Communication courte de Bernard Sournia, Elie Lambert et les deux cathédrales sœurs de Bayonne et de Leon : éléments pour une datation
Communication longue de Béatrice Prieur, Le couvent des Jacobins de Saint-Sever : son état médiéval (architecture et peintures murales)
Elie Lambert croyait identifier un même architecte, peut-être un maître d’œuvre Champenois, dans les deux cathédrales de Leon, en Castille nord, et Bayonne. Les deux ouvrages développent en effet le même langage architectural, étroitement inspiré des cathédrales de Reims et aussi (il est vrai, seulement pour Bayonne) d’Amiens. Une date est commune à ces deux ouvrages : 1258, date avérée du début du chantier de Leon, la même date étant celle d’un grand incendie ayant ravagé l’église-mère de Bayonne, sinistre à la suite duquel Lambert a situé hypothétiquement sa reconstruction en style gothique. La présente communication revient sur cette hypothèse pour en analyser les éléments probants et pour la renforcer. Bernard Sournia
Dans le cadre de la réhabilitation du couvent des Jacobins à Saint Sever dans les Landes, Béatrice Prieur, Docteur en Histoire de l’Art, a été appelée à rejoindre une équipe d’architectes du patrimoine afin de concourir. Spécialiste du patrimoine régional, elle avait réalisé sa Maîtrise sur les bâtiments en briques au Moyen Age, sous la direction du Professeur Philippe Araguas. Le marché gagné, la mission de Béatrice Prieur a été de réaliser un diagnostic conjointement avec les architectes du patrimoine, pour se faire : de collecter les archives, de faire un état de la recherche sur le monument construit à la fin du XIIIe siècle, pratiquement détruit en 1569, puis reconstruit. Malgré de multiples études, le couvent recelait encore des mystères. Béatrice Prieur a fait des découvertes importantes, dont l’une, majeure, concerne Saint Thomas d’Aquin, réenseveli au couvent des Jacobins de Toulouse le 28 janvier 1369, alors que nous célébrions, en 2023, les 700 ans de sa canonisation. Elle vous propose d’explorer l’histoire fascinante de ce couvent landais en lien avec le couvent des Jacobins de Toulouse. Béatrice Prieur

Présents : Mme Czerniak, Présidente, MM. Cabau, Directeur, Ahlsell de Toulza, Trésorier, Mmes Napoléone, Secrétaire générale, Machabert, Secrétaire adjointe ; Mmes Fournié, Ledru, Pradalier-Schlumberger, Watin-Grandchamp, MM. Catalo, Cazes, Garland, Macé, Mange, Peyrusse, Pradalier, Sournia, membres titulaires ; Mmes Dumoulin, Prieur, Rolland Fabre, Stunault, M. Kérambloch, membres correspondants.
Excusés : Mmes Balty, Lamazou, Nadal ; MM. Balty, Garrigou Grandchamp, Peligry, Terrasson, Tollon.
La Présidente ouvre la séance et accueille Béatrice Prieur, notre consœur récemment élue.
Elle informe ensuite la compagnie de la tenue d’une séance foraine, à la fin du mois de février prochain, à Lunel et à Aigues-Mortes, organisée par notre consœur Valérie Dumoulin. Un message donnant le programme et toutes les précisions nécessaires sera bientôt envoyé aux membres pour préparer ce voyage. Virginie Czerniak remercie notre consœur d’avoir proposé et organisé cette séance et espère son succès auprès des membres.
La Présidente recommande à notre Compagnie de s’acquitter rapidement de la cotisation annuelle ; celle-ci doit, en effet, être réglée durant le premier trimestre de l’année en cours, soit par chèque soit par virement. Puis, afin de susciter d’éventuelles candidatures, Virginie Czerniak rappelle que des élections auront lieu lors de la séance de l’Assemblée générale le 3 février prochain. Il s’agira de renouveler la présidence, le secrétariat général et le bibliothécaire. Les candidates en place se présentent à nouveau à leur poste. Christian Péligry nous a rappelé par courrier qu’il n’est plus officiellement Bibliothécaire depuis deux ans, bien qu’il assure avec dévouement le fonctionnement de notre bibliothèque en étant présent de temps en temps. En attendant la venue de Catherine Péoc’h (bibliothécaire au fond patrimonial de la Bibliothèque de Toulouse), qui prendrait ce poste à sa retraite dans un an ou deux, toute candidature d’intérim serait la bienvenue.
Dans la suite de l’ordre du jour, le Trésorier annonce qu’il a acheté un petit fascicule sur le décor des hôtels de la Renaissance à Toulouse, qui manquait à notre bibliothèque, à la demande de notre ancien Bibliothécaire. Guy Ahlsell de Toulza donne également deux gravures connues : celle du portail de la Dalbade et celle de l’étage supérieur de l’église des Jacobins quand l’édifice était occupé par les militaires. Notre Présidente remercie le Trésorier et fait circuler parmi les membres le fascicule et les deux gravures. Puis elle signale que nous n’avons pas reçu d’autres travaux pour le concours.
Virginie Czerniak donne enfin la parole à notre consœur Béatrice Prieur pour une communication longue : Le couvent des Jacobins de Saint-Sever : son état médiéval (architecture et peintures murales).
La Présidente remercie notre consœur pour cette présentation très complète de l’édifice et de son contexte historique et l’assure de son adhésion totale à l’analyse iconographique des peintures murales qu’elle a présentée. Elle s’insurge cependant sur la façon dont les membres du GRAS ont défiguré l’édifice en prétendant mettre au jour les vestiges du Moyen Âge. Béatrice Prieur répond qu’une publication de ces travaux a été faite dans le Bulletin de la Société de Borda (2021). Une restitution de la chaire y a été proposée à laquelle les architectes n’adhèrent pas, et actuellement, sa nouvelle analyse iconographique des peintures est loin de faire l’unanimité.
Revenant sur le décor peint présenté, Virginie Czerniak semble avoir vu un phylactère qui monte entre les deux personnages du registre supérieur de la peinture murale, comme pour symboliser une prière dans le cadre de cette vision béatifique, mais les vestiges peu lisibles ne permettent pas d’en être sûr. Béatrice Prieur rappelle que Michèle Gaborit avait également interprété cette mince bande comme un phylactère. Notre Trésorier y voit plutôt le revers d’une étole, mais tout le monde s’accorde sur la maladresse de cette peinture. Béatrice Prieur note cependant que l’iconographie de cette scène de la vision d’Albert de Brescia reste exceptionnelle. Notre Présidente déplore la destruction du mur de refend où devait se développer la suite de cette scène. Henri Pradalier demande à notre consœur si elle a cherché des points de comparaisons en Italie. Celle-ci répond par l’affirmative, mais c’est à Lübeck qu’elle a trouvé la représentation la plus proche.
Henri Pradalier voudrait ensuite revenir sur la sculpture de la tête du Christ. Celle-ci est en pierre, précise notre consœur, et a été retrouvée dans le comblement de la chaire avec d’autres éléments architecturaux. Il s’agit du décor d’une clé d’arc dont les départs sont toujours conservés. Pour notre ancien Président, cette sculpture lui évoque les descentes de croix de Christs du XIIe siècle. Béatrice Prieur fait remarquer que la sculpture landaise accuse un certain retard de façon générale, la Renaissance par exemple arrive très tard. Cette tête de Christ lui évoque plutôt, dans sa simplification, la sculpture anglaise d’un gisant d’Édouard III.
Daniel Cazes reprend la question de la chaire car il n’est pas convaincu par l’hypothèse du Studium. Les scènes d’enseignement, explique-t-il, sont très bien connues par la sculpture, la peinture etc., et dans un Studium l’enseignement ne se fait pas depuis une chaire élevée mais plutôt de plain-pied dans une chaire en bois qui peut être déplacée. Certains vestiges sont conservés dans des Universités comme dans la salle de Fray Luis de Leon à Salamanque où le mobilier est encore en place : les bancs, les tables, la chaire, etc. En revanche, ce qui a été présenté montre de grandes ressemblances avec la chaire du réfectoire des Jacobins de Toulouse avec la porte, le passage et l’escalier pris dans l’épaisseur du mur et la chaire élevée, car on est au-dessus des tables du réfectoire et les textes sont lus pendant les repas, les religieux s’intéressant plus aux nourritures spirituelles que matérielles. Il propose donc à notre consœur de pousser davantage les comparaisons avec les dispositions des Jacobins de Toulouse. Pour cette salle, rappelle Béatrice Prieur, deux hypothèses avaient été formulées, celle d’un Studium et celle d’un réfectoire. Daniel Cazes déclare encore que, pour ce petit couvent, le réfectoire reste un bâtiment indispensable ; celui-ci est en relation avec la galerie du cloître et proche de la salle capitulaire comme elle l’a bien montré. Henri Pradalier soutient l’opinion de D. Cazes.
Michelle Fournié voudrait aussi revenir sur la question du Studium pour lequel il existe une documentation historique. Il y a en particulier les articles et ouvrages anciens, mais intéressants, de Célestin Douais sur les Prêcheurs en Gascogne. Par ailleurs, Saint-Sever étant dans la sphère anglo-gasconne, elle pense qu’il faudrait voir si le culte de saint Thomas d’Aquin s’y est beaucoup répandu. Elle conseille enfin à notre consœur de consulter le colloque récemment organisé à l’occasion de la célébration de la canonisation et de l’anniversaire de la mort du saint, dont les actes sont parus. Michelle Fournié avait étudié à cette occasion le corpus des miracles opérés par saint Thomas d’Aquin après le dépôt de ses reliques à Toulouse en 1369. L’un d’eux montre qu’il avait été sollicité dans le cadre de la reconquête, menée par Louis d’Anjou, lieutenant en Languedoc au nom du roi de France, contre les territoires de la Guyenne occupés par les Anglais. On peut donc se demander quelle est la position de l’abbé de Saint-Sever dans ce contexte historique et au moment où la peinture a été exécutée, d’autant plus que notre consœur elle-même, établit un lien possible entre l’iconographie qu’elle présente et la translation du corps de saint Thomas d’Aquin à Toulouse, les reliques ayant été accueillies en présence du duc d’Anjou.
Elle poursuit d’ailleurs en demandant à notre consœur si le style de la peinture permet une datation plus ou moins précise de celle-ci. Les amis du GRAS la datent du moment de la donation du cardinal Godin en 1336, répond notre consœur, qui pour sa part pense qu’elle aurait plutôt été exécutée après le tremblement de terre de 1372, donc dans le dernier quart du XIVe siècle. Virginie Czerniak exclut que cette peinture ait pu être faite dans le second quart du XIVe siècle, le style ne correspondant pas à la manière de peindre dans la région à cette époque. Elle propose l’extrême fin du XIVe, voire le début du XVe siècle, et reconnaît avec Louis Peyrusse que le style n’est pas d’une grande qualité.
Hortense Rolland Fabre revient sur la clé de voûte décorée d’une tête de Christ. Il s’agit d’une clé ornée d’une rose avec le départ de six nervures, la tête du Christ étant insérée entre deux d’entre elles. Dans sa restitution, Francis Lafargue replaçait cette clé sur l’arc s’ouvrant sur la chaire, les nervures se prolongeant sous la voûte couvrant celle-ci. Le Christ regardait alors en direction du réfectoire, ce qui ne lui paraît pas invraisemblable puisqu’une disposition similaire se retrouve à Pampelune. Elle voudrait par ailleurs des éclaircissements sur le mur de refend sur lequel le cycle de saint Thomas devait se poursuivre. Elle avait lu pour sa part qu’il était postérieur et qu’aucun vestige de peinture n’y avait été trouvé. Béatrice Prieur répond que ce mur de refend en brique date bien du Moyen Âge, les journaux de fouilles du GRAS le confirment, ainsi que la présence d’écritures gothiques et de vestiges de peintures mis au jour après le piquetage de l’enduit.
Dominique Watin-Grandchamp demande à Béatrice Prieur si elle a pu bénéficier d’une campagne de lecture archéologique du bâtiment. Celle-ci répond par la négative. Elle paraît nécessaire pour bien comprendre le bâtiment, reprennent notre consœur et la Présidente, et Olivier Testard confirme que l’absence de plans et de relevés nous laisse un peu sur notre faim.
Louis Peyrusse voudrait revenir sur les datations des remplages des fenêtres de l’église que notre consœur place tardivement. Pour lui, ces fenêtres peuvent être du XVIIe siècle si elles ont été refaites après les guerres de religion. En revanche, la rose lui évoque celles du monde cistercien (comme celle de Beaulieu). Avec le portail situé au-dessous et la sculpture qui le décore, Michèle Pradalier daterait cette rose de la seconde moitié du XIVe siècle. Pour Béatrice Prieur, elle aurait été refaite au XVIIe siècle. Michèle Pradalier la trouve au contraire bien gothique dans son tracé. Laurent Macé suggère qu’elle ait pu être remployée.
Guy Ahlsell de Toulza demande enfin à notre consœur le nom de l’auteur et la date du panneau peint de Lübeck qu’elle a utilisé en comparaison avec le décor dont il a été question. Celui-ci a été peint en 1520 par Erhart Altdorfer répond Béatrice Prieur.
La Présidente remercie notre consœur pour cette communication qui a suscité beaucoup d’intérêt. Étant donné l’heure tardive, elle propose de repousser la communication courte de Bernard Sournia à une séance suivante et la question d’actualité de la Secrétaire générale à la séance prochaine.

