travail, dont il aurait eu besoin pour son article à paraître dans le volume 2024.

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Séance du 29 avril 2025

Communication longue de Virginie Czerniak, Les peintures murales de La Romieu.

Le congrès de la Société Française d’Archéologie organisé en 2023 dans le Gers a été l’occasion de reprendre l’étude exhaustive de la collégiale de La Romieu fondée par Arnaud d’Aux dans le second quart du XIVe siècle. Église, enclos canonial, vestiges du palais ont fait l’objet d’une nouvelle lecture, de même que les peintures murales ornant l’église à l’origine. Subsistent en effet les extraordinaires peintures de la tour septentrionale tandis que des données textuelles permettent d’apprécier l’ancien décor figuratif réalisé dans le chevet. Autant d’éléments qui autorisent une étude renouvelée des décors peints de ce formidable édifice.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Ledru, Watin-Grandchamp, MM. Cazes, Mange, Péligry, Peyrusse, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Henocq, Rolland Fabre, MM. Bru, Depeyrot, Dubois, Kerambloch, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Dumoulin, Merlet-Bagnéris, Nadal, Ugaglia, MM. Balty, Garland, Garrigou Grandchamp.
La Présidente ouvre la séance et fait circuler le programme des Journées d’étude, organisées par les étudiants du Master mondes médiévaux de l’UT2J, intitulées « Le Moyen Âge par les sources & les techniques. Regards étudiants en Histoire, Histoire de l’art & Archéologie ». Elles se tiendront dans la salle Clémence-Isaure les 19 et 20 mai. La Présidente diffuse également le programme des Journées romanes qui aborderont les « Abbayes cisterciennes et des ordres réformés de l’époque romane ». Elles auront lieu du 7 au 12 juillet 2025 à Saint-Michel de Cuxa.
Elle évoque ensuite la journée foraine, fixée cette année au 21 juin. L’invitation a déjà été envoyée aux membres. Nous visiterons Saint-Cirq-Lapopie, guidés par Patrice Foissac, ancien président de la Société des Études du Lot et auteur d’un ouvrage très complet sur l’histoire de la cité. Puis, notre confrère Gilles Séraphin présentera plus spécifiquement le bâti médiéval du village. Une solution de secours pour la présentation historique est prévue en cas de pluie. Après le déjeuner, nous sommes attendus pour une visite privative de la grotte de Pech Merle. Le directeur du site étant absent à cette date, c’est un jeune chercheur en art préhistorique qui nous accompagnera. Notre Présidente transmettra des détails pratiques et des indications pour le trajet aux membres inscrits. Elle précise que la visite de la grotte Pech Merle est payante (13 € par personne à régler en espèces). Afin de faciliter l’organisation de cette journée, les membres sont invités à s’inscrire auprès de la Présidente avant le 11 juin.
Virginie Czerniak garde la parole pour présenter une communication sur Les peintures de la collégiale de La Romieu.
À l’issue de la présentation, Guy Ahlsell de Toulza demande si un autre endroit pouvait accueillir la sacristie, indispensable sur le plan liturgique. Virginie Czerniak confirme qu’elle pouvait se situer en divers endroits, mais qu’aucune mention écrite ne permet de préciser la localisation. La sacristie du XIXe siècle est-elle intégralement de ce siècle ; ne peut-elle pas être une reprise antérieure ? demande Louis Peyrusse. Virginie Czerniak précise qu’elle n’a pas effectué l’étude du bâti conventuel ; toutefois, ses confrères ont confirmé son hypothèse quant à la fonction de la tour. Notre Trésorier relève qu’habituellement les trésors conservés dans des tours annexes sont plutôt installés dans les étages pour des questions de sécurité. Il en va de même pour les archives. Le rez-de-chaussée abrite alors la sacristie. La Présidente signale que pour le cas étudié les étages sont vides, aucun décor peint n’y a été réalisé. Elle ajoute que son hypothèse est appuyée par l’exemple des tours du Palais des Papes à Avignon. En effet, les études connues indiquent qu’il n’y avait pas forcément d’espaces dédiés, ni d’organisation spécifique des trésors. Les trésors sont souvent installés dans des armoires, souvent grillagées, ou dans des chapelles hautes, comme à la Sainte-Chapelle, rappelle notre Trésorier. Il demande donc si des armoires sont présentes à La Romieu. Deux petites niches existent, répond Virginie Czerniak.
Dominique Watin-Grandchamp souhaite mieux comprendre l’organisation des circulations et les liens entre le château et la collégiale. La Présidente précise que l’accès à la tour s’effectue uniquement par la collégiale. Les parties hautes de la tour ne sont-elles pas reliées aux vestiges du Palais ? demande Dominique Watin-Grandchamp. Le château se situe de l’autre côté, rétablit Virginie Czerniak. Jacques Dubois précise : depuis le palais, il est possible d’accéder à la partie de l’église où se trouve, à l’ouest, un escalier en vis, à double révolution dans sa partie inférieure, puis, en continuant jusqu’au clocher ancien, il est possible de rejoindre la tour est. Il semblerait que les parties hautes de cette dernière étaient dévolues au palais, elles n’avaient pas de fonction liturgique, poursuit Dominique Watin-Grandchamp ; le rez-de-chaussée et le premier niveau de la tour octogonale ne sont donc reliés que par le petit escalier. Virginie Czerniak confirme.
Patrice Cabau s’intéresse au plan de l’église : n’y avait-il pas  presque en son milieu  une arche dont l’architecture suscita l’admiration de tous jusqu’au XVIIe siècle au moins ? Cette arche servait de support à un autel. La Présidente demande des précisions sur le type d’arche. Notre Directeur explique qu’il s’agit d’un arc en pierre, avec une belle stéréotomie, qui supportait l’autel. Il datait apparemment des origines ; il n’en demeure toutefois aucun plan. Jacques Dubois indique qu’il se situait au niveau des deux premières travées ouest. S’agissait-il d’une sorte de jubé, comme à Saint-Étienne-du-Mont, ou soutenait-il une tribune ? demande le Trésorier. Il y avait une tribune pour les chanoines, précise Jacques Dubois. Daniel Cazes remarque que cette disposition rappelle celle de l’église de la Daurade à Toulouse, où un chœur était surélevé, avec un autel particulier aux chanoines. Ces dispositions sont également fréquentes en Espagne.
Notre confrère revient sur la fonction de la tour. L’hypothèse avancée par notre Présidente lui semble la plus logique. Selon lui, la disposition même de la tour confirme qu’elle abritait un trésor  d’objets liturgiques et reliques  à mettre en relation directement avec le sanctuaire. La disposition est néanmoins originale ; s’il s’agissait à l’origine de disposer d’un clocher, il n’aurait pas été adossé à un pan de l’abside car cela aveugle ce mur, ce qui est extrêmement rare. La hauteur et la taille des fenêtres est un autre argument. Ces ouvertures sont de simples fentes de jour, or il était parfaitement possible de percer des baies plus larges. Ces éléments vont dans le sens d’une salle fortement sécurisée. Daniel Cazes s’intéresse ensuite à la partie haute de la tour, qui ressemble à un clocher. Il cite l’ajourement de la partie supérieure et la galerie autour du toit terrasse, comme au couvent des Jacobins. Virginie Czerniak renvoie sur ce sujet aux travaux de ses collègues chargés des études architecturales de l’édifice. Concernant l’emplacement de la sacristie, Daniel Cazes note qu’au Moyen Âge elle n’était pas nécessairement directement liée au sanctuaire. La mise en relation des éléments du trésor avec le sanctuaire prime sur la circulation des prêtres. Virginie Czerniak souligne l’importance de l’iconographie et du décor de fausse pierre qui fait écho aux pierres du trésor.
Le Directeur demande si le décor est achevé. La Présidente admet que certaines zones peuvent laisser une impression de non finito. Toutefois, une observation rapprochée atteste que le décor a été achevé. Les peintures ont mal vieilli ; elles sont noircies depuis longtemps sans doute. Les composants employés n’étaient pas de qualité et ont subi une oxydation rapide. Patrice Cabau suggère que, lorsque le cardinal disparaît, en 1320, la décoration est interrompue, seuls quelques éléments héraldiques sont ensuite ajoutés sur les hauteurs. Virginie Czerniak ne partage pas cette idée, elle est convaincue  pour des raisons techniques  que la peinture a été terminée. Guillaume Terrasson ajoute que la chronologie de la construction est très rapide, entre 1312 et 1318, Jean XXII arrive en 1316 et Arnaud d’Aux meurt en 1320. Patrice Cabau complète : il devient cardinal en 1312 et en 1318 la construction est apparemment achevée ; ce temps court peut surprendre, d’autant qu’il a préalablement fallu assécher des marécages.
Notre Directeur poursuit sur l’origine de l’architecture  nettement importée  de la tour octogonale. Des références sont identifiées dans le Nord de la France, mais ne faudrait-il pas aussi songer à des maîtres d’œuvre venus d’Angleterre vu l’importance du temps que le cardinal y a passé ? Virginie Czerniak n’ayant étudié que les peintures, elle renvoie sur le sujet aux analyses du groupe d’experts en architecture : Yves Gallet, Guillaume Clément, Pierre Garrigou Grandchamp et Bastien Lefevre.
Dominique Watin-Grandchamp demande à notre Présidente si elle a essayé d’identifier les personnages figurés dans les octogones des deux registres inférieurs. Virginie Czerniak explique ne pas l’avoir fait, son objectif était de réaliser une étude globale. En observant de près elle note qu’il est possible de distinguer une sainte, qui est probablement Marie-Madeleine. Evelyne Uglaglia n’a-t-elle pas effectué une identification précise dans le cadre de sa maîtrise ? demande Virginie Czerniak. Dominique Watin-Grandchamp signale que ce n’est pas le cas, notre membre correspondant regrette d’ailleurs de ne pas avoir repris l’étude de ces personnages ; un procédé photographique noir et blanc spécial a été mis au point par Jean-François Peiré afin de permettre une observation des peintures à travers l’oxydation. L’étude pourra donc être approfondie et l’identification des saints précisée.
Guy Ahlsell de Toulza souligne la sophistication de la composition, le raffinement du dessin et souhaite savoir si des traces d’incisions sont visibles. Virginie Czerniak confirme cet élément. Notre Trésorier se dit surpris : comment des artistes de cette qualité, en liaison avec Avignon et un cardinal, ont-ils pu « rater » leurs couleurs ? Notre Présidente rappelle l’exemple des peintures de Cimabue à Saint-François d’Assise. Mais dans ce cas le peintre est un précurseur, ajoute Guy Ahlsell de Toulza, ce qui n’est plus le cas à La Romieu. Notre confrère est donc étonné que des composants de mauvaise qualité aient pu être choisis par l’artiste, qui n’en est pourtant pas à son premier chantier. Virginie Czerniak explique que l’oxydation des matières colorantes peut être provoquée par plusieurs facteurs : leur origine, l’association avec d’autres composants, leur exposition à des taux d’humidité importants… Une analyse des matériaux a-t-elle été effectuée ? questionne le Trésorier. La Présidente évoque une intervention réalisée il y a une dizaine d’années par un laboratoire qui a confirmé une oxydation du blanc du céruse. Elle conclut : ce qui rend ce décor exceptionnel, c’est la composition avec un maillage incroyable de quadrilobes et d’octogones développé sur toute la hauteur. La maîtrise est parfaite.
Daniel Cazes s’intéresse au cadrage des personnages, coupés au tiers inférieur. Il remarque qu’il s’agit d’une grande caractéristique de la peinture des XIIIe et XIVe siècles en Italie centrale ; cette manière trouve son origine dans la peinture byzantine. Les relations entre Avignon et l’Italie sont ainsi à nouveau mises en évidence, ce qui amène notre confrère à s’interroger sur la technique : la fresque a-t-elle été identifiée ? Virginie Czerniak répond que la technique n’est pas identifiée, toutefois il ne s’agit pas de fresque. Puis elle précise que la relation Avignon-Italie évoquée fonctionne également dans l’autre sens ; elle confirme également que la référence à la peinture italienne dans la peinture du XIVe siècle à Toulouse est une évidence (chapelle Saint-Antonin du couvent des Jacobins…).
Louis Peyrusse demande si les anges peints sur les voûtains sont mieux conservés. Ce n’est pas le cas, les visages sont noircis par l’oxydation, répond Virginie Czerniak. Ces anges  aux détails très fins  sont, alternativement, buccinateurs et thuriféraires ; ils célèbrent la gloire des saints de la Jérusalem Céleste et les prélats de l’Église terrestre. Malgré l’état général, l’ensemble du décor dévoile un subtil équilibre chromatique, souligne notre Présidente.
Suivant l’ordre du jour, elle ouvre ensuite la séquence des questions diverses. Pour commencer elle soumet à l’assemblée une lettre à destination du Maire de Toulouse et de l’Architecte des Bâtiments de France (cf. séance du 1er avril) :
Objet : Interrogation sur le devenir des 2 et 4 rue Saint-Rome.
Monsieur le Maire, Monsieur l’Architecte des Bâtiments de France,
Les membres de la Société Archéologique du Midi de la France et des Toulousains de Toulouse s’interrogent, respectivement et conjointement, sur le devenir de la maison de Serta sise au 2 rue Saint-Rome suite à l’effondrement du 4 rue Saint-Rome le 9 mars dernier.
Nous souhaiterions savoir si les services de la Ville et du Département envisagent une étude du bâti subsistant et quels sont les éventuels projets élaborés pour le traitement des espaces aujourd’hui vides de toute construction.
Dans l’attente d’une réponse qui nous obligerait, nous vous prions, Messieurs, d’accepter nos très respectueuses salutations.
L’assemblée approuve le courrier. Il sera co-signé par Aline Tomasin, Présidente des Toulousains de Toulouse qui se joignent à nous dans cette démarche.
La Présidente annonce ensuite la réception d’une demande de prêt pour la stèle de Montels émanant du Musée départemental des Merveilles de Tende. La requête a été soumise aux membres du Bureau. La proposition de convention envoyée par l’établissement est très sérieuse. Il nous reste à compléter les éléments d’assurance nécessaires. La Présidente fait circuler le projet d’exposition intitulée Sorcier & Friends. Elle précise que le prêt durera 11 mois.
Elle donne ensuite la parole à Céline Ledru pour un compte rendu de sa visite des caves de l’ISDAT dans la perspective des préparatifs du Bicentenaire de la Société. Notre consœur présente une série de photographies des moulages stockés dans deux espaces. Elle précise que l’ensemble est dans un état de dégradation avancée. Les lieux sont très humides. L’École conserve : des moulages dont elle possède les moules et qui étaient tirés en série pour étude ; d’autres qui ont été achetés au XIXe siècle au Louvre ainsi que des envois de Rome. Dans les caves ont également été déposés des moulages faits par la SAMF et par le Musée des Augustins. Au fil des photographies diffusées, les membres reconnaissent des modèles de toutes époques, de l’Antiquité au début du XXe siècle : l’Isaïe de Souillac, un portrait de Marc Aurèle, des chapiteaux de Moissac (en plusieurs exemplaires et un moule), la tête de La Statue de la Liberté… De nombreux éléments des Augustins sont repérés ; ils peuvent éventuellement être croisés avec la liste des moulages des Antiques des Augustins et ainsi être identifiés, précise Céline Ledru. Elle signale que certains moulages disposent d’une étiquette ou d’un numéro, notamment ceux achetés au Louvre. La Présidente résume : l’ensemble est relativement accessible, des pièces pourront donc être retrouvées, ce qui est une bonne nouvelle pour notre projet. Les moulages de Moissac et Souillac sont déjà intéressants, relève Louis Peyrusse. Daniel Cazes pense que, pour Moissac, ce sont des « archétypes » du Musée des Augustins. Dans la seconde cave, plus grande, sont entreposés les moulages des lauréats des Prix de Rome, dont la plupart semblent dater du XIXe siècle. Céline Ledru précise que, étonnamment, aucune inscription ne se retrouve. Elle signale que dans le catalogue d’Alexandre du Mège il est spécifié que c’est la SAMF qui a fait faire les moulages épigraphiques ; la liste est conséquente. Peut-être sont-ils restés dans les réserves des Augustins, suggère notre consœur.
Certains de ces moulages ont été sortis, remarque Dominique Watin-Grandchamp. Guy Ahlsell de Toulza pense que ce ne sont pas ceux provenant de l’École qui sont sortis, mais ceux de l’Université. Beaucoup étaient installés dans la chapelle des Carmélites, ils ont ensuite beaucoup bougé ; certains étaient exposés dans les anciens locaux de la DRAC, d’autres à la CRMH. Quelques-uns sont aussi entreposés dans les caves de l’Université Jean-Jaurès, complète Louis Peyrusse. Michelle Fournié signale qu’un étudiant avait réalisé un mémoire de maîtrise sur le destin des moulages de la rue du Taur. Les Mémoires de la SAMF ont édité le catalogue des moulages de l’Université, ajoute Louis Peyrusse. Daniel Cazes résume : trois ensembles de moulages sont à distinguer ; ceux du Musée des Antiques collectés essentiellement par Du Mège ; ceux de l’École des Beaux-Arts ; enfin ceux du Musée Félix-Dürrbach. Le sort de ce dernier ensemble est particulier ; les éléments ont été dispersés récemment de façon scandaleuse, beaucoup de pièces ont été volées et cassées, regrette Daniel Cazes. Il poursuit : à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, un bâtiment a été construit pour la présentation des moulages, qui sont ainsi utilisés par les professeurs.
La Présidente remercie notre consœur pour son travail et la restitution de sa visite. Elle donne ensuite la parole à Anne-Laure Napoléone et Jérôme Kerambloch qui présentent une récente découverte faite dans le cadre de travaux à l’hôtel Dumay. Jérôme Kerambloch rappelle d’abord la situation de la bâtisse, siège du Musée du Vieux Toulouse. L’hôtel Dumay est implanté dans un parcellaire ancien au milieu d’hôtels anciens. Il est l’un des plus méconnus de tous les hôtels Renaissance de Toulouse ; officiellement les travaux ont commencé en 1590 et se sont déployés au moins jusqu’au XVIIIe siècle. Les travaux concernent une cave qui s’étend sur toute la longueur de l’aile du côté est. Notre confrère projette les plans des lieux. L’espace se développe en trois parties distinctes : une grande cave centrale suivie par une autre, plus petite (côté sud), comprenant un escalier qui donne sur la cour à l’extérieur ; enfin au Nord la dernière zone comporte également un escalier relié à l’escalier principal du bâtiment. La découverte a eu lieu dans le deuxième espace. Ces caves sont voûtées, comme dans de nombreux hôtels particuliers toulousains. Elles disposent de chaque côté de soupiraux ouvrant vers l’extérieur. Celui situé à l’Est (vers la rue Saint-Rome) donne sur une propriété mitoyenne ; ces ouvertures ont été bouchées dans les années 1980. Cette intervention a provoqué des problèmes d’humidité et rend aujourd’hui nécessaire la réalisation de travaux d’assainissement. C’est ainsi qu’à côté de l’escalier de la deuxième cave, une fosse a été mise au jour. Sa présence était connue. Un trou dans la chape en béton avait permis d’en apercevoir l’intérieur. La présence d’un tuyau d’évacuation à proximité laissait penser qu’il s’agissait d’une fosse d’aisance. À l’occasion des travaux, le trou a été ouvert et a permis d’observer concrètement la fosse. Anne-Laure Napoléone s’est rendue sur place pour étudier cette découverte et chercher à savoir si cette fosse est moderne ou plus ancienne. Néanmoins, lors de sa visite, la fosse avait déjà été en partie comblée. Notre Secrétaire générale s’est donc appuyée sur les photographies prises par Jérôme Kerambloch. Elle a reporté sur le plan des caves celui de la fosse ; il manque néanmoins l’épaisseur des murs (sauf du côté ouest). La fosse est voûtée et la partie supérieure a été cassée. Cette voûte surbaissée est construite en petits fragments de brique. Anne-Laure Napoléone remarque que la fosse est de grande dimension et que l’escalier a été bâti au-dessus ; il lui semble ainsi peu probable qu’elle ait été construite avec l’escalier. En effet, les images de l’intérieur montrent que les maçonneries sont liées dans l’angle sud-est mais pas dans l’angle nord-est. Le mur Est s’appuie donc au nord sur un mur qui pourrait être plus ancien. Notre Secrétaire générale mentionne la présence, dans l’angle sud-ouest d’une sorte de canalisation qui se dirige vers le mur de l’hôtel. Il s’agit vraisemblablement d’une fosse d’aisance ; en correspondance, une niche est-elle visible aux étages ? demande-t-elle. Jérôme Kerambloch lui répond qu’il n’y a rien de tel. Si la fosse ne fonctionne pas avec l’escalier, elle fonctionne probablement avec le bâtiment. Elle n’est donc pas médiévale  vu la forme de la voûte  mais plutôt moderne, conclut notre consœur. Jérôme Kerambloch ajoute qu’aujourd’hui la fosse est comblée et l’escalier  datant sans doute des travaux de 1914  a été détruit.
Dominique Watin-Grandchamp s’interroge : l’épaississement visible dans la construction correspond-il à un « doublage » de mur ? Jérôme Kerambloch annonce que, malheureusement, aucun relevé n’a été effectué sur ces caves qui présentent de nombreuses reprises ; les murs ne sont pas liés entre eux, des arcs ont été rajoutés sous des voûtes existantes… Dominique Watin-Grandchamp s’intéresse à l’étude du parcellaire du quartier. Henri Molet a travaillé sur le secteur, signale notre Secrétaire générale (voir « L’amphithéâtre urbain de Tolosa retrouvé ? », MSAMF, t. LXVIII, 2008).
Daniel Cazes regrette qu’une étude du bâti et quelques fouilles archéologiques n’aient pas été engagées. En effet, l’occasion de ces travaux aurait permis d’avoir un accès facile aux couches profondes de Toulouse romaine.
Virginie Czerniak se félicite que les questions diverses de notre Société permettent de documenter ce genre de dossiers et elle remercie les intervenants pour leur compte rendu.
Puis, la Secrétaire adjointe relaie une demande d’informations sur les ferronniers ayant œuvré à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ainsi que sur les grilles et serrures des parcs et espaces publics toulousains. Des études sur ce sujet sont-elles connues ? Louis Peyrusse mentionne les catalogues des Expositions des produits des Beaux-Arts et de l’Industrie de Toulouse qui recensent sans doute les grands artisans ferronniers. Jerôme Kerambloch indique que le Musée du Vieux Toulouse conserve des documents d’archives sur la ferronnerie toulousaine.
Pour finir, Daniel Cazes nous communique les dernières nouvelles concernant le sentier de randonnée de Chiragan régulièrement évoqué en séance. Après de nombreux retards et modifications de tracés, le projet arrive enfin à son terme. À la demande du Maire de Martres-Tolosane, Monsieur Loïc Gojard, notre confrère s’est rendu à la pré-inauguration organisée samedi 26 avril, dans le cadre de la Journée de la nature. L’événement a été un succès : de nombreux curieux étaient présents pour écouter discours et chœurs. Les membres de la Société sont attendus par le Maire pour célébrer l’inauguration des panneaux qui seront mis en place en novembre. La Présidente suggère que nous programmions une journée foraine au printemps pour profiter du site aux beaux jours.

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Séance du 1er avril 2025

Communication longue d’Emeric Rigault, Ordonner, raconter, remémorer. Quelques remarques sur les chapiteaux de la crypte de Saint-Girons d’Hagetmau (Landes).

Seul vestige conservé de l’abbaye bénédictine Saint-Girons d’Hagetmau, la crypte de l’ancienne église abbatiale est considérée, avec ses 14 chapiteaux, pour beaucoup figurés, comme l’un des ensembles de sculpture « romane » les plus remarquables du département des Landes. Les études sur cet ensemble d’images sont toutefois peu récentes et, surtout, ne les abordent essentiellement que sous un angle stylistique, afin dans les situer dans la production régionale. Tout en s’appuyant sur cette historiographie, une autre approche, notamment iconographique, permet de saisir nouvellement les niveaux de signification installés par ces sculptures. Mais aussi de poser des questions d’histoire de l’art aussi larges que celle de la représentation médiévale des non-humains ou de la place du chapiteau historié dans l’espace des cryptes.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, Mmes Haruna-Czaplicki, Ledru, Merlet-Bagnéris, MM. Balty, Cazes, Garland, Mange, Péligry, Penent, Peyrusse, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Henocq, Rolland Fabre, MM. Depeyrot, Kerambloch, Rigault, membres correspondants.

Excusés : Mmes Cazes, Fournié, M. Garrigou Grandchamp.

La Présidente ouvre la séance et fait circuler une invitation à la conférence de Guillaume Renoux, Les Forges et forgerons dans l’Antiquité, une approche pluridisciplinaire de l’étude des objets en fer de l’époque romaine, adressée par Christophe Marquez Président de la Société du Patrimoine du Muretain, qui se tiendra le vendredi 4 avril à 18h00 au théâtre municipal de Muret. Elle fait également passer parmi les membres l’ouvrage publié en hommage à notre confrère Jean-Luc Boudartchouk dont un exemplaire a été donné pour notre bibliothèque bibliothèque : Des Gaulois aux Carolingiens dans le sud de la France. Travaux d’archéologues et d’historiens, numéro spécial d’Archéopages. Archéologie & société, mars 2025, 304 p. Elle remercie enfin tous ceux qui ont été présents à la séance publique, lors de la présentation de ce livre. Cette séance a été particulièrement réussie puisque la salle Clémence-Isaure était archicomble.

Elle donne ensuite la parole à Émeric Rigault pour sa communication longue, Ordonner, raconter, remémorer. Quelques remarques sur les chapiteaux de la crypte saint Girons d’Hagetmau (Landes).

Virginie Czerniak remercie notre confrère et demande des précisions sur la connotation sexuelle qu’il a pu interpréter dans la représentation de la queue des lions. Émeric Rigault montre sur une diapositive comment la queue de l’animal s’enroule sous la cuisse, queue dont le toupet pourrait évoquer le péché de chair ; il précise qu’il s’agit-là d’une hypothèse. Notre Présidente reste dubitative et retient plutôt une autre interprétation de notre confrère, celle des lions-gardiens, comme on en trouve dans de nombreuses représentations à l’époque romane, en sculpture comme en peinture, à l’instar du décor de Toulongergues. Sculptés sur deux chapiteaux situés face-à-face à l’entrée de la crypte, pacifiques, passants, il n’y a, selon elle, aucune ambivalence possible : il s’agit des gardiens des reliques de saint Girons et elle propose à notre confrère de ne retenir que cette interprétation. Elle regrette par ailleurs qu’il ne se soit pas attardé un peu plus sur le style – en dehors des liens qu’il a faits avec la sculpture de Saint-Sever – car elle trouve que des rapprochements sont possibles avec les productions de Moissac et de la porte Miègeville à Saint-Sernin. Invité à donner son avis sur la question, notre confrère pense que ces productions sont principalement à mettre en lien avec celles de Saint-Sever, mais encore avec Toulouse via le Béarn (Lescar). Pour lui, les sculptures de cette crypte font une sorte de synthèse de l’art roman du Sud-Ouest. Il ajoute que l’on ne peut être certain de la position des chapiteaux car tous les parements de la crypte ont été refaits.
Louis Peyrusse demande à Émeric Rigault comment il voit l’atelier de sculpteurs qui a réalisé matériellement ces chapiteaux. Pour notre confrère, il s’agit d’un petit nombre de sculpteurs probablement formés à Saint-Sever (surtout ceux qui ont travaillé aux sculptures des collatéraux de l’église) et qui ont bien sûr connaissance des grands schémas qui circulent dans le sud-ouest. Louis Peyrusse demande encore si notre confrère pense qu’à partir de ces 14 chapiteaux, à peu près en place, on peut arriver à la sophistication des significations qu’il a proposées. Émeric Rigault répond que les lieux sont occupés par des moines se distinguant intellectuellement des autres couches de la population. Dans ce contexte, il pense que l’on peut se permettre, en restant bien sûr prudent, d’avancer des interprétations d’un niveau complexe. Il ajoute, par ailleurs, qu’il a essayé de rester à un niveau générique qui, selon lui, permettrait d’approcher le degré de connaissance des moines, en sachant qu’ils ont différentes formations et « maturités » par rapport à cette culture. Louis Peyrusse pense que la lecture courante se situait vraisemblablement « un cran au-dessous ». Émeric Rigault précise aussi qu’il y a des moments qui « activent » ces images : des cérémonies, des prières, la liturgie ; mais il rejoint notre ancien Président quant à la prudence qu’il faut garder.
Daniel Cazes se souvient avoir visité le monument et en avoir gardé le souvenir d’une construction très remaniée. D’après les plans présentés, on a affaire à un édifice où les chapiteaux ont été déplacés ; se lancer dans l’étude d’un programme reste donc une entreprise plutôt délicate. Il pense qu’il aurait fallu commencer par une étude très fine des remontages ; il a pu voir en effet des chapiteaux montés sur des colonnes en marbre de Campan et d’autres sur des colonnettes de pierre. Cela pose également la question de la construction de la voûte car, si on a une réfection gothique, la voûte ne l’est pas. Par ailleurs, notre confrère a montré une photographie de l’église d’Hagetmau détruite en 1903 et Daniel Cazes pense y reconnaître un carrelage médiéval en place. Il demande s’il en reste des vestiges dans les musées. Enfin, il regrette ces éclairages au sol, mis en place dans la crypte, à la mode actuellement bien qu’extrêmement coûteux. Particulièrement éblouissants, ils rendent l’observation des chapiteaux difficile.
Émeric Rigault redonne le phasage des voûtes, refaites deux fois : vers 1330, elles étaient alors sur croisées d’ogives, et en 1905-1908, où l’on construit des voûtes d’arêtes, peut-être à partir de traces des voûtes romanes. Par ailleurs, seul le mur ouest est d’origine ainsi que le départ des murs latéraux, le reste ayant été refait. Les chapiteaux ont donc été déposés deux fois, mais, comme le prouvent les photographies de la crypte prises avant réfection, leur l’ordre du XIVe siècle a été conservé. Louis Peyrusse remarque que s’il y avait quatre chapiteaux figurés au centre, l’un d’eux a été mal remonté. Émeric Rigault se demande si la crypte n’avait pas été plus grande à l’origine, ce qui aurait permis d’avoir huit chapiteaux au centre au lieu des quatre que l’on voit actuellement. En revanche il n’a aucune information sur le dallage de l’église détruite.
Emmanuel Garland voudrait faire remarquer à notre confrère que lorsque l’on décide d’un décor sculpté il peut y avoir plusieurs niveaux. Tout d’abord, un choix extrêmement précis du programme pour chaque chapiteau. Mais il peut y avoir aussi une expression beaucoup plus générale avec deux ou trois éléments fixés et on se fie aux ateliers de sculpture – qui ont déjà fait leurs preuves dans la région – pour le reste. Selon lui, on ne saura jamais ce qui a été voulu par le commanditaire des sculptures de la crypte parce qu’une certaine liberté était laissée au chantier. Par ailleurs, d’un point de vue iconographique, sont figurées les scènes de Daniel avec le serpent, Lazare, et la délivrance de saint Pierre. La scène de Daniel avec le serpent est tirée de l’Ancien Testament mais elle a été reprise également dans les bibles illustrées, en particulier dans celle de Roda qui provient du scriptorium de Ripoll (3e volume, folio 66, verso) : cette scène était donc connue. La scène de Lazare se trouve dans les Évangiles. Il s’agit d’une parabole, tout comme Daniel avec le serpent. En revanche, la délivrance de saint Pierre provient des Actes des Apôtres, revus et corrigés par les apocryphes. Aucune signification logique n’apparaît dans le choix de ces trois moments très différents, sans compter qu’il manque peut-être des chapiteaux. Enfin, Emmanuel Garland rappelle que dans cette crypte, qui abritait un tombeau, il devait y avoir aussi un autel, sinon plusieurs (comme on peut le voir sur la photographie ancienne), ce qui a pu jouer sur la disposition des chapiteaux.
Virginie Czerniak demande si des fouilles ont été effectuées autour ou dans la crypte. Notre confrère répond par la négative et reconnaît qu’aucune étude d’ampleur n’a été faite depuis celle de Jean Cabanot. Il reconnaît également qu’il manque, sur ce site, une étude archéologique (sédimentaire et du bâti). Concernant l’autel, notre confrère rappelle que quelques auteurs anciens ont mentionné un « tombeau-autel » qui était au centre, entre les quatre colonnes. Pour répondre aux remarques d’Emmanuel Garland, Émeric Rigault concède que les lions, les oiseaux et les hybrides sont présents ailleurs : leur mobilisation est donc peut-être pratique, mais on ne peut exclure qu’ils véhiculent un sens, alors que les thèmes narratifs d’Hagetmau, eux, ne sont pas présents à Saint-Sever. On peut donc penser qu’il y a une motivation derrière le choix de ces thèmes historiés. En associant Daniel, Pierre et Lazare, on retrouve la thématique du salut, de la délivrance face au danger et à la mort.

Virginie Czerniak remercie notre confrère et donne la parole à Daniel Cazes, qui voudrait entretenir l’assemblée, au titre des questions diverses, de la tour de Serta. Il suggère que la Société envoie une lettre au Maire pour lui proposer de ne rien reconstruire sur l’emplacement de la maison qui s’est effondrée l’année dernière et qui se trouvait au pied de cette tour. Pour l’avoir rencontré récemment, notre confrère nous assure que le maire désire qu’on lui fasse des suggestions. À l’heure actuelle, on est en train d’écrêter les murs du côté de la tour ; or ces maçonneries sont anciennes, c’est sur celles-ci qu’ont été découvertes les frises peintes du XVIIe siècle dont nous avons eu à parler l’année dernière. Il est d’ailleurs dommage que l’on ne se soit pas donné les moyens de conserver ces décors, en grande partie altérés aujourd’hui ; ce qu’il en reste va certainement disparaître avec la démolition de ce mur. Notre confrère a été informé que des habitants du quartier souhaitaient également que rien ne soit construit sur cette parcelle ; ils envisagent de faire une pétition qu’ils enverront au Maire. En effet, pourquoi ne pas en profiter pour faire une placette, planter un arbre… ? Daniel Cazes pense que nous serions dans notre rôle en faisant cette suggestion au Maire.
La Présidente pense que l’on pourrait en effet écrire au Maire pour lui demander de veiller à ce mur qui est ancien, mais elle ne voit pas l’intérêt de créer une placette à cet endroit. Daniel Cazes répond que cela permettrait de donner un point de vue extraordinaire sur cette tour et ce mur risque de disparaître derrière une construction. Louis Peyrusse fait remarquer que cette parcelle est une propriété privée qui n’appartient pas à la mairie. Mais la mairie aurait le droit de la préempter pour raison patrimoniale, répond Daniel Cazes, cela se fait ailleurs. Il s’agit surtout d’appeler l’attention du Maire, car il revient aux associations patrimoniales de s’en préoccuper.
Notre Trésorier demande la parole pour exprimer également son désaccord. Pour lui, le parcellaire médiéval de la rue Saint-Rome doit être conservé, même si certaines parcelles ont été réunies au fil du temps. Or, une placette ne serait pas forcément un choix judicieux pour garder l’esprit de cette rue essentiellement commerçante, et cela depuis l’Antiquité, où les constructions sont serrées les unes contre les autres de façon à pouvoir ouvrir des boutiques sur la voie. Par ailleurs, s’il reconnaît que la tour de Serta est l’une des plus intéressantes de la ville, il précise qu’elle n’a pas été construite pour être vue de la rue, tout comme les autres d’ailleurs. Elles sont en effet destinées à donner sur la cour, marquant ainsi la prééminence du propriétaire au moment où on pénètre dans la demeure. La tour de Brucelles, par exemple, ne s’aperçoit pas depuis la voie publique. Avoir une vue sur la tour de Serta, c’est avoir une vue de touriste du XXIe siècle et non une idée de l’urbanisme toulousain. Prenant le contre-exemple de la ville de Tours – qui a été largement bombardée pendant la dernière guerre –, Guy Ahlsell de Toulza illustre le choix inverse, de ne presque pas reconstruire et de ménager de grandes cours-jardins destinées à la promenade tout en conservant le tracé des rues. La vraie question, pour notre Trésorier, est de savoir ce que l’on va reconstruire à la place de l’édifice effondré rue Saint-Rome. La disparition de la façade exclut une création contemporaine, et il ne sera donc pas possible de faire du « façadisme ». Aura-t-on une discrète façade néo-XVIIe-XVIIIe sous enduit, qui n’accusera pas trop l’esprit contemporain ? Faut-il vraiment mettre en avant une tour de Serta qui n’est pas construite pour être vue de la rue ? Enfin, une expropriation pour utilité publique ne peut se faire qu’à condition d’avoir les moyens juridiques de l’utilité publique.
Louis Peyrusse rappelle : si l’on s’en tient aux informations données par l’Histoire des rues de Toulouse de Jules Chalande, la maison effondrée est une seconde partie de la maison Serta, ; la première partie étant constituée par la maison en brique et pan de bois qui fait l’angle, et la tour était l’articulation entre les deux corps de bâtiment. Cette seconde partie a été bouleversée de fond en comble jusqu’à ce que l’on détruise un mur porteur qui a provoqué l’effondrement de l’édifice.
Daniel Cazes comprend tous les arguments avancés mais se désole de l’état d’abandon de cette parcelle depuis plus d’un an. Par ailleurs, même si l’histoire de la maison de Serta est compliquée, personne ne l’a étudiée alors que la situation actuelle est idéale pour le faire. C’était le moment en effet d’analyser les liaisons archéologiques de ce mur avec la tour, aujourd’hui peu visibles à cause des enduits qui le recouvrent. Il voudrait que cette affaire ne finisse pas dans l’indifférence comme ce fût le cas d’autres à Toulouse. Louis Peyrusse rappelle à nouveau un élément qui lui semble essentiel, à savoir qu’il s’agit d’une propriété privée et que les propriétaires sont sans doute actuellement en procès avec leur compagnie d’assurance.
Notre Trésorier voudrait donner un exemple qui le touche de près, celui de la ville de Rabastens, où un immeuble s’est effondré le 1er juin ; un bel immeuble construit dans les années 1820, de type toulousain. Après l’effondrement, seules les façades sont restées en place. Le Maire a alors adressé une mise en demeure au propriétaire. Celui-ci, anéanti, n’a pas pu avancer les fonds nécessaires pour dégager la parcelle et la rue qui se trouve devant. Pour pouvoir agir, le maire a dû demander au juge l’autorisation d’intervenir sur le domaine privé en substitution de l’inaction du propriétaire, qui, lui, était en discussion avec ses assurances. Cependant, comme le manque d’entretien était à l’origine de l’effondrement, celles-ci ont refusé tout remboursement. Notre confrère a envisagé, avec l’ABF, de sauver la façade, en accord avec le propriétaire, mais celui-ci devait avant tout faire intervenir un expert judiciaire. Ce dernier préconisa de tout raser ; le juge donna des ordres dans ce sens et le Maire n’a rien pu faire à l’encontre. Il est clair cependant que toutes ces démarches prennent beaucoup de temps.
La Présidente propose d’envoyer une lettre au Maire de Toulouse, avec copie à l’ABF, pour demander des informations sur les projets concernant la parcelle de la tour de Serta.

Puis elle donne la parole à Céline Ledru qui, à la suite de la dernière Commission du Bicentenaire, avait été chargée de faire le point sur les conditions d’accès aux moulages qui sont entreposés dans le sous-sol de l’École des Beaux-Arts. Notre consœur a réussi à trouver la personne en charge de ces collections situées dans deux réserves. Elle a demandé si les « archétypes » que Du Mège avait fait réaliser au XIXe siècle étaient conservés ici ; on lui a répondu que cela était possible puisque le Musée des Augustins avait récupéré récemment un moulage de l’Isaïe de Souillac. Céline Ledru a donc rendez-vous le 16 avril pour faire une première reconnaissance des lieux ; elle prendra alors des photographies pour nous faire un compte rendu. Daniel Cazes rappelle qu’il a visité ces réserves avec Anne Jourdain, l’archiviste qui est chargée des collections. Ces moulages sont entassés les uns sur les autres et il est impossible de voir ceux qui se trouvent derrière. Mais il a pu apercevoir ceux des chapiteaux de Moissac, qui sont très vraisemblablement les fameux « archétypes » que Du Mège avait exposés dans les galeries du Musée en 1835 au milieu d’œuvres romanes authentiques. Françoise Merlet-Bagneris demande la parole car elle connaît bien les caves de l’École des Beaux-Arts pour avoir été professeur dans ces lieux ; elle y amenait tous les ans ses étudiants de première année. Elle précise que l’accès à ces caves n’est pas aisé. On peut utiliser soit un monte-charge, soit un petit escalier en béton. Ces caves sont en effet divisées en plusieurs salles fragmentées par des cloisons destinées à porter les plafonds. Certaines parties des caves datent du XVIIe siècle, d’autres ont été murées et remplies de gravats, car elles avaient servi aux résistants pendant la guerre. Mais dans les salles qui conservent les moulages, les nombreux plâtres sont adossés les uns sur les autres et l’atmosphère humide provoque des délitements. Il s’agit souvent de grands prix du XIXe siècle, donc des bas-reliefs sur des sujets qui sont bien répertoriés en fonction des années et des thèmes proposés aux étudiants, mais il se trouve également des envois de Paris. La plupart des œuvres est en très mauvais état. Quant à Anne Jourdain, il sera difficile de compter sur son aide, car elle arrête malheureusement de travailler. Stéphane Marzel, qui ouvrira les portes des caves à notre consœur mercredi 16, est chargé de la réalisation des plâtres contemporains par les étudiants. Françoise Merlet-Bagneris sait qu’il existe un catalogue du milieu du XIXe siècle de toutes les sculptures qui étaient suspendues aux les murs de l’École des Beaux-Arts. Elle ignore qui l’a rédigé, mais les élèves avaient ainsi la possibilité de s’arrêter devant une sculpture et de la dessiner librement. Il s’agissait de bas-reliefs et de morceaux d’entablements, mais elle ne pense pas qu’il y ait eu de ronde-bosse.
La Présidente remercie notre consœur pour ces précisions et rappelle que l’objectif n’est pas de faire l’inventaire de ces plâtres, mais d’essayer de retrouver ceux qu’avaient fait faire Du Mège, de façon à les remettre en lumière à la faveur de l’exposition. Louis Peyrusse fait remarquer que nous ne trouverons rien qui nous intéresse dans le catalogue de l’École des Beaux-Arts du milieu du XIXe siècle. Céline Ledru pense cependant que ce document pourrait être intéressant à consulter car il sera discriminant dans la recherche. Louis Peyrusse propose au contraire de partir du catalogue de Du Mège qui comprend des archétypes. Daniel Cazes pense qu’il y a un travail gigantesque à faire sur cette collection : il faut selon lui en faire l’inventaire et le récolement. Mais dans l’objectif de notre exposition, on pourrait simplement aller sur place et essayer de repérer les œuvres signalées dans la liste de Du Mège. Si on arrive à les retrouver, on pourra mesurer l’usure subie par celles-ci en moins de deux siècles. Ce catalogue est dans les archives de la SAMF : il faudra le retrouver. Patrice Cabau demande si on trouvera des indications dans le catalogue manuscrit de 1844 ? Daniel Cazes répond que cela est possible et qu’il regardera.

Notre Trésorier informe l’assemblée d’un courrier qui nous a été adressé par Mme Manon Vidal au sujet du fonds Pierre Bellin que nous conservons. Elle cherche à documenter une restauration effectuée par celui-ci en 1978 sur le tableau du Christ au Jardin des Oliviers de Théodore Chassériau à Souillac. Daniel Cazes répond que l’inventaire sommaire du fonds qu’il avait fait est complet et que si cette intervention n’y figure pas c’est que nous ne conservons aucun document dessus. Il rappelle que lors de l’entrée du fonds Bellin, il avait précisé qu’il n’y avait pas tous les dossiers des restaurations effectuées. Il lui a d’ailleurs été dit que, le plus souvent, les dossiers restaient dans les agences des Bâtiments de France des régions concernées ou à la DRAC ou encore au Musée des Monuments Français (Fort de Saint-Cirq). Pierre Bellin n’avait gardé que les doubles et les documents qui ne lui avaient pas été réclamés. Virginie Czerniak pense que s’il s’agissait d’un simple nettoyage ; il se peut qu’il n’y ait pas eu dossier, comme cela se faisait à l’époque.

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Séance publique du 30 mars 2025

Dimanche 30 mars 2025 à 16 h : Séance publique

Hôtel d’Assézat, salle Clémence-Isaure

Allocution de la Présidente.
Remise des prix du concours.

Conférence de
PHILIPPE GARDES & QUITTERIE CAZES
membres de la Société

Des Gaulois aux Carolingiens dans le sud de la France
Hommage à Jean-Luc Boudartchouk
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Entrée libre dans la limite des places disponibles.

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Séance du 18 mars 2025

Communication longue de Marie Vallée, Quand l’évêque devient baron : l’évêque d’Angoulême, de la cité au fief.

Au Moyen Age et jusqu’au XVIe siècle, une tradition, parfois vertement contestée, obligeait quatre puissants seigneurs de la région à porter sur leurs épaules le fauteuil de l’évêque d’Angoulême à chaque intronisation épiscopale. Derrière ce geste ostentatoire, on trouve des droits féodaux bien réels, dont la nature et l’implantation permettent de dessiner le contour d’un fief mystérieux, la baronnie de la Paisne. L’étude de ce fief, dépecé en plusieurs étapes, permet d’apporter un éclairage complémentaire sur le rapport de force entre évêques d’Angoulême, souverains et seigneurs laïcs, du IXe au XVIIe siècle.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Vallée-Roche, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Macé, Mange, Peyrusse, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, MM. Depeyrot, Kerambloch, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Fournié, Haruna-Czaplicki, Ledru, Merlet-Bagnéris, Rolland Fabre, M. Cazes, Péligry, Penent, Sournia.

La Présidente déclare la séance ouverte puis elle présente les résultats de la Commission pour le concours qui s’est réunie le lundi 17 mars. Cette année, le concours a rencontré un véritable succès : dix-neuf travaux ont été reçus.
Si nous nous réjouissons de ce succès, cela a néanmoins posé quelques difficultés : trois ouvrages n’ont pu être évalués faute de rapporteurs. La Présidente souligne la très grande qualité de l’ensemble des travaux évalués.
Pour rappel, cette année la Société attribue trois prix : le Prix de Champreux, le Prix de Clausade et le Prix de Toulza. Tous trois sont dotés chacun de 1 000 €. Sept travaux ont été distingués, et la Commission propose de décerner :

- le Prix de Champreux au mémoire de Master 2 de Lukas DIJKSTRA, Le schéma caréné en question. Approche techno-structurelle des modalités de débitage lamellaire en contexte magdalénien à Mirande (Tarn-et-Garonne), Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2021.
- le Prix de Clausade au mémoire de Master 1 de Romain TAGLIAFERRO, Les établissements de hauteur protohistorique du département du Lot et ses marges : premières approches, Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2024.
- le Prix de Toulza au mémoire de Master 2 de Marie JACQUEMIN, Les maisons médiévales et modernes de Saint-Macaire : inventaire et approche archéologique du bâti, Université de Bordeaux Montaigne, 2023.
- le Prix spécial de la SAMF à la thèse d’Alexandre VERGOS, Pôles de pouvoir et réseaux d’alliances dans le comté de Melgueil à la période féodale (XIe-XIIe siècles), Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2024.
Trois médailles de la Société :
- à la thèse de Cécile MARUEJOULS, Entre la terre et le ciel : La figure de Marie l’Égyptienne dans tous ses états en occident (XIIe – XVIe s.), Université de Poitiers, 2023.
- à la thèse de Manon GERAUD, La céramique médiévale dite « Commingeoise », pour une redéfinition d’un ensemble chrono-culturel régional, Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, 2024.
- à la thèse de Théodore GUUINIC, Faire école en temps de crises. Héritages bâtis et réinvention des modèles à Montpellier et dans le Midi méditerranéen (XVIIIe – XXe s.), Université Montpellier 3 – ENAM 2022.
Les prix seront remis aux lauréats lors de notre séance publique qui se déroulera dimanche 30 mars à 16 h dans la salle Clémence-Isaure.
La Présidente invite ensuite Marie Vallée-Roche à nous présenter sa communication intitulée : Quand l’évêque devient baron : l’évêque d’Angoulême, de la cité au fief.
Après avoir remercié notre consœur pour sa présentation, Virginie Czerniak lui demande si elle a connaissance d’autres exemples de sedia gestatoria. Marie Vallée-Roche répond ne pas en connaître ; elle n’a jamais vu ailleurs cette tradition de se faire porter par des vassaux. Peut-être dans l’assistance certains ont-ils rencontré des exemples dans d’autres régions, s’enquiert-elle avec intérêt. Laurent Macé s’interroge sur la nature du fauteuil : est-ce une forme de siège symbolique de la cathédrale ou un siège spécifique pour la procession ? Il souhaite savoir quelles sont les premières attestations dans le temps de cette cérémonie. Marie Vallée-Roche précise n’avoir que peu d’informations, mais indique qu’avant 1028 cinq forteresses relevaient de l’évêque, or il paraît peu probable que le fauteuil ait eu cinq pieds. Il n’y a toutefois aucun texte précisant quand cette tradition débute. Dans le livre des fiefs de Guillaume de Blaye, il est dit qu’elle est très ancienne et remonte à plusieurs siècles, néanmoins cette source est subjective. Marie Vallée-Roche pense que cette tradition ne peut s’être mise en place avant 1030.
Laurent Macé rappelle que l’aire géographique est proche de l’espace Plantagenêt et au XIIe siècle, dans la région de Bordeaux, sont ré-instaurées des cérémonies d’investiture pour le duc d’Aquitaine. Aussi, il suggère que la procession angoumoisine décrite par notre consœur puisse remonter au XIIe siècle, alors que sont restaurées de « vieilles » traditions qui n’ont en réalité jamais réellement existé. Les relations entre l’évêque d’Angoulême et le duc d’Aquitaine ou le roi Henri II seraient donc à affiner. La période est peut-être celle de la réaffirmation d’une autorité épiscopale face à Henri II ou à Richard Cœur de Lion ; nous sommes à un moment (fin XIIe siècle, début XIIIe siècle) où les seigneuries épiscopales se mettent durablement en place dans la région. Au-delà de la simple relation des vicomtes et des seigneurs locaux, il pourrait en effet s’agir d’une affirmation d’autonomie de l’évêque d’Angoulême. Marie Vallée-Roche signale un élément qui lui semble important : il existait une sorte de compétition entre le comte d’Angoulême et le vicomte de Limoges. Par rapport au comte, il était très important pour l’évêque de s’affirmer comme le seigneur du vicomte de Limoges.
Guillaume Terrasson demande s’il existe des liens d’hommage de cette seigneurie épiscopale à un suzerain. L’hommage est directement au roi, répond Marie Vallée-Roche. Y-a-t-il une trace d’une soumission effective de l’évêque au roi ? demande alors Guillaume Terrasson. Mme Vallée-Roche confirme et mentionne une pénalité reçue par l’évêque, au XIVe ou XVe siècle, parce qu’il avait prêté hommage à quelqu’un d’autre qu’au roi. Guillaume Terrasson cite, sur le territoire de la Gascogne, le cas des évêques de Bazas vers 1278 : une transaction entre l’évêque et le duc de Gascogne précise le partage des rôles (justice et droit) avec les affirmations des positions antérieures ainsi qu’une soumission au roi, à l’exclusion des domaines épiscopaux qui restent purement seigneuriaux et attachés à l’évêque avec droit de haute et basse justice. Cela concerne les domaines épiscopaux hors de la cité. Notre confrère précise, à la demande de Marie Vallée-Roche, que l’évêque affirmait tenir la cité du roi-duc. Laurent Macé renvoie aux travaux de Fréderic Boutoulle sur la zone car à la fin du XIIe et au XIIIe siècle il y a un redécoupage des territoires et des aires d’influence. Guillaume Terrasson confirme, et renvoie notamment à un article, qui décrit bien ce contexte seigneurial : F. Boutoulle, « La “ Gascogne allodiale ”  : reconsidérations sur un thème historiographique » dans Provinciales, Hommages à Anne-Marie Cocula [tome 2], Pessac, 2009, p. 553‑562. Laurent Macé poursuit : la cérémonie de la sedia gestatoria semble s’inscrire, dans le sillage de la réforme pontificale, comme une forme symbolique et ostentatoire de réaffirmation de droits épiscopaux. Notre confrère relève que le parcours de la procession est également intéressant, puisqu’il va du tombeau de l’évêque fondateur jusqu’à la cathédrale érigée sur le plateau.
Dominique Watin-Grandchamp souligne la portée symbolique de la procession ; en effet ce sont des laïcs qui portent l’évêque et l’installent dans sa cathédrale. Laurent Macé ajoute que ces laïcs sont détenteurs de châteaux, donc le spirituel s’appuie sur le temporel. Ce mode d’affirmation de l’Église évoque presque une tradition carolingienne ! Dominique Watin-Grandchamp remarque que cela rappelle une période où la situation est complexe dans le grand Sud-Ouest et où les évêques peuvent être aussi des seigneurs de guerre.
Marie Vallée-Roche souligne l’importance de l’invasion des Vikings. L’acte d’immunité n’est pas connu, mais juste après l’évêque domine un certain nombre de places stratégiques : cela correspond donc à cette époque. Il ne faut pas sous-estimer dans cette région le poids de l’installation des Vikings et les raids qu’ils ont menés. Il n’y a plus eu d’évêque à Saintes jusque vers 950. Les limites entre zones d’influence sont complètement modifiées. Ainsi, c’est une période clé pour la région.
Dominique Watin-Grandchamp souhaite en savoir plus sur l’identité de l’Oliba cité durant la communication. Marie Vallée-Roche explique qu’il s’agit d’un proche de Charles le Chauve.
Mme Vallée-Roche poursuit au sujet de la remise en cause du découpage des pouvoirs au IXe siècle. Elle signale que vers 830 le comté de Poitiers a été démembré pour créer un comté qui n’a pas duré, et qui s’appelait le comté d’Herbauges. Il était destiné uniquement à la lutte contre les Vikings. Cet exemple illustre la modification de la répartition des commandements entre ceux qui étaient chargés de la défense du royaume au IXe siècle. Ainsi, la nomination d’Oliba à ce poste épiscopal prend tout son sens, appuyée par un ensemble de vassaux pouvant faire la guerre avec lui.
Laurent Macé s’intéresse à nouveau à la procession : est-ce que l’on sait si des objets particuliers l’accompagnaient ? Lors de l’arrivée de l’évêque dans la cathédrale, lui remettait-on un attribut ? Dans le contexte de la lutte contre les Vikings ou autres agresseurs, un saint protecteur intervient-il dans le cadre de cette investiture ? Marie Vallée-Roche explique n’avoir travaillé que sur le livre des fiefs (1273-1307), ce document de nature juridique n’offre aucune description. Qui reçoit l’évêque à la cathédrale ? demande Dominique Watin-Grandchamp. Marie Vallée-Roche suppose que ce rôle revient au chapitre cathédral. En réponse à la Présidente, elle ajoute n’avoir trouvé aucune archive épiscopale sur ce sujet.
Guillaume Terrasson demande s’il existe des sources sur la réception du manteau. Marie Vallée-Roche répond par la négative. L’absence de documents explique que cette histoire soit peu connue.
Louis Peyrusse suggère que les seigneurs ne portent que symboliquement le fauteuil. Notre consœur signale que si, au XIVe siècle, il est crucial pour l’évêque que les seigneurs le portent en personne, à des périodes plus modernes, des procureurs sont désignés pour réaliser cette mission à la place des seigneurs. Ainsi, au XVIe siècle, le comte de La Rochefoucauld, devenu un personnage important, ne porte pas lui-même le prélat mais désigne l’un de ses vassaux pour le faire à sa place.
Laurent Macé note que la position de l’évêque sur le fauteuil renvoie à la notion de maiestas et révèle une superposition de pratiques à analyser. Notre confrère souhaite savoir si, par ailleurs, des monnaies frappées par l’évêque d’Angoulême sont connues ou si des sceaux (cf. les travaux de François Eygun sur la sigillographie du Poitou) pourraient fournir de maigres indices. Marie Vallée-Roche n’a jamais vu cette scène représentée. Il peut néanmoins y avoir un attribut figuré, précise Laurent Macé. Notre consœur n’a trouvé aucun autre document évoquant cette procession. La Présidente est surprise de ce que, même du côté de la vox populi, cet évènement marquant n’ait jamais été mentionné.
Au titre des questions diverses, Marie Vallée-Roche montre des photographies d’un fragment de chapiteau trouvé après l’intervention de bénévoles sur une chapelle à Agel en Minervois. Le morceau mesure environ 30 cm de haut. Le côté est cassé, si bien que seule demeure une moitié du chapiteau. Notre consœur se demande si cette découverte peut être rapprochée de chapiteaux de type carolingien, sachant que celui de Saint-Symphorien est en très mauvais état. Elle précise qu’il est en marbre et qu’il a sans doute été travaillé au trépan. La forme de la partie supérieure, creusée, interpelle. Elle correspond peut-être aux restes de l’abaque, suggère Pierre Garrigou Grandchamp. Virginie Czerniak conseille de prendre l’avis de Daniel Cazes et d’Henri Pradalier. Dominique Watin-Grandchamp demande des précisions sur le site de la découverte. Il s’agit d’une ancienne chapelle du nom de Saint-Symphorien qui a été complétement démolie au XVe siècle. En l’absence de l’archéologue, des bénévoles ont procédé à un nettoyage « énergique » ; le fragment présenté a été retrouvé dans un tas de cailloux. Est-ce que des traces d’élévation préromane demeurent ? demande la Présidente. Mme Vallée-Roche signale des traces attestant son existence depuis le XIe siècle. Actuellement, il reste un plan rectangulaire avec une élévation de mur et de nombreux éléments détruits. Dominique Watin-Grandchamp conseille de montrer également des photographies des éléments visibles sur le site à nos confrères pour expertise.
Enfin, le Trésorier présente à l’assemblée les récentes acquisitions faites pour l’Union. L’ensemble de quatre tableaux a été installé autour de la cheminée de la salle Clémence-Isaure. Tous représentent des personnages des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ayant appartenu au Parlement de Toulouse.
Le premier et le plus ancien, déjà évoqué lors de la séance du 27 février 2024, représente Jean-Étienne Duranti (1534-1589). Ce portrait a été réencadré avant d’être accroché. Il semble authentique, tant par sa toile que par sa qualité de peinture, par rapport aux copies du XIXe siècle figurant le personnage assis (deux exemplaires conservés au Musée du Vieux-Toulouse). Cette toile daterait donc de la fin du XVIe siècle. Il est intéressant de noter la graphie « Durant ». Guy Ahlsell de Toulza relève également l’indication en haut à gauche du numéro « 14 », Jean-Étienne Duranti a en effet été le quatorzième Premier président du Parlement. Ce tableau devait appartenir à une série de portraits des Premiers présidents depuis l’origine. Un numéro 11 est d’ailleurs conservé au Musée des Augustins. L’ensemble devait vraisemblablement être installé au Parlement. Consulté, Jean Penent y voit une touche pouvant être rapprochée de celle de Jacques Boulbène. Notre confrère a donc réalisé un cartel indiquant « atelier de Jean Boulbène 1555-1605 ».
Le deuxième tableau provient du château du Pujolet et représente Gaspard de Fieubet (1622-1686). L’identité du personnage a pu être vérifiée grâce à une gravure figurant cet important Premier président au Parlement de Toulouse de 1643 à 1686. Louis Peyrusse précise que Gaspard de Fieubet était un grand acteur de la vie intellectuelle. Jean Penent suggère qu’il puisse s’agir d’une œuvre d’Hilaire Pader ou de son atelier. Contrairement au précèdent, ce portrait n’est pas issu d’une série officielle, mais appartenait plutôt à une collection de famille. Le magistrat coiffé d’un mortier est vêtu traditionnellement, avec un grand manteau rouge accompagné d’une étole retombant sur le côté, peut-être en petit-gris.
Le troisième tableau, qui figure Jean-François de Bertier, se distingue par sa qualité exceptionnelle. L’observation du costume permet de dater ce portrait de 1660. Jean-François de Bertier, baron de Montrabé, reçu conseiller au Parlement de Toulouse en 1641, est ici représenté en civil et non en magistrat. Ce portrait a été reproduit pour illustrer la notice de la famille de Berthier dans La France moderne (grand dictionnaire généalogique, historique et biographique) de Jules Villain publiée vers 1907. Une inscription, fautive, avait été ajoutée, le disant Premier président au Parlement en 1750. Notre Trésorier l’a fait retirer.
Enfin le dernier portrait est celui du fils de Jean-François de Bertier. François de Bertier (1657-1723), baron de Montrabé, a été Premier président au Parlement de Pau en 1704, avant d’être nommé par Louis XIV, en 1710, au Parlement de Toulouse. Ce tableau est indéniablement de moindre qualité.
Pour Jean Penent, le portrait du père pourrait être attribué à Antoine Durand (1611-1680), peintre des capitouls. Trois portraits réalisés par cet artiste seraient ainsi conservés à l’Hôtel d’Assézat. Celui du « grand capitoul » exposé dans la salle Clémence-Isaure est daté de 1645 ; un autre représentant un chanoine est signé et daté de 1636. Cet ensemble de trois toiles pourrait ainsi retracer trois phases de la carrière de ce peintre toulousain. La Présidente émet des doutes sur l’attribution du portrait de Jean-François de Bertier. La grande maîtrise technique qui transparaît n’est en rien comparable avec celle des deux autres tableaux cités. Louis Peyrusse partage son avis. Selon lui, l’auteur de cette toile connaissait la Cour et était au cœur de la production parisienne. Le portrait du baron faisait probablement pendant à celui de son épouse. Notre confrère n’est, par ailleurs, pas convaincu par l’attribution à l’atelier de Boulbène du tableau représentant Jean-Étienne Duranti. Il lui semble plus probable qu’il s’agisse d’une réplique. En effet, ces galeries de portraits étaient dupliquées en de nombreux endroits, des exemples sont connus jusqu’à la Révolution, explique Louis Peyrusse. Il ajoute que cette toile a toutefois un intérêt historique. Dominique Watin-Grandchamp souligne qu’il en existe au moins deux identiques à celle-ci. Jérôme Kerambloch précise que les exemplaires du Musée du Vieux-Toulouse ne sont pas exactement identiques, notamment par leur cadrage. Cette différence suggère que le portrait qui vient d’être acquis est une réduction d’un portrait plus grand à l’origine.
La Présidente remercie notre Trésorier d’œuvrer à l’embellissement de la salle Clémence-Isaure avec ces magnifiques acquisitions de portraits, parfaitement en adéquation avec les lieux.
Notre Trésorier projette ensuite un dessin d’Achille Laugé représentant le clocher des Augustins et offrant un angle intéressant sur le côté des bâtiments donnant sur la rue des Arts. Louis Peyrusse confirme qu’il s’agit de l’entrée de l’École des Beaux-Arts.
Avant de clore la séance, la Présidente rappelle que les membres sont attendus nombreux pour la séance publique, dimanche 30 mars à 16 h. La conférence de Quitterie Cazes et Philippe Gardes rendra hommage à Jean-Luc Boudartchouk. À l’heure où les subventions municipales versées aux associations s’amenuisent, il est important que nous témoignions de la vitalité de notre Société.

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Séance du 4 mars 2025

Communication longue d’Hortense Rolland Fabre, Les élites laïques dans l’espace sacré des couvents dominicains et franciscains : stratégies et mises en scène des fondateurs-donateurs du Midi de la France (XIIIe – XVe siècles).

Le succès des Mendiants auprès de la population se traduit par de nombreuses libéralités en leur faveur. À cet égard, les élites laïques jouent un rôle de premier plan aussi bien dans la fondation des établissements que dans leur développement matériel, l’entretien des bâtiments, leur décor ou l’achat de mobilier liturgique. Il s’agit ici de s’interroger sur les formes et les enjeux de l’investissement de l’espace conventuel par les laïcs et de montrer en quoi il résulte d’une stratégie d’auto-célébration visant à mettre en scène le donateur afin d’en perpétuer le souvenir tout en assurant son salut. Derrière ces pistes de recherche, une problématique sous-jacente consiste à se demander si les comportements desdits donateurs sont révélateurs d’un phénomène typiquement urbain ou au contraire, largement partagé en dehors du cadre strict de la ville.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Ledru, MM. Cazes, Macé, Mange, Penent, Peyrusse, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Henocq, Rolland Fabre, Stunault, MM. Bru, Depeyrot, Kerambloch, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Merlet-Bagnéris, Pradalier ; MM. Garland, Péligry, Pradalier.

La Présidente ouvre la séance et se réjouit de la récente acquisition d’un ordinateur et d’un vidéoprojecteur, pour la salle des séances, qui vont être inaugurés aujourd’hui.

Comme annoncé le 18 février, Virginie Czerniak fait le rapport de la candidature d’Étienne Lallau, qui a sollicité par courrier une place de membre correspondant de la SAMF.
Après qu’il a été procédé au vote, Étienne Lallau est élu membre correspondant de notre Société à l’unanimité.
Deux nouveaux membres titulaires sont également proposés à l’élection : Christian Mange et Céline Ledru, qui sont aussi élus à l’unanimité des voix.

La Présidente donne ensuite la parole à Hortense Rolland Fabre pour la communication longue de ce jour intitulée Les élites laïques dans l’espace sacré des couvents dominicains et franciscains : stratégies et mises en scènes des fondateurs donateurs du Midi de la France entre le XIIIe et le XVe s.
Virginie Czerniak remercie notre consœur de nous avoir donné un développement important de son travail de thèse. Elle se dit impressionnée par la quantité des couvents traités et les résultats intéressants auxquels elle arrive par des analyses à la fois artistiques, sociologiques et historiques.
Michelle Fournié se demande si la distinction opérée entre zones « urbaines » et « semi-urbaines » (comtes de Comminges, seigneurs de L’Isle-Jourdain) est vraiment pertinente, car les élites participent à la même culture et aux mêmes innovations dans le domaine des comportements et des dévotions. Les similitudes qui ont été présentées ne lui paraissent donc pas étonnantes. Elle se demande en outre, se référant aux récentes recherches qu’elle a menées sur les lieux de sépulture de la famille des Ysalguier, s’il y a une originalité et un investissement particulier de ces élites urbaines, ou semi-urbaines, dans les couvents mendiants par rapport à l’investissement qu’elles peuvent avoir dans d’autres établissement religieux. Une branche des Ysalguier, par exemple, a été inhumée dans un tombeau familial dans une chapelle de l’église des Jacobins, tandis qu’une autre a une sépulture de même type chez les Bénédictins dans l’église de la Daurade.
Laurent Macé félicite notre consœur pour sa présentation. Il note qu’à aucun moment cependant elle ne fait référence à l’hérésie et à l’Inquisition, pour la ville de Toulouse, qui pourrait justifier le comportement de certaines familles, à l’instar des Palays, qui font le choix de se faire inhumer dans une église d’ordre mendiant comme les Jacobins, après avoir été pointés du doigt par les inquisiteurs. À son avis, la ville de Toulouse est un cas particulier et cette question pourrait être affinée davantage. Hortense Rolland Fabre confirme que, les comportements étant similaires, la question des zones urbaines et semi-urbaines n’a pas vraiment de sens. Elle a constaté également qu’il n’y a pas d’originalité de comportements des familles dans les différents types d’établissements, la seule singularité est d’ordre quantitatif, en faveur des ordres mendiants. Il lui reste en effet à prendre en compte le cas particulier de Toulouse avec les paramètres de l’hérésie et de l’Inquisition. Ayant noté l’importance quantitative des fondateurs, Laurent Macé se demande encore quelle était la place des épouses dans ce mouvement. Dans certains cas septentrionaux, les restes des femmes se déplacent. Des testaments précisent qu’elles désirent rester un certain temps dans le tombeau du lignage de leur époux avant de retourner dans celui de leur propre famille. Dans ce cas, l’héraldique peut servir d’indicateur et témoigner de ce côté temporaire des dépôts humains. Michelle Fournié note ne pas avoir rencontré ce genre de déplacements dans le Midi. Hortense Rolland Fabre répond qu’elle a pu trouver quelques cas de déplacements de sépultures, comme celui d’enfants déplaçant les restes de leurs parents.
Louis Peyrusse demande si ces fondations et donations permettaient à cette époque de caser les cadets de familles, les filles non mariées, etc. Laurent Macé fait remarquer que les dernières fouilles effectuées à Vielmur-sur-Agout ont permis de mettre au jour des restes humains affectés de malformations. Michelle Fournié donne quant à elle les exemples d’Aude Ysalguier, prieure du couvent des chanoinesses de Saint-Sernin, et de Germaine de la Cadène, fille d’un très riche bourgeois marchand de Toulouse au XIVe siècle, qui entra dans ce même couvent. Elle pense que le phénomène existe dès le XIIe siècle, voire avant. Hortense Rolland Fabre confirme qu’elle a relevé de très nombreux exemples de descendants de fondateurs qui intègrent les couvents, et ce dès le XIIIe siècle.
Daniel Cazes remercie notre consœur pour cette communication fort intéressante et fait remarquer que les cloîtres cisterciens regorgent de tombeaux semblables, avec un système de représentations et d’armoiries tout à fait identiques. Cependant, dans le cadre du diocèse qui fait l’objet de l’étude de notre consœur, la plupart des monastères cisterciens ont disparu ou ont perdu leur cloître et leurs tombeaux. Dans le seul cas de Toulouse, une quantité d’informations considérable manque si l’on tient compte de ce qui a été démoli, y compris dans les couvents franciscain et dominicain. Par ailleurs, il n’a pas été fait mention de ce qui se passait dans les immenses cimetières monumentaux (cf. Campo Santo en Italie ou à Perpignan), où se trouvaient quantité d’épitaphes, de représentations, de gisants et d’armoiries, qui manquent cruellement à Toulouse. C’était le cas du cimetière aristocratique qui se trouvait au chevet de Saint-Sernin. Il est étonné par ailleurs que le musée des Augustins conserve si peu de choses ; il y a donc eu une perte par enfouissement, par remploi de matériaux dans les différents bâtiments de Toulouse. Au sujet des pertes dont il a été question, Hortense Rolland Fabre répond que sur les 60 couvents étudiés dans le cadre de sa thèse, 80 % environ du corpus sont totalement détruits ou inexploitables.
La Présidente donne ensuite la parole à Guillaume Terrasson, qui voudrait signaler l’église de Montferrand-Savès, dont le programme sculpté et peint a fait l’objet d’un article de Christophe Balagna, qui attribue à Jourdain IV de L’Isle-Jourdain, grâce aux liens avec le contexte personnel et seigneurial du personnage. Ce décor met également en scène un affichage armorial et imagé de la famille, et daterait de la même période que la fondation des Cordeliers de L’Isle-Jourdain. Virginie Czerniak confirme qu’à des fins de comparaisons, notre consœur aura intérêt à élargir son point de vue vers des édifices extérieurs au contexte dominicain et franciscain ; elle pense en particulier au programme pictural disparu (mais connu par des sources) de la « sacristie » de la collégiale de La Romieu, sur lequel elle travaille actuellement, et qui met en valeur le lignage d’Arnaud d’Aux.
Clémentine Stunault demande enfin si les couvents urbains sont fondés avant les autres, si des influences sont constatées et si le succès des couvents des ordres mendiants a entraîné la désaffection des autres établissements. Hortense Rolland Fabre répond que les couvents urbains ne sont pas forcément antérieurs aux autres. Par ailleurs, l’étude des testaments montre que les demandes de sépultures sont également réparties dans tous les édifices religieux, mais il apparaît clairement que l’arrivée des Mendiants dans une agglomération gêne, car on constate alors une opposition des autorités ecclésiastiques installées sur place, en particulier du clergé séculier. Cela se règle généralement par des accords qui réglementent les droits de sépulture. La concurrence existe donc réellement.

La Présidente remercie Hortense Rolland Fabre et donne la parole à Daniel Cazes pour une question d’actualité concernant le fonds de notre consœur défunte Jeanne Guillevic, conservatrice du Musée Georges-Labit, à qui nous avons rendu hommage il y a près d’un an. Notre ancien Président a récupéré certaines de ses archives qu’il propose de déposer à la SAMF. Ces archives comprennent : un petit fonds de livres et de catalogues, un petit dossier d’archives concernant l’histoire de sa carrière et sa thèse de l’École du Louvre intitulée Étude iconographique et catalogue de la collection Zarifi au musée de Marseille et de la collection Fauverge au musée de Toulon. Il s’agit de l’étude d’œuvres provenant d’Inde, du Sud-Est asiatique, de Java, du Tibet. Ce gros catalogue (4 volumes) très intéressant mérite d’être conservé dans notre Bibliothèque. Jeanne Guillevic ne souhaitait pas en tous cas que ses archives soient déposées aux Archives Municipales. Notre ancien bibliothécaire (aujourd’hui absent) et la Présidente donnent leur accord pour garder ce fonds ayant appartenu à un membre de la SAMF.
Notre Trésorier propose de s’assurer que les Musées de Marseille et de Toulon sont bien en possession de ce travail de Jeanne Guillevic car ils sont les premiers intéressés. Daniel Cazes est persuadé que les deux établissements en possèdent un exemplaire, celui qu’il a récupéré pour la SAMF étant un double de notre consœur. Guy Ahlsell de Toulza insiste sur le fait qu’à l’époque où ce travail a été rédigé, les copies se faisaient sur du papier pelure, dont on connaît la mauvaise conservation. Daniel Cazes pense être en possession d’une copie, mais dont les tirages photographiques sont excellents. Notre Présidente remercie notre confrère d’avoir fait le relais.
Laurent Macé aimerait qu’un jour soit soulevée la question importante des archives des chercheurs, qui apparaît déjà dans les différents laboratoires des universités et pour lesquelles se posent un problème juridique et surtout un problème de place. Au moment où il faudra léguer nos bibliothèques et nos archives papier et numériques, vers qui se tourner, car toutes les Sociétés savantes ne sont pas dotées de bibliothèques ou de Services susceptibles d’accueillir ces archives ? Est-ce que le stockage des archives des chercheurs fait partie des missions de la Société ?

Virginie Czerniak donne enfin la parole à Patrice Cabau pour une seconde question d’actualité concernant les récents travaux d’aménagement effectués sur la Place du Parlement. Il s’agit d’une actualité d’archéologie sédimentaire. Pour rendre plus explicite son propos, notre Directeur a juxtaposé le plan actuel et celui publié par Jules Chalande dans le Bulletin de la Société (2e série, n° 42, Séance du 4 mars 1913, p. 78, fig. 7). Il précise que la place du Parlement est de création récente puisque le plan le plus ancien figure à cet endroit une rue : la rue de l’Inquisition. Les travaux actuels ont pour but d’aménager la surface de la place en béton et en granit, en réservant quelques trous pour la végétalisation. Daniel Cazes nous avait informés le 21 janvier de l’exécution de ces travaux : il avait alors aperçu un énorme massif de maçonnerie de brique, réenfoui depuis, ainsi que le parement sud de la courtine romaine en moellons de petit appareil. Notre Directeur est allé sur place le 26 février et a constaté la présence d’un creusement destiné à une plantation ; mais la présence de vestiges avait nécessité l’intervention des Services archéologiques (Toulouse Métropole). Les photographies montrent une énorme maçonnerie de brique repérée plus au sud par Daniel Cazes (qui semble moderne). Ce massif a été entaillé par une tranchée qui a fait disparaître tout ce qui se trouvait au-dessus du terrain vierge. Du côté est apparaît le fondement en galets de la courtine romaine antique de 2,40 m de large qui doit se poursuivre au-delà. Il y a côté ouest le départ de l’extrados d’une voûte en brique coupée par la tranchée et qui enjambe la base du mur romain arrasé. Nous sommes là sous la rue de l’Inquisition, et notre Directeur se demande ce que venaient faire ces massifs de maçonnerie mis en place à cet endroit où il n’y avait auparavant pas de bâtiment. Qu’a-t-on voulu faire en construisant cette voûte au-dessus de l’ancien rempart ? Il ne s’agit certainement pas d’une cave. Daniel Cazes pense à un arc de décharge d’une construction puissante se trouvant au-dessus. La Secrétaire générale confirme cette fonction d’arc de décharge d’un mur de fondation pour l’avoir vue dans les caves de l’Hôtel Maurand. Daniel Cazes regrette que l’archéologie à Toulouse se fasse sans problématique d’ensemble, car ce lieu est certainement riche en vestiges avec en premier lieu l’enceinte romaine et la Porte Narbonnaise ; ces travaux étaient l’occasion d’élargir le sondage et de faire des fouilles, dont la richesse des résultats ne fait aucun doute. Cela en tout cas aurait été fait ailleurs, en Catalogne espagnole ou en Aragon par exemple. Coralie Machabert tient à remercier Claire Rousseau, Directrice de la maison Seilhan qui l’a informée de ce second sondage et de ce qu’il a permis de mettre au jour. Profitant du plan projeté, Daniel Cazes évoque la chapelle qui était englobée dans la construction de la Porte Saint-Michel et que l’on a désignée comme « la chapelle des comtes de Toulouse ». Il évoque également le souvenir, que Maurice Prin lui avait rapporté, de travaux effectués dans la maison qui a été bâtie vers 1820-1830 au-dessus des vestiges de la Porte médiévale Saint-Michel et concernant cette chapelle, dont les vestiges ont pu être inclus dans cet immeuble. Ces travaux avaient permis de découvrir des sculptures. Que sont-elles devenues ?
Michelle Fournié demande à quoi correspond ce que l’on appelle la Porte de l’Inquisition. Patrice Cabau répond qu’il s’agissait d’une porte gothique de l’enclos du Parlement qui s’ouvrait face à la maison de l’Inquisition (dont l’emprise est plus large que celle de la maison Seilhan). Daniel Cazes rappelle à l’assemblée que, lorsque l’on est dans la grande chapelle de la maison de Saint-Dominique, on trouve une chapelle latérale aménagée à l’intérieur de la tour de l’enceinte antique. C’est un des rares endroits à Toulouse où l’on peut entrer à l’intérieur d’une tour romaine. C’est donc un quartier passionnant où beaucoup de choses sont fossilisées.

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Séance du 18 février 2025

- Communication courte d’Émilie Nadal, La bibliothèque du couvent des Augustins : nouvelles de Biblissima
- Communication courte d’Hiromi Haruna-Czaplicki, Le don d’un manuscrit précieux à la BM de Toulouse : un fragment de la bible de Mailhac-Faber de retour dans sa ville natale ?

La bibliothèque du couvent des Augustins de Toulouse : nouvelles de Biblissima+
La bibliothèque du couvent des frères Ermites de saint Augustin de Toulouse (1268 -1789) fait l’objet d’un projet de recherche soutenu par Biblissima +, qui vise à reconstituer sa collection ancienne de livres, désormais principalement conservée à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse. On connaît actuellement 119 manuscrits recensés, principalement médiévaux, et au moins 500 imprimés. Alors que le projet vient à peine de commencer, présentation des premières découvertes et des enjeux de cette reconstitution.

Le don d’un manuscrit précieux à la Bibliothèque municipale de Toulouse : un fragment de la bible de Mailhac-Faber, le retour à sa ville natale ?

La Bibliothèque d’Étude et du Patrimoine à Toulouse vient d’acquérir par la générosité d’un donateur éclairé un fragment manuscrit d’une bible, qui est datable d’après le style de l’enluminure vers 1300. Le codex-parent, le second volume d’une bible en deux volumes, d’où il a été séparé, a jadis appartenu à quelques collectionneurs célèbres, parmi lesquels Sir Thomas Phillipps (1792-1872) et Sir Alfred Chester Beatty (1875-1968). À la suite de la vente posthume de la collection de ce dernier (Sotheby’s Londres, le 24 juin 1969, lot 57), le manuscrit a été démembré après 1976 et depuis lors ses quelques dizaines de feuillets se trouvent dispersés dans le monde entier par des ventes successives. Le rattachement au Sud-Ouest de la France de cette bible, que Peter Kidd a judicieusement dénommée « the Mailhac-Faber Bible » en invoquant les deux noms de religieux du XVIe siècle, qui ont chacun griffonné leur nom dans les marges, ce qui n’étant pas contestable, des arguments sur quelques indices artistiques et textuels indiquent Toulouse pour une possible localisation du manuscrit, la ville universitaire et religieuse, qui est alors un centre artistique et livresque en plein essor dans le Midi entre deux mers. Cette proposition nécessite bien entendu d’être nuancée en tenant compte des nouvelles observations.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, M. Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Fournié, Haruna-Czaplicki, Nadal, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Macé, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Vène, MM. Depeyrot, Keramblock, Mange, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Merlet-Bagnéris, Rolland Fabre, M. Péligry.
Après avoir ouvert la séance, la Présidente présente deux dons faits par Guy Ahlsell de Toulza : le grand panorama de Toulouse gravé par Collignon (Paris, 1642), reproduit d’après le fac-similé lithographié pour Edmond Cabié (Toulouse, 1881) ; une lettrine issue d’un antiphonaire qui prendra place dans la salle des séances.
Puis elle donne un résumé de la commission du bicentenaire qui s’est tenue mardi 11 février. La Présidente rend compte de la réunion qui s’est déroulée avec Mme Laure Barthet, Conservatrice du Musée Saint-Raymond, M. Pascal Capus, Chargé des collections, et M. David Madec, Directeur des Musées et monuments. Guy Ahlsell de Toulza et Louis Peyrusse étaient également présents pour représenter la Société. Le projet d’exposition a été évoqué de manière concrète : elle sera présentée au Musée Saint-Raymond autour des apports de la SAMF au sein des musées de Toulouse. Cette exposition aura des « antennes » dans les autres institutions muséales de la ville : la Bibliothèque Municipale, le Musée des Augustins, le Musée Paul-Dupuy. Le Musée de Saint-Bertrand-de-Comminges sera bien sûr intégré à l’ensemble et partie prenante. La liaison entre les lieux se fera sous forme de kakémonos avec des visuels. Nous disposons d’ores et déjà d’un calendrier. Nous devons remettre à Mme Barthet une liste d’œuvres. Aucune limite n’est pour l’heure fixée quant au nombre. Elle doit comprendre les œuvres les plus remarquables. Un système d’étoiles nous permettra ensuite d’établir une hiérarchie entre les objets retenus. Le « chemin de fer » de l’exposition doit également être fourni pour le début de l’année 2026. Ainsi les séances de la commission pour le bicentenaire vont être dorénavant organisées tous les mois. Il est rappelé qu’elles sont ouvertes à tous. La prochaine réunion est fixée au 11 mars à 17 h.
Virginie Czerniak dresse ensuite un bilan des envois au concours 2025. Le nombre de manuscrits dépasse celui de l’année dernière : 19 ouvrages ont été reçus ; 7 traitent de la Préhistoire, 7 du Moyen Âge, 5 des Époques moderne et contemporaine. Tous les mémoires ont été proposés à la lecture, mais pour l’instant tous n’ont pas encore de rapporteur attribué. La commission ad hoc se réunira le 17 mars pour entendre les rapports ; la Société votera le 18 mars en séance pour l’attribution des prix. Les récompenses seront remises lors de la séance publique qui se déroulera le 30 mars. Si elle se félicite du succès des concours, la Présidente regrette le manque de personnes ressources pour évaluer les travaux sur la période préhistorique. Nous allons veiller à intégrer de nouveaux préhistoriens. Par ailleurs, elle regrette l’absence de mémoires dédiés à l’Antiquité, mais elle espère que sa collègue du laboratoire TRACES, Martine Joly, qui a exprimé le souhait de rejoindre la Société, motivera ses étudiants à soumettre leurs manuscrits.
La Présidente annonce la candidature au titre de membre correspondant présentée par Étienne Lallau, archéologue, responsable de l’antenne départementale d’archéologie du Lot. Soucieux de participer à la vie de la SAMF, il a d’ores et déjà prévu de proposer plusieurs communications dès la prochaine année académique. Cette candidature sera proposée à la prochaine séance, ainsi que celle de deux nouveaux membres titulaires. En effet, deux fauteuils sont vacants : notre confrère Maurice Scellès a souhaité redevenir membre correspondant tandis que Martine Jaoul, désormais installée à Paris, a transmis sa démission. Louis Peyrusse propose que notre consœur soit nommée membre libre. Aussi, l’élection de Céline Ledru et de Christian Mange comme membres titulaires sera également soumise au vote le 5 mars.
Enfin, la Présidente nous informe d’un changement dans le calendrier des séances. Emmanuel Garland et Valérie Rousset ne pouvant maintenir leur communication, il est fait appel aux membres pour présenter une communication longue le 20 mai et deux communications courtes le 29 avril. Christian Mange est volontaire pour traiter des restaurations de Notre-Dame du Taur, le 20 mai. Virginie Czerniak et Louis Peyrusse se proposent pour effectuer des communications courtes le 29 avril. Louis Peyrusse évoquera un tableau de Louis Boulanger daté de 1855 figurant Saint Jérôme et les exilés romains. Accrochée sur un mur de l’église Saint-Volusien de Foix, l’œuvre est restée dans l’oubli.
Revenant sur les festivités du bicentenaire, Daniel Cazes se demande s’il ne faudrait pas établir une convention entre la SAMF et la Ville de Toulouse. Des échéances électorales approchent et les engagements pourraient être remis en cause. Or l’enjeu est important ; il faudrait donc formaliser l’entente actuelle. Il insiste pour préciser que les autres établissements de conservation (Archives municipales, Bibliothèque municipale et les autres musées) ne seront pas oubliés. La Présidente approuve cette idée. Elle sera discutée avec David Madec, Directeur des Musées et monuments.
Avant d’écouter les communications courtes du jour, un oubli est réparé : les membres titulaires sont invités à voter pour la réélection du Trésorier qui aurait dû être réalisée à l’occasion du renouvellement d’une partie du Bureau lors de l’Assemblée générale du 4 février. Guy Ahlsell de Toulza est réélu à l’unanimité.
Michelle Fournié fait part de sa déception de ne plus recevoir de « tiré à part » des articles publiés dans les Mémoires. En effet, selon elle, ces exemplaires participent à la communication de la science, ils peuvent être présentés en colloques ou séminaires notamment. La Présidente précise que ces impressions n’ont pas été arrêtées que pour des raisons de coût, mais aussi parce que bon nombre de membres ne récupéraient pas leurs exemplaires. Michelle Fournié suggère de n’en tirer que 5 exemplaires sans couverture, par exemple. Le Trésorier indique que, depuis 2 ou 3 ans, au moins 30 membres sur 106 ne récupèrent pas leur volume des Mémoires et la moitié des auteurs ne viennent pas prendre leurs « tirés à part ». Il ajoute qu’avec Louis Peyrusse il a pu constater que de nombreux « échanges » avec des associations étaient en réalité sans retour. Aussi, il a été décidé de réduire cette année le nombre d’exemplaires de notre publication à 200. En effet, nos Mémoires sont facilement accessibles en ligne et, par ailleurs, un fichier Pdf est transmis à chaque auteur. Daniel Cazes soutient la demande de Michelle Fournié. Il regrette lui aussi la disparition de cette tradition. Henri Pradalier suggère d’envoyer un mail aux auteurs pour les avertir de la mise à disposition des « tirés à part ». La Présidente répond que cela est effectué chaque année. Elle propose de faire cette année des « tirés à part » à la demande pour les contributeurs qui le souhaitent.

Après ces différents échanges, la Présidente invite Hiromi Haruna-Czaplicki à nous présenter une communication courte intitulée Le don d’un manuscrit précieux à la Bibliothèque Municipale de Toulouse : un fragment de la bible de Mailhac-Faber de retour dans sa ville natale ?
Virginie Czerniak remercie notre consœur et lui demande si elle a pu accéder à d’autres folios provenant de cette bible. Hiromi Haruna-Czaplicki explique qu’elle n’a pu étudier que ce fragment car les autres folios sont dispersés. Elle n’a pu les observer qu’en photographies, notamment grâce au travail de relevé des fragments documentés effectué par le donateur. Émilie Nadal trouve les comparaisons très pertinentes : elles rejoignent les récentes recherches qui mettent en évidence les liens entre les commanditaires et les artistes. Elle invite notre consœur à étudier la bible de Moissac. Hiromi Haruna-Czaplicki signale que le 4e volume, qui contient le Nouveau Testament, n’est pas encore numérisé. Émilie Nadal mentionne ensuite un tableau (liste de bibles de Paris et de Toulouse avec l’ordre des différentes préfaces de l’évangile de Luc) présenté au cours de la communication et demande : est-ce que l’hypothèse est qu’il existe des bibles parisiennes à Toulouse et qu’elles ont servi de modèles pour la bible de Mailhac-Faber ? Hiromi Haruna-Czaplicki pense que c’est sans doute par hasard que se concentrent à Toulouse des bibles parisiennes qui contiennent un ordre des préfaces considéré comme inhabituel. Néanmoins, pour copier il faut un modèle, aussi peut-être un de ces manuscrits parisiens servait-il de modèle ; cette hypothèse reste bien sûr difficile à prouver, avoue notre consœur.
La seconde communication courte est présentée par Émilie Nadal. Elle est consacrée à La bibliothèque du couvent des Augustins : nouvelles de Biblissima+.
La Présidente félicite notre consœur pour sa passionnante présentation. Elle lui demande si des activités complémentaires sont projetées (colloque, exposition) comme cela avait été le cas dans le cadre de l’étude menée sur la bibliothèque des Dominicains. Émilie Nadal confirme le désir d’organiser une exposition en partenariat avec le Musée des Augustins. Magali Vène ajoute que même si les moyens sont limités, le Musée est intéressé. Par ailleurs, Émilie Nadal explique que la demande de financement de cette recherche est renouvelée chaque année, le projet est construit sur trois ans ; un colloque pourrait être proposé au bout de la deuxième année. Magali Vène précise que Biblissima est un EquipEx, regroupant plusieurs établissements d’excellence (dont l’IRHT et l’École des Chartes) qui ont obtenu des financements très importants depuis 10 ans. Leur objectif premier est de produire de la donnée scientifique et de la publier le plus largement possible. Dans cette perspective, l’outil est adapté pour la description, le catalogage et la recherche. L’ambition est de réaliser un observatoire du patrimoine écrit. Les aspects de valorisation ne sont pas prioritaires pour le programme.
La Présidente s’intéresse à l’équipe qui travaille aux côtés d’Émilie Nadal. Notre consœur est appuyée à la Bibliothèque Municipale notamment par Catherine Peoc’h, mais elle peut compter aussi sur un large réseau à l’IRHT particulièrement. Des ressources, nombreuses et précieuses, sont disponibles ; depuis plusieurs années Martin Morard travaille à l’édition de la bible et de sa glose (en ligne sur gloss-e.irht.cnrs.fr ). De plus, les bases de données se recoupent. Les notices de manuscrit sont constituées d’un ensemble de données rassemblées.
Magali Vène remercie Émilie Nadal pour le travail qu’elle propose à la Bibliothèque et dit sa fierté d’avoir obtenu ce deuxième financement. Ce succès encourage, il témoigne que des projets sur le long terme et « classiques » sont encore possibles et soutenus. À l’issue de ce travail, une grande partie des manuscrits médiévaux de la BM sera recontextualisée et recataloguée. Tous sont numérisés et mis en ligne en lien avec la BNf.
Laurent Macé souhaite revoir l’image montrant deux combattants. Il remarque que l’un porte dans la main gauche un « bocle ». Cet équipement apparaît au XIVe siècle. Il s’agit d’un petit écu servant à l’entraînement des combattants. Notre confrère a retrouvé ce type de bocle dans le Livre des coutumes de Toulouse datant de la fin du XIIIe siècle-début du XIVe. Cet équipement est fréquemment figuré dans les manuscrits, note Émilie Nadal.
Laurent Macé demande ensuite si des traces d’éléments héraldiques ont été découverts par notre consœur. Elle répond ne pas en avoir encore relevé. Notre confrère a pourtant repéré un étendard porté par un cavalier. Il semble respecter les règles du blason, mais il faudrait l’étudier pour savoir s’il correspond à une armoirie réelle. Émilie Nadal pensait qu’il s’agissait d’armoiries de fantaisie et n’y avait donc pas prêté trop d’attention.
Michelle Fourrnié demande si la bibliothèque comporte des ouvrages en occitan en dehors du traité de Peyre de Paternas ? Émilie Nadal sait qu’il existe manuscrit latin 3312A. Les deux manuscrits conservés dans la bibliothèque des Augustins de Toulouse ont en fait été commandés par Peyre de Paternas (Toulouse, BM, ms. 174-175). Au sujet de cet auteur, Michelle Fournié mentionne le travail de Xavier Bach et précise qu’elle enverra les références à Émilie Nadal.
Daniel Cazes explique s’être toujours interrogé sur la structure exacte du bâtiment situé au sud du grand cloître des Augustins, lequel abritait la bibliothèque. Cette partie de l’édifice a été démolie autour de 1900 après le déménagement de l’École des Beaux-Arts qui occupait cette aile. Or la partie basse était médiévale ; s’y trouvait notamment la chapelle de l’Ecce homo dont les bases ont été redécouvertes il y a quelques années. À l’est de cette chapelle se trouvait le « bloc » de la bibliothèque. Des informations pourraient être retrouvées, d’une part à partir des fouilles récentes sur le futur emplacement de l’entrée du Musée des Augustins ; il subsiste par ailleurs aussi des plans. Lors de la destruction du bâtiment, l’escalier de la bibliothèque était encore en place, du moins dans sa forme du XVIIe siècle. La bibliothèque devait être constituée de deux niveaux. Les lithographies de l’époque romantique révèlent que l’accès au grand escalier devait se faire par une première volée de marches qui empiétait sur la galerie du cloître. Daniel Cazes a remarqué lors de visites de cloîtres canoniaux ou de monastères que cette disposition était fréquente pour la bibliothèque et les archives, souvent réunies. C’est le cas notamment pour le cloître de la cathédrale de Gérone. Notre confrère émet une hypothèse : la bibliothèque des Augustins était à l’étage (pour des raisons de conservation), ET peut-être le rez-de-chaussée servait-il de scriptorium. Les découvertes des archéologues éclairent peut-être à ce sujet.
Virginie Czerniak indique qu’un rapport de fouilles existe. Elle avait été sollicitée pour produire une étude des fragments d’enduits peints retrouvés. Néanmoins, elle n’a jamais eu l’occasion de le consulter en intégralité ; il n’a, à sa connaissance, pas été publié.
Magali Vène revient sur la partie archives et demande si des registres sont conservés. En effet, l’étude des reliures est très intéressante pour ces fonds et les documents d’archives, datés, permettent souvent d’avancer sur ces questions. Émilie Nadal n’a pas encore de réponse pour le fonds des Augustins. Un fonds a été étudié par Pierre Salies, signale Louis Peyrusse. Michelle Fournié ajoute que Thomas Falmagne s’y est intéressé aussi.

Séance du 4 février 2025

Assemblée générale annuelle.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Bessis, Brouquet, Cazes, Fournié, Pradalier-Schlumberger, MM. Garrigou Grandchamp, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Jiménez, Ledru, MM. Depeyrot, Imbert, Mange, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Dumoulin, Lamazou-Duplan, Nadal, MM. Balty, Cazes, Garland, Kerambloch, Macé, Séraphin, Sournia.

La Présidente ouvre la séance et présente deux ouvrages donnés à notre bibliothèque :
-  L’abbaye de Lagrasse. Art, archéologie, histoire. Actes des journées d’étude des 14-15 septembre 2012. Publication des Archives Départementales de l’Aude, Carcassonne, 2013, sous la direction de Nelly Pousthomis et Sylvie Caucanas, ouvrage offert par notre consœur Sylvie Caucanas ;
-  Henri Pradalier, 1096, consécration de l’autel de Saint-Sernin par le pape Urbain II, éditions Midi-Pyrénéennes, collection « Cette année-là à Toulouse », 2024 – ouvrage offert par l’auteur.

Après s’être assurée qu’aucun candidat ne se présente pour les postes à pourvoir, Virginie Czerniak invite les membres titulaires à procéder à la réélection du Directeur et de la Secrétaire adjointe.
Patrice Cabau et Coralie Machabert sont reconduits dans leurs fonctions.

La Compagnie se constitue ensuite en Assemblée générale et il est procédé à la lecture des rapports.
Virginie Czerniak lit le rapport moral de la Présidence.
Chères consœurs, chers confrères,

Il me revient comme chaque année de dresser le bilan des activités de notre société. Un rendez-vous qui est l’occasion d’apprécier le dynamisme de nos membres et la régularité de nos engagements respectifs au sein de cette belle institution que nous contribuons toutes et tous à faire vivre et rayonner et ce quel que soit notre degré personnel d’implication. Il convient de souligner cela en rappelant que le simple fait de participer aux séances fait vivre la SAMF.
Cette vie académique et intellectuelle, rythmée par la mise en ligne systématique des PV de nos séances et la publication de nos Mémoires, que nous devons au formidable travail d’Anne-Laure Napoléone et de Coralie Machabert, est assurément source d’inspiration et génératrice d’un intérêt continu. Pour preuve, les candidatures au statut de membre correspondant que nous avons le plaisir de traiter chaque année, celle écoulée ayant été marquée par l’arrivée de Guillaume Terrasson, Clémentine Stunault, Georges Depeyrot et Florian Gallon.
Les concours de la SAMF confirment tout autant cette attractivité avec un concours 2024 marqué par 13 postulants aux lauriers académiques et une grande qualité générale des travaux qui a très favorablement impressionné les membres du comité de lecture.
La notoriété de la Société Archéologique du Midi de la France, l’estime qu’elle suscite, nous avons pu également l’apprécier au cours de cette année à la faveur des échanges engagés avec les instances muséales toulousaines dans la perspective des festivités du bicentenaire qui se dérouleront en 2031. Ainsi, la présentation de nos projets aux dites instances, notamment celui de l’organisation d’une exposition retraçant le rôle majeur joué par la SAMF dans la création et l’enrichissement des musées toulousains et la sauvegarde du patrimoine, a bénéficié d’une écoute des plus enthousiaste. Une attention manifeste qui a permis d’amorcer aisément la mise en œuvre d’un calendrier précis assorti d’un cahier des charges dont le contenu intellectuel nous incombe. Une heureuse projection de collaboration, que nous détaillerons au sein de la commission du bicentenaire, à laquelle je le rappelle chaque membre de la Société est invité à participer, qui ancre dorénavant nos projets dans le concret et nous ne pouvons que nous en féliciter.
La renommée dont bénéficie la SAMF repose principalement sur la valeur scientifique de ses travaux exposés en séance et ceux proposés depuis notre AG du 6 février 2024 ont été d’envergure et particulièrement diversifiés.
L’architecture civile médiévale fut à l’honneur avec deux communications. Une première qui eut pour objet la présentation par Diane Joy, Anne-Laure Napoléone, et Pierre Garrigou-Grandchamp des maisons du bourg aveyronnais de Le Minier qui doit son nom et sa richesse architecturale des XIIIe et XIVe siècles à une mine d’argent exploitée dès 1214. Ce brillant exposé en trio nous a permis de découvrir une architecture s’inscrivant dans la diversité sociale et témoignant de la large diffusion des caractères urbains les plus signifiants dans de très petites agglomérations.
La seconde présentation dédiée aux maisons médiévales nous fut proposée par Anaïs Charrier qui a remarquablement dressé le bilan de ses recherches consacrées à l’architecture domestique de la ville de Cahors, nous proposant une synthèse de ses avancées considérables sur le repérage réalisé dans la cité cadurcienne – 500 maisons recensées à ce jour contre 300 il y a une vingtaine d’années – mais aussi sur le suivi de ce bâti avec pas moins de 130 façades restaurées entre 2012 et 2024.
Les vitraux furent par quatre fois mis en lumière et, fait remarquable, pas pour le Moyen Âge comme nous aurions pu nous y attendre, mais pour le XVIe siècle avec la toute récente présentation des vitraux de l’église de Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot par Aurélia Cohendy qui a démontré de façon magistrale le rayonnement d’un atelier issu du Limousin. Puis l’intérêt porté à ce medium au XIXe siècle fut évoqué par Louis Peyrusse avec la remarquable étude iconographique de la République universelle du peintre verrier Louis Bourdieu et enfin le XXe siècle avec une première synthèse des travaux de Nicolas Bru. Ce dernier a partagé avec nous l’avancée de ses recherches sur Charles Plessard, compagnon des Ateliers d’art sacré qui fut particulièrement actif entre 1930 et 1963, réalisant pas moins de 48 décors peints monumentaux et 38 ensembles de vitraux dont 15 verrières dans l’église de Mazamet. Nous avons également profité en avant-première de la présentation par David Madec, directeur des Musées de Toulouse, du projet de vitrail pour la rose occidentale de Saint-Sernin de Toulouse : qu’il en soit sincèrement remercié.
De la peinture sur verre contemporaine nous sommes passés aux fortifications protohistoriques grâce à la communication passionnante de Philippe Gardes qui nous a proposé un bilan global des recherches récentes sur le sujet pour le sud-ouest de la France qui se révèle être un formidable conservatoire d’habitat protohistorique avec pas moins de 557 sites aujourd’hui identifiés pour un inventaire exhaustif à venir qui devrait en compter une bonne centaine. Notre confrère a mis l’accent sur deux lieux exceptionnels, celui de Croueau à Lanne dans les Hautes-Pyrénées, un village à cour centrale à cheval entre l’âge du bronze final et la fin de l’âge du fer, soit entre 800 et 200 avant J-C et celui de Pouydraguin dans la vallée de l’Adour qui a livré, sur le même segment chronologique, de nombreuses pièces de céramique et des tonnes d’amphore.
Depuis la protohistoire nous avons pu par quatre fois cette année plonger dans le contemporain grâce à Nicolas Bru et Louis Peyrusse comme précédemment évoqué, mais aussi Coralie Machabert et Christian Mange, la période contemporaine faisant ainsi presque jeu égal avec le Moyen Âge ce qui n’est pas si fréquent ! Mais le Moyen Âge n’est jamais très loin puisque Coralie nous a avec brio, comme à l’accoutumée, livré tous les secrets de l’élaboration du projet de Carlos Sarrabezolles pour le square de Saint-Étienne de Toulouse qui n’était autre qu’un monument dédié à la gloire de Raimond IV et du Languedoc. Nous sommes restés à Toulouse avec Christian Mange qui nous a offert un très beau panorama des travaux du célèbre Henri Bonis, peintre décorateur lauréat du grand prix municipal de Toulouse en 1888 et très apprécié du milieu franc maçon.
Outre les maisons, la période médiévale a été au cœur des présentations d’Emilie Nadal qui a ouvert l’année académique le 15 octobre dernier en nous exposant ses nouvelles pistes passionnantes autour d’un probable enlumineur toulousain ayant pu décorer la Chanson de la croisade, un cheminement proposé à partir de fragments mis au jour en 2016 et étayé par des comparaisons avec le célèbre Décret de Gratien des années 1290-1310 conservé à la BnF. Puis, deux de nos confrères récemment élus partageaient leurs travaux : Gabriel Imbert nous a présenté ses premières réflexions très intéressantes sur le grand Christ en croix de Saint-Sernin de Toulouse si mal connu et Guillaume Terrasson nous a dévoilé le contenu du testament inédit d’Amanieu II d’Armagnac mort en 1318, mettant brillamment en exergue un rayonnement de ses legs probablement à dimension politique.
Toujours pour le Moyen Âge, Chantal Fraïsse est revenue aux origines de l’abbaye de Moissac grâce à son formidable travail sur les graffiti de l’autel préroman de l’abbaye, proposant de manière pleinement convaincante d’identifier une partie de ces derniers à la mention d’un plaid carolingien validé par les témoins, des aristocrates locaux garants de sa validité pérennisée de manière emblématique par des inscriptions sur l’autel sacré.
Et l’Antiquité dans tout ça ? Elle fut bien présente grâce à l’étude magistrale proposée par Jean-Charles Balty d’une tête de jeune homme découverte en 1924 à Montmaurin, interprétée jusqu’à présent comme une Imago maiorum, une image d’un ancêtre du propriétaire de la maison, mais que notre éminent confrère révèle comme appartenant à un type de buste issu du milieu impérial, probablement un procurateur équestre affranchi, agent de l’empereur œuvrant à la surveillance des gouverneurs de province pour ce dernier. Une sculpture importée de Rome qui positionne de fait la villa de Montmaurin comme le centre d’un domaine de tout premier ordre, lié au pouvoir impérial.
A l’issue de ce bilan, nous nous réjouissons donc de la qualité de l’ensemble des exposés partagés et de leur grande diversité, diversité de mediums et de chronologie, pleinement en adéquation avec l’esprit de la Société Archéologique du Midi de la France.
Et après le bilan il convient d’évoquer les projets pour l’année à venir. Ils s’inscrivent dans la continuité et l’accélération et tiennent en trois points :
• entretenir la qualité de nos travaux académiques
• enrichir, pérenniser et assurer une meilleure diffusion de notre chaîne YouTube
• accélérer significativement la préparation de nos actions pour 2031.
Des travaux déjà mis en œuvre par Anne-Laure Napoléone, Coralie Machabert et Daniel Cazes, qu’il faut instamment remercier et épauler activement.

La Présidente donne ensuite la parole à Christian Péligry pour son rapport sur l’activité de la bibliothèque en 2024.
Je ne me sens plus habilité à faire un rapport d’activité officiel puisque, officiellement, depuis l’année dernière, je ne suis plus bibliothécaire-archiviste. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne s’est rien passé, et, en attendant la relève, qui tarde un peu à venir, je vous donne, pour la dernière fois sans doute, quelques nouvelles de la bibliothèque. Le volume LXXXII des Mémoires sorti des presses au mois d’août 2024, a fait l’objet d’un envoi postal en direction de 135 sociétés savantes françaises ou étrangères pour enrichir, par échange, notre propre collection de périodiques. Louis Peyrusse et Guy Ahlsell de Toulza ont bien voulu se charger de la mise sous pochette des volumes et de leur expédition. En ce qui concerne le Bulletin, plusieurs membres de la SAMF déploraient l’oubli de 300 pages lors de la numérisation effectuée par la Bibliothèque nationale de France. Après de laborieuses négociations, cette lacune est désormais comblée ; il n’y a plus de trou dans la couverture numérique du Bulletin consultable en ligne. L’exceptionnel fonds d’archives qui nous renseigne sur les fouilles menées à Saint-Bertrand-de-Comminges, pendant un demi-siècle, entre 1920 et 1970, est en cours de numérisation grâce à une convention signée en janvier 2023 avec le Conseil général de la Haute-Garonne. A ce jour, les 1200 plaques de verre du fonds Bertrand Sapène ont déjà été reproduites par les Archives départementales. Enfin, avec Jacques Surmonne et Geneviève Bessis, nous avons poursuivi la rédaction du catalogue qui permet de connaître avec de plus en plus de précision le contenu de notre bibliothèque.
Celle-ci, depuis les origines, s’est construite au fil des ans, non pas en fonction d’une politique d’acquisitions délibérée, confortée par un budget reconduit chaque année, mais de façon plus pragmatique, au gré des échanges avec d’autres sociétés savantes, et en bénéficiant des dons ou des legs effectués par l’un ou l’autre de ses membres. Notre bibliothèque reflète donc les préoccupations intellectuelles des donateurs et les priorités du moment, tout en se développant autour des centres d’intérêt qui ont toujours été les siens, à savoir l’étude et la sauvegarde des monuments du Midi de la France. Émile Cartailhac est à l’origine de nombreux dons, parmi lesquels figure un incunable toulousain d’une extrême rareté et d’une grande valeur : la Bibliothèque nationale aurait bien voulu alors l’acheter pour la somme de 3000 francs ; mais il n’était pas à vendre ! En 1910, à la mort de Paul de Castéran, les papiers de celui-ci et sa bibliothèque pyrénéenne furent légués à la Société archéologique. La liste serait longue s’il fallait énumérer les documents de toutes sortes, offerts par tel ou tel membre à la bibliothèque, qu’ils soient manuscrits, dactylographiés, imprimés ou même graphiques : dessins de Jules de Lahondès ou de Maurice Prin, cartes dressées par Jean Coppolani , aquarelles de Pierre Belin, tapuscrits de Marcel Durliat et de Joseph Anglade, donnés par Jean Penent, ensemble de livres sur l’Auvergne ayant appartenu à Jean-Luc Boudartchouk, volumes offerts par Louis Latour, Maurice Scellès, Bruno Tollon, Pierre Garrigou-Grandchamp, Louis Peyrusse, Guy Alhshell de Toulza et tant d’autres. Parmi les acquisitions récentes, je mentionnerai le catalogue de l’exposition consacrée à saint Thomas d’Aquin en 2023 ou le catalogue de l’exposition Pifteau, publié la même année ou encore les archives du baron de Rivières, secrétaire-adjoint puis archiviste de notre compagnie, acquises en 2008. Le Bulletin porte bien souvent témoignage, au fil des séances, de ces enrichissements. Avec le recul, on voit que les ecclésiastiques et les instituteurs, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, fournissent le contingent de chercheurs qui ont alors le plus contribué, sans doute, à la vie de la Société archéologique du Midi, de par la multitude de leurs publications. Ainsi, Xavier Barbier de Montault, Léonce Couture, Mgr Pierre Battifol, David Cau-Durban, Jean Contrasty, Marius Milhau, Guillaume Lafforgue, Antoine Degert, Jean Barbier, Jean Lestrade, Firmin Galabert, Raymond Corraze, Célestin Douais, le chanoine Auriol, Mgr Clément Tournier, pour ne citer que ces érudits en soutane, ont régulièrement alimenté notre Bulletin et nos Mémoires en faisant part à leurs confrères des découvertes qu’ils avaient faites au sein des bibliothèques, des archives ou sur le terrain. Nous leur devons des centaines d’articles, dont on peut retrouver le signalement dans le catalogue en ligne ; ils ont souvent récolté des prix lors du concours annuel. Parmi les instituteurs, j’ai une pensée particulière pour Albert Carrière, qui enseigna à Peyreleau, dans la région de Millau, peu après la Seconde Guerre mondiale. Il parvint à accumuler une masse considérable de matériaux et de notes sur son petit pays, en utilisant, plus d’une fois, le Journal de l’Aveyron pour publier le résultat de ses recherches. Nous conservons une vingtaine de ses travaux, imprimés ou restés à l’état de manuscrits. Curieux de tout, Albert Carrière, qui correspondait avec son compatriote Émile Cartailhac, fut couronné à plusieurs reprises par notre Société.
Les membres correspondants, actifs en Normandie, dans le Nord, le Centre ou l’Est de la France, voire à l’étranger, ont, eux aussi, offert des tirés à part à la Société archéologique qui devint ainsi, par le fait même, dépositaire de travaux relatifs à d’autres régions que le Midi : Joseph de Baye, par exemple, envoya depuis Moscou à Émile Cartailhac, le texte d’une conférence qu’il venait de prononcer ; quant aux nombreux rapports et articles publiés par Paul Gauckler, responsable des fouilles effectuées en Tunisie, ils ont été donnés par son oncle, le docteur Elie Tachard, qui fut un membre éminent de notre société. Ainsi, nos collections n’ont pas un simple caractère local ou régional ; grâce à son rayonnement, la Société archéologique du Midi de la France a reçu et reçoit toujours, à la suite d’échanges ou en signe d’hommage de la part de confrères étrangers, des documents qui introduisent dans nos collections l’idiome de leur pays ; les langues les mieux représentées sont, bien sûr, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portugais ; mais on note dans une moindre mesure des livres, des articles ou des périodiques publiés en catalan, en languedocien, en basque, en polonais, en roumain, en tchèque ; on relève même, en quantité infinitésimale, (on parlerait de traces, en chimie), des traces de norvégien, d’arabe, de russe, de serbe (la langue serbe utilisant les caractères cyrilliques) ; et n’oublions pas le fac-similé d’un papyrus écrit en démotique (c’est-à-dire l’écriture cursive utilisée par les scribes égyptiens), offert par la Bibliothèque royale en mars 1852.

Comme je le rappelais dans mon dernier rapport, cinq catalogues se sont succédé depuis les origines de la bibliothèque ; à un inventaire succinct daté de 1868 succéda le catalogue établi par Jules de Lahondès en 1905• (dont nous ne conservons qu’un seul volume) ; il y eut ensuite le fichier d’Alexandre Biscons-Ritay, réalisé sous la présidence du chanoine Auriol, puis un premier catalogue informatisé, qui servit pendant près de 20 ans, enfin le nouveau catalogue, consultable en ligne depuis 2018, qui recense aujourd’hui la quasi-totalité de nos ressources documentaires : il comporte 12.254 notices, correspondant à 10.764 imprimés, 472 manuscrits ou pièces d’archives, près de 500 revues, 516 dessins, cartes, estampes et tirages photographiques. Sans vouloir vous accabler de chiffres ou de statistiques, j’ai noté que 3627 documents ont été publiés au cours des 50 dernières années, soit 30% de l’ensemble des collections ; cela montre la vitalité de notre bibliothèque qui s’enrichit d’une façon régulière et significative.
Voici un petit florilège (ou best of, comme diraient aujourd’hui les présentateurs de télévision), des documents que je vous ai présentés ces dernières années.
PowerPoint :
• Lors des travaux de restauration qu’il effectua en 1872-1873 dans la chapelle des Anges de la cathédrale Saint-Etienne, l’architecte Edmond Chambert découvrit, en haut de la voûte, un signe tracé par un ouvrier médiéval ; il en fit le dessin et communiqua immédiatement sa découverte à la Société archéologique, le 9 mars 1872.
• Une photo prise par Édouard Privat représentait le martyre de saint Saturnin, sculpté sur le portail occidental de l’église du même nom, à Pampelune ; mais elle n’est pas parvenue jusqu’à nous. En revanche Jules de Lahondès, qui avait étudié ce monument, nous a laissé un dessin à la plume de ce bas-relief, publié en 1898 dans le numéro 22 de notre Bulletin, page 122.
• En juin 1905, les membres de la SAMF choisirent la petite cité médiévale de Cordes, qui ne s’appelait pas encore Cordes-sur-ciel, pour faire leur excursion annuelle. Accompagnés de leurs épouses et même de leurs enfants, ils ont été photographiés devant la porte de Rous, qui date du XIIIe siècle.
• Nous gardons le souvenir du double jubilé d‘Ernest Roschach et de Jules de Lahondès, fêté en 1907. Lahondès fut président de notre Société pendant 25 ans, de 1890 jusqu’à sa mort en 1915. Nous avons un autre exemplaire encadré de cette photographie, avec les noms de tous les participants qui prennent la pose devant l’escalier de l’hôtel d’Assézat, le 10 mars 1907. Marcel Dieulafoy ne faisait pas encore partie de notre Société, pas plus que son épouse, Jane, qui aurait pourtant mérité cent fois d’y être admise ; il faudra encore attendre près d’un demi-siècle avant que la première femme ne soit élue à la Société archéologique du Midi de la France.
• Rodolphe Champreux d’Altenbourg (1839-1914) fut un membre fidèle de la Société archéologique du Midi à laquelle il légua par testament, la somme de 5.000 Francs. Dans cette carte postale, datée du 18 novembre 1911, il se mettait en scène, à Venise, devant la basilique Saint-Marc, entouré de pigeons, écrivant avec espièglerie : « Avant d’être entièrement dévoré par les bêtes féroces de Venise, j’adresse à mes chers collègues un dernier souvenir ; après il ne serait plus temps ». Le marquis de Champreux devait mourir deux ans et demi plus tard.
• Ce linteau d’une maison médiévale, photographié en 1913 par Adolphe Couzi, alors secrétaire-adjoint de la Société archéologique, provient d’un village du Comminges, non loin de Sainte-Marie-de-Barousse, à la limite de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées. Il fut probablement vendu au collectionneur américain Georg Grey Barnard (1863-1938) et a désormais trouvé sa place au musée des Beaux-Arts, à Philadelphie, à l’entrée de la salle des armes anciennes. Je remercie beaucoup Emilie Nadal pour m’avoir permis de découvrir l’étonnante destinée de ce linteau sculpté qui représente une chasse à l’ours.
• En ouvrant un des livres anciens de notre bibliothèque, j’ai découvert cette image pieuse du XVIIe ou du XVIIIe siècle, découpée dans du papier ; on lui a donné la forme d’une empreinte de pas, tirée du soulier de la Vierge conservée, nous dit-on, dans un monastère de religieuses de Saragosse. Il s’agirait de la mesure exacte du pied de la Vierge (un petit pied, en vérité !). L’imagerie pieuse liée au culte marial attire aujourd’hui l’attention des chercheurs de part et d’autre des Pyrénées, notamment en Aragon où j’ai pu voir des études récentes sur ce sujet. Des images dessinées comme celles-ci ou même gravées ont été largement diffusées dans le Piémont italien, à Rome et aussi à Valence, dès le début du XVIIe siècle. J’en ai localisé deux ou trois en France, dont l’une se trouve aux Archives départementales des Deux-Sèvres.
• Ce grand dessin à la plume et au lavis de couleur provient de la collection Maurice Prin ; il fut exécuté à l’occasion d’un projet de reconstruction de l’aile d’entrée du Capitole, à la fin du XVIIe siècle, bien avant le projet réalisé entre 1750 et 1759 par Guillaume Cammas ; il s’agissait de montrer, avec précision, l’état du monument à l’heure d’engager les travaux. Je vous renvoie au savant article signé par Maurice Prin et Bruno Tollon et publié dans le volume des Mémoires de 1997, p. 111-121.
• Ce tirage photographique dû à Clément Rigal, photographe à Castres au début du XIXe siècle représente la grille de la chapelle du baptistère de l’église Saint-Jacques de Villegoudou, située sur la rive gauche de l’Agout, à Castres, non loin d’un hospice qui accueillait au Moyen Age les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Je n’ai pu l’identifier que grâce à Anne-Laure qui a diffusé mon appel au secours et grâce à Bertrand de Viviès, ancien conservateur du musée de Gaillac, que je remercie chaleureusement ici.
• C’est grâce à Bruno Tollon que nous conservons aujourd’hui le tapuscrit du Saint-Sernin publié par Marcel Durliat en 1986. En voyant les nombreuses ratures de cet ouvrage dactylographié, ses corrections, ses repentirs, ses ajouts, on perçoit le mystérieux travail de l’écriture, la quête incessante du mot juste et de la formulation la plus adéquate. Voici la dernière phrase qu’il avait écrite puis biffée en parlant de ce monument qu’il aimait par-dessus tout : « Nul doute qu’il n’ait droit de figurer parmi les lieux où souffle l’esprit ».
• Je terminerai par ce portrait, que vous ne connaissez probablement pas, sorti d’un studio photographique de Moscou, dans les dernières années du XIXe siècle. Je ne suis pas certain à 100% de l’avoir identifié, mais la lecture que je vous en propose me semble néanmoins très vraisemblable. Il s’agirait de Nikholaï Mikhaïlovich Postnikov,
un amateur d’icônes et d’œuvres d’art religieux qui vécut entre 1827 et 1897. Comment expliquer la présence de cette photographie dans nos collections ? Il faut se rappeler qu’au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, la France et la Russie s’étaient rapprochées sur le plan politique pour faire face à la coalition (appelée Triplice) que formaient l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie ; il y eut alors, entre ces deux pays, des échanges artistiques et scientifiques importants, pas seulement culturels d’ailleurs, mais aussi industriels et commerciaux ; Les russes étaient nombreux, à Paris, on se mit à apprendre le russe ; quelque 130 missions, placées sous le patronage du Ministère de l’Instruction publique, furent envoyées en Russie pour participer à des congrès ou des explorations scientifiques. C’est dans ce contexte qu’en janvier 1890, pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la Société archéologique impériale de Moscou, fut organisé un grand congrès, à l’instigation de la comtesse Ouvarof. Émile Cartailhac•, alors âgé de 45 ans, et à qui on venait de décerner la légion d’honneur ainsi que Joseph de Baye, russophile passionné, eurent la possibilité de s’y rendre officiellement, munis d’une lettre de recommandation du Ministère auprès du consul de France à Moscou. Ce document est d’ailleurs conservé à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine. Émile Cartailhac, dès son retour à Toulouse, rendit compte de sa mission à ses confrères, lors de la séance du 18 mars 1890. A la lecture de ce rapport, le Congrès archéologique de Moscou nous apparaît comme une manifestation de grande ampleur : le congrès dura près de quinze jours, 450 savants y participèrent, venus des quatre coins de l’empire russe. Bien qu’Emile Cartailhac reste discret sur ce point, on imagine que ce congrès, émaillé de réceptions, de banquets, de visites, peut-être de concerts, fut très brillant ; il nous parle surtout d’une riche exposition où l’on pouvait voir toutes sortes d’antiquités, le produit des fouilles récemment exécutées en Russie, en particulier dans le Caucase ; on pouvait y admirer des tissus, des habits, des broderies, des bijoux, des objets religieux, des icônes « dont le classement chronologique, écrit-il, désespère les plus habiles spécialistes ». Et c’est là que nous retrouvons Nikholaï Mikhaïlovich Postnikov•, collectionneur d’icônes et d’objets religieux. Au dos de la photographie, une mention manuscrite en caractères cyrilliques, précise : « 5 février 1890. Au bon souvenir de N. Postnikov »•. J’ai pu déchiffrer ces quelques lignes grâce à Geneviève Bessis qui connaissait une personne parlant le russe. La date mentionnée (février 1890), la proximité du congrès archéologique (qui venait de s’achever), le possible prêt d’œuvres d’art provenant de la collection de Postnikov, la présence de deux éminents représentants de la France, Émile Cartailhac et Joseph de Baye (lequel séjourna ensuite en Russie, jusqu’à la révolution d’octobre 1917), tout semble montrer que cet amateur d’art religieux fit la connaissance à Moscou des deux français et souhaita leur laisser en quelque sorte une carte de visite, un souvenir personnel de leur rencontre. Peut-être Cartailhac avait-il déjà quitté Moscou pour gagner Saint-Pétersbourg et Berlin dont il visita, au passage, les musées ; je ne connais pas avec exactitude la durée des étapes de son périple. La photographie de Postnikov lui serait dans ce cas parvenue à Toulouse par l’intermédiaire de Joseph de Baye qui fut, peu de temps après, en juillet 1890, élu membre correspondant de la Société archéologique du Midi de la France.
Cette photographie peut paraître anecdotique et la personnalité de Nikholaï Postnikov bien éloignée des centres d’intérêt de notre Compagnie. A mes yeux, cependant, elle symbolise le rayonnement de la Société archéologique à l’étranger, à travers un de ses membres, Émile Cartailhac, qui n’était pas encore secrétaire général (il le deviendra dix ans plus tard), à l’occasion d’un congrès prestigieux qui s’est tenu à Moscou, à 3.500 kilomètres de l’hôtel d’Assézat. À la même époque, un certain nombre de documents conservés dans notre bibliothèque (notes de voyage, découvertes de sites ou rapports de fouilles) témoignent de l’intérêt manifesté par les membres de notre Société à l’égard de l’Espagne, de l’Italie, de l’Algérie, de la Tunisie, du Maroc, de la Syrie, de la Perse. Bien sûr, la Société archéologique du Midi de la France, enracinée à Toulouse, doit compter avec les institutions municipales, départementales ou régionales, mais elle ne s’est jamais laissée enfermer dans d’étroites limites ; sa vocation n’est pas simplement locale ; elle n’est pas la Société archéologique de Toulouse ; son territoire va de la cathédrale de Bayonne chère au cœur de Bernard Sournia jusqu’à la Catalogne de Marcel Durliat, jusqu’à l’Auvergne de Jean-Luc Boudartchouk, jusqu’à la Provence de Joseph Anglade, qui fut majoral du Félibrige de 1918 à 1930. Grâce aux archives, aux manuscrits, aux images, aux imprimés que nos prédécesseurs ont accumulés et dont nous avons hérité, grâce aux publications que nous échangeons aujourd’hui avec d’autres sociétés savantes, nous savons que notre compagnie reste à l’écoute de la rumeur archéologique venue d’autres régions, d’autres pays et parfois même de lointaines contrées. Voilà les commentaires que m’inspire ce portrait de Nikholaï Mikhaïlovich Postnikov, avec lequel s’achève cette promenade à la recherche du temps perdu.

Virginie Czerniak invite enfin notre Trésorier à présenter le bilan financier de notre Société pour l’année écoulée.

Les deux rapports et le bilan sont approuvés à l’unanimité. Quitus est donné à notre Trésorier pour sa bonne gestion des finances de la SAMF.

Au titre des questions diverses, notre Trésorier et notre Directeur nous annoncent que se tiendront la semaine prochaine un Conseil d’administration et un conseil général de l’Union des Académies et Sociétés Savantes de l’Hôtel d’Assézat. Chaque académie doit donc renouveler les deux membres qu’elle délègue à l’Union. Jusque-là, Guy Ahlsell de Toulza avait le poste de Trésorier et Patrice Cabau celui de Secrétaire, le Président était Jean-Pierre Pech, de l’Académie de législation et Henri Rème représentait l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres. Les deux derniers ont décidé de ne pas se représenter. Brigitte Quilhot-Gesseaume, nouvelle Directrice de l’Académie des Sciences, a été proposée pour la Présidence.
Nous devons donc voter pour le renouvellement de nos confrères qui nous représentent à l’Union des Académies. Ces derniers sont réélus à l’unanimité.

La parole est ensuite donnée à Pierre Garrigou Grandchamp, qui voudrait donner un état du projet de la publication sur les demeures médiévales de l’Aveyron. Il rappelle que des journées d’études s’étaient tenues dans la salle Clémence-Isaure, il y a dix ans de cela, prenant la suite de deux autres traitant également des maisons du Moyen Âge, mais de façon transversale, et qui ont fait l’objet de deux volumes hors-série des MSAMF. Les données de ces journées d’étude n’avaient pu être publiées tout de suite après qu’elles s’étaient tenues, car le projet de l’ouvrage sur les demeures du Lot s’est intercalé. Mais l’entreprise est actuellement relancée, sous sa direction, ainsi que celle de Diane Joy et de la Secrétaire générale. Y participeront également : notre Présidente (avec un chapitre sur le décor), Julien Foltran et Yoan Mattalia. Elle aura par ailleurs l’appui de Maurice Scellès, de Gilles Séraphin et d’Anaïs Charrier. Notre confrère souhaite publier un volume qui s’inspirerait, pour la maquette et le plan, de celui qui a été fait sur le Lot. Il comprendrait de la même façon une première partie de synthèse, une deuxième partie avec un catalogue traitant d’une cinquantaine de sites, enrichi d’une cartographie. Contrairement à l’ouvrage publié sur les demeures du Lot, il sera aussi question ici des édifices des XVe et XVIe siècles, et le pan de bois, dont de nombreux vestiges sont conservés, fera l’objet d’une attention particulière. Il est prévu également que l’on consacre un chapitre sur l’habitat dans les établissements religieux (commanderies, granges cisterciennes, etc.). Ce projet bénéficie d’un certain nombre de ressources scientifiques et documentaires. Maurice Scellès, Diane Joy et lui-même ont parcouru pendant des années toutes les agglomérations de l’Aveyron, et les bases du Service de l’Inventaire seront ouvertes à ce projet. La Médiathèque de la Photographie et du Patrimoine sera également sollicitée ; pour pouvoir bénéficier de la gratuité, notre confrère propose d’établir un partenariat avec la SFA. Enfin, 2 PSMV ont été mis en œuvre dans le département et le Service des Archives départementales permettra l’accès gratuit à tous ses fonds. Il est prévu d’achever l’ouvrage dans les deux ans, fin 2026, car le catalogue est déjà construit à 80 %. Il a été envisagé de demander un certain nombre de subventions. Mais certains crédits seront nécessaires dans l’immédiat, notamment pour payer les photographies en provenance de la SLSSA, et aussi pour financer des aquarelles ou des écorchés d’édifices. Notre confrère fait donc une demande de 5 000 euros à la SAMF en vue de couvrir ces premiers frais.
Notre Trésorier fait remarquer que la décision est à prendre collectivement. Cet ouvrage de grand format avec couverture cartonnée sera forcément plus cher que les précédents édités au format des Mémoires. Si nous publions l’ouvrage, nous devrons également en assurer la diffusion, alors que s’il y a un éditeur c’est lui qui le fera. Sophie Brouquet évoque la famille Coste, originaire de l’Aveyron, qui a des commerces à Paris dans la rue de Rivoli et au Louvre. Gilbert Coste, l’aîné, est un mécène qui peut être intéressé par ce projet et donner des financements. Quitterie Cazes pense à une autre source de financement qui peut être importante : ce sont les « défis clés » de la Région Occitanie. Il faut remplir un dossier en passant par un laboratoire de l’Université ; il s’agit vraiment d’une aide à l’édition d’un travail scientifique fourni par une équipe. Pour cela, il faut présenter un budget prévisionnel et avoir bien avancé dans la rédaction. Notre consœur pense également que le choix du format est une bonne chose car la formule a déjà une identité régionale avec les publications sur le Lot et sera promis au succès sur le plan éditorial. Ce serait donc un hors-format remarquable de la Société Archéologique. Notre Présidente pense qu’une coédition serait le meilleur choix, car la Société n’est équipée ni pour la diffusion ni pour la distribution. Virginie Czerniak remercie notre confrère pour l’évocation de ce beau projet. Nous allons donc commencer à en parler en Bureau, et elle se chargera, via le laboratoire Traces, de faire le dossier pour les « défis clé », ainsi que de solliciter les Aveyronnais de Paris.

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Séance du 21 janvier 2025

Communication longue d’Aurelia Cohendy, Les vitraux de l’église Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot : un atelier venu de Limoges autour de 1510.

Cette communication vise à faire un état de la recherche sur le décor vitré de l’église Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot en Aquitaine. Entièrement reconstruite à la fin du XIXe siècle, cette église conserve un cycle de verrières datées du premier quart du XVIe siècle. Si l’étude de cet ensemble demeure délicate en raison des remaniements importants de l’édifice, l’analyse stylistique des panneaux anciens a révélé l’intervention d’un atelier actif dans le Limousin au tournant des années 1500.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Cazes, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Cohendy, Ledru, MM. Depeyrot, Dubois, Mange, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Rolland Fabre, MM. Ahlsell de Toulza, Garland, Garrigou Grandchamp, Macé, Péligry, Penent, Scellès, Tollon.

La Présidente ouvre la séance et annonce la réception de deux mémoires pour les concours 2025. L’un a trait à la période paléolithique  un relecteur pourra être trouvé au sein du laboratoire TRACES , l’autre travail porte sur l’architecture médiévale et l’archéologie du bâti. L’information de l’ouverture du concours a été envoyée à l’UFR et aux laboratoires de l’Université Toulouse 2 – Jean Jaurès, les membres sont invités à la diffuser autour d’eux. Les envois doivent parvenir avant le 10 février. La Présidente communique ensuite un avis de conférence : le jeudi 6 mars à 18 h, aux Archives départementales de la Haute-Garonne, Christine Dousset-Seiden, professeur émérite en Histoire de l’UT2J, parlera d’Olympe de Gouges, héroïne du féminisme.
Puis la parole est à Aurélia Cohendy pour une communication longue sur Les vitraux de l’église Sainte-Catherine de Villeneuve-sur-Lot : un atelier venu de Limoges autour de 1510.
La Présidente félicite notre consœur pour cette communication passionnante. Elle souligne que l’étude du vitrail est particulièrement complexe, les œuvres sont difficiles d’accès et souvent en partie démantelées et restaurées. Virginie Czerniak souhaite savoir si les analyses présentées peuvent être étayées par des données archivistiques : existe-t-il des documents sur l’atelier de Limoges, Magnac-Bourg ou Villeneuve-sur-Lot ? Aurélia Cohendy répond par la négative. Elle signale toutefois qu’un travail a été effectué en 2011 par Françoise Gatouillat et Karine Boulanger pour l’Auvergne et le Limousin, dans le cadre de la série du Recensement des vitraux anciens de la France (comité français du Corpus Vitrearum). Notre consœur explique que les recherches en archives restent à reprendre dans le cadre de cette étude en cours. Des mentions d’ateliers de peintres-verriers à Limoges sont connues, en revanche les décors de Magnac-Bourg et Saint-Pierre-de-Fursac ne sont pas documentés. Des échanges avec les peintres travaillant sur l’émail sont avérés, et cette piste est aussi à approfondir. Cependant les archives semblent limitées dans le Limousin par rapport à Toulouse, ajoute Aurélia Cohendy. Notre Présidente demande si des liens apparaissent avec des peintures murales de cette région. De tels croisements n’ont pas encore été faits par notre consœur.
Louis Peyrusse relève l’extraordinaire qualité des têtes d’hommes en grisaille et le rapport de ces images avec la sculpture. Le rendu de la troisième dimension est peu habituel sur du vitrail. Ces têtes sont d’autant plus sculpturales qu’elles s’opposent aux visages féminins, pâles et presque évanescents. Aurélia Cohendy confirme les différences de traitement entre les personnages féminins et masculins. Les premiers sont lisses, tandis que, pour les seconds, une recherche d’expressivité s’affirme.
Daniel Cazes évoque les vitraux de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse, qui résultent de la recomposition de fragments de vitraux provenant de toutes les églises de Toulouse. Il avait étudié l’origine de ces fragments qui proviennent des Cordeliers, de Saint-Sernin, des Jacobins et des autres couvents toulousains. Ce travail est désormais facilité par les restaurations réalisées ces dernières années. Daniel Cazes se souvient en effet que la plupart de ces vitraux étaient très encrassés et peu lisibles. Pour les vitraux les plus anciens  certains sont du XIIIe ou du XIVe siècle  la découverte est étonnante. Dans la chapelle Saint-Pierre notamment, des grisailles de type cistercien qui étaient noires ont dévoilé leur splendeur.
Louis Peyrusse demande à Aurélia Cohendy comment le centre de production de Limoges peut être caractérisé dans le paysage verrier français ? La question est difficile, répond notre consœur. Ces régions sont moins bien fournies que d’autres où une certaine homogénéité se dégage, comme en Champagne, des ateliers et des techniques particulières sont identifiés. À Limoges, il n’y a que l’atelier évoqué ici pour Villeneuve-sur-Lot qui se distingue. Il se rencontre par ailleurs dans des vitraux plus tardifs des années 1530 à Limoges avec des remplois de cartons qui se trouvent à Magnac-Bourg. Aurélia Cohendy poursuit : il faut sans doute le penser en rapport avec le reste de la production, notamment enluminée. Louis Peyrusse précise sa question : l’atelier rayonne-t-il dans d’autres églises autour de Limoges ? Notre consœur répond par l’affirmative et cite comme exemples Saint-Pierre-ès-Liens à Panazol dans la Creuse, ainsi que Solignac. Malheureusement, par rapport aux autres centres artistiques, Limoges reste une terra incognita. La région a été peu étudiée et le corpus serait à reprendre.
Christian Mange souhaite savoir si des informations sont connues sur l’œuvre de Félix Gaudin, l’artiste qui a restauré les vitraux au XIXe siècle : était-il uniquement spécialisé dans la restauration de monuments historiques ou avait-il une production personnelle ? Aurélia Cohendy dit ne pas avoir travaillé sur ce peintre, toutefois elle précise que son atelier a surtout été actif à Paris. Des études ont été menées sur l’atelier de ce maître-verrier qui était l’un des plus importants de la fin du XIXe siècle, avec les ateliers Chigot.
La Présidente remercie encore notre consœur pour sa communication et, suivant l’ordre du jour, introduit les questions diverses. Elle profite de cet instant pour informer l’assemblée que la Société a acheté un nouvel ordinateur afin de résoudre les problèmes techniques, récurrents ces derniers temps.
Patrice Cabau revient sur les nombreux ravalements effectués sur les façades aux abords de la basilique Saint-Sernin. De janvier à mars, une intervention est programmée sur la maison, connue comme le « 7 place Saint-Sernin » du nom du restaurant qui s’y était établi. Le Directeur présente des photographies du chantier en cours. Il rappelle que la façade de cette maison se caractérise par la présence d’éléments architecturaux provenant du cloître édifié sur le flanc nord de la basilique. Parmi les plus remarquables se trouvaient des tronçons de colonnettes de marbre, qui avaient pu être observés lorsque les murs n’étaient pas enduits, avant les travaux réalisés pour le restaurant. Dans la cour du n° 11 sont également conservés des grands morceaux de pavement qui doivent venir d’une des destructions opérées dans la zone du palais abbatial et du cloître, complète Patrice Cabau. Il s’intéresse ensuite plus particulièrement à la façade ouest de la maison évoquée, actuellement dissimulée derrière un échafaudage. Il s’attarde sur le mur situé à l’angle avec la rue des Cuves Saint-Sernin. Il décrit : sur la droite de cette façade, à la base du mur, des assises de pierre sont insérées dans une maçonnerie de galets. Ces morceaux de dalles sont d’un calcaire qui peut être appelé de Boussens ou de Roquefort, utilisé aux XVe et XVIe siècles. Cette zone, auparavant enduite, a été décroûtée. Les éléments de cette pierre jaune sont sans doute des morceaux de dalles provenant des galeries du cloître. En effet, Patrice Cabau ne croit pas qu’ils puissent venir de la chapelle Notre-Dame-des-Bonnes-Nouvelles qui était au milieu du cloître, et postérieure à l’époque où était mise en œuvre la pierre dite de Roquefort ou de Boussens. Le Directeur signale par ailleurs ne pas avoir pu retrouver les tronçons de colonnettes de marbre pyrénéen type Saint-Béat qui provenaient indubitablement du cloître. La façade principale, qui regarde vers le Sud, est constituée de briques d’épaisseurs variées et de cailloux de Garonne complétés de matériaux de démolition et de la récupération systématique.

TOULOUSE, 7 PLACE SAINT-SERNIN. Base du mur ouest (XIXe s.) : maçonnerie de galets, avec assises d’éléments de dalles en calcaire provenant des bâtiments de l’ancien monastère. Cliché P. Cabau (19 janvier 2025).

Comment expliquer que les colonnes ne soient plus visibles aujourd’hui ? interroge Virginie Czerniak. Patrice Cabau indique que ces tronçons, présents en quantité, étaient pris dans la maçonnerie. Il ajoute que, au début du XIXe siècle, les colonnettes extraites de la galerie nord du cloître avaient été tronçonnées et disposées comme fondement du mur élevé à ce moment-là afin de ménager un passage le long de la basilique. La construction de ce mur avait été effectuée à la demande des habitants, alors que le terrain du cloître venait d’être vendu à un certain Arnaud Traverse. Il y a quelques années, Daniel Cazes avait également pu observer ces tronçons de diamètre caractéristique (14,5 cm) en marbre plutôt gris. Il se souvient en avoir comptabilisé moins d’une dizaine. Notre confrère savait, grâce à son passage au Musée des Augustins, que les trois maisons de ce moulon étaient parsemées de remplois de Saint-Sernin (cloître, bâtiments abbatiaux et certainement salle capitulaire). C’est en effet dans ces parages que la dalle funéraire gravée de l’abbé Bernard de Gensac († 1262) a été trouvée, ainsi que celles des abbés Ranulphe de Vassinhac († 1376) et Bernard d’Auribail († 1412). Des éléments de chapiteaux et d’escalier avaient également pu être récupérés. Daniel Cazes avait transmis un rapport au Maire de l’époque, lui conseillant d’acquérir cette maison afin de mettre à l’abri les vestiges qui la constituent. Ces pièces auraient pu enrichir un musée de l’Œuvre. Malheureusement, la démarche a échoué. Notre confrère revient aux tronçons de colonnes de la maison n° 7 et se souvient qu’ils se situaient majoritairement à la base du mur. Or, les récents travaux de réaménagement de la place ont conduit au surélèvement du niveau, peut-être sont-ils désormais masqués. Il mentionne également la présence de morceaux de marbre et de pierre de Belbèze qui peuvent être des éléments sculptés ou architectoniques.
Daniel Cazes poursuit avec l’évocation des travaux en cours place du Parlement. Lors de sa visite, il a repéré dans les profondes tranchées creusées des traces de la suite de la courtine du Ier siècle. Ce rempart fait suite à l’élément encore conservé, en tranche et en élévation, sur lequel s’appuie la maison de saint Dominique. Les segments mis au jour sont de l’épaisseur habituelle, environ deux mètres quarante, le parement est visible vers le Sud. Des moellons de pierre de Belbèze caractéristiques sont également discernables. Daniel Cazes doute que des relevés ou des fouilles aient été effectués. Plus loin dans la tranchée, au niveau de l’angle de la rue des Renforts, à environ huit mètres des façades des deux dernières maisons, notre confrère a aussi constaté la présence d’un énorme massif de maçonnerie de briques. Des éléments de parement font face vers le nord. Cette zone se situe à proximité immédiate de la porte médiévale de Saint-Michel. Cette maçonnerie serait donc plutôt médiévale.
Après cette chronique archéologique, Daniel Cazes communique des nouvelles du sentier Via Garona. La situation administrative est complexe et retarde la finalisation du projet. Pour des raisons de crédits, les panneaux informatifs ne pourront pas être installés avant l’automne. Notre confrère rappelle que la Société possède un second terrain à Martres-Tolosane. Cette propriété est mitoyenne d’une parcelle acquise par la mairie de Martres-Tolosane. Daniel Cazes ignore ce qui a motivé la Société à acheter ce terrain dans les années 1920-1930. Les archéologues délégués pour mener des recherches n’ont jamais rien publié. Notre confrère nous informe que le Maire souhaite célébrer en 2026 les premières découvertes archéologiques de Martres-Tolosane et il espère l’appui de la Société pour ce projet.

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Séance du 7 janvier 2025

Communication longue de Guillaume Terrasson, Le testament inédit d’Amanieu II d’Armagnac (+ 1318)

Cette communication présente le testament inédit d’un archevêque d’Auch, Amanieu II d’Armagnac (1261-1318). C’est dans le cadre d’un doctorat d’histoire médiévale, consacré au parcours biographique de ce prélat d’importance, que cette pièce a été exhumée des archives du Vatican à Rome. De telles pièces sont rares, et celle-ci, complétée de plusieurs inventaires de succession, devrait permettre d’éclairer le mode de gouvernement et la personnalité de cet archevêque à la longévité exceptionnelle. Après une introduction à la personnalité d’Amanieu et au contexte historique de la Gascogne auscitaine, nous verrons les sources disponibles et le détail des clauses testamentaires, dont certaines présentent un caractère assez singulier.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, MM. Balty, Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Macé, Penent, Peyrusse, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Henocq, Ledru, MM. Mange, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Dumoulin, Nadal, Rolland Fabre, Stunault, Pradalier ; MM. Balty, Imbert, Kerambloch, Péligry, Pradalier, Sournia.

La Présidente ouvre la séance et présente aux membres ses vœux pour l’année qui commence. Elle annonce ensuite que notre confrère Henri Pradalier présentera ce samedi 11 janvier à 11h00, à la librairie Ombres Blanches, son dernier ouvrage : 1096, Consécration de l’autel de Saint-Sernin par Urbain II, dans la collection « Cette année-là ». Elle signale ensuite que nous avons reçu deux ouvrages récemment parus de la collection « Duo », éditées par la DRAC Occitanie :
-  Sous les vignes de Mailhac, archéologie d’un village languedocien ;
-  L’hôtel Saint-Côme de Montpellier : du collège royal de chirurgie à la chambre de commerce et d’industrie.
Ces ouvrages sont également disponibles sur internet.

Virginie Czerniak donne la parole à Guillaume Terrasson pour sa communication longue intitulée Le testament d’Amanieu II d’Armagnac, mort en 1318.

La Présidente remercie notre confrère pour cette présentation captivante évoquant un milieu ecclésiastique qui a intéressé la SFA l’été dernier à l’occasion du Congrès archéologique qui s’est tenu dans le Gers. Elle demande si, par ses donations, Amanieu II a privilégié les établissements de son diocèse et ceux situés en périphérie pour des raisons politiques. Selon Guillaume Terrasson, le maillage religieux du diocèse montre que les abbayes sont principalement situées en périphérie, position qui peut être due à une volonté d’assurer un meilleur contrôle territorial et religieux ou encore de se garantir une relative indépendance vis-à-vis du contrôle épiscopal. Virginie Czerniak demande encore pourquoi Dame Mathe (nièce d’Amanieu II) bénéficie du legs de « deux balistes ». D’après notre confrère, le contexte est alors au conflit entre les Armagnac et les Foix, de même au niveau de Lectoure et de la Lomagne, mais il n’y a pas de témoignage de l’utilisation de ces armes. Guillaume Terrasson précise que Mathe, fille de Géraud VI d’Armagnac, a épousé en 1291 Bernard Trencaleon de Lomagne, qui devient en 1314 seigneur de Fimarcon ; ce don de balistes est à rapprocher de dommages évoqués par Amanieu lors de la chevauchée de Fimarcon (pro cavalgata Feodi Marchonis), et il faut sans doute y voir l’évocation d’un soutien militaire de l’archevêque à Berrnard et Mathe pour défendre leurs droits en Lomagne. Louis Peyrusse demande s’il est possible d’évaluer l’importance et la structure de la fortune d’Amanieu II. Guillaume Terrasson avoue que la tâche n’est pas aisée, mais il dispose de quelques éléments sur lesquels il travaille actuellement : en premier lieu, l’ensemble des ventes de ses biens – dont des textiles particulièrement onéreux ; il peut compter également sur une série d’inventaires et de comptes du diocèse, avec mention des revenus agricoles de deux archidiaconés accompagnés de bilans comptables ; il existe enfin un certain nombre d’actes concernant les revenus du diocèse. On sait par ailleurs qu’il possédait un certain nombre de seigneuries et d’aulae associées à des comptes de travaux. Il s’agit donc d’une fortune conséquente, comme le prouve l’épisode de Cazaubon : alors que le comte d’Armagnac est condamné à payer 15 000 livres au roi, il emprunte cette somme à l’archevêque. Michelle Fournié demande si notre confrère a pu comparer le testament d’Amanieu à celui d’autres prélats contemporains, notamment d’un point de vue de la distribution et des sommes affectées. Le document le plus proche, selon notre confrère, serait le testament de Bertrand de l’Isle, évêque de Toulouse, mort en 1286, qui montre de la même façon une grande générosité vis-à-vis des établissements monastiques et de ses proches. Michelle Fournié demande encore si les testaments des cardinaux étudiés par Agostino Paravicini ne pourraient pas enrichir sa recherche. D’après notre confrère, ceux qu’il a consultés semblent très concentrés sur les biens personnels, la désignation d’héritiers et les legs pieux sont beaucoup moins importants. Pour finir, Michelle Fournié conseille à notre confrère de consulter le testament de saint Louis d’Anjou, décédé en 1297. Guillaume Terrasson fait remarquer que dans le testament d’Amanieu, une bonne partie des clauses ne sont pas chiffrées et que seuls les inventaires rédigés après sa mort donnent des éléments comptables à leur sujet. Virginie Czerniak note que tous les ordres religieux ont fait l’objet de legs importants et demande si la pratique est habituelle. Notre confrère confirme cette large dotation mais fait remarquer que les ordres militaires ont été les moins bien lotis. Notre Directeur demande s’il a été possible de connaître le mobile de la rédaction du codicille. Guillaume Terrasson a pu déterminer que le nombre des exécuteurs testamentaires a été réduit de cinq à trois – les laïcs ayant été exclus – et que l’on note l’apparition d’un certain nombre de pénitences qui indiquent qu’Amanieu voit sa fin approcher. En s’intéressant à la jeunesse d’Amanieu, Patrice Cabau a pu lire que le premier acte le concernant datait de 1243 et qu’il y était dit l’un des quatre enfants de Roger d’Armagnac, vicomte de Fezensaguet. Cet acte analysé par l’abbé Montlezun (1846) serait dans le « cartulaire de Gimont », mais il ne figure pas dans la publication de l’abbé Clergeac (1905) ; P. Cabau demande si notre confrère en a retrouvé la trace. Guillaume Terrasson répond par la négative et ajoute qu’il ne dispose que de peu d’informations sur la jeunesse de l’archevêque. Notre Directeur demande enfin s’il a pu trancher entre les dates de 1261 et de 1262 pour son accession au siège archiépiscopal d’Auch. Nous savons, répond Guillaume Terrasson, que son prédécesseur décède au milieu de l’année 1261 et les nécrologes précisent la durée de son épiscopat. En faisant le calcul on aurait la date de fin août 1261, mais les premiers actes portent celle de 1262. Pierre Garrigou Grandchamp voudrait avoir des précisions sur les aulae précédemment mentionnées. Sont-elles toutes dans des résidences rurales ou en existe-t-il dans des bourgs ? Guillaume Terrasson pense à certaines d’entre elles mentionnées sans être décrites dans des bourgs peu importants comme à Barran, à Dému, à Mazères, etc. Mais le bâtiment de Gimont, auquel pensait Pierre Garrigou Grandchamp, ne faisait pas partie du diocèse d’Auch. Laurent Macé voudrait enfin revoir le sceau présenté en début de communication. Celui-ci est intéressant car il n’est pas fréquent d’y voir apparaître les armoiries du lignage sur un sceau épiscopal. Par ailleurs, il voudrait avoir des précisions sur la légende. Malheureusement, répond Guillaume Terrasson, bien que le sceau soit référencé, la légende n’est pas très lisible. Il a par ailleurs exploré cette piste sans succès aux archives françaises et vaticanes. Laurent Macé propose de regarder de près le contre-sceau pour voir si la légende est en lien avec le signe héraldique.

Virginie Czerniak remercie notre confrère et donne la parole à la Secrétaire générale et la Secrétaire adjointe pour présenter l’amorce d’un travail de dépouillement des archives de la SAMF en vue du bicentenaire en 2031. L’objectif était de faire dans un premier temps l’inventaire de tous les objets (sauvés, acquis, donnés…) qui sont passés par la Société et qui sont mentionnés dans les registres et les bulletins de la SAMF. Cet inventaire permettra de fabriquer un outil sous la forme d’un tableau Excel que les membres pourront interroger en fonction de leur spécialité. À l’heure actuelle, le dépouillement est loin d’être achevé, et les membres sont sollicités pour prêter main forte à cette entreprise. Ce n’est qu’une fois ce travail terminé qu’il sera possible d’envisager une trame du projet d’exposition pour le bicentenaire.
Coralie Machabert présente les documents qui seront stockés dans un drive pour être accessibles par tous les membres intéressés :
-  Le tableau Excel ;
-  Les images qui l’illustrent ;
-  Les photographies des registres (au nombre de 9, qui couvrent la période 1831-1900) :
-  Un vademecum expliquant le fonctionnement du tableau.
Elle montre ensuite le tableau Excel où chaque ligne correspond à un objet ou à un groupe d’objets mentionnés dans les registres alors que 19 colonnes sont à renseigner lorsque cela est possible :
1. Volume de registre – Date de séance ;
2. Titre de l’objet (tel qu’il est nommé dans le registre) ;
3. Date/ datation (menu déroulant avec périodes historiques) les dates et siècles sont ajoutés ;
4. Type de document (menu déroulant avec des catégories d’objets) ;
5. Auteur ;
6. Personne liée (généralement celle qui s’occupe de l’acquisition) ;
7. Analyse (texte intégral donné dans le registre) ;
8. Observations (informations connues par ailleurs) ;
9. Support/matériaux ;
10. Format ;
11. Provenance/propriétaire initial ;
12. Date d’entrée ;
13. Mode d’entrée (bandeau déroulant : don, achat, legs…) ;
14. Historique : exposition, cession, disparition… ;
15. Localisation actuelle du document (bandeau déroulant avec musées, bibliothèques…) ;
16. Cote/numéro d’inventaire ;
17. Sources bibliographiques (à compléter par les membres) ;
18. Images (liens avec des sites) ;
19. Intérêt spécifique (œuvre importante éventuellement prévue pour l’exposition).
Ce tableau a été complété par les documents réunis par Daniel Cazes qui avait déjà consulté ces registres pour faire les récolements des collections du Musée des Augustins et du Musée Saint-Raymond (écrit en rouge dans le tableau). Figurent également des événements importants pour l’histoire de la Société (cellules de couleur grise) ou le signalement de trouvailles archéologiques importantes à Toulouse ou dans la région (cellules de couleur bleue), thèmes qui seront vraisemblablement étudiés pour l’exposition. Une fois les objets trouvés sur le tableau, le chercheur pourra retourner au volume du registre et éventuellement au plumitif (brouillon des registres) qui n’ont pas été dépouillés (de 1849 à 1870, de 1886 à 1903, de 1914 à 1955).
La Présidente se réjouit de voir ce travail entamé : il permettra d’enchaîner sur des sujets plus concrets, quand les commissions se tiendront, et de continuer à parler du projet avec le Musée Saint-Raymond. Daniel Cazes tient à faire remarquer l’ampleur du travail amorcé, qui n’a jamais été fait jusque-là (il s’agit de milliers d’objets de la Préhistoire à nos jours). L’aide demandée aux membres pour cette entreprise doit aussi se faire pour l’identification des objets et pour déterminer leur lieu de conservation. S’il a dépouillé les registres dans l’optique de reconnaître l’origine des collections conservées au Musée des Augustins et au Musée Saint-Raymond, Daniel Cazes pense que beaucoup sont également conservés au Musée Paul-Dupuy et quelques-uns au Musée Georges-Labit ; il reste donc un travail considérable à faire. Il faudra ensuite se tourner vers les conservateurs des musées, et aussi vers ceux des archives municipales, départementales et de la bibliothèque municipale. Il se peut que certains objets ne soient pas retrouvés, ils ont pu être perdus ou volés, comme le fameux testament de Sicard Alaman qui a bien été donné à la Société par Edward Barry, mais dont personne n’a retrouvé la trace. Louis Peyrusse pense que le plus urgent est de pouvoir lire les photographies des 9 premiers registres de la SAMF. Il faut selon lui qu’ils soient consultés par le plus grand nombre de personnes pour faire une série de relectures croisées du document initial et des bulletins. La Secrétaire générale lui assure qu’ils seront mis sur le drive très rapidement. Laurent Macé pense à des chartes possédées par la Société que l’abbé Douais avait utilisées et demande s’il arriverait à les retrouver en inscrivant « manuscrit » dans la fenêtre de recherche. On lui répond que c’est en effet la marche à suivre quand tous les volumes auront été dépouillés. Notre confrère demande encore dans le cas où l’on parviendrait à retrouver des objets, aura-t-on des traces de leur statut (don, dépôt, etc.). Daniel Cazes répond que tous les musées possèdent des registres d’inventaire pour tous les objets devenus propriété de la Ville, où sont indiquées les provenances. La Société a donc donné ou cédé ces objets (cession de 1893 contre une rente payée par la Ville). Mais il en reste plusieurs centaines qui appartiennent encore à la SAMF et qui sont sous le régime des dépôts. Les musées tiennent aussi des registres des dépôts ajoute-t-il. À titre d’information et à la demande de Céline Ledru, Coralie Machabert annonce pour l’instant 562 entrées dans le tableau Excel pour 5 volumes dépouillés. Par ailleurs, le lien au drive contenant toutes les informations sera donné avec la prochaine convocation. La Présidente rappelle que la commission du bicentenaire est ouverte à tous les membres.

Au titre des questions diverses, Daniel Cazes évoque l’immeuble effondré récemment rue Saint-Rome qui a laissé apparaître la base de la tour de Serta. Il demande si l’on ne pourrait pas envoyer un courrier au Maire et à l’Architecte des bâtiments de France pour émettre le vœu que rien ne soit construit à cet emplacement. Cela permettrait d’étudier, restaurer et mettre en valeur cette impressionnante tour (que l’on voit enfin bien mieux) et les vestiges attenants. On aurait ainsi en cet endroit-clef du vieux Toulouse un paysage urbain de grande qualité, qui améliorerait l’environnement architectural, où l’on pourrait aménager une placette avec végétation, fontaine, point de repos. Il déplore également que les décors peints mis au jour aient été laissés à l’abandon, sans être ni déposés ni étudiés. Virginie Czerniak suggère de poser la question mais se doute, en considérant le prix du mètre carré dans l’hyper-centre, que cette parcelle sera très convoitée par de nombreux promoteurs. Louis Peyrusse reste sceptique tant sur la présence d’une « dent creuse » au centre de Toulouse que sur la construction d’un immeuble moderne à cet endroit.

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Séance du 3 décembre 2024

Communication longue de Jean-Charles Balty, Le “jeune homme” de Montmaurin : un haut fonctionnaire du patrimonium de l’empereur ?

Toujours très brièvement décrit à différentes reprises, le buste de « jeune homme » mis au jour dans la villa de Montmaurin n’a jamais fait, jusqu’ici, l’objet d’une étude détaillée ; celle-ci s’impose, de toute évidence, plusieurs chercheurs ayant récemment suggéré qu’il puisse n’être qu’une imago maiorum, un de ces portraits d’ancêtres que l’on gardait dans les riches domus de l’aristocratie sénatoriale romaine — ce que la documentation archéologique, tant à Montmaurin que dans les autres villae du Sud-Ouest, n’autorise nullement à envisager. Le torse nu, un paludamentum replié sur l’épaule gauche, l’œuvre appartient à un type de buste relativement rare et le plus généralement limité à Rome même. Une mise en série aussi complète que possible, menée en parallèle avec un groupe de portraits également caractérisés par le port d’un paludamentum mais dont le torse est barré d’un baudrier en diagonale, invite à reconnaître, dans les bustes du type de celui de Montmaurin, des affranchis de l’empereur (Augusti liberti) gérant les affaires du prince tant dans l’administration de l’Etat que dans celle des domaines du patrimonium impérial, dans les autres, des membres de l’ordre équestre dont plusieurs furent les gouverneurs de provinces dépendant directement de l’empereur. Les membres de la classe sénatoriale, notamment les consuls, ne portent aucun de ces signes distinctifs. On ne peut que s’étonner qu’un passage de Dion Cassius (LIII, 13), parfaitement clair à cet égard, n’ait jamais été invoqué pour rendre compte de ces différences de statut juridique ; d’autres textes antiques, latins cette fois-ci et tout aussi négligés, vont exactement dans le même sens.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Haruna-Czaplicki, Nadal, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Cazes, Garrigou Grandchamp, Lassure, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, membres titulaires ; Mmes Balty, Stunault, MM. Depeyrot, Kerambloch, Mange, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Fournié, Merlet-Bagnéris, Rolland Fabre, MM. Testard, Tollon.
Invité : M. Valentin Mallet.

La Présidente ouvre la séance et souhaite la bienvenue à deux nouveaux membres correspondants : Mme Clémentine Stunault et M. Georges Depeyrot. Elle accueille également notre invité du jour : M. Valentin Malet, étudiant à l’ISPRA (École formant aux métiers de l’audiovisuel) chargé des enregistrements des podcasts pour notre chaîne Youtube cette année. Pour rappel, trois épisodes sont programmés : notre confrère Christian Mange débutera le cycle avec une présentation des peintures du XIXe siècle de Notre-Dame du Taur, en cours de restauration ; Michelle Fournié interviendra ensuite au sujet des dévotions à l’église de la Daurade ; enfin, Anne-Laure Napoléone traitera des maisons médiévales de Toulouse. La Présidente souhaite rencontrer la Direction de l’ISPRA pour discuter de la possibilité de pérenniser ce partenariat. Par ailleurs, les démarches pour le recrutement d’un webmaster sont engagées.
Elle poursuit par un point d’actualité : le vitrail de Jean-Michel Othoniel ornant le grand oculus de la façade occidentale de la Basilique Saint-Sernin a été inauguré samedi 30 novembre. Certains des membres ayant assisté à l’évènement partagent leur appréciation de cette œuvre, jugée conforme au projet qui nous avait été présenté par M. David Madec, Directeur des Musées et Monuments.
La parole est ensuite à Jean-Charles Balty pour une communication longue intitulée Le « jeune homme » de Montmaurin : un haut fonctionnaire du patrimonium de l’empereur ?
La Présidente remercie notre confrère pour sa brillante et passionnante démonstration. Elle est totalement convaincue par le magistral développement proposé autour des bustes héroïsés portant, sur l’épaule gauche, un paludamentum avec fibule. Elle le remercie également pour la découverte des réseaux de fonctionnaires proches de l’empereur. La Présidente demande des précisions quant à la date de la restauration du buste de Montmaurin. Elle est très récente, répond Jean-Charles Balty, qui signale attendre des photographies de l’œuvre juste avant sa restauration. Il a trouvé une reproduction  de mauvaise qualité  de l’état antérieur dans un document publié par la mairie. Les cassures y sont nettement visibles. Notre confrère pense qu’une partie des épaufrures et griffes a également été masquée lors de la restauration. Il ajoute n’avoir jamais vu un épiderme de marbre de cette apparence, presque « saucé » ou ciré. De plus, l’emplâtre ajouté sur la tempe droite interrompt le tracé des mèches très fines visible sur l’autre côté. Le parti adopté pour la restauration de cette œuvre est pour le moins curieux.
Virginie Czerniak remarque que le modèle de Montmaurin semble très juvénile en comparaison des autres portraits montrés, notamment celui de Sancaize (Nièvre). Notre confrère est prudent sur la question de l’âge, toujours subjective. De manière générale, il est toujours difficile de donner un âge à un portrait romain. Il rappelle l’exemple du portrait d’Auguste type Prima Porta créé en 27 avant Jésus-Christ et reproduit pendant 40 ans, jusqu’en 14 après Jésus-Christ, exactement à l’identique, sans la moindre indication de vieillissement de l’empereur. D’autre part, dans le cas d’un buste héroïsé, ou même funéraire, les traits peuvent être enjolivés.

Daniel Cazes trouve très intéressant le parcours des procurateurs qui peuvent avoir exercé leur pouvoir sur plusieurs grands domaines, et il relève que Montmaurin et Chiragan se situent dans deux provinces distinctes, la Narbonnaise et l’Aquitaine. Il demande alors : ces procurateurs pouvaient-ils avoir un commandement « à cheval » sur deux provinces différentes ? Jean-Charles Balty rappelle que les limites de la Narbonnaise et des provinces voisines sont incertaines. Daniel Cazes se réfère aux écrits de Michel Labrousse dans sa thèse, repris par Robert Sablayrolles, et confirme le manque d’informations sur ces limites et leurs fluctuations. Le raisonnement actuel se fonde sur les limites des diocèses d’Ancien Régime. Notre confrère se souvient avoir échangé avec Robert Sablayrolles au sujet du Couserans et des Convènes qui, peut-être, à l’époque d’Auguste, étaient dans la Transalpine (future Narbonnaise) puis sont passés dans l’Aquitaine. C’est donc un secteur où il y a eu beaucoup de mouvement. Daniel Cazes conclut : l’explication convaincante avancée par notre confrère pourrait correspondre à une redéfinition territoriale de la zone de la haute vallée de la Garonne et de ses affluents hauts-pyrénéens. En raison des extraordinaires ressources en matériaux de ces régions, une sorte de synthèse commerciale et économique a pu commencer. Jean-Charles Balty avoue ne pas avoir pensé à ce problème de passage éventuel d’une frontière entre Montmaurin et Martres. Toutefois, la distance entre les deux sites n’excède pas 30 km. Notre confrère concède que cet élément pourrait effectivement être une difficulté sur ce point précis de la démonstration. À titre comparatif, il lui semble que  sous réserve de l’expertise d’un spécialiste de l’administration de l’Empire  le procurateur d’un tractus regroupant plusieurs domaines (comme il en existe en Afrique) ne peut l’être d’un territoire limitrophe mais appartenant à la province d’à côté. Dans le cas de Montmaurin et Martres, la frontière demeure difficile à préciser. Ces deux Cités étudiées par Raymond Lizop sont limitrophes de la Narbonnaise, et c’est tout ce qu’il est possible d’affirmer.
Pierre Garrigou Grandchamp résume : le « jeune homme » de Montmaurin figure soit un représentant de l’ordre équestre soit un affranchi de la maison de l’empereur ; puis il demande : parmi les observations relevées, des indices permettent-ils de privilégier une des hypothèses ? Jean-Charles Balty répond par la négative et explique que, du point de vue administratif, les deux carrières sont absolument parallèles. Les études sur ces deux types de cursus sont nombreuses (les principales étant la thèse de Hans-Georg Pflaum, Les Procurateurs équestres sous le Haut-Empire romain et celle de Gérard Boulvert, Domestique et fonctionnaire sous le Haut-Empire romain). La thèse de Boulvert montrait parfaitement ce parallèle entre les deux carrières. Il faut rappeler que ces personnages sont de véritables fonctionnaires : ils sont payés pour exercer un officium et peuvent gravir des échelons si celui-ci est bien exercé. Boulvert a relevé des différences d’âge importantes entre des personnes au même échelon. La reconstitution de ces carrières est parcellaire. Toutefois, les travaux de Pflaum et Boulvert ont notamment révélé que les salaires entre les représentants de l’ordre équestre et les anciens affranchis étaient parfois très proches. De plus, le procurateur en second d’une province équestre peut remplacer le procurateur lui-même, ajoute Jean-Charles Balty. Tous ces éléments de proximité entre les deux carrières le font hésiter entre les deux hypothèses.
Pierre Garrigou Grandchamp remarque que le fonctionnement de la Maison de l’empereur, dont les affranchis fournissent une partie de l’encadrement de l’Empire, peut rappeler celui observé, 1300 ans plus tard, dans l’Empire ottoman, où la classe des janissaires (composée d’enfants prisonniers grecs, albanais, du Caucase…) administre l’Empire et ont des carrières étonnantes jusqu’à devenir parfois vizirs. Jean-Charles Balty confirme ce parallèle : ces personnages étaient sans doute aussi polyglottes. D’ailleurs, dans le cas romain, le plus grand nombre est au secrétariat, proche de l’empereur. Ils sont a libellis ou ab epistulis græcis ou ab epistulis latinis : ce sont eux qui traduisent, de latin en grec, les décrets impériaux. Ils sont à la chancellerie, au plus près du pouvoir. Jean-Charles Balty conclut : en l’état actuel de la documentation, sur des milliers de portraits romains, il n’existe qu’une soixantaine de bustes dont le type à paludamentum (avec ou sans baudrier) soit le décalque exact de la tenue de l’empereur. Ce parti est surprenant et atteste le caractère exceptionnel de cette catégorie de gens, peu connue jusqu’alors en dehors des textes. Cela confirme le très grand intérêt de la présentation de ce jour, souligne la Présidente.
Au titre des questions diverses, Guy Ahlsell de Toulza revient sur les démarches engagées pour le sauvetage de l’église Saint-Amans de Rabastens. Lors de sa dernière visite, il a découvert des trous dans la toiture, dont une partie menace de s’effondrer. Il rappelle que l’édifice est implanté au bord du Tarn. L’église, carolingienne, est construite sur un cimetière mérovingien. Son architecture, caractéristique du Haut Moyen Âge, présente notamment un portail étonnant avec un tympan en oméga. Tout autour de l’édifice, notre confrère avait repéré des cercles qui s’avèrent être des cadrans canoniaux, ainsi que l’a révélé un article de la Revue du Tarn. En effet, entre le VIIIe siècle et le XIIe, des cadrans solaires avec des rayons étaient gravés sur les édifices religieux afin de marquer les heures de prière pour les chanoines. À l’invitation de notre confrère, l’auteur de l’article, Didier Benoît, s’est déplacé à Rabastens. Une dizaine de cadrans a finalement été recensée sur l’église. Didier Benoît se propose de réaliser une étude de ces gravures et les communique à son ami spécialiste des cadrans canoniaux Denis Schneider. Guy Ahlsell de Toulza espère que cet élément nouveau, qui ajoute un intérêt supplémentaire à l’église, permettra d’attirer l’attention des Services des Monuments Historiques pour envisager une protection du bâtiment et des peintures murales qu’il abrite.
Puis notre Trésorier fait circuler parmi les membres trois objets provenant du même ensemble que les deux boucles en bronze doré évoquant les gargouilles de Notre-Dame de Paris qu’il nous avait présentées lors d’une précédente séance. La fonction du premier objet reste à définir. De forme conique et percé, il apparaît trop malléable pour être l’extrémité d’un carreau d’arbalète. Les deux autres pièces sont des boucles gravées. L’une est ornée d’une tête de chien en relief à son extrémité et gravé d’un écu au lion rampant contourné, deux clous servant à maintenir une lanière de cuir sont fixés sur le côté. L’autre plaque est décorée d’une aigle à deux têtes inscrites dans un écu. L’objet présente des traces de dorures, peut-être y avait-il également un décor damasquiné ou émaillé. Ces pièces ont été trouvées lors de labours sur une parcelle à proximité du Tarn, à l’emplacement du village disparu de Villoverde. Ces boucles remises par un agriculteur vont rejoindre les collections du Musée de Rabastens dirigé par notre confrère.
Daniel Cazes termine par un point d’actualité concernant les travaux en cours dans l’Hôtel Delfau, rue de la Bourse. À l’issue de la séance précédente, accompagné d’Henri Pradalier et Maurice Scellès, il a pu pénétrer dans le couloir voûté de l’entrée de la demeure et ainsi observer les murs. Jérôme Kerambloch l’a par ailleurs informé que des relevés avaient été effectués. Les Services archéologiques (Toulouse Métropole et INRAP) devraient également être présents lors de l’excavation de la cour. Le côté droit du couloir est désormais crépi. Nos confrères conservent des photographies de l’état avant restauration. Daniel Cazes s’interroge sur la nécessité de recrépir ces surfaces situées à l’intérieur du bâtiment. Il regrette que les enduits masquent des informations importantes de l’histoire de cette demeure du XVe siècle. La Présidente rappelle que les relevés et les photographies permettent de garder des traces utiles pour les futurs chercheurs. Afin de préserver ces données, elle suggère à nos confrères de réaliser un bref article illustré qui sera inséré dans notre Bulletin.

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Séance du 19 novembre 2024

Communication longue de Jean-Charles Balty, Le “jeune homme” de Montmaurin : un haut fonctionnaire du patrimonium de l’empereur ?

Cette recherche a permis de confirmer l’origine médiévale du crucifix roman de la basilique Saint-Sernin de Toulouse par l’étude minutieuse de l’objet et des techniques employées pour le réaliser, de l’inclure dans la mouvance des crucifix monumentaux précieux issus de la sphère italo-ottonienne à cause de ressemblances stylistiques, notamment avec celui de Vercelli, et d’en donner une interprétation : un christus triomphans réalisant une synthèse du mystère pascal par l’hybridation d’une crux gemmata et d’un crucifié vivant et glorieux, loin du christus patiens eucharistique du mouvement grégorien…

Présents : Mme Czerniak, Présidente, M. Cabau, Directeur, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, MM. Cazes, Garland, Garrigou Grandchamp, Péligry, Peyrusse, Pradalier, Scellès, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Henocq, Ledru, MM. Imbert, Kerambloch, Mange, Rigault, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Lamazou-Duplan, Rolland Fabre ; MM. Ahlsell de Toulza, Balty, Sournia.

La Présidente ouvre la séance et annonce la venue prochaine d’un étudiant de l’ISPRA qui poursuivra l’enregistrement des petits films documentaires qui alimenteront notre chaîne Youtube. Il y travaillera dans le cadre d’un stage comprenant la prise de vue et le montage. Virginie Czerniak fait appel aux bonnes volontés parmi les membres pour présenter des sujets sur trois dates déjà fixées, rappelant qu’il a été décidé de commencer par l’histoire et le patrimoine toulousains. Michelle Fournié se propose de faire, sur le créneau du mois de février, un sujet sur les dévotions à l’église de la Daurade. La Secrétaire générale serait disponible pour traiter des maisons médiévales de Toulouse en mai. Enfin, Christian Mange propose un exposé sur les peintures du XIXe siècle de Notre-Dame du Taur sur la date prévue pour le mois de décembre. Virginie Czerniak remercie nos confrères et ajoute qu’elle est à la recherche d’un webmaster qui puisse créer des liens rendant ces petits films accessibles depuis notre site. Cela donnerait en effet une bonne visibilité de notre Société, notamment dans le cadre de la préparation de son bicentenaire.

Au titre des courriers reçus, la Présidente annonce que nous sommes conviés le jeudi 21 novembre à 18h00 au théâtre municipal de Muret pour la présentation du livre de Martín Alvira-Cabrer, Muret 1213, la bataille décisive de la croisade contre les Albigeois. Cette invitation émane de la Société du patrimoine du Muretain et des éditions Vent Terral.

Virginie Czerniak donne enfin la parole à notre confrère Gabriel Imbert pour une communication longue intitulée Le grand crucifix roman de Saint-Sernin de Toulouse, sujet de recherche de son master, soutenu à l’Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, sous la direction de notre consœur Quitterie Cazes.
La Présidente remercie Gabriel Imbert d’avoir accepté au dernier moment d’interchanger sa date de communication avec celle de Jean-Charles Balty, empêché aujourd’hui, et lui demande s’il existe des documents sur les restaurations du crucifix par Esquirol. Notre confrère n’a trouvé aucun dossier concernant ces travaux, on sait qu’il a travaillé sur cette œuvre parce qu’il l’a signée mais on a peu d’informations sur le personnage lui-même et sur sa production ; son nom n’apparaît même pas dans les archives de la fabrique, dans l’état actuel des connaissances les concernant (archives très malmenées et bouleversées). Il était artisan bijoutier émailleur et a habité assez longtemps rue du Taur. Il avait par ailleurs un fils prêtre au diocèse de Toulouse.
Daniel Cazes remercie notre confrère pour cette communication Il reconnaît que cette œuvre l’a longtemps fasciné et dit que l’exposition de Barcelone (« El romanico y el Mediterraneo : Catalunya, Toulouse y Pisa. 1120-1180 », MNAC, Barcelona, 2008, p. 410-411, n° 104) a été l’occasion de la tirer de l’ombre. Pour préparer la notice du catalogue, Daniel Cazes avait lui aussi fait, en vain, des recherches dans les archives de la fabrique. Louis Peyrusse demande si l’étude préalable à une restauration effectuée, il y a un an ou deux, a été consultée – un examen scientifique étant prévu en 2025 par une restauratrice de bois et par une restauratrice de métal. Par ailleurs, des reliquaires de la crypte ayant été également restaurés au XIXe siècle, l’ensemble ne permet-il pas de déterminer le type d’intervention effectué par Esquirol ? Gabriel Imbert sait uniquement que beaucoup de reliquaires ont été restaurés à cette période et qu’Esquirol est intervenu pour réaliser un pavillon en cuivre pour le reliquaire de la Sainte-Épine.
Daniel Cazes rappelle qu’avant le prêt de l’œuvre au MNAC, un constat d’état avait été effectué. L’observation à la loupe binoculaire avait permis de découvrir les deux émaux authentiques, qui étaient alors invisibles. Lors de l’exposition à Barcelone, il avait été décidé par ailleurs de faire des analyses plus poussées, dont une radiographie. Celle-ci a mis en évidence deux états : le premier est une sculpture sur bois, visible à l’arrière de la tête, qui n’est pas recouverte de cuivre (le tout ayant été enduit de bronzine). Cette sculpture romane en bois était peinte et sa silhouette ne correspond pas exactement à la couverture métallique. L’idée avait alors été émise de déposer toutes les plaques de cuivre, puisqu’elles sont simplement clouées, pour dévoiler le christ roman en bois.
Virginie Czerniak demande si notre confrère a une idée du laps de temps qui sépare la création de l’œuvre romane en bois de sa couverture en métal. Sans une restauration, il reste difficile de répondre à cette question, reconnaît Gabriel Imbert qui pense cependant que ce laps de temps est relativement court : deux siècles au grand maximum. Le type de décoration qui n’apparaît plus après le XIIIe siècle peut sans doute donner une indication. Il reste donc une fourchette assez large entre le Xe-XIe et le XIIIe siècle. Il ajoute que les radiographies avaient mis en évidence la présence de stuc, qui sert soit à coller les plaques de métal au bois (cf. Christ de Verceil récemment restauré), soit de sous-couche pour appliquer les peintures.
En effectuant des recherches sur les origines de ce crucifix, Daniel Cazes a découvert qu’il avait été sauvé par la Société Archéologique. À la Révolution en effet, la basilique Saint-Sernin servait de magasin pour des œuvres provenant de différents édifices religieux de la ville. Le sauveteur du crucifix est notre fondateur : le marquis de Castellane, qui le trouva, en 1831, dans l’une des deux sacristies de la basilique. Celui-ci a alors convaincu ses confrères de la SAMF d’acheter un certain nombre de ces œuvres pour éviter qu’elles ne disparaissent. Le crucifix faisait partie de ce lot. Peu de temps après cependant, la fabrique voulut le récupérer et la SAMF le céda (vente, don ?) à Saint-Sernin en 1837. La restauration intervint alors peu de temps après. Gabriel Imbert précise que c’est une paroissienne qui finança ces travaux. Le montant des travaux pourrait indiquer l’ampleur des interventions, fait remarquer Louis Peyrusse. Celui-ci n’est pas connu, répond Gabriel Imbert. Daniel Cazes fait remarquer que ce grand crucifix est cité dans l’abondante bibliographie qui traite de la basilique Saint-Sernin et rappelle que certains auteurs accusent Esquirol d’avoir subtilisé des pierres incrustées de grande valeur et de les avoir remplacées par de la verroterie. Mais qu’en restait-il après la Révolution ? Bien des personnes ont pu se servir, pense Daniel Cazes et il lui semble difficile d’accuser exclusivement Esquirol.
Emmanuel Garland avoue s’être intéressé à ce Christ dès les années 1980, cherchant ce qu’il y avait de « roman » dans cette sculpture. Il voudrait nous soumettre un détail, également visible sur le Christ de Verceil : c’est la position des bras. Ne sachant si elle est d’origine ou si elle a été remaniée, elle ne correspond pas en tous cas à la position strictement horizontale des bras telle qu’elle se pratique dans l’Empire ottonien à la même époque. Ce que Gabriel Imbert nuance en donnant l’exemple de la croix d’Hermann. En revanche, ces bras commencent à accuser le poids du corps vers la fin du XIe siècle et le début du XIIe, notamment dans le Haut-Aragon (Christs de Ceresa, de Roda de Isabena, etc.). Il y a donc peut-être des pistes à suivre de ce côté-là car le schéma est différent de celui que l’on a en Italie à la même époque. Il ajoute que lorsque les bras sont en tension, ils restent rigides, et non incurvés comme on le voit ici. Ce détail, ajouté à la rigidité des membres inférieurs, donnerait à son avis des pistes sur le plan stylistique. Quant aux cabochons, l’observation minutieuse pourrait indiquer que 80 pour cent sont des restaurations d’Esquirol ; il en reste cependant quelques-uns d’authentiques et il serait intéressant de voir comment le restaurateur a réinséré les nouvelles pierres dans le métal. Pour cela il faudrait passer par le démontage. Il prend pour exemple celui de la majesté de sainte Foy à l’occasion des deux dernières restaurations. Pour Gabriel Imbert, au vu des photographies très détaillées auxquelles il a eu accès, il semble difficile que certaines pierres soient d’origine, seuls les deux émaux sont anciens.
Louis Peyrusse trouve les datations proposées par notre confrère un peu hautes et pense que les jambes et les pieds ont été très certainement refaits. Daniel Cazes et Emmanuel Garland en sont moins sûrs et pensent qu’il faudrait voir ce qu’il en est de l’âme de bois.

Pierre Garrigou Grandchamp voudrait reprendre les arguments de datation. Celle-ci est fondée sur la réception ou le refus de la réforme grégorienne, ce qui amène notre confrère à proposer la première moitié du XIe siècle (avant 1050). Or, la seule partie visible de la sculpture sur bois est la partie arrière du crâne. Y-a-t-il des œuvres datées de cette époque qui permettent de faire des comparaisons dans le traitement de la chevelure, qui pourrait paraître déjà extrêmement évolué pour cette date ? La Présidente trouve en effet que le traitement rappelle celui du Christ de Moissac et de l’ensemble sculpté sur pierre du portail, donc plus certainement à placer au début du XIIe siècle. Daniel Cazes pense qu’il faut s’en tenir pour l’instant aux « deux états » et que ceux-ci sont difficiles à dater pour l’instant. Il n’en reste pas moins que le traitement de cette chevelure doit être rattaché au style roman. Les plaques de métal induisent une transformation assez sensible de l’œuvre et la date de leur mise en place reste difficile à fixer. La confrontation avec les crucifix de Verceil et de Pavie est intéressante car les deux ont des visages pleins et des yeux grands ouverts alors que celui de Toulouse a les paupières un peu rectilignes et le visage un peu tourmenté. Peut-être que l’application des plaques métalliques est bien postérieure à la création de l’œuvre en bois. Gabriel Imbert fait remarquer que le dernier crucifix recouvert de métal date de 1200, mais la plupart sont de la fin du XIe siècle. Il reste cependant convaincu que cette œuvre comporte des similitudes marquées avec celles de la sphère ottonienne.
Pierre Garrigou Grandchamp demande alors si la datation repose sur l’évolution de l’iconographie, les formes ne peuvent-elles pas coexister ? Ces formes ont en effet coexisté répond Gabriel Imbert, mais la plupart des exemples de survivances sont antérieurs à la seconde moitié du XIe siècle à l’exception notable de l’Italie ou des œuvres catalanes imitant le Volto Santo. Par ailleurs, le degré de « grégorianisme » est à prendre en compte. D’un point de vue iconographique, il lui paraît donc compliqué d’avoir tous ces attributs après cette date, d’autant plus qu’à Toulouse le contexte grégorien paraît assez développé. Par iconographie, il entend : les yeux ouverts, la raideur des membres et du corps qui sont les grandes tendances permettant une datation avant le milieu du XIe siècle. Le Christ de Moissac évoqué par Virginie Czerniak et daté du début du XIIe siècle a les yeux fermés et les membres plus en tension. Pour Louis Peyrusse, il est difficile de placer cette œuvre, stylistiquement parlant, avant le XIIe siècle, et Esquirol n’a pu inventer « l’art roman » qu’il ne connaissait pas. C’est la raison pour laquelle, répond Gabriel Imbert, le dessin des décors reproduisent selon lui des authentiques puisqu’il n’y avait alors aucun moyen de trouver des œuvres de référence sur place. Il reconnaît cependant que la position des bras reste une exception dans le groupe de crucifix de cette époque. Céline Ledru demande si on est sûr que les yeux étaient ouverts avant la restauration ? n’ont-ils pas pu être ouverts à ce moment-là pour mettre la pâte de verre ? D’après les constats qui ont été faits, répond Gabriel Imbert, la pâte de verre semble ancienne, l’une d’elle est d’ailleurs descellée et il s’agit du même type du même type de matériau (la pâte de verre) qui a été utilisé à Verceil. Si un jour des restaurations amènent à l’enlèvement des plaques de métal, il serait intéressant, pense Emmanuel Garland, de voir si les yeux ont été retravaillés car pour les introduire dans la pièce de métal on a peut-être été amené à resculpter les yeux d’origines. Il ne connaît pas en effet de crucifix en bois qui aient eu les yeux incrustés, il n’y a que les œuvres métalliques qui présentent des incrustations. Il y a eu forcément transformation des yeux, reprend Daniel Cazes.
Patrice Cabau déclare qu’il y a une assertion un peu étrange, de la part de Du Mège ou d’Aldeguier dans la monographie de la basilique qu’ils ont publiée en 1854 : il est question d’un « masque d’argent qui couvrait la figure ». Il demande à notre confrère s’il a suivi cette piste. Gabriel Imbert reconnaît ne pas avoir cette information ; il savait que le Christ avait une couronne d’épines rajoutée à l’époque moderne, puis supprimée. Louis Peyrusse fait remarquer qu’il avait bien été question d’un masque romain en or pour le buste de sainte Foy, il se peut qu’il y ait eu des interprétations fantaisistes sur le visage du Christ de Saint-Sernin.
Daniel Cazes note que la datation du Christ de Verceil varie entre le Xe et le XIIe siècle selon les auteurs ; est-elle désormais fixée ? Les dernières publications indiquent le Xe siècle, répond Gabriel Imbert ; celle-ci a été fixée de manière certaine à la suite des restaurations. Daniel Cazes reconnaît que la parenté entre le décor des plaques de métal du crucifix de Verceil et celui de Saint-Sernin est frappante.
Daniel Cazes avait demandé à Maurice Prin : « Si ce crucifix n’était pas de Saint-Sernin, d’où pouvait-il provenir ? ». Celui-ci avait répondu qu’il faudrait regarder peut-être du côté du couvent de Saint-Orens (rue de Rémusat), car on y vénérait « un grand christ miraculeux ». Cette dévotion datait du XIVe ou XVe siècle, fait remarquer Patrice Cabau. Daniel Cazes répond que les frères de Saint-Orens étaient dépositaires de quelque chose de plus ancien, donc la datation du couvent ne peut être utilisée pour le crucifix. Les frères de Saint-Orens étaient d’ailleurs les descendants des « Croisiers » qui vénéraient la Sainte Croix, reprend Patrice Cabau.
La Présidente remercie Gabriel Imbert pour cette communication qui a passionné tout le monde et lui demande de tenir la Société au courant de l’avancement de ses recherches.

Au titre des questions diverses, Daniel Cazes nous annonce le retour à Saint-Sernin des trois sarcophages dans l’enfeu des comtes, après nettoyage et restauration. Le sarcophage de Pons, situé à droite, a réintégré une partie de sa façade grâce à une partie retrouvée, qui avait été faussement attribuée par Paul Mesplé à la nécropole de Saint-Sauveur (Viollet-le-Duc l’avait reconstituée en ciment). On y voit un très beau motif central, un chrisme dans une couronne tressée, avec des ceps de vigne, tout à fait typique des décors des sarcophages du Sud-Ouest. C’est l’original du grand sarcophage dit « de Guillaume de Taillefer » qui a été remis en place. Les deux petits côtés sont donc face aux murs ; ils ne seront de ce fait donc plus visibles, alors que l’un des deux présente un thème iconographique qui est un unicum dans l’iconographie paléochrétienne. Ce qu’avait reconnu l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne lorsque Daniel Cazes le lui avait présenté. Notre confrère avait proposé de le mettre dans un musée de l’œuvre de Saint-Sernin pour que toutes ses faces soient visibles, et trouve dommage que l’on n’ait pas tenu compte de ses conseils.
Il a par ailleurs noté que des travaux se font en ce moment à l’Hôtel Delfau, rue de la Bourse. Il a pu aujourd’hui pénétrer dans le couloir qui mène à la cour. Ce couloir, dont les murs étaient autrefois recouverts d’un enduit grisâtre, est couvert de 5 croisées d’ogives. Or, ces murs ont été dégagés, sous leurs anciens enduits – laissant apparaître des portes de communication avec l’espace commercial – et le sol a été abaissé. Notre confrère espère que ces travaux sont surveillés et que des photographies et des relevés ont été faits, permettant de déterminer le niveau du sol du XVe siècle, et il s’inquiète de voir qu’un caniveau en béton a été coulé. Les travaux s’étendent à l’heure actuelle dans la cour et Daniel Cazes se demande quelle suite va être donnée : le couloir est en cours d’être réenduit et les traces disparaîtront.
Enfin, Daniel Cazes nous apprend qu’il a été deux fois à Chiragan cet été pour voir où en est le projet du sentier Garona et du diverticule qui dirige les promeneurs vers le site remarquable de Chiragan, comme nous l’avons demandé. L’année dernière, un propriétaire refusant le passage sur ses terres, les négociations ont duré 8 mois de plus entre le département et le propriétaire et il a fallu changer le sens du sentier. Désormais le diverticule a été tracé et débroussaillé dans l’île de la Garonne. Le parcours est très agréable et le fait que l’île ait été abandonnée depuis de nombreuses années a permis le développement d’une flore et d’une faune extraordinaires. Daniel Cazes a demandé au Maire de Martres-Tolosane à quel moment il serait possible d’inaugurer cette installation, et ce dernier a proposé de fixer une date au printemps prochain, mais rien n’est encore décidé. Deux panneaux rédigés par notre confrère seront mis en place sur le sentier pour présenter le site de la villa. Une petite passerelle métallique a été construite sur l’écluse du canal du moulin qui était très ruinée (construite aux XVII-XVIIIe siècles avec des restes de la villa). La Présidente se réjouit de programmer cette sortie au printemps prochain et remercie de notre confrère pour ses comptes rendus.

Elle donne la parole à Pierre Garrigou Grandchamp, qui dit avoir aperçu des travaux au chevet de Saint-Pierre-des-Cuisines et une zone rasée à proximité. Daniel Cazes l’informe que l’on est en train d’aménager une grande place végétalisée qui se trouvera donc entre l’église, la nouvelle École d’Économie et la fameuse Place des rois et reines Wisigoths qui est au début du canal de Brienne. La zone du chantier est en effet sur l’emprise du mausolée wisigothique ; il ne sait pas si des fouilles sont prévues.

Louis Peyrusse annonce pour finir que le vitrail de Jean-Michel Othoniel est désormais en place dans la baie de la façade ouest de Saint-Sernin et va être inauguré le 30 novembre.

Céline Ledru nous informe qu’elle s’est permis d’apprendre l’existence de notre Société aux pompiers de la Haute-Garonne, qui sont en train de faire le plan de sauvegarde des biens culturels de l’Hôtel d’Assézat. Il se peut donc que nous recevions un message de leur part. La Présidente la remercie et lève la séance.

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Séance du 5 novembre 2024

La communication s’intéresse à un peintre méconnu, le Toulousain Henri BONIS (1868-1921), qui a décoré à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle des monuments prestigieux à Paris comme à Toulouse (la salle du Conseil municipal au Capitole, par exemple). Sa peinture décorative, marquée d’abord par le symbolisme, se déploie ensuite de manière remarquable dans les formes nouvelles, radicalement modernes, du postimpressionnisme.
Par ailleurs, cet artiste à la personnalité complexe rejoint en 1893 la franc-maçonnerie dans laquelle il s’implique et, fait tout à fait exceptionnel, il produit trois dessins majeurs qui deviennent des icônes de la symbolique maçonnique, encore appréciées aujourd’hui.


Esquisse du plafond Les Arts, vers 1906, Petit-Palais, musée de la Ville de Paris

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Haruna-Czaplicki, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, MM. Balty, Garland, Garrigou Grandchamp, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Balty, Ledru, MM. Kerambloch, Mange, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Dumoulin, Fournié, Lamazou-Duplan, Rolland Fabre, MM. Cazes, Macé, Sournia.
Invitée : Mme Marie-Dominique Labails.

Après avoir ouvert la séance, la Présidente fait circuler parmi les membres présents le catalogue de l’exposition « Cathares », Toulouse dans la croisade (éditeur In Fine, 472 p.). L’exemplaire a été offert par Mme Barthet, conservatrice du Musée Saint-Raymond, en échange de trois volumes des Mémoires que la Présidente lui a remis pour la remercier de la visite qu’elle nous avait proposée le 11 octobre.

Puis le Directeur revient sur la séance précédente afin de compléter son propos. À l’issue de la communication d’Émilie Nadal sur les dessins du manuscrit de la Chanson de la Croisade, il avait fait observer que ce manuscrit était connu depuis le début du XIXe siècle. Le premier éditeur du texte, Claude Fauriel, a fait reproduire en frontispice une des miniatures illustrant le Concile de Latran, avec, à gauche, l’assemblée des prélats et, à droite, le pape Innocent III. Ce dessin, d’origine non précisée, est probablement l’œuvre d’un jeune aristocrate, Tristan de Villeneuve-Arifat, membre d’une famille toulousaine avec laquelle Du Mège était en relation. Ainsi, dans sa réédition de l’Histoire générale de Languedoc, Alexandre Du Mège a fait reproduire les calques pris sur le manuscrit par ce dessinateur. Patrice Cabau présente la première des miniatures, issue du quatrième tome (1841) et titrée : « L’auteur W. de Tudèle lisant son manuscrit ». Du Mège affirme que la reproduction est fidèle. Notre Directeur souligne qu’il ne s’agit toutefois que d’une copie, et Louis Peyrusse ajoute que c’est ici une interprétation lithographique. Patrice Cabau montre ensuite une photographie publiée en 1931 par Eugène Martin-Chabot dans sa propre édition de la Chanson de la Croisade ; malgré la mauvaise qualité du cliché, il est possible d’y voir, à gauche, Guillaume de Tudèle devant un pupitre et tenant dans sa main droite un calame. La légende donnée par Martin-Chabot précise qu’il est en train d’écrire sa Cansos. P. Cabau insiste sur l’intérêt d’avoir une série de reproductions aussi lisibles que possible pour mieux comprendre ce que représentent ces dessins. Guy Ahlsell de Toulza indique qu’il a commencé à travailler en ce sens avec Émilie Nadal : il a déjà effectué différents essais de traitements des images afin de proposer des reproductions de qualité à publier dans nos Mémoires.
Dans un second temps, le Directeur évoque le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche (Cod. 2210*, Collectio documentorum urbem Tolosanam concernentium), présenté par Émilie Nadal lors de la séance du 15 octobre en vue de l’acquisition par la Société d’une version numérique. Il signale que ce manuscrit est connu à Toulouse par la publication faite par John Hine Mundy en 1954. Il s’avère qu’il s’agit d’un troisième cartulaire semblable aux premiers cartulaires municipaux, du Bourg et de la Cité, publié en 1931 par Robert Limouzin-Lamothe. Mundy en a fait une recension extrêmement serrée : sur 77 textes, 74 se retrouvent dans le cartulaire du Bourg (AA 1), trois autres n’étaient pas connus. Ces textes sont des actes de la commune de Toulouse ou des chartes diverses. Si Mundy a laissé quelques imprécisions (notamment sur des feuillets déchirés), il a bien établi que ces documents étaient dus à des notaires différents des équipes qui avaient travaillé sur les deux autres manuscrits de ces cartulaires municipaux. L’acquisition des clichés numériques de cet exemplaire viennois permettra de mieux apprécier la valeur de ce manuscrit par rapport à ceux qui sont déjà connus depuis longtemps.

Avant de poursuivre, la Présidente accueille notre invitée du jour qui a pris place : Mme Marie-Dominique Labails, conservateur honoraire du Patrimoine de la ville de Toulouse. Elle ajoute que la Société serait honorée de pouvoir la compter parmi ses membres et l’invite à présenter sa candidature au titre de membre correspondant.

Suivant l’ordre du jour, il est ensuite procédé à la présentation de trois candidatures au titre de membre correspondant.
Henri Pradalier expose le parcours de Florian Gallon. Puis Patrice Cabau donne lecture de son rapport sur la candidature de Georges Depeyrot. Enfin, Virginie Czerniak présente la candidature de Clémentine Stunault. Les membres titulaires sont appelés à voter à bulletin secret. Les trois candidats sont élus membres correspondants à l’unanimité.

La Présidente cède ensuite la parole à Christian Mange pour une communication longue consacrée à Henri Bonis (1868-1921), peintre maçon.

La Présidente remercie notre confrère et remarque la grande qualité de l’œuvre d’Henri Bonis. Étonnée par la précocité de l’artiste, elle demande s’il y a concordance entre son intégration à une loge maçonnique et l’obtention de ses premières commandes publiques. L’hypothèse d’une introduction dans le milieu artistique d’Henri Bonis par le biais de ses liens maçonniques ne peut être écartée, répond Christian Mange. Il ajoute qu’en 1892-1893, le peintre n’a que peu de références, il n’a pas fait d’exposition et aucune expérience n’apparaît sur son C.V. S’il ne se présente pas au Prix de Rome en 1893, c’est qu’il se consacre alors à l’apprentissage de la peinture.
Henri Pradalier revient sur la chronologie : Henri Bonis entre dans la maçonnerie en 1893, or il obtient sa première commande pour l’Hôtel de ville de Paris en 1892, c’est donc qu’il se distingue par ses qualités de peintre. Christian Mange explique que la seule référence qu’il peut faire valoir devant un jury à cette date, est le décor de la salle de bal réalisé alors qu’il est élève à l’École des Beaux-Arts de Paris. Ce travail témoigne déjà de son sens du décor. Notre confrère poursuit : en considérant que la maçonnerie ne joue pas de rôle, il est frappant de remarquer que, dès 1888, en sortant de l’École des Beaux-Arts de Toulouse, il se présente à de nombreux concours, il fait de même en sortant de l’École de Paris en 1892, sans doute poussé par ses professeurs dans cette direction. En cette période favorable de « politique décorative » portée par le gouvernement, les opportunités sont nombreuses et le tour du jeune Toulousain finit par arriver. Notre confrère appuie : Henri Bonis mène un parcours d’excellence aux Beaux-Arts et, lors du premier tour du concours pour l’Hôtel de ville en 1892, il est classé premier, devant Henri Martin. Ces éléments peuvent laisser penser que le peintre n’a pas été aidé par le réseau maçon.
Henri Pradalier souhaite connaître les autres décorateurs de l’Hôtel de ville de Paris. Christian Mange mentionne, notamment, la participation d’Henri Gervex et celle de Benjamin-Constant.
Interrogé par Henri Pradalier au sujet de la famille de l’artiste, notre confrère indique que la maison du peintre à Sengouagnet (Haute-Garonne) a été conservée comme résidence d’été. Actuellement, il est en contact avec Robert Ravaut, un des petits-fils d’Henri Bonis installé à Bordeaux. C’est lui qui a transmis la documentation inédite présentée au cours de la communication. Toutefois, les archives sont dispersées parmi les descendants, et notre confrère pense que des esquisses de concours restent à découvrir.
Louis Peyrusse s’interroge sur les raisons qui ont poussé Henri Bonis à proposer une iconographie évocatrice  dont il savait qu’elle ne pourrait être reçue par le jury  pour le concours de la salle à manger de l’Hôtel de ville de Paris. Christian Mange concède que les seules informations proviennent de l’article de Benoît Marcel qui n’apporte aucune explication. Louis Peyrusse demande alors s’il existe des informations dans les P.-V. des commissions aux Archives de la Ville de Paris. En effet, la procédure du concours devait conduire à la production d’une grande quantité et d’une diversité de projets, d’artistes renommés comme d’étudiants. Par ailleurs, notre confrère est interpellé par la volonté d’éducation populaire revendiquée par Henri Bonis : coïncide-t-elle avec les Universités populaires ? Christian Mange décèle dans l’expression de l’artiste le souhait de s’adresser aux classes « normales » et supérieures. Il ajoute que, comme les Universités populaires, les Cercles étaient des cours du soir. Ils s’inscrivent donc dans un schéma courant pour l’époque, confirme Louis Peyrusse. Ce dernier souligne l’éclectisme du peintre. Il développe : des inflexions Art nouveau se manifestent parfois, tandis que sa touche divisée emprunte au néo-impressionnisme ; toutefois son dessin est parfaitement académique, ses figures allégoriques sont très proches de la statuaire classique. Ce style est caractéristique de l’art officiel du temps. Malgré son opposition théorique aux « plafonds plafonnants », les réalisations d’Henri Bonis demeurent dans la tradition des décors publics, remarque également Louis Peyrusse. Christian Mange explique que le peintre a dû faire des concessions pour obtenir des commandes.
Henri Pradalier résume : Henri Bonis n’est donc pas à l’avant-garde, il suit, au fur et à mesure de leur apparition, les tendances pointillistes, symbolistes et Art nouveau. Christian Mange nuance : son approche murale du pointillisme le place à l’avant-garde. Son aîné Henri Martin adopte cette technique dans ces mêmes années, complète Louis Peyrusse.
Guy Ahlsell de Toulza suggère que le milieu de l’École des Beaux-Arts de Toulouse a pu pousser les jeunes médaillés à participer aux concours parisiens, autant que la franc-maçonnerie. L’implantation d’artistes toulousains dans les institutions nationales a pu faciliter l’accès des plus prometteurs aux chantiers de l’État. Il appuie à son tour : Henri Bonis est pleinement de son temps ; fidèle aux modèles iconographiques des grands décors de la IIIe République. Christian Mange précise que, dans sa trajectoire picturale, du symbolisme vers le post-impressionnisme, l’artiste remet en cause les principes artistiques tandis que son esprit contestataire s’exprime dans son inscription maçonnique. Guy Ahlsell de Toulza note ainsi que l’idéal d’un art éducateur et social que Bonis défend s’illustre tant dans son appartenance à la franc-maçonnerie que dans sa conception du rôle du peintre de grands décors.
Françoise Merlet-Bagnéris se dit étonnée par le parcours d’Henri Bonis. En effet, en étudiant l’histoire de l’École des Beaux-Arts de Toulouse à cette époque, elle a pu observer que les professeurs toulousains  dont beaucoup adhéraient à l’idéal républicain de solidarité  poussaient les meilleurs élèves à se présenter directement au prix de Rome. L’École est ainsi fière de ne pas faire subir une formation spécialisée à ses élèves venus de province. En revanche, elle n’a pas connaissance de jeunes Toulousains qui se rendent à Paris et accèdent aussitôt aux chantiers de décors publics. D’autre part, au sujet de l’affiche sur la guerre de 1914-1918 qui a été montrée, elle rappelle que l’École est restée longtemps vide parce qu’elle était transformée en hôpital militaire, tout comme durant la Seconde Guerre mondiale.
Louis Peyrusse s’intéresse au Traité de perspective écrit par Henri Bonis et se souvient que le peintre avait également rédigé un traité sur le chromisme pour les apprentis lithographes de la maison Sirven. Christian Mange confirme cette information.

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Séance du 15 octobre 2024

Communication longue d’Émilie Nadal, Un enlumineur toulousain pour la « Chanson de la croisade » ? Nouvelles pistes

Grâce à l’exposition « Cathares » qui se tient toujours au Musée Saint-Raymond et au couvent des Jacobins de Toulouse, les Toulousains et Toulousaines ont pu découvrir en personne le rare exemplaire médiéval de la Chanson de la Croisade albigeoise (la Canso en occitan), manuscrit probablement fait dans le Languedoc au début du 14e siècle, désormais conservé à la bibliothèque nationale de France (ms. français 25425). La lumière jetée sur ce manuscrit exceptionnel nous permet de proposer pour cette séance de rentrée une communication sous forme d’échanges autour de son remarquable décor enluminé, son éventuel caractère inachevé et une proposition de rattachement à un atelier qui sera soumise à la discussion.

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Haruna-Czaplicki, Nadal, Pradalier-Schlumberger ; MM. Péligry, Peyrusse, Pradalier, Sournia, Surmonne, Tollon, membres titulaires ; Mmes Jimenez, Rolland Fabre, Vène ; MM. Imbert, Kerambloch, Mange, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Cazes, Dumoulin, Ledru ; MM. Balty, Cazes, Garland, Garrigou-Grandchamp, Macé.
Après avoir ouvert la nouvelle année académique, la Présidente présente les nouveaux ouvrages qui sont venus enrichir la Bibliothèque de la Société. Nous recevons du Centre Lauragais d’Études Scientifiques, un ouvrage de Jean Ramière de Fortanier, Deux baronnies du Haut-Languedoc (2023), l’envoi est accompagné d’un prospectus de présentation des publications de la Maison des associations. Louis Peyrusse offre le Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration par Henry Havard (quatre volumes, Paris, Maison Quantin). Enfin, notre Trésorier a remis au bibliothécaire l’ouvrage de la collection « Duo » de la DRAC Occitanie : Les Virebent à Launaguet, une vitrine des arts décoratifs au XIXe siècle de Nelly Desseaux, ainsi qu’un volume sur le VIIe centenaire de la fondation de l’Université de Toulouse, 1229-1929, auquel toutes les Académies avaient participé.
La Présidente remercie les donateurs et poursuit avec diverses informations. Vendredi 11 octobre, les membres ont profité d’une visite exceptionnelle de l’exposition « Cathares ». Toulouse dans la Croisade guidée par la conservatrice du Musée Saint-Raymond, Laure Barthet, et notre confrère, Laurent Macé. La Société va offrir à Madame Barthet, en remerciement, les trois derniers volumes des Mémoires. L’exposition se tient jusqu’au 5 janvier 2025, conjointement au Couvent des Jacobins et au Musée Saint-Raymond. Pour ceux qui auraient l’occasion de s’y rendre à nouveau, plusieurs membres conseillent d’effectuer la visite avec les audioguides qui proposent, sur une base scientifique, une vision décalée de l’exposition.
La Présidente évoque ensuite la situation de la chaîne Youtube créée au printemps dernier. Après que les directeurs du Master Art et communication de l’UT2J ont décidé d’arrêter l’expérience, une nouvelle solution a été trouvée pour pérenniser le projet. Dans le cadre d’une convention de stage, un étudiant de l’école de cinéma de Ramonville va prendre en charge l’enregistrement des podcasts, leur montage et leur diffusion. Cependant la chaîne n’est, à ce jour, pas accessible depuis le site de la Société. En outre, nous rencontrons de nombreuses difficultés pour gérer ce site. Aussi, un webmaster va être engagé afin de régler ces problèmes.
Concernant le fonctionnement interne de la Société, la Présidente rappelle que le poste de Bibliothécaire est actuellement vacant. Catherine Peoc’h, pressentie, ne sera disponible que dans plus d’un an. Les candidats volontaires peuvent toujours se manifester pour assurer la fonction dans l’intervalle. Dans l’attente, Christian Péligry et Jacques Surmonne continuent, généreusement, de s’occuper du catalogage, notamment pour les périodiques entrants. En revanche, la permanence du mardi est suspendue, la bibliothèque sera désormais ouverte sur rendez-vous. Des membres du Bureau se tiennent disponibles pour honorer ces rendez-vous. Si d’autres membres sont volontaires pour assurer l’accueil des chercheurs, ils sont invités à se manifester auprès de la Présidente. Les rendez-vous seront pris par mail, et l’information devra être mise à jour sur le site.
Trois candidatures au titre de membre correspondant sont ensuite annoncées. La première est celle de Clémentine Stunault. Sa thèse sur l’histoire de l’alimentation à Toulouse au Moyen-Âge, réalisée sous la direction de Sophie Brouquet, a été récompensée d’un prix spécial de la SAMF lors de la séance publique de l’année 2024. Virginie Czerniak se propose de réaliser le rapport sur cette candidature. Georges Depeyrot, numismate ancien directeur de recherches au CNRS, a également émis le souhait d’intégrer notre Société. Patrice Cabau est désigné pour présenter sa candidature. La troisième candidature est celle de Florian Gallon, maître de conférences en histoire médiévale à l’UT2J, spécialiste de l’Espagne et des rapports entre le monde islamique et le monde chrétien. Henri Pradalier est chargé du rapport. Ces candidatures seront soumises au vote des membres titulaires lors de la prochaine séance, le 5 novembre.
Avant de laisser place à la communication longue du jour, un point est effectué sur les acquisitions en cours et à venir. La Présidente informe que le Bureau a souscrit à la proposition d’Émilie Nadal d’acquérir les images numériques d’un manuscrit conservé à la bibliothèque nationale d’Autriche (Cod. 2210* Collectio documentorum urbem Tolosanam concernentium, http://data.onb.ac.at/rec/AC13951345). Notre consœur précise qu’il s’agit d’un ensemble de 76 documents au contenu varié, datés de 1141 à 1210. La notice du catalogue contient une image d’un des feuillets qui semble comparable à celles qui illustrent les cartulaires du Bourg et de la Cité de Toulouse. Elle ajoute que les enluminures du début du XIIIe siècle sont rares. La version numérisée acquise entrera dans les collections de la bibliothèque et notre consœur nous en proposera une présentation en séance.
Le Trésorier indique par ailleurs avoir fait l’acquisition, pour l’Académie des Jeux Floraux, de trois portraits. Deux sont des portraits ovales de François Bertier, père et fils. Les deux hommes ont été Présidents au Parlement de Toulouse et mainteneurs des Jeux Floraux. L’un des tableaux est daté vers 1650, l’autre vers 1700-1710. Ils proviennent du château de Pinsaguel et viennent d’être présentés en salle des ventes à Saint-Jean-de-Luz. Le troisième portrait est une œuvre de Durand, peintre des capitouls dont l’une des toiles est exposée dans la salle Clémence-Isaure. L’œuvre, acquise à Paris, est signée et datée au dos « 1636 ». Elle représente un jeune homme à l’âge de 28 ans, il semble s’agir d’un clerc. Notre Trésorier souligne que les portraits signés de cet artiste sont rares. La Présidente profite de cette discussion pour rappeler que le Portrait d’Émile Cartailhac peint par sa fille Madeleine Cartailhac en 1926, actuellement conservé au Musée Archéologique de Saint-Bertrand-de-Comminges, va être transféré dans nos locaux grâce à une convention de dépôt.
Après l’évocation de ces divers points, la Présidente donne la parole à Émilie Nadal pour la communication longue du jour intitulée : Un enlumineur toulousain pour la « Chanson de la Croisade » ? Nouvelles pistes.
La Présidente félicite notre consœur pour sa passionnante communication et la convaincante mise en parallèle de l’exemplaire du manuscrit de la Chanson de la Croisade albigeoise (Paris, BNF, ms. français 25425) avec un manuscrit contenant le Décret de Gratien (Paris, BNF, ms. Latin 3898). Virginie Czerniak s’intéresse à la suite donnée à cette étude. Émilie Nadal explique qu’elle souhaite aller consulter les documents à la BNF Afin de faciliter la comparaison, elle aimerait pouvoir les observer côte à côte, si cela lui est permis. Elle attend également l’avis de François Avril, qui lui a indiqué un autre manuscrit enluminé par le Maître du Décret de Gratien, passé en vente aux enchères et lié à Montpellier.
Louis Peyrusse demande si, au moyen de traitements informatiques, il n’est pas possible d’isoler les lignes des dessins et ainsi améliorer leur lisibilité. Guy Ahlsell de Toulza signale qu’un traitement est possible grâce au logiciel Photoshop, il en a fait l’expérience. Les traits de dessin peuvent être détachés des lignes de texte et rendus parfaitement lisibles. Notre Trésorier poursuit en soumettant une comparaison avec la Chanson de la Grande Croisade de Palestine dont il possède un fac-similé qu’il souhaite offrir à la Société. Il y remarque les mêmes scènes de guerre, hors-marge et en bas, ainsi que le même type de traitement, au trait et sans couleurs.
Bernard Sournia demande des précisions sur la technique employée : le trait est-il à la plume ou à la mine d’argent ? Selon lui, il semble plutôt s’agir de mine, ce qui plaide en faveur d’un travail en cours.
Henri Pradalier remarque que les architectures représentent majoritairement des tours de plan carré, ce qui est typiquement méridional puisque les tours rondes ont été apportées dans la région par les ingénieurs royaux (nous en conservons un bel exemple à Carcassonne). Ces tours carrées témoignent ainsi, soit d’une fidélité à la représentation des forteresses du Midi, soit d’une conception de la défense qui est celle des Méridionaux. Virginie Czerniak revient sur le parallèle effectué par notre consœur avec certains éléments d’architecture de la chapelle Saint-Antonin des Jacobins et note que, dans ce cas, plus abouti, il s’agit plutôt d’architectures fantasmées (proches de Giotto et Cimabue). Guy Ahlsell de Toulza observe sur un des dessins une tour ressemblant à une tour toulousaine polygonale surmontant un portail, et positionnée hors des remparts. Il s’agit peut-être d’une interprétation de Saint-Sernin. En ce sens, Henri Pradalier indique qu’il y a une allusion directe à Saint-Sernin dans le texte.
Guillaume Terrasson questionne notre consœur sur le lien entre le texte et les illustrations : le texte étant de deux mains, y-a-t-il de même une différence dans la mise en page et l’illustration des deux parties du texte ? Émilie Nadal répond qu’aucune différence n’apparaît, les illustrations semblent être de la même main.
Guy Ahlsell de Toulza s’interroge : si le manuscrit est inachevé – hypothèse unanimement admise par les membres – comment s’explique cet état ? Il poursuit : habituellement les cahiers sont répartis entre plusieurs mains, or il semble qu’ici une seule main ait réalisé tous les cahiers. Émilie Nadal répond que l’observation des manuscrits devrait apporter des précisions ; il faudrait notamment faire une étude codicologique. Henri Pradalier signale qu’il existe beaucoup de manuscrits inachevés.
Patrice Cabau rappelle qu’avant François Avril en 1978 les nombreuses illustrations de ce manuscrit était déjà connues. En effet, lorsque Eugène Martin-Chabot a publié le texte (1931-1961), il l’a accompagné de l’ensemble des planches, certes mal reproduites. Elles sont de meilleure qualité sur les fac-similés réalisés au XIXe siècle et qui illustrent l’Histoire générale de Languedoc rééditée par Alexandre Du Mège dans les années 1840. Presque toutes les miniatures étaient reprises sur douze planches au trait rendant très lisibles les dessins montrés en séance. Virginie Czerniak demande si ces dessins sont fidèles. Patrice Cabau répond que ces dessins sont de qualité et très fidèles.
Hiromi Haruna-Czaplicki souligne l’intérêt de la mise en parallèle des deux manuscrits. Tous deux sont d’une grande importance dans l’histoire de l’enluminure toulousaine. Leur comparaison permet d’aborder la question de la datation du manuscrit de la Canso. La date de 1275 d’abord proposée a été réévaluée, repoussée vers 1290 par François Avril, puis au début du XIVe siècle par Alison Stones. Notre consœur admet la difficulté à développer la comparaison entre les manuscrits en raison des différences de support et de l’état des dessins. De plus, la comparaison stylistique porte sur un seul élément : le visage de la page 81. Toutefois, ce point constitue, selon elle, un rapprochement très intéressant, elle évoque une analyse morellienne du style et mentionne l’oreille ou le coin des lèvres appuyé. Notre consœur remarque par contre que l’arc des sourcils du visage de la page 81 est plus prononcé que dans le Décret de Gratien. Hiromi Haruna-Czaplicki évoque alors la peinture de l’église des Jacobins et la vocation de saint André. Le dessin de la Canso a un air plus ancien que celui du Décret de Gratien, ajoute Hiromi Haruna-Czaplicki. La Présidente demande à Hortense Rolland Fabre si les sourcils en forme d’accent circonflexe se retrouvent dans l’église des Jacobins. Notre consœur répond qu’il existe effectivement des visages avec ce type d’arcs de sourcils marqués dans les peintures de l’ancienne chapelle Saint-Pierre-et-saint-André. Ces peintures sont datées de l’extrême fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle.
Guillaume Terrrasson revient sur la liste d’étudiants de l’Université de Toulouse liés au Décret de Gratien montrée par Émilie Nadal : il est interpellé par le fait que ces étudiants venaient tous de Gascogne et intéressé par les références, que notre consœur précise.
Émilie Nadal tiendra informée la Compagnie des résultats de ses investigations à la BNF.

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