Communication longue de Guillaume Terrasson, Amanieu d’Armagnac, dernier grand archevêque gascon.
Après la présentation de son testament, qui révélait en creux sa possible opposition à l’influence capétienne, cette communication s’attarde davantage sur le long parcours d’archevêque d’Amanieu, lui que ses premiers pas comme chanoine de Toulouse ne destinaient pas au siège d’Auch, ni à un affrontement à l’influence capétienne. Elle aborde le parcours de ce noble et prélat gascon sous les prismes successifs de ses origines, de sa seigneurie archiépiscopale, de l’ancrage territorial de son pouvoir, et surtout de son rôle politique et parfois très diplomatique, entre les deux pouvoirs royaux qui se partagent la Gascogne.

Mazères, restitution 3D du château vers 1300-1320 (source J. Mesqui, 2023)
Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe, Mmes Fournié, Ledru, Merlet-Bagnéris, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Balty, Grandchamp, Macé, Mange, Péligry, Penent, Peyrusse, Pradalier, Surmonne, Testard, membres titulaires ; Mme Balty, MM. Kérambloch, Terrasson, membres correspondants.
Excusés : Mmes Cazes, Nadal ; MM. Cazes, Depeyrot, Sournia, Tollon.
La Présidente ouvre la séance et laisse la parole à la Secrétaire générale pour un bref point sur les courriers reçus. Il est d’abord question de la pétition mise en ligne contre les travaux liés au projet d’aménagement du parvis de la cathédrale de Valence, qui n’est pas sans rappeler ce que nous avons connu il y a quelques années sur la place Saint-Sernin. Malheureusement la pétition n’a pas obtenu les 2500 signatures espérées (2030 signatures à ce jour). La Société a reçu ensuite une invitation de la mairie de Toulouse à l’inauguration de la fin des travaux d’aménagement de la Grande rue Saint-Michel qui aura lieu le 16 décembre 2025 à 17h00.
Virginie Czerniak donne ensuite la parole à Guillaume Terrasson pour la communication longue du jour intitulée Amanieu d’Armagnac, dernier grand archevêque gascon.
Elle remercie notre confrère pour cet exposé passionnant et très documenté. L’étude du testament d’Amanieu avait laissé entrevoir un homme d’affaires de tout premier ordre et un homme politique redoutable, ce que confirme l’étude des sources présentées. Elle demande quelle est la nature de l’édifice qui se trouve à Meymes (Gers), où l’archevêque est dit être décédé. Ce site n’est pas listé dans les lieux tenus, répond Guillaume Terrasson, les seuls vestiges que l’on y trouve sont ceux d’une petite chapelle du XIVe siècle actuellement très ruinée. Il n’y a trace ni de château ni d’établissement religieux. Cependant, elle était voisine d’Aignan où se trouve le premier château de la seigneurie comtale des comtes d’Armagnac et, détail anachronique toute proche du château de Lupiac, demeure de naissance de d’Artagnan, qui dépendait de la chapelle de Meymes. Pour notre confrère, Meymes est certainement un lieu de résidence puisqu’il est attesté que l’archevêque y passait parfois plusieurs semaines, et qu’il traitait et rédigeait ici un certain nombre d’actes d’administration. Cependant, le lieu n’est pas décrit et aucune mention de château ou de maison forte n’a été relevée, pas plus que de trace archéologique reconnue à l’heure actuelle. Après en avoir discuté avec les spécialistes de la région, et jusqu’à la découverte de plusieurs mandats signalant ce lieu, on pensait que l’archevêque était décédé alors qu’il passait à Meymes. Ce lieu a donc désormais pris une réalité scripturale mais pas encore architecturale. Notre Présidente demande encore s’il existe d’autres sources que la chronique toulousaine de Guillaume Bardin, évoquant la rébellion occitane de 1313, témoignage curieux d’un événement du XIVe siècle connu uniquement par un texte du XVe siècle (Historia chronologica parlamentorum patriae Occitaniae). Guillaume Terrasson avoue n’avoir rien trouvé d’autre sur ce sujet et aimerait avoir l’avis des spécialistes de la période présents ce soir. Laurent Macé confirme qu’il faut prendre ce texte avec beaucoup de précautions. Cette chronique rédigée au XVe siècle est attribuée à un clerc du Parlement de Toulouse. Notre consoeur Michelle Fournié a dirigé en 2003 un intéressant mémoire de maîtrise intitulé : Un problème historiographique : la chronique de Guillaume Bardin, conseiller clerc au Parlement de Toulouse de 1443 à 1474. Son auteur, Stéphane Lacoste-Cillières, dont le travail a été également suivi par François Bordes, s’est efforcé de distinguer ce qui était vérifiable, ce qui était vraisemblable et ce qui était totalement inventé. Il penche plutôt, en conclusion, pour l’hypothèse d’un apocryphe rédigé au XVIIe siècle, dans l’un des cabinets de faussaires tellement en vogue à cette époque-là. Concernant l’absence de vestiges sur le site de Meymes, notre Directeur évoque le cas de l’évêque de Carcassonne Pierre de La Chapelle (1291-1298), qui avait à Fraisse-Cabardès une réserve qu’il avait fait clore, planter d’arbres, peupler de cerfs, de biches et de lapins, un lieu dans lequel il aimait à se retirer. Laurent Macé pense encore à une petite construction comme un pavillon de chasse ou un lieu de retraite susceptible de recevoir l’archevêque et les gens qui l’accompagnaient. Par ailleurs, l’étude du testament avait permis de comprendre qu’il était malade durant les dernières années de sa vie, il a donc pu se retirer à Meymes pour se reposer ou traiter sa maladie. Guillaume Terrasson confirme ces informations, mais un séjour hospitalier n’est attesté que pour le lieu de Manciet, et l’étude des sources montre désormais qu’il a beaucoup bougé durant ses dernières années, même s’il devait revenir régulièrement se faire soigner ou se reposer à Manciet. Notre Présidente voudrait enfin obtenir des informations sur le lieu de sépulture de l’archevêque. Guillaume Terrasson répond que le prélat avait demandé à être inhumé à Auch mais il n’a pas trouvé de preuve que cela ait été fait, puisque le tombeau n’a pas été conservé. Les prospections archéologiques doivent se poursuivre à Meymes, déclare Pierre Garrigou Grandchamp, tout en gardant en tête que l’on construisait en bois et en terre dans la région, comme le montre la muraille de Sainte-Christie-d’Armagnac, et que rares sont les vestiges d’architecture civile en pierre antérieurs à la fin du XIIIe siècle.
La Présidente donne ensuite la parole à Patrice Cabau pour une question d’actualité faisant suite à une interrogation de notre consœur Michelle Fournié exposée le 4 novembre dernier : l’équivalence métrique du palme, mesure utilisée dans les inventaires de Saint-Sernin à la fin du XVe siècle. Pour répondre à cette question, notre confrère a donc concentré ses recherches sur le palme toulousain médiéval et moderne. Il nous informe que le palme, palm, pam, pan ou empan, est une mesure linéaire intermédiaire qui se situe entre une unité plus grande (brasse ou canne) et une autre plus petite (doigt ou pouce). Selon un glossaire de la fin du XVe siècle, le palme se mesure du pouce au petit doigt, main étendue, ce qui correspond à environ 22-23 cm. Vers 1800 à Toulouse, poursuit-il, l’empan équivalait à 22,451 cm si l’on se réfère aux tables de correspondances des mesures anciennes publiées au moment du passage au système métrique. Le volume concernant le département de la Haute-Garonne, imprimé en l’an X, est la référence des historiens de Toulouse depuis la fin du XIXe siècle. Dans les inventaires de Saint-Sernin réalisés en 1489, notre confrère s’est intéressé aux objets mesurés en palmes. Il nous montre un tableau dressé par lui de ces données et de leur conversion avec une valeur du palme de 22,451 cm. Les mesures obtenues indiquent des dimensions tout à fait satisfaisantes dans le cas des châsses associées à des sarcophages antiques, pour lesquelles il fallait s’attendre à des longueurs supérieures à deux mètres. Surtout, une « pierre précieuse » inventoriée en 1489, d’un palme sur presque un palme, peut servir d’étalon. Cette pièce, la Gemma Augustea conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, a été identifiée formellement en 1886 par Fernand de Mély, membre correspondant de notre Société, qui a indiqué en 1894 une largeur de 22,5 cm et une hauteur de 18,7 cm. En 1718, poursuit P. Cabau, deux artistes toulousains sont chargés par les capitouls de procéder à l’expertise du « tombeau de la reine Pédauque » : il s’agissait d’un couvercle de sarcophage à fronton qui servait de linteau à une porte donnant sur le jardin de la Daurade (depuis au Musée des Augustins, puis au Musée Saint-Raymond). Les mesures prises alors de ce linteau sont données un peu approximativement, tantôt en pieds, tantôt en palmes. Henri Rachou les a précisées en 1912 : 2,08 m de long sur 35 cm, dimensions qui sont dans la moyenne des précédentes. Notre confrère revient ensuite à Saint-Sernin et plus particulièrement sur le mausolée jadis érigé dans l’abside, disparu au XVIIIe siècle. Il se réfère à la gravure publiée en 1733 dans le tome II de l’Histoire générale de Languedoc, qui représente la châsse de saint Saturnin, en bois recouvert d’argent orfévré, coiffant un soubassement à l’intérieur duquel se trouvait le sarcophage. Les dimensions données aux XVe et XVIIIe siècles correspondent, avec un rapport d’un sur deux conservé dans les deux cas. Enfin, Patrice Cabau cite l’exemple d’un four de tuiliers trouvé il y a quelques années à Mondonville (à moins de 20 km au nord-ouest de Toulouse) et fouillé par les agents de l’Inrap. Sur les conseils de Jean-Luc Boudartchouk, ceux-ci s’étaient reportés au statut des tuiliers-briquetiers (1289) conservé aux Archives municipales de Toulouse. Il s’y trouve un article indiquant les dimensions maximales des fours fixées par les bayles de la corporation : 22 x 21 palmes ; cela correspond au centimètre près à la réalité archéologique. (Cette étude sur la valeur métrique du palme fera l’objet d’un article dans les Varia du volume 2026 de nos Mémoires).
Cette démonstration conforte Michelle Fournié dans l’idée que les châsses orfévrées de la fin du XIVe siècle étaient vraiment très grandes et probablement très lourdes. Elles ne pouvaient, de fait, servir aux processions. Elle remercie notre confrère pour cette mise au point. On revient sur la châsse médiévale orfévrée de saint Saturnin, de 10 palmes de long, pour laquelle une gravure légendée avec échelle nous a été montrée. Henri Pradalier se demande si la châsse coiffait le sarcophage ou si elle l’englobait. Patrice Cabau pense que le sarcophage était posé sur le sol et qu’un bâti en maçonnerie ou en bois avait été dressé autour. Des éléments de décoration (un médaillon marqué IHS et deux cœurs) furent appliqués postérieurement sur ce socle. Concernant la châsse, il s’agissait d’une superstructure probablement sans fond couronnant le soubassement.
Patrice Cabau promet de nous donner une petite étude sur le mausolée de saint Saturnin.

